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El youm_ce_jour_la

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El youm_ce_jour_la Powered By Docstoc
					      El youm
     (Ce jour-la)



        Nouvelle écrite par
Leslie ARMA, Rym BEN ABIZID,
 Hasna BOUSSOUKRI, Louisa
            CHELLIK
     Nora HASSAINE, Gaëlle
        HOCQUELOUX,
 Linda KLABI, Laura OLIVIER
   et Virginie TAILLANDIER,
  élèves de CAP Coiffure 1 an
      du Lycée Polyvalent
  André Sabatier de Bobigny,

       en collaboration avec
l’écrivain Jean-Jacques REBOUX
      et leur professeur Cyril
            LATOUCHE
                 Cette nouvelle a été réalisée dans le cadre d’une classe à PAC.
                    En 2003-2004, pour la première fois, les élèves de CAP,
                        ont pu bénéficier d’un enseignement en histoire.
               Au programme, entre autres, le thème des conflits au XXème siècle.

              C’est ce thème qu’il a été choisi d’aborder au cours de cette nouvelle.
Les élèves ont visionné des documentaires, lu des ouvrages (romans ou livres historiques), préparé
     des exposés et visité une exposition. Tout cela a donné matière à la trame de ce texte.

                                  L’imagination a fait le reste...

                               Bonne lecture et bonne réflexion !
                                         SCÈNE 1
La scène se passe dans le salon de coiffure ”Chez Virginie”.
Sur la droite, en entrant, une rangée de fauteuils de couleurs différentes : mauve, bleu
nuit, bleu turquoise. Une belle orchidée blanche est posée sur le comptoire. Une
coiffeuse est en train de finir un brushing pendant que la patronne fait sa comptabilité.

LE RÉCITANT – La brune aux yeux verts, au fond, c’est Rym. La blonde aux yeux
violets, en train de coiffer, c’est la nouvelle stagiaire, elle s’appelle Nora, elle vient tout
juste d’arriver au salon… La troisième, près de la caisse, c’est Virginie, la patronne.
C’est pour ça que le salon s’appelle « Chez Virginie »…

On entend le carillon de la porte d’entrée.
Un vieil homme pousse la porte du salon et va s’asseoir directement sur une chaise
sans dire bonjour à personne. Il a 80 ans, porte une canne, marche clopin-clopant et
fume la pipe. Son visage est émacié, il est édenté, il a l’air renfrogné, un peu perdu. Il
porte une cicatrice sur la joue gauche. Son crâne est dégarni, il porte de longues
mèches clairsemées de cheveux filasses.
Nora quitte un instant sa cliente et se précipite vers lui.

NORA – Hep, hep, hep, jeune homme ! On prend un ticket, c’est comme à la Sécu !
Le vieux monsieur l’ignore.
NORA (montrant un peignoir) – Eh ben alors !… Venez, je vais vous donner un
peignoir.

Le vieux monsieur lui jette un regard stupéfait dans le miroir.

NORA (à Rym) – C’est toi qui a noté le rendez-vous du monsieur?
RYM – Il a pas rendez-vous, je t’explique…
NORA – Excusez-moi, monsieur, vous désirez un rendez-vous ?

Le vieux monsieur continue à regarder à droite et à gauche d’un air surpris. Il jette un
regard insistant à Rym, comme s’il appelait au secours. Il va pour ouvrir la bouche.

LE VIEUX MONSIEUR – Mmm…
RYM – Ne faites pas attention, monsieur. Elle est nouvelle…
NORA (passant la main devant la tête du vieillard) – You-ouh ! Y’a quelqu’un ?

Le vieil homme secoue la tête, bouche bée. Il est un peu gêné.

Rym se penche vers lui.
RYM – Ça va, monsieur ?
LE VIEUX MONSIEUR (lui prenant doucement le poignet) – Hum, hum.

Le vieux monsieur se lève et quitte le salon en silence.
On entend le carillon de la porte.

