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SEMINAIRE DES FEMMES DEFICIENTES VISUELLES

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SEMINAIRE DES FEMMES DEFICIENTES VISUELLES Powered By Docstoc
					                 SEMINAIRE DES FEMMES DEFICIENTES VISUELLES
                                        AFAM
                   (Association des Femmes Aveugles et Malvoyantes)

                         Maison de la Promotion Sociale d’Aquitaine
                                       14 Avril 2007


Venus de l’Ariège, de Bretagne ou de la région Parisienne, de Marseille,
Limoges, Lille, Strasbourg et Bordeaux bien entendu, nous étions donc
réunies en ce samedi matin 14 avril 2007 à la Maison de la Promotion
Sociale d’Aquitaine à Artigues.
Après la présentation de toutes les congressistes, monsieur René Breton président de
l’UNADEV partenaire de notre association et principal « sponsor », nous offrait ses souhaits
de bon séminaire et, à l’instar de Julien Clerc, nous déclarait tout de go avec beaucoup
d’amitié : «femmes, je vous aime».
Madame Lemaire, conseillère municipale de Villenave d’Ornon, nous fit l’honneur de sa
présence et nous offrit de même ses vœux de bon séminaire.
Puis on entra dans le vif du sujet. Madame le Docteur Marie-Lou Barrère médecin
gynécologue à la Fondation Bagatelle abordait le premier thème de cette journée : la
ménopause : définition et modifications hormonales, les symptômes, traitements actuels et
enfin, l’Ostéoporose.
La ménopause dit-elle n’est pas une maladie, c’est un événement physiologique dans la vie de
la femme marquant l’arrêt de l’activité ovarienne. Cycles irréguliers, règles minimes ou au
contraire hémorragiques (conséquence de la chute de sécrétion d’estrogènes par les ovaires),
autant de signes cliniques qui se traduisent par le syndrome dit : climatérique et, à plus long
terme, par l’ostéoporose.
Bouffées de chaleur parfois peu gênantes et parfois invalidantes, troubles de l’humeur,
irritabilité, anxiété, insomnies, fatigabilité, parfois prise de poids constituent les symptômes
les plus courants de ce syndrome, lequel peut aussi avoir des manifestations beaucoup plus
insidieuses : sécheresse des muqueuses vaginales avec rapports douloureux, manque d’intérêt
pour la sexualité, infections urinaires, modifications de la peau, risques cardio-vasculaire…
Madame le Docteur Barrère poursuit. L’ostéoporose : maladie généralisée du squelette
caractérisée par une diminution de la densité osseuse et par des altérations de la micro
architecture de l’os, se résume en fait à une fragilité de l’os avec risque de fractures. La
période au cours de laquelle la perte de cette densité osseuse est maximum, se situe dans les
trois années suivant l’installation de la ménopause. L’absence d’activité physique, une
alimentation pauvre en calcium, le tabagisme, des antécédents touchés par l’ostéoporose, une
constitution frêle, une ménopause précoce sont des facteurs de risque à ne pas négliger. Au
moins trois heures par semaine d’exercices en plein air, une alimentation variée riche en
produits laitiers (éviter cependant le fromage le soir), ne pas fumer, préférer les rondeurs à
une trop grande maigreur, tels sont les conseils simples de prévention que développe ensuite
madame Barrère avant d’aborder les méthodes de dépistage.
L’ostéodensitométrie, examen réservé aux femmes présentant des facteurs de risque et qui
constitue un progrès diagnostic majeur, permet d’évaluer de manière fiable les variations de la
masse osseuse. Le résultat est exprimé en T-score (supérieur à moins 1 signifie normal ;
inférieur à moins 2,5 = ostéoporose).
Le Docteur en vient alors aux traitements actuels. Soulager, prévenir, le traitement hormonal
substitutif sera appliqué ou non en fonction de l’intensité des troubles, il sera personnalisé et
évolutif en fonction de la tolérance et des symptômes.
Des études américaines avaient mis à jour le fait que ces traitements pouvaient augmenter les
risques de certains cancers et autres accidents vasculaires cérébraux mais en 2003, l’Agence
Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé, se basant sur des études françaises, a
limité et non interdit l’usage de ces traitements, surtout chez les femmes à risque de fractures.
La Haute Autorité de Santé a d’ailleurs publié certaines recommandations : durée limitée à
cinq ans, emploi d’estrogènes naturels et de progestérones naturelles, prise en compte des
contre-indications majeures. . En fait en France, les traitements employés (oestrogènes en
comprimés ou en crème, par patch ou par voies nasales toujours associés à la progestérone)
ont fait la preuve de leur efficacité. Le Docteur en vient à la présentation de nouveaux
médicament plus faciles à gérer puis aux phyto-oestrogènes et autres traitements
homéopathiques, lesquels, souligne madame Barrère, ont leur place, notamment chez les
femmes enceintes. Quant aux traitements non hormonaux de l’ostéoporose dit-elle, de grands
progrès ont été accomplis avec les «freinateurs» (freinant la résorption de l’os), les stimulants
et ceux qui ont une action mixte, autant de nouveaux médicaments dont madame le Docteur
Barrère donne une liste exhaustive et dont les résultats dit-elle peuvent être mesurés grâce à
des marqueurs du remodelage osseux.
En conclusion précise madame Barrère, les traitements de la ménopause et de ses
conséquences sont «multicarte» avec le choix entre différents médicaments mais, presque
systématiquement, une «supplémentation» en calcium et vitamine D sera proposée.
