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Le temps peut attendre

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Le temps peut attendre Powered By Docstoc
					            Jean-François Damphousse
                    Présente
              James Bond 007 dans :




              Table des matières :

 1. Voir le monde à travers un diamant…………….………….2
 2. Le renégat…………………………………………………13
3. Santa Alexia……………………………………………….25
 4. Dîner entre ennemis.……………………………………...38
 5. Expédition au clair de lune………………………………..52
6. Une descente infernale…………………………………….59
7. Remise à l’ordre…………………………………………...66
8. Remettre la mort à plus tard……………………………….74
9. Décision au sommet……………………………………….83
10. La cité du diamant………………………………………...94
11.Six pieds sous terre………………………………………...99
12. Une minute de plus……………………………………….111
                            Chapitre 1 :
                 Voir le monde à travers un diamant

Mosselbaai, Afrique du sud

Avec son sous-sol riche en pierres précieuses, l’Afrique du sud est le
principal exportateur de diamants, ce qui engendra plusieurs conflits au
cours des années. Durant lesquelles on a passé et illicitement vendu en
contrebande des diamants afin de mobiliser les groupes rebelles s’occupant
des abus d’une guerre civile et des droits de l’homme dans les pays tels que
la Sierra Leone, l’Angola et la République démocratique du Congo. En
Sierra Leone, les forces rebelles qui commandent la plupart des mines de
diamants du pays, emploient le revenu du diamant de conflit pour acheter
des armes et pour soutenir leur armée. Une armée infâme perpétrant une
longue liste d’atrocité : viol, conscription de soldats juvéniles et la
mutilation systématique de milliers d’habitants. Mais suite à de nombreuses
controverses, les Nations Unies ont décrété l’embargo sur les diamants de
conflit au début de l’année 2003, interdisant l’exportation de ce type de
diamants en destination de pays étrangers, les rendant du même coup sans
valeur commerciale. Ce qui ne fit qu’accroître le taux de contrebande
illégale en provenance de l’Afrique du sud.
Après avoir découvert un important réseau de trafiquants de diamants en
Afrique australe, la CIA avait envoyé l’un de leurs agents afin d’infiltrer et
de localiser avec précision le lieu de leurs activités. Mais plusieurs heures
après avoir été largué au-dessus de la jungle africaine, la CIA était resté sans
nouvelle de leur agent, présumément fait prisonnier. C’est alors qu’ils firent
appel aux services secrets de sa Majesté.

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Très tôt dans la matinée, une équipe d’intervention postée aux larges des
côtes africaines avait réussit à intercepter un hydravion de surveillance
chargé de survoler le territoire une fois toutes les heures afin de prévenir la
présence d’éventuels rôdeurs. Ils n’eurent qu’à remplacer le pilote habituel
par un pilote chevronné de la CIA puis à faire monter l’agent chargé de la
mission à l’arrière de l’appareil. Puisque l’avion doit survoler régulièrement
le territoire, personne ne portera attention à eux.
Après avoir vérifier à maintes reprises l’itinéraire fournit par le pilote
ennemi, l’appareil prit son envol d’une base de fortune de la CIA mobilisée
à quelques kilomètres de la zone de largage, avec à son bord un équipage

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pour le moins inhabituel. L’hydravion survola l’Océan Indien en basse
altitude pendant de longues minutes, puis au bout d’un moment, le pilote
aperçut le rivage de Mosselbaai se détacher de la ligne d’horizon.
« Zone de largage dans cinq minutes. » annonça le pilote à l’intention de son
passager.
« Maintenez l’altitude. » répliqua ce dernier en fixant la planche de surf
autour de ses chevilles.
Le passager ouvrit la porte latérale de l’appareil, un vent chaud s’engouffra
dans l’habitacle. Il regarda la mer houleuse défiler à une vitesse vertigineuse
sous ses yeux, tout en sachant que l’impact serait comparable à celui du
béton. Mais il était hors de question d’approcher Mosselbaai en parachute,
c’était sans doute la cause de la captivité de l’agent de la CIA. Les
trafiquants de diamants avaient dû l’apercevoir à partir du sol ou peut-être
même sur leur radar, il devait donc utiliser une méthode plus discrète.
« Zone de largage dans une minute. » beugla le pilote.
Le passager s’empara de l’extrémité du câble enroulé autour de son support
électronique et passa le haut de son corps par la portière, en attendant
l’autorisation du pilote.
« Je vous attendrai au point de rendez-vous. Go ! » hurla ce dernier.
James Bond s’élança hors de l’appareil, puis après une courte chute, sa
planche de surf percuta violemment la surface de l’eau, mettant ses genoux à
l’épreuve. Tandis qu’il surfait sur les vagues farouches de l’Océan Indien, il
tenait toujours fermement le manche de la corde le reliant à l’avion en vol,
lui permettant se fendre les flots à une vitesse étonnante. Le mécanisme
électronique avait automatiquement réglé la longueur du câble dès que Bond
avait touché l’eau. Happé par les puissantes rafales de vent, Bond zigzaguait
parmi les vagues avec une étonnante habileté, tantôt surfant, tantôt survolant
les eaux, il s’approcha considérablement de la rive. Après s’être fait
remorquer sur une longue distance, Bond appuya sur la saillit se trouvant sur
le manche qu’il tenait, puis le câble remonta rapidement vers l’avion.
L’appareil poursuivit sa route au-dessus de la jungle africaine laissant Bond
surfer allègrement jusqu’au rivage, poussé par une puissante vague se
dirigeant dans la même direction.
Puis la vague déferla et Bond glissa élégamment sur l’eau sombre,
changeant sans peine de direction lorsque c’était nécessaire pour arriver
enfin en eau peu profonde. Il se débarrassa de sa planche et remonta
rapidement sur la rive. Il scruta la plage, puis la traversa en courant avant de
rejoindre le réconfort de la jungle humide. Il prêta l’oreille au moindre bruit
suspect, mais un silence paisible régnait, à première vue personne n’avait
prit connaissance de sa présence. Abrité derrière un arbre, il retira sa

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combinaison, sous laquelle il portait un uniforme de camouflage. Il saisit son
Walther P99 tandis qu’il se frayait un chemin parmi la végétation jusqu’au
plus profond de la jungle africaine.

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L’imposant fourgon émergea de la jungle pour s’aventurer sur la plaine
principalement occupée de baraques et d’autres camions de livraison. Cette
savane autrefois isolée, et entourée par une dense végétation, servait
maintenant de lieu de ralliement pour les principaux instigateurs de la vente
illégale de diamants provenant des mines avoisinantes. De nombreux
camions venaient régulièrement s’approvisionner en diamants avant d’être
exporter sur d’autres continents où ils étaient revendus clandestinement, en
retour d’un paiement d’armes. La clientèle était majoritairement constituée
d’ex-militaires et de groupes terroristes du Moyen-Orient, on y retrouvait
parfois des groupes rebelles uniquement intéressés par les diamants de
conflit.
Outre les modestes baraques, de nombreuses tables étaient installées au
centre de la plaine, où l’on répartissait les diamants selon la quantité
demandée par l’acheteur. Tandis qu’un second fourgon de livraison venait
de rejoindre les autres, l’Allemand, Vladec Pliskin, supervisait les
marchandises. De sa petite taille et des ses traits juvéniles se lisait une
grande force de caractère, contrastant avec son manque d’expérience. Un
homme de race noire descendit de son camion avant d’aller à sa rencontre,
tenant une grosse valise dans les mains, il la déposa lourdement sur la table.
    - La nouvelle livraison ? lui demanda sèchement Pliskin.
    - Oui, monsieur. Il y en a quatre autres dans le camion.
Pliskin s’avança vers la valise et l’ouvrit. Elle était remplit de diamants
étincelants. Il en saisit un et l’observa en le levant devant le soleil.
    - Des diamants de conflit ? lança-t-il en jetant le diamant avec les
       autres.
    - Oui, monsieur. Un groupe de rebelles du Nord nous a fait parvenir une
       nouvelle commande.
    - Chargez la marchandise et expédiez-la. Je ne tiens pas à m’attarder
       plus que nécessaire avec ce type de livraison. Et n’oubliez pas les
       armes.
Le livreur referma la valise et la jeta à l’arrière de son camion avant de
regagner la jungle. Au même instant, un homme au teint basané passa tout
près de Pliskin, un gobelet d’eau à la main. L’Allemand ne tarda pas à
l’intercepter.

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    - Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda violemment Pliskin en
       désignant le contenant.
    - C’est un verre d’eau, monsieur, bredouilla-t-il.
    - Je sais ce que c’est pauvre imbécile, mais à qui est-il destiné ?
    - L’agent de la CIA meurt de soif, monsieur.
    - Et alors ? (Il lui arracha le gobelet des mains et en vida le contenu sur
       le sol) Ne vous avisez plus de lui servir à boire, me suis-je bien fait
       comprendre ?
    - Oui, monsieur.
Fortement embarrassé l’homme fit volte-face et s’éloigna rapidement dans la
direction opposée. Pliskin resta sur place en souriant intérieurement, malgré
le confort que son influence lui apportait, il savait fort bien qu’il le devait en
majeure partie à son grand frère.

                                     *****

James Bond glissa le long de la pente douce et s’immobilisa dans les
arbustes en bordure de la savane. Il avait eu du mal à localiser l’endroit,
mais le puissant ronronnement d’un fourgon au lointain lui avait servit de
point de reconnaissance. D’où il se trouvait, il pouvait apercevoir une rangée
de camions stationnés le long d’une baraque oblongue, probablement un
hangar de fortune, où s’affairaient plusieurs hommes. Un peu plus à
proximité se trouvait un regroupement de cabanes inclinées fait de vieux
bois humide. À première vue ils n’étaient pas surveillés.
Bond émergea des bosquets et courut se blottir derrière l’une des baraques, il
profita de son piteux état pour jeter un coup d’œil à travers une petite brèche
dans la façade. À l’intérieur, il n’y avait que lourds sacs de terre, de toute
évidence l’agent de la CIA porté disparu ne s’y trouvait pas. Tandis qu’il
s’apprêtait à vérifier la cabane suivante, il aperçut quelqu’un se dirigeant
dans sa direction. Bond resta à couvert et lorsque l’homme arriva à sa
hauteur, il lui colla le canon de son arme sur la tempe. L’individu se figea
instantanément.
   - Jète ton arme dans les buissons, lui ordonna-t-il fermement. Très
       lentement.
L’homme obtempéra. Une fois désarmé, Bond l’entraîna avec lui derrière la
baraque, loin des regards indiscrets.
   - Qu’est-ce que vous voulez ? lui demanda-t-il nerveusement.
   - Où est l’agent de la CIA ?
   - J’ignore de quoi vous voulez parler.



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    - Au contraire, j’ai l’impression que vous en savez plus que moi à ce
       sujet. Où est-il ?
    - Il ? Non, vous devriez plutôt dire elle. Il s’agit d’une femme.
    - Je vous remercie de la précision. Dans ce cas où est-elle ?
Il arma son Walther P99, le déclic fit frémir l’homme.
    - Si je vous le dis, vous me laisserez la vie sauve ?
    - Non, je ne veux pas que vous me le disiez. Je veux que vous m’y
       conduisiez.
    - Dans ce cas suivez-moi.
L’homme jeta un coup d’œil à la ronde pour s’assurer qu’ils soient seuls,
puis il l’invita à le suivre d’une signe de la tête. Bond lui emboîta le pas tout
en restant aux aguets, le doigt en permanence sur la détente de son arme.
Son guide le conduisit à une vieille baraque en décrépitude, un cadenas
rouillé pendait misérablement à la porte. L’homme plongea la main dans la
poche de son pantalon et en sortit un trousseau de clés, puis il déverrouilla le
cadenas.
    - Elle est là-dedans, lui indiqua-t-il d’un signe de la tête.
Bond regarda par l’embrasure de la porte, mais l’obscurité l’empêchait de
discerner quoique ce soit à l’intérieur.
    - Entre d’abord, dit-il en l’incitant de son arme, je n’ai aucune
       confiance en toi.
    - Vous devriez apprendre à vous détendre.
    - Et toi tu devrais apprendre à te taire. Entre.
Bond le poussa sans ménagement à l’intérieur, puis il entra à son tour. Une
puissante et désagréable odeur d’humidité parvint à ses narines, l’endroit
était infecte et privé du moindre rayon de soleil, un parfait atmosphère
d’isolement. Au fond de la pièce, Bond pouvait distinguer une silhouette
féminine se mouvoir dans l’obscurité, ses mains semblaient être ligotées au-
dessus de sa tête.
    - Quels gentlemen vous faites, lança sarcastiquement Bond.
    - Vous êtes mal placé pour…
Mais avant qu’il puisse terminer sa phrase, Bond l’assomma d’un coup de
crosse derrière la nuque. L’homme s’affala, inconscient, sur le sol tandis que
Bond s’avança vers la jeune femme. « James ? » demanda-t-elle d’une voix
pleine de vie, cette voix lui était familière. Son visage se détailla
progressivement dans la noirceur, jusqu’à ce qu’il puisse l’identifier.
    - Zoe ? fit Bond, manifestement surprit.
Zoe Nightshade, agent de terrain de la CIA et pilote hors pair, avait partagé
plusieurs de ses périples au cours des quatre dernières années, plus
récemment lors de l’opération Nightfire. Elle lui avait rapidement prouvé sa

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valeur et son talent, Zoe était une vraie femme de caractère, ce qui ne l’avait
pas empêché de vivre une idylle avec l’agent des services secrets anglais.
Bond sentit un pincement au cœur en voyant la magnifique jeune femme
isolée de la sorte, elle était forte, certes, mais elle ne méritait pas un tel sort.
Il s’avança vers elle et entreprit de la débarrasser des ses liens.
    - Mais qu’est-ce que tu fais là ? lui demanda-t-elle.
    - Je passais dans le coin. Tu n’es pas heureuse de me voir ?
Il réussit finalement à lui délier les mains.
    - Disons plutôt que je suis surprise, fit-elle en se frottant les poignets.
    - Et moi donc. Alors, qu’as-tu apprit sur tes amis ?
    - Ils sont ignobles, à l’exception d’un, il me sert de l’eau tout les jours.
       Je crois que je lui plais bien.
    - Qui pourrait l’en blâmer ? Et les diamants ?
    - Il en entre et en sort toute la journée. Des camions livrent les
       diamants, ils sont répartit selon la commande puis ils sont expédiés
       vers l’acheteur. La même routine jour après jour.
    - As-tu réussit à identifier quelqu’un ?
    - Oui, Vladec Pliskin. Il est fiché par la plupart des services secrets,
       plutôt connu dans ce genre de milieu.
    - Principalement du fait que son grand frère, Jéricho, est en tête
       d’affiche dans ce domaine. Et maintenant puis-je te suggérer de filer
       vite fait ?
    - J’attendais que tu me le demande.
    - Tu peux marcher ?
    - James, fit-elle, faussement offusquée, pour qui me prends-tu ? Bien
       sûr que j’arriverai à marcher.
    - On n’est jamais trop prudent.
Ils se dirigèrent tout deux vers la porte, au passage Zoe écrasa violemment
son talon à la mâchoire de l’homme qui commençait à reprendre
connaissance. Bond leva des yeux interrogateurs vers la jeune femme.
    - J’avais un compte à régler avec ce type, l’informa-t-elle.
Une fois à l’extérieur, Bond ferma la porte et remit le cadenas en place,
enfermant l’homme à l’intérieur. Zoe mit sa main en visière pour se protéger
les yeux du soleil aveuglant, soleil qu’elle n’avait pas vu depuis des jours.
Bond la saisit doucement par la main et l’entraîna avec lui derrière la
baraque voisine.
Plus loin, deux autres fourgons firent leur apparition dans la savane avant de
s’immobiliser devant le hangar improvisé. De sa cachette, Bond observa
toute la scène. Un grand homme de race noire descendit du véhicule et
s’entretint avec, ce qui semblait être, Vladec Pliskin. Puis un petit groupe

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d’hommes chargèrent de lourde valises dans un second camion. Une fois la
cargaison transférée, le conducteur se glissa derrière le volant de son
nouveau véhicule et prit la direction de la jungle. Bond devina que ce
changement de véhicule devait servir à brouiller les pistes lors du passage à
la frontière. Il devait admettre que ces individus semblaient bien organisés.
    - J’ai droit à ce spectacle tout les jours, railla Zoe.
    - C’est de l’histoire ancienne tout ça, je vais te faire sortir d’ici.
Au même instant, ils entendirent les cris poussés par celui qu’ils avaient
enfermé dans la misérable cabane. « Elle s’est échappée ! Rattrapez-la !
Vite ! Retrouvez-la ! » Bond jeta un coup d’œil furtif en direction du hangar
et constata avec effroi que le prisonnier avait réussit à alerter ses camarades,
ces derniers se dirigèrent rapidement vers l’origine des hurlements, certains
avaient même sauté à bord de motos tout-terrain.
    - J’ai l’impression que nous avons contrarié nos hôtes. Nous devons
       trouver un moyen de nous rendre au Nord, dit Bond à l’intention de
       Zoe, un hydravion nous attends au pied de la rivière.
    - Lorsque j’ai été parachuté, j’ai remarqué un petit débarcadère sur la
       rive de la rivière, il me semblait même qu’il y avait des bateaux.
Des coups de feu d’avertissement retentirent à proximité.
    - Nous n’avons pas une seconde à perdre. Allons-y.
Ils se mirent à courir en direction de la jungle et s’engouffrèrent dans les
buissons au moment même où des balles se mirent à siffler à leurs oreilles.
Ils durent porter une attention particulière pour ne pas trébucher sur les
nombreuses racines des arbres tandis qu’ils se frayèrent un chemin parmi la
broussaille. Bond pouvait sentir les feuilles affilées des arbustes lui taillader
les avant-bras. Les coups de feu avaient cessés, pour faire place au
ronronnement incessant des motos qui filaient sur un sentier dans les bois. À
bout de souffle, Bond s’arrêta en apercevant l’un des véhicules immobilisés
sur la route à la sortie des arbres, les passagers avaient mit pied à terre pour
fouiller les bosquets. Bond prit Zoe par les épaules et l’abaissa derrière un
buisson.
    - Ne fais pas le moindre bruit, lui murmura-t-il à l’oreille.
Le craquement des brindilles causé par le pas des hommes se fit de plus en
plus audible. Bond regarda aux-travers les branches et aperçut quelqu’un
s’approcher d’eux. Avec la rapidité d’un félin, Bond se redressa et
administra une solide droite à son assaillant avant de le faire pivoter sur lui-
même afin de l’utiliser en tant que bouclier humain. Son compagnon leva le
canon de son arme, mais se ravisa en rencontrant le regard effrayé de son
ami. Zoe se dressa à son tour avant d’arracher le couteau que portait Bond à
la ceinture pour le lancer à la gorge de l’autre type. Avant même que ce

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dernier ne touche le sol, Bond brisa la nuque de son bouclier humain puis les
deux individus s’affalèrent simultanément.
    - Tu ne pensais tout de même pas que j’allais assister à tout ça sans y
        participer j’espère ? ironisa-t-elle.
    - Je n’y ai jamais songé. (Il vit alors la moto garée le long du sentier) Je
        crois que ces messieurs ne verront pas d’inconvénient si nous leur
        empruntons leur moyen de transport.
    - Je serais curieuse de voir comment ils compteraient nous en
        empêcher.
Ils se dirigèrent rapidement vers le véhicule et montèrent à bord, Bond se
glissa aux commandes tandis que Zoe passa derrière lui, les bras autour de sa
taille. Ils filèrent sur le sentier complètement entouré de verdure lorsqu’ils
entendirent au loin des cris rageurs suivit de crissement de pneus.
    - La rivière devrait se trouver à la fin de cette route. (Elle regarda
        derrière) Aucune trace de nos poursuivants.
    - Ni du moindre signe de gratitude, fit-il avec un sourire.
    - Je suis persuadée que nous trouverons un terrain d’entente.
    - Il me semble avoir déjà entendu ça.
Bond rétrograda à l’approche d’une courbe, puis poussa le moteur à fond
lors d’une longue ligne droite, au bout de laquelle les arbres semblaient
s’ouvrir. Ils pouvaient à présent humer l’odeur d’un courant d’eau tout près.
    - Nous y sommes, annonça Zoe.
Bond accéléra puis il enfonça les freins une fois sur la berge. Un peu plus
loin, un petit quai reposait piteusement le long de la rivière, secoué par les
vagues, auquel étaient reliées trois speedboats à l’allure très aérodynamique.
Ils bondirent de la moto et se dirigèrent rapidement vers le vaisseau le plus
près. Bond sauta à bord et vérifia en premier lieu la quantité de carburant, il
en aurait suffisamment pour gagner le pied de la rivière, pendant ce temps,
Zoe avait détaché la corde retenant le bateau au quai avant de le rejoindre.
Tandis que Bond faisait rugir le moteur du puissant speedboat, deux jeeps
firent éruption en trombe sur la berge en ouvrant le feu sur l’embarcation qui
commençait à s’éloigner d’eux. Prenant l’initiative, Vladec Pliskin sauta à
bord du second speedboat et se lança aux trousses des fugitifs. Le reste des
hommes décidèrent d’en faire autant, aussi se partageaient-ils le dernier
vaisseau. Les trois speedboats filaient comme des fusées sur la rivière calme.
« Ils nous ont prit en chasse ! » lança Zoe à l’intention de Bond. Ce dernier
regarda par-dessus son épaule et aperçut effectivement deux autres points
fendre les flots à leur suite. « Accroche-toi ! » Bond poussa les moteurs à
fond et le speedboat produisit un rugissement. Au bout de quelques mètres,
la rivière s’ouvrait en deux, séparé par un lopin de terre. Bond opta pour la

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voie de droite. Ses poursuivants en firent autant. Tout deux sursautèrent
lorsqu’un projectile vint s’écraser contre le pare-brise, à quelques
centimètres de la tête de Bond.
    - C’est Pliskin, l’informa Zoe. Il a l’air furieux.
    - Encore un autre mari jaloux.
Elle soupira.
    - Regarde ce qui se trouve sous cette toile, dit-il en désignant la grande
       toile poussiéreuse sous laquelle se trouvait un gros objet.
Zoe jeta la toile au fond de l’embarcation et découvrit ce qu’elle dissimulait :
un gros caisson remplit de diamants. Elle échappa un sifflement
d’admiration.
    - Je ne crois pas qu’ils nous soient d’une quelconque utilité, fit-elle. Pas
       pour l’instant en tout cas.
Bond ignora la remarque, il posa plutôt son regard sur le bidon d’essence de
rechange posé par-terre. Puis il examina le tableau de bord, sur lequel se
trouvait accroché un fusil éclaireur, pour les urgences. Ils avaient
suffisamment de carburant dans le réservoir pour atteindre leur destination,
ce bidon n’était donc pas nécessaire, pas plus que la fusée de détresse
d’ailleurs.
    - Zoe, je te cède les commandes, dit-il en quittant son poste sans même
       attendre qu’elle l’ait remplacé.
La jeune femme se précipita sur le volant, alors qu’elle suivait avec intérêt
les agissements de Bond. Celui-ci avait glissé le fusil éclaireur sous sa
ceinture et s’était avancé à l’arrière du speedboat en traînant le bidon
d’essence avec lui. Il le souleva péniblement et le lança par-dessus bord. Le
bidon se mit à flotter à leur suite, en s’approchant dangereusement de leurs
poursuivants. Puis il s’empara du fusil éclaireur et le braqua sur la cible
flottante, attendant le bon moment.
Vladec Pliskin était en train de changer le chargeur de son arme lorsque
Bond avait largué le bidon d’essence, il ne vit donc l’objet qu’à la dernière
seconde, ne réussissant pas à l’éviter quand il explosa violemment.
L’explosion souffla son speedboat dans les airs. Alors qu’il traversait le mur
de feu, le brasier s’accrocha à son embarcation, ce qui le força à sauter à
l’eau, quoique trop tard pour échapper aux flammes. Il s’engouffra dans les
eaux tumultueuses peu après que son speedboat ait explosé en plein vol,
avant de terminer sa course sur la rive. Le speedboat restant avait réussit à
éviter l’explosion et reprit la poursuite.
    - Pliskin semble avoir abandonné la course, fit remarquer Bond, il avait
       envie de se baigner.



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    - Je crois que nous n’allons par tarder à le rejoindre, rétorqua-t-elle
       d’une voix étranglée, regarde.
Bond se retourna et découvrit l’objet de son inquiétude. Ils étaient bien
parvenus à destination, mais malheureusement la rivière se terminait par une
incroyable chute de plusieurs mètres de haut. Il arrivait même à entendre le
poids de l’eau s’écraser contre les rochers au pied de la chute, ce qui
témoignait de l’impact que causerait leur cascade infernale. Instinctivement,
Zoe coupa les moteurs, mais il était trop tard, le courant les attirait
inévitablement vers une mort certaine. Quant à leurs poursuivants, ils
avaient pu s’éloigner du courant pour ainsi regagner la berge, où ils étaient
sains et sauf. Ils se rapprochaient dangereusement du vide, Zoe se démena
comme un diable dans l’eau bénite afin de s’en éloigner, mais sans le
moindre succès. Le vrombissement de la chute se fit de plus en plus
inquiétant, elle ne semblait être qu’à quelques mètres d’eux, ce qui n’était
uniquement pas une impression.
Bond jeta un coup d’œil à la ronde, dans l’espoir de trouver une
échappatoire, pour ensuite poser son regard sur la toile gisant à ses pieds. Il
l’examina rapidement et n’y découvrit aucun dommage réellement majeur.
Ils devaient tenter le coup. Il enroula deux extrémités autour de sa main
gauche et en fit autant avec la droite. Zoe le dévisagea, manifestement
perplexe.
    - Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda-t-elle.
    - Je test une loi de la physique. Accroche-toi à moi.
    - Je commençais à perdre espoir, James.
Elle passa ses bras autour du cou de Bond, et celui-ci passa les siens par-
dessus Zoe, de manière à pouvoir lever la toile en l’air aisément. L’avant du
speedboat se déroba sous leurs yeux tandis qu’ils se sentaient tomber dans le
vide. Rapidement, Bond déploya la toile au-dessus de leur tête et parvint au
résultat escompté. Tandis que leur embarcation sombrait au centre des eaux
endiablées, ils s’éloignèrent du torrent en planant lentement, se servant de la
toile comme d’un parachute de fortune. Bond évita de regarder en bas, pas
tant pour la hauteur que pour la douleur qui crispait son visage. Leur deux
poids reposaient entièrement sur ses poignets, autour desquels se trouvait
enroulée la toile. Il trouva réconfort dans les yeux bruns de la merveilleuse
femme collée contre lui. Ils finirent par perdre un peu d’altitude et se
rapprochaient des arbres, mais la principale menace était écartée. Bond se
permit de baisser les yeux et aperçut l’hydravion qui reposait sur un cours
d’eau, un peu plus bas. À l’aide d’un habile transfert de poids d’un bras à
l’autre, il réussit à se diriger afin de ne pas trop s’éloigner de l’appareil qui
les attendait. Les deux parachutistes tournoyèrent dans les airs en regagnant

                                       11
lentement la terre ferme, Bond avait localisé une petite plaine où il pourrait
se poser sans difficulté. À quelques mètres du sol, il lâcha la toile et les deux
agents s’affalèrent dans l’herbe. Étendu sur le dos, Bond fixa le ciel en se
remettant de ses efforts, Zoe le rejoignit et s’allongea contre lui.
    - Alors comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle doucement.
    - Pas très bien je dois dire.
    - Vraiment ?
Elle commença à lui mordiller tendrement le lobe d’oreille, puis à recouvrir
son visage de petits baisers.
    - Et maintenant ? demanda-t-elle à nouveau.
    - Ça progresse.
Il la tira contre lui et l’embrassa fougueusement. Mais ils furent interrompus
par l’arrivée du pilote qui s’inquiétait pour eux.
    - Commandeur Bond, l’interpella-t-il, vous allez bien ?
Bond se releva péniblement, aidé de Zoe.
    - Je vais bien, répondit-il. L’agent Nightshade était justement en train
        de me prodiguer les premiers soins.
Zoe étouffa un rire, alors que le regard du pilote passa de l’un à l’autre.
    - Je vois, fit-il d’une voix pleine de sous-entendus. Dans ce cas nous
        pourrons décoller. Suivez-moi, l’appareil n’est pas loin.
Ils suivirent le pilote jusqu’à l’appareil, puis quelques secondes plus tard,
quittèrent la région. Durant le vol, Bond espérait se retrouver à nouveau seul
avec Zoe, question de renouer avec le bon vieux temps.




                                       12
                               Chapitre 2 :
                               Le renégat

QG de la CIA, Langley, Virginie
2 jours plus tard…

Depuis le départ de son ami, Félix Leiter, Bond n’avait visité les locaux de
la CIA qu’à de très rares occasions. L’endroit n’avait guère changé depuis sa
dernière visite, soit six ans auparavant, l’équipement avait évolué, bien
entendu, mais il y régnait toujours la même atmosphère austère. Le supérieur
de Zoe, Edward Turner, tenait absolument à rencontrer 007 dès leur retour
au pays. Après en avoir référé à M, la veille de son départ, Bond avait prit
l’avion en compagnie de Zoe en direction de Langley, où ils arrivèrent dans
la fin de la matinée. Tous deux, Bond comme Zoe, s’entendirent pour garder
secret l’étendu de leur relation, qui s’était accentuée lors de leur séjour en
Afrique, ce qui ne pourrait être d’un grand intérêt pour leurs deux pays.
Malgré le silence que M portait à ce sujet, Bond savait qu’elle était au
courant depuis l’opération Malpave, ce qui ne le mettait manifestement pas à
l’abri des allusions de sa supérieure.
L’écran numérique au-dessus de la porte de l’ascenseur venait de passer du
trois au quatre, seul en compagnie de l’agent Nightshade, Bond ne voyait
pas la nécessité d’entamer la conversation. Quant à Zoe, elle se contentait
seulement de fredonner la mélodie que jouaient les haut-parleurs de
l’habitacle. Ce silence persista jusqu’au septième étage, lorsque les portes
s’ouvrirent finalement devant eux. Les deux agents traversèrent un véritable
champ de bataille informatique, des opérateurs s’affairaient frénétiquement à
leur bureau de travail en s’échangeant constamment des documents d’un
bout à l’autre de la salle. Bond faillit être emboutit par l’empressement du
coursier qui, visiblement, ne l’avait pas aperçu.
    - C’est l’heure de pointe on dirait, fit remarquer Bond en haussant la
       voix afin de se faire entendre parmi cette cacophonie.
    - Tu plaisantes, j’espère ? C’est la journée la plus calme de la semaine,
       répliqua Zoe sur le même ton.
    - Vraiment ? Les temps ont changés.
Zoe le conduisit à l’écart de la pagaille jusqu’à un long corridor se terminant
par une épaisse porte vitrée, Bond pouvait reconnaître ce qui semblait être
une salle de conférence. Par mesure préventive, Zoe dut passer par un
système de reconnaissance rétinien avant de pouvoir franchir la porte, puis il
entrèrent. Bond avait vu juste, il s’agissait bel et bien d’une salle de


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conférence. L’éclairage était tamisé afin de bien discerner ce qu’affichait
l’écran mural, devant laquelle se trouvait une large table ovale, occupée par
Edward Turner (de toute évidence)…ainsi que M et Bill Tanner ?
Bond ne put cacher sa surprise, Tanner s’en rendait bien compte. Le chef
d’état-major et ami de Bond s’était vu offrir ce voyage par M à la dernière
minute. Officieusement il ne devrait pas être là, M non plus d’ailleurs, mais
Turner avait insisté pour les rencontrer en compagnie de 007.
    - Vous voilà donc, fit chaleureusement Turner. Zoe, est-ce que tout va
       bien ?
    - Je vais bien.
Puis il se tourna vers Bond et lui serra la main.
    - Je suis ravi de faire finalement votre connaissance, Mr Bond. Votre
       réputation vous précède.
    - Tout le plaisir est pour moi.
Le sourire de Turner semblait honnête, ainsi que son regard. Malgré ses
cheveux et sa moustache poivre et sel, Turner gardait tout de même la
carrure d’un homme de trente ans, quelqu’un de très charismatique.
Après avoir salué M et Tanner de la tête, Bond s’asseya autour de la table
tandis que Zoe s’installa un peu plus loin, ce qui attira un demi-sourire aux
lèvres de M. Turner fut le premier à prendre la parole.
    - Comme vous devez le savoir Mr Bond, la contrebande illégale de
       diamants de conflit a connu une forte hausse depuis que l’ONU a voté
       l’embargo. Les gouvernements affirment que le problème est réglé,
       mais il est loin de l’être, il se fait seulement plus discret. Les
       contrebandiers mettent au point des techniques d’échange de plus en
       plus créatifs, il est devenu très difficile pour nous de les pister. En
       général, ils se servent de ces diamants afin de se procurer des armes.
       Mais je crois que nous sommes sur le point d’y remédier grâce aux
       renseignements que nous a fournit l’agent Nightshade.
Turner activa l’écran mural à l’aide d’une télécommande et la photo de
Vladec Pliskin apparut.
    - Vladec Pliskin, murmura Bond. A-t-il survécu?
    - J’ai bien peur que oui, 007, répondit M après un long silence.
       Néanmoins il porte toujours la marque de votre rencontre. Un de nos
       agents en Amérique latine l’a aperçu dans une clinique clandestine, le
       jour suivant votre intervention en Afrique. Pliskin a été sévèrement
       brûlé sur toute la partie gauche de son visage, mais l’on m’a rapporté
       que le docteur Scarpa a fait un merveilleux travail esthétique.
    - Selon nos sources, il serait parti retrouver son frère, Jéricho, à Berlin,
       ajouta Tanner. Sa propriété est en permanence surveillée par satellite.

                                      14
   - Vous devez connaître sans aucun doute Jéricho Pliskin, demanda
       Turner en affichant sa photo à l’écran.
Bond leva les yeux et étudia brièvement le visage qu’on lui présentait.
Jéricho Pliskin avait tout les caractéristiques de l’Allemand typique, carrure
athlétique, cheveux blond pendant jusqu’aux épaules et de perçants yeux
bleus, il devait approcher la cinquantaine, sans même le laisser paraître. Un
pur fruit de la seconde guerre mondiale, Adolf Hitler en serait fier. Malgré
tout Bond ressentit le plus grand mépris pour cet homme qu’il n’avait jamais
rencontré, en dépit de tout ce qu’il savait à son propos.
   - L’aîné des frères Pliskin est bien connu dans ce genre de milieu, dit
       Bond en soupirant. Pendant six ans, il a espionné au profit des
       soviétiques alors qu’il était un officier en vue au sein du KGB. Il a
       fournit maints renseignements concernant les espions des services
       américains, permettant à Moscou de mettre en place un réseau
       d’agents doubles qui trompaient la CIA. Après s’être vu destituer son
       statut d’officier suite à une sale affaire de corruption, il s’est lancé à
       son compte en fondant un solide réseau de contrebandiers constitué en
       majeure partie d’ex-militaires ainsi que de plusieurs mercenaires. Très
       fort dans le commerce des armes. Une bonne équipe de trafiquants
       avec des contacts partout, le gouvernement, dans l’armée et même au
       KGB. Ils sont basés principalement en Allemagne de l’Est, terre
       natale de Pliskin, et ce sont eux qui, les premiers, ont fait entrer des
       armes en Iraq lors de la guerre du Golfe. N’ayant aucun repère fixe, il
       est très difficile de les localiser avec précision. Selon nos sources, il
       posséderait plusieurs mines de diamants en Afrique du sud.
   - Vos connaissances dépassent largement mes espérances Mr Bond, fit
       Turner. Néanmoins elles sont incomplètes. Pliskin a fait l’acquisition
       le mois dernier d’un château allemand ayant appartenu aux nazis lors
       de la deuxième guerre mondiale, en plein Allemagne de l’Est.
   - Avez-vous procédez à une investigation sur place ? demanda Zoe.
   - Inutile d’y songer ma chère, répondit M, le gouvernement lui a
       accordé l’immunité. À titre officieux, Pliskin est intouchable.
   - Et à titre non-officieux ? rétorqua aussitôt Bond, sachant
       pertinemment où sa supérieure voulait en venir.
   - Tout est possible, répondit-elle. Mais le premier ministre ne veut pas
       créer de crise diplomatique. Vous en serez donc appeler à la
       discrétion, 007.
   - La discrétion sera de mise pour vous également, Zoe, l’informa
       Edward Turner. Bond s’occupera de l’opération à l’interne, quant à
       vous, vous surveillerez ses arrières.