VIRGINIE – Eh ben dis donc, il est pas en forme, aujourd’hui !
RYM (à Nora) – T’as pas assuré !…
NORA – Mais de quoi, qu’est-ce qui se passe ! C’est qui ce papy ?
RYM – Je sais pas trop. D’après Virginie, ça fait des années qu’il vient tous les jours à
la même heure. Il s’assoit dans son coin avec sa pipe éteinte et il ne fait rien, à part
regarder sa montre…
NORA – Et il reste longtemps ?
RYM – Une heure ou deux, ça dépend.
NORA – Mais comment ça s’fait ? C’est bizarre, quand même !
RYM – On n’en sait pas plus.




                                       SCÈNE 2

Le lendemain, même heure, toujours dans le salon de coiffure Chez Virginie…

RYM – Qu’est-ce que t’as à regarder ta montre depuis ce matin ?
NORA – T’as déconné, hier ! C’était des conneries, ton grand-père…
RYM – Mais non, t’es trop impatiente… T’en es tombée amoureuse ou quoi ?
NORA (agacée) – N’importe quoi… C’est juste que ça m’intrigue…

On entend le carillon de la porte. Le vieux monsieur fait son entrée.

NORA (tout bas) – Quand on parle du loup… (Haussant la voix) Ben, vous avez pas
votre pipe, aujourd’hui ?

Le vieux monsieur l’ignore. Il s’avance vers Virginie et lui murmure quelques mots à
l’oreille. Virginie écarquille les yeux et hèle Nora.

VIRGINIE – Nora ! Tu t’occupes de Monsieur.
NORA (en riant, à Rym) – Je croyais qu’il ne se faisait pas couper les cheveux…

Elle se tourne vers le vieillard.

NORA – Vous venez vous installer, monsieur, je vous fais un petit shampooing ?

Elle lui passe un peignoir et le shampouine en silence. Il ferme les yeux.
Puis il va s’installer sur son siège devant le miroir.

NORA (d’une voix familière, lui passant la main dans les cheveux) – Depuis quand ils
ont pas été coupés ?
LE VIEUX MONSIEUR (soupirant) – Si vous saviez…

Un silence.

NORA – Mais il parle !
LE VIEUX MONSIEUR – Si tu… Si vous saviez depuis combien de temps je vous
attendais…
NORA – Quoi ?
LE VIEUX MONSIEUR – Si vous saviez depuis combien de temps j’attends ce
moment…
NORA – Ah, de vous couper les cheveux !
Nora l’encourage à continuer du regard mais le vieil homme garde le silence jusqu’à la
fin de la coupe.
Le vieux se lève. Nora lui passe la brosse et le miroir.

NORA – Alors, qu’en pensez-vous ?
LE VIEUX MONSIEUR (avec un sourire) – C’est très bien, merci.
NORA – Un vrai jeune homme. Il est mimi comme ça !

Le vieux va payer à la caisse et laisse un billet de cinq euros à Nora.

LE VIEUX MONSIEUR (avec un large sourire) – Pour vous.

Nora prend le billet.

NORA – Merci !

Au moment de mettre le billet dans sa poche, elle découvre un mot écrit sur un vieux
bout de papier jauni. Elle lit le texte à mi-voix.




                        Mon amour, depuis la dernière fois où je t’ai vue, je n’ai
                        de cœur qu’à penser à tes yeux si beaux, tes cheveux si
                        doux et à ta peau que la seule vision me donne envie
                        d’embrasser. Si les sentiments que j’ai pour toi sont ne
                        serait-ce qu’un peu partagés, donne-moi une chance de
                        te séduire en me rejoignant demain 17 octobre au bar le
                        Sévigné, 123 rue de la République…




Nora relève la tête. Surprise ! Le vieil homme est toujours là. Il la regarde d’un air
attendri.

NORA – 123 rue de la République, mais c’est ici !
LE VIEUX MONSIEUR – C’est ici que j’avais rendez-vous.
NORA – Qu’est-ce que c’est que cette histoire !

Le vieux monsieur lui adresse un petit sourire et quitte le salon.
On entend le carillon de la porte.

