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Le Monde Des Libres 19 06 2009 - PDF

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Le Monde Des Libres 19 06 2009 - PDF Powered By Docstoc
					Exposition
Culture p. 23

Tarzan en héros écolo

Bernard Tapie et le Club Med: « Je ne lâche rien »
Economie p. 16

« Le Monde des livres »
Supplément

a Les vérités de Daniel Cordier a P. D. James: tout l’art du polar
Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur : Eric Fottorino

Vendredi 19 juin 2009 - 65e année - N˚20030 - 1,40 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr ---

Pourquoi le nombre de bacheliers stagne
t 64 % d’une même génération décroche le bac, loin de l’objectif de 80 % t La session 2009 a débuté jeudi 18 juin pour 500 000 candidats de 13 à 78 ans
Le mythe des 80 % de bacheliers. En 1985, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, définissait un objectif en forme de slogan : « 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac. » Mais, depuis 1995, le taux stagne autour de 64 %, et 120 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Pour le sociologue Stéphane Beaud, « la stagnation s’explique en partie par la désillusion des familles défavorisées, qui se demandent pourquoi faire des études sion nepeut pas avoirle métier désiré ». P. 13 et Débats page 21 La session 2009. Cette année, toutes filières confondues, 622 322 candidats passeront les épreuves du baccalauréat. Elles ont débuté, jeudi 18 juin, par la philosophie pour les séries technologiques et le bac général. Parmi les sujets proposés : « L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ? » ; « Le langage trahit-il la pensée ? » ; « Est-il absurde de désirer l’impossible ? » A l’issue des épreuves écrites, 149 500 correcteurs noteront environ 4 millions de copies. Premiers résultats en métropole le 4 juillet. P. 13 Reportage dans un lycée modèle. Le Cheylard, bourg de 3 500 habitants niché dans les montagnes ardéchoises, abrite depuis une quinzaine d’années un lycée où de nombreuses familles rêvent d’envoyer leurs enfants : en 2008, les élèves des quatre classes de terminale ont tous décroché leur baccalauréat, et l’établissement figure en bonne place dans les palmarès. La recette du succès : des cours spécifiques où les lycéens apprennent à prendre des notes, à faire des synthèses, à sélectionner les informations. P. 20

Qui dirige l’Iran ? Qui a le pouvoir de dénouer la crise ?

Le Portugais José Manuel Barroso présente son programme aux dirigeants européens
t Le soutien des Vingt-Sept lui est acquis, pas celui du Parlement de Strasbourg

O

ui ou non ? Vite ou lentement ? José Manuel Barroso a hâte de se succéder à lui-même à la présidence de la Commission européenne. Mais beaucoup considèrent que cette évidence n’en est pas une et qu’il est urgent d’attendre. Premier acte institutionnel de cette bataille : le sommet européen réuni les jeudi 18 et vendredi 19 juin à Bruxelles. Le président sortant, et seul candidat en lice, doit présenter jeudi soirauxchefsd’Etatetdegouvernementdes Vingt-Sept les grandes lignes de son programme en vue d’un second mandat. Au nombredesespriorités : larégulationfinan-

cière et la lutte contre le réchauffement climatique.S’ilnefaitguèrededoutequeleprésident de la Commission sera reconduit de manière informelle par le sommet européen, la suite est plus incertaine. M. Barroso doit être confirmé par le Parlement européen pour rester président. Dès la mi-juillet ? L’intéressé et la droite européenne l’espèrent. L’espéraient ? Socialistes, libéraux, Verts : de nombreux groupes parlementaires européens sont hostiles à l’idée d’un adoubement éclair. Daniel Cohn-Bendit, député écologiste, qui a, le 7 juin, conduit avec un vif succès les lis-

tesEurope Ecologie en France, est très hostile au statu quo annoncé et souhaite un front anti-Barroso. Pour le constituer, l’été ne serait pas de trop. Au-dessus de la mêlée, un ancien chef de l’Etat, Valéry Giscard d’Estaing, décrit dans Le Monde les handicaps dont souffre une Europe, selon lui, « en phase de dépression ». Pouravancer « sur la voie d’uneEurope plus simple et plus performante », il demande, entre autres, que les « hauts dirigeants européens » ne soient plus « choisis par des conversations de sérail ». p
Lire pages 12 et 21

Le Guide suprême, Ali Khamenei. CAREN FIROUZ/REUTERS

L

a crise politique que connaît l’Iran depuis l’annonce contestéede la victoire du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, démontre la complexité des institutions de la République islamique. Sur les questions sensibles comme la politique étrangère ou la défense, c’est en effet Ali Khamenei, le Guide suprême, qui exerce le pou-

voir. Elève et successeur de l’imam Khomeyni, le Guide joue donc un rôle déterminant dans les événements politiques actuels. Il dirigera vendredi à Téhéran la grande prière. Lespartisans du candidat Mir Hossein Moussavi, qui revendiquent la victoire, étaient de nouveau appelés, jeudi, à manifester. p
Lire pages 6 et 8

UK price £ 1,50

Le regard de Plantu

La CFDT repense sa stratégie et ses pratiques
Exclusif A un an du congrès de la CFDT, son numéro deux, Marcel Grignard, critique le syndicalisme actuel. Pour lui, la nouvelle loi sur la représentativité syndicale impose de « modifier radicalement les pratiques ». P. 2

I LA RÉVOLUT

ON

FRANÇAISE

Pourquoi et comment arrivent ns… les révolutio

Retour sur les journées et les acteurs historiques de la Révolution. Regards d’historiens Vu d’ailleurs, l’ère des révolutions. Regards d’aujourd’hui Villepin, Peillon, Copé, Bayrou, Besancenot, Dupont-Aignan… Les hommes politiques s’expriment.

Les réfugiés climatiques sans statut
Planète Ils sont plusieurs dizaines de millions aujourd’hui ,et leur nombre pourrait atteindre 200 millions en 2050. Pourtant, les « réfugiés climatiques » ne disposent d’aucun statut, ce qui nuit à l’aide qui peut leur être fournie. P. 4 et l’éditorial P. 2

Demain dans 0123
Dossier spécial Iran « Le Monde 2 » Mères

De la révolution des mosquées en 1979 à Twitter en 2009

porteuses : libres ou exploitées ? Saint-émilion, un vin inclassable

UN HORS-SÉRIE DU MONDE - 100 PAGES - 7,50 €

CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX

EN PARTENARIAT AVEC

Algérie 80 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,40 ¤, Belgique 1,40 ¤, Cameroun 1 500 F CFA, Canada 3,95 $, Côte d’Ivoire 1 500 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 25 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,50 ¤, Gabon 1 500 F CFA, Grande-Bretagne 1,50 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 700 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,00 ¤, Luxembourg 1,40 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 25 KRN, Pays-Bas 2,00 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 2,00 ¤, Sénégal 1 500 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 28 KRS, Suisse 3,00 FS, Tunisie 2,00 DT, Turquie 6,00 TL, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 500 F CFA,

2 0123
Editorial Eco-réfugiés
L’actualité sur Lemonde.fr
Rémunération des banquiers : l’Europe inefficace ?
« N’est-ce pas la démonstration par l’absurde de l’inefficacité de l’Europe en matière de réglementation financière ? », interroge le blog « Démystifier la finance », tenu par Georges Ugeux, PDG de Galileo Global Advisors. L’objet de son dépit ? Le projet de la Commission européenne sur la réglementation de la rémunération des banquiers, « visant à donner aux autorités de contrôle (bien évidemment nationales) d’imposer des amendes aux banques qui auraient rémunéré leurs opérateurs d’une manière qui accroisse le risque ». « Il ne sera applicable au plus tôt qu’en 2011 », se désole-t-il, soulignant qu’« au même moment le président Obama a annoncé que le projet de loi en la matière avait été envoyé au Congrès pour examen et vote dans les prochains mois ». « Un gouffre transatlantique ? », se demande l’auteur du blog qui dit militer pour « une autorité européenne » disposant des « pouvoirs de proposition, mais surtout de l’application des mesures communautaires ».

Vendredi 19 juin 2009

Chronique Play-back à l’iranienne

I

nondationsici, désertification là, catastrophes naturelles à répétition ailleurs : le changement climatique ne concerne pas seulement, de façon générale, l’avenir de la planète, mais, très concrètement, le sort de populations entières, victimes de ces dérèglements. Des Maldives aux Kiribati en passant par les îles Carteret, la fuite des hommes devant la montée des océans a déjà commencé. Aucun barrage ne tiendra contre le Pacifique. Ce n’est qu’un début. Demain, des territoires aussi peuplés que les deltas du Mékong, du Gange ou du Nil, ou ceux des côtes hollandaises, seront menacés par la montée des eaux et confrontés à des exodes environnementaux de grande ampleur. A l’inverse, réchauffement et désertification pousseront des communautés, voire des peuples, vers des régions moins inhospitalières. Le rapport très récent de l’ONG Care et du Centre pour un réseau international d’information sur les sciences de la Terre de l’université de Columbia est éloquent : d’ici à 2050, ce sont quelque 200 millions de personnes qui seront vraisemblablement contraintes d’émigrer vers d’autres régions, voire d’autres pays. Ces « réfugiés climatiques » ne s’ajouteront pas seulement aux quelque 40 millions de réfugiés politiques déjà répertoriés, fin 2008, par le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies. Ils viendront également grossir les flux de l’immigration économique. Les pays les plus développés ne sauraient fermer les yeux – ou leurs frontières – devant ces « éco-réfugiés » venant, pour la plupart, des régions moins développées du Sud, qui subissent le plus lourdement l’impact du changement climatique. Les pays du Nord en sont les premiers responsables ; la justice et l’équité leur imposent d’imaginer et de proposer des mécanismes d’assistance que les pays pauvres n’ont pas les moyens de mettre en œuvre. La négociation internationale de Copenhague sur la lutte contre le changement climatique, à la fin de l’année, doit leur en fournir l’occasion. Le premier pas est juridique. Il faut définir et reconnaître un statut à part entière du « réfugié climatique » : celui-ci n’est pas contraint de se déplacer parce qu’il serait victime de persécutions comme le « réfugié politique » défini par la convention de l’ONU de 1951 ; il est chassé de son territoire par les dérèglements environnementaux. Ce préalable levé, seules une mobilisation et une coopération internationales permettront de prévenir, au-delà de la crise écologique, d’inacceptables désastres humanitaires. p
Société éditrice du « Monde » SA Président du directoire, directeur de la publication : Eric Fottorino Vice-président, directeur général : David Guiraud Secrétaire général du directoire : Pierre-Yves Romain Directeur du « Monde » : Eric Fottorino Directeur adjoint : Laurent Greilsamer Editeur : Michel Sfeir Directeur de la rédaction : Alain Frachon Directeur éditorial : Gérard Courtois Rédacteurs en chef : Michel Kajman, Frédéric Lemaître, Franck Nouchi (« Le Monde 2 ») et Isabelle Talès Chef d’édition : Françoise Tovo Directeur artistique : Quintin Leeds ; Veille de l’information : Eric Azan ; Secrétaire général : Jean-Pierre Giovenco Médiatrice : Véronique Maurus Conseil de surveillance : Louis Schweitzer, président Jean-Pierre Tuquoi, vice-président

T

Le destin de Fausta
Dans sa chronique vidéo, Thomas Sotinel, critique cinéma au Monde, présente Fausta, le dernier film de la réalisatrice péruvienne Claudia Llosa, Ours d’or du Festival de Berlin : « Entre étrangeté poétique et violence politique. »

ous les soirs, depuis les toits hérissés d’antennes de Téhéran, un long cri modulé s’élève, repris par des milliers de voix : « Allah O Akbar ! » (« Allah est grand ! »). Comme il y a trente ans, lorsque les parents des chanteurs d’aujourd’hui criaient à la nuit tombée le même appel. Il y avait moins d’antennes – pas paraboliques en tout cas –, mais l’enthousiasme était aussi grand. En 1979, le mot d’ordre venait d’exil, de

BEN CURTIS/AP

Témoignages d’Iran
Cinq Iraniens et un Français habitant l’Iran ont été joints mardi et mercredi, par courriel et par téléphone. Tous ont demandé à ce que leurs propos restent anonymes. « Tout le monde est fatigué du régime, de ses échecs, de son extrémisme sur la scène internationale », témoigne ainsi M., ingénieur travaillant pour le gouvernement.

International
Marie-Claude Decamps
Neauphle-le-Château, près de Paris, d’où l’ayatollah Khomeiny s’apprêtait à rentrer pour lancer sa révolution islamique. Il s’agissait d’invoquer Allah contre le chah, ce roi autoritaire qui voulait moderniser le pays à marche forcée aidé de ses protecteurs américains. Mais cette fois ? Invoquerait-on la nuit à Téhéran Allah contre la théocratie au pouvoir ? Dieu contre une République « islamique » de mollahs, de plus en plus radicalisée et qui a choisi de revenir aux principes des premiers jours de la révolution ? La situation ne manque pas de piquant. En 2009, la consigne vient du cœur du pays. C’est le seul moyen inventé pour se faire entendre par des centaines de milliers d’Iraniens, partisans de l’ex-premier ministre Mir Hossein Moussavi, qui s’estiment floués par l’élection présidentielle du 12 juin qui a reconduit Mahmoud Ahmadinejad avec un score aussi contesté qu’écrasant (63 %). De toit à toit, de cri à cri : un résumé de trente ans de révolu-

Le nouvel aggiornamento syndical de la CFDT
A
un an de son prochain congrès, en juin 2010 à Tours, la CFDT opère un nouvel aggiornamento syndical. Dans un rapport débattu, jeudi 18 juin, au conseil national de la CFDT, « Le syndicalisme à un tournant, oser le changement », MarcelGrignarddécrètel’urgence.« Lesyndicalisme est engagé, souligne le numéro deux de la CFDT, dans une course de vitesse pour s’adapter à une société dont les changements rapides et profonds menacent son existence. » Il faut donc « réinterroger et adapter en permanence » un syndicalisme qui « ne va pas bien ». Avec 814 636 adhérentsen2008,lacentralecédétiste revendique la première place, mais, aux élections prud’homales de 2008 (21,8 %, – 3,4 points par rapport à 2002), c’est elle « qui perd le

Analyse
Michel Noblecourt
Editorialiste

Le rapport Grignard veut « modifier radicalement les pratiques » de l’organisation cédétiste
plus d’électeurs ». Et elle avoue n’avoir pas réussi à se réimplanter « dans beaucoup d’endroits » où elle a perdu des adhérents. Avec l’aval de François Chérèque, M. Grignard, élu le 17 juin secrétaire général adjoint de la CFDT, a centré son rapport sur « lerôledusyndicalisme ». Adoptéàl’unanimité par le bureau national, il fait l’impasse sur les services aux adhérents. Le thème seraévoqué àTours,etilsupposeaupréalable, pour M. Grignard, d’« éclairer le sens du syndicalisme ». « Si on met en œuvre le rapport,assure-t-il,cela obligera àdes révisions déchirantes. » Voire des ruptures. Trente et un ans après le rapport Moreau (1978), à l’ère d’Edmond Maire – qui avait marqué le recentrage de la CFDT en affirmant l’autonomie du syndicalisme par rapport au politique et en réhabilitant la négociation et le compromis –, la centrale s’attribue bien des mérites : « une incontestable reconnaissance sociale et politique » ; « au centre du jeu social », « moteur

des changements ». « C’est la CFDT qui a creusé le sillon et tenu le cap dans les tempêtes », est-il souligné dans le rapport. Pourtant, ce n’est qu’en 1995, quand elle provoqua un séisme syndical en soutenant une réforme de la Sécurité sociale émanant d’un gouvernement de droite, qu’elle « a démontré, même si elle l’a payé au prix fort, son autonomie vis-à-vis du politique. Il n’y aura pas de retour en arrière sur ce point, et, au fil des ans, la CGT y viendra aussi en s’affranchissant d’un PC déclinant ». Mais la CFDT n’a pas réussi à ce que l’aggiornamento du rapport Moreau entraîne une « appropriation de l’ensemble des enjeux par toute l’organisation ». A défaut de dynamiques, l’« institutionnalisation » du syndicalisme a nourri sa crise. « Au final, écrit M. Grignard, la CFDT assume ses choix et ses actes, mais n’a pas su mettre ses militants en capacité de les porter. » Avec la réforme de la représentativité, qui impose aux syndicats un seuil d’audience électorale (10 % dans les entreprises) pour être reconnus, la CFDT se trouve « au pied du mur », obligée de changer ses pratiques pour s’implanter durablement. Le rapport manie l’autocritique : « Le syndicalisme a échoué à intégrer dans sa stratégie la montée de l’individualisation du travail et du salariat » ; après la réforme des retraites de 2003, qu’elle a soutenue, la CFDT est « affaiblie dans sa stratégie, crispée quant aux engagements qu’elle peut prendre, parce que soucieuse, avec raison, de préserver sa cohésion interne ». Compte tenu de ses fortes « faiblesses structurelles », la CFDT a « manqué de rapidité dans le changement de [ses] pratiques pour continuer à être [un] capteur attentif » des évolutions du salariat et de la société. Elle a fait de la gestion ou de la

négociation un « but en soi »… « On sait mal capter ce qui vient des sections d’entreprise », note M. Grignard. « Pourquoi feraient-elles “remonter ” [au sommet de la centrale],puisqu’ellesontle sentimentqu’elles ne sont pas entendues, que ce qu’elles vivent ne sert pas. » Faiblement enraciné, en déficit de proximité, le syndicat est face à des individus qui se revendiquent « plus autonomes ». L’autonomisation des sections,avecdesdéléguésdotésd’une« dualité de légitimité » – le syndicat et les salariés –, est aussi « inéluctable ». Le rapport veut « modifier radicalement les pratiques d’organisation », à travers un « fonctionnement flexible et réactif » et « un réseau maillant l’ensemble des sections et dont la Confédération est la tête de pont ». Pour M. Grignard, le syndicalisme doit concilier, par la négociation, « les intérêts individuels, les identités professionnelles » et« l’intérêt général des salariés ». Toujours « sociétale », la CFDT veut intervenir sur « ce qui fait la vie des salariés » et les enjeux desociété.Elleveut« construireuncompromis qui est obligatoirement une coproduction [entre] salariés et employeurs ». Son but est que la démocratie sociale « donne corps à la démocratie participative ». Réformiste, la CFDT écarte toute recomposition, mais cherche « une relation structurée » avec les autres syndicats. Ni anathème ni exclusive. « La CGT a beaucoup évolué », note M. Grignard, même s’il la décrit en « passager clandestin » des négociations nationales. « Elle a conquis, écrit-il, son autonomie vis-à-vis du politique, mais elle n’a pas remplacé le vide résultant de l’abandon d’une doctrine élaborée par le parti, par un fonctionnement et un projet syndical qui lui permettraient de s’engager au nom de l’intérêt général du salariat. » La CFDT se dit « ouverte, accueillante, sans arrogance, convaincue qu’elle ne pourra pas faire seule ». Par deux fois, elle fustige son arrogance comme pour mieux garantir à ses partenaires qu’elle ne jouera plus l’avant-garde éclairée du salariat.p
Courriel : noblecourt@lemonde.fr

Et tout, comme d’habitude, se termine par des coups de bâton
tion. Il suffit de lire à l’envers ce play-back à l’iranienne pour voir que peu de choses ont changé. Dans les lieux publics, les gens murmurent, les téléphones sont « parasités » ou « écoutés » comme avant. Non plus par la Savak, la terrible police du chah, mais par la Savama, le Vevak ou Allah sait quel autre service secret parmi ceux qui ont proliféré. Le travail a changé : aux tracts ont succédé Texto, vidéos et téléphones portables, ce cauchemar policier qui prend tant de photos… Mais tout est en ordre. Les opposants en prison, les intellectuels et les journalistes surveillés, les réformateurs suspectés, et la prison d’Evine pleine à craquer. Comme au bon vieux temps prérévolutionnaire. Enfin, les gens du sérail, avec le même instinct de conservation, évitent de commenter tout débordement. Ils ne disent plus « le Roi ne savait pas », mais « le Guide ne savait pas ». C’est tout ? Non. Il y a bien sûr les marches pacifiques. Les révolutionnaires tendaient des fleurs aux soldats impériaux : « Venez avec nous ! » ; les adeptes de la vague verte Moussavi (couleur de sa campagne) disent aux miliciens bassidji en kaki : « Même sur votre uniforme, le vert est joli…. » Et tout, comme d’habitude, se termine par des coups de bâton. M. Moussavi, vingt ans absent en politique, n’a peut-être pas tout compris, convoquant ses partisans place de la République (Engelab) pour aller jusqu’à celle de la Liberté (Azadi). Un trajet improbable. Mais sa naïveté et son courage ont fait école : des centaines de milliers l’ont rejoint. Et ont même recommencé. Après ? Là, le play-back ne dit rien. p
Courriel : decamps@lemonde.fr

Il y a 50 ans dans 0123
AVANT la découverte des gisements du Sahara, l’Afrique entière était un continent sans énergie. Les réserves de charbon y sont dérisoires eu égard aux besoins prévisibles. Seuls les grands fleuves d’Afrique noire peuvent libérer des quantités massives d’électricité hydraulique. Mais le pétrole ? Découvert jusqu’à présent en quantités vraiment appréciables dans la partie française du Sahara, l’or noir est assurément l’un des grands atouts énergétiques africains. Mais il présente pour l’Afrique l’inconvénient (avantageux pour l’Europe) de pouvoir être transporté aisément au-delà

Anciens directeurs : Hubert Beuve-Méry (1944-1969), Jacques Fauvet (1969-1982), André Laurens (1982-1985), André Fontaine (1985-1991), Jacques Lesourne (1991-1994), Jean-Marie Colombani (1994-2007)
Le Monde est édité par la Société éditrice du Monde SA Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 15 décembre 2000. Capital social : 149 017 497 ¤. Actionnaire principal : Le Monde SA. Rédaction : 80, boulevard Auguste-Blanqui,75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00 ; télécopieur : 01-57-28-21-21 Courrier des lecteurs : par télécopie : 01-57-28-21-74 ; Par courrier électronique : courrier-des-lecteurs@lemonde.fr Abonnements : par téléphone : de France 0-825-000-778 (0,15 TTC/min) ; de l’étranger : (33) 3-44-31-80-48. Sur Internet : www.lemonde.fr/abojournal/ Changement d’adresse et suspension :0-825-022-021 (0,15 TTC/min)

Gaz naturel et industrialisation algérienne
des mers. Le méthane en revanche a horreur de l’eau. En attendant de lui faire surmonter cette phobie, il faut le consommer sur place en Afrique, le garder en réserve pour des temps meilleurs ou le perdre. Cette situation n’est pas le fait de puissances maléfiques. Elle est la sanction de la règle selon laquelle, en économie de marché, l’utilisation rentable du gaz suppose l’existence, au bout des tuyaux, de zones denses de consommation à même d’absorber continûment des volumes massifs de combustible. On a tout lieu de supposer que le nord-ouest de l’Afrique aurait subi à son tour, faute de posséder ces débouchés, le sort désespérant d’autres pays sous-développés si la conjoncture politique du Maghreb, et celle de l’Algérie, n’avait contraint les autorités françaises à sortir du dilemme par la grande porte. L’industrialisation de l’Algérie est l’objectif numéro un, a-t-on dit. Les gros marchés de consommation n’existent pas encore dans ce pays. Peu importe. En attendant qu’ils soient créés, on vendra le gaz au bas prix qu’il n’aurait dû atteindre normalement qu’à un stade avancé de l’industrialisation. p Alain Murcier (19 juin 1959.)

est édité par la Société Editrice du Monde (SA). La reproduction de tout article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire des publications et agences de presse n° 0712 C 81975 ISSN 0395-2037 Imprimerie du Monde 12, rue Maurice-Gunsbourg 94852 Ivry cedex
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Vendredi 19 juin 2009

Page trois

Les actionnaires minoritaires se trouvent pris entre les salariés, qui les rendent responsables des plans sociaux, et des dirigeants qu’ils critiquent

Le « blues » du petit porteur

C

rise aidant, le débat sur la répartition de la valeur ajoutée entre le travail et le capital a rebondi en marge des assemblées générales d’entreprise qui, cette année, ont été le théâtre d’inhabituelles contestations, baisse des cours de Bourse oblige. C’est même sous haute protection policière que s’est tenue, le 4 mai, l’assemblée générale de Gaz de France Suez. Des salariés y distribuaient des tracts contre les rémunérations des dirigeants. Le lendemain, mêmes protagonistes, mais scénario plus violent : sous des jets d’œufset lesslogans« Ongraisseles actionnaires, on vire les salariés ! », les actionnaires du groupe de luxe et de distribution PPR se sont rendusàleurassembléegénérale.Victimes de plans sociaux, des salariés de la Fnac, de Conforama et de Surcouf manifestaient devant la Salle Pleyel, à Paris, leur colère. « 418 millions d’euros de dividendes = 19 000 emplois sacrifiés ! », scandaient-ils. Mais la fracture n’est pas toujourslàoùonl’attend.Lesactionnaires sont parfois d’anciens salariés retraités, à la tête d’une poignée d’actions, qui ne veulent en aucune façonêtreassimilésàdes« capitalistes ». Encore moins à un patronat dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Chez PPR, un actionnaire bombardé d’œufs, visiblement meurtri d’avoirétéainsilacibledel’hostilité desalariés,s’enestprisauPDGFrançois-Henri Pinault. « Comment