                                       15
    - Je les surveille depuis déjà un moment, ironisa-t-elle.
Embarrassé, Bond sourit à M, qui n’avait manqué aucun mot de la
conversation. Toutefois Turner ne semblait pas avoir saisit l’allusion, où
alors il tentait tout bonnement de l’ignorer.
    - J’ai une entière confiance en l’agent Nightshade à ce sujet, Mr Turner,
       rétorqua simplement Bond.
    - Excellent, fit Turner jovialement. Je suis ravi de constater que tous
       s’entendent à merveille dans cette affaire. (Il se leva, puis Zoe l’imita)
       Maintenant si vous voulez bien nous excuser, l’agent Nightshade et
       moi avons des choses à discuter. Heureux d’avoir pu faire votre
       connaissance.
Avant de suivre Turner dans la pièce voisine, Zoe lança un dernier sourire à
l’intention de Bond. À son regard, on aurait presque dit un sourire d’adieu.
Puis la porte se referma derrière elle et un silence s’installa dans la salle de
conférence. Jusqu’à que ce que les talons de M claquèrent sur le carrelage,
tirant péniblement Bond de sa quiétude.
    - Ne nous attardons par plus que nécessaire, lança-t-elle en quittant la
       pièce, notre jet nous attends sur la piste.
    - James, murmura Tanner afin de ne pas se faire entendre de sa
       supérieure, qu’y a-t-il exactement entre vous et l’agent Nightshade ?
    - Désolé, Bill. Secret d’État.

                                     *****

À peine une demi-heure après avoir quitté Zoe, Bond se trouvait à bord du
jet privé de M en destination de Londres où, le présumait-il, il aurait à faire
ses valises pour Berlin. L’idée ne lui déplaisait pas particulièrement, sans
trop savoir pourquoi, il envisageait cette mission avec beaucoup de
béatitude. Peut-être était-ce dû au fait qu’il n’avait pas vu d’action depuis
trop longtemps. Mais peu importe le risque que comportait cette mission, il
pouvait faire confiance à l’agent Nightshade pour surveiller ses arrières, elle
avait déjà fait ses preuves auparavant. Elle s’était montrée très forte lors de
l’opération Nightfire deux ans plus tôt, Bond se plaisait à croire qu’ils
avaient tout deux la même force de caractère.
Peu de temps après le décollage, Bill Tanner vint s’asseoir à côté de lui en
soupirant.
    - J’imagine que je ne resterai pas très longtemps à Londres, dit Bond.
    - Non, en effet. M va bientôt venir vous en dire plus.




                                       16
Sur ces mots, M traversa le rideau séparant le cockpit des passagers et
s’asseya sur le siège en face des deux hommes. Bond remarqua
immédiatement le document qu’elle tenait à la main.
    - Nous vous envoyons en Espagne, 007, fit-elle en lui remettant le
       document.
Bond s’en empara d’un air étonné.
    - Je croyais pourtant goûter aux joies de Berlin, rétorqua-t-il.
    - Berlin est sur votre itinéraire, mais pas en premier lieu. Jetez un coup
       d’œil à votre dossier.
Il hésita un moment, puis il ouvrit la page couverture pour tomber
directement sur la photo d’une très séduisante brunette. Des yeux d’un vert
limpide, une bouche sensuelle, un corps athlétique, le genre de femme qui
fait rêver les hommes. Bond devina que M avait placé cette photo afin
d’attirer son attention, elle y était bien parvenue.
    - Qui c’est ? demanda-t-il.
    - Alexia Vasquez, la copine de Jéricho Pliskin. Nous la surveillons
       depuis un moment, puisque Pliskin est introuvable, elle est notre
       meilleur moyen de remonter jusqu’à lui. Au cours des trois dernières
       semaines, elle s’est rendue dans un casino de Cadiz à plus de onze
       occasions.
    - Nous pensons que ce casino leur sert de lieu de transaction, ajouta
       Tanner, et que Alexia leur sert de collecteur. Ce qui s’est déjà vu par
       le passé.
    - Donc je dois surveiller cette femme, en conclut Bond.
    - Vous aurez également à entrer en contact avec elle, sous une fausse
       identité, bien entendu. Nous vous avons fait ficher par le KGB sous le
       nom de James Blodman, un trafiquant d’armes de la côte est. Vous
       l’approcherez de cette façon. Nous savons que Pliskin est toujours à la
       recherche de nouveaux collaborateurs.
    - Mais avant toute chose James, vous devez être certain que Vladec
       Pliskin ne pourra vous identifier, s’inquiéta Tanner.
    - Il n’a pas vu mon visage, je vois mal comment il pourrait y parvenir.
       Mais au fait, en quoi est-ce que Jéricho Pliskin se particularise des
       autres trafiquants ? Mis à part sa notoriété.
    - Il ne fait pas le commerce des diamants dans le seul but de s’offrir un
       luxueux domaine en Allemagne de l’Est, commença M, il
       subventionne, et ce depuis des années, des groupes rebelles terroristes
       de tout genre. En d’autres termes, il se trouve au sommet de la
       pyramide qui cause chaque année l’exécution de milliers d’innocents
       à travers le monde.

                                     17
    - Mais qu’est-ce qu’il obtient en retour de ces diamants ?
    - Des armes. Parmi ses contacts, plusieurs d’entre eux sont en mesure
       de lui fournir de l’armement à la fine pointe de la technologie. Ce qui
       lui permet de vendre, et d’acheter par la même occasion.
    - Ses parents ont de quoi être fiers, fit sarcastiquement Bond.
    - Ses parents sont morts, l’année de la chute du mur de Berlin,
       l’informa Tanner. La journée même où il a perdu son poste au sein du
       KGB. Selon les autorités de l’époque, Pliskin aurait pété les plombs
       après sa destitution et aurait tué ses propres parents avant de maquiller
       son crime en suicide. On ne l’a jamais mit sous arrêt pour cela. Depuis
       ce jour, Pliskin est quelqu’un de très instable psychologiquement.
    - Il ne doit certainement pas gérer cette affaire tout seul, fit remarquer
       Bond, avons-nous réussit à identifier ses autres collaborateurs ?
    - Outre son entourage direct, non, répondit Tanner. Mais si Pliskin
       tombe, tout son organisation tombera avec lui.
    - Exact. D’ici là, vous devrez être très prudent, 007, l’avertit M, Pliskin
       a des contacts partout, très haut-placés, méfiez-vous de tout le monde.
       Nous n’osons pas imaginer ce qu’ils vous feraient si vous étiez
       démasqué.
    - Tout ça est d’un tel récomfort, lança Bond d’un ton détaché.
       J’imagine que l’agent Nightshade est là pour empêcher que cela ne se
       produise.
    - Elle vous sera d’une aide précieuse en cas d’évacuation. Mais il vous
       sera strictement interdit d’entrer en contact avec elle durant votre
       séjour chez Pliskin, le mit-elle en garde.
Bond acquiesça d’un signe de tête.
    - Mais comment peut-on savoir si Pliskin m’ouvrira les portes de son
       château ? demanda Bond après réflexion.
Tanner lui remit un cliché du domaine de Pliskin prit par satellite. On
pouvait y voir un superbe château de type colonial perché au sommet d’un
pic rocheux entouré de vastes monts enneigés. Mais Bond porta une
attention particulière aux nombreuses limousines stationnées dans la cour
avant du domaine.
    - Pliskin organise un petit congrès ce week-end, commenta M, composé
       essentiellement de futurs clients potentiels. De toute évidence, il
       cherche à étendre son marché aux quatre coins du globe. Tout les
       trafiquants d’une grande intégrité seront les bienvenus, il est
       primordial que vous mettiez la main sur la liste des invités. En une
       seule opération, coincer tout les plus gros trafiquants de la planète, et
       ainsi diminuer drastiquement le taux de contrebande mondiale.

                                      18
   - Si je souhaite y être invité, je devrai d’abord passer par Alexia. Reste
     donc à gagner ses bonnes grâces.
   - Faites-lui une offre qu’elle ne pourra refuser, ce sera un jeu d’enfant
     pour vous, James, le taquina Bill Tanner.
   - Si seulement c’était aussi facile, Bill.

                                     *****


Londres, Angleterre.

Bond avait mit très peu de temps à rassembler ses affaires à l’intérieur de
son luxueux appartement sur King’s Road, principalement dû à l’absence de
sa gouvernante, May. Cette dernière le remettant sans cesse à l’ordre quant à
son mode de vie aux apparences plutôt douteuses, plus particulièrement à
propos des nuits qu’il passait à l’extérieur, en compagnie d’une de ses
nombreuses conquêtes. Un jour, il avait eu le malheur de mettre à la lessive
une chemise tachée de rouge à lèvre, invisible aux yeux de Bond, elle ne
manqua pas d’attirer l’attention de cette chère May aux yeux de lynx.
Malgré tout, elle lui était très loyale, en plus de servir un petit déjeuner hors
du commun, repas favori de Bond dans la journée.
Après avoir embarqué sa lourde valise à l’arrière de son Aston Martin DB5,
voiture « civile », il se rendit au QG du MI6 en empruntant les routes
habituellement achalandées du mardi matin. Comme à l’accoutumé, à peine
une demi-heure plus tard, il stationna sa voiture dans le parking sous-terrain
avant de prendre l’ascenseur jusqu’au troisième étage.
Bond ne pouvait pas quitter le pays sans passer d’abord par le département
Q, autant pour s’équiper en mission que pour voir la mine horrible de ce bon
Q à cette heure hâtive de la matinée. Le successeur de l’irremplaçable Major
Boothroyd, faisait un excellent boulot sur le plan technologique, sa récente
voiture caméléon l’ayant grandement impressionnée, mais il semblait
néanmoins souffrir de ces longues heures de travail nocturne.
En passant la porte vitrée, Bond s’immergea dans l’univers des créations à la
fine pointes de la technologies mis au point par les techniciens du
département.
Après avoir traversé la totalité de la section, il retrouva finalement Q au
stand de tir, tenant une arme entre les mains, ce qui n’était jamais bon signe.
Un technicien portant une combinaison blindée et un casque, se trouvait tout
au fond de la galerie, tenant un simple stylo à bout de bras. « Maintenant. »
lui hurla Q. Le coup de feu partit et atteignit le technicien en plein torse,

                                       19
l’homme recula contre le mur, avant de se redresser péniblement. Pendant ce
temps, Q étira un long soupir, sans même se soucier de l’état de son
assistant.
    - Vous venez de faire la preuve que le canon est plus puissant que la
        plume, lui lança Bond.
Exaspéré, Q se retourna vers lui en jetant ses lunettes de protection par-terre.
    - Pour votre information, 007, railla-t-il, je suis presque parvenu à
        mettre au point ce stylo-magnétique, assez puissant pour faire dévier
        une balle de sa trajectoire.
Bond jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule de Q et observa le technicien
ébranlé s’éloigner lentement.
    - Pour l’instant il ne semble pas tout à fait au point, fit-il.
    - J’allais y venir avant que vous veniez m’interrompre. (Il tourna les
        talons et se dirigea vers son bureau, suivit de Bond.) M m’a parlé de
        l’opération, j’ai peut-être quelques bricoles qui pourraient vous être
        utiles. Si seulement vous en faisiez bon usage.
Il farfouilla sa surface de travail et en sortit une paire de lunette teintée, à
l’armature argentée. « Mettez-les. » lui ordonna-t-il en remettant les lunettes
à Bond, ce dernier s’exécuta.
    - Qu’est-ce que vous voyez ? demanda Q.
    - Rien de particulier.
    - Bien évidemment, puisque le store est monté. Pour le descendre,
        appuyez sur la petite saillit se trouvant sur la monture, à droite.
Les doigts de Bond trouvèrent la dite saillit à l’endroit indiqué et
l’enfoncèrent. Progressivement sa vision prit des teintes bleutées, comme s’il
regardait à travers une lentille bleue. Regardant autour de lui, c’est à cet
instant qu’il se rendit compte qu’il pouvait voir à travers les murs, comme
s’ils étaient fait de verre.
    - Ces lunettes vous permettront de voir tout ce qui se trouve derrière les
        murs et quelconque façade, clama fièrement Q en prenant l’aspect
        d’un vendeur automobile. Très utile lorsque vous vous trouvez en
        territoire ennemi.
    - Tiens donc, murmura Bond en fixant attentivement le mur du fond.
    - Qu’y a-t-il ? demanda Q, intrigué.
Ce qu’il ignorait, c’est que de sa position, Bond pouvait parfaitement voir à
l’intérieur des toilettes pour dames, local adjacent. Il y vit une Miss
Moneypenny radieuse en train de s’appliquer du rouge à lèvre devant le
miroir mural.
    - Mmm, rien du tout, fit-il en retirant ses lunettes. Vous avez quelque
        chose d’autre à me montrer ?

                                      20
Q hésita un moment, comme s’il espérait que Bond lui fasse part de ce qu’il
regardait si intensément, puis il continua :
   - Votre nouveau téléphone portable, finit-il par dire en sortant l’objet de
       la poche intérieure de son veston. Nous y avons inclus un appareil-
       photo miniaturisé ainsi qu’un système de repérage par satellite. Sans
       oublier un câble de rappel capable de soutenir votre poids.
   - J’imagine que l’on peut également s’en servir pour téléphoner, lança
       Bond dans un rire étouffé.
Comme à l’habitude, son sens l’humour n’eut pas le moindre effet sur Q, qui
détestait que l’on plaisante sur son travail, comme lui avait si efficacement
prodigué son prédécesseur, le Major Boothroyd.
C’est alors que Miss Moneypenny fit son apparition dans les locaux du
département Q, fraîchement maquillée et parfumée, sans le moindre excès.
Bond savait très bien que c’était à son intention.
   - Bonjour, James, dit-elle dans un sourire rayonnant.
   - Cette chère Miss Moneypenny, ravissante ce matin.
   - Merci, James. Je craignais vous avoir manquer avant votre départ.
   - Vous n’avez rien à craindre, ma chère. Il ne me serait jamais venu à
       l’esprit de partir sans emporter une partie de vous avec moi.
Cette remarque fit monter le rouge aux joues de Moneypenny. Et attira un
soupir chez Q, qui leva les yeux au ciel d’exaspération.
   - Désolé d’interrompre votre briefing, 007, mais pouvons-nous
       continuer sur un terrain plus pratique, je vous prie ? Merci.
Moneypenny lança un sourire à Bond qui le lui rendit tandis qu’ils suivaient
Q jusqu’à une superbe voiture sport de couleur bleue sombre. Par ses
courbes aérodynamique, Bond reconnut aussitôt le tout dernier modèle de la
firme Aston Martin, la DB7 GT, avec son moteur 6.0-litres V12, elle était
tout à fait équipée pour la conduite rapide, autant sur route que sur terrain
montagneux. Car, malgré son apparence rutilante, Aston Martin la qualifiait
de voiture tout-terrain, ce qui s’avérait être un avantage pour Bond, qui
ignorait dans quelle conditions il aurait à la conduire.
   - Je dois admettre, 007, commença Q, que j’hésite encore à vous confier
       cette voiture, que je viens tout juste de mettre à terme, mais puisqu’il
       le faut. Vous conduirez donc cette Aston Martin DB7 GT, munit des
       dispositifs habituels, bien entendu. Missiles Stinger masqués derrière
       les phares, blindage à l’épreuve des balles, mitraillettes à visée laser,
       le fameux système d’autodéfense. Sans oublier un propulseur à
       l’hydrogène dissimulé à l’arrière de la voiture, vous pourrez ainsi
       voyager à plus de 300 km/h durant un lapse de temps très limité. Et
       finalement ceci, donc je suis particulièrement fier, un système

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       hydraulique permettant à votre voiture de se redresser sur les deux
       roues du côté gauche. Indispensable afin de se faufiler dans des
       endroits restreints.
Bond fit le tour du véhicule en l’inspectant sous tout ses angles, elle était
tout simplement remarquable. Puis il revint aux côtés de Moneypenny.
   - Vous voulez faire un tour ? lui proposa-t-il.
   - J’attendais que vous me le demandiez, dit-elle en s’avançant vers la
       portière, avant que Q ne vienne lui barrer la route.
   - Je regrette, 007, mais nous n’avons pas mit de longues heures de
       travails sur cette voiture dans ce but.
   - Ne soyez pas si obstiné, Q, lui dit Bond sur un ton apaisant, vous
       pouvez nous accompagner si vous voulez.
   - Devenez un peu adulte, 007, lança-t-il en s’éloignant.
   - En attendant cette balade, tenez, dit Moneypenny en lui remettant une
       enveloppe aux couleurs de la British Airways. Votre vol décolle dans
       une heure.
   - Ne faites pas cette tête, le consola-t-il, ce n’est que partie remise.
       Nous avons tout notre temps.

                                     *****

Cadiz, Espagne

James Bond venait tout juste de passer les services de la douane à sa
descente de l’appareil, grâce à sa mallette spéciale, personne ne se douta de
la présence du Walther P99 dissimulé à l’intérieur du double-fond. À peine
dix minutes plus tard, il récupéra ses valises et se dirigea d’un pas
nonchalant en direction de hall d’entrée. Alors qu’il quittait progressivement
le confort de la climatisation de l’aéroport, il se félicita intérieurement
d’avoir bourré ses valises de vêtements légers. Une chaleur étouffante
l’enveloppa et le soleil l’aveuglait, perçant à travers les larges baies vitrées.
À son grand étonnement, il ne croisa pratiquement pas d’espagnols durant
son trajet jusqu’à la sortie. La grande majorité des occupants de l’aéroport
était composé de touristes et de gens d’affaire, qui n’étaient que de passage.
Quant à Bond, il avait déjà visité l’Espagne autrefois, dans ses nombreuses
occasions de voyage, mais il ne s’était jamais arrêté dans ce coin du pays. Il
connaissait l’histoire et la situation économique de Cadiz, sans l’avoir
constater lui-même sur place.
Cadiz était une ville avec plus de 3000 ans d’histoire où on peut facilement
se perdre dans ses rues et trouver des merveilles incroyables comme la

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cathédrale, la place de la Caleta, le port, le beau quartier de La Viña, celui de
El Mentidero et de Santa Maria. La luminosité, le climat tropical, la
bousculade et la joie de la ville vous attrapent complètement et sa magie et
singularité font de Cadiz une des plus belles villes de l’Occident. Ses étroites
et longues ruelles, ses places évocatrices et ses jardins magiques dessinaient
une magnifique trame urbaine que Bond était impatient de connaître.
Dès qu’il mit les pieds dehors, les yeux plissés sous le soleil de plomb, il
retira son veston avant de le passer par-dessus son épaule. Avant son départ,
M l’avait informé qu’un correspondant de la CIA l’accueillerait à son
arrivée, ce qui l’évita d’avoir à faire livrer son Aston Martin. Elle avait été
très brève à ce sujet, en ne disant que : « Vous reconnaîtrez sans doute la
familiarité d’usage. » Il n’avait donc là qu’une description générale de
l’homme qui devait l’accueillir. Tandis qu’il attendait toujours en bordure de
la route achalandée devant l’aéroport, une grosse main se posa sur son
épaule, ce qui le raidit. Puis une voix familière lui dit :
    - Buenos Dias, Jimbo.
Une seule personne en ce monde persistait à l’appeler ainsi, en dépit de ses
réprimantes : Jack Wade, de la CIA. Ce gros gaillard sympathique et Bond
avaient travaillé conjointement dans le passé, pour la première fois durant
l’opération Goldeneye, puis sur Tomorrow deux ans plus tard. Détendu,
Bond se retourna pour faire la rencontre du large sourire de Wade, ce dernier
portait un chapeau qui semblait être une taille trop petite pour sa grosse tête.
    - Wade, combien de fois t’ai-je dit de ne pas m’appeler Jimbo, fit Bond
       dans une fausse colère. M ne m’avait pas mentit à propos de cette
       histoire de « familiarité d’usage. »
    - Ah, on est des vieux potes maintenant, fit-il jovialement.
    - Ce ne sont pas exactement les termes que j’aurais employé, mais c’est
       une façon de voir les choses. (Il regarda autour d’eux.) Tu as une
       voiture, ou si tu traîne encore ton vieux taco à travers le pays ?
Bond avait dit cela avec une touche de moquerie.
    - Malheureusement, ma petite choupette à rendu l’âme l’année dernière.
       Un ennui mécanique avec le moteur.
    - J’imagine qu’elle en avait assez de ses traitements à coup de masse.
    - Faut croire. Pour le moment j’ai une voiture de location qui nous
       attends de l’autre côté de la rue. Tu veux que je porte tes valises ?
    - Ça fait partie de tes fonctions ?
    - Pas vraiment, fit-il en hochant la tête.
    - Dans ce cas je m’en chargerai, ce n’est pas lourd.
Ils traversèrent la rue, en se frayant un chemin entre les nombreuses
voitures, puis Wade le conduisit à une magnifique Mercedes décapotable de

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couleur crème. Bond donna ses valises à Wade qui alla les déposer dans le
coffre arrière avant de se glisser derrière le volant.
   - Alors là tu m’impressionne, Wade, lui dit Bond en prenant place du
       côté passager.
   - Tu pensais tout de même pas que j’allais t’accueillir en mobilette.
La Merdeces s’ébranla, puis se fondit dans la circulation. Bond en profita
pour enfiler ses lunettes fumées, puisque le soleil l’empêchait d’admirer le
paysage.
   - Alors qu’est-ce que tu as sur Alexia Vasquez ? demanda Bond.
Wade leva les yeux au ciel.
   - J’aimerais tout avoir sur cette femme, fit-il en soupirant. Une superbe
       créature. Elle fréquente beaucoup le casino Santa Maria Precios, et si
       elle n’y est pas, c’est qu’elle lézarde sur le yacht de Pliskin sur les
       côtes de la plage de Caleta. J’ai passé ma journée d’hier à la filer, et
       crois-moi, il m’arrivait parfois d’oublier mon boulot. Si tu vois ce que
       je veux dire.
   - Je vois à la perfection. Aucune trace des frères Pliskin ?
   - Non, ils se font discrets depuis cette histoire en Afrique, vous les avez
       démasqués, et, à ce qu’on raconte, tu as arrangé le portrait à Vladec.
Wade éclata de son rire grave.
   - Je regrette de ne pas l’avoir tué, grogna Bond.
   - Tu auras ta chance, Jimbo, tu l’auras. À quel hôtel loges-tu ?
   - Le Peninsula.
   - D’accord, je vais t’y déposer. Rejoins-moi au El Carmen à une heure
       de l’après-midi, c’est un petit bistro sympa, on y sera à l’aise pour
       discuter.




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                                Chapitre 3 :
                                Santa Alexia

Dès que Wade l’eut déposé à son hôtel, Bond demanda ses clés à la
réception, puis prit l’ascenseur jusqu’à son étage, soit le quatrième. La suite
qu’on lui avait réservée lui plaisait énormément, le style architectural
espagnol avait été respecté dans les moindres détails. En premier lieu, il
vérifia la présence d’un mouchard sous le téléphone, mais n’y trouvant rien
de suspect, il revint dans la pièce principale lorsque le garçon d’étage entra
avec ses bagages. Après qu’il eut déposé les valises au pied du vaste lit,
Bond lui remit un généreux pourboire puis le garçon se retira.
Une fois seul, il se débarrassa de sa chemise et alla dans la chambre de bain
se faire couler un bain. Afin de combattre la chaleur qui lui collait au corps,
il plongea donc dans une eau froide. Vingt minutes plus tard, il se rasa et
retourna au lit pour enfiler des vêtements légers, soit une chemise de coton
blanche et un pantalons de toiles. Ensuite il ouvrit le compartiment secret de
sa mallette et en sortit son Walther qu’il glissa sous sa ceinture dans le bas
du dos, avant de le recouvrir de sa chemise. Puis il quitta sa chambre.
Il redescendit dans le hall d’entrée et, une fois à l’extérieur, se héla un taxi.
« El Carmen por favor. » dit-il au chauffeur. Durant le trajet, Bond resta
surprit quant au nombre de passants qui arboraient les trottoirs de chaque
côté de la route déjà achalandée par la circulation. En passant devant un petit
cabaret, il entendit vaguement les rythmes endiablés de la musique
espagnole qu’il appréciait tant. Il était difficile de rester mélancolique au
milieu de cette atmosphère de fête continue.
Quand le chauffeur le déposa devant le El Carmen, Bond paya sa note et
descendit. Wade n’avait pas dit faux au sujet du bistro, l’endroit semblait
sympathique. La façade donnant sur le rue était complètement ouvert, ce qui
rendait l’ambiance complètement accessible aux yeux de tous. Au premier
coup d’œil le bistro lui parut remplit à sa pleine capacité, mais c’était avant
qu’il s’apercoive de la présence d’une spacieuse terrasse à l’arrière de
l’immeuble, baignant entièrement sous les chauds rayons du soleil. Il se
fraya un chemin parmi les clients animés et sortit sur la terrasse. Ce qu’il
n’avait pas remarqué pendant le trajet en taxi, c’était que le El Carmen se
trouvait à plusieurs mètres au-dessus du niveau de la mer et surplombait la
plage. Stupéfait, il s’avança vers la rambarde et baissa les yeux. La vue était
grandiose, à ses pieds se trouvait une végétation luxurieuse et un peu plus
loin, la plage grouillante de gens où se détachait à l’horizon la mer
miroitante au soleil. « Hého Jimbo ! » l’interpella une voix. Jack Wade lui


                                       25
faisait un signe de la main, assit à une table à l’extrémité de la terrasse. Bond
le rejoignit et s’installa face à lui.
    - Je t’avais bien dit que c’était un endroit sympa, clama Wade, tout fier
        de lui.
    - Ce n’est pas mal, en effet. C’est difficile de croire qu’on est ici par
        affaire. Alors qu’avez-vous découvert sur le Santa Maria Precios ?
    - Très peu de choses en fait, on n’a pas réussit à s’approcher
        suffisamment de l’endroit. Le casino appartiendrait à un certain Luis
        Esperanza, il est fiché par nos services pour une histoire de
        détournement de fonds remontant au début des années 90. Un sale
        type. Crois-tu qu’il soit de mèche avec Pliskin ?
    - Ça expliquerait pourquoi ils se servent de ce casino en particulier pour
        transiger avec leurs clients, ils sont couverts par la direction et en plus
        ça a tout l’air d’un acte légal. Quand Alexia s’est-elle rendu au casino
        pour la dernière fois ?
    - Hier soir, un peu après vingt heures.
    - Et as-tu aperçu un visage familier dans les parages à ce moment-là, un
        trafiquant fiché par vos services ?
    - Non, personne. Ils doivent opérer dans l’anonymat.
Bond se laissa tomber contre le dossier de sa chaise, et étira un long soupir.
    - Et où est Alexia à l’heure actuelle ? demanda-t-il.
Wade sourit comme s’il attendait la question depuis une éternité, puis il lui
tendit une paire de jumelles qui se trouvait à ses pieds sous la table.
    - Tu te souviens de ce que je t’ai dis, quand elle n’est pas au casino, elle
        lézarde sur le yacht de Pliskin. Et il se trouve à être juste là, ancré le
        long des côtes de la plage.
Ils se levèrent et se dirigèrent vers la rambarde. Wade lui indiqua du doigt le
minuscule point blanc qui se démarquait du bleu limpide de la mer. Bond
porta les jumelles à ses yeux et les pointèrent en direction du yacht. À
première vue le pont supérieur semblait désert, à l’exception d’un homme en
habit de marin qui venait tout juste de passer la porte d’une cabine. Puis il
descendit au niveau inférieur en longeant la poupe du navire jusqu’à ce
qu’une silhouette étendue attira son attention. C’est alors qu’il la vit, Alexia
Vasquez, allongée sur une chaise longue, se faisant bronzer sous le soleil, les
yeux fermés. Elle ne portait qu’une mince bikini blanc et son corps svelte et
élancé reluisait de lotion solaire. Son épaisse chevelure brune retombait
élégamment sur ses épaules. Cette image de la perfection fait femme rappela
à Bond les superbes créatures exotiques que l’on ne voyait que sur les plages
des caraïbes ou à l’intérieur de ces magazines de maillots de bain. Elle se



                                        26
retourna et se coucha sur le ventre, comme si elle exposait volontairement
son adorable postérieur et ses cuisses bronzés aux yeux de Bond.
   - Qu’est-ce que je te disais, hein ? fit Wade en lui donnant un coup de
      coude complice. Elle est à tomber sur le cul.
   - Je dois à tout prix rencontrer cette femme, lança Bond sans détourner
      son regard.
   - Ah tu vois, toi aussi tu commence à oublier ton boulot.
   - Non, au contraire. C’est pour elle que je suis ici, et c’est elle ma porte
      de sortie. (Il remit les jumelles à Wade et sourit.) Le boulot passe
      avant le plaisir, Jack, le boulot avant.

                                    *****

Il ne restait que dix minutes avant que la montre de Bond n’affiche huit
heures du soir. Le soleil venait tout juste de se coucher lorsque la Mercedes
de Jack Wade s’immobilisa devant le Santa Maria Precios. Bond, en habit de
soirée, observait les dernières personnes entrer dans le casino par les portes
tournantes en verre, probablement à l’épreuve des balles, se dit-il. Encadrant
l’entrée, deux énormes gorilles montaient la garde, il ne fallut pas plus d’une
seconde à Bond pour conclure qu’ils étaient tout deux armés. De toute
évidence, Luis Esperanza désirait maintenir l’ordre et le calme à l’intérieur
de son établissement, en dépit du fait que quelques-uns de ses invités étaient
des terroristes. Sans détourner le regard de l’entrée, Bond sortit son arme et
le remit à Wade, qui ne s’y attendait manifestement pas.
    - Qu’est-ce que tu fous ? lui demanda ce dernier sur un ton remplit
       d’inquiétude. Tu ne vas quand même pas entrer là-dedans sans arme.
    - Ce serait plus risqué si je la gardais. Il ne s’agit que d’établir le
       contact avec Alexia, rien de plus. Elle ne doit surtout pas me percevoir
       comme une menace.
    - Si tu es désarmé, ce sera elle la menace.
    - Ne t’en fais donc pas. Tu passes me récupérer dans deux heures?
    - Je serais là sans faute.
Bond descendit de la voiture et regarda la Mercedes de Wade disparaître au
coin de la rue. Pendant un bref instant, il regretta de s’être débarrassé de son
Walther, mais se convainc que c’était la meilleure chose à faire en de telles
circonstances. S’il avait été armé, il se serait vu obligé de s’en servir tôt ou
tard afin de se défendre, et sa couverture aurait été compromise. D’un pas
confiant et déterminé, il traversa la rue qui le séparait du casino et se
présenta au deux colosses qui s’interposèrent aussitôt, néanmoins d’une



                                      27
façon polie. L’un d’eux resta à l’arrière afin de bloquer l’accès à l’entrée
tandis que l’autre s’avança vers Bond.
    - Veuillez m’excuser, monsieur, dit-il d’une voix grave, mais nous vous
       demanderons de bien vouloir nous montrer une pièce d’identité.
    - C’est une blague ? fit Bond en essayant d’avoir l’air le plus offusqué
       possible, afin de ne pas attirer de soupçons.
    - Non, monsieur. C’est la procédure.
Toujours aussi convaincant, Bond étira un long soupir d’exaspération et
sortit la fausse carte que lui avait confectionnée Q, au nom de James
Boldman. Le portier s’en empara et l’examina, puis il leva les yeux vers
Bond pour s’assurer qu’il s’agissait bien de l’homme sur la photo.
    - Bonne soirée, Mr Boldman, dit-il chaleureusement en lui remettant sa
       carte.
Les deux gorilles s’écartèrent simultanément, autorisant Bond à entrer.
Le Santa Maria Precios était un casino d’une rare splendeur, probablement
unique en son genre, avec son ambiance entièrement espagnole. Bond s’y
plaisait déjà. À plusieurs endroits, il trouva des grappes serrées de clients
entourant les tables de jeu très animées. Avant toute chose, Bond désirait
palper le terrain, se mêler à la foule quelques instants, puis approcher Alexia
Vasquez. Il intercepta une ravissante serveuse espagnole et lui commanda un
Caruso, coktail à base de gin et de crème de menthe. La jeune femme lui
sourit et s’en alla le lui préparer au bar. Quittant des yeux la démarche féline
de la serveuse, Bond traversa la foule de joueurs endiablés, à la recherche de
la table la plus prenante. Tandis qu’il regardait distraitement une partie de
black-jack, la serveuse revint avec son cocktail. En lui remettant son
pourboire, Bond demanda :
    - Excusez-moi, quelle table me suggérez-vous ?
    - Je ne m’y connais pas beaucoup, fit-elle avec un adorable accent, mais
       la table de baccara semble très intéressante, la banque à tout va.
    - Je vous remercie.
Puis la charmante demoiselle s’éclipsa. Bond avala une gorgée de son
Caruso, apprêté comme il les aimait, puis il se rendit à la table de baccara
tant recommandée en donnant du coude pour se frayer un chemin parmi la
foule massive. Un regroupement de gens observait attentivement le jeu qui
s’y déroulait, et Bond remarqua que leur attention était concentrée sur la
séduisante jeune femme brune qu’il avait aperçu à bord du yacht cet après-
midi même. Elle portait une robe blanche aux lignes très simples, qui
accentuait agréablement son teint bronzé. Sa chevelure brune qui retombait
en vagues souples et compactes sur ses épaules avait la texture d’un brocart
de soie. Avec ses pommettes saillantes, son nez parfaitement dessiné et sa

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grande bouche, elle était superbement désirable. Puis Bond porta une
attention particulière à son adversaire, en d’autres termes, son client, un
grand homme costaud, au crâne reluisant, à l’aube de la soixantaine. En
dépit du fait qu’il perdait gros, l’homme ne semblait pas nerveux le moins
du monde, bien évidemment, puisque l’argent qu’il perdait servait à payer
Alexia Vasquez. Et tout les clients enthousiasmés devant ce duel ne se
doutaient même pas qu’ils assistaient à une transaction illégale.
Elle venait de gagner. Le croupier appela : « Sept à la banque » et glissa vers
elle un nombre impressionnant de plaques. Bond estimait qu’il devait y en
avoir pour un peu plus d’un million. La jeune femme indiqua qu’elle voulait
qu’il les ajoute au tas déjà considérable qu’elle avait accumulé sur la table.
Son adversaire assis à côté d’elle secoua la tête en signe de dénégation, puis
se leva avant de serrer la main de la fière gagnante pour ensuite s’éloigner.
Aux yeux de tout le monde il semblait être bon perdant, mais Bond savait
que c’était en échange de services durement rendus.
Le croupier sonda l’assistance pour voir qui était prêt à parier contre elle.
Personne ne répondit, et avec raison, il avait largement plus d’un million sur
la table. Mais plutôt que de se retirer avec le magot, Alexia resta assise,
peut-être attendait-elle un autre client.
Au dernier moment, Bond annonça calmement : « Banco ! » Fendant les
rangs de spectateurs, il prit une chaise libre en face de la jeune femme et
déposa une somme équivalente sur la table, plaques que lui avait déniché
Jack Wade. Après hésitation, Alexia prit acte de sa présence d’un signe de
tête et fit glisser deux cartes du sabot dans sa direction. Elle acceptait tout de
même de relever le défi, au risque de perdre son argent de paiement aux
mains d’un étranger. Bond saisit ses cartes et les regarda. Ce n’était pas
brillant : un « deux » rouge et un « cinq » noir. La regardant par-dessus la
table, il sourit.
    - Vous semblez être en veine ce soir, señora, lui dit-il.
    - Et j’espère qu’elle persistera, rétorqua-t-elle dans un accent.
La façon dont elle avait de rouler les « r » était tout simplement irrésistible.
Puis Bond indiqua qu’il ne voulait pas de troisième carte. Elle leva sur lui un
regard de braise, et il ne montra aucune surprise lorsqu’elle retourna ses
cartes : un « as » et un « sept » ; soit un « huit » en deux cartes.
« Huit à la banque », annonça le croupier. Bond sentit la tension monter au
sein des spectateurs, quant à lui, il semblait toujours aussi intransigeant. Il
retourna ses cartes sur la table et regarda le croupier ramasser sa mise, puis
faire glisser les plaques vers la jeune femme. C’est alors que Bond surprit
tout le monde en disant subitement : « Double »



                                       29
Alexia leva les yeux vers lui, elle trouva dans le regard de Bond, le goût du
défi. « Suivi » fit-elle. Bond doubla donc la mise, déjà astronomique, et le
sourire de la joueuse se teinta d’une lueur d’intérêt.
Jetant un coup d’œil sur ses cartes, Bond demanda : « Carte »
Elle le dévisagea longuement avant de se décider. Puis elle retourna ses
cartes : un « cinq » et une reine. Elle distribua ensuite à Bond un « six »
retourné.
    - Cinq, lança le croupier.
Bond retourna deux figures : un roi et un valet. « Six »
Le croupier, poussant la pile de plaques en direction de Bond, annonça :
    - La banque perd.
Alexia échappa un juron espagnol et frappa la table de sa main. Elle se leva
d’un bond et s’éloigna d’une démarche féline, sans daigner de se retourner.
Bond prit les plaques les plus grosses et, conformément à l’usage, en lança
une au croupier. Puis il rejoignit Alexia qui s’était rendue au bar, et venait de
vider le fond d’un verre de cognac. Elle ne prit même pas la peine de le
regarder lorsqu’il fit glisser vers elle, les plaques qui lui appartenaient.
    - Je crois que ceci vous appartient, dit calmement Bond. Je n’oserais
        jamais vous priver d’un gain aussi durement gagné.
Elle dévisagea les plaques qui se trouvaient sur le comptoir sous son nez,
puis elle jeta un regard interrogateur à Bond.
    - Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.
    - Boldman, James Boldman. J’ai une proposition à vous faire.
Il sortit deux plaques de son veston, soit pour un total de 500.000 pesetas et
les déposa sur le comptoir avec les autres.
    - Considérez cela comme un premier versement de ma part, dit-il.
    - Vous êtes quelqu’un de direct, Mr Boldman. Mais j’ignore de quoi
        vous parlez.
    - Je parle de plus de dix millions de dollars d’armes, lui murmura-t-il à
        l’oreille. Les 500.000 que vous voyez ne sont qu’un avancement de ce
        que je vous propose, je vous en donnerai vingt fois plus à la livraison.
        Je vous suggère d’en parler avec votre époux, il ne pourra refuser une
        telle offre.
Il se leva et sortit du casino. La balle était maintenant dans le camp de
Alexia, il lui avait fait part de ses intentions, il ne restait plus qu’à attendre
se réponse. Savourant la brise fraîche du soir, Bond arpentait distraitement le
trottoir, il avait l’impression que la réponse de Alexia n’allait pas tarder. Il
avait vu juste. Elle le rejoignit à l’extérieur.
    - Votre offre est sérieuse ? lui demanda-t-elle, sur la défensive.
    - À votre avis ?

