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Conférence Euromed

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									                                     Conférence Euromed
            « Les caisses d’épargne, Promoteurs de l’Union pour la Méditerranée »
                                 Barcelone, le 16-17 avril 2009

Ouverture progressive des marchés de capitaux                                    et augmentation des
                                    investissements

Sujet : Evaluation du rôle du système bancaire à la contribution et à l’efficacité du financement de
          l’investissement dans les pays de l’Afrique du Nord -


Très honorés Présidents, distingués invités, Mesdames et Messieurs,
Je suis heureux de participer aujourd’hui à cette conférence Euromed sur « Les Caisses d’Epargne,
Promoteurs de l’Union pour la Méditerranée » dans cette magnifique ville de Barcelone. J’apprécie à
sa juste valeur l’aimable invitation de Messieurs José Antonio Olavarrieta, Président de l’Institut
Mondial des Caisses d’Epargne, et Isidirio Fainé, Président de la Caisse d’Epargne et de Pensions de
Barcelone, « la Caixa ». Cette conférence n’est pas seulement une initiative de plus, c’est aussi la
preuve qu’une nouvelle dynamique est entrain de s’installer dans la région et que de nouvelles
relations se mettent en place, faites d’estime, d’amitié et d’objectifs communs au service de ce grand
projet qu’est l’union pour la Méditerranée.
Mesdames, Messieurs,

Qu’il me soit permis, avant d’entrer dans le vif du sujet, à savoir « l’évaluation du rôle des banques à
la contribution et à l’efficacité du financement de l’investissement dans les pays d’Afrique du Nord »,
de revenir sur le rôle et les missions de la Caisse de Dépôt et de Gestion « CDG ».
La CDG est un groupe financier public qui fête cette année le cinquantième anniversaire de sa
création et qui, dans le cadre d’un mandat public, assure la gestion de ressources privées provenant
principalement de la caisse nationale de sécurité sociale, d’un régime de retraite public et de la caisse
d’épargne nationale du Maroc (bien sûr à côté d’autres déposants institutionnels). Aujourd’hui, le
groupe CDG gère un encours de ressources de 15 milliards d’Euros. Au cours de ses 50 années
d’existence, le Groupe CDG a développé, à côté de missions d’intérêt général et des activités d’utilité
collective, des positions d’opérateur privé d’activités dans les secteurs concurrentiels de la banque, de
la finance et de l’assurance.

Donc, la question relative au degré et à l’efficacité de la contribution des banques dans le
financement de l’investissement dans nos pays me concerne à plusieurs égards, au vu des positions
d’investisseur financier, de banquier et d’acteur opérationnel de l’investissement visant le
développement des territoires, de l’immobilier, des infrastructures et d’offres de services collectifs au
public.

Mesdames, Messieurs,

L’évaluation de la contribution des banques dans le financement de l’investissement doit se faire, à
mon sens, selon trois axes d’analyse. Tout d’abord, c’est sous l’aspect organique qu’il convient de
l’envisager en décrivant les structures des systèmes financier et bancaire et son environnement
macroéconomique et monétaire tant au niveau national qu’international, dont la bonne tenue est le
préalable nécessaire pour le développement de n’importe quel système financier.

En deuxième lieu, on doit s’interroger sur l’efficacité de leur intervention dans le financement de
l’économie et décrire leur contribution directe dans le financement de certains secteurs.

Enfin, pour compléter cet exercice, il nous faudrait nous interroger sur les leçons à tirer pour notre
propre système financier et bancaire - celui d’un pays en voie d’émergence, d’ouverture et


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d’intégration économique et financière poussée avec ses voisins de la rive nord de la méditerranée-
compte tenu de la situation actuelle de crise financière - désormais de l’économie réelle - que la
planète entière affronte et qui assombrit les perspectives économiques et affecte les équilibres
sociaux à court terme.

Mesdames, Messieurs,

Ce sont ces trois points que je souhaite développer, avec la seule ambition de tracer quelques repères
qui nous permettront de situer l’action des banques au Maghreb et principalement au Maroc. En
nous référant, d’abord, à l’environnement global et spécifiquement monétaire qui conditionne
l’intervention des banques dans le financement de l’économie.