Pour terminer, madame Barrère en vient à la surveillance de la femme en pré-ménopause ou
ménopausée : visite annuelle chez le gynécologue ou semestrielle dans le cas d’un traitement
adapté, frottis tous les deux ans (plus souvent si anomalie), échographie endo-vaginale chez
celles prenant le traitement hormonal ou celles ayant des saignements anormaux, palpation
des seins avec mammographie tous les deux ans (et plus si anomalie). Dans les cas
d’ostéoporose, la surveillance se fera en collaboration avec le rhumatologue.            Quant à
l’aspect psychologique affirme le Docteur, aujourd’hui, la femme de 50 ans est beaucoup plus
jeune que ne l’était sa mère au même âge ! Et pourtant, la ménopause reste un virage
important que chacune négociera avec ses propres moyens et plus ou moins d’anxiété, selon
son vécu et selon son roman familial. La ménopause est une période charnière où l’image du
corps change, mais un moment fécond pour entreprendre un travail sur soi, un temps de
maturation psychique où le temps de la mémoire commence. L’écoute des patientes conclut
madame le Docteur Barrère, a autant de place que l’examen gynécologique en lui-même.
Nombreuses sont les questions qui jaillissent à la suite de cet exposé excessivement riche
mais l’heure de la pause est là et notre intervenante suivante aussi.

Nous accueillons madame Jamila Alla-Belkhiat présidente de «Ni putes ni soumises» Comité
Gironde Aquitaine, laquelle commence par expliquer le pourquoi de ce nom. Lorsque nous
avons débuté notre action dans les banlieues dit-elle, nous avons très vite remarqué que, pour
parler des femmes ou des filles, les garçons n’employaient le plus souvent que ce terme de
pute… Toutes des putes sauf ma mère… Quant aux politiques, leur argument était : si elles ne
s’en sortent pas c’est parce qu’elles sont soumises. Une première pétition circula qui fut très
mal ressentie par les institutionnels. Il a fallu l’assassinat de Solane brûlée vive pour que, les
médias s’emparant de l’affaire, notre appel commence à être entendu. Malheureusement,
malgré une prise de conscience, il y eut encore bien d’autres victimes, notamment
aujourd’hui, Sophie dont le corps vient d’être retrouvé. Nous observons une minute de
silence.
Amie proche assassinée, compagne de faculté défigurée par un petit ami jaloux: Jamila nous
dit sa révolte et sa lutte, laquelle, dit-elle, est bien loin des idées féministes des années 70 où
les femmes recherchaient l’égalité homme/femme ou la parité en politique, nous, nous
cherchions seulement comment pouvoir sortir dans la rue sans être insultées, sans mettre notre
vie en danger. En France, une femmes meurt de violence tous les trois jours ! Créée en 2003,
l’association Ni putes ni soumises intervient dans les établissements scolaires où elle présente
une exposition itinérante intitulée «Respect».
Au cours de nos interventions dit Jamila, nous entendons des choses effrayantes du style : si
ma sœur se faisait violée, je la tuerais car ce serait parce qu’elle l’aurait bien cherché!… La
victime devient coupable. Ce discours que l’on croyait révolu depuis longtemps, il est de
nouveau là aujourd’hui chez les jeunes. Si une fille est en jupe : elle provoque ; si elle a un
pantalon moulant : elle cherche les garçons… Outre ce code vestimentaire, il existe bien
d’autres raisons d’agresser les filles: «eh mademoiselle, t’es jolie!» Si la jeune fille ne répond
pas : «j’te parle et tu réponds pas, espèce de pute!» ; si elle répond : «toutes des salopes !»…
Mais notre combat pour le droit des femmes poursuit Jamila, ne s’arrête pas aux banlieues. La
violence touche tous les milieux. Dans notre association dit-elle, nous avons vu arriver des
épouses de maris occupant un rang élevé dans la société ; outre les coups, les insultes et les
pressions psychologiques, elles sont victimes du silence imposé par leur position sociale, par
le fait que, mère de famille parfois nombreuse, elles n’ont pas d’emploi, pas de ressource, plus
de courage : elles ont peur de perdre leurs droits, leurs enfants, leur maison... Elles ne sont
que : les femmes de monsieur X ou Y, sans cela, elles ne sont personne. A contrario, souvent,
les femmes des quartiers populaires, dénoncent davantage : elles, elles n’ont rien à perdre. La
première arme qui tue est le silence.
De même dit encore Jamila, il est regrettable de ne pas dénoncer certaines pratiques. Ainsi par
exemple, dans certains milieux professionnels, les hommes trouvent drôle de raconter à leurs
collègues femmes des blagues grossières (généralement en dessous de la ceinture) ou de leur
envoyer des sites pornographiques… Si cela ne les amuse pas : elles sont coincées, voire
« mal baisées» et, pour la bonne marche de l’entreprise, inutile d’en faire une histoire !…
L’association qui compte actuellement 65 comités en France, des comités à Genève, en
Belgique, en Allemagne, au Danemark, à New York, dans le Maghreb, reconnue aujourd’hui
en tant qu’ONG consultative pour l’ONU, qui mène aussi une action pour la prévention
autour de débats thématiques, a très clairement opté pour la laïcité, contre le port du voile et
autres signes religieux. A ce titre, elle a été accusée (y compris par certains intellectuels
français) : de non respect des musulmans. Si une jeune fille est mariée de force, si l’on
pratique l’excision : c’est normal, telle est la religion ou la tradition…
Notre mouvement précise Jamila est mixte, nous avons des présidents hommes, mais des
hommes qui respectent nos valeurs. Ces derniers sont tout autant que nous femmes, victimes
du rejet de certains chefs religieux au prétexte qu’ils sont la honte de l’Islam : menaces de
mort sur celles et ceux qui refusent toute forme d’oppression, qui revendiquent la liberté
d’expression, le droit d’exercer sa citoyenneté.
