Le Petit Sablon Vub by niusheng11

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									LE PETIT SABLON




VUB – JANVIER 2009
     Une fois n‟est pas coutume : un petit poème en prose afin
     de vous souhaiter une tendre et excellente année 2009 !

                                                       Arthur CHIMKOVITCH


                   Enivrez-vous (Charles BAUDELAIRE)

     Il faut toujours être ivre. Tout est là : c‟est l‟unique question.
      Pour ne pas sentir l‟horrible fardeau du Temps qui brise vos
 épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
      Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.
                             Mais enivrez-vous.


 Et si quelquefois, sur les marches d‟un palais, sur l‟herbe verte d‟un
 fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez,
 l‟ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à
l‟étoile, à l‟oiseau, à l‟horloge, à tout ce ce qui fuit, à tout ce qui gémit,
à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez
quelle heure il est ; et le vent, la vague, l‟étoile, l‟oiseau, l‟horloge, vous
 répondront : « Il et l‟heure de s‟enivrer ! Pour n‟être pas les esclaves
    martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse !
               De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.




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En guise de sommaire :

Rubrique : au fil des idées et des expériences (pp. 4 – 26)
     Kirsten GOOSSENS; Mikaël LICHTERT; Laurence PIRNAY; Alissa
     VROMANT; Melissa SANTAMARIA; Virginie MOLINA CANTOS; Laurence
     LECLAIR

Rubrique culturelle : cinéma, théâtre et littérature        (pp. 27 – 38)
     Audrey DE SMET; Camilia RUYMEN; Déborah DE BOCK; Sophie
     BOUCQUEY; Nourten UNDA;

Rubrique : sérénade de pastiches (pp. 39 – 41)
     Kim COLLEWAERT; Audrey DE SMET; Vi TO PHUONG; Sofie LALEMAN;
     Aline DE WEERDT; Kirsten GOOSSENS; Inge VAN AUDENAERDE;
     Sanne BEVERNAGE; Chloë GEERTS; Liselotte MOENS

Rubrique : dissertation dialectique (pp. 42 – 43)
     Yusuf OKUCU

Rubrique : exercice sur les mots-outils (p. 44)
     Alice VAN DER WIELEN-HONINCKX

Le coin des articles de presse (pp. 45 – 54)
     - Propos recueillis par Morgane Miel, Luc Ferry : « La culture,
     c‟est le salut des enfants ! »                            pp. 45-48
     - Leonardo COUTINHO, « Doit-on tolérer la pratique de
     l‟infanticide ? »                                         pp. 48-50
     - Un collectif de signataires (*), « La sexualité : mon corps
     m‟appartient ! »                                          pp. 51-53
     - Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER, « Offensive contre la
     charia sauce à la menthe »                                pp. 53-54

Le coin des « lectures futures » (pp. 55 – 58)
     - Louise-Anne VERDICKT, Côté terre côté ciel.
     Poèmes, 1996.                                        pp. 55-56
     - Louise-Anne VERDICKT, Le roseau taillé. Poèmes et proses
     poétiques, 2008.                                     pp. 57-58




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Rubrique : au fil des idées, des expériences et des
activités vécues


Kirsten GOOSSENS, La Martinique, vue à travers mes yeux


Moi, relatant mon voyage vers la Martinique, j‟écris: « L‟avion. L‟ennui.
L‟insomnie. Et puis, de l‟autre côté de la fenêtre, la vue. La vue du paradis ».

Cela fait environ six mois que je suis revenue de l‟aventure de ma vie, du
paradis terrestre, d‟une expérience inoubliable, c'est-à-dire, d‟un séjour de
quatre mois en Martinique lors d‟un stage. En y travaillant, enseignant,
dansant, mangeant, conduisant, bref, en y vivant, j‟ai appris à connaître l‟île,
ainsi que ses habitants. Voici, une présentation de la plus belle des îles des
Antilles françaises.

Le premier peuple ayant débarqué en Martinique fut les Arawaks, venus du
Venezuela vers 300 ou 400 avant notre ère. En 295, une éruption de la
Montagne Pelée fit fuir ce peuple, qui vers 1200 sera remplacé par les
Caraïbes ou Kalina, d‟origine Amérindienne.
Le 15 juin 1502, Christophe Colombe arrive au Carbet (une ville située dans
le nord-ouest). Il fit connaissance avec les Caraïbes qui avaient baptisé leur
île, Madinina « l‟île aux fleurs ». Ce grand voyageur adaptera ce nom qui
deviendra alors Martinique.        L‟anthropophagie des habitants fait fuir
Christophe.     C‟est à partir de cette époque que les Espagnols se
désintéressèrent du paradis, qui deviendra sujet de nombreuses dissensions
entre Anglais et Français.
                                               La nouvelle « compagnie des
                                               Isles d‟Amérique » fut fondée
                                               par Richelieu en 1635. Le
                                               Normand        Pierre    Belain
                                               d‟Esnanbuc et une centaine de
                                               compagnons s‟y installent,
                                               près du futur emplacement de
                                               la ville Saint-Pierre. Ce fut le
                                               début de la colonisation
                                               française. Un an plus tard,

                                                   Monument en
                                                   commémoration de
                                                   l’eclavage.
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l‟oncle de d‟Esnanbuc, le capitaine Duparquet est nommé gouverneur par
Richelieu. Ce capitaine travaille alors pour la Compagnie des Isles
d‟Amérique jusqu‟en 1650, l‟année où il achète l‟île entière. Il en restera
maître jusqu‟à sa mort huit ans plus tard. L‟année 1664 est celle où Louis
XIV parvient à racheter la Martinique aux héritiers de Duparquet. En 1642,
le roi autorise le traité qui favorise l‟importation d‟esclaves venus d‟Afrique.
On voit donc augmenter la population des Antilles de 35 000 personnes,
entre 1660 et 1700. À partir de 1685, l‟application du « code noir » est
devenue obligatoire sur l‟initiative de Colbert. Ce code, contient des lois
destinées à réglementer l‟esclavage dans la colonie. Il donne donc un statut
spécial et légal à l‟esclavage.
Ce règlement ne fut néanmoins pas le début de l‟esclavage, l‟utilisation des
Noirs comme serfs avait déjà commencé beaucoup plus tôt. Ainsi, dès que
les Blancs mirent pied sur ces terres exotiques, l‟esclavage commença. En
1537, peu après son introduction dans les colonies des Amériques,
l'esclavage avait été condamné par le pape Paul III mais ses injonctions
n‟eurent pas beaucoup de succès. Cela montre bien que durant la
Renaissance, la papauté n‟avait déjà plus la même puissance que celle qui
était la sienne au Moyen Age.
Au début, la Martinique était considérée comme l‟île du tabac. Peu à peu, la
culture de la canne à sucre a remplacé celle du tabac. Au XVIIIe siècle, ce
sucre a fait la fortune de la Martinique. Grâce à l‟amélioration des
techniques de distillation du jus de canne du Père Labat en 1694, l‟ère de
l‟alcool rejoint celle de l‟or sucré. Cette terre paradisiaque était alors
complètement couverte de sucreries et d‟esclaves (il y avait même plus
d‟esclaves que de colons).

                                     La situation continua à s‟aggraver
                                     jusqu‟en 1848, où Victor Schoelcher
                                     (1804-1893) prépara le décret d‟abolition
                                     de l‟esclavage du 27 avril 1848, lequel
                                     fut confirmé par la Constitution du 4
                                     novembre 1848. Le 23 mai 1848 dans
                                     l‟ancienne capitale, soit Saint-Pierre, le
                                     gouverneur de l‟île proclama ce décret
                                     (cf. document ci-contre).
                                     Schoelcher, devenu député de la
                                     Martinique et de la Guadeloupe, se
                                     battra encore pour l‟application du droit
                                     commun       et     même       pour     la
                                     départementalisation       des     quatre


                                       5
colonies1.
Malheureusement, il échoua, car ce n‟est que
cent ans plus tard que ces « Quatre Vieilles »
deviendront des Départements d‟Outre Mer
français. Entre-temps, la colonie martiniquaise
était peuplée de nouveaux arrivants noirs.
La langue véhiculaire entre ces Noirs est alors
devenue le créole martiniquais actuel.
Depuis la loi du 19 mars 1946, le nouveau
DOM est doté d‟un Conseil régional et d‟un Conseil
général. Ce statut apporte une certaine richesse
économique, mais la situation sociale ne s‟améliore que lentement, et ce, à
cause de nombreux conflits sociaux.
De nos jours, la problématique identitaire martiniquaise n‟a pas été résolue.
L‟assimilation à la culture européenne est encore en contradiction avec leurs
racines et leur mentalité antillaise/africaine.

La petite île française (1 130 km², contenant ± 399 000 habitants) est située
à l‟est de l‟Amérique centrale, notamment dans les Caraïbes entre La
Dominique et Sainte-Lucie (deux territoires anglophones). La Martinique
n‟est surtout pas à sous-estimer, car elle enchante tout visiteur avec sa
diversité sur le plan de la nature. Une grande différence existe entre la
„jungle‟ dans le nord et la « presque savane » ainsi que les plages blanches,
qui semblent avoir été enlevées d‟une carte postale, qu‟on trouve dans le sud
du DOM.
En parlant du nord, il est impossible de ne pas mentionner le volcan
actif « la montagne Pelée ». La dernière fois qu‟il s‟est mis en colère ce fut le
26 mai 1902, où il détruisuit l‟ancienne capitale Saint-Pierre et d‟autres
villages qui entouraient cette montagne / ce volcan. De par les éruptions, le
sable des plages au nord (le Carbet, le Prêcheur, Saint-Pierre, etc.) est de
couleur noire ! Les cendres ont pour toujours noirci ces plages, ce qui est
impressionnant à voir.

La végétation devient, à mesure qu‟on monte vers le nord, de plus en plus
extraordinaire, de plus en plus magnifique, de plus en plus colorée. Des
forêts denses contenant des cascades, des lianes, des cocotiers, des plantes
et des fleurs, ayant des couleurs ravissantes et vives, introuvables en
Europe, font tout de suite penser au décor du film « Tarzan et Jane ». La
nature, parfois un peu sauvage, de ce paradis tropical compte aussi de


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    La Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion.


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nombreux animaux qui l‟enrichissent comme: des colibris, des perroquets,
des serpents, des iguanes, des lézards, des grenouilles, des crabes, des
tortues, etc. Les endroits où il n‟y a pas de forêts sont le plus souvent
transformés en plantations de canne à sucre ou de bananes.
La différence nord - sud est frappante. Tandis que le nord montagneux de
l‟île héberge un opéra de parcs tropicaux, contenant une végétation colorée
et dense, le sud plein de douces collines ne contient pas plus que de
nombreux cocotiers, des plantations et des plages paradisiaques. La saison
sèche est mortelle pour le sud de l‟île (comme le disait souvent Aimé
Césaire), car à cette période-là, l‟endroit aux plages blanches est presque
complètent transformé en désert.
Ce qui est aussi typique pour le sud – de la Martinique –, ce sont les prés où
broutent des vaches ou des chèvres. Un tel paysage pittoresque n‟existe pas
au nord.
Entre les parties nord-sud, au centre donc de la plus petite île française se
trouve la capitale « Fort-de-France ». En entrant dans la ville en bateau, on
voit très clairement d‟où vient ce nom. De loin on aperçoit les vestiges du
Fort Saint-Louis qui date du XVIIe siècle. Comme de nos jours ce monument
historique héberge une partie de l‟armée, il n‟est donc pas accessible au
public. La capitale a obtenu ce titre, quand la Montagne Pelée a détruit
l‟ancienne capitale Saint-Pierre. Abritant quantité de monuments comme la
bibliothèque Schoelcher, le théâtre, l‟église du Sacré-Cœur de Balata, etc., la
ville la plus importante de la Madinina vaut absolument la peine d‟être
visitée.
Tout cela baigne dans un climat extra-doux, car il n‟y a que deux saisons : la
saison sèche ou le carême (de décembre à juin) et la saison humide (de juillet
à janvier). Le carême est une période tranquille où il y a des températures
d‟environ 30°C et presque pas de pluie. La saison humide, par contre, est
marquée par des averses journalières, des tempêtes ou encore pire des
ouragansl. Durant cette période-là les températures sont d‟environ 25
degrés.
Quoi de plus paradisiaque qu‟une île douce aux températures agréables
avec une nature magnifique?

Même si la Martinique est petite, elle affiche tout de même un patrimoine
culturel important. Sur le plan des monuments et des bâtiments, il faut
tenir compte du fait que beaucoup a été détruit par les nombreuses
catastrophes naturelles qui ont régulièrement lieu : des ouragans, des
tremblements de terre, des éruptions. Mais, ce peuple très courageux a, à
chaque fois, essayé de restaurer les monuments les plus importants, comme
la cathédrale ou le grand marché de Fort-de-France. L‟île n‟est donc pas


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riche en monuments, mais propose quantité de musées. Ces temples de l‟art
                               donnent, la plupart du temps, plus
                               d‟informations sur le passé de ce paradis
                               (Habitation Clément (voir la photo), Centre de
                               Découverte des Sciences et de la Terre), sur
                               le peuple (la Savane des Esclaves) ou sur
                               l‟économie locale (Musée de la Banane,
                               Musée du café et du cacao, Maison de la
                               Canne). Des musées des beaux-arts,
                               comme on en trouve en Europe, n‟y existent
                               pas. Parfois, il y a une petite salle dans un
musée, comme je l‟ai vu pendant ma visite à L‟Habitation Clément, où on
expose quelques œuvres d‟un artiste.

Parler de la culture martiniquaise sans mentionner la danse et la musique
traditionnelles, c‟est impossible! Le Carnaval est une fête annuelle d‟une
semaine au mois de février, qui fait bouger toute l‟île. S‟il y a une raison pour
venir en Martinique, c‟est bien le carnaval!
La musique ainsi que la danse ont toujours été omniprésentes dans la vie
des Antillais. Pendant l‟esclavage, le peuple se réunissait après la journée de
labeur pour se ressourcer à travers de longues soirées pleines de musique,
de chants et de danses. Même en pleine journée, les esclaves utilisaient des
rythmes pour faciliter le travail. Pour les Noirs, ces moments de musique
permettaient d‟exprimer leurs tensions et frustrations, ce qui conduisait à la
détente générale.
La danse traditionnelle de la Madinina, c‟est le bèlè, une danse née dans les
plantations et qui depuis quelques années connaît un réveil et un grand
essor. Le petit texte ci-dessous, montre bien l‟importance du bèlè dans la vie
des esclaves: « Le dimanche est un jour de fête chez les esclaves. Ils ont une
véritable passion pour la danse, qui leur offre une rupture avec le labeur, […]
Ils se rassemblent en foule sur les espaces verts ou dans n'importe quelle
petite place, forment un cercle au milieu de la populace et dansent au son de
leur très chère musique en hurlant leurs chants préférés. La musique et la
danse sont toutes deux d'un genre sauvage » Cette dernière phrase montre
bien pourquoi cette danse et cette musique (ainsi que d‟autres) ont été
longtemps condamnées et rejetées par l‟Eglise.
Outre le bèlè, l‟île du rythme connaît nombre d‟autres genres de danses,
comme par exemple, le Zouk et tous ses dérivés : le biguine, la mazurka, la
valse créole quadrille, etc. En dehors de toutes ces danses qui caractérisent
cette île paradisiaque, les danseurs noirs adoptent aussi d‟autres genres
venant du monde entier, un bel exemple est la salsa née à Cuba. Cette


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sensation exotique est hyperconnue et populaire sur la terre coloniale de la
France. La salsa, presque aussi présente que les danses traditionnelles,
connaît son succès grâce à sa sensualité et sa souplesse.
Moi, en voulant m‟intégrer le mieux possible dans la culture du peuple
martiniquais, je me suis inscrite, pendant mon séjour de quatre mois, dans
une école de danse pour apprendre les pas et les mouvements hyperconnus
et compliqués de la danse sensuelle venant de Cuba qui enchante l‟île de
mes rêves. Le bilan de cette aventure dansante? J‟ai suivi de nombreux
cours, j‟ai appris à connaître des tas de gens intéressants car je me suis bien
intégrée dans mon groupe. Et j‟ai même acquis un niveau de base qui n‟est
pas mal du tout! Voir comment les Martiniquais aiment bouger sur la
musique, m‟a appris beaucoup sur ces gens dont le cœur bat au rythme de
                    la musique.
                    Séjourner dans cette île de la danse sans avoir vécu
                    l‟ambiance du rythme noir, c‟est négliger les racines de ce
                    peuple.

