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					 COLLOQUE SUR LES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION EN ÉDUCATION
                    Poitiers, France, Novembre 1995




                          L’INFOPROUTE PÉDAGOGIQUE QUÉ ÉCOISE
                                      ROBERT BIBEAU
                           MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION DU QUÉBEC




1.   DES GIGGABITS D’INFORMATION

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) ont tellement évolué au
cours des dernières années qu'elles sont en voie de bouleverser nos façons de faire. Ces
technologies pourraient être le catalyseur de la réingénierie de nos organisations
scolaires.

Qu'il s'agisse d'ordinateurs personnels, de satellites et autres équipements de
télécommunications, de logiciels de plus en plus puissants et sophistiqués, de DOC ou
de CDi, de jeux Nintendo et d'une kirielle d'autres produits ou services, une nouvelle
économie est en voie de développement. La production totale de ce secteur industriel a
maintenant dépassé tout autre secteur industriel au Québec. Le Québec consacre 1,7 %
de son PIB à la recherche/développement, ce qui le place sous ce rapport parmi les pays
les plus performants au monde.           Il se fait davantage d’investissement en
recherche/développement dans les technologies de l’information et de la
communication que dans tout autre secteur industriel

Qu'il s'agisse de la modernisation de nos industries, de la réingénierie de nos
organisations, de nouveaux modes de formation ou de travail, de développement des
connaissances, d'enrichissement culturel ou d'autres expressions de l'activité humaine,
les TIC sont omniprésentes. Elles pénètrent tous les secteurs de l'économie et de la
société, de l'usine au bureau, de l'école à la maison. Elles contribuent aussi à remettre
en question les politiques que la société considérait acquises, comme les soins de santé,
l'éducation et l'environnement, qui font maintenant l'objet d'un réexamen en
profondeur afin de mieux contrôler les dépenses publiques.

Nous sommes maintenant entrés de plein-pied dans l'ère de l'information. En effet, ces
nouveaux courants technologiques et économiques entraînent des transferts
d'informations de plus en plus rapides et volumineux à l'échelle du monde. Plus de
60 % de la population active au Québec travaille à colliger, manipuler, traiter ou
communiquer de l’information, et le plus souvent à l’aide de ces technologies. On voit
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maintenant apparaître de véritables autoroutes électroniques de l'information, les
“inforoutes”.

L'information disponible croît de façon exponentielle. Des milliers de revues
scientifiques sont publiées chaque mois. Le Canada produit 5 % de l'information
scientifique mondiale (le Québec 1 %). Les États-Unis produisent 45 % du savoir
scientifique mondial. Il y a actuellement de par le monde plus de savants vivants qu'il
en a vécu dans toute l'histoire de l'humanité. Les enseignants et les enseignantes qui
oeuvrent dans nos écoles, nos collèges et nos universités ne peuvent maîtriser toutes ces
connaissances, même dans un domaine très spécifique du savoir. Ils doivent donc, de
plus en plus souvent, avoir recours aux documents imprimés ou électroniques et aux
oeuvres multimédias que des auteurs auront produites à des fins éducatives,
scientifiques, culturelles ou de loisirs. Ces oeuvres seront fréquemment accessibles aux
élèves par la voie des inforoutes, ce qui n’est pas sans entraîner de sérieux problèmes de
protection de la propriété intellectuelle et de rémunération des auteurs (cf. annexe I).

Les nouveaux besoins éducatifs générés par la société de l'information et du savoir sont
évidents, ne serait-ce que l'apprentissage des technologies de la communication et
l'apprentissage des techniques de recherche d'information à travers ces “gigabits” de
données. Heureusement, les TIC sont aussi de puissants “partenaires intellectuels” et
de merveilleux outils d'information et de formation. Quel sera le rôle de l’enseignant et
du documentaliste dans ce nouvel univers virtuel? Avons-nous formé les enseignants à
ces nouveaux paradigmes?

Ce qui importe le plus, pour nous du monde de l'éducation, c'est que les technologies
de l'information et de la communication génèrent à la fois de nouveaux besoins
éducatifs et de nouveaux moyens d'apprentissage. Le débat actuel sur le déploiement
des inforoutes nous offre une fenêtre d'opportunité pour remettre les grands problèmes
de l'éducation à l'agenda des collectivités nationales, régionales et locales. Ces grands
projets d’inforoute, initiés aux États-Unis, créent aussi un nouveau momentum pour
l'intégration des technologies de l'information en éducation. Saurons-nous bénéficier de
cette fenêtre d’opportunité et de ce nouveau momentum pour relancer ces grands
programmes nationaux qui nous ont déjà permis d’introduire l’ordinateur à l’école?
C’est là un enjeu de ces échanges franco-québécois.


2.     LA MONDIALISATION DES MARCHÉS

Selon les estimations de l'OCDE, le marché mondial des TIC se chiffrait à 535 milliards
de dollars en 1993. Les États-Unis détiennent 36,4 p. 100 de ce marché fabuleux alors
que le Japon, l'Allemagne, la France, et le Royaume-Uni en détiennent 29,2 p. 100 et le
Canada un peu plus de 2 p. 100.


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Ce “gigamarché” est en pleine effervescence. Ainsi, le taux de pénétration des
ordinateurs personnels est de 33 % aux États-Unis, soit 35 millions de foyers dont les
deux tiers sont équipés d'un modem. Sept p. 100 des foyers sont reliés à Internet. Le
taux d'informatisation des foyers canadiens est de de 30 % et de 28 % au Québec. Il y a
5,8 millions d'ordinateurs à la disposition des écoles publiques aux États-Unis, soit un
ordinateur pour 9 élèves (350 000 en France, soit un ordinateur pour 35 étudiants des
lycées et collèges et 58 000 au Québec, soit un ordinateur pour 21 élèves). Il s'est
vendu, de par le monde, plus d'ordinateurs que d'automobiles en 1994, soit 46 millions
d'unités, dont 17 millions aux États-Unis, 55 % d'entre eux étaient équipés d'un lecteur
CD-ROM. Les ventes de PC à des fins domestiques ont augmenté de 30 p. 100 aux
États-Unis alors que les ventes aux entreprises ont crû de 8 p. 100.

Aux États-Unis, les ventes de logiciels et de services informatiques s'élevaient à
85,9 milliards de dollars, pour 57 p. 100 du marché mondial en 1993. Sur une base per
capita, ces dépenses sont également les plus élevées au monde: 225 $ par habitant. Ceci
représente une grande opportunité pour les producteurs québécois qui trouvent aux
États-Unis 82 % de leurs débouchés à l'étranger.

Au niveau des équipements, les États-Unis et le Japon possèdent les deux tiers du
marché mondial alors que le Canada représente 3,2 p. 100 du marché mondial. Les
dépenses canadiennes à ce chapitre se chiffrent à 5,9 milliards de dollars ou 221 $ per
capita, alors que ces dépenses sont de 308 $ per capita aux États-Unis.

L'infrastructure canadienne des communications est l'une des plus développées au
monde : 98 p. 100 des foyers possèdent au moins un téléviseur et un téléphone, 74 p. 100
des foyers ont accès au câble et près de la moitié des foyers possèdent une console de
jeu. De plus, 300 000 foyers sont équipés d’une soucoupe de réception des ondes
satellites. Presque toutes les entreprises ont un télécopieur et toutes les grandes et
moyennes entreprises sont informatisées. Au total, les industries de l'information et de
la communication, y compris les médias et les industries culturelles, généraient en 1994
des revenus de plus de 60 milliards de dollars canadiens, fournissaient plus de 450 000
emplois et contribuaient pour 7,9 % du PIB. On trouve pas moins de 3 500 entreprises
et 66 000 emplois dans le secteur des technologies de l’information (non compris les
médias et les industries culturelles) au Québec pour des recettes de 10 milliards de
dollars.

Dans les années soixante tous les pays occidentaux se sont dotés d'infrastructure de
transport routier, aérien et portuaire moderne. Dans les années quatre-vingt-dix, ces
pays se dotent d'infrastructure de communication électronique où circulent des
informations d'affaires, éducatives, culturelles, médicales, scientifiques ou militaires.
L'autoroute électronique est une “place de marché mondial” où se transigent des
produits, des services et des informations, cette nouvelle matière première stratégique.
Le développement économique, social et culturel des pays du monde post-industrialisé

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est assujetti au déploiement des ces infrastructures électroniques d’échanges
d’information. Les pays qui ne relèveront pas rapidement le défi des inforoutes
risquent de connaître de grands difficultés économiques. L’éducation et la formation de
la main-d’oeuvre seront des facteurs décisifs pour la réussite de cette entreprise.


3.     LES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

3.1    Trois technologies

Sur le plan technique, les TIC peuvent être classées en trois grandes catégories :

• les logiciels, progiciels et services informatiques en tous genres, y compris le génie
  logiciel, l'intelligence artificielle et les applications éducatives et de formation

• la microélectronique et l'optoélectronique appliquées à l'information, comme les
  automates, la bureautique, la domotique, le multimédia, la réalité virtuelle et autres
  champs d'applications rendus possibles par la numérisation de l'information

• les télécommunications à base numérique, y compris la télématique, les inforoutes,
  les communications interactives par fibre optique, la câblodistribution ou la
  téléphonie, les communications par satellites, etc.

En somme les TIC sont le résultat des progrès spectaculaires de la microélectronique, de
l'optoélectronique et de l'informatique d'une part, et de l'explosion des technologies
traditionnelles de l'information d'autre part. Cette explosion est due en grande partie à
la démocratisation de la micro-informatique, à la déréglementation des
télécommunications et à la convergence de l'ensemble des médias rendu possible par la
numérisation de l'information. Les principales manifestations de cette rapide évolution
sont le multimédia et les autoroutes électroniques de l'information, les inforoutes.


3.2    Trois réseaux

On identifie généralement trois types de réseaux sur les inforoutes. La figure 1 présente
ces trois réseaux et les technologies qu’ils supportent.