Avant de terminer, Jamila rend un très bel hommage à ses parents qui ont respecté son choix
bien que de culture traditionnelle, à ses professeurs, des personnes extraordinaires qu’elle a
eu la chance d’avoir et qui lui ont donné le goût de la liberté. Et pour conclure, elle lit une très
belle lettre de Shéhérazade, jeune fille arabe elle aussi brûlée vive pour avoir refusé d’épouser
celui que ses parents avaient choisi pour elle, Shéhérazade qui a survécu à ses blessures.
«Souffrir parce que l’on est une femme… souffrir pour rien… sans savoir pourquoi… Refuser
par ce qu’être une femme est une chance… La violence frappe votre cousine, votre voisine
sans même que vous vous en rendiez compte… Ces garçons là joignent leurs cris aux nôtres
lorsqu’il s’agit de dénoncer l’inconcevable… Lutter ensemble pour l’égalité des droits et des
chances…» Telles sont quelques unes des petites phrases choc relevées dans cette très belle
lettre emplie d’émotion.

Nous en arrivons au dernier exposé de la matinée : Madame le Docteur Laurence Thomas de
l’Institut Bergonié. Spécialiste en radiothérapie, madame Thomas présente tout d’abord
l’équipe avec laquelle elle travaille à la prévention et au traitement du cancer du col de
l’utérus : chirurgiens gynécologues, chimiothérapeutes, radiologues.
S’il est devenu plus rare dit le Docteur, ce cancer du col de l’utérus est aussi devenu plus
grave et entraîne encore actuellement de 900 à 1000 décès par an. Les moyens diagnostics
sont pourtant renforcés(IRM, prélèvements ganglionnaires, analyses), les moyens
thérapeutiques importants. On a de nos jours plus souvent recours à la petite chirurgie
(chirurgie conservatrice) pour les stades précoces afin d’éviter autant que possible le
traumatisme des chirurgies lourdes et totales (appliquées notamment en cas de récidive).
Madame Thomas en vient alors à sa spécialité la radiothérapie. Elle aborde tout d’abord les
rayons par voie externe puis explique la curiethérapie : rayons par voie interne, micro source
radioactive que l’on place contre le col et qui épargne les organes proches. Ce traitement
utéro-vaginal par sonde dit le Docteur, est aujourd’hui dosé avec une grande précision, ciblé
avec une grande précision grâce en particulier : au calcul des doses par scanner, aux
accélérateurs multilames et, encore plus précis avec une toute nouvelle technique: la
tomothérapie. Celle-ci permet une irradiation en rotation autour de la zone à traiter et permet
de moduler l’énergie du faisceau incident afin qu’il donne la dose la plus importante à
l’endroit voulu et de surcroît avec un recalage permanent en tenant compte du fait que les
organes bougent. Le temps du traitement peut être de 24 heures, il est fractionné, il s’agit d’un
traitement horaire (x minutes d’irradiation par heure) ; pendant le temps restant, la patiente
peut recevoir des visites, ce qui permet un meilleur confort. La curiethérapie peut également
être pratiquée en ambulatoire en cas de cancer précoce, après chirurgie, sur la cicatrice.
Enfin, dans le registre des thérapies, le Docteur Thomas en arrive à la chimio, laquelle dit-
elle, n’est devenue systématique que depuis 1999. Elle a pour but d’augmenter l’efficacité de
la radiothérapie externe. L’important dit madame Thomas, est de bien déterminer la séquence
des traitements et comment on va les associer.
Concernant l’épidémiologie, dit madame Thomas, la moyenne d’âge se situe à 51 ans, avec
une diminution très nette du nombre des cas grâce au dépistage (en 1990 : 3961 ; en 2000 :
3300). Malheureusement, ces cas bien que moins nombreux sont généralement plus graves
puisque les femmes qui en sont atteintes, soit elles n’ont fait l’objet d’aucun dépistage et sont
à un stade déjà avancé lorsqu’elles consultent, soit il s’agit d’un «entre deux dépistages» et
l’évolution est alors rapide, souvent avec une extension ganglionnaire. Le taux de survie à
cinq ans (en rapport direct avec le volume tumoral) qui peut être de 95% pour un stade
précoce passe alors à 70% (ce taux n’a guère été amélioré au cours des dernières années). En
fait, le dépistage reste individuel et, l’origine étant infectieuse, les femmes à plus hauts
risques (conditions socioéconomiques médiocres, rapports sexuels avec multipartenaires,
tabagisme), ne sont généralement pas celles qui se font suivre le mieux…
La tumeur apparaît d’abord au niveau de la surface du col, ensuite, le cancer peut, soit
descendre dans le vagin, soit monter vers l’utérus, soit s’étendre sur le côté vers les
paramètres. C’est par cette dernière voie que le cancer va progresser au niveau des ganglions,
vessie, bouchant le canal des uretères, entraînant une dilatation des reins. C’est parfois une
douleur diffuse au niveau des reins qui est le premier signe ressenti alors que l’on a affaire à
un stade déjà avancé. C’est pourquoi, afin de déterminer le degré exact de la maladie, on
procède au prélèvement des ganglions pelviens par célioscopie.
Madame le Docteur Thomas recommande un suivi gynécologique même au delà de la
ménopause, contrairement à ce qui se pratiquait voilà seulement quelques années : les cancers
du col peuvent encore survenir chez les femmes d’un «certain âge»… Et, malheureusement,
seulement 60% des femmes font l’objet d’un dépistage.