Arrivée d'un actionnaire du Groupe PPR sous les jets d'œufs de manifestants, le 7 mai 2009. PASCAL SITTLER/REA
60 % en un an, ne sont pas prêts à tous les sacrifices. Le divorce entre actionnaires et dirigeants semble consommé. Les petits porteurs refusent maintenant d’avaliser sans broncher des rémunérations élevées lorsque les patrons ont démérité, et rechignent à renouveler les mandats d’administrateur. Selon le cabinet InvestorSight,Sur88AGtenuescette année, une résolution sur trois a été contestée, contre une sur vingt un an plus tôt. A peine arrivé à la tête de la banque Natixis en pleine déconfiture, le 30 avril, François Pérol n’a pas échappé aux attaques de la salle : « démission ! démission ! », hurlaient des actionnaires. Par des jets de… pantoufles, ils manifestaient ainsileursdoutesquantauxcapacités de cet énarque, ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy, à redresser un cours de Bourse en chute libre. Impertinent, lors de l’assemblée générale de Saint-Gobain, le 4 juin à Paris, Louis Bulidon, une star dans le petit monde des actionnaires individuels, a lancé au président Jean-Louis Beffa : « Votre groupe a écopé d’une amende record de près de 900 millions d’euros pour entrave à la concurrence du vitrage, cela aurait mérité quelques explications et peut-être quelques sanctions… » Et même si Henri Proglio, le PDG de Véolia Environnement, est habitué aux questions piquantes, celle d’un actionnaire de Dijon a réveillé chez lui l’agacement : « Daniel Bouton (présent dans la salle en tant qu’administrateur) conseille-t-il le groupe pour ses placements financiers ? Parce qu’il y a beaucoup de Société générale, du Royal Bank of Scotland, du Natixis, du Crédit agricole… Daniel Bouton est-il destiné à rester longtemps administrateur ? » Une partie de la salle a applaudi. Quand M. Proglio a pris sa défense, des « dehors ! » à l’intention de M. Bouton fusèrent du fond de la salle. Lesactionnairesdel’équipementier Valeo se sont, eux sans suprise, opposés à l’indemnité de départ de 3,2 millions d’euros de l’ex-PDG ThierryMorin.Ilssesontaussibeaucoup intéressés à l’incapacité de la nouvelle direction à impulser une nouvelle stratégie. « Nous ne sommes pas là pour réparer vos erreurs ! a lancé Didier Cornardeau, le président de l’Appac – Association des petitsporteursactifs.Vousêtesincapablesdenousfairerêversurunprojetde croissance. Vous n’en avez pas. Vous êtes là pour faire crever Valeo ! » Applaudissements. Le ton était moins « saignant » chez Carrefour. Mais, pour sa première assemblée générale, le Suédois Lars Olofson a été attaqué d’une façon peu élégante. « Le semainedernière,j’aiachetédesfraises à 1 euro la barquette : j’ai eu la chiasse ! J’ai acheté du café Costa Rica :j’aieulachiasse !Aurayontextiles, j’ai acheté des chaussettes, taille 46-48, qui, une fois lavées faisaient du 38, la taille de ma femme, l’a alpagué un actionnaire, vous ne contrôlez rien ! » Bien sûr, les assemblées générales n’ont pas toutes été aussi agitées. Chez Hermès, le 2 juin, l’atmosphère était feutrée. Seul un actionnaire, un peu décalé, a relevé que « les dividendes ne permettaient même pas de payer l’ISF ». Mais c’est sans doute à l’assemblée générale de L’Oréal que l’applaudimètrea lemieux fonctionné. Son directeur général, Jean-Paul Agon – l’un des patrons les mieux payés du CAC 40 –- a été encensé après avoir annoncé qu’il renonçait à ses stock-options pour 2009. Un « choix personnel », non dicté par le comité des rémunérations, a précisé le président Lindsay Owen Jones sous un nouveau tonnerre d’applaudissements… p Claire Gatinois, Nicole Vulser, avec le service Economie

« Nous ne sommes pas là pour réparer vos erreurs ! »
Didier Cornardeau, président de l’Appac (Association des petits porteurs actifs), lors de l’assemblée générale de Valeo
convaincre des investisseurs d’acheter des actions PPR si vous ne respectez pas vos employés ? » Au sein de la société d’investissement Wendel, un actionnaire « de Saint-Etienne » s’est lui tourné vers la salle, expliquant : « Nous traversons une crise sans précédent, nous sommes des actionnaires responsables, avantdepoursuivre, il me semblerait bienvenu, pour cette fois, de laisser nos dividendes de côté. » Huées dans la salle. Les actionnaires,qui ont déjà vu le cours de Bourses’effondrer de 30 %,40 %, parfois

Le témoignage d’un africain engagé

Bienveillance chez les « choyés » d’Air liquide
« ÊTRE pessimiste lorsque tout va bien pour ne pas se laisser griser par le succès. Etre optimiste quand les difficultés naissent de manière à avoir le courage de les vaincre », disait Paul Delorme, premier président et cofondateur d’Air liquide en 1902 (Les Conquérant de l’invisible, de Alain Jemain, Fayard). L’actuel PDG, Benoît Potier, avait peut-être cette devise en tête le 7 mai, jour de l’assemblée générale. Il savait qu’il n’avait rien à craindre. Chez Air liquide, l’actionnaire est bienveillant. « Ne faudrait-il pas réduire le dividende pour ne pas distribuer plus du tiers du résultat net ? », interroge cet actionnaire, qui a fait sienne la demande de Nicolas Sarkozy. « Etes-vous bien sûr d’investir suffisamment pour les années futures ? », interroge un autre, longuement applaudi. « Je voudrais vous sanctionner, pour le nombre d’usines mises en œuvre, l’augmentation de vos effectifs, la baisse des accidents du travail, le nombre accru de jours de formation pour vos salariés », enchaîne un plaisantin.

« Fontaines à eau » La critique arrive néanmoins : « Il faudrait mettre des fontaines à eau, pour les AG », revendique un assoiffé. On glisse vite sur la retraite chapeau (1,7 million d’euros en 2008) d’Edouard de Royère, ex-PDG d’Air liquide, parti en retraite en 1995. « Ne pourrait - il pas y renoncer ? », se hasarde un participant. L’intéressé aurait informé M. Potier qu’une partie du montant était consacrée à la recherche sur les maladies respiratoires. Les applaudissements fusent. L’incident est clos. p Annie Kahn

« Nous n’oublierons jamais ses efforts continuels en faveur de la libération des peuples d’Afrique. »
Nelson Mandela
En librairie actuellement

4 Planète
Cousteau au Mexique
Le Mexique a annoncé la création, avec l’aide de la France, d’un observatoire maritime visant à collecter des données scientifiques liées à l’impact des activités humaines et du changement climatique sur ses côtes. Cet observatoire portera le nom de l’explorateur Jacques-Yves Cousteau.

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Vendredi 19 juin 2009

Croix-Rouge en colère
La Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) estime, dans son rapport annuel, que peu de progrès ont été réalisés sur la prévention des risques naturels. Selon elle, certains pays préfèrent l’aide humanitaire a posteriori, au lieu de la prévention.

Les Nouvelles Epidémies : comment s’en protéger ? Par ces temps de grippe A(H1N1), l’ouvrage du professeur Bricaire et du docteur Saldmann constitueun tour d’horizon du sujet en même temps qu’un rappel des règles d’hygiène. (Flammarion, 180 p., 13 euros.)

« Il n’y a aucun statut pour les réfugiés climatiques »
François Gemenne, expert des migrations, réclame une protection pour les nombreux déplacés environnementaux
Entretien
42 millions de personnes déracinées
Fin 2008, selon le rapport annuel du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) publié mardi 16 juin, le monde comptait 42 millions de personnes déracinées : 16 millions de réfugiés ou demandeurs d’asile ayant fui un conflit ou des persécutions, et 26 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Si le nombre de déracinés est en baisse de 700 000 par rapport à 2007, « les nouveaux déplacements de 2009 ont déjà plus que compensé cette diminution », relève le HCR, notamment en raison des conflits au Sri Lanka, au Pakistan et en Somalie. Les pays en voie de développement accueillent 80 % des réfugiés dans le monde, de même que la grande majorité des personnes déplacées. Une situation qui souligne, pour le Haut-Commissariat, « la charge disproportionnée assumée par ceux qui en ont le moins la capacité ainsi que le besoin de soutien international ».

L

e 10 juin, l’Institut pour l’environnement et la sécurité humaine de l’Université des Nations unies publiait un rapport, réalisé par l’ONG Care et le Centre pourleréseauinternationald’information en sciences de la terre de l’université de Columbia, qui soulignait le développement des flux migratoires dus au changement climatique. D’ici à 2050, ces migrations devraient concerner 200 millions de personnes. Enseignant chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Sciences PoParis)etauteurd’unerécentethèse (« Changements environnementaux et flux migratoires »), François Gemenne souligne la nécessité de définir un statut juridique pour les réfugiés environnementaux et de renforcer la protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays.

Qu’est-ce qui définit un migrant environnemental ?

On parle de « réfugiés » environnementaux pour désigner les personnes contraintes de quitter le territoire oùelles vivent en raison d’un bouleversement dans leur environnement,qu’ils’agissed’unecatastrophe naturelle (tsunami, tremblement de terre), d’une dégradation progressive de l’environnement (désertification, hausse du niveau des mers) ou d’un épuisement des ressources naturelles, notamment en eau potable.
En quoi les migrations environnementales se distinguent-elles de celles connues jusqu’alors ?

n Sur lemonde.fr
Le rapport du HCR

Les habitants des îles Carteret, dans le Pacifique sud, sont victimes de la montée des eaux. SUTTON-HIBERT/REX/SIPA
ayant migré après le passage de Katrina n’est jamais revenue.
Quel statut juridique est-il accordé aux réfugiés environnementaux ?

Dans un contexte de stress environnemental, la contrainte au départ est accentuée. Les impacts du changement climatique, même s’il s’agit souvent de phénomènes progressifs, n’offrent guère la possibilité de rester, ni de revenir. Même les déplacements provoqués par les catastrophes naturelles n’offrent pas toujours la possibilité d’un retour dans la région d’origine, contrairement à ce que l’on a longtempspensé.Presquelamoitiédela population de La Nouvelle-Orléans

Parler de « réfugié » est un abus de langage. Ce concept est strictement défini par la convention de Genève de 1951, qui ne fait aucune référenceauxvictimesdesdégradations environnementales. Aujourd’hui, les migrants environnementaux n’obtiennent souvent qu’une protection subsidiaire, temporaire. La Suède est le seul pays à avoir pris l’initiative d’étendre la Convention de Genève dans sa législation nationale,enaccordantunvéritabledroit d’asile aux victimes de catastrophe naturelle. MaisleseulajoutàlaConvention

de Genève d’un protocole additionnel, comme certains le préconisent, ne permettrait pas de régler la question, car ce protocole ne pourrait inclure les « déplacés internes ». Or le départ forcé donne lieu, dans une majorité de cas, à un déplacement au sein du même Etat. Il faut donc renforcer la protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays.Celaposelaquestiondurôleet du mandat du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui restent mal définis en cas de catastrophe naturelle. Le HCR ne disposepasd’unmandatpourintervenir dans ce genre de situations, et bien qu’il sesoit récemmentsaisi de la question du changement climatique, ses interventions ne sont pas systématiques.

C’est donc les pays de l’hémisphère Sud qui subiront le plus lourdement l’impact du changement climatique ?

stratégiespeuventprendredifférentesformes:diversificationdespratiques agricoles, transformation de l’habitat, renforcement des digues.
En quoi l’adaptation est-elle une des clés au problème ?

Oui, alors même que les pays industrialisés sont les premiers responsables. Pour des raisons de justiceetd’équité, et parceque les Etats duSudconcernésn’ontsouventpas les moyens de mettre en place des mécanismesd’assistanceauxdéplacés, il faut une coopération internationale. La voie la plus prometteuse réside dans un des thèmes de la négociation « climat » de Copenhague, qui porte sur le développement de stratégies d’adaptation au changement climatique et repose sur l’idée de la mise en place de fondsalimentésparleNordetdestinés à financer cette adaptation. Ces

Outre la nécessaire et urgente réduction de nos émissions de gaz à effetsde serre, le développementde stratégies d’adaptation dans les pays d’origine est le meilleur moyen de limiter l’ampleur des flux migratoires. Mais elles ne doivent pas être réservées à la région d’origine : les migrations, surtout si elles sont soudaines et massives, entraînent une pression accrue sur les ressources des régions de destination, lesquelles sont généralement pauvres et incapables de faire face à un afflux de migrants.

La migration elle-même peut aussi être développée comme une stratégie d’adaptation à part entière. Aujourd’hui, les politiques d’adaptation se limitent à prévenir et empêcher les flux migratoires, mais il y a un enjeu à faciliter la migration. Car face à une dégradation de leur environnement, si les populations les plus favorisées sont les premières à partir, les populations les plus vulnérables manquent généralement de ressources leur permettant de migrer. Au Bangladesh, par exemple, les habitants subissent des catastrophes quatre ou cinq fois par an, mais beaucoup n’ont pas les moyens de partir pour des régions plus sûres. p Propos recueillis par Laetitia van Eeckhout

Disparu depuis un siècle, l’esturgeon est de retour en Baltique, l’une des mers les plus polluées au monde
La mobilisation interrégionale a amélioré la qualité des eaux, même si beaucoup reste à faire
Stockholm Correspondance

Agriculture

Des microcrédits pour deux mille productrices de karité au Ghana
Jacques Attali, président de PlaNet Finance, ONG internationale centrée sur le soutien au microcrédit, et Léo Apotheker, PDG de SAP, leader mondial des progiciels de gestion, ont annoncé, mercredi 17 juin, un projet commun qui vise à soutenir 2 000 productrices de noix de karité au Ghana, en leur accordant des microcrédits, de l’ordre de 100 à 200 euros. Au nord du pays, 90 % des femmes vivent de la récolte de noix de karité : « Ce n’est donc pas un microcrédit mais un macroprojet », estime M. Attali. Les 2 000 bénéficiaires devraient se regrouper en coopératives pour avoir plus de poids dans les négociations commerciales. L’opération au Ghana pourrait servir de nouveau modèle pour la distribution de microcrédits. SAP et PlaNet Finance souhaitent en effet développer, à cette occasion, la Mobil Bank : le microcrédit doit aider à l’achat d’un téléphone portable qui va permettre aux cultivatrices de gérer leur microfinancement en direct mais aussi de joindre leurs partenaires locaux, de vérifier les cours et de gérer les commandes, bref de se passer d’intermédiaires. S’il est couronné de succès, ce programme sera étendu à d’autres pays en développement.p Caroline Lumet

L

’esturgeon est de retour en mer Baltique. Depuis deux mois, cette nouvelle se répand de côte en côte en Europe du Nord. Un pêcheur suédois en a attrapé un au mois d’avril au large d’Oland, puis ce sont deux Danois qui ont pêché chacun le leur, en mai, au large de l’île de Bornholm. Une véritable sensation car l’estur-

geon avait disparu de la Baltique depuis un bon siècle, victime de la surpêche et de la détérioration de la qualité des eaux dans cette mer, l’une des plus polluées au monde. D’après la Commission d’Helsinki pour la protection de la mer Baltique (Helcom), le stock d’esturgeon aurait commencé à baisser aux XIIe et XIIIe siècle, avant de disparaître il y a une centaine d’années. Après avoir laissé espérer que ce retour de l’esturgeon était unsigne encourageant, il a fallu se résigner : ces prises proviennent de laboratoires ou de fermes d’élevage. « Les Russes ont fait des lâchers d’esturgeons sur la côte balte il y a quelques années, confie Johan Modin, chercheur à la direction suédoise de la pêche. Les Polonais aussi font des expériences, à partir de souches canadiennes. Je doute que ce soit l’espèce disparue il y a un siècle. » Les Allemands également ont fait venir 20 000 esturgeons du Canada au cours d’un projet mené entre 2006 et 2008. « Si l’on veut revoir l’esturgeon, c’est avant tout la qualité de l’eau des rivières qui

est problématique, estime Hendrik Carl, un chercheur danois du Musée zoologique. En outre, beaucoup des rivières donnantsur la Baltique ont des barrages qui font obstacles. » Ces tentatives de réintroduction de l’esturgeon et les espoirs qu’elles font naître sont toutefois révélateurs : il se passe quelque chose en mer Baltique.

Pêche prudente Bien plus que l’esturgeon, c’est l’état du stock de morue qui indique une amélioration. Fin mai, le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) a constaté que le stock de morue dans l’est de la Baltique était revenu à un niveau raisonnable. Et ce, plus rapidement que prévu puisque ce niveau est celui que l’Union européenne (UE) avait fixé comme objectif pour 2015. Les chercheurs appellent toutefois à une pêche prudente. Ces bonnes nouvelles ne doivent pas masquer de réels soucis concernant d’autres espèces ou l’état général de la Baltique, sujette

à l’eutrophisation, une pollution qui intervient lorsque la mer a reçu trop de matières nutritives, en l’occurrence du phosphore et de l’azote, présents dans la nature mais aussi dans de nombreux engrais, détergents et insecticides assimilablespar les algues, qui prolifèrent alors. En dépit d’une mobilisation interrégionale entamée dès les années 1970 et les milliards d’euros déjà dépensés pour tenter de l’assainir, les résultats demeurent insignifiants en dehors de quelques zones côtières. C’est ce que la stratégie de l’UE envers la Baltique a l’ambition d’enrayer. Présentée le 10 juin par la Commission européenne, cette stratégie vise, par exemple, à supprimer les phosphates des produits nettoyants. La Suède qui assure la présidence de l’UE à partir du 1er juillet, en fait l’une de ses priorités, ce qui est bienvenu puisqu’en dépit de sa réputation, l’agriculture suédoise a longtemps été l’un des principaux pollueurs de la mer Baltique. p Olivier Truc

Grippe A(H1N1) L’épidémie continue son extension mondiale
Près de 40 000 cas de grippe A(H1N1), dont 180 mortels, étaient recensés dans le monde, mercredi 17 juin, avec une transmission au sein de la population locale dans les deux hémisphères. L’Australie, qui compte plus de 2 000 cas, a relevé son niveau d’alerte. En France, 133 cas sont confirmés. Deux nouveaux cas ont été constatés chez des collégiens de Quint-Fonsegrives, dans la banlieue de Toulouse, portant à 16 le nombre d’élèves atteints dans l’établissement, qui reste fermé. Après les annonces des laboratoires Novartis et Baxter, c’est au tour de Sanofi-Aventis de présenter ses engagements. Son directeur général, Christopher Viehbacher, a indiqué, mercredi, que son entreprise allait « donner 100 millions de doses de vaccin contre la grippe à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). » Le laboratoire réservera 10 % de sa production au titre de sa donation « afin d’aider les pays en développement ».

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6 International
La crise politique en Iran

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Vendredi 19 juin 2009

Ali Khamenei face à la protestation iranienne
Le Guide suprême de la révolution est handicapé par son soutien trop appuyé au président Ahmadinejad

L

es partisans de Mir Hossein Moussavi, qui contestent la victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad à l’élection du 12 juin, devaient se mobiliser à nouveau, jeudi 18 juin, en hommage aux victimes de la « répression violente et illégale ». M. Moussavi a demandé à ses sympathisants de se réunir dans les mosquées et de manifester pacifiquement, vêtus de noir. Le Conseil

des gardiens de la Constitution doit rendre au plus tard dimanche un avis sur un nouveau décompte des voix. M. Moussavi demande une autre élection.
Poursuite de la mobilisation

dredi, l’Association des religieux combattants, qui regroupe le clergé réformateur iranien, a demandé l’autorisation d’organiser une grande marche, samedi. M. Moussavi pourrait s’exprimer.
Arrestations de réformateurs

Après une nouvelle mobilisation, mercredi, dont la télévision d’Etat a brièvement rendu compte, et alors que le Guide suprême de la révolution, Ali Khamenei, a prévude conduire la prière du ven-

Un ancien ministre des affaires étrangères, Ebrahim Yazdi, et des analystes proches du camp réformateur qui soutient M. Moussavi, ont été arrêtés à Téhéran mer-

credi . La veille, le ministre des renseignements, Gholam Hossein Mohseni Ejeie, avait annoncé que vingt-six « cerveaux » responsables, selon lui, des troubles avaient été arrêtés. Selon des organisations de défense des droits de l’homme iraniennes, des dizaines d’activistes auraient été arrêtés à Téhéran et dans d’autres villes iraniennes depuis le début de la contestation.

Les Etats-Unis critiqués

Des footballeurs engagés

Le ministère iranien des affaires étrangères a convoqué, mercredi, l’ambassadeur de la Suisse, qui représente les intérêts des EtatsUnis en Iran, pour protester contre les « déclarations interventionnistes des responsables américains ». Le président Obama avait fait part, mardi, de ses « profondes inquiétudes » à propos des suites de l’élection présidentielle iranienne.

Cinq joueurs de l’équipe iranienne de football ont arboré un brassard ou un bracelet vert lors d’un match de qualification à la Coupe du monde 2010 contre la Corée du Sud, mercredi à Séoul, en signe de soutien à M. Moussavi. Des supporteurs iraniens ont également déployé dans les tribunes des banderoles qui proclamaient « Libérez l’Iran ». p

Les acteurs du pouvoir
Le Guide suprême En vertu du système théocratique de la République islamique, le Guide suprême, Ali Khamenei, a le dernier mot sur les questions sensibles, dont la politique nucléaire. Il fixe la ligne de la politique étrangère et contrôle forces armées et services de renseignement. Le président Il est élu au suffrage universel pour un mandat de quatre années renouvelable une fois. Responsable de la politique économique, il dirige le Conseil suprême de sécurité nationale, Ses décisions, subordonnées au Guide, sont aussi limitées par un des organes non élus contrôlés par des religieux. Le Conseil des gardiens Constitué de douze membres : six religieux nommés par le Guide suprême et six juristes islamiques, qui s’assurent de la conformité des lois votées par le Parlement avec la loi islamique (charia) et la Constitution. Il sélectionne les candidats à l’élection présidentielle. L’Assemblée des experts Formée de 86 membres, elle nomme et a le pouvoir de limoger le Guide. Elle est actuellement dirigée par l’ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani. Le Conseil de discernement Dirigé par M. Rafsandjani, il arbitre les contentieux entre le Parlement et le Conseil des gardiens. Le Majlis (parlement) Il compte 290 députés élus pour quatre ans. Ses pouvoirs sont contrôlés par le Conseil des gardiens. Il est actuellement dominé par les conservateurs.