    Environnement et structures des systèmes financier et bancaire

Comme vous le savez, le Maroc a engagé, depuis les années 1990, d’importantes réformes
structurelles, qui se sont accélérées durant la dernière décennie, et qui ont permis d’instaurer les
bases d’une croissance économique forte et durable, à l’effet d’accroître le bien être économique et
social et servir l’ambition de société démocratique et solidaire. Ces réformes ont visé notamment
l’amélioration de l’environnement de l’entreprise, le renforcement de la compétitivité de l’appareil
productif, le développement à grande échelle des infrastructures. Cela s’est fait par une ouverture
commerciale et financière sur l’extérieur et une libéralisation des marchés de biens, de services et des
facteurs, dont le marché financier désintermédié et celui des financements intermédiés par le système
bancaire.

L’évolution des principaux agrégats macroéconomiques conforte cette politique de réforme. Depuis
2001, le PIB s'est engagé sur une trajectoire de croissance soutenue dont la moyenne atteint 5,4% par
an, soit 3,4 points de plus que dans les années 90, ce qui reflète la diversification des secteurs
secondaire et tertiaire et leur résilience aux chocs adverses tant internes qu’externes. Au terme de
l’année 2008, le taux de croissance devrait, malgré la forte contraction des économies de nos
principaux partenaires, se situer aux alentours de 6%. En conséquence, le revenu réel par habitant est
en nette progression sur la décennie (de 36% depuis 2000 contre 10% au cours de la décennie 1990)
et le chômage est en décrue continue pour se situer à 9,6% en 2008 contre 12,5% en 2001. Cette
stabilité macroéconomique se reflète, également, à travers le recul continu du déficit budgétaire qui
s’établit à 2,1% du PIB en moyenne sur la période 2003-2007 contre 3 % entre 1998 et 2002 ; pour
2008 le budget de l’état est excédentaire de 0,4% du PIB. A noter aussi le recul de 10 points du PIB
entre 2001 et 2006 de l’endettement public qui a été ramené à 48% du PIB en 2008 contre 66,5% au
début de la décennie.
Les autres pays du Maghreb ont aussi bénéficié de plusieurs années d’expansion économique. La
croissance annuelle moyenne du PIB hors hydrocarbures (55% du PIB total) en Algérie a approché
les 6% ce qui a eu un impact positif sur le taux du chômage qui est passé de 15.3% en 2005 à 11.8%
en 2007. Malgré cette baisse, il faut noter que ce taux reste relativement élevé surtout chez les jeunes.
Pour ce qui est de la Tunisie, le PIB a fluctué entre 5% et 6% entre 2004 et 2008 pour s’établir à
5.5% en 2008. Le chômage a certes diminué, dans ce pays, durant ces dernières années, mais il reste
relativement élevé — 14,1 % en 2007 — d'autant plus que le pays enregistre une augmentation
considérable du nombre de diplômés universitaires.

L’investissement n’a pas échappé à cette dynamique, en effet, au Maroc, le taux d’investissement brut
national a atteint un niveau de 36,5% du PIB en 2008, parmi les plus élevés au monde et dans les
mêmes grandeurs que notre voisin l’Algérie 35,2% , contre 25.1% en Tunisie. Ceci est du à la
contribution et aux efforts d’investissement de tous les agents et secteurs économiques nationaux
(secteur public, entreprises et ménages) et internationaux, lesquels pour la composante IDE ont
représenté 4,7% du PIB en 2008 contre à peine 1% en 2000.




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Cette évolution a favorisé l’attractivité du pays et la perception de la qualité de sa signature et amené
deux grandes agences de notation à donner le label d’« investment grade » à la dernière émission de
dette du Maroc effectuée en 2007.
En Algérie la composante IDE est restée faible (1% du PIB pour un total de 8.5 milliards de dollars
ces dix dernières années contre 4,6% pour la Tunisie).

    Environnement Monétaire

S’agissant du contexte monétaire, la stabilité macroéconomique s’est accompagnée, durant la
décennie, d’un taux d’inflation stable et bas, autour de 2%, l’un des plus bas de la région relativement
à celui de la Tunisie qui est passé de 2% en 2005 à 5,1% en 2008 et à celui de l’Algérie qui est passé
de 1,7% en 2005 à 4% en 2008, et dans un contexte de compte courant excédentaire, d’un
accroissement des flux de capitaux privés ( IDE principalement), d’un régime de change fixe et de
restrictions sur les flux des capitaux sortants par les résidents, l’excédent des réserves accumulés par
la banque centrale ( 22,5 milliards de dollars actuellement, soit 6,5 mois d’importation et 140% de
l’endettement extérieur public) a engendré une expansion monétaire très vive, qui fut partiellement
stérilisée et a engendré l’apparition d’une liquidité structurelle auprès du système bancaire qui atteint
24% du total des actifs bancaires en 2006 contre 10% en 2000.

