Les moyens pour persuader persua
Document Sample


FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 1
Les moyens pour persuader
persuader convaincre, qui fait appel à la raison ;
persuader = émouvoir, séduire, manipuler, orienter le jugement
Il existe trois principaux moyens de persuasion :
les moyens lexicaux,
les tonalités ironique et pathétique,
les procédés rhétoriques et stylistiques.
1. LES MOYENS LEXICAUX
Comment repérer les moyens lexicaux ?
Pour persuader son destinataire, le locuteur a la possibilité de se servir du lexique de deux
façons.
1.1 Le lexique appréciatif
Le locuteur emploie un vocabulaire appréciatif pour désigner de manière négative ce qu’il
critique, et de manière positive ce qu’il défend. Par ce vocabulaire, le locuteur fait partager
une émotion ou un jugement à son destinataire.
Le lexique affectif
Le lexique affectif permet au locuteur de manifester ce qu’il ressent par rapport à une idée
ou à un acte. Il s’agit de tous les mots qui renvoient aux émotions, aux sentiments du
locuteur dans l’énoncé : peur, joie, indignation, colère, etc.
Le locuteur peut également avoir recours aux phrases exclamatives pour exprimer ses
réactions affectives.
EXEMPLE
Quelle joyeuse conception de la vie ! Cette vision de l’homme me remplit d’allégresse !
Le locuteur utilise ici un lexique affectif (« joyeuse », « allégresse ») pour faire partager le bonheur qu’il ressent face à une
conception de la vie. Ainsi, il oriente le jugement de son destinataire en lui communiquant son émotion.
Le lexique évaluatif
Le locuteur dispose d’un lexique évaluatif pour émettre un jugement ou prendre position à
propos d’une idée ou d’un acte. Ce lexique est composé de mots valorisants ou
dévalorisants qui indiquent ce que le locuteur juge positivement ou négativement.
EXEMPLE
Ces banalités échangées à propos des élèves sont inintéressantes.
« Banalités » et « inintéressantes » font partie d’un lexique dévalorisant qui montre que le locuteur refuse les lieux
communs sur les élèves. Le locuteur oriente par ce vocabulaire le jugement de son destinataire.
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 2
Les registres de langue
Le registre familier ou l’utilisation de l’argot permet au locuteur de manifester son mépris
et de le communiquer au destinataire.
EXEMPLE
Vous (les touristes) tartinez sur vos larges mufles ce sourire imbécile et satisfait du bon connard loin de sa bauge, vous
vous dandinez, l’obligatoire boiboîte de coca à la pogne… (F. CAVANNA, Coups de sang - Voir texte complet en Annexe)
L’emploi des mots familiers « tartinez » « boiboîte », et des mots argotiques « connard » et « pogne » communiquent au
lecteur le mépris de Cavanna pour les touristes.
1.2 Les oppositions lexicales
Une des caractéristiques du texte argumentatif est qu’il met en présence deux thèses : la thèse
adverse et la thèse du locuteur. Bien souvent, l’opposition des thèses se retrouve dans
l’opposition de termes ou de champs lexicaux. Ainsi, on peut, en général, relever des champs
lexicaux contradictoires : le premier champ lexical, correspondant à la thèse défendue, est
toujours valorisé, le second, renvoyant à la thèse réfutée, est dévalorisé.
EXEMPLE
Nous (les Chinois) n’éprouvons à l’égard d’un papier d’Occident d’autre impression que d’avoir affaire à une matière
strictement utilitaire, cependant qu’il nous suffit de voir la texture d’un papier de Chine ou du Japon pour sentir une sorte de
tiédeur qui nous met le cœur à l’aise. (Tunichiro TANIZAKI, Eloge de l’ombre - Voir texte complet en Annexe)
Le mot « matière » (banal) s’oppose au mot « texture » (plus raffiné), le mot « utilitaire » s’oppose aux mots « tiédeur », « le
cœur à l’aise » qui évoquent des sensations agréables. L’opposition est renforcée par le « cependant que… ».
2. LES TONALITES IRONIQUE ET PATHETIQUE
L’ironie est un rire destructeur qui dévalorise les thèses adverses et les adversaires. Le
pathétique, au contraire, exprime la douleur et la souffrance du locuteur. Il lui permet
d’émouvoir le destinataire et de lui faire partager son point de vue.
2.1 Comment reconnaître la tonalité ironique
L’ironie consiste à dire le contraire de ce qu’on pense pour se moquer d’une idée, d’un
homme ou d’un acte. Elle est une arme redoutable dans un texte argumentatif : le locuteur
s’en sert pour dénoncer le ridicule de la thèse adverse.
EXEMPLE
Le professeur dit à un mauvais élève : « Le bac est bien sûr un examen sans importance ! »
Les élèves comprennent l’ironie du professeur, qui exprime, ici, le contraire de sa pensée pour se moquer du mauvais
élève.
L’ironie implique la complicité du locuteur et de son destinataire. Ce dernier doit être capable
de comprendre l’intention du locuteur. Ainsi, l’ironie est un moyen efficace de persuasion, car
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 3
elle associe nécessairement le locuteur et le destinataire dans un même rire destructeur. Cette
association se fait toujours aux dépens de l’adversaire contre lequel s’exerce l’ironie.
La tonalité ironique peut se repérer de plusieurs manières.
A. Par les figures de rhétorique
L’antiphrase : figure qui consiste à dire le contraire de ce qu’on pense, tout en faisant
comprendre ce qu’on pense.
EXEMPLE
« Que tu es ponctuel ! », dit Alain à son ami qui est très en retard.
L’euphémisme : figure qui consiste à employer, à la place d’un mot, un autre mot qui
atténue son sens.
EXEMPLE
« Il a commis une petite erreur. », dit Fabrice en parlant d’un meurtrier.
La litote : figure qui consiste à dire le moins, souvent de façon négative, pour exprimer le
plus.
EXEMPLE
« Il ne s’est pas fait prier. », mis pour « il était immédiatement d’accord. »
« Elle a oublié d’être bête. » pour souligner une intelligence évidente.
La périphrase : figure qui consiste à ne pas dire un mot explicitement pour mieux en
dégager les inconvénients ou le ridicule.
EXEMPLE
Voltaire, dans Candide, désigne la prison comme « des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était
jamais incommodé du soleil. »
B. Par le raisonnement par l’absurde
Il s’agit de transformer la thèse dont on veut se moquer en hypothèse, puis d’en tirer les
conséquences les plus ridicules pour montrer l’absurdité de la thèse.
EXEMPLE
« Si Paris était construit à la campagne, l’air y serait plus pur. » Alphonse ALLAIS
C. Par l’intonation et la ponctuation
A l’oral, une simple intonation de voix suffit parfois à manifester l’ironie du locuteur. A
l’écrit, la ponctuation peut souligner l’intention ironique du locuteur : le point d’exclamation
peut exprimer, par exemple, sa moquerie.
EXEMPLE
A – Je suis riche.
B – Tu es riche !
La personne B répète les propos du personnage A. Le simple changement d’intonation, marqué par le point d’exclamation,
manifeste son ironie.
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 4
2.2 Comment reconnaître la tonalité pathétique
La tonalité pathétique se définit par l’expression de la souffrance et de la douleur, physique
ou morale, d’un locuteur qui cherche à susciter la pitié et l’émotion de son destinataire. Cette
tonalité est donc un moyen de persuasion : elle joue sur les sentiments du destinataire pour
qu’il communie avec la souffrance, la colère, la douleur du locuteur et qu’il condamne les
adversaires de ce dernier.
A. Les procédés qui servent à exprimer les émotions du locuteur
Le lexique de la douleur, de la souffrance et de la plainte
Ce lexique permet au locuteur d’exprimer sa douleur et d’émouvoir le destinataire. Il peut
s’agir de souffrance morale ou physique.
EXEMPLE
Dans le discours d’Etienne LANTIER, dans Germinal (voir texte en Annexe), on relève les mots « souffert », « tête basse »,
« misère », « mourir », « affamait », « se soumettre », « faim », « exploités », « misérables » qui appartiennent tous au
lexique de la douleur, de la souffrance physique.
Les phrase exclamatives
Elles transmettent l’émotion du locuteur à propos de ce dont il parle.
EXEMPLE
Pauvres de nous ! Combien de temps faudra-t-il souffrir encore !
B. Les procédés pour amplifier l’émotion du locuteur
Certaines figures de rhétorique permettent d’amplifier la douleur et la souffrance du locuteur,
et de susciter la pitié ou l’horreur du destinataire.
L’hyperbole : consiste à employer des termes exagérés, trop forts par rapport à la réalité
qu’ils désignent.
EXEMPLE
Lorsque ma mère à quitté Paris, j’ai souffert de cet abîme qui nous séparait.
L’énumération simple : consiste à accumuler des termes séparés par des virgules ou reliés
par et.
EXEMPLE
Conduite agressive, insultes, gestes déplacés, attitudes dangereuses, voire criminelles… (Laurent DELMAS, Les fous du
volant - Voix texte complet en Annexe)
La gradation : consiste à énumérer des termes d’intensité croissante ou décroissante.
