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Escume-des-Nuits-en-vers

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					                               L’ Escume des Nuits
                              L’Escume des Nuits
L’Escume des nuits



                               La revue des étudiants en Langues et Littératures
                                            Françaises et Romanes
                                                                              N° 50 - Avril 2011
                                                                                      N° 49 - Février 2011
                              « Heureux qui, comme             « Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoi-
                              Ulysse, a fait un beau voya-     res
                              ge,                              Nous lisons dans vos yeux profonds comme
www.romanes.be




                                                               les mers !
                              Ou comme cestuy-là qui           Montrez-nous les écrins de vos riches mémoi-
                              conquit la toison,               res,
                                                               Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et
                              Et puis est retourné, plein      d’éthers. »
                              d’usage et raison,

                              Vivre entre ses parents le                          « Il rayonne! il jette sa flam-
                              reste de son âge ! »                                me
                                                                                  Sur l’éternelle vérité !
                                                      En vers ...                 Il la fait resplendir pour
                                                                                  l’âme
                              « A la compagne de
                              voyage                  « Lorsque le pélican,       D’une merveilleuse clarté.
                                                      lassé d’un long voyage,     Il inonde de sa lumière
escumedesnuits@romanes.be




                              Dont les yeux, char-
                              mant paysage            Dans les brouillards        Ville et désert, Louvre et
                              Font paraître court     du soir retourne à ses      chaumière,
                              le chemin               roseaux,                    Et les plaines et les hauteurs
                              Qu’on est seul, peut-   Ses petits affamés cou-     ;A tous d’en haut il la dé-
                              être, à comprendre      rent sur le rivage          voile;
                              Et qu’on laisse pour-   En le voyant au loin        Car la poésie est l’étoile
                              tant descendre          s’abattre sur les eaux. »   Qui mène à Dieu rois et pas-
                              Sans avoir effleuré                                 teurs ! »
                              sa main »
                                                         « La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres.
                                                         Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
                              « La terre est rouge       D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
                              Le ciel est bleu           Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
                              La végétation est d’un     Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe »
                              vert foncé
                              Ce paysage est cruel dur
                                                            Et sur la route ...
n°50 - Avril 2011 - Gratuit




                              triste malgré la variété
                              infinie
                              des formes végétatives        «Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les
                              Malgré la grâce penchée       airs.
                              des palmiers et les bou-      Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et
                              quets                         toujours.
                              éclatants des grands ar-      Assez connu. Les arrêts de la vie. - Ô Rumeurs et
                              bres en fleurs fleurs de      Visions !
                              carême »                      Départ dans l’affection et le bruit neufs ! »
                                     L’Escume des nuits                                     Sommaire
                                     Rédacteur en chef
                                     _________________________                                            N° 50 - Avril 2011
                                                                            3. Éditorial
                                     Hadrien SERET

                                     Comité de rédaction
                                                                           4. C’est votre dernier mot, Président ?
                                     _________________________

                                     Le CRom                               5. Le Bal Phégor
                                     Noëlle BASTIN
                                     Laure DE CAEVEL
                                                                           6. Un nouveau partenaire : Brüsel Flagey
                                     Roxane DE FONVENT
                                     Guillaume DRUEZ                       7. Découvrir un poète : Mallarmé
                                     Carole GLAUDE
                                     Floriane HOOGEWIJS
                                     Margaux LAUWAERT                      8. La poésie parodique bruxelloise
                                     Marlène RÉGIBO
                                     Laura SCACCHITTI
                                                                           10. L’ «en vers» des Romanistes
                                     Avec la participation spéciale de :

                                     Les Midis de la Poésie
                                     Quentin DELVOYE (Brüsel Flagey)                       12. Résultat du concours de poésie
                                     Mise en page
                                     _________________________                                  13. Qu’est-ce que le voyage ?
                                     Hadrien SERET
                                                                                                                     15. Le SVE
                                     Éditeur responsable
                                     _________________________

                                     Julien BAUDUIN
                                                                                                 16. Bienvenue à Barcelone !
                                     145, rue du Château
                                     6159 Anderlues                                                           18. Chroniques

                                     Périodique publié par le :                                                      23. Perles
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                     Aussi consultable électroniquement
                                     sur le site :

                                            www.romanes.be

                                         Année académique 2010-2011                              N° 49 - Février 2011
                                                 Avril 2011
              2                                     n° 50
  Éditorial
                                       Ô           temps, suspends ton vol .... Parce que je commence à déses-
                                                   pérer de te courir après alors que j’ai tellement besoin de toi ...
                                                   Il faut en effet, que je termine cet éditorial avant d’envoyer ce
                                       numéro à l’impression. Les lecteurs assidûs des précédentes éditions de
                                       l’Escume des Nuits auront bien compris pourquoi : comme d’habitude,
                                       j’écris le message qui leur est adressé en dernier lieu, à un moment où
                                       l’acte de rédaction devient difficile.« La main à la plume vaut la main à
                                       la charrue » disait Rimbaud dans l’une des pièces qui composent Une
                                       Saison en enfer. Et il avait raison. Ce n’est pas que le fait d’écrire m’est
                                       une torture - que du contraire ! - mais sa pénibilité est proportionnelle à
                                       ma carence d’inspiration.
Pourtant, en théorie, j’ai énormément de choses à vous dire. Tout d’abord à ce propos de ce numéro. Vous vous
demandez surement ce qui se cache derrière ce titre un peu obscur et largement inspiré d’une expression fran-
çaise célèbre. Hé bien, ni plus, ni moins qu’un numéro mêlant en son sein la poésie et le voyage. Deux thémati-
ques que les poètes n’ont eu cesse de mêler tout au long de l’histoire littéraire, des premières épopées rédigées
en vers par Chrétien de Troyes aux nombreux poèmes de Baudelaire sur la question (n’invitait-t-il pas d’ailleurs
les lecteurs des Fleurs du Mal à voyager dans sa pièce poétique éponyme ?). Pourtant, la revue que vous tenez
entre vos mains n’a pas l’intention de concurrencer ces noms prestigieux. Elle se veut simplement être un vec-
teur modeste d’articles touchant de près ou de loin au double sujet de cette revue et rédigés par des passionnés.
Des personnes que je tiens à remercier du fond du coeur pour le temps qu’elles ont passé à écrire afin de noircir
ces vingt-quatre pages agrafées. Ce ne seront pas les seules. Car je voudrais aussi exprimer ma gratitude à celles
et ceux qui ont collaboré - que ce soit occasionnellement ou de manière plus régulière - à l’élaboration et à la
diffusion de l’ Escume des Nuits durant l’année académique qui est sur le point de s’écouler.

 Ce cinquantième numéro est en effet le dernier que je publie en qualité de rédacteur en chef. Il marque donc
la fin d’une expérience qui a été une réussite totale en ce qui me concerne. En reprenant les rênes de la revue
en avril de l’an dernier, j’avais comme objectif de la redynamiser, de la rendre plus populaire et attractive pour
les étudiants. En proposant des sujets variés au comité de rédaction, en remettant au goût du jour certaines
pratiques tombées en désuétude (les interviews) et en concluant des partenariats, j’estime avoir fait tout mon
possible pour essayer de l’atteindre. Évidemment, tout n’a pas toujours été rose (notamment au niveau de la
mise en page), mais qui peut se vanter d’incarner la perfection ? J’espère néanmoins que malgré ces quelques
déboires, vous avez apprécié le travail fourni au cours de cette année et que ce dernier continuera à se bonifier
dans l’avenir.
                                                                                                                         L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
Car il faut parler du futur. La place de délégué Escume s’apprêtant à devenir vacante, le CRom cherche dors
et déjà des personnes motivées pour la reprendre . Pour ma part, je ne peux que vous conseiller de participer à
cette formidable expérience, tout en formulant cependant cette mise en garde : il s’agit d’une fonction certes
gratifiante mais aussi chronophage... Je ne dis pas ça pour vous effrayer mais il me semble important de vous
informer sur l’ensemble des aspects de ce poste afin que vous vous ne vous engagiez pas tête baissée dans un
projet qui finirait par vous ennuyer.

Il va de soi que je reste à votre disposition pour toute information complémentaire. À cet effet, je note pour la
dernière fois mon adresse e-mail : hseret (at) ulb.ac.be. Et si vous êtes finalement intéressé à devenir le nou-
veau rédacteur en chef de l’ Escume des Nuits, rendez-vous le 27 avril pour l’assemblée générale du cercle.

D’ici là, bonne lecture !

                                                                                                             Hadrien
                                                                                                                                   3
                                               C’est votre dernier mot, Président ?
                                     Bonjour à tous,

                                     Les mandats des délégués du CRom arrivant à leur terme, je me permets de vous rédiger un petit article pour
                                     vous faire part de ma joie d’avoir été président du CRom durant cette année. Lorsque j’ai repris la présidence
                                     du cercle, je pensais déjà aux longues soirées de réunion qui combleraient mon agenda mais jamais je
                                     n’aurais pensé une seule seconde à la tornade que le cercle allait subir. En effet, nous avons commencé par
                                     repeindre le CRom qui en avait grandement besoin. Désormais, nous vous accueillons dans un cercle neuf
                                     muni (enfin !) d’une chaîne-hifi qui nous permet d’organiser des soirées accompagnées d’ambiances les plus
                                     torrides et (bientôt) d’un nouveau salon qui nous aidera à accueillir plus de monde au CRom !