Cette situation a permis une croissance soutenue de 14% en moyenne, entre 2001 et 2008, des
liquidités totales de l’économie et d’une progression de prés de 15% sur la même période des
concours bancaires à l’économie. Le taux de levier des financements sous forme de crédits à
l’économie ( leverage) s’est, en conséquence, fortement renforcé passant d’un taux de 58% en 2000
à prés de 80% à fin 2008. Cela s’est produit en partie en raison d’une décrue continue, au cours de la
décennie, des taux d’intérêts nominaux et réels favorisée par le mouvement de désinflation mondial
jusqu’à 2006, par la nature fixe du régime de change et par la politique d’inflation targeting (implicite)
mise en œuvre avec succès par notre banque centrale.

Concernant l’évolution du système financier, je rappellerai pour commencer, parmi les réformes
récentes, celles qui me paraissent tout particulièrement avoir contribué à la dynamisation de ce
secteur principalement au Maroc.

       Le système financier:

Avant les années 1990, le système financier marocain présentait une structure segmentée, avec une
omniprésence de l’Etat, notamment à travers les organismes financiers spécialisés, la prévalence de
fortes contraintes réglementaires et une politique monétaire basée sur les techniques de régulation
quantitative, au moment où les marchés de capitaux présentaient une taille marginale et un faible
degré de diversification des instruments, les rendant inaptes à assurer un financement adéquat de
l’économie.

Pour pallier à ces insuffisances, la nouvelle politique monétaire, adoptée durant les années 90, a
entériné de nouveaux axes de réforme dont les principes s’articulent autour de la suppression de
l’encadrement du crédit, la libéralisation des taux d’intérêts créditeurs et débiteurs, la modulation des
volumes et des taux de refinancement auprès de la banque centrale, le maniement de la réserve
monétaire comme filet de sécurité, la dynamisation du marché monétaire, la création de nouveaux
marchés concurrentiels de l’argent à même de permettre une allocation optimale des ressources entre
les différents opérateurs économiques et l’abandon progressif, sur une période transitoire, des
emplois obligatoires et des financements privilégiés.

Plus récemment, d’autres mesures de dynamisation ont suivi, je citerai principalement dans ce cadre,
l’adoption de nouvelles règles prudentielles du dispositif Bâle II et la promulgation d’une nouvelle loi
bancaire qui a introduit un élément fondamental qu’est l’autonomie de la banque centrale, seule



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institution chargée de veiller à la régulation et à la surveillance du système bancaire et de conduire la
politique monétaire, de manière autonome indépendamment du gouvernement.

Le bilan de ces réformes a été dans l’ensemble positif. Les banques, qui représentent 55% des actifs
du secteur financier (dans la moyenne de la zone MENA), sont restés un acteur central du
financement de l’économie.

Le total actif du secteur, qui totalise 16 banques dont 11 privés et 5 étrangères, atteint 109% du PIB
en 2007, dont 85% d’actifs pour les six premières banques qui dominent le marché. 50% de leurs
bilans sont constitués de prêts à long terme, financés principalement par des dépôts à court terme
(82 pour cent de dettes), surtout non rémunérés.
Certaines banques ont poursuivi ces dernières années leur déploiement à l’étranger notamment en
Europe, au Maghreb et en Afrique subsaharienne avec l’objectif de jouer un rôle actif en Afrique,
tout en accompagnant le développement à l’international de l’activité de leur clientèle.

Du coté du marché boursier, il convient de relever qu’outre sa modernisation, ce dernier a vu un
accroissement significatif de sa capitalisation au cours des dernières années, passant à 98% du PIB en
2007 contre 24,5% en 2001.

Dans la même lignée, il faut noter le développement continu de l’épargne institutionnelle des
compagnies d’assurance, de retraites et des fonds mutuels dont les actifs représentent 60%du PIB en
2007 contre seulement 49% en 2004.