EXEMPLE
Contestés, suspectés, récusés, ridiculisés, insultés, bousculés, frappés, quand ils ne sont pas assassinés… (début d’un
exposé sur les arbitres au football). Gradation croissante.
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 5
La répétition, l’anaphore : consiste à reprendre plusieurs fois le même mot (en tête de
phrase dans le cas de l’anaphore).
EXEMPLE
« S’il est vrai que… » répété en tête de trois paragraphes successifs dans le texte Contre la machine (voir texte en Annexe)
3. LES PROCEDES RHETORIQUES ET STYLISTIQUES
3.1 Les procédés pour impliquer le destinataire
A. Les pronoms personnels de la 1ère et 2ème personne
Par le « tu » ou le « vous », le locuteur s’adresse directement au destinataire, réel ou
imaginaire, présent ou absent. Ce dernier est alors impliqué dans le texte et doit se sentir
davantage concerné.
Le pronom « nous », lorsqu’il regroupe le locuteur et le destinataire, permet au locuteur de
s’associer avec le destinataire. En général, le « nous » (locuteur+destinataire) s’oppose à un
« il(s) » ou à un « tu » ou à un « vous » qui renvoie alors à l’adversaire.
EXEMPLE
Vous laissez traîner sur nous vos yeux sales… Nous sommes les poissons rouges dans l’aquarium, vos mufles flottent de
l’autre côté de la vitre. (F. CAVANNA, Coups de sang - Voir texte complet en Annexe)
Le pronom indéfini « on » peut jouer le même rôle que « nous », mais aussi le même rôle que
« vous » (renvoie alors à un adversaire indéterminé).
EXEMPLE
On nous fait croire
Que le bonheur c’est d’avoir
De l’avoir plein nos armoires. (Alain SOUCHON, Foule sentimentale)
B. L’apostrophe
Figure qui consiste à interpeller directement le destinataire et qui vise à le prendre à parti, à le
faire réagir.
EXEMPLE
Vous avez suffisamment déjà lu de livres pour savoir que… Vous avez beau n’avoir vécu que dix ou quinze ans, vous
savez déjà que… Vous savez aussi, vous savez d’abord que le voyage – n’importe quel voyage – est avant tout une joie.
(Claude ROY, Le bon usage du monde - Voix texte complet en Annexe)
C. La question rhétorique ou oratoire
Il s’agit d’une affirmation présentée sous forme de question. La réponse est en fait contenue
dans la question. La question oratoire manipule ainsi le destinataire qui ne peut qu’adhérer
aux idées du locuteur.
EXEMPLE
Comment prétendre regarder les choses du dehors ? Ne sommes-nous pas tous touristes ? N’est-ce pas un état aussi
répandu que d’être piéton, citoyen ou usager ? (Roger-Pol DROIT, in Le Monde)
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 6
Moyens pour Moyens pour
discréditer la thèse adverse renforcer une thèse
a. Se moquer de l’adversaire a. Impliquer le lecteur
Utilisation de l’ironie ou de la raillerie utilisation de pronoms personnels de la 1 ère et
éventuellement conjointe à un raisonnement par 2ème personnes
l’absurde, antiphrases, point d’exclamation, utilisation de l’apostrophe
euphémismes, litotes, hyperboles, etc. utilisation de questions rhétoriques
b. Dévaloriser la thèse adverse ou en atténuer la b. Valoriser la thèse
portée
utilisation d’un lexique appréciatif
utilisation de l’euphémisme et de la litote - lexique évaluatif
lexique appréciatif - lexique affectif
- utilisation d’un lexique évaluatif défavorable registre de langue
- utilisation d’un lexique affectif défavorable oppositions lexicales (valorisantes pour la
registre de langue thèse)
oppositions lexicales (utilisation d’un champ oppositions syntaxiques (cadence des phrases)
lexical qui s’oppose à celui utilisé pour défendre répétitions de figures syntaxiques (dont
la thèse opposée) l’anaphore)
oppositions syntaxiques (cadence des phrases) répétitions de mots
répétitions de figures syntaxiques (dont
l’anaphore)
répétitions de mots
c. Exagérer les conséquences et la nocivité de la c. Minimiser les conséquences négatives de la thèse
thèse adverse défendue
utilisation de l’hyperbole et de la gradation utilisation de l’euphémisme et de la litote
utilisation du pathétique
- lexique de la douleur, de la souffrance, de la
plainte
- phrases exclamatives
- apostrophes
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 7
PETITS
EXERCICES
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 8
Lisez l’extrait suivant, puis relevez en deux colonnes les oppositions que l’auteur souligne
entre « la nature » et « la culture ».
e même qu'à l'idée de nature s'oppose celle de culture
comme s'oppose au produit brut l'objet manufacturé ou
bien à la terre vierge, la terre domestiquée, à l'idée de
« civilisation » s'est longuement opposée – et s'oppose
encore dans l'esprit de la plupart des Occidentaux – l'idée
de « sauvagerie » (condition du « sauvage », de celui qu'en latin on
nomme silvaticus, l'homme des bois), tout se passant comme si, à tort
ou à raison, la vie urbaine était prise comme symbole de raffinement
par rapport à la vie, censément plus grossière, de la forêt ou de la
brousse et comme si pareille opposition entre deux modes de vie
permettait de répartir le genre humain en deux catégories : s'il est,
dans certaines portions du globe, des peuples que leur genre de vie fait
qualifier de « sauvages », il en est d'autres, dits « civilisés », qu'on se
représente comme plus évolués ou sophistiqués et comme les
détenteurs et propagateurs de culture par excellence, ce qui les
distinguerait radicalement des sauvages, considérés comme encore
tout proches de l'état de nature.
Michel LEIRIS,
Cinq Etudes d'ethnologie,
Gallimard, 1969
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 9
Relevez les procédés stylistiques utilisés par l’auteur pour valoriser sa thèse.
Les Français se comportent comme
des goujats au volant. Conduite
agressive, insultes, gestes déplacés,
attitudes dangereuses, voire
criminelles... Le fait n'est pas nouveau.
Ce qui l'est, en revanche, c'est que ces
attitudes tendent à se répandre et à devenir monnaie
courante. Qui n'a pas subi, au moins une fois dans sa vie,
la vindicte1 d'un automobiliste mal embouché ? D'un mode
de transport, la voiture semble être devenue un défouloir
où chacun laisse libre cours à ses humeurs et à ses excès.
[ ...]
Ces comportements inciviques ne seraient rien s'ils
n'avaient pas de conséquences dramatiques et ne se
traduisaient pas par une hausse des accidents de la route.
Les derniers chiffres publiés par la Sécurité routière font
nettement état d'une augmentation du nombre des tués sur
les routes : en un an leur nombre a augmenté de près de
3 %.
Le fait est là : la bagnole rend dingue. [...] « Au même titre
que la télévision ou les animaux domestiques, la voiture
fait désormais partie intégrante de la société française »,
analyse le sociologue Denis Mallet.
Laurent DELMAS, « Les fous du volant »,
Quo, n° 27, janvier 1999
vindicte : accusation publique
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 10
Relevez les procédés stylistiques utilisés par l’auteur pour persuader de la véracité de sa
thèse.
Formulez cette thèse (ici implicite).
’avoue qu’il y a eu des temps où la comédie s’est
J corrompue. Et qu’est-ce que dans le monde on ne
corrompt point tous les jours ? Il n’y a chose si
innocente où les hommes ne puissent porter du
crime ; point d’art si salutaire dont ils ne soient
capables de renverser les intentions ; rien de si
bon en soi qu’ils ne puissent tourner à de mauvais
usages. La médecine est un art profitable, et
chacun la révère comme une des plus excellentes
choses que nous ayons ; et cependant il y a eu
des temps où elle s’est rendue odieuse, et souvent
on en a fait un art d’empoisonner les hommes. La
philosophie est un présent du ciel : elle nous a été
donnée pour porter nos esprits à la connaissance
d’un Dieu, par la contemplation des merveilles de
la nature ; et pourtant on n’ignore pas que
souvent on l’a détournée de son emploi, et qu’on
l’a occupée publiquement à soutenir l’impiété.
MOLIERE,
Préface de Tartuffe,
1664
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 11
Commentez les procédés utilisés par Chateaubriand pour faire partager son émotion.
iberté primitive, je te retrouve enfin ! Je passe comme cet oiseau qui vole devant
moi, qui se dirige au hasard, et n'est embarrassé que du choix des ombrages. Me
voilà tel que le Tout-Puissant m'a créé, souverain de la nature, porté triomphant
sur les eaux, tandis que les habitants des fleuves accompagnent ma course, que les
peuples de l'air me chantent leurs hymnes, que les bêtes de la terre me saluent, que les
forêts courbent leur cime sur mon passage. Est-ce sur le front de l'homme de la société,
ou sur le mien qu'est gravé le sceau immortel de notre origine ? Courez vous enfermer
dans vos cités, allez vous soumettre à vos petites lois ; gagnez votre pain à la sueur de
votre front, ou dévorez le pain du pauvre ; égorgez-vous pour un mot, pour un maître ;
doutez de l'existence de Dieu, ou adorez-le sous des formes superstitieuses : moi j'irai
errant dans mes solitudes ; pas un seul battement de mon cœur ne sera comprimé, pas
une seule de mes pensées ne sera enchaînée ; je serai libre comme la nature ; je ne
reconnaîtrai de souverain que celui qui alluma la flamme des soleils et qui d'un seul
coup de sa main fit rouler tous les mondes.