Aujourd’hui, puisque ce cancer du col de l’utérus est d’origine infectieuse, conclut le Docteur,
un nouvel espoir vient de naître : la vaccination… Toutefois, ce vaccin (qui coûte 150€ non
remboursés par la Sécurité Sociale) doit être pratiqué sur les toutes jeunes filles (entre 16 et
23 ans), dans tous les cas, avant les premiers rapports sexuels, c’est à dire, avant d’avoir été
en contact avec le virus. Une femme peut avoir été contaminée sans pour autant développer
dysplasies, cancers ou verrues génitales mais certains facteurs (tels que le tabagisme) peuvent
néanmoins favoriser le développement de la maladie. Attention poursuit le Docteur, le vaccin
protège contre quatre types de virus, non contre tous les virus. Le vaccin ne doit donc surtout
pas empêcher le suivi gynécologique.
Avec ces recommandations se termine une matinée bien dense, sérieuse mais ô combien riche.
Je prie nos intervenantes médecins de bien vouloir être indulgentes si ce compte rendu ne
traduit pas de manière très fidèle les termes médicaux employés lors de leurs conférences.
J’espère cependant ne pas avoir trop interprété leurs propos…

Après le déjeuner, pris rapidement sur place, madame Edith Thoueille, puéricultrice, habilitée
par le Brazelton Institut de Boston, nous parle de ses vingt années d’expérience de directrice
des consultations de l’Institut de Puériculture et de périnatalogie de Paris, spécialisée auprès
des mamans déficientes visuelles.
Déjà dans les années 50 dit-elle, à l’Institut de puériculture existait un jardin d’enfants pour
ceux qui, prématurés, avaient été victimes d’une hyper oxygénation des yeux entraînant une
nécrose de la rétine et donc la cécité. Puis, en 1986, l’une des puéricultrices m’adressa une
maman non-voyante. Je me suis alors tournée vers l’association Valentin Haüy, vers une
spécialiste de la vie autonome chez les personnes aveugles. Celle-ci organisa une rencontre
avec des parents atteints de cécité et c’est alors que je compris que ces personnes ne
recevaient pas l’aide qu’elles étaient en droit d’attendre. Avec le concours des pédiatres et de
mes collaborateurs, , l’Institut prit ainsi une orientation nouvelle.
Depuis lors poursuit madame Edith Thoueille, j’ai eu l’occasion de m’occuper d’une bonne
centaine de mamans aveugles. Malheureusement, si depuis 1993 la Convention des Nations
Unies reconnaît aux personnes handicapées le droit à la sexualité et à la procréation, dans les
faits, C'est là, généralement s'exposer à un blâme, à de grandes inquiétudes de la part de la
famille ou du milieu médical. C’est pourquoi, éprouvant naturellement une grande sollicitude
envers les mamans aveugles, je me suis consacrée à la prise en charge avant, pendant et après
la grossesse, lorsque manque ce registre fondamental qu’est la vision. Actuellement poursuit
madame Thoueille, j’ai une grande chance car tout le travail de recherche que je mène est
financé par différentes fondations. Désormais, des contacts ont été pris pour que des unités
semblables à celle de l’institut de Paris s’ouvrent en province.
Ainsi, dit madame Thoueille, la prise en charge globale de ces maternités singulières constitue
une Unité au sein de l’Institut, laquelle comprend plusieurs services dont le tout premier (celui
que je dirige) le service des consultations et, entre autres centres : le centre Brazelton.
  La grossesse, la naissance, représentent un moment essentiel dans la vie de la maman
aveugle dit encore madame Thoueille. C’est un temps de revalorisation où le statut de future
mère donne enfin à la femme handicapée visuelle une identité sexuée. De plus, des
remaniements psychiques intenses, communs à toutes les maternités, vont lui permettre, avec
l’aide d’un accompagnement précoce, de mettre en mots toutes les inquiétudes issues d’un
conflit en rapport avec le souhait d’être une mère idéale. Toute femme veut être une mère
idéale mais lorsqu’il y a handicap, ce souhait est décuplé. Cet accompagnement lui permet de
résister aux commentaires souvent blessants de l’entourage car, devenir mère lorsque l’on est
handicapée visuelle, c’est généralement s’exposer à un blâme ou à des interdits inscrits dans
un consensus d'ostracisme projeté par le corps social. Le discours à connotation eugénique
parvient à ce que nombre de femmes renoncent à la maternité même s’il est avéré qu’il n’y a
aucun risque de transmission génétique du handicap. Chacun s’érige en surmoi maternel pour
interdire à la mère aveugle de faire vivre à son enfant, en réalité, l’angoisse que suscite la
cécité chez le voyant. Les préjugés à l’égard de la cécité ont la peau dure ! La cécité reste
étroitement liée à la mythologie : c’est une malédiction, le châtiment suprême
Madame Thoueille en vient alors à expliquer comment, à l’Institut, s’articule la prise en
charge des mères handicapées visuelles. Un premier rendez-vous précoce en visite
individuelle (réitéré autant de fois que la maman le souhaitera, qu’elle soit enceinte ou en
désir d’enfant) peut être suivi par des réunions mensuelles collectives auxquelles la mère ou le
père ou les deux parents ensemble peuvent assister. La mère peut alors voir son désir d’enfant
approuvé par le groupe, groupe de professionnels mais aussi groupe d’une quarantaine
d’autres parents (handicapés visuels ou valides ayant des enfants de tous âges). Le bouche à
oreilles faisant état de l’existence de ce lieu de vie a très rapidement circulé parmi les
personnes déficientes visuelles. C’est aussi le moyen d’avoir des «mamans relais» pouvant
aider celles qui sont en grande solitude lors de leur grossesse. En recevant ces futures mères,
je les autorise à parler de ce qui les bouleverse, parfois de leur enfance, parfois de leur vie de
femme. Une enquête que nous avons menée récemment montre que, contrairement à ce que
l’on pourrait penser, il existe une sorte d’abandon de ces futures mères aveugles de la part de
la famille. Donc, cette prise en charge institutionnelle vient combler un vide parental
dangereux car, si on ne témoigne pas un minimum de confiance à la future maman, ses affects
risquent d’être considérablement perturbés. Si l’on ne donne de l’importance qu’à la vision
sans la dissocier de tous les autres sens, il est certain que nous aurons beaucoup de mal à
comprendre les liens qui unissent mère aveugle et enfant voyant.