                                       30
Elle regarda autour d’elle afin de s’assurer que personne ne les observait,
puis s’approcha de Bond, il put pour la première fois respirer son parfum
fruité.
   - Venez donc déjeuner avec moi demain matin, dit-elle à voix basse,
        nous discuterons de votre offre. J’enverrai quelqu’un vous chercher
        sur la plage de Caleta.
Puis elle retourna à l’intérieur. De toute évidence, le premier contact était
établit. Il ne restait plus qu’à lui présenter une offre qu’elle ne pourrait
refuser, même si le fait d’avoir mentionner le chiffre de dix millions de
dollars était déjà suffisamment convaincant.

                                    *****

Avant de quitter sa chambre d’hôtel ce matin-là, Bond avait donné un coup
de fil à Wade, pour le prévenir qu’il allait s’occuper de cette affaire seul.
Qu’il était hors de question de se faire escorter ou surveiller durant le
déjeuner avec Alexia, ce ne serait que jouer avec le feu. En fin de compte
Wade accepta à contre-cœur, lui qui n’avait pas la moindre confiance en
cette femme, pas plus que Bond d’ailleurs. Il ne lui faisait pas confiance et,
manifestement elle non plus, la surveillance à distance ne serait d’aucune
utilité, sinon que d’être démasqué. La dernière chose que Bond fit avant de
sortir de sa chambre, fut de laisser son Walther P99 sur la table du salon.
Il était un peu plus de neuf heures lorsque Bond monta à l’arrière du taxi qui
le conduirait sur la plage. Dans les rues de la ville, il y régnait toujours le
même ambiance que la veille, comme si Cadiz n’avait jamais besoin de
sommeil.
À peine cinq minutes plus tard, Bond paya sa note et sortit sous le chaud
soleil matinal. La plage n’était pas très occupée en cette matinée, même si la
clientèle était supérieur à n’importe quelle autre plage à neuf du matin. Bond
s’engagea sur le petit sentier de pierre qui traversait la plage jusqu’à un un
quai se trouvant un peu plus éloigné de la rive. À l’horizon, il pouvait voir le
luxueux yacht de Pliskin onduler sur les vagues du large. Puis un
ronronnement strident parvint sur sa droite, une petite vedette fendait les
flots dans sa direction avant de s’immobiliser à l’extrémité du quai.
    - Vous devez être Mr Boldman, en conclut le pilote, un grand homme
        mince.
    - C’est moi.
    - Alors montez. Miss Vasquez vous attends pour le déjeuner.
Bond monta donc à bord de la vedette et s’installa sur la banquette arrière,
tandis que le pilote mit le cap vers le yacht. Ni l’un ni l’autre des deux

                                      31
hommes jugèrent bon d’entamer la conversation, après tout Bond voulait
tout simplement discuter affaire avec Alexia, pourquoi perdrait-il son temps
à familiariser avec ses sbires, qui n’étaient rien de plus que de minables
criminels sans initiatives ? Bond avait sous-estimé les proportions du yacht,
constater à travers une paire de jumelles et en personne, étaient deux choses
bien distinctes. Il était beaucoup plus long que ce qu’il aurait pu imaginer, il
réussit même à lire le nom qui était inscrit sur le flanc : Le Santa Alexia.
Pliskin avait nommé son yacht en l’honneur d’Alexia, peut-être même que le
yacht lui appartenait en tant que tel. Pliskin avait les moyens d’offrir ce
genre de présents, payé avec de l’argent gagné au détriment de combien de
vies humaines ?
La vedette l’aborda finalement et Bond put enfin monter à bord du Santa
Alexia. Un homme de grande taille s’interposa poliment et le conduisit à
l’arrière du yacht, où était emménagée une vaste terrasse baignant
généreusement sous le chaud soleil de l’avant-midi. Une table, sur laquelle
on avait préparé un couvert pour deux personnes, et deux chaises se
trouvaient en plein centre. Mais l’attention de Bond fut particulièrement
centrée sur la silhouette sensuelle qui contemplait la mer, accoudée à la
rambarde. Alexia portait le même bikini blanc que la veille, mais elle s’était
recouverte d’un léger peignoir de bain transparent, tout de blanc vêtu, on
aurait dit une hallucination divine.
    - Ravie de vous voir, Mr Boldman, dit-elle chaleureusement en se
       tournant vers lui.
    - Moi aussi. Je préfère nettement discuter affaire dans un climat plus
       détendu comme celui-ci. Votre yacht est très impressionnant, miss
       Vasquez.
    - Mon époux l’a fait construire uniquement dans mon intention, c’est
       ma fierté. Mais je vous en prie, appelez-moi Alexia, essayons de
       maintenir ce climat détendu qui vous plait tant.
Elle avait dit cela avec un tel charme, et la façon dont elle avait de relever le
sourcil le mettait carrément en appétit.
    - Si vous voulez bien vous asseoir, dit-elle en lui désignant une chaise.
       Et maintenant, venons-en au fait, quel est donc votre proposition ?
    - En fait j’avais espéré en parler directement avec votre époux, mais
       j’imagine que sa notoriété ne lui permet pas de rencontrer tout ses
       clients. Donc, les amis militaires que je représente seraient intéressés
       par vos services.
    - Quel genre de services en particulier ?
    - Votre service d’armement. Nous sommes au prise avec les groupe de
       résistance depuis des semaines, et malheureusement notre dépôt

                                       32
       d’armes se fait plutôt mince . Nous n’avons plus d’autres choix que de
       nous pencher vers une ressource extérieure. Votre prix sera le mien.
    - Votre histoire est très intéressante, Mr Boldman. Mais dites-moi
       pourquoi vous ferais-je confiance ?
Bond se permit de sourire.
    - Parce que je vous ai fait cadeau de 500.000 pesetas, alors que je n’ai
       toujours rien reçu en retour. Ayez au moins la courtoisie de
       m’accorder la confiance que je vous porte.
Elle acquiesça d’un signe de tête. Il venait de marquer un point.
    - Mais vous devez savoir qu’à titre officieux, nous nierons toute
       collaboration avec vous, l’informa-t-elle. Nous désirons garder
       l’anonymat, et j’imagine que vous ne souhaiteriez pas être davantage
       impliqué dans nos activités.
    - Je connais l’envergure de votre organisation, il va sans dire que je ne
       désire pas m’y mêler plus que nécessaire.
    - Voilà le déjeuner, fit Alexia en désignant l’homme qui venait de faire
       éruption sur la terrasse.
Le serveur déposa deux assiettes sur la table avant d’en retirer la cloche qui
les recouvrait.
    - Assiette de cabillaud cuit à la vapeur, servit sur un lit de riz et
       accompagné d’une sauce aux olives, annonça fièrement le serveur.
       Bon appétit.
Le cabillaud était un poisson couramment pêché dans la région de Cadiz, et
appartenait à la famille de la morue. L’odeur qui s’en exaltait stimulait les
papilles de Bond. Puis un second serveur remplaça le précédent pour verser
du vin blanc dans les deux coupes. Bond porta la flûte à son nez et le respira
attentivement, puis il en prit une gorgée.
    - Excellent xérès, dit-il en levant les yeux vers Alexia. Mais n’est-ce
       pas plutôt un apéritif de la région de Jerez ?
    - C’est exact. Vous vous y connaissez en matière de vin, Mr Boldman ?
    - Je m’efforce de maintenir un lien avec tout ce qui stimule mes cinq
       sens. Vous seriez surprise du nombre de détails que j’accumule. (Il
       goûta au cabillaud) Comme ce poisson par exemple.
    - Je suis contente que le déjeuner vous plaise.
Bond reprit une seconde bouchée, puis s’épongea les lèvres à l’aide de sa
serviette de table.
    - Mais avant toute chose, dit-il, j’aurais besoin de connaître ce que vous
       avez à m’offrir.
    - Que vous faut-il exactement ?



                                     33
Il n’en avait pas encore prit conscience, mais la discussion avait prit une
tournure presque érotique, ce qui était inévitable en compagnie d’une femme
qui respirait une telle chaleur humaine.
    - Un peu de tout, principalement de gros calibres, explosifs, semi-
       automatique. Tout ce qui pourrait nous permettre de tenir encore
       quelques semaines, le temps que la crise se calme.
    - De quel genre de crise s’agit-il ?
    - Un groupe de résistants assaille sans cesse notre unité médicale en
       Afrique australe, ils semblent croire que nous leur refusons l’accès
       aux médicaments, alors qu’ils sont principalement destinés aux
       soldats africains. Les résistants ont même réussit à intercepter un de
       nos convois d’armes, c’est pour cette raison que nous nous trouvons
       actuellement à cours de munitions. Imaginez, se faire tirer dessus avec
       des armes qui nous appartiennent.
Songeuse, Alexia prit une gorgée de xérès, puis une seconde. C’est alors que
Bond sortit son argument de poids.
    - Nous pourrions vous être d’une grande utilité si les résistants
       s’attaquaient à vos mines de diamants. Vous vous feriez des amis très
       haut-placés, qui n’hésiteraient pas à vous venir en renfort.
    - Mais à quelle force militaire appartenez-vous exactement, Mr
       Boldman ?
    - Les forces armées du Royaume-Uni.
    - Ah, vous êtes britannique. Tout un programme en perspective.
    - Vous n’aimez pas les diversités culturelles ?
    - Non, bien au contraire. J’adore la Grande-Bretagne. (Elle marqua une
       pause et baissa les yeux vers son assiette) J’aurais bien voulu y vivre.
    - Et qu’est-ce qui vous en empêche ?
Bond n’interrompit pas son déjeuner, ne souhaitant pas axer tout son
attention sur la tournure plus personnelle de la conversation.
    - Beaucoup de choses, mais surtout l’exil de Jéricho. Il se croit en
       sécurité en Allemagne, il refuse d’en sortir.
Bond remarqua que c’était la première fois que Alexia avait appelé Pliskin
par son prénom.
    - Vous devez sans doute parler de l’immunité qu’on lui a accordé, dit-il.
       Comment y est-il parvenu ?
Alexia leva des yeux interrogateurs vers lui, pour un moment il craignait
avoir été trop loin dans ses interrogations. Mais heureusement, elle ne
semblait pas y avoir porté une attention particulière.
    - Il a des connections au ministre de la défense, répondit-elle. C’est
       bien le seul avantage que le KGB lui a apporté.

                                      34
    - Votre époux semble avoir le bras long, vous devez vous sentir en
       sécurité à ses côtés.
Bond tentait d’adopter le ton de quelqu’un d’impressionné. Mais Alexia ne
partageait manifestement pas cette impression.
    - Vous ne l’êtes pas ? demanda Bond, tout d’un coup plus sincère.
Elle garda le silence, évitant son regard. Il venait de toucher une corde
sensible, sans même le vouloir.
    - Je ne peux pas me sentir en sécurité en sa compagnie. Parce
       que…(elle s’arrêta, comme si elle avait peur de ses paroles) parce que
       c’est justement lui qui me terrifie le plus.
Bond était totalement prit au dépourvu par les déclarations de la jeune
femme.
    - Il est instable, continua-t-elle, toujours aussi hésitante. Une seconde il
       est doux comme un agneau, et l’autre il est…
C’est fois elle ne continua pas, laissant sa phrase en suspend. Bond savait
néanmoins ce qu’elle voulait dire.
    - Vous a-t-il déjà frappé ? demanda Bond doucement.
    - Non, il n’a jamais levé la main sur moi. Mais il m’a déjà menacé de la
       faire, et de faire bien pire.
Elle essayait de peine et de misère à dissimuler les larmes qui lui perlaient
aux yeux. Il ne s’agissait pas de larmes de tristesse, mais des larmes de
terreur. De toute évidence, Pliskin la terrorisait. C’est alors que Bond se
rappela l’histoire que Tanner lui avait raconté au sujet de la mort des parents
de Pliskin, apparemment suicidés. Se pourrait-il qu’il ait tué lui-même ses
propres parents dans un de ces excès de folie ? Sa destitution au sein du
KGB l’aurait-il réellement poussé vers la démence ? Cette hypothèse prenait
maintenant tout son sens avec le témoignage de Alexia Vasquez.
    - En avez-vous parler aux autorités ? s’enquit Bond. Vous savez que les
       menaces de mort sont condamnables par la loi.
Alexia échappa un rire nerveux.
    - Même si je le voulais…il a des contacts partout, allant même
       jusqu’aux autorités allemandes. Si je le dénonçais, un de ses fidèles
       collaborateurs le lui rapporterait aussitôt. Je préfère ne pas imaginer
       ce qu’il me ferait si je me tournais contre lui.
Les serveurs revinrent vers eux et entreprirent de décharger la table, forçant
Alexia à regagner son allure fière et sûre d’elle. Mais Bond l’avait percé à
jour, elle était tout à fait comme lui dans cette histoire, elle agissait sous
couverture, n’étant pas soi-même. Elle ne devait rien laisser paraître devant
les employés de Pliskin, de crainte d’être démasquée. Fasciné par cette
femme, Bond n’entendit même pas le serveur qui lui demandait s’il voulait

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prendre du dessert. Il dut se répéter à deux reprises avant de faire sortir Bond
de sa torpeur.
    - Non, je vous remercie, fit-il distraitement.
Une fois la table dépourvue de tout son contenu, les serveurs s’éclipsèrent et
Alexia se leva en lui tendant la main.
    - Alors je vous donne rendez-vous ce week-end, Mr Boldman, dit-elle
       d’un ton faussement assuré. Jéricho organise un petit congrès à Berlin,
       je lui ferai part de votre offre et il se fera une joie de vous rencontrer.
    - J’en serais très heureux aussi.
    - Suivez Nikolaï, il vous ramènera sur la rive. Ravie de vous avoir revu,
       Mr Boldman.
    - Tout le plaisir a été pour moi.
Comme convenu, l’homme qui l’avait mené au Santa Alexia, répondant au
nom de Nikolaï, le déposa sur la plage aussitôt le déjeuner terminé. Mais
contrairement aux espérances de Bond, la rencontre avec Alexia le rendait
encore plus méfiant qu’auparavant. Il était parvenu à se faire inviter au
week-end organisé par Pliskin, néanmoins la conversation avec son épouse
le tourmentait, pourquoi s’était-elle confié de la sorte à lui, un pur étranger ?
Essayait-elle de gagner ses bonnes grâces, si oui dans quel but ? De toute
évidence elle espérait gagner sa sympathie, mais rien ne laissait prévoir s’il
s’agissait d’un but pacifique, ou tout simplement d’une ruse destinée à lui
faire perdre sa vigilance. Peut-être comptait-elle sur lui pour la sortir des
griffes de son époux violent, puisqu’il n’avait jamais été en relation avec lui.
Il commençait à croire qu’il pourrait se montrer plus utile envers Alexia que
l’inverse. Peu importe, il ne fallait pas oublier que cette femme dormait dans
le même lit que l’ennemi, et qu’à ce titre, ne méritait pas sa confiance.

                                     *****

Dans la pénombre du crépuscule, Bond rassemblait ses affaires dans sa
chambre d’hôtel du Peninsula. Un coup de fil à l’agence aérienne espagnole
l’avait informé d’un vol partant pour l’Allemagne dans la fin de la soirée, de
préférence un vol sans escale. Ne voulant pas retarder son arrivée à Berlin, il
préféra faire ses valises immédiatement et gagner ainsi un temps précieux.
Avant toute chose, il avait téléphoner à Wade pour l’informer de ses
intentions, ce dernier le rejoignit à l’hôtel dix minutes après la fin de la
conversation.
    - Tu es certain de vouloir faire ça ? demanda Wade pour la centième
       fois. Ce Pliskin n’est pas un type recommandable.



                                       36
    - Tu sais bien qu’il n’y a jamais de types recommandables dans notre
       profession. (Il referma sa valise et la déposa lourdement au pied du
       lit.) Et tu n’as pas à t’en faire, l’agent Nightshade sera là en cas de
       complication. Au fait, l’as-tu contacté ?
    - Oui, elle se trouve déjà à Berlin depuis hier, en mission de
       reconnaissance. Je vous fixerai un rendez-vous pour demain matin.
Bond fit un signe affirmatif de la tête et agrippa ses valises.
    - Fait gaffe à toi, James, dit Wade, tu es tout seul dans cette galère
       maintenant.
    - C’est l’histoire de ma vie.
Ils échangèrent une longue poignée de main, puis Bond quitta la chambre, en
espérant avoir le chance d’y remettre les pieds un jour.




                                     37
                              Chapitre 4 :
                           Dîner entre ennemis

Berlin, Allemagne

Avant 1945, Berlin jouissait pleinement de sa situation centrale au cœur d'un
Reich qui s'étendait jusqu'au Niémen. De nos jours, Berlin est une métropole
isolée, située à peine à 70 km de la frontière polonaise. L'Allemagne est un
état fédéral, où la décentralisation a contribué à l'émergence de puissants
pôles secondaires, tels que Hambourg, Munich, Francfort et Cologne. Après
la chute du mur, en 1990, Berlin a retrouvé une administration unique,
siégeant à présent à l'hôtel de ville rouge, ainsi que son statut de capitale de
la République Fédérale d'Allemagne. Le 3 octobre 1990, jour de
l'unification, moins d'un an après la disparition du rideau de fer, Berlin
apparaît aux yeux de tous comme la nouvelle capitale de l'Allemagne. Mais
il a fallu attendre le vote du 20 juin 1991 du Bundestag pour voir Berlin
succéder officiellement à Bonn. Véritable nœud de communications,
l'agglomération berlinoise constitue un important centre administratif,
économique et culturel. C'est également une place financière internationale
ainsi qu'un pôle d'enseignement supérieur et de recherche. Pendant plus de
quarante ans, deux systèmes économiques se sont affrontés à Berlin, soit
Berlin-Est et Ouest. Depuis la chute du mur, un long et douloureux
processus est en cours.
Malgré l’impressionnant parcours historique que constituait Berlin, Bond ne
pouvait oublier qu’il s’agissait avant tout d’une relique de la deuxième
guerre mondiale, qui avait vu naître un des pires dictateurs de l’histoire en la
personne de Adolf Hitler. Sans oublier tout les atrocités qui y avaient été
perpétrées. Sans vraiment pouvoir l’expliquer, Bond ne se sentait pas à l’aise
dans ce genre de milieu, comme si Berlin n’avait jamais rien perdu de son
aspect remontant à 1944, année du début de la deuxième guerre mondiale.
James Bond récupéra donc son Aston Martin DB7 GT à l’aéroport de Berlin
Tegel avant d’emprunter la route qui le conduirait directement au centre-
ville. Un mince voile de neige recouvrait le paysage, et il se félicita d’avoir
apporter dans ses bagages un blouson plus chaud. Même à vitesse élevée,
l’Aston Martin répondait bien dans les virages serrés sur la chaussé
glissante, ce qui ne manquait pas de le mettre en confiance.
À peine une heure après avoir descendu de l’avion, Bond rejoignit le parc de
Tiergarten, lieu de rencontre avec l’agent Nightshade fixé par Jack Wade
avant son départ d’Espagne. Wade avait bien choisi l’endroit, la grande


                                      38
popularité du parc, et son attrait touristique florissant, permettraient aux
deux agents de se fondre parfaitement dans la foule. Bond stationna sa
voiture en bordure de la route et se rendit à pieds au lieu de rencontre, soit
devant la statut honorant Otto von Bismack. Inspiré du style français, le parc
de Tiergarten était long de trois kilomètres sur un kilomètre de large et était
parsemé de lacs, probablement recouvert de glace en cette période de
l’année.
Prenant une attitude décontractée, Bond suivit un petit groupe de touristes
qui sillonnaient distraitement le sentier, on aurait facilement pu croire qu’il
en faisait partie. Puis il les dépassa à un embranchement pour se diriger vers
sa destination. À un moment donné, il dut rabattre le col de son blouson tant
il avait chaud, malgré la neige qui persistait, la température ne devait pas se
trouver sous la barre du zéro. Il devait s’agir de la première chute de neige
de l’année. Au bout de quelques minutes de marche, il vit enfin l’imposante
statut de Otto von Bismack s’ériger devant lui.
Il balaya de la main la surface d’un banc, pour en retirer la mince couche de
neige qui le recouvrait, et s’y installa en croisant les bras. Savourant la brise
fraîche du début de l’hiver, il ferma les yeux et prit une grande inspiration
afin de remplir ses poumons d’air frais. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il vit Zoe
Nightshade qui se tenait debout devant lui, sourire aux lèvres.
    - C’est agréable n’est-ce pas, fit-elle.
Il la regarda de la tête aux pieds et sourit.
    - Très agréable. Content de te revoir Zoe.
    - Tu aurais tout de même pu me donner de tes nouvelles.
    - Je suis débordé, tu n’as pas idée.
    - C’est la copine de Pliskin qui t’en met plein les bras ?
    - Si seulement c’était le cas. Et si nous marchions un peu ? Je ne tiens
        pas trop à m’attarder trop longtemps au même endroit.
Bond se leva et rejoignit Zoe, puis ils se mirent à arpenter le parc de
Tiergarten.
    - J’espère que tu as fait tes devoirs pendant tes deux jours ici, dit Bond.
        Qu’est-ce que tu as à m’apprendre ?
Zoe sortit une enveloppe brune de la poche intérieure de son blouson et la
remit à Bond.
    - Ce sont des clichés que j’ai réussit à prendre hier après-midi,
        commenta-t-elle.
Piqué de curiosité, Bond ouvrit l’enveloppe et en sortit la pile de
photographies qu’elle contenait. On pouvait y voir un groupe d’hommes
descendre de limousines avant d’entrer dans le château de Pliskin. Mais
puisqu’ils apparaissaient tous de dos, il leur était impossible de les identifier,

                                       39
à l’exception d’un homme : Vladec Pliskin, qui se tenait sur le porche afin
d’accueillir les nouveaux arrivants. Le côté gauche de son visage était
complètement recouvert de cicatrices et d’entailles, une longue encoche
traversait sa joue à partir de la tempe. Bond n’avait jamais imaginé que les
blessures infligées à Pliskin seraient aussi apparentes.
Puis sur un second cliché, Jéricho Pliskin, grand et imposant, semblait
s’entretenir avec un de ses hommes de mains. Sa carrure, sa prestance et ses
longs cheveux blonds en faisaient quelqu’un de vraiment saisissant.
    - J’ai fait parvenir ces clichés à Langley, l’informa Zoe, et
       apparemment Pliskin sait comment s’entourer. Il a à son service plus
       d’une cinquantaine d’hommes, en majorité des mercenaires et des ex-
       membres du KGB, des hommes de valeur.
Feuilletant toujours les photos que lui avaient remit Zoe, Bond s’arrêta
finalement sur le cliché d’un petit homme trapu portant la moustache, à
l’aube de la soixantaine.
    - Et ça, qui c’est ? demanda-t-il en désignant la photo.
    - Un expert en fission nucléaire répondant au nom de Michael Gamble.
       Il n’est pas fiché par aucun de nos services, c’est à se demander ce
       qu’il fait avec Pliskin.
Puis Bond tomba finalement sur une photo montrant Alexia Vasquez
descendant de limousine, et allant à la rencontre de son époux Jéricho
Pliskin. Sur l’image Pliskin désirait l’embrasser sur la joue, mais
manifestement elle tentait de détourner le regard.
    - Elle est arrivée hier soir, par jet privé, commenta Zoe. Je ne sais pas
       ce que tu lui as dit, James, mais elle semblait très tourmentée.
Bond eut un petit pincement au cœur.
    - Je ne lui ai rien dit, se dit-il à lui-même, mais suffisamment fort pour
       que Zoe puisse l’entendre. C’est elle qui m’a tout dit.
    - À quel sujet ?
Bond secoua la tête et glissa les photos à l’intérieur de l’enveloppe.
    - Ça n’a pas d’importance, fit-il. La propriété de Pliskin sera sans cesse
       sous surveillance ?
Zoe hésita un moment, et tenta de déchiffrer ce que le regard de Bond
laissait paraître, mais il resta de glace. La hâte avec laquelle il avait changé
de sujet, la laissait perplexe quant à son engagement avec Alexia Vasquez.
    - Elle sera en permanence sous surveillance satellite, se résigna-t-elle à
       dire, et j’assurerai ta protection moi-même. Je serai là si les choses
       tournaient au vinaigre. J’ai une carabine longue portée dans le coffre
       de ma voiture, je leur ferais tous exploser la tête avant qu’ils ne
       comprennent d’où provenait le coup de feu.

                                      40
    - Uniquement en cas d’ultime nécessité. Il est hors de question de tous
       les descendre avant d’avoir découvert leur identité et leur relation
       avec Pliskin, pour l’instant il ne suffit que de les appréhender.
    - Et pour ce qui est de Pliskin ? Tu as l’intention de l’appréhender
       aussi ?
Bond s’arrêta et fixa Zoe directement dans les yeux.
    - Où veux-tu en venir ? demanda-t-il sèchement.
    - Tu semble prendre cette affaire beaucoup plus personnellement
       qu’auparavant, Wade m’a fait un topo sur ce qui s’est passé en
       Espagne. Qu’est-ce qui vous lie exactement, Alexia et toi ?
Bond n’en croyait pas ses oreilles.
    - Je regrette, Zoe, mais tes crises de jalousie n’ont certainement par leur
       place dans la situation présente.
    - Tu crois que je suis jalouse ? fit-elle furieuse. Ça n’a absolument rien
       à voir. Je ne veux pas que tu prennes cette affaire trop à cœur, c’est
       tout. Ce n’est pas ta bataille. Fait ce que tu as à faire et n’en fait pas
       plus que nécessaire, on sait tout les deux où ça va nous mener.
Elle s’éloigna, mais Bond l’agrippa par le bras et la ramena vers lui où il
l’embrassa fougueusement. Zoe tentait de se libérer de son emprise.
    - Tu as raison ce n’est pas ma bataille, fit-il en détachant ses lèvres de
       celles de la jeune femme. Mais j’y suis déjà impliqué.
Ils se regardèrent longuement l’un et l’autre, d’un regard intense. Puis Zoe
se jeta sur lui et l’embrassa sauvagement, elle gémissait. Puis entre deux
soupirs, elle lui murmura à l’oreille : « On y est impliqué tout les deux. »

                                     *****

La neige avait reprit de plus belle, recouvrant entièrement le paysage de ses
flocons brillants et aveuglants sous les rayons du soleil. Les pneus tout-
terrains de l’Aston Martin mordaient allègrement dans la chaussée glissante
alors que Bond filait à toute vitesse sur l’avenue menant au château de
Jéricho Pliskin un peu plus haut. L’esprit partagé en plusieurs points de
concentrations, ses yeux étaient rivés sur le mouvement répété des essuies-
glaces balayant la neige sur le pare-brise. Tout en restant concentré sur la
route devant lui, son esprit vagabondait d’un côté comme de l’autre, autant
vers Jéricho Pliskin, que Zoe et Alexia. Prenant une grande inspiration suivit
d’un long soupir, il porta toute son attention sur sa conduite plutôt que sur
ses démons intérieurs.
Perché au sommet d’une colline, Bond immobilisa sa voiture à la vue de
l’imposant château qui trônait un peu plus bas sur l’avenue. Il ouvrit le

                                       41
coffre-à-gants de l’Aston Martin et en sortit une petite paire de jumelles. La
demeure de Jéricho Pliskin semblait être très vaste, recouvrant en grande
partie les plaines ainsi que les monts avoisinants. Il aperçu même un
téléphérique reliant le sommet d’une montagne et le château, probablement
destiné pour les descentes de ski. Puis à l’entrée, tout le domaine était
entouré de hauts murs de briques, par lequel on n’avait accès que par une
grille blindée surveillée par deux gardiens accompagnés de chiens. Ensuite
un long pont de pierre menait au château, qui était lui-même sous haute-
surveillance, tour d’observation, projecteurs installés à des endroits
spécifiques et par d’autres gardiens.
De type architectural néo-classique le château en lui seul était une pure
merveille, surplombé par un imposant monument en l’hommage au règne de
Frédéric II. Bond trouvait ironique que ce château, antérieurement occupé
par les nazis, regroupaient encore aujourd’hui une grande majorité des rebuts
de la société. Étirant un long soupir, Bond remit les jumelles en place et
lança son Aston Martin directement dans le gueule du loup. Il traversa à vive
allure les kilomètres qui le séparait du château et se présenta à la grille, où
un gardien à l’allure fatigué se présenta à lui. Bond baissa sa vitre.
    - James Boldman, s’annonça Bond. Mr Pliskin attends mon arrivée.
    - Sortez de la voiture, grogna le gardien.
Bond optempéra et, à peine eut-il le temps de refermer la portière derrière
lui, qu’on le plaqua contre le flanc de la voiture afin de le fouiller. Ayant
prévu le coup, Bond se félicita d’avoir laisser son Walther dans le
compartiment secret de son porte-documents.
    - Ça va, maugréa le contrôleur, conduisez votre voiture à la réception,
       on s’occupera de vous.
    - Trop aimable à vous, lança Bond en remontant à bord de son Aston
       Martin.
Après avoir jeté un dernier regard méprisant sur Bond, le gardien retourna
dans sa cabine et lui ouvrit la grille. Bond passa en première vitesse, puis en
deuxième et s’engagea sur le solide pont de pierre qui était relié au château.
À sa gauche il aperçut un petit groupe de skieurs descendre la montagne à
vive allure, laissant de longues traînées de neige derrière eux.
Il contourna l’impressionnante statut érigée au centre de la cours et
immobilisa son Aston Martin devant l’entrée au même moment où une
séduisante jeune femme sortit à sa rencontre. Elle portait ses courts cheveux
blonds vers l’arrière et lui dédia un sourire éclatant lorsqu’il descendit de
voiture.




                                      42
    - Bienvenue, Mr Boldman, dit-elle. Je suis Paula, l’assistante
       personnelle de Mr Pliskin. Il m’a chargé de vous accueillir comme il
       se doit.
    - Je m’en doutais, fit-il en lui rendant son sourire. Et où est-il ce
       mystérieux Mr Pliskin ?
    - Il sera à vous dans quelques minutes. Si vous voulez bien vous donner
       la peine d’entrée, quelqu’un se chargera de monter vos valises à votre
       chambre.
Paula passa dans le hall d’entrée, suivit de Bond, puis elle lui indiqua qu’elle
allait prévenir Jéricho Pliskin de son arrivée, donc elle s’éclipsa. Piqué de
curiosité, Bond quitta le hall et s’aventura dans la pièce conjointe, la salle
principale. Un superbe escalier en arc de cercle se dressait devant lui, Bond
reconnut l’éclat caractéristique du marbre récemment polit. Au pied de
l’escalier trônait fièrement une ravissante fontaine de cristal, au-dessus
duquel était suspendu un lustre en bronze. Dans cette salle aux allures de
conte de fée régnait une délicieuse odeur florale, provenant fort
probablement de la pièce adjacente, soit le living room.
C’est alors qu’un portrait accroché au mur attira son attention, aux couleurs
sombres et aux lignes abstraites. Dans cette tempête de nuances
incompréhensible, Bond parvint néanmoins à identifier le sujet du portrait :
Adolf Hitler.
Bond sursauta lorsqu’une voix grave et teintée d’un accent allemand résonna
dans tout la pièce : « Heureux de vous voir, Mr Boldman. »
Jéricho Pliskin se trouvait perché au sommet de l’escalier, l’observant du
haut de sa supériorité. Il portait élégamment un complet deux pièces de
couleurs foncées et ses cheveux blonds retombaient en cascade de chaque
côté de son visage. Bond devait admettre que cet homme était d’une stature
à faire frémir, même lui aurait pu se laisser prendre au jeu, mais ce n’était
pas le cas. Pliskin n’attirait chez Bond, que mépris et antipathie.
    - J’espère que vous n’avez pas eu trop de mal à trouver l’endroit, fit
       Pliskin en descendant prestement l’escalier.
    - Je ne vois pas comment j’aurais pu faire autrement.
Une fois à sa hauteur, Bond constata par lui-même l’imposant physique de
Pliskin, il le dominait tout ou plus d’une trentaine de centimètres. Les deux
hommes s’échangèrent une solide poignée de mains.
    - Je regrette de n’avoir pu vous accueillir moi-même, se justifia Pliskin,
       j’avais une tâche que je me devais d’achever.
    - Vous n’avez pas à vous excuser, aussi j’apprécie votre invitation.
    - Alexia m’a grandement vanté vos éloges, en particulier ce qui est de
       votre proposition de dix millions de dollars.

