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Géographie économique

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Géographie économique Powered By Docstoc
					Géographie économique
Définition de la discipline → Comment l’espace (ressource ? contrainte ? …) intervient dans
la production, la consommation et l’échange des biens rares ?

Chapitre 1. Enjeux et approches

1 - Qu’est-ce que la géographie économique ?

a) Une définition par les deux disciplines

Géographie : traite de l’organisation de l’espace (milieu, paysage, territoire, région, etc.), de la
dimension sociale des sociétés, bref de l’espace mais non indépendant des activités humaines.

Economie : production, circulation et consommation des biens rares.

Mais comment articuler biens rares et espace géographique ?

b) Une définition par l’objet

Une géographie de l’économique, cherchant à expliquer la géographie de la production,
consommation et déplacement des biens rares. Une approche par l’espace de l’économie.
Les explications peuvent être très variées :
   - Economiques orthodoxes
   - Economiques hétérodoxes (néo-marxisme, école des conventions)
   - Non économique : anthropologie, sociologie économique
   - Le tournant culturel de la géographie économique dans les années 1990 : réévaluation
       de l’importance de la culture, aux dépends de l’économie elle-même.

c) Une définition par l’approche

Faire de la géographie par l’économie, par l’analyse du comportement de l’homo economicus
dans l’espace. C’est un des modèles de l’homme utilisé en sciences sociales. Cinq points le
déterminent :
    1. Parfaitement informé pour prendre une décision
    2. Parfaitement rationnel (calcul, logique)
    3. Egoïste (maximiser son utilité = intérêt = profit)
    4. Agit seul, hors de l’action sociale
    5. Universel

Ce modèle n’existe pas, mais il permet de modéliser le comportement humain, afin de
comprendre ses choix et ses décisions. Modèle réducteur, il n’explique cependant qu’une
partie seulement de ce choix.
Cette approche résonne sur ce type de comportement, intéressant car modélisable donc
prévisible. Cela revient à expliquer la géographie par l’homo economicus, ou d’établir les
conséquences spatiales de son comportement.

Des explications économiques orthodoxes comme :
   - Les théories des localisations (économie spatiale : Von Thünen, Weber, Christaller)
   - Les théories des échanges (économie internationale : Ricardo)
   -   La new economic geography (Krugman)

d) Une définition par l’histoire des sciences

Fait référence à l’histoire des sciences occidentales, selon la chronologie suivante :
    - La tradition de la recension, de Colbert à la géographie coloniale et vidalienne :
        décrire la distribution des richesses, impôts et guerres.
    - La nouvelle géographie et ses emprunts à l’économie spatiale : expliquer
        l’organisation de l’espace (1960)
    - La critique marxiste et le tiers-mondisme : rendre compte des inégalités et du
        « développement » (1970-1980)
    - Le postmodernisme et le tournant culturel (1990)


2 - Les enjeux de la géographie économique

a) Enjeux scientifiques

Space does matter. L’espace n’est pas neutre ou seulement un contenant dans quoi
l’économique prend place.

   -   L’espace est un enjeu économique. Exemple de l’immobilier, des transports ou du
       tourisme.
   -   L’espace est un produit de l’économie : infrastructures, spéculation foncière, zonage
       des activités.
   -   L’espace est un déterminant de l’économie : choix de localisation liés à l’espace,
       spécialisations, rentes de situation, coût de transport.

b) Enjeux de société

Des débats auxquelles la géographie économique peut/doit participer :
   - La mondialisation
   - Les inégalités de développement
   - Les logiques spatiales de la production
   - Milieu, risques, ressources et développement durable

c) La géographie économique en plein essor

Des processus et des débats de plus en plus économiques, de plus en plus géographiques :
postmodernité et postmodernisme. Un monde et une société où la variable espace prend de
plus en plus d’importance par rapport à celle du temps (histoire, progrès, défilement), ceci
dans le cadre du postfordisme (flux tendus, délocalisations) et de la postmodernité (commerce
éth[n]ique, tourisme international).
Le champ de l’économique va en s’élargissant, beaucoup d’objets entrant dans l’économie de
marché (corps, privatisations) et l’importance de l’espace, donc de la géographie économique,
va également en s’agrandissant.
La délocalisation est une réponse spatiale aux lois de l’économie de marché.

Les sciences sociales sont touchées par le tournant géographique (J. Lévy, 1990).
d) Le renouveau de la géographie économique

La géographie économique touchée par le tournant culturel :
   - Idée que l’économie est « encastrée » dans le social et dans l’espace (Polanyi [1943],
       Granovetter [1985] et la new economic sociology).
   - Les économistes hétérodoxes (post-autistic economics), avec la prise en compte du
       culturel, du social, du politique (conventions, contrats, institutions, le marché comme
       fiction).
   - Travail sur un monde réel et non modélisé (une économie de marché est-elle identique
       aux USA qu’au Japon ?). Tenir plus compte de la variété des cultures de production et
       de consommation, des formes de capitalisme (une épistémologie « réaliste »).
   - Une économie de plus en plus culturelle : la tertiarisation comporte une grande part
       d’immatériel donc de culturel.

Les directions principales de ce renouveau :
   - L’espace est fondamentalement impliqué dans les processus économiques et serait un
       des premiers facteurs économiques (école de Los Angeles, école française de la
       proximité).
   - Les composantes non-économiques de l’économie (modes de régulation, institutions,
       cultures d’entreprise, cultures de consommation, etc.). Ex. : le shopping mall
   - La nouvelle économie géographique (Krugman) : le renouveau de l ’économie spatiale
       et de l ’économie internationale. Ex. : les rendements croissants

3 - Exemples

Quelques exemples en variant les échelles, les espaces et les époques (voir .pdf)

Conclusions chapitre 1

Cette définition de la géographie économique est personnelle, on l’occurrence celle du
professeur Staszak. La question principale est de considérer comment l’espace intervient dans
la production, l’échange et la consommation des biens rares.

