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R�capitulatif des dangers de la consommation des diverses drogues, alcool, cannabis, h�roine, etc...

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6/27/2009
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info-drogues les somnifères et les tranquillisants En Suisse, les troubles du sommeil font partie des problèmes de santé courants. Prendre un somnifère est certes un geste simple, mais qui n'est pas sans risque. Une nuit de «sommeil sur commande» ne garantit pas que l'on sera en forme le lendemain matin. Quels sont les principaux groupes de somnifères et de tranquillisants? Que peut-on faire pour dormir sans prendre de médicaments? a été accueillie comme une étape déterminante dans les progrès de la médecine. Susceptibles d'entraîner une dépendance et de provoquer la mort en cas de surdosage, les barbituriques leur ont rapidement cédé la place. Depuis lors, diverses classes de benzodiazépines sont arrivées sur le marché et représentent actuellement la grande majorité des somnifères et des tranquillisants utilisés. Si ces médicaments se sont avérés nettement moins toxiques que les barbituriques, on ne peut guère parler de progrès en ce qui concerne leur potentiel de dépendance. Les nouvelles substances contre les troubles du sommeil, introduites en Suisse au cours des derniers cinq ans, se comptent sur les doigts de la main. Avec ces nouveaux produits, on espère disposer de somnifères de synthèse qui n'engendreraient aucune dépendance. (Photo: keystone) La consommation de somnifères et de tranquillisants en Suisse Les troubles du sommeil sont très fréquents en Suisse. Lorsqu'ils sont importants, ils peuvent être très pénibles et affecter considérablement la qualité de la vie. L'anxiété, la tension psychique et la nervosité sont également très répandues et tout aussi pénibles à supporter. Selon une étude réalisée auprès de médecins généralistes suisses, 44% de leurs patients souffrent de troubles du sommeil (source: Haldemann R., Good M., Hoslboer-Trachsler E.: Schweizerische Rundschau für Medizin 1996). Les difficultés d'endormissement sont plus répandues que les problèmes dus à l'interruption du sommeil. Souvent, le patient ne parle pas spontanément de ses troubles du sommeil au médecin. Dans la vaste enquête sur la santé en Suisse réalisée en 1997, 10% des femmes et 6% des hommes de plus de 15 ans disaient souffrir de troubles du Historique Les plantes possédant des vertus sédatives sont utilisées depuis des siècles dans la médecine traditionnelle. Aujourd'hui encore, des extraits de plantes telles que la valériane, la mélisse ou la passiflore sont utilisés couramment pour leur action calmante. Au début du 20e siècle, on a fabriqué les premiers médicaments de synthèse à partir de l'acide barbiturique, qui ont ensuite été utilisés comme somnifères durant plusieurs décennies. Bien plus tard, on s'est rendu compte de leur dangerosité et on a commencé à chercher d'autres substances. C'est ainsi que la découverte, dans les années cinquante, du librium (chlordiazépoxide) – la première benzodiazépine de synthèse – a ouvert la voie à l'utilisation à large échelle d'une nouvelle classe de somnifères et de tranquillisants. Il y a une quarantaine d'années, l'apparition des premières benzodiazépines Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35 info-drogues les somnifères und beruhigungsmittel schlaf- et les tranquillisants amphetamine - speed Effets Les somnifères et les tranquillisants appartiennent à la catégorie des médicaments psychotropes. Autrement dit, ils agissent sur les neurotransmetteurs du cerveau (récepteurs au GABA). Cela vaut aussi bien pour les substances synthétiques que pour certaines plantes comme par exemple la valériane. Somnifères et tranquillisants: une liste des médicaments couramment utilisés Médicament (Marque) Principe actif Mode de vente Emploi Lexotanil® Dormicum® Halcion® Seresta® Dalmadorm® Rohypnol® Benzodiazépines Bromazépam Midazolam Triazolam Oxazépam Flurazépam Flunitrazépam Nouvelle génération Zopiclone Zaleplon Zolpidem Autres Prométhazine, Alcaloïde de la belladone Diphénhydramine Préparations à base de plantes Kawa B B B B B B/A+ Tranquillisant Somnifère Somnifère Tranquillisant Somnifère Somnifère Imovane® Sonata® Stilnox® B B B Somnifère Somnifère Somnifère Lysedil Benocten C C Tranquillisants pour nourrissons et enfants Somnifère Laitan ReDormin Sidroga pour le sommeil et les nerfs Dragées Valverde pour le sommeil D Valériane, houblon D Valériane, houblon D Mélisse, fleur d’oranger Valériane, houblon D Etats d’anxiété, troubles de l’endormissement et interruptions du sommeil Somnifère Agitation, troubles du sommeil, difficultés de s’endormir sommeil agité Tableau 1: A+: vente sur ordonnance à souche, même contrôle que les stupéfiants; B: vente sur ordonnance médicale; C: vente libre en pharmacie; D: vente libre en pharmacie et en droguerie. sommeil. Par ailleurs, un tiers des femmes et un quart des hommes faisaient état de troubles légers du sommeil. On voit que les femmes sont davantage touchées que les hommes. Il ressort de cette même enquête qu'au cours de la semaine précédant l'interview, 150 000 personnes, soit 2,6% de la population suisse, avaient pris chaque jour un tranquillisant et 180 000 personnes (3,1%) un somnifère. Dans la majeure partie des cas, ces médicaments avaient été prescrits par un médecin. Là aussi, les femmes étaient davantage concernées que les hommes. Avec l'âge, la prise de somnifères augmente chez les femmes et chez les hommes. On estime qu'au moins 2,5% de la population adulte prennent depuis plus d'une année des somnifères et des tranquillisants susceptibles d'engendrer une dépendance. Réalisée en 1992/93, la première enquête sur la santé en Suisse avait déjà mis en évidence des modes de consommation analogues. On peut donc considérer qu'en Suisse, la consommation de somnifères et de tranquillisants est restée assez stable au cours des 10 à 15 dernières années. Classification et accessibilité Les somnifères et les tranquillisants sont souvent considérés comme des «médicaments de l'âme». Les médicaments les plus courants sont répertoriés dans le tableau 1. Ils appartiennent à deux groupes importants: d'une part, les produits synthétiques comprenant les benzodiazépines et les nouvelles substances produisant des effets analogues et d'autre part, les préparations à base de plantes. Tant les nouveaux somnifères que les benzodiazépines sont soumis à ordonnance. En revanche, les médicaments à base de plantes sont en vente libre dans les pharmacies et les drogueries. Les benzodiazépines Comment agissent les somnifères et les tranquillisants synthétiques? Les tranquillisants visent à calmer l'anxiété et les somnifères à surmonter les difficultés d'endormissement et les insomnies. Le mécanisme d'action de ces différentes substances est cependant très semblable. Elles se différencient essentiellement par leur délai et leur durée d'action (demi-vie, distribution). Le rythme naturel du sommeil est modifié plus ou moins en fonction du médicament et de la dose absorbée. La durée d'action varie elle aussi d'une préparation à l'autre. Les substances qui se métabolisent lentement peuvent engendrer une fatigue diurne et provoquer des chutes répétées. Les préparations qui agissent rapidement risquent en revanche d'engendrer des problèmes de régulation du sommeil. Une utilisation qui se prolonge au-delà de deux semaines peut engendrer une tolérance. Cela signifie qu'à dose égale, l'effet hypnotique diminue. En outre, une dépendance psychologique et/ou physique peut se manifester après deux à quatre semaines. Il faut savoir que les patient-es âgés réagissent davantage aux somnifères; aussi leur prescrit-on généralement une dose plus faible. Comment les somnifères et les tranquillisants synthétiques sont-ils utilisés? La prise de médicaments contre les troubles du sommeil est soumise à des prescriptions. En principe, la patiente ou le patient doit être mis au courant du plan thérapeutique: • Les somnifères synthétiques ne doivent être employés que pendant une brève période. • Toute cause organique ou psychique grave des troubles du sommeil doit avoir été exclue. Une insomnie chronique requiert à long terme un autre traitement. • Le dosage doit être le plus faible possible. • La prise du médicament ne doit en aucun cas être interrompue brutalement; il convient de la réduire progressivement. • Sauf dans des cas bien particuliers, il convient de ne pas prescrire de som- info-drogues nifères à des personnes qui consomment de l'alcool en grandes quantités ou qui sont toxicodépendantes. les somnifères et les tranquillisants amphetamine - speed amphetamine - speed incontestable, le risque qu'ils débouchent sur des abus l'est tout autant. Leur utilisation peut en effet entraîner une dépendance physique et psychologique. Ce risque augmente avec la dose et la durée du traitement. L'arrêt brusque du traitement risque de provoquer des symptômes de manque, tels que des maux de tête, des états d'angoisse et de tension, de l'agitation et un état confusionnel, voire dans certains cas des troubles de la perception ou des crampes musculaires. La plupart des personnes qui prennent des somnifères et des tranquillisants synthétiques le font sur ordonnance médicale. Aussi des directives de prescription ont-elles été formulées. Le respect des règles ainsi définies et un entretien approfondi avec les patientes et les patients sont importants si l'on veut éviter le risque d'une «dépendance sur ordonnance». donc que l'on renonce à boire de l'alcool plusieurs heures avant de prendre un somnifère pour éviter une potentialisation de leurs effets. Des états d'angoisse et de panique ont également été observés. Alternatives synthétiques De nouvelles substances (telles que la cyclopyrrolone, l'imidazopyridine et la toute récente pyrazolopyrimidine) sont considérées aujourd'hui comme des alternatives intéressantes aux benzodiazépines. La composition chimique de ces préparations est effectivement différente des benzodiazépines, mais leur mécanisme d'action est très semblable. Selon la substance, l'avantage tient soit à la spécificité, soit à la durée de l'action. En revanche, elles sont sur le marché depuis trop peu de temps pour que l'on puisse se prononcer avec certitude sur leur potentiel de dépendance comparé à celui des benzodiazépines. Les recommandations officielles à cet égard ne diffèrent en tout cas pas de celles qui valent pour les benzodiazépines. Médicaments à base de plantes Les médicaments tranquillisants et les somnifères à base de plantes contiennent essentiellement des extraits de valériane, de houblon, de passiflore, de mélisse ou de fleur d'oranger. Les principes actifs des plantes médicinales peuvent varier en fonction de la provenance des plantes. Le mode d'action et l'efficacité de la valériane ont été le mieux étudiés. Dans le cadre d'études cliniques, l'extrait de valériane s'est avéré tout aussi efficace que des doses faibles de médicaments synthétiques. Jusqu'à présent, aucun effet secondaire n'a été mis en évidence. En outre, les préparations à base de plantes n'entraînent généralement aucune dépendance, ce qui présente un grand avantage par rapport aux substances synthétiques. Il est vrai qu'elles sont généralement recommandées en cas de troubles légers du sommeil. Les tisanes (à base de fleur d'oranger, de mélisse, etc.) sont très appréciées et sont à la fois secourables et inoffensives. En les faisant infuser, on se prépare déjà à aller dormir et le parfum qui s'en dégage a lui aussi des vertus apaisantes. Usage problématique pendant la grossesse Pendant la grossesse, les somnifères synthétiques ne doivent être pris que sous contrôle médical et uniquement de façon ponctuelle. Surdosage Les somnifères et les tranquillisants synthétiques, les benzodiazépines en particulier, ont une grande marge de sécurité thérapeutique. Cela signifie qu'un surdosage comporte rarement un risque mortel, mais les patients doivent être surveillés de près. Il faut déterminer systématiquement si d'autres substances – par exemple de l'alcool – ont été ingérées en même temps, car si c'est le cas, il peut y avoir un risque mortel aigu. Le flumazénil (Anexate®) est un antidote permettant d'annuler l'effet des benzodiazépines. Consommation illégale de Rohypnol® Sur le marché noir des drogues, le Rohypnol® occupe actuellement une place prépondérante parmi les somnifères et les tranquillisants. Le Rohypnol® est très souvent utilisé par les toxicomanes en complément de l'héroïne, dont il potentialise l'effet. Il est dangereux de conduire Les somnifères et les tranquillisants synthétiques sont des compagnons de route peu recommandables, car ils diminuent la capacité de réaction. Leur action sédative et la diminution de la capacité de concentration qu'elles induisent ne permettent pas de conduire un véhicule ou d'utiliser des machines. Attention à l'alcool De manière générale, il convient de ne pas prendre simultanément plusieurs substances qui ont une action calmante au niveau du cerveau. Cela implique Somnifères et tranquillisants synthétiques: risques et conséquences Une dépendance sur ordonnance? Les effets positifs et négatifs des somnifères et des tranquillisants synthétiques donnent lieu à un débat particulièrement vif. Si leur efficacité est La palette des somnifères et des tranquillisants couramment utilisés en Suisse est vaste (Photo: M. Mütsch) info-drogues les somnifères et les tranquillisants amphetamine - speed amphetamine - speed tes durant la grossesse, il convient de toujours consulter son médecin. Aucune étude systématique n'est disponible à ce jour. L'un ou l'autre des composants peut provoquer des réactions cutanées. Dans le temps, on ajoutait souvent de l'alcool à ces préparations afin d'extraire les principes actifs des plantes. Les médicaments arrivaient alors sur le marché sous la forme de teintures ou de solutions. Les préparations à base de plantes sont actuellement toutes disponibles sous la forme de comprimés ou de sirops. Le Melisana Klosterfrau® et la teinture de valériane sont les seules exceptions; il convient de les utiliser avec les précautions d'usage et de ne pas en donner aux enfants. Quelques trucs pour faciliter le sommeil... Alimentation Faire un repas léger le soir. Eviter par exemple la fondue au fromage. Eviter de boire du café, du thé noir ou vert et d'autres boissons stimulantes. L'alcool perturbe le rythme du sommeil. Ambiance Ambiance agréable: lit confortable, calme, obscurité. Rituels d'endormissement: écouter de la musique apaisante, boire une tisane calmante, activité répétitive. Déroulement Vérifier précisément la durée totale de sommeil et l'abréger de la journée éventuellement. Après une petite sieste, il peut arriver que l'on s'endorme plus difficilement le soir. Se coucher et se lever toujours à la même heure. Activité L'activité physique accroît la fatigue; on peut par exemple faire une promenade avant de se coucher. Méthode Kneipp: bain de siège froid (max. 18°C). Ne pas avoir des attentes exagérées, briser le cercle vicieux: «Je dois m'endormir à tout prix». Exercices de relaxation, éventuellement associés à des rituels d'endormissement. Pensées positives: faire preuve de patience vis-à-vis de soi-même, se laisser aller, avoir confiance dans son aptitude à changer. Ne prendre un somnifère que très exceptionnellement et prioritairement une préparation à base de plantes. Attitude personnelle Alternatives: être attentif à soi-même et à ses soucis Un médicament ne doit être pris qu'en dernier recours, car il ne résout pas les problèmes. La prescription de somnifères et de tranquillisants synthétiques doit être réservée au traitement de troubles du sommeil persistants et d'angoisses particulièrement pénibles. Aussi ne faut-il ni les diaboliser, ni les utiliser allègrement de manière indifférenciée ou à long terme. Il existe d'ailleurs des alternatives. Pour commencer, il est important de prendre conscience de son propre comportement en matière de sommeil et des circonstances de sa vie. Un dicton suédois exprime cela très bien: Lorsqu'on va se coucher, il faut laisser ses soucis dans ses souliers. Le tableau ci-dessus propose une série de conseils. Il faut parler de ses problèmes de sommeil. Lorsque l'on souffre de troubles durables, il convient de recourir à une aide professionnelle. Pourquoi précisément du Rohypnol®? Probablement parce que son action est rapide et durable. On craint que son usage abusif n'augmente encore du fait que sa distribution illégale a lieu par les mêmes canaux que ceux de la cocaïne et de la marijuana. C'est pourquoi, dans certains cantons et durant une période d'essai, le Rohypnol® fait l’objet de restrictions supplémentaires: il est soumis à ordonnance à souche, c'est-à-dire au même contrôle que les stupéfiants. Les médicaments pour calmer et endormir ne sont pas à donner à la légère aux enfants Autrefois, on donnait plus facilement que de nos jours du sirop de Lysedil® aux nourrissons et aux enfants pour les calmer ou les faire dormir. Un bébé n'a pas d'autres moyens de se manifester que de s'agiter et de pleurer. Il convient de prendre ces signaux au sérieux et de ne pas y répondre en administrant des médicaments à la légère. On soupçonne en effet qu'il existe un lien entre ces médicaments et la mort subite du nourrisson. Chez les enfants aussi, il faut absolument chercher les causes des troubles du sommeil qui les affectent. Si nécessaire, les préparations à base de plantes peuvent représenter une solution alternative. Effets secondaires possibles lors d'un usage conforme aux prescriptions Lors de l'arrêt du traitement, il peut arriver que des réactions «paradoxales» se produisent sous la forme de troubles du sommeil, de variations de l'humeur, d'agitation ou d'accès de panique (phénomènes de rebond). A dose normale, la mémoire peut être affectée (trous de mémoire). Cet effet se manifeste quelques heures après l'ingestion du médicament. On assiste parfois à d'autres effets indésirables tels que des états confusionnels et des troubles de l'équilibre. Les somnifères à longue durée d'action peuvent entraîner une somnolence diurne et des chutes, qui sont parfois à l'origine de l'hospitalisation des personnes âgées. Les effets secondaires des somnifères et des tranquillisants à base d'extraits de plantes Les somnifères et les tranquillisants à base de plantes d'usage courant ne présentent pas de risques ou d'effets indésirables connus. La seule exception concerne le Laitan®, qu'il ne faut pas utiliser en cas de maladies du foie ou en présence de facteurs de risque de troubles hépatiques. S'agissant de l'utilisation de produits à base de plan- Vous pouvez obtenir des exemplaires supplémentaires gratuits auprès de l’ISPA. D’autres Info-drogues sont disponibles sur le cannabis, l’ecstasy, les hallucinogènes, l’alcool et la santé, l’héroine, la cocaïne. (Veuillez nous envoyer les timbres nécessaires pour le port.) Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35 http://www.sfa-ispa.ch info-drogues héroïne En dépit de l’apparition de nouvelles drogues de synthèse, l’héroïne reste une drogue classique en Suisse. Cette substance est considérée comme une drogue mortelle qui conduit les toxicomanes à se détruire. Pourtant aujourd’hui, les défilés de mode sont présentés par des mannequins au look d’héroïnomanes, il existe des consommateurs d’héroïne socialement bien intégrés et l’Etat autorise la prescription médicale d’héroïne à des personnes gravement dépendantes. Il est donc urgent de redéfinir notre rapport à cette drogue vieille de plus de 100 ans. En fait, qu’est-ce que l’héroïne? Quels sont ses effets? Sa consommation conduit-elle automatiquement à la misère et à la mort? Quels sont les risques que prennent les personnes qui en consomment? L’héroïne: un opioïde semi-synthétique Très proche de l’opium, l’héroïne est certainement l’opioïde semi-synthétique le plus connu. «Opioïdes» est un terme générique désignant des substances entièrement synthétiques (telles que la méthadone), semi-synthétiques (telles que la buprénorphine) ou produites par l’organisme (endorphine bêta) dont les effets sont semblables à ceux de la morphine, tandis que les opiacés, dont les effets sont analogues, sont des substances tirées directement du pavot (morphine, codéine, thébaïne). Dans les laboratoires, l’héroïne est produite par acétylation de la morphine-base extraite de l’opium brut – plus exactement du suc laiteux produit par le fruit du pavot blanc mis à sécher. La cuisson de la morphine avec de l’anhydride acétique produit la «diacethyl morphine», qui a été commercialisée sous le nom d’«héroïne» (du grec «heros» = héros). La méthode de fabrication de l’héroïne est relativement simple, ne nécessite pas beaucoup de moyens et peut être mise en œuvre par des nonchimistes dans des laboratoires secrets. Bref historique d’un «remède-miracle» De l’héroïne a été fabriquée pour la première fois en 1874 par l’Anglais C.R.A. Wright dans son laboratoire de chimie. Peu après, elle a été produite en grande quantité par l’industrie chimique et pharmaceutique en Allemagne (Bayer) et en Suisse (chimie bâloise). Cette nouvelle substance devait être une alternative à la morphine, qui conduisait à la dépendance, et servir d’analgésique et de remède contre les maladies des voies respiratoires. La liste des indications médicales s’est rapidement allongée, incluant les troubles cardio-vasculaires, la sclérose en plaques, le diabète et les troubles psychiques. Du fait notamment de son effet analgésique, l’héroïne était considérée, au tournant du siècle, comme un remède extrêmement bienfaisant. Champ de pavots: Selon les Nations Unies, l’héroïne qui circule en Europe provient en grande partie de pavot originellement cultivé et récolté en Afghanistan. (Photos: Keystone) Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35 info-drogues Le remède devenu drogue mortelle est-il en train de retrouver son statut premier? En Suisse, l’héroïne fait partie des stupéfiants qui – contrairement aux opiacés tels que la morphine ou la codéine – ne peuvent pas être commercialisés. Or il n’en a pas toujours été ainsi. Au début du siècle, l’héroïne était encore un médicament d’usage courant. C’est sous la pression des accords internationaux de contrôle des drogues que l’héroïne a été incluse, en 1924, dans la première Loi fédérale sur les stupéfiants, malgré la résistance acharnée de l’industrie chimique et pharmaceutique qui considérait qu’une telle mesure mettait en péril non seulement les excellentes affaires qu’elle réalisait avec l’héroïne, mais encore la liberté de l’industrie et du commerce. La fabrication, le commerce et la remise d’héroïne – mais pas encore sa consommation – ont dès lors été placées sous le contrôle de l’Etat. Ce n’est qu’en 1951, après la révision de la Loi