                                      43
   - Je ne signerai le contrat que lorsque j’aurai vu la marchandise.
   - Contrat ? Je ne marchande pas à contrat, tout ça est dépassé. En
       revanche je vous donne ma parole, aucune preuve écrite de votre
       entente avec nous. Je crois que vous comprendrez.
   - Cela va de soi, se résigna Bond.
   - Mais ce n’est pas le moment de parler affaire, installez-vous d’abord
       et rejoignez-moi ce soir pour le repas, nous en reparlerons. Paula vous
       montrera votre chambre, j’espère qu’elle vous plaira.
La dite Paula fit son apparition dans la salle, accompagnée d’un commis qui
transportait les valises de Bond.
   - Veuillez me suivre, Mr Boldman, l’invita-t-elle à monter.
Après une dernière poignée de mains avec Pliskin, Bond suivit Paula en haut
de l’escalier où ils disparurent derrière les portes doubles.
« Qui c’est ce type ? » demanda une voix derrière Jéricho Pliskin.
C’était son jeune frère, Vladec, le visage meurtrit.
   - Un anglais, lui répondit Jéricho. Ne le perd pas de vue, je n’ai pas
       confiance.
   - Alors pourquoi l’avoir invité ?
   - Je veux entendre ce qu’il a à me proposer, et j’aime être en contrôle
       des événements. Aussi longtemps qu’il vivra sous mon toit, il
       m’appartiendra.
   - Tu sais très bien que ça ne me suffit pas, se lamenta Vladec. Je vais
       demander vérification auprès de L’ancienne maison.
   - Si cela peut t’aider à dormir. Mais n’oublie pas que le KGB c’est de
       l’histoire ancienne pour moi, alors aucune allusion.
   - Plus rien en ce monde pourrait m’aider à dormir, vieux frère. Rien.

                                   *****

La chambre que lui avait réservée Pliskin plaisait énormément à Bond. Elle
était spacieuse, décorée avec le plus grand soin et offrait un magnifique
panorama d’un mont glacé au couché du soleil. Suite au départ de Paula,
Bond se débarrassa aussitôt de son épais gilet et entreprit une expertise plus
approfondie de ses nouveaux quartiers. Il vérifia sous chaque fauteuil,
chaque table et derrière tout les cadres, tout ça dans le plus grand silence.
Sans grande surprise, il découvrit un minuscule micro dissimulé à l’intérieur
d’un vase. Puis il trouva un mouchard installé sous le téléphone. Après s’être
assuré que la chambre ne diposait d’aucun système de surveillance par
caméra, il ouvrit sa valise et en sortit le téléphone portable que lui avait
remit Q avant son départ de Londres. À l’aide d’une commande spéciale, il

                                     44
enclencha le système de repérage par satellite dont était munit le téléphone.
Ce qui signifiait qu’au même instant, dans les locaux du MI6, un opérateur
radar venait de prendre connaissance de la position exacte de Bond,
confirmant ainsi son intrusion à l’intérieur du château de Pliskin.
L’opération était maintenant lancée.
Une fois cette étape effectuée, il passa dans la luxueuse salle de bain, prit
une douche, puis enroula une serviette autour de sa taille. Ensuite il ouvrit
son porte-documents pour ainsi dévoiler son Walther P99, qu’il glissa par la
suite sous l’oreiller de son vaste lit. Puis il retourna dans la chambre de bain
où il enfila son smoking en vue de repas en compagnie de Jéricho Pliskin, ce
qui promettait d’être fort intéressant.

                                    *****

Peu après dix-neuf heures, Paula vint frapper à la porte de James Bond afin
de le prévenir que le dîner allait bientôt être servit et que Jéricho Pliskin
l’attendait dans la salle à manger principale. La séduisante jeune femme le
fit descendre l’escalier du hall d’entrée, puis l’introduisit dans la salle à
mangée, décorée avec le plus grand goût.
Toute la salle était entièrement éclairée par la lueur dansante du feu qui
brûlait dans le foyer. Dans la lumière tamisée, les yeux de Bond crurent
percevoir ce qui semblait être un ours polaire empaillé se trouvant dans un
coin de la pièce, se tenant fièrement sur ses deux pattes arrières dans une
éternelle pose menaçante. Puis tout au centre, une longue table d’acajou de
forme oblongue, entourée par six chaises aux dossiers proéminents, où
trônait fièrement Pliskin qui leva une main en l’air en guise de salutation.
    - Mr Boldman, clâma-t-il chaleureusement. Je dois avouer que je ne
       vous attendais plus.
    - Je n’aurais jamais voulu manquer ça pour tout l’or du monde.
    - Je crois que vous connaissez déjà mon épouse, Alexia, dit Pliskin en
       désignant la jeune femme assise à sa droite.
Bond sentit le sol se dérober sous ses pieds, il ne s’attendait absolument pas
à voir Alexia participer à ce repas. Quelque peu embarassée, mais tentant de
le dissimuler, la séduisante jeune femme leva les yeux vers Bond et lui dédia
son plus beau sourire.
    - Les présentations sont inutiles, fit Bond, nous avons déjà fait
       connaissance.
    - C’est un plaisir de vous revoir, Mr Boldman, lui avoua Alexia.
Sans trop savoir pour quelle raison, Bond sentit dans son regard que c’était
sincère. Est-ce que Pliskin la terrorisait à ce point ?

                                      45
   - Mais ne restez pas debout, mon cher, ajouta Pliskin, asseyez-vous. Le
       repas sera bientôt servit.
Bond s’asseya donc à la gauche de Pliskin, face à Alexia.
   - Vous pouvez être fier de votre propritété, Mr Pliskin, dit Bond, tout ça
       est très impressionnant.
   - Je n’ai aucun mérite, fit-il humblement. Les véritables génies sont les
       artisants qui ont construit ce château, au début du siècle. Mais je dois
       admettre que c’est pour moi une grande fierté que de pouvoir vivre
       dans un endroit possédant un aussi prestigieux parcours historique.
   - Vous faites sans doute allusion au repère nazi de la deuxième guerre
       mondiale.
   - Évidemment. Pour le reste du monde, ils n’étaient que des idéalistes
       aveuglés par leurs propres fourberies, mais pour moi, ils faisaient
       partie de mon patrimoine, de ma culture. Je peux sentir le sang nazi
       coulé dans mes veines.
Cette dernière remarque fit froid dans le dos à Bond, et un bref regard en
direction de Alexia lui indiqua qu’elle partageait ce sentiment. Pliskin fut le
premier à rompre l’inconfortable silence qui les habitait.
   - Mais nous ne sommes pas ici pour parler de mes origines. Alexia m’a
       parlé de votre situation en Afrique, et je n’ai pu m’empêcher d’en être
       scandalisé.
   - En effet, les événements se compliquent de jour en jour. C’est
       pourquoi votre aide serait grandement apprécié, nous vous en serions
       énormément reconnaissant.
   - Je me ferai un plaisir de vous venir en aide, mon cher. Vous n’avez
       qu’à me dresser la liste des armes qui vous seraient nécessaires, et je
       veillerai personnellement à satisfaire vos espérances. Nous possédons
       un très vaste inventaire d’armes, vous savez.
Bond opina du chef.
   - Et pour ce qui est du paiement, comment procéderons-nous ? La
       majorité de mes fournisseurs préfèrent de loin le transfert direct dans
       un compte de banque numéroté via informatique, indiqua Bond.
   - Faisons cela à l’ancienne, voulez-vous ? Dix millions de dollars cash
       en petite coupure. Ça pèse son poids, mais c’est difficile à retracer.
       Comprenez-moi, je me sens très insécure lorsqu’il est question de
       laisser n’importe qui avoir accès à mon compte de banque, numéroté
       ou pas.
   - Vous êtes quelqu’un de très surprenant, Mr Pliskin. Malgré votre
       notoriété, votre influence, votre supériorité, vous demeurez craintif
       envers certains aspects de votre stature.

                                      46
Jéricho Pliskin éclata de rire, un rire perçant. Bond et Alexia échangèrent un
regard anxieux. Puis le visage de l’Allemand revint à la normale, malgré une
présence sinistre dans ses yeux.
    - C’est précisément pour ces raisons que je demeure craintif, Mr
       Boldman, fit Pliskin en le dévisageant. Les hommes puissants ont
       toujours attiré l’envie de ses subalternes.
    - C’est une hypothèse qui reste à être prouver, répliqua Bond sur le
       même ton méprisant.
Tandis que les deux hommes sur regardèrent fixement, Alexia rompit
l’atmosphère en indiquant que le repas était prêt alors que les serveurs
avaient déjà commencé à installer les couverts sur la table.
    - J’espère que vous apprécierez vos escalopes de veau, Mr Boldman, dit
       Alexia dans une dernière tentative d’interrompre l’affrontement.
Bond détourna finalement l’attention de Pliskin, pour ensuite la porter vers
la jeune femme.
    - Mais je vous fais entièrement confiance, Alexia, dit-il doucement.
    - Je me suis permise un Bollinger 1961 pour accompagner le repas, je
       sais que cela stimulera vos sens, ajouta-t-elle en soulevant le sourcil
       sensuellement.
Bond en connaissait suffisamment sur les femmes pour affirmer que Alexia
était en train de le draguer. Il devait admettre que ses avances ne le laissaient
pas indifférent. Pendant que les serveurs achevaient leur travail, Pliskin
aperçut une silhouette au fond de la pièce qui lui faisait signe, il s’agissait de
Vladec.
    - Si vous voulez bien m’excuser, je dois m’absenter un moment, dit
       Pliskin en se levant et en s’éloignant de la table.
Il rejoignit Vladec dans le fond de la salle à manger avant de le faire passer
dans la pièce voisine, à l’abri des oreilles indiscrètes.
    - J’ai les informations concernant James Boldman, s’empressa de dire
       Vladec en lui tendant une fiche qu’il avait fait imprimer. Il est fiché
       pas le KGB, il n’en est pas à ses débuts en matière de contrebande. En
       1994 il a même été emprisonné aux Etats-Unis pour trafic d’armes
       illégales et possession de faux documents.
Malgré les preuves que Jéricho Pliskin tenaient sous ses yeux, il avait du mal
à croire à toute cette histoire.
    - Quel service a fait parvenir son signalement au KGB ? demanda
       Jéricho.
    - Les services secrets de Grande-Bretagne, pas plus tard que la semaine
       dernière. Je te le dis, Jéricho, quelque chose ne colle pas dans tout ça.
       J’ai un mauvais présentiment.

                                       47
   - Pour l’instant, nous en resterons là. Jusqu’à preuve du contraire,
       Boldman est bien ce qu’il prétend être. Mais à la moindre hésitation
       de sa part, il est mort. Je n’attends que ça. Ce type ne peut pas se
       présenter chez moi et remettre en question mon intégrité.
Alexia profita de l’absence de Pliskin et du départ des serveurs pour
s’adresser à Bond. Elle se pencha par-dessus la table et demanda à voix
basse : « Qu’est-ce qu’il vous a prit ? »
   - Mais de quoi parlez-vous ? fit Bond aussi discrètement.
   - Vous adresser à mon époux de la sorte.
Bond se pencha davantage vers elle, afin de bien se faire entendre.
   - Sauf votre respect, Alexia, votre époux ne m’intimide pas autant qu’il
       vous intimide.
Elle s’écarta et l’observa d’un regard plein de méfiance.
   - Quels sont vos intentions exactement ? demanda-t-elle avec
       hésitation.
Pour un bref instant d’inquiétude, Bond craignait d’avoir été démasqué.
   - Je n’ai pas d’intentions particulières, Miss Vasquez, fit-il sur la
       défensive. Mais qu’est-ce qu’il en est pour vous ? Quelque chose
       semble vous embarrasser, quelque chose que vous essayiez
       désespérément de garder secret.
   - J’ignorais que vous vous spécialisiez également en psychologie, Mr
       Boldman, répliqua-t-elle sèchement.
   - Je n’ai eu qu’à le percevoir dans votre regard. La façon dont vous
       avez de regarder votre époux, la façon dont vous me regarder à cet
       instant précis. Vous hurlez à l’aide sans même vous en apercevoir.
Pendant un long moment de silence, lors duquel Alexia parut plus vulnérable
que jamais, Jéricho Pliskin revint dans la salle à manger et retrouva son
siège. D’un bref coup d’œil, Bond indiqua à Alexia de se resaisir et de ne
rien laisser paraître de leur conversation en la présence de Pliskin. Suite à un
étonnant changement de comportement, digne des plus grandes actrices
d’Hollywood, Alexia lança tout spontanément à son époux :
« Tu arrives juste à temps, mon chéri, le repas vient d’être servit. »
   - Je suis désolé de ce petit contre-temps, s’excusa Pliskin, les affaires
       étant ce qu’elles sont, je croule sous le travaille.
   - J’étais justement en train de parler avec Alexia de votre étonnant
       parcours de ski, fit Bond en avalant une bouchée de viande. Pratiquez-
       vous ce sport ? Pour ma part, j’avoue avoir un faible pour ce genre de
       discipline.
   - Je n’avais jamais vraiment comprit pourquoi les gens s’intéressaient
       tant à ce sport, avant d’y succomber moi-même. À vrai dire, j’y ai prit

                                      48
       goût lors de mes fréquentes escales dans les alpes suisses. La nature y
       est magnifique, et les montagnes y sont parfaites pour skier. J’ai été
       totalement envoûté, c’est également à cet endroit que Alexia m’a
       envoûté pour la toute première fois, fit Pliskin en embrassant la main
       de la jeune femme.
Bond fronça les sourcils lorsqu’il la vit faire un léger mouvement de recul.
Malheureusement, Pliskin semblait s’en être aperçu cette fois. Il la toisa d’un
regard noir, ses lèvres esquissèrent un petit sourire en coin. Le moment était
venu de lui venir en aide. Bond s’interposa :
   - Vous êtes conscient, Jéricho, qu’il y a très peu d’Allemands amateurs
       de ski au pays, lança-t-il subitement, dans l’espoir d’attirer
       suffisamment son attention.
Ce fut le cas. Pliskin se détourna finalement de Alexia.
   - Très peu en effet, opina-t-il. C’est ce qui fait de nous les meilleurs au
       monde. Permettez-moi donc de vous en faire la preuve demain matin,
       j’ose espérer que vous me ferez l’honneur de votre présence. L’aube
       est un moment magique pour embrasser les pistes.
   - Mais bien entendu. Je meurs déjà d’impatience.
   - Délectable. Je demanderai à Paula de trouver une combinaison à votre
       taille. Et si on s’attaquait à ce repas, tout cela me paraît exquis.
La suite du dîner se passa dans le plus grand silence. Pliskin et Bond
échangèrent quelques mots au sujet de ski, mais sans plus. Alexia pour sa
part était restée muette, occasionnellement elle levait les yeux vers Bond et
lui sourit. Mais elle n’eut plus aucun contact avec son époux, autant
physiquement que visuellement. L’atmosphère était tendue, teintée d’un
désagréable silence qui s’était installé depuis déjà un bon moment. Bond
avait l’impression que tout le monde s’empressaient de terminer leur repas
afin de quitter rapidement cet endroit. Après avoir avalé sa dernière bouchée
d’escalope de veau, Bond refusa le dessert qu’on lui offrait et finit d’un trait
sa coupe de champagne, ses deux hôtes en firent de même. Feintant d’être
encore accommodé par le décalage horaire, Bond s’excusa et expliqua qu’il
préférait aller se coucher, puis il prit congé. Paula se permit de le reconduire
à sa chambre.
   - J’espère que le repas vous a plu, dit-elle.
   - Il m’a plu, je vous remercie.
Alors qu’ils arpentaient le couloir qui menait à la suite de Bond. Une porte
s’ouvrit devant eux, laissant sa place à un petit homme courtaud à la
chevelure grisonnante, Michael Gamble, l’expert en fission nucléaire,
transportant une mallette métallique. Il était accompagné par une personne
qui était familière aux yeux de Bond, le toujours aussi sinistre Vladec

                                      49
Pliskin. Ils se dirigeaient en sens contraire. Lorsqu’ils se croisèrent, Bond et
Pliskin s’échangèrent un long regard méprisant. Bond en profita pour
admirer de plus prêt son œuvre, le côté gauche du visage de Vladec Pliskin
était drôlement amoché. Malgré la chirurgie dont il avait bénéficié, les
marques étaient toujours aussi saillantes.
Après avoir dépassé les deux hommes, Bond se retourna et les regarda entrer
dans la salle à manger à sa suite, Gamble était allé rencontrer Jéricho Pliskin.
Il était bien curieux de savoir quel était le sujet de leur conversation, de toute
évidence Gamble n’était pas là pour parler de sports hivernaux.
    - Vous voilà arrivé, Mr Boldman, fit Paula en s’immobilisant devant la
        porte de la chambre.
    - Voudriez-vous venir prendre un dernier verre en ma très modeste
        compagnie, Paula ?
    - Désolé, Mr Boldman. Pas pendant mes heures de travail, peut-être une
        autre fois.
    - Vous travaillez beaucoup trop, ma chère. Vous devriez apprendre à
        vous détendre de temps en temps.
    - Bonne nuit, Mr Boldman.
Elle lui sourit et s’en alla. Bond entra dans sa chambre en prenant soin de
verrouiller la porte derrière lui, puis il se dirigea vers la salle de bain sans
prendre la peine d’allumer les lumières au passage. Il se débarrassa de son
veston qu’il accrocha au dossier d’une chaise et alla directement se faire
couler un bain chaud avant de se glisser sous les couvertures. Alors que le
bain se remplissait lentement d’eau fumante, Bond entreprit de retirer sa
chemise, lorsqu’un bruit l’alarma dans la pièce voisine.
Il ferma rapidement les robinets et se plaqua contre le mur en tendant
l’oreille. Se trouvant privé de son arme, il s’empara d’une paire de ciseau qui
gisait sur le comptoir en le tenant tel un poignard prêt à être projeté en avant.
Il sentit une goutte de sueur froide lui glisser le long de la colonne vertébrale
lorsqu’il entendit la porte de sa chambre se refermer, quelqu’un venait
d’entrer. Mais contrairement à ses attentes, l’intrus alluma la lampe qui se
trouvait au pied du lit. Pourquoi tenait-il à faire de l’éclairage ?
Aussi discrètement que possible, Bond passa la tête dans le cadre de la porte
de la chambre de bain et aperçut Alexia qui se tenait debout au centre de la
pièce. Confus, il remit les ciseaux à leur place et alla à sa rencontre.
    - Mais que faites-vous ici ? murmura Bond en se rappelant que la
        chambre était sous surveillance audio.
Il prit également soin de ne pas prononcer le nom de la jeune femme, il ne
souhaitait pas lui causer d’ennuis.



                                       50
   - Détendez-vous, Mr Boldman, dit Alexia tout simplement. J’ai
       déconnecté les raccords reliés à votre chambre. Nous serons
       tranquilles.
   - Possible, fit Bond en verrouillant la porte une seconde fois, mais je
       doute fort que votre tendre époux approuverait votre comportement.
   - Je vous en prie, ne l’appelez pas comme ça. De toute façon, il est en
       train de parler affaires avec un de ses clients, il en aura probablement
       pour toute la nuit, donc nous aussi.
   - Vous savez ce que l’on dit, Miss Vasquez. Les grands prédateurs
       sortent généralement au couché du soleil, c’est l’heure où leurs proies
       vont se désaltérer.
Elle s’approcha de lui, en faisait danser ses mains sur ses hanches, Bond en
avait le souffle coupé.
   - Pourquoi croyez-vous que je sois ici, Mr Boldman ? Cette nuit, ce sera
       vous ma proie.
Bond la saisit pas la taille et la tira vers lui avant de l’embrasser avec
fougue, Alexia lui retourna ce baiser avec encore plus d’ardeur.
   - Tout un programme, lui murmura-t-il dans le creux de l’oreille. Avez-
       vous l’intention de me dévorer sur place, ou préférez-vous réserver le
       festin pour plus tard ?
   - Je préfère me régaler sur place, dit-elle en le poussant violemment sur
       le lit.
Debout au pied du lit, elle dégrafa sa robe et la fit glisser le long de son
corps bronzé, pour révéler des courbes dessinées à la perfection. Elle finit de
se dénuder en arrachant l’épingle qui retenait ses cheveux, une épaisse
cascade brune retomba sur ses épaules. Puis elle traversa le lit à quatre pattes
jusqu’à Bond et s’allongea au-dessus de lui.
   - Je n’ai pas ressentit ça depuis trop longtemps, gémit-elle. Il y a
       longtemps que je n’ai pas fait l’amour avec passion.
   - C’est comme le vélo, ça ne se perd pas.
Bond la retourna, s’allongea sur elle et l’embrassa tendrement. Sans décoller
leurs lèvres affamées, Alexia commença à détacher la ceinture de Bond. Une
fois les deux amants complètement nus, ils commencèrent à faire l’amour
lentement, comme si toute la vie leur appartenait. Après avoir atteint son
premier orgasme, Alexia fixa Bond dans les yeux avec une lueur de
culpabilité dans le regard. Puis recouvrant la chaleur rassurante des bras de
l’homme qui la réconfortait, elle oublia son époux et se donna entièrement à
ce bel étranger.




                                      51
                              Chapitre 5 :
                       Expédition au clair de lune

Il faisait maintenant complètement nuit, l’éclat de la lune jetait dans la
chambre un voile de rayons blancs, éclairant faiblement les vêtements qui
parsemaient le tapis autour du lit dans lequel prenaient place les deux amants
en sueur.
    - Pour quelqu’un qui croyait avoir oublier, tu t’es très bien débrouillée,
       dit Bond.
    - La pratique rend parfait. Tu n’as pas la moindre idée du bien que tu
       m’as procuré ce soir, j’en avais grandement besoin.
Bond passa la main dans la chevelure de la jeune femme et se perdit dans ses
yeux verts. Il risqua une question.
    - Dis-moi, pourquoi l’as-tu épousé ? demanda-t-il lentement.
Elle étira un long soupir.
    - Il m’a dit qu’il m’aimait.
    - C’est toujours doux à l’oreille.
    - Il était différent à l’époque, il était si gentil. Mais c’était il y a
       longtemps, avant qu’il ne soit destitué.
    - Avant la mort de ses parents, ajouta-t-il.
Cette fois, elle tenta d’éviter son regard.
    - Oui, fit-elle. C’est à partir de ce jour que tout à commencé. Il est
       devenu un autre homme, nous ne savions plus à qui nous avions à
       faire. Les sautes d’humeur se succédaient sans arrêt, je ne savais plus
       comment m’y prendre avec lui. Il nous arrivait de faire l’amour avec
       tendresse, mais il lui arrivait parfois de me faire mal, comme s’il y
       prenait du plaisir. (Elle leva les yeux vers lui et sourit.) Avec toi c’est
       tout l’inverse, je me sens bien à tes côtés.
C’est ce que Bond redoutait plus que tout, elle s’était attachée à lui, et peut-
être qu’il s’était lui-même attaché à elle d’une certaine façon. Mais cela ne
devrait pas influencer sa mission. Les dures paroles de M lui revinrent alors
en tête : « Alexia est notre seul moyen de remonter jusqu’à Pliskin. » C’est
tout ce qu’elle représentait pour ses services, une simple liaison, une
personne dont on se servait pour traquer un terroriste. Bond sentit un vague
sentiment de culpabilité naître en lui.
    - Si tu savais, murmura-t-il.
    - Si je savais quoi ?
    - Tout. Tu n’as pas la moindre idée de qui je suis vraiment, néanmoins
       tu me témoigne ta confiance. Je ne suis pas certain d’en être digne.


                                       52
   - Dans ce cas dis-le-moi. Dis-moi qui tu es vraiment.
   - Je ne peux pas faire ça. J’ai peur de ce que ça impliquerait pour toi.
   - Si tu ne veux rien me dire, alors fais ce que tu es le seul à savoir faire.
      Fais-moi connaître l’amour.
N’atténuant pas pour autant son sentiment de culpabilité, Bond lui sourit et
l’embrassa avec tendresse. Il l’enlaça et elle se blottit dans ses bras. Et dans
un second élan de passion, il firent l’amour à nouveau.

                                     *****

Le cadran lumineux de la montre de Bond indiquait deux heures du matin
lorsqu’il termina d’enfiler son gilet noir. Il avait revêtit des vêtements de
couleurs sombres puisqu’il avait l’intention de se livrer à une petite visite
des installations de Pliskin. Il passa sa montre à son poignet et glissa son
Walther P99 sous sa ceinture dans le bas du dos. Avant de sortir, il se pencha
vers Alexia qui dormait toujours et déposa un doux baiser sur le front de la
jeune femme. Il regrettait de ne pouvoir lui en dire plus, mais il savait que
c’était la bonne chose à faire. Il ne pouvait pas se permettre de la
compromettre davantage.
Dans le plus grand silence, il sortit de la chambre en refermant la porte
derrière lui. Une fois blottit dans la pénombre du corridor, il commença
lentement à arpenter le corridor en direction de la salle à manger, où Michael
Gamble était entré quelques heures auparavant. Alerté par des bruits de pas
se dirigeant dans sa direction, il se plaqua rapidement derrière une
bibliothèque et observa attentivement le gardien de sécurité passer à
quelques mètres de lui sans lui porter la moindre attention. Il eut juste le
temps de voir que l’homme portait une arme automatique, probablement un
AK-47, décidément Pliskin ne lésinait pas sur la sécurité.
Après s’être assuré que le gardien s’était suffisamment éloigné, Bond sortit
prudemment de sa cachette, en regardant de par et d’autre du corridor, puis
se dirigea vers la double-portes de la salle à manger. Il réussit difficilement à
percevoir quelques phrases de la conversation se déroulant dans la pièce. Il
tira de la poche de son pantalon la paire de lunettes à rayon x que lui avait
fournit Q et les enfila. Le résultat était sidérent. De l’autre côté de la porte,
Jéricho Pliskin et Michael Gamble se retrouvèrent complètement à la vue
des yeux de Bond, dans un mélange de teintes bleutées. Bond pouvait à
présent lire sur les lèvres des deux hommes afin de suivre leur conversation.
    - Je suis parfaitement conscient de l’importance de vos intérêts, Mr
       Pliskin, dit Gamble. Mais, sauf votre respect, tout ceci me semble
       quelque peu excessif.

                                       53
    - Permettez-moi d’en juger par moi-même, voulez-vous ? C’est parfois
       les mesures excessives qui permettent de surpasser nos limites, Mr
       Gamble. Mais là n’est pas votre rôle, vous m’avez apporté le
       prototype ?
Gamble déposa sur la table la mallette métallique et l’ouvrit en la faisant
pivoter vers Pliskin. Bond s’étira le cou, mais n’arrivait pas à voir ce qu’elle
contenait.
    - C’est le tout dernier prototype du genre sur le marché, commenta
       Gamble, vous n’en trouverez nul part ailleurs.
    - Vous me faites gagner un temps précieux, Mr Gamble. Ce prototype
       est-il prêt à être utilisé ?
    - Bien sûr. Tout nos examens nous ont prouvés hors de tout doute qu’il
       est à son plein fonctionnement. Je vous en donne ma parole.
    - Vous m’en direz tant.
Vladec Pliskin s’avança vers la table et y déposa une seconde mallette qu’il
retourna à l’intention de Gamble. Son miroitement ne laissait aucun doute
quant à son contenu, elle était bourrée de diamants.
    - Le compte y est, confirma Pliskin. Je vous en donne ma parole. La
       loyauté ça se paie.
    - C’est une joie de faire affaire avec vous, Mr Pliskin, fit Gamble sans
       détacher son regard des diamants étincelants.
Vladec referma sèchement la mallette de diamants, ce qui fit sursauter
Gamble, puis il la lui remit. Ensuite Jéricho Pliskin referma la mystérieuse
mallette métallique et la tendit à son frère en lui disant : « Va la ranger dans
mon bureau. » Sans perdre une seconde, Bond s’éloigna de la porte de la
salle à manger et retourna se cacher derrière la bibliothèque. À peine cinq
secondes plus tard, il regarda Vladec Pliskin passer la porte en transportant
la mallette dans une pièce un bout du corridor. Lorsqu’il en resortit, les
mains vides, il verrouilla soigneusement la porte derrière lui et retourna à la
salle à manger.
Dès que le corridor se retrouva de nouveau désert, Bond se précipita vers la
pièce où Vladec était allé ranger la mallette. À l’aide d’un outil spécial, il
réussit à crocheter la serrure en un temps record. Une fois à l’intérieur, il
alluma la lumière et passa en revue toute la pièce, il s’agissait du bureau de
Jéricho Pliskin. Un imposant coffre-fort attira inévitablement son attention,
il était protégé par un scanner à empreintes digitales. Bond comprit que
seules les empreintes des frères Pliskin permettaient d’ouvrir ce coffre en
toute sécurité, et c’est pourquoi qu’il lui fallait obtenir une copie de
l’empreinte du pouce de Pliskin. Bond sortit son téléphone cellulaire et
alluma le laser installé en façade et s’en servit pour scanner l’endroit vitré où

                                       54
l’on doit placer le pouce afin d’ouvrir le coffre. Une image de l’empreinte du
pouce de Pliskin apparut sur le minuscule écran du téléphone. Il fit alors
pivoter le téléphone et le plaça de telle manière que l’écran se trouve face à
l’endroit où devait se placer le pouce. L’œil électrique installé sous la petite
vitre lut l’empreinte du pouce qui venait d’être scannée, après quoi la serrure
du coffre cliqueta automatiquement en s’ouvrant. Bond rangea son
téléphone, avant de jeter un coup d’œil à l’intérieur du coffre-fort.
La mystérieuse mallette métallique s’y trouvait bien, ainsi qu’un petit
attaché-case et une disquette. Afin d’assouvir sa curiosité, Bond s’empara de
la mallette, la déposa sur le bureau et l’ouvrit. Une goutte de sueur froide lui
parcourut la colonne vertébrale. Gamble avait fournit à Pliskin un prototype
de bombe au plutonium de vingt mégatonnes, le menaçant objet cylindrique
prenait fièrement place dans un socle en feutre épousant ses contours. Dans
ce cas, qu’est-ce que signifiaient les mots « l’importance de vos intérêts »
qu’avait employé Gamble ? Quels étaient donc les intérêts de Pliskin en se
procurant cette bombe ? Tout cette histoire devenait très inquiétante.
Bond referma soigneusement la mallette et la remit en place dans le coffre,
puis il ramassa la disquette qui l’accompagnait. Rapidement, et dans le plus
grand silence, il inséra la disquette dans l’ordinateur se trouvant sur le
bureau et ouvrit le dossier qu’elle contenait. En quelques secondes, une
longue liste de noms se mit à défiler sous ses yeux, tout ou plus une
trentaine. Bond comprit qu’il était question de la liste des invités, puisque les
noms de Michael Gamble et James Boldman en faisaient partie, en
compagnie de d’autres noms, russes, chinois, américain. Quelques-uns
d’entre eux étaient familiers aux yeux de Bond, il les avait probablement lus
quelque part dans les archives du MI6, ce qui signifiait que ces hommes
étaient fichés, et par le fait même, sous enquête par les différentes agences
de la planète. Et, plus important encore, ils se retrouvaient tous au même
endroit au même moment, Bond pouvait à présent en fournir la preuve.
Bond sortit à nouveau son téléphone cellulaire ainsi que le fil conducteur
dont il était pourvu. Il brancha l’un des extrémités du fil au téléphone, et le
second dans le port de l’ordinateur. Puis il appuya sur la touche « Save file »
et le dossier fut transférer sur le disque dur miniaturisé du téléphone.
Il rangea son téléphone dans sa poche, retira la disquette et la remit dans le
coffre avant d’en refermer la lourde porte blindée. Avant de sortir, il éteignit
la lumière et ouvrit la porte, mais la referma aussitôt en apercevant les deux
frères Pliskin qui discutaient dans le couloir. Bond colla son oreille contre la
porte et laissa échapper un juron en entendant les deux hommes se diriger
dans sa direction. Dans l’obscurité et pris au piège, Bond se dirigea
instinctivement vers l’armoire qui se trouvait dans le coin de la pièce et se

                                       55
glissa silencieusement à l’intérieur. Le grincement de la porte de l’armoire
qui se refermait coïncida exactement au cliquetis de la serrure lorsque les
frères entrèrent dans le bureau. L’un d’eux alluma la lumière, ce qui permit à
Bond de voir quelque chose par l’espace qu’il avait laissé en refermant la
porte de l’armoire.
    - Je persiste à croire que c’était beaucoup trop cher payé, se lamenta
       Vladec d’une voix irritée.
    - Laisse ton grand frère gérer ses affaires, veux-tu ?
    - Mais 13 millions de dollars en diamants pour un simple prototype de
       bombe, dont nous ignorons tout, ça te paraît rentable ?
    - Absolument. C’est précisément pour cette raison que je me suis
       approprié cette mine de diamants en Afrique, nous en avons plus que
       nécessaire, ressource quasi-illimitée. De plus, ai-je besoin de te
       préciser avec qui nous traitons ? Michael Gamble est l’un des
       meilleurs chercheurs en fission nucléaire de toute la côte ouest. Nous
       n’avons pas de soucis à nous faire quant à lui.
C’était donc ça le fond de l’histoire. Gamble s’était tout simplement laissé
corrompre pour un montant de 13 millions de dollars. Tout ce qu’il a eu à
faire, c’était de subtiliser un prototype de bombe qui faisait l’objet de
recherches dans ses labos.
    - Je sais moi de qui nous devrions nous soucier, fit remarquer Vladec.
       Ne le prends pas mal, Jéricho, mais as-tu réglé tes différents avec
       Alexia ?
    - Où veux-tu en venir ?
    - Je dis simplement que tes problèmes avec elle pourraient sérieusement
       influencer le bon fonctionnement de nos activités. Depuis son retour
       d’Espagne, plus précisément depuis sa rencontre avec Boldman, elle
       ne semble plus te porter la moindre confiance. Et tu sais que ce que
       cela signifie, si nous ne sommes pas avec toi, nous sommes contre toi.
       Je crains seulement qu’elle n’ait rallié la seconde catégorie.
    - Qui es-tu pour parler d’elle de cette façon ? explosa Jéricho. Elle
       m’appartient, sans moi elle ne serait rien, elle me doit tout. Il ne lui
       viendrait jamais en tête de se retourner contre moi. Si tu tiens autant à
       te méfier de quelqu’un, alors concentre-toi donc sur le cas de ce
       Boldman. J’espère seulement que je peux encore compter sur toi.
    - Bien sûr que tu peux encore compter sur moi. Je me mettrai
       personnellement sur son cas, tu n’as pas à te faire de mauvais sang.
    - Tu m’en diras tant. Viens, allons raccompagner Gamble à sa chambre.
Bond entendit les deux hommes quitter la pièce, mais ne sortit de sa cachette
que lorsque la lumière s’éteignit et que la porte se referma. Il en avait

                                      56
beaucoup apprit de cette brève conversation entre les deux frères Pliskin,
plus particulièrement quant à la confiance qu’ils mettaient en leurs invités,
ou qu’ils ne mettaient pas, comme l’était son cas. Mais que Vladec Pliskin se
méfie de la fiancée de son frère, alors là c’était une nouveauté. Est-ce que
Bond l’avait changé à ce point depuis sa rencontre ? C’était difficile de le
juger par lui-même, il n’avait pas la moindre idée de la façon dont elle se
comportait avec Jéricho Pliskin avant leur rencontre en Espagne.
À pas de velours sur le tapis, Bond s’avança vers la porte et l’ouvrit
légèrement. Il eut juste le temps de voir Michael Gamble accompagné des
frères Pliskin tourner le coin et disparaître. À première vue la voie semblait
libre. Bond sortit donc prudemment du bureau en prenant soin de tout
refermer derrière lui. Toujours en restant sur ses gardes, il fit le trajet en sens
inverse et retourna vers sa chambre.
À la dernière seconde, il aperçut une silhouette se dresser dans le corridor en
face de lui. Avant qu’on ait pu l’apercevoir, Bond entra sans réfléchir dans la
première pièce se trouvant à sa gauche. Dans l’obscurité de ce lieu étranger,
il écouta attentivement à travers la porte. C’est avec soulagement qu’il
entendit des bruits de pas qui s’éloignaient de sa position. Il ne s’était pas
fait repérer. Par contre, il sursauta lorsque le propriétaire de la chambre
alluma l’éclairage, peut-être avait-il parlé trop vite. Tout les sens en éveil, il
se retourna pour faire face à la personne qu’il venait de réveiller en pleine
nuit. C’était Paula. La séduisante jeune femme, en chemise de nuit, assise
dans son lit, l’observait d’un regard plein de confusion. Décidément la
chance souriait à James Bond.
    - Mr Boldman ? fit-elle, tout étonnée, mais pas nécessairement
       offusquée. Qu’est-ce que vous faites ici ?
Elle n’essayait même pas de cacher sa presque nudité à l’aide de la
couverture. Bond lui sourit.
    - Vos heures de travail sont terminées, non ? Peut-être pourrons-nous
       en profiter pour faire plus ample connaissance.
    - Et cela valait une intrusion dans ma chambre, en pleine nuit ?
    - Vous êtes en congé à présent, vous n’êtes plus sous la juridiction de
       Mr Pliskin. Jetez votre bonnet par-dessus les moulins.
Bond s’avança vers le lit et se pencha sur elle.
    - Maintenant vous pouvez travailler sur mon cas, dit-il.
    - Et j’ai bien l’intention de mettre du cœur à l’ouvrage, gémit-elle.
Paula le tira rapidement vers lui et l’embrassa à pleine bouche. Bond passa
par-dessus elle et ses mains se mirent à parcourir le corps brûlant de la jeune
femme. La nuit s’était avérée plus fructueuse qu’il ne l’avait prévu.