                                     Passons au récapitulatif des diverses activités organisées par le cercle cette année. Nous avons ouvert les
                                     hostilités avec le barbecue facultaire le jour de la JANE où vous avez été nombreux à poser vos questions
                                     à propos du cursus de Romanes. Ensuite, l’heure du parrainage social a sonné et là encore, vous vous
                                     êtes déplacés en masse pour passer une bonne soirée et vous faire parrainer afin d’obtenir de plus amples
                                     informations et des tuyaux de votre parrain/marraine. Puis, le premier TD du CRom 2010-2011 a pointé le
                                     bout de son nez et la cuvée du TDéchet 2010 s’est révélée excellente : vous avez été nombreux à profiter de
                                     cette soirée inoubliable pour notre comité. Nous avons directement enchaîné avec le CRom Back où nous
                                     avons pu inaugurer notre cercle remis à neuf en votre compagnie.

                                     Noëlle vous a concocté plusieurs sorties culturelles qui ont ravi les étudiants ayant fait le déplacement et
                                     nous vous en remercions. Mais le blocus arrivait et son TD Noël également, voilà pourquoi votre cercle vous
                                     a concocté un pré-TD Noël que vous n’oublierez jamais ! (moi non plus au vu de mon bar le lendemain !).
                                     La terrible mais annoncée session de janvier est passée en nous laissant un goût de sévérité, voilà pourquoi
                                     le CRom s’est empressé d’organiser un TDe Wever où vous avez pu vous défouler et relâcher la tension
                                     accumulée lors des examens. Mais l’activité la plus importante du cercle était déjà d’actualité, je veux bien
                                     sûr parler du bal. Le Bal Phégor a été un franc succès et les commentaires que vous nous avez adressés nous
                                     encouragent dans l’élaboration du prochain, qui sera encore mieux je vous l’assure !

                                     Noëlle ne nous a pas laissé sur notre faim niveau culture car au second quadrimestre, elle nous a proposé
                                     l’exposition « La mort au Moyen-Age » et une sortie aux Midis de la Poésie, notre nouveau partenaire.
                                     Véronique ne nous a pas déçu en organisant la désormais culte Soirée Karaoké pour laquelle vous êtes
                                     venus, une fois de plus, en nombre pousser la chansonnette. Enfin, la dernière activité du CRom cette année
                                     sera son TD Érasmus (« TDictateur ou TDocile ? ») du 6 avril en compagnie du CJC, du CDH et de
                                     l’Express, nous espérons vous y voir nombreux pour clôturer cette année de comité dans la joie et la bonne
                                     humeur !
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                     N’oubliez pas notre Assemblée Générale qui aura lieu le 27 avril prochain afin d’élire
                                     votre nouveau comité. Nous comptons sur votre présence car sans vous, les élections ne
                                     peuvent se dérouler !

                                     C’est sur ces dernières paroles que je clôturerai mon article et cette année 2010-2011 qui laisse entrevoir de
                                     grandes soirées encore plus chouettes avec le CRom et ses cromanistes !! Je vous souhaite bonne chance
                                     pour
                                     votre session de juin !

                                                                                                                   Julien Bauduin (alias Filleault)
                                                                                                                             Président du CRom



        4
                                            Bal Phégor
                                          Pour commencer cet article, je voudrais vous dire à tous un grand
                                          merci. Tous ceux qui sont venus à ce bal et qui ont fait de lui une soirée
                                          magnifique, mais aussi tous ceux qui y ont travaillé.

                                          Car le bal, ce n’est pas seulement une soirée, la préparation dure une
                                          année entière. Il faut s’organiser, savoir quels cercles désirent réaliser
                                          cet événement avec quels autres.

                                          Le bal c’est aussi l’entente. L’entente, cette année, entre trois cercles,
                                          le CdH, le Chaa et le Crom. Une entente qui n’est pas toujours sans
                                          heurts, mais au final, quel résultat !

                                          Nous avons tous été au rendez-vous pour monter la salle et vous
                                          préparer une décoration sublime dans le cadre magique des caves de
                                          Cureghem qui se prêtaient si bien à notre thème.

                                          Je profite de ce court bilan pour féliciter et remercier une fois encore
                                          tous ceux qui ont permis à cette soirée d’exister, tous ceux qui nous
                                          ont aidé pour charger, décharger, monter, démonter et travailler dans
                                          la salle.


Une soirée, c’est tout ce que les délégués bal ont pour faire leurs preuves. Une soirée où nous voulons tous que
tout soit parfait. Ce n’est pas toujours chose facile. Mais il semble que cette année nous ayons réussi à faire de
ce bal une soirée inoubliable pour vous et pour nous.

Robes de soirée et vestons étaient au rendez-vous. Malheureusement, la pluie, invitée surprise de cette soirée,
nous a souvent obligé à nous presser sous les parapluies. Mais l’happy hour a sans doute rattrapé quelque peu
ce léger inconvénient.

Ma tâche est achevée et vient maintenant le temps de penser à l’année prochaine. Qui reprendra le poste de
délégué bal ? Pour cela et pour bien d’autres postes, le Crom a besoin de vous. Pour que l’année prochaine aussi,
le bal soit une belle réussite et une soirée parfaite, n’hésitez pas à présenter votre candidature.

Un dernier mot pour terminer ?

Merci pour cette expérience que j’ai aimé partager avec vous tous.                                                     L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
                                                                                                         Xavier C.




                                                                                                                                     5
                                     Un nouveau partenariat ...
                                                      ... pour l’Escume des Nuits !
                                     L’Escume des Nuits a le plaisir de vous annoncer la mise en place d’une collaboration avec la librairie
                                     Brüsel qui a récemment ouvert Place Flagey. Plutôt que de nous lancer dans un grand discours, laissons
                                     les principaux intéressés se présenter à vous et vous expliquer de quoi il en retourne ...




                                     Chers étudiants, camarades romanistes,

                                     Ceci n’est pas une publicité. A peine, une timide invitation. Pas celle, de fin de soirée, qui cherche
                                     une aventure sans lendemain, mais plutôt de celle qui appelle à des lendemains plein d’aventures.

                                     La nouvelle librairie Brüsel, place Flagey, vous drague en y mettant les formes. Je suis un
                                     ex du CRom et les ex, chacun le sait, flattent en annonces tapageuses et en souhaits tendres.
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                     Pour vos listes de lectures imposées, vous pouvez consulter votre cercle et joindre vos
                                     commandes. Nous avons convenu de réductions significatives en cas de commande groupée. Nous
                                     pouvons trouver tout ce qu’il vous faut (en français) et vous inviterons à tous nos événements.

                                     Le meilleur de la BD et de la littérature à prix d’amis pour les romanistes de l’ULB. N’hésitez pas à venir
                                     nous dire bonjour.

                                     Quentin, pour la littérature
                                     Matthieu, gestion et BD
                                     Marianne, BD et jeunesse




        6
   Découvrir un poète : Stéphane Mallarmé.
                                 C’est normal aussi, la vocation de la critique littéraire contemporaine est de traiter
                                 une part infime des ouvrages qui sortent aujourd’hui et pas des trucs qui sont
                                 vieux comme le monde, entreposés parmi les vieilles carcasses des dinosaures.

                                 Notre auteur, pour son plus grand mal/bonheur, a, qui plus est, un statut encore
                                 plus nébuleux, embrouillé et à la dévote inaccessibilité : celui du poète. Ainsi
                                 des études en veux-tu en voilà mais une petite critique littéraire sans prétention
                                 surpassant le « j’aime/j’aime pas ». Que nenni, mes amis ! Remédions donc à
                                 cette lacune dans les plus brefs délais !

                                 Il n’est bien sûr pas nécessaire d’introduire Stéphane, il n’est pas mort pour rien
                                 puisqu’il est clairement l’une des stars du panthéon de la poésie française.

                                   Néanmoins pour les néophytes, flemmards ou atteints d’Alzheimer, rappelons
«Mais pourquoi diable              brièvement que ce jeune homme renouvela la poésie de la deuxième moitié du
lire un auteur hermétique,         19ème siècle avec des œuvres telles que le sonnet en X, A la nue accablante tu,
obscur, élitiste et, tout          Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, Mes bouquins refermés sur le nom
bonnement illisible ?»             de Paphos, etc
Lire Mallarmé n’est clairement pas une sinécure. Volontairement hermétique, il ne s’agit pas de compulser ce
genre d’ouvrage dans le tram sous risque de nausée immédiate.
En effet, véritable révolutionnaire, il s’astreint à une poésie épurée de toute spontanéité, jouant avec les mots à
travers des déplacements impromptus et subtils, l’utilisation de néologismes et d’archaïsmes mais aussi à travers
l’ambigüité sémantique inhérente à la langue. Usant de symboles, de diverses références obscures (notamment
gréco-latines), ne donnant pas de titre à la plupart de ses poèmes, Mallarmé se plait à perdre son lecteur au point
d’être qualifié d’« intraduisible, même en français » par Jules Renard. C’est dire.