sur les stupéfiants, que l’héroïne a été interdite de fabrication et de vente en Suisse en raison de la découverte de son potentiel addictogène important et de son efficacité thérapeutique négligeable. Il restait néanmoins possible d’en obtenir sur prescription médicale. Certaines institutions pouvaient également obtenir une autorisation officielle d’en utiliser à des fins de recherche scientifique. Une interdiction formelle de la consommation – toujours relativisée par la mention d’exceptions médicales – n’est intervenue qu’en 1975, avec la nouvelle Loi fédérale sur les stupéfiants. Dès lors, la consommation intentionnelle d’héroïne pouvait être sanctionnée par une amende ou une peine de prison. Vers la fin des années 80, des scènes ouvertes de la drogue se sont constituées dans plusieurs grandes villes de Suisse et les personnes gravement dépendantes y couraient des risques accrus du fait de la criminalité d’acquisition, de la prostitution et du danger de l’infection par le VIH. C’est alors que les dispositions d’exception prévues dans la LFStup de 1951 et de 1975 ont connu une nouvelle application. Dans le cadre de la politique des 4 piliers adoptée par la Confédération et d’un projet de recherche scientifique de prescription médicale d’héroïne, on a ainsi tenté d’éviter tout à la fois la déchéance qui menaçait un nombre croissant de toxicomanes gravement dépendants et la multiplication des infections par le VIH. La prescription médicale d’héroïne – pratiquée selon des critères très stricts – est devenue une méthode thérapeutique reconnue; elle a fait l’objet d’un arrêté fédéral urgent qui a été accepté en votation populaire en juin 1999. héroïne 1992/93 et 1997/98, le pourcentage de la population âgée de 15 à 39 ans qui avait expérimenté l’héroïne a baissé de 1,3% à 1,0% (Enquête sur la santé en Suisse 1997/98). D’autres incidences vont également dans le sens d’une réduction de l’usage d’héroïne dans notre pays: les statistiques policières indiquent une diminution du nombre de dénonciations pour consommation d’héroïne et le nombre des décès dus aux drogues (généralement à la consommation d’héroïne), ainsi que celui des nouvelles infections par le VIH (sida) chez les usagers qui s’injectent de la drogue sont en baisse. Il n’empêche que, selon le Rapport national sur les drogues de 1998, il convient d’estimer à 60 000 le nombre total des usagers d’héroïne et de cocaïne, 30 000 d’entre eux devant être considérés comme toxicodépendants. On peut déduire de ces estimations que, chez la moitié environ des personnes consommant des drogues dures, aucune forme de dépendance grave de l’héroïne ne se développe. Selon l’Enquête sur la santé 1997/98, les hommes sont nettement plus nombreux (1,4%) que les femmes (0,7%) à avoir déjà consommé de l’héroïne. S’agissant de la première consommation, on sait que les personnes interrogées dans le cadre des services à bas seuil la situent en moyenne vers l’âge de 20 ans. La consommation d’héroïne en Suisse Dans son rapport annuel 1998, l’Observatoire européen des drogues (EMCDDA), à Lisbonne, fait l’hypothèse que dans l’ensemble de l’Europe, moins de 1% de la population générale et près de 2% de certains groupes d’âge parmi les jeunes ont consommé de l’héroïne au cours de leur vie. En Suisse, c’est au milieu des années 70 que l’héroïne est apparue en quantités importantes dans les milieux urbains de la drogue. Tandis qu’auparavant, les drogues provoquant une augmentation des perceptions sensorielles telles que le cannabis et les hallucinogènes occupaient le devant de la scène, le nombre des jeunes abusant de ce produit addictogène comme d’un moyen de fuir la réalité n’a dès lors cessé de croître. Dans les années 80 et au début des années 90, on a ainsi assisté en Suisse à de véritables «épidémies d’héroïne». Ce n’est qu’en 1994 que le nombre des usagers d’héroïne a commencé à diminuer. Entre Modes d’utilisation: injection, inhalation («chasser le dragon») ou absorption nasale («sniffer») Au milieu des années 90, 50 à 60% des personnes consommant de l’héroïne se l’administraient sous la forme d’injections intraveineuses. Outre la prise par voie orale (très rare), l’absorption sous forme de fumée (7%) ou en sniffant la poudre (13%), la mode était aussi à l’inhalation (20%) de vapeurs d’héroïne («chasser le dragon»). Contrairement à ce qui s’était passé en Asie ou en Angleterre, ce mode d’utilisation n’a pourtant pas réussi à supplanter l’injection. L’attrait de l’injection réside dans le fait que l’héroïne parvient ainsi rapidement au cerveau, ce qui produit l’effet intense recherché et désigné par les termes de «flash», «rush» ou «kick» (sentiment de grand bonheur). La dose nécessaire pour obtenir cet effet est très variable et dépend notamment de la pureté du produit que l’on trouve sur le marché. Il faut signaler que les «chasseurs de dragon» expérimentés parviennent eux aussi à obtenir de véritables effets de flash. L’héroïne sur le marché Telle qu’elle est vendue dans la rue, l’héroïne se présente sous la forme de poudre ou de cristaux de couleur blanche à beige. Elle fait partie de ces marchandises dont le coût de fabrication est ridiculement bas et dont la vente rapporte beau- Préparation d’héroïne prête à être injectée avec les instruments nécessaires à cet effet: seringue, cuiller, briquet ou bougie. info-drogues coup d’argent. Ce profit énorme est essentiellement dû au caractère illégal de l’héroïne. Le marché noir est contrôlé par des organisations criminelles qui font payer cher le risque qu’elles encourent du fait de la prohibition. L’héroïne prête à l’emploi est introduite illégalement en Suisse en provenance essentiellement de la Turquie, des Balkans, de l’Amérique du Sud et, plus récemment, des Etats de l’ancienne Union soviétique. Pour en potentialiser les effets, il arrive souvent que l’héroïne soit mélangée à d’autres drogues telles que la cocaïne (speedball) ou des analgésiques. Ce sont ces mélanges, qui échappent à tout contrôle du fait qu’il s’agit d’un marché noir, qui risquent de conduire à des accidents par surdosage. Pour augmenter leur marge de bénéfice, les dealers «allongent» l’héroïne importée sous forme concentrée avant de la vendre aux usagers. Les produits le plus souvent utilisés à cet effet sont l’acide ascorbique, la farine, le glucose, le lactose, l’aspirine, le paracétamol ou d’autres médicaments, ainsi que la strychnine. La concentration d’héroïne pure dans le produit vendu dans la rue est très fluctuante. Lorsqu’à leur insu, cette concentration est plus élevée, même les toxicomanes expérimentés risquent d’être victimes d’un surdosage. héroïne moment-là, le toxicomane se pique uniquement pour éviter les manifestations du manque, que les personnes concernées décrivent comme extrêmement pénibles. Comme l’ont bien montré des études réalisées sur la scène zurichoise, tout usage d’héroïne ne conduit cependant pas automatiquement à la dépendance physique et ne provoque pas forcément une déchéance psychosociale. Lorsqu’on y a organisé, au début des années 90, la distribution de seringues stériles dans le cadre de la prévention des infections par le VIH, on a vu apparaître des usagères et usagers d’héroïne socialement intégrés, pratiquant une consommation contrôlée et ne correspondant en aucune manière au stéréotype du junkie. Risques et dommages encourus Conséquences aiguës La méthode d’injection et l’hygiène qui l’accompagne ont des effets directs sur les risques d’infection liés à l’usage d’héroïne. Les injections pratiquées de manière inappropriée et non stérile peuvent provoquer des empoisonnements du sang, une inflammation de l’endocarde, des inflammations cutanées, des abcès, ainsi que des infections par le VIH (sida) et des hépatites. Lorsque s’y ajoute une méconnaissance du dosage et que le produit injecté contient des composants toxiques, la consommation d’héroïne implique un risque accru d’intoxication aiguë (surdosage) ou chronique. Si l’on veut répertorier les conséquences de l’usage d’héroïne, il faut également tenir compte du fait que, dans notre pays, il n’existe pratiquement plus de personnes dépendant exclusivement de l’héroïne. Or, la consommation de drogues multiples, dont l’alcool et les benzodiazépines, peut produire des effets cumulatifs difficiles à prévoir. Un nouveau mode d’utilisation est apparu au milieu des années 90: l’inhalation de vapeurs d’héroïne chauffée sur du papier aluminium ou «chasser le dragon». Effets Le «flash»: une récompense Comme on peut le voir à l’aide des nouvelles techniques d’imagerie utilisées par la recherche sur le cerveau (PET), l’héroïne agit, à l’intérieur du cerveau, sur les systèmes de récompense et sur la dopamine. Les effets de l’héroïne sont identiques à ceux de la morphine, mais avec une puissance de 5 à 10 fois supérieure. Outre le «flash» que provoque son injection intraveineuse après 10 secondes, l’héroïne a un effet analgésique et se répercute sur l’humeur du consommateur, provoquant un état d’euphorie et de plaisir et une diminution de l’angoisse et de mal-être. Après le «flash», l’héroïnomane ressent un sentiment de bien-être et une indifférence aux sollicitations extérieures. Les difficultés lui paraissent alors insignifiantes, les conflits et les problèmes sont effacés. En même temps, l’héroïne a également un effet stimulant sur le système nerveux central: la confiance en soi augmente, les anxiétés et les tensions disparaissent. Après 5 à 8 heures, les effets d’une dose d’héroïne diminuent de moitié (demi-vie). C’est pourquoi les héroïnomanes se piquent généralement trois fois par jour. Pour ce qui est de la méthadone – un opioïde proposé aux toxicomanes en remplacement de l’héroïne –, la demi-vie est de 24 à 36 heures. La méthadone court-circuite en outre les récepteurs des opioïdes dans les systèmes de récompense et les effets de l’héroïne sont ainsi supprimés. Potentiel addictogène extrêmement important L’usage d’héroïne peut entraîner une accoutumance (nécessité d’augmenter les doses), une dépendance psychique et physique et des dommages tant individuels que sociaux. De l’avis des médecins spécialisés, le risque d’une dépendance physique est très élevé; celle-ci se manifeste par les symptômes suivants: besoin irrépressible de drogue, perte de contrôle, pulsion de répétition et recherche frénétique du produit. A un stade avancé de dépendance, il arrive souvent que l’effet euphorisant de l’héroïne disparaisse. A ce Un risque mortel: le surdosage d’héroïne Les décès dus à un surdosage d’héroïne ne sont pas rares. En 1998, 210 personnes sont décédées en Suisse suite à la consommation de drogues; la majorité d’entre elles utilisaient de l’héroïne. Les signes cliniques d’un surdosage sont les suivants: q q q q q Rétrécissement important de la pupille Respiration faible, irrégulière Ralentissement du rythme cardiaque Hypotension Hypothermie q q q q Diminution des réflexes Œdème pulmonaire Œdème cérébral Coma La gravité de l’intoxication dépend de la dose d’héroïne injectée et de la tolérance individuelle à cette drogue. Une personne qui reconsomme de l’héroïne après une période d’abstinence risque une surdose si elle s’injecte la quantité de drogue qu’il lui fallait antérieurement. Chez les personnes non accoutumées, la dose létale est d’environ 60 mg d’héroïne. Ce sont souvent les produits toxiques utilisés pour le coupage de l’héroïne vendue au marché noir et la combinaison de cette drogue avec de l’alcool et des tranquillisants qui entraînent les décès dus à des chocs allergiques ou à des accidents respiratoires ou cardiovasculaires. info-drogues Conséquences chroniques Contrairement à une opinion largement répandue, un usage durable d’héroïne pure ne présente pas de toxicité organique et n’entraîne que peu de conséquences physiques. Les dommages physiques à long terme sont en effet essentiellement dus aux conditions sociales (mauvaise alimentation, hygiène insuffisante lors des injections, stress lié à l’illégalité) et non à la substance elle-même. Mais si l’héroïne provoque peu de dégâts durables dans l’organisme de la personne qui en consomme, il est prouvé qu’il en va autrement de l’enfant à naître, qui subit des effets négatifs du fait de la consommation d’héroïne de sa mère. Il n’est pas clairement établi s’il existe des conséquences chroniques de l’usage d’héroïne au niveau psychique. Un nombre important d’études signalent en revanche une augmentation, parmi les héroïnomanes, de ce que l’on appelle les doubles diagnostics. Chez un grand nombre (20%-50%) de toxicomanes en traitement, on constate en effet un ou plusieurs troubles psychiques (phobies, troubles anxieux, dépressions, troubles de la personnalité). Quant aux conséquences sociales telles que la criminalité ou la prostitution pratiquées en vue de l’achat de drogue, le petit trafic, de même que la détresse sociale, elles ne résultent pas tant de la consommation d’héroïne, mais bien plutôt du caractère illégal de la drogue. de symptômes psychosomatiques. Les symptômes de manque apparaissent 6 à 8 heures après la dernière prise d’héroïne, atteignent rapidement leur apogée et sont surmontés après 7 à 10 jours («sevrage à sec»). Depuis peu, certaines cliniques proposent également des sevrages ultrarapides impliquant la prise de médicaments, qui devraient faciliter le sevrage pour le patient. La prédisposition à la dépendance n’étant pas supprimée par le sevrage et se trouvant réactivée en particulier en cas de retour dans le «milieu de la drogue», le risque de rechute est important. Certains spécialistes l’expliquent par des troubles du métabolisme cérébral. On postule en effet qu’un apport régulier d’opiacés pendant une durée assez longue provoque des troubles dans la sécrétion des opioïdes naturels (endorphines). héroïne Le stéréotype du toxico, un préjugé social Les personnes des deux sexes qui consomment de l’héroïne continuent d’être perçues socialement comme des psychopathes ou des sociopathes, dont le mode de vie gravite autour de l’usage de drogue, de la criminalité et de la prostitution et aboutit inexorablement à la déchéance sociale et à la mort. Or ce stéréotype n’est rien d’autre qu’un préjugé. Au niveau international, la recherche n’a en effet pas permis de dégager des traits de personnalité ou des données contextuelles qui prédestineraient certaines personnes à une carrière de toxico, même si des études récentes mettent en évidence que les héroïnomanes tendent à cumuler les troubles psychiques et les préjudices sociaux. Inversement, la consommation d’héroïne en tant que telle ne conduit Saisie de 120 kilos d’héroïne: la drogue prête à être consommée est introduite illégalement en Suisse en provenance de la Turquie, des Balkans et de l’Amérique du Sud. pas automatiquement au délabrement psychologique et social. C’est ainsi qu’il ressort des résultats de l’évaluation des essais de prescription médicale d’héroïne qu’un usage contrôlé d’héroïne permet d’améliorer tant l’état de santé des toxicomanes que leur intégration sociale et que cela fait baisser le taux de la criminalité liée à la drogue. En dépit de tous les arguments allant dans le sens d’une appréciation plus nuancée de la drogue, l’héroïne ne peut pas devenir une substance accessible sans autre sur le marché légal. C’est en effet l’un des stupéfiants les plus puissants parmi les opiacés; elle possède un potentiel addictogène très important et, même dans des conditions optimales, sa consommation implique toujours un risque d’intoxication et de dépendance difficilement prévisible. Sevrage «à sec» ou «ultrarapide» En cas de dépendance à l’héroïne, les manifestations de manque prennent avant tout la forme de troubles végétatifs (tremblements, transpiration), de douleurs et Vous pouvez obtenir des exemplaires supplémentaires gratuits auprès de l’ISPA. D’autres Info-drogues sont disponibles sur le cannabis, l’ecstasy, les hallucinogènes ainsi que sur l’alcool et la santé. (Veuillez nous envoyer les timbres nécessaires pour le port.) En 1900, la firme pharmaceutique «Bayer« faisait encore une publicité tout à fait légale pour l’héroïne comme médicament efficace contre la toux. Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35 http://www.sfa-ispa.ch info-drogues hépatite et consommation de drogues Qu’est-ce que l’hépatite? Quelles sont les formes connues de cette maladie et quelles en sont les conséquences? A quel point l’hépatite est-elle répandue chez les usagers de drogues? Comment les toxicomanes peuvent-ils se protéger contre une infection? Quelles sont les possibilités de traitement? Qu’est-ce que l’hépatite? L’hépatite est une affection inflammatoire du foie dont les causes peuvent être diverses. Certaines maladies du métabolisme ou les maladies dites «autoimmunes» peuvent notamment provoquer une telle inflammation. A côté des inflammations toxiques du foie qui sont souvent dues à la consommation abusive d’alcool ou à certains médicaments, des virus peuvent provoquer une hépatite infectieuse; chez les consommateurs de drogues, c’est même la cause la plus fréquente. On connaît actuellement cinq virus principaux qui sont à l’origine d’une hépatite infectieuse et qui sont désignés par les lettres A à E (voir tableau «hépatite virale»). De la contamination aux premiers symptômes Le temps d’incubation, c’est-à-dire la période entre la contagion et l’apparition des premiers symptômes de la maladie varie beaucoup d’un virus à l’autre: 2 semaines pour l’hépatite A, 6 semaines à 6 mois pour l’hépatite B et 2 semaines à 6 mois pour l’hépatite C. Durant cette période d’incubation, une personne infectée peut déjà en contaminer d’autres! Chaque jour dans le monde plus de personnes meurent des suites d’une hépatite chronique qu’il n’y a de décès dus au sida en une année. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à plusieurs centaines de millions le nombre des personnes atteintes d’une infection chronique par l’hépatite B et l’hépatite C. Bien que l’Europe occidentale – et de ce fait la Suisse – ne fasse pas partie des régions les plus gravement touchées, le risque de contagion est élevé. Les virus de l’hépatite B sont cent fois plus virulents que le virus du sida (VIH). L’OMS estime à plus d’un million par année le nombre de décès dus aux suites d’une hépatite B (cirrhose du foie, cancer du foie). Certains groupes à risques, comme les personnes qui prennent de la drogue par voie intraveineuse (injections) sont particulièrement menacés. Souvent les personnes infectées ignorent qu’elles ont contracté une hépatite. Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35, Fax 021 321 29 40 Comment reconnaît-on une hépatite? Les symptômes les plus fréquents sont les suivants: manque d’appétit, douleurs articulaires, nausées, vomissements, douleurs abdominales, fatigue, urine de couleur foncée, év. selles de couleur claire, blanchâtres, coloration jaune de la sclérotique (blanc de l’œil) ou de la peau. Mais il arrive souvent que l’infection passe inaperçue. Seul un test sanguin permet de détecter une hépatite avec certitude. Les résultats de ce test sont fiables au plus tôt deux à trois semaines après la contamination! Les conséquences de l’hépatite chronique Dans l’hépatite chronique, ce sont les lésions durables du foie qui sont particuliè- info-drogues Type Propriétés hépatite et consommation de drogues Hépatite virale Modes de contamination Mesures de protection Comportements permettant de se protéger Vaccination A (HAV) Ne devient jamais chronique Une personne infectée peut contaminer d’autres personnes aussi bien durant la phase aiguë que durant la période d’incubation Guérison spontanée Par des aliments souillés, un manque d’hygiène – par exemple: mains sales, vaisselle mal lavée, toilettes malpropres, matériel souillé et eau sale utilisés pour l’injection de drogue Hygiène correcte: se laver soigneusement les mains par ex. après les selles, laver la vaisselle à l’eau très chaude, utiliser de l’eau propre et des ustensiles stériles pour l’injection de drogues En voyage: éviter de manger des aliments non cuits Vaccination en deux fois (Deuxième vaccin six à douze mois après le premier) B (HBV) Evolution chronique (10%) ou guérison spontanée Une personne atteinte d’hépatite B chronique peut toujours en contaminer d’autres L’hépatite B est plus contagieuse que l’hépatite C Dans 1% des cas, la maladie évolue de manière fulgurante, avec un taux de mortalité élevé Par le sang: Dans tous les cas où le sang d’une personne peut être en contact avec celui d’autres personnes (par exemple: tatouage ou piercing) Par les sécrétions génitales: a) au cours de contacts sexuels b) de la mère à l’enfant pendant l’accouchement Utiliser toujours une seringue, une aiguille et une cuillère stériles pour les injections, ou en tout cas ses instruments strictement personnels Vaccination en trois fois (Deuxième vaccin un mois, et troisième vaccin six mois après le premier) Faire vacciner son enfant Safer sex: utiliser toujours des préservatifs masculins ou féminins lors des rapports sexuels C (HCV) Evolution le plus souvent chronique (jusqu’à 80%) ou guérison spontanée Une personne atteinte d’hépatite C chronique peut toujours en contaminer d’autres Par le sang: Dans tous les cas où le sang d’une personne peut être en contact avec celui d’autres personnes (par exemple: tatouage ou piercing) Par les sécrétions génitales: a) au cours de contacts sexuels b) de la mère à l’enfant pendant l’accouchement Utiliser toujours une Il n’existe pas seringue, une aiguille et de vaccin contre une cuillère stériles pour l’hépatite C! les injections, ou en tout cas ses instruments strictement personnels Bien que la transmission par voie sexuelle soit rare, il est vivement recommandé de pratiquer le safer sex (autres risques d’infection) D (HDV) E (HEV) L’hépatite D n’apparaît qu’en Voir combinaison avec l’hépatite B hépatite B L’hépatite E n’existe guère en Europe Elle ne devient jamais chronique Une personne malade peut en contaminer d’autres, mais l’hépatite E est moins virulente que l’hépatite A Par des aliments souillés, un manque d’hygiène – par exemple: mains sales, vaisselle mal lavée, toilettes malpropres, matériel souillé et eau sale utilisés pour l’injection de drogue Voir hépatite B Une bonne hygiène: se laver soigneusement les mains par ex. après les selles, laver la vaisselle à l’eau très chaude, utiliser de l’eau propre et des instruments stériles pour l’injection de drogues En voyage: éviter de manger des aliments non cuits Voir hépatite B Il n’existe pas de vaccin contre l’hépatite E! info-drogues rement alarmantes. Or, dans le cas d’une hépatite chronique B ou C, des années, voire des dizaines d’années, peuvent s’écouler avant que n’apparaissent des troubles conduisant à une hospitalisation. Selon des études américaines, il faut compter en moyenne 21 ans pour qu’une hépatite évolue en cirrhose du foie. En moyenne, il faut encore 10 ans de plus jusqu’à la