Il peut être une contrainte ou une ressource, les facteurs explicatifs sont très variés et Staszak
mobilise des concepts propres à la sociologie, l’anthropologie et aux économies hétérodoxes.
Une interprétation plutôt culturaliste).

Circuits économiques
Pour Quesnay et l’école des Physiocrates → l’économie est comme un organisme avec des
organes, un corps, du sang → le circuit des richesses

Le circuit des richesses est composé de 2 pôles : 1 pôle de production et 1 pôle de
consommation. Il concerne plusieurs types de flux : des biens et des services, du travail et de
l’information.
Il quatre grands types d’acteurs dans les circuits économiques : les administrations (Etat,
collectivités locales), les entreprises, les ménages, et les institutions financières (banques,
Trésor…).
Il existe trois types de circuits : le don contre don, la redistribution et le marché.
Le don contre don est une obligation libre à deux dimensions : 1) un don doit être accepté 2)
un don doit être rendu. Donner quelque chose à quelqu’un c’est avoir un pouvoir sur lui (« je
suis ton obligé »). Exemple de don contre don : le potlatch chez les Indiens → 2 tributs se
rencontrent et se font des cadeaux, quand l’une ne peut pas offrir un cadeau plus beau que
celui qu’elle vient de recevoir, elle a perdu et devient l’obligé de l’autre.
→ si on devait faire passer tous les échanges qui transitent dans le don contre don (ex : dons
familiaux…) dans le marché, on triplerait le PIB. Le don contre don est donc invisible mais
énorme dans l’économie.

La redistribution est faite par une Autorité qui prend à quelqu’un et le redistribue à d’autres.
L’Autorité peut être l’Etat (impôts), l’Eglise (dîme) ou des entreprises (qui redistribue dans
d’autres succursales → ex : une entreprise ferme une succursale en Normandie pour en ouvrir
une au Sri Lanka). Il y a deux moments dans ce circuit : 1) le prélèvement 2) la redistribution.
→ si on devait faire passer tous les échanges de la redistribution dans le marché, on
augmenterait le PIB de moitié.

Le marché est minoritaire par rapport aux deux autres circuits. C’est un système où les acteurs
sont égaux et anonymes, alors que dans les deux autres circuit, le statut social va changer la
donne. Dans le marché, il y a transaction et négociation. Il doit y avoir une satisfaction
équilibré entre les acteurs. Les échanges y sont fluidifiés par la monnaie.

Les échelles du circuit
Braudel développe le concept d’économie-monde, qui est un morceau d’espace qui est
économiquement autonome, qui se suffit à lui-même, et qui a trois caractéristiques spatiales :
1) occupe un espace géographique donné 2) accepte toujours un pôle, un centre 3) se partage
en zones successives.
Pour Wallerstein, il y a deux types de systèmes-mondes : 1) l’empire-monde (empire romain)
2) l’économie-monde (monde actuel où les Etats sont indépendants)

Il y a un gradient de l’échange, car en fonction de la distance spatiale ou symbolique, on ne
fait pas appel au même système.
→ si on échange avec des proches, c’est le don (forme noble de l’échange) qui prime
→ si on échange avec des moins proches, c’est la redistribution qui prime
→ si on échange avec le lointain, c’est le vol, le troc ou le marché qui prime. Ces formes de
l’échanges sont des échanges immédiats (car on se méfie), ce sont des formes dégradées de
l’échange
La redistribution et le don se font sur le long terme, car la réciprocité est assurée.
Au Moyen-Âge, 90% de ce qui était produit puis consommé n’allait pas plus loin que 5 km,
rien ne passait par le marché. Les 10% qui restent étaient : 1% avec le lointain pour des
produits rares (épices par ex), et 9% des échanges avec le pays, c’est-à-dire un rayon de 25
km, donc possibilité de faire l’aller-retour à cheval en une journée.

La mondialisation, c’est la dilatation des économies-mondes qui commence au XVIIIe. Le
début de la mondialisation se fait en trois phases : 1) phase d’exploration où les échanges sont
surtout des pillages 2) colonisation avec ouverture du commerce transatlantique. Dans cette
deuxième phase, la redistribution se fera principalement en métropole. 3) essor du commerce
international. Cette troisième phase s’étend de 1890 à 1914, c’est le triomphe du libre-
échange, mais principalement entre les puissances coloniales. Dans les 1990’s, on tente de
revenir à l’ouverture (en pourcentage, pas en masse) qu’il y avait 100 ans avant. Car cette
ouverture a été mise à mal par les deux guerres mondiales et la crise de 1929.
En 2003, il y avait 146 Etats membres de l’OMC, ces 146 Etats acceptent donc tous le
système économique actuel (capitalisme, mondialisation).
La mondialisation n’est donc pas un phénomène nouveau, et même si les pourcentages actuels
sont très proches des pourcentages d’il y a 100 ans, les chiffres absolus n’ont strictement rien
à voir.
Dans quasiment tous les pays du monde, le commerce intérieur est bien plus important que le
commerce international. Mais il y a aussi des espaces non-concernés par la mondialisation
(l’Afrique par exemple)

Pour calculer le taux d’ouverture, on divise par deux la somme des importations et des
exportations, puis on divise le résultat obtenu par le PNB. On trouve ainsi 13% pour les USA,
ce qui signifie que les Etats-Unis sont une économie-monde qui n’échange que 13% avec
l’extérieur, 10% pour le Japon…

Conclusion
→ Le marché n’est qu’un type de circuit et pas le plus important.
→ à chaque mode de régulation (don contre don…), ses fonctions et ses échelles
→ le marché et le libre-échange ne sont pas naturels, ils sont idéologiques et politiques, donc
issus de choix

Pourquoi la mondialisation ?
→ pourquoi sortir de l’autoproduction ? pourquoi chercher des partenaires lointains ?
pourquoi un circuit fermé s’ouvre-t-il sur le monde ?
D’autant qu’il y a 2 obstacles de taille qui ont chacun un coût et présentent des risques : la
distance matérielle et la distance symbolique. Pour franchir la distance matérielle, le fruit de
l’échange doit être suffisamment pour qu’on prenne le risque. La distance symbolique, c’est la
langue, les valeurs, la monnaie, le système juridique… qui font qu’échanger avec un inconnu
représente des risques.
Les explications varient selon trois critères : 1) le circuit (époque, échelle, type de circuit) et
les acteurs 2) la discipline ou le point de vue adopté (un anthropologue ne l’explique de la
même manière qu’un économiste) 3) le paradigme (économie orthodoxe vs hétérodoxe). Il y a
deux niveaux d’explication.