CHATEAUBRIAND,
Voyage en Amérique,
1828
Commentez les procédés utilisés par Victor Hugo pour convaincre ses interlocuteurs.
essieurs, aux époques de discorde, la justice est invoquée par tous les partis. Elle
n'est d'aucun. Elle ne connaît qu'elle-même. Elle est divinement aveugle aux
passions humaines. Elle est la gardienne de tout le monde et n'est la servante de
personne. La justice ne se mêle point aux guerres civiles, mais elle ne les ignore pas, et
elle y intervient. Et savez-vous à quel moment elle y arrive ?
Après.
Elle laisse faire les tribunaux d'exception, et quand ils ont fini, elle commence.
Alors elle change de nom et elle s'appelle la clémence. La clémence n'est autre chose
que la justice, plus juste. La justice ne voit que la faute ; à la clémence, le coupable
apparaît entouré d'innocents ; il a un père, une mère, une femme, des enfants qui sont
condamnés avec lui, et qui subissent sa peine. Lui, il a le bagne ou l'exil ; eux ils ont la
misère.
Ont-ils mérité le châtiment ? Non. L'endurent-ils ? Oui. Alors la clémence trouve la
justice injuste. Elle s'interpose, et elle fait la grâce. La grâce c'est la rectification sublime
que fait à la justice d'en bas la justice d'en haut.
V. Hugo,
Discours à l'assemblée en faveur de l'amnistie,
1876
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 12
Quels sont tous les procédés utilisés par Zola pour donner au discours d’E. Lantier une
tonalité pathétique ?
uoi ! depuis un mois, on aurait souffert inutilement,
on retournerait aux fosses, la tête basse, et
l'éternelle misère recommencerait ! Ne valait-il pas
mieux mourir tout de suite, en essayant de détruire cette
tyrannie du capital qui affamait le travailleur ? Toujours se
soumettre devant la faim, jusqu'au moment où la faim, de
nouveau, jetait les plus calmes à la révolte, n'était-ce pas
un jeu stupide qui ne pouvait durer davantage ? Et il
montrait les mineurs exploités, supportant à eux seuls les
désastres des crises, réduits à ne plus manger, dès que les
nécessités de la concurrence abaissaient le prix de revient.
Non ! le tarif de boisage n'était pas acceptable, il n'y avait
là qu'une économie déguisée, on voulait voler à chaque
homme une heure de son travail par jour. C'était trop cette
fois, le temps venait où les misérables, poussés à bout,
feraient justice.
Emile ZOLA,
Germinal
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 13
CORRIGE POSSIBLE DU TEXTE D’EMILE ZOLA
Ce qu’il faut relever
La tonalité du texte est pathétique. Pour le prouver, il convient de relever les procédés qui
servent à exprimer les émotions du locuteur :
lexique de la douleur et de la souffrance (morale et physique) : « souffert », « tête basse »,
« misère », « mourir », « affamait », « se soumettre », « faim », « exploités »,
« misérables » ;
les phrases exclamatives et les procédés qui servent à amplifier ces émotions ;
les hyperboles : « éternelles misères », « mourir tout de suite », « désastres » ;
gradation croissante : « mineurs exploités supportant à eux seuls les désastres […] réduits
à ne plus manger » ;
Vous pouvez organiser vos réponses en consacrant un paragraphe par catégorie de procédés
repérés dans le texte.
Réponse rédigée
La tonalité du discours d’Etienne est pathétique. Nous étudierons d’abord les procédés qui
permettent au locuteur d’exprimer la douleur et la souffrance des mineurs, puis ceux qui
servent à amplifier ces sentiments.
La douleur et la souffrance des mineurs et du locuteur s’expriment par un champ lexical
précis. Elles sont à la fois physique – « souffert », « mourir », « affamait », « faim », – sociale
– « misère », « misérables », – et morale – « tête basse », « se soumettre », « exploités ». Les
phrases exclamatives renvoient également à une douleur mêlée à de la colère.
Certains procédés contribuent également à amplifier le pathétique du texte : les hyperboles –
« éternelle misère », « mourir tout de suite », « les désastres des crises », – et la gradation
nous montrant des « mineurs exploités » qui se transforment en affamés, accentuent la
souffrance des grévistes.
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 14
TEXTES
D’APPUI
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 15
Textes où les procédés viennent Textes où les procédés permettent
à l’appui de la thèse (explicite) de trouver et de formuler la thèse (implicite)
1. La publicité 1. La vie en ville
ironie, questions faussement naïves qui champ lexical appréciatif permettant de
aboutissent à la formulation de la thèse formuler la thèse (texte assez simple)
2. Le papier 2. Les cancers des mégalopolis
champs lexicaux opposés vocabulaire dépréciatif permettant de formuler
vocabulaire appréciatif (positif/négatif) la thèse
vocabulaire affectif plusieurs champs lexicaux :
comparaisons - la maladie
- l’inhumanité
3. Le cinéma - la dépersonnalisation
hyperbole - le blocage
gradation dans les cadences - l’angoisse
répétitions oppositions lexicales (deux derniers
oppositions lexicales paragraphes)
anaphore
opposition cadences syntaxiques 3. Les sauvages
champ lexical permettant de formuler la thèse
4. La télévision
hyperboles
question rhétorique
ponctuation
opposition champs lexicaux
5. Tout nous prescrit…
ponctuation
oppositions lexicales
registre de langue
anaphores
répétitions
6. Troupeaux
hyperbole
vocabulaire dépréciatif (champ lexical
animalier appliqué à l’homme)
humour (féroce)
registre de langue (familier, voire argotique)
utilisation des pronoms (prise à partie des
« adversaires »)
7. Contre la machine
démonstration par l’absurde (ironie)
anaphore
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 16
8. Texte de Claude Roy (sans titre)
prise à parti du lecteur
anaphore
oppositions lexicales
9. On peut toujours y croire
raisonnement par l’absurde
ton humoristique
10. Les vacances des Français
ironie
hyperboles
exclamations
11. C’est une triste chose…
texte entièrement au « second degré »
12. La mode
utilisation des pronoms personnels pour
impliquer le lecteur
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 17
La publicité
i l’on en croit Gillette, il faut utiliser un rasoir à
S deux lames. Si l’on en croit Philips, son
nouveau rasoir électrique rase mieux, surtout
sous le nez. Alors, que faire ? Eh bien, soit… Profitons des bienfaits
de notre époque : les lames, quand je ne serai pas pressé, le rasoir
électrique en cas de stress. Je possède donc un rasoir électrique qui
rase bien sous le nez et un rasoir mécanique à deux lames. Quel est
l’avantage que je retire d’avoir deux objets pour une même action ? Je
m’interroge. J’ai acheté un rasoir électrique dont le prix
équivaut à dix fois celui du rasoir mécanique. Par
ailleurs, ses lames spéciales valent le double, voire le
triple, du prix d’une lame ordinaire. Si je fais le bilan, je constate que
j’ai dépensé 11 fois le prix de mon vieux rasoir, lequel me convenait
tout aussi bien que l’autre. Alors je me pose la question : La publicité
sert-elle à faire connaître des produits utilisés ou à
susciter chez le consommateur des besoins superflus ?
La réponse est évidente : neuf fois sur dix, la publicité
incite à la surconsommation.
in Structurer sa pensée, structurer sa phrase,
Hachette,
1983
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 18
Le plient et se froissent sans bruit. Le contact en est
doux et légèrement humide, comme d'une feuille
d'arbre.
D'une manière plus générale, la vue d'un objet
étincelant nous procure un certain malaise. Les
Occidentaux usent, même pour la table, d'ustensiles
p d'argent, d'acier, de nickel, qu'ils polissent afin de
les faire briller, alors que nous autres, nous avons
Le papier est, nous dit-on, une
en horreur tout ce qui resplendit de la sorte. Il nous
a invention des Chinois ; toujours est-il
que nous n'éprouvons à l'égard d'un
arrive certes, à nous aussi, de nous servir de
bouilloires, de coupes, de flacons d'argent, mais
papier d'Occident d'autre impression
p que d'avoir affaire à une matière
strictement utilitaire, cependant qu'il
nous nous gardons bien des les polir ainsi qu'ils le
font. Bien au contraire, nous nous réjouissons de
voir leur surface ternir, et le temps aidant, noircir
nous suffit de voir la texture d'un papier
i de Chine ou du Japon pour sentir une
sorte de tiédeur qui nous met le cœur à
tout à fait ; il n'est guère de maison où quelque
servante mai avisée ne se soit fait réprimander pour
avoir astiqué un ustensile d'argent couvert d'une
l'aise. À blancheur égale, celle d'un
e papier d'Occident diffère par nature de
précieuse patine.
celle d'un hôsho1 ou d'un papier blanc
Tunichiro Tanizaki,
r de Chine. Les rayons lumineux
semblent rebondir à la surface du
Eloge de l'ombre,
Ed. P.U.F.
papier d'Occident, alors que celle du
hôsho ou du papier de Chine, pareille à
la surface duveteuse de la première
neige, les absorbe mollement. De plus,
1 Hôsho : papier japonais de haute qualité parfaitement blanc
agréables au toucher, nos papiers se
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 19
'est un divertissement d'ilotes1, un passe-temps
C d'illettrés, de créatures misérables, ahuries par leur
besogne et leurs soucis. C'est, savamment
empoisonnée, la nourriture d'une multitude, que les
puissances de Moloch2 ont jugée, condamnée et qu'elles
achèvent d'avilir.
