Place aux livres
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Compte rendu
« Place aux livres »
[s.a.]
Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, n° 54, 1998, p. 44-49.
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naire du gouvernement québécois dans la
Société générale de financement, l'une des
institutions issue de la Révolution tranquille.
Il renforce aussi sa situation en faisant l'ac-
quisition defilialesdans les domaines de l'as-
surance vie (La Sauvegarde), de la fiducie (la
Société de fiducie du Québec), des assuran-
ces générales (La Sécurité) et des fonds mu-
tuels (Les Placements collectifs inc.), et en
devenant actionnaire important de la Banque
provinciale. Le Mouvement Desjardins s'en-
gage encore plus directement dans l'investis-
sement en acquérant Vachon inc. et en créant
sa propre société d'investissement. Par toutes
ces mesures, il contribue au renforcement
<2-ntre 1848 et 1910, plus de 15 000 Canadiens du contrôle québécois de l'économie.
français partirent à la ruée vers l'or, surtout en
L'ouvrage de Pierre Poulin possède
Californie et au Klondike, mais aussi en Beauce.
Pierre Poulin. Histoire du Mouvement toutes les qualités des deux premiers volu-
<3es aventuriers pouvaient voyager pendant un Desjardins. Tome III, De la caisse locale mes de la série. Maîtrisant parfaitement son
an avant d'atteindre les sites d'exploitation, ou au complexe financier (1945-1971). sujet, l'auteur est en même temps un excel-
alors mourir en chemin. Ceux qui franchissaient Montréal, Éditions Québec Amérique, 1998, lent vulgarisateur. Le livre se démarque ce-
l'étape du voyage passeraient ensuite plusieurs 479 p. (Collection «Desjardins»). pendant des deux autres par l'iconographie,
années au loin pour revenir parfois fortunés, à la fois plus variée et plus vivante. Le détou-
parfois pauvres ou malades.
T ous les Québécois de plus de 35 ans rage des portraits contribue aussi pour beau-
Jeanne Pomerleau retrace le périple de ces se souviennent du message publici- coup à l'amélioration de la présentation vi-
gens ordinaires. Elle raconte leurs aventures taire dans lequel la petite Marie-Josée suelle.
vers la fortune, ou l'infortune, dans un volume Taillefer scandait d'un air espiègle : «pop-sac- Les années récentes ont encore été as-
enrichi de nombreuses photographies. à-vie-sau-sec-fi-co-pin». Derrière chacune de sez peu étudiées par les historiens. Le troi-
ces syllabes se cachait une composante du sième tome de l'histoire du Mouvement Des-
vaste complexe financier qu'est devenu le jardins apporte un nouvel éclairage sur une
Mouvement Desjardins à la fin des années période charnière de l'histoire du Québec,
1970. Le troisième tome de l'histoire de l'ins- celle des baby-boomers, de la société de
titution mise sur pied par Alphonse Desjar- consommation, de la Révolution tranquille.
dins au début du siècle retrace les différen-
tes étapes de cette véritable épopée amorcée Jacques Saint-Pierre
à la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec
la création de la Société d'assurance des cais-
ses populaires et, en 1949, de l'Assurance-
vie Desjardins.
A l'image de l'histoire du Québec, celle
du Mouvement Desjardins s'accélère au dé-
but des années I960. Jusque-là, les impéra-
tifs de la sécurité financière dominent les
préoccupations des dirigeants. L'urbanisa-
tion amène les caisses à répondre à de nou-
veaux besoins, notamment le prêt hypothé-
caire qui favorise l'accès à la propriété aux
classes moyennes. Par contre, les caisses
LES CHERCHEURS D'OR hésitent beaucoup à se lancer dans le crédit
à la consommation, où les compagnies de fi-
nance font des affaires d'or en prêtant à des
Disponible en librairie ou envoyer un chèque ou taux d'intérêt très élevés. Les nouvelles aspi-
mandat postal au montant de 18,95 $ (taxe et ma- rations des Québécois sont révélées aux diri-
nutention incluses)à :
geants du mouvement par une vaste enquête
Éditions J.-C. Dupont, 2700, rue Mont-Joli,
Sainte-Foy, QC, G1V1C8 (418) 659-1321 sociologique sur les comportements écono- Allan Greer. Habitants et patriotes. La
miques des familles salariées, commandée en Rébellion de 1837 dans les campagnes du
(Vous pouvez photocopier ce coupon) 1956 à deux chercheurs de l'Université Laval. Bas-Canada. Montréal, Les Éditions Boréal,
Ce diagnostic conduit à un assouplissement 1997, 370 p.
de la politique du crédit après I960.