La mère aveugle affirme madame Thoueille, développe des stratégies qui ne font pas d’elle
une participante passive du maternage. Son visage traduit une émotion intérieure, son regard
est chargé d’affects, il oblige l’enfant à la regarder. La manière dont l’enfant est porté, langé,
nourri, détermine la qualité du maternage. Cette attention tout à fait particulière, tendre et
sécurisante, je l’ai toujours rencontrée chez les mamans aveugles et, avec les bonnes
expériences sensorielles, le bébé échange avec sa mère, des nourritures psychiques, ce qui va
sous-tendre le développement de sa propre pensée. Madame Thoueille lit alors le témoignage
émouvant d’une maman aveugle, laquelle avait été maltraitée durant son enfance et parle des
sentiments qui l’animent lorsqu’elle donne le sein à son bébé. Elle évoque aussi notamment
sa voix, la plus belle voix qui soit, son odeur: la meilleure odeur qui se puisse être… Ce type
d’attachement va en retour faciliter le développement de la capacité de mentalisation de
l’enfant. Si mes parents me voient comme un être pensant, j’existe comme un être penseur…
Pour en revenir au déroulement de la prise en charge de la future maman, outre de nombreux
entretiens poursuit madame Thoueille, nous organisons des cours de puériculture
adaptée. Nous sommes dans un «corps à corps» : maman, puéricultrice et vrai bébé et ce,
autant de fois que nécessaire. La future maman m’enveloppe totalement et suis mes mains à
mesure que j’effectue les gestes appropriés, cependant que je décris ce que je suis en train de
faire. Le plus difficile dit-elle, est la prise de médicaments. J’ai voulu concevoir un biberon
mais je me suis vue objecter que ce n’était pas un marché porteur… Cependant, un laboratoire
a conçu une seringue avec une petite buttée permettant la prise de vitamines en toute
autonomie. D’autres astuces permettent de palier le manque de vision. Ainsi, grâce au travail
réalisé par une jeune sage-femme dont le mémoire traitait de l’échographie chez les futures
mères aveugles, on a reproduit sur des plages tactiles tous les stades de l’embryogenèse ainsi
que la représentation de toutes les échographies obligatoires. De même, grâce à un appareil
qui permet la représentation en 3D, nous aidons la maman a effectuer avec la main, tous les
contours du fœtus. Par ailleurs précise-t-elle, on a pu constater que la future mère aveugle
ressent les mouvements de son bébé presqu’un mois avant une mère voyante. Nous sommes
vraiment dans des relations de contact, il faut toucher; ce n’est pas parce que nous avons des
relations très intimes dit madame Thoueille que je ne suis pas professionnelle. Il est grand
temps d’abolir le concept de la neutralité, de se défaire de cette pudeur qui empêche le
médecin de prendre la main de la maman pour lui dire : regardez…
Madame Thoueille présente alors l’échelle de Brazelton, examen établi par un pédiatre
américain monsieur Brazelton et qui est un examen objectivant les compétences d’un
nourrisson dès sa naissance. Nous avons dit-elle effectué cet examen sur 35 bébés afin d’aider
les jeunes mères aveugles dans le processus de parentalisation, sachant que cet outil peut aussi
être très utile dans le cas d’autres handicaps ou dans le cas de mamans fortement déprimées. Il
s’agit avant tout d’obtenir l’adhésion totale de la mère afin de pouvoir la toucher,
l’envelopper. Cet examen montre que, très tôt, en fait dès la première semaine de vie, l’enfant
sait que sa mère ne voit pas. Le test dit de la «câlinité» montre en effet que le bébé d’une
maman aveugle ne se love pas dans le cou de sa mère comme le font les autres bébés, il
recherche son haleine, son souffle et prend la posture adéquate. De même, un autre test
montre par exemple que, si sa mère lui parle en même temps que le pédiatre (personne qui
voit), le regard de l’enfant est naturellement accroché par celui du voyant et ne regarde donc
pas sa mère ; en revanche, pour montrer qu’il l’a entendu, il lance le bras vers elle. On a pu
constater encore que, un excès de toucher énerve systématiquement un bébé, sauf s’il s’agit
d’une mère non-voyante : le bébé n’est jamais nerveux avec les enveloppements, les
soulèvements et autres caresses de sa maman aveugle. Bien d’autres observations ont pu ainsi
être mises à jour mais le temps nous manque pour les évoquer ici regrette madame Thoueille.
Pour conclure dit-elle, notre grande disponibilité, notre grande empathie, notre grande
reconnaissance à l’égard de toutes ces mamans se résume dans une simple petite phrase : «ce
que j’aime le plus dans votre service, c’est que l’on me regarde…» Mais, précise madame
Thoueille, dans cette prise en charge, nous sommes non pas dans un regard qui dévisage mais
dans un regard qui envisage.
(J’espère de même, avec ce compte rendu, bien que n’employant pas toujours les termes
usités par madame Thoueille au cours de son très bel exposé, ne pas avoir trahi la pensée de
notre conférencière)

C’est sur sa très belle conclusion que nous passons à un tout autre sujet avec Monsieur
Yannick Soulié pédicure podologue et réflexologue venu nous parler de nos pieds : comment
en prendre soin et qui, à propos des enfants, poursuit en quelque sorte l’exposé précédent en
affirmant que, pour le bon développement d’un enfant, l’on ne doit pas lui interdire de
marcher à quatre pattes.