Un nouveau défi pour le pouvoir du Guide suprême
Profil
Le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, affronte un nouveau défi. La rue gronde à Téhéran, jour après jour, depuis le résultat contesté de l’élection présidentielle du 12 juin qui a vu la victoire officielle de son « poulain », le fondamentaliste Mahmoud Ahmadinejad. Et les échos des manifestations parviennent jusqu’à ce bunker retranché qu’est devenu, au fil des ans, le bureau du Guide. Une administration pléthorique, silencieuse et souvent secrète, dont les ramifications contrôlent tout le pays. Le père de la révolution, le charismatique ayatollah Khomeiny, dirigeait ou plutôt « arbitrait » tout simplement depuis sa maison, et la porte était souvent ouverte. La différence est là. On appelle « imam », le Guide actuel, comme son prédécesseur, mais c’est presque devenu une « fonction », celle d’homme le plus puissant d’Iran. Celui qui, au faîte d’un pouvoir de plus en plus contrôlé, de plus en plus radicalisé et méfiant, joue le rôle d’arbitre suprême. Des rumeurs se font jour régulièrement sur son état de santé, sa biographie est « protégée », ses collaborateurs parfois tenus secrets. Il incarne, avec sa longue barbe blanche et son regard intelligent derrière les fines lunettes, l’essence même du pouvoir « contrôlé ». C’est le leader politique de cette théocratie iranienne aux allures de République, pas toujours assumée. Rien à voir avec l’élan de reconnaissance populaire, historique, religieuse, que recueillait l’ayatollah Khomeiny, celui que

PUBLICATIONS JUDICIAIRES
T/ 01 49 04 01 85, F/ 01 43 33 51 36, annonces@osp.fr

EXTRAIT DES MINUTES DU GREFFE DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE NANTERRE Par jugement contradictoire, rendu par le Tribunal Correctionnel 15ème chambre, le 30 octobre 2008 - Jugement sur Ordonnance de renvoi devant le Tribunal Correctionnel - Fabrice SORMANI né le 27 décembre 1960 (Age : 41 ans au moment des faits) à PORT LA NOUVELLE (11), de nationalité française, conducteur d’engins, demeurant 292 rue du Maréchal Juin 11210 PORT LA NOUVELLE, placé sous contrôle judiciaire, a été condamné à - 1 amende délictuelle de 200 euros avec sursis simple total, - Publication du dispositif de la décision dans LE MONDE, - Publication du dispositif de la décision dans un magazine spécialisé au choix des syndicats professionnels de l’édition et de la production, - Publication de la décision du dispositif sur le site Internet NUMERAMA, condamnation solidaire de tous les condamnés à hauteur de 4.000 euros (répartition par parts égales de l’ensemble des condamnés). Infraction : CONTREFACON PAR EDITION OU REPRODUCTION D’UNE OEUVRE DE L’ESPRIT AU MEPRIS DES DROITS DE L’AUTEUR - en 2002 -

dans le département de l’Aude, faits prévus par ART. L.335-2 AL.1, AL.2, ART. L.335-3, ART. L.112-2, ART. L.121-8 AL.1, ART. L.122-3, ART. L.122-4, ART. L.122-6 C. Propr. Int. et réprimés par ART. L.335-2 AL.2, ART. L.335-5 AL.1, ART. L.335-6, ART. L.335-7 C. Propr. Int. Pour extrait conforme n’y ayant appel, Le Greffier en chef.

EXTRAIT DES MINUTES DU GREFFE DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE NANTERRE Par jugement contradictoire, rendu par le Tribunal Correctionnel 15ème chambre, le 30 octobre 2008 - Jugement sur Ordonnance de renvoi devant le Tribunal Correctionnel - Jérôme SIMAO né le 17 juillet 1982 (Age : 20 ans au moment des faits) à MONTPELLIER (34), de Joaquim SIMAO et de Valérie COBACHO, de nationalité française, serveur cuisinier, demeurant 5 rue du Levant 34830 JACOU, placé sous contrôle judiciaire, a été condamné à - 1 amende délictuelle de 200 euros avec sursis simple total, - Publication du dispositif de la décision dans LE MONDE, - Publication du dispositif de la décision dans un magazine spécialisé au choix des syndicats professionnels de l’édition et de la production, - Publication du dispositif de la décision sur le site Internet NUMERAMA, condamnation solidaire de tous les condamnés à hauteur de 4.000 euros (répartition par parts égales de l’ensemble des condamnés). Infraction : REPRODUCTION OU DIFFUSION NON AUTORISEE DE PROGRAMME, VIDEOGRAMME OU PHONOGRAMME - en 2002 dans le département de l’Hérault, faits prévus par ART. L.335-4 AL.1, ART. L.212-3 AL.1, ART. L.213-1 AL.2, ART. L.215-1 AL.2, ART. L.216-1 C. Propriété Int. et réprimés par ART. L.335-4 AL.1, ART. L.335-5 AL.1, ART. L.335-6 C. Propriété Int. Pour extrait conforme n’y ayant appel, Le Greffier en chef.

tous appellaient « l’imam » et qui fit tomber le Chah en 1979. Ali Khamenei affronte donc en ce mois de juin un de ses défis les plus difficiles. Renouant avec un exercice qu’il a beaucoup pratiqué dans sa jeunesse – et semble-t-il avec brio –, il dirigera la grande prière du vendredi à Téhéran. Le forum idéal pour prendre la température du pays et pour faire passer un message. Et celui qui se prépare est un appel à serrer les rangs autour du « leader ». Réussira-t-il ? Depuis sa naissance en 1939, dans une famille de religieux de Machhad, un des hauts lieux du chiisme iranien, à l’est du pays, Ali Khamenei est l’homme des paradoxes. Un coureur de fond. Plusieurs fois emprisonné durant le règne du chah, il découvrira l’ayatollah Khomeiny à Qom, où il sera un de ses élèves en théologie. Ceux qui se souviennent du futur Guide jeune évoquent une silhouette plutôt anticonformiste. Jouant du tar, un instrument à corde iranien par excellence, et fumant dans sa pipe du tabac hollandais, il était en jean sous la robe de mollah. Religieux « politique » dès le début, il n’est en fait qu’hodjatoleslam, un grade intermédiaire, et deviendra une fois au pouvoir « ayatollah en une nuit », disent ses critiques. Les éloges, en revanche, ne manquent pas sur sa qualité de vaez (prédicateur). Happé par la révolution, il est membre du Conseil de la révolution, participe à la création du Parti de la République islamique, matrice du pouvoir révolutionnaire. Il dirige même un temps les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, avec lesquels il noue ses premiers

contacts. Ils deviendront essentiels par la suite. En 1981, il échappe à un attentat dû à un magnétophone piégé, qui lui fait toutefois perdre un bras. « J’ai senti que Dieu m’avait épargné et conservé pour des responsabilités plus lourdes », n’hésite pas à déclarer – toujours politique – celui qui sera déclaré « martyr vivant ». En 1981, en pleine guerre IranIrak (1980-1988) précisément, Ali Khamenei devient président de la République. un titre très honorifi-

Ceux qui se souviennent de lui jeune évoquent une silhouette plutôt anticonformiste
que. Mais la place est étroite entre les volontés du Guide Khomeiny, qui lui impose comme premier ministre… Mir Hossein Moussavi, et l’aura déjà démesurée de cet autre fils de la révolution qu’est Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, qui à l’oreille du Guide et celle des religieux de Qom, la ville sainte. C’est là qu’isolé, M. Khamenei aurait commencé à tisser pour asseoir son pouvoir, cet entrelac de réseaux d’influence auprès des services secrets, des richissimes fondations révolutionnaires et des Gardiens de la révolution, ces guerriers idéologiques devenus pour certains des entrepreneurs de haut vol. La « militarisation » du régime était commencée. A la mort de l’ayatollah Khomeiny en 1989, le dauphin désigné, le grand ayatollah Montazeri, qui s’est opposé à des massacres d’opposants, est destitué. Que faire ? C’est celui qu’il considère comme

son rival, M. Rafsandjani, qui, contre toute attente, met le pied à l’étrier de M. Khamenei pour qu’il devienne Guide. La Constitution exige un marja – « une source d’imitation » –, le titre le plus respecté des chiites. Ali Khamenei en est loin. La bataille commence. A Qom, les grands ayatollahs éructent : « C’était comme si l’on avait voulu désigner un curé de campagne pour devenir pape au Vatican », se souvient un témoin de l’époque. On parle de changer la Constitution. Finalement, l’Assemblée des experts désigne M. Khamenei Guide suprême en juin 1989. Conquis de haute lutte, ce pouvoir, le nouveau Guide y tient. Son action de plus en plus « politisée » (autre reproche de certains religieux qui estiment que la religion ne peut que perdre à un tel mélange des genres) le conduit à élargir les fonctions du Guide. Son autre moteur, l’anti-américanisme viscéral, le rapproche du courant fondamentaliste. Il l’a

souvent confié, sa hantise c’est une « révolution de velours » déclenchée par une « contamination culturelle américaine ». « Il ne bougera, en ouvrant un dialogue, que s’il pense que c’est une question de survie pour le pays », dira un des ses proches. La présidence réformatrice Khatami (1997-2005) sera un cauchemar pour lui, et même s’il a bloqué pas mal de ses initiatives, à l’aube de l’élection présidentielle de 2009, le spectre d’un pouvoir réformateur le hante. Il sortira de son rôle d’arbitre. « Le Guide n’est pas assez rationnel pour comprendre que pour rester au pouvoir, il faut aussi aller vers les réformes que réclame la société. S’il continue à tout bloquer par crainte qu’en ouvrant un peu les doigts tout lui échappe, il sera coupé du peuple et non plus en fusion avec lui », nous avait expliqué un jour le grand intellectuel religieux Mohsen Kadivar. Le moment est-il arrivé ?p Marie-Claude Decamps

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8 International
La crise politique en Iran

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Vendredi 19 juin 2009

Le mouvement de contestation de l’élection ne faiblit pas
Une vague d’arrestations frappe les milieux intellectuels et les dirigeants réformateurs

J

ournée de deuil à Téhéran, jeudi 18 juin. Très tôt, des jeunes gens vêtus de noir ou de linceuls avec des empreintes de mains tachées de peinture rouge pour figurer le sang versé, ont commencé à se réunir. L’ancien premier ministre et candidat malheureux à la présidence, Mir Hossein Moussavi, soutenu par les réformateurs, avaitdemandé à ses partisans d’observer une journée de deuil national en hommage aux victimes des violences de ces derniers jours. Sept personnes officiellement – plus d’une quinzaine selon d’autres sources – auraient trouvé la mort, dans tout le pays, en marge des manifestations de protestation contre le scrutin du 12 juin remporté, d’après le ministère de l’intérieur, par le président sortant, le fondamentaliste Mahmoud Ahmadinejad, avec une majorité aussi écrasante (63 %) que contestée. Dans un message publié sur son site Internet, M. Moussavi a appelé à des marches pacifiques. « Au cours des derniers jours et en conséquence de la répression violente et illégale des manifestations contre le résultat de l’élection présidentielle,

plusieurs de nos compatriotes ont été blessés ou sont morts en martyrs (…). Je demande aux gens d’exprimer leur solidarité avec les familles (…) en se réunissant dans les mosquées ou en participant à des manifestations pacifiques », écrit-il. Au sixième jour de la contestation de l’élection dans la rue, le mouvement n’a pas faibli, en dépit d’une vague d’arrestations qui a frappé les milieux intellectuels et les dirigeants réformateurs et

Sept personnes officiellement – plus d’une quinzaine selon d’autres sources – auraient trouvé la mort
leurs alliés. Parmi celles annoncées mercredi, figurait les arrestations de l’analyste et économiste Saïd Leylaz (un proche des réformateurs et aussi de l’ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani), ainsi que du sociologue Hamid Reza Jalaïpour. Enfin, Ibrahim Yazdi, un des compagnons de l’imam Khomeyni au début de la

Cette image venue de Téhéran a été transmise par des étudiants grâce à Twitter, un service de « microbloging » très utilisé actuellement par les opposants au régime. Cette partisane de Mir Hossein Moussavi porte la couleur de son champion. AFP
révolution, qui fut aussi ministre des affaires étrangères et reste l’animateurdu Mouvement démocrate pour la libération de l’Iran (interdit mais « toléré » jusque-là), aurait été arrêté hier après-midi à Téhéran. Et ce, à l’hôpital Pars, en dépit des protestations du personnel médical, alors qu’il effectuait un contrôle médical. Un certain nombre de personnes ont également été arrêtées en province, dont, selon l’agence officielle Isna, 88 à Machhad et une soixantaine à Tabriz. Tandis que des mouvements de protestation se tenaient également à Zahedan, Chiraz, Ispahan, Oroumiyeh. Selon des sources iraniennes à l’intérieur du pays, la répression estparticulièrement lourde en province, où les autorités auraient décidé decouper tout lien avecl’extérieur. A Bouchehr, un commandant des gardiens de la révolution qui fut un héros de la guerre IranIrak, Ahmad Navidzadeh, a été lui aussi arrêté, pour s’être rendu dans une permanence des partisans de M. Moussavi. Les soutiens au mouvement de protestation se sont multipliés. Faeza Hashemi, la fille de M. Rafsandjani, qui appuyait dans l’ombre la candidature Moussavi aux élections, a même pris la parole de façon inattendue durant une des marches, il y a deux jours. Et la puissante Association des religieux combattants a demandé l’autorisationd’organiser une marche, samedi, à laquelle M. Moussavi et l’ancien président réformateur, Mohammad Khatami, pourraient participer. Enfin, vendredi, lors de la prière à Téhéran que dirigera le Guide suprême Ali Khamenei, les partisans du candidat réformateur à l’élection, Mehdi Karoubi, allié de M. Moussavi, ont décidé de participer vêtus de noir, pour montrer leur réprobation devant les violences de ces derniers jours et établir dans la foule que leur présence sera massive, comme l’a été, selon eux, le vote réformateur en général. Ce qui laisse présager de nouvelles tensions. p M.-C. D.

Téhéran veut l’arme nucléaire, selon M. ElBaradei
Rompant avec la prudence diplomatique qui caractérisait jusqu’alors ses propos, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, a confié, mercredi 17 juin à la BBC, que son « sentiment viscéral est que l’Iran veut assurément se doter de la technologie (…) qui lui permettrait de disposer d’armes nucléaires s’il le décidait ». « Il veut adresser à ses voisins et au reste du monde ce message : “Ne vous frottez pas à nous, nous pouvons disposez d’armes nucléaires si nous le voulons”. Les Iraniens cherchent à être reconnus comme une grande puissance au Moyen-Orient, ce qu’ils sont », a ajouté le chef de cette agence des Nations unies. L’Iran a nié à nouveau, mercredi, chercher à se doter de l’arme nucléaire. « Si [M. ElBaradei] a été correctement cité, alors il a tout faux », a commenté le représentant iranien auprès de l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh, devant des journalistes à Vienne.

Air France-KLM lance une émission d’OCEANE (1) pour un montant maximum d’environ 661 millions d’euros.
Cette émission est assortie d’un délai de priorité réservé aux actionnaires de la société du 18 au 22 juin 2009 (17 heures)
Air France-KLM a lancé, le 18 juin 2009, une émission d’OCEANE d’un montant maximum d’environ 661 millions d’euros, garantie par Air France et KLM. Les actionnaires d’Air France-KLM à la date du 17 juin 2009 ont la possibilité de souscrire à cette émission en s’adressant à leur intermédiaire financier entre le 18 et le 22 juin 2009 jusqu’à 17 heures. Le prix de souscription des OCEANE fera ressortir une prime d’émission comprise entre 30 % et 35 % par rapport au cours de référence de l’action Air France-KLM du 23 juin 2009. Elles donneront droit à l’attribution d’actions Air France-KLM à raison d’une action pour une obligation. La fixation des modalités définitives (notamment le taux d’intérêt) est prévue le 23 juin 2009 et le règlement livraison interviendra le 26 juin 2009. L’Etat français a décidé de souscrire à cette émission à hauteur de sa participation dans le capital d’Air France-KLM, soit 15,7 %. Air France-KLM se félicite du soutien de son premier actionnaire et de sa confiance.
(1) Obligations à option de conversion et/ou d’échange en actions nouvelles ou existantes

Le Venezuela soutient M. Ahmadinejad et dénonce une « campagne de discrédit »
Le président vénézuélien, Hugo Chavez, considère son homologue iranien comme un « frère » dans la lutte contre le capitalisme

C

Les modalités détaillées de l’offre et des OCEANE figurent dans un prospectus, composé du document de référence d’Air France-KLM déposé auprès de l’AMF le 9 juin 2009 sous le numéro D.09-0494, de son actualisation déposée auprès de l’AMF le 17 juin 2009 sous le numéro D.09-0494-A01, d’une note d’opération et du résumé du prospectus (inclus dans la note d’opération), qui a reçu de l’AMF le visa n°09-194 en date du 17 juin 2009. Des exemplaires du prospectus sont disponibles sans frais auprès d’Air France- KLM, 45, rue de Paris, 95747 Roissy CDG Cedex et peut être consulté sur les sites internet d’Air France-KLM (www.airfranceklm-finance.com) et de l’AMF (www.amf-france.org). L’attention des investisseurs est attirée sur les facteurs de risques mentionnés au chapitre 4 du document de référence et au chapitre 2 de la note d’opération. Les OCEANE ne peuvent être ni offertes ni vendues aux Etats-Unis d’Amérique sans enregistrement ou exemption d’enregistrement conformément au U.S. Securities Act de 1933 et ne seront pas enregistrées au titre du Securities Act.

Places de cotation Les actions Air France-KLM sont cotées sur Euronext Paris et Amsterdam (Code ISIN : FR0000031122). Air France-KLM fait partie de l’indice CAC 40 et est éligible au SRD.

Pour plus d’information : www.airfranceklm-finance.com

aracas a pris position en faveur de Téhéran, mardi 16 juin, à propos de la réélection contestée du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. « Le Venezuela exprime son ferme rejet de la campagne de discrédit, féroce et infondée, déclenchée à l’étranger contre les institutions de la République islamique d’Iran, avec l’objectif de troubler le climat politique de ce pays frère », affirme une déclaration officielle, reprenant les arguments utilisés par le pouvoir iranien. Le scrutin a été une « extraordinaire journée démocratique », estime Caracas. Dimanche, dans son programme télévisé « Allô président ! », le président vénézuélien, Hugo Chavez, avait « félicité Ahmadinejad, réélu par une grande majorité ». Le chef de la « révolution bolivarienne » considère son homologue iranien comme un « vaillant lutteur pour la révolution islamique et contre le capitalisme ». M. Chavez s’en est pris aux « porte-parole du capitalisme » qui contestent le scrutin, « très important pour les peuples qui luttent pour un monde meilleur ». Lors de sa dernière visite en Iran, en avril, M. Chavez avait invoqué Dieu pour le renforcement des relations irano-vénézuéliennes. « Qu’il illumine notre voie, pour que nous soyons capables de transformer [notre duo] en un groupe invincible pour la transfor-

mation du monde », avait-il lancé. En 2004, M. Chavez a fait la connaissance de M. Ahmadinejad, alors maire de Téhéran lors de l’inauguration d’une statue de Simon Bolivar dans la capitale iranienne. Entre les deux dirigeants, le courant est passé. « Les nations iranienne et latino-américaines luttent pour la liberté et alimentent les révoltes anticolonialistes », avait assuré l’Iranien. Leur relation était d’emblée placée sous le signe de la convergence idéologique.

Entreprises mixtes Parvenu à la présidence de la République islamique,M. Ahmadinejad a profité des bons offices de M. Chavez pour rompre l’isolement de l’Iran, en nouant des liens avec la Bolivie, le Nicaragua et l’Equateur, alliés du Venezuela. Téhéran a souhaité adhérer à l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), pilotée par Caracas. Et le Venezuela a soutenu l’Iran au sein de l’Agence internationale de l’énergie atomique qui réclame vainement la transparence du programme nucléaire iranien, soupçonné de comprendre un volet militaire. Respectivement deuxième et quatrième producteurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), l’Iran et le Venezuela ont toujours été partisans d’une réduction de la production pour

soutenir la hausse des prix du baril. Toutefois, en dépit de la signature d’une trentaine d’accordsde coopération, les deux gouvernements peinent à mettre en œuvre des projets communs. Une banque binationale a été lancée en avril, dotée de 1,6 milliard de dollars, mais les experts restent sceptiques. Au Venezuela, des entreprises mixtes fabriquent des tracteurs et des voitures (la Samandiranienne, rebaptisée Centauro). Caracas souhaite que les Iraniens l’aident à exploiter les sables bitumineux de l’Orénoque. Mais les échanges plafonnent à 50 millions de dollars,très loin des 20 milliards de dollars assignés comme objectif. Les échanges entre l’Iran et le Brésil s’élèvent à 2 milliards de dollars. L’affinité affichée entre la révolution bolivarienne et la révolution islamique est loin de faire l’unanimité en Amérique latine, même parmi les mieux disposés à l’égard de Caracas. En 2007, l’Argentine a lancé des avis de recherche contre cinq dignitaires iraniens, accusés d’être les commanditaires de l’attentat contre l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA), qui a fait 85 morts et 300 blessés à Buenos Aires, en 1994. Selon l’enquête, les Iraniens voulaient « punir » les Argentins, qui ne leur ont pas vendu la technologie nucléaire promise. p Paulo A. Paranagua

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Vendredi 19 juin 2009

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Au Pakistan, la crise La communauté indienne d’Australie de la justice alimente en colère contre les violences qu’elle subit la tentation islamiste New Delhi exprime sa préoccupation, et Canberra craint des affrontements communautaires
Un million et demi d’affaires restent en instance aux différents échelons du système judiciaire
Reportage
Swabi (Pakistan) Envoyé spécial Sydney Correspondance

Q

asim Hadji pointe l’index vers un rectangle de lande sèche, tapis de tiges de blé coupées ras. « Voilà, c’est ma terre, mais je ne peux pas en prendre possession », souffle le vieil homme, barbe blanche et peau cuivrée par le soleil. Tout autour, des champs de tabac étalent leurs feuilles généreuses, flaques de verdure trouant une plaine de poussière. A une heure de route au nordouest d’Islamabad, Swabi est une localité plutôt tranquille, préservée des clameurs guerrières qui grondent,nonloindelà,dans lavallée de Swat ou dans les zones tribales frontalières avec l’Afghanistan. Mais l’histoire de Qasim Hadji dit bien des choses sur les racines de la violence au Pakistan. Le villageois est victime d’un système judiciaire défaillant, incapable de faire droit à la quête de justice de la population. Pétri de sagesse, Qasim Hadji reste patient, prêche la retenue, là où d’autres professent des solutions plus radicales, tel le retour à la charia (loi islamique) ancestrale, plus simple, plus rapide. Qasim Hadji possède un lopin de terre à l’entrée de Swabi, non loin d’une briqueterie qui dresse sa cheminée vers un ciel de braise. Il enavaitconfiéjadis l’exploitationà un cousin qui, au fil des ans, a pris ses aises jusqu’à s’accaparer le champ.Leconflit aété porté devant les tribunaux. « Mais ça fait dix ans que ça dure », soupire le petit propriétaire floué. Jugement, appel, réexamen du dossier, va-et-vient entre plusieurs tribunaux… L’affaire est enlisée dans un maquis de procédures inextricable. « La justice, ici, c’est du cinéma, les gens ont perdu toute confiance », se lamente Qasim Hadji, assis sur un lit de cordes et s’éventant le visage perlé de sueur. Le villageois s’est ruiné en frais de justice. Il est désemparé. « J’ai songé un moment réoccuperde force ma propriété, confesse-t-il, mais c’était trop dangereux, j’ai renoncé. » De guerre lasse, il envisage maintenant de vendre le lopin, laissant au futur acheteur le soin de débrouiller l’écheveau par lui-

même. « Le système favorise les plus cruels », dit-il avec ses mots. L’histoire d’Ejaz Ahmad, un autre villageois de Swabi, n’est guère très différente. Lui aussi a dû s’adresser à la justice à la suite d’un conflitfoncier. Sesbeaux-frèresont fait main basse sur son terrain, une aire commerciale. La justice a donné raison à Ejaz Ahmad mais les squatteurs s’en moquent. Ils ont verrouillé l’enclos de leurs propres cadenas. Et nul n’a l’air de s’en soucier. « Ils ont payé la police et la justice pour que les différents jugementsen ma faveur nes’appliquent pas, grince-t-il. Ils sont plus influents que moi. » L’expropriation dure maintenant depuis neuf ans. Neuf ans d’incompréhension, de colère rentrée chez Ejaz Ahmad. Eternelle tentation : « Les jeunes de ma famille veulent prendre les fusils, mais les vieux les retiennent in extremis. » Dans certaines familles, les « sages » sont débordés. Ce jour-là, Swabi colportait de fâcheuses nouvelles : la veille, deux conflits fonciers avaient dégénéré en affrontements, laissant un tué et deux blessés. Tout le monde au Pakistan s’accorde à identifier la défaillance de la justice comme la ligne de fracture nourrissant les crises multiples

S

ur le site de l’Indian Student, le magazine des étudiants indiens d’Australie, s’affiche sur l’écran le visage tuméfié de Sourabh Sharma. L’étudiant a été agressé il y a quelques semaines dans un train de Melbourne. Pour beaucoup, Sourabh Sharma n’est qu’un énième exemple des violences que subit la communauté. En mai, plusieurs incidents ont eu lieu, un étudiant indien sombrant dans le coma après avoir été agressé dans la capitale de l’Etat du Victoria. Il y a quelques jours à peine, toujours à Melbourne, un autre étudiant indien a été agressé. En réaction, la tension se propage dans la communauté. Des centaines d’étudiants indiens ont manifesté leur colère à Melbourne et à Sydney, la première ville du

pays, pour réclamer plus de sécurité face à des attaques qu’ils affirment racistes. C’est un casse-tête pour Canberra, qui redoute des affrontements communautaires. Les autorités ont demandé aux jeunes de renoncer à former des groupes d’autodéfense.