Mais pourquoi diable lire un auteur hermétique, obscur, élitiste et, au final, tout bonnement illisible, me
demanderez-vous alors qu’il existe une pile de Marc Lévy et d’Eric-Emmanuel Schmitt en vente dans toutes les
librairies ? Pour la gymnastique spirituelle, vous répondrais-je. Tous les latinistes se rappelleront la recherche
intense des figures de style latine dans leurs cursives. Lire Mallarmé, c’est la même chose. Un jeu, une chasse
analytique à la rhétorique. Dont chaque pièce, durement déterrée, est aussi douce qu’un bonbon au miel (ou un
gros gâteau au chocolat, selon vos goûts, n’est-ce pas !). Ainsi, une fois n’est pas coutume, la question clé de la
lecture n’est pas : « Quelles sont les idées (hautes ou non) et les sentiments que l’auteur a voulu exprimer ici ? »
mais « Pourquoi a-t-il choisi ce mot-là pour le mettre à cet endroit précis ? ». Et hop ! Nous voilà plongés dans
une partie (plutôt longue) de Cluedo littéraire !

Bon, je vous l’accorde, ce n’est pas toujours le but premier du lecteur, et heureusement ! Ainsi il vaut mieux
                                                                                                                          L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
être dans de bonnes dispositions et bien armé (dictionnaires, études critiques, paracétamol,…) pour s’attaquer à
notre incompréhensible Stéphane à qui il aurait peut-être fallu suggérer une petite journée à Spa, histoire de se
détendre… un chouilla !
                                                                                                          Carole



          Erase una vez… la realidad.
  Retrouvez toutes les critiques et créations de
  Carole sur http://nairaelerina.blogspot.com ou
  sur Facebook : Les critiques de Naïra

                                                                                                                                        7
                                                          La poésie parodique bruxelloise
                                                                 Entre légende & preuve d’existence
                                     B    ruxelles, 1852. La Grand-Place. Une maison de la Grand-Place. Et dans le bâtiment, un écrivain français
                                          exilé qui s’apprête à sortir prendre le pouls de la capitale belge. Lorsqu’il franchit le portail de sa demeure
                                     ce jour-là, , Victor Hugo ne pouvait assurément pas imaginer que trois années plus tard, il serait sur l’île de
                                     Guernesey, partageant son temps entre l’écriture d’œuvres grandiloquentes, les causettes avec son double
                                     Olympo, la contemplation de la mer et la prise de clichés à forte valeur romantique dans des rochers (Facebook
                                     n’existait pas encore mais l’écrivain avait déjà compris comment mettre son profil en valeur !).
                                                                                     Cependant, avant que ces péripéties insulaires se déroulent, ce
                                                                                     cher Hugo marche dans les rues de la ville à la recherche d’un
                                                                                     petit cabaret dont on lui a dit le plus grand bien. En effet, on lui
                                                                                     a rapporté qu’il s’y déroulait des récitals de poésie bruxelloise.
                                                                                     En grand amateur de rimes et de strophes, Victor ne pouvait
                                                                                     résolument pas rater cela.

                                                                                     Lorsqu’il entra dans l’échoppe, ce fut le drame. Ou plutôt l’une de
                                      10 ans après et à en juger par sa moue,       ces grandes coïncidences dont l’Histoire est friande. Car ce soir-
                                      l’adaptation en poésie bruxelloise reste      là, l’un des orateurs prit l’initiative de déclamer une parodie d’un
                                      un traumatisme pour Victor Hugo.              poème hugolien dans l’idiome de Bruxelles, ignorant évidemment
                                                                                    que l’auteur original de la pièce présentée se trouvait dans la salle.
                                     Il va sans dire que cette adaptation volontairement moqueuse - et qui plus est portée sur les ailes de l’accent local
                                     - écorcha vivement les oreilles de l’écrivain exilé : il quitta avec fracas le spectacle et n’y remit plus jamais les
                                     pieds (ce qui est fort dommage surtout lorsqu’on connaît la facilité avec laquelle il jouait avec ces derniers, que
                                     ce soit ceux de ses adversaires ou de ses vers).
                                     Au-delà de son aspect drolatique, cette anecdote pose néanmoins la question suivante : a-t-il existé et existe-t-il
                                     encore une poésie bruxelloise ? Et le cas échéant , où, quand et comment ?

                                     C’est à cette interrogation qu’a essayé de répondre Georges Lebouc, spécialiste du patrimoine littéraire de la
                                     capitale lors d’une conférence organisée par notre partenaire Les Midis de la Poésie. On aurait pu craindre un
                                     exposé ex-cathédra pompeux et dont le manque de saveur aurait irrémédiablement conduit vers l’assoupissement.
                                     Ce ne fut le cas. Georges Lebouc n’est pas quelqu’un qui se prend de haut : nanti d’une bonhommie typiquement
                                     bruxelloise, cet ancien professeur est un homme au parler enflammé lorsqu’il s’agit d’aborder ses passions,
                                     possédant, en outre, cette capacité rare à propager l’incendie de son engouement au reste du public. Du reste,
                                     le conférencier n’est pas venu seul : les acteurs Marc Van Osta et Édith Watrin l’accompagnent et tous trois
                                     interpréteront, au fil de la présentation, des extraits de poésies parodiques avec « l’accent du cru » et pour le
                                     plus grand plaisir de l’assistance.
                                                                               Mais essayons de répondre à la problématique posée quelques lignes plus
                                                                               haut et qui concernait l’existence d’une poésie bruxelloise. Saviez-vous
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                                                               par exemple que cette dernière s’était étalée sur une courte période ?
                                                                               On peut situer sa « naissance » en 1852, grâce aux œuvres d’un certain
                                                                               Sancho (faut-il préciser qu’il s’agit du pseudonyme d’un auteur qui
                                                                               nous est inconnu ?). La principale occupation littéraire de cette brave
                                                                               personne consistait en l’adaptation satyrique de fables de Jean de la
                                                                               Fontaine. Ainsi, sous sa plume Le Corbeau et le Renard s’est transformé
                                                                               en Quetje Corbeau et est passé du statut d’historiette moralisatrice à
                                                                               celui plus enviable (et plus digeste !) de savoureuse parodie versifiée.
                                                                               Est-il l’inventeur de cette mode ? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit, ce
                                                                               n’est évidemment pas le seul auteur à exploiter le filon : pendant les
                                                                               cinquante ans de vie du genre, les poètes à s’y exercer seront tellement
                                                                               nombreux que la critique finira par les regrouper sous l’appellation «
                                       « Sul tek d’un abre stampé Tenait fabulistekes ». Ce succès n’empêche pourtant pas la poésie bruxelloise
                                       dans s’bek un pottekées Quetje.         de parodier d’autres œuvres célèbres comme par exemple la ballade des
                                       Et Vos qui l’avait sentu là lui dit     Krotjes du temps jadis (je vous laisse le soin de découvrir l’auteur original
           8                           comme ça : Godferdekke que t’es de cette parodie d’une pièce poétique médiévale archi-connue).
                                       joli ! [...]»
On composait donc de la poésie … Mais dans quelle langue ?
Quelle était ce langage qui tentait de se marier avec la plume
volage du poète afin qu’il soit le phénix de la place du Jeu de
Balle ? Il s’agit du marollien c’est-à-dire le patois pratiqué à
l’époque. Il convient toutefois de préciser que ce dernier n’a pas
grand-chose à voir avec le « bruxellois » tel qu’on peut l’entendre
aujourd’hui. Ce dernier est en fait un idiome qui a supplanté le
marollien à la fin du XIXè siècle grâce au succès de la pièce de
théâtre « le Mariage de Madame Beulemans » montée pour la
première fois en 1910.

Ce changement de donne linguistique amorcé durant la première
décade du XXè siècle ne signifie pas pour autant la mort de la
poésie parodique bruxelloise en marollien. En effet, quelques
auteurs irréductibles vont continuer à faire vivre ce patois par  Les monologues et sketches de Jean d’Osta
nostalgie. Le plus fameux d’entre eux est sans conteste Roger     centrés autour du personnage de Jef Kazak
Kervyn, avocat et noble gantois, auteur des Fables de Pitje       rencontrèrent un vif succès durant les an-
Schramouille, qui introduisirent le célèbre personnage Tichke.    nées 70.
 Mais ce n’est pas le seul. On citera encore l’auteur Virgile (pseudonyme de l’écrivain Léon Crabbé) dont les
 parodies d’œuvres classiques (Roméotje et Julietteke, Cyranotje de Bergerakske ou encore Horaceke) firent les
 beaux jours de l’hebdomadaire Pourquoi pas ?. On oubliera pas non plus le chroniqueur Jean d’Osta qui, sous le
 nom d’emprunt de Jef Kazak, fut l’une des locomotives du journal Vlan dans les années 70.




                                                                                                                    L’Escume des nuits n°49 Février 2011
Si aujourd’hui elle n’est plus aussi médiatisée qu’il y a quarante ans, la poésie parodique bruxelloise reste néanmoins
vivante. La dernière pièce jouée par le trio d’intervenants et qui a été écrite récemment par un bibliothécaire de
Saint-Josse en constitue la preuve la plus éclatante. Une ultime performance qui fait se terminer la conférence
sous les applaudissements d’un public heureux d’avoir la tête un peu plus remplie et les oreilles enivrées par les
sonorités si particulières du patois de la capitale belge.