Monsieur Soulié aborde tout d’abord les différentes morphologies des pieds : le pied égyptien
(le gros orteil plus long que tous les autres : 60% de la population), le pied carré (tous les
orteils sont à la même longueur : 25% de la population), le pied grec (le second orteil est plus
long que les autres, ce dernier cas étant le plus gênant). Nos pieds dit-il, souffrent de
nombreuses pathologies mais nous parlerons pour commencer de leurs déformations. Tout
d’abord, au niveau du gros orteil : l’oignon. Cette grosseur qui peut avoir une origine
génétique, est due au relâchement d’un muscle, le muscle transversal. Celui-ci perd de sa
force à mesure que l’on avance en âge et la colonne de l’orteil a tendance à partir vers
l’extérieur, ce qui crée une bosse sur le bord externe et qui, malheureusement, s’accompagne
de douleur. Pratiquement, dit monsieur Soulié, il n’y a rien à faire excepté l’intervention
chirurgicale et quelques accessoires simples pour soulager un peu cette douleur telles les
prothèses de contention nocturne. Sans entrer dans les détails poursuit monsieur Soulié, cette
déformation peut entraîner une mauvaise position du pied, une démarche altérée, des suites
arthrosiques…
Passons aussi rapidement dit-il sur : pieds plats et pieds creux, orteils en griffes ou en
marteaux, becs de perroquets en tous genres pour en arriver aux durillons plantaires qui se
caractérisent par un assèchement de la peau et un épaississement de la couche cornée, que
l’on trouve en particulier au niveau des zones d’appui, sous les orteils : échauffement à la
marche ou à la station debout, pas forcément douloureux. Mais, conseille monsieur Soulié,
que l’on souffre ou que l’on ne souffre pas, en ce qui concerne les consultations chez le
pédicure, le minimum est comme pour le dentiste : au moins une visite annuelle, l’idéal serait
de deux: l’une avant l’été, l’autre avant l’hiver, c’est de la prévention. Ainsi, ces visites
assorties de quelques soins réguliers comme : leur appliquer chaque matin une crème
hydratante, éviterait à nos pieds, un certain nombre de problèmes.
Nous en venons au cor, en quelque sorte une extrapolation du durillon dit monsieur Soulié
mais à la différence du durillon, le cor a une pointe qui s’enfonce et, le tissu vasculo-nerveux
étant comprimé, ce cor est très douloureux. Il peut même entraîner une infection secondaire.
Le port des chaussures devient alors insupportable, d’autant plus chez les dames précise notre
conférencier car, souvent, les dames ne prennent pas chaussures à leurs pieds mais chaussures
«à leurs yeux»… Quant au traitement, dit-il encore, à bannir : pommades, coricides et autres
pansements miracles qui peuvent occasionner bien des dégâts Pensez, dit monsieur Soulié, au
poids supporté par nos pieds, pensez au nombre incalculable de fois où ils sont sollicités, ils
méritent bien que l’on leur consacre quelques soins et un peu de temps chez le pédicure!.
Le pied, précise-t-il encore, est en quelque sorte une seconde pompe… Après un accident
cardiaque, que dit-on au malade ? Monsieur ou Madame, il faut marcher… la semelle
vasculo-plantaire étant à chaque pas stimulée, le cœur en est lui-même stimulé, il en va de
même pour les jambes lourdes et autres problèmes circulatoires.
Pour en revenir à nos pieds et au registre de leurs petites misères, poursuit monsieur Soulié,
l’ongle incarné n’est pas le moins douloureux… Il est généralement dû à une mauvaise coupe
de l’ongle ou à une certaine forme de l’ongle dite «en tuile de Provence» ; il s’accompagne
d’une très forte inflammation : orteil enflé et, si l’intervention «pédicurale» reste sans effet, il
faut recourir à l’intervention chirurgicale ; parfois, certains dermatologues le traitent
aujourd’hui au rayon laser. Parlons aussi des crevasses talonnières (douloureuses si elles
s’ouvrent) : une légère abrasions à sec (avant la douche) pratiquée à l’aide d’une petite râpe
de toile émeri puis une bonne hydratation en viennent généralement à bout. Enfin, évoquons
les verrues plantaires, d’origine virale, contractées généralement en milieux humides
(piscines, salles de sport ou douches communes), elles disparaissent souvent spontanément.
On peut contracter le virus et ne jamais l’exprimer ; l’expression psychosomatique du virus
peut se faire sous l’effet d’un stress, d’un choc, d’une contrariété. Consacrons un petit
chapitre aux mycoses, elles peuvent apparaître au niveau de la peau mais aussi au niveau de
l’ongle, cette dernière forme étant très longue à soigner : neuf à douze mois de traitement avec
applications quotidiennes du vernis adéquat (sachant que chaque vernis a son propre rayon
d’action). Quant aux mycoses cutanées conseille monsieur Soulié, on peut les éviter en
appliquant, après le bain en piscine par exemple, une solution antibactérienne et surtout,
toujours très bien sécher le pied, entre les orteils pour éviter toute humidité. De même pour les
chaussures, les porter en alternance et les laisser aérer. Au registre de l’hyper sudation, rien ne
remplace le savon de Marseille ! Pour résumer, précise monsieur Soulié, si vous ne souffrez
pas de l’une ou l’autre des atteintes évoquées, vos pieds se contentent généralement de soins
élémentaires réclamant peu de moyens et, à l’exception des personnes diabétiques, avec des
règles d’hygiène de base simples et au moins une visite annuelle chez le pédicure, vos pieds
se porteront comme un charme !…
A ce propos, tient à informer monsieur Soulié, certains départements (Ariège en particulier)
ont adopté une politique exemplaire de prévention pour les personnes diabétiques. Ces
dernières ont annuellement droit à huit visites chez le pédicure ainsi qu’à une paire de
semelles (le tout remboursé à 100%).