« Inaction du gouvernement » Pour les étudiants, pourtant, il y a urgence. Selon le quotidien The Age, il y aurait eu 70 attaques sur des étudiants indiens (ils sont 80 000 dans le pays) depuis un an. « L’inaction du gouvernement devient plus difficile à justifier lorsqu’on a des gens qui sont à l’hôpital, entre la vie et la mort. Au moins, maintenant, on en parle », note Amit Menghani, le président de la Fédération des étudiants indiens d’Australie. L’Etat a mis en place une ligne téléphonique spéciale – en anglais

et en hindi – et renforcé la présence policière, mais l’affaire dépasse les frontières australiennes. Les faitssont abondamment commentésdans la presse indienne, et l’effigie du premier ministre australien, Kevin Rudd, a été brûlée lors d’une manifestation en Inde. Le premier ministre indien, Manmohan Singh, s’est ému publiquement du sort des étudiants auprès de son homologue australien. Pour compliquer les choses, des agressions auraient été commises par d’autres groupes ethniques. « Il y a un ressentiment vis-à-vis des étrangers de la part de jeunes Blancs des classes populaires. Mais on peut également penser que d’autres groupes ethniques se vengent sur des groupes encore plus vulnérables qu’eux », analyse Andrew Jakubowicz, du groupe de recherche sur les sociétés cosmopolites de l’université de technologie de Sydney

L’Australie aurait beaucoup à perdre, du point de vue économique,si ces tensions devaient perdurer. « Les étudiants choisiront d’autres pays pour aller faire leurs études », prévient Amid Menghani, de la Fédération des étudiants. Or l’accueil des étudiants étrangers est la troisième source de devises de l’Australie. Déjà, l’ambassade de Chine – on compte 130 000 étudiants chinois en Australie – a demandé plus de sécurité pour ses ressortissants. En attendant, des commentateurs australiens s’interrogent une nouvelle fois sur une composante racistedeleur société.« C’estun épisode consternant de l’histoire de la nation. Il s’agit d’unecrise diplomatique, sociale et probablement économique que personne ne prend au sérieux », s’est emporté Greg Sheridan, journaliste renommé du quotidien The Australian. p Marie-Morgane Le Moël

« La justice, ici, c’est du cinéma, les gens ont perdu toute confiance »
Qasim Hadji villageois de Swabi
qui secouent le pays, qu’il s’agisse du « mouvement des avocats » né à la fin de la présidence du général Pervez Musharraf (1999-2008) ou de la percée des défenseurs de la charia dans la vallée de Swat. Archaïsme d’un corpus législatif hérité de la colonisation britannique, perversion historique de l’Etat de droit par l’armée depuis l’indépendance de 1947, corruption généralisée de la police, des avocats et des juges, ingérences permanentes des notables politiques : l’inventaire des racines de la crise a été maintes fois dressé. En bout de course, un chiffre résume la gravité du dysfonctionnement : 1,56 million d’affaires demeurent en instance aux différentséchelons du système judiciaire. Autant de dossiers enlisés qui finissent par susciter découragement ou colère des justiciables. La tentation islamiste a trouvé là un de ses aliments. « Les militants de la charia dans la vallée de Swat ont su exploiter le ressentiment de la population contre cette justice défaillante », admet Mian Abul Aziz, avocat au tribunal de Swabi. Les plus optimistes s’accrochent à un espoir. Depuis le retour en mars du juge Iftikhar Chaudhry à la tête de la Cour suprême – deux ans après son limogeage par M. Musharraf –, un vent de réforme souffle sur le système judiciaire. Une nouvelle politique vient d’être annoncée : les tribunaux sont sommés d’accélérer les procédures et la lutte contre la corruption des juges va s’intensifier. « J’espère beaucoup en cette réforme », confie le vieux Qasim Hadji. Comme lui, de nombreux Pakistanais veulent encore « espérer ». L’enjeu est énorme car cette réforme constitue probablement le meilleur antidote à la « talibanisation » du Pakistan, qui ne saurait être combattue par des moyens exclusivement militaires. Mais gare aux attentes déçues. p Frédéric Bobin

L’UE soutient les « progrès » d’Islamabad
« Trade, no aid » (du commerce, pas d’aide), a demandé le président pakistanais, Asif Ali Zardari à Bruxelles, mercredi 17 juin, lors du premier sommet entre l’Union européenne (UE) et le Pakistan. Le président a insisté sur une libéralisation du commerce avec son pays. La Commission européenne lui a promis d’examiner l’hypothèse d’un accord de libreéchange, et des préférences douanières, en échange du respect de principes sociaux et environnementaux. Pour le reste, les représentants européens ont dit soutenir les « progrès démocratiques » du régime pakistanais et débloqué une aide humanitaire d’urgence de 65 millions d’euros pour les réfugiés de la province de Swat. Ce montant s’ajoute aux 485 millions déjà promis par l’UE en avril, lors d’une conférence des donateurs. Soutenant l’offensive militaire en cours, les Européens ont réclamé que le régime pakistanais prenne « au sérieux » la lutte antiterroriste et qu’il privilégie la bonne gouvernance et l’éducation. – (Corresp.)

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Mali

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Vendredi 19 juin 2009

Une offensive contre une base d’Al-Qaida au Maghreb islamique
BAMAKO. Une offensive menée, mardi 16 juin, par l’armée malienne contre une base de la branche maghrébine d’Al-Qaida, s’est soldée par la mort de vingt-six « combattants islamistes », selon une source militaire. L’opération a été menée dans l’extrême nord du Mali, à la frontière avec l’Algérie, sur le territoire de la localité de Garn-Akassa. Cette attaque a eu lieu plus de deux semaines après l’assassinat d’un otage britannique, Edwin Dyer. Capturé en janvier au Niger voisin en même temps que trois autres touristes, il avait été le premier otage exécuté par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Un ressortissant suisse, Werner Greiner, est toujours aux mains des ravisseurs. Un responsable au ministère de l’intérieur avait annoncé, il y a deux semaines, une « lutte sans merci contre tous les groupes terroristes ». – (AFP.) p

Au Mexique, les liens avec les « narcos » au centre de la campagne électorale
La droite au pouvoir et l’ancien parti hégémonique se disputent la première place au Congrès
Mexico Correspondante

I

Somalie

Au moins 13 morts dans une mosquée bombardée à Mogadiscio
MOGADISCIO. Un obus de mortier qui a explosé, mercredi 17 juin, dans une mosquée de la capitale somalienne, a fait au moins 13 morts, selon des témoins. Les victimes, toutes civiles, assistaient aux prières du soir. Un des témoins de la scène l’a décrite comme étant « atroce », en précisant que les murs étaient couverts de sang. Un ambulancier a indiqué que plus d’une centaine de blessés ont été emmenés dans des hopitaux à la suite des combats qui ont eu lieu dans la nuit. Au total, ce sont plus de trente-quatre personnes qui ont été tuées, mercredi, faisant de ce jour le plus meurtrier depuis la reprise des combats, en mai, opposant les insurgés islamiques aux forces gouvernementales. Les deux camps ont déclaré qu’ils se sont défendus contre les attaques adverses, mais les lieux d’affrontements sont proches des zones résidentielles. L’ONU a indiqué que plus de 120 000 personnes ont déjà été déplacées par les combats depuis le début du mois de mai. – (AFP, AP.) p

Syrie Libération d’un opposant
DAMAS. L’opposant syrien Mahmoud Issa a été libéré, mardi 16 juin, après avoir purgé une peine de trois ans pour avoir signé une déclaration appelant à la normalisation des relations entre la Syrie et le Liban. Cet ex-détenu politique (1992-2000) avait alors été accusé d’« avoir affaibli le sentiment national et porté atteinte à la crédibilité de l’Etat ». La libération de Mahmoud Issa intervient quatre semaines après celle de l’écrivain et opposant Michel Kilo, qui a passé trois ans en prison après avoir signé la même pétition. – (AFP.)

Yémen Six étrangers enlevés toujours introuvables
SANAA. Les forces gouvernementales yéménites poursuivaient, jeudi 18 juin, le ratissage de la province de Saad (nord) à la recherche des six étrangers – cinq Allemands dont trois enfants et un Britannique – enlevés début juin dans cette zone montagneuse. La confusion règne sur le sort des six otages présumés. Les corps de trois de leurs compagnons – deux Allemandes et une Sud-Coréenne – avaient été retrouvés, lundi, dans la région de Noshur. Plusieurs milliers de partisans du régime yéménite ont manifesté, mercredi, contre ces enlèvements. La rébellion chiite, que Sanaa accuse du rapt, a également manifesté au nord du pays. – (AFP.)

Sénégal Mandats d’arrêt annulés dans l’affaire du « Joola »
DAKAR. Idrissa Diallo, un représentant des victimes du Joola, navire dont le naufrage avait fait plus de 1800 morts en 2002, a affirmé, mardi 16 juin, que « la diplomatie a pris le dessus sur la justice ». Il réagissait à l’annulation par la Cour d’appel de Paris des mandats d’arrêt contre l’expremier ministre sénégalais, Mame Madior Boye, et son ex-ministre des forces armées, Youba Sambou, pour leur responsabilité présumée dans le naufrage. La Cour a estimé qu’ils bénéficiaient d’une immunité couvrant les actes commis durant l’exercice de leurs fonctions. – (AFP.)

L’Impuissance Publique
Et si l’Etat ne pouvait pas grand chose…

maginez un honorable entrepreneur de Neuilly, candidat de la droite au poste de maire de cette ville cossue, en train d’expliquer à ses partisans que si le calme règne dans la municipalité, c’est parce qu’on y a conclu depuis des années un pacte de non-agression avec le crime organisé : de tels aveux provoqueraient un séisme. Ils suscitent à peine des commentaires désabusés dans un Mexique saturé de violence, plombé par la récession, et de moins en moins enclin à croire les promesses de sa classe politique, deux semaines avant les élections législatives. Révélées le 12 juin par le site Reporte Indigo, les confidences de Mauricio Fernandez, prétendant du Parti d’action nationale (PAN, droite) pour diriger San Pedro Garza, la banlieue huppée de Monterrey (1 million d’habitants, capitale industrielle et financière du pays), ont été enregistrées à son insu en mai, durant un petit déjeuner avec des personnalités locales proches de son parti. « Il n’y a pas de journalistes ici, n’est-ce pas ? » dit-il à un moment de la discussion, au cours de laquelle il présentait son programme pour garantir la sécurité de ses futurs administrés : « Blindons San Pedro ». Il ressort de ce dialogue à bâtons rompus, dont M. Fernandez a reconnu l’authenticité, que le meilleur « blindage » est offert par les narcotrafiquants eux-mêmes, notamment le cartel des frères Beltran Leyva, originaires du Sinaloa (nord-ouest). La relative tranquillité dont jouit San Pedro en comparaisond’autres secteursde Monterrey, où sévissent les redoutables Zetas, ne tient pas, selon lui, « à sa bonne police, mais au fait qu’il est sous la garde des Beltran Leyva ». Car les familles de ces criminels se sont établies dans ce sanctuaire de la bourgeoisie, où le revenu par tête est le plus élevé du Mexique. Arturo Beltran Leyva, le « capo » suprême du clan, « a vécu pendant sept ans à San Pedro », affirme M. Fernandez, qui a compris l’épineux thème sécuritaire : « Il n’est pas aussi compliqué que je l’imaginais », puisque ces gens « accordent plus d’importance au fait de vivre tranquilles qu’à la quantité de drogue qu’ils peuvent vendre ici ». Avant d’être soumis au vote des électeurs, le 5 juillet – date à laquelle les Mexicains doivent renouve-

Une cargaison de requins remplis de cocaïne a été saisie le 16 juin dans le Yucatan. A. SALAZAR/REUTERS
ler le Congrès, les équipes municipales, et choisir une demi-douzaine de gouverneurs –, le « plan de sécurité » du candidat avait donc reçu le feu vert des « narcos ». M. Fernandez considère les Beltran Leyva comme un moindre mal en comparaison des Zetas ou d’autres cartels, « car ils ne pratiquent pas l’enlèvement » contre rançon, souci majeur des classes aisées. Cemex, troisième cimentier mondial. Mais en pleine campagne, il avait commis l’erreur de plaider pour la légalisation de la marijuana : il a alors été battu par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre), qui a gouverné le Mexique de 1929 à 2000, et reste hégémonique dans le Nord. Le PRI s’est empressé d’exploiter les révélations de Reporte Indigo pour attaquer ses rivaux conservateurs, auxquels il espère reprendre la première place au Congrès. Un sondage du quotidien Reforma daté du 17 juin donne au PRI 37 % des voix, contre 33 % au PAN, loin devant le Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), crédité de 16 % des intentions de vote. Or le PAN accuse le PRI de pactiser avec les « narcos » et a axé sa campagne sur la guerre contre le crime organisé que mène le gouvernementdu président Felipe Calderon, et qui a causé plus de 10 000 morts depuis janvier 2007. Ces derniers jours, les militaires ont soutenu pendant près de cinq heures, en plein centre d’Acapulco, un affrontement au bazooka et à la grenade contre un groupe très bien armé et discipliné qui y a perdu douze hommes. Puis ils ont mis la main, dans un laboratoire clandestin des montagnes du Sinaloa, sur 50 000 litres d’éphédrine, la substance utilisée pour fabriquer des drogues de synthèse. Dans les deux cas, leurs adversaires appartenaient au cartel des BeltranLeyva. Les propos de M.Fernandez illustrent la schizophrénie des élites et de l’opinion, qui applaudissent les efforts du président, mais pensent qu’il n’y a pas d’autre issue à ce bain de sang que de négocier avec le crime organisé, « comme au temps du PRI ». Ledésenchantement est perceptible, chaque jour apportant un nouveau scandale et sa moisson de cadavres. A Hermosillo, dans l’Etat de Sonora gouverné par le PRI, l’incendie d’une garderie – 46 morts – a mis au jour la corruption d’autorités plus soucieuses de favoriser leur parentèle que de veiller à la sécurité. L’espoir engendré par l’alternance en 2000, quand la droite avait conquis la présidence, a débouché sur une immense déception qui va peser sur le scrutin du 5 juillet. p Joëlle Stolz

Affrontement au bazooka Ce langage sans fard est d’autant plus frappant que M. Fernandez, célèbre pour sa collection d’art, appartient à l’élite de la région : il a déjà été maire de San Pedro, puis sénateur, avant d’être désigné par le PAN, en 2003, pour briguer le poste de gouverneur de l’Etat de Nuevo Leon, dont la capitale, Monterrey, abrite le brasseur Modelo (Corona) et le groupe

Une campagne sur Internet pour le « vote nul »
L’abstention pourrait frôler les 60 % lors des élections législatives du 5 juillet. Mais de plus en plus de Mexicains sont tentés de manifester leur refus du système politique en annulant leur bulletin de vote. Une campagne pour le « vote nul » a été lancée sur Internet. La « candidate » virtuelle Esperanza Marchita (« Espérance Flétrie ») est le symbole de la désillusion d’une génération qui avait cru dans l’alternance démocratique et fustige la « partidocratie ». Payés 180 000 pesos par mois (10 000 euros), les députés apparaissent comme des privilégiés dans une société en crise. Le Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche) se déchire sur la place publique, son ancien candidat présidentiel, Andres Manuel Lopez Obrador, appelant à voter pour le petit Parti du travail. Ce dernier pourrait profiter de l’érosion de l’électorat de ses grands rivaux entraîné par le « vote nul ». – (Corresp.)

Le Vatican déplore mais ne s’oppose pas à l’ordination de 24 nouveaux prêtres intégristes
Le processus de rapprochement entre Rome et la Fraternité Saint-Pie-X s’annonce long

V

Jean-Hervé Lorenzi Président du Cercle des économistes

Economica

www.edhec.com

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…Ce livre ne pouvait mieux tomber. Il est à mettre entre toutes les mains, mais surtout entre celles de nos dirigeants…

endredi 19 juin, treize nouveaux prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), le mouvement intégriste schismatiquefondé par Mgr Lefebvre, seront ordonnés par l’évêque français Tissier de Mallerais à Winona, aux Etats-Unis. Le 27, à Zaitzkofen (Allemagne) puis le 29 à Ecône (Suisse), le berceau historique des intégristes, onze ordinations seront aussi célébrées par deux autres des quatre évêques, dont l’excommunication a été levée en janvier par le pape Benoît XVI. Richard Williamson, le quatrième évêque dont les propos négationnistes avaient provoqué un tollé, ne devrait pas participer à ces cérémonies. « Il est à Londres », affirme-t-on à la Fraternité Ces célébrations suscitent l‘incompréhension d’une partie du clergé et des fidèles. Les évêques allemands, en première

ligne, ont qualifié de « provocation » ces ordinations menées par des évêques dont la réintégration dans l’Eglise n’est toujours pas acquise, faute d’accord sur les points doctrinaux qui séparent les intégristes de la majorité des catholiques. Les évêques allemands estiment qu’aucun nouveau prêtre ne devrait être ordonné tant que la situation canonique de la FSSPX n’est pas clarifiée. Face « aux nombreuses questions parvenues ces derniers jours » sur ce sujet, le Vatican, dans une réponse publiée mercredi, a choisi une voie médiane qui, en dépit des apparences, est plutôt favorable aux positions des intégristes et préserve l’ouverture du dialogue entre les deux parties. Dans un communiqué, il a affirmé que « les ordinations doivent être considérées comme illégitimes ». Il ne fait que rappeler la posi-

tion qu’avait donnée le pape dans la lettre adressée, le 10 mars, aux évêques pour tenter de calmer la polémique née de la levée des excommunications. « Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Eglise, ses ministres non plus n’exercent pas de ministères légitimes dans l’Eglise », avait écrit Benoît XVI. Théoriquement, ils ne devraient donc pas accomplir de tels actes. Rome, néanmoins, ne s’y oppose pas. « Malgré les incompréhensions, le pape ne pouvait pas interdire ces ordinations. Cela aurait provoqué unerupture duprocessusderapprochement qui vaêtre long,estime un proche du dossier. On leur dit juste qu’ils sont toujours dans une position irrégulière mais on ne décrète pas ces ordinations invalides. » En cas d’accord entre Rome et les intégristes, les prêtres de la Fraternité seront intégrés directe-

ment dans l’Eglise. En attendant, la FSSPX invoque « la nécessité » de procéder à de nouvelles ordinations pour rendre le mouvement pérenne et ne pas « l’asphyxier ». La possibilité de surseoir cette année à ces célébrations n’a même pas été envisagée. Les questions doctrinales, toujours pas abordées, ont été confiées par Benoît XVI à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Dans un texte préalable à l’ouverture de ces discussions, qui s’annoncent longues et à l’issue incertaine tant les désaccords sur laliberté religieuse ou l’œcuménisme sont profonds, le pape devrait redemander aux responsables de la Fraternité d’accepter les enseignements du concile Vatican II et de reconnaître l’autorité des papes qui sesont succédédepuis l’annonce du concile. p Stéphanie Le Bars

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Vendredi 19 juin 2009

La reconduction de M. Barroso au menu du sommet européen
Le président de la Commission, candidat à un deuxième mandat, présentera jeudi soir à Bruxelles les grandes lignes de son programme
Bruxelles Bureau européen

L

e renouvellement du mandat de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne pourrait prendre du retard. Jeudi 18 juin, à Bruxelles, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept devait reconduire de manière informelle le titulaire du poste, seul candidat en lice. En revanche, la confirmation de M. Barroso au Parlement européen pourrait ne

pas être possible dès le mois de juillet, comme l’espéraient à la fois l’intéressé et les conservateurs. Les premières consultations en ce sens menées par Hans-Gert Pöttering, le président sortant du Parlement européen, démontrent que de nombreux groupes, dont les socialistes, les libéraux et les Verts, ne sont pas, à ce stade, prêts à adouber aussi vite le candidat soutenu par le Parti populaire européen (PPE), sorti grand vainqueur des élections du 7 juin. M. Pöttering, lui-même membre

du PPE, devrait d’ailleurs suggérer jeudi aux chefs d’Etat et de gouvernement de ne pas précipiter les choses. Car les élus sont très soucieux de ne pas être mis devant le fait accompli.

Pas de précipitation Daniel Cohn-Bendit, qui devait rencontrer Nicolas Sarkozy à Paris quelques heures avant l’ouverture du sommet, considèrent que le « front anti-Barroso », qu’il appelle de ses vœux, a d’autant plus de chance de réussir que le vote est

reporté. Les socialistes n’ont pas non plus envie de se précipiter, avant laratification du traité de Lisbonne, au mieux début octobre. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel s’étaient mis d’accord pour reconduire informellement M. Barroso lors du sommet, avant de mener des consultations avec le Parlement européen dans la perspective d’un vote de confirmation mi-juillet à Strasbourg. Le président sortant de la Commission devait, jeudi soir, présenter les grandes lignes

de son programme en vue d’un second mandat. Régulation financière et lutte contre le réchauffement climatique figurent parmi ses priorités. M. Barroso quittera ensuite la salle de réunion pour laisser chefs d’Etat et de gouvernement délibérer sur son sort. Mais non sans avoir plaidé en faveur d’une reconduction rapide, afin d’assurer « la continuité » à la tête de la Commission. Le report du vote parlementaire après l’été n’est pas encore certain. Avec le PPE, plusieurs pays,

dont les présidences tournantes tchèque et suédoise, veulent respecter le calendrier esquissé initialement. « Cela ne serait pas bon de reporter la désignation et la confirmation au Parlement », considère le président en exercice de l’Union, le premier ministre tchèque, Jan Fischer. « Tout va dépendre des tractations au sein de chaque groupe dans les prochaines semaines, en particulier chez les socialistes », indique-t-on du côté du PPE. p Philippe Ricard

Les présidents de la Commission ont incarné l’essor, puis le déclin de l’institution
JOSÉ MANUEL BARROSO, candidat à sa propre succession, fut le premier président de Commission « non européen », selon le commentateur politique JeanLouis Bourlanges. Choisi par les gouvernements au troisième tour en 2004, pour ne rien faire, ou si peu. Le programme du Portugais se résumait à son slogan : « moins légiférer ». Une rupture avec ses prédécesseurs qui voulurent, selon le traité de Rome, construire une « Union sans cesse plus étroite ».
Les Pères de l’Europe face au gaullisme. L’Europe fut fondée

par un Français anglophile négociant en cognac, responsable des approvisionnements pendant les deux guerres mondiales et instruit de l’échec de la Société des nations. Jean Monnet invente la mise en commun du charbon et de l’acier (CECA), pour rendre la guerre « matériellement impossible ». Pour la gérer, il imagine une Commission, alors baptisée « Haute Autorité », dotée de pouvoirs supranationaux. L’innovation est majeure, qui permet de lancer l’aventure européenne. Jean Monnet prend naturellement la présidence de la première Haute Autorité en 1952. Il la quitte après l’échec de la Communauté européenne de défense, rejetée en 1954 par la France, pour se consacrer à la relance de l’Europe. C’est chose faite en 1957 avec le traité de Rome, qui crée la Com-

munauté économique européenne (CEE) sur le modèle de la CECA. L’Allemand Walter Hallstein se faisait donner du « professeur », voulait un tapis rouge pour être l’égal des chefs d’Etat. En 1958, la nomination de ce proche de Konrad Adenauer est naturelle : les Français ont présidé la CECA. Le tour de l’Allemagne est venu. Walter Hallstein tente un coup de force en 1965 pour doter la Commission de pouvoirs supplémentaires. De Gaulle en profite pour lancer une contre-offensive : c’est la politique de la « chaise vide ». On sort de la crise par le compromis de Luxembourg, qui donne aux Etats, en 1966, un droit de veto sur les décisions européennes. Hallstein a perdu. Il renonce à briguer un nouveau mandat en 1967.
Les inconnus des heures noires.

tique nationale est si fort qu’il retourne prématurément dans la péninsule. Un vent d’anglophilie souffle alors à Bruxelles. Georges Pompidou a fait adhérer le RoyaumeUni, en 1973. Londres est récompensé avec la nomination du travailliste Roy Jenkins (1977-1981) à la tête de la Commission. Mais il est paralysé par sa compatriote, la conservatrice Margaret Thatcher, arrivée au pouvoir en 1979 et qui refuse de financer la politique agricole commune (PAC). L’Europe se joue ailleurs, entre Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, qui lancent le système monétaire européen.
L’âge d’or de Jacques Delors.