Le Mouvement Desjardins subit égale-
O
n croyait que tout avait été dit sur les
ment de fortes pressions pour accroître sa événements de 1837-1838. Le livre
participation au développement économique de l'historien Allan Greer offre une
du Québec. Il y répond en devenant parte- lecture si rafraîchissante de cet épisode que
44 CAP-AUX-DIAMANTS, N° 54, ÉTÉ 1998
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nous avons l'impression de découvrir un
nouvel aspect de l'histoire du Québec! Cette
situation tient principalement à l'intérêt ma-
nifesté par l'auteur pour la société rurale
canadienne-française et ses traditions politi-
ques et culturelles d'avant 1837. En exa-
minant ainsi la vie communautaire rurale,
l'auteur espérait «contribuer à une meilleure
compréhension de l'insurrection». Les résul-
tats sont loin d'être décevants.
C'est ainsi qu'il a mis l'accent sur des
institutions comme la milice et la paroisse
en plus de prêter une attention particulière
à certains aspects de la culture populaire
comme le charivari et la fête de mai «qui of-
frent des modèles d'action collective contre
les représentants locaux du régime colonial».
Cette approche permet de mieux cerner l'en- L'élément central de cette analyse est Vennat Pierre. Les héros oubliés. L'histoire
gagement des habitants dans le conflit spécia- d'évaluer comment «Turc», journaliste, po- inédite des militaires canadiens-français
lement au cours des mois d'été et d'automne lémiste et pamphlétaire perçoit la relation de la Deuxième Guerre mondiale. Tome 1 :
1837, de loin l'épisode le plus important en savoir/pouvoir dans la formation d'une cul- De la mobilisation au raid de Dieppe.
ce qui a trait à leur participation. ture canadienne-française. L'étude s'intéresse Montréal, Les Éditions du Méridien, 1997,
L'ouvrage comprend deux parties dont à ses idées retrouvées dans ses chroniques, 350 p.
la première est consacrée à des sujets quali- publiées entre 1914-1933 dans La Presse,
La Patrie, dans ses pamphlets (les cahiers
A
fiés d'essentiels pour comprendre le rôle des u cours de la Deuxième Guerre mon-
paysans dans la révolte (situation de la Ré- de Turc), de la même époque. On y décou- diale, plusieurs ont attendu en vain
bellion dans un contexte international, sur- vre les luttes et les résistances à la formation le retour d'êtres chers. Pour sa part,
vol de la structure sociale et de l'économie de la culture canadienne-française et des su- l'auteur, Pierre Vennat, y a perdu son père,
agricole des campagnes au début du XIXe siè- jets qui s'y rattachent. Il se préoccupe des le lieutenant André Vennat. Ce journaliste de
cle, coutumes canadiennes-françaises, mon- problèmes culturels qu'il considère aigus au carrière, nous présente les vraies raisons qui
tée du parti et du mouvement patriotes). La Québec : la paresse intellectuelle et l'enva- ont poussé tant d'hommes à aller combattre
seconde partie de l'ouvrage est constituée hissement par la culture anglophone, surtout les ennemis de la liberté. De plus, il rend
d'épisodes de l'année 1837 apparaissant dans américaine. L'idée maîtresse de ses inter- hommage à ceux qu'il appelle les «héros
un ordre plus ou moins chronologique ventions est d'éduquer le peuple dans le but oubliés», ces personnes qui ont donné leur
(conflit Français/Anglais, participation fémi- de le grandir sur les plans culturel et intel- vie pour cette cause.
nine, reconstitution révolutionnaire des com- lectuel. Il veut préserver et améliorer la qua- Ce livre, qui constitue le premier tome
munautés locales, tendances antiféodales, lité de la langue de ses compatriotes. d'une série de trois, est construit de façon
affrontements armés et répression). Parmi Sur le plan idéologique, il navigue chronologique. Il débute avec la mobilisa-
ces thèmes, celui consacré au rôle des fem- constamment entre les courants libéraux et tion des forces armées canadiennes au dé-
mes est particulièrement intéressant. conservateurs. but des tensions et se termine en 1942 avec le
Écrit dans un langage clair, ponctué d'exem- Six chapitres permettent au lecteur de raid de Dieppe. Cette périodisation nous per-
ples pertinents et explorant de nouvelles réaliser comment Victor Barbeau a modelé met de bien comprendre l'entrée en guerre
sources documentaires, cet ouvrage a toutes l'opinion publique à l'égard de la littérature, du Canada.