 Un exemple de poésie parodique bruxelloise : El Sprinkaut et El Formi
       (tiré de Philippe Lesbroussart & Victor Joly, Types et caractères belges: moeurs contemporaines, Bruxelles, Lemaire, 1851, pp. 189-190).




                                                            El Sprinkaut, k’avait chifflé l’entière été se trouva bramant dans les
                                                            loques quand l’hiver fut arrivé. Il alla klopper a l’porte de l’Formi
                                                            s’gebuer pour lui demander des betjes à prêter. Oui, mais l’Formi
                                                            est pas fort pour prêter, s’moejer van geven gesterven.
                                                                                                                                                                     L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
                                                                  -    Quoisque tu faisais donc, qu’elle dit com’ ça au Sprinkaut,
                                                                       pendant l’été quand nous aut’ on toukait com’ des
                                                                       malheureux ?
                                                                  -    J’chifflais, dit l’Sprinkaut, pour les ceusse qu’allions
                                                                       promener au boulevard et hors de l’ville.


 - Ah ! tu chifflais ! qui dit l’Formi, eh be ! t’a qu’à faire des flikkers asteur pour t’chauffer pis que t’as pas fait un
spourspot pou l’hyver ; qué gayard ça fait ! t’a un vieux fil, mais y connaissons ces streke-là nous aute. Tu vens des
pékes fils, t’a frois, allo, allo ! t’a fini ; et là-deseur’i clache l’ porte si fort fermée, que l’pauve Sprinkaut qu’était
stampé su l’trap tombe avec es nez dans l’beek. Allons fourt ! T’as qu’à chercher des betjes ailleurs !


                                                                                                                                                           Hadrien


                                                                                                                                                                               9
                                        L’ «en vers» des romanistes :
                                     Quelques créations poétiques originales
                                                        Soundlesses




                                                  On dit que le silence est d’or...

                                                    Quoiqu’il put être d’argent

                                                    Mais, le soir, lorsque dort...

                                                   La ville, il est un bel amant.


                                                C’est parce que, lui, n’est pas dupe

                                                   Il sait depuis bien longtemps

                                              Ce qu’il en est, dormant dans ses jupes,

                                                    De tous ces êtres pensants.
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                                   De la vacuité de l’existence,

                                                  De la précellence de l’essence,

                                                    De la tromperie du langage


                                              Mais aussi de cette peur qui, à tout âge,

                                               Assaille subrepticement la multitude,

                                                   Amie du silence, la solitude.

                                                                                          Carole
    10
                                               Aid(e)s




                                          Manet, Nana (1877)

             Quelle déficience, toi mon syndrome, acquis que tu es, malgré mon « immuno ».
     Moi et mon élan de passion sauvage non salvatrice, mon plastique non enduit d’une collante eau ;
        L’expression est mélangée, partagée, mais bien là, l’ordre n’est probablement pas le bon,
              Je me suis engouffré dans l’abîme nègre et merdeux d’une maladie avec nom.

             L’appellation est fissurée, comme cette idiote restée muette, cette conne « dumb »,
       Me sentant un étranger, ni infirme ni sain, ni Manneken ni César dans et avec ce bébé à Rome.
          Est-ce vraiment elle la superbe stupide ou est-ce moi, ma haine, l’unique responsable ?
      J’avais pourtant patienté ou l’avais feint de la queue du Scorpion au seau du Verseau honorable.
                                                                                                               L’Escume des nuits n°50 Avril 2011

                  Serre haut ton positif, je préfère étreindre ma négativité au niveau zéro,
                                     Attendre sera le tour le plus beau,
                   Combien de temps me reste-t-il grâce à toi et à ma face de vierge lion
                              Jusqu’à me retrouver dans ton exacte situation ?

            Je ne pourrai pas te pardonner puisque je suis le seul à devoir l’être, être minimum.
                      D’avoir voulu vivre ou jouir, là n’est pas ma question d’homme.
Le muguet refleurira et la goutte de rosée tombera comme mon rouge dans l’éprouvette d’une jeannette
                                                respectable.]
Attendre encore et toujours jusqu’à ce que ton foutre non pris et tes muqueuses aient donné du sens à ma vie
                                                  passable]

                                                                                                 Guillaume

                                                                                                                      11
                                                      Résultat du concours de poésie
                                     Souvenez- vous il y a un mois ... L’Escume des Nuits lançait un concours de poésie en partenariat avec
                                     les Midis de la Poésie. Celui-ci avait pour thème la plume prise au sens propre ou au sens figuré, sous
                                     forme d’expressions ou dans emplois divers et improbables. Avant de désigner le vainqueur, je voudrais
                                     remercier tous ceux qui, à défaut d’avoir participé, ont manifesté de l’interêt et du soutien pour ce genre
                                     d’évènements. Nul doute que d’autres verront le jour dans les futurs numéros du magasine. Mais trève
                                     de bavardages sur le lendemain ! Mesdames (et Messieurs, parce qu’ils existent quand même malgré
                                     leur minorité), je vous demande d’applaudir (au moins avec des battements de paupières!) Margaux
                                     Lauwaert et sa pièce poétique «Le chercheur», gagnants du concours de poésie de l’Escume
                                     des Nuits!




                                                                                Le chercheur
                                                                          Corbeau, t’en souviens-tu ?
                                                                         De ces heures pleines d’ombres,
                                                                                A ne pas trouver.
                                                                         Ami corbeau, je cherche encore,
                                                                         Car tes ailes sont trop sombres,
                                                                               Et la joie m’habite.

                                                                                  Douce colombe,
                                                                                   Tu es tombée.
                                                                            Les temps perdus grondent,
                                                                                 Feu ma colombe,
                                                                               Tes ailes ont courbé,
                                                                            Sous le poids de la liberté.

                                                                         Tu es gavroche, dit-on, Moineau,
                                                                         C’est l’insouciance que tu pépies,
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                                                              Et la jeunesse, et la vie.
                                                                              Moineau, ris-tu de moi,
                                                                            Avec tes ailes innocentes ?


                                                                          Mais mon oiseau je t’ai trouvé
                                                                            Phénix, pour que, toujours,
                                                                        La passion renaisse de ses cendres.
                                                                         Sur tes ailes, j’ai trouvé la plume
                                                                         Pour confectionner mon oreiller
                                                                                Et continuer à rêver.

                                                                           Mon oiseau que le vent porte,
                                                                           A le rêve gravé sur les ailes.

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                            Qu’est-ce que le voyage?
Quand je suis en mal d’inspiration, il me suffit de parler avec mon meilleur ami pour que les idées germent.
Normal, c’est mon double, c’est mon meilleur ami, c’est ma réflexion, c’est ma muse (même si c’est un
homme). En manque d’inspiration pour cet article, je lui ai demandé conseil).

Pour réponse, il m’a simplement demandé à quoi je pensais directement à l’évocation du mot voyage. Le mot
qui m’est venu spontanément est « évasion », le sien « découverte ». La caractéristique essentielle d’un voyage
est l’évasion, quel qu‘en soit le type. L’évasion est en fait le but même du voyage. C’est pourquoi ce dernier ne
nécessite pas forcément un déplacement physique. On peut facilement s’évader dans son esprit.

Voyage réel vs. Voyage spirituel ?

Il existe ainsi donc deux types de voyages : ceux avec déplacements physiques que nous appellerons « réels »
et ceux que l’on peut effectuer dans son esprit que nous appellerons « spirituels ». Le moteur du premier
est la voiture, l’avion, le bateau, tandis que la locomotion du second est l’imagination. Pourtant, ils ne sont
pas donnés à tout le monde pour plusieurs raisons : d’une part, ils demandent tous deux une disponibilité
temporelle (quoi qu’il faille simplement se donner le temps de voyager) et d’autre part, leurs moteurs ne sont
pas si évidents à obtenir que ce soit à cause d’ une contrainte matérielle (l’argent le plus souvent), ou d’une
carence d’imagination (les personnes qui en sont dépourvues ont en effet du mal à voyager dans leur esprit).

Malgré cela, j’espère que chacun sur terre aura l’occasion de voyager de temps en temps, de quelque manière
que ce soit. Parce que c’est indispensable. Personne ne peut rester longtemps sans s’évader du quotidien. C’est
comme reprendre son souffle après une longueur de nage en apnée. Même si ce n’est pas évident, il ne faut pas
rater une occasion de le faire !

Un « bad trip » ?

Ma meilleure amie cette fois, m’a poussée à me demander si le voyage pouvait parfois être une expérience
négative. Faire un bad trip… ? J’ai pour ma part plutôt du mal à imaginer qu’un voyage puisse être négatif. A
y bien réfléchir, j’ai bien un souvenir de voyage qui ne m’a pas plu, mais je ne pourrais pas le classer comme
une mauvaise expérience, tant j’y ai appris des choses. Même en ayant eu des sentiments négatifs, j’ai fait des
découvertes. Ce qui peut paraitre négatif au premier abord, c’est d’avoir l’impression de subir un dépaysement
qui ne nous plait pas. Il arrive de que l’on tombe dans un pays, une région, voire même une famille que l’on
ne peut pas comprendre et dans laquelle on ne peut s’adapter. Dans ce cas, l’expérience peut virer en « bad
trip ».