Rey, Malfatti, Mansholt, Ortoli, Jenkins, Thorn. Qui connaît ces présidents de Commission qui tentèrent de faire survivre l’esprit européen jusqu’en 1984 ? Depuis le compromis de Luxembourg, l’Europe ne légifère plus. Les relations franco-allemandes sont exécrables. Pour remplacer Hallstein, on choisit donc un Belge, Jean Rey (1967-1970), dont le mérite est d’avoir représenté les Six lors des négociations du Kennedy Round sur le commerce international. Puis vient le tour de l’Italien Franco Malfatti (1970-1972). Mais l’appel de la poli-

Jamais un « non » ne fut plus proeuropéen. En 1984, Margaret Thatcher rejette le candidat de François Mitterrand, le socialiste Claude Cheysson. Elle ouvre la voie à la nomination, en 1985, de Jacques Delors, qui régnera dix ans, et à la relance de l’Europe. Soutenu par François Mitterrand et Helmut Kohl, le Français sera l’artisan du marché unique et de l’euro.
Le déclin devant le Conseil et le Parlement. Avec la fin de

L’Allemand Walter Hallstein fut président de la Commission de 1958 à 1967. Il est reçu ici par le président américain, John Kennedy, à la Maison Blanche, en mars 1963. BETTMANN/CORDIS
jugé trop fédéraliste. Mais il est aussi victime du Parlement européen, qui l’accule à la démission en 1999, alors que sa commission est impliquée dans des affaires de népotisme. Romano Prodi (1999-2004) est immédiatement désigné par les gouvernements de l’Europe rose, soucieux de ne pas se laisser déborder par le Parlement. Technocrate de centre-gauche, Il Professore vient d’être renversé dans son pays mais il a qualifié l’Italie pour l’euro. Cela suffit pour le nommer. Il sera contourné par les gouvernements, qui confient à Valéry Giscard d’Estaing le soin de rédiger une Constitution pour l’Europe, et harcelé par le Parlement, qui a basculé à droite en 1999. Avec la nomination de José Manuel Barroso, le Parlement s’impose définitivement. Au soir des élections européennes de 2004, le Parti populaire européen (PPE) exige un candidat issu de ses rangs. Le couple francoallemand Chirac-Schröder tente un passage en force et pousse la candidature du libéral belge Guy Verhofstadt : trop fédéraliste, trop antiaméricain, il sera récusé par les Anglais et le PPE. Après l’échec de la candidature de l’ancien gouverneur de Hongkong, Chris Patten, ces derniers finissent par imposer à Jacques Chirac et Gerhard Schröder un inconnu, antifédéraliste, libéral et partisan de George Bush. Paris loue alors une qualité majeure du premier ministre portugais : il est francophone. p Arnaud Leparmentier

l’ère Delors et la montée de l’euroscepticisme, la Commission est prise en étau par les gouvernements, qui rejettent l’Europe fédérale, et le Parlement, qui affirme son pouvoir grandissant. Jacques Santer (1995-1999) en est la première victime. Le premier ministre luxembourgeois est choisi, faute de mieux, parce que Londres a mis son veto à son collègue belge Jean-Luc Dehaene,

Les étudiants allemands font grève contre la « standardisation » des études
Des manifestations ont eu lieu, mercredi, dans tout le pays contre les conséquences de l’harmonisation européenne des diplômes
Berlin Correspondance

Irlande du Nord

Attaques racistes contre des Roumains
LONDRES. Maria a deux enfants. Elle est roumaine et vit dans le sud de Belfast. Désormais, elle veut « rentrer chez elle ». Ces derniers jours, Maria a eu peur pour sa vie et celle de ses enfants. Mercredi 17 juin, elle a dormi, avec 19 autres familles roumaines, dans un lieu secret que le gouvernement a mis à leur disposition. La veille, les 115 hommes, femmes et enfants concernés avaient passé la nuit dans une église où les avait conduits la police. Depuis une semaine, les Roumains d’Irlande du Nord subissent des attaques racistes. Jets de briques, injures, menaces… Des jeunes venus d’une zone loyaliste voisine (The Village) ont multiplié les actes d’intimidation. Lundi, tandis que des habitants du quartier manifestaient pour défendre leurs voisins roms, ces jeunes ont contre-attaqué à l’aide de saluts et chants nazis. Les groupes paramilitaires loyalistes du Village, qui par le passé ont pu être impliqués dans des actions racistes, ont condamné les événements et affirmé n’y être pour rien. En 2008, l’Irlande du Nord a recensé 1 000 actes racistes, contre 41 en 1996. p Virginie Malingre

C

’est la première fois de sa vie que Linda fait grève. D’ailleurs, confie-t-elle, les yeuxmasqués pardegrosses lunettes de soleil, elle ne se sent pas vraiment l’âme d’une « rebelle ». Mais la jeune fille de 23 ans n’a pas hésité longtemps avant de se joindre au vaste cortège d’étudiants et lycéens qui défilent dans les rues deBerlin, mercredi17 juin. Elles’enthousiasme à l’idée que des manifestations aient lieu simultanément dans près de 70 villes allemandes.Une initiative plutôt inhabituelle, l’éducation étant, outreRhin, l’affaire des Etats régionaux. « Qu’onait réussi àtous s’organiser au niveau national, c’est bien la preuve que rien ne va plus », décrète-t-elle. Etudiante en troisième année d’espagnol-anglais, elle s’inquiète des réformes auxquelles est soumis l’enseignement supérieur depuis qu’elle a passé son Abitur (baccalauréat), il y a quatre ans : introductionde frais universitaires, « standardisation » avec l’instauration des cursus Bachelor

(licence)-Master, processus de sélection plus sévères… « Maintenant, tout est fondé sur la rentabilité économique », affirme-t-elle. Plusieurs dizaines de milliers de jeunes – 240 000 selon les organisateurs – ont participé aux manifestations, mercredi. La journée était le temps fort d’une semaine de protestation destinée à attirer l’attention sur les « failles » du système éducatif. Le mouvement avait été soigneusement préparé, avec peu de place pour l’imprévu : dès lundi22, tout rentrera dansl’ordre. Les blocages d’amphithéâtres cesseront et les cours reprendront.

« Usine à former » A Berlin, les slogans entonnés par les étudiants massés devant l’hôtel de ville ont un petit air de déjà-vu : « Education pour tous », « plus de professeurs », « fin à l’élitisme ». Mais laissant de côté les formules convenues, beaucoup expriment surtout leur nostalgie de l’université allemande traditionnelle. Un système forcé de se réformer sous l’effet de pressions financières et de l’harmonisation européenne des diplômes dans le

cadre du processus de Bologne. Autrefois, les étudiants allemands restaient en moyenne jusqu’à 29 ans sur les bancs de la fac. Ils multipliaient les expériences à l’étranger et modulaient librement leur cursus au gré de leurs envies. Rien de tel avec le Bachelor qu’ils doivent décrocher en trois ans pour espérer ensuite une place en Master. « On nous oblige à bachoter. Il n’y a plus de temps pour le savoir gratuit, plus de liberté », soupire Mirka, 23 ans, en licence de sciences sociales. Son visage sage s’empourpre quand elle évoque « l’obligation d’assister aux séminaires », une contrainte que n’ont pas connue ses aînés. Un peu plus loin, un jeune garçon brandit un panneau indiquant : « Humboldt serait déçu ». Le réformateur prussien, fondateur de la célèbre faculté berlinoise qui porte son nom, avait défini en son temps l’université idéale comme un lieu réunissant toutes les disciplines de la culture générale. « Et surtout pas une usine à former pour le marché du travail », assène Lukas, 26 ans. p Marie de Vergès

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France 13

Depuis 1995, la France stagne à 64 % de bacheliers
Inégalités sociales, orientation : l’objectif de 80 % d’une génération au niveau du baccalauréat n’est pas atteint

D

epuis 1995, la proportion de lycéens d’une même génération qui décrochent le baccalauréat en France stagne aux alentours de 64 %. Loin du fameux mot d’ordre de « 80 % d’une classe d’âge au bac » lancé dix ans plus tôt par le ministre de l’éducation de l’époque, Jean-Pierre Chevènement. Et si, en 1987, la première session du bac professionnel (créé en 1985) fit bondir le taux de bacheliers d’une même génération de 26 % au milieu des années 1980 (quand il n’y avait que des bacs généraux), à 62,7 %, l’embellie fut de courte durée. Liée à une simple hausse du nombre de candidats, et non à un progrès qualitatif, elle n’a pas permis de continuer de se rapprocher des 80 % mythiques. Résultat, le taux de bacheliers d’une même génération campait à 62,8 % en 2000 ; à 64 % en 2007 ; et à 63,6 % en 2008. Mais aussi, pourquoi s’être fixé cet objectif de 80 % ? La faute au Japon et à Jean-Pierre Chevènement qui en était revenu, en 1983, hypnotisé par l’exemple des ouvriers nippons majoritairement bacheliers. Devenu ministre de l’éducation l’année suivante, il n’eut de cesse de trouver le moyen de faire augmenter le nombre de bacheliers français. La chance lui sourit grâce à un rapport rédigé par Antoine Prost, historien de l’éducation, qui plaidait pour l’objectif

de « 80 % d’une classe d’âge au niveau d’un second cycle long ou court ». Si le nouveau ministre de l’éducation s’en était tenu à ces recommandations, le but aurait déjà été atteint, et même dépassé. Car le « cycle long ou court » comprend non seulement le bac, mais aussi le BEP et le CAP. Or leur résultat groupé totalise un score de 93 %.

qu’ils se sont dirigés vers des BEP ou des CAP. Pour voir progresser son nombre de bacheliers, c’est sur ces 36 % de jeunes que la France doit faire porter ses efforts. Pour Marie Duru-Bellat, professeure à Sciences Po Paris, on n’y arrivera pas sans changer de politique : « C’est la politique du chiffre qui a conduit à une poussée très

volontariste pour obtenir cet objectif entre 1985 et 1992. On a arrêté d’orienter vers le CAP en 5e , et repoussé l’orientation après la 3e, note la sociologue. Si bien qu’on se retrouve après avec un nombre d’élèves faibles qu’on n’arrive pas à réduire… depuis le primaire. » Car c’est très en amont du bac que se construit la stagnation fran-

622 322 candidats pour la session 2009
Un vœu pieux Mais,en 1985, Jean-Pierre Chevènement préféra traduire cet objectif par le slogan : « 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac ». Plus porteur, mais moins à portée de main, ilprend aujourd’hui des allures de vœu pieux. Et les très bons chiffres du ministère de l’éducation, concernant le « taux de réussite » au bac n’y changent rien. Car ce taux n’est que le rapport entre le nombre de candidats qui passent l’examen une année donnée et ceux qui l’obtiennent. En 2008, la réussite caracolait jusqu’à 87,9 % pour les bacs généraux, ce qui fait dire à beaucoup qu’« on le donne à tout le monde ». C’est le taux de diplômés de toute une génération en âge de passer le bac que vise l’objectif des 80 %. Le taux moyen de 64 % signifie qu’environ 36 % de jeunes d’une même génération n’arrivent pas au bac. Soit parce qu’ils font partie des 120 000 élèves qui sortent du système scolaire chaque année sans aucun diplôme, soit parce
Nombre de candidats 622 322 (bac général : 331 575 ; bac technologique : 163 085 ; bac professionnel : 127 662). Sujets 4 880 (métropole, DOM, COM et centres à l’étranger). Copies Environ 4 millions. Correcteurs 149 500. Coût total 40 millions d’euros. Coût par candidat : 43,60 euros (bac général) ; 72,49 euros (bac techno) ; 60,75 euros (bac pro). Indemnités de correction 5 euros par copie. Ages extrêmes des candidats 13 ans et 3 mois (académie de Strasbourg) ; 78 ans et 7 mois (académie de Montpellier). Premiers résultats En métropole à partir du 4 juillet. Oraux de rattrapage Jusqu’au samedi 11 juillet (matin).

çaise. « La comparaison des acquis des élèves de fin de primaire, faite en 2007 par la direction de l’évaluation et de la prospective, montre une baisse importante pour les élèves de milieux défavorisés, note Bruno Suchaut,directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation (Iredu). L’augmentation du nombre d’élèves faibles fait baisser la moyenne. » En l’absence de comparatifs européens du fait de la disparité des systèmes scolaires, les statistiques 2008 du Conseil européen sur « l’achèvement de l’enseignement secondaire supérieur (le lycée) par les jeunes » placent la France devant l’Allemagne, le Danemark, l’Italie ou l’Espagne, mais derrière la Belgique, l’Irlande, laPologne, la Slovénie, laNorvège ou la Croatie. Des résultats peu en rapport avec le budget de l’éducation nationale. Leministère sedéfend et rappelle ses chantiers sur l’aide individualisée et aux devoirs, la refonte

du primaire et du lycée, l’orientation, etc. Simples incantations, répondent ses détracteurs. « C’est bien beau d’agiter les 80 %, mais en réalité on ne fait pas grand-chose pour les élèves défavorisés, critique Stéphane Beaud, sociologue, auteur de 80 % au bac… et après ? (La Découverte, 2002). La stagnation s’explique en partie par la désillusion des familles défavorisées qui se demandent pourquoi faire des études si on ne peut pas avoir le métier désiré. » « Ce qu’il faut, préconise Marie Duru-Bellat, c’est abandonner le quantitatif pour le qualitatif ; réduire les inégalités sociales ; mettre l’accent sur les échecs précoces d’un côté et la formation continue de l’autre. » En attendant, on peut toujours se consoler en observant avec Bruno Suchaut que « l’objectif des 80 % est déjà atteint… par le brevet des collèges ». p Marc Dupuis

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Les sujets de l’épreuve de philosophie
Les 494 660 candidats aux baccalauréats technologiques et généraux ont passé l’épreuve de philosophie, jeudi 18 juin. Les candidats aux bacs généraux (L, ES et S) ont eu quatre heures pour répondre à l’un des trois sujets qui leur était proposés ; un commentaire de texte et deux dissertations, dont voici les sujets. En série littéraire (L) : L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ? Le langage trahit-il la pensée ? En série économique et sociale (ES) : Que gagne-t-on à échanger ? Le développement technique transforme-t-il les hommes ? En série scientifique (S) : Est-il absurde de désirer l’impossible ? Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ? Les commentaires portaient sur des textes de Schopenhauer (Le monde comme volonté et comme représentation) en L, de John Locke (Essai sur l’entendement humain) en ES, et de Tocqueville (De la démocratie en Amérique) en S.

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A Marseille, « Dr House » inspire la faculté des sciences

A

mours, crimes et… laboratoire. C’est le cocktail d’une série télévisée imaginée par un enseignant-chercheur de l’université de la Méditerranée (Aix-Marseille-II) pour donner l’envie aux jeunes de suivre des études scientifiques. Jean-Paul Biberian, physicien, a eu l’idée de cette fiction-documentaire intitulée « Recherches » en observant ses étudiants : ils ne rêvent que de la police scientifique. « Tous les étudiants de première année de licence de la faculté des sciences de Luminy doivent plancher sur un projet professionnel. Leur choix est clairement guidé par les séries télévisées », explique ce passionné de cinéma de 63 ans. L’homme a depuis longtemps le goût de la vulgarisation. A Marseille, ce chercheur heureux organise des cafés scientifiques, donne des conférences dans les collèges et lycées pour transmettre son amour des sciences et susciter des vocations. « Les carrières scientifiques souffrent d’un déficit d’image, se désole M. Biberian. Les jeunes imaginent encore les chercheurs entourés d’alambics dans un laboratoire en sous-sol. Je me suis dit : “Et si on essayait de parler des sciences comme le docteur House parle de médecine dans la fameuse série télévisée américaine ?” » Mais pas facile de s’improviser

cinéaste quand on est spécialiste des surfaces de matériaux. M. Biberian entre alors en contact avec Ciné-Zoom, une agence spécialisée dans la réalisation audiovisuelle. La série met en scène deux étudiants qui préparent leur doctorat dans un laboratoire victime du vol d’un ordinateur contenant des données confidentielles. Un inspecteur est chargé de l’enquête. Le scénario mélange des éléments de fiction à des informations scientifiques. Le tournage s’est déroulé principalement dans les locaux du centre des nanosciences de Marseille (CINaM-CNRS), avec des comédiens professionnels et des amateurs dont la plupart sont, comme M. Biberian, chercheurs à la faculté des sciences. Le conseil général des Bouchesdu-Rhône a financé le projet. Diffusés en avant-première, lundi 15 juin, dans les locaux de l’université de la Méditerranée, les deux premiers épisodes de « Recherches » seront d’ici à la fin juin disponibles sur un site Internet dédié. Grâce au « buzz » et à une programmation dans les collèges et lycées de la région, M. Biberian compte bien ne pas s’arrêter à « Recherches » saison 1. p Catherine Rollot

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Vendredi 19 juin 2009

Au Congrès, le chef de l’Etat veut mettre Des députés ouvrent les élus face à leurs responsabilités le débat sur le port La réforme des collectivités territoriales sera l’un des axes forts du discours de M. Sarkozy le 22 juin à Versailles. Objectif : réduire les gaspillages engendrés par le mille-feuille administratif de la burqa
Ils sont 58, de gauche et de droite, à réclamer la création d’une commission sur le sujet

C

’est une large coalition qui vient de se constituer à l’Assemblée nationale sur un sujet sensible : le port de la burqa et du niqab, ces tenues adoptées en France par certaines musulmanes, qui couvrent l’ensemble du corps et du visage. Pas moins de 58 députés (dont 43 UMP, 7 socialistes, 3 communistes et deux Nouveau centre) ont souscrit à la proposition du député communiste André Gerin (Rhône) de créer une « commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa et du niqab sur le territoire national ». Cinq ans après la loi de mars 2004 interdisant le port de signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires, cette commission, si elle voit le jour, poserait à nouveau la question de la légitimité de certaines pratiques religieusesdanslecadrelaïcetrépublicain de la société française. « Notrevolontéestdedirede manière publique et politique que nous allons nous saisir de ce problème », explique M. Gerin.

R

éforme des collectivités locales et des retraites : Nicolas Sarkozyexplore ces deuxpistes pour réaliser des économies à long terme sans annoncer de plan de rigueur, en dépit de l’explosion de la dette et des déficits publics. « Le président croit aux anticipations des acteurs économiques », explique l’un de ses conseillers. Hors de question d’annoncer une politique d’austérité qui saperait la confiance et tuerait dans l’œuf toute reprise. Dans ce contexte, le président de la République fera de la réforme des collectivités locales un des axes de son discours devant le Congrès, qui réunira députés et sénateurs lundi 22 juin à Versailles. Il compte faire mentir les Cassandre qui avaient annoncé l’enterrement de la réforme lorsqu’Edouard Balladur avait remis ses propositions en mars 2009. « Il y a une petite musique sur le thème “il ne va rien faire”. Le président de la République souhaite aller loin sur cette réforme. Elle ne va pas du tout faire pschitt », commente l’entourage de Nicolas Sarkozy. Selon l’Elysée, les enquêtes d’opinion attestent d’un soutien desFrançais sur ce sujet. De là àlaisser planer la menace d’un référendum en cas de difficulté parlementaire, il n’y a qu’un pas. La rumeur court au Parlement. Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, le dément fermement : « Le

référendum est une éventualité qui n’a jamais été discutée. Le débat parlementaire se présente plutôt dans de bonnes conditions. » La réforme, pilotée à l’Elysée par Emmanuelle Mignon, n’exige pour l’instant pas de modification constitutionnelle. Le projet de loi devrait être transmis au Conseil d’Etat début juillet, le texte serait adopté lors du dernier conseil des ministres, le 27 juillet, ou au retour de vacances en août. Il serait examiné par le Sénat en première lecture en septembre. Le but est d’avoir une adoption définitive début 2010. Juste avant les élections régionales, où la droite espère reconquérir quelques régions, même si la bataille s’annonce difficile en dépit du bon score de l’UMP aux élections européennes. Cette réforme est soutenue par les conseillers financiers du président de la République. Elle permettrait de faire des économies sur plusieurs plans : division par deux du nombre des élus dans les régionset les départements qui siégeraient à la fois au conseil général et à la région ; simplification des intercommunalités, etc. Surtout, l’Elysée cogite sur la manière de maîtriser les dépenses des collectivités locales. « Depuis sept ans, les dépenses de l’Etat ont été très sages. Cela ne s’est pas accompagné d’une maîtrise similairedes dépenses socialeset des col-

lectivités locales », affirme un conseiller de l’Elysée. Et l’on réfute que la dérive soit exclusivement due à l’Etat qui délègue aux collectivités des missions toujours plus vastes sans leur en donner les moyens financiers. Les plus audacieux rêvent d’un système qui plafonnerait la croissance de leurs dépenses. Il s’agirait d’un casus belli pour la gauche, élue dans les territoires. « Il n’est pas question d’introduire un plafonnement. Ce serait contraire à la Constitution », recadre M. Guéant.

« Le président de la République souhaite aller loin sur cette réforme. Elle ne va pas du tout faire pschitt »
L’entourage de M. Sarkozy
La réforme impliquerait la nomination d’un ministre responsable du dossier. Le nom de Dominique Perben, ancien ministre de la justice, des transports, du logement, circule. Second axe d’économies, les retraites. Il n’est pas certain que Nicolas Sarkozy entre dans les détails devant le Congrès, laissant cette tâche à François Fillon, qui avait conduit la réforme des retraites en 2003. L’Elysée planche sur le sujet, alors que rendez-vous est

pris avec les partenaires sociaux en 2010. L’idée est de reporter l’âge légal du départ en retraite tout en restant souple sur les modalités. « Il faut éviter de se laisser enfermer dans un débat idéologique sur les 60 ans », explique-t-on à l’Elysée, où l’on fait valoir la nécessité de bouger : le taux d’emploi des seniors est le plus faible dans les pays où l’âge légal du départ en retraite est le plus bas : la France et l’Italie. Le couperet de 60 ans inciterait les entreprises à ne plus former leurs salariés à partir de 50 ans et à s’en séparer sans douleur à l’approche des 60 ans. L’Elysée ne remet pas en cause le pouvoir d’achat des retraités mais veut continuer dans l’esprit de la réforme de 2003, qui allonge la durée d’activité. Le comité d’orientation des retraites explore l’expérience de la Suède, qui a introduit une retraite à points, dont la valeur est indexée sur le ratio actifs-inactifs. L’Elysée a noté la modération des syndicats : « Les comptes passeront dans le rouge à partir de 2012. Les syndicats ne seront pas enthousiastes mais ils négocieront sur d’autres sujets comme la pénibilité pour que l’âge de la retraite ne soit pas le même pour l’ouvrier de Sandouville et l’inspecteur général des finances », espère-t-on à l’Elysée. p Arnaud Leparmentier

« Stade extrême » Il y a tout juste un an, le Conseil d’Etat s’était opposé à l’octroi de la nationalité française à une mère de famille marocaine portant la burqa.Lejugeadministratifavaitconsidéré que cette femme avait adopté « au nom d’une pratique radicale de sa religion un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française et notamment avec le principe d’égalité des sexes ». Cette décision, saluée à droite et à gauche,avait soulignélerôleprépondérant de la justice dans le traitement de ces affaires. Dans l’exposé des motifs justifiant la création de la commission d’enquête sur cette question, les députés établissent une claire distinction entre le port du voile islamiqueetceluidelaburqa.« Silefoulard islamique constituait un signe distinctif d’appartenance à une religion,noussommeslàaustadeextrê-

me de cette pratique. Il ne s’agit plus seulementd’unemanifestationreligieuse ostentatoire, mais d’une atteinte à la liberté de la femme et à l’affirmation de la féminité. Vêtue de la burqa ou du niqab, elle est en situation de réclusion, d’exclusion et d’humiliation insupportable. Son existence même est niée », écrivent les députés, qui se disent confrontés à des situations concrètes dans laviequotidienne.« Lorsdecérémonies de mariage ou au moment d’établir un passeport, les élus et les agents se retrouvent face à des femmes qui refusent d’enlever leur voile intégral, souvent sous la pression de leur mari », assure M. Gerin. Le nombre de femmes concernées par cette pratique, liée au salafisme, un courant rigoriste de l’islam, est inconnu en France. Les députés se proposent de mesurer l’ampleur du phénomène et d’ouvrir le débat avec les associations musulmanes « sur ces dérives ». Pour les responsables du Collectif contre l’islamophobie, qui reconnaissent qu’il s’agit là d’« un choix de vie qui peut choquer dans notre société », le port de la burqa se retrouve « dans toutes les catégories sociales et quel que soit le pays d’origine des femmes ». Il est aussi volontiers choisi par des Françaises convertiesàl’islam,désireusesd’afficher une radicalité dans leur nouvelle foi. L’initiative parlementaire intervient après que Nicolas Sarkozy eut salué la position de Barack Obama, qui lors de son discours au monde musulman, le 4 juin, s’est déclaré partisan de la liberté pour les musulmanes vivant dans les pays occidentaux de porter le voile. Ce contexte rend d’autant plus nécessaires les actions pour « revivifier la laïcité », estime M. Gerin, qui défend un « islam des Lumières ». « Quand la laïcité est menacée, la société française l’est dans son unité,dans sa capacité à offrir un destin commun », écrivent de conserve les députés de droite et de gauche. p Stéphanie Le Bars

Alain Juppé distille conseils et petites « amabilités »