Figure 1




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                            CONVERGENCES TECHNOLOGIQUES

                                              Satellite


                    Câble                                 Téléphone



                                              Internet




          DT-95




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3.2.1 Réseaux de câblodistribution, de télédiffusion et de radiodiffusion

Le réseau arborescent de distribution offert par les câblodistributeurs comme Vidéotron
et COGECO, par les radiodiffuseurs et les télédiffuseurs comme Télé-Québec, TVA et
CTV. D'une source unique des milliers d'utilisateurs-clients peuvent être rejoints
simultanément et une certaine interactivité peut être introduite sur ce réseau. En plus
des émissions de radio et de télévision, la domotique et le contrôle thermique, les
logiciels de jeux, le télé-achat et la monétique, ainsi que la vidéo à la demande sont les
services les plus usuellement référencés sur ce type de réseau schématisé par la figure 2.

Figure 2




Contrairement au réseau de télécommunication, c'est le coeur du réseau de câble
canadien qu'il faut moderniser. La périphérie équipée en câble coaxial est déjà capable
d'acheminer les images vidéo, mais pour créer une véritable inforoute, il faut rendre le
réseau de câble intelligent, c'est-à-dire interactif et bidirectionnel, afin qu'il puisse
“répondre” aux requêtes et aux interrogations des utilisateurs.




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3.2.2 Réseau téléphonique

Le réseau de télécommunication offert par les entreprises de téléphonie relie divers
utilisateurs entre eux, deux à deux ou quelques-uns à la fois, en direct. Tout utilisateur
peut être l'émetteur ou le récepteur, l'interactivité est réelle. Le coeur du réseau de
télécommunication est déjà largement modernisé, car il est fait de fibre optique et utilise
l'ordinateur pour acheminer les appels. La prochaine étape consiste à introduire des
commutateurs ATM (asynchronous transfer mode) qui permettront d'aiguiller les
signaux vidéo aussi facilement que les signaux téléphoniques. La figure 3 présente le
modèle de ce réseau bidirectionnel.

Figure 3




3.2.3 Réseau informatique

Le réseau d'ordinateurs, tel le RISQ (Réseau Interordinateurs Scientifiques Québécois),
branche québécoise du réseau Internet, relie interactivement un ou plusieurs
utilisateurs à un autre groupe d'utilisateurs en direct ou en différé. Chacun des
utilisateurs peut jouer le rôle de récepteur ou d'émetteur pour chacun des autres points
reliés ou pour l'ensemble des utilisateurs, en temps réel (synchrone) ou en différé
(asynchrone). L’interactivité est maximale dans ce réseau. On décrit souvent cette
topologie (figure 4) par l’expression “réseau de réseaux”.

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Figure 4




3.3    Quatre acteurs

En piste, nous retrouvons quatre catégories d'acteurs qui oeuvrent à développer ces
inforoutes et à créer de nouveaux services et de nouveaux contenus, qui en utilisent les
ressources ou qui mènent la guerre des inforoutes pour obtenir un positionnement
stratégique qui leur assurera revenus et dividendes. Ces catégories d’acteurs sont :

1) transporteurs et diffuseurs; compagnies de téléphone, câblodistributeurs, grandes
chaînes de télévision et de radio, entreprises de télématique, fournisseurs Internet et
autres;

2) développeurs de services et de contenus; groupes de presse et de communication,
studios de cinéma et producteurs vidéo, éditeurs de logiciels éducatifs et d'applications
multimédias de formation, éditeurs de livres, de manuels et de bandes dessinées,
organismes gouvernementaux et musées;

3) intégrateurs et manufacturiers; entreprises de logiciels, développeurs multimédia,
firmes de services conseils, manufacturiers d'appareils (téléphones, décodeurs,
concentrateurs et ordinateurs, etc.);

4) clients; foyers, institutions, entreprises, commerces et gouvernements.


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Certains de ces acteurs procèdent à une intégration verticale des entreprises (BELL,
Vidéotron, CFCF télévision) afin de s'assurer la meilleure position concurrentielle sur
ces marchés en émergence. De nouvelles fusion et achat d’entreprises sont à prévoir
(Vidéotron-CF Câble) car le déploiement de ces infrastructures et la production de
contenus et de services adaptés requiert des investissements importants que seules
pourront se permettre de grandes entreprises. Sur les inforoutes la concurrence n’est
plus locale, régionale, ni même nationale, elle est internationale. Le concurrent de la
firme québécoise réside aux États-Unis ou en France ... son partenaire également.

Cette intégration verticale en inquiète plusieurs. Charles Sirois, PDG du holding
Téléglobe Canada inc., et Claude Forget, conseiller industriel, prônent, dans un ouvrage
récent intitulé Le médium et les muses, une séparation radicale des infrastructures et des
services, du contenant et du contenu, du médium et des muses. Il faut éviter
l'intégration verticale, où des contenus produits localement sont automatiquement
distribués par des canaux captifs et ainsi soustraits à toute concurrence, soulignent-ils.


4.     L’“INFOROUTE”

L'inforoute est une autoroute où la vitesse n'est pas limitée. Elle est au contraire
recommandée. C'est une autoroute célèbre et “tordue”, mais qui possiblement nous
conduira loin de notre déclin.

Par “autoroute de l'information” et “autoroute électronique”, on désigne l'infrastructure
complexe qui jouera un rôle primordial dans une économie reposant sur la
mondialisation de l'information. Fondée sur les réseaux actuels et prévus de
communications, cette infrastructure deviendra un “réseau des réseaux”, raccordant au
Québec ou en France les foyers, les entreprises, les bureaux gouvernementaux, les
établissements d'enseignement et les hôpitaux à une vaste gamme de services
interactifs, tels que des services de divertissements (vidéo à la carte, télévision haute
définition interactive, jeux, sports, etc.); des services d'enseignement à distance; des
productions culturelles (livres interactifs, oeuvres d'art, spectacles, etc.); des services
médicaux (diagnostique à distance); des services de courrier électronique; des services
bancaires ou financiers et de commerce électronique (télé-achat, billetterie) et de vastes
banques de données. L'ordinateur, le téléphone et le modem, le téléviseur et la fibre
optique seront les technologies de base de cet “inforoute”.




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Il s'agit de réseaux de communication à haut débit capables de transmettre de n'importe
quel lieu à n'importe quel lieu, simultanément et interactivement, du son, de l'image et
du texte sous forme numérique. On pourrait également dire que l'autoroute
électronique, c'est la convergence du téléphone, du téléviseur et du micro-ordinateur,
reliés par satellite, ondes, fibre optique ou câble qui permettra à quiconque, n'importe
où, de recevoir ou de transmettre n'importe quel type d'information numérisée.

L'“inforoute” est donc un ensemble de dispositifs techniques, informatiques et humains
visant à rendre accessible à tous, en n'importe quel lieu, l'information sous toutes ses
formes : données, textes, sons, images, animations, séquences vidéo et applications
multimédias.


4.1    Internet

Il n'y aura pas une, mais plusieurs autoroutes de l'information qui utiliseront le câble, la
fibre optique, les ondes, les satellites, etc. Il y aura le “réseau des réseaux”, dont Internet
préfigure déjà la complexité et la diversité. Il aura suffi de quinze ans pour brancher
sur Internet 100 millions d'usagers, originaires de 150 pays alors qu'il aura fallu plus
d'un siècle pour relier les 600 millions d'usagers du téléphone. Le vrai problème sera
d'apprendre à naviguer intelligemment, efficacement et rapidement dans cette
profusion de serveurs et de banques de données. En 1995, 40 000 banques de données
sont accessibles sur Internet et il s'en ajoute 250 chaque mois. Il y aurait actuellement
8 millions de sites 3w accessibles sur Internet.

Internet relie 5 millions d'ordinateurs distribués dans environ 100 000 réseaux répartis
dans l'industrie (44 %), les services (32 %), la défense (9 %), l'éducation et la recherche
(8 %). Le trafic sur Internet s'est accru au taux mensuel époustouflant de 7 p. 100 pour
atteindre 20 000 milliards de caractères par mois. Qui possédera ces infrastructures et
qui contrôlera ces contenus pourra influencer l'ensemble de la société et transmettre ses
valeurs, sa culture et sa langue à l'ensemble de la planète.

Ce méga-réseau est non seulement un extraordinaire phénomène technologique mais
aussi un important phénomène social. Où peut-on trouver dans le monde une telle
démocratisation internationale réalisée en aussi peu de temps? En effet, le réseau
Internet est gouverné par une organisation privée sans but lucratif qui en fixe les
normes et les protocoles de communication et qui en fait la promotion à titre bénévole.
Le congrès mondial de cet organisme (INET) se tiendra à Montréal à l'été 1996.

Au Québec, nous comptons brancher toutes les résidences, les écoles, les collèges, les
Universités et les édifices gouvernementaux et développer des services et des contenus
en français sur cet inforoute.


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4.2    Convergences divergentes

4.2.1 Convergences

Ce qui rendra l'autoroute de l'information techniquement réalisable sera la convergence
de deux facteurs : d'abord, le transport des signaux à haut débit par fibre optique, selon
un protocole puissant et normé (ATM), et ensuite, la numérisation des signaux qui
rendra possible l'interconnexion du téléphone, du téléviseur et de l'ordinateur. C'est
l'ordinateur qui fournira l'intelligence à ce nouvel ensemble intégré. La convergence
fonctionnel des quatre secteurs industriels (téléphonie, câblodistribution, informatique
et radio-télédiffusion) devrait rendre           ces développements technologiques
financièrement réalisables. Un certain nombre d’obstacles se dressent pourtant sur la
route des inforoutes et retardent les convergences nécessaires.

On distingue trois processus de convergence dans l'industrie des télécommunications :
la convergence technique, la convergence fonctionnelle et la convergence économique.

La convergence technique (numérisation des données, compression vidéo, transmission
par câble, fibre optique ou satellite et communication ATM) sera réalisée dès que les
industries de la radiodiffusion, de la télédiffusion et des télécommunications seront,
comme l'informatique, entièrement numérisées.