2 niveaux d’explication
la composante logistique et la composante idéologique
→ la composante logistique est ce qui permet l’échange, il s’agit par exemple de la révolution
des transports et de l’information qui ont fait que le franchissement de la distance est un jour
devenu économiquement intéressant.
→ mais ça ne suffit pas de pouvoir, il faut également vouloir, c’est la composante idéologique

Les trois types de jeu
→ le jeu à somme nulle : on joue de l’argent, mais la somme ne bouge pas du début à la fin,
elle est juste redistribuer entre les joueurs.
→ le jeu à somme positive : il y a plus d’argent à la fin du jeu qu’au début
→ le jeu à somme négative : il y a plus d’argent au début du jeu qu’à la fin (ex : potlatch)

Explications non-économiques
Lien social (vision optimiste) → le but de l’échange n’est pas dans l’échange, mais dans les
liens qu’il crée. Ici l’échange économique est le prétexte à l’échange social. Cette explication
est efficace pour :
        → le don contre don : le potlatch qui est un jeu à somme négative, car on détruit des
richesses, il y a donc une motivation non-économique de l’échange, les tributs s’affrontent par
le don au lieu de s’affronter par la guerre. Échanger est un moyen de ne pas faire la guerre, les
conquistadors faisaient par exemple des cadeaux quand ils découvraient une nouvelle
population pour ne pas se faire tuer.
        → la redistribution, ex. de l’impôt qui crée du lien social, qui cimente la société, qui
crée des obligations entre les personnes
        → quelquefois dans le marché (très rare) : ex commerce équitable ou CECA
(communauté économique du charbon et de l’acier) qui n’était pas motivé par le profit ou une
redynamisation des marchés français et allemand, mais simplement pour aller vers une
réconciliation franco-allemande et éviter une troisième guerre.
Le lien économique comme explication s’applique pour des échanges de proximité, au sein
d’une communauté.

Le pouvoir (vision pessimiste) → on échange pour acquérir un pouvoir sur l’autre, par
exemple, des Etats surendettés se voient dicter leur conduite (libéralisation, privatisation…)
par le FMI. Dans cette optique, certains pensent que le commerce international est la
continuation de la guerre.
On parle alors de mercantilisme qui est le commerce comme jeu à somme nulle. C’est-à-dire
qu’on est soit gagnant, soit perdant. C’est comme au poker, on ne peut gagner qu’aux dépens
des autres. Dans ce type de commerce, on gagne de l’argent, mais aussi du pouvoir.
Si on accepte de commercer avec un autre, on entre en dépendance, car il dispose alors d’une
nouvelle arme : l’embargo. On a ainsi parlé d’arme verte quand les USA ont stoppé leurs
exportations de blé vers l’URSS au moment de l’invasion de l’Afghanistan.
Selon la théorie de Litz, l’échange augmente les inégalités, car le plus fort s’enrichit et que le
plus faible perd forcément. Litz était donc opposé au libre-échange entre l’Allemagne et la
GB, car à l’époque, la GB était plus forte. Il préconisait de ne pas faire de don contre don avec
des plus riches, car on serait forcément inférieurs, ex : être ami avec quelqu’un de beaucoup
plus riche ou de beaucoup plus pauvre n’est pas évident, comment rendre les cadeaux ?
Il y a dans l’élargissement des échanges une logique d’hégémonie, car le plus grand impose
au plus petit pour augmenter son pouvoir.

Ces deux explications (lien social et pouvoir) sont des alternatives à l’explication la plus
commune qui vient du modèle néo-classique qui veut que l’homo œconomicus cherche à
maximiser l’utilité.