Un spectacle qui ne demande aucun effort, qui ne
suppose aucune suite dans les idées, ne soulève aucune
question, n'aborde sérieusement aucun problème, n'allume
aucune passion, n'éveille au fond des cœurs aucune
lumière, n'excite aucune espérance, sinon celle, ridicule,
d'être un jour "star" à Los Angeles.
Le dynamisme même du cinéma nous arrache les
images sur lesquelles notre songerie aimerait de s'arrêter.
Les plaisirs sont offerts au public sans qu'il ait besoin d'y "classiques", pour une pièce de Molière, pour un tableau
participer autrement que par une moite et vague adhésion. de Rembrandt, pour une fugue de Bach...
Ces plaisirs se succèdent avec une rapidité fébrile, si Toutes les œuvres qui ont tenu quelque place dans ma
fébrile même que le public n'a presque jamais le temps de vie, toutes les œuvres d'art dont la connaissance a fait de
comprendre ce qu'on lui glisse sous le nez. Tout est moi un homme, représentaient, d'abord, une conquête. J'ai
disposé pour que l'homme n'ait pas lieu de s'ennuyer, dû les aborder de haute lutte et les mériter après une
surtout ! Pas lieu de faire acte d'intelligence, pas lieu de fervente passion. Il n'y a pas lieu, jusqu'à nouvel ordre, de
discuter, de réagir, de participer d'une manière conquérir l’œuvre cinématographique. Elle ne soumet
quelconque. Et cette machine terrible, compliquée notre esprit et notre cœur à nulle épreuve. Elle nous dit
d'éblouissements, de luxe, de musique, de voix humaines, tout de suite tout ce qu'elle sait. Elle est sans mystère, sans
cette machine d'abêtissement et de dissolution compte détours, sans tréfonds, sans réserves. Elle s'évertue pour
aujourd'hui parmi les plus étonnantes forces du monde. nous combler et nous procure toujours une pénible
J'affirme qu'un peuple soumis pendant un demi-siècle sensation d'inassouvissement. Par nature, elle est
au régime actuel des cinémas américains s'achemine vers mouvement ; mais elle nous laisse immobiles. appesantis
la pire décadence. J'affirme qu'un peuple hébété par des et comme paralytiques.
plaisirs fugitifs, épidermiques, obtenus sans le moindre Beethoven, Wagner, Baudelaire, Mallarmé, Giorgione,
effort intellectuel. J'affirme qu'un tel peuple se trouvera, Vinci - je cite pêle-mêle, j'en appelle six, il y en a cent -,
quelque jour, incapable de mener à bien une œuvre de voilà vraiment l'art. Pour comprendre l’œuvre de ces
longue haleine et de s'élever, si peu que ce soit, par grands hommes, pour en exprimer, en humer le suc, j'ai
l'énergie de la pensée. J'entends bien que l'on m'objectera fait, je fais toujours des efforts qui m'élèvent au-dessus de
les grandes entreprises de l'Amérique, les gros bateaux, les moi-même et qui comptent parmi les plus joyeuses
grands buildings. Non ! Un building s'élève de deux ou victoires dans ma vie.
trois étages par semaine. Il a fallu vingt ans à Wagner pour Le cinéma parfois m'a diverti, parfois même ému ;
construire la Tétralogie3, une vie à Littré pour édifier son jamais il ne m'a demandé de me surpasser. Ce n'est pas un
dictionnaire. art, ce n’est pas un art.
Jamais invention ne rencontra, dès son aurore, intérêt
plus général et plus ardent. Le cinéma est encore dans son Georges DUHAMEL,
enfance, je le sais. Mais le monde entier lui a fait crédit. Le Cinéma,
Le cinématographe a, dès son début, enflammé les Scènes de la vie future, 1930
imaginations, rassemblé des capitaux énormes, conquis la
collaboration des savants et des foules, fait naître,
employé, usé des talents innombrables, variés, 1. Les ilotes : esclaves des Spartiates. ils étaient considérés par
surprenants. Il a déjà son martyrologe4. Il consomme une eux comme des hommes sans intelligence et sans culture.
2. Moloch : Dieu cruel ; les "puissances de Moloch"
effarante quantité d'énergie, de courage et d'invention.
symbolisent les puissances du Mal.
Tout cela pour un résultat dérisoire. Je donne toute la
3. La Tétralogie : un ensemble de quatre opéras racontant la
bibliothèque cinématographique du monde, y compris ce légende germanique des Niebelungen.
que les gens de métier appellent pompeusement leurs 4. Martyrologe : liste des martyrs
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 20
Claude Michelet
J'AI CHOISI LA TERRE (EDITIONS ROBERT LAFFONT-POCKET, 1975,
REEDITION 1981)
Reste la télévision. Elle fut un bouleversement dans la vie des paysans ; elle les obligea, peu à
peu, à s'ouvrir sur un monde méconnu et à se fermer chez eux. Autant l'ouverture est louable,
autant la claustration est pernicieuse.
Il y a peu de temps encore, les soirées d'hiver étaient un régal. Les voisins se réunissaient chez
l'un d'entre eux, à tour de rôle. Les hommes tapaient la belote, discutaient, cassaient ensemble une
petite croûte gentiment arrosée du vin de la ferme. Les femmes papotaient autour du feu,
tricotaient, buvaient quelques tisanes, échangeaient des recettes. Les enfants allaient des uns aux
autres, écoutaient.
Il y avait toujours un vieux, plein d'humour et de mémoire, qui racontait des histoires de jadis.
Grâce à lui le passé vivait, se mêlait au présent, établissait un lien solide entre les générations.
[ ... ]
Aujourd'hui, comme tout un chacun, le paysan est seul devant sa télé.
Il est au courant de la vie du monde et de la planète Mars, toute l'actualité est sur sa table. Tous
les spectacles entrent chez lui. Il rit. Il ne s'ennuie pas mais il est quand même un peu morose. La
télévision n'a pas brisé son isolement, elle l'a renforcé. Les voisins ne viennent plus les soirs
d'hiver jouer à la belote ; chacun garde ses soucis et ses joies pour soi et le foyer est éteint, il faisait
des reflets dans l'écran.
Nous n'avons pas la télévision et nous n'en voulons pas. Nous en bénéficions pourtant puisqu'il
nous suffit, pour la regarder, de nous rendre dans la maison voisine, et je reconnais que fréquentée
ainsi, elle a beaucoup de qualités. Grâce à cette démarche, nous ne subissons pas l'insupportable
présence d'un récepteur. Ainsi apprécions-nous mieux les émissions choisies. Ainsi nos enfants
sont-ils très tôt couchés et s'en portent très bien.
C'est surtout à cause d'eux que nous ne voulons pas de récepteur ; sauf exception, les
programmes sont, pour les enfants, le poison le plus pernicieux que je connaisse. La télévision les
prive de sommeil, leur inculque une fausse idée de la vie, conditionne tous leurs réflexes, les
traumatise ; en fait, intellectuellement parlant, des crétins solennels et pédants souvent incapables
de lire un livre sans images.
Il semblerait d'ailleurs, si j'en crois les sondages (cette forme horrible d'inquisition, de pression
et de dirigisme), que 80 % des téléspectateurs aimeraient que la télévision fasse relâche une soirée
par semaine, ainsi pourraient-ils retrouver un semblant de vie de famille, les joies de la
conversation et de la lecture.
J'avoue être ahuri par une telle idée. Faut-il que l'intoxication soit profonde pour que les gens
soient incapables de débrancher eux-mêmes le poste ! Je trouve affolante cette totale extinction de
la volonté, elle est identique à celle des drogués qui vont chez le médecin pour le supplier de les
aider ; ils ont raison, mais faut-il qu'ils soient bas et esclaves !
Cela dit, la lecture reste notre principale distraction ; c'est elle qui meuble la majorité de nos
loisirs et qui, bien mieux que la télé, nous ouvre sur le monde. La lecture ne nous a jamais lassés ni
déçus. Qui peut en dire autant de la télévision ?