Quant au micro crédit, qui totalise 12 institutions et dont les actifs ont été multipliés par 6 depuis
2003, il a émergé durant ces dernières années en fournissant des crédits à 1.1 millions de créanciers
(3.7% de la population). Aujourd’hui, ce secteur représente 0.5% des actifs du secteur financier, une
augmentation très rapide depuis 2003 que le Groupe CDG accompagne à travers un fonds de
refinancement des associations de micro-crédit crée avec nos partenaires la CDC française, l’AFD et
la KFW et soutenu par le MCA au titre du partenariat Maroc-USA ;



Mesdames, Messieurs,

Après ce descriptif de l’environnement d’intervention du système bancaire et les réformes qui l’ont
façonné, je vais parler de la contribution du système bancaire au financement de l’investissement :

Réalisations du secteur bancaire : indicateurs de stabilité et d’efficience

Je démarre mon propos par un constat clair: le bilan du système bancaire marocain et maghrébin est
très positif. En atteste les performances et l’évolution des agrégats que je vais vous commenter.

Fin 2007, le secteur bancaire maghrébin qui compte 108 banques et établissements financiers affiche
des résultats encourageants.

Ainsi, au Maroc, le volume du crédit à l’économie octroyé par ce secteur a fortement progressé pour
s’établir à 80% du PIB à fin 2008 contre près de 51% en 2001, un ratio largement supérieur à la
moyenne de la région MENA (58%) et à la Tunisie 56,8% et nettement au dessus du niveau moyen
de certains pays d’Europe centrale (30%). Cela témoigne du renforcement du poids du secteur
bancaire dans le financement de l’économie marocaine.

Pour ce qui est de la qualité des actifs du système bancaire marocain, celle-ci s’est substantiellement
renforcée en ligne avec l’amélioration de la couverture des créances douteuses suite à la mise en place
d’un nouveau cadre réglementaire plus strict. Le ratio des créances en souffrances, provisionnées à


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hauteur de 75% a été ramené à une moyenne de 7,7% du portefeuille de crédits des banques.
Cependant, malgré cette nette décélération du portefeuille des créances douteuses, leur niveau
demeure supérieur à ce qui est observé au niveau des pays émergents ou à niveau de développement
similaires, et surtout par rapport à la zone Euro où le taux de défaut se situe aux alentours de 3% en
situation conjoncturelle normale.

Le ratio de capital des banques marocaines, selon le standard Bâle 2, atteint 10,5% au titre 2008 et est
réglementairement fixé à 10% au minimum et pourrait atteindre 12% pour les banques présentant
une structure de risque particulière.

Concernant la rentabilité du secteur au Maroc, le rendement des fonds propres (return on equity) des
banques marocaines prises globalement a atteint 20,6% en 2007 et serait du même ordre au titre de
l’année 2008. En Algérie, le système bancaire qui est à 90% public, ne pose pas de risques
macroéconomiques, il demeure capitalisé et rentable, la rentabilité de leurs fonds propres a atteint
25% en 2007 (8% en 2005) contre 9% pour la Tunisie. Pour toute la région Maghreb, le rendement
moyen des fonds propres est de 23%. Le ROE suit cette évolution rapide et enregistre des
performances intéressantes pour le Maroc 32% en 2007, 28% pour l’Algérie et 10% pour la Tunisie
et la Mauritanie.

Parallèlement à leur rentabilité élevée, les banques marocaines sont devenues relativement efficientes,
avec un coefficient d’exploitation de 48% en 2006. Cet indicateur de compétitivité se compare
favorablement par rapport au système bancaire des pays de la Zone Euro ( 62% en France, 60% en
Italie et 55% en Espagne) ou des pays de l’Est ( entre 55 et 60%).

Ces indicateurs attestent du développement soutenu du système bancaire, de sa solidité et de sa
conformité aux normes prudentielles et de contrôle correspondant aux meilleurs standards au niveau
international.

En Tunisie, la situation des banques s'est aussi améliorée de façon notable et est caractérisée
aujourd’hui par a) une hausse de l'activité bancaire et de la profitabilité, b) une baisse des créances
classées de 19,3 % en 2006 à 17,3 % en 2007 qui s'explique essentiellement par un traitement
dynamique de ces créances, c) une augmentation du taux de provisionnement à environ 53,8 %. Les
deux objectifs des autorités pour 2009, à savoir réduire le taux de créances classées à 15 % et porter
leur taux de provisionnement à 70 % paraissent ainsi réalisables. Atteindre rapidement ces objectifs,
et même aller au delà, renforcerait davantage la capacité du système bancaire à absorber les chocs
potentiels pouvant affecter l'économie, compte tenu notamment de l'ouverture progressive du
compte de capital.

Mesdames, Messieurs,

S’agissant des autres déterminants, plusieurs facteurs semblent intervenir de façon concomitante
avec ce qui a été annoncé précédemment.