Monsieur Soulié évoque alors la réflexologie, laquelle méthode de massage des pieds venue
des Indes et de Chine, date dit-il, de plus de 5000 ans. En aucun cas, la réflexologie ne se
substitue à d’autres thérapies, à un traitement médicamenteux, n’établit un quelconque
diagnostic. Elle apporte un bien-être, une relaxation, elle s’établit sur une relation de
confiance : la personne «donne» son pied et la séance dure de 45 minutes à une heure. Elle
utilise les mêmes méridiens énergétiques qu’en acupuncture ou qu’en auriculothérapie. Le
réflexologue ne travaille qu’avec le pouce et l’index, lesquels tournent autour de certains
points afin de stimuler telle ou telle zone. Elle est particulièrement efficace en cas de
somatisation de stress : céphalées et migraines, problèmes gastriques, transit intestinal
(constipation ou colites), règles douloureuses, etc…
Afin de structurer notre profession, dit monsieur Soulié, l’ordre national des podologues vient
d’être créé et c’est pour nous une grande avancée ; elle permettra de faire la chasse aux
«charlatans», des gens peu scrupuleux qui ne respectent pas toujours les règles d’hygiène
élémentaire.
Pour finir, affirme monsieur Soulié, la séance peut procurer une sensation de relâchement
équivalant à une bonne sieste, je parviens à endormir à peu près une personne sur deux…
Pour notre part, cet exposé, émaillé d’anecdotes et présenté avec beaucoup de simplicité et
d’humour, fut loin de nous endormir !
Après une pause de courte durée car l’après-midi était déjà bien avancé, Madame Nicole
Schrader négociateur amiable et Maître Rachelle Hamadi avocate au barreau de Bordeaux-
généraliste sont venues nous parler de : solution médiation.
Le conflit dit madame Nicole Schrader, vient de ce qu’un problème auquel nous sommes
confrontés prend une dimension émotionnelle passionnelle. On n’est donc plus objectif et on
veut imposer à l’autre sa volonté : rupture de communication totale. Le négociateur est là pour
trouver une solution à l’amiable car, tout ce qui a trait aux tribunaux prend dit-elle, beaucoup
de temps et beaucoup d’argent. Dès l’instant où l’on contacte un avocat, on entre dans un
mode d’opposant, on ne cherche plus d’entente, on part en procès : long, coûteux, épuisant…
Le négociateur pour sa part, peut se permettre d’appeler tous les opposants, de leur demander
d’exposer leurs griefs, leurs objectifs… L’avocat, lui, ne peut contacter la partie adverse.
Nous, négociateurs, nous partons sur la médiation, poursuit Nicole. Le conflit peut être de
toutes sortes : avec un voisin, avec un fournisseur, un commissaire priseur, une compagnie
d’assurance, un mari ou des enfants, un avocat, etc… Il est presque toujours d’ordre matériel,
des intérêts financiers sont en jeu. On s’efforce de relativiser ce conflit, hors émotion, de
déterminer les objectifs. On contacte alors l’opposant, on essaie de voir où s’est créée la
rupture, pourquoi la communication est devenue impossible. On invite alors les deux
personnes à se rencontrer, on écoute… Généralement, ces confrontations durent de une à deux
heures, les belligérants s’invectivent à l’aide de toutes les rancunes accumulées, tous les
griefs, parfois les cris et les insultes pleuvent après quoi, en présence du négociateur capable
de relativiser le tout, les esprits se calment.
Lorsque l’objectif est raisonné par les deux parties, on essaie de trouver «la» solution qui va
convenir à tout le monde. De la médiation, on passe à la négociation. Cette dernière permet
d’établir un accord écrit pour lequel tout le monde va s’engager. En collaboration avec un
avocat réceptif à ce genre de procédure (tous ne le sont pas), ce protocole d’accord
transactionnel sera rédigé en faisant référence à la loi et aux droits: récapitulation des enjeux,
des conséquences, des inconvénients. C’est un engagement signé qui fait appel au bon sens, à
l’implication de chacun. S’il n’aboutit pas, on part en justice mais la partie défaillante endosse
déjà la responsabilité de : mauvaise foi évidente. Dans la majorité des cas, cet accord amiable
permet de clôturer le conflit. Le négociateur suit l’affaire jusqu’à la clôture définitive, en
s’étant fixé des délais à respecter. On fait alors une convention de clôture. Ce protocole peut
aussi être officiellement homologué, c’est à dire passé devant un tribunal et être enregistré.