formation d’un carcinome hépatocellulaire (cancer du foie). hépatite et consommation de drogues sonnes qui s’injectent de la drogue par voie intraveineuse, le taux d’infection atteint toujours un niveau alarmant pour l’hépatite B et C. Selon les chiffres recueillis dans divers services d’accueil ou sur la scène de la drogue, on peut estimer que 50 à 60% des consommateurs de drogues sont infectés par les virus HBV ou HCV. 20 à 40% des usagers de drogues sont porteurs d’un virus de l’hépatite après un an déjà. Lorsque la consommation de drogue par voie intraveineuse dure depuis plusieurs années, le taux d’infection se situe entre 80% (HBV) et 90% (HCV). Les infections multiples sont particulièrement fréquentes chez les consommateurs de drogues. Presque tous les toxicomanes atteints du sida sont également infectés par les virus HBV et HCV. Evolution de la propagation • Hépatite A: elle a fortement diminué parmi les consommateurs de drogues. Cela doit être attribué en grande partie à une application plus stricte des principes d’hygiène. • Hépatite B: en recul depuis 1995. • Hépatite C: on ne peut pas dégager de tendance, l’infection par le virus HCV passant souvent inaperçue. sionnellement un partage de seringues. En raison de la virulence du HBV et du HCV et du fait que la majorité des toxicomanes qui s’injectent de la drogue par voie intraveineuse sont atteints d’hépatite – dont un grand nombre d’hépatites chroniques –, le fait de partager une seringue ne serait-ce qu’une seule fois présente déjà un risque élevé de contamination. Propagation de l’hépatite en Suisse En Suisse, les cas d’hépatite doivent être annoncés dans le cadre de la surveillance des maladies infectieuses. Au milieu des années nonante, le nombre de cas d’hépatite A annoncés était d’environ 500 par an. Les chiffres les plus récents (fin 1997) font état de quelque 20 000 cas d’hépatite B chronique en Suisse. Sur la base des nouveaux cas récemment annoncés, il faut s’attendre à 2000 à 3000 nouveaux cas par an; 80% des personnes touchées ont entre 15 et 40 ans et plus des deux tiers sont de sexe masculin. L’hépatite B occasionne chaque année 200 hospitalisations et cause entre 40 et 80 décès. Le nombre des cas reconnus et annoncés d’hépatite C aiguë est faible (1995: 67 cas, 1996: 55 cas), car dans 90% des cas, la maladie évolue sans symptômes. On estime qu’il y a en Suisse de l’ordre de 70 000 cas d’hépatite C chronique. Les cas d’hépatite aiguë D et E sont rares. Dans la population globale, le taux d’infection par le HBV et le HCV se situe entre 0,4 et 1%. b) Manque d’hygiène lors de l’injection: Le déroulement d’une injection est décrit ci-dessous, avec les possibilités de transmission des virus HBV et HCV: I Manipulation de la drogue Transmission par des doigts ou des instruments tachés de sang (par exemple: couteau) II Préparation de la solution à injecter Transmission par une cuillère sale; causes possibles: souillée lors d’une utilisation antérieure par des traces de sang sur les doigts ou par le reflux du produit absorbé dans une seringue déjà utilisée III Non-désinfection de la peau avant l’injection Transmission par la présence éventuelle à cet endroit de la peau de traces de sang provenant d’une personne infectée; causes possibles: peau souillée par des vêtements sales provenant d’une autre personne ou aide à l’injection pratiquée par une personne infectée – de simples petites griffures ou frottements effectués par une personne contaminée suffisent en effet à transmettre l’infection. Hépatite B et C: modes de transmission chez les personnes qui s’injectent de la drogue par voie intraveineuse a) Partage de seringues: L’utilisation de la même seringue par plusieurs personnes a certes diminué en Suisse, du fait que les seringues stériles sont devenues plus accessibles. Cependant, diverses enquêtes montrent qu’il arrive aujourd’hui encore qu’il y ait occa- Groupes particulièrement exposés aux risques Les groupes suivants sont particulièrement exposés à un risque de contamination: le personnel médical, les intervenants en toxicomanie (contact avec le sang ou les sécrétions corporelles), les personnes changeant fréquemment de partenaire sexuel, les homosexuels ainsi que les personnes vivant en ménage commun avec des porteurs du virus HBV. Les voyageurs qui se rendent dans des régions où l’hépatite est très répandue, les patients subissant des dialyses et les hémophiles sont également menacés. Enfin, parmi les groupes courant le plus grand risque d’infection par le HBV et le HCV, il faut compter les personnes qui s’injectent de la drogue par voie intraveineuse. Comment peut-on contracter une hépatite virale? prouvée Causes d’infection Alimentation/eau Membre de la famille infecté Blessure par une aiguille infectée Consommation de drogue par voie intraveineuse Transfusion de sang/de plasma Epuration sanguine Contacts oraux Contacts sexuels Contacts sexuels oraux/anaux Transmission de la mère à l’accouchement Tatouages, piercing (aiguilles infectées) prouvée, mais rare supposée Formes d’hépatite A B C Les hépatites chez les usagers de drogues Plus de 50% sont infectés L’hépatite B et C est aujourd’hui largement répandue parmi les consommateurs de drogues. Alors que les nouvelles infections par le VIH ont diminué chez les per- info-drogues IV Partage éventuel du produit dilué Transmission par des seringues non stériles; causes possibles: les seringues utilisées sont exclusivement réservées à l’usage personnel, mais elles sont utilisées plusieurs fois; lors du partage du liquide, celui-ci est aspiré dans une seringue usagée pour être transvasé ensuite dans les autres seringues; le contenu d’une seringue stérile est injecté à deux personnes au moyen de deux aiguilles stériles; étant donné que pour trouver la veine on aspire un peu de sang, la deuxième injection n’est plus stérile, en dépit du changement d’aiguille V Filtres Transmission par un filtre souillé; causes possibles: le filtre est sali par des mains souillées de sang ou par de la drogue infectée par des virus de l’hépatite (par la cuillère ou par le procédé de partage) VI Après le retrait de l’aiguille Transmission par des doigts souillés et des pansements non stériles; causes possibles: le point d’injection est comprimé avec les doigts, sans utiliser de pansement stérile Important: On croit souvent à tort que le fait de chauffer la drogue dans une cuillère placée au-dessus d’une flamme suffit à la stériliser. Mais ce procédé ne permet pas de chauffer suffisamment la drogue pour désactiver les virus de l’hépatite. hépatite et consommation de drogues Recommandations de la Confédération: vaccination contre l’hépatite B Pour endiguer les infections par le virus de l’hépatite B, la Commission suisse pour les vaccinations et l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommandent de vacciner tous les adolescents de 11 à 15 ans. Cette mesure doit être complétée par la vaccination des nouveau-nés dont la mère est infectée par le virus HBV et celle des personnes appartenant à des groupes à risques. Les usagers de drogues sont également un groupe ayant des comportements à risques et devraient eux aussi se faire vacciner, en raison du grave danger de contagion qu’ils encourent. vices d’accueil et les locaux d’injection. Des cours de «safer use» devraient être proposés aux usagers de drogues. • Recommandations à l’adresse des responsables politiques Les responsables politiques doivent prendre conscience de l’importance d’une injection hygiénique et «sûre» pour la réduction des infections par les virus de l’hépatite chez les consommateurs de drogues. Ils doivent encourager l’application de mesures qui favorisent un usage de drogue permettant de réduire les risques (par exemple locaux d’injection, services d’aide proches de la scène de la drogue). De manière générale: aucune restriction s’agissant de la remise de matériel d’injection stérile et pas de confiscation de ce matériel par la police! comportement à adopter (précautions lors de l’injection de drogue et lors de relations sexuelles, etc.), il est important de prendre d’autres mesures préventives au niveau institutionnel: En dépit des possibilités de traitement limitées, il est important de signaler que: Dès l’apparition des symptômes (= phase aiguë de la maladie), la personne atteinte devrait suivre un traitement médical. Autres recommandations utiles: pas de consommation d’alcool comme principale mesure, beaucoup de repos, diminution du stress, alimentation saine et régulière, éventuellement pauvre en graisses. Le traitement de l’hépatite chronique n’a qu’une efficacité limitée. L’interféron, un médicament utilisé fréquemment dans le traitement, n’est pas un remède miracle, mais il ralentit l’évolution vers une cirrhose du foie lors d’infections par le HCV. Le taux de réussite d’un traitement à l’interféron se situe entre 25 et 40% (infection par le HCV). Très souvent l’infection réapparaît lorsque l’on cesse de prendre le médicament. Un traitement à l’interféron est généralement accompagné d’effets secondaires (symptômes ressemblant à la grippe, fièvre, mais aussi états dépressifs). Des Infodrogues sur d’autres thèmes sont également disponibles: «Cannabis», «Ecstasy», «Hallucinogènes», «Alcool et santé», entre autres. Si vous désirez d’autres exemplaires gratuits de ce dossier, veuillez envoyer une enveloppe C5 adressée à votre nom et affranchie à • Recommandations à l’adresse des services d’accueil L’information sur l’hépatite doit être renforcée auprès des usagers de drogue par voie intraveineuse. Il faut parvenir à imposer la devise «1 shoot – 1 seringue». Il faut également abandonner l’utilisation répétée d’une même seringue pour l’usage personnel, même lorsqu’il n’y a pas partage. Il faut insister sur le fait qu’il est absolument EXCLU de partager une seringue. Il faut faire clairement comprendre l’importance des mesures d’hygiène en général et de l’hygiène à respecter lors des injections en particulier. Des expériences montrent qu’il est possible d’élever rapidement le niveau d’hygiène dans les ser- Mesures préventives au niveau institutionnel En plus des moyens décrits ci-dessus pour prévenir l’infection par les virus de l’hépatite grâce à certaines règles de Pas de remède miracle: l’interféron ralentit, chez 25 à 40% des patient(e)s traité(e)s (Photo: ak) pour une hépatite C, l’évolution vers une cirrhose du foie. Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35, Fax 021 321 29 40 http://www.sfa-ispa.ch info-drogues hallucinogènes et champignons magiques Le LSD et les champignons hallucinogènes sont à nouveau plus présents sur la scène de la drogue. Comment sont-ils utilisés aujourd’hui ? Quels effets les hallucinogènes provoquent-ils dans le cerveau ? Que savons-nous des conséquences aiguës et chroniques de ces substances psychoactives? Quels objectifs la prévention devrait-elle poursuivre ? s Les hallucinogènes: un assortiment varié Plantes magiques Jusquiame solanacée Ergot de seigle Teonanacatl «Champignon magique» sorte de psilocybe Amanite tue-mouches Le terme hallucinogène (du latin hallucinatio = divaguer) regroupe des substances psychoactives très différentes. La caractéristique commune de ces substances réside dans le fait qu’elles peuvent toutes provoquer des hallucinations et des modifications psychiques sérieuses. Un signe typique est alors une forte modification de la perception de l’espace et du temps ainsi que du moi, sans toutefois aller jusqu’à la perte du sens de la réalité ou de la personnalité. Il est difficile de distinguer les effets hallucinogènes des effets purement excitants ou tranquillisants d’une drogue, car c’est finalement une question de définition. Souvent, les différents modes d’action d’une drogue se chevauchent. Ainsi, à haute dose, le cannabis peut déployer des effets hallucinogènes. Prises en grande quantité, les amphétamines peuvent également agir de manière analogue et, dans certaines conditions de consommation, provoquer des illusions des sens ou de sérieuses modifications psychiques. En conséquence, ces substances sont fréquemment considérées comme des hallucinogènes. Nous ne traitons ici en détail que des hallucinogènes «classiques»: le LSD, la psilocybine (les champignons hallucinogènes), la mescaline ainsi que quelques autres plantes possédant des substances psychoactives (l’amanite tue-mouches et les solanacées). Quelques hallucinogènes de synthèse, les «Designer Drugs» (DOM) ainsi que les PCP (phéncyclidine) et la kétamine ne sont que brièvement abordés. s Considérations historiques Les hallucinogènes végétaux: onguents de sorcières et champignons magiques L’histoire de l’emploi des hallucinogènes végétaux en Suisse n’a pas été très étudiée. Le rôle qu’ont joué les champignons, les herbes, les baies, etc. contenant des substances psychoactives dans les rituels religieux ou la médecine populaire n’est pas clair. On peut toutefois supposer que l’amanite tue-mouches, l’ergot de seigle ou les «remèdes de sorcières» (par exemple des pommades préparées à partir de jus- Cactus peyotl Cactus Epithelanta «faux peyotl» Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies, Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35, Fax 021 321 29 40 info-drogues quiames, de belladones, de daturas et de racines de mandragores) figuraient dans l’arsenal des guérisseurs et des bonnes femmes du temps de nos ancêtres. Bien qu’associées à des rites sacrés, à la magie noire ou à des rituels de guérisseurs, les substances hallucinogènes n’étaient jamais employées de manière incontrôlée mais toujours sour la direction de prêtres, de guérisseurs et de «sorciers» experts en drogues. hallucinogènes et champignons magiques Les chercheurs suissses jouent le rôle de pionniers La Suisse occupe une position privilégiée dans l’histoire de la recherche sur les hallucinogènes ainsi que sur leur fabrication de synthèse et de synthèse partielle. C’est ainsi que le LSD fut découvert en 1943 par le chimiste bâlois A. Hoffmann et que la psilocybine a été très tôt analysée et synthétisée en Suisse. Des essais de psychothérapies employant des hallucinogènes (psycholyse) ont également été entrepris. Le LSD: la drogue hippie En Suisse, l’emploi non-médical des hallucinogènes est devenu un «problème de drogues» spécialement dans les années soixante, lorsque le mouvement hippie des Etats-Unis est arrivé en Europe. Le LSD, en particulier, a été propagé (entre autres par des gourous de la drogue comme Timothy Leary) comme étant une drogue capable d’élargir le champ de la conscience. Il était consommé par les adhérents aux underground de la drogue. Pour beaucoup d’adolescents et de jeunes adultes l’«acid» (mot anglais pour acide, désigne le LSD) représentait le symbole de protestation contre la culture bourgeoise et contre la guerre du Vietnam. Interdit en Suisse depuis 1973 Dès 1951, les substances psychoactives ont été soumises à des contrôles particuliers en raison de leur analogie avec les stupéfiants. Elles étaient toutefois encore légalement en vente comme médicaments contre la migraine et comme soutien lors de traitements psychothérapeutiques. L’utilisation des hallucinogènes est finalement interdite depuis le 9 mai 1973, suite à la modification de la loi fédérale sur les stupéfiants. Les hallucinogènes (en particulier le LSD) ont été valorisés, en tant que substances capables d’élargir la conscience, dans les années 60 et au début des années 70 par les gourous de la drogue tels que Timothy Leary. (Photo: archives ISPA) 1 à 2 pour-cent des intéressés n’ont indiqué consommer des hallucinogènes classiques chaque mois. En Suisse, le nombre de consommateurs et consommatrices d’hallucinogènes est estimé à environ 50 000. s Emploi actuel La consommation des hallucinogènes Des enquêtes sur la consommation de drogues des 15 à 20 ans en Suisse ont révélé qu’au maximum 6 à 7% ont essayé des hallucinogènes au moins une fois. 1,7% des jeunes interrogés ont dit avoir utilisé ces drogues au cours du mois précédent, les hommes en ayant consommé beaucoup plus souvent que les femmes. Lors des sondages réalisés auprès des recrues entre 1971 et 1993, environ 1 pour-cent des recrues questionnées ont déclaré avoir utilisé des drogues dures (y compris des hallucinogènes) plus de dix fois. Lors d’enquêtes menées entre 1986 et 1994 auprès de jeunes âgés de 15 à 16 ans, jamais plus de Relativement peu d’interpellations Comparée à l’utilisation du cannabis ou de l’ecstasy, la consommation des hallucinogènes classiques ne semble pas jouer de rôle important chez les jeunes. Pour preuve, on peut citer le nombre nettement moins élevé d’interpellations pour cause de consommation de LSD et autres hallucinogènes (environ 2000 en 1995) en comparaison avec les délits enregistrés par la police pour cause d’utilisation de cannabis ou d’héroïne (20 000, respectivement 18 000 interpellations). 80% des jeunes interpellés avaient entre 18 et 24 ans. Les hallucinogènes sont très souvent utilisés en complément à la consommation de cannabis et d’amphétamines. Les combinaisons de «Designer drugs» avec des drogues stimulantes («speed») et des hallucinogènes se retrouvent particulièrement souvent. En Suisse, la cueillette des champignons régionaux contenant de la psilocybine ou la culture de champignons hallucinogènes mexicains devraient être plutôt rares. naline, adrénaline, sérotonine) pourrait expliquer la faculté de perception extrêmement poussée et les sens surexcités lors de la consommation d’hallucinogènes. Des examens ont montré que les principes actifs des hallucinogènes se lient principalement aux récepteurs de sérotonine. Dans le monde entier, plus de cent plantes contiennent de telles substances psychoactives. Une multitude d’entre elles ont pu être chimiquement synthétisées. Le LSD (acide diéthylamine-lysergique) Le LSD est une substance de synthèse partielle, obtenue le plus souvent à partir de l’alcaloïde indolique de l’ergot. Il se trouve dans les champignons de l’épi de seigle et dans des herbes sauvages. Si l’on dispose des matières de base, la fabrication des dérivés de synthèse partielle de l’acide lysergique ne présente pas de problème, même dans des laboratoires illégaux. La psilocybine (les champignons hallucinogènes) L’espèce de champignons psilocybes compte plus de 80 sortes (entre autres, les psilocybes, les teonanacatl) de la famille des champignons à lamelles ou agarics. Sa substance active principale est un dérivé de la tryptamine. La psilocybine et la psilocine ont une structure chimique commune avec le LSD et elles déploient des effets psychoactifs semblables. La mescaline En Amérique centrale, en particulier, poussent des variétés de plantes cactées contenant des substances actives hallucinogènes. La plus connue est le cactus peyotl sans épines qu’on appelle aussi «le cactus hallucinogène du Mexique» (de l’aztèque s Les hallucinogènes et leurs principes actifs Le système limbique du cerveau, dans lequel naissent les sensations et où sont traités les sentiments de plaisir et de déplaisir, réagit particulièrement fortement aux différents principes actifs des hallucinogènes. La ressemblance structurelle de ces substances avec les principaux neurotransmetteurs du cerveau (dopamine, noradré- info-drogues peyotl) en raison de son origine principale. Son principe actif prédominant est un alcaloïde psychoactif appelé mescaline, qui a déjà été synthétisé au début de ce siècle. hallucinogènes et champignons magiques La psilocybine (les champignons magiques) Les champignons contenant de la psilocybine poussent principalement en Amérique centrale et en Amérique du Sud, on en trouve cependant aussi en Europe et en Suisse. La cueillette des psilocybes dans le Jura est depuis peu à nouveau à la mode. Beaucoup de psilocybes exotiques peuvent être cultivés en Suisse. Des doses efficaces commencent avec 3 à 6 mg de substance pure. Selon la dose et la façon de la prendre (la plupart du temps avalée, mais mencent après 1 à 2 heures. La durée d’action est la plupart du temps de 8 à 12 heures. Les autres hallucinogènes végétaux L’amanite tue-mouches (Amanita muscaria) compte parmi les hallucinogènes végétaux les plus connus. Elle pousse également en Suisse. En plus de la muscarine, ce sont avant tout l’acide ibotémique et le muscimol qui sont responsables des effets stupéfiants spécifiques de ce champignon (que l’on trouve aussi dans la noix de muscade). La famille des solanacées (la belladone, la mandragore, la jusquiame, la stramoine) contient des alcaloïdes psychoactifs tels que l’atropine et la scopolamine. Les «Designer Drugs» La plupart des hallucinogènes peuvent être (re)produits synthétiquement en laboratoire. Et en apportant des modifications chimiques minimes on obtient de nouvelles drogues. Ces «Designer Drugs» combinent les effets stupéfiants désirés et, comme nouveaux produits, ne tombent pas sous le coup de la loi fédérale sur les stupéfiants tant qu’ils n’ont pas été interdits. Les abréviations comme DOM ou DOB désignent généralement des dérivés d’amphétamines avec des propriétés hallucinogènes puissantes (analogues à la mescaline). Le PCP et la kétamine Le PCP (phéncyclidine) est un narcotique puissant produisant des effets hallucinogènes. Etant un composé cyclohexyl et un dérivé de pipéridine, le PCP est techniquement facile à synthétiser en laboratoire. La kétamine, le narcotique chimiquement parent, est une substance analogue au PCP. Les autres hallucinogènes végétaux Les amanites tue-mouches sont mangées fraîches, elles sont cependant aussi souvent séchées et fumées, ou cuites et bues en décoction. La consommation entraîne des effets hallucinogènes après 1 à 3 heures. Ceux-ci sont souvent accompagnés d’états d’anxiété. Aujourd’hui l’amanite tuemouches n’est plus que rarement utilisée comme hallucinogène en raison de ses effets secondaires graves et des risques d’empoisonnement. Les solanacées cultivées en Suisse sont également très toxiques, elles sont toutefois utilisées comme composants dans certains médicaments. Les hallucinogènes de synthèse /Les «Designer Drugs» Les hallucinogènes de synthèse tels que le DOM sont considérablement plus efficaces que leurs parents végétaux. Leur absorption est également plus risquée étant donné que le spectre entre un dosage normal et une overdose est très restreint. Avaler quelques milligrammes suffit pour parvenir à une défonce démesurée de plus de 24 heures. Cela vaut également pour le DOB qui est proposé sous forme de trip-papier ou de microtablettes, comme un genre de «super LSD». Le DMT à action brève agit déjà après quelques minutes avec une défonce intense mais de courte durée. Le PCP («poudre d’ange») et la kétamine Jusque dans les années soixante, le PCP existait comme stupéfiant admis sur le marché pharmaceutique. Il n’est ensuite autorisé que dans le «tranquillisant pour éléphants» en médecine vétérinaire. Puis, après de multiples transformations, il devient