Avantage absolu
C’est une théorie d’Adam Smith qui montre que deux pays (1 du nord et 1 du sud par
exemple) produisent deux types de produits (vin et pain par exemple). Ces deux pays ont des
ressources limitées (hommes, matières…) et ils ont le choix de produire 100% de vin et 0% de
pain, ou l’inverse, ou un pourcentage intermédiaire, ex : 70% de pain et 30% de vin. Il se
trouve que le pays du nord est meilleur dans la production de pain, tandis que le pays du dus
est meilleur dans la production de vin. Ils disposent en effet chacun d’un avantage absolu (ex :
climat tempéré vs soleil). Si chacun se spécialise dans son meilleur produit, ils peuvent
augmenter la production et la consommation, car quand fait ce qu’on sait faire, on peut en
faire plus. Mais la spécialisation ne peut se faire que grâce à l’échange.
L’avantage absolu au sens fort est un bien produit par un pays qu’un autre pays est incapable
de produire.
Avantage comparatif
C’est une théorie de Ricardo qui veut qu’un pays peut disposer de 2 avantages absolus, c’est-
à-dire que quand il met toutes ses forces dans le pain, il en obtient 100 et même résultat quand
il met toutes ses forces dans le vin. Mais la théorie de Ricardo veut que si un pays dispose de
ces 2 avantages absolus, il y a quand même échange. Exemple : échange de drap et de vin
entre le Portugal et la GB (qui avait 2 avantages absolus). Autre exemple, l’avocat et sa
secrétaire → même si l’avocat est plus fort en plaidoirie et en dactylo que sa secrétaire, il a
quand même intérêt à l’engager pour faire plus de plaidoirie. Dans cette optique, tous les
pays, même les moins bons doivent se spécialiser, car tous les pays disposent d’un avantage
comparatif, par exemple, je fais une compétition dans plusieurs sports contre un sportif
d’élite. Il va me battre dans tous les sports, mais il y aura un sport où il me battra un peu
moins sèchement. C’est donc celui que je choisirai car je dispose d’un avantage comparatif.
Pour Ricardo, échanger est un jeu à somme positive, donc aucun pays n’a intérêt à rester en-
dehors des échanges. Le FMI et l’OMC ont la foi dans la théorie de Ricardo.
Limites de cette théorie 1) la démonstration porte sur des pays, or ce ne sont pas des pays qui
font les échanges, mais des entreprises 2) un jeu à somme positive veut dire qu’il y a plus de
richesse à la fin, mais pas que tout le monde gagne, tout l’argent peut aller dans la même
poche → quand un pays participe à la mondialisation, il augmente la richesse globale, mais
pas forcément la sienne 3) tout peut être biaisé par les taux de change, la théorie ne fonctionne
que si les taux de change et les prix sont corrects 4) coût de reconversion → la spécialisation
engendre l’abandon d’un pan de l’économie. Cet abandon a un coût social, économique,
humain, politique, écologique… il y a de plus un risque à la spécialisation : si j’arrête
l’agriculture et qu’il y a une guerre, je nourris comment ma population.
Quels avantages comparatifs ?
L’échange d’indisponibilité → j’achète un produit parce que je ne l’ai pas, ex : ressource
naturelle (pétrole…), produits très spécialisé (haute technologie…)…
Ricardiens et néo-ricardiens voient l’avantage comparatif dans le différentiel de coût avant
l’échange. Pour HOS (Hecksher, Ohlin et Samuelson), la productivité est en rapport avec trois
facteurs: le capital, le travail et la terre. Dans cette optique, chaque pays exporte le bien qui
maximise le facteur de production dont il est le plus doté, car tous les pays ont les facteurs
mais à des proportions diverses. Ex : la Hollande a beaucoup de capital, mais peu de terre et
peu d’ouvriers. Elle a donc intérêt à se spécialiser dans la culture sous serre qui demande
beaucoup de capital, mais peu de travail et peu de terre.
Vernon développe la théorie du cycle de vie des produits qui est lié à la maîtrise
technologique et donc au secret de fabrication.
Pour Linder, l’avantage comparatif n’est pas dans la production, mais dans le demande
intérieure. Il y a pour lui avantage comparatif quand la demande est importante.
Mais si l’avantage comparatif était si évident, tous les pays seraient spécialisés. Or très peu le
sont, seuls quelques petits pays le sont. De plus, le gros des échanges se fait entre des pays du
nord et pour du commerce intrabranche → la France exporte des voitures en Italie et importe
des voitures italiennes.

Théorie des rendements croissants
Cette théorie a été lancée il y a 10 ans par Krugman. Cette théorie nous fait sortir de
l’hypothèse mythique de la concurrence pure et parfaite. En effet, cette théorie montre que
plus on produit et moins ça coûte cher, donc que la productivité augmente avec la production,
car on économise sur l’outil de production. Les rendements croissants posent un problème, car
les gros fabricants ont des avantages concurrentiels sur les petits, notamment à cause du coût
d’entrée sur le marché. Ce coût est aujourd’hui tellement élevé sur le marché de l’automobile
qu’il est impossible à un nouveau producteur d’y entrer, à cause des rendements croissants,
car il faudrait produire à perte pendant 15 ans pour ensuite devenir rentable.
Ce n’est pas parce que je dispose d’un avantage comparatif que je me lance dans un domaine,
c’est parce que je me spécialise que je vais acquérir cet avantage. En effet, la précocité dans la
spécialisation est un avantage comparatif.
Le temps, comme la distance verrouille l’avantage comparatif. Il y a en effet des cercles
vertueux d’effets cumulatifs pour les vieux et les gros producteurs et des cercles vicieux pour
les petits. Les cercles vertueux fonctionnent de la manière suivante : j’ai des rendements
croissants, donc je produis beaucoup, donc je baisse les prix, donc je vends facilement, donc
je fais beaucoup d’argent, donc j’investis dans la production, donc je produis encore plus,
donc je baisse encore les prix… Ce raisonnement marche aussi pour les pays. C’est pourquoi
Kugman dit que « les pays riches sont riches parce qu’ils sont riches et les pays pauvres sont
pauvres parce qu’ils sont pauvres ».
Si l’avantage comparatif est un effet de la spécialisation et non la cause, alors n’importe quel
pays peut se spécialiser dans n’importe quoi. Alors comment expliquer la spécialisation et les
échanges ?
Krugman propose deux explications : l’histoire et les effets d’anticipation.
Explication historique : ex. du couvre-lit tufté de Mme Evans en 1895 dans la ville de Dalton.
En 2002, 80% de la production de tapis aux USA se fait dans des filatures à moins de 100 km
de Dalton. Autre exemple, Détroit est la ville de la voiture à cause de Ford, mais si ces parents
avaient déménagé pendant son enfance, la ville de la voiture serait peut-être Atlanta.
Dans cette explication, l’anecdote suffit pour faire naître un petit avantage comparatif qui
ensuite fait boule de neige et verrouille cet avantage.
Explications par les anticipations ou prophéties autoréalisatrices : ex : un acteur économique
se dit qu’un produit va bien marcher, il investit alors dans ce produit. Voyant son
investissement, d’autres font la même chose, et la région se développe alors dans ce produit,
et dispose ainsi d’un avantage comparatif.
Exemple d’une prophétie autoréalisatrice : une rumeur infondée annonçant une pénurie
d’essence court à Los Angeles. Dans le doute, tout le monde va acheter de l’essence pour faire
des réserves. Du coup, il y a vraiment pénurie. La rumeur qui n’était pas fondée est devenue
réalité à cause d’elle-même.

Contestations marxistes
Il faut bien distinguer la pensée de Marx et l’usage politique qui en a été fait après.
Théorie de l’impérialisme (Lénine et Rosa Luxembourg)
Pour ces auteurs, l’impérialisme est la forme que prend le capitalisme quand il est appliqué au
commerce international. Cette théorie se base sur le commerce colonial entre des pays riches
et bourgeois et des pays prolétaires qui produisent sans bénéficier des fruits de leur
production.