La seule façon d’éviter cela est de s’y préparer avant le départ. Comment ? En ouvrant son esprit à l’infini, au
maximum, l’étirer, comme un élastique qu’on étend jusqu’au bout. Pour créer un trou dans son esprit prêt à
accueillir sans préjugé toute culture, toute rencontre, toute expérience. Avec la possibilité de le refermer si l’on
                                                                                                                       L’Escume des nuits n°50 Avril 2011

sent que ça va trop loin. Car si l’ouverture d’esprit permet d’accepter plus de choses, elle ne doit pas empêcher
les remises en question. Si en voyage je surprends un homme en train de battre sa femme, il ne faut pas que
je me dise : « Il a raison, elle a probablement fait quelque chose de mal, ça doit être dans la culture du pays ».
. Là est tout l’art d‘un bon baroudeur.

Dès lors, comment donc se préparer pour un bon voyage ?

Tout pour réussir son voyage : Les bons conseils de tante Laura.

   R Comme je l’ai dit, oublier ses préjugés, ouvrir son esprit, tout en conservant son esprit critique.

   R Se renseigner sur la région à visiter pour s’y adapter (tenue vestimentaire adaptée, se renseigner sur des
     lois qui pourraient être particulières au pays).


                                                                                                                            13
                                        R Ne pas tout prévoir pour se laisser surprendre (dans des proportions variables si vous avez ou non
                                          une âme d’aventurier. Pour ma part, j’ai besoin d’avoir un moyen pour aller, un moyen pour rentrer,
                                          et un endroit où loger. Certains peuvent faire sans.)

                                        R Faire en sorte de rencontrer des gens « du pays ». C’est l’expérience qui parle. On comprend vraiment
                                          que les italiens sont accros au foot et se déplacent tous en Scooter seulement en les écoutant parler.
                                          On sait comment manger des pizzas à l’italienne en mangeant avec eux et en jouant aux cartes. On
                                          a envie de s’essayer à la glisse rien qu’en écoutant le français de Biarritz parler de sa passion pour
                                          le surf. On se fait une idée du quotidien des Tunisiens (d’il y a deux ans) en se liant d’amitié avec
                                          eux. C’est de cette manière qu’on appréhende au mieux les autres cultures. .De plus, un voyage sans
                                          rencontre exotique est en général une expérience superficielle voire ennuyeuse.

                                     J’ai puisé ces réflexions dans les souvenirs de voyages qui sont restés dans mon esprit. Pour cela, un
                                     grand merci à mes parents de m’avoir emmenée maintes fois en Italie, Espagne, France, Tunisie, Grèce,
                                     Angleterre, et j’en passe. Merci également à mes amis Simon, Gaëtane et Guido de m’inspirer comme ils le
                                     font si bien !

                                                                                                                                         Laura
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




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               Une expérience utile à l’étranger :
                           Le SVE

                                 On pense souvent qu’il n’existe que des programmes « scolaires » qui nous
                                 permettent de partir à l'étranger: refaire une rhéto, faire un Erasmus, etc. Et
                                 pourtant, le SVE (Service Volontaire Européen) vous permet de vivre de
                                 quelques mois à une année dans un pays européen de votre choix et surtout
                                 de vous investir dans un projet.

                                 Ce programme d'échange a été mis en place par la Commission européenne
                                 pour permettre aux jeunes d’exprimer leur engagement et leur sens de la
                                 solidarité en participant à un projet au bénéfice d’une collectivité locale.
                                 Cette expérience interculturelle permet également de développer des
 Les SVE, ce sont plus           compétences ou tout simplement d'en acquérir. En effet, la plupart des
 de 4.500 possibilités           projets ne demandent aucun pré-requis.
 de projets dans des
                                 Plus de 4.500 possibilités existent dans des domaines très variés: art,
 domaines divers et              culture, environnement, animation, santé, action sociale, etc.
 variés.
Les avantages sont nombreux mais le plus attrayant est que, contrairement aux autres programmes d'échange,
vous ne déboursez pas un euro. Le logement est payé par l'Europe, on vous octroie un budget « bouffe »
(vous gardez vos tickets chaque mois et ils sont remboursés le mois suivant) et même de l'argent de poche...

C'est grâce à ce programme que j'ai vécu un an en Pologne. Je
sortais de secondaires et je me suis investie en tant qu'éducatrice/
animatrice dans un home pour enfants placés par la justice. C'est
une expérience que jamais on n'oublie et que je recommande à
tous.
Une simple recherche sur Internet vous permet d'en savoir plus et
de lire divers témoignages. Vous pouvez également vous adresser
directement à une organisation qui envoie des volontaires en Europe.
Parmi elles, le BIJ (Bureau Internation de la Jeunesse) et AFS.
                                                                       Ce projet est entièrement patronné
                                                                       par l’Europe qui octroie un bud-
Et enfin, le lien vers la base de données qui contient l'ensemble      get pour le logement, la nourriture
des projets disponibles: http://ec.europa.eu/youth/evs/aod/hei_        ... Et l’argent de poche.                   L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
en.cfm

Voilà donc pour cette découverte. Si vous avez entre 18 et 30 ans, n’hésitez plus!


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                                                                                                                        15
                                         Benvinguda a tothom ! Pròxima parada : Barcelona!1
                                     Barcelone, pas besoin de vous la présenter. Des films tels que L’auberge espagnole, Vicky Cristina Barcelona et
                                     le plus récent Biutiful avec Javier Bardem en ont planté le décor bien avant moi. Je pense que l’attrait principal
                                     de cette ville est que chacun peut y trouver son compte : la plage pour ceux qui aiment les vacances “farniente”,
                                     les musées et l’œuvre colossale de Gaudí pour les amateurs d’art et d’architecture, Desigual et autres chaînes
                                     espagnoles pour les fashionistas et enfin, de très nombreuses discothèques pour les fêtards. En bref, c’est la
                                     ville idéale pour y passer des vacances… Cependant, ce n’est pas en tant que touriste que j’ai eu la chance de la
                                     découvrir, mais bien en tant qu’étudiante Erasmus.

                                     L’aventure Erasmus, ça commence avant tout avec des sacs. Que ça soit à l’aéroport de départ, où l’on sue à
                                     l’idée de dépasser les sacro-saints 20 kilos de bagage de soute, ou a l’aéroport d’arrivée, où l’on tremble de peur
                                     de ne pas voir arriver sur le tapis roulant notre précieuse valise. Et si seulement ça s’arrêtait là...Il faut ensuite
                                     manier ces engins à roulette, arriver à les caser dans un bus, puis dans un train, parvenant ( de préférence...) à s’y
                                     caser également. Bien sûr l’auberge de jeunesse qu’on vous a recommandée se situe au sommet d’une pente raide et
                                     tortueuse. Parvenu à la cime, quand vos bras ne sont même plus capables de soutenir le poids de votre carte d’identité,
                                     quelques volées d’escalier vous séparent encore du dortoir où vous vous délesterez – enfin - de votre fardeau.
                                     Rien de tout cela ne donne très envie, je l’admets. Mais une fois passés ces quelques durs moments, l’expérience
                                     Erasmus démarre et durera six mois pour certains, un an pour d’autres.

                                     Je pourrais vous raconter des centaines de choses sur mon expérience, mais je me contenterai de ces trois-ci:

                                          1. Le catalan

                                          2. La vie à l’unif

                                          3. La vie nocturne

                                                                            Barcelone se situe en Catalogne et comme vous le savez sûrement, la langue
                                                                            officielle en est (roulements de tambour…) le catalan. Or, je n’avais quant
                                                                            à moi jamais appris que le castillan et espérais l’améliorer au terme de ces
                                                                            six mois. Je dois avouer qu’avant de rendre mon formulaire Erasmus, j’ai
                                                                            hésité à de nombreuses reprises à placer Barcelone comme premier choix,
                                                                            tant j’avais peur de me confronter au catalan. A tous ceux qui éprouvent les
                                                                            mêmes doutes que moi à l’époque, je vous rassure tout de suite, ça ne pose
                                                                            AUCUN problème.

                                                                      Le catalan écrit, c’est comme un mélange de français, d’espagnol et d’italien.
                                      Problème de catalan ou Au bout de quelques semaines, je le lisais presque sans peine. À l’oral, c’est
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                      pas ... Toutes ces craintes une autre paire de manche, mais là encore il ne m’a pas fallu plus de deux
                                                                      mois pour le comprendre en très grande partie. Sur place, apprendre à parler
                                      et tracas n’empêchent pas
                                                                      catalan ne m’intéressait absolument pas, mais a posteriori, je regrette de ne
                                      d’apprendre à préparer pas avoir pris de cours de catalan là-bas. A l’occasion d’un prochain voyage,
                                      une bonne paëlla !              qui sait?
                                     Cela me permet d’enchaîner sur le second point : l’université.