                                        57
                                    *****

Après sa nuit mouvementée, Bond regagna silencieusement sa chambre alors
que le soleil commençait à se lever à l’horizon, avant que quelqu’un ne
remarque son absence. Paula s’était montrée très surprenante, l’ardeur avec
laquelle ils avaient fait l’amour avait réveillée une vieille blessure que Bond
s’était fait à l’épaule gauche, il l’a trouvait extrêmement professionnelle,
dans tout les sens du terme.
Aussitôt entrer dans sa chambre, il verrouilla la porte derrière lui et
remarqua l’absence de Alexia, qui avait probablement profité de la nuit pour
filer en douce et rejoindre son époux avant d’être portée manquante. Bond
n’osait imaginer la réaction de Pliskin s’il retrouvait sa fiancée dans les bras
d’un autre homme, spécialement Bond, qui ne semblait pas porter
particulièrment dans son cœur. Dès qu’il mit les pieds dans la salle de bain,
on frappa à la porte. Bond s’empressa d’aller répondre et découvrit Jéricho
Pliskin qui l’attendait sur le seuil avec une combinaison de skieur sous le
bras.
    - Bonjour, Mr Boldman, fit-il amicalement. J’espère que vous avez
       passé une bonne nuit.
Bond sourit.
    - Excellente. Très stimulante.
    - Ravi de l’entendre. Paula vous a trouvez ça, elle m’assure qu’elle est à
       votre taille, dit-il en lui remettant la combinaison.
    - Oh, je lui fais confiance.
    - Prenez un bon petit déjeuner et rejoignez-moi sur la piste dans une
       heure. Je vais vous faire la preuve que les Allemands sont d’excellents
       skieurs.
    - Je n’en ai jamais douté. Alors dans une heure.
Ils se saluèrent, puis Bond retourna vaquer à ses occupations. Une journée
qui s’annonçait fort enlevante venait de commencer.




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                             Chapitre 6 :
                         Une descente infernale

Par bonheur, la combinaison en polypropylène à zip doublée et les gants
fourrés que Paula avait dénichés pour Bond lui allaient parfaitement, elle
était fort bien placée pour connaître ses mesures.
Après s’être douché et avoir avalé un petit déjeuner léger, composé de rôties
servies avec de la marmelade, il avait enfilé sa combinaison puis il regagna
la station de ski se trouvant à l’extérieur du château.
Le vent frais de ce début de matinée caressait agréablement le visage de
Bond. Il s’arrêta un moment pour contempler le levé du soleil qui se dressait
au-dessus des monts glacés, le paysage était grandiose.
La station de ski installée au pied de la montagne avait davantage l’allure
d’un chalet, une série de skis étaient appuyé sur le mur du fond, des tables au
centre permettaient aux skieurs du siroter un délicieux chocolat chaud à la
fin de leur parcours et une large porte vitrée donnait directement sur le
téléphérique qui menait au sommet de la montagne. Visiblement Pliskin
s’était donné beaucoup de mal afin de rendre cet endroit accueillant, une
agréable odeur de bois flottait dans le refuge.
« Je suis content de voir que vous êtes quelqu’un de très ponctuel, Mr
Boldman. » dit Jéricho Pliskin en entrant à son tour dans le chalet.
Pliskin portait le même uniforme que Bond, mais dans des teintes plus
foncées. Il avait l’air redoutable.
    - Mr Pliskin, j’attendais ce moment avec impatience, sourit Bond.
    - Moi aussi. Quelle superbe journée pour dévaler les pentes, n’est-ce
        pas ? J’espère que vous défendrez votre honneur avec bravoure.
    - La vie nous lance parfois de petits défis. C’est à moi qu’il en doit de le
        relever. Mais serez-vous à la hauteur de mes espérances ?
Cette remarque sembla irriter Pliskin.
    - Bien plus encore. Je vous laisse vous préparer, rejoignez-moi au
        sommet de la montagne dans quinze minutes. Nous verrons qui de
        nous deux est à la hauteur de l’autre.
    - J’en ai l’intention, Jéricho Pliskin, lança froidement Bond.
Pliskin s’empara de ses skis et sortit rapidement du chalet, sans manquer de
lancer un dernier regard noir à Bond. Ce dernier, suite au départ de son
adversaire, passa en revue la série de skis adosser contre le mur du fond.
Pour Bond, il était important d’avoir des skis très flexibles sur toute la
longueur, sans déformation en largeur, pour être souple tout en restant
stable. Il en trouva finalement une paire qui lui convenait parfaitement, tout


                                      59
le long des skis, deux nervures leur donnaient d’excellentes propriétés de
torsion. Il glissa ses bottes dans les fixations et verrouilla le tout, puis il
agrippa une paire de bâtons et sortit du chalet jusqu’au téléphérique. Il
grimpa à bord et se laissa monter lentement vers le sommet de la montagne,
le panorama qui défilait sous ses yeux était ahurissant. Le château s’éloignait
progressivement de lui pour finalement devenir qu’un point sombre au
milieu de ce paysage blanc. Une fois parvenu au sommet, Bond descendit en
glissant élégamment sur la neige. Pliskin l’attendait déjà en position, prêt à
se lancer.
    - Les règles sont simples, Mr Boldman, expliqua Pliskin, il n’y a pas de
        règles. Le premier arrivé au pied de la montagne est couronné
        vainqueur. Des questions ?
    - Aucune. C’est très primitif en fait.
Bond rejoignit Pliskin en baissant ses lunettes et prenant position. Mais sans
le moindre avertissement, Pliskin prit son élan d’un coup de bâtons et se
précipita sur les pentes. À peine eut-il le temps de se préparer, Bond se lança
à sa poursuite. Devant ce défi, Bond se plia en deux dans sa bonne vieille
position Alberg, les mains prêts des bottes et descendit la pente.
C’était merveilleux d’être à nouveau sur des skis. Le vent qui sifflait à ses
oreilles le ragaillardissait et il sentit un flot d’adrénaline couler dans ses
veines. Ses skis étaient parfaits : ils avaient un rayon de vingt-six mètres
dans les virages.
Il rattrapa son adversaire juste au moment où la pente tombait sur un à-pic.
Pliskin sauta par-dessus la crête, plana dans les airs sur quelques mètres et
atterrit avec aisance de l’autre côté. Bond la passa à son tour, mais un peu
trop rapidement et faillit perdre l’équilibre. Il corrigea sa faute en atterrissant
adroitement. Il conserva sa position en boule, accélérant sur la neige
poudreuse, il gagnait du terrain.
Devant lui, Pliskin contourna une seconde crête et poursuivit sa course. Mais
Bond ne l’entendait pas de cette façon. Plutôt que de contourner la crête, il
décida de la franchir. Il poussa violemment sur ses bâtons au dernier instant
et fit un saut prodigieux en direction de son opposant. Il atterrit finalement
au même niveau que Pliskin, qui parut manifestement surprit de son arrivée
soudaine. Cédant sous la frustration, Pliskin lui asséna un violent coup de
bâton à la jambe, la pointe lui lacéra la cuisse d’où jaillit un mince filet de
sang. Bond lâcha un cri de douleur et perdit l’équilibre, mais à l’aide d’un
effort surhumain, il réussit tout de même à se maintenir en position. Il dut
néanmoins prendre de grandes inspirations afin d’ignorer la douleur
fulgurante que lui faisait subir sa lacération.



                                        60
La mâchoire crispée sous la colère, il rattrapa Pliskin et ne se priva de le
bousculer. Ils s’échangèrent plusieurs coups, mais Bond eut le dessus en
faisant chuter son adversaire qui tomba à la renverse. Pliskin fit quelques
culbutes, mais se rétablit rapidement avant de se lancer aux trousses de
Bond, qui s’était littéralement moquer de lui. Il n’était plus seulement
question d’atteindre le pied de la montagne, maintenant ils se devaient tout
deux de résister aux attaques de l’autre skieur.
Après avoir aperçu Pliskin par-dessus son épaule, Bond choisit la méthode
de glisse langlaufing direct que son vieil instructeur, Fuchs, lui avait
enseignée. Il se raidit néanmoins en apercevant la pente se dérober quelques
mètres devant lui, il n’avait pas la moindre idée de sa hauteur, mais chose
certaine, il n’avait aucun moyen de la contourner. Il allait devoir se lancer
dans le vide.
Bond prit son élan en poussant sur ses bâtons et se lança. Il dût planer sur
une distance de plus de vingt mètres avant d’atteindre la vallée blanche
située à la base du pic. Il atterrit lourdement dans la neige, un bref coup
d’œil derrière lui confirma que Pliskin avait également réussit son saut et
qu’il était toujours dans la course. Ses genoux, point faible du skieur,
commençaient à le faire souffrir, mais il était hors de question de ralentir la
cadence. Il devait surtout s’assurer que le raclement de ses skis sur la neige
glacée reste régulier, ce qui indiquerait qu’il ne ralentissait pas et qu’il
gardait le même rythme dans ses mouvements. Sans s’en être rendu compte,
Pliskin avait réduit la distance entre eux, il était maintenant tout près
derrière.
Bond chercha du regard une route alternative et remarqua une galerie de
glace qui s’enfonçait à l’intérieur d’une montagne. C’était peut-être
dangereux, mais cela lui permettrait de gagner un temps précieux, à
condition que Pliskin ne le suive pas. Bond obliqua brusquement vers la
gauche et s’engouffra à toute vitesse dans le conduit. Il zigzagua habilement
entre les pointes de glace qui émergeaient du sol gelé et ceux suspendus au-
dessus de sa tête. C’était effectivement très dangereux. Avec de la chance, le
sol était entièrement recouvert de glace, ce qui lui permettait de glisser tout
en gagnant de la rapidité. Il regarda derrière lui et vit Jéricho Pliskin
slalomer adroitement alors qu’il l’avait suivit dans la galerie. Décidément il
s’agissait d’un adversaire de taille.
À l’approche d’une courbe, son ski gauche cogna soudainement un amas de
glace qu’il avait rasé de trop près. Bond faillit perdre l’équilibre, mais il
parvint à se rattraper sur un ski et à négocier parfaitement le virage. Il
émergea finalement de la galerie en sautant par-dessus un surplomb de
neige.

                                      61
Jéricho Pliskin surgit de nul part et le rejoignit rapidement en le bousculant,
n’ayant pas prévu le coup, Bond tomba, mais se releva péniblement, toujours
ennuyé par sa blessure à la cuisse. Poussé par un élan de détermination,
Bond se lança à la poursuite de Pliskin qui ne se trouvait qu’à quelques
mètres devant lui.
Bond fonçait dans une course éperdue vers une sorte de pont de glace qui
enjambait un précipice. Mais lorsque Pliskin le traversa, la glace céda et le
pont se fracassa en plusieurs morceaux. Il put entendre le rire gras de Pliskin
qui s’éloignait. Mais sans ralentir, Bond sauta par-dessus l’abîme et toucha
le sol de l’autre côté. Les yeux de Pliskin s’écarquillèrent en voyant Bond
toujours à sa suite.
Ils traversaient maintenant le dernier kilomètre les séparant de l’arrivée, le
château commençait à se dresser au lointain. C’était la dernière chance pour
Bond de rattraper son adversaire. Il se mit alors à battre fougueusement la
neige à l’aide de ses bâtons, gagnant de la vitesse à chaque frappe. Tandis
qu’il sentait son adversaire approché derrière lui, Pliskin se mit à faire de
même, c’était maintenant une épreuve physique. La pente n’était que
légèrement inclinée, donc impossible de compter sur la glisse, ils devaient à
présent se pousser à l’aide de leurs bras.
Les deux skieurs frappaient frénétiquement le sol de leurs bâtons dans
l’espoir d’atteindre la ligne d’arrivée le premier. L’écart les séparant
diminuait à chaque coup que Bond portait sur la neige. Ses épaules
s’ajoutèrent bientôt aux parties de son corps qui le faisaient souffrir. Alors
qu’ils entamèrent la dernière ligne droite, Bond se trouvait tout juste derrière
Pliskin. Il était temps de rendre la politesse à son rival. Quand il fut
suffisamment près, Bond asséna au violent coup de bâton derrière le genou
de Pliskin. Ce dernier lâcha un long cri de douleur et se laissa choire sur la
neige. Il roula sur lui-même et observa, la mâchoire crispée, son adversaire
qui poursuivait son chemin avant de franchir la ligne d’arrivée. Pliskin,
étendu par-terre, sentait naître en lui une haine et une rage indescriptible. Ce
fumier de british l’avait battu, il l’avait humilié. Les choses n’allaient
certainement pas rester ainsi.

                                    *****

De retour dans sa chambre, en fin de matinée, Bond se dirigea directement
dirigé vers la salle de bain afin de guérir la plaie qui souillait son uniforme.
Il retira ses vêtements et découvrit l’étendu des dégâts. La lacération devait
faire environ quinze centimètres de long, mais heureusement elle ne semblait
pas profonde. Il épongea le sang à l’aide d’un linge humide, puis il se fit un

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pansement avec ce qu’il trouva dans la trousse de premiers soins découverte
dans la pharmacie. En refermant la pharmacie, il s’observa longuement dans
la glace en soupirant, il était à bout de souffle. La sueur lui perlait sur le
front, le visage rougit par l’effort, ses épaules et ses genoux le faisaient
atrocement souffrir. Il se fit couler un bain chaud et y resta plongé pendant
près d’une heure, l’eau bouillante lui faisait un bien incroyable, il sentait ses
muscles se détendre. Une fois l’eau refroidie, il sortit et enfila des vêtements
propres. Outre sa blessure à la cuisse, il était totalement ragaillardit. On
frappa à sa porte. C’était Alexia. Lorsque la porte fut refermée, elle se jeta
dans ses bras, le regard affolé.
   - Est-ce que ça va ? demanda-t-elle. Qu’est-ce qu’il t’a fait ?
Bond l’écarta gentiment.
   - Je vais bien. Enfin presque.
   - Il est furieux, j’ignore ce que tu lui as fait, mais je l’ai rarement vu
       dans un tel état.
   - Ton époux avait besoin d’apprendre les bonnes manières. Il ne s’en
       est pas prit à toi j’espère ?
   - Non. Mais son bureau aura besoin d’être remit en ordre. (Elle se
       permit un sourire)
La situation semblait l’amuser d’une quelconque façon. Comme si elle
penchait de son côté. Ils sursautèrent lorsque Pliskin entra dans la chambre,
sans même se donner la peine de frapper. Contrairement aux attentes de
Bond, il semblait très décontracté. Son regard passa de Bond à son épouse, à
la recherche d’une réponse, Pliskin n’était visiblement pas un imbécile, il
devait se douter de quelque chose. Embarrassée, Alexia s’excusa et quitta la
chambre.
   - Je tenais à vous féliciter, Mr Boldman, dit Pliskin avec un sourire
       forcé. Je ne m’attendais pas à une telle performance de votre part.
De toute évidence il tentait de refouler sa colère.
   - Moi non plus. Dites-moi, j’espère ne pas vous avoir offusqué en
       gagnant sur votre terrain. Car cette idée me ferait horreur.
Pliskin sourit difficilement suite à cette remarque. Bond prenait un malin
plaisir à le titiller ainsi.
   - Laissez-moi vous montrer que je suis aussi bon perdant que vous
       gagnant, Mr Boldman, dit Pliskin. Venez, suivez-moi.
Bond le suivit dans le corridor jusqu’à une lourde porte de bois, ornée de
charnières métalliques, un gros cadenas rouillé assurait la protection. La
singularité de cette porte intriguait Bond, pourquoi était-elle différente des
autres ? Pliskin deverrouilla le cadenas et ouvrit. La porte donnait sur un
escalier en colimaçon, aucune lumière n’assurait l’éclairage. Une odeur

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d’humidité s’en dégageait. Pour un instant Bond déplora le fait qu’il n’ait
pas eu le temps de prendre son Walther avec lui, l’endroit semblait hostile.
Pliskin descendit l’escalier, suivit de Bond. Le bruit de leurs pas sur
l’escalier métallique se répercutait dans toute la pièce, qui baignait
également dans la noirceur. Mais où diable voulait-il l’emmener ?
Une fois au pied de l’escalier, l’odeur caractéristique d’un sous-sol parvint
aux narines de Bond. Peu importe où ils se trouvaient, ils étaient sous les
fondations du château. Pliskin se dirigea vers un boîtier électrique et activa
l’éclairage. Des néons clignotèrent et s’allumèrent sur une pièce profonde où
s’étendait une impressionnante quantité de caisses. Les murs en pierre
suintaient d’humidité.
    - Mitrailleuses, missiles, lance-flammes, tout le nécessaire pour mener
       une guerre, commenta Pliskin.
Le dépôt d’armes. Ils se trouvaient dans leur dépôt d’armes. C’est ce que
devaient contenir tout ses caisses, il en avait suffisamment pour équiper
toute une armée.
    - Laissez-moi deviner, dit Bond. C’est ici que les nazis entreposaient
       tout leurs objets de valeur. Je me trompe ?
    - Tout à fait raison, Mr Boldman. Ils mettaient tout ce qu’ils leur
       tenaient à cœur dans cet endroit, bien à l’abris des soviétiques.
    - Et maintenant vous perpétuez cette tradition.
    - Exactement. Je crois que vous trouverez tout ce dont vous aurez
       besoin. Vous n’aurez qu’à me dresser la liste des armes que vous
       désirez, et je ferai mon possible pour vous les obtenir. À condition d’y
       mettre le prix, bien entendu.
    - Bien entendu, opina Bond. Les dix millions vous attendront à la fin de
       l’entente, vos dix millions.
    - Ça fait plaisir à entendre. Vous pourrez jeter un coup sur notre arsenal
       si vous le souhaitez, pour ainsi vous faire une meilleure idée de ce que
       nous avons à vous offrir.
    - Apparemment j’ai l’embarras du choix. Mais seriez-vous l’homme à
       qui m’adresser si j’avais besoin d’une arme atomique, une bombe par
       exemple ?
Pliskin parut surprit de la question. Il jeta un regard noir à Bond et décida
d’opter pour l’ignorance.
    - Je regrette, Mr Boldman, dit-il sèchement, mais nous ne possédons
       pas ce type d’armement. J’ignorais que la crise nécessait un moyen
       aussi excessif.
    - Un soutien supplémentaire ne saurait être de refus. De plus, c’est
       parfois les mesures excessives qui permettent de surpasser nos limites.

                                      64
Une lueur d’incertitude traversa le regard de Pliskin, Boldman avait employé
les mêmes mots que lui. Comment était-il au courant de sa devise ?
Bond regarda avec amusement le comportement de Pliskin suite à cette
provocation. Il savait qu’en employant ses mots il créerait du même coup
l’ambiguïté en lui. Suite à leur confrontation dans la montagne, il était
maintenant temps de passer aux choses sérieuses, de lui montrer qu’il n’était
pas prêt à rigoler. Quitte à créer une certaine méfiance l’un envers l’autre,
après tout, sa mission ne consistait pas à se faire aimer de ce type, mais bien
de le neutraliser peu importe comment il s’y prendrait.
    - Théorie intéressante, Mr Boldman, s’enquit Pliskin. Peut-être
       pourrais-je vous demander d’élaborer à ce sujet ?
    - Je ne voudrais pas vous ennuyer avec les détails.
Pliskin allait répliquer lorsque la voix de Paula résonna du sommet de
l’escalier.
    - Mr Pliskin, dit-elle. Mr Gamble souhaiterait vous voir dans les plus
       brefs délais.
    - Allez-y, fit Bond d’un signe de tête, ne vous en faites pas pour moi. Je
       saurai me retrouver.
Hésitant, Pliskin salua Bond et monta retrouver Paula. Mais pour lui une
chose était certaine, il n’allait pas laisser ce british faire la pluie et le beau
temps dans son château. Sa patience avait atteint ses limites, il était l’heure
de connaître le fond de l’histoire.




                                       65
                               Chapitre 7 :
                             Remise à l’ordre

Les muscles encore endoloris suite à son affrontement de ce matin, Bond fut
de retour dans sa chambre dans le début de la soirée. Le soleil venait à peine
de se fondre avec la ligne d’horizon, laissant quelques traces orangées dans
le ciel au-dessus des montagnes. La soirée était superbe. Mais Bond était
exténué, tout ce qui lui fallait avant d’attaquer une nouvelle journée était une
bonne nuit de sommeil. Il se débarrassa de sa chemise et de ses chaussures,
puis se glissa sous les chaudes couvertures. À peine commençait-il à se
détendre, qu’il entendit un cliquetis provenant de la porte d’entrée.
Tout les sens en éveil, il se redressa et s’empara de son Walther qu’il gardait
toujours à porter de la main sous son oreiller. Dans l’obscurité, les yeux
rivés sur la porte, il eut l’impression que quelqu’un venait d’entrer. Était-ce
encore Alexia ? Possible. Mais pas certain.
   - Alexia ? appela Bond.
Aucune réponse. Quelqu’un venait de faire irruption dans sa chambre, et ce
n’était pas Alexia. De qui pouvait-il bien s’agir ? Bond n’alluma pas la
lampe située tout près du lit, s’il ne pouvait pas voir l’intrus, alors lui non
plus ne pouvait le voir. Ils étaient tout deux sur un pied d’égalité. Lentement,
Bond se glissa hors du lit et alla se blottir derrière la table de chevet. La
personne qui venait d’entrer s’attendait probablement à le retrouver au lit, il
ne devait donc en aucun cas y rester. Soudain, une ombre traversa la zone
éclairée que projetait la lueur de la lune dans la chambre. Il le cherchait.
Bond fut complètement prit par surprise lorsqu’il entendit la porte se
refermer à nouveau. Quelqu’un d’autre venait d’entrer. Il devait affronter
dans l’obscurité deux agresseurs, alors qu’il ignorait tout à propos de qui il
avait à faire.
Un bruit sourd se fit entendre et Bond porta brusquement la main à sa
poitrine. Quelque chose s’était figé dans son torse. Une fléchette. On lui
avait tiré dessus avec une fléchette anesthésiante. Il arracha le petit objet et
l’observa tandis qu’une douloureuse migraine prenait naissance. S’en suivit
ensuite les étourdissements et la perte des fonctions motrices, il allait bientôt
s’évanouir. Son Walther P99 tomba lourdement sur le sol, lui aussi n’allait
pas tarder. Mais avant de sombrer dans l’inconscience, il vit le visage
meurtrit de Vladec Pliskin, penché sur lui, un fusil tranquillisant à la main.

                                     *****



                                       66
James Bond avait l’impression que sa tête allait exploser tant il avait mal. Il
commençait lentement à se réveiller de son pénible sommeil forcé, ses
articulations le faisaient souffrir plus que jamais. En particulier ses épaules
qui semblaient supporter la majeure partie de son poids, mais comment était-
ce possible ? Quand il eut retrouvé tout son esprit, il découvrit qu’il se
trouvait suspendu la tête en bas, torse nu, les mains liées derrière le dos, au-
dessus d’un bassin d’eau. Ses pieds étaient attachés à l’aide d’une chaîne,
relié à un mécanisme contrôlé par une télécommande. La pièce dans laquelle
il se trouvait était stérile et froide. Il tenta de se débattre mais ne parvint pas
à se dégager des menottes qui lui serraient les poignets.
    - Vous voilà en très fâcheuse position, Mr Boldman, dit Jéricho Pliskin
        en entrant dans la pièce.
    - Qu’est-ce que tout cela signifie ? demanda furieusement Bond.
    - C’est à vous de me le dire. (Il lui montra le Walther P99 qu’on lui
        avait confisqué) Cette arme vous est d’aucune utilité pour négocier,
        sauf si vous aviez l’intention d’occuper votre temps autrement. Je sais
        que vous n’êtes pas ce que vous prétendez être, alors je vous pose la
        question suivante : Qui êtes-vous ?
    - Un client que vous venez de perdre. Je ne supporterai pas plus
        longtemps vos salades, alors si vous voulez bien me faire descendre à
        présent, j’ai un mal de crâne horrible.
Pliskin se mit à rire, Bond se doutait bien qu’il était trop intelligent pour
tomber dans le panneau.
    - Votre performance est ahurissante, se moqua Pliskin, vous jouez la
        comédie même dans les situations les plus tendues, je suis
        impressionné. Mais ça ne marche pas avec moi. Je ne connais aucun
        trafiquant d’armes qui se baladerait avec un Walther P99 pour
        négocier, ça risquerait de nuire au bon déroulement des négociations.
        Alors, dites-moi, si vous me parliez un peu de vous. Qui êtes-vous et
        pour qui travaillez-vous ?
    - Vous êtes encore plus dérangé que vous en avez l’air.
    - Je trouve insultant que vous me preniez pour un imbécile. J’ai œuvré
        toute ma vie avec les services secrets, et avec le temps j’ai développé
        un sixième sens pour reconnaître les espions.
    - Ce que vous ne serez jamais, le provoqua-t-il.
    - Ou ce que vous ne serez plus, sait-on jamais. Vous devriez l’admettre
        maintenant, avant que les choses ne se compliquent. Je vous ferai
        parler de toute façon, alors mieux que cela se fasse sans violence.
        N’ai-je pas raison ?



                                        67
    - La torture n’est plus à la mode depuis belle lurette. Tenez-vous à ce
       point à renouer avec les habitudes barbares de vos ascendants ? Parce
       que si c’est le cas, je préfère repasser.
    - Si vous le dites.
Vladec Pliskin les rejoignit dans la pièce et s’empara de la télécommande
qui contrôlait l’appareil auquel était suspendu Bond. Le frère cadet de
Pliskin leva les yeux dans ses directions en affichant un sourire satisfait et
méprisant. Même la tête en bas, Bond pouvait voir dans son regard que la
situation l’amusait.
    - Vladec, offre à notre invité un rafraîchissement, dit Jéricho Pliskin.
Son jeune frère répondit en appuyant sur une touche de la télécommande et
Bond se mit à descendre lentement vers le bassin d’eau.
    - Vous devriez parler, Mr Boldman, avant de ne plus en être capable, le
       prévint Pliskin.
    - Vous seriez prêt à noyer 10 millions de dollars ?
    - Vous ne les valez pas, Mr Boldman, et vous le savez bien.
    - Oseriez-vous courir le risque ?
    - Oui, si ça me permettait de me débarasser de vous.
Bond avait déjà les cheveux qui trempaient dans l’eau glacée, dans quelques
secondes il serait submergé jusqu’au cou. En désespoir de cause il essaya à
nouveau de se libérer, mais il était tenu fermement attaché. Il jeta un coup
d’œil en direction de Vladec Pliskin qui ne semblait pas prêt à retirer son
doigt du bouton de la télécommande.
    - Et pour ce qui est de la bombe que vous a fournit Gamble, lança
       Bond, seriez-vous encore prêt à courir le risque ?
Pliskin fit un geste rapide à son frère qui stoppa l’appareil.
    - D’où tenez-vous ces informations ? demanda-t-il, soudainement très
       attentif.
    - À votre avis ? Si je ne donne pas signe de vie dans moins de 48
       heures, une équipe d’intervention viendra défoncer votre porte et vous
       passer les menottes. Vous et tout vos invités notoires.
Cette fois Bond pria pour que Pliskin le croie.
    - Vous bluffez, grogna Pliskin.
    - Peut-être bien. Mais si vous me tuez, un autre agent prendra ma place,
       et il sait tout ce que je sais. Vous avez une chance sur deux. Que
       décidez-vous ?
    - Je préfère encore vous voir mourir.
Vladec Pliskin actionna à nouveau l’appareil et, après une grande bouffée
d’air, Bond s’introduisit tête la première dans le bassin d’eau froide. La
meilleure technique afin de retenir son souffle pour une plus longue période,

                                     68
c’est de créer un vide intérieur, se détacher de tout et se concentrer sur les
battements de son cœur. Surtout ne jamais céder à la panique. Calmement,
les yeux clos, Bond se mit à compter. Son esprit quitta temporairement son
corps, il ne sentait plus le froid de l’eau en contact sur son visage. Il venait
d’atteindre le compte de cinquante, il devait retenir son souffle depuis
bientôt une minute. Lorsqu’il manquerait d’oxygène au cerveau, même la
méditation ne pourrait lui venir en aide. Il en était maintenant à 120, plus
que deux minutes. Il commençait à asphyxier. N’en pouvant plus, il
commença à se débattre, il allait se noyer. C’est alors qu’une légère tension
se fit sentir dans les chevilles, on était en train de le remonter.
Une fois que sa bouche fut complètement émergée de l’eau, il prit de
grandes bouffées d’air, il en avait mal dans la poitrine. Sa respiration devint
plus régulière.
    - Admettons que ce que vous dites est vrai, dit Pliskin, j’aurais raison
        de vous laisser la vie sauve. Maîtriser un seul homme est plus facile
        que d’en repousser cinquante. Mais ne vous croyez pas sauvé pour
        autant, vous allez vivre assez longtemps pour que je puisse faire mes
        recherches à votre sujet, maintenant que j’en sais davantage. Si
        j’apprends que ce que vous venez de dire est faux, c’est votre sang
        que l’on retrouvera partout dans la montagne. Considérez donc cela
        comme un sursis.
    - J’imagine qu’il est inutile de vous remercier.
    - Absolument. Vous aurez bientôt toute la mort pour me remercier.
        Vladec, fais-le descendre maintenant, ordonna-t-il à son frère.
Mais plutôt que de faire remonter l’appareil, Vladec Pliskin sortit son fusil
tranquillisant et tira une seconde fléchette qui alla se figer dans l’épaule de
Bond, qui perdit connaissance en moins d’une minute. Pliskin observa le
corps inconscient suspendu au-dessus du bassin d’eau, il serait facile pour
lui de l’éliminer, mais il n’en ferait rien, du moins pas pour l’instant.
    - Et que fait-on de lui maintenant ? demanda le plus jeune frère.
    - Ramène-le dans sa chambre et augmente la sécurité. Et sois discret, je
        ne veux pas alarmer les autres invités.
    - Pourquoi tiens-tu à le garder en vie ? Regarde-le, je n’ai qu’à appuyer
        sur ce bouton et le problème est réglé.
    - La patience est une vertu, mon frère. Je préfère savoir qui il est
        d’abord, découvrir qui s’intéresse tant à mes activités. Maintenant
        ramène-le, j’ai quelques coups de fil à passer.

                                    *****



                                      69
« James ? James, ça va ? » demanda une voix familière qui semblait lui venir
de très loin, d’un rêve peut-être bien. Les muscles encore endoloris par
endroit, Bond ouvrit difficilement les yeux sous l’éclat du soleil qui filtrait
dans la chambre. Il avait horriblement mal à la tête et de la sueur lui perlait
sur le front, il eut beaucoup de difficulté à s’asseoir dans son lit.
Recouvrant toutes ses facultés peu à peu, il découvrit Alexia qui se tenait
debout à côté de lui, une compresse humide à la main. Bond passa la main à
l’endroit où la fléchette s’était logée dans sa poitrine quelques heures
auparavant, il en gardait une légère cicatrice. Au fait, quelle heure était-il ?
Sa montre lui indiquait qu’il était huit heures du matin, avait-il donc passé
toute la nuit dans l’inconscience ? Ça expliquerait son mal de tête et sa
nausée.
   - Comment te sens-tu ? lui demanda gentiment Alexia, qui avait
       vraisemblablement prit soin de lui depuis l’aube.
   - Ton époux a un curieux hospitalité, fit-il en s’asseyant sur le bord du
       lit. Et toi ça va ?
   - Ce n’est pas de moi dont il est question. Qu’est-ce qu’il te voulait ?
Bond ferma les yeux un moment et étira un long soupir. Il était temps de lui
dire la vérité, la comédie avait assez durée.
   - Je travaille pour les services secrets d’Angleterre, l’informa-t-il à
       demi-mots. Ton époux va bientôt avoir de gros problèmes.
Alexia resta longtemps sans mot, néanmoins elle ne semblait pas
particulièrement surprise.
   - C’est toi qui va avoir des problèmes lorsqu’il l’apprendra, dit-elle.
   - Il est déjà au courant, c’est pour ça que je suis dans cet état. Tu dois
       m’aider à m’échapper, ma couverture a été percée à jour. Il y a des
       gardiens à l’extérieur ?
Elle ne répondit pas.
   - James Boldman c’est ton vrai nom ?
   - Non. C’est Bond. James Bond. Je t’en prie, Alexia, tu dois me dire s’il
       y a des gardiens devant la porte.
   - Pourquoi te le dirais-je ? Alors que toi tu refusais de me dire ton nom.
   - C’est mon job figures-toi. Si tu m’aides à sortir d’ici, je pourrais te
       faire extrader en quarante-huit heures, tu n’aurais plus rien à craindre
       de ce type. Tu pourrais même jouir de l’immunité diplomatique.
   - Je…, bafouilla-t-elle, je l’ignore.
   - Écoute-moi, si nous restons, nous serons tués tout les deux. (Il se leva
       et serra Alexia par les épaules) Tu pourrais enfin t’installer en
       Grande-Bretagne comme tu le souhaitais. Loin de tout ça, tu n’es pas
       fait pour cette vie. Je suis ta porte de sortie, fais-moi confiance.