Théorie de la détérioration des termes de l’échange
Les termes de l’échange, c’est le rapport entre importations et exportations. Par exemple,
combien un pays doit exporter de tonnes de charbon pour se payer le nombre de voitures dont
il a besoin. Les auteurs de cette théorie pensent que ça n’est pas l’offre et la demande qui fixe
les prix, mais les pays les plus puissants, car cette théorie par du postulat que les pays riches
ont réussi à fixer un prix très bas pour les matières premières (qu’ils importent) et un prix très
haut pour les produits finis (qu’ils exportent). Les pays puissants ont ainsi décidé combien il
faut de tonnes de charbon pour se payer une voiture. La détérioration des termes de l’échange,
c’est donc le fait que les pays pauvres doivent exporter de plus en plus pour se payer des
produits finis de plus en plus chers. Mais cette théorie a deux limites : 1) elle ne s’applique
qu’aux échanges nord-sud (or il y en a très peu) 2) cette théorie veut dire qu’il y a un juste
prix.

Théorie de l’échange inégal
Dans cette théorie, le jeu économique est faussé par des jeux de pouvoir. Il y a un centre où se
prenne les décisions, qui exploite des périphéries. Cette théorie débouche sur la théorie de la
dépendance qui veut que les pays pauvres sont condamnés à être des producteurs de matières
premières et qu’ils sont donc dépendants.

Nouvelle division internationale du travail (NDIT)
À l’échelle internationale, les pays pauvres disposent d’un seul avantage comparatif, une main
d’œuvre bon marché. Ils doivent donc se spécialiser dans des secteurs où on a besoin d’une
forte main d’œuvre peu qualifiée. Les pays riches ont eu comme avantage comparatif, une
main d’œuvre très qualifiée. Les pays pauvres doivent donc se spécialiser dans la production
matérielle et les pays riches dans l’immatériel. Dans cette théorie, les pays riches ont mis la
main sur les activités très lucratives et ont confisqué le développement et donc à une
augmentation des inégalités.

La tentation protectionniste
Théorie qui pense que les pays pauvres devraient fermer leurs frontières aux produits des pays
riches, ce qui suppose une intervention de l’Etat (fermeture + investissement).

Les critiques altermondialistes

Danger de la marchandisation
Tout n’est pas produit, il faut protéger certains secteurs pour les protéger des dérives
économiques. Par exemple, les ressources naturelles non-renouvelables, le corps humain. Il
faut donc des garde-fous : droit de l’homme, droit du travail…

Promotion d’alternatives
Il faut des alternatives pour limiter les effets nocifs, comme les énergies renouvelables. Mais
comme le capitalisme augmente les inégalités, il faut des alternatives appropriées comme la
taxe Tobin (taxer les déplacements de capitaux) ou le commerce équitable (contourne les lois
du marché, car c’est un comportement économique absurde d’acheter un café plus cher pour
des raisons morales, mais le commerce équitable est à l’échelle internationale, et pas interne
au pays).

Conclusion
Ces explications sont trop focalisées sur les échanges internationaux (alors qu’ils ne
représentent que 10% des échanges dans le monde). Il n’y a par exemple pas d’étude sur les
échanges entre l’Alsace et la Bourgogne.
Les peurs contre la mondialisation sont les mêmes que contre le libre-échange en 1850.