La convergence fonctionnelle renvoie à la diversification des services offerts par les
différents secteurs des communications. Par exemple, la radiodiffusion pourra servir à
d'autres fins que la transmission d'émissions d'information ou de divertissement. De la
même manière, la téléphonie offrira d'autres services que le simple transport de
conversations ou de données et la câblodistribution concurrencera les compagnies de
téléphone sur leur propre terrain. Bref, la convergence fonctionnelle, c'est la disparition
des barrières entre les secteurs d'activités traditionnelles et la libre concurrence entre les
entreprises des différents secteurs.

La convergence économique fait référence à la diversification des sources de
financement et de revenus des entreprises. Par exemple, la radiodiffusion tirera des
revenus d'autres sources que de l'État ou de la publicité. Pareillement, les entreprises
de télécommunications ne seront plus limitées à la seule tarification directe.




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4.2.2 Divergences

La convergence technique sur les inforoutes (que l'on ne doit pas confondre avec
l'intégration des technologies) n'est pas du tout évidente. Elle est techniquement
impossible du moins dans l'immédiat. Les ingénieurs sont encore incapables de gérer
des réseaux interactifs à large bande. De plus, la numérisation des masses énormes de
données, des textes et des images déjà disponibles dans les bibliothèques et les musées
se révèlent un défi insurmontable pour le moment. L'exemple de la Bibliothèque
Nationale de France qui ne numérisera, d'ici 1996, que 100 000 ouvrages sur les trois
millions qu'elle possède est probant à cet égard.

Par contre, la numérisation facilite l'intégration des technologies et des appareils autour
de l'ordinateur, particulièrement depuis l'avènement du multimédia. Quelques grands
manufacturiers (Apple, IBM, Philips, Compaq, Olivetti, etc.) conçoivent maintenant des
stations de travail dotées de capacités multimédia telles que: carte sonore, haut parleur,
microphone, carte d'acquisition vidéo, écran haute définition, imprimante laser, lecteur
CD ROM, disque rigide de grande capacité, modem rapide et processeur ultra puissant
(power PC). Le mouvement de normalisation (ISO) et de standardisation, actuellement
en cours, contribuent à cette intégration et à une plus large diffusion de ces technologies
dans les foyers, les entreprises et les institutions.

Le projet UBI, qui vise à mettre en place un réseau numérique de télévision interactive,
mise beaucoup sur l'intégration non seulement du micro-ordinateur (Power PC), mais
du décodeur, de la télécommande, du téléviseur, du lecteur de cartes magnétiques, du
lecteur de cartes à puces et des interfaces de domotiques. Cette intégration
technologique favorise la convergence technique sur l'autoroute de l'information.

La convergence fonctionnelle n'est pas non plus assurée. La seule possibilité de
numériser voix, données et images ne conduit pas nécessairement et inévitablement à la
convergence des systèmes de communication. Celle-ci se présente plutôt comme un
construit social dont les contours résultent de conditions économiques, sociales et
politiques particulières (déréglementation du secteur).

De plus, les cultures organisationnelles des compagnies de télécommunications sont
incompatibles avec celles des câblodistributeurs et avec celles des entreprises
informatiques. La culture organisationnelle de toutes ces entreprises est très différente
de celle des sociétés de création de contenus (éditeurs, télédiffuseurs, etc.).

La convergence fonctionnelle de ces secteurs industriels sera donc un construit social
complexe et laborieux. D'autant plus que les entreprises oeuvrant dans ce secteur ne
sont pas de taille comparable. Au Canada, l'industrie des télécommunications
représente 35 milliards $ d'actifs et emploie 104 000 personnes alors que la
câblodistribution ne représente que 3,5 milliards $ d'actifs et emploie

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9 700 personnes. L'industrie des services informatiques est de taille encore plus
modeste. La convergence fonctionnelle d'entreprises aussi disproportionnées sera
difficile.

Avec des budgets 13 à 14 fois moindres que les compagnies de téléphone, les
câblodistributeurs devront probablement diversifier leurs activités ou procéder à une
plus grande concentration (Vidéotron- CF Câble) s'ils souhaitent se maintenir dans ce
secteur industriel ou la déréglementation en cours entraînera une exacerbation de la
concurrence.

La convergence économique est toute aussi douteuse. Même en admettant que l'on
trouve le moyen d'abaisser les coûts de construction et d'exploitation des réseaux, il
reste que le marché n'est pas encore au rendez-vous. Ainsi, le télé-achat ne génère que
200 millions $ de transaction aux États-Unis sur un total de 1,3 billions $ d'achat annuel.

Au Canada, le réseau téléphonique est commuté numériquement à 95 %, son maillon
faible, le fil de cuivre, se situe entre le raccordement extérieur (le poteau de téléphone)
et la maison de l'abonné, là où le câble est déjà installé. Pourquoi ne pas utiliser les
deux infrastructures de concert? Un jour ces convergences techniques et fonctionnelles
devront se concilier avec les convergences économiques.

Il ne faut pas oublier non plus que les technologies de l'autoroute électronique tels le
micro-ordinateur, le modem et le lien télématique haute vitesse, le câble et la télévision
haute définition ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Déjà, on s'inquiète de voir
s'élargir le fossé entre les groupes sociaux sur la base de l'accès à l'information
stratégique.

Le processus de convergence devant assurer le déploiement des “inforoutes” partout et
pour tous est donc confronté à de nombreuses divergences. Il faut toutefois garder à
l'esprit que les enjeux sont de taille et qu'ils commandent des solutions rapides. La
concurrence internationale est à nos portes. N'en doutez pas, les grands consortiums
qui mènent ces jeux internationaux trouveront les solutions et enfin de compte
provoqueront les convergences qui s'imposent.


5.     INFOROUTE QUÉBEC

5.1    Un rapport attendu

En janvier 1995, le Premier Ministre du Québec instituait un comité consultatif sur
l'autoroute de l'information présidé par M. Louis Berlinguet, président du Conseil de la
science et de la technologie du Québec, pour conseiller le gouvernement sur la stratégie
d'implantation, le plan d'action et les modalités de financement de l'autoroute de

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l'information au Québec. Le comité a remis son rapport au Premier Ministre en juillet
1995.

Ce rapport recommande que l'action du Québec se déploie selon six axes : 1- leadership
positif du gouvernement; 2- agir sur l'éducation, levier de développement de toute la
société; 3- l'autoroute de l'information dans la santé et les services sociaux; 4- la langue
française et la culture québécoise sur l'autoroute de l'information; 5- l'accès à
l'autoroute de l'information pour tous et partout; 6- le financement de l'autoroute de
l'information.

Le rapport présente vingt et une recommandations spécifiques pour l'ensemble des six
axes d'action. Nous ne présentons ici que les recommandations trois, quatre et cinq qui
concernent spécifiquement le secteur de l'éducation.

Recommandation 3

Que le ministère de l’Éducation, avec la collaboration des commissions scolaires et des
autres organismes concernés, fasse en sorte que chaque classe des écoles primaires et
secondaires du Québec soit relié d’ici trois ans à un réseau informatique local, qui soit
lui-même relié au réseau québécois RISQ, lequel donne accès aux réseaux
internationaux.

Parmi les moyens proposés, le comité propose d'équiper les écoles des technologies et
des liens télématiques appropriés. Il propose également de faire un effort spécial pour
les milieux défavorisés ou éloignés et pour ce faire de travailler avec les partenaires
appropriés.

Recommandation 4

Que le ministère de l’Éducation, en collaboration avec les commissions scolaires et les
associations d’enseignants du Québec, fasse en sorte que les technologies de
l’information, et particulièrement de l’autoroute de l’information, deviennent des outils
d’enseignement et d’apprentissage d’utilisation courante dans tous les ordres
d’enseignement et dans toutes les matières.

Parmi les moyens proposés, le comité recommande d'assurer l'utilisation de l'autoroute
de l'information dans tous les milieux et dans tous les programmes d'études, quitte à
repenser et réviser les divers programmes d'études. Le comité recommande également
de réaliser une véritable “réingénierie” du système d'éducation. Enfin, le comité
recommande de construire un savoir-faire autour de projets expérimentaux comme
“L'École informatisée Clés en main”.




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                         16
“Fournir aide et soutien financier à des projets pilotes visant à accroître la qualité et
l’efficacité de l’éducation au moyen d’outils informatiques et télématiques, et pouvant
servir de modèles de référence à l’informatisation du milieu scolaire et aux
transformations qui en découlent. Accélérer la mise en place du projet pilote École
informatisée clés en main”.




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                      17
Recommandation 5

Que le ministère de l’Emploi et le ministère de l’Éducation, en collaboration avec les
commissions scolaires, les universités, les collèges et la Société Québécoise de
Développement de la Main-d’oeuvre, appuient vigoureusement le développement des
outils télématiques à des fins de formation à distance et de formation continue.

Parmi les moyens proposés, le comité recommande de diffuser les programmes
universitaires et collégiaux sur les inforoutes et de développer l'usage de ces
technologies dans le cadre de programmes de formation à distance et de formation
continue. Pour ce faire, le comité propose au gouvernement d'adopter des mesures
fiscales incitatives, de développer l'éducation à domicile et dans les milieux de travail.
Enfin, le comité propose de développer la recherche et l'expérimentation d'outils, de
méthodes et d'environnements éducatifs basés sur l'utilisation de l'informatique et de la
télécommunication.

Le ministre de l’Éducation du Québec a déjà manifesté ses préoccupations en regard de
l’intégration des technologies de l’information à l’école, affirmant que l’informatique
était un langage essentiel pour l’élève. En avril dernier, le ministre souhaitait que les
écoles du Québec atteignent un ratio d’un ordinateur pour 10 étudiants. Sachant que le
ratio actuel est de 1:21, l’on sait qu’un tel programme nécessiterait des investissements
de 160 millions de dollars auquel il faudrait ajouter un coût récurrent de 40 millions $
par année aux seules fins de maintenir le parc informatique en bon état. Et cette
évaluation ne tient pas compte des coûts relatifs à la formation du personnel, à
l’entretien, à la maintenance et à la mise à jour des équipements, à l’installation des
réseaux locaux et à la connexion à des réseaux télématiques, à l’achat de logiciels
éducatifs et à la création de sites utiles au milieu éducatif.

