Cesaria Evora Fr

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Cesaria Evora Fr Powered By Docstoc
					Cesaria Evora « Rogamar »
Rogamar (louez la mer, priez la mer) telle une incantation est le titre pivot de cet album qui
célèbre la mer, du titre d’ouverture Sombras di Destino (Les Ombres du Destin) une morna de
Manuel de Novas, à Vaga Lenta (Vague Lente) de Teofilo Chantre qui le termine avec une
note d’espoir. Car la mer est l’élément central qui habite l’imaginaire capverdien: porteuse
d’espoir lorsqu’il faut la franchir pour aller trouver une vie meilleure sur un autre continent,
elle est également impitoyable lorsqu’elle sépare les amants ou les familles. C’est la mer
bleue, la Mar Azul que célèbre le poète, qui borde l’Avenida Marginal, la promenade qui
longe la Baie de Mindelo, mais c’est aussi la mer dangereuse et tumultueuse près des côtes,
bien plus redouté encore par les hommes que la haute mer - comme le passage qui sépare l’île
de São Vicente de celle de Sant’Anton, dont Rogamar raconte la traversée sur un rythme de
Sanjon (Saint Jean) typique de la tradition de ces deux îles.

Enregistré à Mindelo, à Paris et à Rio de Janeiro, l’album est réalisé par Fernando Andrade
qui accompagne Cesaria Evora au piano sur scène depuis 1999. Nando, comme il est
surnommé par tous, a conçu pour chacun des titres des arrangements élégants mettant en
valeur les mélodies imparables que l’on se surprend à fredonner dès la deuxième écoute. Le
piano mène la danse en finesse, les guitares sont luxuriantes, les percussions foisonnantes, le
cavaquinho et la basse tissent une rythmique limpide, que survolent ici un saxophone, là un
violon – constituant un véritable écrin où la voix de Cesaria peut se poser avec la douceur
surannée qui a bâti sa légende. Pour parachever cette construction délicate, José da Silva a
demandé à Jaques Morelenbaum, complice de Caetano Veloso depuis toujours, d’habiller six
des quinze titres qui composent Rogamar. Les cordes et les flûtes dessinées par le Brésilien
soulignent la joyeuse mélancolie tropicale qui caractérise cette nouvelle œuvre de Cesaria.

Si la chanteuse a souhaité enregistrer certains titres qu’elle interprète depuis ses débuts dans
les bars de Mindelo (Tiche de Mendes de Carvalho, Saiona D’Vinte Ano de Luis Rendall ou
Mar Nha Confidente de Julio Feijão), l’essentiel des compositions de l’album sont écrites par
Manuel de Novas et Teofilo Chantre, compositeurs fétiche de Cesaria qui a également donné
leur chance à deux jeunes auteurs de Mindelo, Constantino Cardoso (remarqué sur l’album
posthume d’Ildo Lobo) et Jon Luz.
Les thèmes classiques capverdiens sont très égrenés au fil des titres: l’exil (Sombras di
Destino), la critique sociale (Modje Troffel), la chronique îlienne (Rosie, Travessa de
Peixeira, Saiona D’Vinte Ano), le Carnaval (Mas Um Sonho) qui vaut à la cité de Mindelo
son surnom de Petit Brésil, la séparation (Mar Nha Confidente)… Mais l’Afrique est
également présente en filigrane tout au long de cet album: Africa Nossa, en duo avec la star
sénégalaise Ismaël Lô, célèbre la longue histoire partagée entre le Sénégal et l’archipel du
Cap-Vert qui fut nommé ainsi à cause du Cap situé au Nord de Dakar, dont il semblait le
prolongement en mer. São Tomé na Equador, écrit par Teofilo Chantre sur une musique
originale de Ray Lema, se souvient de ce que les anciens appelaient Es Caminho Longe (le
Chemin Lointain), la « déportation volontaire » de Cap-Verdiens vers les plantations de São
Tomé, au début du XXe siècle – épisode chanté avec déchirement par Cesaria Evora dans
Sodade. Enfin, l’accordéon du Malgache Régis Gizavo, sur São Tomé na Equador ou
Travessa de Peixeira souligne la communauté de sentiments des îles africaines, fussent-elles
séparées par des milliers de milles.

Rogamar, trait d’union entre l’Afrique, l’Europe et le Brésil, est le dixième album de Cesaria
Evora, depuis La Diva aux Pieds Nus paru en 1988.

				
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posted:10/12/2011
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