                                     L’ULB a passé des accords avec deux des universités de Barcelone, l’UB et l’UAB. Les élèves de Romanes
                                     n’ont généralement pas le choix et devront étudier à l’UAB, soit la Universitat Autònoma de Barcelona.
                                     C’est une très bonne université, très moderne et, une fois que l’on comprend où chercher les informations
                                     intéressantes, très bien organisée.
                                     (Footnotes)
                                     1
                                      *Bienvenue à tous ! Prochain arrêt : Barcelone !”

        16
                                         Là encore, pas de problème avec le catalan en ce qui concerne
                                         les Romanes : tous les cours de philologie française sont en
                                         français. J’ai, quant à moi, choisi la moitié de mes cours en
                                         fac de français et l’autre moitié en fac d’espagnol (castillan).
                                         J’avais un moment opté pour un cours en catalan, mais la
                                         prise de note me posait trop de problème et je l’ai abandonné.
 «L’UAB est une très bonne
 université,    très    moderne
 et, une fois que l’on                   L’UAB propose 30% de cours en castillan, un peu moins de
 comprend où chercher les                10% de cours en anglais et le reste en catalan. Toutes les facultés
 informations      intéressantes,        n’étaient cependant pas aussi gâtées que la mienne : le Master en
 très      bien       organisée»         cinéma qu’une amie Erasmus suivait proposait une grande majorité
                                         de cours en catalan.
Je tiens à préciser que l’UAB se situe à plus d’une demi heure de train du centre-ville, à raison d’un train
toutes les cinq à dix minutes. Je regrette beaucoup de ne pas avoir choisi un logement dans le centre, quitte
à payer 50 euros plus cher par mois.

                               Mais bien sûr, il n’y a pas que l’université dans la vie d’Erasmus, il y a
                               aussi… ¡la fiesta! Et la fiesta à l’espagnole, je peux vous assurer que c’est
                               quelque chose…

                               Une semaine après mon arrivée, mes cours allaient seulement commencer et
                               je n’avais donc encore rencontré personne à part mon colocataire catalan. J’ai
                               pris mon courage à deux mains et j’ai décidé de partir faire la fête seule, dans
                               l’espoir de rencontrer un groupe de jeunes prêts à intégrer une petite belge
                               parmi eux.
                               En bonne occidentale, je me suis pointée au moins deux heures trop tôt. Les
                               bars étaient DESERTS.
 Un         entraînement
 pour le sport catalan
                              Dans le centre de Barcelone, les bars se remplissent vers 22-23h. Ce n’est
 traditionnel : les castells. que vers 00-01h du matin que les discothèques/soirées ouvrent leurs portes.


Lassée par presque deux heures d’attente, j’ai laissé
tomber l’éponge, j’ai pris le chemin de la gare pour rentrer
chez moi. Et là, sur ma route, deux jeunes femmes m’ont                                                           L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
soudain accostée pour me demander la direction de la
“Calle Valencia” où se trouvait justement la discothèque
où j’avais prévu de sortir. Après avoir échangé quelques
mots… elles m’ont offert une bière et m’ont proposé d’aller
se poser quelque part avant d’ aller à la soirée ensemble.
La bière était épouvantable (vraiment). Mais je garde
un souvenir impérissable de cette première guindaille à
Barcelone, totalement improvisée.

Si quelqu’un prévoit de partir en Erasmus à Barcelone,         Même si les Barcelonais servent une
j’ai des tas de bons plans de sortie, de logements et autres   bière en tous points épouvantable, ils
à partager, mais on n’a besoin des conseils des anciens        possèdent en contrepartie de superbes
qu’un très bref moment. Très vite l’expérience Erasmus         plages dont le bleu envoûtant vous
nous happe et lorsque vient la fin, on n’a qu’une envie :      ferait oublier celui d’une Chimay neuf
que l’aventure se prolonge…
                                                               degrés ...
                                               Floriane
                                                                                                                       17
                                                                    Chronique cinéma
                                     Depuis la sortie de la dernière Escume, il y en a des films qui sont sortis sur nos écrans, et non des
                                     moindres. :
                                                                            Commençons par le très attendu « Black Swan ». Le réalisateur
                                                                            Daren Aronofsky filme la réalisation du ballet « Le Lac des cygnes »
                                                                            de Tchaikovsky. La trame principale est assez simple : Nina -
                                                                            l’époustouflante Nathalie Portman -, ballerine innocente, fait tout pour
                                                                            obtenir le rôle principal et, une fois qu’elle l’a obtenu, pour l’incarner
                                                                            au mieux. Des heures d’entrainement ne suffisent cependant pas aux
                                                                            yeux de son metteur en scène, Thomas - Vincent Cassel. Elle est
                                                                            splendide dans les passages du cygne blanc, doux, innocent, mais il ne
                                                                            la sent pas à sa place pour le cygne noir, rusé et sensuel. Pour y arriver,
                                                                            il va lui falloir découvrir son côté sombre, ce qui n’est pas une mince
                                                                            affaire.
                                                                            Sur cette trame viennent se greffer plusieurs couches scénaristiques :
                                                                            l’ancienne danseuse étoile qu’on remplace, la nouvelle arrivante avec
                                                                            qui se crée une rivalité/complicité, la mère obsédée par la réussite de
                                                                            sa fille.
                                                                            C’est superbement filmé, magnifiquement orchestré, simplement
                                                                            beau, très justement interprété. Le seul reproche que j’aurais à
                                                                            formuler, c’est que c’est par moment un peu confus, et que l’histoire
                                      «Si vous avez encore l’occasion
                                                                            de l’ancienne étoile n’apporte pas grand chose. Toutefois, si vous avez
                                      d’aller au cinéma, je vous le
                                                                            encore l’occasion d’aller au cinéma, je vous le conseille de tout cœur,
                                      conseille de tout cœur, car           car c’est un film grandiose et marquant. Et le tout, sur la musique de
                                      c’est un film grandiose et            Tchaikovsky, ce qui n’est pas pour me déplaire.
                                      marquant.»
                                     Changement de genre avec « The King’s Speech », film
                                     historique réalisé par Tom Hooper qui met en scène les efforts de
                                     celui qui deviendra Georges VI pour venir à bout de son bégaiement
                                     qui l’empêche de prendre la parole en public ou sur les ondes
                                     radio. Il suivra donc une thérapie au côté de l’australien Lionel
                                     Logue, qui a des méthodes bien à lui. Nous sommes à la veille de
                                     la Seconde Guerre Mondiale quand son père décède. N’étant pas
                                     l’aîné de la famille, c’est son frère qui monte sur le trône.
                                     Toutefois, les affaires royales l’intéressent peu, il se complait
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                     dans des réceptions et gâte sa maitresse, une femme plusieurs fois
                                     divorcée, ce qui était très mal vu à l’époque, plus encore au sein de
                                     la famille royale. Ce dernier pense donc à démissionner et à laisser
                                     le trône à son frère, bien plus doué que lui pour la gestion d’un
                                     royaume. Réussir à s’exprimer en public et à la radio devient donc
                                     impératif pour Georges VI…
                                     Film historique donc, mais qui dit historique ne dit pas ennuyeux.
                                     C’est même très souvent drôle, plaisant, on sourit beaucoup. Les
                                     personnages sont attachants, on se prend à vouloir aider ce futur
                                     roi, à vouloir faire sortir les mots de sa bouche. Et Colin Firth est
                                     simplement transcendant. Imaginez devant quel défi il s’est trouvé
                                                                                                              «Film historique donc, mais qui
                                     : interpréter un bègue… ! Et le réussir avec brio. Rien que pour         dit historique ne dit pas ennuyeux.
                                     son interprétation, le film vaut la peine de se déplacer jusqu’au        C’est même très souvent drôle,
                                     cinéma.                                                                  plaisant, on sourit beaucoup.»