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 21
Paul Valéry
VARIETE III (EDITIONS GALLIMARD, 1932)
Tout nous prescrit
ce que nous avons à faire
L'homme moderne a les sens c'est malheureusement et Que de devoirs enfin ! Devoirs
obtus ; il supporte le bruit que nécessairement sur le type le dissimulés dans le confort lui-
vous savez, il supporte les plus bas que la moyenne tend même. Devoirs que la
odeurs nauséabondes, les à se réduire. commodité, le souci du
éclairages violents et Autre danger : je remarque que lendemain, multiplient de jour
follement intenses ou la crédulité et la naïveté sont en jour, car l'organisation
contrastés ; il est soumis à une en voie de développement toujours plus parfaite de la vie
trépidation perpétuelle : il a inquiétant. J'observe depuis nous capte aussi dans un
besoin d'excitants brutaux, de quelques années un nombre réseau, de plus en plus serré,
sons stridents, de boissons nouveau de superstitions qui de règles et de contraintes,
infernales, d'émotions brèves n'existaient pas il y a vingt dont beaucoup nous sont
et bestiales. ans, en France, et qui insensibles ! Le téléphone
Il supporte l'incohérence, il vit s'introduisent peu à peu, sonne, nous y courons ;
dans le désordre mental. même dans les salons1. On l'heure sonne, le rendez-vous
D'autre part, ce travail de voit des personnes fort nous presse. Songez à ce que
l'esprit auquel nous devons distinguées frapper le bois des sont, pour la formation de
tout nous est parfois devenu fauteuils2. D'ailleurs, un des l'esprit, les horaires de travail,
trop facile. Le travail mental traits les plus frappants du les horaires de transport, les
coordonné est muni monde actuel est la futilité, je commandements croissants de
aujourd'hui de moyens très puis dire, sans risquer d'être l'hygiène, jusqu'aux
puissants qui le rendent plus trop sévère : nous sommes commandements de l'ortho-
aisé, parfois au point de le partagés entre la futilité et graphe qui n'existaient pas
supprimer. On a créé des l'inquiétude. Nous avons les jadis, jusqu'aux passages
symboles, il existe des plus beaux jouets que cloutés... Tout nous
machines qui dispensent de l'homme ait jamais possédés : commande, tout nous presse,
l'attention, qui dispensent du nous avons l'auto, nous avons tout nous prescrit ce que nous
travail patient et difficile de le yo-yo, nous avons la TSF3 avons à faire, et prescrit de le
l'esprit ; plus nous irons, plus et le cinéma ; nous avons tout faire automatiquement.
les méthodes de symboli- ce que le génie a pu créer
sation et de graphie rapide se pour transmettre, avec la
multiplieront. Elles tendent à vitesse de la lumière, des
choses qui ne sont pas 1. Les salons : le grand monde, la
supprimer l'effort de
bonne société.
raisonner. toujours de la plus haute
2. Frapper le bois des fauteuils : geste
qualité. Que de
Enfin, les conditions de vie de superstition, pour se préserver du
divertissements! Jamais tant mauvais sort.
moderne tendent inévita- 3. La TSF : la radio.
de joujoux ! Mais que de
blement, implacablement à
préoccupations ! Jamais tant
égaliser les individus, à
d'alarmes !
égaliser les caractères ; et
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 22
L'auteur, François CAVANNA, dénonce dans ce phamphlet, l'attitude des touristes.
TROUPEAUX
Touristes, je vous hais. Vous encombrez de vos de vie, boulangeries, charcuteries, merceries, bistrots...
troupeaux ahuris les plus jolis coins de nos villes, vous et qu'on a injecté à la place, dans le bon vieux décor,
les confisquez, les déshonorez, les transformez en des marchands de souvenirs "made in Hong-kong", de
camps de concentration où vous piétinez de votre gris-gris folklo bidon ou "culturel", bref, de ce
piétinement lourdasse de bétail devant l'abattoir (si bric-à-brac snobinard qu'on trouve partout, y compris
seulement... !). chez vous, mais chez vous vous ne le voyez pas, il est
Vous tartinez sur vos larges mufles ce sourire fait pour les yeux des bonnes pommes de touristes
imbécile et satisfait du bon connard loin de sa bauge, venus d'ailleurs, d'ici, peut-être bien.
vous vous dandinez, l'obligatoire boiboîte de Coca à la La réalité, c'est l'anneau de béton qui a dévoré la
pogne, l'obligatoire boiboîte à photos pendue au ville, les mornes verticalités verre-acier, le vertige
poitrail en cloche de vache, vous bloquez de votre universel qui est la vraie ville, partout la même,
masse moutonnière trottoirs, places et rues, si je veux strictement la même, chez vous comme ici avec ses
passer (je bosse, moi !) je dois me forcer une trouée à banlieues, strictement les mêmes, ses usines et ses
coups d'épaule hargneux dans le magma pleine pâte – autoroutes : vous ne voulez voir que ce minuscule
Je vais me priver, tiens ! – bout de "vieux" quartier rafistolé vieilles pierres
Vous vous rendez vaguement compte de notre vieilles poutres, avec une Notre-Dame ou une tour
existence. Vous laissez traîner sur nous vos yeux Eiffel au milieu, parce que ça aussi c'est une industrie,
sales, nous sommes les indigènes, nous vivons nos la "vieille pierre chargée d'histoire".
petites vies de tous les jours, si exotiques, si Vous vous faites trimbaler par le vaste monde afin
pittoresques, pour le régal de vos étonnements d'entasser dans vos petites boîtes les images des
programmés. Vous vous poussez du coude. Vous merveilles plus ou moins bien conservées que surent
pouffez. Vous, vite vite, clic clic, prenez la photo. édifier, ou peindre, ou sculpter, les hommes d'autrefois,
Nous sommes les poissons rouges dans l'aquarium, parce que vous êtes bien incapables d'en faire autant, et
vos mufles flottent de l'autre côté de la vitre. Vous vous allez au bout du monde verser un pleur sur ce qui
êtes au zoo, vous êtes les normaux, vous avez payé reste des temps où l'on bâtissait comme si l'on croyait à
pour venir voir du Français dans son jus, du Français à l'éternité. Vous pleurez sur les Pyramides mais n'avez
béret et à litre de rouge, vous cherchez à déceler sur nulle envie de construire les Pyramides(1).
nos faciès, dans l'affaissement de nos poches de veste, La France lâche son industrie, lâche son
la trace héréditaire du béret basque et du litron. agriculture, et s'équipe à bride abattue en
A cause de vous, touristes, une ville n'est plus une "infrastructures touristiques", genre Disneyland et le
ville qui vit sa vie de ville. Elle est en représentation. reste. La France a choisi. Les Allemands auront
Pour un public, le pire des publics : vous. Elle joue un l'industrie, les Italiens, les Espagnols, l'agriculture...
rôle, son propre rôle. Et elle en remet. Oh, là là ! Des Ils gagneront du fric, ils viendront le dépenser en
tonnes. Elle joue le rôle d'une ville du bon vieux France. La France a choisi le tourisme.
temps, le bon vieux Paris sympa et pas fier comme Un pays qui a vitalement besoin des ressources du
dans Yves Montand et dans Balzac. Vous, bien sûr, tourisme est un pays de mendigots.
vous marchez. Vous avez payé. Vous ne voyez pas, et
de toute façon vous ne voulez pas voir, que la ville fait 1. Ah, si, j'oubliais : vous construisez la rigolade en
semblant. C'est du décor. Tout bidon. Même le vrai meccano de la cour du Louvre !
vieux est maquillé en faux vieux. Et ça vous tire des
glapissements ravis et prévus. François CAVANNA,
Vous ne voyez pas, vous ne voulez pas voir, que ces Extrait de Coups de Sang
vieilles si pittoresques boutiques dans ces vieilles si Ed. BELFOND,
authentiques ruelles ont été vidées de leurs commerces 1991
Contre la machine
S
i les gens d'aujourd'hui accusent n'importe qui des grands
maux qui les accablent, en attribuent la cause à n'importe
quoi plutôt qu'au développement de la machine, c'est qu'il
n’est pas de sourd mieux bouché que celui que ne veut rien entendre ;
et il faut avoir les yeux cernés à l'évidence pour continuer d'espérer,
du progrès indéfini de la machine, l'avènement d'un âge d'or.
Ne parlons pas des bouleversements que le progrès des machines
fait sans cesse subir aux institutions humaines, parlons seulement des
avantages par lesquels elles allèchent le sot. Elles épargnent du temps,
elles épargnent des peines, elles produisent l'abondance, elles finiront
par assurer à tous les hommes un loisir perpétuel.
S'il est vrai qu'elles épargnent du temps, comment se fait-il que
dans les pays où les machines règnent, on ne rencontre que des gens
pressés et qui n'ont jamais le temps ? Alors que, dans ceux où
l'homme fait tout de ses mains, il trouve le temps de tout faire, et du
temps en outre, autant qu'il en veut, pour ne rien faire.
S'il est vrai qu'elles épargnent de la peine, pourquoi tout le
monde se montre-t-il affairé là où elles règnent, attelé à des tâches
ingrates, fragmentées, à des travaux qui usent l’homme, l'étriquent,
l'affolent et l'ennuient ?
S'il est vrai qu'elles produisent l'abondance, comment se fait-il
que là où elles règnent, règne aussi dans tel quartier bien caché, la
misère la plus atroce et la plus étrange ? Comment, si elles produisent
l'abondance, ne peuvent-elles produire la satisfaction ? La
surproduction et le chômage ont logiquement accompagné le progrès
des machines tant qu'on n'a pas fait une guerre, trouvé un trou pour y
jeter le trop-plein.