les qualités pour intéresser les passionnés du théâtre, du cinéma et de la langue fran- Pierre Vennat nous présente l'origine
d'histoire. çaise. Le chapitre 1 présente Victor Barbeau des différents régimenLs engagés dans le con-
sur les plans personnel et professionnel, les flit. Par la suite, il nous expose les premières
chapitres 2 et 3, ses idées sur les conditions actions du gouvernement canadien dans sa
Michèle Jean économiques, politiques et sociales qui in- préparation à la guerre et l'implication des
fluencent la culture canadienne-française. troupes dans les batailles. Le livre nous fait
Dans les chapitres 4 et 5, nous découvrons connaître des hommes, comme le major abbé
Michèle Martin. Victor Barbeau, pionnier ses idées sur les activités culturelles : le théâ- C.-E. Chartier, qui grâce à leurs antécédents
de la critique culturelle journalistique. tre et la littérature. Enfin, le dernier chapitre militaires vont être d'un grand apport pour
Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, livre sa vision critique concernant la culture l'armée canadienne. On y découvre même
1997, 228 p. populaire et la culture d'élite. des familles entières qui s'impliquent dans
«Discipliner les goûts des publics, les le conflit comme les Pérusse ou encore les
Bédard.
C
e volume est le fruit d'une recherche activités des artistes et des producteurs, les
approfondie sur le développement de interventions des gouvernements et les com- Un petit reproche que l'on peut adres-
la critique culturelle journalistique au portements individuels, voilà le rôle que ser à l'auteur, c'est que l'ensemble de ces in-
Québec. Avant Victor Barbeau (sous le pseu- s'est donné Turc» (p.199). formations proviennent d'une seule source,
donyme de Turc), né le 17 août 1894 et dé- le journal La Presse de Montréal où il exerce
cédé le 19 juillet 1994, cette critique était son métier de journaliste. Il aurait été inté-
plutôt timide et n'existait pas de façon systé- ressant de voir ce qui a été écrit sur le sujet
matique. Laval Lavoie dans les autres quotidiens.
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Construit de façon simple, le livre nous comme le faisait autrefois le Journal du Bo- 'est en 1946 que Lionel Groulx fondait
permet de bien suivre le déroulement de la réal Express pour notre histoire du Canada. l'Institut d'histoire de l'Amérique fran-
mobilisation des forces armées canadiennes Les éléments qui composent l'ouvrage çaise (IHAF) et l'année suivante que
et leur participation au conflit. De plus, les ne se limitent pas au contenu des œuvres et paraissait le premier numéro de la Revue
nombreuses anecdotes que comporte le li- sont souvent anecdotiques, mais la vie et les d'histoire de l'Amérique française (RHAF),
vre le rendent fort agréable. C'est avec inté- déboires des vedettes du cinéma font aussi également lancé à son initiative. Pour souli-
rêt que j'attends la sortie des tomes suivants. partie de cette histoire. gner son cinquantenaire, la revue présente,
Nous ne pouvons par ailleurs que nous dans ce numéro spécial dirigé par Jacques
Philippe Allard réjouir des quelques passages où il est ques- Rouillard, des articles faisant le point sur dif-
tion de certains aspects de l'industrie du ci- férentes questions historiographiques. Réunis
néma québécois. Signalons quelques exem- sous le titre «Les pratiques de l'histoire de
ples choisis : «Record du monde battu à l'Amérique française depuis 50 ans», ces tex-
Montréal» (p. 102), à propos de la recons- tes ont fait l'objet de communications présen-
truction du cinéma Ouimetoscope (qui con- tées lors du 50e congrès de l'IHAF qui s'est
tenait 1 200 places) en 1907 ; «La Belle Pro- tenu en octobre 1997 autour de la même thé-
vince ne se console pas d'être en Amérique» matique et nous invitent à réfléchir sur les
(p. 806), à propos du succès du film Le transformations de la discipline historique au
Déclin de l'empire américain de Denys cours de ce demi-siècle.