Richesse et développement
Fait géographique majeur, il existe de très fortes inégalités spatiales dans la distribution des
richesses et des activités. Ceci est une évidence très dure à expliquer, d’autant que c’est en
contradiction avec la théorie de l’avantage comparatif qui veut que tous les pays aient un
avantage. Comment dès lors expliquer que certains restent sur le carreau ?
Concepts : richesse → la richesse est déterminée par un stock, c’est ce que l’on possède. La
richesse est un rapport à l’autre, on n’est pas riche en terme absolu, on est riche par rapport
aux autres. revenu → c’est un flux, c’est la part que l’on va ajouter ou retrancher à sa richesse
sur une période donnée. Si les flux sont toujours positifs, il y a un accroissement de la
richesse. Niveau de vie → c’est le rapport entre le revenu et le coût de la vie, c’est un effet de
contexte. Développement → c’est une succession de phases qui vont vers un progrès.
L’expression « pays riches » ne veut rien dire, car ce sont les habitants qui sont riches ou
pauvres, pas les pays.
Le PIB et le PNB mesurent la somme des valeurs ajoutées produites sur une période donnée.
Ces indicateurs ne mesurent pas la richesse, mais l’accroissement de la richesse, ils ne
mesurent pas le capital mais la production. Il est donc possible, dans l’absolu, d’avoir un
faible PNB ou PIB et d’être quand même riche. Le PIB, c’est tout ce qui est produit à
l’intérieur du pays, que ce soit par des nationaux ou des étrangers, tandis que le PNB, c’est
tout ce qui est produit par des nationaux à l’étranger.
Le PIB ne tient pas compte du coût de la vie. Ce qui est un problème, car on ne vit pas de la
même manière avec 2000 $ par mois à New York ou à Alger. Pour remédier à ce problème, il
faut donc trouver des autres indicateurs : PIB/hab, ppa (parité pouvoir d’achat). Mais malgré
tout, il reste des problèmes : 1) le PIB ne tient pas compte du bien-être, en effet, le PIB
augmente quand il y a un accident de voitures, car il faut payer les réparations de la voiture,
les frais d’hospitalisation… autre exemple : le PIB augmente avec une catastrophe naturelle,
car il faut tout reconstruire. Ce n’est donc pas parce qu’on produit quelque chose que c’est
une bonne chose. 2) le PIB ne tient pas compte du patrimoine, il ne s’occupe que du revenu.
3) le PIB ne tient pas compte de ce qui n’est pas marchand, ex : si j’arrête de faire mon
ménage moi-même et que j’engage quelqu’un, j’augmente le PIB. Le PIB est donc beaucoup
plus représentatif dans les pays riches.
On est donc à la recherche d’autres types d’indicateurs. Il y a par exemple l’ IDH (indice de
développement humain) qui se calcule à partir de trois secteurs : l’économie (PIB ppa), la
démographie (espérance de vie) et l’éducation (degré moyen d’éducation). Beaucoup de pays
obtiennent un meilleur IDH que leur PIB, on peut alors dire que ces pays transforment
efficacement leur revenu en développement humain. Il y a encore d’autres indicateurs, comme
des PIB environnementaux ou verts : ex. l’ IBED (indice de bien-être durable). C’est un
indicateur qui ne tient pas compte des dépenses défensives (tous les coûts pour lutter contre
les dangers : pollution, désamiantage, pub pour le développement durable…). Car si ces coûts
sont pris en compte, alors polluer produit de la richesse. Dans l’ IBED, on inclut également
les coûts de destruction des ressources naturelles (ex. pétrole). L’inconvénient de cet
indicateur est qu’il est un peu abstrait. Autre exemple de PIB vert : l’empreinte écologique.
Cet indicateur veut traduire la consommation des ressources naturelles en superficie. Les pays
riches ont ainsi une empreinte écologique supérieure à leur superficie, tandis que c’est le
contraire pour les pays pauvres. Mais il y a aussi des PIB sociaux, il s’agit ici de monétariser
des choses non-monétaires, ex. traduire en $ la pollution. Il y a par exemple l’ IBEE (indice
de bien-être économique) qui est défini par quatre dimensions : la consommation courante,
l’accumulation des stocks, la pauvreté et les inégalités, et la sécurité économique (à quel point
les gens sont protégés de l’instabilité économique). Cet indicateur ne prend donc en compte
que des richesses matérielles.
Au fond ce qu’on voudrait, c’est mesurer le bonheur, mais c’est quasi impossible. Par contre,
on peut calculer le malheur, notamment grâce au taux de suicide, à la consommation
d’antidépresseur, ou aux sondages.
Echelles des inégalités → à quelle échelle les inégalités sont-elles les plus fortes ? régionale ?
nationale ? continentale ? locale ? Les écarts de richesse sont plus importants au sein d’une
ville, qu’entre les villes ou les pays d’un même continent.
Les inégalités majeures sont : à l’échelle du monde (quelques milliers de kilomètres), à
l’échelle locale (quelques centaines de mètres, ) et à l’échelle micro (distance intercorporelle).
Les inégalités mineures sont : à l’échelle nationale (entre régions) et à l’échelle des régions
économiques (entre pays d’une partie de continent, ex. UE).
Comment expliquer que les inégalités soient plus fortes à certaines échelles ? Il y a deux
hypothèses : 1) l’espace est plus hétérogène et/ou plus opaque à certaines échelles. Par
exemple, le climat change plus entre les continents qu’entre les régions d’un même pays. 2)
les processus compensatoires : il y a de la redistribution à certaines échelles mais pas à
d’autres. On redistribue par exemple les richesses entre les régions d’un même pays.
Explication des inégalités il y a deux grands types d’explication des inégalités de richesse
1) les échanges comme jeu à somme nulle ou négative. Dans cette optique, les échanges ne
créent pas de richesse ou en détruise. Dans cette optique, échanger c’est redistribuer les
richesses, la croissance des richesses est donc due à leur circulation. La capacité d’un Etat à
s’enrichir correspond donc à sa capacité à protéger ses richesses et à capter celles des autres.
Dans cette optique, les pays pauvres doivent donc se protéger en tendant vers l’autarcie
(plus d’importation ni d’exportation, consommation nationale uniquement avec production
nationale, ex. Cuba et Corée du Nord), en échangeant avec des pays frères (ex. COMECOM
qui était un groupe qui favorisait les échanges entre les pays du bloc de l’Est pour créer une
autarcie communiste, car dans les échanges capitalistes, le plus riche s’enrichit sur le dos de
l’autre, en développant des politiques protectionnistes, ou en ayant recours à l’aide au
développement qui est dictée par le don contre don et non par les lois du marché. Mais dans
le don contre don, il y a un retour d’ascenseur, comment les pays du sud vont-ils donc
rendre ? Il y a trois opinions pour expliquer l’aide au développement : 1) l’aide au
développement permet de soumettre encore plus les pays du sud 2) l’aide au développement