Le ministre a réitéré sa préoccupation dans ce dossier lors de conférences récentes et à
réaffirmer son intention de tenir un sommet socio-économique sur les technologies de
l’information en éducation dans le plus bref délai.


5.2    De grands projets d'infrastructure

5.2.1 La téléphonie, “Sirius”

Stentor, un regroupement d'entreprises canadiennes, dont Bell Québec, compte investir
8 milliards de dollars dans le projet Sirius d'ici l'an 2005 afin de convertir les réseaux
téléphoniques canadiens à la fibre optique et y introduire la technologie ATM. Cette
infrastructure de communication à haute vitesse nécessitera la conversion des réseaux
d'accès afin de permettre le transport d'informations multimédias.


Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                       18
Stentor prévoit que, d'ici l'an 2005, 90 p. 100 des entreprises et des foyers québécois
seront reliés à des services à très large bande. Elle prévoit installer un peu partout au
Canada, au cours des six prochaines années, des autocommutateurs ATM et autres
appareils électroniques nécessaires à la prestation de services multimédias. Cet
équipement, qui formera le coeur de son réseau à très grande capacité, transformera les
réseaux de fibre optique.

Stentor s'attaque également à la problématique des applications et des contenus: d'une
part, en créant MediaLinx Interactif, une nouvelle compagnie destinée à fournir des
services et des applications multimédias (250 M $ sur cinq ans) et, d'autre part, en
établissant un fonds de capital de risque d'environ 50 M $ pour aider les entreprises à
développer des applications et des produits multimédias destinés à l'autoroute
électronique.


5.2.2 La câblodistribution, “UBI”

Le projet UBI (Universalité, Bidirectionnalité et Interactivité) a été lancé en 1994 par
Vidéotron (1 million d'abonnés et 71 % du marché québécois de la câblodistribution) et
six autres partenaires qui offrent des services financiers (Banque Nationale), de
messagerie (Poste Canada), de domotique (Hydro-Québec), de petites annonces
(Vidéoway), de jeux de hasard (Loto-Québec) et d'information d'affaires (Hearst). Le
consortium UBI investira plus de 750 M $ d'ici huit ans dans la modernisation de son
réseau de câble et le développement des services. L'objectif du consortium est de
rejoindre, grâce au câble et au terminal Vidéoway II, 80 % des foyers québécois d'ici
l'an 2003.

La plate forme UBI est composée d'un décodeur Vidéoway II très puissant, disposant
d'un mega-octet de mémoire libre, relié au câble coaxial de Vidéotron auquel s'alimente
une série de périphériques dont le téléviseur, une imprimante, un lecteur optique pour
les cartes de crédits, des appareils de contrôle domotique et un ordinateur si désiré. Le
terminal Vidéoway II est contrôlé par une manette alphanumérique.

Un jeu de canal permet d'offrir une certaine interactivité. L'usager peut choisir son
angle de vision, choisir dans un menu, répondre à un questionnaire à choix multiples.
Ce type d'interactivité est suffisant pour des usages commerciaux ou ludiques mais
s'avère encore insuffisant pour une réelle interactivité pédagogique.

Le consortium STEFI (Société de téléformation interactive), regroupant autour de
l'Université du Québec à Montréal, la Télé-Université et l’Université du Québec à
Chicoutimi, les Collèges de Chicoutimi, Jonquière et Rosemont ainsi que les
commissions scolaires de la région du Saguenay (ou le projet UBI sera expérimenté à
compter de mai 1996) gère le volet éducatif du projet UBI. STEFI compte produire

Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                      19
pour la plate-forme UBI une série d'émissions éducatives et d'activités pédagogiques en
alphabétisation des adultes notamment.


5.2.3 Le câble-modem, “COGECO”

Le câblodistributeur COGECO (210 000 abonnés et 11 % du marché québécois) a décidé
de doter la région du centre du Québec de services bidirectionnels de communications
combinant le câble coaxial et l'ordinateur. Le câble-modem est relié à l'ordinateur et
offre une connexion à 500 Kilo bits, ce qui est déjà 10 à 100 fois plus rapide que la
technologie modem-ordinateur actuelle. Le prix du modem-câble est encore prohibitif,
mais COGECO croit pouvoir l'offrir à 200 $ dès l'an prochain.

La solution COGECO permet donc d'offrir les services de câblodistribution au foyer aux
amateurs de télévision et les services de lien télématique, Internet ou autre, aux
amateurs d'informatique.

Les abonnés de COGECO auront accès, en plus des multiples canaux de télévision, à
Internet, à des cours en administration de l'Université du Québec à Trois-Rivières, aux
textes des principaux quotidiens québécois transmis par CEDROM-SNI, aux cotes de la
bourse transmises par Southam Inc. ainsi qu'aux services de billetterie de Merlin
Communications.


5.2.4 Le satellite, “ExpressVu”

Le consortium ExpressVu, formé de Bell Communication, Tee-Com Electroniks et
Cancom souhaite offrir, à compter de janvier 1996, 100 chaînes de radio et de télévision
(26 stations de radio et 74 chaînes télé dont le quart sont payantes) via les ondes
hertziennes, grâce au radar canadien Anik E2, et une coupole de réception de taille
réduite. C'est la solution satellite de radiodiffusion directe (SRD) très populaire aux
États-Unis (1,6 millions d'abonnés). La qualité de l'image est de 35 % supérieure au
câble. Quant au son, la qualité se rapproche de celle d'un disque compact. La
bidirectionnalité est assuré par un lien téléphonique.

ExpressVu couvrira, grâce au satellite Anik E2, l'ensemble du territoire québécois et
pourra donc offrir ses multiples canaux à l'ensemble des résidences, mais aussi à la
portion des foyers qui n'est pas desservie pas les câblodistributeurs, soit dix p. 100 des
résidences environ.


5.3    De grands projets mobilisateurs


Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                       20
Divers projets mobilisateurs et structurants sont mis en oeuvre afin d’exploiter les
ressources offertes par les inforoutes.        Certains de ces projets concernent
particulièrement le secteur de la formation universitaire, collégiale et secondaire ainsi
que le secteur de la formation continue.


5.3.1 Cancom-CANAL

Cancom (les télécommunications par satellite inc.) et le Canal québécois de
téléenseignement CFTU-TV ont signé une entente qui assurera la distribution de la
programmation éducative de CFTU-TV par satellite à travers l'Amérique du Nord.
Selon l'entente de trois ans, le signal de CFTU-TV, qui diffuse entre autre les émissions
éducatives de la Télé-Université et de six autres universités québécoises, sera disponible
sur un satellite canadien Anik E, bande C, par l'entremise de Cancom, vingt-quatre
heures par jour, sept jours par semaine. Sous réserve de l'approbation du CRTC
(Conseil de la radio et des télécommunications canadiennes), le signal sera fourni à
toute entreprise de câblodistribution ou de télévision directe par satellite qui en fera la
demande. On estime que dès la première année le signal rejoindra 100 000 nouveaux
abonnés à travers le pays. Au Québec seulement, le signal pourrait atteindre 295 447
foyers additionnels dans 328 communautés éloignées ou mal desservies d'ici quelques
années.

L'entente prévoit que Cancom assurera tous les frais relatifs à la transmission du signal
CFTU-TV. Par ailleurs, CANAL de téléenseignement assurera le développement de
contenu pédagogique et veillera à la diffusion continue de la programmation. Déjà,
10 000 étudiants à travers le Québec sont inscrits au cours de CANAL.

CANAL est un organisme à but non lucratif qui diffuse les émissions éducatives sous
forme de cours crédités, d'activités de formation continue et d'émissions d'information
culturelle produites par sept universités québécoises. La Société de formation à
distance des commissions scolaires du Québec (SOFAD) et le Centre collégial de
formation à distance s'intéressent aux activités du CANAL de téléenseignement et
pourraient éventuellement bénéficier de cette entente.


5.3.2 RECTO-VERSO

Suite à l'initiative de professeurs du LICEF (Laboratoire en informatique cognitive et
environnement de formation) de la Télé-Université, le Québec et la France se sont
engagés dans le projet RECTO (Réseau de chercheurs pour la téléformation
opérationnalisée), dont le nom de code en France est VERSO.




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                        21
RECTO vise à développer les outils et les méthodes facilitant la coproduction, la
coréalisation et la codiffusion de cours sur l'autoroute de l'information. Cinq cours sont
en voie de réalisation. L'un sur l'Initiation à Internet, Initiation aux réseaux
informatiques, Initiation à la démarche scientifique, Initiation aux sciences cognitives et
un dernier sur les mathématiques au niveau collégial qui implique le Centre collégial de
formation à distance, un partenaire du projet.

En parallèle, les promoteurs du projet consolident l'infrastructure électronique entre la
France et le Québec. D'ici trois ans un lien ATM large bande sera mis en place. Ce volet
du projet bénéficie du soutien de Bell Québec, de Téléglobe et de Vidéoway.

EDUPLUS inc., partenaire du projet RECTO-VERSO, se préoccupe de la transférabilité
de ce matériel de formation vers d'autres pays de la francophonie, notamment en
direction des pays francophones de l'Afrique de l'Ouest.


5.3.3 Télécommunications-Multimédias

Le consortium québécois Télécommunications-Multimédia a été formé en 1993.
Associant six entreprises, quatre centres de recherche, la Télé-Université du Québec
(Téluq), l'Université McGill et le Fonds de développement technologique du
gouvernement du Québec, ce projet de 32 M $ en trois ans vise à développer un
ensemble de nouvelles technologies pour la formation à distance et la téléformation.

Les partenaires industriels sont ABL pour le développement des interfaces de
programmation et la conception et fabrication des codex, CAE pour la simulation et les
programmes de formation, BGW Multimédia pour la formation multimédia en milieu
industriel, Général DataComm pour les équipements de serveurs multipoints et
Novasys pour les développements en intelligence artificielle.