                                       Avez-vous déjà entendu parler de la
                                       «yole» ? Une réponse négative est bien
                                       celle que j‟attendais. La yole a la même
                                       importance pour les Martiniquais, que
                                       le football pour les Belges, le rugby
                                       pour les Français et les sports de
                                       combat pour les Japonais. Bref,
                                       comme vous avez déjà compris, la yole
                                       est le sport national du DOM français,
                                       car c‟est le nom d‟un voilier très
                                       particulier. À première vue, une yole
ressemble à un voilier normal, hélas, elle a des qualités extraordinaires qui
la rendent beaucoup plus dure à tenir en main. Ces embarcations sans
quille d‟une dizaine de mètres de long, équipées d‟une ou deux voiles
rectangulaires (qui mesurent entre 35 et 40 mètres carrés), manœuvrées à la
pagaie, contenant un équipage d‟environ 11 hommes sont devenues de
véritables engins de compétition (voir « Le Tour de Yoles » plus loin).
Comment faut-il conduire un tel bateau qui n‟a pas d‟équilibre? Le barreur
ou le patron de la yole dirige les autres membres de l‟équipage qui
manœuvrent les écoutes ou, plus spectaculairement, s‟arc-boutent sur des
« bois-dressés » pour faire contrepoids et donc pour empêcher que la yole ne
chavire lorsqu‟elle commence à gîter un peu trop.
Ayant lieu au cours de la dernière semaine de juillet ou la première d‟août
(les dates changent chaque année un peu), le Tour de Yoles est l‟événement


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sportif de l‟année. Pendant une semaine, de nombreuses yoles font le tour de
l‟île en plusieurs étapes et se battent pour arriver en premier au point de
départ. Ce fameux tour, suivi par chaque Martiniquais sur les plages
d‟embarcation ou sur mer dans l‟un ou l‟autre bateau transformé en boum
flottante, est la raison pour laquelle chaque habitant de l‟île prend congé.
Une fête nationale éclate sur les plages et en mer, car tout le monde vient
encourager son équipe favorite.
Cette semaine de folie et de fêtes fait penser au carnaval, et est à ne pas
rater! Voilà la raison pour laquelle je veux absolument retourner dans cette
île qui m‟a si bien servie de maison pendant mon long séjour là-bas.

La littérature a fait un plus grand progrès que tous les autres arts, pourtant
les premières vraies œuvres littéraires ne datent que d‟après l‟esclavage. Ces
œuvres, surtout les anciennes, ont souvent pour thème l‟histoire du peuple
martiniquais, l‟esclavage, etc. Ce ne sont pas seulement les thèmes des
livres, mais aussi le langage (souvent le créole) qui donnent aux œuvres le
goût typique de ce paradis français. Lire la littérature martiniquaise, pour
qui aime les belles choses, équivaut à lire de grandes œuvres européennes,
avec la chaleur d‟une culture exotique en plus. Ces histoires littéraires ne
sont surtout pas à sous-estimer. Depuis des années l‟île aux fleurs produit
de nombreux artistes littéraires qui font naître à leur tour des perles gagnant
des prix de toutes sortes. Parmi ces artistes de l‟écriture, on a Patrick
Chamoiseau, un écrivain antillais, quasiment inconnu du grand public, qui
a gagné en 1992, le prix Goncourt pour son roman « Texaco ». Voici ce qu‟on
a écrit lors de l‟attribution de ce fameux prix :
« … ce prix symbolisa la reconnaissance d‟un courant littéraire encore trop
considéré comme un courant de “ second rayon ”, celui de littérature
francophone, c‟est-à-dire produite en dehors de l‟hexagone. Il est vrai que
Chamoiseau a commencé par publier en créole dans diverses maisons
d‟édition confidentielles antillaises, avant d‟être révélé en 1986, en publiant
dans la “ prestigieuse ” collection blanche des éditions Gallimard: „Chronique
des sept misères‟. »
                  D‟autres écrivains très importants sont Joseph Zobel, Roland
                  Brival, Suzanne Dracius, etc.
                  Aimé Césaire (1913-2008) (voir photo ci-contre) est sans doute le
                  personnage le plus connu dans l‟histoire et la littérature de
                  la France d‟outre-mer. Aimé Césaire s‟est, pendant toute sa
                  vie, battu pour la „négritude‟, les Noirs avaient légalement les
                  mêmes droits que les Blancs depuis des années, mais les
                  gens de couleur n‟étaient pourtant pas vraiment acceptés.
                  Une brève biographie de ce roi des Noirs expliquera mieux


                                        10
ses réalisations : en tant qu‟élève brillant au Lycée Schoelcher à Fort-de-
France, le jeune Aimé poursuit ses études secondaires à Paris. Il y rencontre
d‟autres jeunes Africains et son ami guyanais Léon Gontran Damas.
Ensemble, ils prennent conscience de leurs racines africaines, qui ne sont
donc pas martiniquaises ou guadeloupéennes. Cette conscience les amène
au fur et à mesure à une autre perception de la situation coloniale. Tout cela
fait naître, quelque temps plus tard, le journal « L‟étudiant noir » dont
Césaire et ses amis antillo-guyanais et africains sont les fondateurs. Dans
les pages de cette revue paraitra pour la première fois le terme „négritude‟.
Ce concept est une vraie réaction à l‟oppression culturelle du système
colonial français. Cette réaction vise deux buts, notamment rejeter le projet
français d‟assimilation culturelle ainsi que la dévalorisation de l‟Afrique et de
sa culture. Le projet de la négritude est donc plutôt culturel que politique.
En 1935, il est admis à l'École Normale Supérieure et en 1936 il commence
la rédaction de son chef-d'œuvre, « Cahier d'un Retour au Pays Natal ». 1941,
est l‟année de naissance de la revue « Tropiques » qu‟Aimé, sa femme et deux
amis font paraître. Ce projet vise la réappropriation du patrimoine culturel
par les Martiniquais. Le passage du maître surréaliste André Breton en
Martinique pendant la Seconde Guerre mondiale, influence énormément la
poésie de ce Noir engagé. Lors de son retour d‟un voyage de six mois à Haïti,
le père de la négritude qui a déjà montré un grand engagement littéraire et
culturel, veut entrer dans la vie politique. Pressé par les élites communistes,
Césaire est élu maire de Fort-de-France en 1945 et le restera jusqu‟en 2001.
L‟année suivante, il deviendra également le député de la Martinique à
l‟Assemblée Nationale et le sera pendant 48 ans. La départementalisation,
vers 1948, des colonies françaises pourra enfin réparer les dégâts de la
colonisation, mais le représentant des Noirs des DOM est conscient du
danger d‟aliénation culturelle qui menace son peuple. La préservation et le
développement de la culture martiniquaise seront à partir de ce moment-là
ses priorités. En dehors de tout cela, il est obligé de voyager régulièrement à
Paris, où il publie la revue « Présence Africaine ». Après, cette revue
deviendra une maison d‟édition qui publiera des travaux littéraires de
nombreux artistes comme Joseph Zobel, Cheick Anta Diop, etc. « Présence
Africaine » contient en 1950 pour la première fois le « Discours sur le
colonialisme » écrit par le maître Césaire. Ce discours est une analyse
implacable de l‟idéologie colonialiste européenne, qu‟il compare avec audace
au nazisme auquel l‟Europe vient d‟échapper. L‟auteur de ce discours violent
rassemble les grands penseurs et hommes politiques français par ce texte
qui montre les origines du racisme et du colonialisme européen. À côté de
cette vie politique bien pleine, il a trouvé le temps d‟écrire de nombreuses
œuvres littéraires comme des recueils de poèmes, des pièces de théâtre, des


                                       11
                                   romans, des essais, des entretiens. Ces
                                   bijoux       littéraires   sont      connus
                                   universellement et traduits dans différentes
                                   langues.
                                   Le 17 avril 2008 à 94 ans, le héros de la
                                   culture noire a quitté son paradis aux
                                   fleurs et son peuple qu‟il a tant aimés.
J‟étais en Martinique quand il est décédé et c‟était comme si le roi des
Antilles françaises était mort. La tristesse de ce peuple m‟a vraiment frappée.
Toute l‟île était en deuil, il y avait un jour de congé pour que chaque
Martiniquais ait l‟occasion d‟aller rendre un dernier hommage à Césaire dans
le plus grand stade de Martinique à Fort-de-France, après que son corps a
fait le tour de la capitale. Cet événement m‟a ouvert les yeux sur les
réalisations de cet homme que je ne connaissais pas avant. Tout le monde
m‟a raconté plein de choses sur lui. Quitter cette île paradisiaque sans
connaître le fondateur de la négritude, c‟était impensable.

Comme l‟île, découverte par Colomb, est devenue une terre française, sa
langue officielle est le français. Par contre, les racines africaines du peuple
ont toujours eu une valeur importante dans la vie quotidienne. Ces racines
non négligeables ensemble avec la langue officielle ont pour résultat un
mélange linguistique, s‟appelant le créole martiniquais. Ce créole est la
langue quotidienne des Français d‟outre-mer, tandis que les instances
officielles de l‟île sont obligées de communiquer en français, comme à l‟école
par exemple.
Par contre, il y a la possibilité d‟étudier le créole à l‟université. On explique
alors l‟origine de la langue, la grammaire, le vocabulaire, les différentes
variations (chaque île des Antilles françaises a un créole qui diffère
(légèrement) des autres), etc. Un collègue à moi, à mon école de stage en
Martinique a fait des études portant sur la langue anglaise, et également sur
le créole. Il ne peut pas enseigner ce dernier, mais considère cette langue
comme un enrichissement de sa propre culture.
Pour vous montrer que le créole est né d‟un mélange de l‟africain et du
français, je propose quelques phrases en créole dont vous allez peut-être
pouvoir déduire le sens (petit conseil, prononcez les locutions):

Créole martiniquais :                               Traduction en français :
   1) Bonjou                                                          bonjour
   2) Bonsoi                                                          bonsoir
   3) sa ou fè ?                                            comment ça va ?
   4) sa ka maché                                           ça va, ça marche


                                       12
   5) pani pwoblem                                          pas de problème
   6) tanzantan                                           de temps en temps
   7) An nou zouké ô swé a                              allons danser ce soir
                                                 (le nom “zouk” = la danse,
                                                 est transformé en verbe)
   8) Mwen aimé ou doudou                                    chérie, je t‟aime



Un petite peu de grammaire sur la langue créole :
« ka » exprime le présent
« ké » ou « kay » ou encore « kéy » exprime le futur
« té » exprime le passé (« ka » est utilisé après pour former l'imparfait)
Exemples :
« mwen ka palé baw » : traduction ==> je te parle (maintenant, présent)
« mwen ké palé baw » : traduction ==> je te parlerai (plus tard, futur)
« mwen té ka palé baw » : traduction ==> je te parlais (j'étais en train de te
parler, passé)



Mon voyage en Martinique fut l‟aventure de ma vie, entre autres parce que
j‟étais la seule étudiante qui partait là-bas. J‟y étais lors de mon dernier
stage en dernière année, de mes études de « professionele bachelor secundair
onderwijs talen Frans-Nederlands ». Ce stage se déroulait, la plupart du
temps, dans un collège au Lamentin, le village où j‟avais mon logement. Un
jour par semaine, j‟ai assisté à des cours à l‟école primaire. En dehors de
cela j‟ai vraiment pu apprendre à connaitre l‟île (j‟y ai tout vu car elle n‟est
pas grande), les gens, la culture, etc. Pour vous donner un exemple, tous les
monuments, bâtiments, etc. que j‟ai nommés dans ce travail-ci, je les ai tous
visités.
Dire que ce séjour fut l‟expérience de ma vie est encore un euphémisme, j‟y
ai appris tant de choses qui ont complètement changé mon regard sur le
monde.
J‟attends donc avec impatience le jour de mon retour en Martinique !




                                      13
Mikaël LICHTERT, L'élan




Durant mes études de laborantin médical, j‟ai eu la chance de pouvoir faire
un stage à l‟étranger, ce que l‟on appelle communément un „erasmus‟. Il
serait plus juste de parler des chances, mais cela m‟emmènerait trop loin du
but premier de ce texte.

Entre l‟Espagne, les Pays-Bas et la Scandinavie, le choix fut assez facile. Les
Pays Bas n‟étant pas très éloignés (en trois heures j‟aurais pu rentrer sur
Bruxelles) et n‟ayant jamais mis les pieds dans un pays scandinave, mon
choix s‟est donc assez naturellement porté sur la Suède. Et, depuis mon
retour, je répète à tout bout de champ que ce fut mon meilleur voyage
jusqu‟à maintenant.

Nous étions cent cinquante étudiants étrangers à l‟Université d‟Örebro et, vu
que le contact était très bon entre nous, les soirées, les sorties entre amis et
les excès n‟étaient pas rares.
Il m‟est en effet arrivé plusieurs fois d‟analyser mes bouillons de culture
(durant mon stage en microbiologie) avec un certaine douleur (et une
douleur certaine) à la racine des cheveux.
Mais comme me l‟a fait remarquer la laborantine en chef le lendemain d‟une
soirée particulièrement bien arrosée, „ si la fête était réussie et que tu t‟es
amusé, il n‟y a pas à avoir de regrets‟.
N‟empêche, je m‟étais juré à ce moment bien précis de ne plus toucher à une
goutte de bière suédoise de ma vie. Heureusement qu‟il s‟agissait d‟un
serment d‟ivrogne, oublié deux jours plus tard.

Mon seul regret est que, durant mon séjour, je n‟ai vu aucun élan. Ces
grands animaux majestueux qui se baladent librement dans les forêts
scandinaves et qui ont, parait-il, une tête de mule inflexible.


                                       14
J‟ai pu éprouver cet entêtement légendaire personnellement. En rentrant de
Stockholm en train (un voyage de deux heures environ), je rêvassais quant
tout à coup, j‟entendis un drôle de bruit. Un bruit qui se rapprochait et que
j‟ai entendu passer sous mon wagon pendant que le train freinait d‟une
manière assez brusque.
Je me rappelle avoir pensé „ça y est, je vais mourir bêtement dans un
accident de train à des milliers de km de chez moi‟, moi qui ai les transports
en commun en horreur. Sublime ironie.