NORA – Attendez-moi, j’ai ma pause. J’arrive tout de suite…

On entend le carillon de la porte.
Nora rattrape le vieil homme dans la rue.

NORA – Eh, monsieur ! Attendez-moi…
                                        SCÈNE 3

Nora et le vieux monsieur sont attablés dans un café. Un journal est déplié sur la table.
Nora boit un Perrier, le vieil homme finit son café.

NORA – Et vous n’avez pas pu la voir parce que vous étiez à une manif ?
LE VIEUX MONSIEUR – Ce n’était pas une manif comme une autre, le 17 octobre,
c’était bien plus que ça. Il fallait que nos enfants vivent dans un monde meilleur, je ne
pouvais pas ne pas y aller…
NORA – Attendez, j’ai capté ! Vous parlez de la fameuse manif pendant la guerre
d’Algérie, quand les flics ont balancé des tas d’Arabes dans la Seine…

Court silence. Le vieil homme baisse la tête en reniflant.

LE VIEUX – Excusez-moi… L’émotion est trop forte. Tout ce sang, tous ces gens
assassinés de sang-froid, c’était si terrible. Et puis… vous lui ressemblez tellement…
NORA – Mais qu’est-ce qui s’est passé exactement ?

Le vieil homme se mouche. Nora le regarde en silence.

LE VIEUX – Je lui avais donné rendez-vous au Sévigné dans la soirée. A cause des
événements, je suis arrivé à minuit. Le bar était fermé à cause du couvre-feu. Plus tard,
je suis allé faire un tour dans son quartier. Je savais juste qu’elle habitait rue de
l’Ermitage… Mais personne ne savait ce qu’elle était devenue. J’ai d’abord cru qu’elle
faisait partie des victimes, mais je ne voulais pas y croire. Je me suis raccroché à l’idée
qu’elle était toujours vivante…
NORA – Et c’est pour ça que vous venez tous les jours au salon, je comprends votre
peine… Parlez-moi un peu d’elle. Vous avez dit qu’elle habitait où ?
LE VIEUX – Rue de l’Ermitage, à Belleville.
NORA – Truc de ouf ! J’crois que ma grand-mère habitait par là…
LE VIEUX – Elle s’appelait comment, ta grand-mère ?

Nora regarde sa montre, affolée.

NORA – Oh, la, la ! Faut que j’aille au taf, ma pause est finie !
Nora se lève, prend son sac et quitte le café.
NORA (en criant) – Kya ! Elle s’appelait Kya !
LE VIEUX (la regardant partir, avec un large sourire) – Toi, au moins, je suis sûr que tu
reviendras demain…
NORA (repassant la tête par la porte du café) – Au fait, vous vous appelez comment ?
LE VIEUX – Nacer...



                                        SCÈNE 4

LE RÉCITANT – Quelques jours ont passé. Nora et Nacer se sont revus. Le vieil
homme ne vient plus s’asseoir au salon Chez Virginie. Il a proposé à Nora d’aller voir
une exposition de photos sur la guerre d’Algérie à Paris, dans le quartier du Marais, à
l’hôtel de Sully…
Nacer et Nora descendent l ‘escalier pour parvenir à la première salle de l’exposition.
La pièce est sombre. Des dizaines de photos sont accrochées sur les murs. Ils les
regardent une à une, en prenant leur temps.
L’une d’entre elles représente un homme menotté en position assise. Il s’agit de
Bencheriff, commandant de l’ALN, fait prisonnier par les Français en 1960. Le regard
de Bencheriff fixe le photographe et, par l’intermédiaire de celui-ci, nous fixe nous. Ce
regard est pénétrant, dur et déterminé. La légende nous apprend qu’il a été torturé
avant que la photo soit prise. Mais sans cette légende, rien ne permet de soupçonner
ce qu’il vient de subir.
NORA – C’est horrible ce qu’ils ont dû lui faire. Et en même temps, c’est hallucinant
comme il reste fier... T’as vu son regard ?
NACER – Oui... je peux comprendre, ça... Il y croyait tellement à son combat...
Regarde la légende : il est écrit que l’armée française n’a pas voulu, finalement, publier
cette photo. Ils auraient préféré que Bencheriff ait l’air abattu !

