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A bas Big Google ?
Par Jade Lindgaard
L’appel pour la création d’un Google français (paru lundi 8 juillet dans Le Monde ) remémore à tous ceux qui ont pris l’habitude de surfer sur le web sans même plus s’interroger sur le moteur de recherche la récurrente controverse contre la «googlisation » du monde. Cette préoccupation a accompagné l’émergence à l’orée de l’an 2000 de la problématique de «la société du savoir ». En gros, dans un monde où l’accès à l’information devient central, les technologies de l’information deviennent des enjeux majeurs. Et leur maîtrise, un outil de pouvoir. Ainsi, pour Alexandre Serres, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université de Rennes II, citant les chercheurs américains Shapiro et Hugues, on pourrait concevoir la maîtrise de l’information «comme une nouvelle branche des sciences humaines qui irait de l’utilisation avertie des ordinateurs et de l’accès à l’information à une réflexion critique sur la nature de l’information en tant que telle, ses infrastructures techniques, son contexte et ses effets sociaux, culturels, voire philosophiques ». Lire l’intégralité de son texte ici Dans ce contexte, pour le chercheur français, «il faudrait désormais considérer les outils de recherche, et Google au premier chef, comme de nouveaux médias, voire comme les nouvelles industries de la culture et de l’information, et non plus comme de banals outils informatiques ». Et donc trouver les garde-fous contre les risques de l’invasion publicitaire, les effets pervers des modes de classement des moteurs de recherche, les problèmes d’identification et d’évaluation des sources, la protection des données personnelles... Centraliser des informations sur huit milliards de sites internet comme le fait Google revient à concentrer un niveau unique au monde de connaissances. Dans la Silicon Valley, Google est comparé aux Borgs, en «référence à la série Star Trek, où la race des Borgs détruit les civilisations les unes après les autres avec une précision mécanique. Autrefois, seul Microsoft faisait les frais de ce genre d’allusions », s’inquiète un article du site altermondialiste peuples du monde. “Sur Google, un internaute active des cookies qui ne seront périmés qu’en 2038 et fournissent à l’entreprise le moyen de l’identifier avec précision. Le “ cookie immortel“, pour reprendre les termes de GoogleWatch, un site qui surveille le géant, est l’une des raisons pour lesquelles la société s’est vu décerner, dès 2003, le Big Brother Award, un antiprix qui récompense chaque année des autorités et des entreprises qui empiètent sur la vie privée des individus », ajoute le site. Inquiétudes que partagent nombre d’observateurs des nouveaux médias. Ces critiques reflètent l’ampleur de la domination de Google dans les pratiques de recherche sur internet. Selon le baromètre du référencement, Google arrive de loin en tête des moteurs de recherche utilisés par les internautes français. De manière sans doute plus inattendue, la controverse sur Google ouvre aussi d’autres interrogations : quel devenir pour la syntaxe dans un univers où le mot-clef et le tag deviennent les premiers outils de quête de l’information ? C’est aussi le risque de l’appauvrissement des savoirs. En ce cas, «googlisation du monde » devient synonyme de «bibliothécarisation du monde », c’est-à-dire, la normalisation et le réseau comme outils mais aussi comme culture. «Internet a largement répandu les pratiques de recherche documentaire sans diffuser aussi largement les compétences informationnelles. La recherche en langage naturel, en texte intégral, est devenue le modèle incontournable de la recherche , s’inquiète ainsi un éditorial du Bulletin des bibliothèques de France . «Formats, normes, métalangage, métaformat, schémas, enrichissement, récupération, étiquettes, zones, indicateurs, paramétrage, convertisseurs, interopérabilité : tout cet appareillage, très évolutif, produit surtout de l’information secondaire. Or, de plus en plus, les usagers d’information cherchent des documents primaires. Le texte de l’article (de la thèse, de l’encyclopédie, de l’annuaire, du rapport, etc.) et non le signalement de l’article. Accéder vs indexer. Ce déphasage radical entre l’attente des uns et la technicité des autres est-il un problème insoluble ? » Quelle culture de l’information souhaitons-nous ? (en anglais, on parle d’ «information literacy ») ? Google contribue-t-il à un appauvrissement des connaissances, de la circulation des savoirs ? A une forme d’illettrisme de l’information ? C’est la question que pose un excellent numéro de la revue Vacarme, réunissant en 2005, l’ancien président de la BnF, Jean-Noël Jeanneney,le chercheur Hervé Le Crosnier, fondateur de la liste biblio.fr, et Agnès Saal, alors directrice générale de la BnF. «Le modèle d’une “industrie de l’information” est-il le meilleur moyen d’accroître le savoir global et de le partager équitablement sur toute la planète ? », autrement dit : « Qu’est-ce qui est de l’ordre des biens communs, comment peut-on les gérer ? les défendre ? Et comment ces interrogations peuvent-elles se retrouver dans le domaine de l’immatériel, de l’information, de la connaissance et de la culture ? » s’interroge par ailleurs Hervé Le Crosnier dans cette analyse défendant les «biens communs » de l’information, sur le modèle des logiciels libres.
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