Mais non, le train s‟immobilisa finalement pendant que les derniers
craquements résonnaient encore dans le wagon. Interpellant un des
membres du personnel au vol après une demi-heure d‟attente, j‟ai enfin
compris ce qui s‟était passé : un élan (modèle adulte : plus ou moins 900
kilos) s‟était retrouvé sur les rails et avait décidé que la petite lumière qui
arrivait, là-bas, au loin, ne méritait pas qu‟il s‟écarte pour elle. Au contraire,
la petite lumière (qui approchait à grande vitesse quand même devrait
s‟écarter pour lui.
Moralité : je suis arrivé deux heures plus tard que prévu à la gare et plus de
bus pour me ramener à mon appartement. Il m‟en a coûté une petite
randonnée de sept kilomètres dans la neige tombante et un rhume carabiné
par la suite. Et je n‟avais toujours pas vu d‟élan (entier, s‟entend).



 Laurence PIRNAY : Réflexion sur une pensée de Ralph Waldo
           Emerson touchant à la notion de « bon sens »


Depuis des siècles, la religion, la politique, la morale et bien d‟autres
institutions nous imposent des croyances afin de conjurer le bon sens. L‟être
humain se trouve subjugué de dogmes assortis de sanctions dissuasives si
jamais il lui vient à l‟idée de réfléchir par lui-même. Et c‟est là précisément
que le bât blesse. La faculté de bien juger, aurait-elle été mise à mort ? Le
transcendentaliste américain, Ralph Waldo Emerson, l‟avait bien compris
lorsqu‟il dit que rien n‟étonne plus les hommes que le bon sens.

Tout au long du XIXe siècle, des milliers de gens embarquèrent en direction
du Nouveau Monde. Certains partirent dans l‟espoir d‟y construire une vie
meilleure, d‟y réaliser le fameux rêve américain. D‟autres quittèrent
définitivement leur terre natale dans le but de trouver des horizons plus



                                        15
cléments. Le Vieux Continent n‟offrait guère de liberté pour vivre pleinement
sa confession lorsque celle-ci différait du catholicisme. Il ne restait d‟autre
solution aux téméraires que de partir si par malheur ils osèrent braver
l‟interdit de croire à autre chose. Le tabou suscitant implacablement la
transgression, jamais pareille ferveur n‟avait été déployée pour causer
d‟autres schismes depuis l‟anglicanisme instauré par Henri VIII. Ces
scissions n‟étaient rien de plus que d‟autres dogmes servant à amadouer la
population. La religion représente en effet « l‟opium du peuple », pour
reprendre les termes de Marx, un monde métaphysique inventé de toutes
pièces par l‟homme en vue de maintenir le pouvoir de l‟oligarchie sur les
petites gens. Dans ce monde, l‟instinct apparaît comme un paradis perdu.
Heureux qui comme R. W. Emerson s‟est réjoui d‟être doté de bon sens !

De nos jours, le déclin de la religion dans les pays occidentaux n‟a pas
chassé les doctrines pour autant. Les médias nous embrouillent l‟esprit avec
ce qu‟ils appellent la pensée politiquement correcte. L‟on est montré du
doigt, si l‟on n‟adhère pas à leurs idées. Ce qui est écrit dans les journaux
constitue la seule et unique vérité possible.

Dans la même lignée, la justice se base uniquement sur la législation pour
faire jurisprudence. Il n‟est plus question d‟équité, de bien-fondé, de
conscience morale pour prononcer un jugement. L‟intuition humaine ne
serait-elle plus digne de confiance ?

En revanche, il existe des domaines dans lesquels la sagesse a fort
heureusement subsisté. Les hommes effectuent des études scientifiques où
le discernement a dû primer sur les croyances pour parvenir à des résultats
probants. Grâce à la recherche, nous envoyons des êtres humains sur la
lune, dans l‟espace, nous réalisons d‟énormes progrès en médecine, nous
inventons des véhicules moins polluants et plus performants. Lentement,
nous évoluons vers plus de tolérance envers les mourants qui souhaitent
abréger leurs souffrances. L‟euthanasie relève du bon sens, même si
certaines gens s‟y opposent encore, influencés par une conviction d‟ordre
religieux qui prescrit que Dieu seul peut ôter la vie.

L‟éducation constitue sans aucun doute un autre exemple truffé de
conscience morale dans la mesure où les parents n‟apprennent pas dans les
livres comment élever leurs enfants. Ils se fient entièrement à leur intuition
pour déterminer ce qui est bien pour leurs bambins.

Aussi notre conscience a-t-elle condamné les crimes odieux et abjects


                                      16
perpétrés par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. D‟où les
nombreuses commémorations annuelles organisées afin de ne pas oublier
les horreurs dont sont capables les êtres humains dépourvus de bon sens.

L‟histoire nous démontre que tout doucement nous sommes sur la bonne
voie pour abandonner l‟absurdité et faire place à l‟esprit critique que nous
avions ignoré. Seul l‟éveil, la lucidité peut amorcer la faille qui menacera
l‟édifice de la déraison. C‟est notre capacité à nous poser des questions, au
lieu de croire sans examen, qui nous mènera petit à petit vers le bon sens
pour qu‟un beau jour il devienne tout naturel et cesse enfin de nous
surprendre.



Alissa VROMANT,
Sur le
narcissisme




Le mythe de Narcisse est connu de tous : fils du fleuve Céphise, son sort
avait été prédit par l‟oracle dès sa naissance. Il vivrait longtemps, à condition
qu‟il ne connût jamais son image. En grandissant, il devint un jeune homme
d‟une beauté exceptionnelle. Restant d‟une insensibilité stoïcienne à ses
nombreuses adoratrices – dont la nymphe Echo, qui en mourut – elles se
virent vexées et demandèrent vengeance à la déesse Némésis. Un jour, en
voyant son propre reflet dans une fontaine à laquelle il voulait assouvir sa
soif, il s‟éprit éperdument de lui-même. Ce fut sa perte : ne pouvant se
détacher de cette vue, il mourut de langueur dans cette contemplation.
Alors, à cet endroit, une fleur naquit : le narcisse…

Dans l‟usage quotidien, le nom de ce personnage mythologique a conquis sa
place : narcisse, narcissisme, narcissique. Le premier mot étant une fleur,


                                       17
les deux derniers désignant les personnes égotistes. Le culte du moi – voilà
une notion intéressante – consiste à idéaliser sa propre personne, à analyser
en détails sa personnalité physique et morale. Nous sommes tous un
minimum narcissiques ; cela est élémentaire : un bon amour-propre est le
fondement d‟une bonne santé mentale, sans quoi on frôle le manque de
confiance en soi.
Néanmoins, sous l‟influence de la psychologie, le mot « narcissique » a pris
un sens péjoratif. En psychologie, il s‟agit d‟un terme visant à désigner le
culte du moi devenu excessif. La première caractéristique que les
psychologues attribuent à leur patient est un sens monumental de sa propre
importance : une surestimation de ses accomplissements et de ses talents,
mêlées à une attente d‟être reconnu en tant que supérieur, sans
spécialement le mériter. Deuxièmement, le narcissique dévore des fantaisies
de succès infini et de folies mégalomanes. Aussi le sujet pense-t-il être
spécial et unique, au point de ne pouvoir être compris par personne qui ne
soit d‟un niveau qu‟il estime assez élevé pour lui. À cela s‟ajoute un besoin
monstrueux d‟être admiré. Ces particularités nous amènent tout
naturellement au point suivant : un sentiment que tout lui est dû, et
l‟expectative de jouir d‟un traitement préférentiel.
Les traits suivants réfèrent plutôt au comportement social : le narcissique ne
ressent pas de scrupules à profiter de ses compagnons afin d‟atteindre son
but. De surcroît, il fait preuve d‟un manque d‟empathie : il refuse de
reconnaître les sentiments et besoins des autres. Non seulement envie-t-il
les autres, mais aussi se croit-il envié d‟eux. On notera en dernier lieu un
comportement souvent hautain et arrogant.

Venons-en maintenant à l‟aspect de ce thème que je voudrais mettre en
question : le narcissisme est non seulement un phénomène qui évolue
parallèlement à notre société, il y est aussi étroitement lié. Sous l‟impact du
capitalisme, de nombreux sociologues avaient prévu une unification, une
dépersonnalisation de notre société ; à cette image les écrivains du Nouveau
Roman ont voulu supprimer le protagoniste de leurs œuvres. Cependant,
l‟évolution des médias a fait flamber le nombre de narcissiques parmi nous.
Combien de personnes entretiennent un journal sur la toile ? Ce phénomène
me paraît un cercle vicieux exceptionnellement égotiste. Il suppose la
conviction de la part de la personne que l‟on s‟intéressera à sa vie, qu‟elle
croit spéciale et unique, mais qui en fait est parfaitement ordinaire ; et en
effet son blogue accueille visite sur visite. Sous l‟effet de cette jalousie qui
caractérise le narcissique, il va en effet observer les journaux digitaux des
autres. Ces autres, qui étaient persuadés d‟être enviés, voient alors leur
soupçon confirmé, leur amour-propre exalté. Chacun affirme de plus en plus


                                      18
sa personnalité, les différences qui le rendent unique, et veut partager ceci
avec les autres. N‟est-ce pas là une individualisation plutôt qu‟une
unification ?
Mais peut-être ces deux phénomènes sont-ils conciliables. La mondialisation
est en effet un procès unificateur, les codes sociaux nous indiquent les
attitudes acceptables et celle dont on doit se garder. Ainsi, les vêtements
n‟étant plus si chers qu‟autrefois, nous suivons tous avec plus
d‟acharnement la mode ; les programmes de télévision étant similaires sur
tous les continents, nos pensées et opinions sont influencées de la même
manière. Néanmoins, on ne peut nier la présence du phénomène opposé,
car, dans une société où tout se ressemble, l‟individu se révolte contre cette
similitude imposée. Il se bat pour sa différence, son identité propre. Les
« fashion victims » ont valeur d‟exemple : elles font tout pour attirer le regard
par leur style vestimentaire – qu‟elles veulent unique – pourtant, leur
nombre croissant chaque jour, elles participent elles aussi d‟une certaine
façon à une sorte d‟unification. Chacun essaie de se créer une image, afin
d‟être reconnu du premier regard pour ce qu‟il croit ou voudrait être. Mais
voilà le problème de cette rébellion : pour se différencier des autres, le jeune
reprend une image, un style, une idéologie qui a déjà été créée avant qu‟il ne
se l‟approprie. Il n‟est donc pas réellement unique, et cette tendance
devenant de plus en plus fréquente, son image toute faite devient banale. Les
seuls qui osent vraiment être différents, sont immédiatement indiqués
comme marginaux.
Le rapport de ceci avec ce narcissisme qui nous est propre à tous, réside
dans le fait que ces tentatives de différentiation proviennent inconsciemment
de notre amour-propre. Le narcissisme est le pont qui relie ces deux
processus opposés : nous ne voulons pas ressembler aux autres, nous
choisissons une personnalité que nous trouvons à notre façon supérieure
aux autres, et nous nous l‟approprions. Ainsi, tout ce que nous faisons vient
inconsciemment de cet amour-propre. Si nous commençons des études,
nous le faisons parce que nous voulons nous-mêmes nous perfectionner
dans le domaine de notre choix ; si nous aidons un proche, la raison en est
notre besoin de sa reconnaissance ; même dans les choses les plus évidentes
une base narcissique peut être dévoilée, car si nous mangeons, ce n‟est que
parce que nous ne voulons pas mourir de faim.

Pour conclure, à l‟encontre de la psychologie pour laquelle le narcissisme est
un terme hautement précis, d‟après ma vision du monde, un narcissique –
au sens plus large du mot bien entendu – se blottit dans chacun d‟entre
nous. Ce n‟est donc selon moi que parfaitement logique que notre société soit
fondée sur ce trait humain. Quand la société veut nous priver de ce que


                                       19
nous chérissons le plus, c'est-à-dire de notre identité, notre moi, nous
essayons de nous affirmer comme un individu spécial et unique, et nous
cherchons par tous les moyens à être reconnus comme tels. Car finalement,
si j‟expose ici mon opinion, n‟est-ce pas parce que mon narcissisme me dit
qu‟elle vaut la peine d‟être écrite et surtout d‟être lue ?




Melissa SANTAMARIA, L‟éducation physique et le sport aide-t-elle à
apprendre à se connaître ? Est-ce que pratiquer du sport est
important ?

En août 2008, Marc Tarabella, ministre de la Jeunesse lançait une bombe en
voulant remplacer les cours de religion et de morale par du sport ! Le
ministre de l‟Enseignement Christian Dupont n‟a pas cédé sur la méthode,
mais a reconnu une certaine légitimité dans cette proposition.
L‟éducation physique et le sport sont indispensables au bon fonctionnement
de notre corps. Ils nous aident dans la quête de la connaissance de soi, de ce
que nous sommes réellement. Le sport doit-il se pratiquer régulièrement ?
Existe-t-il des liens entre le physique et le mental ? L‟amateur sportif retire-
t-il des effets bénéfiques de son sport ? Que nous apportent les sports
d‟équipe ? Ces questions sont à la base de ma dissertation sur la
participation de l‟éducation physique et sportive dans la connaissance de soi.