Arcand. L'article de Patrice Régimbald, qui
Évidemment, des esprits mesquins ouvre ce numéro, de même que celui de
pourraient formuler à cet ouvrage monu- Ronald Rudin, qui le suit, s'intéressent au
mental le reproche que l'on a régulièrement développement de la discipline historique
servi à toutes les histoires du cinéma qui ont au Québec entre les années 1920 et I960.
précédé : ce Livre n'épuise pas le sujet et ne Régimbald examine les lieux où se faisait
dit pas tout sur tout. C'est exactement le re- l'histoire avant son entrée dans le système
Jacques Legrand et Pierre L'Herminier (sous proche qu'on avait naguère adressé aux universitaire francophone dans les années
la direction de). Chronique du cinéma. ouvrages en plusieurs tomes de Mitry et Sa- 1940. Rudin, lui, s'attarde à l'action de Lionel
Bassillac (France), Éditions Chronique, doul. Depuis, personne n'osait s'aventurer Groulx, comme directeur de l'Institut et de
1997, 984 p. sur ce terrain. De plus, l'abondance des pho- la revue. Il nous le présente non seulement
tos fait en sorte que plusieurs d'entre elles comme un propagandiste du nationalisme
nous semblent beaucoup trop petites. Mais il canadien-français, mais aussi comme un
D
epuis les ouvrages majeurs de Jean
Mitry et de Georges Sadoul, qui serait difficile de produire à un prix aussi historien «désireux de faire œuvre scienti-
avaient publié une Histoire du cinéma modique un ouvrage d'un tel luxe. fique» (p. 201). Les cinq textes suivants font
en plusieurs tomes il y a plus de 40 ans, plus On ne peut que se réjouir de cette ini- état du développement de certains champs
personne ne semblait oser aborder de front tiative, qui incitera beaucoup de néophytes à de spécialisation en histoire au cours des
l'évolution du septième art. On remarquait, s'intéresser à ce domaine. Cette Chronique 30 dernières années. Ils tentent de les situer
bien sûr, des ouvrages circonscrits dans les du cinéma demeurera sans doute la porte en regard de courants historiographiques
périodes et les lieux (par exemple, une étude d'entrée la plus accessible pour s'initier à particuliers ou s'interrogent sur leur con-
sur l'histoire du cinéma français contempo- l'histoire du cinéma. tribution à l'explication historique globale.
rain, une histoire du cinéma américain du- Ainsi, Real Bélanger prône un retour à une
rant telle guerre, etc.), mais plus de ces am- Yves Laberge histoire politique renouvelée, c'est-à-dire
bitieux ouvrages généraux voulant couvrir ouverte au politique tout autant qu'à la poli-
toute l'histoire du cinéma mondial. tique. Gérard Bouchard signale quant à lui
Cette gigantesque Chronique du ci- certains des paradoxes qui ont marqué le
néma nous permet de suivre les grandes éta- développement de l'histoire sociale et s'in-
pes de l'histoire du cinéma, du Moyen- terroge sur la place de ses historiens dans la
Age (!) à 1996 inclusivement, non au moyen construction de la mémoire historique collec-
d'un texte continu, mais plutôt, comme il se tive et dans les débats sociaux actuels. Andrée
doit, par l'image. Il s'agit en effet de la plus Lévesque trace un bilan assez positif des
riche iconographie que l'on puisse imaginer avancées de l'histoire des femmes et de son
sur le sujet : une quantité innombrable de intégration à l'enseignement et à la produc-
photos, d'affiches, d'extraits de films, de por- tion d'ouvrages de synthèse. Yvan Lamonde
traits de vedettes, datant de toutes les épo- précise ce que recoupe l'histoire culturelle
ques. Les textes d'accompagnement, car il y québécoise, tout en démontrant l'influence
en a aussi, sont rédigés avec la collaboration des débats historiographiques sur son évolu-
des plus importants spécialistes français : tion. Il la situe également dans l'ensemble de
Vincent Pinel, Freddy Buache, Claude Beylie, l'historiographie internationale. Enfin, Jean
Barthélémy Amengual et plusieurs autres. Roy, s'attarde à l'influence de l'historiogra-
Les courts articles nous présentent chrono- phie religieuse française sur les recherches
logiquement une multitude d'événements re- québécoises dans ce même domaine.