permet de soulager notre conscience 3) l’aide au développement permet d’éviter
l’embrasement de ces pays. Dans ce premier type d’explication, la totalité de la faute revient
aux Occidentaux, alors que la colonisation est terminée depuis 50 ans. Comment expliquer
dans cette hypothèse, l’émergence de nouvelles puissances comme Singapour, la Corée du
Sud…
2) les échanges comme jeu à somme positive. Dans cette optique, participer aux échanges
permet de s’enrichir. La capacité d’un pays à s’enrichir dépend donc de sa capacité à
participer aux échanges internationaux. Il semble en effet que les pays pauvres sont ceux qui
participent le moins aux échanges internationaux. Dans cette optique, l’incapacité à s’enrichir
serait expliquée par l’incapacité à exploiter un avantage comparatif. Comme des pays ne
parviennent pas à se développer, on considère dans cette optique, qu’il y a des blocages : a)
théorie du take-off de Rostow qui postule que la croissance se fait en 5 phases. Certains pays
ont connu les premières phases plus tôt et ont décollé plus tôt. Les sous-développement n’est
donc qu’un retard. Cette théorie était très rassurante dans les années 1970, mais elle semble
aujourd’hui un peu douteuse, car il y a des pays qui sont dans la file d’attente depuis
longtemps sans qu’on entrevoit un signe d’avancement. Aujourd’hui, on ne peut même pas
parler pour certains pays, de pays en voie de développement, car il n’y a pas de progrès depuis
les années 1960. Dans certains cas, c’est encore pire maintenant. b) théorie des cercles vicieux
de la pauvreté de Nurske qui postule que la pauvreté est due à des cercles vicieux et que la
richesse est due à des cercles vertueux, ce qui signifie que la richesse produit de la richesse.
Ex : j’ai une usine et de l’argent, j’investis, je baisse les prix… ou j’ai une usine mais pas
d’argent, je ne peux pas investir et comme mes concurrents cassent les prix et que je ne peux
pas suivre, je m’enfonce.
Théorisation des différentiels d’aptitude il y a 3 facteurs d’explication : 1) déterminisme
physique ou démographique → les pays sont bloqués à cause des ressources naturelles, ce qui
ne tient pas la route, car il n’y a pas de ressources naturelles absolues. En effet, le silex a
longtemps été une ressource et ne l’est plus, l’uranium n’était pas une ressource il y a 50 ans.
En plus, il y a trop de contre-exemples : des pays africains par exemple qui sont très riches en
ressources naturelles mais qui restent néanmoins très pauvres. Le seul cas où cette explication
marche, c’est les économies de rente, ex : le pétrole dans le Golfe Persique. Ce facteur
déterministe pourrait également aller dans le sens des risques et des contraintes : dans cette
optique, le sous-développement pourrait être expliqué par des milieux hostiles. Mais encore
ici, ça ne marche pas, car la Floride et Hong Kong ont des climats tropicaux et que l’Albanie a
un climat tempéré. Ce facteur tend aussi vers la démographie avec ce vieil adage : « il n’y a
de richesses que d’hommes ». Mais que fait-on alors de la bombe démographique ?
2) culture et institutions (critères civilisationnels) → religion : pour Max Weber, le
capitalisme est du au développement du protestantisme, grâce à ses valeurs : individu,
matériel, technique, science (tout le contraire des valeurs catholiques : groupe, spirituel,
nature, explication mythique). Dans cette optique, certaines religions seraient propices au
développement et d’autres aux blocages (par exemple, le bouddhisme où la richesse
individuelle ne compte pas). Les pays émergents sont confucianistes, ce qui irait dans ce sens.
→ Etat : le marché n’est jamais apparu spontanément, il a toujours été mis en place par un
Etat, car pour qu’il y ait marché, il faut un pouvoir judiciaire et un exécutif fort (sécurité et
droits respectés)
→ Régime : dans cette optique, le développement vient avec la démocratie, car c’est une
société ouverte où tout est possible. En effet, dans une société où les Noirs sont discriminés,
un individu noir sachant qu’il n’a aucune chance de réussir ne va pas s’investir dans
l’économie. Dans une société fermée, une grande part de la société reste donc en marge et ne
s’impliquent pas dans la vie économique, ce qui coûte très cher à la société. Dans cette
hypothèse, le développement arrive là où l’on y croit, là où le développement est possible.
3) rendements croissants : la théorie des rendements croissants explique que l’avantage
comparatif est verrouillé par l’existence de rendements croissants qui rendent le coût d’entrée
sur le marché trop élevé. Pour Krugman, « les pays riches sont riches parce qu’ils sont riches,
et les pays pauvres sont pauvres parce qu’ils sont pauvres ». Il peut également y avoir des
rendements décroissants, par exemple : j’ai une usine avec 40 ouvriers, tout va bien, j’en
engage 60 de plus, ils créent un syndicat et les problèmes commencent. Cette théorie se base
notamment sur des effets d’antériorité, les pays riches ont connu la révolution industrielle plus
tôt. Mais ces effets d’antériorité sont contrebalancés par les effets d’obsolescence et les coûts
de conversion. Les premiers pays industriels ont en effet connu la crise industrielle qui les a
forcé à se reconvertir. Mais cette explication est minée par l’émergence de la Chine, de l’Inde,
du Brésil, la Corée du Sud, Taiwan, Singapour…
Evolution des inégalités en 1500, il y avait très peu d’écarts de richesse entre la France, la
Chine, la GB, le Japon, l’Inde… En 1700, la GB décolle, mais les autres restent à peu près à
la même hauteur. En 1820, ce sont les USA qui décollent. Jusqu’au début du XIXe, il y a peu
d’écarts de richesse dans le monde. Le premier changement intervient avec la Révolution
Industrielle et le décollage de l’Europe, ce qui coïncide avec un décrochage définitif de
l’Afrique et un décrochage provisoire de l’Asie. Le deuxième changement, c’est le décollage
en deux phases des USA (XVIIe puis XXe). Depuis 1960, les écarts de richesse ont quadruplé
entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres. Certes les écarts augmentent, mais
les pauvres ne sont pas forcément plus pauvres, il y en a beaucoup qui stagnent.
Conclusion
La mondialisation a fait augmenter les écarts de richesse, mais n’a pas appauvri de pays. Il
semble d’ailleurs que la mondialisation a fait plus augmenter les écarts à l’intérieur même des
pays.
On est trop focalisé sur l’échelle internationale, alors que les écarts sont plus forts au niveau
local.
Multinationales
Les multinationales sont définies par un statut spatial.
L’internalisation : une firme suisse qui avait des fournisseurs suisses choisit d’avoir des
fournisseurs étrangers ou une firme suisse décide d’aller vendre ses produits à l’étranger.
Dans ces deux cas, on parle d’internationalisation. L’internationalisation est donc une