la «poudre d’ange» («Angel Dust») avalée, fumée et sniffée dans le milieu de la drogue américaine des années septante. La kétamine («K») est un anesthésique, délivré sur ordonnance, qui possède aussi des propriétés hallucinogènes. Fumée, sniffée ou injectée à raison de 20 à 150 mg, elle produit des effets hallucinogènes. s Les formes d’utilisation, le commencement de l’effet et la durée de l’effet Le LSD («acid») Le LSD est fréquemment proposé sur des supports tels que du papier buvard ou du carton imprimé. Des morceaux de sucre imprégnés ou des petites tablettes sont d’autres alternatives. Le dosage et le degré de pureté de ces «trips» sont très variables. La dose efficace se situe entre 0,02 et 0,05 mg. Des symptômes physiques comme des battements de coeurs plus rapides, la diminution de la tension artérielle et des bouffées de chaleur apparaissent 20 à 60 minutes après l’absorption. Des sensations de vertige et des troubles moteurs sont aussi possibles. Les premiers effets psychiques se manifestent 1 à 3 heures après l’ingestion et peuvent durer de 5 à 12 heures. aussi sniffée, (Illustration: destruct) fumée ou injectée), la concentration de psilocybine dans le cerveau atteint son maximum après 10 à 30 minutes. Les effets physiques (somnolence, diminution de la tension artérielle) apparaissent plus tôt que les effets hallucinogènes. L’action disparaît plus rapidement (après 6 à 8 heures) qu’avec le LSD. La mescaline Le cactus peyotl, d’origine mexicaine, est le fournisseur le plus fréquent de la substance psychoactive mescaline. Des cultures indigènes ne sont pas à exclure. Les têtes coupées du cactus sont mangées fraîches ou séchées pour être fumées. Les indiens d’Amérique centrale et du Sud, chez lesquels le champignon est devenu l’objet d’un culte, consomment fréquemment le champignon en décoction. Les symptômes physiques (semblables à ceux provoqués par le LSD) peuvent déjà apparaître 15 à 30 minutes après l’absorption. Les effets de défonce hallucinogène com- s Les effets sur le physique et le psychisme Selon le dosage, les circonstances de la consommation, la structure de la personnalité et la disposition psychique du moment, les hallucinogènes peuvent causer des modifications profondes de la conscience et de la perception de l’espace et du temps. Ils peuvent également provoquer un dérèglement positif (expériences mystiques) ou négatif (horrortrip) du moi. Les effets suivants peuvent être considérés comme caractéristiques pour toutes les drogues hallucinogènes : info-drogues hallucinogènes et champignons magiques s La prévention Etant donné le potentiel de risques élevé des hallucinogènes, la recommandation générale de s’abstenir d’en consommer doit être accompagnée d’une stratégie de prévention spécifique centrée sur les substances. Il s’agit également de chercher des alternatives, moins dangereuses, de se défoncer. la consommation d’hallucinogènes expose ces personnes au risque de voir se déclarer des maladies psychiques latentes. Ici aussi des troubles du métabolisme dans le cerveau peuvent jouer un rôle. L’utilité quasithérapeutique d’expériences sous hallucinogènes peut être indiquée, dans des cas spécifiques, pour déceler des conflits psychiques. Elle ne devrait toutefois pas être une raison pour des «psychotrips» aventureux. Le chimiste bâlois Albert Hofmann a découvert en 1943 la drogue de synthèse LSD. (Photo: Keystone) Les effets physiques – accélération du pouls, puis ralentissement – diminution de la tension artérielle – crise d’étouffement – variations de la température du corps, transpiration accrue – troubles dans les mouvements et troubles de l’équilibre – nausées, vomissements et crampes d’estomac (lors d’intoxications par les champignons) – rigidité des pupilles, irritation de la peau (lors d’intoxications par atropine) – overdose: peut mettre la vie en danger – cause du décès: surchauffes, arrêts circulatoires des reins, du foie, du cœur. Les effets psychiques – visions (illusions visuelles), entendre des voix, hallucinations du goût et des odeurs – modification et stimulation de la vie affective. Dérèglement positif du moi: – loquacité accrue, franchise – expériences de transe et expériences religieuses/mystiques – expériences de l’extase – concentration médiative. Dérèglement négatif du moi: – confusion – réduction de la perception, de la concentration, de l’attention – raisonnement inconstant, étourderie – perte angoissée de l’autocontrôle et du contrôle de la réalité – sentiments négatifs, agressivité – états d’agitation et de délire («horrortrips» et dépression – réactions psychotiques lorsqu’il y a eu des dérangements psychiques antérieurs – symptômes de défonce même en l’absence de prise de drogue («aprèsvoyages», effet d’écho, flash-back) – dépendance psychique (agitation intérieure besoin de consommer de la drogue). L’utilisation des hallucinogènes: un «mauvais» risques Les hallucinogènes contiennent des substances psychoactives très puissantes qui représentent un potentiel élevé de dangers. Un emploi contrôlé ne semble pas pensable, ou alors seulement sous la direction d’experts et dans des cadres rituels. Des fautes minimes de dosage peuvent causer les «dérèglements négatifs du moi» traumatisants susmentionnés, même si les autres conditions de consommation sont «optimales». En outre, nombreux sont les risques que la recherche n’a pas encore pu établir concernant les effets consécutifs au niveau du cerveau, à moyen terme et à long terme. Finalement, la qualité de la drogue achetée n’est, la plupart du temps, pas évaluable du fait des conditions toujours changeantes sur le marché noir. Et les mélanges d’hallucinogènes avec d’autres drogues (alcool, cannabis, amphétamines) peuvent provoquer des «voyages» incontrôlables. Tous ces «mauvais» risques s’accumulent pour former un potentiel considérable de dangers, dont seule une non-utilisation stricte des hallucinogènes peut protéger. Il est donc totalement déconseillé de consommer des drogues hallucinogènes. L’overdose, le danger d’accident et les effets d’écho Bien qu’il n’existe pas d’indications précises relatives à une dépendance physique aux hallucinogènes, à l’usage, une formation de tolérance apparaît, c’est-à-dire que le dosage doit être toujours plus élevé pour parvenir aux mêmes effets. En augmentant toujours plus les quantités pour vivre des expériences toujours plus intensives, on s’expose à des dangers d’intoxications aiguës. De plus, dans notre société hautement sophistiquée, il n’est pas rare que ces overdoses provoquent des accidents graves. L’issue fatale lors de surdoses est généralement de nature indirecte, par exemple des suicides dus à des hallucinations de vol (en sautant par la fenêtre, etc.). Les effets d’écho, très fréquents longtemps après l’arrêt de la consommation d’hallucinogènes (des mois, des années) comptent également parmi les conséquences incalculables des trips. Il s’agit ici de brèves répétitions épisodiques des états de défonce. Danger pour les psychismes fragiles Les personnes ayant un psychisme fragile devraient particulièrement s’abstenir de consommer des hallucinogènes. En effet, L’horrortrip en mangeant des champignons La prévention spécifique centrée sur les substances doit informer sur les risques d’intoxications dues à l’ingestion de champignons hallucinogènes. Ces champignons peuvent être ramassés dans le Jura en automne : pas d’amanites tue-mouches ni de psilocybes dans le ragoût si l’on veut éviter des horrortrips involontaires! Chercher des «alternatives de défonce» La prévention devrait également recourir à d’autres stratégies de prévention non spécifique. La recherche explicite de défonce semble être une raison prédominante lors de l’emploi d’hallucinogènes et elle peut engendrer une dépendance psychique à ces drogues. Le désir du consommateur de se «déconnecter» temporairement, de se sentir «high» et de se transporter dans d’autres états de conscience ne devrait pas être simplement ignoré. Une offre de «défonces» alternatives comportant moins de risques mais capables de satisfaire le besoin de sortir du quotidien pourrait être une stratégie de prévention prometteuse pour réduire la consommation de drogues élargissant le champ de la conscience («pédagogie de l’aventure»). L’offre pourrait, par exemple, s’étendre aux domaines du sport et des loisirs avec du Bungee-jumping (le saut à l’élastique), des concours de skateboard, etc. Un flyer, destiné aux jeunes, peut être également obtenu à l’ISPA. Si vous désirez d’autres exemplaires gratuits de ce dossier, veuillez envoyer une enveloppe C5 adressée à votre nom et affranchie à Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies, Case postale 870, 1001 Lausanne, Téléphone 021 321 29 35 Les risques physiques de la consommation à long terme – développement de la tolérance envers le produit consommé et les autres hallucinogènes – troubles chroniques de la vue (flask-back durables) – chromosomes endommagés et atteintes possibles au fœtus, scientifiquement toutefois contestés. info-drogues ecstasy Dans ce dossier sur l’ecstasy de l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), nous vous proposons d’analyser la composition chimique de cette drogue pour aborder ensuite les effets de sa consommation. Puis nous tenterons d’évaluer le potentiel de dépendance de cette drogue et pour terminer, nous nous pencherons sur la toile de fond historique qui a présidé à son émergence. L’ecstasy, appelé aussi Adam, XTC ou E est une substance synthétique dont l’abréviation chimique est MDMA (3,4-méthylendioxy-N-méthylamphétamine). Bien que l’on trouve le mot amphétamine dans sa formule et que le MDMA stimule le système cardiovasculaire, il ne fait pas partie de la famille des amphétamines. Du fait qu’il modifie légèrement les expériences sensorielles et l’état de conscience, on le classait jusqu’à récemment parmi les hallucinogènes. En Suisse, depuis 1993, le MDMA est classé parmi les entactogènes. Les entactogènes modifient l’état de conscience, désinhibent émotionnellement, valorisent la conscience de soi et abolissent les barrières de la communication. Les entactogènes ne modifient pas aussi intensément la perception de la réalité que, par exemple, le LSD, hallucinogène puissant. Mais, davantage que toutes les autres substances, elles peuvent induire une certaine exploration de sa propre vie psychique. Ces effets ont été mis à jour lors d’essais psychothérapeutiques effectués avec du MDMA. Sur le marché illégal, les substances les plus diverses sont vendues sous le nom d’ecstasy: on les trouve sous forme de tablettes ou de gélules. Des analyses effectuées en Grande-Bretagne et en Hollande ont révélé que ce qui est vendu sous le nom d’ecstasy ne contient pas toujours uniquement du MDMA, mais est souvent mélangé à des hallucinogènes (L.S.D.) et à des produits dopants comme la caféine ou les amphétamines. De plus, on vend également sous le nom d’ecstasy des substances proches du MDMA comme le MDA et le MDE (également connu sous le sigle de MDEA) dont les effets sont très semblables au «véritable» ecstasy. Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies, Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35, Fax 021 321 29 40 Ecstasy – du carburant pour l’âme et pour les jambes La drogue est consommée sous forme de tablettes ou de gélules. En Suisse, l’ecstasy est de plus en plus apprécié et utilisé par la «techno-culture» et la «house-culture» dans des «parties» du même nom pour ses propriétés qui vont de l’augmentation des performances à l’élargissement de la conscience. Ces «parties» où l’on danse toute la nuit au rythme de la musique techno ou house sont aujourd’hui les lieux où l’ecstasy est le plus consommé. Il apparaît qu’en Suisse, l’ecstasy est surtout consommé par des jeunes socialement intégrés. A ce jour, il n’existe aucune donnée fiable quant à l’ampleur exacte de cette consommation parmi les jeunes. Testé en psychothérapie Suivant en cela une recommandation des autorités sanitaires américaines, une étude clinique sur les effets de l’ecstasy dans un cadre thérapeutique a été effectuée entre 1980 et 1983. Toutes les personnes qui ont participé à cette étude ont fait l’expérience de changements positifs de leurs sentiments ou de leur comportement. Sous l’influence de l’ecstasy (100 mg de MDMA), beaucoup d’entre elles ont trouvé plus facile de se mettre au diapason d’autres personnes et de converser de manière ouverte et détendue. Toujours sous l’influence de l’ecstasy, les personnes testées trouvaient plus faciles de comprendre leur propre situation et de trouver des solutions à leurs problèmes personnels. Elles se sentaient également plus éveillées et éprouvaient des sentiments tendres et euphoriques. D’autres effets connus de l’ecstasy sont une augmentation de la fréquence des pulsations cardiaques et de la température du corps. Sous sa forme pure, l’ecstasy n’a qu’un faible effet hallucinogène: de fortes hallucinations acoustiques et visuelles proviennent du coupage de l’ecstasy avec du L.S.D. Presqu’impossible d’éviter les effets secondaires Les effets de l’ecstasy interviennent entre 20 et 60 minutes après son absorption et durent entre trois et quatre heures. Pour éviter de ressentir des effets atténués ou des effets négatifs, les «connaisseurs» ne consomment pas simultanément de l’alcool et de l’ecstasy. L’effet du MDMA s’atténue également s’il est pris régulièrement plusieurs jours de suite (effet de tolérance). L’étude américaine mentionnée a également mis en évidence les effets négatifs de l’ecstasy. La plupart des personnes qui ont participé à l’étude ont mentionné une crispation des muscles maxillaires. De plus, après la dissipation des effets de la drogue, elles se sont senties épuisées. Quelques personnes ont, par la suite, eu des problèmes d’endormissement. Elles avaient également des maux de tête et des tremblements au niveau des yeux. De plus, certaines personnes ont été prises de nausées, alors que d’autres ont mentionné des effets émotionnels négatifs comme de la nervosité, des sentiments dépressifs et des états confusionnels. Dans les techno-parties, la frontière entre ivresse et épuisement est ténue Les médias se sont récemment fait l’écho de consommateurs d’ecstasy qui se seraient évanouis sur des pistes de danse. Il a été établi que ces évanouissements étaient dus principalement au fait que les victimes avaient beaucoup trop chaud. Il est très probable que ces accidents ne soient pas causés uniquement par l’ecstasy; il faut également tenir compte du contexte de la consommation de cette drogue. La combinaison musique-lumière-ecstasy peut conduire à un état de transe au cours duquel on danse et on transpire des heures durant sans boire suffisamment ce qui mène à un état de déshydratation. Cette déshydratation ainsi que la température souvent trop élevée des locaux ont pour conséquence une surchauffe du corps et, dans le pire des cas, un coup de chaleur. Lorsque le marathon de danse tourne au drame Etant donné que la drogue étouffe les signaux d’alarme émis par le corps tels que maux de tête, vertiges, soif, malaise ou épuisement, les personnes concernées ne se rendent pas compte à temps de leur état et elles ne sont pas non plus en mesure d’agir de manière adéquate pour éviter l’évanouissement. Le court-circuitage des signaux d’alarme dû à l’ecstasy est particulièrement dangereux pour les personnes qui souffrent de problèmes cardiaques ou d’asthme. Les laboratoires clandestins d’ecstasy fabriquent des cocktails dangereux Du fait de l’illégalité de cette drogue, les consommateurs d’ecstasy ne savent pas ce qu’ils achètent et souvent, les dealers eux-mêmes ne savent pas exactement ce qu’ils vendent. Il n’est pas rare que l’ecstasy soit coupé avec d’autres drogues comme, par ex., du speed et/ou du L.S.D. Ce genre de mélange peut induire des «mauvais voyages» (état d’angoisse aigu pendant toute la durée de l’effet de la drogue) ou d’autres expériences désagréables. Faire des expériences inhabituelles peut être enrichissant mais peut aussi provoquer des crises graves Même sous l’influence d’ecstasy pure (non coupée), il se peut que les consommateurs soient submergés par une avalanche de sentiments qu’ils n’arrivent plus à contrôler. Des événements refoulés, désagréables ou traumatisants peuvent alors refaire surface avec, comme conséquence possible, le fait que les personnes concernées se sentent oppressées et déprimées. Une étude américaine conduite sur des animaux (singes, chiens, rats et souris) est arrivée à une conclusion inquiétante: l’ecstasy pourrait provoquer des dégâts cérébraux irréversibles. A ce jour, ce genre de conséquence n’a pas pu être prouvée chez l’homme, et l’on sait bien que les expériences faites sur les animaux ne peuvent pas être transposées telles quelles sur l’être humain. Comme pour beaucoup d’autres substances, l'emergence d’effets négatifs dépend bien sûr du dosage. Ainsi, la dose habituelle de 100 mg de MDMA ne provoquerait que des changements cérébraux temporaires. Chez le singe, des dégâts irréversibles ont toutefois été constatés à partir de 500mg déjà. Peut-on devenir dépendant de l’ecstasy? En règle générale, l’ecstasy ne provoque pas de manque physique pour autant que le MDMA ne soit pas mélangé à d’autres drogues ayant un certain potentiel de dépendance physique. Mais l’ecstasy, particulièrement en capsule, peut facilement être mélangé à d’autres substances car il suffit de dévisser la capsule pour y introduire d’autres produits. Par contre, l’on ne peut nier qu’il existe un certain danger de dépendance psychique qui se traduit par le sentiment de ne pouvoir être vraiment bien qu’avec de l’ecstasy. Les consommateurs réguliers doivent petit à petit augmenter leur dose pour ressentir les effets de la drogue, mais l’augmentation du dosage a certainement aussi une importante composante psychique. De plus, des dosages plus élevés accentuent les effets secondaires négatifs de l’ecstasy comme les nausées, les crampes, les sentiments dépressifs et la peur. Comment un «bide» pharmacologique se transforme en drogue à la mode En 1914, une entreprise pharmaceutique allemande fit breveter le MDMA comme médicament coupe-faim. Mais ce médicament n’arriva jamais sur le marché, car d’étranges effets secondaires furent découverts, et il sombra dans l’oubli. Il refit surface en 1970 seulement aux Etats-Unis où un petit nombre de psychiatres l’utilisèrent comme adjuvant thérapeutique. Certaines personnes friandes d’expériences nouvelles en agrémentèrent leurs loisirs alors que d’autres l’utilisèrent pour méditer. En Suisse aussi, le MDMA fut utilisé dans le cadre d’essais thérapeutiques jusqu’en 1993, année où ils ont été suspendus. En 1985, aux Etats-Unis, le MDMA qui, entre-temps avait revêtu le nom plus commercial d’ecstasy a été placé sur la liste des substances dangereuses et interdit. En Suisse, c’est en 1986 que la consommation et le commerce de MDMA ont été déclarés illégaux. En Europe, l’émergence de l’ecstasy est fortement liée à la mode de la musique «techno» et «house» des années 80. A la même époque, en Angleterre, d’immenses parties «techno» ou «house» (appelées également «raves») étaient organisées dans des entre- Au cas où... Si des jeunes se rendent à des «techno-parties»: Vous êtes enseignant ou parent d’un jeune: sachez que l’on peut aussi bien s’amuser dans ces «parties» sans consommer de drogues. Le fait qu’un jeune fréquente ce genre d’événement ne veut pas forcément dire qu’il prend des drogues. Vous avez le sentiment ou vous êtes sûr que ces sorties nocturnes vont de pair avec la consommation d’ecstasy: Certains signes tels qu’un état d’épuisement extrême, des douleurs au niveau des reins, une perte d’appétit, des sautes d’humeur ou des états d’angoisse peuvent être des effets secondaires découlant de la consommation d’ecstasy. Ce qu’il faut faire: – rester calme, éviter les réactions intempestives – consommer une fois une drogue ne veut pas dire en être dépendant – continuer de dialoguer! – ne pas minimiser la prise d’ecstasy – parler des risques et indiquer ce qu’on peut faire pour les réduire: boire régulièrement de petites quantités de boissons sans alcool (un demi-litre par heure); si l’on danse, faire de nombreuses pauses et aller respirer de l’air frais; prendre la dose minimale de MDMA. – chercher de l’aide auprès de tierces personnes. pôts vides et squattés ou en plein air. En plus du haschisch et d’autres drogues, on y consommait déjà de l’ecstasy. Dès ce moment-là, l’ecstasy se propagea dans toute l’Europe, Suisse comprise, particulièrement comme drogue liée aux «parties». Des flyers d’information pour les jeunes, ainsi que des affiches et un «guide pour les organisateurs de soirées» ont été réalisés. A demander à l’ISPA. Si vous désirez d’autres exemplaires gratuits de ce dossier, veuillez envoyer une enveloppe C5 adressée à votre nom et affranchie à Si vous avez besoin d’aide ou si vous désirez d’autres informations, adressez-vous à l’ISPA, CP 870, 1001 Lausanne, tél.: 021 321 29 11. Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA) CP 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35 info-drogues cocaïne La cocaïne passe pour être la drogue stimulante par excellence. Contrairement à l’injection d’héroïne, le fait d’aspirer par le nez (sniffer) une ligne de coke soigneusement préparée n’est généralement pas associé au monde de la drogue et des «junkies» mais évoque plutôt l’image de mannequins et de managers chics à la recherche de ce «plus» que peut apporter cette drogue associée à un style de vie particulier. Cela n’est pas par hasard car l’effet stimulant de la cocaïne semble permettre un fonctionnement parfait dans une société centrée sur la performance. Mais quels sont exactement les effets de la cocaïne? Produit-elle une dépendance physique et psychique? Quels peuvent en être les effets négatifs? Que peut-on faire en matière de prévention? La cocaïne, une drogue stimulant la performance La cocaïne fait partie des stimulants, c’est-à-dire du groupe des substances psychoactives dont l’action peut être qualifiée d’excitante et qui augmentent les performances. Elle est l’une des drogues dont les effets sont les plus puissants et elle possède un potentiel fortement addictogène. Dans les pays industrialisés, la cocaïne était d’abord une drogue prisée par la classe dominante et parfois par la classe moyenne. Les prix ayant progressivement baissé, la palette des consommateurs s’est élargie. Les «variantes bon marché» telles que le crack ou d’autres formes de cocaïne à fumer («freebase») ont également contribué à modifier le marché. En comparaison avec les États-Unis, ces variantes n’ont cependant pas connu une grande diffusion en Europe. Depuis sa première apparition, la cocaïne a connu plusieurs «vagues». La dernière se déroule sous nos yeux et peut être vue comme le signe d’une époque où tout va très vite, où l’accent est mis sur la satisfaction d’exigences élevées et sur la performance; une époque qui pousse à la consommation de substances psychotropes telles que la cocaïne ou les amphétamines. La cocaïne relève de l’article 19 de la Loi sur les stupéfiants qui, comme pour d’autres drogues, interdit sa fabrication, sa vente, sa transformation, sa mise en circulation et sa consommation. Une substance tirée des feuilles de coca La cocaïne provient des feuilles de coca. Les feuilles séchées de l’arbre à coca contiennent 0,2 à 1,3% d’alcaloïdes. Principal agent actif, la cocaïne représente environ 80% des alcaloïdes contenus dans ces feuilles. Par un procédé chimique, cet alcaloïde peut être extrait de la plante et transformé, en plusieurs étapes, en hydrochloride de cocaïne pour en faire d’abord du «gravier» (jaune-brun), puis de la «neige» (cristaux blancs, Champ de coca: la plante dont est tirée la cocaïne prospère essentiellement en Colombie, en Bolivie et au Pérou. (Foto: Keystone) Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35 info-drogues inodores, floconneux), qui comportent jusqu’à 90% de principe actif. Chez nous, la forme de cocaïne la plus courante sur le marché noir est l’hydrochloride de cocaïne, généralement «coupé» à l’aide de divers produits destinés à augmenter la marge bénéficiaire des trafiquants. La plupart du temps, il ne subsiste qu’environ 20% de cocaïne pure. cocaïne La cocaïne en Suisse En Suisse, le nombre de consommatrices et consommateurs réguliers de drogues dures (d’héroïne et de cocaïne en particulier) est estimé à environ 60’000, dont la moitié – c’est-à-dire 30’000 – doivent être considéré-e-s comme dépendant-e-s. Dans le cadre de l’Enquête suisse sur la santé 1997/98, 3% des jeunes de 15 à 39 ans ont indiqué avoir consommé une fois au moins de la cocaïne (hommes: 4%, femmes: 2%). Une comparaison avec l’Enquête suisse sur la santé 1992/93 montre que la consommation de cocaïne tend à augmenter très nettement. Par ailleurs, le nombre de dénonciations pour consommation de cocaïne a connu lui aussi une croissance continue au cours des dernières années – passant de 4’000 en 1990 à plus de 10’000 en 1998 –, ce qui est un indice supplémentaire de la diffusion croissante de cette drogue dure stimulante. Laboratoire de fabrication d’hydrochloride de cocaïne prêt à l’emploi. est de l’ordre de 10 à 30 milligrammes, les consommateurs/trices chroniques ayant besoin d’une dose pouvant aller jusqu’à 100 milligrammes. Les dosages de crack ou de freebase à fumer sont de l’ordre de 50 à 250 milligrammes. En revanche, il est difficile de déterminer avec exactitude la dose moyenne de cocaïne en cas d’injection; elle se situe probablement autour de 10 milligrammes en moyenne, mais peut aller de 2 à 16 milligrammes. Ce mode de consommation est particulièrement dangereux. La cocaïne est métabolisée rapidement par l’organisme. Sa demi-vie d’élimination du corps est de l’ordre de 90 minutes et sa présence dans le corps ne peut plus être dépistée quelques jours plus tard. Particulièrement lorsqu’il s’agit de doses faibles ou moyennes, les effets psychologiques de la cocaïne sont étroitement liés aux attentes individuelles, à l’ambiance générale et au contexte dans lequel la consommation a lieu. La cocaïne a essentiellement une action stimulante sur les plans physique et mental. L’effet psychique typique est une sensation d’euphorie. Au niveau physique, la consommation de cocaïne induit une élévation de la glycémie et de la température corporelle, une accélération du rythme cardiaque et une augmentation de la pression artérielle – le corps se met en situation d’activité. Elle atténue aussi la sensation de faim. En cas d’usage prolongé, la perte de poids peut être très importante («drogue des mannequins»). La cocaïne est en outre considérée comme un stimulant sur le plan sexuel (aphrodisiaque), mais son abus prolongé conduit à un désintérêt vis-à-vis de la sexualité et à l’impuissance. A doses élevées ou très élevées, elle provoque (Foto: Keystone) des hallucinations, voire des épisodes psychotiques comportant généralement un vécu paranoïde (sentiment de persécution). A très hautes doses, elle peut aussi induire des états d’angoisse. Une «récompense non méritée» La cocaïne agit indirectement (contrairement à l’héroïne) sur le centre du plaisir du système limbique cérébral. Différents indices permettent de penser qu’elle bloque la transmission de la dopamine en inhibant sa recapture par les cellules nerveuses, ce qui entraîne un excès de dopamine dans les synapses. Au niveau moléculaire, cette concentration de dopamine induit une série de processus dont on pense qu’ils sont à l’origine de l’impression qu’a la consommatrice ou le consommateur d’être en mesure de réaliser des exploits et de tout réussir. Tout comme d’autres drogues, elle apporte ainsi une «récompense non méritée» en ce sens qu’elle n’est pas le fruit d’un véritable effort. Aussi les personnes qui en consomment souvent risquent-elles de «désapprendre» leurs comportements sociaux. Elles paraissent alors superficielles, insensibles, asociales et incapables de se maîtriser, voire agressives. Dosage et effets La cocaïne (plus précisément: l’hydrochloride de cocaïne) peut être sniffée, injectée, voire même mangée. Soumise à certaines transformations chimiques, on peut également la fumer (c’est le cas du crack ou du freebase). Lorsqu’elle est sniffée, la cocaïne passe par les muqueuses nasales et produit son effet après 3 minutes environ, tandis que ce dernier se manifeste en quelques secondes lorsqu’elle est fumée ou injectée. Lorsque la cocaïne est sniffée, la phase d’euphorie dure en moyenne 30 minutes, cette durée n’étant que de 5 à 10 minutes si elle est fumée et plus courte encore si elle est injectée. La dose moyenne sniffée A base de cocaïne: le crack et le freebase Le crack est produit en mélangeant et en chauffant des cristaux d’hydrochloride de cocaïne et de la poudre à lever. Lorsqu’elles brûlent, les boulettes blanches issues de ce procédé émettent des craquements – d’où le nom de crack. Le freebase est le produit d’une réaction chimique avec de l’ammoniaque au cours de laquelle l’hydrochloride de cocaïne se désagrège pour produire une substance fumable. Le freebase est un produit beaucoup plus pur que le crack. Consommation et dépendance L’usage de la cocaïne varie d’une consommation occasionnelle à une consommation compulsive, voire chronique. Même si une personne pense pouvoir prendre de la cocaïne de manière «contrôlée», elle risque de devenir peu à peu dépendante de cette drogue stimulante. Par ailleurs, il semble que fumer du crack ou du freebase induise plus rapidement une dépendance que de sniffer de la coke. Certaines personnes affirment même que info-drogues le point de non retour peut être atteint après avoir consommé du crack 5 à 6 fois, voire même une seule fois. En outre, plus on débute sa consommation jeune, plus on risque de développer une dépendance à la cocaïne. Cette drogue a des effets très puissants, mais qui ne durent pas très longtemps. De ce fait, les mécanismes conduisant de l’usage occasionnel à un besoin impérieux de consommer peuvent fonctionner de manière brutale. Cela explique également le fort potentiel addictogène de la cocaïne. Lorsque la brève sensation d’euphorie s’estompe, ce sont en effet souvent des sensations inverses qui s’imposent: la personne éprouve alors des sentiments de culpabilité ou d’échec, souffre d’un un état dépressif, voire d’une dépression grave et, par un mouvement de balancier, le sentiment de toute-puissance induit par la cocaïne laisse la place à un sentiment d’impuissance totale. A la découverte de ce stimulant comme d’un moyen de fuite très simple succède ainsi rapidement un réflexe contraignant qui, à son tour, se transforme plus ou moins rapidement en dépendance. Pour éviter d’en arriver là, il faut donc enrayer ces mécanismes. cocaïne potentiellement conditionnées par la consommation de cocaïne, citons l’irritabilité, la violence et l’agressivité, les peurs sans motif, la confusion, l’agitation et les conduites paranoïdes (psychoses induites par la cocaïne). Les dépressions et les tendances suicidaires, qui se manifestent en même temps que les «creux» ressentis au moment où les effets de la cocaïne s’estompent, sont également des signes typiques qui deviennent plus nets au fur et à mesure que la dépendance s’installe. Il arrive en outre que la personne ait des hallucinations et soit persuadée, par exemple, que des insectes grouillent sous sa peau. Il arrive aussi qu’elle perde tout intérêt pour la nourriture ou pour la sexualité. L’abus de cocaïne est susceptible de modifier les centres cérébraux du plaisir, au point que la personne concernée ne parvient à se sentir «normale» qu’après avoir pris de la cocaïne. Le danger d’une modification de la personnalité n’est pas à exclure. Mode de consommation Dans le cas de la cocaïne, le mode de consommation joue un rôle dans la rapidité avec laquelle une dépendance s’installe. Les méthodes consistant à s’injecter ou à fumer la cocaïne sont plus dangereuses que le fait de la sniffer; dans le premier cas, l’effet se manifeste plus rapidement et plus violemment, mais s’estompe de même, ce qui peut accroître la pulsion à en consommer de nouveau. Sniffer de la cocaïne ne s’accompagne pas de symptômes de dépendance physique. Le sevrage de la cocaïne n’entraîne pas les douloureuses et pénibles manifestations du manque physique que provoque le sevrage de l’héroïne. C’est la raison pour laquelle la cocaïne a été parfois considérée par le passé comme une drogue «qui ne rend pas dépendant-e». Il est vrai que le principal problème consiste en l’occurrence à vaincre la dépendance psychique. Il semble néanmoins attesté que le fait de fumer ou de s’injecter de la cocaïne induit aussi une dépendance physique. Ce qui implique que le sevrage provoque également des troubles somatiques. Risque mortel La cocaïne peut représenter un danger mortel: ses effets somatiques habituels, un surdosage ou une intolérance individuelle peuvent en effet entraîner la mort. Aussi bien les débutant-e-s que les consommateurs/trices chroniques peuvent présenter des intoxications aiguës. Le risque (mortel) impliqué par la cocaïne dépend directement du dosage, du mélange et surtout de la vitesse d’absorption du produit par l’organisme. La grande majorité des décès sont dus à des injections intraveineuses. Si l’injection et l’inhalation sont des modes de consommation particulièrement dangereux, c’est parce qu’ils assurent une absorption très rapide de la cocaïne. Il arrive cependant que des consommateurs/trices décèdent après en avoir sniffé ou avalé. Le fait d’avaler des sachets non étanches de cocaïne pour leur faire passer les frontières clandestinement peut, par exemple, entraîner une mort inéluctable. Variables d’un individu à l’autre, les quantités létales sont mal connues et différents chiffres sont avancés à ce propos. On affirme ainsi qu’une dose de 25 milligrammes représente un danger majeur pour des personnes non habituées. Lorsqu’une accoutumance psychique s’est installée, il est très dangereux d’augmenter les dosages en vue d’obtenir les mêmes effets. Ce que l’on redoute avant tout, c’est la constriction des vaisseaux provoquée par la cocaïne générant des troubles circulatoires au niveau du cœur (pouvant causer un infarctus), du cerveau, de l’intestin et d’autres organes. Chez des personnes présentant d’autres facteurs de risque, l’augmentation de la pression artérielle peut provoquer une attaque cérébrale mortelle. Quant aux hémorragies cérébrales, elles peuvent provoquer Dépendance psychique et physique Risques psychiques Parmi les modifications psychiques Le mode de consommation le plus connu: la cocaïne, préparée en lignes sur un miroir, est sniffée à l’aide d’un petit objet cylindrique. (Foto: Keystone) info-drogues notamment des paralysies. Il arrive aussi que la personne soit saisie de crampes ou de tremblements. Certaines prédispositions contribuent à accroître le risque; c’est le cas notamment chez les personnes souffrant de problèmes cardiaques, d’hypertension ou d’épilepsie. La cocaïne peut également entraîner la mort par arrêt respiratoire. cocaïne par chacune d’entre elles - y compris en cas de sevrage - et aux autres produits potentiellement dangereux résultant de leur mélange. C’est ainsi qu’en cas de consommation simultanée de cocaïne et d’alcool, le foie produit du cocaéthylène, une substance éminemment dangereuse. Il s’avère par ailleurs que la cocaïne potentialise la toxicité neurologique de l’ecstasy. Atteintes physiques Les atteintes physiques résultant d’un abus de cocaïne peuvent aussi s’avérer mortelles à moyen ou à long terme. Il se peut notamment que l’organisme oppose progressivement moins de résistance aux infections: il s’affaiblit, on constate une perte de poids, une sous-alimentation; lorsqu’il y a partage du matériel, l’injection implique un risque de transmission de maladies infectieuses, notamment du VIH et des divers types d’hépatites. Si la consommation de cocaïne provoque des séquelles cérébrales, il peut en découler des pertes au niveau de la productivité (diminution du quotient intellectuel, problèmes de concentration ou troubles de l’attention et de l’apprentissage). Les hémorragies cérébrales quant à elles peuvent provoquer des atteintes irréversibles, telles que des paralysies. On peut également s’attendre à des troubles de la vue, des bronchites chroniques et des lésions hépatiques, de même qu’à des troubles cardio-vasculaires. Après un certain temps, le fait de sniffer de la cocaïne peut provoquer des lésions des muqueuses et la paroi nasale peut présenter des perforations. Lorsque l’on fume de la cocaïne durant une longue période, cela porte atteinte au tissu pulmonaire ; lorsqu’on l’absorbe par voie orale, le tissu intestinal en souffre lui aussi. Prévention Étant donné les graves répercussions, tant psychiques que somatiques, qui peuvent découler de la consommation de cocaïne ainsi que ses conséquences sociales et judiciaires, il convient de mettre sérieusement en garde les personnes qui n’y recourent pas encore et de conseiller à celles et ceux qui s’y adonnent de décrocher sans délai. En raison de l’action puissante de cette drogue, la probabilité de développer une dépendance psychique est si importante qu’une consommation contrôlée paraît véritablement difficile à envisager. Aussi, une personne pour qui la cocaïne fait partie de son mode de vie ou est un moyen d’affronter sa vie quotidienne encourt un risque non négligeable et doit s’attendre à ce que les effets de la drogue vécus comme positifs se transforment rapidement en leur contraire (alternance des sentiments) et génèrent des problèmes (de dépendance) dont elle n’a aucune idée. Lorsque l’on soupçonne qu’une personne de son entourage consomme de la cocaïne, on devrait tenter de l’informer des risques que cela implique et de l’interroger sur les problèmes et les motifs personnels qui l’y poussent. Parallèlement, il est important de ne pas encourager cette consommation (par des sommes d’argent par exemple). Une telle situation est si pesante et provoque une telle anxiété que, en règle générale, il n’est pas possible d’y faire face au sein du couple ou de la famille sans recourir à une aide extérieure. Aussi ne faut-il pas hésiter à rechercher une aide professionnelle. Les lieux auxquels les personnes concernées et leurs proches peuvent s’adresser sont essentiellement les centres d’accueil et de Vous pouvez obtenir des exemplaires supplémentaires gratuits auprès de l’ISPA. D’autres Info-drogues sont disponibles sur le cannabis, l’ecstasy, les hallucinogènes ainsi que sur l’alcool et la santé. (Veuillez nous envoyer les timbres nécessaires pour le port.) Transport: Cocaïne de contrebande en provenance d’Amérique du Sud importée en Suisse dans des sachets en plastique. (Foto: Keystone) préoccupant, c’est que la cocaïne passe dans l’organisme de l’enfant à naître au travers du système circulatoire de la mère, ce qui peut occasionner de graves malformations, une arriération mentale, une naissance prématurée, des saignements ou une fausse-couche. Polytoxicomanie et cocktails de drogues Nombre de personnes s’adonnant à une consommation chronique de cocaïne ont recours alternativement ou simultanément à plusieurs drogues (polytoxicomanie). De tels cocktails sont dangereux : ils produisent des effets difficiles à prévoir et peuvent provoquer des atteintes très graves. L’abus simultané de plusieurs drogues implique que l’on s’expose tout à la fois aux problèmes spécifiques induits Cocaïne et grossesse Du fait de la constriction des vaisseaux sanguins consécutive à la consommation de cocaïne, le fœtus peut souffrir d’un manque d’oxygène et de substances nutritives. Ce qui est particulièrement En 1908, la cocaïne est encore proposée en toute légalité dans des annonces qui la qualifient de «méthode inégalée d’anesthésie locale» («... unsurpassed local anesthesic»). Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35 http://www.sfa-ispa.ch prévention. On trouve en général leurs adresses dans les pages d’informations sociales des quotidiens, sous la rubrique «drogue - alcool«. L’ISPA est également prêt à offrir son aide et à communiquer les adresses de tels centres au niveau local. cannabis Plante bénéfique ou produit dangereux? La controverse sur le chanvre indien n’est pas terminée. Le cannabis est-il une drogue susceptible d’engendrer une dépendance ou un produit d’agrément inoffensif? Dans quelle mesure la consommation des dérivés du cannabis est-elle ˙entrée dans les mˇurs¨ aujourd’hui en Suisse? Quels sont les effets et les risques sur le plan physique et psychique auxquels on peut s’attendre en cas de consommation massive ou régulière? En matière de prévention et de réduction des risques, de quels éléments faut-il tenir compte pour éviter tout à la fois la dramatisation et la banalisation? Le chanvre en Suisse Connu depuis des millénaires au ProcheOrient notamment, le cannabis y était utilisé comme remède, comme substance rituelle et comme psychotrope. En Suisse également, la culture et l’utilisation des produits du chanvre reposent sur une longue tradition. Jusqu’au XXe siècle, le chanvre indien (cannabis sativa) était cultivé pour ses fibres, dont on fabriquait des cordages et des textiles, pour ses graines, que l’on pressait pour en extraire de l’huile et pour ses propriétés psychoactives. Dans la médecine populaire, les extraits de chanvre étaient utilisés à des fins thérapeutiques et, dans certaines régions du pays, les paysans ne dédaignaient pas, à ce qu’on dit, de bourrer leur ˙pipe du dimanche¨ avec ce ˙tabac fort¨. Avec l’arrivée sur le marché des fibres synthétiques, la découverte de plantes oléagineuses de meilleur rapport et l’apparition des médicaments produits par l’industrie pharmaceutique moderne, le chanvre a été largement délaissé. En classant, en 1951, le cannabis parmi les ˙stupéfiants engendrant une dépendance¨ et partant comme un produit ˙représentant un danger pour la santé de l’homme¨, la Loi fédérale sur les stupéfiants (révisée en 1975) a mis un terme au rite de la˙pipe du dimanche¨. Depuis lors, le cannabis fait partie — au même titre que la morphine, la cocaïne, les hallucinogènes et les amphétamines — des substances interdites par la loi dont la culture, la production, le commerce et la consommation sont punissables. Une interdiction qui n’est pas restée lettre morte, puisqu’une part importante des dénonciations pour infraction à la Loi sur les stupéfiants concerne aujourd’hui encore la consommation et le trafic de cannabis. La renaissance du chanvre Malgré la criminalisation de sa consommation, le chanvre n’a jamais complètement perdu ses adeptes dans notre pays. Comme en Allemagne ou aux Pays-Bas, on a vu se former en Suisse, dans les années 60, des ˙scènes du cannabis¨ liées à la sous-culture d’une certaine jeunesse Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies cannabis et inspirées de l’exemple américain et parfois oriental. Dans le cadre du mouvement hippie, l’usage de cannabis a symbolisé, pour bon nombre de jeunes, la révolte contre la société adulte et son mode de vie. C’est ainsi que l’on a vu naître une ˙culture du chanvre¨ possédant son langage, ses rituels et ses infrastructures propres. Aujourd’hui, l’usage du cannabis est largement entré dans les mˇurs et ne peut plus être considéré comme une pratique propre à des groupes marginaux. Une grande partie des adolescents et des jeunes adultes rapportent en effet des expériences personnelles de consommation. D’où une remise en question sérieuse de la criminalisation des usagers du cannabis, d’autant plus que les experts estiment que la nocivité de cette consommation pour la santé est relativement faible. Une série d’initiatives et de projets — dont notamment une proposition faite par le Conseil fédéral — visent à adapter la législation à cette ˙normalisation¨ croissante de la consommation de cannabis et à décriminaliser cette dernière. Une telle décriminalisation soulève cependant un certain nombre de questions épineuses: quelle quantité de cannabis une personne est-elle en droit de détenir pour sa propre consommation? Peut-on autoriser la culture du chanvre en vue d’un usage personnel, et, le cas échéant, en quelle quantité? Faut-il autoriser l’ouverture de ˙boutiques de chanvre¨ et si oui à quelles conditions? Convient-il de fixer une limite d’âge? n La plante Le cannabis est le nom scientifique du chanvre. En Suisse, la variante la plus répandue est cannabis sativa. Les produits dérivés suivants sont utilisés comme drogue psychoactive: —le haschisch (résine sécrétée par les inflorescences et mélangée à certaines parties des fleurs et des feuilles) —la marijuana (feuilles, fleurs et tiges séchées) —l’huile de haschisch (concentré visqueux se présentant sous forme de goudron). Les composants du cannabis Le cannabis contient de l’ordre de 420 composants, dont 60 cannabinoïdes. Les principaux sont: —le delta-9 tétrahydrocannabinol (THC) —le cannabidiol (CBD) —le cannabinol (CBN) —le cannabigerol (CGB). Les cannabinoïdes peuvent être synthétisés chimiquement et trouvent certaines applications thérapeutiques. Le principal composant psychoactif du chanvre, le THC, varie suivant l’espèce et la partie de la plante utilisée. Ainsi, la concentration en THC du haschisch est de 2 à 10%, et celle de la marijuana de 0,5 à 7% suivant la variété. A noter que les espèces récentes contiennent davantage de THC que les variétés anciennes. C’est l’huile de haschisch qui a la plus forte teneur en THC, soit 10 à 30% (voire plus). Absorption, apparition et durée des effets Les effets du cannabis dépendent —du mode de consommation (fumer, manger) et de la technique de consommation (profondeur de l’inhalation) —de la teneur en THC du cannabis —de l’état psychologique du