Les pratiques de l'histoire de l'Amérique
liés à l'histoire du cinéma au sens large (an- française depuis 50 ans. Numéro spécial de Par la diversité des questions abor-
nonces de projets de tournage, naissance et la Revue d'histoire de l'Amérique fran- dées, la richesse des bilans proposés et la va-
décès de cinéastes, remises de prix), un peu çaise, vol. 51, n° 2, (automne 1997), 319 p. riété des points de vue exprimés, le cinquan-
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tième numéro de la RHAF s'avère une réfé- d'espace cultivable et de la disparition ra-
rence indispensable pour ceux et celles qui pide des petites industries locales sur le ter-
s'intéressent à l'histoire et aux transforma- ritoire de la réserve huronne. Un texte du
tions de la discipline. Il marquera très cer- géographe Christian Morissonneau, publié en
tainement une étape importante dans l'his- 1970, complète la première tranche du vo-
toire de la revue. lume et situe dans la territorialité le déve-
loppement de la réserve.
Denyse Baillargeon La seconde partie du livre est consti-
tuée de quatre textes, publiés après l'Arrêt
Sioui. Trois d'entre eux ont d'ailleurs servi
à documenter des procédures juridiques. Le
sociologue Denys Delâge situe le village de
Lorette dans un contexte particulier, celui des
réseaux d'alliance des premières nations
après la Conquête et il soutient que les Hu-
rons auraient été des agents de perception
pour les «Blancs». Dans un long texte, Cor- l'idéologie marxiste, que l'auteur utilise
nelius J. Jaenen dresse une histoire des Hu- habilement afin d'analyser notre histoire en
rons, en tenant compte du statut particulier fonction des luttes de classes et de luttes na-
de ce groupe au sein des Sept nations (feux) tionales. Il en résulte un ouvrage rigoureux,
du Canada avant et après 1760. Reconnais- quoique engagé socialement. La traduction
sant la valeur du traité de Murray, Jaenen in- française est excellente, et l'annexe biblio-
siste sur la question des droits territoriaux graphique présentant les ouvrages publiés
des Amérindiens en opposition avec le prin- depuis la parution originale en I960 est très
cipe des réserves amérindiennes. Conscient pertinente. Il y a quelques gravures et car-
du fait que le contexte juridique actuel in- tes, concentrées au début du livre.
Denis Vaugeois (sous la direction de). fluence la réécriture de l'histoire amérin- La première partie de l'ouvrage est as-
Les Hurons de Lorette. Sillery, Septentrion, dienne, Alain Beaulieu s'interroge sur la sez sommaire. On y décrit le mode de vie des
1996,346 p. compréhension qu'avaient les autorités co- Amérindiens avant l'arrivée des Européens.
loniales et les Hurons au moment de la ré- La lecture marxiste de ces sociétés offre ici le
daction du traité de Murray. Dans un texte
D
ans La fin des alliances franco- portrait de sociétés toutes communales, sauf
indiennes. Enquête sur un sauf- rédigé spécialement pour cet ouvrage, l'his- pour les peuples prospères de pêcheurs de
conduit de 1760 devenu un traité en torien Marcel Trudel, à la lumière de ses saumon de la côte Ouest, qui amorçaient
1990, un ouvrage publié en 1995, l'histo- recherches sur l'histoire des modalités qui une transition vers l'esclavagisme.
rien Denis Vaugeois analysait un document entourent la signature des traités, ne cache Dans les chapitres suivants, on voit
étonnant, le traité de Murray, et surtout les pas sa surprise quant à l'interprétation qu'on le contact entre les sociétés communales
diverses interprétations de ce document, dont a faite d'un sauf-conduit, signé par James autochtones et les sociétés féodales, comme
l'original était jusque-là resté introuvable. Murray. la France, ou même capitalistes, comme
Dans Les Hurons de Lorette, l'historien pré- Dans ce recueil, l'historien Denis l'Angleterre et la Hollande. C'est cet angle de
sente un recueil de sept textes traitant de ce Vaugeois a regroupé des textes qui illustrent
groupe d'Amérindiens, et, ô surprise, nous bien le débat entourant la nature du traité de
fait part de la découverte, en 1996, de l'ori- Murray. On peut donc considérer ce livre
ginal du traité de Murray, daté du 5 septem- comme une suite à son ouvrage précédent
bre 1760 et conservé aux Archives nationa-
les du Québec à Québec.