augmentation des importations ou des exportations qui est motivée par une augmentation de
profit. Mais les gains doivent être très élevés, car les prix d’internalisation sont très élevés, car
il y a de fortes complications : → l’information : il faut savoir où sont les partenaires et
comment traiter avec eux. → la langue, les normes (quand on livre des voitures, il faut bien
faire attention à quel côté on y roule), la flexibilité (quand on allonge les distances, on ne peut
pas se comporter comme quand on traite avec une entreprise voisine), les délais. → le
transport : distance + frontières (droits de douane). → risque : si on tombe sur un escroc, il y a
des tribunaux à l’échelle nationale, mais à l’échelle internationale, c’est beaucoup plus
compliqué. De plus, la santé économique de son entreprise dépend du taux de change, mais il
y a aussi des risques dus aux mœurs, il y a par exemple en Occident beaucoup de contrats
oraux, mais au Japon, on ne peut pas dire non à quelqu’un qu’on ne connaît pas, il y a donc
des risques de malentendus.
Il y a donc deux grands types de coûts liés à l’internationalisation : les coûts de transport liés à
l’import/ export, et les coûts de transaction liés à des partenaires lointains. Aujourd’hui, les
coûts de transport sont négligeables, ils se sont effondrés avec la révolution des transports
mais aussi grâce au libre-échange : on paie parfois 5% de droit de douane aujourd’hui, mais
on pouvait payer 30% auparavant. Les coûts de transaction ont aussi beaucoup baissé, grâce
au développement des moyens de communication et au droit qui permet de mieux connaître
les systèmes commerciaux des pays étrangers.
Les acteurs de l’internationalisation : 1) les acteurs publics : l’Etat. Les Etats ont contribué à
l’internalisation de plusieurs manières : en subventionnant et en aidant à obtenir des
informations (une entreprise peut contacter l’attaché commercial de son ambassade pour
savoir avec qui traiter…) 2) les entreprises et les acteurs privés : il y a trois types d’acteurs
privés fondamentaux : 1) les agences fournissant des infos commerciales, juridiques… sur les
pays en question (ce sont donc des entreprises qu aident d’autres entreprises à
s’internationaliser) 2) les entreprises de négoce qui achètent puis revendent (qu s’occupent
donc du franchissement des frontières) 3) les avocats internationaux. Mais il est possible
d’avoir ces trois sortes de services au sein même de son entreprise. Il y aura alors au sein de
l’entreprise, une division juridique, une division négoce…
Les profits de l’internationalisation : il y a deux types de profit → la logique du fournisseur et
la logique du client. C’est intéressant d’aller chercher des fournisseurs ailleurs car 1) on a de
plus de flexibilité (si mes fournisseurs sont mes voisins, c’est plus compliqué de ne plus
commander chez eux) 2) c’est beaucoup plus sûr d’avoir des fournisseurs aux quatre coins du
monde, car on peut éviter les cartels et en cas de problème (guerre, catastrophe naturelle…)
tous les fournisseurs ne sont pas touchés. C’est intéressant d’aller chercher des clients ailleurs
car : 1) raison stratégique : mes concurrents viennent me prendre des parts de marché chez
moi, je vais donc faire la même chose chez eux pour les gêner 2) permet de trouver des
meilleurs clients, ex : les cigarettiers américains ont une mauvaise image et se prennent procès
sur procès, les américains ne sont pas des bons clients, ils vont donc à l’étranger, là où on les
accueillera à bras ouverts. 3) il y a des produits qu’on ne peut plus vendre chez soi, on va
donc les vendre ailleurs, ex : voitures pourries en Europe 4) trouver des nouveaux clients par
extension spatiale du marché.
La multinationalisation : une multinationale est une firme qui possède au moins une unité de
production à l’étranger. Se multinationaliser, c’est donc se donner les moyens de produire soi-
même à l’étranger. Mais une firme multinationale a toujours une nationalité, car elle a un
siège social qui est sous la juridiction de son pays. Une firme multinationale s’est donc
souvent une maison mère qui délocalise une partie de sa production à l’étranger. Ce qui
suppose des IDE (investissements directs à l’étranger, comme par exemple acheter des usines
à l’étranger). Il y a aujourd’hui 70'000 firmes multinationales dans le monde qui auraient
900'000 filiales. Mais toutes les multinationales ne sont pas multinationalisée de la même
manière. Il faut donc regarder l’indice de multinationalisation qui se calcule de plusieurs
manières, soit en divisant la production étrangère par la production nationale, soit en divisant
les ventes à l’étranger par les ventes totales, soit en divisant les emplois à l’étranger par les
emplois totaux. Nestlé est ainsi multinationalisé entre 88% à 98%, Renault à 60% et General
Motors à 30%. Mais le marché national reste très important, car Renault vend par exemple 2/3
de sa production à l’étranger et 1/3 en France, ce qui est énorme. Les firmes les plus
multinationalisées sont en principe celles qui viennent des plus petits pays, parce qu’elles ont
un marché tout petit. Dans les 100 premières firmes du monde, il n’y en a que 9 qui ne
viennent ni des USA, ni du Japon, ni d’Europe. Les 200 premières assurent 25% des activités
économiques mondiales, il n’est donc pas exagéré de dire que la mondialisation c’est les
firmes multinationales.
Les raisons de la multinationalisation : 1) l’accès au matières premières (pétrole, fruits
tropicaux…) on produit donc pour moins cher et on se garantit l’accès aux ressources 2) accès
à la haute technologie, il quasi impossible de déplacer des labos très pointus, donc si on veut
de la très haute technologie, il faut par exemple aller en Californie. 3) accès à des marchés
protégés : les pays européens ont par exemple instaurer des quotas d’importation, alors on
vient produire sur place 4) permet d’exploiter des avantages comparatifs (ex : le coût de la
main d’œuvre) 5) stratégie d’entreprises : Renault s’est implanté au Japon en achetant Nissan
pour concurrencer Toyota.
Il y a plusieurs moyens pour multinationaliser : 1) acquérir une filiale de production 2)
partenariat 3) délégation
Les firmes multinationales ont souvent mauvaise presse, on leur reproche : des délocalisations
sauvages, le dumping social, l’exploitation des pays pauvres, les compromissions politiques,
le travail des enfants, l’environnement… Mais toutes ces critiques pourraient aussi
s’appliquer aux entreprises internationalisées.
Tous les problèmes et risques qui se posent entre les entreprises dans l’internationalisation, se
posent au sein même des entreprises dans la multinationalisation.
Conclusion
Les pays du nord accueillent les maisons mères (siège social + principales filiales) et les pays
du sud accueillent les filiales. L’Afrique est le grand absent, il n’y a ni filiales, ni maisons
mères.