Nacer fait quelques pas et ajoute à mi-voix « il était chez lui, et il le savait ».
Une autre photo montre Ben M’Hidi en prison, dans une position à peu près identique.
Devant lui se tient un militaire, mains dans les poches et cigarette au bec, l’air
moqueur. Ben M’Hidi soutient son regard, tête haute, sans aucune peur.
Ils avancent dans la salle. Une autre photo, prise dans une ruelle de la Casbah d’Alger,
montre un cadavre d’Algérien allongé par terre. Son visage est ensanglanté. Face à lui,
debout, se tient un soldat, mitraillette au poing. Nora lit la légende.

NORA – C’est quoi, la bataille d’Alger ?
NACER – C’était en 1957, quand l’armée française a voulu exterminer le FLN à Alger.
Ca a duré plusieurs mois... Les parachutistes du général Massu arrêtaient tout le
monde, torturaient à tour de bras... Trois mille personnes ont disparu... Ben M’hidi, lui, il
a été assassiné en prison par le commandant Aussaresses, puis il a fait croire que
c’était un suicide... Un de leurs trucs préférés, c’était de prendre la « Gégéne » et de
balancer des décharges électriques sur les testicules...

Nora a un mouvement de recul et écarquille les yeux. Elle reste comme ça, l’air horrifié,
pendant plusieurs secondes.

NACER – Il n’y a pas que des Algériens, d’ailleurs, qui ont été torturés... Il y avait aussi
quelques Français qui nous ont aidés... Et puis tu sais, tous les soldats ne torturaient
pas... Et la plupart, c’était de pauvres gars qu’on avait obligés à venir faire la guerre
alors qu’ils n’avaient rien demandé ! Après, ils devaient obéir, un point c’est tout.
Quelques-uns ont quand même eu le courage de déserter puis d’aller en prison. Mais
les autres, ils vivaient en permanence avec la peur de se faire tuer par le FLN... A la
longue, ça doit rendre complètement fou... Et puis ils savaient qu’ils ne seraient pas
poursuivis en justice pour ces horreurs : ils avaient l’autorisation de leurs chefs, donc
de l’Etat... c’est ça la guerre...

Un peu plus loin, ils s’arrêtent devant une autre photo. C’est une photo prise par Marc
Flament. Elle montre plusieurs membres du FLN arrêtés par l’armée, laquelle les a fait
défiler avec un couteau entre les dents. Au milieu se tient une femme au regard triste,
perdu.

NORA – C’est qui, ces gens ?
NACER – Ca, ça s’est passé à Saïda. J’ai un ami qui a assisté à cette scène... L’armée
française cherchait à montrer que ces combattants n’étaient que de vulgaires
assassins. Il paraît qu’après, ils ont été égorgés avec leurs propres couteaux...

La visite se poursuit. Ils rejoignent un groupe de visiteurs accompagnés du guide de
l’exposition. Une photo montre une vieille dame, l’air complètement hébété, les cheveux
défaits. Le guide raconte que l’armée voulait photographier les gens pour les ficher.
Pendant ce temps, cette dame les insultait. Quand les soldats ont demandé au
traducteur ce qu’elle était en train de dire, celui-ci, pour la sauver, a préféré ne pas
traduire, et leur dire que ce n’était qu’une vieille folle.
Juste après, on peut voir la photo d’une femme très belle, tenant son enfant dans ses
bras. L’enfant ne se rend compte de rien, mais la femme veille sur lui, avec un air
farouche et dur. Elle est aux aguets. On dirait une lionne protégeant son petit.