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                                     Film canadien ensuite, « Incendies ». Jeanne et Simon, deux jeunes adultes,
                                     sont chez le notaire pour découvrir le testament de leur mère. Elle leur a laissé
                                     deux enveloppes : dans la première, elle leur demande de retrouver leur père
                                     qu’ils croyaient mort, dans la seconde, elle leur enjoint de retrouver un frère
                                     dont il ne soupçonnaient même pas l’existence. Sans cela, ils n’auront pas
                                     accès à leur héritage et elle ne sera pas enterrée dignement. Les deux jeunes
                                     ont face à cela des réactions complètement différentes. Simon ne veut dans
                                     un premier temps pas du tout entendre parler de tout cela et régler l’affaire au
                                     plus vite. Mais Jeanne cherche à savoir et repart sur les traces de sa mère qui
                                     a longtemps vécu au Moyen-Orient. Ce film, adapté d’une pièce de théâtre de
 «Un        superbe      moment Wajdi Mouawad, est un véritable coup de poing. J’ai eu du mal à me lever de
 cinématographique, un des mon siège à la fin de la projection. Villeneuve, le réalisateur québecois, nous
 films pour lesquels on va au montre des images dures, fortes, mais superbement filmées et mises en scène.Il
 cinéma et on y retourne»            fait alterner la vie de la mère et celle de ses enfants, le passé et le présent : au
                                     spectateur de tout remettre dans l’ordre.
L’actrice belge Lubna Azabal qui incarne la mère de Jeanne et Simon, Nawal Marwan, tient son rôle à la perfection,
elle est splendide et admirable. De plus, Villeneuve a choisi comme bande son des chansons de Radiohead, ce qui
ajoute une force non négligeable au film, comme une distanciation de cette histoire dans laquelle on est plongés tout
entiers, comme une esthétisation de l’horreur qu’a vécue Nawal Marwan. Mais c’est fait de manière adéquate parce
que le spectateur ne devient pas étranger à l’action.
Un superbe moment cinématographique, un des films pour lesquels on va au cinéma et on y retourne, de ceux qu’on
n’oublie pas, dont rien que le souvenir vous émeut encore.
                                       Un western américain, now : « True Grit » des frères Cohen. Une fille de
                                       14 ans, ébranlée par la mort de son père, assassiné par un voleur bien connu,
                                       décide de venger sa mort en arrêtant son meurtrier. Décidée, elle s’adresse
                                       d’abord aux forces de l’ordre mais apprend que celui qu’elle poursuit s’est
                                       enfui en territoire indien et que les représentants de l’ordre public n’y mettent
                                       pas les pieds. Elle doit donc faire appel à un marshal. Son choix se porte sur
                                       celui dont on dit qu’il est le plus coriace, qu’il a vraiment du cran (« true
                                       grit »), même si elle remarque très vite qu’il est borgne est alcoolique. Dans
                                       leur quête cocasse, ils seront accompagnés par un Texas Ranger arrogant et
                                       parfois ridicule.
                                       Je ne suis pas du tout sensible au western, mais, pas besoin de l’être, j’ai
                                       adoré ce film. L’actrice Hailee Steinfeld qui incarne la jeune fille de 14 ans est
                                       prometteuse, il faudra retenir son nom et être attentif à la suite de sa carrière.
 « Matt Damon, en Texas                Jeff Bridge dans un rôle de marshal complètement décalé est excellent, de
 Ranger avec une moustache,            même que Matt Damon qui, en Texas Ranger avec une moustache, vaut le
 vaut le détour !»                     détour ! Rempli d’humour au second degré, comme dans tout film des frères
                                       Cohen, « True Grit » est vraiment une réussite !
                                                                                                                            L’Escume des nuits n°50 Avril 2011

Petite note de légèreté pour finir avec un film français « Les femmes du sixième
étage ». Nous sommes plongés dans le Paris des années 60, dans l’immeuble de M.
Joubert – incarné par le fantasmagorique Fabrice Luchini – agent de change, marié à
une femme anguleuse et embourgeoisée – jouée par une Sandrine Kiberlain très juste.
Le couple, suite à une dispute avec leur bonne bretonne, se retrouve sans femme à
tout faire, complètement désœuvré. Ils décident alors d’engager Maria, une jeune
femme espagnole qui loge au 6è étage, au dessus de leurs têtes. M. Joubert va, par
l’intermédiaire de Maria, se familiariser avec la manière de vivre de ces espagnoles,
avec leurs histoires, leur façon de vivre pleinement. Et il va de plus en plus être
touché par ce monde plein d’émotions, à l’opposé du sien qui était rigide et droit, sans «Une comédie française
place pour la passion.                                                                   comme je les aime :
Une comédie française comme je les aime : agréable, sympathique, avec un petit côté        agréable, sympathique
social et surtout, vraiment drôle. Pour un bon petit moment de détente !                   et surtout, vraiment
                                                                       Laure               drôle.»
                                                                                                                                 19
                                                                 Chronique culturelle :
                                              Entre Paradis et Enfer : Mourir au Moyen Âge

                                     Du 2 décembre 2010 au 24 avril 2011, les Musées royaux d'Art et d'Histoire du
                                     Cinquantenaire accueillent l'exposition « Entre Paradis et Enfer: Mourir au Moyen
                                     Âge ». Le 10 mars, le cercle des romanes s'y est rendu dans le cadre d'une de ses sorties
                                                                      Traitant des dix siècles séparant le VIe du XVIe, l’exposition s’articule
                                                                      en quatre grands axes: les causes de la mort, qu’elles soient relatives
                                                                      aux maladies, à la nutrition, aux conflits, etc.; l’accompagnement des
                                                                      mourants et les rituels funéraires, pouvant varier en fonction de la classe
                                                                      sociale; les lieux d'inhumation et de culte; ainsi que le lien entre mort et
                                                                      résurrection, omniprésent dans l'imaginaire chrétien à cette époque. Ces
                                                                      quatre thèmes vous seront dévoilés au fil du parcours, s'enchainant avec
                                                                      une fluidité des plus plaisantes.

                                                                      Afin d'illustrer ces thèmes, vous rencontrerez le long de votre parcours
                                                                      un large panel d'objets, allant des tombeaux entiers aux plus petits
                                                                      bijoux, en passant par des squelettes et des instruments de torture.

                                                                      Les explications de ces objets et des thèmes vous seront amenées de
                                                                      diverses manières.

                                                                      Le visiteur peut ainsi, à sa convenance, passer de l’audioguide (compris
                                      «Les explications de dans le prix d’entrée) à la lecture des panneaux jouxtant le matériel
                                      ces objets et des thèmes exposé.
                                      vous seront amenées de
                                      diverses manières.»
                                      Le public plus jeune pourra, quant à lui, jouir
                                     d’un enseignement plus ludique par le biais de                      Petit récapitulatif
                                     petits jeux mis à sa disposition tout au long de
                                     l’exposition.                                           Quand? Jusqu'au 24 avril 2011, du mardi au
                                                                                             dimanche de 10 à 17h; nocturne le jeudi 7 avril
                                     Quelques points négatifs sont néanmoins à noter,
                                     tels que le manque d'explication de certains            Où? Aux Musées royaux d'Art et d'Histoire du
                                     termes plus techniques, mais aussi un éclairage         Cinquantenaire.
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                     insuffisant des textes provoquant un inconfort
                                     visuel notable.                                         À quel prix?        5€ pour les étudiants de
                                                                                             moins de 26 ans, ce prix comprenant l'entrée
                                     Ces légers points noirs n’entachent cependant pas       à l'exposition, l'audioguide et l'accès aux
                                     le fait que cette exposition reste très intéressante    collections permanentes du musée
                                     et que nous vous conseillons vivement de vous y
                                     rendre avant le dimanche 24 avril !

                                                                                                                                              Noelle




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                               Chronique li�éraire :
                          David Foenikos, la délicatesse
                                        La première chose qui m’a attirée dans ce roman, ce n’était pas la
                                        petite bande mauve qui indiquait le nombre de prix reçus par le livre
                                        mais plutôt le texte de la quatrième de couverture : un style un peu
                                        décalé, une écriture simple, sans grande figure rhétorique, presque
                                        orale mais terriblement prenante.

                                        La Délicatesse raconte l’histoire de Nathalie ou plutôt, sa
                                        reconstruction. En effet, son mari, François, décède tragiquement
                                        au début du roman à cause d’un accident de voiture. Nathalie doit
                                        donc survivre à la perte de la personne qu’elle aimait plus que tout au
                                        monde et se reconstruire.
                                        On pourrait croire que l’histoire est banale. Pourtant, loin d’être
                                        tragique ou larmoyant, le roman reste léger malgré la tristesse et
                                        la gravité de la situation. Les traits d’humour sont même assez
                                        nombreux : des réflexions que se font les personnages, une liste de
                                        chansons, une citation, les scores des matchs de foot nous surprennent
                                        de temps à autre. Ces cassures qu’opèrent les interludes du récit ne
                                        font que renforcer le côté décalé du livre en rompant la narration
                                        linéaire à laquelle on s’attend.
 «Le roman est fait de petits           Mais surtout, ils permettent de donner une autre dimension aux
 moments touchants, et, j’ai            personnages : ils ne sont pas juste ce que l’on dit d’eux, ils sont plus
 presque envie de le dire :             réels, ils existent « en dehors » du papier.
 délicats, qui donnent envie
 de retenir son souffle ou de           Le roman est fait de petits moments touchants, et, j’ai presque envie
 marcher à pas feutrés pour ne          de le dire : délicats, qui donnent envie de retenir son souffle ou de
                                        marcher à pas feutrés pour ne pas les briser.
 pas les briser.»

Je ne peux donc que vous conseiller vivement ce roman. Il est la lecture idéale lorsqu’il s’agit de décompresser
après une semaine chargée, entre deux examens stressants ou simplement pour un moment de détente.

La Délicatesse n’est pas qu’une histoire qui parle d’amour, c’est une histoire qui parle de la vie : de sentiments,
de rencontres, de hauts et de bas. Et finalement, le livre parle surtout de bonheur.
                                                                                                                      L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
Quatrième de couverture :

“François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale
qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la
télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est
sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux
vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu
original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait.
Si elle choisit ça, je l’épouse...
- Je vais prendre un jus... Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité.”