Tout d‟abord, une des qualités fondamentales requises dans la pratique d‟un
sport est la régularité. Sans cela, impossible de progresser. Il faut s‟entrainer
et avoir une volonté tenace, persévérer dans l‟effort, dépasser ses limites
pour au final, être fier et heureux du résultat obtenu.
En effet, la Fédération belge d‟Athlétisme a proposé à des participants
volontaires, ayant au départ une forme physique différente et un âge
différent de relever le défi suivant : moyennant deux entrainements par
semaine, elle garantit à chaque participant de pouvoir courir une distance de
cinq kilomètres en l‟espace de trois mois. Cette perspective alléchante a
suscité la curiosité chez plus d‟un. Si au bout de quelques semaines,
certains auront abandonné, beaucoup tiendront le coup, ne lâcheront pas
prise, suivront les instructions à la lettre et réussiront un magnifique exploit.
Ils auront démontré quelles sont les clefs de la réussite : la volonté, la
régularité, la persévérance.
Par ailleurs, la forme physique est associée à une forme d‟équilibre mental.
Au plus nous améliorons notre condition physique, au plus nous nous
sentons heureux et bien dans notre peau comme l‟affirmait déjà Juvénal


                                       20
dans sa maxime : « Mens sana in corpore sano ». En plus des deux heures
hebdomadaires de gymnastique, une heure ou deux de détente « sport » sont
nécessaires pour rester en forme, se vider la tête, mieux réfléchir et trouver
des solutions à des problèmes après avoir eu l‟esprit saturé et s‟être trouvé
dans une impasse. La détente du sport permet de nous ressourcer, de
repartir sur de nouvelles bases, avec une énergie nouvelle.
Pour cela, il est indispensable de se dépenser, de bouger, bref, de rester en
bonne forme. Cet exemple est de moins en moins suivi par les jeunes
générations, notamment aux Etats-Unis où nous en voyons très clairement
les conséquences.
En effet, les jeunes préfèrent souvent se vautrer des heures entières devant
la télévision plutôt que d‟entretenir leur condition physique. Voilà le début
d‟un cercle vicieux. Ils s‟empiffrent de friandises, d‟aliments gras, grossissent
et ne sont plus intéressés par l‟exercice physique. Et pour en revenir
auparagraphe précédent, il n‟y a pas que le physique qui en prend un sacré
coup. Le moral est aussi atteint. A cause de leur poids, ils deviennent la
risée de tous et se referment sur eux-mêmes.
En outre, les loisirs sportifs nous amènent à mieux connaître nos capacités,
mais aussi nos faiblesses et nos limites. Il faut apprendre à évaluer une
situation, à oser prendre des risques, à devenir plus audacieux pour
atteindre son but.
En effet, beaucoup de sports comportent des risques, notamment la course
automobile, le kayak ou encore l‟escalade. Au départ, nous sommes loin
d‟être à l‟aise, nous avons même peur. Nous devons maitriser des techniques
de plus en plus pointues, nous sommes accompagnés par des moniteurs
chevronnés qui nous apprennent à gérer les risques. Nous pouvons
comparer cet apprentissage aux contacts amicaux que nous créons. Quand
nous rencontrons quelqu‟un, nous ne savons pas quoi dire au début mais de
fil en aiguille, nous tissons des liens forts, nous pouvons nous entraider,
bref, nous devenons comme les doigts de la main. Certains sports nous
semblent faciles, pour d‟autres nous éprouvons plus de difficultés. Le sport
nous apprend à nous connaître nous-mêmes, à connaître nos capacités, nos
faiblesses et nos limites. La pratique d‟un sport exige de la discipline,
beaucoup de courage et de persévérance pour obtenir des résultats. Cela
conduira à nous satisfaire, à nous détendre et, de ce fait, à nous investir de
plus en plus dans un sport que nous aimons.
Enfin, les sports d‟équipe sont un excellent moyen de se découvrir,
d‟apprendre à mieux se connaître et à mieux connaître les autres. Dans une
équipe, tous les membres jouent un rôle important. Chacun doit se sentir
intégré et tout cela se construit dans une bonne ambiance amicale. Lorsque,
par exemple, nous jouons au football, nous devons respecter des règles, ce


                                       21
qui implique le contrôle de soi, le fair-play, l‟esprit d‟équipe, l‟acceptation de
l‟échec, la modestie et la maitrise de ses émotions.

Finalement, l‟éducation physique et la pratique régulière d‟un sport, qu‟il soit
individuel ou collectif, sont une source d‟équilibre physique et mental,
apprennent effectivement à mieux nous connaître, avec nos qualités et nos
défauts. Il faut respecter certaines règles, mais également respecter
l‟adversaire. Jouer en équipe avec d‟autres tissent des liens sociaux
indispensables à une vie harmonieuse en société. Le sport et l‟éducation
physique nous aident à réaliser des performances et à prendre des
responsabilités dans la vie. Tels sont les objectifs principaux et essentiels
que le sport, facteur de cohésion et de croissance, essaye de nous enseigner




Virginie MOLINA CANTOS, Les critères de beautés dans notre société

« Il faut souffrir pour être belle » est un des slogans que les passionnés du
sport peuvent contempler sur une affiche pendant leurs durs efforts dans la
salle de fitness de Healthcity. Une phrase assez banale ? Probablement. Elle
pourrait même être lue sans y donner un soupçon d‟importance, mais est-ce
le cas pour tout le monde ? Ne se fait-elle pas remarquer ? Ne trotte-elle pas
dans l‟esprit de l‟une ou l‟autre jeune fille ? Des interrogations sans réponses
exactes, mais la véritable question que je me pose, est : « Souffrir, est-ce bien
le terme approprié ou ne dirait-on pas mieux se détruire ? »

On vit réellement dans une société perfectionniste dans laquelle chaque être
humain doit de préférence être entièrement exemplaire, admirable et
infaillible. Le stress et la pression nous guident et nous font avancer jour
après jour. Effrayant, non ? On ne s‟en rend pas vraiment compte, mais tel
est le cas. Cependant, quand on ne peut plus fonctionner d‟une telle façon,
quand on lâche prise, on se retrouve seul comme si on vivait en dehors du
globe terrestre. Néanmoins, il y en a qui ne veulent surtout pas se retrouver
dans ce monde à part et ceci peut entrainer de grandes conséquences en
soi : la première chose sur laquelle une personne pourrait se fixer et
retrouver ce contrôle perdu, est son corps. Dès lors, le corps sera l‟objet de
perfection et d‟absolue obsession, et c‟est là que les critères de beauté
rentrent en jeu. Ces critères éphémères, mais qui semblent réels à nos yeux
car que ce soit dans un magazine, à la télévision ou en rue, on y est
continuellement confrontées. Par conséquent, on veut y ressembler et ce qui
commencera avec une privation de nourritures caloriques comme par


                                       22
exemple les biscuits, … prendra la forme de restriction complète de
n‟importe quel aliment. C‟est ainsi que l‟anorexie, qui est un trouble du
comportement alimentaire, apparaitra dans la vie de certaines personnes.
Aujourd‟hui, les chiffres montrent que 0,5 à 1% des jeunes femmes sont
atteintes de cette maladie. Même si ceci est abstrait, ces données ont leur
importance. Car, si l‟on fait le calcul on arrive à 1 fille sur 200 qu‟y serait
atteinte. Une des vies qui est concernée, est celle d‟une proche. Moi, comme
auteur de ce texte, ne pouvant pas imaginer ce qui provoque ce trouble, les
conséquences psychologiques, corporelles, … je me suis vue contrainte de
demander à cette personne un témoignage. Ce qui l‟a poussée à devenir
victime de cette maladie, a été une accumulation de pressions ressenties, de
ne plus pouvoir avancer et particulièrement son mal-être. Elle était devenue
vulnérable sans s‟en rendre compte. Son histoire est avant tout un
témoignage qui a été ressenti comme une mini-thérapie parce qu‟à ce jour
elle n‟admet toujours pas qu‟elle souffre d‟une forme d‟anorexie.
Selon elle, tout aurait commencé le jour où sa maman est partie du domicile
conjugale sans aucune raison, sans un au revoir. Un déchirement cruel qui
a fait que cette jeune fille s‟est vue seule au monde avec un père meurtri au
fond de lui-même. Alors qu‟à 16 ans ses camarades de classes s‟occupaient
d‟eux-mêmes, de leurs sorties, … elle essayait de gérer le quotidien, ses
études, le ménage et son père. À aucun instant, elle a pu se demander ce qui
lui était arrivé. À aucun moment, elle a pu respirer deux minutes et s‟assoir
car le monde ne cessait jamais de tourner. En trois ans, elle n‟a pas craqué
une seule fois. La haine, la douleur, lui donnaient la force d‟avancer sans se
poser aucune question. Mais, y a-t-il à chaque « belle » histoire une jolie fin ?
Non, pour elle la fin était de périr dans cette maladie parce qu‟un beau jour
elle s‟est rendue compte que rien n‟allait plus et qu‟elle avait besoin de
garder l‟illusion de gérer encore tout. Son objectif était, et l‟est encore
maintenant, de maigrir afin d‟être parfaite et aimée par tous et pour cela elle
a arrêté du jour au lendemain de manger pour quelque part tirer la sonnette
d‟alarme envers ses proches et leur montrer son désarroi. Mentalement, elle
se sentait invincible, sauf que son corps ne voulait pas toujours la suivre.
Enfin, voyant le mal qu‟elle faisait autour d‟elle, elle a recommencé à manger
de petites quantités. Est-elle pour autant guérie ? Non, loin de là. Elle
n‟admet toujours pas qu‟elle souffre de ce trouble alimentaire alors que cela
pourrait être le pas vers une « guérison ». Actuellement, elle s‟alimente plutôt
pour faire plaisir et non pas pour se reconstruire.

Pour finir, j‟aimerais vous faire part que si aujourd‟hui j‟ai rédigé ce texte,
c‟est pour pousser un cri envers notre société, envers les gens parce qu‟une
seule personne atteinte d‟un trouble alimentaire, est déjà de trop. Il faudrait


                                       23
vraiment arrêter de miroiter ces critères absurdes, parce que ce qui rend
beau n‟est pas que l‟aspect extérieur, mais un ensemble de caractéristiques.
Chaque personne vaut la peine, qu‟elle ait quantié de défauts ou de qualités.
De plus, la vie est déjà assez compliquée comme cela. Ne méritons-nous pas
un peu de répit et de sérénité ? Moi, je dis que oui et certainement que je ne
suis pas la seule à le penser. En attendant qu‟un jour cela change, n‟oubliez
jamais ceci : qui que l‟on soit, qu‟importe l‟aspect physique que l‟on ait, on
vaut tous la peine d‟être sur cette terre et d‟être connu.




Laurence LECLAIR,
Impressions de voyage :
l‟Equateur.




L‟Equateur, un pays aux diversités naturelles inimaginables, regroupant
montagne, îles tropicales et une jungle amazonienne : paradis aux créatures
mystiques. Pourtant cette richesse géographique ne fait plus le poids face à
l‟industrialisation importée par la société occidentale. Pauvreté, drogue,
pollution et misère sont le résultat d‟une économie inadaptée à ce pays
autrefois berceau de la civilisation Inca. Le quechua, langue de l‟ère inca a
laissé la place à l‟espagnol des conquistadores. Les tribus se sont
progressivement éteintes. Ces dernières ont été remplacées par une
population citadine régentée par la quête incessante de l‟or noir.


Quito, le 14 septembre 2008. Atterrissage sur la plus petite piste d‟Amérique
du sud. Quito : ville pleine de vie, point de retrouvailles entre les
Equatoriens « modernes » et ceux attachés à leur ancienne culture. Ce


                                        24
peuple fier de son histoire souffre pourtant de la maladie la plus répandue
au vingtième siècle : la pauvreté. À chaque feu rouge des femmes vendent
des oranges, des enfants font la roue pour distraire les milliers de
conducteurs contre quelques pièces. Contre toute attente les vitres
remontent malgré la chaleur suffocante. Des petits sacs en plastique noirs
sur le trottoir et des yeux vides témoignent de leur dépendance à une drogue
accessible même aux plus démunis : la colle. Ces enfants volent, cirent les
chaussures. Certains se prostituent afin de pouvoir s‟offrir un peu de
bonheur dans un tube de superglue. L‟accès aux endroits publics leur est
interdit car ils sont estimés dangereux pour la société. Ils sont ainsi mis à
l‟écart et leurs chances de s‟introduire dans la vie active sont réduites à
néant. Quelques-uns d‟entre eux n‟ont même pas de nom. Même ceux qui
ont des parents errent la nuit dans la capitale. Les forces de l‟ordre ont pour
devoir de les ramener dans des centres où un couvert et un lit leurs seront
offert pour la nuit. Autre spectacle très courant, des fillettes en uniforme
d‟école portant leur nouveaux-nés sur le dos car en Equateur l‟avortement
est punissable ainsi que l‟homosexualité.
La constitution qui se voudrait pourtant démocratique ne répond donc plus
aux attentes du peuple. Ainsi un referendum a été mis en place afin de
changer cette constitution. La troisième classe défavorisée tague les murs de
la capitale de slogans tels que « Dale el si a mi lindo Ecuador » (donnez le oui
à mon Equateur chéri) alors que la classe moyenne et les plus aisés clament
« vota no » (votez non). Un changement dans ce sens métamorphoserait la
face de la nation. L‟éducation deviendrait réellement gratuite. Mais alors les
multinationales se verraient dans l‟obligation de payer des taxes élevées
comme dans les pays européens en vue d‟apporter une aide aux petites
entreprises locales. Il n‟est pas rare en effet de croiser à l‟entrée de la jungle
amazonienne de grandes entreprises pétrolières américaines gardées par des
hommes armés de mitraillettes. Heureusement le territoire est assez bien
protégé par le gouvernement afin de sauvegarder la nature et les maigres
tribus vivant encore à l‟état sauvage. Il m‟a été permis de passer 4 jours dans
la jungle à la frontière colombienne, sans eau ni électricité. Je dormais entre
les tarentules dans des huttes perchant à plusieurs mètres de hauteur, car


                                        25
les anacondas et autres caïmans font partie du paysage. Sous une pluie
torrentielle j‟ai eu l‟unique chance de visiter un village de tribu régentée par
un shaman. Dans ces zones retirées, la pauvreté ne se fait pas sentir et il est
crucial de préserver ces habitants ou encore la faune et la flore de toute
influence extérieure. Malheureusement peu d‟endroits sont restés intacts.
Les conditions de vie précaire et l‟américanisation sévissent au travers du
territoire et se répandent comme de la poudre. D‟autres endroits épargnés se
trouvent dans les réserves naturelles en haut de volcans tels que le Cotopaxi
où il est possible de voir galoper des chevaux sauvages et où les enfants
trouvent de petites baies qui leur font office de friandises.
Après des semaines de propagande, pendant lesquelles le président
apparaissait sur toutes les chaînes télévisées pendant des heures, le verdict
est tombé : le peuple a voté pour le changement au grand désarroi de la
classe aisée car une relocalisation massive des multinationales est attendue
ainsi qu‟une hausse du chômage. Mais il est encore trop tôt pour se rendre
compte des conséquences engendrées par la nouvelle constitution, l‟avenir
nous le dira.


Pour ou contre ce chamboulement de la vie législative, une chose est sûre :
un changement est nécessaire. Il nous faut également garder en mémoire
que l‟Equateur est l‟un des pays les plus riches d‟Amérique du sud. Alors
quelle serait la situation en Colombie ? La pauvreté est un fléau que les
empires occidentaux ont importé et ont laissé s‟enraciner dans des pays
pourtant si riches. Malgré tout, ce voyage a laissé en moi une empreinte au
fer rouge car même si les poches sont vides, les cœurs des Equatoriens
débordent d‟espoir et d‟amour pour une patrie dorée.




                                       26
Rubrique culturelle : cinéma, théâtre et littérature


Audrey DE SMET, Compte rendu
d’une exposition : « L’œuvre en
chantier »




                                        Manuscrit de La Légende
                                        d'Ulenspiegel, Ch. de Coster


Depuis le mois de septembre la Bibliothèque Royale de Belgique abrite
l‟exposition « L‟œuvre en chantier. Deux siècles de littérature francophone en
Belgique », organisée par les Archives & Musée de la Littérature à l‟occasion
de leur 50e anniversaire. Dans le couloir tranquille du deuxième étage qui
mène à l‟exposition, certaines photos sont déjà exposées sans le moindre
écriteau d‟explications. Passé la porte affichant le titre de l‟exposition, le
visiteur pénètre dans une sorte de salle labyrinthe où le pêle-mêle de photos
insolites se poursuit sans explications. Toutefois les voix d‟un
enregistrement attirent d‟abord le visiteur vers l‟extrême gauche de la salle.
Un DVD y est projeté en boucle pour trois chaises vides. En prenant la peine
de s‟asseoir le visiteur découvrira douze mini-reportages dans lequel douze
auteurs francophones belges sont interrogés de la même façon à propos de
leurs habitudes d‟écriture, leurs archives et leur relation avec Bruxelles et la
Belgique en général. Je dois malheureusement avouer que seul le nom de
Thomas Gunzig m‟était familier parmi les douze auteurs.