Enfin, s'il était possible - toutes ces crises, Dieu sait comment,
dépassées - de soulager l'homme de tout travail pénible et de lui
assurer un loisir perpétuel, alors tous les dégâts que le progrès des
machines a pu causer par ruines, révolutions et guerres deviendraient
insignifiants au regard de ce fléau définitif : une humanité privée de
tout travail corporel. A vrai dire, l'homme a besoin du travail encore
plus que du salaire. Ceux qui veulent le bien des travailleurs devraient
se soucier moins de leur obtenir un bon salaire, de bons congés, de
bonnes retraites qu'un bon travail qui est le premier de leurs biens. Car
le but du travail n'est pas tant de faire des objets que dé faire des
hommes. L'homme se fait en faisant quelque chose.
Lanza DEL VASTO,
Le Pèlerinage aux sources,
1943
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 24
ous avez suffisamment déjà lu de livres pour savoir que le mot de voyage évoque de
V grandes fatigues, de grands efforts, de grandes souffrances. Chaque année au printemps,
sur les murs de notre quartier, les affiches des lignes de navigation invitent le citadin à
embarquer pour accomplir la Croisière d'Ulysse. Mais Ulysse, tandis qu'il labourait la
mer sans jamais apercevoir, pendant tant d'années, le rivage d'Ithaque, n'avait
certainement pas l'impression d'accomplir une croisière. Ulysse avait peur, Ulysse avait
faim, Ulysse avait froid, Ulysse avait le mal du pays. De Christophe Colomb à
Livingstone, de Don Quichotte à Michel Strogoff, la route des grands voyageurs de la
fable1 et de l'histoire est traversée d'épreuves, de combats et de souffrances. Et vous
avez beau n'avoir vécu que dix ou quinze ans, vous savez déjà l'un et l'autre qu'il y a
plus de mauvais moments qu'on en imaginait au départ dans les vrais voyages : le pneu
de bicyclette qui crève sur un méchant silex, le train qui vous emmène en vacances et
qui arrive avec un long retard, l'étape en voiture qui s'achève sous la pluie dans la nuit
noire tandis que vous vous endormez déjà – non, le voyage n'est pas tissé seulement de
plaisirs, d'heureuses surprises et d'agrément. Mais vous savez aussi, vous savez d'abord
que le voyage – n'importe quel voyage – même s'il doit être semé d'embûches et de
traverses, est avant tout une joie. « Le vrai voyageur, écrit Tchouang-tseu, est celui qui
ne sait où il va ; le vrai curieux est celui qui ne sait pas ce qu'il regarde. Ses voyages ne
le conduisent pas vers une partie de la création plus que vers une autre ; sa curiosité
n'est pas dirigée sur un objet plutôt que sur un autre. » Le sage Chinois a raison. La
première joie du voyage, c'est de satisfaire la première passion de l'esprit : la curiosité.
Claude ROY,
Le Bon Usage du monde,
Ed. Rencontres, Lausanne,
1964
1 la fable: le terme est ici employé dans son sens premier et général : l'ensemble des récits d'imagination.
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 25
On peut toujours y croire…
Il y a approximativement deux milliards d'enfants sur Terre. Cependant,
comme le Père Noël ne visite pas les enfants Musulmans, Hindous, ou Bouddhistes
(sauf peut-être au Japon), ceci réduit la charge de travail pour la nuit de Noël à 15%
du total, soit 378 millions. En comptant une moyenne de 3,5 enfants par foyer, cela
revient à 108 millions de maisons, en présumant que chacune comprend au moins un
enfant sage. Le Père Noël dispose d'environ 31 heures de labeur dans la nuit de
Noël, grâce aux différents fuseaux horaires et à la rotation de la Terre, dans
l'hypothèse qu'il voyage d'Est en Ouest, ce qui paraît d'ailleurs logique. Ceci revient
à 967,7 visites par seconde. Cela signifie que pour chaque foyer chrétien contenant
au moins un enfant sage, le Père Noël dispose d'environ un millième de seconde
pour parquer le traîneau, sauter en dehors, dégringoler dans la cheminée, remplir les
chaussettes, distribuer le reste des présents au pied du sapin, déguster les quelques
friandises laissées à son intention, regrimper dans la cheminée, enfourcher le
traîneau et passer à la maison suivante.
En supposant que ces 108 millions d'arrêts soient distribués uniformément à la
surface de la Terre (hypothèse que nous savons fausse, bien sûr, mais que nous
accepterons en première approximation), nous devrons compter sur environ
1,4 kilomètre par trajet. Ceci signifie un voyage total de plus de 150 millions de
kilomètres, sans compter les détours pour ravitailler ou faire pipi. Le traîneau du
Père Noël se déplace donc à 1170 kilomètres par seconde (3000 fois la vitesse du
son). A titre de comparaison, le véhicule le plus rapide fabriqué par l'homme, la
sonde spatiale Ulysse, se traîne à 49 kilomètres par seconde et un renne moyen peut
courir au mieux de sa forme à 27 kilomètres à l'heure.
La charge utile du traîneau constitue également un élément intéressant.
En supposant que chaque enfant ne reçoive rien de plus qu'une boite de Lego
moyenne (un kilo), le traîneau supporte plus de 500 000 tonnes, sans compter le
poids du Père Noël lui-même. Sur terre, un renne conventionnel ne peut tirer plus de
150 kilos. Même en supposant que le fameux "renne volant" soit dix fois plus
performant, le boulot du Père Noël ne pourrait jamais s'accomplir avec 8 ou 9
bestiaux ; il lui en faudrait 360 000. Ce qui alourdit la charge utile, abstraction faite
du poids du traîneau, de 54 000 tonnes supplémentaires, nous conduisant à 7 fois le
poids du Prince Albert (le bateau, pas le monarque). 600 000 tonnes voyageant à
1170 kilomètres par seconde créent une énorme résistance à l'air. Celle-ci ferait
chauffer les rennes, au même titre qu'un engin spatial rentrant dans l'atmosphère
terrestre. Les deux rennes en tête de convoi absorberaient chacun une énergie
calorifique de 14 300 millions de joules par seconde. En bref, ils flamberaient quasi
instantanément, exposant dangereusement les deux rennes suivants. La meute
entière de rennes serait complètement vaporisée en 4,26 millièmes de secondes, soit
juste le temps pour le Père Noël d'atteindre la cinquième maison de sa tournée. Pas
de quoi s'en faire de toute façon, puisque le Père Noël, en passant de manière
fulgurante de zéro à 1170 km/s en un millième de seconde, serait sujet à des
accélérations allant jusqu'à 17 500 G/s.
Un Père Noël de 125 kilos (ce qui semble ridiculement mince) se retrouverait
plaqué au fond du traîneau par une force de 2 157 507,5 kilos, écrabouillant
instantanément ses os et ses organes et le réduisant à un petit tas de chair rose et
tremblotante.
C'est pourquoi, si le Père Noël a existé, il est mort maintenant.
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 26
d'avoir "un emplacement au bord marchands de sommeil et soleil, le
Les de l'eau" et déjeune sur la plage
parce que, s'il s'en allait, sa "bonne
place" serait prise. "Le Monde" a
mois d'août apparaît, à première
vue, comme cette épreuve
communautaire dont onze mois de
fait écho au mécontentement des "métro-boulot-dodo" permettront
vacances "autochtones" envahis par les
hordes urbaines, aux Bretons,
peut-être à ceux qui l'ont traversée,
sans qu'on puisse l'assurer, de se
submergés par ce qu'ils appellent remettre lentement.
des "le tourisme du désordre", aux
Corses suffoqués en août par
1"'agglutination" des migrants
On peut, bien entendu, expliquer
que l'exode annuel vers les aires du
continentaux. feu, de la pullulation et de la
Français Les descriptions de cette
pollution est davantage un choix
de l'industrie et de la mécanique à
gigantesque épreuve collective, de produire, qui laisse reposer les
cette auto-punition de masse ne machines et suggère fermement à
semblent pas exagérées quand on a leurs servants d'aller "se reposer".
traversé la France cet été. Les Que la fermeture "par roulement"
Les vacances des Français ont eu, hordes affamées piétinant dans les serait une solution coûteuse et
cette année, une presse exécrable. self-services des autoroutes ; les compliquée. Que les Français ne
La critique, pour une fois est horribles démons de l'immobilier choisissent pas de partir en août :
unanime. "Le Figaro" a gémi tous abattus comme des sangsues sur la on les y contraint. Mieux : on les
les jours que le spectacle était Baie de Marie des Anges ; la Côte persuade qu'ils préfèrent agir ainsi.
navrant, tout à fait d'accord, pour d’Azur, aujourd'hui sans côte, On peut ajouter qu'il faudra une
une fois, avec "Charlie-Hebdo" où recouverte par les caravanes, les longue éducation des masses pour
le professeur Choron a fui après campings et les fourmis les amener à préférer le petit coin
quatre jours la Côte d'Azur ; "Une baigneuses, rocade sans autre azur calme du Morvan ou de la Haute-
chaleur à crever ! Des bagnoles à désormais que la combinaison des Provence, les charmes de la
crever ! Du bruit à crever ! Une serveurs de stations-service ; la solitude et les délices de la retraite
foule à crever ! Des dépôts Corse, exsangue, rongée par les aux grands entassements rissolants
d'ordures à crever !... Ah, retrouver termites vacanciers, Bastia investi des apocalypses du "loisir".