                                                                                                           Roxane

                                                                                                                      21
                                                                            Chronique musicale :
                                     Dream Theater - Metropolis II : Scenes from a memory
                                                                                                  Une fois n’est pas coutume, j’avais envie de vous parler d’un
                                                                                                  album qui me tient à cœur et qui illustre parfaitement les thèmes
                                                                                                  du voyage et de la poésie de ce numéro. Il s’agit du concept-album
                                                                                                  Metropolis Part II du groupe Dream Theater, sorti en 1999. Avant
                                                                                                  toute chose, il est utile de préciser que ce dernier est le fondateur
                                                                                                  d’un courant musical appelé « métal progressif ». Celui-ci a
                                                                                                  comme principale caractéristique de privilégier une approche très
                                                                                                  technique et complexe des mélodies ainsi que de donner la part
                                                                                                  belle à l’expression de chacun des musiciens. En résulte de très
                                                                                                  longues chansons, très difficiles d’accès et souvent ponctuées de
                                                                                                  solos (moyen d’expression par excellence des artistes, vocaliste
                                                                                                  compris).

                                      « Surprenant et fascinant, cet album invite                 L’histoire de Metropolis II est d’abord celle de Nicholas, un homme
                                                                                                  comme les autres. Il est marié, a des enfants, une maison, bref,
                                      l’auditeur dans un thriller musical difficile
                                                                                                  tout semble aller pour le mieux pour lui. Sauf qu’il cache en lui un
                                      mais haletant., où privé de tous les indices,               terrible secret : chaque soir, il rêve d’une jeune fille qui pleure en lui
                                      il ne pourra se fier qu’à l’instinct de son                 demandant de l’aide. Envahi par la curiosité et le trouble, il décide
                                      oreille pour dénouer le mystère »                           de percer ce mystère en allant consulter un hypnothérapeute
                                     Nous sommes alors en 1999. Grâce à la méthode dite de la régression, ce dernier va révéler au héros la nature de ses vies
                                     antérieures. Nicholas va alors apprendre qu’il est la réincarnation de Julian Baynes, surnommé « The Sleeper » à cause de la
                                     malchance incroyable qu’il tire de sa vie dissolue (il est drogué et accro au jeu). Tout le contraire de son frère Edward Baynes
                                     dont l’ascension sociale rapide lui a valu le pseudonyme « The Miracle ». Entre les deux, Victoria Page, la femme de Julian
                                     et accessoirement la fille des rêves de Nicholas. Cette dernière, lassée des frasques de son mari, va le tromper avec son frère
                                     après une violente dispute conjugale. Mais Victoria finit par retourner auprès de Julian. Edward, qui a entretemps conçu une
                                     véritable passion pour celle-ci, ne supporte pas ce retournement de situation. Il finit par assassiner le couple avant de se donner
                                     lui-même la mort. Nous étions alors en 1928. Ayant découvert la vérité, Nicholas repart le cœur léger. Mais il n’atteindra
                                     jamais le seuil de sa maison : l’hypnothérapeute – dont on apprendra qu’il en fait la réincarnation d’Edward- l’y attend et
                                     l’assassine à coup de pistolet avant de suicider par le même geste qu’il avait effectué 71 ans plus tôt.

                                     Pour narrer cette histoire complexe, le groupe propose une bande son qui, si elle est bien évidemment nantie des caractéristiques
                                     sonores que nous avons évoquées plus haut, se révèle au final très versatile. Il ne faut, en effet, pas tomber dans ce cliché
                                     qui consiste à présenter le métal comme une musique violente et hurlée. Car il n’y a rien de tout cela chez Dream Theater et
                                     réduire la mélodie de Metropolis II à la lourdeur du son utilisé et à la présence de double pédale serait occulter ce tour de
                                     force qui est celui de faire côtoyer des chansons à dominante blues (Through My Words) avec d’autres d’obédience plus jazz
                                     (Through Her Eyes), métal (Beyond This Life) ou soul (The Spirit Carries On) en un ensemble parfaitement uni. Cette fusion
                                     de plusieurs genres et la variété d’harmonies et d’ambiances qui en résulte n’est pas anodine : elle sert la volonté du groupe
                                     de proposer un voyage uniquement auditif au public, un parcours où ce dernier occupera une place active car il devra tout
                                     décoder, décortiquer, déceler de la subtilité de chaque note jouée à chaque mot chanté et ce, afin de comprendre les tenants
L’Escume des nuits n°50 Avril 2011




                                     et les aboutissants du récit mis en musique.

                                     Car les musiciens ne proposent pas une histoire racontée de manière linéaire. De nombreux allers-retours sont effectués
                                     entre les séances d’hypnose de 1999 et les évènements tragiques de 1928. Le seul moyen pour l’auditeur de les percevoir (et
                                     ainsi de comprendre l’œuvre !) est de tendre l’oreille aux paroles1, aux différents thèmes et motifs musicaux qui se répètent
                                     ainsi qu’aux différents sons ajoutés dans la trame musicale et qui sont autant de balises pour l’auditeur (coups de feu pour
                                     l’assassinat, cris d’orgasme féminin2 pour symboliser l’adultère ou encore extraits de radios annonçant la mort de Kennedy Jr.
                                     pour avertir l’auditeur que nous sommes en 1999, …).

                                     Au final, cet album s’avère être une montagne. Surprenant et fascinant, il invite l’auditeur dans un thriller musical difficile
                                     mais haletant. Privé de tous les indices, le récepteur ne pourra se fier qu’à l’instinct de son oreille pour dénouer le mystère qui
                                     entoure Nicholas. Un personnage vecteur d’une musique tortueuse et de paroles d’une rare puissance poétique qui constitue
                                     à lui tout seul une invitation au voyage.
                                                                                                                                                                   Hadrien
                                     (Footnotes)
                                     1
                                       Qui ne sont pas présentes dans le livret qui accompagne le CD. Cette absence renforce le sentiment d’immersion force l’auditeur à
        22                           essayer de comprendre les paroles ou à défaut d’apprécier leur musicalité.
                                     2
                                       Je précise à ceux qui me connaissent bien que ce n’est pas à cause de ça que j’adore cet album ^^
                         Les perles des professeurs

Mme Rosier :                                                  M. Preyat :

- « Mes parents n’arrêtait pas de parler des pratiques        « L’hermaphrodisme était un sujet assez
des élèves , j’aurais dû être dégoûtée … Mais en fait,        chaud à l’époque, à tel point qu’on finissait
non. »                                                        directement au bûcher ! »

- «Au début des cours, je fais des plans à suivre mais        « Si on ne voyait qu’un baiser en apparence
je sais bien que je suis la reine des ex-cursus »             au-dessus de la couverture, sous la
                                                              couette en revanche … bref, tous les legos
- « (Son GSM sonne encore) Mes enfants sont en                s’emboîtent ! »
vadrouille et ils m’envoient des SMS pendant les
cours »
                                                              M. Brouwer :
- « Les nains aussi ont commencé petits »
                                                              - « Les poules n’auront pas de dents, enfin,
                                                              sauf OGM improbable.»
- « Margaux Motin, c’est pour les trentenaires et les
dépressifs »
                                                              - « L’âne à la lyre, c’est l’histoire d’un âne
                                                              qui avait une petit queue et qui voulait en
M. Rosier :                                                   avoir une grande »
                                                              .
- « Vous ne lisez pas Amélie Nothomb ? Ouf ! Je suis          - « Et là, il se suicide avec sa dague et
rassuré ...»                                                  forcément le sang gicle ! »

-« Le musée de la Nuit au Musée de Ben Stiller, c’est          M. Van Raemdonck :
pas un vrai musée, c’est un fourre-tout ! »
                                                               - « Si je vais à Paris, Berlin ou Vilvoorde, au
- « ( En parlant du système de Bourdieu) : c’est un            fond ça revient au même, sauf qu’on paye le
grand schéma, très scientifique, on dirait le tableau de       billet de train plus cher … Je dis vraiment
Mendeleïev »                                                   n’importe quoi aujourd’hui ! »
- « On ne vend pas du Proust dans une station-service.         - Quel personnage Dan prend-t-il lorsqu’il
Imaginez la promotion : « Avec trois pleins , obtenez le       donne un exemple en l’illustrant par le jeu
premier tome de la Recherche du Temps Perdu ! » »              Cluedo ? le professeur violet bien sûr !
- « Vous me servez un peu de cobaye. »                                                                           L’Escume des nuits n°50 Avril 2011
                                                               - « Vous êtes un grand “pouet” vous ! »
- « À l’époque, derrière chaque curé se cache non pas          - « Le complément circonstanciel est volage,
un pédophile mais un dessinateur ! »                           et le COD est maqué avec le verbe. »
- « (Son GSM sonne) Excusez-moi, pardon, je vous le            - « Si vous continuez je m’énerve tout rou-
jure, je ne le ferai plus ! »                                  ge, voire, j’entre dans une colère violette »



M. Baker :

- « Vous avez, en commençant ce cours, un capital d’ignorance. Il faut en profiter. »

- « Ils ont tendance à être un peu sales. Au moyen-âge tout le monde l’était mais bon, c’est une question de
degré »                                                                                                          23
Avez-vous votre place pour l’évènement de
              la semaine ?




Comme chaque année, le CROM vous propose de découvrir le talent de jeunes comédiens .

Le lundi 4 et le mardi 5 avril, vous aurez l'occasion d'applaudir une création de Salvatore Di
Bennardo.

Pour plus d’informations, visitez le site www.opac-ulb.com et réservez vos places en envoyant
un courriel à l’adresse suivante : resa.opac@gmail.com (tarif :6 € / 4 € pour les étudiants et les
chômeurs)

				
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