J‟ai donc été rassurée de reconnaître au moins Pascal Vrebos sur une des
photos insolites. Insolites parce que les vingt auteurs dramatiques ont pu s‟y
mettre en scène eux-mêmes. De plus cette mise-en-scène se situe dans un
monde entre la réalité et le rêve. Pascal Vrebos s‟y trouve notamment
réincarné en pharaon. D‟autres images dans le genre dans cette salle
labyrinthe font référence à des histoires connues : Blanche-Neige, Dracula,
Chaperon Rouge etc. Ce sont toutes de belles images, même si certaines mise
en scène sont plus difficiles à comprendre que d‟autres. C‟est à se demander
si l‟entrée dans le monde de rêve de certains des acteurs nous est bien
autorisée ?


                                      27
En laissant dernière soi cette première salle « Voix et portraits » dédiée à la
création et la mise en scène, on entre dans une autre salle – que j‟ai décrit
comme „crypte‟ dans mes notes, mais qui s‟appelle en réalité la Chapelle de
Nassau. Là « L‟atelier de l‟écrivain » s‟offre à nous. Vingt-quatre vitrines
exposent l‟évolution des œuvres d‟écrivains belges des deux derniers siècles.
De Charles De Coster à Michel de Ghelderode en passant par Emile
Verhaeren et Henri Michaux, les vitrines sont à la fois très différentes et très
ressemblantes. J‟ai surtout été impressionnée par le nombre de versions que
les œuvres de ces auteurs ont connues. Dans la vitrine d‟Emile Verhaeren
par exemple se trouvent d‟abord des pages manuscrites puis des pages
imprimées où des corrections ont été apportées et tout à la fin de la vitrine
se trouve l‟œuvre finale, dont le titre a également évolué au fil du temps. Il
en va de même pour La légende d‟Ulenspiegel de Charles De Coster.

Dans d‟autres vitrines il y a également des peintures, croquis ou dessins qui
accompagnent les œuvres écrites. Chez certains auteurs ces croquis
représentent par exemple le décor que l‟auteur a en tête pour sa pièce de
théâtre, pour d‟autres ce sont simplement des élans artistiques ou encore
humoristiques. La vitrine de Christian Dotremont appartient sans doute
plutôt à la dernière catégorie.

En tout cas il est clair qu‟il s‟agit ici d‟un fameux travail d‟archivage.
Certains écrivains allant jusqu‟à noter des idées sur un ticket de métro,
comme Marcel Moreau par exemple. L‟exposition en soi est assez courte mais
le visiteur a de la matière à analyser, surtout s‟il veut essayer de déchiffrer
les pattes de mouches des premières versions manuscrites. D‟autre part
l‟exposition compte des auteurs très variés et peut donc séduire un large
public. En plus de cela, les murs de la Chapelle de Nassau sont tapissés de
cadres qui contiennent toutes sortes d‟œuvres complémentaires. Un regard
vers le haut dévoilera d‟ailleurs encore une vingtaine de bustes et d‟autres
sculptures qu‟on ne pourra malheureusement pas observer de plus près.

Finalement je dois avouer que dans cette pièce également j‟ai été déçue du
nombre d‟auteurs que je connaissais, par rapport au nombre d‟auteurs
exposés. Il semblerait que les titres des œuvres me soient plus familiers que
leurs auteurs. Je trouve cela particulièrement dommage, vu le temps et
l‟énergie requis par l‟écriture. À côté de l‟énorme travail d‟archivage
l‟exposition illustre bien cette éternelle quête d‟amélioration des écrivains.
Ceux-ci passent par une quantité effroyable d‟étapes avant d‟arriver à
l‟œuvre finale. Pour cela je remercie la Bibliothèque Royale d‟exposer toutes


                                      28
ces étapes minutieusement. L‟archivage est une chose qui se perd dans l‟ère
de l‟informatique. La version finale est la seule à être sauvegardée. La vidéo
de la première salle montrait d‟ailleurs que la plupart des écrivains actuels
apprécient le traitement de texte dans leur travail d‟écrivain – ce que je
comprends parfaitement !




Camilia RUYMEN, Compte-rendu d'une exposition: That's Opera




Jusqu'au 31 mars 2009, Tour & Taxis accueille l'exposition That's Opera, qui
fait sa première escale à Bruxelles. C'est le début d'un voyage autour du
monde, de Bruxelles à Saint-Pétersbourg et de New York à Pékin. Elle
s'arrêtera en 2015 à Milan, où elle se transformera en une exposition
permanente. Ce n'est pas par hasard que ce voyage commence en 2008: la
Casa Ricordi, une maison d'édition musicale, plus spécifiquement de
musique d'opéra, fête son deux centième anniversaire. À cette occasion, le
grand public a accès à ses archives pour la première fois. Il découvre qu'une
pièce d'opéra se réalise en cinq étapes. Celles-ci sont figurées par
l'intermédiaire de cinq espaces créés dans des cubes géants: le livret, les
partitions, le décor, les costumes et la mise en scène. Les réalisateurs de
cette exposition ont mis l'accent sur l'aspect interactif, ce qui la rend
accessible à tout le monde: au passionné tout comme à celui qui n'a jamais
mis les pieds dans un opéra.


                                     29
Il me semble intéressant de vous raconter l'histoire des Ricordi en quelques
lignes. La Casa Ricordi a été fondée en 1808 par Giovanni Ricordi. Au début,
les partitions étaient copiées à la main. Très vite, son commerce devint
florissant et cette méthode ne lui permettait plus de suivre les commandes. Il
décida de partir en Allemagne pour y acheter une presse. Dès cet instant, la
maison Ricordi a eu toutes les cartes en main pour devenir la principale
maison d'édition d'Italie, et plus tard même du monde entier. Si aujourd'hui,
le droit d'auteur existe, c'est grâce aux Ricordi. Ils avaient eu l'idée de
racheter les archives d'un théâtre et de faire payer une location à toute
personne qui désirait jouer une de ses pièces, ou une des nouvelles
partitions fournies par les compositeurs qui s'étaient joints à la maison.
Cela avait le grand avantage que la Casa Ricordi pouvait offrir aux
compositeurs une rémunération un peu plus constante. Plusieurs grands
noms, comme Donizetti, Verdi, Puccini,... étaient de bons amis de la Casa
Ricordi.

La structure de l'exposition a été bien pensée. Le visiteur entre dans une
grande salle dans laquelle sont construits cinq espaces sous forme de cubes
géants. Entre ceux-ci, l'histoire de la Casa Ricordi est présentée dans des
parties d'une maison: le salon, le bureau, ... Le premier espace représente la
première phase de la composition d'un opéra: le livret. C'est une chambre
peinte en blanc avec des niches. Dans chaque niche, le visiteur découvre le
résumé d'un opéra: Aïda, Teneke, Tosca, Madama Butterfly, La Bohême et
Falstaff. On y retrouve aussi les livres sur lesquels les opéras se sont basés.
Au milieu de la pièce, est disposé un bureau couvert de lettres authentiques,
par exemple de Puccini à un des Ricordi. Il y a aussi un piano, au dessus
duquel est placé un écran, où on voit le compositeur au travail. On entend
comment il essaie de transformer l'histoire en musique. Le piano sert
d'introduction à l'espace suivant: les partitions. Les livres dans lesquels les
premières partitions d'opéras comme Aïda, La Bohème,... ont été écrits à la
main, y sont exposés. Les uns plus lisibles que les autres. La deuxième
partie est une salle d'orchestre remplie de pupitres sur lesquels sont placées
des partitions. Le pupitre du chef d'orchestre est un écran interactif
permettant au visiteur d'écouter plusieurs extraits d'opéra . On entend la
musique et en même temps on peut suivre la partition, la version imprimée
ou la version écrite à la main, avec toutes les fautes, les corrections,... Un
des murs est un immense écran sur lequel la partition imprimée est projetée,
tout comme l'ombre du chef d'orchestre. C'est une expérience magnifique.

L'espace suivant est celui du décor. Dans cette pièce se trouvent quatre


                                      30
scènes miniatures, de quatre opéras différents. Les visiteurs peuvent
changer les décors et ouvrir les tiroirs qui se trouvent en dessous de la
scène. Dans ces tiroirs se trouvent les dessins représentant les décors et les
attributs pour chaque acte.
Puis, les costumes. Cette pièce contient les esquisses des costumes de
plusieurs opéras. Des films projetés sur des écrans disposés sur une table
au milieu expliquent la fabrication de tous ces costumes.
Le dernier espace est celui de la mise en scène. On entre dans une salle avec
des sièges, comme dans une salle d'opéra. Les écrans, qui forment les murs,
montrent l'opéra, mais aussi ce qui se passe derrière la scène: les
changements de décor,... C'est la fin du voyage à travers la réalisation d'un
opéra.

Personnellement, j'ai beaucoup apprécié cette exposition. Pour les
passionnés de la musique comme moi, c'est une expérience ensorcelante:
voir les partitions authentiques, entendre un artiste qui est en train de
composer la musique pour un opéra, les lettres de Puccini, les dessins pour
les costumes de La Bohème etc. Cette exposition vaut certainement le
détour.




Déborah DE BOCK, Un après-midi avec Constantin Meunier.
Compte- rendu d’une exposition : Meunier à Séville

Constantin Meunier est un peintre et sculpteur belge du dix-neuvième siècle.
Il est né le 12 avril 1831 à Etterbeek et est décédé en 1905 à Ixelles. C‟est
une personne qui a été reconnue en abordant le Réalisme dans ses œuvres.
Nous sommes en pleine période d‟industrialisation. La vie rude des ouvriers
et des mineurs le touche particulièrement, c‟est pourquoi il aborde souvent
le sujet. Il crée des peintures sombres et dramatiques. Il devient le créateur
de l‟art réaliste social. C‟est à la fin du dix-neuvième siècle que Meunier
s‟orienta plutôt vers la sculpture. Le « Marteleur » et « Le Puddleur au
repos », figurent parmi ses œuvres les plus connues. Le « Puddleur » raconte
le travail presque banal d‟un métallurgiste se tenant devant un four
bouillant, remuant le fer encore liquide pour le transformer en fonte, ce qui
demande énormément d‟efforts. C‟est pourquoi il a rendu hommage par la
sculpture à toutes les personnes qui ont souffert et payé de leur vie le fruit



                                      31
de leur travail. Par son œuvre, on remarque aussi que les ouvriers
s‟arrêtaient pour souffler, le regard perdu et souvent triste.

Ce ne sera qu‟en 1896 que Meunier jouira d‟une grande réputation. Cela se
fit lors de sa première exposition personnelle à la galerie parisienne l‟Art
Nouveau. C‟est donc Paris qui a favorisé la vente et la diffusion de ses
œuvres. Les autorités belges lui demandèrent de réaliser une copie de « La
descente de croix » du Bruxellois Pieter De Kempeneer ou de Pedro Campana
car tous les deux ont peint un tableau. La copie avait pour but d‟être
exposée au Musée des Copies. C‟est pourquoi Meunier partit habiter pendant
plus d‟un an dans la ville Espagnole de Séville. C‟est comme cela qu‟il apprit
à connaître les habitants de Séville ainsi que leur culture, leur art. Il peignit
tout ce qu‟il découvrit, car l‟Espagne avait un tout autre mode de vie. Il
aborda toutes sortes de sujets qui ne le laissèrent pas indifférents : les
mendiants, les gens de la rue, les muletiers, les combats de coqs, la corrida,
la fabrique de tabacs, les processions ainsi et le flamenco.

Quand on analyse les tableaux avec attention on remarque qu‟il a voulu
nous faire partager son expérience. Meunier a essayé de reprendre ses joies
ainsi que ses peines. Cet artiste a un grand talent. Ses œuvres dégagent
beaucoup de sentiments. Certains nous font sentir l‟atmosphère des ruelles
de Séville. On ressent le soleil qui brûle, le paysage marqué par la chaleur de
l‟été. À Séville, les mules étaient souvent utilisées pour se déplacer tandis
qu‟en Belgique ces bêtes faisaient déjà partie du passé. Tous les tableaux ne
furent pas uniquement remplis de bonne humeur et de légèreté. Certains
sont aussi macabres lorsque Constantin Meunier dessinait les mendiants et
aveugles qu‟il découvrit notamment.

L‟exposition qui se trouvait au Musée Royal des Beaux-arts de Bruxelles
contenait uniquement des tableaux que Meunier peignit à Séville mais il faut
tout de même préciser que le musée contenait peu de peintures. La
„Descente de Croix‟ reconstituée par Meunier était présente ainsi que
quelques autres tableaux réalisés avec de la peinture à l‟huile. Mais la
plupart du temps, ce fut de nombreux dessins qui furent exposés, lesquels
ont été réalisés avec des fusains et très peu d‟aquarelles.

Je dois avouer qu‟avant avoir vu l‟exposition, Constantin Meunier m‟était
encore totalement étranger. Mais je ne regrette pas du tout avoir été admirer
ses tableaux et dessins aux Beaux-arts. Premièrement, pour le lieu qui est
somptueux et le décor qui est magnifique. Deuxièmement, pour les tableaux




                                       32
qui rendirent l‟endroit encore plus extraordinaires. Meunier n‟a peut-être
rien d‟exceptionnel, mais il reste malgré tout un génie parmi les génies.




Sophie BOUCQUEY, Compte rendu d’une exposition : Ruptures
et Héritages. Les années 70.
                   Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
                           03.10.2008 > 18.01.2009

       Tout d‟abord l‟exposition m‟a attiré par son titre. Si il y a eu rupture
cela signifie qu‟il y a eu un changement. C‟est-à-dire un nouveau courant
qui a bouleversé un courant précédent. Ce changement implique de
nouvelles idées et explore les limites de l‟art. Les artistes des années
septante ont donc une nouvelle façon de voir et de penser l‟art. D‟autre part
l‟héritage de ces artistes français dont certains ont suscité de l‟intérêt en
Belgique, reste impressionnant jusqu‟au jour d‟aujourd‟hui.
       Pendant les années septante beaucoup de nouvelles découvertes
artistiques ont surgi dans le domaine musical et cinématographique. Au
niveau de l‟art visuel on remarque que les artistes cherchent une nouvelle
identité. « Ils remettent en cause les notions de représentation et les
concepts d‟exposition, élargissent le champ des matières et des supports,
tentent de définir un nouveau statut de l‟artiste. »2
       Les onze artistes français exposent leurs œuvres dans un cadre qui
rappelle l‟Europalia France en 1975. La Belgique a été très accueillante aux



2
  Laurent, C. Art français années 70. La libre Belgique.
http://www.lalibre.be/culture/arts-visuels/article/449982/art-francais-annees-70.html
(page consultée le 21 octobre 2008).