Dans la salle suivante, Nacer et Nora voient des photos de la manifestation algérienne
du 17 octobre 1961 à Paris. Il fait nuit. Des Algériens manifestent, bien habillés, poing
tendu. Arrivée des policiers. Manifestants regroupés. Station Concorde, devant une
publicité pour le Rex, les hommes sont rassemblés et doivent poser leurs mains sur la
tête. Même position dans les cars, où ils sont parqués. Regards effrayés. Photos
suivantes, premières taches de sang, en noir et blanc. Dans le métro, un homme titube,
l’air grimaçant, la main droite posée sur son épaule gauche, blessée. Un cadavre est
allongé, il semble dormir, bras en croix. Derrière sa tête, une tache sombre... Nacer
reste longtemps à regarder ces photos. Nora se tait.

Ils passent dans la troisième et dernière salle. Nora se décide enfin à poser une
question.

NORA – C’était quoi tous ces morts ?
NACER – C’est ce dont on a déjà parlé un peu, au café, l’autre jour, tu sais... la manif
du 17 octobre... Oh ! finalement, ce n’est qu’un épisode parmi d’autres de la guerre
d’Algérie... Mais pour une fois, là, ça s’est carrément passé à Paris. Tu te rends
compte ? la capitale du pays qui nous colonisait ! ... Pour financer la guerre, le FLN
récoltait des fonds auprès des ouvriers algériens qui vivaient à Paris. Ca se passait
surtout la nuit. Pour leur couper l’herbe sous le pied, le préfet Maurice Papon a interdit
aux Algériens de sortir la nuit. C’est ce qu’on appelle un couvre-feu. Le FLN a alors
décidé d’organiser une grande manifestation de protestation. Mais le gouvernement ne
voulait pas de cette manifestation. Ils ont lancé les policiers contre eux, après leur avoir
fait croire que plusieurs d’entre eux avaient été tués par les manifestants. En fait, aucun
policier n’est mort. Par contre, il y aurait eu entre deux et trois cents Algériens de tués.
Pendant des semaines, on a repêché les cadavres dans la Seine...
NORA – Mais c’est complètement dingue !... Je pensais pas que c’était à ce point !... et
après, ils ont réagi comment les gens, les Français ?
NACER –Oh, tu sais, l’Etat a tout fait pour étouffer l’affaire. La presse a été censurée et
presque personne n’était au courant. Seuls quelques personnes ont élevé la voix.
Même les partis politiques n’ont pas osé protester, de peur de trop paraître du côté de
l’Algérie indépendante. Pendant longtemps, on n’en a plus parlé. Mais depuis quelques
années...

Nacer est tombé en arrêt devant une photo. Il s’approche du mur pour la regarder de
plus près.
NORA – Qu’est-ce qui se passe ? Vous allez bien ?

Elle jette un coup d’œil sur la photo.

NACER (regardant la photo, hébété) – Mais qu’est-ce que tu fais là ?… Qu’est-ce que
tu fais dans cette voiture ?... Mais comment... Toi ici, Kya… Mais… Starfehllah !
NORA (s’approchant à son tour de la photo) – Kya ? Mais… mais… J’hallucine, là ! On
dirait ma grand-mère…

Nacer se tourne vers Nora.

NACER (d’une voix très posée) – Ta grand-mère, tu dis ?

Il se tourne vers Nora et lui prend la main.

NACER – Ainsi donc, je ne me suis pas trompé… Regarde la date : 1962 ! Elle était
toujours vivante !
NORA – Mais oui, elle est vivante ! Elle habite à Tlemcen.
NACER – Tlemcen… Elle en parlait déjà… Tout s’est passé si vite ce jour-là, le 17
octobre 61... Tous ces malheureux qui couraient dans tous les sens. Toute cette
violence… Même des bêtes sauvages ne se comportent pas comme ça… Quand j’ai
reçu le premier coup de matraque, c’est à elle que j’ai pensé…

Il tend le doigt vers la photo.

NACER – Regarde, Nora, ses yeux… Tu as les mêmes…

Penchée à l’arrière d’une voiture, le buste dépassant de la portière, les bras grands
ouverts, un drapeau dans la main droite, une jeune femme algérienne crie sa joie et
son allégresse à l’objectif.

Nora sort son téléphone portable de sa poche.

NACER – Que fais-tu ?
NORA (visant Nacer avec son appareil) – Bouge pas ! C’est pour mon album de
famille !

				
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