consommateur —du contexte dans lequel a lieu la consommation. Au niveau physiologique, le cannabis agit avant tout sur le cortex cérébral, le système limbique (qui influence les réactions émotionnelles), l’hypothalamus, l’hypophyse, le cervelet, mais aussi sur d’autres organes tels que la rate et l’intestin. En 1988, on a mis en évidence l’existence, dans le cerveau et le système nerveux, de récepteurs spécifiques des cannabinoïdes. Quelques années plus tard, des chercheurs américains ont découvert un cannabinoïde présent naturellement dans l’organisme et qui répond à ces récepteurs; ils lui ont donné le nom d’˙anandamide¨(du mot sanscrit ˙ananda¨, qui signifie ˙félicité, béatitude¨). Lorsque le cannabis est fumé, forme de consommation la plus courante, jusqu’à 60% de la substance active disponible (THC) parvient dans les vaisseaux sanguins. Le taux de THC dans le sang est à son maximum après 15 — 30 minutes. L’effet psychologique dure de 2 à 4 heures. Lorsque le cannabis est consommé par voie orale (sous la forme de biscuits par exemple), il produit ses effets plus tardivement, la quantité de THC absorbée étant alors plus faible. Le THC se métabolise rapidement dans l’organisme, notamment dans les organes bien irrigués et dans le système nerveux. Dans un deuxième temps, le THC, extrêmement liposoluble, s’accumule dans les tissus adipeux. Ces dépôts de THC sont libérés très lentement, de sorte que le taux de THC dans le sang ne baisse que très lentement et qu’on peut donc le mesurer encore longtemps après. Il en va de même des métabolites de THC dans l’urine: on peut en détecter la présence des semaines durant chez les consommateurs réguliers de cannabis, même si ceux-ci n’ont plus pris de drogue depuis un certain temps déjà. Selon les experts, il n’existe pas de lien direct entre la concentration de THC dans le sang et le degré d’euphorie produit par le cannabis. Aussi est-il très difficile de fixer une valeur limite — en pour mille, comme pour l’alcoolémie par exemple — au-delà de laquelle on ne serait plus apte cannabis à prendre le volant sous l’influence du cannabis. Effets et effets secondaires Suivant la dose (quantité de THC absorbée), le mode de consommation, l’expérience que le consommateur a du cannabis, la structure de sa personnalité, son état psychologique du moment et le contexte dans lequel la consommation a lieu, de nombreux effets peuvent se produire simultanément ou successivement. Les effets du cannabis peuvent varier en intensité; ils peuvent être agréables ou désagréables. A cela s’ajoute que certaines personnes peuvent trouver agréable ce que d’autres vivent comme désagréable. Effets physiques à court terme —Sécheresse de la bouche et de la gorge —Dilatation de la pupille et yeux rouges —Augmentation du rythme cardiaque —Modifications de la pression artérielle —Détente musculaire —Difficultés de concentration, allongement du temps de réaction —Troubles de l’attention, pensée fragmentaire —Troubles de la locomotion et vertiges (lors du passage à la station debout en particulier) —Baisse de la température du corps (sensation de froid) — Diminution de la pression interne de l’ˇil. On n’a jamais répertorié de décès par surdose de cannabis. Effets psychologiques à court terme —Modification de l’état de conscience, perception exacerbée de la lumière et de la musique —Grande faculté d’association, accompagnée d’un besoin irrépressible de parler et de rire —Euphorie et désinhibition —Sensation agréable de détente, de légèreté, de bien-être —Sentiment de communauté —Conscience accrue de soi —Modification de la perception du temps —Quiétude, motricité réduite —Indifférence et détachement vis-à-vis de l’environnement —Etats occasionnels et atypiques de désorientation, de confusion, d’angoisse, de panique et de délire. La consommation Aujourd’hui, le haschisch et la marijuana sont les drogues illégales les plus répandues en Suisse. Environ 27% des Suisses et des Suissesses de 15 à 74 ans ont, au moins une fois dans leur vie, fumé un joint. Et parmi les jeunes adultes, plus de la moitié affirment avoir fait des expériences avec le cannabis. Les adolescents et les jeunes adultes ne sont pourtant pas les seuls dans ce cas, puisque parmi les personnes interrogées, 16% des personnes de 49 à 59 ans et près de 5% des personnes de 60 ans et plus déclarent avoir goûté au cannabis (selon l’enquête réalisée par l’ISPA en 2000). Bien qu’elles illustrent une évolution des normes établies, ce ne sont pas tant les expériences isolées qui sont déterminantes, mais bien la consommation actuelle de cannabis. Or, un tiers des 15 à 74 ans qui ont fait des expériences avec le cannabis fument actuellement encore des joints. C’est le cas de plus de la moitié des 15 à 19 ans et d’un peu moins de la moitié des 20 à 24 ans. Même chez les 25 à 59 ans, la part des consommateurs actuels est encore d’un quart. C’est uniquement chez les personnes de 60 ans et plus que l’on ne trouve presque plus de consommateurs/trices actuels. S’il est vrai que les jeunes consomment davantage de haschisch que leurs aînés, on ne peut plus dire aujourd’hui que cet usage est un phénomène propre aux jeunes exclusivement. Il faut cependant relever que le taux de ceux et celles qui arrêtent de prendre du cannabis est considérable: la plupart des consommateurs de haschisch se contentent en effet d’un usage expérimental durant une période limitée de leur vie et ne fument plus guère ensuite. Certaines études montrent qu’en revanche, les jeunes se mettent à fumer des joints de plus en plus tôt. 6,5% des 15 à 19 ans, 5,4% des 20 à 24 ans et 1,7% des 25 à 44 ans fument un joint au moins une fois par jour. Cela représente de l’ordre de 90 000 personnes en Suisse. Actuellement, le cannabis est consommé essentiellement sous forme de marijuana (44%), seul un quart des usagers consommant principalement du haschisch. Un tiers des personnes interrogées prennent des deux. Les risques Les risques liés à la consommation de cannabis ont donné lieu à une littérature abondante, caractérisée par une polarisation forte des points de vue scientifiques. Aussi n’est-il pas toujours facile de faire la différence entre hypothèses, spéculations et affirmations tendant à exagérer ou — suivant la politique défendue en matière de drogue — à minimiser la dangerosité prêtée au cannabis d’un côté et les risques objectifs de son usage de l’autre. Les risques sanitaires liés à la consommation de cannabis sont influencés par une série de dimensions: la qualité de la drogue, le dosage, la durée de l’usage, l’état de santé, les affections préexistantes, les prédispositions psychologiques et les conditions de consommation. cannabis Risques physiques et psychiques —Altération des facultés cognitives (attention, concentration et capacité d’apprentissage) —Troubles de la mémoire —Chez les personnes souffrant de troubles psychiques, les symptômes de la maladie peuvent être accentués. Les affirmations selon lesquelles le cannabis pourrait être directement responsable de cas de schizophrénie et de psychose ne sont pas suffisamment étayées. —Démotivation associée, diminution de l’activité et perte d’intérêt. Le rapport de causalité entre consommation régulière de cannabis et démotivation n’est cependant pas scientifiquement établi. —Troubles pulmonaires, bronchite chronique —Cancers des voies respiratoires dus à l’inhalation de mélanges de cannabis et de tabac durant plusieurs années —Des lésions du système immunitaire et du patrimoine génétique ont été décrites avant tout dans l’expérimentation animale, mais les preuves scientifiques ne sont pas établies pour l’homme. Il en va de même pour les troubles hormonaux —Des retards de croissance chez le fˇtus et des troubles du comportement chez le nouveau-né ne sont pas à exclure —Risques d’accident. L’état euphorique engendré par le cannabis et ses effets particuliers sont incompatibles avec la conduite d’un véhicule, le maniement de machines complexes ou avec d’autres tâches requérant une attention soutenue. Risques de dépendance Comme c’est le cas pour bien d’autres drogues, la consommation régulière de cannabis peut entraîner une légère dépendance physique, mais pas d’accoutumance (besoin d’augmenter la dose pour obtenir le même effet). La dépendance psychologique doit être prise beaucoup plus au sérieux. C’est en particulier lors de consommation régulière et d’état pschique fragile que le danger existe d’utiliser le cannabis comme ˙automédication¨, en guise de compagnon de tous les instants, de moyen de fuite, comme solution illusoire aux problèmes. On a alors besoin du produit pour se sentir mieux, être en mesure de travailler, supporter des conflits, rencontrer d’autres personnes, etc. Ce risque est d’autant plus grand que l’on commence très jeune à fumer des joints régulièrement. Drogue ˙tremplin¨ Le cannabis n’est pas un tremplin propulsant automatiquement un jour ou l’autre ses usagers vers la consommation de drogues dures. Il faut cependant reconnaître que les jeunes qui en consomment sont moins réticents à essayer d’autres drogues. Le cannabis est souvent consommé en même temps que d’autres Evolution de 1986 à 1998 de la consommation de cannabis chez les jeunes de 15 ans fréquentant la 9e année scolaire. 25 20 15 % 10 5.9 5 0 1986 1990 une fois* fois** 1994 plusieurs 1998 2.5 2.1 6.4 6.0 12.2 8.4 22.4 * Augmentation statistiquement significative entre 1990 et 1994 ** Augmentation statistiquement significative entre 1990 et 1994 ainsi que 1994 et 1998 drogues, ce qui accroît le risque de subir des dommages physiques ou psychologiques. La prévention Encourager l’abstinence En tout état de cause, le cannabis n’est ni inoffensif ni une plante diabolique. Le potentiel psychotrope de cette plante ne provoque pas que les effets recherchés, à savoir des modifications de la conscience et une détente tant physique que psychique. Les risques décrits ci-dessus sont suffisamment importants pour que l’on garde ses distances et que l’on fasse preuve de prudence vis-à-vis de cette drogue. C’est cela qu’il convient de faire comprendre plus particulièrement aux enfants et aux adolescents. Une grande partie de la population adulte et de nombreux adolescents ne consomment pas de cannabis. Diverses enquêtes ont montré que si des jeunes refusent de fumer des joints — en dépit de leur curiosité ou de la pression exercée par le groupe — c’est souvent parce qu’ils redoutent les conséquences que cela pourrait avoir pour leur santé. Une telle attitude mérite d’être reconnue et encouragée à titre préventif. Il serait en effet dangereux de renoncer à mettre en garde la population contre les risques encourus sur le plan physique, psychique et social, car cela reviendrait à ignorer des risques réels et à supprimer les barrières psychologiques qui protègent de la consommation. De fait, suivant la dose absorbée, l’ivresse euphorique qu’il engendre est suffisamment forte pour augmenter sensiblement les risques d’accident dans un environnement hautement technicisé. La consommation de cannabis doit être formellement déconseillée à certains groupes à risque, à savoir: —les enfants et les adolescents —les femmes enceintes et les mères qui allaitent —les personnes souffrant de maladies du cˇur ou des poumons —les personnes souffrant de troubles psychiques. Réduction des risques Si, malgré les risques en matière de santé, d’accident ou de sanctions pénales, une personne persiste dans son intention de consommer du cannabis, elle devrait le faire en s’efforçant de s’exposer le moins possible. Cela suppose une connaissance précise des différentes sortes de cannabis (teneur en THC, pureté du produit), de leur mode d’action et des formes de consommation permettant de réduire les risques. Les règles à appliquer pour réduire les risques consistent notamment à choisir un contexte approprié (ne pas consommer dans les lieux où l’on doit fournir des prestations tels que l’école ou le lieu de travail) et à évaluer préalablement son humeur du moment pour éviter d’éventuels effets négatifs de la prise de drogue. Bien entendu, il convient d’éviter toutes les situations pouvant déboucher sur un accident (prendre le volant, etc.) lors-qu’on est sous l’influence du cannabis, car la Loi sur la circulation routière prévoit une valeur limite égale à 0 pour tous les stupéfiants, y compris le cannabis. Pour éviter le développement d’une dépendance, la fréquence de la consomtion et les doses absorbées devraient rester faibles. Autrement dit, la consommation de cannabis ne doit pas devenir le but principal de l’existence. Elle devrait être un plaisir parmi d’autres. Chercher à résoudre des problèmes existentiels en prenant des drogues, c’est courir à l’échec. Cela vaut aussi pour le cannabis. En outre, il convient d’alterner diverses formes de consommation et d’éviter ainsi celles qui comportent le plus de risque (inhalation seulement). Il importe également d’éviter de consommer plusieurs drogues en même temps. Le cannabis associé à l’alcool, à des médicaments psychotropes ou à des drogues telles que l’ecstasy, constitue un cocktail explosif aux effets imprévisibles. Vous pouvez obtenir des exemplaires supplémentaires gratuits auprès de l’ISPA. Un flyer, destiné aux jeunes, est également disponible, ainsi qu’un feuillet pour les parents. (Veuillez nous envoyer les timbres nécessaires pour le port.) Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35 - Fax 021 321 29 40 http://www.sfa-ispa.ch Standpunkte 7/94 VERKEHR 5 info-drogues anabolisants La performance sportive et la beauté d’un corps super-musclé et éclatant de force sont des idéaux de notre société. Que ne serait-on prêt à payer pour les atteindre; certains vont même jusqu’à sacrifier leur santé. Les sportifs d’élite ne sont pas les seuls à prendre des anabolisants; des personnes pratiquant le sport pour leur plaisir et des adeptes du body-building sans véritables ambitions sportives – souvent des adolescents et même quelquefois des femmes – recourent à ces produits pour se rapprocher de ces idéaux, causant parfois à leur corps des dommages partiellement irréversibles. Photo: Franco Bassani Qu’est-ce que les anabolisants? Les anabolisants appartiennent à un groupe d’hormones qui se trouve naturellement dans le corps. Elles sont responsables du développement et du fonctionnement des organes sexuels. La testostérone est l’une des principales hormones sexuelles de l’homme. Elle est sécrétée par les testicules sous l’effet d’une autre hormone, la gonadotrophine. Avec d’autres hormones, la testostérone contrôle la croissance, le développement et le fonctionnement des organes génitaux mâles. C’est également grâce à ces hormones sexuelles qu’un garçon devient homme; elles provoquent la mue de la voix, l’apparition des poils sur le corps, etc. En bref: la testostérone et les hormones qui lui sont apparentées ont un effet androgène, c’est-àdire qu’elles provoquent l’apparition des caractères sexuels masculins, c’est pourquoi on les appelle aussi des androgènes. L’effet des androgènes n’est pas uniquement spécifique au sexe; ces hormones influencent également la maturation des os, la croissance longitudinale, la musculature, la peau, le métabolisme, en particulier l’assimilation des protides. Cela signifie que les androgènes ont également un effet anabolisant, c’est-àdire qu’ils stimulent les phénomènes d’assimilation. Les effets anabolisants et androgènes varient selon les hormones. Pour la testostérone naturelle, par exemple, l’effet virilisant (androgène) est prédominant. Aujourd’hui, les anabolisants sont fabriqués synthétiquement. On essaie de privilégier l’effet stimulant qu’ils exercent sur la formation des muscles au détriment de leur effet virilisant. Malgré cela, tous les anabolisants synthétiques ont également un effet androgène. Quand les anabolisants sont-ils utilisés en médecine? Actuellement, la médecine n’utilise les anabolisants que d’une manière limitée, par exemple pour certaines formes d’anémie ou après de graves opérations pour favoriser l’assimilation des protides. Pourquoi consomme-t-on des anabolisants? Les sportifs et les sportives pratiquant les sports les plus divers consomment des anabolisants pour devenir plus forts, plus rapides, plus agressifs et plus compétitifs. Chez certains athlètes, le désir de réussir des performances et d’être reconnu est si fort qu’ils Un paquet de muscles gonflés par les anabolisants, comme on en voit lors de compétitions de body-buiding – est-ce vraiment là «l’idéal de beauté» auquel on peut aspirer? Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35, Fax 021 321 29 40 Combien de Suisses recourent aux anabolisants 16 000 recrues ainsi qu’un échantillon d’âge correspondant, comprenant 3700 femmes et 1000 hommes inaptes au service, ont été interrogés sur leur consommation d’anabolisants au cours des 12 derniers mois. Il ressort de cette enquête que 1,8% des hommes aptes au service, 1% des hommes inaptes au service et 0,3% des femmes avaient déjà utilisé des anabolisants. Institut de médecine sociale et préventive de l’université de Zurich, 1995 Une enquête réalisée auprès de 5500 écolières et écoliers âgés de 12 à 16 ans interrogés sur leurs connaissances relatives aux produits dopants et à leur utilisation a révélé que les adolescents savent peu de choses correctes et concrètes sur les anabolisants. Pourtant, 1,7% des écoliers et 0,5% des écolières ont déclaré avoir consommé des anabolisants au cours des 12 derniers mois. Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), 1995 n’hésitent pas à mettre leur santé et leur vie en jeu. Cependant, les sportifs d’élite ne sont pas les seuls à recourir aux anabolisants ou à d’autres produits dopants; certains sportifs amateurs, qui ne font pas de compétition, en utilisent également. Dans l’Antiquité déjà, les testicules de taureaux étaient utilisés pour améliorer les performances. On peut considérer cela comme le premier cas de dopage aux hormones. Si les adeptes du bodybuilding recourent aux anabolisants, ce n’est en général pas pour des raisons essentiellement sportives. A l’aide de ces produits, ils cherchent à rendre leur corps plus viril, plus séduisant, et à améliorer le sentiment de leur propre valeur. Tout cela est à considérer dans le contexte d’une culture privilégiant le culte du corps, de sorte que l’on a de plus en plus tendance à lier le sentiment de sa propre valeur à l’aspect physique. Qui sont les personnes à risques? La consommation d’anabolisants est fortement liée à une sous-culture. C’est pourquoi il est difficile d’en estimer l’importance et de déterminer quelles sont les personnes particulièrement portées à consommer des anabolisants. Certaines études indiquent que c’est parmi les hommes de 16 à 30 ans que l’on trouve la plus forte proportion de consommateurs. Les anabolisants sont utilisés dans tous les types de sports, à tous les niveaux, et dans les métiers pour lesquels la force et les muscles constituent un avantage. Cependant, le groupe le plus menacé est certainement celui des adolescents qui participent à des activités où l’usage d’anabolisants est courant: la compétition sportive à haut niveau et les sports nécessitant de la force. Une enquête sur la consommation d’anabolisants réalisée par l’Institut de médecine sociale et préventive de l’université de Zurich (1995) auprès de 16 000 recrues a montré qu’il existe une relation claire entre le comportement à l’égard de la santé et la consommation d’anabolisants: les recrues ayant une forte consommation de tabac et d’alcool prenaient 4,5 fois plus souvent des anabolisants que les recrues ayant une faible consommation. Plus les recrues se sentaient en bonne santé, moins elles consommaient d’anabolisants. En revanche, aucun lien n’a été établi entre la fréquence et l’intensité de la pratique du sport et la consommation d’anabolisants. Un corps d’Hercule ne sert pas uniquement à améliorer les performances sportives, mais il est également destiné à susciter l’admiration et l’estime. Il sert aussi à édifier une façade très virile. Cela s’applique surtout aux adolescents qui se sentent encore peu sûrs dans leur rôle sexuel. Photo: Franco Bassani Comment les anabolisants agissentils sur les performances sportives et les muscles? L’absorption des anabolisants peut effectivement augmenter la masse musculaire et accroître la force. Cependant, ce n’est vrai que sous certaines conditions bien spécifiques, à savoir avec un régime riche en protéines et en calories et en pratiquant un entraînement physique intensif. Quelques études montrent que les anabolisants ont pour effet de favoriser les performances dans les sports de force. Dans d’autres sports, en revanche, leur effet est contesté. Ainsi, l’influence des anabo- lisants sur l’endurance, la vitesse et la condition physique n’est pas évidente. Il est vrai que les anabolisants augmentent le nombre de globules rouges qui assurent le transport de l’oxygène dans le sang. Mais les résultats des tests relatifs à l’effet de ces hormones sur la performance et l’endurance ne sont pas clairs. Le fait qu’un traitement anabolisant diminue les taux plasmatiques de testostérone et de cortisol (appelé aussi hormone du stress) fait également douter de son effet positif sur les performances. Cependant, les résultats de certaines recherches montrent aussi que sous l’influence de ces hormones les athlètes se sentent moins fati- gués après l’entraînement, de sorte qu’ils peuvent reprendre l’entraînement plus rapidement. Il n’est pas certain non plus que les anabolisants rendent plus combatif. Quelques études donnent à entendre que les athlètes deviendraient effectivement plus agressif sous l’influence des anabolisants. D’autres relèvent qu’il s’agit uniquement d’un effet placebo, tel qu’il intervient avec des pseudo-médicaments sans aucun effet: les athlètes ont l’impression de se sentir plus agressifs. Notons cependant que les effets placebo ont souvent des conséquences réelles. Quels dangers comporte le dosage? Dans le sport et le culturisme, les anabolisants sont généralement administrés à plus hautes doses que dans les études scientifiques. Et il n’existe que peu de travaux de recherche clinique ayant étudié combien de temps ces hormones restent dans le corps à des concentrations élevées et combien de temps il faut au corps pour les éliminer. Lorsqu’il s’agit d’anabolisants fabriqués illégalement, il n’existe aucune certitude quant à l’exactitude de la déclaration des composants – le dosage devient une loterie. La situation est particulièrement critique lorsque divers anabolisants sont administrés en partie par voie orale et en partie par injection. Surtout en dehors du sport d’élite, la composition et le dosage échappent souvent à tout contrôle médical. drogues et du métabolisme de chacun. Le fait que les anabolisants soient pris par voie orale ou intraveineuse joue également un rôle. L’influence de la consommation