A la suite de certaines questions des auditrices présentes, madame Schrader tient à repréciser
que la négociation à l’amiable est tout à fait hors judiciaire, c’est ce qui lui permet de
s’adresser à la partie adverse. Elle donne ensuite quelques exemples de conflits pour lesquels
ses interventions ont abouti de manière positive. Nous faisons, dit-elle, appel à la raison, au
respect de la personne, mais aussi à la loi, aux droits, aux différents codes en vigueur, nous
devons nous entourer d’une équipe compétente (nous avons notre propre Conseil), nous
devons être justes mais ne nous substituons pas à la justice. Nous sommes tenus au secret
professionnel et sommes unis en association pour la défense des consommateurs. Elle
dénonce en particulier la multiplicité de petits litiges avec les opérateurs de téléphonie
concernant de petites sommes mais qui, reproduites à l’échelon national prennent une tout
autre dimension…
Maître Rachelle Hamadi prend alors la parole et souligne en effet que, pour tous ces conflits
où des sommes dérisoires sont en jeu, on ne consulte pas un avocat… C’est dit-elle, l’exemple
même du bien fondé du négociateur, lequel, généralement, règle ce genre de conflits très
rapidement, surtout, dit-elle, lorsque l’on a affaire à quelqu’un possèdent les talents de Nicole
Schrader car il faut beaucoup d’engagement personnel, d’humanité, de psychologie,
d’émotion, d’énergie. Nous les avocats, nous avons un protocole à suivre : envoyer un
courrier, rappeler la loi et, si cela ne suffit pas : saisir les juridictions compétentes : tribunal de
commerce, tribunal d’instance, de grande instance. En France, précise maître Hamadi, on est
loin du système américain ou anglais où l’avocat mène l’investigation !…
Le recours à un avocat est souvent onéreux mais, précise maître Hamadi, rappelez-vous que
l’aide juridictionnelle existe ! De même, dit-elle encore, on oublie trop souvent que, chacun
possédant une assurance responsabilité civile, dans ce cadre et moyennant une somme
mensuelle relativement modique, on peut bénéficier d’une assistance juridique. Quelqu’un
faisant remarquer que si le litige ne porte que sur une petite somme cette assistance ne prendra
pas l’affaire en charge, maître Hamadi affirme que, pour une somme inférieure à 100€, on
peut en effet se défendre seul. Vous avez pour ce faire le tribunal d’instance, il suffit de
remplir un imprimé, une audience sera ensuite organisée pour présenter le dossier et,
généralement, cela suffit pour régler le contentieux. Pour ma part, poursuit maître Hamadi, je
fais toujours mon possible pour éviter d’aller jusqu’au procès… On essaie la transaction,
incitant parfois le client à réviser ses prétentions à la baisse : mieux vaut récupérer 100€
maintenant que courir après 150 qui ne viendront peut-être que dans deux ans et de surcroît
avec un éventuel recours en appel ! On «rentre» en procès, dit-elle, comme on rentre dans les
ordres, on sait que c’est pour longtemps !
Maître Hamadi poursuit ses conseils : ne pas hésiter à demander un devis, ne pas hésiter à
consulter un autre avocat si les honoraires annoncés vous semblent trop élevés. Vous êtes en
droit de signer une convention d’honoraires, en droit d’exiger une consultation écrite.
Personnellement dit-elle, j’examine un dossier et j’évalue les chances de succès, je m’engage
par écrit et explique le pour, le contre. L’avocat n’est pas «le tout puissant»…
La «constitution» du dossier est primordiale. Il doit être étoffé, il faut réagir immédiatement,
garder des traces écrites de toute démarche, rassembler le maximum d’éléments. Il faut,
précise maître Hamadi pour conclure, dédramatiser l’appareil judiciaire, se défendre dès que
l’on est victime d’un abus de droit, ne pas hésiter à consulter les associations de
consommateurs, ne pas oublier les consultations gratuites d’avocats (exemple la Maison de
l’Avocat rue du Maréchal Joffre à Bordeaux), recourir le plus possible à la médiation: le
tribunal n’est pas la solution à tout, ne pas se laisser entraîner dans une procédure sans avoir
la certitude qu’elle aboutira.
Sur ces excellents conseils, prirent fin les thèmes sérieux de la journée. L’auditoire qui, au fil
des exposés (tous plus captivants les uns que les autres) avait été suspendu aux lèvres des
conférenciers , accueillit avec bonne humeur le moment de détente proposé par Madame
Céline Kascmer esthéticienne : un atelier d’aromathérapie.
Les Bordelaises, habituées des petites réunions de la salle Karima, avaient déjà eu l’occasion
d’apprécier les talents de madame Kascmer en matière de bien-être… Elle était venue leur
faire découvrir ce que massages, modelages, soins du visage veulent dire !
Musique d’ambiance, huiles essentielles, parfum d’encens, la relaxation : tout un art ! Un art
que Céline pratique en institut bien entendu, un art qu’elle venait nous présenter en cette fin
d’après-midi, distribuant à toutes un peu de ses onguents magiques, massant les mains les
unes après les autres, chacune bénéficiant de la douceur caressante de ses doigts agiles,
cependant que se vérifiait l’incontestable postulat de l’aromathérapie. Parfum sucré, odeur
d’épice ou de plante fraîchement coupée et, les papilles se dilatent, les glandes salivaires
s’activent : le plaisir est là, bien réel ! L’orange anti-stress, le citron revigorant ou bienfaiteur
des bronches : Céline nous invite à redécouvrir l’indéniable bienfait de nos agrumes.
Et voici que ce séminaire bordelais s’achève, dans une atmosphère parfumée, alanguie,
vaporeuse et molle, chacune relâchant l’attention qui avait été soutenue tout au long du jour
et chacune, à l’exemple de Céline, massant les mains et les avant-bras de sa voisine.
Après avoir chaleureusement remercié nos intervenants et les personnes bénévoles qui, tout le
jour, se sont mises à notre service, qui offrant les boissons au cours des pauses, qui sortant les
chiens-guides pour une petite virée au pied d’un arbre, qui accompagnant telle ou telle
jusqu’aux toilettes, je donnai le signal du départ, en route vers le cocktail de fin de séminaire
qui nous attendait au restaurant de la Maison de la Promotion Sociale d’Aquitaine où un
personnel extrêmement aimable nous a gentiment servis durant tout le week-end.
Le dîner fut animé, la soirée, super ! L’on chanta beaucoup, l’on raconta des histoires, l’on
récita de nombreux poèmes… On se quitta le dimanche, après une visite guidée du centre
ville et un succulent déjeuner au restaurant de l’opéra de Bordeaux. On se dit (juré promis) : à
l’année prochaine !

				
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