                                      70
    - Si tu savais comme j’ai peur, James. Peur de ce que ça impliquerait
        pour nous deux si j’acceptais de t’aider.
    - Une vie meilleure s’offrirait à toi. Tu as ma parole que je ferai tout ce
        qui est en mon pouvoir pour te protéger de cet homme.
Ils se regardèrent longuement, comme si elle cherchait solution à ses
problèmes dans ses yeux.
    - Deux hommes armés montent la garde devant la porte, dit-elle,
        tremblante. Trois autres surveillent le corridor et couvrent toute
        l’étage. Tu n’as pas la moindre chance par-là.
    - Dans ce cas, ce n’est pas par-là que je passerai.
Il enfila une bonne paire de chaussure et un gilet chaud.
    - Ils m’ont prit mon arme, je dois donc éviter les confrontations, dit-il
        en remplissant les poches de son gilet avec divers objets. Je ne sais
        pas quand Jéricho reviendra me chercher, alors le temps nous est
        compté. Je vais sortir par la fenêtre, toi tu quitteras la chambre sans
        t’adresser aux gardiens. Avec un peu de chance j’aurai suffisamment
        de temps pour filer à l’anglaise.
    - Et dans le cas contraire ?
    - Je préfère t’épargner les détails. Tu as bien comprit ?
    - Oui. Je ferai ce que tu m’as dit.
    - Bien. (Il s’avança vers elle et l’embrassa) Merci. Fais attention à toi,
        je reviendrai très vite.
    - Je vais t’attendre.
Ils s’embrassèrent de nouveau, puis elle sortit de la chambre après un dernier
regard derrière. Lorsque la porte se referma, Bond s’avança vers la fenêtre et
l’ouvrit, un vent froid s’engouffra dans la chambre, mais pas suffisamment
pour alerter les gardiens. Il sortit son téléphone portable et l’ouvrit, un solide
fil métallique munit d’un crochet était dissimulé à l’intérieur. Il fixa le
crochet au cadre de la fenêtre et le téléphone à sa ceinture dans le dos.
Quatre étages le séparaient du sol, il n’aurait pas trop de mal à les franchir.
Il grimpa au bord de la fenêtre et sauta. Le solide câble le retint dans sa
chute en le maintenant à l’horizontal, il ne lui restait plus qu’à marcher le
long de la façade. Il descendit ainsi en rappel les deux premiers étages, mais
il s’arrêta net en apercevant deux gardiens sortir à l’extérieur pour griller une
cigarette. Les deux hommes s’adossèrent contre le mur et bavardaient, sans
se douter de la présence de Bond au-dessus de leur tête. S’ils levaient les
yeux, s’en était fini.
Sans d’autre choix que de revenir à l’intérieur, Bond fit demi-tour et remonta
vers la fenêtre la plus près, soit le troisième étage. Il s’assura tout d’abord
que la pièce était vide, puis il entra. Une fois à l’intérieur, il se décrocha. Le

                                       71
câble se rembobina automatiquement et il rangea son téléphone dans sa
poche. Il se dirigea silencieusement vers la porte de la chambre et
l’entrouvrit pour regarder à l’extérieur. Le couloir semblait désert. Il sortit
prudemment et longea le corridor lorsque quelqu’un surgit devant lui.
Le gardien leva instinctivement son arme dans sa direction, mais Bond avait
rapidement traversé la distance qui les séparait et lui asséna une percutante
droite avant qu’il n’ait pu tirer. Puis il arracha la mitraillette des mains du
gardien et le terrassa d’un coup de crosse à la tête. L’homme tomba
lourdement par-terre, la moquette amortissant l’impact. Bond arma le AK-47
et poursuivit sa route.
Il emprunta un corridor adjacent dans l’espoir de trouver une issue
quelconque. Mais le troisième étage était très différent de l’étage où il
logeait, il était donc difficile pour lui de s’orienter selon ses souvenirs.
Lorsqu’il tourna un coin, il se buta désagréablement au canon d’une arme
pointée sur lui. Il voulut répliquer mais deux gardiens faisant éruption
derrière lui l’en dissuada. Il rabaissa le cran d’arrêt de son AK-47 et le remit
à l’homme le plus près. Malgré ses efforts, il s’était fait prendre. C’est alors
que les deux frères Pliskin firent leur apparition.
    - Je m’attendais à cette réaction de votre part, Mr Bond, lui lança
       Jéricho Pliskin.
Pliskin savait maintenant toute la vérité à son sujet. Il devenait encore plus
vital de fuir en vitesse, lorsque l’occasion se présenterait.
    - Je vois que vos anciens compagnons vous ont tout fidèlement
       rapporté, répliqua froidement Bond. Plutôt étonnant de la part d’un
       homme qui a tout laissé derrière lui pour renier ses origines.
    - Moi je trouve étonnant qu’un homme dans votre position persiste à
       chercher la provocation, alors que les seules armes dont vous disposez
       soient les sarcasmes. Je dois admettre néanmoins que votre numéro de
       cette nuit était très convaincant, cette histoire de cavalerie n’était que
       mensonge et supercherie. Vous faites cavalier seul sur cette affaire,
       Mr Bond. Nous avons réussit à intercepter un message en provenance
       de Langley, la CIA couvre vos arrières, mais sans plus. J’ai
       l’impression qu’ils seront très désappointés de l’incompétence d’un
       agent secret de Sa Majesté.
    - Pas plus que le KGB l’eut été de la vôtre.
Pliskin ignora le commentaire.
    - Au fait, mon petit frère à quelque chose à vous dire.
Le cadet Pliskin s’avança vers lui et le frappa en plein ventre. Bond se plia
en deux et tomba à genoux.



                                       72
   - C’est à vous que je dois ce nouveau visage, Mr Bond, grogna Vladec
       Pliskin. Je prendrai plaisir à vous voir mourir.
   - Si ça peut t’aider à dormir, l’original manquait de charme, fit Bond le
       souffle court.
Jéricho Pliskin l’agrippa violemment par le cou et le remit debout.
   - Continuez à vous acharner, Mr Bond, ça ne pourrait que rendre votre
       mort plus douloureuse.
   - Je suis curieux de savoir comment vous allez vous y prendre. Mettez-
       y un peu d’imagination.
   - À quoi bon ? Le résultat sera le même de toute façon. (Il s’adressa
       ensuite aux gardiens) Conduisez-le au sommet de la montagne et
       éliminez-le discrètement. Vous cacherez son corps dans la neige.
   - Très créatif, vraiment. Serait-ce votre façon de me mettre au frais ?
   - Vous êtes un spécimen rare, Mr Bond, qui sera toutefois bientôt en
       voie d’extinction. Il est temps pour vous de mourir, j’en ai peur.
   - Le temps peut attendre.
   - Théorie intéressante encore une fois. Mais qui ne tient pas à être
       prouvée. Emmenez-le, lança-t-il aux gardiens.
Les deux hommes saisirent solidement Bond par les bras et le tirèrent dans le
corridor.
   - Et ne vous inquiétez pas pour Alexia, Mr Bond, ajouta Pliskin par-
       dessus son épaule, je veillerai sur elle de votre part.
La mâchoire crispée par la colère, Bond eut un pincement au cœur suite à
cette remarque. Contraint d’obéir, il se laissa conduire à l’extérieur où il pria
pour avoir l’occasion de se sortir de ce pétrin.




                                       73
                             Chapitre 8 :
                      Remettre la mort à plus tard

Après avoir traversé le hall d’entrée, Bond fut escorté à l’extérieur du
château où les deux gardiens le firent monter à bord du téléphérique. Tandis
que l’un d'eux actionna la nacelle, Bond jeta un dernier regard vers son
Aston Martin DB7 GT qui se trouvait toujours dans le stationnement. S’il
avait à fuir, la voiture était son principal échappatoire. Restait d’abord à se
débarrasser de ses deux compagnons de voyage, qui refusaient de retirer leur
doigt de la gâchette de leur AK-47. Se défendre dans un endroit aussi
restreint représentait un très grand risque, il devait attendre encore un peu.
Environ à mi-chemin au-dessus des montagnes, Bond aperçut un groupe de
motoneigistes qui dévalaient les pentes à vive allure, laissant de longs traits
dans la neige derrière eux.
    - Vous devriez vous estimer chanceux, Mr Bond, dit l’un des gardiens
       d’une voix grave, vous aurez la plus belle vue de tout le domaine.
Les deux hommes se mirent à rire de bon cœur.
Bond fronça les sourcils lorsqu’il vit apparaître un point rouge sur la poitrine
du type le plus près. Soudainement, derrière lui une vitre de la nacelle se
fracassa sous l’impact d’une balle qui vint frapper l’homme en plein cœur.
Bond se pencha instinctivement afin d’éviter les projectiles alors que le
second gardien fut atteint à la poitrine avant même d’avoir pu réagir. En
s’effondrant l’homme lança une rafale de mitraillette à l’aveuglette qui fit
exploser toutes les fenêtres et le module de contrôle du téléphérique qui
s’immobilisa en plein ciel. Le calme revint dans l’habitacle tandis que deux
corps sans vie gisaient par-terre parmi les éclats de verre.
Bond se releva prudemment en regardant à l’extérieur pour tenter de repérer
le tireur. Il se rendit compte que la personne qui avait tiré ne l’avait pas visé.
Mais que s’était-il bien passé ? Était-ce Zoe ? L’hypothèse semblait
plausible puisqu’elle l’avait informé qu’elle possédait une carabine longue
portée, de toute évidence il s’agissait de l’œuvre d’un tireur professionnel,
Zoe répondait à ces critères.
Ne craignant plus pour sa vie, Bond se remit debout et ramassa la mitraillette
se trouvant à ses pieds. Puis il tenta de faire redescendre la nacelle, mais les
commandes étaient complètement détruites. En désespoir de cause il ouvrit
la porte du téléphérique et regarda en bas. C’était beaucoup trop haut pour
sauter, il se tuerait probablement. C’est alors qu’il eut une idée en
apercevant les motoneigistes qui se dirigeaient dans sa direction. Il passa la
mitraillette autour de son épaule et déroula le câble de rappel dissimulé dans


                                       74
son téléphone portable. Il accrocha le fil métallique à la nacelle et le
téléphone à sa ceinture. Il attendit patiemment l’arrivée des motoneiges et
lorsqu’ils passèrent en dessous de lui, il sauta. Le câble se déroula à un
rythme affolant alors que Bond descendait rapidement vers le sol.
Il se décrocha au dernier moment et atterrit gracieusement à l’arrière d’une
des motoneiges. Affolé par l’arrivée soudaine de son nouveau passager, le
pilote se retourna vivement vers Bond en brandissant un pistolet dans sa
direction. Mais Bond défonça la visière de son casque à l’aide de sa
mitraillette et poussa le pilote hors de la motoneige, puis il se glissa aux
commandes en accélérant. Le moteur rugit et il fonça vers le château. Le
véhicule filait comme une flèche sur les pentes enneigées.
Quand il parvint aux abords du château, Bond se dissimula derrière une
saillie rocheuse et descendit de la motoneige en observant les environs
depuis sa cachette. Des invités avaient déjà commencé à quitter le château,
alors que d’autres se préparaient au départ dans le stationnement où ne
restaient plus que son Aston Martin et quelques autres voitures.
Vladec Pliskin sortit sur le parking suivit de deux gardes, il observait
calmement les voitures qui quittaient. Il se tourna ensuite vers la montagne
et prit un air interloqué en apercevant le téléphérique qui était suspendu dans
le vide, secoué par le vent. Il sortit une paire de jumelles et les pointa à
l’horizon. La nacelle avait été immobilisée dans sa course, les fenêtres
étaient fracassées, la porte était béante et le plus important, elle était vide.
Bond le vit contacter ses hommes par talkie-walkie en examinant les
environs, à la recherche de l’intrus. Vladec Pliskin cria des ordres aux gardes
qui retournèrent à l’intérieur aux pas de course. Deux autres sortirent
finalement et Pliskin leur ordonna de monter la garde auprès de l’Aston
Martin, puis il entra à son tour.
Un grondement au loin éveilla l’attention de Bond. Les motoneiges qui
dévalaient la montagne plus tôt s’étaient maintenant mit à patrouiller le
secteur, tôt ou tard ils mettraient la main dessus.
Bond sortit la télécommande de l’Aston Martin, appuya sur un bouton et
regarda. Le moteur de la voiture démarra dans un rugissement, faisant
sursautés les deux hommes qui la surveillaient. Ils observèrent avec curiosité
le véhicule qui venait de démarrer alors que personne ne se trouvait aux
commandes. Bond appuya sur un second bouton et l’Aston Martin se mit à
avancer dans sa direction. Les deux gardes paniqués arrosèrent la voiture de
projectiles qui ricochèrent sur la carrosserie blindée, mais sans s’arrêter. Ils
regardèrent la voiture s’éloigner pour ensuite s’immobiliser devant une
saillie rocheuse. Prudemment, ils s’avancèrent alors que Bond se glissa
discrètement à bord de l’Aston Martin par le côté passager. Lorsque les

                                      75
gardes le virent apparaître derrière le volant, ils donnèrent l’alerte dans leur
talkie-walkie tandis que Bond écrasa l’accélérateur. Ils ouvrirent le feu sur la
voiture qui filait sur le stationnement, mais Bond était efficacement protégé
derrière le solide blindage.
L’Aston Martin fonça sur le parking et s’engagea sur le pont de pierre qui
menait à la grille. Dans son rétroviseur il vit deux autres voitures qui
s’étaient lancées à sa poursuite. Bond appuya sur un bouton et une partie du
tableau de bord pivota pour révéler un système de défense complet. En
approche rapide, il appuya sur un second bouton et deux missiles, dissimulés
derrière les phares, allèrent s’écraser contre la grille en explosant. Mais
lorsque le nuage de fumée s’évapora, il vit avec horreur que la grille n’avait
pas cédée et il fonçait droit dessus. Il tira le frein à main et fit volte-face.
Les deux voitures qui le poursuivaient filaient dangereusement dans sa
direction. Bond passa en deuxième et écrasa l’accélérateur, il défiait ses
poursuivants. L’Aston Martin gagna rapidement de la vitesse en retournant
sur le pont où les deux autres voitures filaient en sens inverse. Le pont était à
peine suffisamment large pour accueillir deux véhicules côte à côte, mais
Bond se devait de tenter le coup.
Il appuya sur une commande et actionna le système hydraulique dont Q était
si fier. L’Aston Martin se redressa lentement sur les deux roues gauches,
Bond dut se cramponner pour ne pas basculer. Il eut tout juste le temps de
croiser le regard interloqué des conducteurs adverses lorsqu’il les doubla en
se faufilant entre les deux voitures. Bond les observa dans son rétroviseur
alors qu’ils allèrent s’écraser contre la grille encore fumante. L’Aston Martin
se rétablit au moment où elle refit son apparition sur le parking.
Un groupe d’hommes sortirent et ouvrirent le feu sur la voiture blindée.
Bond braqua vers la gauche et se lança vers la montagne tandis que la
lunette arrière éclata. Il enfonça une touche et des pointes métalliques
jaillirent des pneus de la voiture.
Au départ l’Aston Martin eut du mal à gagner de la vitesse dans la neige,
mais le puissant moteur répondit efficacement à l’appel. Il filait au milieu de
ce parcours irréel en espérant trouver une façon de regagner la route. C’est
alors qu’un autre grondement, dans le ciel cette fois, attira son attention. Un
hélicoptère militaire, un UH-1, passa au-dessus de lui pour ensuite revenir
dans sa direction. Des mitrailleuses crachèrent le feu en faisant exploser la
neige autour de la voiture de Bond. Ce dernier obliqua rapidement et sortit
de la mire de l’appareil. L’Aston Martin monta une rampe de glace pour
ensuite faire un saut de plusieurs mètres vers une vaste plaine, probablement
le pire endroit où se réfugier. Dans son rétroviseur il vit l’hélicoptère qui
s’approchait.

                                       76
C’est pourquoi il ne vit qu’à la dernière minute les trois motoneiges qui
s’étaient lancés à ses trousses. Deux d’entre elles gardèrent une bonne
distance de chaque côté du véhicule alors que le troisième tentait
désespérément de le doubler. Bond donna un coup de volant afin de le
percuter, mais le pilote évita habilement la manœuvre. L’un des
motoneigistes braqua un AK-47 vers lui en visant les pneus. Bond accéléra
soudainement et son assaillant manqua sa cible.
La troisième motoneige gagnait du terrain derrière lui. Bond tira violemment
le frein à main et l’Aston Martin dérapa dans un freinage contrôlé. Le
véhicule n’eut pas le temps d’éviter l’obstacle et percuta de plein fouet
l’arrière de la voiture alors que son pilote fut projeté dans les airs. Bond
écrasa l’accélérateur et reprit son chemin. Les deux autres motoneiges
n’ayant pas ralentit suite à l’arrêt de Bond se trouvaient loin devant lui.
Bond tira un missile à tête chercheuse sur le premier qui explosa dans une
gerbe de flammes alors que le second évita de justesse celui qui lui était
destiné. Une deuxième explosion retentit tout près de l’Aston Martin, cette
fois elle provenait de l’hélicoptère qui s’était mit à le bombarder.
Un projectile vint s’écraser dans son chemin en explosant, sans ralentir Bond
traversa la boule de feu en planant dans les airs. Il passa en troisième, la
voiture filait à vive allure en soulevant un nuage de neige derrière elle. Il ne
cacha pas sa surprise lorsque son téléphone cellulaire sonna.
    - Oui, fit-il en répondant.
    - James, c’est Zoe. Comment vont les choses là-bas ?
    - Je ne me sens pas apprécié pour l’instant. Est-ce que c’était toi tout à
       l’heure ?
    - Si tu fais allusion à tes deux copains dans le téléphérique, oui c’était
       moi. Plutôt impressionnant n’est-ce pas ?
    - Saisissant serait le thème exact. Dis-moi, où es-tu ?
    - Sur la route en bordure du château. Et toi où en es-tu ?
    - Je me fais une agréable randonné à la montagne. Je me défais de mes
       hôtes et je te rejoins dans dix minutes. Disons plutôt quinze.
Puis il raccrocha.
Il déclencha le système de positionnement par GPS et une carte de la région
apparut sur un petit écran amovible. Il vit qu’une route était accessible en
traversant les montagnes en direction de l’est, cette même route menait
directement au centre-ville, où il pourrait enfin être en sécurité pour un
moment. Son attention fut brusquement portée sur l’explosion qui venait
juste d’ébranler sa voiture, les tirs se justifiaient de plus en plus.
Puis soudainement le système d’alerte de l’Aston Martin avertit Bond d’un
projectile en approche rapide. Il jeta un regard derrière lui et aperçut avec

                                      77
effroi un missile à tête chercheuse qui venait de le prendre en chasse,
gracieuseté de ses copains aériens, le menaçant objet s’approchait
dangereusement. Dans une poussée d’adrénaline, Bond enfonça
l’accélérateur dans l’espoir de semer son indésirable poursuivant. La voiture
ne semblait pas faire le poids contre le missile qui le talonnait toujours.
Un bref coup d’œil dans son rétroviseur lui permit d’éviter le missile qui
s’était dirigé vers lui par le flanc. Il freina et vit le projectile tournoyer dans
le ciel pour revenir dans sa direction. Bond profita de ce court répit afin
d’échafauder une stratégie, en tenant compte du fait que le missile était attiré
par la source de chaleur que dégageait la voiture.
Il passa en deuxième et se lança à la rencontre de la motoneige qui faisait
demi-tour pour contre-attaquer. Le pilote arrosa le pare-brise blindé d’une
rafale de mitraillette, mais sans résultat. Lorsque Bond passa à sa hauteur, il
déclencha les lance-flammes dissimulés de chaque côté de la voiture et mit
feu à la motoneige ainsi qu’à son pilote qui sauta de son véhicule. Le missile
décrivit une courbe dans le ciel et alla s’abattre contre la motoneige
enflammée avant d’exploser violemment. Bond assista à la scène avec un
sourire de satisfaction aux lèvres.
Bond laissa son opposant de côté, tourna et accéléra vers l’est. Selon son
radar la route ne se trouverait qu’à un kilomètre derrière les montagnes, à
condition de les franchir.
Au sommet d’une pente attendait l’hélicoptère qui était bien résolu à stopper
la course de l’espion anglais. Sous une pluie de balles, Bond braqua dans
une autre direction en accélérant, tôt ou tard les projectiles auraient raison de
lui, il devait les éviter le plus possible. L’Aston Martin s’élança donc dans
un étroit sillage creusé dans la neige, Bond fut violemment secoué par le
relief irrégulier du sol à cet endroit. Le passage était si étroit qu’il perdit de
la vitesse tant la voiture avait du mal à se frayer un chemin, de la neige
poudreuse se mit à voler en tout sens. Ce n’était vraiment pas le moment ni
l’endroit pour s’enliser. Il rétrograda, embraya en troisième et écrasa
l’accélérateur, par magie la voiture s’ébranla et put finalement sortir de cette
impasse. L’hélicoptère était toujours à ses trousses.
Un signal sonore annonça à Bond que la route ne se trouvait à présent qu’à
cinq cent mètres. Il y était presque, la moitié du chemin était parcouru.
L’Aston Martin gagna de la vitesse afin de grimper une crête enneigée, puis
il dévala rapidement la pente de l’autre côté. Mais un obstacle se dressa
devant lui, à l’autre bout de la vallée, lui coupant l’accès à la route qui se
trouvait juste derrière. L’hélicoptère avait surgit de nul part et l’attendait
pour un dernier affront. Le pilote s’était positionné de côté, puisqu’une



                                        78
puissante mitrailleuse occupait l’emplacement de la portière ouverte, un
homme s’y tenait, prêt à ouvrir le feu.
Bond décida de relever le défi. Un flot d’adrénaline parcourait ses veines
alors que ses mains étaient crispées sur le volant pendant qu’il fonçait tout
droit vers l’appareil. Le tireur ouvrit donc le feu sur le bolide qui filait
dangereusement vers lui, une pluie de balles s’abattit sur l’Aston Martin.
Penché derrière le tableau de bord, Bond enclencha le turbo-propulseur
dissimulé sous la plaque d’immatriculation arrière et la voiture fut
soudainement poussée avec une force incroyable. Il dépassa les 250 km/h.
L’Aston Martin se servit d’un surplus de neige comme rampe de lancement
et s’envola directement vers le cœur de l’hélicoptère. Le tireur interloqué
quitta son poste et se mit à couvert alors que la voiture traversa l’habitacle
de part en part, en arrachant la mitrailleuse et une partie du cockpit, telle une
fusée. Le pilote perdit le contrôle de l’appareil qui commençait à tournoyer
dans le ciel et à piquer du nez dangereusement.
Après avoir transpercé l’hélicoptère, l’Aston Martin de Bond atterrit
finalement sur la route où il s’arrêta pour admirer le spectacle. L’appareil se
mit à tourner sur lui-même en descendant vers le sol où il alla s’écraser
violemment. Une explosion s’en suivit, puis une pluie de débris fumants
recouvrèrent les environs.
   - La météo ne prédisait pas ce genre de précipitations, dit Bond en
       poursuivant son chemin vers le centre-ville, où l’attendait Zoe.

                                     *****

Zoe Nightshade lui avait donné rendez-vous dans un petit bistro au centre-
ville tout près du parc de Tiergarten. Après avoir regagné la ville, Bond avait
prit soin de faire le tour du quartier afin de s’assurer qu’il n’était pas suivit.
Une fois rassuré, Bond stationna son Aston Martin devant les vastes baies
vitrée du bistro, après avoir récupéré son Walther P99 de rechange dans le
coffre à gants, il descendit et entra dans l’établissement. L’endroit était
achalandé, mais personne ne semblait porter attention à son arrivée, une
odeur de tabac flottait dans l’air. Il ne mit que très peu de temps à localiser
Zoe. La ravissante agente de la CIA s’était installée à une table longeant la
baie vitrée, afin de garder un œil sur la rue.
    - Cet endroit n’enlève rien à votre charme, agent Nightshade, dit Bond
        en la rejoignant.
    - Pas plus que vous, 007. Alors cette virée à la montagne ?
    - D’un ennui mortel. Au fait, joli coup de fusil.



                                       79
    - Rien n’est trop beau pour le meilleur agent de Sa Majesté. Des
       nouvelles ?
Bond sortit un petit disque et le déposa sur la table.
    - La liste complète des invités, l’informa-t-il, j’ai réussit à en prélever
       une copie. Des hommes de valeur, comme tu dis. Des quatre coins du
       globe, Pliskin cherche de toute évidence à étendre son marché sur tout
       les continents. Mais s’il tombe, tous tomberont avec lui.
    - Et pour Gamble ? As-tu découvert de quoi il en retournait ?
    - C’est le plus beau de l’histoire. Gamble a fournit à Pliskin une arme
       atomique de vingt mégatonnes en retour de 13 millions en diamants.
       Probablement volé de son laboratoire.
    - Mais que projetterait-il d’en faire ?
    - Je l’ignore, pour l’instant. Mais je suis résolu à le découvrir. Il est
       clair maintenant que Pliskin suit un plan tout tracé, la bombe en est la
       preuve.
    - Les choses se compliquent, au départ il n’était pas question d’une
       arme atomique. Prévenons nos deux gouvernements avant d’agir.
    - Je suis d’accord. Maintenant qu’il est démasqué, Pliskin cherchera
       sans doute à quitter l’Allemagne. Nous allons devoir le retracer avant
       qu’il ne puisse utiliser la bombe.
    - Excuse-moi une minute, je dois faire un appel.
Zoe se leva et se dirigea vers un téléphone public accroché au mur du fond.
Bond la regarda parler, sans pour autant entendre ce qui se disait. Puis il jeta
un coup d’œil par la baie vitrée, il y avait beaucoup de circulation, mais
Bond savait par expérience comment repérer un véhicule suspect. Pour
l’instant tout semblait normal. Zoe revint s’asseoir.
    - Un vol en destination de Londres décolle dans quatre heures, lui dit-
       elle. Je convoquerai Edward Turner pour un briefing d’urgence.
    - Parfait. J’ose croire qu’il voudra bien nous donner de son temps.
    - Ne t’inquiète pas pour ça.
    - Je te fais confiance. Allez viens, ne traînons pas trop par ici.
Ils se levèrent et sortirent du bistro. C’est à ce moment que Bond sentit un
réel sentiment d’inquiétude naître en lui, il y avait beaucoup trop de
circulation, il serait difficile de prévenir un éventuel agresseur. Tout en se
dirigeant vers leur voiture respective, Bond gardait constamment un œil sur
le carrefour, Zoe semblait partager cet état d’esprit. Ils se penchèrent
instinctivement lorsqu’une voiture fit crisser ses pneus. La seconde d’après,
une rafale de mitraillette fit éclater la baie vitrée au-dessus de leur tête. Bond
protégea Zoe des éclats de verre qui pleuvaient autour d’eux. Des gens à
l’intérieur du bistro lâchèrent des cris de terreur en courant se mettre à l’abri,

                                       80
mais heureusement personne ne semblait blessé. Bond roula derrière une
voiture et brandit son Walther P99, près à riposter. Mais lorsqu’il se prépara
à tirer, la voiture ennemie démarra en trombe et quitta le carrefour. Bond eut
tout de même le temps de reconnaître l’un des véhicules qui le poursuivait
dans le stationnement de Pliskin plus tôt ce matin. Ils avaient tenté de finir
leur travail, mais sans le moindre succès.
    - Des vieux amis à toi ? demanda Zoe en le rejoignant.
    - En général mes amis se montrent plus indulgents. Si je ne fiais qu’aux
        apparences, je dirais que Pliskin tente de me tuer.
    - Encore un mari jaloux, James ?
    - J’ai toujours eu horreur des triangles amoureux. L’intérêt que je porte
        à Alexia est strictement professionnel.
    - Vas plutôt dire ça à Pliskin. Il ne semble pas partager ton opinion sur
        le sujet apparemment.
Des sirènes de police se firent entendre au lointain.
    - Viens, ne restons pas ici, dit Bond.
Ils regagnèrent chacun leur voiture et partirent en direction de leur hôtel
alors que des voitures de police arrivèrent sur les lieux de l’incident.

                                   *****

Des employés de Pliskin s’affairaient à descendre des valises dans le hall du
château, tandis que leur patron avait demandé de ne pas le dérangé dans son
bureau.
   - Comment a-t-il fait pour quitter sa chambre pour commencer ?
       demanda furieusement Jéricho Pliskin à son frère de qui il exigeait des
       réponses.
   - Nous l’ignorons. Les gardiens en poste devant la chambre n’ont rien
       vu, nous pensons qu’il serait sorti par la fenêtre.
   - Il se trouvait au dernier étage, comment aurait-il pu sortir par la
       fenêtre ? C’est ridicule. Quel est le bilan des dommages ?
   - Deux voitures, trois motoneiges, l’hélicoptère, cinq hommes et trois
       autres à l’infirmerie.
Pliskin explosa et envoya une lampe valser contre le mur, puis il frappa du
poing la surface de son bureau.
   - Et pour couronner le tout, il est toujours en vie, ajouta-t-il, la
       mâchoire serrée en tentant de se calmer.
   - Nous le retrouverons, Jéricho. Je t’en donne ma parole.




                                     81
    - Tu ne vois pas qu’il est trop tard, Vladec ? Demande plutôt à
       l’aéroport de préparer notre jet pour un décollage dans une demi-
       heure.
    - D’accord.
Vladec Pliskin sortit du bureau en croisant Alexia qui entra en refermant la
porte derrière elle.
    - Tu voulais me voir, Jéricho ? demanda-t-elle.
    - Oui. J’ai quelques questions à te poser.
Alexia avait horreur quand son époux se comportait de cette façon. De la
même manière qu’un policier se comportait durant l’interrogatoire d’un
suspect, et non comme un mari en compagnie de sa femme.
    - Où étais-tu lorsque Bond s’est échappé ? lui demanda-t-il.
    - Dans ma chambre, je prenais un bain. Quelqu’un est venu me dire de
       ne pas quitter ma chambre parce qu’un individu s’était enfuit.
       J’ignorais de quoi il s’agissait avant que Vladec vint m’en informer.
Pliskin ne semblait pas adhérer à cette théorie.
    - Tu étais très proche de cet homme, n’est-ce pas ?
Elle ne répondit pas, alors il continua :
    - Si tu avais eu un doute à son sujet, tu serais venu m’en parler, non ?
    - Bien sûr, fit-elle de façon peu convaincante.
    - Parce que je ne voudrais pas te voir nuire au bien-être de notre famille
       prochaine. Dois-je te rappeler que tu portes mon enfant ? Et à ce titre
       tu me dois respect et loyauté, me suis-je bien fait comprendre ?
Elle acquiesça d’un signe de tête, en évitant son regard. Puis il s’approcha
d’elle et la prit par les épaules.
    - Je ne te veux aucun mal chérie, dit-il doucement, mais si tu viens
       détruire les plans que j’ai élaborés pour nous deux, si tu viens détruire
       notre famille, je ne répondrai plus de mes actes. Et il se peut qu’il
       t’arrive malheur. J’espère que tu comprends.
Il s’approcha pour l’embrasser, mais elle se détourna. Pour la première fois,
en plusieurs années de menaces, il la gifla violemment, puis la repoussa vers
la porte.
    - Allez, sors d’ici, hors de ma vue, lui hurla-t-il.
En larmes, la jeune femme sortit du bureau. Pliskin prit de grandes
inspirations, s’empara de la mallette contenant la bombe et sortit à son tour.




                                      82
                              Chapitre 9 :
                           Décision au sommet

Londres, Angleterre

La nuit venait tout juste de tomber sur Londres, le soleil se fondait en une
dernière flaque orangée sur la tamise. La ville brillait maintenant de mille
feux. Suite à l’appel de Zoe la veille, Edward Turner avait communiqué avec
Londres pour établir une convocation sur le bilan des récents événements.
Après un long débriefing en détail entre le MI6 et la CIA, Bond et Zoe
purent finalement regagner la base militaire de la Royal Navy aux abords de
la capitale du Royaume-Uni. Les heures qui avaient suivi les événements en
Allemagne, Bond les avait passé avec les membres de la haute-direction des
services secrets ainsi que du ministre de la Défense, à qui il avait présenté la
liste de collaborateurs de Pliskin prélevée à même son ordinateur personnel.
Le Premier ministre fit la promesse de tout mettre en œuvre pour coincer
chacun d’entre eux, qu’une telle situation était inacceptable. Quant à
l’existence de l’arme atomique que Pliskin avait en sa possession, Bond eut
beaucoup de mal à convaincre le ministre de la Défense, même s’il dut s’en
accommoder. Par contre, M avait confiance en son agent et elle savait qu’il
ne sonnait l’alarme que quand cela s’avérait nécessaire.
En fin de soirée, tandis que des membres de la CIA conversaient avec les
dirigeants de la Royal Navy, M avait prit Bond à part en lui demandant de la
rencontrer dans le bureau qu’on lui avait assigné. Quand il entra dans la
pièce, M venait tout juste de raccrocher le téléphone.
    - Je viens d’avoir le Premier ministre, l’informa-t-elle. Une équipe
       d’intervention quitte Berlin en ce moment même, Pliskin a déserté son
       château sans laisser de traces.
    - Ce n’est pas étonnant. C’est justement pour éviter de le faire qu’il
       voulait m’éliminer.
    - En revanche, nous avons réussit à localiser Michael Gamble alors
       qu’il quittait l’Allemagne sur un vol régulier.
    - Savons-nous à quelle destination ?
    - Venise. On y donne une conférence sur la fission nucléaire, selon nos
       sources, Gamble ferait partie du comité. Il s’agit de notre seul point de
       repère actuel, vous avez dit qu’il semblait être au courant des
       intentions de Pliskin, il doit donc savoir où le trouver.
    - Et si ce n’est pas le cas ?



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   - Nous aurons à répondre d’un incident grave. Nul ne sait ce que Pliskin
       projette de faire de cette bombe, mais ce qui est certain, c’est qu’elle
       contient assez de plutonium pour contaminer une région pour des
       décennies. Nous ne sommes pas prêts à autoriser le feu nucléaire en
       guise de représailles.
   - Je doute que ce soit ce que désire Pliskin, cette hypothèse est à
       écarter. Il se spécialise avant tout dans le commerce du diamant, il ne
       tirerait aucun bénéfice à déclencher une guerre nucléaire.
   - Que suggérez-vous alors ?
   - Je l’ignore. Mais en attendant de le découvrir, je crois que Gamble
       représente notre principal atout. Nous devrions l’intercepter avant
       qu’il ne quitte Venise.
   - Vous allez devoir l’intercepter avant qu’il ne quitte Venise. Inutile
       d’avoir recours à l’agent Nightshade, vous devriez être en mesure de
       vous débrouiller seul.
Bond acquiesça d’un signe de tête et se permit une question.
   - Et qu’allons-nous faire pour Alexia Vasquez ? demanda-t-il. Je tiens à
       préciser qu’elle m’a aidé à fuir au péril de sa vie. Nous avons une
       dette envers elle.
   - Vous m’avez déjà fait mention de Miss Vasquez, vous lui avez promit
       l’extradition et l’immunité diplomatique en l’échange de ses services.
       Mais tant qu’elle sera en pays étranger et sous la juridiction de Jéricho
       Pliskin, nous ne pouvons rien pour elle.
   - Il en revient donc à moi de la sortir de là.
   - Dois-je vous préciser l’importance de cette mission, 007 ? Nous
       n’avons pas de temps à accorder à vos reconnaissances personnelles.
   - Sauf votre respect, madame, il ne s’agit pas uniquement de ma
       reconnaissance personnelle. Sans elle la mission aurait été un échec,
       vous devez le reconnaître.
   - Concentrez-vous d’abord sur Gamble et la mission, je verrai ce que je
       peux faire pour Miss Vasquez.
Bond se contenta de cette réponse et sortit. Il retourna directement à ses
quartiers en croisant Zoe Nightshade au passage alors qu’elle s’entretenait
avec le chef d’État major. Elle s’excusa auprès de son interlocuteur et
rejoignit Bond au pas de course.
   - James, que se passe-t-il ? lui demanda-t-elle.
   - Je pars pour Venise, c’est là que Michael Gamble se trouve, et j’ai des
       questions à lui poser.
   - On ne m’en a rien dit.
   - La CIA n’est pas impliquée là-dedans, tu n’as pas à m’accompagner.

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    - Mais Pliskin a sans doute prévu le coup, Gamble sera probablement
       escorté et sous-surveillance. Tu n’y arriveras pas tout seul.
    - J’y arriverai, Zoe. Inutile d’insister, Turner n’approuverait pas de
       toute façon. Et si les choses progressaient ici, ils auraient besoin de
       ton aide. Tu dois rester.
Bond entra dans son bureau provisoire pour rassembler quelques affaires en
prévision de ce bref périple en Italie. Lorsqu’il voulut refermer la porte
derrière lui, Zoe s’interposa et entra à sa suite.
    - Qu’est-ce qui se passe exactement ? fit-elle, toute animée.
    - Rien de particulier, répondit vaguement Bond en rangeant des
       documents dans son attaché-case. La mission reste à être achevée, et
       c’est à moi qu’il en revient de le faire.
    - Non, je veux dire entre nous. Où en sommes-nous ?
Bond interrompit ce qu’il était en train de faire et leva des yeux
interrogateurs vers la jeune femme.
    - Qu’est-ce que tu veux dire ?
    - C’est à toi de me le dire. À chaque fois que tu entres en contact avec
       cette femme, tu te comportes différemment avec moi.
    - Zoe, nous avons déjà eu ce type de conversation, et je ne tiens pas à y
       revenir. Nous avons beaucoup d’autres préoccupations pour l’instant.
Elle s’avança doucement vers lui.
    - T’es-tu déjà demandé si je tenais réellement à toi, James ? fit-elle dans
       un murmure. Et peut-être que je n’attendais de toi qu’un signe
       d’approbation.
    - Oui. C’est ce qui nous permet de rester en vie, toi comme moi.
       L’attente d’une lueur d’espoir.
    - Et combien de temps devrais-je attendre encore ?
Bond ne s’en était pas aperçu, mais ils étaient maintenant très près l’un de
l’autre. Il pouvait sentir son souffle chaud contre son cou.
    - Plus très longtemps, dit-il doucement en se penchant sur elle pour
       l’embrasser.
Lorsque leurs lèvres se détachèrent, ils savourèrent de longues secondes
pour échanger un regard brûlant de désir. Zoe ne souhaitait pas en rester là.
Elle l’attira à elle en le prenant par la cravate, leur passion s’accrut à mesure
qu’ils s’embrassaient. D’une main, Bond vida la surface de son bureau par-
terre et Zoe s’y allongea. Il commença à déboutonner son chemisier par le
bas. Elle l’aida en commençant par le bouton du haut. Le chemisier était
ouvert et révélait des seins magnifiques dans un soutien-gorge en dentelle
noire, le désir était insoutenable.
    - Ne me fais plus languir, James, souffla-t-elle.