Paris après l'enfer et s'allonger au par les incendies de la Qu'enfin, se baigner à la chaîne est
pied d'un marteau-piqueur !". La fermentation au soleil de ses mieux que travailler à la chaîne.
télé a montré les baigneurs de Fos dépôts d'ordures et par ceux des
se trempant à l'ombre des forêts embrasées ; le cancer Claude ROY,
complexes industriels. "Paris- s'étendant, des "villages de 1974
Match" a recueilli, en Languedoc, vacances" qui en viennent à
sur la plage de la Grande-Motte, ressembler à des bidonvilles
les confidences de l'estivant qui organisés par le racket rapace des
met son réveil à 7h3O pour être sûr
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 27
C
'est une triste chose pour ceux qui se d'attention ; c'est pourquoi un mâle suffira au service
promènent dans la capitale ou voyagent de quatre femelles ; que les cent mille restants
dans la campagne, que de voir les rues, les peuvent, à l'âge d'un an, être offerts en vente aux
routes et les portes des cabanes encombrées personnes de qualité et de fortune dans tout le
de mendiantes que suivent trois, quatre ou six royaume, en avertissant toujours la mère de les
enfants tous en haillons et importunant chaque allaiter copieusement dans le dernier mois, de façon
passant pour avoir l'aumône. Ces mères, au lieu à les rendre dodus et gras pour une bonne table. Un
d'être en état de travailler pour gagner honnêtement enfant fera deux plats dans un repas d'amis ; et
leur vie, sont forcées de passer tout leur temps à quand la famille dîne seule, le train de devant ou de
mendier de quoi nourrir leurs malheureux enfants, derrière fera un plat raisonnable, et, assaisonné avec
qui, lorsqu'ils grandissent, deviennent voleurs faute un peu de poivre et de sel, sera très bon bouilli le
d'ouvrage, ou quittent leur cher pays natal pour quatrième jour, spécialement en hiver.
s'enrôler au service du prétendant d'Espagne, ou se J'ai fait le calcul qu'en moyenne un enfant qui vient
vendent aux Barbades. de naître pèse vingt livres, et que dans l'année
Tous les partis tombent d'accord, je pense, que ce solaire, s'il est passablement nourri, il ira à vingt-
nombre prodigieux d'enfants sur les bras, sur le dos huit.
ou sur les talons de leurs mères, et J'accorde que cet aliment sera un peu cher, et
souvent de leurs pères, est, dans le par conséquent il conviendra très bien aux
déplorable état de ce royaume, un très propriétaires, qui, puisqu'ils ont déjà dévoré la
grand fardeau de plus ; c'est pourquoi plupart des pères, paraissent avoir plus de
quiconque trouverait un moyen droits sur les enfants.
honnête, économique et facile de faire La chair des enfants sera de saison toute
de ces enfants des membres sains et l'année, mais plus abondante en mars, et un
utiles de la communauté, aurait assez peu avant et après, car il est dit par un grave
bien mérité du public pour qu'on lui érigeât une auteur, un éminent médecin français, que le poisson
statue comme sauveur de la nation. [ ... ] étant une nourriture d'un grand pouvoir génésique, il
Un jeune Américain de ma connaissance, homme naît plus d'enfants dans les pays catholiques romains
très entendu, m'a certifié à Londres qu'un jeune environ neuf mois après le carême qu'à toute autre
enfant bien sain, bien nourri, est, à l'âge d'un an, un époque : c'est pourquoi, en comptant une année
aliment très nourrissant et très sain, bouilli, rôti, à après le carême, les marchés seront mieux fournis
l'étuvée ou au four, et je ne mets pas en doute qu'il encore que d'habitude, parce que le nombre des
ne puisse également servir en fricassée ou en ragoût. enfants papistes est au moins de trois contre un dans
J'expose donc humblement à la considération du ce royaume ; cela aura donc un autre avantage, celui
public que des cent vingt mille enfants dont le calcul de diminuer le nombre de papistes parmi nous.
a été fait, vingt mille peuvent être réservés pour la
reproduction de l'espèce, dont seulement un quart de Jonathan SWIFT,
mâles, ce qui est plus qu'on ne réserve pour les Modeste proposition pour empêcher les enfants des
moutons, le gros bétail et les porcs ; et ma raison est pauvres d'Irlande d'être à charge à leurs parents ou
que ces enfants sont rarement le fruit du mariage, à leur pays et pour les rendre utiles au public,
circonstance à laquelle nos sauvages font peu 1729
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 28
La mode
e bouleversement vestimentaire que l'on nouveaux vêtements, alors
L constate [...] dans toute la jeunesse du monde
est, en pratique, le fait de quelques petits
groupes que l'on a appelé les groupes anti-modes.
que les anciens ne sont
pas usagés et auraient
encore pu durer un certain temps. Mais ce n'est pas
Qu'est-ce qu'un anti-mode ? C'est essentiellement là le plus grave ; ce qui est dramatique, c'est que ce
quelqu'un qui refuse de se plier, en matière changement vous empêche d'être réellement vous-
d'habillement, à des règles préétablies et qui lui sont même. Le vêtement n'est pas quelque chose de
imposées de l'extérieur. La critique qu'il fait du superflu que l’on porte et que l’on jette au hasard. Il
système repose sur deux constatations. est une forme d'expression de la
personnalité de chacun. Il se doit donc
Tout d'abord, la mode définit un code d'être un moyen de communication avec
vestimentaire qui s’impose à tous. Les les autres. On s’habille non pour se cacher
libertés qui sont laissées à chacun et à mais pour se dire. A travers le vêtement on
chacune sont infimes, on peut choisir à engage déjà le dialogue. J'adopte telle robe
l'intérieur d'une toute petite gamme de parce qu'elle me plaît, mais elle me plaît
coloris. Si la mode est aux imprimés à grands parce que je me reconnais en elle. En la mettant je
dessins, elle vous interdit de préférer un tissu à revêts une seconde peau, encore plus expressive que
petites fleurs qui vous plaira davantage. Si la veste mon corps, parce que correspondant étroitement à
de tailleur doit être courte, vous n'avez pas la mes goûts, à ma sensibilité. Si donc je ne veux pas
possibilité de porter une redingote longue, même si être en continuel état de mensonge, si je veux établir
vous pensez que cela vous va mieux. Enfin, vous avec les autres une communication vraie, il me faut
êtes enfermé pour tout, maquillage, coupe de adopter une vêture qui, pratiquement, soit
cheveux, pièces composant la garde-robe, dans un permanente et, en tout cas ne change qu'au rythme
système étroit dont vous ne pouvez pas vous des modifications de mon psychisme personnel et
échapper sans passer pour anormal et vous non selon des périodicités imposées de l'extérieur. Il
retrancher des autres. Que devient dans un tel faut donc sortir de la mode reçue, pour s'inventer
contexte le droit imprescriptible de chacun à être et à personnellement sa propre mode qui ne sera plus un
s'affirmer comme une personne, un individu qui a sa camouflage, mais une expression réelle de soi-même
valeur en lui-même et non comme un grain de sable et par là un moyen d'entrer réellement en contact
dans un tas, comme un numéro dans une suite de avec les autres.
chiffres ? La mode est un système écrasant qui tue la
personnalité et tend, en fondant tous les individus Ces deux motivations, refus de l'uniformisation,
dans un même moule, à n'en faire que des robots au refus du changement mensonger, conduisent les anti-
service d'une entité abstraite : la Société. modes à rechercher leurs vêtements en dehors des
sentiers battus.
En second lieu, la mode est un perpétuel mensonge.
Elle change périodiquement et par là même nous Bruno DU ROSELLE.
oblige, nous aussi, à changer. Sans doute fait-on déjà La Mode,
à ce niveau une critique d'ordre économique. La Imprimerie Nationale,
mode est un moyen inventé pour vous forcer à 1981
consommer, pour vous obliger à acheter de
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 29
La vie en ville
L'anonymat de la ville, en dehors de toutes contraintes dues à un voisinage
imposé, nous offre l'indépendance de choisir en fonction de nos goûts et de
notre tempérament : choisir ses amis, ses relations, choisir ses activités.
D'autre part, avons-nous pris conscience de l'enrichissement de cette
multiplicité de contacts quotidiens que nous offre la vie urbaine, de la
multiplicité des occasions d'échanges, de la multiplicité des mobiles et des
formes des groupes humains auxquels nous pouvons adhérer ?
La ville, c'est aussi, pour chacun, la remise en cause continuelle de sa
situation confortable. Il y est impossible de ne pas suivre le mouvement,
sinon on est broyé. Cette perpétuelle évolution exige une continuelle
adaptation. Nous sommes contraints d'être disponibles, d'être en éveil, prêts à
réagir, de nous poser des questions. En ville, l'instabilité des contraintes nous
oblige à remettre en cause ce que nous avons cru définitivement acquis.
L'enrichissement naît de cette insécurité et nous appelle à une lutte continue,
au lieu de nous laisser nous installer dans une satisfaisante tranquillité.
En ville, devant la diversité des situations, devant la profusion des choix,
nous ne pouvons plus nous contenter de jouer un unique personnage,
remplissant une seule fonction. Cette multiplicité de personnages que nous
sommes amenés à être, nous aide à modeler et à réfléchir l'unité de notre
personne. Aussi bien, la ville elle-même, par sa complexité, est l'expression
tangible de cette personnalisation.