                                          33
artistes innovateurs entre autres lors de l‟exposition 12x1 au Palais des
Beaux-Arts. Aujourd‟hui leurs œuvres sont exposées pour faire hommage à
une grande époque d‟artistes qui ont eu l‟audace de s‟exprimer librement.
Malgré le fait que l‟exposition ne soit pas grande en taille, elle fait preuve
d‟une grandeur artistique remarquable. Les œuvres regroupées par artiste
proviennent de différentes collections mais forment néanmoins un ensemble.
                                   En entrant dans la première salle
                             d‟exposition on est immédiatement impressionné
                             par La cabane éclatée de Daniel Buren. Les
                             miroirs projettent les couleurs et jouent un jeu de
                             lumière entre eux. Chaque fois que l‟on essaie
                             d‟analyser l‟œuvre on perçoit notre reflet dans le
                             miroir, ce qui nous implique automatiquement
dans l‟œuvre. On peut marcher au travers de la construction ouverte jusqu‟à
ce que finalement on se retrouve face à notre reflet. Daniel Buren, tout
comme Bernar Venet avec Les trois arcs et Les quatre angles, met en
question les formes et les conceptions de l‟art.
       Claude Viallat, de son côté, a expérimenté avec différentes matières :
Acrylique sur toile en constitue un remarquable témoignage. Tout comme
Niels Torini qui tâche de trouver une nouvelle expression dans la peinture et
dans les empreintes de son pinceau. Honnêtement ces œuvres me semblent
moins surprenantes que les autres.
       François Morellet joue avec les lignes et les
formes. La forme du carré est omniprésente. Un
carré dessiné, un carré en bois, un carré
interrompu, un carré cassé, un carré composé et
un carré en néon. Ces formes inachevées
témoignent des idées que les artistes des années
septante essaient de définir. La beauté artistique
n‟est pas nécessairement complètement achevée.
Les artistes éprouvent leur limites. Jusque où peuvent-ils aller ?
       La deuxième partie de l‟exposition se déroule dans une salle au
premier étage, au dessus de la première salle. Les deux pièces sont reliées,
c‟est-à-dire que de la salle au première étage on a vue sur le côté supérieur
de La cabane éclatée de Daniel Buren. Pour y arriver il faut monter l‟escalier
et passer par l‟exposition permanente de l‟art ancien. Le contraste entre les
deux expositions est frappant.
       Sarkis expose dans la deuxième partie de l‟exposition des années
septante. Il travaille avec des néons verts et rouges. Ces couleurs reviennent
dans la statue en bronze qui tourne autour d‟elle-même au-dessus de la
cage. Sarkis montre une grande opposition entre l‟ancienne statue et les


                                      34
néons modernes. Il mélange ces deux derniers en utilisant le rouge et le vert
dans la statue tout comme dans les néons.
       Tout compte fait l‟exposition Ruptures et Héritages est très
enrichissante parce qu‟elle ouvre l‟esprit. Les artistes français des années
septante sont à la recherche d‟une nouvelle vérité artistique qui se reflète
dans leurs œuvres. Toutes les questions qu‟ils auraient pu se poser font
réfléchir. Comment auraient-ils pu trouver une méthode appropriée pour
exprimer leurs pensées ? Quelles sont les significations de ces formes ? Quel
est leur message ?

Bibliographie
Ruptures et héritages les années 70. France Kunst Art.
http://www.francekunstart.be/Ruptures-et-heritages-les-annees.html (page consultée le 21
octobre 2008).
Les expositions. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. http://www.fine-arts-
museum.be/site/fr/frames/F_expo.html (page consultée le 21 octobre 2008).
Laurent, C. Art français années 70. La libre Belgique. http://www.lalibre.be/culture/arts-
visuels/article/449982/art-francais-annees-70.html (page consultée le 21 octobre 2008).


Nourten UNDA, Compte-rendu
d’une exposition:
L’Exposition CoBrA




A. Introduction

À l‟occasion du 60e anniversaire du mouvement CoBrA, les Musées royaux
des Beaux-Arts de Belgique proposent une exposition retraçant les 3 ans
d‟activités du courant artistique. Celle-ci a débuté le 07 novembre 2008 et se
déroule jusqu‟au 15 février 2009.



                                           35
Au travers de plus de 150 œuvres, le Musée propose un hommage aux
artistes ayant marqué le courant, de 1948 à 1951. Cet hommage s‟articule
autour de plusieurs salles où sont exposés documents d‟époque, toiles,
sculptures, dessins et photographies.

Le choix de cette exposition a été motivé par une véritable passion pour l‟art
et l‟occasion de découvrir un mouvement artistique quelque peu méconnu.
C‟est dans le cadre du cours de Taal en Cultuur van de Francophonie que ce
choix s‟est imposé comme une évidence : le mouvement s‟inscrit tout à fait
dans la Francophonie au sens large du terme puisque né à Paris et axé sur
Bruxelles. De plus c‟est dans un musée bruxellois que l‟exposition est
présentée.


B. Compte-rendu d‟exposition

L‟exposition CoBrA s‟articule autour de plusieurs salles où sont exposées
toiles, sculptures, dessins et photographies.

Avant même de se plonger au cœur des créations artistiques, le Musée offre
aux visiteurs la possibilité de consulter des extraits de revue, de presse, de
textes ou encore des photographies allant des prémices du courant à son
évolution au travers des années.

On y retrouve :

   -   le manifeste des surréalistes-révolutionnaires, Paris - 1948 ;
   -   un tract intitulé : « La cause est entendue » rédigé par des surréalistes-
       révolutionnaires belges. Ce tract finit sur cette phrase : « Le
       surréalisme sera ce qu‟il n‟est plus. » ;
   -   la première page du « Bulletin              international   du   surréalisme-
       révolutionnaire I » - 1948 ;
   -   l‟ « Ode à Marx » - 1948 ;
   -   une des couvertures          de   la    revue   consacrée   au   surréalisme-
       révolutionnaire.

En contournant la pièce, on aperçoit également toute une rangée consacrée
à des projets de couvertures et encarts de Helhesten.

Au milieu de la pièce, des armoires vitrées présentent les affiches, les
invitations ainsi que des photographies des différentes expositions. Sont



                                          36
aussi proposés plusieurs clichés des artistes, seuls et en groupe.

Ces archives constituent en quelque sorte une introduction à l‟exposition
proprement dite. Ils permettent de replacer le courant dans son contexte
historique.

Le mur qui mène aux salles où sont exposées les œuvres est orné de travaux
de Christian Dotremont en collaboration avec Jorn et Corneille. On peut
aussi y voir une chronologie reprenant les événements marquants du
mouvement CoBrA.

Dans les premières salles, on peut découvrir les huiles sur toiles et
aquarelles d‟un des deux femmes appartenant au courant : Else Alfelt. Sa
particularité est de représenter des montagnes.

S‟en suit une série consacrée à Henry Heerup puis une série présentant
l‟œuvre de Pierre Alechinsky.

D‟autres salles présentent des toiles de Claus, Constant et Corneille. Plus
loin, des sculptures de Karel Appel. Des sculptures de la deuxième femme
du mouvement, Sonia Ferlov-Mancobil, suivent ainsi que celles de Reinhard.

Tout au long du parcours, on retrouve encore des œuvres de Jacques
Doucet, Pol Bury et Serge Vandercam.

L‟avant-dernière salle s‟appelle « Travaux à deux ou trois » et présente des
œuvres collectives, par exemple celle née de la collaboration entre Pierre
Alechinsky et Pol Bury.

Enfin, l‟exposition s‟achève par une salle entièrement consacrée à l‟œuvre de
Pierre Alechinsky où la pièce de maître est un paravent géant intitulé :
« Abrupte Fable ».

C. Conclusion

Le mouvement CoBrA ne s‟inscrit pas dans la continuité du surréalisme
sinon dans une optique radicalement différente, le souhait des surréalistes-
révolutionnaires étant de donner une dimension plus humaine à l‟art.

Les toiles ont d‟ailleurs un air enfantin; elles sont hautes en couleurs et les
dessins sont très simples Pareil pour les sculptures et pour les travaux


                                       37
collectifs.

De plus, l‟abondance des œuvres exposées rend compte de la productivité du
mouvement en seulement 3 ans.

Seul bémol ; pour visiter l‟exposition sans audio guide, il faut déjà avoir de
bonnes connaissances sur le mouvement. C‟est pour ça que l‟idéal avait été
de se rendre à la conférence avant de se rendre au Musée.




                                      38
Rubrique : sérénade de pastiches

Quoi de plus noble que ce dévouement ?


Quoi de plus beau que des flocons de neige couvrant le paysage? (Kim
COLLEWAERT)

Se promener de grand matin, pour qui aime la solitude, équivaut à se
promener la nuit, avec la gaieté de la nature en plus. (Victor HUGO)

Faire un tour du monde, pour qui aime découvrir, s‟apparente à regarder un
journal télévisé, avec la dimension de la réalité en plus. (Audrey DE SMET)

Admirer une peinture, pour qui aime l'art, équivaut à lire une histoire, avec
l'immortalité d'une scène en plus. (Vi TO PHUONG)




La chanson, pour qui aime la musique, équivaut à un conte, mais avec une
sonorité en plus. (Sofie LALEMAN)



Duhamel, relatant son arrivée aux abattoirs de Chicago, écrit : « L‟auto. La rue.
Le bruit. Et puis, derrière une porte peinte en rouge, le cri. Le cri des bêtes. »

Barack Obama, relatant sa participation aux élections présidentielles,
explique : « La campagne électorale. L‟énorme pression. L‟élection. Et puis,
pour le monde entier, le discours. Le discours du nouveau président des
Etats-Unis. (Aline DE WEERDT)




                                       39
Astrid, relatant son concert à Gand raconte: Le silence, le public, la
tension. Et puis, après un soupir, les applaudissements. Les
applaudissements libérateurs. (Sofie LALEMAN)



« Mieux que les Tuileries disparues, les partitions de Jacques Offenbach
illustrent, éclairent les grandeurs et les tares d'une époque ».

Mieux que des articles parus dans la presse, les photos prises par les
journalistes illustrent, éclairent les cruautés et l‟inhumanité de la guerre en
Irak. (Kirsten GOOSSENS)

 « Douce et modeste, instruite et spirituelle, rien ne pouvait éclipser Marianina
si ce n'était sa mère ». (BALZAC)

Délicieux et crémeux, sublime et ravissant, personne ne pouvait équivaloir la
mousse au chocolat de ma mère si ce n'était le chef cuisinier de notre
restaurant préféré. (Inge VAN AUDENAERDE)

Concentré et attentif, compétitif et en pleine forme, rien ne pouvait distraire
l‟athlète si ce n‟était une jolie fille. (Sanne BEVERNAGE)



« L‟autre, un ambitieux blessé, devenait à mesure que le jour baissait, plus
aigu, plus sombre, plus taquin ».

Leterme, notre Premier ministre, devenait, à mesure que le ministère
l‟abandonnait, plus isolé, plus impuissant, plus aigri. (Chloë GEERTS)



Il y a des gens qui sont mal logés, mal couchés, mal habillés et plus mal
nourris ; qui essuient les rigueurs des saisons ; qui se privent d'eux-mêmes de
la société des hommes; qui souffrent du présent, du passé et de l'avenir; dont
la vie est comme une pénitence, et qui ont ainsi trouvé le secret d'aller à leur
perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares.

Il y a des gens qui ont trop chaud, trop peur et trop faim;
qui attendent la pluie pour pouvoir se laver; qui positivent la famine
pour ne pas y passer; qui prient le matin, le midi et le soir; dont la
vie est comme le plus grand cadeau, et qui ont ainsi trouvé une raison de


                                       40
vivre: ce sont les gens du Tiers-Monde. (Vi TO PHUONG)

Les gens attendent-ils de tousser pour aller au spectacle ou les spectacles font-
ils tousser ? Je ne saurais le dire au juste, mais mon voisin tousse. Il pourrait
tousser n'importe comment, mais il le fait plutôt dans les moments psychologi-
ques, de façon à m'empêcher d'entendre une réplique décisive. comme il
tousse beaucoup, et que rien ne stimule plus la toux que la toux, il fait
tousser, tout le monde tousse, les gens qui ne toussent pas crient « chut !
chut ! » et l'on entend plus rien. (Daninos)



Les gens attendent-ils de manger pour aller au cinéma ou les cinémas font-
ils manger ? Je ne saurais le dire au juste, mais mon voisin mange. Il
pourrait manger n‟importe quand, mais il le fait plutôt dans les moments
cruciaux de façon à pourrir l‟atmosphère. Comme il mange beaucoup, et que
rien ne provoque plus le snack que le snack, il incite à manger, toute la salle
mange, les gens qui ne mangent pas sortent du cinéma et ne vivent pas une
soirée agréable. (Liselotte MOENS)




                                       41
      Rubrique : dissertation dialectique


Yusuf OKUCU, « Les livres sont la lumière qui guide la civilisation »
(F.D. Roosevelt)


La formule de Franklin Roosevelt selon laquelle « les livres sont la lumière
qui guide la civilisation » contient une ambiguïté qu‟il nous semble
nécessaire d‟éclaircir. L‟argumentation qui suit, aura donc pour but de
clarifier l‟affirmation du président américain. Divisé en deux parties, ce
raisonnement défendra d‟abord les éléments en faveur de la citation et
regroupera ensuite les éléments qui contesteront les dires du grand homme
politique.

Les livres sont des ouvrages qui appartiennent à leur époque, et même,
compte tenu d‟une sensibilité plus vive de leurs créateurs, qui peuvent
refléter étroitement les affaires marquantes de leur temps. Aussi n‟est-il pas
étonnant de voir des ouvrages destinés à la défense d‟une cause politique ou
de courants de pensée. Les ouvrages qui éclairent, illuminent l‟esprit, sont
ceux dont les auteurs ont délibérément défendu une cause juste dans le but
de mener le lecteur à l‟action, ou du moins à la réflexion. Ces écrivains
« engagés » défendent un intérêt qui n‟est pas le leur en dénonçant les
injustices dont les hommes ont été victimes. Ainsi, au dix-huitième siècle, le
grand philosophe des Lumières, Voltaire, prit volontairement parti dans la
célèbre affaire Calas qui symbolisait les erreurs d‟une justice placée sous
l‟influence de l‟intolérance religieuse. En réaction à ce manque d‟équité, le
génie littéraire publia en 1763 un essai intitulé « Traité sur la tolérance à
l‟occasion de la mort de Jean Calas », qui aboutit à la révision du procès,
prélude à la réhabilitation posthume de Calas.
       Si certains ouvrages ont davantage défendu les injustices judiciaires,
d‟autres se sont plutôt consacrés à l‟émancipation d‟un groupe ethnique,
d‟un mouvement, d‟une religion, des classes sociales ou encore de la femme.
« Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir, par exemple, est
incontestablement une des œuvres les plus célèbres et les plus importantes
pour le mouvement féministe. Écrit en 1949, l‟ouvrage a suscité maints
débats polémiques et est encore, de nos jours, employé comme référence
dans le discours féministe.

Toutefois, il est légitime de se demander si toute œuvre se veut la défense

                                     42
d‟une cause politique juste, en particulier si les textes qu‟elle produit,
nonobstant une argumentation complexe, annoncent une vérité fondée sur
des faits. Ainsi, en Chine, au paroxysme de la grande révolution culturelle
dans les années soixante et soixante-dix, tout citoyen chinois devait
impérativement être en possession du Livre Rouge qui regroupait les
citations du président de l‟époque, Mao Zedong. Les peines encourues en cas
d'incapacité à présenter le livre et à le réciter sur simple demande des gardes
rouges pouvaient aller de la punition corporelle immédiate aux travaux
forcés pendant plusieurs années.
       De surcroît, il convient de relever qu‟il existe diverses sortes de
littérature et que certaines ne sont pas écrites dans le but d‟illuminer le
lecteur, mais d‟évoquer la jouissance en manière de délassement. Dans cette
optique, il est difficile de prétendre que la littérature pornographique joue un
rôle crucial au sein de la société et qu‟elle se veut la lumière qui guide la
civilisation.
       Il sied également de mentionner que certaines œuvres dont le contenu
peut donner à diverses interprétations possibles, ont souvent été l‟objet – et
certaines le sont encore – d‟une manipulation fallacieuse par des hommes
voulant profiter de la naïveté des autres. Tel est le cas des ouvrages d‟ordre
religieux. On peut donc conclure que le contenu de certaines œuvres peut,
plutôt que de servir de guide, amener des conflits qui perdurent dans notre
société.