d’anabolisants sur l’activité sexuelle est également très diverse. Chez certains, l’activité sexuelle est stimulée, du moins au début, chez d’autres ce n’est pas le cas. Une chose est claire: les anabolisants interviennent dans l’équilibre hormonal naturel et une consommation importante et prolongée peut avoir de graves conséquences pour la santé. C’est particulièrement valable pour les adolescents qui sont encore en cours de croissance et pour les personnes ayant des troubles hépatiques et cardiaques. Quelles maladies la consommation d’anabolisants peut-elle engendrer ? La consommation d’anabolisants pendant une période prolongée peut provoquer une série de maladies parfois très sérieuses: larité ou une absence de règles. En cas de consommation prolongée, des caractères typiquement masculins tels que voix basse, pomme d’Adam, ainsi qu’une nouvelle répartition des tissus adipeux apparaissent. On parle aussi de quelques cas où la consommation chronique d’anabolisants a provoqué une croissance du clitoris et la stérilité chez la femme. Autres effets indésirables chez les femmes: augmentation de la pilosité des jambes et dans de rares cas apparition d’une barbe. ● la consommation d’anabolisants pose des problèmes particulièrement chez les jeunes car, en plus des symptômes cités, la croissance des os peut être stoppée, parfois définitivement. ● les anabolisants étant souvent injectés, si l’on utilise une seringue commune, il existe, comme pour d’autres drogues, un grave danger d’infection (sida, hépatite). Beaucoup de conséquences de la consommation d’anabolisants sont temporaires, c’est-à-dire qu’elles disparaissent lorsqu’on cesse de prendre des anabolisants. D’autres en revanche – en particulier en ce qui concerne les organes génitaux – sont irréversibles, spécialement pour les adolescents et les femmes. de prendre ce genre d’hormones. La consommation d’anabolisants est-elle interdite? Les anabolisants sont soumis à ordonnance et ne peuvent donc être délivrés que par une pharmacie et un médecin. La vente illégale constitue une violation de la loi. Cependant, la consommation d’anabolisants n’est pas punissable. Dans le sport, lorsqu’il a été établi qu’un athlète a utilisé des anabolisants, il est exclu de la compétition. De nombreux sportifs et adeptes du body-building qui consomment des anabolisants les achètent au marché noir. Ce marché noir très florissant est alimenté par des importations illégales, des produits fabriqués par des laboratoires illégaux ou par des médecins, des assistants médicaux, des pharmaciens, etc. peu scrupuleux. Quels sont les risques pour la santé? Il est difficile de dire dans quelle mesure les anabolisants, pris à faible dose et avec des interruptions, peuvent menacer sérieusement la santé des adultes. Pour les adolescents, la consommation d’anabolisants est en tout cas problématique. Le risque pour la santé dépend de la personne, de l’effet conjugué avec d’autres ● graves troubles hépatiques et rénaux ● hypertension ● acné prononcée ● perte des cheveux ● les anabolisants peuvent provoquer une augmentation du cholestérol; c’est un facteur de risque important pour l’artériosclérose (durcissement et rétrécissement des artères). ● troubles psychiques: mouvements d’humeur, agressivité, dépression et dans de rares cas psychoses ● les conséquences sur les organes génitaux sont particulièrement graves. Chez les hommes, on observe une diminution de la production de testostérone. La qualité et la quantité de la production de sperme est compromise. Les cellules de testostérone et les spermatozoïdes se rétractent et les testicules s’atrophient, entraînant parfois l’impotence. Les glandes mammaires croissent. ● Chez les femmes, on observe souvent une irrégu- Les anabolisants engendrent-ils la dépendance? On ne sait pas dans quelle mesure l’absorption des anabolisants engendre la dépendance. Certains rapports parlent d’athlètes qui ont tendance à manquer de dynamisme et à être dépressifs après avoir cessé Depuis quelques années, les sportifs d’élite sont soumis à des contrôles antidopage très sévères et même les fortifiants autorisés sont administrés sous contrôle médical. Chez les amateurs et les adolescents, ce genre de contrôle fait généralement défaut. Photo: Keystone (Jeux Olympiques de Barcelone, 1992) Les performances sportives de haut niveau sont possibles également sans anabolisants. Leroy Burrell (GB) en apporte la preuve. Ce qui compte avant tout c’est le plaisir de pratiquer un sport. Photo: Beni Solany, Keystone Davantage d’informations sur le dopage dans le sport Pour augmenter les performances sportives, on utilise non seulement des stéroïdes anabolisants mais également une série d’autres substances parfois tout aussi nocives pour la santé. Le choix de ces substances est énorme et de nouveaux produits apparaissent constamment sur le marché. L’Ecole fédérale de sport de Macolin a préparé du matériel d’information sur le problème du dopage dans le sport, en particulier un film vidéo accompagné d’une brochure «Les gladiateurs de notre temps». Le film et la brochure traitent des principaux produits et méthodes de dopage interdits dans le sport. Ce film peut être emprunté à l’Ecole fédérale de sport de Macolin. Tél. 032/327 61 11. Comment prévenir la consommation d’anabolisants? s’informer Les parents et les enseignants devraient être aussi bien informés sur les anabolisants et les risques liés à leur consommation que sur les autres drogues. A quoi reconnaît-on l’usage d’anabolisants? ● Augmentation rapide du poids et de la masse musculaire ● Sous l’effet des anabolisants, il est possible de prendre cinq à dix kilos en six à douze semaines ● Modifications du comportement ● Plus d’assurance (occasionnellement également le contraire) ● Changement d’humeur, irritabilité et agressivité accrues ● Acné: sur le dos, les épaules, les bras et au visage ● La rétention d’eau due à la consommation d’anabolisants donne souvent de la rondeur au visage (face lunaire) ● Gros appétit, avec surtout consommation accrue de protéines ● Modification du registre de la voix, surtout chez les femmes ● Jaunisse: teint jaunâtre, imputable à des troubles hépatiques ● Augmentation de l’instinct sexuel, généralement passagère expliquer, sensibiliser Les adolescents doivent connaître les risques liés à la consommation d’anabolisants. prendre position Les parents et les enseignants doivent exprimer clairement que le dopage est déloyal et que, dans le sport, l’amitié, l’esprit d’équipe et le plaisir sont plus importants que la performance. donner le bon exemple Il est évident que la valeur positive de l’exemple influence le comportement. Le sens du fairplay se transmet déjà à travers le jeu. inculquer la notion de limites Savoir reconnaître ses limites et les accepter, voilà la condition essentielle pour prévenir l’usage abusif d’anabolisants. Que doivent faire les parents et les enseignants? Lorsqu’un adolescent est suspecté de consommer des anabolisants: ● agir immédiatement, c’est-à-dire ● chercher le dialogue: même si les indices d’usage d’anabolisants sont peu nombreux, il faut chercher le dialogue avec l’adolescent. Les parents, les enseignants, le maître de sport ou l’entraîneur sont les mieux placés pour cela. ● si le soupçon se confirme: éviter à la fois de dramatiser et de minimiser. Ne pas parler uniquement des dangers, mais rechercher ensemble les motifs de la consommation et les alternatives. ● rechercher de l’aide: les médecins sportifs et les médecins spécialisés connaissent les conséquences de l’usage d’anabolisants. Ils peuvent apporter leur aide. Les services de consultation sur les drogues, mais aussi l’école de sport de Macolin ainsi que l’Association nationale pour le sport peuvent fournir des adresses. apprendre aux adolescents à s’accepter tels qu’ils sont Chacun ne vient pas au monde à l’image d’Adonis ou de Vénus ou d’un quelconque idéal dicté par la mode. C’est une chose que non seulement les adolescents, mais également bien des adultes ont de la peine à admettre. L’impression que l’on fait sur les autres ne dépend pas de l’apparence mais de la capacité à établir des relations et de la confiance en soi. Et pour cela, il faut savoir s’accepter soi-même. Si vous désirez d’autres exemplaires gratuits de ce dossier, veuillez envoyer une enveloppe C5 adressée à votre nom et affranchie à Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA) Case postale 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35 – http://www.sfa-ispa.ch info-drogues amphétamine - speed Les amphétamines et ses substances dérivées également connues sous le nom de speed sont des produits psychotropes utilisés comme stimulants, dopants, antidépresseurs, coupe-faim ou encore «must» des dance-parties. Qu’elles soient prises au quotidien ou durant les loisirs, les amphétamines augmentent les performances et exacerbent le sentiment de bien-être, conduisant souvent à un usage abusif. Quelles sont les principales amphétamines et leurs dérivés les plus connus? Quels sont leurs effets? Quels risques induisent-elles? Quelle est l’accessibilité des amphétamines? Quels sont les moyens de prévention? Un peu d’histoire Amphétamines dans le spectre d’action des drogues psychoactives: Les psychostimulants de synthèse ont vu le jour vers la fin du XIXe siècle dans un laboratoire. Les remèdes aux propriétés stimulantes (appelés psychoanaleptiques), dont les principes actifs – amphétamine et produits analogues – servaient à soigner le rhume et le mal de mer ne sont apparus sur le marché qu’à partir de 1930 (Benzédrine, Pervitin). C’est au cours de la Seconde Guerre mondiale que l’amphétamine synthétique et les stimulants à base de méthamphétamine (plus puissants que l’amphétamine) ont connu leur apogée. Ils étaient alors utilisés comme substances «de veille» (Weckamine) par les soldats et les salariés de l’industrie de l’armement. Dans le droit fil de cette consommation, l’abus d’amphétamines par toutes les tranches de la population a débouché sur de véritables «crises de la drogue» qui ont secoué les Etats-Unis, le Japon et la Scandinavie au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Quant au speed, il est populaire auprès d’une certaine catégorie de jeunes, notamment à l’occasion des dance-parties. Il est également consommé comme stimulant sexuel. A l’origine en vente libre comme médicament, les stimulants de type amphétaminique tombent depuis les années cinquante sous le coup des législations nationales et internationales, qu’il s’agisse de leur fabrication, de leur distribution ou de leur utilisation, à cause de leurs effets indésirables sur la santé physique et psychique des consommateurs. Drogues psychoactives effet stimulant et hallucinogène: entactogènes Ecstasy – MDMA / MDEA Cocaïne Amphétamines Méthamphétamines MDA LSD effet purement stimulant: effet purement hallucinogène: stimulants hallucinogènes Le présent Info-drogues traite de l’amphétamine et des substances analogues, à l’exclusion de l’ecstasy/MDMA et des produits qui lui sont chimiquement apparentés (MDA, DOM, 2CB). En raison de leurs effets, ces derniers n’entrent plus dans la catégorie des stimulants, mais dans celle des substances hallucinogènes et entactogènes (c’est-à-dire qui facilitent le contact avec autrui). Vous trouverez des informations à leur sujet dans l’Infodrogues sur l’ecstasy. Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne, Tél. 021 321 29 35 La consommation d’amphétamines en Suisse L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dénombre plus de deux millions de consommateurs dépendants de par le monde. Selon un sondage mené en 1997 par les autorités sanitaires suisses, 1 à 2% des personnes interrogées – âgées entre 15 et 39 ans – admettaient avoir déjà info-drogues pris des stimulants. Extrapolé sur la population suisse de cette tranche d’âge, on obtient 27 000 consommateurs d’amphétamines, un chiffre largement en deçà de la réalité si l’on considère le fort taux de pénétration de la substance. En 1998, 2 à 3% des élèves interrogés – âgés de 15 ou 16 ans – disaient avoir consommé des amphétamines pendant le mois écoulé. On suppose qu’ici aussi, les chiffres sont loin de refléter la réalité. amphétamine amphetamine - speed «à tout faire», la béquille chimique qui permet de surmonter le stress quotidien, avec son lot de frustrations et de contrariétés. Comment ne pas céder à la tentation dans une société où la performance et la réussite sont les maîtres mots? Peut-on légitimement s’étonner de voir les parents débordés, les employés surmenés, les sportifs ambitieux boire à la fontaine de la facilité? Il n’empêche que vouloir perdre du poids en prenant des coupe-faim ou arborer une joie de vivre artificielle sont autant de comportements dictés par la société d’aujourd’hui, que la publicité et les médias ne font qu’exacerber. Par ailleurs, les amphétamines font partie des substances psychoactives couramment utilisées par les toxicomanes et par certains groupes à risque – les jeunes qui fréquentent assidûment les dance-parties, par exemple. Ainsi, il n’est pas rare que les consommateurs de drogues dures s’injectent une dose d’amphétamine pour faire passer rapidement un moment de déprime ou que l’on avale du speed pour tenir la distance durant un marathon de danse. L’usage d’amphétamines est aussi souvent associé à la violence dont font preuve les hooligans, les gangs ou autres groupes extrémistes tels que les néonazis, etc., bien que la corrélation entre la violence et la consommation de cette substance n’ait pas été clairement établie à ce jour. Effets L’amphétamine produit des effets multiples, tant au niveau physique que psychique: • Elle atténue la sensation de fatigue et diminue le besoin de sommeil. • Elle donne un sentiment de vigilance et d’euphorie. • Elle accroît la faculté de concentration et la capacité de travail. • Elle fait disparaître la sensation de faim. Amphétamine: un stimulant qui excite Le groupe des amphétamines englobe des substances psychoactives aux effets stimulants, excitants et hallucinogènes. A l’instar d’autres psychostimulants, les amphétamines sont des dérivés chimiques d’une substance mère, la phényléthylamine. Leur structure chimique imite celle de l’adrénaline et de la noradrénaline, naturellement produites par le corps humain. A l’image de ces dernières, l’amphétamine transmet une certaine excitation aux organes par l’intermédiaire du système neurovégétatif. Elle agit au niveau du système nerveux central et plus particulièrement sur le système sympathique, libérant des neurotransmetteurs tels que la noradrénaline, la dopamine ou la sérotonine, tout en potentialisant leur action. L’action sympathomimétique indirecte de l’amphétamine provoque des réactions dites ergotropes (accélération du rythme cardiaque, des systèmes circulatoire et respiratoire), d’où une faculté de travail accrue et une meilleure acceptation des autres. Formes de consommation, début et durée des effets Les amphétamines se présentent sous forme de tablettes ou de poudre. Elles peuvent être avalées, fumées, inhalées («sniffées») ou encore injectées par voie intraveineuse. Absorbée par voie orale, la substance pénètre rapidement dans l’organisme par le système digestif et passe très facilement la barrière méningée. L’effet se fait sentir trente minutes après l’ingestion orale et quelques minutes seulement après l’inhalation. Le produit se concentre surtout dans les reins, les poumons, le foie et le cerveau. La mort par surdose d’amphétamine est possible. La demi-vie d’élimination du corps dure entre 6 et 32 heures, temps durant lequel le consommateur est en général incapable de dormir. Consommation Les amphétamines: un style de vie De par ses multiples effets tant physiques que psychiques, l’amphétamine est par excellence la substance Amphétamines: la panacée? A l’image de nombreuses drogues, l’amphétamine était à l’origine employée comme médicament: pour empêcher de dormir, comme stimulateur du système cardio-vasculaire ou encore comme remède contre l’asthme. Elle n’entre plus dans la pharmacopée pour le traitement de l’épilepsie, de la névrose ou de la dépression. Les avis sont partagés quant à son application dans le traitement du syndrome hyperkinétique infantile (hyperactivité de l’enfant), notamment en matière de posologie. Seule la narcolepsie – maladie très rare, où la personne atteinte tombe subitement endormie – est encore traitée par l’administration d’amphétamine. Les amphétamines comme amincissant Les amphétamines ont une longue carrière de coupe-faim derrière elles. Atténuant les fonctions du système digestif, elles diminuent la sensation de faim et donnent l’illusion de maigrir sans effort. A ce jour, cependant, nul n’est parvenu à perdre du poids durablement grâce aux uniques amphétamines. Certes, les amphétamines augmentent à court terme les capacités physiques et mentales. Leur utilisation à haute dose n'est toutefois pas exempte d'effets secondaires tels que palpitations ou hypertension. (Photo: express) info-drogues Les amphétamines et les autres drogues L’amphétamine est souvent prise de pair avec d’autres substances psychoactives. L’alternance des stimulants et des «apaisants» (barbituriques, calmants, cannabis, alcool) atténue l’excitation (agitation) causée par l’amphétamine et prolonge la sensation de bien-être et de calme. A l’inverse, les toxicomanes usent souvent de speed comme stimulant après l’absorption d’opiacés ou de cannabis. amphétamine amphetamine - speed Médicaments contenant des amphétamines ou des substances dérivées Médicament (marque) Ritaline Principe actif Méthylphénidate Accessibilité Indications/Application A+ Psychoanaleptique, syndrome hyperkinétique infantile Psychoanaleptique, narcolepsie Coupe-faim agissant sur le système nerveux central Coupe-faim agissant sur le système nerveux central Coupe-faim agissant sur le système nerveux central Coupe-faim agissant sur le système nerveux central Coupe-faim agissant sur le système nerveux central Coupe-faim agissant sur le système nerveux central Coupe-faim agissant sur le système nerveux central Antitussif et antirefroidissements Stimul Dexamin Pémoline Dexamphétamine A+ A+ L’accessibilité des amphétamines En vertu de la loi fédérale du 3 octobre 1951 sur les stupéfiants et les substances psychotropes (LStup), les stimulants du système nerveux central ayant des effets du type amphétaminique sont des stupéfiants. Leur fabrication, leur remise, leur acquisition et leur utilisation sont régies par la loi. Le corps médical est néanmoins habilité à prescrire des amphétamines et des médicaments analogues dans certains cas précis. La consommation de ces produits sans ordonnance est illicite et tombe sous le coup de la LStup, à l’exception de certains médicaments ou coupe-faim analogues aux amphétamines. Le tableau 1 présente les médicaments de ce type vendus en Suisse, leur accessibilité et leurs indications. Ponflural Fenfluramine A+ Ionamine Dexfenfluramine A+ Normaform Phentermine A+ Regenon Amfepramone B Adistop, Belloform Cathine B Dexatrim Phénylpropano-lamine C Le marché noir En raison de la simplicité de la structure chimique des amphétamines, les fabriquer est pour ainsi dire un jeu d’enfant. A tel point que certains s’improvisent chimistes dans leur cuisine. Résultat: la qualité des produits que l’on trouve sur le marché noir helvétique est en baisse. Au cours des dernières années, le nombre de saisies a augmenté de manière impressionnante: alors qu’en 1992 la police s’emparait d’env. 1000 grammes d’amphétamines, le volume se multipliait par huit cinq ans plus tard (7981 grammes en 1997). Une tendance à la hausse que confirment les rapports cantonaux en matière de drogue dressés entre 1993 et 1996. Le nombre de dénonciations pour consommation illégale d’amphétamines a également suivi une courbe ascendante au cours des dernières années. En Suisse, on est passé de 45 cas en 1990 à 577 en 1997. Sont en général dénoncés des hommes entre 18 et 24 ans. Prétuval Ephédrin C/D Tableau 1: A+ En pharmacie sur ordonnance à souche; B En pharmacie sur ordonnance; C En pharmacie sans ordonnance; D En pharmacie et en droguerie (sans ordonnance) Risques et conséquences Les risques d’une consommation élevée d’amphétamines Les amphétamines stimulent le système cardio-vasculaire. En cas de faible consommation déjà, le pouls et le rythme cardiaque s’accélèrent. Palpitations, hypertension, collapsus ou crise d’apoplexie peuvent en résulter. A la grande époque flower power, l’expression «speed kills» (les speeds tuent) était déjà sur toutes les lèvres. 