Les centres de recherche sont : le Centre de recherche informatique de Montréal
(CRIM), le Centre d'Innovation en Technologie de l'Information (CITI), l'INRS-
Télécommunications et le LICEF de la Téluq.


5.3.4 Câblo-éducation

La câblo-éducation est une initiative mise de l'avant dans le secteur de l'éducation par
une majorité d'exploitants canadiens de services de câblodistribution et de
programmation. Aux termes de cette initiative, les exploitants participants se sont
engagés à offrir gratuitement aux écoles publiques du Canada une programmation
télédistribuée à contenu éducatif. Les émissions de télévision seront diffusées dans


Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                        22
l'une ou l'autre des langues officielles, ne contiendront aucune publicité et ne seront pas
assujetties au versement de droits d'auteur.

Le service de câble sera offert gratuitement aux écoles de niveau primaire et secondaire.
Le câblodistributeur fournira gratuitement le service de base pour la télévision dans
l'école. Le câblodistributeur investira jusqu'à 1 500 $ par école afin de relier
l'établissement au réseau et offrir le service de base gratuit.

La programmation gratuite sera variée : services de nouvelles de RDI (Radio-Canada),
Newsworld, CNN, YTV et Discoverey. Programmation éducative de la Chaîne
TVOntario, Knowledge Network, The Learning Channel, TV5 et Canal Famille.
Informations culturelles de MuchMusic et Vision TV.           Services d'information
météorologique de MétéoMédia et The Weather Channel. Nouvelles sportives de RDS
et TSN.

Les câblodistributeurs et télédiffuseurs participants s'engagent même à fournir de la
documentation pédagogique d'accompagnement pour certaines émissions et à
collaborer avec les enseignants en vue de faire le meilleur usage possible de la câblo-
éducation en développant des scénarios d'intégration de ces outils en milieu
d'enseignement.


5.3.5 Le Réseau Scolaire Québecois (RSQ)

La Société GRICS et la Société Bell Québec ont conclu une entente visant à mettre en
place un nouveau réseau de télécommunications évolué qui pourra desservir toutes les
commissions scolaires, les collèges et les autres organismes d'enseignement et de
formation du Québec.

Ce nouveau réseau permettra à tout organisme d'éducation de bénéficier de nombreux
services dont l'accès à Internet. Toutes les écoles du Québec pourront se relier,
directement ou indirectement, à ce réseau. Ce nouveau réseau remplacera le réseau
Édupac et complétera le système de courrier électronique sous CC Mail, reliant déjà
quatre-vingt cinq commissions scolaires québécoises via le Réseau Télématique Scolaire
Québécois de la Société GRICS. Le RTSQ avait été mis en place spécifiquement pour
fournir une infrastructure d'échanges aux intervenants pédagogiques des commissions
scolaires et des écoles du Québec. Le RSQ permettra de compléter la gamme de
services.

Le financement de ce projet se fera par une contribution des organismes y adhérant, via
la Société GRICS. La GRICS souhaite offrir le matériel de connectivité, le circuit requis
(vitesse minimale de 56 Kbps) et l'accès illimité au réseau Internet à un tarif compétitif.


Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                        23
6.     L’ÉTAT SUR LES INFOROUTES

6.1    CRTC et déréglementation

Au Canada les télécommunications sont régies par le Conseil de la radio et des
télécommunications du Canada (CRTC). Ce dernier a récemment indiqué par une série
de mesures spécifiques au secteur de la câblodistribution et de la téléphonie que le pays
se dirige vers une déréglementation de tous les secteurs des télécommunications. Il sera
bientôt possible pour une compagnie de téléphone de faire de la radio et pour les
câblodistributeurs d'offrir des services de téléphonie (cf. figure 1).

Les responsables du CRTC sont d'avis que les différentes technologies des
télécommunications sont appelées à converger. La modernisation technique se fera d'ici
trois à sept ans, et la déréglementation devrait être réalisée d'ici dix ans au plus tard.


6.2    CANARIE-FAI

6.2.1 CANARIE

CANARIE (Réseau Canadien pour l'avancement de la recherche, de l'industrie et de
l'enseignement) est un organisme à but non lucratif qui regroupe plus de 80 membres
provenant des milieux d'affaires, gouvernementaux, universitaires et de la recherche.
Cette initiative financée en partie par Industrie Canada, vise à stimuler les
investissements et à favoriser le développement de nouvelles applications reliées à
l'inforoute.

Ce programme s'étale sur sept ans et comprend trois phases, dont la première est
maintenant terminée. Dotée d'un budget de 60 millions de dollars fourni par le
gouvernement canadien, elle aura permis de financer 39 projets dont quelques projets
d'amélioration de l'infrastructure de télécommunication des centres de recherche
(CAnet). Douze projets ont été accordés à des consortiums québécois.


6.2.2 Le Fonds de l'Autoroute de l'Information du Québec (FAI)

Ce fonds créé par le gouvernement du Québec en 1994 a pour mission de soutenir et
d'accélérer les investissements d'entreprises et d'organismes québécois dans des projets
de développement de l'inforoute au Québec. Doté d'une enveloppe de cinquante
millions de dollars pour une période de deux ans. La priorité a été donnée à quatre
volets: la modernisation et le développement des infrastructures; le soutien en
partenariat à des projets privés; le soutien à des projets expérimentaux; et la
francophonie.
Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                       24
Le fonds a supporté une trentaine de projets stratégiques depuis sa création d'une
valeur totale de plus de 170 M $ et y a investi 30 millions $ environ, dont le projet de
Réseau intégré de communication informatique et bureautique (RICIB) visant à
développer l’inforoute gouvernementale, à optimiser les investissements et à simplifier
les interconnections entre les ministères et les organismes gouvernementaux. Le FAI a
également investi un demi million de dollars pour soutenir le projet Ecole informatisée
Clés en main.




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                     25
7.        L’“INFOROUTE” PÉDAGOGIQUE

Il n'existe pas “d'inforoute pédagogique”, par contre de grands consortiums
construisent leurs autoroutes électroniques ou circulent beaucoup de données et très
peu de pédagogie. Des autoroutes où l'une de nos plus grandes difficultés consiste à
transformer ces quantités énormes de données en information puis en connaissances en
évitant le piège de la boulimie et de l'“info-indigestion”. Il serait sage de ne pas
confondre données et information, information et savoir. Pour que l'information se
transforme en savoir, elle doit passer par un processus d'organisation, d'intégration et
de mise en relation culturelle. C'est là une mission fondamentale de l'école. Il faut plus
que jamais apprendre aux étudiants à apprendre et les outiller pour une formation
continue, un apprentissage à vie.


7.1       Un “étroit”

Mais pourquoi qualifier d'“étroit” l'ouverture en direction de ces autoroutes aux voies
larges et multiples?

C'est que le passage est étroit entre :

      -   La lourdeur administrative gouvernementale, la sclérose du système scolaire et
          collégial et les exigences de la nouvelle économie qui réclame une réforme rapide
          et en profondeur du système d'éducation. Nous avons inventé l'informatique
          répartie mais nous n'avons pas encore réparti le pouvoir de l'utiliser. Ce pouvoir
          reste jalousement concentré tout en haut de la pyramide et celui qui sait, tout en
          bas, ne peut utiliser cette information à laquelle il a accès par les “inforoutes”.
          Dans notre structure scolaire, un enseignant doit surmonter 10 paliers
          hiérarchiques s'il désire innover ou réformer son enseignement.

      -   Les compressions budgétaires gouvernementales et les besoins d'investissements
          gigantesques dans ces technologies coûteuses mais indispensables. Une étude
          d'Industrie Canada indique qu'il en coûterait 3.5 milliards $ sur trois ans pour
          rendre les nouvelles technologies disponibles dans chacune des classes du
          Québec. Ce sont des sommes considérables, mais les TIC ne coûtent-elles pas
          moins cher que l'ignorance et le décrochage?

          Au Québec, le taux de décrochage est de 35 % au secondaire et de 40 % au
          collégial. On constate un taux de chômage deux fois plus élevé chez les jeunes
          décrocheurs. On dénombre 900 000 analphabètes fonctionnels. Le taux
          d'illettrisme fonctionnel est de plus de 20 % chez les jeunes entre 16 et 24 ans. Il
          est de 16 % dans la population en général. Près de 44 % de la population adulte
          n'a pas de diplôme d'études secondaires. En l'an 2000, la majorité des emplois

Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                           26
          exigeront une formation post secondaire. Quel est le coût de ce chômage et de
          cet illettrisme chez nos jeunes?

      -   La frustration des élèves, des parents et de la communauté insatisfaite de la
          performance de l'école et du collège et la frustration des enseignants vis-à-vis la
          communauté qui ne semble pas comprendre les difficultés de l'école. On
          demande beaucoup trop à l'école et si elle tente de tout faire, dans tous les
          domaines, elle risque de ne pas remplir son mandat. Peut-être faudrait-il
          demander à l'école de performer dans ses domaines de compétences et laisser à
          d'autres certaines tâches d'insertion sociale et communautaire.

      -   Les grands intérêts économiques et commerciaux qui mènent la guerre des ondes
          et des inforoutes pour s'emparer de marchés lucratifs et les besoins des jeunes et
          de la population d'accéder à ces ressources pour tous et partout, particulièrement
          en régions éloignées. Il y a là une question d'équité et nous ne devrions pas
          accepter cette nouvelle segmentation sociale entre “inforiches” et “infopauvres”.

      -   L'accès à des quantités énormes de données et la difficulté de transformer ces
          données en informations et en connaissances. Avons-nous formé les formateurs
          qui doivent relever ce défi?


7.2       La pédagogie sur les inforoutes

Il y a quatre grandes catégories de facteurs qui influencent la réussite d'un projet de
télématique pédagogique sur ces “inforoutes”. Ces constatations ont été faites par
Bernard Mataigne et présentées dans un article de la revue Le Bus. Ce sont :

1) L'identification des objectifs et du contenu pédagogique de l'expérimentation. Les
objectifs et le contenu doivent être clairement définis et congrus avec les programmes
d'études; d'une bonne ampleur, sans être trop ambitieux. Enfin, l'expérience doit mettre
l'accent sur l'échange de données, de documents, d'expériences et d'information et
favoriser le travail collaboratif.