R

Les réticences des sénateurs face au « big bang » territorial
SANS ATTENDRE le contenu de la réforme des collectivités territoriales que Nicolas Sarkozy doit présenter lundi 22 juin devant le Congrès, le Sénat renâcle. Dans un rapport publié mercredi 17 juin, la commission mise en place par son président Gérard Larcher et confiée à Claude Belot, sénateur (UMP) de Charente-Maritime, a très nettement pris ses distances avec quelques-unes des modifications majeures que devrait annoncer le chef de l’Etat. Au « big bang » de l’organisation des territoires provoqué par M. Sarkozy, l’assemblée représentative des collectivités préfère la recherche du consensus entre les groupes politiques et les associations d’élus. A l’issue de huit mois de travaux, ce groupe de travail a retenu 85 propositions pour « améliorer un système qui ne marche pas aussi mal qu’on le dit souvent », selon son président. Mais, « faute d’accord politique », a reconnu le rapporteur Yves Krattinger, sénateur (PS) de Haute-Saône, il a évité de se prononcer sur la création des conseillers territoriaux, à la fois conseillers généraux et régionaux, une proposition défendue par l’UMP dont l’objectif est de réduire de 6 000 à 3 000 le nombre d’élus. Cette initiative majeure du comité Balladur est un risque majeur de division du Sénat, où le texte de la future loi doit être présenté en première lecture à l’automne. ces et de mieux coordonner les politiques entre les communes, les départements et les régions. Mais plutôt qu’un bouleversement qui nécessitera un redécoupage général de la carte des cantons, ils préconisent « la création de conseils des exécutifs » auxquels seraient aussi associés les présidents des agglomérations. Partisan de cette réforme qui devrait « mettre un terme à la concurrence institutionnelle et parfois financière entre les départements et les régions », Rémy Pointereau, sénateur (UMP) du Cher reste malgré tout convaincu « qu’une majorité finira bien par se dégager sur le texte ». Le débat devrait aussi être tout aussi serré à propos des métropoles, cette autre idée phare du rapport Balladur qui devrait être reprise par le chef de l’Etat. La commission a retenu le principe de la création de sept à huit métropoles (Lyon, Lille, Marseille, Toulouse, Nice, Bordeaux, Nantes et Strasbourg). Mais elle refuse d’envisager qu’elles soient dotées des compétences des départements, notamment dans l’action sociale. En matière de clarification, les sénateurs renvoient la balle dans le camp du gouvernement. « Il serait souhaitable que l’Etat rappelle, en préalable, les missions régaliennes qu’il entend assumer », a relevé Jacqueline Gourault, sénatrice (Union centriste) du Loiret-Cher. « Le conflit n’est pas la solution pour faire avancer la réforme des collectivités. Le spectacle du déchirement des élus locaux devant les citoyens serait la pire des solutions », met en garde M. Krattinger. Un avertissement de sénateur qui a peu de chances d’être entendu.p Michel Delberghe

Redécoupage Revendiquant un « nouvel espace de liberté » face au gouvernement, M. Belot a prévenu « qu’à titre personnel, il ne votera aucun amendement qui ira à l’encontre des propositions de la commission ». Les sénateurs admettent la nécessité de clarifier les compéten-

evenant mercredi 17 juin à l’Assemblée nationale – « avec un petit pincement au cœur » –, à l’invitation de la presse parlementaire, Alain Juppé a adopté la posture de celui qui « n’espère rien, attend tout ». L’ancien premier ministre qui, comme il se décrit, avait été « programmé pour occuper la plus haute fonction », dit s’être « fait une raison », même s’il s’accorde encore « 1 % de chances » d’y parvenir : « C’est beaucoup mieux que zéro… » Il n’aurait pas refusé la présidence de la Commission européenne, « mais personne ne me l’a proposée » : « Sarkozy m’a dit qu’à cause de ma condamnation judiciaire je ne franchirais pas l’étape du “hearing” [audition] ». Le maire (UMP) de Bordeaux ne veut donner aucun crédit aux rumeurs qui, régulièrement, le voient revenir au gouvernement à la faveur du prochain remaniement. Mais il ne se prive pas de formuler des avis. Considérant que « Nicolas Sarkozy sort incontestablement renforcé du scrutin européen », il estime que celui-ci « n’a pas besoin de procéder à un remaniement radical ». L’ouverture n’a guère ses faveurs : « Est-ce que ça rebat véritablement les cartes ? Quand on a dans ses rangs des

gens parfaitement compétents, on n’est pas obligé d’aller chercher ailleurs pour améliorer le décor. » Le premier ministre, François Fillon ? « Il a très bien trouvé sa place. Dans son travail de coordination, il est très utile. » Pour Christine Lagarde, la ministre de l’économie, il a « beaucoup de considération ». Jean-Louis Borloo, le ministre de l’écologie ? « Il a très bien réussi, je ne vois pas la nécessité de changement », estime-t-il, rappelant que lui-même a été « le moins durable des ministres du développement durable ». Au passage, il égratigne le ministre du travail, Brice Hortefeux, qui, après avoir été élu au Parlement européen, « fait des pieds et des mains pour rester ministre » : « Je trouve cela choquant. » Une autre amabilité pour Valéry Giscard d’Estaing, qui avait évoqué le financement de la campagne présidentielle de Jacques Chirac par Omar Bongo : « S’il y a quelqu’un qui devrait être prudent avec les mœurs africaines, c’est lui ! » Et, pour finir, cette confidence : « Isabelle [son épouse] m’a dit un jour “Copé, c’est toi il y a vingt ans”. J’ai trouvé que c’était un beau compliment… pour lui. » p Patrick Roger

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Vendredi 19 juin 2009

France 15
Pour le jury suisse, la mort d’Edouard Stern ne relève pas du crime passionnel
Genève Envoyée spéciale

L’avocat général réclame dix ans me de réclusion à l’encontre de M Courjault
Tours Envoyée spéciale

« Ne la diabolisez pas, mais n’en faites pas une icône », a indiqué Philippe Varin, qui a reconnu Le procureur général a requis onze ans de prison à la mère infanticide des « circonstances atténuantes dans la structure de sa personnalité » contre Cécile Brossard, coupable de meurtre
jault a baladé la Corée, baladé la France », a rappelé l’avocat général. Tout a débuté fin juillet 2006, quand Jean-Louis Courjault a signalé la découvertede deuxcadavres de nouveau-nés dans le congélateur familial de Séoul, alors que son épouse était en vacances en France. Celle-ci s’est jurée étrangère à l’affaire. Son mari l’a cru : elle avait subi une hystérectomie en décembre 2003. Des tests ADN sud-coréens, puis français, les ont catégoriquement désignés comme les parents des bébés,mais Mme Courjault s’est obstinée à nier l’évidence. Au troisième interrogatoire de garde à vue seulement, elle a parlé de jumeaux nés et supprimés à Séoul. Au cinquième, elle a confessé deux grossesses distinctes et un autre infanticide commis en France en 1999. pas été extorqués par la force », a objecté M. Varin, qui peut citer de mémoire chacune de ses déclarations.« C’est difficile àdire, mais elle les a tués et elle a caché les corps. » Pour l’avocat général, la préméditation des trois meurtres ne fait aucun doute. Et le déni de grossesse, dans ce cas précis, est une farce mise en scène par la défense à grand renfort de « témoins techniques » – un professeur de gynécologie-obstétrique et deux psychologues – qui n’ont jamais rencontré l’accusée. « Trois enfants morts, est-ce trois fois rien ? », a interrogé Me Didier Leick dans sa plaidoirie. Dans ce procès inhabituel, l’avocat de l’association l’Enfant bleuenfance maltraitée a partagé le banc des parties civiles avec M. Courjault, présent « au soutien de son épouse », et avec l’avocate de Jules et Nicolas Courjault, âgés de 14 et 12 ans et demi, absents, qui réclament le retour à la maison de leur mère incarcérée. Alors que Me Philippe Morin, conseil de Jean-Louis, a souligné « l’extraordinaire solidarité » de la famille comme de la belle-famille de Mme Courjault, le clan est surtout apparu soudé dans la culpabilité manifeste de n’avoir « rien vu », comme l’ont dit tous ses membres à la barre. M. Courjault a absous une énième fois son épouse avant lesréquisitions. « Ilne fautpastomber dans les faux sentiments. Ce sont des enfants, nos bébés maintenant, mais il n’y a pas eu cette relation qu’on peut avoir avec un enfant qu’on attend et qu’on élève (…). Ça reste très intellectuel. » Selon lui, Véronique souffre d’« une maladie », même si les expertises le démentent. « Elle a un problème, une grande détresse, a-t-il martelé, et maintenant, on va le résoudre. » M. Varin est moins optimiste. « Je suis inculte sur Freud et Lacan, et mes explications sont très simplifiées, mais même les experts ont quelques soucis », a-t-il rappelé en faisant allusion à la contre-expertise psychiatrique qui a conclu à « une altérationmoyenne dudiscernement » de Mme Courjault. « Ces faits d’une exceptionnelle gravité ne peuvent être légitimés, a terminé l’avocat général, mais je reconnais à Véronique Courjault des circonstances atténuantes dans la structure de sa personnalité. » p Patricia Jolly estimé que l’accusée était en partie responsable, « car elle a participé à cette relation destructrice. Elle s’est réfugiéedans ledéni ».Son comportement n’est pas « excusable » : Cécile Brossard « aurait alors pu partir, crier, s’effondrer, au lieu de donner la mort ».

L

’avocat général Philippe Varin a réclamé « dix ans d’emprisonnement » à l’encontre de Véronique Courjault, mercredi 17 juin, devant la cour d’assises d’Indre-et-Loire, avant d’ajouter : « Ne la diabolisez pas, mais n’en faites pas une icône. » Sa mise en garde s’adressait tant aux jurés qu’à la presse. Le réquisitoire de plus de deux heures a débuté par une injonction : « Messieurs les journalistes, à chacun son heure, ne volez pas la justice à la justice ! » Philippe Varin venait de poser ses valises de nouveau procureur de la République de Tours, en octobre 2006, lorsque Mme Courjault est passée aux aveux, le 12 du mois. Et c’est à lui qu’a échu le rôle de l’accusation dans ce procès hautement médiatisé. Avant de confesser l’assassinat de trois de ses bébés après des grossessesclandestines,en1999enCharente-Maritime, puis en 2002 et en 2003en Corée du Sud, où elle vivait avec son époux ingénieur et leurs deux fils, cette femme de 41 ans a beaucoupmenti.« VéroniqueCour-

A

Un problème à résoudre « Il y avait tellement de questions, même pour moi, que j’ai rempli les blancs [avec ce qu’on lui suggérait] », a-t-elle tenté, lors de son dernier interrogatoire, mercredi matin, comme depuis le début des débats. « Les aveux de Véronique Courjault sont précis et n’ont

Scientologie : la liberté religieuse au cœur des plaidoiries
L’avocat Patrick Maisonneuve a dénoncé « le réquisitoire de peine capitale » du ministère public

A

l’en croire, Patrick Maisonneuve, l’avocat de l’association de l’Eglise de scientologie, n’a jamais vu ça : « Voilà trente ans que j’exerce et c’est la première fois que je passe d’un réquisitoire de non-lieu à un réquisitoire de peine capitale », a-t-il lancé, mercredi 17 juin, devant le tribunal correctionnel de Paris, qui juge depuis le 25 mai six adeptes de l’Eglise de scientologie pour « escroquerie en bande organisée », « exercice illégal de la pharmacie », ainsi que l’Eglise et sa librairie en tant que personne morale. Deux jours après la demande du ministère public, représenté par Maud Coujard et Nicolas Baïetto, de dissoudre la structure de la Scientologie en France, Me Maisonneuve et ses clients n’ont toujours pas digéré la « véhémence » de la charge. « Ça m’a surpris », a lâché l’avocat dans sa plaidoirie. « Un réquisitoire aussi violent pour des gens qui ne se sont pas enrichis d’un centime d’euros ! », s’est-il exclamé. Ce ténor du barreau parisien, habitué des grandes affaires, n’y

voit qu’une explication : « L’ambiance, la pression. » Selon lui, le procès s’est déroulé dans un contexte « de haute tension ». En France, la Scientologie souffre d’une réputation sulfureuse. En 1995, une commission parlementaire l’a rangé au nombre des sectes, lui refusant le statut d’Eglise que lui ont pourtant reconnu de nombreux pays. Me Maisonneuve les a énumérés. Outre les EtatsUnis où l’organisation de Ron Hubbard – l’auteur de science-fiction, qui l’a fondée en 1954 –, revendique plusieurs millions d’adeptes, il a rappelé qu’en 1988 le Portugal, en 2000 la Suède, en 2006 la province du Québec et en 2008 l’Espagne avaient reconnu la Scientologie comme une Eglise. « Si, en France, les pouvoirs publics estiment que la Scientologie est une cause de trouble à l’ordre public, eh bien, que ces pouvoirs publics prennent leurs responsabilités ! Qu’ils le disent, a tonné l’avocat. Qu’ils ne se cachent pas derrière les juges. » Car selon lui, les autorités veulent que le tribunal de Paris fasse ce qu’elles

n’osent pas faire : interdire la Scientologie. « Vous ne le ferez pas, a-t-il recommandé aux juges. Il s’agirait d’arbitrer sur la question religieuse. » Et de rappeler qu’en droit français, il n’y a pas de définition de la religion. La Constitution et la Déclaration des droits de l’homme protègent la liberté des citoyens à pratiquer le culte de leur choix. « La République respecte toutes les croyances », a souligné Me Maisonneuve.

« Brard, c’est no religion » Pour l’avocat, les trois semaines d’audience n’ont révélé aucun élément qui corroborerait les accusations d’escroquerie. Les méthodes qui ont cours chez les scientologues ?, s’est interrogé Me Maisonneuve. « Elles sont du XXe siècle. Ca n’a rien de choquant », a-t-il tranché. Les tarifs sont chers ? Ne le sont-ils pas dans d’autres religions ?, a-t-il indiqué. Me Maisonneuve s’est renseigné : « Au Consistoire de Paris, les prix pour un mariage variaient de 6 000 francs à 31 000 francs [en 1998-1999, l’époque des faits reprochés]. »

Selon lui, Aude-Claire Malton – celle des deux plaignantes qui a le plus souffert de son passage en Scientologie – n’a jamais été contrainte de verser la moindre somme d’argent. Hors ces plaignants, Me Maisonneuve n’a entendu aucun témoin à charge. Ceux cités par la partie civile n’ont révélé aucun fait. Ainsi, Jean-Pierre Brard, député (app. PCF), entendu par le tribunal le 8 juin. « Brard est antireligieux tout le temps et pour toutes les religions », a fustigé Me Maisonneuve. « Churchill c’était no sport. Brard, c’est no religion », a-t-il ironisé. Et de relever que depuis le début du procès, aucun adepte n’a réclamé un remboursement. « On vous demande la dissolution. Moi je vous demande de dissoudre les préjugés, les idées préconçues et les atteintes à la liberté d’expression », a-t-il conclu. Jugement le 27 octobre. p Yves Bordenave

près près de huit heures de délibéré, mercredi 17 juin, les douze jurés – sept hommes, cinq femmes – de la cour d’assises de Genève ont déclaré Cécile Brossard coupable du meurtre d’Edouard Stern. Ils ne lui ont pas accordé la qualification de « meurtre passionnel » plaidée par sa défense. Un mot de droit d’abord. En écoutant la lecture publique de lamotivation du verdict dujury, on ne pouvait qu’être convaincu de l’intérêtquereprésente cetteprocédurequin’existepasendroitcriminel français. La motivation offre en effet un reflet fidèle des émotions contradictoires qui ont traversé ces cinq journées d’audience. Selon l’article 113 du code pénal suisse, le meurtre passionnel se caractérise par le fait que l’auteur était « en proie à une émotion violente que les circonstances rendaient excusable, ou qu’il était au moment de l’acte dans un état de profond désarroi ». Dansson verdict,lejuryconsidère que lorsqu’elle a abattu de quatre balles son amant, le 28 février 2005, Cécile Brossard était bien « dans un état de profond désarroi et d’émotion violente », liés à l’attitude d’Edouard Stern, qui, au fil de leur relation, « s’est montré humiliant, cruel, harcelant, alternant serments d’amour et marques de mépris ». Le jury admet encore que la fameuse phrase qu’aurait prononcée le banquier – « Un million de dollars, c’est cher pour une pute » – a pu déclencher l’acte criminel : « Cécile Brossard a soudainement réalisé que leur histoire était terminée, qu’il ne l’épouserait jamais, et le déni s’est soudainement effondré. » De cette situation de désarroi, les jurés ont toutefois

« Valeur matérielle » Sur la question du million de dollars, dont l’accusation et la partie civile faisaient le seul mobile du meurtre, le jury apporte une réponse là aussi nuancée. S’il « ne doute pas de la sincérité de Cécile Brossard et du fait qu’elle n’était pas intéressée par la fortune d’Edouard Stern », il souligne qu’au moment des faits cette somme avait « perdu sa valeur symbolique. Ne restait que la valeur matérielle. En ne restituant pas cet argent, Cécile Brossard a provoqué la réaction d’Edouard Stern ». A la charge de l’accusée, les jurés retiennent encore l’attitude qu’elle a eue dans les minutes, puis dans les jours qui ont suivi le meurtre, en soulignant qu’elle a alors fait preuve d’une « détermination certaine ». « Ce comportement réfléchi, cynique et manipulateur ne correspond pas à celui d’une femme en profond désarroi », relèvent-ils, tout en retenant, conformément à l’expertise psychiatrique du professeur Jacques Gasser, une « légère atténuation de responsabilité » de l’accusée. Jeudi, la cour et les jurés devaient, après les réquisitions de peine du procureur général – 11 ans de réclusion – entendre la plaidoirie de la défense, avant de rendre leur sentence. Cécile Brossard encourt de cinq à vingt ans de prison. L’équilibre du verdict de culpabilité laisse la porte ouverte à une condamnation mesurée. p Pascale Robert-Diard

Parlement La commission de déontologie de la fonction publique pourra s’autosaisir
La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté, mercredi 17 juin, un amendement au projet de loi sur la fonction publique prévoyant l’autosaisine de la commission de déontologie. Le texte répond à la polémique sur la nomination du conseiller de l’Elysée François Pérol à la tête de Caisse d’épargne-Banque Populaire. La saisine sera obligatoire pour les nominations concernant « les collaborateurs du président de la République » et « les membres du cabinet d’un ministre ».

Police Naissance d’un nouveau syndicat, L’Union
Après son changement de nom, d’UNSA-police à Unité police, le premier syndicat des gardiens et gradés a rejoint le Syndicat général de police- FO, troisième force sur l’échiquier syndical policier. Réunis en congrès à Villejuif, mercredi 17 juin, les délégués ont créé L’Union, douze ans après la dislocation de la FASP, puissante fédération policière des années 1980-1990. Nicolas Comte (SGP-FO) en devient le secrétaire général et Henri Martini (Unité police) le secrétaire général adjoint.

n Sur Lemonde.fr
Une vidéo intitulée « Scientologie : une mise en cause inédite »

Au sommaire juin 2009

cipe e peurs et prin • Entr de précaution

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bes unis rats ara

• Droits de l’homme, pétrodollars : l’autre visage
Pour tout savoir, le meilleur du 123

16 Economie
En hausse Le coût d’une voiture
Le budget (achat, assurance, entretien, carburant) de l’automobiliste type a augmenté en 2008 de 3 % pour une Peugeot 308 diesel (7 598 euros), selon l’étude annuelle de l’Automobile Club.

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Vendredi 19 juin 2009

En baisse Les ventes de vêtements
Les ventes d’articles d’habillement ont dégringolé de 12 % en mai par rapport au même mois de 2008, a indiqué, mercredi 17 juin, l’Institut français de la mode (IFM).

44 %

C’est la proportion de fonctionnaires voulant devenir auto-entrepreneur, selon le sondage OpinionWay pour l’Union des auto-entrepreneurs et l’Agence pour la création d’entreprises. Ce taux est supérieur aux 36 % constatés pour l’ensemble de la population.

La bataille pour le Club Med

Bernard Tapie : « Je ne suis pas un prédateur »
L’ancien chef d’entreprises et homme politique a acheté un peu plus de 1 % du capital du groupe de loisirs
Entretien
pouvez vous faire avec 1 % ?

B

ernard Tapie, 66 ans, est-il sur le point de revenir aux affaires ? Après plus de quinze ans d’ennuis judiciaires, et après avoir obtenu gain de cause dansledossier Adidascontre leCrédit lyonnais, l’ancien chef d’entreprises laisse planer le doute, depuis fin avril, sur ses intentions d’entreraucapitalduClubMéditerranée. Il les dévoile au Monde.
Il y a près de deux mois, vous avez manifesté votre intérêt pour le Club Méditerranée. Qu’allez-vous finalement faire ?

C’est vous qui le dîtes que ce n’est pas grand-chose. Je n’ai pas dépensé plus de 2,5 millions d’euros pour rien. Mon ambition maintenantestdecomprendretouteslesincohérencestantsurlecomportement des actionnaires que de certains chiffres et d’autre part, expliquer à ces actionnaires pourquoi je ne comprends par la stratégie menée par Giscard. Mais encore unefois,que cesoitclair :jenecherche pas de boulot et je ne veux pas la place de Giscard.
Vous êtes vraiment en désaccord avec la stratégie du Club ?

leur actif en trois ans, ils continuent de l’accepter. Moi et mon 1 % du capital, je la boucle et j’essaie d’en sortir. Enfin, dernière hypothèse, la majorité des actionnaires disent : ça suffit. On obligera Giscard à changer de stratégie.
D’ici les résultats annuels du Club, en octobre, que comptezvous faire ?

Rien. Encore une fois je peux me tromper. Mais à mon avis, c’est la dernière étape avant le grand réveil.LeClub n’a pas attendu la crise pour perdre la moitié de sa valeur.
Pourquoi selon vous les actionnaires ne diraient rien ?

Depuis le départ, j’ai toujours dit que je m’intéressais au Club mais pour n’y entrer que de façon minoritaire et en accord avec le management. Cela a toujours été ma philosophie. Je ne suis pas un prédateur.En rendantpublicla première et unique rencontre, Giscard [Henri Giscard d’Estaing est le PDG du Club Med] m’a fait comprendre que je n’étais pas le bienvenu à ses yeux. Dès lors, mon envie d’entrer dans le capital à une hauteur suffisante pour peser sur la stratégie et la politique devenait impossible.
Vous jetez l’éponge alors ?

On ne peut pas être plus en désaccord ! Giscard a fait le choix de n’orienter le Club que vers le haut de gamme. C’est une mauvaise idée. Le Club, c’est un concept populaire, festif, convivial. Il doit s’adresser à tous en fonction de leurs moyens. Or, privilégier le haut de gamme, c’est s’éloigner des valeurs du Club. Sans comptez qu’en temps de crise, c’est le moment le plus défavorable pour mener une telle stratégie dans un créneau très concurrentiel.
Qu’attendez-vous alors ?

Parce qu’on est dans la caricature avec des dirigeants cooptés plus par leurs affinités, par leurs corps que par leurs compétences et dont ladeviseestdevenue :quandl’affaire gagne, on gagne beaucoup et quandl’affaireperd,ongagnebeaucoup quand même. Ce temps doit être révolu.
Le Club a porté plainte pour fausses informations et manipulation de cours. Vous avez été surpris ?

Bernard Tapie, ancien chef d’entreprises, en 2006. OLIVIER ROLLER/FEDEPHOTO POUR « LE MONDE »
mais pas que j’étais con ! Le seul moment où le titre est monté, c’est après la fuite du Journal du dimanche le 25 avril relatant ma rencontre avec Giscard. Or, ces fuites ne viennent pas de moi. D’ailleurs, je demande solennellement que le JDD annonce qui leur a dit. Si c’est moi, je lève le secret des sources. Quant à Me Kiejman [l’avocat du Club], pour qui j’ai énormément d’estime et de respect, il a suffi que je touche un cheveu de Giscard pour qu’il pète les plombs. Pour unefois, on ne va pas être du même côté de la barrière et ça m’amuse assez. Sur le fond, tout ce que j’ai dit se trouvedans le rapport annueldu Clubdontjeneretrouveaucunetrace dans la presse spécialisée. La seule phrase qui pourrait être diffamatoire, c’est : il [Giscard] est fait pour diriger le Club comme moi pour diriger Notre Dame de Paris. Je suis très croyant. Moi je pense que j’en serai capable.
De quels moyens financiers disposez aujourd’hui ?