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Bond se jeta sur elle et l’embrassa fougueusement. Sans pour autant relâcher
leur étreinte, il baissa le fermeture Éclair de la jupe de Zoe en la tirant vers
lui pour l’en débarasser. L’agent Nightshade portait une petite culotte en
soie noire, un porte-jarretelles et des bas noirs. La peau soyeuse de ses
cuisses nues appelait les caresses.
    - Tu as maintenant toute mon attention, murmura-t-il.
    - Je veillerai à en faire bonne usage.
Ils continuèrent de s’embrasser et, sous l’éclairage tamisée du local,
commencèrent à faire discrètement l’amour avec une passion dissimulée
depuis déjà trop longtemps.

                                    *****

Venise, Italie

Pour Bond, c’était toujours une joie que de visiter Venise, l’un des plus
grands centres touristiques au monde en raison de son site exceptionnel, bâti
sur un groupe d’îlots dans la lagune de Venise dans l’Adriatique, et de son
passé artistique très riche. Venise fut la maîtresse des mers, environ deux
cents canaux dont le Grand Canal, et bâtit un véritable empire colonial,
troisième port d’Italie, la merveilleuse ville était sans cesse menacée par
l’eau et la pollution. Ce qui n’enlevait rien au charme de cette superbe cité
italienne à l’atmosphère si romantique.
Avec l’église Santa Maria della Salute qui se dressait derrière lui, Bond
traversa la Place Saint-Marc en se frayant un chemin parmi la foule et monta
à bord d’une gondole qui flottait près du rivage. Il demanda au batelier de le
conduire à l’institut de Recherche Nucléaire de Venise, où Michael Gamble
donnait sa conférence. Bond s’installa confortablement à l’arrière de
l’embarcation et se laissa conduire à travers la Place Sainte-Marc jusqu’au
quartier de l’Arsenal. C’était la fin de l’après-midi et le ciel s’assombrit de
nuages sombres, mais aucune pluie à l’horizon, l’air était humide.
À peine vingt minutes plus tard, la gondole aborda le rivage et Bond
descendit en laissant un généreux pourboire au batelier. Un imposant
bâtiment se dressait fièrement de l’autre côté de la plazza, l’institut de
Recherche nucléaire occupait à présent les locaux d’un ancien musée, ce qui
expliquait la présence de deux grosses colonnes à l’entrée. L’art vénitien
était de toute évidence à l’origine de l’architecture impressionnante de
l’édifice, qui était surplombé par une vieille horloge qui n’affichait plus
l’heure juste.



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Bond passa le hall d’entrée et se présenta à la réception, où une séduisante
jeune italienne l’accueillit d’un large sourire.
    - Que puis-je faire pour vous ? lui demanda-t-elle.
    - Pourriez-vous m’indiquer où se donne la conférence sur la fission
        nucléaire ? Je crains de m’être égaré.
    - Dans la grande salle du deuxième étage, mais elle est commencée
        depuis une bonne demi-heure. Vous devriez vous dépêcher si vous ne
        voulez pas la manquer.
    - Je vous remercie de cette précision.
Puis il monta le large escalier jusqu’au deuxième étage. Il ne mit que très
peu de temps à identifier la salle en question, puisqu’une seule porte était
sous surveillance, un homme montait la garde. Bond devina qu’il était armé,
mais ne souhaitait pas le vérifier. Il était sans aucun doute au service de
Jéricho Pliskin, chargés de surveiller les arrières de Gamble, Zoe avait vu
juste, il avait prévu le coup.
La pièce était facilement accessible, la rejoindre ne devrait pas être trop
difficile à condition de créer une diversion. Une porte s’ouvrit derrière Bond,
un commis poussant un chariot rempli de livres en sortit. Il laissa le chariot
au sommet de l’escalier et retourna dans son bureau récupérer un livre qu’il
avait oublié.
Bond profita de son moment d’inattention pour pousser le chariot et le
laisser tomber dans l’escalier avant de regagner la pièce voisine en courant.
Le chariot dégringola la vingtaine de marches et alla se fracasser à l’étage du
dessous. L’homme sortit de son bureau en courant, attiré par le vacarme, le
garde le rejoignit aussitôt pour vérifier l’étendu des dégâts.
Tandis que le commis tentait d’expliquer ce que s’était passé, le charivari
donna l’occasion à Bond de se glisser dans leur dos et de regagner la salle de
conférence sans être vu. La réceptionniste disait vrai, la conférence semblait
déjà entamée depuis un certain temps, Bond en profita donc pour gagner un
siège sans attirer l’attention des autres auditeurs alors qu’un homme à la
voix grave discourait sur la scène devant eux. Bond jeta un regard circulaire
autour de lui, mais n’aperçut aucun visage familier parmi les spectateurs.
Une fois son discours terminé, l’orateur présenta le prochain invité qui
s’avérait être nul autre que Michael Gamble. Le petit homme trapu monta
sur l’estrade sous les applaudissements chaleureux de la foule, Gamble les
salua de la main en le remerciant. Puis il s’approcha du micro.
    - Merci infiniment, mesdames et messieurs, dit-il. Comme vous le
        savez tous, la fission nucléaire a fait dernièrement son entrée en
        Europe et se prépare bientôt à recouvrir toute la surface du globe.
        Pour ceux d’entre vous qui l’ignorent, il faut savoir que la réaction de

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        la fission se caractérise par la production, à partir d'un noyau lourd
        comme l'Uranium ou le Plutonium, de deux noyaux de masse
        intermédiaire, par exemple un noyau de Rubidium et un noyau de
        Césium. Les noyaux résultant de la fission, les fragments de fission,
        sont instables et se désintègrent par radioactivité au bout d'un temps
        variable compris entre la seconde et plusieurs millions d'années. Au
        moment de la fission une énergie de l'ordre de 185 MeV est dégagée.
        Une énergie d'environ 15 MeV est produite ultérieurement, en
        quelques heures, par radioactivité
Pendant le discours de Gamble, Bond remarqua la présence de deux vigiles
de chaque côté de la scène, ce qui était plutôt inhabituel.
    - Contrairement aux bombes, pour utiliser l'énergie nucléaire de
        manière contrôlée, ajouta Gamble, il faut maintenir la réaction en
        chaîne en équilibre stable. L'absorption des neutrons excédentaires est
        réalisée grâce à l'introduction d'éléments neutres dans la matière
        fissible C'est ce qui est fait dans un réacteur nucléaire, à l'aide de
        barres de graphite, bore ou cadmium par exemple. Ces barres
        permettent également d'arrêter le réacteur en quelques secondes en cas
        d'accident. (Il marqua une pause et regarda l’assemblée) J’espère de
        tout cœur avoir contribué à votre apprentissage sur le sujet captivant
        qu’est la fission nucléaire. Merci de votre attention et bonne fin de
        journée.
Sous les applaudissements de la foule, Gamble se retira et le président du
comité s’avança pour marquer la fin de la conférence. Les gens
commencèrent à se lever et à quitter la salle. Bond resta en arrière pour
observer Gamble rejoindre ses gardes du corps, avant de sortir par un porte
située derrière l’estrade. Quand ils eurent disparus, Bond contourna la scène
et gagna prudemment la porte par où ils étaient sortit.
Il vit les trois hommes montés dans un ascenseur à l’autre bout du corridor.
Bond se mit à courir dans leur direction, mais ne les rejoignit pas à temps
tandis que les portes se refermèrent devant lui. Il jeta un coup d’œil au
compteur et vit qu’ils ne se rendaient qu’à l’étage au-dessus, il ne devait pas
perdre une seconde.
Bond se précipita dans l’escalier en bousculant un membre du comité. En
sueur, il atteignit l’étage supérieur en brandissant son Walther P99, munit
d’un silencieux, vers les portes de l’ascenseur qui n’allaient pas tardées à
s’ouvrir. Lorsqu’ils s’ouvrirent, les trois occupants tombèrent nez-à-nez avec
le canon du Walther pointé sur eux. L’un des vigiles tenta de s’emparer de
son arme, mais Bond n’eut aucune hésitation à l’abattre d’une balle dans la
poitrine. Le second homme bondit vers Bond, mais ce dernier lui décocha un

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atémi à la gorge avant de le terrasser d’un coup de pied qui l’atteignit au
visage. Puis il braqua son Walther P99 sur la tempe de Gamble, il avait suffit
de cinq secondes, il n’avait même pas eu le temps de réagir.
   - Mais qui êtes-vous ? demanda Gamble sur un ton affolé. Qu’est-ce
      que vous me voulez ?
   - Vous ne vous rappelez pas de moi, Mr Gamble ? Nous nous sommes
      croisés brièvement chez Jéricho Pliskin.
   - Bond ? C’est donc de vous qu’il voulait me protéger. Mais que
      voulez-vous ?
   - Des réponses. Je sais que vous avez fournit à Pliskin une bombe
      atomique, je suis au courant de votre attente, et les autorités aussi. Et
      je veux savoir où il est.
   - Comment le saurais-je ?
   - Ne faites pas le malin avec moi, Gamble. Il a fait l’erreur de vous
      informer de ses intentions. Dites-moi où je peux le trouver. (Il arma
      son Walther) Tout de suite.
   - Qu’est-ce qui vous fait croire que je vous le dirai ?
   - Ça, dit-il en appuyant davantage l’arme contre sa tempe.
   - Vous ne comprenez pas, il me fera bien pire si je…
   - Pour l’instant vous devriez vous préoccuper uniquement de moi.
      Pliskin ne sera plus un problème pour vous lorsque je l’aurai trouvé.
      À condition que vous me disiez où il est. Comptons jusqu’à trois. Un.
   - Mais je ne peux pas…
   - Deux.
   - Non, attendez…
   - Trois.
   - En Afrique, lança-t-il rapidement. Il est en Afrique, ne me tuez pas.
Bond rabaissa le cran de sûreté de son Walther P99.
   - En Afrique ? Mais qu’est-ce qu’il fait là ?
   - Il veut faire exploser la bombe à l’intérieur d’un important port de
      diamants. Contaminant ainsi le sol pour des décennies.
   - S’il réussit à contaminer les gisements de diamants africains, il
      obtiendrait le monopole du marché, conclut-il. Ses propres diamants
      augmenteraient de valeur.
   - Dix fois plus selon ses calculs. J’ai essayé de l’en dissuader, mais je
      ne suis qu’un intermédiaire, il ne veut rien entendre.
   - Faites-moi confiance, je lui ferai entendre.
Gamble se raidit brusquement, les yeux écarquillés, la bouche béante d’où
s’échappait bientôt un coulis de sang. Un couteau venait de se planter dans
son cou, il s’effondra sur Bond qui le déposa à ses pieds. Accroupit au fond

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de la cabine d’ascenseur, un garde du corps avait reprit connaissance et
pointait maintenant son arme vers Bond, mais ce dernier dégaina le premier
et l’élimina de deux projectiles. Il voulait empêcher Gamble de divulguer
des informations à l’agent secret, mais il avait agit une minute trop tard,
Bond avait obtenu ce qu’il était venu chercher.
« Mon Dieu, mais qu’avez-vous fait ? » lança un commis qui observait avec
horreur les trois corps sans vie qui gisaient à l’intérieur de l’ascenseur. Bond
rangea son Walther P99 et s’avança pour s’expliquer, mais le commis
s’affola et courut prévenir la sécurité. Il ne devait pas rester là.
Il appuya sur le bouton du rez-de-chaussée et les portes de l’ascenseur se
refermèrent en apportant ses macabres occupants avec lui. Puis il redescendit
à l’étage inférieur avant de tirer l’alarme d’incendie. Les gicleurs se mirent
en marche et tout le monde se rua vers la sortie, Bond n’eut donc aucun mal
à se fondre dans la foule et à quitter les lieux sans attirer l’attention. Une fois
à l’extérieur il héla une gondole, monta à bord et s’éloigna paisiblement.

                                      *****

Londres, Angleterre
4 heures plus tard…

Les hauts-dirigeants de l’État Major et de la Royal Navy étaient à présent sur
le pied d’alerte suite aux informations qu’avait rapporté Bond de Venise. Ils
avaient finalement réussit à lever le voile sur les plans sordides de Jéricho
Pliskin pour obtenir le monopole mondial du marché du diamant. Non
seulement il comptait contaminer le sol et les principaux gisements de
diamants d’Afrique, mais il allait par le fait même contaminer la région
entière, tuant ainsi des millions d’innocents. Le principe de départ était
pourtant simple et évident, l’Afrique étant le principal exportateur mondial
de diamants, ils n’auraient plus qu’une seule porte de sortie : les mines
appartenant à Jéricho Pliskin.
Une vaste équipe travaillait devant une large carte de l’Afrique du sud afin
de localiser les plus gros ports de diamants du pays, Pliskin allait sans aucun
doute s’attaquer aux gisements principaux. Mais ce n’était pas si facile, les
sols africains étaient très riches, les possibilités s’avéraient nombreuses.
James Bond était resté à l’écart et observait la scène avec une pointe
d’anxiété, Pliskin était malin et il allait frapper fort. Au bout d’un moment,
M vint le rejoindre.
    - Du nouveau ? demanda-t-il sans détourner le regard.



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   - Pas pour l’instant, Pliskin a un rayon d’action de 1500 kilomètres, il
       peut se trouver n’importe où.
   - Avez-vous dépêché une équipe d’intervention sur place ?
   - Ils vont bientôt prendre pied.
Bond se contenta de la réponse et garda les yeux rivés sur la carte, sans se
retourner vers sa supérieure.
   - La région est constamment sous surveillance satellite, ajouta-t-elle
       comme si cela pouvait le rassurer. Mais les chances de le retrouver
       sont minces, d’autant plus que nous ignorons combien de temps il
       nous reste.
   - Nous ne devons pas oublier que Pliskin possède des mines dans la
       région, murmura-t-il sans tenir compte de ce que M venait de dire, il
       devra donc garder l’explosion à l’écart.
   - Ces données ont été entrées en ligne de compte.
Une fois de plus, Bond ignora la remarque :
   - Quel peut être le champ d’action d’une bombe atomique de vingt
       mégatonnes ? demanda-t-il.
   - Tout ou plus cinq cents kilomètres.
Bond profita de l’inattention de l’assemblée pour s’avancer vers la carte. Il
pointa du doigt Mosselbai, où était concentrée la majorité des gisements
appartenant à Pliskin et traça un cercle d’un rayon de cinq cents kilomètres
autour. M, comprenant où il voulait en venir, encouragea les autres à porter
une attention particulière à ce qu’avait à dire 007.
   - Pliskin ne doit pas contaminer ses propres gisements, expliqua Bond,
       donc il doit éviter de faire exploser la bombe à l’intérieur de ce cercle.
       Le principal exportateur le plus près est Lesotho, au nord-est.
   - Et vous croyez que c’est là qu’il va frapper ? demanda, Ed Chandler,
       un lieutenant de la Royal Navy.
   - Pourquoi ferait-il exploser la bombe ailleurs alors que l’abondance du
       marché se situe majoritairement dans le centre de l’Afrique ? indiqua
       Bond. Je crois qu’il visera Lesotho.
   - À combien s’élève la population dans cette région ? demanda M à
       l’intention du lieutenant.
   - Environ un million et demi, fit-il d’une voix traînante. C’est
       complètement ridicule, nous ne pouvons pas courir le risque de nous
       pointer là-bas sans être certains qu’il y soit. Pas avec la récente crise.
   - Avez-vous une meilleure solution, lieutenant ? répliqua M.
   - Une équipe a été dépêchée à Worcester, grogna Chandler, et c’est de
       là que commenceront les recherches.



                                       91
    - Déconsignez vos troupes, lieutenant, lança Bond, ils sont à environ
      1200 kilomètres de la cible.
    - Sauf votre respect commandeur Bond, grommela Chandler, vous en
      avez suffisamment fait sur cette affaire. Laissez-nous prendre la suite
      des opérations.
Le lieutenant Chandler n’attendit pas la riposte, prit les membres de
l’assemblée avec lui et laissa M et Bond derrière.
    - Il va compromettre la mission, maugréa Bond.
    - C’est possible. Mais il n’a pas tout à fait tort cependant, rien ne nous
      prouve que Pliskin est à Lesotho.
    - Rien ne nous prouve qu’il est à Worcester non plus. Écoutez, j’ai
      réussit à déchiffrer la mentalité de Pliskin, ce type ne se contente pas
      de faire les choses à moitié, il vise toujours plus haut. Je sais qu’il est
      à Lesotho.
    - Mais vous savez aussi bien que moi que Chandler ne donnera jamais
      le feu vert pour y mobiliser une équipe.
    - C’est pourquoi je m’y rendrai seul. Je ne suis pas sous la juridiction
      du lieutenant Chandler.
    - Vous y rendre seul ? Mais vous n’y pensez pas.
    - Si ça peut vous rassurer, je demanderai à l’agent Nightshade de
      m’accompagner.
    - Et en quoi devrai-je être rassurée ?

                                     *****

En début de soirée, alors qu’une mince pluie commençait à tomber, M avait
convoqué James Bond et Zoe Nightshade dans son bureau, afin de jeter un
coup d’œil sur les dernières rectifications en vue de l’opération à Lesotho.
Zoe s’était montrée très emballée à cette idée lorsque Bond était venu lui en
parler. Elle lui ressemblait d’une certaine manière, elle n’aimait pas rester
trop longtemps hors de l’action, de plus elle était impatiente d’en terminer
avec toute cette histoire, lui aussi d’ailleurs.
   - Voici la carte de la région, dit M en affichant le rendu par satellite sur
        l’écran mural. Les mines les plus importantes se situent ici, dans
        l’ouest, tout près de Maseru.
M fit un agrandissement sur Maseru en se concentrant sur l’endroit où le sol
était le plus riche en pierres précieuses.
   - Vous devrez être prudents, ajouta-t-elle, des groupes rebelles tentent
        de renverser le régime de Moshoeshoe depuis près d’un mois, le
        territoire sera hostile.

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    - Et je suis prêt à parier que c’est Pliskin qui fournit les armes à tout ces
       braves gens, mais nous en avons vu d’autres, railla Bond. Et comment
       nous y rendrons-nous ?
    - Puisque Chandler n’a autorisé aucun départ pour Lesotho, vous
       prendrez mon jet privé, à condition que vous me le rameniez en un
       seul morceau.
    - Ce sera agréable de se payer du bon temps au frais de l’agence, sourit
       Bond. Je me souviens avoir vu une excellente bouteille de bourbon
       dans le mini-bar.
M soupira et se tourna vers Zoe Nightshade.
    - Nous vous sommes très reconnaissants, agent Nightshade, dit-elle.
       Votre participation à cette affaire sera récompensée à sa juste valeur.
    - Ne vous en faites pas pour ça, fit Zoe, j’ai une dette envers vous et
       envers James.
M ne tarda pas à jeter un regard ironique à Bond. Ce dernier se racla la gorge
et ajouta :
    - Nous devrions hâter le pas si nous ne voulons pas rater le mardi-gras.
Bond et Zoe quittèrent, mais avant de sortir M lança :
    - Et 007, ne touchez pas à ma bouteille de bourbon.




                                       93
                              Chapitre 10 :
                            La cité du diamant

Maseru, Lesotho, Afrique du Sud

Autrefois surnommé Basutoland, le Lesotho était maintenant membre du
Commenwealth et ancien protectorat britannique, indépendant depuis 1966.
Cet état montagneux enclavé dans l’Afrique du Sud possédait les sols les
plus riches en diamants de toute la côte est du continent, ce qui en faisait un
des principaux exportateurs de pierres précieuses mondiaux. Divisé par deux
chaînes de montagnes, les seules plaines se trouvaient dans la partie ouest,
où se concentrait la majorité de la population, ainsi que dans la vallée de
l’Orange. Plusieurs guerres tribales et invasions balayèrent, aux XVIIIe et
XIXe siècles, le sud de l’Afrique. Après 1824, Moshoeshoe 1 er, chef sotho,
fonda un royaume fortifié près du site de l’actuelle Maseru, que la Grande-
Bretagne transforma en protectorat en 1868, après avoir signé un traité avec
le fondateur du premier État sotho. C’était cette même dynastie de
Moshoeshoe que les rebelles tentaient de renverser aujourd’hui, pour des
raisons géopolitiques et économiques.
Au volant de la Saab décapotable de location, James Bond traversa un
groupe de manifestants qui protestaient devant l’hôtel de ville de la
république, puis s’engagea sur une route moins achalandée. Assise à côté de
lui, Zoe consultait une carte de la région qu’elle avait dépliée sur ses genoux.
    - Tu devrais ranger cette carte, lui proposa-t-il, nous avons l’air de
       touristes.
    - Mais c’est ce que nous sommes, James. En ce qui me concerne, je n’ai
       même jamais mit les pieds ici.
    - Dans ce cas, uses de tes nouvelles connaissances en m’indiquant où se
       trouve la mine de diamants la plus près.
Elle soupira et replongea son nez dans la carte.
    - À cinq kilomètres dans cette direction, dit-elle en le désignant du
       doigt. Mais je te suggère d’utiliser les routes secondaires, l’avenue
       principale semble complètement embouteillée par les manifestants.
    - Tu ne t’en tires pas trop mal pour une touriste.
    - C’est le métier qui veut ça.
Bond écouta son conseil et suivit une route secondaire. La rue était fort
animée, mais il n’eut aucun mal à s’y frayer un chemin.
    - Qu’est-ce que tu comptes faire exactement ? demanda Zoe au bout
       d’un moment.


                                      94
    - À quel propos ?
    - Lorsque nous aurons localisé la mine où Pliskin prévoit frapper. Tu
       comptes l’appréhender toi-mêmes ou demander un support militaire ?
    - En toute franchise, je n’ai jamais eu l’intention d’appréhender Pliskin.
       Mais je compte bien m’en charger moi-même, si c’est ce que tu veux
       savoir.
    - C’est bien ce que je me disais.
Sous le soleil brûlant du début d’après-midi, ils quittèrent les rues
achalandées de la ville pour s’aventurer sur un sentier traversant une vaste
plaine bordée de monts rocheux. Sur cette route pratiquement déserte, Bond
poussa le moteur de la Saab à fond, autant pour gagner du temps que pour
combattre la chaleur dont ils souffraient.
C’est alors que des hangars de dressèrent à l’horizon, déformés par les
ondulations que provoquait la chaleur, on aurait presque dit un mirage.
    - Je crois que c’est là, dit Bond à une Zoe transpirante.
    - Ce n’est pas trop tôt, je me sens incapable de me décoller de la
       banquette.
Bond stationna la Saab en bordure de la route à quelques mètres de ce qui
semblait être une mine de diamants. Il ouvrit le coffre à gants et en sortit une
paire de jumelles. Le territoire était efficacement protégé par une haute
clôture et une tour d’observation assurait la surveillance. Il y avait plusieurs
hangars, dont un servant d’abris à de gros véhicules motorisés. Des rails
recouvraient le sol jusqu’à une vaste cage d’ascenseur qui descendait sous
terre. Il n’y avait aucun doute possible, c’était bel et bien une mine de
diamants.
Un homme en uniforme militaire passa dans l’objectif de Bond. Il était
lourdement armé d’un AK-47 et d’un semi-automatique 9mm de réserve.
Malgré l’uniforme, Bond savait que ce n’était pas un soldat, mais un rebelle
faisant partie de la révolution. Il n’avait ni la démarche ni l’assurance d’un
militaire.
    - Il semblerait que les rebelles se sont emparés de la mine, fit remarquer
       Bond. Et je suis persuadé que c’est Pliskin qui leur a fournit leurs
       armes en échange de leur service.
    - Alors tu crois que c’est ici ?
    - J’en suis certain. Les rebelles n’attaquent généralement pas les mines
       de diamants, encore moins celles sous autorité militaire.
    - J’ose espérer que tu n’as pas l’intention d’aller le lui demander.
    - Pas maintenant, en plein jour la mine doit grouiller d’activité. Nous
       irons y jeter un coup d’œil au tomber de la nuit.



                                      95
   - Tu ne crois pas qu’il serait préférable de s’assurer de leur identité
     d’abord ?
   - Désires-tu aller le lui demander ?
   - Nous nous en tiendrons à ton plan. Ils sont probablement hostiles.
   - Voilà qui est raisonnable. Retournons à l’hôtel pour préparer nos
     affaires. Peut-être pourrons-nous en profiter pour chasser cette
     moiteur.
   - Un bain ne serait pas de refus.
   - C’est précisément ce que j’avais en tête.

                                     *****

Le ciel s’était assombrit au-dessus du Lesotho, alors qu’une formation de
nuages annonçait l’arrivée d’une soirée fraîche. Bond, assit sur le rebord de
la fenêtre de sa chambre d’hôtel, nettoyait son Walther en observant la rue.
Zoe s’était absentée un moment et il attendait toujours son retour. Il se versa
un second verre de whisky malgré l’infâme qualité de la bouteille d’alcool,
c’était pourtant la meilleure que l’hôtel avait à lui offrir. Il dut s’en
contenter. Un coup de tonnerre retentit à l’horizon, une douce pluie allait
bientôt recouvrir les habitants de cette ville chaude.
Il entendit marcher de l’autre côté de la porte, puis un cliquetis dans la
serrure. Bond remonta son arme, y glissa un chargeur et gagna la porte en la
bloquant de son épaule.
    - Qui est là ? demanda-t-il.
    - C’est Zoe, tu peux ouvrir, répondit la jeune femme.
Il rabattit le cran de sûreté de son Walther et la laissa entrer. Comme prévu,
elle portait un document à la main.
    - C’est affreux dans les rues, déplora-t-elle. Les manifestants ont
       littéralement prit d’assaut l’hôtel de ville de la république, ce n’est pas
       la joie.
    - As-tu les plans ?
    - Bien sûr, dit-elle en lançant le document sur la table devant lui. Le
       conservateur des archives m’a garanti l’authenticité de ces plans.
       Malheureusement ils n’ont pas été renouvelés depuis quinze ans,
       certaines modifications ont peut-être été faites.
    - C’est possible, mais nous devrons nous en accommoder.
Bond s’installa à la table et ouvrit le document devant lui, Zoe vint le
rejoindre. À l’intérieur se trouvaient les vieux plans de la mine de diamant
qu’ils comptaient visiter d’ici peu, la feuille de papier avait brunit sous le
poids des années, mais les schémas étaient toujours visibles.

                                       96
    - Selon ces plans il y aurait deux points d’accès à la mine, dit Bond en
       les désignant du doigt, le monte-charge principal et un ascenseur de
       service, juste là. Je suggère que l’un de nous descende par le monte-
       charge tandis que l’autre emprunte l’ascenseur de service, nous
       devons éviter de se faire prendre en même temps.
Bond retourna la carte et en étudia l’endos, qui illustrait les installations
internes de la mine de diamants. Plusieurs mètres sous terre, un long couloir
menait sur un vaste étendu d’où se détachaient plusieurs corridors
secondaires donnant sur d’autres chambres adjacentes. Malheureusement les
plans ne permettaient pas de déterminer avec exactitude ce qui s’y trouvait.
    - Qu’est-ce que c’est que ce truc ? demanda Zoe en faisant allusion au
       gros objet rectangulaire qui trônait au centre de la grande salle.
    - Un générateur, ça sert à contrôler la ventilation à l’intérieur des
       galeries, permettant à l’air de voyager.
    - À ton avis, crois-tu qu’il y ait encore des ouvriers là-dessous ?
Zoe venait de le ramener à la dure réalité, il n’avait pas songé une seconde
qu’il puisse encore y avoir des ouvriers à l’intérieur de la mine.
    - Il y a de fortes chances, admit-il, si ça se trouve, les rebelles s’en sont
       peut-être déjà débarrassés.
Bond soupira, ferma le document et se laissa tomber contre le dossier de sa
chaise.
    - Nous devrions en référer à nos supérieurs, fit-il.
Ils passèrent ensuite les quelques minutes suivantes à rédiger et transmettre
un rapport conjoint, destiné à leurs supérieurs respectifs. Ils avaient l’un et
l’autre signer de leur noms de code.
Puis ils rassemblèrent leurs affaires et enfilèrent un uniforme aux couleurs
sombres. Le dénouement de leur préparation coïncida avec la venue de la
pénombre. Ils descendirent à la voiture, jetèrent leur sac d’équipement sur la
banquette arrière et mirent le cap sur la mine de diamants.

                                     *****

Comme Bond l’avait prévu, on avait augmenté la sécurité à l’entrée de la
mine, un garde s’était ajouté à celui déjà en poste normalement. En revanche
la tour d’observation semblait innoccupée. Mais ce qui semblait le plus
inhabituel était la lampe éclairant le monte-charge, de toute évidence il y
avait encore des activités là-dessous.
Bond stationna la voiture dans l’ombre en bordure de la route, puis Zoe et lui
se mirent à préparer leur attirail. Elle, s’équipa d’un Beretta 9mm et lui, de



                                       97
son fidèle Walther P99. Tout deux se munirent de trois chargeurs
supplémentaires et de quelques explosifs.
    - Quel est le topo ? demanda-t-elle en armant son pistolet.
    - Neutraliser Pliskin et l’empêcher de faire exploser la bombe, peu
        importe de quelle façon. Et, s’il y a lieu, éviter les pertes civiles. Nous
        ignorons le nombre d’ouvriers qui se trouvent encore là-dedans, ils
        doivent être évacués de toute urgence, tu t’en chargeras ?
    - Pas de problème. Et toi j’imagine que tu te chargeras de Pliskin ?
    - Absolument. Je te laisse l’ascenseur de service, je prends le monte-
        charge. On se retrouve en bas.
Avant de se séparer, Zoe agrippa Bond et l’embrassa langoureusement.
    - Sois prudent, James, souffla-t-elle.
Il lui sourit et partit au pas de course aux abords de la mine. Elle le regarda
s’éloigner, puis elle courut en direction de l’ascenseur de service se trouvant
à l’arrière de la forteresse rocheuse.




                                        98
                              Chapitre 11 :
                           Six pieds sous terre

Le laser de la montre de Bond n’eut aucun mal à frayer un passage à travers
les mailles de la clôture entourant la surface de la mine, il en vint à bout en
quelques secondes. Ce qui lui permit de se glisser discrètement de l’autre
côté et de prendre refuge derrière une remise.
Les deux gardes en poste s’étaient logés à l’entrée du monte-charge et
bavardaient tout bonnement. Bond contourna la remise de façon à avoir un
meilleur angle de tir sur les deux hommes. Terré dans l’ombre, il sortit son
pistolet tranquillisant et tira sur le vigile le plus près. Ce dernier tomba
lourdement sur le sol sous le regard inquiet de son compagnon qui subit le
même traitement lorsqu’une fléchette vint se planter dans sa nuque. Une fois
les deux hommes inconscients, Bond s’avança et monta dans le monte-
charge, il descendit dans le sous-sol, soit trois niveaux plus bas. Quand les
portes s’ouvrirent, il se retrouva dans un long couloir sombre où régnait un
silence de mort.
Arme à la main, il avança dans l’obscurité jusqu’au moment où il entendit
un bruit métallique suivit d’un bourdonnement angoissant. Les rails qu’il
suivait menaient à une porte grillée donnant sur une grande salle éclairée. Il
la passa prudemment pour ensuite se retrouver dans une énorme salle aux
parois rocheuses.
Plusieurs plate-formes menaient à des balcons inférieurs et à des appareils
mécaniques dont un qui permettait de broyer la pierre pour en extraire les
diamants. Un générateur servait à canaliser l’air vers des galeries adjacentes
à l’aide de petites ouvertures entourant la chambre. À plusieurs étages plus
bas, s’affairaient une vingtaine d’hommes qui poussaient des chariots le long
des rails vers l’intérieur des galeries. Au-dessus de leur tête, un vaste poste
de supervision vitré donnait une vue sur l’ensemble des opérations.
Bond emprunta une plate-forme et descendit à l’étage inférieur. Il longea la
passerelle jusqu’à un local où on entreposait les outils et les appareils
électriques.
La voix de Vladec Pliskin s’éleva dans la salle :
    - Expédiez les diamants vers leur nouvelle porte de sortie. Et faites vite.
Bond leva la tête et l’aperçut brièvement sur le balcon du poste de
supervision avant qu’il ne retourne à l’intérieur. Si Vladec Pliskin se trouvait
là-haut, son grand frère devait y être également et c’est l’endroit où Bond
devait se rendre.



                                      99
Bond passa par-dessus la rambarde puis sauta sur la passerelle inférieure en
se recroquevillant afin de ne pas être vu du garde qui venait d’emprunter une
passerelle plus en hauteur. Un bruit strident suivit d’une forte secousse le fit
sursauter.
En bas, un groupe d’ouvriers s’était rassemblé autour de ce qui semblait être
une gigantesque foreuse qui était en train de creuser dans la paroi rocheuse,
faisant trembler toute la mine. Ils durent se protéger des éclats de pierre qui
volaient dans tout les sens. Bond profita de leur moment d’inattention pour
descendre le long de l’échelle menant au tapis roulant sur lequel les roches
voyageaient avant d’être concasser. Le vacarme de la foreuse était si
assourdissant qu’il n’entendit pas le garde qui approchait de lui par derrière.
Ce dernier passa une chaîne autour du cou de Bond et resserra aussitôt son
étreinte. Bond, le souffle coupé, perdit malencontreusement son Walther P99
dans la confrontation. Tout en se débattant pour se débarrasser du garrot qui
l’étranglait, il appuya sur le bouton de démarrage du tapis roulant à l’aide de
son pied. Puis il saisit son couteau avant de le planter dans l’avant-bras de
son assaillant qu’il fit ensuite passer par-dessus son épaule pour le projeter
sur le tapis roulant. Mais le garde l’entraîna avec lui dans sa chute et les
deux hommes se retrouvèrent donc allongés parmi les débris rocheux prêts à
être broyés. Sans perdre une seconde, le vigile se jeta sournoisement sur
Bond et le plaqua sur le dos. Bond s’empara d’une pierre et la fracassa sur le
crâne de son adversaire avant de le faire basculer par-terre. Avant qu’il n’ait
eu la chance de se rétablir, Bond porta le coup de grâce en assommant
l’homme avec une autre pierre. Il descendit du tapis roulant et s’approcha du
bouton afin de le stopper, mais une rafale de mitraillette l’en dissuada. Un
garde posté sur une passerelle supérieure avait suivi toute la scène et avait
maintenant ouvert le feu sur lui, ce qui n’allait pas tarder à alerter ses
camarades.
Bond roula sur le sol, en récupérant son arme, puis plongea se mettre à
couvert derrière une cloison métallique. Il entendait déjà les pas des autres
gardes qui couraient sur la passerelle au-dessus de lui, ainsi que le tapis
roulant qui n’avait toujours pas été arrêté. Les renforts commencèrent à
dévaler l’escalier dans sa direction, ils allaient bientôt être là. Il était temps
de bouger.
Il s’empara d’un long cylindre de canalisation accroché au mur et tira
plusieurs tirs de couverture afin de s’assurer un certain moment répit. Puis
sans perdre une seconde, il se précipita vers le tapis roulant, grimpa dessus et
planta le tuyau de travers entre les mailles de la chaîne conductrice. Juste au
moment où les coups de feu ennemis reprirent, Bond sauta du tapis roulant
et par-dessus la rambarde pour terminer violemment sa chute deux

                                       100
passerelles plus bas. Grimaçant de douleur après s’être salement amoché le
genou, il s’éloigna rapidement tandis que de la fumée commençait à
s’échapper du broyeur. Le cylindre métallique fermement ancré contre le
tapis roulant venait d’arracher une bonne partie du mécanisme du broyeur en
bloquant l’appareil. Mais les moteurs, fonctionnant toujours à plein régime,
se mirent à surchauffer et des flammes firent bientôt leur apparition. Perché
à l’intérieur du poste de supervision, Jéricho Pliskin observait la scène avec
un certain amusement.