100 milligrammes absorbés par voie orale peuvent être mortels. Pour une personne non habituée, une quantité moindre peut déjà être létale. Dans le domaine du sport, certains décès sont imputables à l’usage d’amphétamines comme produit dopant. La perte de poids grâce aux amphétamines n’est pas sans occasionner des effets secondaires (hypertension pulmonaire, variations de la pression artérielle). De dangereuses variations de pression peuvent également découler de l’absorption simultanée d’amphétamines et de médicaments agissant sur le système nerveux central (comme les antidépresseurs). Quant aux injections, elles induisent un risque de transmission de l’hépatite et du virus du sida. Les risques d’une consommation régulière d’amphétamines La consommation régulière et durable comporte au premier chef le risque de dépendance psychique. Selon la classification de l’OMS en fonction du potentiel de dépendance, l’accoutumance au khat et aux amphétamines se caractérise par une dépendance d’ordre psychique qui s’installe au bout de une à quatre semaines, c’est-à-dire rapidement. De plus, les doses augmentent proportionnellement au seuil de tolérance. En cas d’arrêt, les signes de manque apparaissent sous la forme de sécheresse de la bouche, d’insomnie, d’agitation. Sur le plan psychique, on a constaté des troubles de l’humeur, de l’anxiété, ainsi qu’une tendance à la dépression et à une psychose de type paranoïde. Outre le risque d’accoutumance, la consommation de speed va souvent de pair avec une propension à prendre des risques info-drogues Amphétamine dans le sport: mobiliser ses réserves et augmenter l’agressivité amphétamine amphetamine - speed d’amphétamines délivrées sur ordonnance constitue indéniablement un abus. Les amphétamines ayant un statut de stupéfiants sont illégales; elles ne peuvent donc pas être prescrites par un médecin. Il faut donc éviter d’en prendre, non seulement pour les risques qu’elles induisent, mais aussi parce que les produits vendus au marché noir sont le résultat de mélanges et de dosages pas toujours maîtrisés. Les efforts de prévention ne doivent viser que la non-consommation de speed ou, le cas échéant, aider à arrêter. Dans cette optique, il est indispensable d’informer sur les substances et les risques qu’elles comportent et de renforcer les compétences sociales et affectives des individus pour les motiver à prendre la décision de ne pas consommer de speed. La meilleure des préventions, c’est d’identifier et d’accepter ses propres limites, qu’aucun produit chimique ne pourra jamais repousser durablement. Les performances sportives de haut niveau résultent d'un entraînement conséquent et du plaisir que l'on en retire. Des conditions que les amphétamines, avec leurs effets stimulants à court terme, ne rempliront jamais. (Photo: ph) Déjà dans l'Antiquité, les sportifs désireux d'augmenter leurs performances mangeaient des testicules de taureau. Une préparation pourtant bien inoffensive au regard de ce qui s'absorbe aujourd'hui dans les coulisses du sport. Les amphétamines, par exemple, permettent de puiser jusque dans les ultimes réserves, physiques comme mentales, ou de monter de quelques crans le degré d'agressivité dans les sports de combat. Mais ces produits laissant des traces facilement détectables lors de contrôles antidopage, les sportifs de haut niveau qui choisissent de se doper absorbent des substances quasi «invisibles». L'usage de produits stimulants n'est toutefois pas l'apanage des sportifs de pointe, comme le révèle une enquête menée en 1994 sur mandat de l'Ecole de sport de Macolin. Selon ce sondage, une part non négligeable des élèves âgés de 11 à 16 ans connaissent les effets à court terme de l'amphétamine sur les capacités physiques et mentales. Quoi qu'il en soit, rien ne vaut un entraînement régulier et conséquent, conjugué à un soutien positif de la famille, des amis, de l'école, pour réaliser des performances de haut niveau et pratiquer le sport avec plaisir. Les amphétamines: poudre aux yeux et pis-aller! Pallier la fatigue par les amphétamines, c’est faire taire les signaux d’épuisement du corps. Le cycle veille-sommeil se rompt. Le speed ne fait alors que l’effet d’un coup de fouet. Plutôt que de permettre au corps de se régénérer par le repos et le sommeil, les amphétamines l’incitent à puiser jusque dans ses ultimes réserves et induisent un épuisement chronique. Pour se sentir bien, faire le plein d’énergie, pourquoi ne pas faire un peu de sport et manger équilibré? Pour une concentration optimale, le training autogène et la méditation font des miracles. Et pour perdre du poids, rien de mieux qu’une alimentation saine et légère et de l’exercice tous les jours! inconsidérés (accidents ou actes de violence). Un usage prolongé d’amphétamines peut produire des effets paradoxaux de même que des effets secondaires indésirables. Il peut également engendrer des problèmes de concentration, un état d’agitation, une perte de contact avec la réalité, des modifications de la personnalité, des états délirants et des hallucinations. Les femmes rencontrent parfois des problèmes de menstruation. Prévention Connaître ses propres limites En raison de leur potentiel élevé d’effets secondaires, les amphétamines et leurs dérivés ne doivent être utilisés que sur avis médical. L’automédication en cas de fatigue ou de surcharge pondérale, ou encore pour prolonger un état de veille, est absolument déconseillée, en raison du haut risque de dépendance psychique. Faire un usage détourné Vous pouvez obtenir des exemplaires supplémentaires gratuits auprès de l’ISPA. D’autres Info-drogues sont disponibles sur le cannabis, l’ecstasy, les hallucinogènes ainsi que sur l’alcool et la santé. (Veuillez nous envoyer les timbres nécessaires pour le port.) Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies Case postale 870, 1001 Lausanne Tél. 021 321 29 35 http://www.sfa-ispa.ch Alcool et risques pour la santé L'alcool : le bonheur des uns, le malheur des autres Ce que la sagesse populaire affirmait depuis longtemps déjà est maintenant confirmé par la recherche médicale: la consommation modérée et régulière d’alcool n’est pas seulement agréable, elle peut contribuer aussi au maintien de la santé. Ce constat général s’applique-t-il aussi bien aux hommes qu’aux femmes? Aux jeunes comme aux personnes plus âgées? Vin et bière ont-ils un effet protecteur comparable? «Trop» d’alcool, c’est combien, au juste? La plupart des gens consomment avec modération. Cependant, environ 20% des adultes boivent régulièrement ou ponctuellement trop. La Suisse compte actuellement quelque 300 000 personnes dépendantes de l'alcool. La consommation d'alcool excessive engendre de nombreuses maladies et presque chaque organe peut être touché. De plus, beaucoup d'accidents se produisent sous l'effet d'une consommation abusive. Bien que l'alcool soit source de plaisir pour la majorité des gens, il peut également provoquer de grandes souffrances pour la personne qui consomme ainsi que pour son entourage. Il faut donc soigneusement comparer ses éventuels bénéfices avec les dangers qu’il comporte. Qu’est-ce qu’un verre-standard? Par verre-standard, nous entendons la quantité d’alcool contenue dans un verre servi au bistrot. 1 verre-standard Foie C’est essentiellement le foie qui décompose l’alcool. Rien d’étonnant, par conséquent, si cet organe est aussi le premier lésé en cas de consommation excessive. De nombreuses études ont toutefois montré que le risque d'atteinte hépatique reste minime chez les hommes dont la consommation n’excède pas 4 verres de boisson alcoolique par jour. Pour les femmes, ce seuil se situe entre 2 et 3 verres par jour. Cœur De récentes recherches ont confirmé le bien-fondé des observations empiriques, selon lesquelles l’ingestion de faibles quantités d’alcool diminue davantage le risque de maladies coronaires qu’une totale abstinence. Une consommation régulière mais modérée d’alcool contribue, en particulier, à prévenir le risque d'infarctus aigu ou de mourir d’une maladie des coronaires. De fortes quantités d’alcool augmentent par contre le risque d’issue fatale. Différents mécanismes, notamment l’élévation du taux de cholestérol HDL («bon» cholestérol) et la diminution de la propension aux thromboses, expliquent cet effet cerveau protecteur de l’alcool. Toutefois, face à des facteurs proPancréas tecteurs comme le fait de ne pas fumer ou avoir un taux En Suisse comme ailleurs, l’abus chronique d’alcool est la princide graisses dans le sang adéquat, cet effet préventif pale cause de pancréatite. Près de 30 à 60% des patients ne joue qu’un faible rôle. C’est chez les personnes d’un consommant régulièrement une quantité excessive d’alcool ont certain âge que l’effet protecteur de l’alcool peut être des lésions au pancréas. observé - pour la simple et bonne raison que les jeunes ne meurent pas d’infarctus. Les travaux les plus récents en la matière semblent prouver que cette réduction des risques cardio-vasculaires est directement imputable à l’alcool. Estomac et intestins L’effet protecteur peut cependant cœur Nous savons en pratique que l'estomac et les intesvarier selon le type de boissons. S’il tins supportent 3 à 4 verres de boisson alcoolique par est plus net chez ceux et celles qui poumons jour sans dommage. Au-delà, il n’est pas rare que boivent principalement du vin, cela les muqueuses soient endommagées, ces lésions tient peut-être autant aux caractépouvant aller jusqu’à provoquer des hémorragies ristiques propres à ce groupe de estomac dans l'estomac et des altérations de la muqueuse consommateurs qu’aux éventuelles de l’intestin grêle. Celles-ci augmentent la perfoie propriétés de certains constiméabilité aux toxines bactériennes, qui sont tuants du vin. responsables d'intoxications bactériennes souvent observées chez les consommateurs intestins chroniques d'alcool. Ces intoxications jouent un rôle majeur dans les lésions reins organiques liées à l'alcool. Cerveau L'alcool agit sur les neurotransmissions cérébrales et produit de multiples effets selon les doses: diminution de la peur, sentiment de bien-être et de détente, augmentation de l'agressivité, difficultés de coordination musculaire, changements de l'état de conscience et du comportement. Les différences individuelles de l'effet de l'alcool sur le cerveau sont énormes; elles sont influencées par l’hérédité, l'expérience que l'on a de la consommation et l'environnement dans lequel elle se passe. Certains systèmes neuronaux spécifiques se modifient en cas de consommation chronique et peuvent ainsi conduire à une consommation compulsive, au développement d'une tolérance (= boire de plus en plus d'alcool pour ressentir les mêmes effets) et à la dépendance. Il est difficile de fixer une dose limite à partir de laquelle le risque de dépendance s'installe. Par ailleurs, une consommation chronique peut produire des dommages organiques au cerveau, pouvant aller jusqu'à la perte de capacités mentales. organes génitaux Lésions embryonnaires Si la femme enceinte consomme de grandes quantités d’alcool, il peut en résulter, pour le fœtus, de graves lésions. Les «effets alcooliques fœtaux» sont une cause fréquente de retard mental chez le nouveau-né, de retard de croissance foetale et de malformations physiques. S’il est prouvé qu’une consommation chronique de fortes doses d’alcool peut conduire à des anomalies dans le développement du fœtus, on sait aussi qu’une consommation excessive sporadique est, elle aussi, susceptible de provoquer de telles lésions. De faibles quantités quotidiennes d'alcool (2 verres de boisson alcoolique) augmentent déjà la probabilité d’un poids de naissance inférieur à la norme. Il n’existe pas de dose minimale en-deçà de laquelle les risques seraient tout à fait exclus. Système hormonal Système immunitaire La consommation régulière d'importantes quantités d’alcool a de multiples répercussions sur le système immunitaire. Ceci résulte des effets métaboliques directs et indirects de l'alcool ainsi que des carences nutritionnelles consécutives à la mauvaise alimentation et aux pertes accrues en vitamines et oligo-éléments. L’abus chronique d’alcool provoque de graves perturbations hormonales, en particulier des hormones sexuelles. Chez l’homme, cela se traduit par une baisse de la production de testostérone et par une hypotrophie testiculaire aboutissant à la perte de désir sexuel et à l’impuissance. Chez la femme, une faible consommation d’alcool suffit déjà à faire augmenter significativement le taux d’œstrogènes, ce qui diminue le risque d’infarctus mais élève par contre celui de cancer du sein. Alcool et cancer On sait depuis longtemps qu’il existe un lien entre l’abus d’alcool et l’apparition de certains cancers. Ainsi, le risque de développer un cancer de l’œsophage est particulièrement élevé. Un apport régulier de 2 verres de boisson alcoolique par jour suffit pour augmenter sensiblement le risque de cancers de la bouche, du larynx et/ou du pharynx. Bon nombre d’observations laissent penser que l’alcool provoque dans quelques cas le cancer, et dans d’autres cas, il en facilite l’apparition. A l’heure actuelle, ces mécanismes n’ont pas encore été totalement cernés. Toutefois, aussi bien les enquêtes menées auprès de larges échantillons de population que les expériences sur cultures cellulaires ou animaux de laboratoire indiquent que l’alcool favorise la dégénérescence cellulaire, par exemple celle des cellules de la muqueuse intestinale. Des processus comparables ont également été observés en ce qui concerne l’œsophage. De plus, l’alcool agit sur toute une série de mécanismes métaboliques, dont le déséquilibre va de pair avec un risque accru de cancer. Ce risque augmente plus considérablement encore s’il y a consommation parallèle de tabac. La quantité d’alcool qui peut favoriser les risques de cancer n’est pas particulièrement élevée. Des chercheurs norvégiens ont établi que des personnes qui boivent entre 4 et 7 bières par semaine ont 4.4 fois plus de risque que les autres de développer un cancer des voies respiratoires supérieures. De même, le risque d’avoir un cancer du sein, deuxième cause de mortalité chez les femmes, s’élève déjà un peu à partir d'une consommation quotidienne de un à deux verres de boisson alcoolique. Alcool et accidents Les problème d'alcool ne sont pas seulement dus à une consommation chronique d'alcool, mais aussi aux abus ponctuels. Accidents, violence envers soi et les autres, transgression des lois et relations sociales sont souvent étroitement liées aux excès ponctuels d'alcool. Le risque d'accident augmente significativement déjà à un taux d'alcoolémie de 0,5 pour mille. L'alcool joue un rôle dans près de 20% des accidents mortels de la circulation routière. Bénéfices et dommages liés à la consommation d'alcool Avec l'âge, les risques de maladies circulatoires augmentent; les personnes d'âge mûr profitent donc des propriétés positives de l'alcool: à dose modérée, l'alcool diminue le risque de mortalité par infarctus. Avant l'âge de 40 ans environ, cet effet n'a plus autant d'impact, car d'autres risques de mortalité sont étroitement liés à la consommation d'alcool: plus on consomme fréquemment de l'alcool, plus le risque de décéder des suites d'un accident ou d'autres violences dues à l'alcool est élevé. En effet, dans notre pays, l’alcool intervient dans pas moins de 10% des décès touchant les hommes entre 15 et 34 ans. Il est donc dans l’intérêt des jeunes adultes, et en particulier des adolescents, de réduire leur consommation d’alcool. Cependant, évaluer les coûts et les bénéfices de l’alcool en n’analysant sa consommation qu’à la seule lumière des statistiques de la mortalité globale est faux; de fait, aucune statistique ne quantifie la souffrance des personnes dépendantes et de leurs proches. conseils Qu’est-ce qu’une consommation raisonnable d’alcool? CONSEILS : CE QUE LES SPÉCIALISTES RECOMMANDENT… aux adultes en bonne santé • Ne pas boire plus de 2 verres-standards de boisson alcoolique par jour (voir illustration). • Il est recommandé aux femmes de ne consommer que la moitié de cette quantité journalière. Les quantités indiquées ici tiennent compte de l'effet protecteur potentiel de l’alcool. Si, de manière générale, les femmes sont plus sensibles à l’alcool que les hommes, ce n’est pas uniquement en raison de leur poids et leur masse musculaire plus faibles. Il semble en effet que le métabolisme masculin élimine plus rapidement les boissons alcooliques que l’organisme féminin. De plus, certaines études ont montré que l’alcool endommage plus gravement le foie et d’autres organes chez les femmes que chez les hommes. aux personnes en traitement médical ou en convalescence • Consultez votre médecin traitant, qui vous dira si vous pouvez ∑ boire de l’alcool et, dans l’affirmative, combien. • N’oubliez pas que la consommation conjointe d’alcool et de médi∑ caments peut modifier l’action de ces derniers. aux femmes enceintes et aux femmes désirant une grossesse • Ne buvez pas plus d’un verre par jour ou, mieux encore, renoncez à toute consommation d’alcool. • Evitez des consommations excessives sporadiques. aux enfants jusqu’à 14 ans • Un seul mot d’ordre : pas d’alcool! ∑ aux jeunes dès 14 ans • Pour la plupart des ados, s’initier à l’alcool fait partie des «passages obligés» pour devenir adulte. Plutôt qu’une interdiction absolue, il est préférable que les parents leur apprennent à en consommer raisonnablement. Pour prévenir les maladies du cœur: les personnes abstinentes devraient-elles se mettre à consommer de l’alcool? Il n’y a pas de raison d’inciter quiconque à passer de l’abstinence à une consommation, même modérée, d’alcool. En effet, il est tout à fait possible de réduire les risques de maladie cardio-vasculaire et de mort prématurée par d’autres moyens, qui ne présentent pas les risques inhérents à la consommation d’alcool. CONSEILS : COMMENT PROTÉGER SON CŒUR AUTREMENT QU’EN BUVANT DE L’ALCOOL? • Sans chercher à devenir un sportif de pointe, pratiquez une activité physique régulière, allez à pied à votre travail ou faites fréquemment de bonnes marches durant vos loisirs. • Veillez à avoir une alimentation équilibrée, pauvre en graisses animales. • Si vous êtes souvent sous pression, apprenez à gérer votre stress. • Et surtout : ne fumez pas. Du plaisir à l’abus La limite entre consommation d’alcool modérée, abus et dépendance est souvent floue. L'abus peut commencer parfois par un seul verre par jour, mais consommé par exemple dans le but plus ou moins conscient de se libérer des frustrations accumulées au fil des heures. D’autres ne perdent le contrôle de leur consommation qu’après avoir bu beaucoup d’alcool durant une longue période. On ne sait toujours pas, à l’heure actuelle, pourquoi certaines personnes deviennent dépendantes de l’alcool et d’autres non. On peut observer chez les personnes dépendantes ou en risque de le devenir un certain nombre des caractéristiques: • Elles boivent pour diminuer les tensions, pour réduire leur anxiété ou pour fuir leurs problèmes. • Elles ont un besoin irrépressible de boire de l’alcool. • Leurs préoccupations tournent constamment autour de l’alcool, mais elles refusent d’en parler. • Elles développent une tolérance à l’alcool, ce qui signifie qu’elles doivent boire toujours plus d’alcool pour obtenir le même effet. • Elles n’ont aucune conscience d’être malades. • Elles ont des trous de mémoire après avoir bu. • Elles boivent en cachette. • Leur consommation d’alcool se fait au détriment des autres activités ou centres d’intérêts, qui sont progressivement délaissés. • Elles perdent le contrôle sur la quantité d’alcool qu’elles boivent (besoin compulsif de continuer à en consommer). • Elles donnent des signes de manque (tremblement des mains, par exemple). • Elles continuent à boire de l’alcool, même après en avoir expérimenté des effets négatifs. Le plus souvent, la personne alcoolique ne consent à entreprendre un traitement qu’au moment où les conséquences négatives de sa consommation deviennent insupportables; avant cela, le déni et la peur du changement ne lui permettent pas de renoncer à l'alcool. Le problème, avec la dépendance à l’alcool, c’est qu’elle ne touche pas seulement la personne malade, mais qu’elle rejaillit sur tout son entourage. Le plus souvent, les proches cherchent à éviter que l’alcoolisme de l’un des leurs n’apparaisse au grand jour ou que la famille n’explose. Ils s’efforcent donc de protéger la personne malade des conséquences négatives de ses actes, ce qui a généralement pour effet de renforcer la dépendance. Il n’est pas rare que ce mécanisme devienne tellement pesant pour l’entourage proche que d’autres membres de la famille tombent malades à leur tour. Recourir à une aide extérieure devient alors indispensable. CONSEILS : QUAND FAUT-IL CONSULTER UN MÉDECIN? • Lorsque vous avez le sentiment que vous ne pouvez plus vous passer d’alcool. • Lorsque vous prenez conscience que votre consommation d’alcool est nettement plus forte qu’avant. • Si vous buvez pour oublier vos soucis. • Si vous avez des symptômes de manque quand vous essayez d’arrêter de boire. • Si vous avez été ivre plusieurs fois de suite et qu’après ça, vous souffrez de trous de mémoire. • Si l’un de vos proches est dépendant de l’alcool ou si vous pensez qu’il pourrait l’être, n’hésitez pas à en parler à votre médecin de famille ou à vous adresser à un centre médico-social . Dans les deux cas, vous trouverez du soutien, donné en toute discrétion car autant les médecins que les intervenants spécialisés dans les questions de dépendance sont soumis au secret professionnel. Le plaisir de boire – savoir apprécier et déguster En Suisse, les boissons alcooliques font partie de la vie de tous les jours; on en consomme sans vraiment y prendre garde. Cette banalisation quotidienne de l'alcool fait que l’on risque d’en boire trop et trop souvent. Or, l’alcool est loin d’être un produit comme les autres : selon la manière dont on le consomme, il peut être source de plaisir, d’ivresse ou de dépendance. Il importe donc de ne pas le consommer «juste comme ça», mais de veiller à vraiment le déguster. Apprécier et déguster, c'est: • prendre son temps, • utiliser tous ses sens : regarder, sentir, goûter, ressentir, • ne jamais consommer sans y mettre de l'attention, • savourer en petites quantités, • savoir dire non quand la situation l’exige ou si on n’a plus envie de boire de l’alcool. CONSEILS : EN CAS DE «GUEULE DE BOIS» • Commencez par redonner à votre organisme le liquide et le sel qui lui font défaut. Boire un maximum d’eau minérale et de jus de fruits et manger plutôt salé s’avèrent des solutions tout à fait efficaces pour rétablir l’équilibre sur ces deux plans. Evitez de boire à nouveau de l’alcool! • Prenez une douche en alternant eau chaude et eau froide et sortez à l’air frais pour stimuler la circulation sanguine. • Protégez-vous de la chaleur et évitez les gros efforts physiques. • Si vous devez secourir une personne qui souffre d’une intoxication alcoolique aiguë, protégez-la d’une possible déperdition de chaleur et transportez-la à l’hôpital le plus proche, où l’on pratiquera, le cas échéant, un lavage d’estomac et où l’on prendra toutes les mesures nécessaires pour stabiliser sa tension et sa respiration. L’ivresse : un plaisir sans arrière-goût? Impossible de «prendre une cuite» sans en subir les désagréables conséquences. Etat nauséeux, maux de tête et vertiges : les «lendemains d’hier» sont douloureux, en raison de la déshydratation que provoque l’alcool ainsi que de l’effet des huiles de fusel contenues dans les boissons alcooliques. Le corps subit une déperdition en eau et surtout en sels minéraux, parce que ceux-ci sont éliminés par les voies urinaires. Aucune recette miracle n'accélère la dégradation de l'alcool. CONSEILS : USER SANS ABUSER, CELA S’APPREND • Limitez-vous à une seule sorte d’alcool. • Evitez les boissons alcooliques très sucrées ou gazéifiées (liqueurs, cocktails, champagne), car elles accélèrent le passage de l’alcool dans le sang. • Ne buvez jamais à jeun. Rappelez-vous que les graisses ralentissent la progression du taux d’alcool dans le sang. • Buvez lentement et limitez-vous en, si possible, à 1 verre de boisson alcoolique par heure, afin que l’organisme en élimine déjà une partie (entre 0.1 et 0.15 pour mille par heure) • Contrôlez votre consommation : - Décidez combien vous boirez avant de commencer à fêter. - Refusez que l’on remplisse votre verre avant qu’il ne soit tout à fait vide, afin de garder le contrôle sur la quantité que vous consommez réellement. - Entre deux verres de boisson alcoolique, buvez aussi des boissons sans alcool. - Et surtout : déplacez-vous à pied, en transports publics ou en taxi et ne montez jamais dans la voiture de quelqu’un qui est en état d'ébriété. Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies Alcool et santé A partir de quand l'alcool est-il nocif pour le foie? L'alcool est-il bon pour le cœur? Alcool et cancer: quel rapport? Dépendance: quand faut-il consulter un médecin? Qu'est-ce qu'une consommation raisonnable d'alcool? Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies

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