2) Les aspects affectifs. Le réalisme dans les objectifs et les échanges est de mise. Il faut
tenir compte du temps requis par une communication souvent asynchrone entre deux
groupes différenciés. L'échange doit être réciproque, chacun doit avoir sa part
d'initiative. Il est revalorisant pour l'étudiant de savoir que son travail sera lu par un
groupe important de lecteurs. Enfin, la coopération entre internautes est de nature à
favoriser la réalisation d'un travail de qualité. La technologie médiatise l'échange et la
facilite.




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                          27
3) L'organisation. Un encadrement adéquat doit être assuré tout au long du projet.
L'éducateur doit assurer l'animation constante de l'interaction sur le réseau. La densité
des échanges doit être maintenue sans être exagérée. Un projet télématique sans
animateur est voué à une lente léthargie. Une relève d'urgence doit être prévue. Enfin,
la planification financière doit être complète, rigoureuse et réaliste.

4) Les aspects techniques. Il faut prévoir une période d'implantation et de formation
technique des internautes, sans négliger les opérations de support et de mise à jour
régulière. Mais il ne faut pas se laisser submerger par ces considérations techniques car
il ne faut jamais oublier que l'intégration des technologies de l'information et des
communications en éducation pose plus de problèmes organisationnels et humains que
de problèmes techniques.



7.3      Un projet intégrateur :
                                               http://www.grics.qc.ca/cles_en_main

La première vague informatique (1982-1994) a permis des expérimentations
intéressantes et des progrès importants en technologie éducative mais elle n'a pas
assuré cette généralisation et cette banalisation des TIC que nous avions souhaité. Nous
pouvons nous reprendre et nous pouvons “repartir” à l'occasion de cette deuxième
vague technologique qui se déploie autour des autoroutes de l'information.

L'objectif n'est pas d'introduire les TIC et l'autoroute pédagogique au collège et à l'école
mais de réformer l'enseignement à l'aide de ces outils de travail intellectuel afin que
l'éducation joue efficacement son rôle dans la nouvelle économie. Mais si elle est mal
introduite dans l'organisation scolaire, la technologie peut se révéler un obstacle plutôt
qu'un facteur de réussite dans la réforme des institutions éducatives. C'est pourquoi le
projet de recherche-action “École informatisée Clés en main” vise à développer une
stratégie systémique d'intégration des technologies à l'école, au collège et au lycée.

                                          PROJET
“La situation présente un défi direct,    Le projet de recherche-action École informatisée Cés en main réunit
surtout pour le monde des affaires, qui   chercheurs et pédagogues, gestionnaires et technologues, parents et
a la possibilité de se servir de ses
                                          élèves, clients et fournisseurs dans le but de transformer la réalité
ressources      pour      étayer    les
préoccupations qu'il exprime souvent
                                          pédagogique, informationnelle et organisationnelle d'une école.
au sujet de l'éducation.         Il est
impossible d'équiper les écoles en vue    Le problème à résoudre est de savoir comment et à quel coût nous
de la révolution technologique sans la    pouvons, dans une école secondaire existante, réussir l'intégration
participation de l'ensemble de la         pédagogique des TIC et des ressources multimédias accessibles
population...”.        (Ministère    de   localement ou à distance au moyen des “inforoutes”.
l'Éducation de l'Ontario, 1995)




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                                                 28
                                      Concrètement, la recherche-action se déroulera en trois étapes.

1re étape—————>                       L'équipe de recherche fera d'abord l'analyse et la description des tâches
                                      du personnel et des activités “communicationnelles” dans les deux
Analyse et modélisation du            écoles-pilotes. Communication à l'intérieur de l'école : entre toutes les
système-école                         catégories de personnel (enseignants, conseillers en orientation,
                                      bibliothécaires, chefs de groupe, secrétaires, magasiniers, directeurs),
Septembre 1994 à février 1995
                                      entre le personnel enseignant et les élèves, et entre les élèves eux-
                                      mêmes. Communication entre l'école et le milieu local : les parents, le
“Très souvent, les technologies de    centre administratif de la commission scolaire, les centres de ressources
l'information ne servent qu'à faire   du milieu, le centre de main-d'oeuvre, la bibliothèque municipale, le
automatiquement ce qu'auparavant      centre de loisirs, le centre culturel, etc. Communication avec le milieu
on faisait manuellement. Si les       national : les autres écoles et commissions scolaires, la Société GRICS,
technolo- gies de l'information       le ministère de l’Éducation, les Services documentaires multimédia, les
n'ont pas encore provoqué de          bibliothèques et les musées, les fournisseurs de technologies, de
grands bouleversements dans les       manuels scolaires, etc. Communication internationale avec des
pratiques d'enseignement cela est     fournisseurs d'information situés dans d'autres pays.
dû, singulièrement, à un certain
entêtement à conserver de vieilles
                                      On dressera également le portrait technologique des deux écoles-pilotes
habitudes et à faire exactement les
mêmes choses qu'avant, mais plus      : disponibilité et localisation des appareils et des périphériques, mise en
rapidement”.                          réseau, liens télématiques, ressources multimédias, logiciels, types
(Bibeau, 1994, p. 198)                d'usage, attitude du personnel vis-à-vis les technologies, niveau de
                                      formation, service de formation et de soutien, etc.

                                      C'est à la fois une étape d'information sur le milieu, d'analyse et de
                                      modélisation du système-école. Elle vise à brosser un portrait des
                                      processus importants de l'activité de l'école ainsi que du contexte
                                      d'implantation. Cette étape donnera lieu à un rapport décrivant la
2e étape—————>                        situation actuelle et les besoins en matière de technologies de
                                      l’information et des communications.
Conception d'un plan
d'intégration des TIC                 Le personnel des écoles-pilotes produira ensuite un plan d’intégration
Février 1995 à janvier 1996           des TIC et d’exploitation pédagogique des inforoutes en étroite
                                      collaboration avec l’équipe de recherche et un groupe d'experts-conseils
“Pour arriver à améliorer
l’enseignement grâce à la
                                      associés au projet. Il s’agira alors d’identifier les conditions qui
technologie, nous devons préparer     permettent aux enseignants d’exploiter les TIC dans leurs tâches
le corps enseignant à l’utiliser.     quotidiennes: planification annuelle, préparation des cours et du matériel
Outre les questions de                didactique, enseignement et apprentissage pour les élèves, évaluation
financement, la formation             des apprentissages, participation à la vie scolaire et perfectionnement.
adéquate du personnel enseignant
est sans doute la principale          L'accès aux réseaux de télécommunication (régional, national et
condition du succès”. (Ministère      international) sera favorisé afin de faciliter l’accomplissement de ces
de l'Éducation de l'Ontario, 1995)    tâches.




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                                              29
“Ce qui coûte cher ce ne sont pas       La planification de l’enseignement suppose la recherche de ressources
les technologies mais l’ignorance       (humaines, documentaires, multimédias) susceptibles de permettre
et le décrochage scolaire”.             l’atteinte des objectifs d’apprentissage. L’enseignement implique
(Bibeau, 1995)                          l’animation d’activités à partir d’un matériel pédagogique varié permettant
                                        le respect des rythmes d’apprentissage et la remédiation s’il y a lieu.
“Par “inforoute”, on désigne
l’infrastructure de commu-nication      L’évaluation suppose la rédaction d’examens à partir d’items validés qui
qui offrira des services                peuvent être partagés au niveau local, régional ou national. L’évaluation
d’enseignement à distance, de           donne aussi lieu à des communications fréquentes avec les parents. La
courrier électronique, d’accès à de     participation à la vie scolaire exige de nombreux échanges pour assurer
vastes banques de données et à          la concertation entre les différents intervenants. Les activités de
d’autres services. Internet en est      perfectionnement, qui jusqu’à présent étaient limitées par des contraintes
un bon exemple”.                        espace-temps, peuvent maintenant se faire à distance et selon un
(Bibeau, 1995)                          horaire plus souple grâce aux “inforoutes”.

                                        Le personnel enseignant peut aussi compter sur une gamme de produits
                                        offerts par les partenaires privés engagés dans le projet : logiciels de
                                        bureautique professorale et de gestion pédagogique, logiciels éducatifs,
                                        périphériques de saisie de données, matériel de robotique, banques de
“Ce qui rend ces rapports cré-          données emmagasinées sur disques optiques compacts, etc.
dibles à nos yeux, c'est la sen-
sibilité qu'ils manifestent à l'égard   Les enseignantes et les enseignants sont au coeur des préoccupations
du rôle de l'enseignant dans le         du projet car ce sont eux qui choisiront ultimement d’intégrer les TIC aux
monde nouveau des technologies          activités d’apprentissage de leurs élèves. La priorisation des actions
de l'information. Presque tous les      (stratégies d’intégration en vue d’une implantation systémique) se fera
chercheurs estiment que celles-ci       donc à partir des besoins qui auront été émis par le personnel
ne peuvent fonctionner que si les       enseignant lors de l’analyse et de la modélisation du système-école
enseignants y prennent une part         (étape précédente). Il s'agira d'élaborer un plan d'intégration qui soit
intime”. (Ministère de l'Éducation      réaliste et dont chaque opération s'insère dans une stratégie globale. Les
de l'Ontario, 1995)
                                        équipes de conception du plan s’appuieront par ailleurs sur les
                                        recherches les plus récentes dans le domaine des TIC en éducation, au
                                        Québec, en France et ailleurs et une revue de littérature sera publiée.
3e étape—————>
                                        Les plans d’intégration pédagogique (un par école-pilote), devant
Mise à l’essai, production et           favoriser une utilisation partout, pour tout et pour tous, c'est-à-dire
diffusion du modèle                     progressive, systématique et efficace, des TIC et des inforoutes par le
                                        personnel enseignant et par les élèves, seront finalement mis à l'essai :
Janvier 1996 à juin 1997                réaménagement de l’infrastructure technologique et organisationnelle,
                                        activités de formation, etc. Une démarche évaluative conduira à
“Devant la croissance expo-             l'ajustement progressif des éléments du plan initial et, finalement, à la
nentielle des données et des            production d’un modèle “clés en main” adaptable et exportable dans
informations disponibles, si on ne      d’autres établissements d’enseignement au Québec, en France et à
plonge pas les élèves dans des          l’étranger.
situations où ils ont à construire
leurs propres connaissances, la
                                        On produira des rapports sur la mise à l'essai et sur le suivi de
tâche de leur enseigner tous les
savoirs utiles deviendra                l'implantation. Le modèle d'intégration sera publié et on en assurera la
insurmontable”.                         promotion dans le réseau scolaire et à l’occasion de conférences, de
(Bibeau, 1994)                          vidéoconférences, de congrès nationaux et internationaux. On produira
                                        également une vidéographie et un disque optique compact présentant les
“Le problème de l’intégration des       étapes et les réalisations du projet. De plus, les écoles-pilotes offriront
TIC à l’école n’est pas technique       une vitrine technologique pour des applications futures et pourront être
mais anthropique”.                      visitées par des intervenants du milieu scolaire.
(Bibeau, 1995)
                                        Déjà, quelques-uns de ces documents sont disponibles sur le serveur
                                        3W du projet : http://www.grics.qc.ca/cles_en_main