                                     *****

« C’est Bond ! » dit Vladec Pliskin à son grand frère.
   - Je m’en doutais, rétorqua-t-il tout simplement. Maîtrisez l’incendie et
      augmentez la sécurité. Il ne dois pas faire davantage de dommages.
   - Et pour le forage ?
   - Annule-le. Nous passerons immédiatement à l’étape suivante. Fais
      descendre la bombe, nous avons suffisamment de diamants pour le
      moment.
Vladec Pliskin cracha des ordres dans son talkie-walkie et sortit du poste de
supervision. La pièce était maintenu sous surveillance par deux vigiles
fortement armés, Pliskin lui-même portait un pistolet à sa ceinture. Toujours
debout devant la large baie vitrée, observant le déroulement de la situation,
une main vint se poser doucement sur l’épaule de Pliskin.
   - Regarde, c’est pour nous que je fais ça, fit Pliskin.
   - Tu n’as pas à en faire autant, murmura Alexia. Nous avons tout ce que
      nous désirons.
   - Non, tu te trompes. Il en faudra beaucoup plus si nous voulons fonder
      une famille. Plus d’argent, plus de pouvoir, nous n’aurons plus à
      craindre personne, je pourrai enfin vous offrir la tranquillité d’esprit, à
      toi et à notre enfant. Ce que mes parents n’ont jamais réussit à
      m’offrir.
   - Jéricho, écoute-moi. Notre enfant a besoin d’un père, non d’un
      terroriste. Et encore moi d’un assassin.
Jéricho explosa et la repoussa violemment contre le mur.
   - Tu ne comprendras donc rien ? hurla-t-il. Le monde dans lequel nous
      vivons est infesté de parasites, le plus fort l’emporte sur le plus faible.
      Bientôt je deviendrai le plus fort. Je m’efforce de faire ça pour vous,
      et je n’ai même pas un semblant de reconnaissance. Tu as de la chance
      de porter mon enfant, sinon je ne verrais aucun intérêt à te garder
      vivante.

                                      101
Pliskin se détourna finalement et retourna à sa position initiale. Au bord de
la crise de larmes, Alexia sortit et descendit l’escalier en colimaçon jusqu’au
balcon inférieur. Son époux était allé trop loin, il l’avait clairement menacé
de mort. Qu’arrivera-t-il lorsqu’elle aura accouché du bébé ? Il la tuerait ?
Elle n’avait pas l’intention d’attendre la réponse. Et quelque part en bas se
trouvait le seul homme en mesure de lui venir en aide.

                                     *****

Zoe avait mit beaucoup trop de temps à repérer l’entrée de la cage
d’ascenseur. Puisqu’elle était hors service depuis des années, aucune
indication ne montrait le trajet à suivre pour y parvenir. Elle l’avait
finalement trouvé en repoussant un panneau de bois qui avait été placé de
sorte que personne ne tombe accidentellement à l’intérieur. La cage
d’ascenseur était vieille et rouillée, mais elle semblait être en état de marche.
Ce qui était fort rassurant dans son cas.
Elle parvint finalement à destination lorsque les portes grinçantes s’ouvrirent
devant elle. Elle était dans une galerie sombre et humide, il y avait encore de
la poussière dans l’air. Sous la lueur de sa lampe de poche, elle avança
prudemment, l’arme au poing. De la clarté se dessina devant elle tandis
qu’elle approchait de la sortie. La galerie débouchait finalement sur une
chambre sphérique abandonnée, à environ dix mètres au-dessus d’une masse
d’eau obscure. Une passerelle en lambeau pendait misérablement à
proximité de l’ouverture par laquelle elle était arrivée. Elle s’agrippa
solidement à la paroi rocheuse et la longea sur une courte distance avant de
bondir sur la passerelle, qui émit une plainte inquiétante. Puis elle gagna une
vieille porte afin de rejoindre la chambre suivante.
À en juger par les plans qu’elle avait étudié dans sa chambre d’hôtel, elle se
trouvait à présent dans la grande salle principale, bordée de passerelles et
grouillante d’activités. Son attention fut d’abord porté sur le vaste
observatoire vitré qui occupait une grande partie de son champ de vision
avant de se déporter sur les ouvriers qui s’acharnaient à pousser des chariots
à plusieurs mètres plus bas. Elle sortit discrètement de sa cachette et regagna
la passerelle la plus près. Elle remarqua alors le mince voile de fumée qui
flottait dans l’air, puis elle en découvrit l’origine. De toute évidence, le
broyeur avait été saboté et les moteurs avaient prit feu. Elle sourit en
reconnaissant l’œuvre de James Bond et poursuivit son chemin.

                                     *****



                                      102
Les gardes envoyés pas Vladec Pliskin se déplaçaient prudemment le long
d’une passerelle du niveau 2, à la recherche de l’intrus qui avait déjà blessé
gravement un de leurs camarades. Ils se séparèrent en deux groupes en
parvenant à un embranchement. Un groupe de deux hommes se dirigèrent
vers les réserves électriques tandis que l’autre se consacra à fouiller les
galeries abandonnées.
Dans les profondeurs de la mine de diamants, Bond progressait au niveau 2.
Il éjecta le chargeur de son Walther P99 avant d’en insérer un autre. Son
genou l’élançait toujours, mais pas suffisamment pour ralentir sa course. Il
se courba davantage à l’approche de pas sur une passerelle voisine.
Quelqu’un approchait. Il sortit son couteau de combat et se prépara à
l’affrontement.
Les deux gardes chargés d’inspecter les réserves électriques échangeaient
quelques mots tout en poursuivant les recherches.
    - Qui c’est exactement ce type ? demanda l’un d’eux.
    - Pas la moindre idée. Mais on raconte qu’il aurait déjà eu des
        problèmes avec le patron. Ce doit être encore un de ces satanés agents
        du gouvernement.
Mais Bond surgit de nul part en plantant d’une main la lame de son couteau
dans l’abdomen du garde, tout en abattant de l’autre main son collègue,
d’une balle en pleine tête. Entendant un bruit derrière lui, Bond fit volte-face
et terrassa de deux coups de feu un troisième garde qui venait de se ruer sur
la passerelle. Bond récupéra son couteau et essuya le sang sur la chemise de
l’homme.
Il n’eut pas la chance de réagir lorsqu’une balle vint lui écorcher l’épaule.
Derrière lui, Vladec Pliskin se tenait sur la passerelle, une arme fumante à la
main. Bond se jeta sur une plate-forme et appuya sur le bouton de montée.
Allongé au fond de l’élévateur, Bond vida son chargeur en direction de
Pliskin dans l’espoir de le blesser, mais les projectiles ne firent que ricocher
sur la passerelle métallique.
Vladec Pliskin se précipita dans l’escalier et courut au niveau supérieur afin
de surprendre Bond à son arrivée. Mais la plate-forme était déserte, seul une
tache de sang témoignait de la présence de l’espion anglais quelques
secondes auparavant. Pliskin décrocha son talkie-walkie et lança des
indications :
    - L’intrus a été repéré au niveau 3. Il est blessé. Retrouvez-le.
Lorsqu’il rompit la communication, Bond se jeta sur lui en lui faisant perdre
son pistolet. Les deux hommes tombèrent à la renverse sur la passerelle
chancelante. Pliskin se releva rapidement et brandit un long poignard, Bond
en fit autant avec son couteau de combat.

                                      103
    - J’attendais ce moment avec impatience, Mr Bond, cracha le jeune
        frère Pliskin. Nous voilà enfin face-à-face.
    - Si vous appellez ça un visage. Je vais m’assurer que le côté droit
        ressemble au côté gauche.
    - J’ai de sérieux doutes à ce sujet. Mais si vous y tenez tant, alors venez
        le réclâmer.
Bond se lança vers Pliskin en agitant son couteau à quelques centimètres de
lui, mais ce dernier esquiva habilement toutes ses attaques avant de contre-
attaquer. Bond évita de justesse la lame du poignard ennemi qui venait de
siffler au-dessus de sa tête, puis il tenta de le faire tomber, mais son
adversaire se servit de la rambarde pour se rétablir.
Pliskin le regarda d’un regard noir et fonça droit sur lui, le poignard devant.
Bond bloqua les deux premiers assauts à l’aide de la lame de son propre
couteau avant de répliquer en lacérant l’avant-bras de son assaillant. Fou de
rage, Pliskin lâcha un cri de douleur en observant sa blessure. Bond profita
de ce répit pour reprendre son souffle.
    - Passons aux choses sérieuses, grommela Pliskin en brandissant un
        second poignard, se retrouvant un dans chaque main. Doublons le
        plaisir.
Il se précipita vers Bond en faisant valser ses deux lames dans l’air, le
forçant à reculer davantage. Bond bloqua une attaque et évita de justesse la
seconde, puis il roula sur le sol pour se retrouver derrière Pliskin. À peine
eut-il le temps de se redresser, qu’il dut esquiver les assauts constants de son
adversaire. Dans une habile combinaison de mouvements rapides, Bond
réussit de peine et de misère à garder une distance avec les lames acérées de
Vladec Pliskin. Cependant, Bond para d’un coup qui fit perdre une arme à
son opposant.
    - Nous revoilà à égalité, fit Bond. Reprenons, mettez-y plus de
        conviction.
Pliskin s’avança, enragé, et surprit Bond avec une feinte qui consistait à lui
planter la lame de son couteau dans la poitrine, mais il ne mordit pas à
l’hameçon. Les couteaux s’entrechoquaient bruyamment et Bond était en
mauvaise posture, son adversaire l’obligeait à la défense en le faisant reculer
vers la rambarde. Dès qu’il eut une ouverture, il attaqua de front, mais ne
parvint qu’à l’effleurer. Bond réussit à entailler la poitrine de Pliskin, qui se
mit à saigner, mais ce dernier para et l’atteignit à l’oreille. À quelques
centimètres près, le coup aurait été fatal. L’affrontement prenait des
tournures inquiétantes.
Pliskin se rua sur Bond qui para la première attaque, esquiva la seconde
avant d’étendre le bras pour planter son couteau en plein cœur de son

                                      104
opposant. Pliskin poussa un cri et tomba à genoux, le regard vide. Bond
l’observa, à bout de souffle, puis Pliskin se figea en levant les yeux vers lui.
   - Adressez mes salutations à vos parents, dit Bond.
Puis Vladec Pliskin s’effondra dans une marre de sang, sans vie. Bond
s’éloigna et monta sur la plate-forme jusqu’au niveau supérieur.

                                      *****

Jéricho Pliskin était resté sans nouvelle de son frère depuis déjà trop
longtemps, à vrai dire, il était sans nouvelle depuis que Vladec avait signalé
la présence de Bond au niveau 3. Même s’il portait une grande confiance en
son frère cadet, il ne pouvait éviter l’angoisse. Depuis la mort de leurs
parents, Jéricho s’était vu confier l’éducation et la protection de son jeune
frère, il ne pouvait supporter l’idée qu’il ait pu lui arriver malheur.
Un vigile essoufflé entra en trombe dans le poste d’observation.
    - Que se passe-t-il ? demanda nerveusement Pliskin.
    - Monsieur, j’ai une terrible nouvelle à vous annoncer. C’est à propos
        de votre frère.
    - Que lui est-il arrivé ?
    - Nous l’avons retrouvé mort au niveau 3, je suis désolé. De toute
        évidence on l’aurait poignardé. Mes hommes sont présentement à la
        recherche du responsable, nous avons bouclé tout le périmètre.
Pliskin avait l’impression que tout s’effondrait autour de lui. Plus rien ne lui
semblait réel, tel un rêve dont on voudrait se réveiller désespérément. Il
n’arrivait pas à y croire, son petit frère, la seule famille qui lui restait venait
de lui être enlevé. James Bond venait de la lui enlever.
Fou de rage, Pliskin dégaina son pistolet et en vida le chargeur sur le garde,
même par-terre, il n’arrêta pas de tirer dans la chair inanimée. Néanmoins,
cela n’atténua pas pour autant sa colère. Il lança violemment son arme à
travers la baie vitrée qui vola en éclat, puis il s’avança dans l’ouverture.
    - Trouvez-moi ce fils de pute et apportez-moi son cadavre, hurla-t-il à
        plein poumon. Je le veux mort ! Vous m’entendez ? Mort !
Il décrocha ensuite son talkie-walkie et parla :
    - Préparez la bombe et liquidez les ouvriers. Tout doit être terminé dans
        une demi-heure. Me suis-je bien fait comprendre ? Exécution.
Puis il se tourna vers un deuxième garde, qui n’osait toujours pas baisser les
yeux sur son collègue ensanglanté.
    - Où est ma femme ? grogna Pliskin.
    - Je l’ignore.
    - Allez me la chercher. J’ai quelques mots à lui dire.

                                       105
                                    *****

Un groupe de trois hommes passèrent en courant sur la passerelle sans même
se douter de la présence de Zoe Nightshade à quelques mètres d’eux. La
jeune femme s’était blottit derrière une grosse caisse à l’approche des
renforts. Visiblement Bond prenait un malin plaisir à semer la zizanie parmi
eux, il semblait accaparer toute leur attention.
Elle se déplaça le long de la passerelle afin d’obtenir un meilleur angle de
vue sur la scène se déroulant sous ses yeux. Les trois gardes qui l’avaient
dépassé quelques minutes plus tôt, avaient rejoint les ouvriers en bas et les
menaçaient maintenant du canon de leur arme. Leur intention était claire, les
ouvriers ne leur étaient plus d’aucune utilité.
Zoe dévala l’échelle et regagna la terre ferme, elle courut s’abriter derrière
une section du générateur, profitant de son ronflement afin de couvrir le
bruit de ses pas sur la pierre.
    - Je regrette, mais le patron n’a plus besoin de vos services, lança l’un
       des vigiles à l’intention des ouvriers affolés.
Zoe se rapprocha silencieusement en tenant son Beretta solidement entre ses
mains. Elle n’avait pas droit à l’erreur, des vies étaient en jeu.
Elle pointa son arme sur les trois gardes et abattit le premier d’une balle
derrière le crâne. Prit de stupeur, ses deux camarades se retournèrent et
ouvrirent le feu vers la provenance de l’attaque. Zoe balaya la salve de
mitraillette en se mettant à couvert derrière le générateur. Les ouvriers
tirèrent profit de cette diversion pour assommer les deux vigiles restant à
l’aide de lourds manches de bois. Le silence étant retombé, Zoe se risqua un
coup d’œil et fut étonnée de retrouver les deux hommes allongés par-terre.
Elle rejoignit les ouvriers qu’elle glorifia d’un sourire.
    - Bien joué, messieurs, dit-elle.
    - Qui êtes-vous, et qu’est-ce qui se passe exactement ici ? demanda l’un
       des ouvriers.
    - Ce serait trop long à expliquer et le temps nous est compté. Tout ce
       que vous devez savoir c’est qu’il faut quitter la mine au plus vite. Y a-
       t-il une issue de secours ici ?
    - Il y a un vieux puits abandonné par là-bas, répondit un autre, le vieux
       monte-charge est encore en état de marche.
    - Bien. Alors sortez pas là sans plus attendre. Nous nous occuperons du
       reste. Vite !
Les ouvriers hésitèrent un moment puis se précipitèrent vers une galerie
adjacente. Pendant qu’elle regardait le groupe d’hommes disparaître à

                                      106
l’intérieur du couloir sombre, un grincement métallique se fit entendre au-
dessus d’elle.

                                     *****

Bond avait réussit à rejoindre le niveau supérieur le plus élevé avec une
étonnante facilité. Le seul obstacle à s’être dressé sur sa route n’avait été
qu’un minable gardien solitaire qu’il avait assommé sans demander le
moindre effort particulier. Il s’en réjouissait d’ailleurs, puisque
l’affrontement contre Vladec Pliskin n’avait pas été de tout repos. Mais il en
était sortit vivant. Cela n’allait peut-être s’avérer que de courte durée lorsque
Jéricho Pliskin apprendra la mort de son frère. Néanmoins, il se sentait prêt à
relever cet ultime défit.
Lorsque la plate-forme le conduisit au dernier étage, un grincement
métallique de mauvais augure s’éleva dans toute la salle. Bond leva les yeux
et aperçut un gros objet sphérique suspendu à un crochet qui descendait
lentement vers le sol, où un socle métallique l’attendait. Malgré la
transformation qu’elle avait subit, Bond reconnut la bombe atomique qu’il
avait vue chez Pliskin. Quand elle s’ancra dans son socle, un petit groupe
d’hommes s’avança vers la bombe pour la programmer.
Les évènements se précipitaient, il était temps de hâter le pas. Bond se mit à
courir sur la passerelle en direction du poste d’observation où, le
soupçonnait-il, Pliskin dirigeait les opérations. Il passa prudemment une
porte métallique et se retrouva dans une vaste cage d’escalier à l’allure
sinistre. Il gravit rapidement l’escalier qui donnait sur un long couloir se
terminant par une porte vitrée.
Bond serra fermement son Walther entre ses deux mains et s’avança vers la
fameuse porte. De l’autre côté, il pouvait apercevoir de larges baies vitrées,
dont une qui avait été fracassée. À première vue la pièce semblait vide. Bond
passa la porte, arme devant, et entra. Il n’y avait personne. Mais une marre
de sang attira son attention. Il se déplaça et découvrit le corps d’un homme
qu’on avait tant bien que mal essayé de cacher derrière un pupitre. La
victime avait été atteinte de plusieurs projectiles, dont deux à la tête et
baignait à présent dans son propre sang.
    - Ne vous en faites pas, Mr Bond, ce n’était qu’un employé
       parfaitement négligeable, lança la voix de Jéricho Pliskin derrière lui.
Bond se retourna et braqua son arme sur Pliskin qui était entré par une porte
adjacente.
    - C’est votre œuvre ? demanda Bond.



                                      107
    - Vous m’y avez obligé, Mr Bond. Vous m’y avez obligé en tuant mon
       petit frère. La seule famille qui me restait.
    - Si ça peut vous consoler, vous serez bientôt réunit.
    - Pas avant longtemps j’en ai peur.
Une autre porte s’ouvrit et un gardien entra, tenant Alexia devant lui, une
main sur sa bouche et un pistolet contre sa tempe. Des larmes souillaient le
visage de la jeune femme et son regard criait à l’aide. Bond était
complètement prit au dépourvu, il n’avait pas songé une seconde que Pliskin
ait pu exiger la présence d’Alexia.
    - C’est intéressant de lire votre réaction, fit cruellement Pliskin. Je ne
       suis pas aveugle, je sais qu’il se passe quelque chose entre vous. Sinon
       quel plaisir aurais-je à braquer une arme sur mon épouse ?
    - Laissez-la partir, Pliskin, elle a déjà assez souffert.
    - Vous croyez ? Mais je trouve que ça ne fait que commencer. Les
       choses deviendront bien pires lorsqu’elle aura donné naissance à mon
       enfant.
Bond plissa les paupières. Alexia était enceinte de Pliskin ? Il ne s’attendait
pas à un tel choc. Il ressentit un pincement au cœur pour la jeune femme qui,
contre son gré, se voyait enchaînée à ce malade, en subissant jour après jour
sa tyrannie et qui allait bientôt mettre au monde sa progéniture.
    - Elle ne vous a rien dit ? poursuivit Pliskin, avec amusement. Nous
       allons bientôt fonder une famille. Qu’elle le veule ou non. Et
       maintenant je vous suggère de lâcher votre arme.
    - Lâchez-la d’abord, et nous règlerons ça entre nous.
    - Hors de question. Je crains que vous ne soyez pas en position de
       négocier, Mr Bond. Lâchez votre arme.
Après un dernier regard à Alexia, Bond rabattit le cran de sûreté de son
Walther P99 et le jeta par-terre. Pliskin avait vu juste sur un point, il n’était
pas en position de négocier. Néanmoins il devait trouver une issue.
    - Voilà qui est judicieux, dit Pliskin d’un ton venimeux.
Il s’approcha de Bond et lui asséna un percutant coup de poing à la
mâchoire. Bond tomba à genoux en recrachant un filet de sang. Pliskin le
frappa à nouveau dans le ventre avant de le repousser violemment contre le
sol.
    - Je n’en ai pas fini avec vous, grogna Pliskin. Vous assisterez au feu
       d’artifice en première loge. Le spectacle sera grandiose je vous le
       garantis.
Pliskin s’avança vers Bond et le martela de coups de pieds dans le ventre,
dans l’abdomen, sous le regard impuissant de Alexia qui n’en pouvait plus.



                                      108
Bond retomba par-terre en se tordant de douleur. Pliskin savourait la
situation.
    - J’ai horreur de m’acharner sur un homme sans défense, dit-il en
       essuyant du revers de la main la sueur qui perlait sur son front. Mais
       dans votre cas, je veux bien faire une exception.
Il s’avança vers Bond et leva une arme pour la braquer sur son crâne.
    - Mon frère tenait à vous tuer lui-même. À défaut de pouvoir le faire,
       j’exécuterai son souhait à sa place. Je vous dois une mort atroce, Mr
       Bond, et je compte bien en tirer partie.
    - Comment auriez-vous pu faire autrement ? railla Bond.
À l’instant où Pliskin s’apprêtait à presser la détente, Alexia réussit à se
défaire de son ravisseur et se précipita sur son époux qu’elle rua de coups.
Ce qui permit à Bond de se remettre sur pieds et à ramasser son Walther,
puis il abattit le gardien d’une balle dans la tête. Quand il se retourna vers
Pliskin un second coup de feu retentit. Mais la victime n’était pas celle qu’il
espérait. Alexia tomba à la renverse, touchée d’une balle dans la poitrine.
Pliskin se tenait debout, l’arme fumante à la main.
    - Non ! cria Bond en aidant Alexia à s’allonger par-terre.
    - Tu me devais loyauté, Alexia, hurla Pliskin. Loyauté ! Je t’avais
       pourtant prévenu.
Pliskin s’enfuit dans l’escalier, Bond n’essaya même pas de l’en empêcher.
Il préférait rester aux côtés d’Alexia.
    - Alexia, restes avec moi, dit-il pour la réconforter. Accroches-toi.
    - Il n’y a plus rien à faire, James, réussit-elle à dire péniblement. Tu
       dois l’arrêter…il ne doit pas s’en tirer comme ça.
    - Fais-moi confiance, je m’en chargerai. Ça va aller, tu vas t’en tirer,
       Alexia. Pourquoi as-tu fait ça ?
    - Je ne voulais pas…je ne voulais pas qu’il t’arrive du mal. Tu es le seul
       à pouvoir mettre un terme à tout ça. Je savais que tu pourrais me
       délivrer de ses griffes.
    - J’ai échoué.
    - Non…au contraire.
Ses yeux se refermèrent lentement pour ne plus jamais s’ouvrir. Elle
s’éteignit dans les bras de Bond dans un sentiment d’abandon. Il fut
bouleversé par l’émotion, la peine et la colère. Bond s’en voulut de l’avoir
impliqué dans cette affaire. Il s’était servit d’elle afin de remonter jusqu’à
Pliskin en Espagne, c’était précisément ce en quoi consistait son plan depuis
le début. Cette balle ne lui était pas destinée.




                                     109
Le cœur lourd, il se pencha sur elle et posa un doux baiser sur son front
brûlant. Il en fut davantage affligé à l’idée que l’enfant qu’elle portait
n’allait jamais voir le jour.
Le regard remplit de haine, Bond ramassa son Walther et s’élança par
l’ouverture laissée par la baie vitrée fracassée avant d’atterrir sur une
passerelle quelque niveau plus bas. Il vit Jéricho Pliskin qui courait à l’étage
inférieur. Sans perdre une seconde, il se lança à sa poursuite.




                                      110
                              Chapitre 12 :
                            Une minute de plus

Bond savait qu’il pouvait compter sur Zoe pour s’occuper de la bombe, c’est
pour cette raison qu’il n’hésita pas une seconde à se charger de Pliskin
d’abord. Tous deux couraient dans la même direction, mais à des niveaux
différents, Bond se trouvait au-dessus et gagnait du terrain. Il enjamba la
rambarde et atterrit violemment contre Pliskin qui perdit l’équilibre et
tomba. Les deux hommes se relevèrent rapidement en pointant leur arme sur
l’un et l’autre, deux coups de feu partirent en même temps et les balles se
percutèrent en pleine trajectoire.
    - Votre arme est vide, dit Pliskin.
    - La vôtre aussi, répliqua Bond.
Ils jetèrent leur pistolet par-dessus bord, Pliskin se rua sur Bond et lui
décocha un coup dans la poitrine, ce qui le fit tomber à la renverse. Bond dut
se protéger avec ses pieds, puis, en se servant de la rambarde comme appui,
il se releva et asséna à Pliskin un coup de pied dans la mâchoire. Pliskin
recula et trébucha. La passerelle commençait à chanceler dangereusement,
des rivets sautaient en émettant une longue plainte stridente. Bond et Pliskin
n’y prêtaient pas attention et continuaient de lutter.
Pliskin s’était rapidement relevé, Bond fonça sur lui en lançant son poing en
avant. Mais Pliskin réagit avec vivacité, il empoigna le bras de Bond et le
coinça contre son flanc avant de lui écraser son coude en plein visage. Bond
répliqua avec un coup de genou dans l’abdomen, Pliskin se cambra de
douleur, puis il lui asséna une percutante droite au visage.
Bond fit mine de lui lancer un autre coup de poing, mais cette fois Pliskin
réussit à bloquer l’attaque, en repoussant violemment Bond, qui s’en alla
heurter la rampe. Pliskin lui bondit dessus en serrant sa gorge entre ses
mains, il cherchait à la faire passer par-dessus bord.
    - Vous luttez inutilement, Mr Bond, grogna-t-il. Vous ne faites que
       retarder l’inévitable.
    - Dans ce cas, commença Bond, le souffle court, je mettrai à profit le
       temps qu’il me reste.
Il leva la jambe et la rabattit de tout son poids sur la passerelle qui vacilla en
menaçant de céder. Ayant comprit l’intention de Bond, Pliskin tenta en
désespoir de cause de la faire passer par-dessus la rambarde, mais trop tard,
l’extrémité de la passerelle se détacha et s’effondra en entraînant les deux
hommes dans sa chute. Le sol se déroba sous leurs pieds et ils tombèrent
dans le vide, en arrachant des câbles du générateur au passage. Bond


                                       111
retomba plusieurs mètres plus bas, dans un amas rocheux, il roula sur lui-
même et resta allongé par-terre, se tordant de douleur. Pliskin avait subit le
même traitement, mais un peu plus loin. Ni l’un ni l’autre des deux hommes
se relevèrent immédiatement.
Des étincelles jaillirent du générateur aux endroits où le filage avait été
arraché. Rapidement des flammes se formèrent et un nuage de fumée s’éleva
dans les airs. Mais puisque le générateur avait été endommagé et que les
ventilateurs ne fonctionnaient plus aussi bien, la fumée n’était pas aspirée
vers l’extérieur, l’air devint bientôt étouffante et insupportable. Certains
employés avaient déjà commencé à regagner la surface, alors que d’autres
achevaient la programmation de la bombe.
    - Dépêches-toi, cria l’un d’eux, on doit évacuer la mine.
Son camarade appuya sur un dernier bouton et la bombe émit un bip. Un
compte à rebours de quinze minutes s’afficha sur le cadran numérique.
    - Ça y est, fit-il. Fichons le camp maintenant.
Le dernier groupe d’hommes rassembla leurs affaires et disparut, tandis que
Zoe Nightshade sortit de sa cachette et s’avança vers la bombe.
Retrouvant ses esprits, Bond fut le premier à se remettre sur pieds. En
titubant, il se rendit à l’endroit où Pliskin était tombé, soit tout près du
générateur. Mais il n’y trouva aucune trace du magnat des diamants.
Toujours à la recherche de Pliskin, Bond contourna une partie du générateur,
lorsqu’il traversa un mince voile de fumée, une barre de fer vint s’abattre
violemment sur sa tête et le fit tomber. Pliskin se tenait debout derrière lui,
un tuyau métallique à la main.
    - Vous avez tué mon frère, vous avez retourné ma femme contre moi et
       maintenant elle est morte. Vous avez suffisamment causé de dégâts
       jusqu’à présent. Il est temps d’en finir avec vous.
Derrière eux, une section du générateur vola en éclat, révélant le mécanisme
interne de l’engin. Un ventilateur marchait toujours à l’intérieur, il avait
perdu de la vitesse, mais il semblait tenir le coup.
    - Dans moins de quinze minutes, continua Pliskin, je contrôlerai la
       marché mondial du diamant. Et vous ne m’en empêcherez pas.
    - Vous avez peut-être négligé mes actifs secrets.
Bond sauta sur ses pieds, décocha un coup de poing au visage de Pliskin
dont il arracha le tuyau de l’autre main. Tout en plaquant Pliskin contre le
générateur, Bond lui enfonça le tuyau métallique dans le ventre, du sang lui
coulait sur la main. Pliskin lâcha un long cri de douleur en cherchant à se
dégager.
    - Je vous avais pourtant dit que vous seriez bientôt réunis, lança Bond.
       Vous aurez bientôt toute la mort pour me remercier.

                                     112
Il empoigna solidement Pliskin et le projeta dans le ventilateur. Ses
hurlements furent étouffés par le terrible rugissement des hélices et le bruit
des os éclatés. Jéricho Pliskin fut aspiré par le ventilateur, comme une
carotte dans un mélangeur. Bond dut s’éloigner afin d’éviter les morceaux
de chair qui volaient en tout sens. Essoufflé, il regarda les pales maculées de
sang qui tournoyaient toujours. Cela n’allait pas ramener Alexia à la vie,
mais il lui avait fait justice.
Bond tourna les talons et partit en courant en direction la bombe. Il ne fut
pas étonné d’y retrouver Zoe, déjà au travail. Elle avait ouvert le boîtier
d’allumage et en tripatouillait les fils.
    - Tu en as mis du temps, dit-elle sans lever les yeux.
    - Pliskin s’est montré plus coriace que je ne l’avais imaginé.
    - Et où est-il maintenant ?
    - Un peu partout, ironisa-t-il. Qu’est-ce que ça dit ?
    - C’est plutôt mauvais. Il semble que chacun de ses fils ait un rôle
        important à jouer, peu importe celui que je couperai, cela n’affectera
        pas le circuit de commande.
La minuterie affichait à présent dix minutes. La fumée commençait à emplir
toute la mine, ça devenait rapidement irrespirable.
    - J’ai une idée, fit Bond en toussotant.
Il saisit une grosse pierre et commença à frapper le cadenas qui gardait
fermer les deux moitiés de la sphère métallique recouvrant le mécanisme de
la bombe.
    - Mais qu’est-ce que tu fais ? s’alarma Zoe.
    - Fais-moi confiance, je sais ce que je fais.
Le cadenas céda finalement et Bond put enfin ouvrir le globe. Il y retrouva
un engin rectangulaire de la taille d’une batterie de voiture relié à un module
cylindrique, dissimulant la charge de plutonium. Bond examina l’objet sous
tous ses angles, ne voyant pas le moindre risque, il saisit l’appareil et la
sortit de la sphère qui la protégeait.
    - Donne-moi ton couteau, dit Bond à l’intention de Zoe.
    - Où est passé le tien ? demanda-t-elle en lui remettant le sien.
    - Je l’ai oublié dans la poitrine de Vladec Pliskin.
À l’aide de la lame du couteau, Bond entreprit de dévisser les boulons qui
joignaient la charge de plutonium à la bombe.
    - Michael Gamble était peut-être un expert en fission nucléaire, mais il
        ne connaissait qu’un mince chapitre sur les bombes.
Il détacha la charge de plutonium et la remit à Zoe, qui la rangea dans son
sac.



                                     113
    - Et qu’est-ce qu’on fait avec la bombe ? demanda-t-elle.
    - On doit la jeter en profondeur. Ici elle encore trop près de la surface.
    - Un des ouvriers a dit qu’il y avait un puits abandonné par-là, fit-elle
        en désignant du doigt. C’est assez profond à ton avis ?
    - Ça devrait faire l’affaire. Toi, remonte à la surface. Je m’en chargerai.
    - Attends, je…
    - Tu dois garder le plutonium loin d’ici. Remonte, je te rejoindrai tout à
        l’heure.
Zoe soupira et s’enfuit rapidement en direction opposée. Bond la regarda
remonter le long de l’échelle, puis attrapa la bombe et partit en courant à
l’intérieur de la galerie menant au puits. À mi-chemin dans le corridor
sombre, il entendit le générateur exploser dans la salle principale.
L’explosion était tellement violent que toute la mine en fut secouée. Derrière
Bond, une partie de la galerie s’effondra, lui bloquant toute retraite. Un
nuage de poussière s’éleva dans le corridor encore secoué par la
déflagration. Quand la poussière retomba, il vit avec horreur que le passage
était complètement encombré par les débris rocheux. Impossible de revenir
par-là. Il ne se laissa pas abattre et jeta un coup d’œil au cadran de la bombe
qui affichait cinq minutes. Il prit une grande inspiration et poursuivit son
chemin, en espérant ne pas recevoir le ciel sur la tête.
Il déboucha finalement sur une chambre sphérique mal éclairée et ventilée.
Tout au centre de la pièce sur trouvait le puits en question, une profonde
ouverture donnant sur les entrailles de la tête. Il fut également heureux d’y
trouver un vieux monte-charge. Il s’avança prudemment du milieu et regarda
dans le trou, il n’en voyait pas le fond, c’était bon signe. Un dernier coup
d’œil à la minuterie lui indiquait qu’il lui restait tout ou plus quatre minutes
pour évacuer la mine, puis il laissa tomber la bombe dans le puits, où elle
disparut dans les ténèbres.
Sans perdre une seconde, il monta à bord du monte-charge et appuya sur le
bouton. L’ascenseur ronronna et s’ébranla. Mais à mi-parcours, le monte-
charge s’immobilisa dans un grincement de mauvais augure. Bond s’acharna
sur le bouton, mais les commandes ne réagissaient plus. Ce vieux machin
avait rendu l’âme. Selon sa montre, la bombe allait exploser dans moins de
trois minutes, et il n’était qu’à quelques mètres de la surface.
Il monta dans l’échelle de secours et se mit à remonter barreaux par
barreaux. À cette vitesse, il risquait de mourir asphyxié. Il dut fournir un
effort surhumain pour ne pas lâcher prise tant la tension était insoutenable,
mais il garda espoir en apercevant les étoiles par l’ouverture au-dessus de sa
tête. Il y était presque, hors de question d’abandonner.



                                      114
La terre trembla lorsque la bombe explosa, Bond dut s’agripper solidement à
l’échelle pour ne pas perdre pied tandis que tout explosait en dessous de lui.
Des flammes montèrent à sa poursuite en léchant les parois de la cage
d’ascenseur, le monte-charge, quant à lui, fut atrocement détruit.
Bond se dépêcha alors de gravir les derniers mètres qui le séparaient de la
surface avant que les flammes ne le rejoignent. Il n’osa pas regarder en bas,
chaque seconde était précieuse. C’était une course inégale puisque la boule
de feu progressait plus rapidement qu’il ne le faisait, mais s’il se dépêchait,
il aurait peut-être une chance de s’en sortir vivant. Il commençait à ressentir
la chaleur que dégageaient les flammes.
À bout de souffle et en sueur, il regagna la surface et s’éloigna en courant
tandis qu’un geyser de flammes s’éleva dans le ciel sombre. Au bout d’un
moment, la boule de feu retomba dans le puits et disparut. Tout redevint
normal.
Un peu plus loin, Bond s’affala dans l’herbe, les yeux fermés. Il avait des
courbatures, des ecchymoses, des contusions et son épaule saignait toujours.
Mais il avait survécu.
    - James ? appela la voix de Zoe. Tu es là ? Répond.
Bond eut tout juste la force de lever son bras pour témoigner de sa présence.
Zoe le rejoignit en courant et s’agenouilla à ses côtés en murmurant
doucement :
    - James…James…Ça va ? Dis quelque chose.
Il ouvrit les yeux et l’attira à lui.
    - Ça va très bien, merci.
Leurs lèvres se rejoignirent et il roula sur elle. Zoe entoura la taille de Bond
de ses jambes et dégrafa le devant de sa combinaison. Puis elle dit dans un
soupir :
    - Il y a un temps et un endroit pour chaque chose…
    - Je n’ai plus le temps de perdre mon temps, fit-il avant de l’embrasser
       avec passion.




                      Fin de Le temps peut attendre
             Mais James Bond reviendra dans Adieu aux armes




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posted:9/22/2011
language:French
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