L'Accès aux services bancaires au Maghreb s'est énormément amélioré puisque le réseau bancaire
maghrébin est devenu très dense. Le pourcentage de la population bancarisée au Maroc par exemple
atteint 37% en 2008 (40% si on inclut réseau Postal) contre 15% en 2002 ; et 50% en Tunisie.
Il faut noter que le taux de bancarisation de l’Algérie reste le plus faible de la région. Ainsi, l'Algérie
ne dispose que d'un point bancaire pour 31.000 habitants, contre un point bancaire pour 12.540
habitants au Maroc et 9.530 habitants pour la Tunisie, la norme internationale étant un point pour
8.000 habitants. La carte bancaire connaît aussi un développement très significatif dans la région. Les
cartes émises par le système bancaire passent de 2.6 millions d’unités en 2006 à 3.5 millions d’unités
en 2007. Les sociétés de monétiques annoncent 4.9 millions de cartes émises à fin août 2008.




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Ce progrès, qui a fortement contribué à la création d’un contexte économique favorable (de
croissance forte, régulière, sans inflation, sans déséquilibre externe et accompagnée par une
performance financière du marchés des actifs financiers et immobiliers), a été favorisé par l’existence
d’un environnement favorable à l’investissement dans le secteur, à la mise en place d’un cadre
réglementaire et de contrôle efficace et surtout au développement de la concurrence parmi les grands
réseaux, avec l’impulsion des banques étrangères qui ont élargi la palette des services et des produits
offerts, introduit des standards de qualité et mis en œuvre la concurrence par les prix sur le marché
des crédits.

Cela étant, le taux de bancarisation de la population demeure relativement faible au Maroc, et le taux
de 98% de bancarisation d’un marché comme celui de l’Espagne ou de la France nous éclaire sur le
potentiel de développement à long terme du secteur bancaire et des opportunités d’investissement
qu’il recèle.

Il est à noter, toutefois, que, malgré ce progrès, l’accès au crédit bancaire reste limité, au Maroc, à un
segment relativement étroit de l'économie, notamment les grandes entreprises et à 10% de la
population à revenu fixe (même si les PME ont de plus en plus de facilités à accéder aux
financements bancaires depuis ces 5 dernières années). Le reste de la population accède au
financement principalement par le biais des associations de micro crédit.
Surtout que, le taux de présence du secteur bancaire reste bas dans les zones rurales où vit 40% de la
population du pays. Faire accéder, dans des conditions économiques viables pour le secteur, ces
populations aux services bancaire de base constitue un défi majeur et un objectif ultime pour notre
secteur bancaire.

Notons qu’afin d’améliorer l'accès au financement de banque par les PME, la banque centrale a
adopté, dans une période récente, des mesures visant la standardisation des informations minimales
exigées par les emprunteurs; la création d’un bureau de crédit disposant d’une base de données afin
d’améliorer la fiabilité des informations financières, le développement de systèmes de notations
internes ( approche IRB) au sein des banques.

Spécificités du financement bancaire du secteur privé au Maroc

L’analyse de l’évolution et de la structure du financement bancaire au secteur privé incluant les
entreprises ( privées et publiques) et les ménages fait ressortir :

       La concentration dans le temps de la croissance des financements octroyées par les banques
        sur une période courte de 3 années, à partir de 2006 ; alors que la part des crédits distribués
        dans le PIB stagnait aux alentours de 50% entre 2000 et 2005, ce ratio a, depuis 2006,
        fortement augmenté pour atteindre plus de 70% actuellement. Cette reprise très forte du
        crédit enregistrée s’explique par une confluence de facteurs d'offre et de demande.

           D'abord, l’effort mené par la banque centrale pour encourager les prêts,
              l’amélioration de la fiabilité des informations financières sur les emprunteurs, la
              transparence de décisions de crédit, le renforcement de la capacité de gestion des
              risques des banques et l’amélioration du rétablissement de prêts à risque.
           Deuxièmement, pour faciliter l'accès aux crédits, le Trésor a renforcé la mise en place
              de plusieurs fonds de garantie publique, notamment les garanties fournies aux petits
              emprunteurs et encourageant l’accès à la propriété. Ces garanties ont aussi fourni une
              motivation aux banques pour octroyer des prêts.
     Troisièmement, les prix d'actifs (particulièrement les prix immobiliers) qui ont augmenté
      considérablement, créant un effet de richesse positif et ont augmenté les valeurs collatérales.
      Les prix immobiliers ont en effet doublé en moyenne et triplé dans certaines villes
      concernées par la demande étrangère. La relation entre le crédit et des prix immobiliers est à
      facettes multiples, avec des effets sur les deux : l’offre et la demande. "Le boom" immobilier