sur la fin des alliances franco-indiennes. (Collectophiley
Divisé en deux parties, cet ouvrage est Yves Hébert
en quelque sorte une brève anthologie rela-
tive aux Hurons de Lorette. La première par- LA S E U L E L I B R A I R I E
tie comprend trois textes rédigés avant l'Ar- Stanley Bréhaut Ryerson. Les origines AU Q U É B E C
rêt Sioui, rendu le 24 mai 1990 par le juge du Canada (réédition et traduction). SPÉCIALISÉE DANS LA VENTE D E
H V R E S D E R É F É R E N C E AUX
Antonio Lamer, lequel reconnaissait comme Montréal, VLB éditeur, 1997, 386 p. COLLECTIONNEURS
un traité une copie du document mentionné
plus haut. L'un de ces textes, écrit et publié
I
l aura fallu attendre 37 ans avant que la
en 1901-1902 par le sociologue Léon Gérin
(1863-1951), dresse un portrait des Hurons
première partie du livre de Stanley
Bréhaut Ryerson, The Founding of Ca-
UN niiwiMmatrii
de Lorette et décrit les transformations so- nada. Beginnings to 1815, ne soit traduite (Catalogue sur demande)
ciales et les conditions défavorables en ce qui en français. Il s'agit pourtant d'une synthèse Art, Antiquité, Jouets
a trait au travail et à la propriété individuelle majeure, qui méritait d'être connue d'un plus Objets de collection
qui ont joué sur leur destin. Dans l'œuvre du large public francophone. Ce qu'on retire de
sociologue Jean-Charles Falardeau (1914- la lecture de ce livre, ce ne sont pas des faits COLLECTOR H ILE
3 6 0 1 Rue M o n s e l e t ,
1989), l'éditeur a choisi un mémoire de nouveaux, mais plutôt une interprétation Montréal-Nord, Quebec. H1H 2A7
T e l : (514) 9S5-03S5
baccalauréat présenté à l'Université Laval en originale de l'histoire du Canada, des origi- 1-800-567-0297 (Ext. de M o n t r é a l )
1939 qui traite également des problèmes nes à 1815. Cette interprétation repose sur F a x : (514) 9 5 5 - 0 3 5 7
CAP-AUX-DIAMANTS, N° 54. ÉTÉ 1998 47
:e a^u^x t c v t c ô
lecture qui est intéressant. À rencontre de nauté juive, voici que se font enfin entendre veloppement d'une cinquantaine de pages
Guy Frégault, seize ans avant lui, dans La quelques notes discordantes qui contribue- sur la «Formation de la communauté juive
civilisation de ta Nouvelle-France (1944), ront peut-être à renouveler le débat. Loin de du Québec», l'auteur aborde la question des
Ryerson insiste sur le fait que «le système sei- se contenter de répliquer platement à ceux relations entre les Juifs et le système scolaire
gneurial, dans la colonie comme en France, qui font des Québécois francophones des public ainsi que la formation de «Mouve-
était un système d'exploitation féodale, dont brutes viscéralement antisémites, les livres de ments scolaires juifs à Montréal». Lexique,
la pierre angulaire était le droit qu'avait le Medresh, Corcos et Anctil entreprennent de chronologie et bibliographie viennent ajouter
seigneur de s'approprier le travail non ré- remettre les pendules à l'heure, pour le bé- encore à la qualité et à l'utilité de l'ouvrage.