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                                           30
Au Québec, une trentaine de partenaires des milieux de l'éducation, de la recherche, du
gouvernement et du secteur privé sont associés à ce projet de coopération franco-
québécois. Un projet de collège informatisé est en cours d'implantation selon un
modèle analogue au CÉGEP Bois-de-Boulogne.

Partenaires québécois : FAI, CS St-Jérôme, CS Jérôme-Le-Royer, MEQ, GRICS, Bell,
IBM, Micro-Intel, Logiciels AUBA (Québécor Multimédia), Novell, LM Soft, Méga-
Sciences, DIL Multimédia, APPLE, LICEF (TELUQ), U de M, SDM, Microsoft, Lotus,
Logiciels Action, CEDROM-SNI, ICONIX, Caméléon, Centre ECHO, CEFRIO, CRIM,
CILEF, AQPDE, APSDS, Vitrine APO, D.I.C.I., MAIICC.

N.B. : Le Fonds de l’Autoroute de l’Information du gouvernement du Québec supporte
financièrement ce projet de recherche-action.

Partenaires français : Centre Nationale de Documentation Pédagogique, Commission
Nouvelles Technologies de l’Inspection Générale, CNET (France Télécom), CRDP
d’Aquitaine (Bordeaux), CRDP de Poitou-Charentes (Poitiers), Conseil Général de la
Vienne, Mission Académique aux Technologies Nouvelles de l’Académie de Poitiers,
CRDP du Nord-Pas-de-Calais (Lille), Mission Académique, Formation des Personnels
Enseignants (Académie de Lille), CRDP d’Ile-de-France, Institut universitaire de
formation des maîtres de Créteil, Institut National de Recherche Pédagogique (INRP).


8.     LES ENJEUX

8.1    “À qui la facture?”

Plusieurs des technologies de télécommunication qui forgeront l'inforoute existent déjà
et de nombreux sites sur la planète sont déjà interreliés par l'autoroute de l'information.
Les grands organismes, tels que les banques, les compagnies d'assurances, les centres de
recherches et les universités, les services publics, les compagnies aériennes et les
administrations publiques, utilisent depuis longtemps des réseaux privés pour leurs
activités courantes. Parmi ces réseaux, notons la Society for Worldwide Interbank
Financial Telecommunication (SWIFT), un réseau international de virements bancaires
utilisé par 2 600 institutions bancaires dans 90 pays. Le principal réseau canadien de
recherche, CA*net (1 millions d’utilisateurs), interconnecte dix réseaux provinciaux de
recherche dont le Réseau inter-ordinateurs scientifiques québécois (RISQ) qui relie déjà
une centaine d'organismes.




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                        31
L'enjeu n'est donc pas ici de créer de toutes pièces cette technologie ou cette
infrastructure, mais bien d'en étendre l'accès et de la rendre disponible à l'ensemble des
foyers, des établissements d'enseignement (2700 au Québec), des hôpitaux, des
municipalités, des édifices gouvernementaux, des bureaux et des entreprises. À un coût
moyen se situant entre 1 200 $ et 2 000 $ par installation résidentielle on imagine
facilement les investissements requis.

Qui paiera pour la recherche-développement, la production des contenus et le
déploiement de cette infrastructure gigantesque? L'état (le contribuable) ou l'entreprise
privée (le consommateur)? Vous aurez compris que dans un cas comme dans l'autre
c'est le même individu. Mais le choix d'une option ou d'une autre n'a pas le même
impact social et politique. Cet individu a-t-il besoin de ces services et de cette
infrastructure? Ou plutôt, a-t-il le sentiment d'avoir besoin de ces services au point de
payer ces frais d'installation et d'utilisation qu'on lui réclame? Nous sommes ici au
coeur du débat et nous comprenons mieux l'ensemble du battage publicitaire qui
entoure ce nouveau projet de société que l'on nomme les “inforoutes”.

Le débat qui a cours sur la déréglementation dans cette industrie a son importance car il
déterminera si nous devrons payer, à titre de client et de contribuable, pour un ou pour
plusieurs réseaux, pour une ou pour plusieurs “inforoutes”. À l'heure présente il n'est
pas souhaitable que deux ou trois branchements relient chacune de nos résidences,
chacun de nos établissements scolaires à deux ou trois autoroutes électroniques. Le
coût en serait prohibitif et retarderait l'implantation universelle des services.


8.2    Le défi des contenus

La vraie guerre des inforoutes porte sur les contenus et les services offerts plutôt que
sur la technologie reliée à l'infrastructure. Le NET peut contribuer à la survie des
cultures minoritaires à condition que nous assurions les conditions objectives et
subjectives pour le déploiement des inforoutes partout et pour tous.

Le gouvernement québécois attache une très grande importance à la production de
contenus en français sur les inforoutes. Le comité Berlinguet par exemple recommande
que le gouvernement et les écoles développent un marché pour des contenus
pédagogiques en français :         “On doit lancer un vigoureux programme de
développement de contenus pédagogiques en langue française et de sites d'accès à ces
contenus, avec la coopération des autres pays francophones” (Inforoute Québec, page
15).




Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                       32
Le gouvernement étudie l'opportunité de créer au Québec un vaste projet international
de support linguistique. Ce projet inclut : le support multilingue sur Internet; le
développement de filtres de traduction automatique pour la recherche dans des bases
de données; le développement et l'intégration de technologies permettant la traduction
simultanée par ordinateur sur réseau public; le développement de didacticiels
intelligents, de logiciels de formation personnalisée, linguistiques et culturelles.

Plusieurs entreprises québécoises possèdent une solide expertise en ces domaines; Alis
technologie, Machina Sapiens, Logidisque, Edit, Fulcrum, etc.


8.3    Le “jetset” au G7

Des représentants des gouvernements des pays du G7, réunis à Paris il y a quelques
mois se sont interrogés sur un certain nombre de risques inhérents à la globalisation des
communications.

Il y a selon eux un réel danger d'homogénéisation culturelle. Quelle sera la place des
cultures minoritaires sur ce grand échiquier mondial se demandent-ils. N'y a-t-il pas un
risque qu'il ne subsiste qu'une seule culture, anglo-saxonne, hégémonique?

Nos sociétés du savoir et de l'information ne courent-elles pas le risque d'une nouvelle
segmentation sociale entre “inforiches”, ceux qui ont accès aux moyens de
communication et “infopauvres”, ceux qui n'ont pas les moyens d'y accéder?

S’est-on préoccupé de la protection de la vie privée et du respect des législations
nationales, notamment dans le domaine du droit d'auteur, dans cet univers globalisé.
On retrouvera en annexe certaines réflexions à ce propos.

Les ministres des gouvernements du G7 ont aussi fait huit recommandations
relativement au développement des inforoutes :

1.    Promouvoir une concurrence dynamique entre les secteurs de l'industrie de
      l'information et entre les entreprises originaires de différents pays.
2.    S'appuyer sur le secteur privé et encourager l'investissement privé.
3.    Définir un cadre réglementaire évolutif suivant la tangente d'une
      déréglementation progressive.
4.    Assurer un accès ouvert aux réseaux.
5.    Garantir l'universalité de l'offre de services et de contenus.
6.    Promouvoir l'égalité des chances entre les citoyens.

7.    Promouvoir la diversité des contenus, des cultures et des langues d'accès.
8.    Reconnaître la nécessité d'une coopération des pays développés entre eux et avec
      les pays moins développés.

Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                      33
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Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                                  34
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Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                                  35
Annexe I

                          Le droit dans les méandres de l'inforoute

Le déploiement des inforoutes entraînent un certain nombre de problèmes en terme de
respect des législations nationales, du respect de la confidentialité des informations, de
protection de la propriété intellectuelle et de la rémunération des auteurs.


a) Internationalisation des accès et législation nationale

La législation en ce qui concerne l'information de type diffamatoire, haineuse ou
pornographique varie d'un pays à un autre, alors que l'échange d'information et de
fichiers d'un pays à un autre devient de plus en plus aisé, de plus en plus rapide et sans
contrôle. Ainsi, à l'été 1994, un individu a rendu disponible aux 20 millions
d'utilisateurs d'Internet un livre méthodologique du terrorisme international. Aucun
autre moyen de diffusion de l'information n'aurait permis de répandre potentiellement
20 millions d'exemplaires d'une telle littérature en quelques heures.

Qui est responsable d'une telle diffusion? L'auteur? Le propriétaire du serveur qui
reçoit le texte et le rediffuse? Les propriétaires des réseaux électroniques de
transmission? Les responsables du réseau Internet dans chacun des pays?