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       a été en partie alimentée par une augmentation de la demande de non-résidents liés avec une
       reprise de l'investissement direct étranger des pays du Golfe et la mise en oeuvre de la
       stratégie de tourisme ambitieuse du gouvernement, qui appelle à une augmentation assez
       importante de la capacité d'hôtel du pays. L'immobilier naissant a augmenté la richesse de
       propriétaires menant à la demande intensifiée de prêts pour financer la consommation et des
       investissements.
       En outre, des valeurs collatérales naissantes ont augmenté la capacité de propriétaires pour
       emprunter auprès des banques qui ont eu tendance à accorder des crédits avec une quotité
       (crédits/valeur du collatéral) tendant vers les 100%.

La part crédits à long et moyen terme s’est renforcée de 4 points à 51%, au détriment des crédits à
court terme, et ce en relation avec l’importante progression des crédits immobiliers et à
l’équipement au cours des 3 dernières années.

La structure par emprunteur et par secteurs des crédits reflète la dynamique particulière de la
croissance économique dans la période récente, laquelle est tirée par la demande intérieure,
notamment celle des ménages (consommation et investissement en immobilier résidentiel) et est
portée, côté offre, par les secteurs des BTP (infrastructures) et par celui des services (commerce,
finance et télécommunications, …). Ainsi, la part de l’industrie dans le total crédits est passée de
21,1% en 2003 à 19,5% en 2008, la part des crédits au secteur du BTP atteint désormais 10,3% en
2008 contre 6,9% en 2003. Les crédits directs aux ménages (consommation et immobilier résidentiel)
représentent désormais 30% des crédits octroyées par le système bancaire, soit une hausse de 5
points en 5ans.
Aussi, et au cours des 5 dernières années, les crédits à l’immobilier résidentiel des ménages a
augmenté de 23% en moyenne, les crédits à la consommation (courante, de biens durables) de 18%
et celui en faveur des investissements des entreprises uniquement de 15%.

Comme vous le savez, l’allocation sectorielle et par agent économique des financements bancaires
est la résultante de mécanismes d’offre et demande sur un marché concurrentiel combinant les
préférences des débiteurs ( consommation v.s investissement et placement du côté ménages), la
solvabilité du débiteur déterminé par la situation courante et potentielle de ses revenus et de son
patrimoine,mais renseigne, en fonction de l’usage fait des financements octroyés, de la durabilité du
processus de croissance et de la situation économique future du pays et, in fine, de la qualité du
crédit précédemment octroyé lorsqu’il fut sur le moyen et le long terme. Maintenant, nous ne le
savons que trop, compte tenu de la crise que le monde traverse.

Compte tenu de ces indicateurs, l’enjeu, dans les prochaines années, pour les décideurs de la
politique économique, pour le système bancaire et pour la politique monétaire dans notre pays est de
favoriser une allocation des ressources d’épargne financière et des liquidités monétaires intermédiées
par le système bancaire en faveur d’emplois, de projets et de secteurs qui, bien que soutenant la
demande et la croissance courantes, améliorent le potentiel de croissance à moyen et long terme et la
productivité des facteurs au sein de l’économie, seuls à même d’améliorer durablement le revenu réel,
le niveau de vie et la richesse du pays. Cela passe par l’amélioration de la qualité des facteurs (capital
physique, humain, infrastructures) à travers une réforme des systèmes d’éducation et de formation,
un accroissement des investissements productifs dans les secteurs où le Maroc dispose d’avantages
comparatifs (naturels ou compétitifs). L’accompagnement du système bancaire de cette stratégie de
développement devrait s’appuyer, nonobstant les situations cycliques particulières, sur amélioration
structurelle du taux d’épargne intérieure à l’effet d’immuniser la dynamique de croissance des aléas et
des risques des déficits extérieurs engendrés par une demande intérieure vigoureuse, une
consommation des ménages plus rapide que le revenu – c’est à un taux d’épargne en baisse- financé
par le crédit bancaire. Le système bancaire marocain – les capacités qu’il a acquises le lui permettent-
est capable d’accompagner vigoureusement cette orientation dans le cadre de partenariats actifs au
sein de l’espace euro méditerranéen au service de l’union pour la méditerranée.



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