Non parce que je suis têtu et que je ne lâche jamais rien. Entre mardi 16 juin et mercredi, j’ai acheté à ce jour 260 000 actions soit un peu plus de 1 % du capital.
C’est finalement beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Que

Il y a trois hypothèses. La première, je me suis trompé. Le Club se remet à gagner de l’argent. Giscard est heureux et moi aussi… parce que j’aurai fait un bénéfice. Je le ferai savoir et je le féliciterai. La deuxième : bizarrement alors que les actionnaires ont perdu 80 % de

Coïncidence, la plainte a été annoncée le jour de la publication des mauvais résultats semestriels, elle a juste servi à faire diversion. Personnen’estdupe ! Fairemonter le cours avant d’avoir acheté une seule action mérite plus l’hôpital psychiatrique qu’une enquête de l’AMF [Autorité des marchés financiers]. On a tout dit de moi,

Le montant de l’indemnité concernant l’arbitrage dans l’affai-

« Nanard » contre Giscard fils, le choc de deux cultures
L’UN A CONNU dès l’âge de 18 ans les ors de l’Elysée et, un septennat plus tard, les lazzis de la défaite. En tant qu’aîné, c’est lui, Henri, qui s’était chargé d’attendre seul, dans une voiture garée sur le trottoir d’en face, son père, Valéry Giscard d’Estaing, sorti à pied du palais présidentiel après avoir été battu par la gauche le 10 mai 1981. Pour luimême, il a vite préféré les affaires à la politique. A la tête du Club Med depuis sept ans, il affiche, à 53 ans, l’aisance élégante de ceux qui ont vécu une enfance bourgeoise qui cache un esprit subtil et florentin. L’autre faisait rire aux larmes Mitterrand. Dans le même temps, il horrifiait les socialistes, dont beaucoup ne se sont pas étonnés qu’il achève sa carrière politique par la prison de la Santé. A sa sortie, il s’est lancé dans le théâtre, mais reconnaît qu’il a besoin « d’activités connexes » pour remplir sa vie. Et comme il s’apprête à récupérer une centaine de millions d’euros du Consortium de réalisation (CDR) après des années de procédure, il « regarde les entreprises où [il] pourrait investir ». Il s’appelle luimême du surnom qui servait à sa caricature, « Nanard », et ponctue vingt fois le récit de son retour aux affaires d’un « J’me marre ! ». En somme, ils sont aux antipodes. Leur rencontre improbable, et leur conflit autour de l’avenir du Club Med mobilisent depuis un mois l’establishment et alimente les conversations jusqu’à l’Elysée. Elle a eu lieu le 21 avril, dans les bureaux d’Alain Minc. Bernard Tapie lui avait fait savoir, par Matthieu Pigasse, banquier associégérant de Lazard, son envie d’entrer au capital du Club Med. Il est arrivé, « en Smart » assure-t-il, flanqué de Matthieu Pigasse. Henri Giscard d’Estaing était accompagné de son bras droit, Michel Wolfovski, et assisté d’Alain Minc. Compliments d’usage en préambule. Le Club, dans la mémoire de Bernard Tapie, a gardé le charme nostalgique de sa jeunesse et des « soirées volley jusqu’à 4 heures du mat’» à la Caravelle, l’un des plus beaux villages à la Guadeloupe. Mais Bernard Tapie a aussi regardé les bilans annuels des dernières années. Et repéré des failles : service insuffisant, loisirs attendus, animation molle et absence de villages thématiques. Ce qu’il propose laisse pourtant ses interlocuteurs dubitatifs : « Il faut redonner au Club son côté populaire. Je peux apporter de l’argent, un savoir-faire, une notoriété. Ramener des intermittents du spectacle, des sportifs, le tennisman Henri Leconte ! » Bref, lancer la stratégie contraire à celle de montée en gamme impulsée depuis cinq ans par Henri Giscard d’Estaing. Alain Minc, qui déteste Bernard Tapie et ne lui a plus serré la main depuis quinze ans, le renvoie dans ses buts, acide : « 55 % des clients du Club ne sont pas français et ne connaissent pas Bernard Tapie. Parmi les 45 % restants, la moitié vous aiment, l’autre vous déteste. » Mais Henri Giscard d’Estaing sort de la rencontre stressé. Bernard Tapie a mis le doigt sur les fragilités du Club. Il est d’autant plus inquiet que le capital n’est pas verrouillé et que Bernard Tapie peut convaincre des actionnaires lassés par un cours de Bourse médiocre. L’information de la rencontre filtre donc opportunément dans Le Journal du dimanche en même temps que le Club annonce une augmentation de capital de 102 millions d’euros. d’amis russes qu’il mettra dans la partie… » Insultes, plainte à l’Autorité des marchés financiers pour manipulation de cours. Henri Giscard d’Estaing ne comprend pas où Bernard Tapie veut en venir : « On ne peut pas juger cet homme avec les critères de la vie des affaires. » Ce sont en effet des motivations plus politiques, énoncées sur un vague air de lutte des classes, que Bernard Tapie énonçait au Monde, mardi : « J’avais envie de mettre un coup de pied dans la fourmilière des gens qui se cooptent entre eux… » p Raphaëlle Bacqué

re Adidas sera connu avant les vacances. Il se montera entre 60 et 80 millions d’euros avant l’impôt dûlorsdeladistributiondesbénéfices aux actionnaires au moment de la dissolution de Groupe Bernard Tapie (GBT). Par ailleurs, le 6 mai, le tribunal de commerce a autorisé la mise en révision des jugements de liquidation de GBT. Laventedesactifsréalisésetencaissés – hors arbitrage – se chiffre à 85 millions d’euros. Et comme j’en ai assez qu’on me rebatte les oreilles avec les contribuables, je promets de publier ce qu’il me restera et ce que je leur ai fait gagner.
Revenir aux affaires vous démange. Mais votre discours est-il crédible ?

Evidemment que oui ! Sinon le Club n’aurait pas pris 30 % le jour del’annoncedemonarrivée.Qu’on arrête ces procès non fondés ! La valeur de toutes les sociétés, en dehors de celles déjà vendues à l’époqueet horsAdidas, s’est élevée à 76 millions d’euros. Mais je comprends les interrogations à mon sujet car si je ne savais de moi que ce que je lis depuis des années, j’auraisurcetindividulamêmeopinion qu’eux. p Propos recueillis par François Bostnavaron et Nathalie Brafman

« Nom radioactif » Bernard Tapie n’a rien vu venir. Il tente d’activer l’Elysée, dont il assure que Claude Guéant a jugé, lors d’une rencontre, sa vision du Club « une bonne idée », rencontre que le secrétaire général de l’Elysée dément. Alain Minc, qui a bien plus encore l’oreille de Nicolas Sarkozy, a compris, lui, que « le nom de Tapie est radioactif pour les grands actionnaires du Club ». Et Henri Giscard d’Estaing a entrepris de mobiliser le CAC 40 dont tant de membres passent leurs vacances dans les villages à 4 tridents. La Caisse des dépôts et consignations (CDC) l’a assuré de son soutien, après avoir informé Bercy et l’Elysée. Ce ne sera pas nécessaire. La bataille est désormais psychologique. Bernard Tapie incendie au téléphone Alain Quinet, numéro deux de la CDC, et moque dans la presse l’incompétence d’Henri Giscard d’Estaing. Les communicants du Club, eux, grossissent le trait du « Nanard » affairiste : « Il a parlé

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Isabelle Giordano

Service Public 10h

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Vendredi 19 juin 2009

Economie 17
La soie et « La Marseillaise » sorties de leur cocon

La forte baisse de la consommation de gaz place Gazprom sous pression
Faute de débouchés, le groupe va tailler dans ses investissements stratégiques

I
Russie et ex-URSS 21,2 %

L

’état-major de Gazprom est-il « au bord de la panique » face au fort recul de la demande européenne de gaz, comme l’assure un homme d’affaires russe cité par le Wall Street Journal ? Panique oupas, un vent mauvais souffle sur le géant russe : faute de débouchés pour son gaz, il va tailler dans ses investissements stratégiques. Et notammentdifférer la mise enproduction des énormes gisements de Iamal et de Kovykta, en Sibérie, faisant ainsi peser une menace sur l’approvisionnement futur des pays de l’Union européenne (UE). La crise a entraîné une contractiondela consommation mondiale de gaz, des secteurs aussi gourmands que la production d’électricité, l’automobile, la sidérurgie, les cimenteries ou la chimie ayant fortement réduit leurs activités. Pour la première fois depuis cinquante ans, la demande reculera en 2009. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) table sur – 2 %. « Après une hausse de 4 % l’an dernier, nous nous attendons à une baisse de 3,5 à 4 % », estime Armelle Lecarpentier, chef-économiste de l’association internationale Cedigaz. Le cabinet deconseil en stratégie Booz &Company prévoit un repli de 8 %, largement imputable aux industriels. Depuis le début des années 2000, la consommation de gaz a continué de progresser, mais elle s’estessouffléeenraisondesonrenchérissement et de la concurrence accrue du charbon, qui alimente de plus en plus de centrales électriques (Chine, Etats-Unis…). C’est dans ce contexte que s’inscrivent les décisions que vont prendre les dirigeantsde Gazprom.Un desviceprésidents du groupe public russe a annoncé, mercredi 17 juin, le possible report de l’exploitation de Kovykta, qui devait débuter en 2017. Ses réserves sont estimées à 1 900 milliards de m3 et il est bien position pour le marché asiatique. « Actuellement, nous voyons que la demande sur le marché du gaz est moins importante. Sans doute, après 2012, nous pourrons déterminer plus précisément le délai de mise en exploitation des sites pro-

La baisse de la demande, une situation inédite
LA DEMANDE MONDIALE DE GAZ
en millions de tonnes équivalent pétrole

LA CONSOMMATION DE GAZ NATUREL EN 2008
répartition par grands ensembles géographiques

2 750 + 2,7 % par an en moyenne depuis 1995

2 650

Amérique du Nord

2 500

26,5 %
Afrique 3% Amérique latine 4,4 % Moyen-Orient 10,7 %

2 250

Europe 18,5 % Asie-Océanie 15,7 %
SOURCES : CEDIGAZ, AIE

2 000
1995 2000 2005 2009

duisant pour l’Occident », a déclaré Alexandre Ananenkov à l’agence russe Interfax. La veille, il avait déjà prévenu : « A présent, nous allons procéder aux dépenses en capital en nous basant sur le marché des consommateurs. » De 14,6 milliards d’euros initialement prévus, elles devraient être ramenées à 11,55 milliards, a-t-il prévenu. Premier pays gazier de la planète avec 20 % de la

Les dirigeants de Gazprom ont une hantise : que la consommation ne reprenne pas et qu’elle reste en 2012 inférieure à son pic de 2008
production et 26 % des réserves, la Russie a enregistré une baisse de ses ventes de 16 % entre janvier et avril, selon Cedigaz. Gazprom a été plus touché que les indépendants (Novatek, Loukoil ou TNK-BP). Pour répondre à la baisse de la demande de gaz de ses clients européens et faire des économies, la mise en exploitation du vaste gisement de gaz de Bovanenkovo (4 900 milliards de m3), dans la

péninsule de Iamal (grand Nord), devrait être repoussée de 2011 au troisième trimestre à 2012, a prévenu M. Ananenkov. Les experts s’interrogent aussi sur le projet Chtokman (mer de Barents). Gazprom, Total et le norvégien StatoilHydro doivent prendre une décision au premier trimestre 2010 pour le développement de la phase un. Un projet financièrement et technologiquement pharaonique, dont la réalisation permettra d’alimenter l’Europe et les Etats-Unis par gazoducs et méthaniers à partir de 2014. Ces retards menacent-ils la sécurité d’approvisionnement de l’UE, dont 25 % du gaz vient de Russie ? Il y a actuellement un excès sur le marché.« Laréductiondelademande,conjuguéeàdenouvellesproductions comme les gaz non conventionnels [enfermé dans certaines roches] aux Etats-Unis et l’arrivée des cargaisons de gaz naturel liquéfié du Qatar, devraient accentuer une certaine bulle du gaz dans les prochaines années, qui tireront les prixverslebas », notele patrond’un groupe d’énergie européen. Maisaprès ?Expertscommedirigeants des compagnies gazières se demandent si la consommation retrouvera son niveau de 2008 à la fin de la crise. « Oui, sans doute », affirme prudemment les dirigeants de GDF Suez. Les dirigeants de Gazprom ont une hantise : que

la consommation ne reprenne pas et qu’elle reste en 2012 inférieure à son pic de 2008. Une lourde hypothèque, alors que l’essentiel de ses profits provient des exportations vers le Vieux Continent. Or l’Europe s’est engagée à améliorer de 20 % son efficacité énergétique d’ici à 2020. Et le charbon reste un concurrent redoutable, même si sa combustion émet plus de CO2. Leséchangesdevraientserééquilibrer. Les gaz non conventionnels peuvent désormais être produits à des coûts acceptables, note-t-on chezGDFSuez. Orilssont trèsabondants aux Etats-Unis, qui deviendraient ainsi moins dépendants du gaz russe ou qatari. Celui que Gazprom veut exporter vers l’Amérique pourrait être réorienté vers l’Asie et l’Europe, dont la production va fortement baisser à mesure que ses réserves déclineront.p Jean-Michel Bezat

naugurer une grande usine de tissage de soie en France est un événement rare. Si exceptionnel et si peu dans l’air du temps qu’il fallait marquer les esprits. De façon incongrue, un splendide piano à queue Steinway était donc perché vendredi 12 juin sur une estrade, parmi les 42 machines à tisser flambant neuves de l’usine Perrin & fils du Grand-Lemps, aux confins de l’Isère. Le pianiste François-René Duchâble a joué La Marseillaise, les 450 invités étant priés de se tenir debout, dans un silence religieux. En compagnie du comédien Alain Carré, qui racontait une histoire de princesse chinoise, de vers à soie et de graines de mûriers, il a également interprété Le Chœur des fileuses, du Vaisseau fantôme de Richard Wagner avant d’attaquer La Fileuse de Felix Mendelssohn. C’est sans doute parce que Le Grand-Lemps est situé à quelques kilomètres de La Côte-SaintAndré, où naquit Berlioz en 1803, que s’explique l’attachement profond de Jean-François Perrin pour la musique. Représentant la quatrième génération de cette entreprise familiale, ce président du conseil de surveillance jubilait aux festivités d’ouverture de l’usine. Avant que le ruban tricolore ne soit coupé, les invités ont compté quelque neuf discours longs et chaleureux de personnalités politiques régionales. Elles ont salué sur tous les tons le premier producteur de soie hexagonal créé en 1929 et la réussite de cette dynastie Perrin. Comme chez Flaubert, rien n’a été omis, ni les petites horreurs distillées sur les voisins lyonnais ni les anecdotes légères pour apprendre à draguer une jolie fille un peu

snob, ni la plus officielle remise de médaille… « Mon grand-père a démarré l’usine en 1929, année de la crise, comme lui, gardez le cap », a lancé Jean-François Perrin à ses deux fils, Jean-Laurent et JeanHugues qui reprennent le flambeau avec leur cousin Sébastien. Avec la ferme intention de réveiller cette institution et de l’intégrer davantage dans la mode.

Un principal client : Hermès Regroupant les trois sites de production « à bout de course » qui existaient précédemment, l’usine neuve a coûté 10 millions d’euros d’investissement, dont 2 % d’aides publiques, explique Jean-Laurent Perrin, président du directoire de Perrin & Fils. Une somme si l’on pense que le chiffre d’affaires du groupe avoisine les 26 millions d’euros. Dans le meilleur des cas, l’investissement sera remboursé en dix ans. Le principal client (à 70 %) n’est autre qu’Hermès – qui détient 39 % du capital depuis cinquante ans, aux côtés de la famille Perrin. Le fil de soie, déjà filé, vient du Brésil, près de Sao Paulo – où il est réputé « plus régulier » – et sert essentiellement à tisser la matière première des fameux carrés de la griffe Hermès. Le cachemire est acheté en Mongolie. Dans la tradition des soyeux lyonnais, l’entreprise, qui emploie près de 120 salariés sur ce site, se bat pour conserver une très grande qualité, seul moyen de lutter contre la concurrence asiatique. Et créer, pour l’automne, une collection entièrement rénovée de soies haute couture. p Nicole Vulser (Le Grand-Lemps, Isère, envoyée spéciale)

Le Bernard Madoff sud-africain importait des médicaments contre le sida
D’environ 1 milliard d’euros, l’escroquerie de Barry Tannenbaum, selon un schéma à la Ponzi, est la plus grande fraude de l’histoire du pays
Johannesburg (Afrique du Sud) Correspondance

Q

uand sa banque l’a appelé le 29 mai, Howard Lowenthal a alors compris : « Ils ne parvenaient pas à encaisser le chèque de Barry Tannenbaum », raconte ce comptable sud-africain. « Certes, le profitqu’il me garantissait était élevé, mais je n’avais aucune raison de m’en faire, c’est un ami, un type bien avec une bonne réputation », confie-t-il, s’avouant aujourd’hui « très déçu ». Prêteur de 90 000 euros, il fait partie des victimes de l’homme d’affaires sud-africain Barry Tannenbaum, qui pourrait être l’auteur de la plus grande fraude de l’histoire du pays. Révélée par la presse locale,cette escroquerieporterait sur un montant situé entre 10et15 milliardsderands(900 millions à 1,3 milliard d’euros). « Environ 400 personnes ont été lésées, surtoutenAfriquedu Sud,maisaussi aux Etats-Unis, en Australie et en Europe », affirme Eric Levenstein du cabinet d’avocats Werksmans, qui représente six victimes. Barry Tannenbaum importait des composants pharmaceutiques de l’étranger avant de les revendre à des fabricants de médicaments

génériqueslocaux,principalement des antirétroviraux destinés à des maladesdu sida.Au lieud’emprunter de l’argent aux banques, l’homme âgé de 43 ans faisait appel à des investisseurs privés en leur faisant miroiter, à l’aide – semble-t-il – de deux avocats de Johannesburg, des versements d’intérêts de l’ordre de 15 % à 20 % au bout de trois mois. A la date d’échéance, le prêteur pouvait choisir de récupérer sa somme ou de la réinvestir.

Chaîne de Ponzi Ce fils d’un fondateur d’une grande firme pharmaceutique nationale aurait utilisé le même schéma que le financier américain Bernard Madoff arrêté fin 2008, c’est-à-dire une chaîne de Ponzi fonctionnant selon le principe de « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». L’argent frais versé par les nouveauxinvestisseurs servaitainsi à payer les gains des prêteurs les plusanciens.Unmagazinesud-africain évoque un cas d’un retour sur investissement de 216 % sur un an. La société de M. Tannenbaum étaitbien réelle, maiscelui-ci aurait falsifié des commandes des entreprises pharmaceutiques pour les gonfler, et rassurer ses investisseurs sur la viabilité du projet lors

deretardsdepaiement.Labullespéculative a toutefois fini par éclater ily a quelques semaines quand une majoritédeprêteurs, touchésparla crise, a massivement choisi de se désengager. Des grands noms du milieud’affaires sud-africain ont été floués. « C’est très préoccupant de constater que leur avidité excessive alimentée par un fort appétit du risque a pris le pas sur leur discernement devant ce montage très douteux », commente Adrian Lackay, porte-parole des services fiscaux sud-africains (SARS). Trois jours après le lancement d’une enquête par les autorités judiciaires et policières du pays, un juge sud-africain a nommé, mercredi 17 juin, trois administrateurs pour gérer les éventuelles saisies d’actifs de M. Tannenbaum. Depuis Sydney où il réside, celui-ci a nié les accusations qu’il qualifie d’« outrancières », et a argué d’une situation économique difficile pour expliquerses difficultés de paiement. Les agences de régulation du pays pourraient aussi être mises en cause. Un rapport bancaire sur des mouvements de fonds suspects aurait été rédigé dès 2007. p Sébastien Hervieu

18 Economie & Finance
Le point de vue de l’agence économique et financière

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Vendredi 19 juin 2009

Breakingviews.com La Chine prend de grands risques en prônant le protectionnisme

La vie des entreprises
Médias Le comité d’entreprise de RFI débouté
Le tribunal de grande instance (TGI) de Paris a débouté, mercredi 17 juin, pour vice de forme le comité d’entreprise (CE) de Radio France Internationale (RFI) qui avait obtenu, le 11 mai, du TGI la suspension du plan social. Le tribunal avait enjoint la direction de fournir des informations sur le « contrat d’objectifs et de moyens » et sur la mise en place du holding Audiovisuel extérieur de la France (AEF), dont RFI est une filiale. Les salariés de RFI avaient alors entrepris, à l’appel de l’intersyndicale, un mouvement de grève illimitée. Dans sa décision, le juge a relevé que le CE avait omis de signifier l’arrêt à la partie adverse. Or une telle démarche était nécessaire avant de saisir le tribunal.

Télévision

M6 réfléchit à une action en justice contre Axel Duroux
Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, « n’a pas encore décidé de déclencher ou non » une action en justice contre la nomination, lundi 15 juin, d’Axel Duroux, ex-président du directoire de RTL, à la direction générale de TF1, a indiqué la chaîne jeudi 18 juin. Selon M6, M. de Tavernost devrait prendre sa décision dans les prochains jours. Le président du directoire de la chaîne pourrait porter plainte pour « concurrence déloyale et conflit d’intérêt » contre Axel Duroux et TF1. En sus de ses fonctions à la tête de la radio de la rue Bayard à Paris, M. Duroux était également membre du conseil de surveillance de M6 depuis février 2007. Son mandat devait s’achever en 2012. RTL et M6 sont deux des filiales du Groupe RTL en France. M. Duroux aurait commencé d’être approché par TF1 à la fin avril. Or le dernier conseil de surveillance de M6 s’est tenu le 5 mai. La chaîne privée redoute que « ses projets industriels et ses plans de développement à moyen terme » puissent être connus de TF1, sa principale rivale. La chaîne présidée par M. de Tavernost craint que la Une puisse être mise au courant des nouvelles émissions de sa grille de rentrée. Pour parer à ces accusations, M. Duroux ne devrait pas occuper ses nouvelles fonctions à TF1 avant la rentrée de septembre. Pour lui succéder à la présidence du directoire de RTL, Christopher Baldelli, actuel président de M6 Thématique semble aujourd’hui le mieux placé. p Guy Dutheil lation de la prise de contrôle du groupe de presse EBRA (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes) par le Crédit Mutuel. Elle a confirmé l’annulation des délibérations prises lors de l’assemblée générale de L’Est républicain du 27 juin 2008 qui avait abouti à la prise de contrôle du groupe Ebra par le Crédit mutuel. tions nettes » d’effectifs de quelque 600 postes.

P

ékin a fait passer auprès des autorités locales du pays un mot d’ordre : « Achetez chinois. » C’est une attitude à la fois inquiétante et hypocrite. Si le président Hu Jintao s’est joint aux dirigeants brésilien, russe et indien pour appeler à l’éradication du protectionnisme, plusieurs ministères chinois ont clairement fait comprendre que le fonds de 586 milliards de dollars (420 milliards d’euros) consacré à la relance par la dépense publique devait profiter en priorité à des fournisseurs nationaux. La Chine prend des risques avec ce double langage. Pour un pays exportateur touché de plein fouet par la crise, mieux vaut éviter de donner dans la provocation. Lorsque l’on choisit de privilégier ses compatriotes, dans un premier temps, ce sont les fournisseurs étrangers qui en font les frais. En 1998, date du dernier grand plan de relance chinois, les importations avaient crû respectivement de 18 % et 36 % au cours des deux années suivantes. Cette fois-ci, plus d’un tiers des projets d’investissement public concernent des voies ferroviaires, des routes, des aéroports et des réseaux de distribution électrique, c’est-à-dire des domaines fortement consommateurs de technologie et de matériels étrangers. Les entreprises étrangères ont déjà été écartées d’appels d’offres pour l’installation d’éoliennes ou de lignes ferroviaires à grande vitesse, des projets mettant en jeu plusieurs milliards de dollars. Mais la Chine aurait beaucoup à perdre d’un protectionnisme radical. Rappelons-nous ce qui s’est passé avec le Smoot-Hawley Act voté aux Etats-Unis en 1930. Le texte décrétait la hausse des taxes applicables aux importations pour protéger les filières nationales et favoriser l’emploi. A court terme, l’objectif a été atteint, mais lorsque les autres pays ont commencé à prendre des mesures de rétorsion, le chômage américain a

plus que doublé. La Chine, qui ressemble beaucoup aux Etats-Unis de cette époque, connaîtrait les mêmes avatars. Quand on sait à quel point Pékin redoute les troubles sociaux, ce serait là prendre un trop grand risque. Heureusement, il n’est pas aussi facile que cela d’évincer les entreprises étrangères. La croissance des importations chinoises est liée à l’achat de biens et de ressources qu’elle ne peut pas produire en quantité suffisante, comme le pétrole, le fer, le cuivre et l’aluminium. En outre, il est impossible pour Pékin de surveiller tout le monde. Les ordres de commande sont donnés à l’échelon local. Les acteurs familiers des procédures d’appel

En première instance, elle avait écopé d’une peine d’amende de 20 000 euros dont 15 000 avec sursis pour « fichage ethnique » et « discrimination raciale » (Le Monde du 29 octobre 2008). La cour d’appel a considéré que la deuxième incrimination ne pouvait pas être retenue. Cette décision « nous permettra de lutter contre les velléités des entreprises de procéder aux statistiques ethniques », a déclaré Samuel Thomas, vice-président de SOS-Racisme, association qui s’était constituée partie civile. – (AFP.)