Les réseaux ouverts donneront aussi accès à de l'information qui pourrait attenter à la
réputation ou à la dignité de la personne. Les messageries roses, dont on estime qu'elles
occupent 60 % de l'espace sur l'autoroute électronique, créent beaucoup de soucis aux
gestionnaires des réseaux télématiques nationaux et internationaux. Comment les
divers pays préserveront-ils leur indépendance culturelle? Comment empêcher
l'invasion de contenus étrangers, surtout américains?


b) Confidentialité des informations

En septembre 1994 le gouvernement fédéral rendait disponibles sur le réseau
télématique gouvernemental canadien les dossiers des pédophiles et autres criminels
d'habitudes. Certains prétendent que les agences de recouvrement ont accès aux
dossiers financiers et à une multitude d'informations concernant chacun d'entre nous.
Les gouvernements et différentes agences gouvernementales colligent un grand nombre
de renseignements sur les citoyens. L'autoroute électronique rendra cette information
numérique très facilement accessible à un très grand nombre d'individus si des lois ne
sont pas promulguées pour réglementer l'accès à ces informations et si des mesures
concrètes ne sont pas prises pour contrôler ces accès électroniques.

Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                       36
c) Protection de la propriété intellectuelle et rémunération des auteurs

Comment protéger la propriété intellectuelle sans support matériel? Pas de livres, pas
de documents écrits, pas de disques. Une oeuvre est créée et rendue disponible sur
l'autoroute électronique où de multiples usagers peuvent la lire, l'imprimer, la
photocopier, l'emmagasiner très facilement sur disquettes et distribuer tout aussi
facilement ces disquettes à peu de frais. L'informatique rendait le piratage facile à un
individu, l'autoroute électronique le rend facile à des millions d'individus à la fois.

Les modes de rémunération des auteurs vont devoir s'ajuster à cette nouvelle réalité.
Quand nous aurons accès à des centaines de canaux, nous pourrons choisir entre
plusieurs oeuvres. Nous pourrons même transférer sur notre système l'oeuvre choisie,
sans nécessité de l'acheter. La diffusion tend donc à se confondre avec la reproduction
sur support physique. “Or, actuellement, les droits d'auteur ne sont pas les mêmes
dans les deux cas, les droits de reproduction étant plus élevés. On peut alors imaginer
des modes de perception des redevances à la fois collectifs et individualisés. (...) On ne
pourra plus compter uniquement sur la rémunération reposant sur la vente de support
papier ou plastique.” (Trudel, 1994).


d) Le droit des créateurs

Au-delà des préoccupations technologiques, les éditeurs multimédias se heurtent à la
difficulté de définir leur produit et d'identifier le ou les véritables auteurs de ces
productions complexes. Un produit multimédia intègre dans presque tous les cas des
éléments provenant d'autres oeuvres, conçus pour d'autres exploitations, généralement
tronqués et extirpés de leur contexte originel. Quelles places occupent, dans cette
mosaïque de créations, chacune des oeuvres incluses, et le travail de l'auteur
multimédia lui-même?

Les difficultés qu'il y a à négocier les droits nécessaires constituent un frein puissant
pour le passage rapide à une édition électronique véritablement multimédia. La
réutilisation de parties d'oeuvres existantes (séquences de films, oeuvres picturales,
musiques, livres, encyclopédies, etc.) impose généralement la renégociation d'une
grande partie des droits acquis pour l'usage initial, et l'identification des ayants droits
constitue elle-même une épreuve considérable. De plus, quel est le statut de l'oeuvre
nouvelle issue de cet amalgame et de la conception de parties intégratrices originales?
Qui en est l'auteur? Poser la question ne signifie pas renier le droit d'auteur mais se
sensibiliser au fait que l'oeuvre multimédia interactive, accessible sur l'autoroute de
l'information, pose aux juristes de nouveaux problèmes qui ne peuvent être écartés du
revers de la main.



Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                        37
C'est d'ailleurs l'opinion du professeur Pierre Sirinelli : “À priori, la réflexion devrait
être assez simple à conduire. Néanmoins la numérisation des oeuvres démultiplie les
possibilités et donc les sources de conflits. Il faut immédiatement observer que les
difficultés rencontrées dans ce domaine sont identiques à celles des bases de données.
Les solutions devraient l'être également, puisque la commission de Bruxelles estime
clairement que le statut des bases de données a vocation à s'appliquer aux produits
multimédias. Si on laisse momentanément de côté cette assimilation, l'analyse des
solutions actuelles peut être simplement résumée et présentée sous forme de questions:
Comment librement constituer un produit multimédia? Le droit d'auteur est-il une
gêne en dehors des zones de liberté consenties par le droit d'auteur? Quelle est la
qualification d'un produit multimédia? Qui est l'auteur d'un produit multimédia?”
(Sirinelli, 1994).




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Annexe II

         Pour “brancher” les écoles du Québec. Les recommandations du RFQMF

Bien que nous n'en soyons pas encore à l'étape de prise de décisions, le sommet socio-
économique annoncé par le ministre de l'Éducation devant se tenir sous peu, quelques
tendances émergent déjà des débats qui ont cours sur le déploiement des inforoutes au
Québec. Le document présenté par le Réseau franco-québécois multimédia et formation
au comité Berlinguet en mai 1995 présente quelques pistes de réflexion intéressantes.

Recommandations du RFQMF

1.   Afin de favoriser l'accès universel aux inforoutes, le Réseau franco-québécois
     multimédia et formation, un regroupement de professionnels et d'entrepreneurs de
     ce secteur, recommandaient, dans un document récent remis au Comité consultatif
     sur l'autoroute de l'information (Comité Berlinguet) que le gouvernement
     poursuive la modernisation du Réseau inter-ordinateurs scientifiques québécois
     (RISQ) et en étende l'accès sur tout le territoire à l'ensemble des écoles et des
     collèges.

     D'autres mesures complémentaires sont aussi requises, tels que:

     -    le gouvernement mette tout en oeuvre pour que les établissements
          d'enseignement bénéficient d'une tarification forfaitaire préférentielle pour
          leurs télécommunications;
     -    le gouvernement offre aux établissements d'enseignement l'accès aux services
          de télécommunications gouvernementaux pendant les périodes d'utilisation
          réduite (soir, fin de semaine, etc.);
     -    tout établissement d'enseignement nouvellement construit ou rénové soit
          entièrement câblé;
     -    le gouvernement favorise la création d'un réseau de télécommunication pour la
          formation continue de la main-d'oeuvre et encourage, de concert avec la
          SQDM, l'utilisation d'applications multimédias de formation, accessibles
          localement ou à distance.


2.   L'utilisation des ressources multimédias, produits, biens et services offerts sur les
     inforoutes requiert un équipement informatique et de télécommunication puissant
     et moderne. C'est pourquoi nous recommandons que le gouvernement mette en
     place, en collaboration avec les réseaux d'enseignement, un programme
     d'investissement à frais partagés pour la modernisation des équipements
     informatiques et de télécommunication et pour l'acquisition d'applications
     multimédias éducatives (licence mixte).
Robert Bibeau, L’inforoute pédagogique québécoise                                       39
     D'autres mesures complémentaires sont aussi requises, tels que :

     - les enseignants et les formateurs puissent déduire de leur revenu imposable
       l'achat, pour des fins éducatives, d'équipement informatique et de
       télécommunication;
     - la formation initiale des maîtres fasse une juste part aux TIC dans les
       programmes et les activités de formation.


3.   Le gouvernement doit également favoriser le développement de contenus
     francophones sur les inforoutes et pour ce faire, il doit se doter d'une politique et
     de services télématiques d'accès public aux données, aux textes, aux images et aux
     oeuvres dont il détient les droits.

     À titre de mesures complémentaires, nous recommandons que le gouvernement :

     - facilite la gestion du droit d'auteur par des ententes collectives dans le domaine
       du multimédia et de l'autoroute de l'information, en particulier pour le milieu
       de l'enseignement;
     - renforce ses relations avec ses partenaires de la francophonie et crée des réseaux
       voués au développement de contenus, d'applications et de services
       francophones, notamment par la création de l'Observatoire des ressources
       multimédias en éducation du Québec;
     - maintienne son appui à l'industrie du logiciel éducatif et d'applications
       multimédia de formation et supporte son développement en étendant à ce
       secteur le régime de déduction fiscale qui s'applique à l'industrie du cinéma et
       de l'audiovisuel;
     - favorise l'accès au capital de risque pour les PME de ce secteur industriel, soit à
       partir des programmes, fonds et organismes existants (Innovatech, FAI, SODEC,
       etc.), soit en créant un fonds spécialisé pour ce secteur sur le modèle européen
       des clubs d'investissement multimédia;
     - favorise la production par Télé-Québec d'applications multimédias interactives
       de formation en partenariat avec d'autres institutions publiques et l'entreprise
       privée sur le modèle français de la Chaîne du savoir;
     - favorise la veille technologique et commerciale très ciblée dans ce secteur et la
       formation des fonctionnaires et des entrepreneurs aux outils et aux techniques
       de veille sur les réseaux télématiques;
     - favorise la formation de hauts niveaux des auteurs, scénaristes, graphistes,
       analystes, programmeurs et producteurs d'applications multimédias
       interactives;
     - favorise le développement d'une industrie québécoise de numérisation des
       données;


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4.   Enfin, pour favoriser l'intégration des technologies nouvelles en milieu éducatif
     et de formation nous recommandons que :

     -   le ministère de l'Éducation, en concertation avec ses partenaires des réseaux de
         l'éducation et les spécialistes des NTI, révise le contenu des programmes
         scolaires du primaire, du secondaire et du collégial, dans tous les secteurs, afin
         de profiter du potentiel qu'offrent les NTI dans l'enseignement et
         l'apprentissage et de développer les habiletés des québécois à utiliser les NTI;

     -   à l'exemple du projet “École informatisée clés en main”, les établissements
         d'enseignement, en collaboration avec les organismes subventionnaires et les
         entreprises privées du secteur des technologies de l'information, intensifient la
         recherche-action sur l'impact de l'utilisation du multimédia et de l'autoroute de
         l'information sur la pédagogie et l'apprentissage et développent des modèles
         d'intégration des technologies nouvelles à l'école.


Robert Bibeau
Président, RFQMF




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