Il semblerait donc que les ouvrages des « écrivains engagés » puissent avoir
un rôle de guide à l‟égard de leurs lecteurs contemporains, en défendant une
cause juste ou un courant de pensée dans le but de pousser le lecteur à
l‟action. Néanmoins, il est important de noter qu‟il existe des ouvrages qui
n‟ont aucun autre rôle que le divertissement. D‟autres encore font l‟objet de
conflits d‟interprétation.




                                      43
Rubrique : exercice sur les mots-outils



Alice VAN DER WIELEN-HONINCKX, Sur l’opportunité d’installer
des escalators à la VUB


Les responsables logistiques de la VUB ont parfois des projets bien étranges.
Ils veulent notamment installer des escalators à la place des escaliers dans
le bâtiment D.
Ce projet me semble totalement absurde, puisque la grande majorité des
personnes qui prennent ces escaliers ont moins de 30 ans et demeurent en
parfaite santé. Quant aux personnes handicapées, elles n‟y trouveraient
aucun avantage, compte tenu du fait qu‟il est quasiment impossible de faire
monter une chaise roulante sur un escalator.
D’ailleurs, imaginez-vous les inconvénients qu‟engendrerait une panne de
courrant : rien de plus désagréable que de gravir les marches d‟un escalator
bloqué.
Quoiqu‟une panne se produise rarement et qu‟il serait évidemment moins
fatiguant de monter à l‟aide de cette installation, il n’en demeure pas moins
qu‟il est toujours plus sain de faire un petit effort physique.
Dans cette optique, ce projet semble mettre la condition physique des
étudiants en péril. C’est pourquoi, en somme, je voudrais tous vous
engager à signer ma pétition.




                                     44
Le coin des articles de presse


Propos recueillis par Morgane
Miel, Luc Ferry : « La culture,
c’est le salut des enfants ! »
dans Figaro Madame, le
26.12.08, pp. 54-5.




Mieux qu‟un conte de Noël. Avec le deuxième volume D‟apprendre à
vivre, le philosophe nous invite à la sagesse à travers une relecture des
mythes grecs. Un enseignement éclairé à transmettre à nos enfants.



Madame Figaro. – En pleine crise économique, beaucoup ont abordé les
fêtes de Noël un peu différemment des autres années… Dans ce
contexte, votre livre * résonne-t-il comme une alerte contre le «
consommer-trop » ?

Luc Ferry. - C‟est une des dimensions du livre, en effet. Nous vivons dans
un univers de consommation, lié au progrès de la mondialisation libérale et
régi par l‟injonction d‟« innover ou périr ». Dans cette logique, les parents
tendent, sans y penser, à développer chez leurs enfants l‟envie de
consommer, qui tourne rapidement à l‟addiction. Et un drogué, c‟est
quelqu‟un qui ne peut s‟empêcher d‟augmenter les doses et de rapprocher
les prises, ce qui est aussi la définition d‟un client idéal de supermarché ! Or
plus vous avez de valeurs culturelles fortes, moins vous vous exposez au
manque : le vrai moyen de protéger nos enfants, de les aider à prendre de la
distance, est de les confronter aux grandes œuvres.

Pourtant, aujourd’hui, l’enseignement du grec, du latin et même du
français est particulièrement malmené…




                                      45
C‟est vrai, et en même temps les parents sont inquiets car ils voient bien que
cet univers du zapping permanent n‟est pas fameux pour leurs enfants.
L‟éducation en général repose, au-delà de son rôle dans les sociétés
démocratiques, sur trois piliers : un pilier chrétien – l‟amour -, un pilier juif –
la Loi, qui permet de s‟inscrire dans l‟espace public – et un pilier grec – la
culture. A Noël, je pense qu‟il est vital d‟éviter de couvrir les enfants de
cadeaux qui, à peine déballés, seront aussitôt délaissés au milieu du salon.
Leur lire le soir des contes de fées ou des mythes grecs me semble autrement
plus généreux… C‟est un cadeau pour la vie.

L’apprentissage des textes anciens n’est-il pas avant tout du ressort de
l’école ?

Le rôle de l‟école serait déjà d‟apprendre aux enfants à lire et à écrire – ce
qu‟elle ne parvient pas à faire pour tous – et ensuite de leur transmettre
l‟amour des grandes œuvres – ce qu‟elle fait très mal. Ce n‟est pas
entièrement sa faute : la logique de la consommation et de l‟addiction est
très réfractaire à la lenteur nécessaire à l‟appropriation des textes. Les
grandes œuvres sont comme des palais : on peut les habiter, mais cela prend
du temps.

En quoi la connaissance des mythes aide-t-elle nos enfants à devenir
adultes ?

D‟abord, les mythes grecs ne sont pas écrits uniquement pour les enfants.
Comme les paraboles de l‟Évangile, destinées à tous les âges, ils nous
délivrent une leçon de sagesse. Dans l‟Odyssée, d‟Homère, il y a un passage
qui dit tout : Ulysse, ayant gagné la guerre de Troie, doit affronter de
nombreux obstacles avant de rentrer chez lui, et notamment résister à
Calypso, une déesse sublime ; elle est folle amoureuse de lui, et, pour le
garder sur son île, elle lui propose la jeunesse éternelle. Elle veut qu‟il reste
consommable ! Ulysse refuse : il préfère retrouver sa ville, Ithaque. Son
message est le suivant : mieux vaut une vie de mortel réussie qu‟une vie
d‟immortel ratée. Et qu‟est-ce qu‟une vie de mortel réussie ? Ce n‟est pas un
tremplin vers l‟éternité, qui reste l‟apanage des dieux ; mais une vie où l‟on
accepte la mort, la condition humaine, une vie où l‟on a trouvé son « lieu
naturel », sa place dans l‟ordre cosmique.

C’est-à-dire ?

Pour les Grecs, le cosmos, l‟ordre du monde, est éternel. Quand on s‟est
ajusté à sa place dans cet ordre du monde, on devient de fait un fragment


                                        46
d‟éternité. La mort alors n‟a rien de très grave. Il y a là, à mon sens, une
véritable spiritualité laïque : il faut chercher soi-même la « vie bonne », et
cette quête ne passe pas par les dieux, qui laissent les humains la mener
seuls. Ce message trouve tout son écho dans notre société actuelle, laïque.

Quels autres     enseignements      pouvons-nous     tirer   de   ces   mythes
fondateurs ?

Le message d‟Ulysse est une incitation à élargir notre horizon. Ulysse cumule
les épreuves, il les recherche. Il n‟était pas obligé de s‟arrêter sur l‟île des
Cyclopes ni d‟écouter le chant des Sirènes. Ce n‟est pas un James Bond de
l‟époque, mais un homme d‟expérience, comme Victor Hugo à la fin de sa vie
: il a tout connu, tout aimé, et ça lui met dans l‟œil quelque chose qui est la
séduction même. Ce message redonne ses lettres de noblesse à la
connaissance, au courage de la connaissance, et les enfants le comprennent
parfaitement !

La mythologie est donc une histoire de frontières à franchir, et de
dépassement…

Le mythe d‟Ulysse délivre un message actuel : on peut rester accroché à son
rocher toute sa vie, ou, comme lui, faire un long voyage. Qu‟est-ce qu‟un
voyage, sinon une trajectoire par laquelle on s‟arrache à sa particularité ?
Quand vous apprenez une langue étrangère, vous vous arrachez à la
particularité de ne parler que le français. C‟est douloureux. Mais le résultat,
c‟est que vous accédez à plus de communication avec les autres et à plus
d‟humanité.

Vous avez écrit ce livre pour vos filles (7 ans et 9 ans)...
J‟ai véritablement testé ce livre sur mes filles. Quand je leur raconte les
mythes grecs, elles adorent ça !

Pourtant, ils sont extrêmement violents, ils parlent de sexe, de guerre,
de mort…

C‟est justement cela qui les intéresse ! Bruno Bettelheim l‟écrit dans
Psychanalyse des contes de fées : ces derniers, comme les mythes, ne
doivent pas être édulcorés. Parler aux enfants de la violence de la vie, des
combats, de la guerre les libère de leurs pulsions violentes. C‟est très
apaisant pour eux. Et pour nous aussi.




                                      47
Le regard d’un père sur ses filles est constitutif de leur confiance en
elles. A travers ces mythes racontés à vos filles, qui voulez-vous les
aider à devenir ?

On ne sait jamais ce que va donner une éducation. Je souhaite juste que
mes filles aient les armes nécessaires, la lucidité pour comprendre le monde,
se comprendre elles-mêmes, et devenir les femmes qu‟elles ont envie d‟être.

Quelle grille de lecture nous donnent les mythes pour comprendre la
violence du monde, les attentats en Inde, la crise économique ?...

On ne gagne rien à perdre la distance qui nous sépare des Grecs. Leur
monde n‟est pas le nôtre. Pour les comprendre, il faut accepter le
dépaysement, et observer comment ils répondaient à des questions
atemporelles, comme le courage, l‟arrachement à soi ou l‟amour.

Que nous disent-ils, justement, de l’amour ?

Qu‟il faut, en amour, accepter l‟irréversibilité de la vie. Dans le mythe
d‟Orphée et Eurydice, Orphée cède à l‟amour passion. Cet attachement rend
insupportable la disparition de l‟autre. Quand Eurydice meurt, Orphée, pour
la revoir, est prêt à traverser les Enfers. Les dieux acceptent qu‟il en reparte
avec elle à condition qu‟il ne se retourne pas pour la regarder. Bien sûr,
Orphée va céder à la tentation ; et Eurydice mourir une seconde fois. Qu‟est-
ce que cela signifie ? Qu‟en amour, si vous n‟acceptez pas l‟idée de perdre
l‟autre, vous finirez par le perdre de toute façon. C‟est toujours ainsi que les
divorces se mettent en place : quand un des deux ne supporte pas la
possibilité de l‟éloignement de l‟autre. Comme l‟explique la philosophe
Simone Weil dans La Pesanteur et la grâce, la légèreté, c‟est être capable
d‟accepter la possibilité d‟être quitté, de se limiter soi-même pour laisser de
la place à l‟autre. C‟est l‟inverse de la possession.

   (1) La Sagesse des mythes, de Luc Ferry (éd. Plon).



Leonardo COUTINHO, « Doit-on tolérer la pratique de l’infanticide ? » dans
Courrier International n° 878, du 30 août au 5 septembre 2007, p. 17.

Dans plusieurs tribus amazoniennes, la communauté impose aux parents
d‟éliminer eux-mêmes les enfants qui naissent mal formés. Une tradition que
certains anthropologues défendent au nom de la défense des cultures
indiennes.


                                      48
Hakani est née en 1995 dans la tribu des Indiens Suruuarrás, qui vivent
pratiquement coupés de toute civilisation dans le sud de l‟Amazonie. Elle a
été condamnée à mort à l‟âge de 2 ans, parce qu‟elle présentait un retard de
croissance par rapport aux autres enfants. Ses propres parents ont été
chargés d‟exécuter la sentence. Il leur a fallu donc préparer le timbó, un
poison obtenu à partir de la macération d‟une plante appelée cipó. Mais, au
lieu d‟obtempérer, ils ont ingéré eux-mêmes la substance.
Ce double suicide a rendu furieux les membres de la tribu, qui ont alors fait
pression sur le frère aîné de Hakani, Aruaji, âgé de 15 ans, pour qu‟il
accomplisse lui-même la besogne. Il a donc assommé sa petite sœur à coups
de bâton et a commencé à l‟enterrer lorsqu‟il l‟a entendue pleurer et l‟a fait
sortir de la sépulture. Voyant la scène, Kimaru, l‟un des grands-pères, a
alors saisi son arc et tiré sur la petite fille. La flèche l‟a atteinte entre l‟épaule
et le cœur. Pris de remords, le vieux Suruuarrá s‟est alors suicidé en
ingérant lui aussi du timbó. La flèche, cependant, n‟a pas tué l‟enfant.

Les Indiens ne sont pas toujours inflexibles

Ses blessures ont été soignées en secret par un couple de missionnaires
protestants, Márcia et Edson Suzuki, qui étaient chargés d‟évangéliser les
Suruuarrás. Ils ont réussi à convaincre les membres de la tribu de laisser la
vie sauve à Hakani, mais celle-ci s‟est retrouvée livrée à elle-même, dormant
dehors. Très affaiblie, elle était déjà âgée de 5 ans lorsque la tribu a autorisé
les missionnaires à la conduire à l‟hôpital de Ribeirão Preto, à São Paulo.
Hakani pesait alors 7 kg et mesurait 69 centimètres, ce qui correspond à la
constitution d‟un bébé de 7 mois. Les médecins ont découvert que ce retard
de croissance était dû à une hypothyroïdie, un dysfonctionnement facile à
enrayer avec des médicaments. Márcia et Edson Suzuki ont ensuite entamé
des démarches pour adopter la petite Indienne. La demande, déposée auprès
du Tribunal de justice d‟Amazonie, est restée bloquée pendant cinq ans,
parce que l‟anthropologue Marcos Farias de Almeida, qui travaillait pour le
ministère public, a émis un avis défavorable à l‟adoption. Dans sa
déclaration, l‟anthropologue affirmait que le fait d‟avoir empêché l‟assassinat
d‟Hakani constituait une menace pour la culture suruuarrá. Il soutenait que
cet acte barbare était “une pratique culturelle chargée de sens”.
Contrairement à ce que semble croire cet anthropologue, les Indiens de cette
tribu ne sont pas toujours aussi inflexibles. En 2003, une Suruuarrá
nommée Muwaji a donné le jour à une petite fille, Iganani, atteinte de
paralysie cérébrale. Le village a exigé qu‟elle soit tuée. Muwaji a refusé
d‟exécuter la sentence et a réussi à convaincre la tribu de faire soigner


                                         49
l‟enfant à Manaus et à Brasilia. Il y a deux ans, les Suruuarrás se sont à
nouveau trouvés face à une mère qui refusait de tuer sa fille hermaphrodite,
Tititu. La tribu a consenti à ce que l‟enfant puisse être soignée par des
Blancs. Tititu a donc bénéficié d‟une chirurgie correctrice à São Paulo. Une
fois cette anomalie éliminée, l‟enfant a finalement été acceptée par les
habitants du village.
L‟élimination des nouveau-nés qui peuvent poser problème est chose
commune dans certaines espèces animales. Les chimpanzés et les gorilles
abandonnent leur progéniture lorsqu‟elle présente des malformations. C‟était
également une pratique répandue chez les hommes, dans les civilisations
anciennes. A Sparte, cité-Etat de la Grèce antique qui se distinguait par son
organisation militaire, l‟infanticide permettait d‟éliminer les enfants qui ne
pourraient pas devenir de bons soldats.
Chez les Indiens du Brésil, l‟infanticide a été aboli au fur et à mesure de leur
acculturation. Il se perpétue malgré tout, principalement dans les tribus les
plus reculées – et avec l‟appui de certains anthropologues et la tolérance de
la FUNAI (Fondation nationale des Indiens). Il est ainsi pratiqué par treize
ethnies brésiliennes au moins. L‟une des seules études sur le sujet a été
réalisée par la Fondation brésilienne de la santé, qui estime que 201 enfants
ont été tués entre 2004 et 2006, chez les seuls Yanomamis. Il y a trois mois,
le député Henrique Afonso (PT-AC) a présenté un projet de loi prévoyant un
an et demi de prison pour l‟“homme blanc” qui n‟interviendrait pas pour
sauver des enfants indiens condamnés à mort. “Le Brésil condamne la
mutilation sexuelle des femmes en Afrique, mais permet la violation des
droits de l‟homme dans ses propres villages. Chez nous, seul l‟infanticide des
Blancs est un crime”, déclare Afonso. Durant trois semaines, notre journal a
tenté d‟obtenir une déclaration de la FUNAI à propos du projet de ce député
et des histoires dont il est question dans notre reportage. La Fondation n‟a
pas donné suite et ne nous a fourni aucune explication. Dans des
déclarations non officielles, ses anthropologues ont fait appel à l‟argument
absurde de la préservation de la culture indienne. La FUNAI ferait mieux
d‟écouter Débora Tan Huare, une Indienne qui représente 165 ethnies dans
le cadre de la Coordination des organisations indiennes de l‟Amazonie
brésilienne : “Notre culture n‟est pas figée et ce n‟est pas lui faire violence
que de corriger ce qui est mauvais en elle. La violence, c‟est de continuer à
accepter que l‟on puisse tuer des enfants.”