munéré du censitaire». néfice de tous, afin que les méchantes lan- Enfin, une étude de l'histoire juive
Plus loin, l'auteur nous raconte com- gues ne trouvent pas dans méconnaissance montréalaise serait sans doute incomplète
ment l'évêque et les jésuites réussirent à an- du grand public un terrain fertile pour les sans une incursion dans son imaginaire col-
nuler une représentation du Tartuffe de préjugés. lectif. Cette expérience, Pierre Anctil la tente
Molière, mise en scène par les officiers de la C'est d'abord grâce à la réédition des et la réussit avec brio. Dans Tur Malka
garnison. Le récit de la Conquête, de l'indé- mémoires d'Israël Medresh que les lecteurs («montagne du roi» en araméen), ce spécia-
pendance américaine et de ses conséquen- peuvent s'initier au monde juif québécois. liste de l'histoire juive québécoise nous ap-
ces, puis de l'établissement du pouvoir bri- Journaliste au Keneder Odler durant les pre- prend d'abord l'importance déterminante
tannique au Canada suivent. mières années de ce siècle, Medresh publia que revêt le mont Royal dans la culture juive
L'auteur conclut par la Guerre de 1812, en 1947 un recueil dans lequel il dépeignait montréalaise : «De ce sommet tout proche
alors que les États-Unis tentèrent d'envahir le le Montréal juif d'autrefois tel qu'il appa- et pourtant difficilement accessible, on aurait
Canada. Il montre le rôle de ce conflit en raissait dans les années 1905-1918. Pour la pu croire que se dégageait une aura de mys-
tant que constructeur de l'identité cana- première fois rééditées et traduites du yid- ticisme et de piété transcendante, un peu à
dienne. Cette guerre est aussi une belle oc- dish, les courtes chroniques sont un docu- l'image des collines entourant la Jérusalem
casion d'étudier les sociétés américaine et ment précieux qui, tout en étant d'un abord du roi David. Constatant au fil des jours sa
canadienne ainsi que les tensions qui les et d'une lecture faciles, s'avère très éclairant. présence immuable, les Juifs sentaient peut-
traversent. En effet, l'auteur, qui n'a évidemment pas être moins lourdement les peines de leur exil
Les origines du Canada est un livre écrit sous l'influence des pénibles débats ac- montréalais».
passionnant, qui offre une vision différente tuels, nous fournit une œuvre dépourvue de Mais bien plus que les simples flâne-
de notre histoire. volonté polémique qui se contente de dé- ries qu'annonce le titre de ce recueil, les neuf
crire clairement et simplement des épisodes articles qu'il comporte abordent systémati-
Georges Lemieux significatifs de la vie quotidienne judéo- quement les enjeux les plus importants de
montréalaise. Ainsi, par exemple, sans nier l'histoire juive d'ici, du XVIIIe siècle à nos
qu'à une certaine époque, une partie de l'élite jours. Parmi les titres les plus intéressants,
francophone ait tenu des propos et posé des notons entre autres les chapitres intitulés
actes antisémites, Medresh affirme que, gé- «A. M. Klein : du poète et de ses rapports
néralement, les Canadiens français ne fai- avec le Québec français» et «André Lauren-
saient pas preuve d'un tel racisme. Au con- deau et le grand virage identitaire de la Ré-
traire : «Durant la période de la grande volution tranquille».
migration, les Juifs fraîchement arrivés furent
très bien accueillis par les francophones des François Robichaud
villes et des bourgades (shtetlekh) de la pro-
vince de Québec. Quand les Juifs immigrants
se rendaient dans les petites localités Rudy Le Cours. À la découverte des vins et
(derfer) pour vendre des marchandises sur des boissons artisanales du Québec.
un mode itinérant, la plupart du temps ils ne Montréal, Les Éditions de l'Homme, 1998,
rencontraient que des francophones. Les mar- 192 p.
chands canadiens-français qui résidaient sur
place recevaient les Juifs avec bienveillance et Richard Bizier et Roch Nadeau. Le guide
communiquaient avec eux par gestes. Les Bizier et Nadeau. Le répertoire des res-
francophones faisaient même tout ce qui était taurants et des adresses gourmandes du
Israël Medresh. Le Montréaljuif d'autre-
en leur pouvoir pour faciliter le difficile la- Québec. Montréal, Les Éditions de l'Homme,
fois. Traduction et présentation par Pierre
beur des "pedlers". Grâce à cette ouverture 1997, 496 p.
Anctil. Sillery, Septentrion, 1997, 272 p.
face aux étrangers et cette coopération de la
part des francophones, plusieurs marchands erdu? Embarrassé? Frustré?... Si vous
P
Ariette Corcos. Montréal, les Juifs et l'école.
itinérants juifs purent cesser ce type d'acti- prenez la route des vacances au Qué-
Sillery, Septentrion, 1997, 305 p.
vité assez vite, et ils purent s'établir dans de bec, cet été ou cet automne, il est par-
petites villes pour y ouvrir un magasin au fois préférable d'avoir un minimum de pré-
Pierre Anctil. TurMalka -.flâneries sur les
milieu d'un voisinage amical». paration avant le départ pour éviter les mau-
cimes de l'histoire juive montréalaise.