C'est seulement en ville qu'il est possible de localiser le plus d'éléments
d’équipements, pour les rendre accessibles à tous. Beaucoup de choses y sont
à tout le monde. Il s'y établit un équilibre entre ce qui est individuel, privé,
inaliénable, et ce qui est « aussi » aux autres ; cet équilibre accroît la
sensation de solidarité entre les hommes et devrait les aider à découvrir le
« prochain ». Chacun devant faire apport aux autres de soi-même, dans le
respect du bien commun. C'est aussi en ville que s'impose à nous le besoin de
troquer l'efficacité pour soi-même contre l’efficacité pour les autres.
Xavier ARSENE-HENRI,
Études,
janvier 1969
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 30
Les cancers
des
mégalopolis
Le gigantisme, ce sont aussi les très Le
grandes villes, Paris, Londres, New gigantisme
York, Chicago, Tokyo, etc.,_ des cités,
agglomérations démentielles qui ne qui n'est
correspondent plus du tout au pas
concept de villes. Une ville a un toujours
sens. Elle devrait permettre à ses localisé
habitants de se retrouver comme à
facilement, rapidement, de former Paris - ainsi entre New York et de l'été américain. Les pompiers
une communauté. Hélas, on en est Washington, sur trois cents étaient débordés. La police encore
loin : voies d'accès bouchées aux kilomètres, c'est un tissu urbain davantage : on a surpris deux mille
heures de pointe, queue sur les ininterrompu - apporte son cortège pillards en flagrant délit. Les
périphériques et sur les avenues de troubles, d'insatisfactions, de prisons se saturaient. Dans les
intérieures, stationnement des contraintes à subir. Le temps perdu quartiers populaires du Bronx, de
voitures de plus en plus difficile, d'abord. Dans les files des voitures Brooklyn, les boutiques étaient
distances trop grandes pour qu'on immobilisées à touche-touche, que saccagées, dévalisées, certaines rues
les couvre à pied, extension faire d'intéressant ? C'est un jonchées de débris de vitrines.
croissante et anarchique des véritable esclavage, sauf pour les Naturellement des milliers de gens,
constructions d'habitations puissants qui téléphonent de leur peut-être beaucoup plus, enfermés
induisant des masses humaines voiture, dictent des lettres, presque dans les ascenseurs, attendaient
artificiellement groupées, masses comme au bureau. La monotonie et l'éventuelle venue de pompiers que
déracinées, sans aucun rapport avec l’ennui ensuite, dus à la répétition généralement on ne pouvait avertir.
de véritables communautés. On a des formes dans la construction des Et ce qui est peut-être pire, les
souvent comparé ces proliférations immeubles : d'où une triste climatiseurs s'étaient arrêtés par les
à des métastases cancéreuses. Et banalisation qui est encore une 32° de la nuit humide. Tout fut
que dire des grandes tours, ces forme d'esclavage. Alors que les paralysé : plus aucun feu de
cathédrales de béton et de verre aux cellules de notre corps portent croisement, donc des
soixante étages - utilisation d'une toutes, sans exception, notre embouteillages monstres, le métro
surface au sol d'un prix exorbitant ? marque personnelle, la grande ville, stoppé, parfois bloqué sous les
Tours inquiétantes, qui posent des avec le logement, le transport, tunnels entre les stations, l'aéroport
problèmes quasi insolubles, celui l'habillement, la nourriture, les Kennedy interdit aux avions qu'il
des bousculades dans les ascenseurs heures de travail, parvient à fallait détourner. Une sorte de prise
à l'ouverture et à la fermeture des supprimer, à effacer toute en masse brutale d'un fluide.
bureaux, celui d'une totale originalité. L'individu n'est plus
dépendance (en cas de panne de qu'une parcelle de foule. D'où la Un des fruits amers du gigantisme,
courant, par exemple, de grève, réaction : appartenir à un troupeau, c'est la solitude, le rejet. On est
d'incendie, etc.). Les tours non merci. beaucoup plus seul dans une grande
immenses, symboles de puissance, J'avoue avoir ressenti une cité que dans un de nos villages. On
de prestige - le Chrysler building, le jouissance malsaine à la description se croise dans les rues, par milliers
Rockefeller Center de New York -, de la grande panne de courant du 14 parfois, sans se rencontrer une seule
malgré leur beauté architecturale, juillet 1977 qui a plongé New York fois. On peut, si l'on vit sans
sont inhumaines. On ne vient plus dans l'obscurité pendant toute la famille, ce qui est le cas de
sous un balcon avec un cœur dans nuit. Ce furent douze heures de beaucoup, être malade, mourir chez
sa guitare, chante Michel Legrand. panique, avec tous les désordres soi, sans que personne le sache.
imaginables dans la chaleur humide D'où un terrible anonymat dans la
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 31
vie, dans la souffrance, dans la pièces du quartier des Archives, est le reste de la population. Eux aussi
mort. Je connais deux femmes désespérément solitaire. étaient acceptés dans les fermes. On
seules, âgées, l'une à Paris, l'autre Pratiquement pas de visites. ne les parquait pas, on était habitué
en Bourgogne, à la campagne. Cette Comme elle perd un peu la tête, ses à leur présence. Le gigantisme,
dernière vit dans sa petite maison. voisins redoutent qu'elle n'ouvre par inhumain, rejette les marginaux.
Son mari est décédé. Ses enfants mégarde le robinet du gaz ou ne Nous devons à tout prix éviter ce
sont loin et ne viennent, parfois, mette le feu. Ils souhaitent presque cloisonnement, cette forme de
qu'à l'occasion des vacances. Elle sa disparition. ségrégation indigne de civilisés.
marche très difficilement, reste Alors, on cherche à parquer les Déjà des groupements se
toujours chez elle (elle a vieillards. Ils passent entre eux la constituent pour la réinsertion du
heureusement la télévision). fin de leur existence, sans troisième et du quatrième âge. Mais
Pourtant elle ne se plaint pas, ses participation à l'animation la structure de nos mégalopolis ne
voisins passent chaque jour sur la quotidienne, tandis qu'au village le s'y prête guère.
route devant sa porte, ils entrent. vieux reste intégré à la ferme, à la
Cette chaleur amicale la réchauffe. famille. Les handicapés, eux aussi, Louis LEPRINCE-RINGUET,
La Parisienne, dans son petit deux- ont bien rarement leur place parmi Le grand merdier
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 32
Les
sauvages
Il suffit de vivre huit jours avec les Lacandons pour
constater qu'ils se comportent, dans l'existence
quotidienne, avec un sens aigu du réel qui les
entoure. Ce ne sont pas des rêveurs éveillés
toujours prêts à devenir les jouets d'une illusion.
Face à un milieu naturel très dur, à un monde
impitoyable, ils appliquent, jour après jour, toute
une série de techniques très sûres, très précises et
souvent complexes (qu'on essaie par exemple de
faire fonctionner le métier à tisser de type
précolombien dont se servent les femmes caraïbes),
témoignages d'un esprit positif sans lequel,
d'ailleurs, il n'y aurait pas de Lacandons.
Mais ce n'est pas tout : ils ne se contentent pas de répéter machinalement les gestes
nécessaires à la culture du maïs, à la chasse, à la pêche. Leurs actions sont fondées
sur une connaissance. Que de fois n'ai-je pas été émerveillé de voir avec quelle
certitude ils savaient où trouver en pleine jungle, à tant de jours de marche dans telle
direction, un bouquet d'arbres dont l'écorce peut être battue, une colonie de
perroquets, une plante isolée dont le fruit est comestible, un gisement d'argile ou de
silex ; avec quelle érudition ils étaient capables de discerner les diverses variétés de
baies, de lianes, d'animaux, de pierres ; quels indices, pour nous invisibles, les
guidaient dans la pénombre de la grande forêt. Dans ce monde à eux, c'étaient eux
les savants et moi l'ignorant : il s'ouvrait sous leurs yeux comme un livre que l'on
déchiffre sans peine, alors que pour moi il demeurait scellé. Sans doute était-ce là le
seul livre qu'ils connaissent et leur savoir n'est-il conservé et transmis que par la
mémoire et l'expérience, génération après génération. Il n'en reste pas moins vrai que
ces Indiens ont établi l'inventaire du cadre naturel où se déroule leur vie et qu'ils se
tiennent constamment à jour : démarche proprement intellectuelle, qui ne me semble
séparée de nos processus mentaux les plus rationnels par aucune différence
intrinsèque. Chaque Lacandon adulte a dans l'esprit une géographie, une botanique,
une zoologie, une minéralogie non écrites, mais fort bien adaptées à leurs objets.
Nous appartenons à une civilisation qui a poussé très loin sa technologie, au point
que, habitués comme nous le sommes à nous procurer contre argent l'essentiel de
nos subsistances, à nous éclairer, à nous chauffer et à nous déplacer en appuyant sur
des boutons ou des leviers, nous mourrions infailliblement de faim et de misère là où
nos Indiens survivent.
J. SOUSTELLE,
Les quatre soleils
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 33
J’suis heureux
Je’suis heureux
J. DEBRONCKAERT
FR10 Présentiel - CUEEP EEO - Les moyens pour persuader - 34
Get documents about "