                                      50
Un collectif de signataires (*), « La sexualité : mon corps
m’appartient ! » dans Le Soir, 05.12.07, p. 19.


La lutte en faveur de la libération sexuelle correspond à une lente
progression vers la liberté. Loin de l‟image idyllique d‟une marche irrésistible
vers l‟émancipation complète, cette évolution se heurte encore à des
obstacles, des retours en arrière. Si, depuis quelques décennies, les femmes
disposent plus librement de leur corps, elles doivent encore faire preuve de
vigilance à l‟égard de traditions dégradantes qu‟on souhaite leur imposer
aujourd‟hui, en 2007. Ces remises en cause suscitent notre inquiétude et
celle de toutes ces femmes qui se sont battues pour se réapproprier leur
corps.

Très concrètement, que penser de ces traditions plaçant l'honneur de toute
une famille, de tout un clan, dans la sexualité des femmes, la virginité des
filles ? Que penser de ces intégristes de tous bords qui, par exemple,
harcèlent des institutions publiques comme les hôpitaux ? Ceux-ci sont de
plus en plus confrontés à l‟intrusion de traditions patriarcales rétrogrades de
tous types, poussant le corps médical à modifier son comportement éthique.
Des femmes atteintes du SIDA expliquent à leur médecin qu‟elles ne
souhaitent pas de traitement parce que tel directeur de conscience
autoproclamé leur a garanti une guérison par la prière et le jeûne. Des maris
refusent que leur femme soit soignée par un homme. Des jeunes filles
craignant le scandale, la répudiation familiale, les représailles, demandent
aux médecins des certificats de virginité ou une reconstitution de l‟hymen
pour apparaître vierges devant leur futur époux. D‟autres se voient interdire
de vivre librement la vie de leur choix avec la personne de leur choix.
D‟autres encore, se voient opposer des interprétations rétrogrades de
prescrits religieux interdisant ou décourageant des mariages mixtes. Dans ce
contexte, on peut s‟interroger légitimement sur la possibilité qu‟ont les
femmes de disposer librement de leur cœur, de leurs désirs et de leur corps.
Ces quelques exemples, nullement exhaustifs, montrent à quel point, et de
plus en plus, les individus doivent s‟effacer au profit de communautés niant
leurs droits individuels.

Les traditions qui enferment retentissent également sur des adolescents
ayant du mal à s‟approprier leur corps et leur sexualité. Si certains sont
tiraillés entre une société libre et une structure familiale marquée par le
conservatisme, d‟autres sont confrontés à une surstimulation sexuelle ou à



                                       51
des archétypes marchands parfois dégradants ou violents. Faire silence sur
ces questions ou se contenter de belles postures morales n‟arrange
strictement rien. Alors, au boulot ! Libérons la parole, faisons sauter les
verrous des tabous. Travaillons à ce qu‟ensemble, filles et garçons puissent
mettre des mots sur leurs malaises, sur leurs expériences. L‟éducation
sexuelle n‟est pas un luxe ! Nous voulons qu‟elle retrouve sa place légitime
dans les programmes scolaires et dépasser le stade de l‟information pour
accompagner les adolescents à appréhender une sexualité qu‟ils découvrent
souvent seuls ou trop tôt.

Cette situation ambivalente caractérise aussi ce que vivent gays et
lesbiennes. Depuis plusieurs années, les responsables politiques ont pris
acte des évolutions de la société, malgré les résistances des milieux
conservateurs, en harmonisant la législation à la réalité. De la
dépénalisation de l‟homosexualité au mariage des homosexuels, l‟évolution
légale a largement contribué à améliorer le regard de la société. Pourtant, de
nombreux problèmes graves subsistent : violence physique et verbale à
l‟égard des homosexuels, ou jeunes tétanisés à l‟idée de révéler leur
homosexualité à leurs parents ou à leurs camarades de classe.

Ces exemples montrent la fragilité des progrès accomplis quand il est
question de disposer librement de son corps. Ceux qui sont déterminés à
réintroduire un contrôle rigide sur les femmes, à leur appliquer des normes
archaïques recourent à tous les moyens, même violents et illégaux, pour
aboutir à leurs fins. Dans une société plurielle, cette question ne peut être
évacuée. Elle touche à l‟intégrité physique et morale des individus. Aussi,
nous estimons que l‟autosatisfaction n‟est pas de mise, qu‟il y a encore
beaucoup de travail pour que tous les progrès accumulés en matière de
mœurs et de sexualité soient généralisés à toutes les composantes de la
société. Seule cette généralisation pourra garantir à toutes les femmes et à
tous les hommes sans distinction, la maîtrise d‟un corps qui, d‟instrument
de domination et de souffrance, peut et doit devenir une source de bien-être,
de plaisir, d‟épanouissement. Cela nous regarde toutes et tous !

(*) Comité belge Ni Putes Ni Soumises : Fatoumata Sidibé, Fabienne
Wilputte, Delphine Szwarcburt, Pierre Efratas, Dominique Célis, Jamila
Sim‟Hammed, Claire Maricq, Stéphanie Kairet, Andrea Almeida, Olivier
Azran, Sam Touzani - Institut d‟Humanisme Musulman : Chemsi Cheref-
Khan, Centre Communautaire Laïc Juif : Michèle Szwarcburt, Nicolas
Zomersztajn, David Susskind, Selma Szwarcman, Henri Gutman, Stéphane
Wajskop, Marie-France Botte, Joël Kotek, Willy Wolsztajn, Mirjam
Zomersztajn - Tels Quels, association des gays et des lesbiennes : Michel



                                      52
Duponcelle - Fédération laïque des Centres de Planning Familial : Claire
Oger, et le Dr Hugo Godoy (gynécologue).




Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER, « Offensive contre la
charia sauce à la menthe » dans Charlie Hebdo, mercredi
31.12.08, p. 7.

      Comme au Canada, des militants laïques anglais mènent campagne
      contre l‟existence de cours de justice communautaires basées sur la
      charia.

       « Une loi pour tous ». C‟est sous ce slogan que des féministes et des
laïques sont partis en guerre contre des simulacres de justice qui fleurissent
en Grande-Bretagne : les sharia courts. Des tribunaux communautaires,
tenus au mieux et dans la version light par les Frères musulmans. Quant
au pire, la version carrément hard trash, on la trouve au Tribunal de la
charia fondé par le groupe d‟Omar Bakri, Al Muhajiroun, qui prône le djihad
et a mené campagne contre Salman Rushdie.
       Mais dans tous les cas, ils sont constitués d‟imams rétrogrades qui
appliquent une seule loi, la loi islamique. Au risque d‟être souvent en
contradiction avec le droit familial commun, puisque la charia consacre le
patriarcat au détriment de l‟égalité hommes-femmes. Ainsi, une femme ne
peut hériter que de la moitié des biens d‟un homme, la garde des enfants de
plus de 7 ans va automatiquement au père, les pensions alimentaires sont
plus défavorables aux femmes – l‟homme n‟est tenu d‟épauler son ex-épouse
que pendant quatre mois … « Le problème, c‟est que ces femmes ignorent qu‟il
existe une autre justice, la vraie », explique Maryam Namazie, l‟organisatrice
d‟ « Une loi pour tous ».
       Exemple, cette jeune femme pakistanaise de 13 ans. Sa famille l‟a
mariée par téléphone à un homme de 40 ans, handicapé mental. Mais le
Home Office a refusé de valider l‟union. Pas le conseil islamique de la
charia. Il a convaincu la jeune Pakistanaise que son mariage correspondait
parfaitement aux normes religieuses. Une autre jeune femme de 30 ans a
dû consulter trois imams avant d‟obtenir le divorce religieux d‟avec son
cousin. Des femmes battues se voient très souvent conseillées … de prendre
leur mal en patience.
       Les islamistes soft, comme les frères musulmans anglais, se verraient
bien jouer les médiateurs et demandent de meilleures formations. À les


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écouter, une bonne compréhension de la charia permettrait de lutter contre
les mariages forcés (interdits, en principe, en islam). Ils oublient de dire
qu‟en échange la Grande-Bretagne légitime un droit familial patriarcal,
autorisant entre autres la polygamie ou le fait d‟épouser une mineure …
       Co-organisatrice de la campagne « Une loi pour tous », Gina Khan se
souvient de l‟arrivée en Angleterre de ses parents : « Mon père avait une autre
femme, restée au Pakistan, ma mère s‟est appuyée sur la loi cvile pour le faire
divorcer. Je crains que les nouvelles générations de migrants n‟aient même
plus ce réflexe. » D‟autant qu‟une procédure devant un tribunal islamique
communautaire coûte moins cher de prendre un avocat pour aller devant la
justice anglaise …
       Les féministes et les laïques refusent par principe ces exceptions au
droit familial commun, qui transforment les femmes musulmanes anglaises
en sous-citoyennes. Comme au Canada, le combat est surtout mené par des
féministes de culture musulmane. Dans l‟Ontario, la figure de proue
s‟appelait Homa Arjomand, réfugiée politique d‟origine iranienne. Sans son
énergie et le succès international de sa pétition sur Internet
(www.nosharia.com), le Canada se dotait de tribunaux islamiques. Non
seulement le gouvernement ontarien a finalement reculé, mais il a dû aussi
renoncer à une loi de 1991 validant les arbitrages familiaux de tous les
tribunaux religieux.
       Un exemple qui donne espoir à Maryam Namazie, une autre réfugiée
politique iranienne, mais qui a choisi d‟émigrer en Angleterre. Elle ne
supporte plus de voir le multiculturalisme anglais mis au service de la
ghettoïsation du « deux poids, deux mesures » en matière de droit familial :
« Ces tribunaux sont discriminants et injustes. » Sa campagne a reçu le
soutien d‟organisations laïques, comme la National Secular Society, celui
d‟écrivains comme Ayaan Hirsi Ali ou Taslima Nasreen, ainsi que celui de
Homa Arjomand. Souhaitons-lui le même succès qu‟en Ontario. Même si
l‟Angleterre risque d‟être plus difficile à convaincre. Au pays de
l‟anglicanisme, où le politique n‟a jamais vraiment cessé de flirter avec le
religieux, l‟évêque de Canterbury s‟est d‟ores et déjà prononcé pour la
reconnaissance légale de ces tribunaux islamiques.




                                      54
Rubrique : le coin des « lectures futures »

      Cette rubrique se fixe pour objectif de présenter des textes
contemporains qui pincèrent harmonieusement l'une ou l'autre corde
sensible de leur(s) lecteur(s).



Louise-Anne VERDICKT, Côté terre côté ciel. Poèmes, Gand,
Snoeck-Ducaju & Fils, 1996.


« Le recueil Côté terre côté ciel de Madame Louise-Anne Verdickt, de Gand,
qui est une virtuose de l‟écriture poétique, a été primé et récompensé par
une Médaille de Vermeil, ce qui n‟est pas une mince distinction. Ce poète a
une connaissance sans défaut de toutes les règles de l‟art poétique et une
préférence pour les formes fixes : rondeau, quadrille, dizain, sonnet, sonnet
estrambot, sonnet renversé … La poésie pour elle semble être avant tout un
jeu de l‟esprit qui jongle avec les mots, mais ne laisse transparaître que peu
de chose de sa vie intérieure – excessive pudeur sans doute – si ce n‟est sa
très vaste érudition littéraire. Une si belle maîtrise de la langue française et
des mots mots rares et de la science des vers méritait d‟être saluée. La
Médaille de Vermeil de la toulousaine Clémence Isaure lui dira en sa terre
flamande que son talent est reconnu jusque dans les terres méridionales. »
(Eloge prononcé par Mr le Professeur Dominique Quentin-Mauroy,
professeur à l‟Université de Toulouse-Le Mirail)



Symbole

Je rêvais d‟une noce en fourrure de neige
Aux rubans de soleil, par le vent retroussés …
Puis à l‟aube le givre, ô subtil sortilège,
Sur ma vitre incrusta deux jasmins enlacés.




                                       55
Les anges de Saudemont

En la ville d‟Arras, près du jardin Minelle,
Lors d‟un avril tout neuf lustré comme un blason,
Un rai chinant le jour à fleur de frondaison
Me pria, gracieux, de quitter ma tonnelle.

Je suivis, à l‟écart, ce guetteur sentinelle
Qui m‟ouvrit d‟un doigt d‟or la pieuse maison
Des anges de Saint-Vaast, non pas en oraison
Mais devisant, secrets, de la quête éternelle.

Le visage, le geste, empreints de douce fois,
De lumière vêtus, pareils aux fils de roi,
Ils offrent, de jumeaux, la souriante image.

L‟emblème est séculaire en ce double sarment,
Issu dans le passé d‟un unique ramage :
La cité de la Scarpe et le vieux sol flamand.




                                      56
Louise-Anne VERDICKT, Le
roseau taillé. Poèmes et proses
poétiques, Wetteren, Universa
Press, 2008.




Bonjour

Le réveil raconte en musique
les tremblements syndiqués
de la planète à l‟heure
carillonnante
des actualités.

Les membres des pantins
s‟agitent
selon les rites
du clan, de la tribu, de la cité.

Les masses s‟en vont chômer
à l‟ombre des ormeaux,

tandis qu‟un chien, le poil en berne,
renifle, truffe en terre,
son coin privé des caniveaux.




                                        57
Orientale


Quand sur la harpe du métier
Le jour se vêt de soie safran
Les cils des fleurs frémissent
et, las, le deuil errant
des steppes bleu de nuit se glisse
sous les cyprès.


Une presque-femme aux doigts ailés
Rubane le ciel, le sol, les millénaires
des ancestrales dynasties
et noue, patiente et solitaire,
musiques nomades en Hérati.




                                          58

								
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