Sillery, Septentrion, 1997, 199 P- Par ailleurs, parler de l'histoire d'une vaises surprises. Et c'est fou le nombre de
communauté, ne commande-t-il pas aussi guides touristiques qui nous tendent la main
que l'on s'intéresse à son éducation? C'est pour nous aider à faire notre itinéraire. On
E
n dépit du concert de diffamations qui
s'élève d'ordinaire contre les Québé- ce que fait Ariette Corcos dans un ouvrage vous suggère toutefois de consulter attenti-
cois francophones lorsqu'on aborde la traitant de la communauté juive dans ses vement le guide qui correspond à vos goûts
question de leurs rapports avec la commu- rapports à l'école québécoise. Après un dé- et passions avant de l'acquérir.
48 CAP-AUX-DIAMANTS, N° 54, ÉTÉ 1998
r ttlCC stUj,X
Volumineux, Le guide Bizier et Nadeau
RudyUCur répertorie plus de 550 restaurants, 525
adresses gourmandes et 250 attraits touristi-
ques. Dans cet ouvrage qui couvre un grand
nombre de villes du Québec groupées par
,,VlNSl région, on trouve une vaste sélection de res-
taurants «toqués» par les auteurs en fonc-
J «M* I tion de la qualité des plats, de la carte des
H BOISSONS! vins, du service, de l'ambiance et du prix.
; ARTISANALES Pour chaque région, des centaines de bouti-
ques, d'épiceries fines, de boucheries, de
poissonneries, de chocolateries et de pâtis-
series sont aussi recensées et commentées...
Très appétissant! Ce guide, rempli d'infor-
mations pratiques et utiles pour faire des
découvertes gourmandes, souffre cependant
du temps qui passe, car il est difficile d'être
constamment à jour dans un secteur aussi
qu'un court texte racontant tantôt l'histoire changeant et mouvementé que le monde de
Journahste WLa Presse, Rudy Le Cours des lieux, tantôt celle des gens qui œuvrent la restauration.
a réalisé un guide pour qui aime découvrir à la propriété, constituent l'essentiel de ce Pour ne pas crier famine quand la bise
des produits originaux fabriqués ici. Le vin, guide. L'ouvrage se termine par un «petit sera venue, prenez votre vélo, votre auto
le cidre, l'hydromel, les boissons à base de lexique», un index alphabétique établi selon ou... le train et visitez les producteurs et les
fruiLs ou de sève d'érable, autant de produits le genre de produit et une bibliographie com- boutiques gourmandes en faisant provision
élaborés de manière artisanale par plus de mentée. Humble, l'auteur dit de son livre qu'il de bonne chère que sollicite votre appétit.
66 producteurs sont recensés et classés par «n'a rien de l'ouvrage savant. C'est un petit Perdu?... Suivez le guide!
région touristique. Une carte géographique guide qui se veut utile [...].» Peut-être, mais
situant les propriétés visitées par l'auteur c'est bien fait, agréable à consulter, abon- Martin Beaulieu
ouvre chaque chapitre. Le nom, l'adresse et damment illustré et indispensable pour
le numéro de téléphone des propriétaires, la faire ses provisions afin de recevoir amis
liste et le prix des produits offerts, ainsi ou parents lors des froides soirées d'hiver.
LE SYMPOSIUM
DE LA NOUVELLE PEINTURE
AU CANADA
d u 31 j u i l l e t au 6 s e p t e m b r e 1998
F A I R E
LES ARTISTES INVITÉS:
Wanda Koop Winnipeg
Rita Letcndre Toronto
Suzellc Levasseur Montréal
Alberto Castro Li'nero Mexico
OUVERT TOUS LES JOURS DE 12 h 00 A 16 h 00
23, rue Ambroise-Fafard (418) 435-3681
Subventionne par nunications du Québec
C'est dans cette maison, constmite pour Alphonse Desjardins
vers 1883, que fut élaboré le grand projet coopératif bien connu
aujourd'hui. Retrouvez-y de nombreux souvenirs sur la vie et
l'œuvre du fondateur des caisses populaires Desjardins.
Centre d'interprétation ouvert à l'année.
Entrée gratuite.
6, rue du Mont-Marie
f ^ O SOCIÉTÉ HISTORIQUE Lévis (Québec) C6V 1V9
k % J V ALPHONSE-DESJARDINS 1418)835-2090
1-800-463-481012090)
CAP-AUX-DIAMANTS, N° 54, ÉTÉ 1998 49
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