Industrie nautique Le fabricant de yachts Couach est repris par Fabrice Vial
Le tribunal de commerce de Bordeaux a ordonné, mercredi 17 juin, la cession pour 1,5 million d’euros du fabricant de yachts Couach à l’industriel provençal Fabrice Vial, qui s’est engagé à reprendre les 300 salariés. Outre le montant de la cession, M. Vial a apporté 6 millions d’euros au capital de la société, qui pourrait désormais s’appeler Chantier naval Couach. Il s’est aussi engagé à pouvoir mobiliser si nécessaire 13 millions supplémentaires, sur une durée de deux ans. Couach avait été placé en redressement judiciaire au début du printemps (Le Monde du 11 avril). – (AFP.)

Pour un pays exportateur touché de plein fouet par la crise, mieux vaut éviter de donner dans la provocation
d’offres indiquent qu’il n’existe aucune base de données centralisée pour recenser les fournisseurs sélectionnés pour chacun des chantiers. Chaque ville s’y prend comme elle l’entend et les méthodes sont différentes. Ces appels à la préférence nationale ont peut-être pour but de rassurer les Chinois : cela ressemblerait bien au style de Pékin. Mais ils pourraient par ailleurs pousser les autres pays vers le protectionnisme. L’Inde et les Etats-Unis se préparent déjà à déposer des plaintes contre la Chine pour concurrence déloyale sur des secteurs sensibles comme l’acier et les pneumatiques. Dans le pire des cas, la Chine souffrirait du contrecoup dévastateur qu’avait provoqué le SmootHawley Act, sans avoir pu profiter des avantages de cette politique. p John Foley
(Traduction Christine Lahuec)

Les salariés de Groupe Tests ont mis fin à leur grève
Les salariés de Groupe Tests ont mis fin à leur grève, mercredi 17 juin, à la suite d’un accord entre la direction et les syndicats, prévoyant notamment le maintien de sept postes sur les 38 suppressions envisagées. Les salariés avaient commencé leur mouvement le 15 juin pour protester contre un projet de réorganisation des rédactions de Groupe Tests, qui appartient à NextRadioTV et édite notamment les magazines L’Ordinateur Individuel, Micro Hebdo et 01 Informatique, ainsi que les sites Internet 01net et 01men.

Social Osram assigné en justice pour baisse irrégulière de salaires
Le comité d’entreprise du fabricant d’ampoules Osram et le syndicat Force ouvrière, majoritaire dans la société, ont assigné, mercredi 17 juin, la direction devant le tribunal de grande instance de Saverne (Bas-Rhin) pour avoir imposé une baisse – à leurs yeux – irrégulière de salaire à une partie du personnel (Le Monde daté du 14-15 juin).

Intérim Adia supprime 350 emplois
Le réseau de travail temporaire Adecco a présenté, mercredi 17 juin, un « projet de redéploiement stratégique » de sa filiale Adia qui prévoit de fermer une centaine d’agences en France (sur près de 400) et de supprimer environ 350 emplois. Le groupe, qui va privilégier les « mobilités » en interne et les départs volontaires, indique qu’il ne sera « procédé à des départs contraints que si nécessaire ». En octobre 2008, Adecco avait dévoilé un autre plan social qui se traduisait par des « réduc-

Pharmacie L’israélien Téva envisage des délocalisations
Le laboratoire israélien Téva, premier fabricant mondial de médicaments génériques, envisage de délocaliser une partie de sa production en raison de la hausse de la devise israélienne, le shekel (+ 16 % depuis début 2006 par rapport au dollar). Ce phénomène pèse sur la rentabilité de Téva, qui paie 20 % de ses employés en shekel et facture ses produits essentiellement en dollars. – (Bloomberg.)

Hersant gagne en appel contre le Crédit mutuel au sujet du groupe EBRA
La cour d’appel de Nancy a donné raison, mercredi 17 juin, au groupe Hersant Média (GHM), actionnaire minoritaire du groupe Est Républicain, qui réclamait l’annu-

Justice La société Daytona condamnée pour fichage ethnique
La cour d’appel de Versailles a condamné, mercredi 17 juin, la société Daytona, spécialisée dans la mise à disposition d’hôtesses et de commerciaux, à une amende de 20 000 euros pour « fichage ethnique » de ses collaborateurs.

Marchés
LES BOURSES DANS LE MONDE 18/6, 9h45
Pays Indice Dernier cours % var. Maxi 2009 Mini 2009 PER

VALEURS DU CAC40
Jeudi 18 juin 9h30
Valeur Dernier cours Cours préc. % var. % var. /préc. 31/12 Plus haut Plus bas Divid. net Code ISIN

Internet : la bulle 2.0 commence à se dégonfler

FRANCE

CAC 40 CAC Mid100 CAC Small 90 SBF 250

3166,69 18/6 4771,61 18/6 4722,02 17/6 2240,68 17/6 4805,20 18/6 4280,57 18/6 5321,71 18/6 8497,18 18/6 1808,06 18/6 9703,72 18/6

0,18 -0,25 -2,37 -1,73 0,11 0,05 0,37 -0,09 0,66

3426,04 6/1 5056,34 7/5 4957,72 10/6 2396,73 3/6 5177,59 2/6 4675,68 6/1 5881,47 6/1 9088,06 6/1 1879,92 11/6

2465,46 9/3 3744,35 9/3 3465,08 10/3 1780,09 9/3 3588,89 9/3 3460,71 9/3 4234,96 9/3 6469,95 6/3 1265,52 9/3 7021,28 10/3

12,80

13,60 15,40 13,00 12,50 13,80 24,30 62,30

ALLEMAGNE

DAX Index FTSE 100 index Swiss market Dow Jones ind. Nasdaq composite Nikkei 225

L

a folle épopée du Web 2.0 a du plomb dans l’aile. MySpace, le réseau social du groupe News Corp de Rupert Murdoch, réduit ses effectifs de 30 % et devrait voir sa situation se dégrader à l’issue de la renégociation de son partenariat avec Google. La première bulle Internet avait explosé avec fracas. Celle-ci pourrait expirer dans un sanglot. Lorsque News Corp avait dépensé 580 millions de dollars (416 millions d’euros) pour acquérir MySpace en 2005, certains avaient pensé que M. Murdoch était devenu fou. Le site ne comptait que 14 millions de visiteurs par mois. En cotant le public de MySpace à 41 dollars par tête, News Corp avait contribué à faire braquer les projecteurs sur les réseaux sociaux.

Fin d’un accord publicitaire Il y a deux ans, Microsoft avait attisé cet engouement en investissant 240 millions de dollars pour prendre une participation dans Facebook : la société était alors valorisée à 15 milliards de dollars. De la même façon, il se disait il y a quelques mois que le site de microblogging Twitter, qui ne perçoit pourtant aucun revenu, valait 250 millions de dollars. Aujourd’hui, on ne se moque plus de M. Murdoch. Au bout de quatre ans, MySpace accueille 130 millions de visiteurs par mois. C’est l’une des rares sociétés Web 2.0 qui ait réussi à gagner de l’argent. En trois ans, le site a récolté 1,6 milliard de dollars de chiffre

d’affaires. En supposant que la marge est en gros de 20 %, il aurait tiré l’année dernière un bénéfice de 200 millions de dollars d’un chiffre d’affaires de 900 millions. Le hic, c’est que la plus grande partie de cette somme provient de l’accord publicitaire noué avec Google, pour trois ans et 900 millions de dollars. Le contrat vient à échéance en 2010 et le moteur de recherche a déjà annoncé qu’il ne le renouvellerait pas si les tarifs n’étaient pas considérablement abaissés. Les annonceurs qui ont investi dans les réseaux sociaux n’ont pas vraiment été payés de retour et MySpace a de surcroît été détrôné par Facebook au palmarès des sites les plus fréquentés. Le non-renouvellement du contrat avec Google pourrait être synonyme d’une perte de 100 millions de dollars par an. Voilà pourquoi Owen Van Natta, directeur général de MySpace depuis deux mois, a imposé des mesures de restriction. De son côté, Facebook, chez qui M. Van Natta travaillait auparavant, a prévu de dégager une marge brute d’autofinancement positive en 2010. Mais attention : si les annonceurs commencent à douter, rien ne peut être considéré comme acquis. De toute façon, la vogue du Web 2.0 semble véritablement à bout de souffle.p Jeff Segal
(Traduction de Christine Lahuec)

ROYAUME UNI SUISSE ETATS-UNIS

JAPON

-1,39 10170,82 12/6

PER - Price Earning Ratio (ou cours/bénéfice) : cours de Bourse divisé par le bénéfice par action estimé pour l'exercice courant. PER : FactSet JCF Estimates ; données : la Cote Bleue. n/d : valeur non disponible.

COURS DE L'EURO
Achat Vente

OR
JEUDI 18 JUIN 9h45
Cours % var.

dollar us ................................1,3963...........1,3966 yen .......................................133,8900 ......133,9100 couronne tchèque.............26,6510.........26,6710 couronne danoise ...............7,4443...........7,4453 livre sterling.........................0,8501...........0,8504 forint hongrois...............281,4100 ......282,4100 zloty polonais ......................4,5199...........4,5299 couronne suédoise ............10,9893.........10,9943 franc suisse ...........................1,5082...........1,5084 couronne norvég. ...............8,8625...........8,8675 rouble...................................43,4100.........43,5110 livre turque...........................2,1743...........2,1843 dollar australien ................1,7509...........1,7519 dollar canadien...................1,5792...........1,5802 yuan chinois..........................9,5449...........9,5549 won sud-coréen ............1766,8000 ....1767,8000 dollar néo-zéland...............2,1910...........2,2011 rand sud-africain .............11,2478.........11,2578

ONCE D'OR EN DOLLAR .................930,50.......-0,37

PÉTROLE
JEUDI 18 JUIN 9h45
Cours % var.

LIGHT SWEET CRUDE.......................71,99 ........0,40

TAUX
TAUX D'INTÉRÊT LE 18/6
Taux j.le j. Taux 3 mois Taux 10 ans Taux 30 ans

france royaume-uni italie allemagne japon états-unis suisse

0,85 0,55 0,85 0,85 0,14 0,26 0,10

1,24 1,25 1,24 1,24 0,48 0,61 0,40

3,83 3,23 4,48 3,45 1,47 3,72 2,31

4,46 4,49 5,45 4,36 2,26 4,54 2,95

ACCOR ............................◗ 28,00 27,85 AIR FRANCE-KLM .............◗ 9,17 9,20 AIR LIQUIDE ......................◗ 64,91 64,75 ALCATEL-LUCENT .............◗ 1,88 1,85 ALSTOM.............................◗ 41,90 41,45 ARCELORMITTAL................ 22,86 22,57 AXA....................................◗ 13,38 13,20 BNP PARIBAS ACT.A ........◗ 46,67 46,24 BOUYGUES........................◗ 25,91 25,13 CAP GEMINI ......................◗ 25,40 25,29 CARREFOUR ......................◗ 28,91 29,00 CREDIT AGRICOLE ............◗ 10,12 9,99 DANONE............................◗ 34,76 34,73 DEXIA .................................. 5,77 5,50 EADS ..................................◗ 11,38 11,22 EDF .....................................◗ 34,45 33,94 ESSILOR INTL.....................◗ 34,22 34,19 FRANCE TELECOM ............◗ 16,20 16,12 GDF SUEZ ..........................◗ 26,12 25,99 LAFARGE............................◗ 46,19 46,23 LAGARDERE ......................◗ 23,11 23,10 L'OREAL .............................◗ 53,45 53,70 LVMH MOET HEN.............◗ 56,16 56,30 MICHELIN ..........................◗ 40,86 40,94 PERNOD RICARD ..............◗ 42,88 43,10 PEUGEOT ...........................◗ 20,81 20,34 PPR .....................................◗ 57,53 57,70 RENAULT ...........................◗ 27,55 27,36 SAINT-GOBAIN.................◗ 23,98 24,50 SANOFI-AVENTIS .............◗ 47,34 47,01 SCHNEIDER ELECTRIC.......◗ 51,65 51,38 SOCIETE GENERALE ..........◗ 39,65 39,05 STMICROELECTRONICS ...◗ 5,40 5,34 SUEZ ENV. .........................◗ 12,42 12,39 TOTAL ................................◗ 38,78 38,73 UNIBAIL-RODAMCO ........◗ 110,00 109,50 VALLOUREC.......................◗ 85,36 84,11 VEOLIA ENVIRON. ............◗ 20,47 20,29 VINCI..................................◗ 31,54 31,23 VIVENDI.............................◗ 17,62 17,60

0,52 -20,26 -0,33 -0,01 0,24 -0,83 1,19 22,37 1,07 -0,19 1,28 34,47 1,36 -15,56 0,92 54,28 3,08 -14,22 0,43 -7,64 -0,31 5,05 1,25 26,44 0,06 -14,74 4,95 80,31 1,47 -5,36 1,50 -16,99 0,07 1,92 0,53 -18,81 0,50 -26,06 -0,08 22,61 0,04 -20,31 -0,47 -14,21 -0,27 17,55 -0,18 8,76 -0,51 -19,05 2,34 71,28 -0,29 23,47 0,66 48,49 -2,10 -21,37 0,70 4,27 0,54 -2,55 1,54 10,14 1,18 12,97 0,20 3,07 0,13 -0,33 0,47 3,29 1,49 5,38 0,89 -7,79 0,99 5,12 0,14 -24,24

37,50 11,70 68,90 2,16 51,45 26,05 17,35 50,88 35,87 29,94 33,05 12,16 43,24 6,59 14,40 44,15 35,26 20,83 36,00 52,00 31,91 65,39 61,80 46,20 56,00 24,75 64,98 31,29 33,35 49,93 58,59 44,75 5,96 13,40 42,47 129,56 99,75 23,15 36,40 24,00

25,20 6,21 55,02 0,87 33,38 12,57 5,71 20,66 21,77 21,12 22,06 5,90 31,23 1,10 8,12 26,55 26,08 15,81 22,70 26,07 19,11 46,00 39,08 22,69 38,81 11,43 36,25 10,16 16,65 38,42 41,30 18,24 2,97 9,70 34,25 85,80 52,52 15,00 24,60 16,82

1,65 0,58 2,25 0,16 1,60 0,16 0,40 1,00 1,60 1,00 1,08 0,45 1,20 0,68 0,17 0,64 0,66 0,40 0,60 4,00 1,30 1,44 1,25 1,00 0,69 1,50 3,30 3,80 1,00 2,20 3,45 1,20 0,03 0,65 1,14 1,75 6,00 1,21 1,10 1,40

T T T T T A T T T T T T T T T S T S S T T T S T S T T T T T T T A A S A T T S T

FR0000120404 FR0000031122 FR0000120073 FR0000130007 FR0010220475 LU0323134006 FR0000120628 FR0000131104 FR0000120503 FR0000125338 FR0000120172 FR0000045072 FR0000120644 BE0003796134 NL0000235190 FR0010242511 FR0000121667 FR0000133308 FR0010208488 FR0000120537 FR0000130213 FR0000120321 FR0000121014 FR0000121261 FR0000120693 FR0000121501 FR0000121485 FR0000131906 FR0000125007 FR0000120578 FR0000121972 FR0000130809 NL0000226223 FR0010613471 FR0000120271 FR0000124711 FR0000120354 FR0000124141 FR0000125486 FR0000127771

Cours en euros. ◗ : valeur pouvant bénéficier du service de règlement différé (SRD). # : valeur faisant l'objet d'un contrat d'animation. Plus haut et plus bas : depuis le 1/1/2009. n/d : valeur non disponible. A : acompte, S : solde, T : totalité.

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SICAV ET FCP
SÉLECTION publiée sous la responsabilité de l'émetteur Dernier cours connu le 18/6 à 9h
Valeur Cours date en euro valeur

ECUR.OBLI CAPI C(EX-EC.CAPI C) 58,78 ECUR.PROFIL 90 D(EX.EC-DYN.+D) 27,75 ECUR.PROFIL 75 D(EX.EC-ENER.D) 32,36 ECUREUIL EURIBOR 1250,10 ECUREUIL EXPANSION C 18353,22 ECUREUIL INVESTISSEMENT D 37,01 ECUREUIL MONEPREMIERE C 2384,30 ECUREUIL SECURIPREMIERE C 2604,48 ECUREUIL SENSIPREMIERE C 3498,42 ECUREUIL TRESORERIE C 66,80 ECUR.OBLI REVEN.D(EX-EC.TRIMD) 264,73

16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6

CM-CIC EUROPE

18,59 16/6 16,50 6,14 15,06 154,01 27,80 26,57 60,64 21,17 136,75 23,79 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 16/6 17/6 16/6

Fonds communs de placements
CM-CIC EURO ACTS C CM-CIC SELECT.PEA CM-CIC MID EUROPE CM-CIC TEMPERE C CM-CIC DYN.EUROPE CM-CIC FRANCE C CM-CIC EQUILIBRE C CM-CIC DYN.INTERN. CM-CIC OBLI C.T.D CM-CIC MID FRANCE

CM-CIC DYN.INTERN. CM-CIC OBLI C.T.D CM-CIC OBLIGATIOND CM-CIC MID FRANCE CM-CIC USA CM-CIC JAPON CM-CIC PLAN BOURSE CM-CIC TEMPERE C CM-CIC EURO ACTS C CM-CIC FRANCE C

21,17 136,75 25,33 23,79 4,74 3,14 16,13 154,01 16,50 26,57

16/6 17/6 17/6 16/6 15/6 15/6 16/6 16/6 16/6 16/6

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ECUREUIL BENEFICESRESPONSABLES 32,20 16/6 ECUREUIL ACTIONS EUROPEENNES C 12,65 16/6 ECUREUIL CAPIPREMIERE C 2841,08 16/6

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Fonds communs de placements

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Vendredi 19 juin 2009

Economie & Médias 19
Presse

La BBC va devoir partager les recettes de la redevance avec les chaînes privées
Le service public serait amené à financer ITV, victime de la chute de la publicité
Londres Correspondant

Gilles van Kote élu président de la Société des rédacteurs du « Monde »
A l’issue du renouvellement partiel du conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), Gilles van Kote a remplacé Jean-Pierre Tuquoi à la présidence, et Adrien de Tricornot a été élu vice-président, mercredi 17 juin. Le président de la SRM est de droit vice-président du conseil de surveillance du groupe Le Monde, que préside Louis Schweitzer. Six mandats du conseil de gérance sur douze venaient à échéance. Six nouveaux membres du conseil de gérance ont donc été élus, mardi 16 juin, pour une durée de trois ans : Jean Birnbaum, Benoît Hopquin, Annie Kahn, Stéphanie Le Bars, Daniel Psenny et Isabelle Rey-Lefebvre, qui rejoignent Luc Bronner, Stéphane Foucart, Guillaume Fraissard, Gilles van Kote, Adrien de Tricornot et Catherine Vincent. p

L

e siège social de la British Broadcasting Corporation – la BBC – niché à quelques pas d’Oxford Circus, ressemble à un vieux paquebot échoué qui aurait pu inspirer les Monty Python – que le service public contribua à populariser dans une de leurs inénarrables allégories des dysfonctionnements du royaume. Mais aujourd’hui, l’arrogante « Auntie BBC » (« Tante BBC »), comme l’appellent les Britanniques, doit en rabattre. En vertu du livre blanc intitulé « La Grande-Bretagne numérique » (Digital Britain), présenté mardi 16 juin par le secrétaire d’Etat à la culture, Lord Carter, la BBC va devoir partager une partie de la manne de la redevance avec le secteur privé. Il s’agit d’une première dans l’histoire d’une institution fondée en 1922 qui est considérée en France comme le maître étalon du service audiovisuel grâce à une miraculeuse alchimie entre course à l’audience et maintien de la qualité. Totalement dépourvue de publicité et de ressources tirées du parrainage privé, la quasi-totalité des revenus de la BBC provient de la redevance indexée à l’inflation, fixée aujourd’hui à 142,50 livres (167,7 euros). Son budget (3,6 milliards de livres) finance huit chaînes de télévision, une kyrielle de

stations de radios et l’un des sites d’information Internet les plus visités du pays. En vertu du Livre Blanc, la BBC céderait chaque année d’ici 2012 quelque3,5 % du produit de laredevance (soit 126 millions de livres) à la chaîne commerciale ITV pour lui permettre de financer ses programmes d’information locale largement déficitaires. Victime de la chute des recettes publicitaires, de

La chaîne publique est totalement dépourvue de publicité et de ressources tirées du parrainage privé
la concurrence de l’Internet et de la fragmentation de l’audience, le secteur privé connaît en effet de grandes difficultés à assurer son cahier des charges. Tel est en particulier le cas de Channel Four. Pour renflouer l’équivalent de notre M6, le gouvernement s’est également engagé à œuvrer au rapprochement entre la Quatre et BBC Worldwide, le bras commercial de la BBC. Cette filiale du service public tire ses bénéfices de la vente de programmes à l’étranger, de DVD et de l’édition. La co-entreprise avec Disney dans BBC America et l’introduction de la publicité sur le Net attes-

tent cette intrusion dans lepérimètre commercial. ITV, Channel Four et le bouquet satellite murdochien BskyB accusent le service public d’abus de pouvoir et de concurrence déloyale. « Qu’une partie des revenus de la redevance soit redirigée vers d’autres fournisseurs de programmes est une bonne chose car la BBC ne doit pas devenir un monopole », insiste le Financial Times en applaudissant ce projet de casser la domination de la BBC sur le paysage audiovisuel britannique. « Jusqu’à présent, le gouvernement se contentait de fixer le montant de la redevance annuelle. Ce projet désastreux ouvre la BBC à l’influence politique », critique, en revanche, Steven Barnett, professeur de communication à l’université de Westminster. Les dirigeants de la BBC ont mobilisé le puissant lobby au Parlement constitué de parlementaires travaillistes et cen-

tristes attachés à la vision rigoriste du service public. Ses supporters considèrent que l’audiovisuel d’Etat, qui fait partie du patrimoine national, sert de contrepoids à la presse écrite largement favorable à l’opposition conservatrice. De surcroît, la « Beeb » fait valoir que le passage très coûteux au tout-numérique a entraîné le lancement d’un vaste programme d’austérité et de réduction d’effectifs. L’augmentation moins forte que prévue de la redevance, inférieure à l’inflation et ce jusqu’en 2013, a déstabilisé ses perspectives financières. Une chose est claire, la BBC a mangé son pain blanc. Encore plus hostiles que l’équipe travailliste à son encontre, les tories sont donnés largement gagnants des élections générales qui doivent se dérouler au plus tard en mai 2010. p Marc Roche

Construction Le ministère prévoit une perte de 47 OOO emplois en 2009
Dans sa note de conjoncture sur le secteur de la construction publiée mercredi 17 juin, le ministère de l’écologie anticipe une chute d’activité de 5,7 %, soit une réduction des effectifs de 47 000 personnes (incluant les intérimaires). En 2008, 13 000 emplois avaient été créés. – (AFP.)

Finance La valeur du Fonds de réserve des retraites a progressé de 3,4 % début 2009
Le Fonds de réserve des retraites, créé en 2001 pour financer une partie des retraites des salariés du privé, commerçants et artisans, a fait état, jeudi 18 juin, d’une progression de sa valeur de 3,4 % à 28,9 milliards d’euros à fin mai, contre – 24,9 % en 2008.

Distribution Martin Hirsch favorable à un moratoire sur les caisses automatiques
Le haut-commissaire aux solidarités actives a demandé jeudi, dans une interview au Parisien, un « moratoire » sur l’installation de nouvelles caisses automatiques dans la grande distribution afin de préserver l’emploi des caissiers(ères) en temps de crise.

Outre-Manche, dévoiler l’identité d’un blogueur n’est pas répréhensible
La Haute Cour britannique bouscule le respect de l’anonymat sur Internet
Londres Correspondante

L

aHauteCour dejusticebritannique a rendu un jugement, mardi 16 juin, que les internautes vont scruter à la loupe. Elle a jugé que l’identité d’un blogueur n’avait aucune raison d’être protégée par la justice et tenue secrète, si tant est qu’elle ait été démasquée. Rien ne l’oblige donc à se déclarer mais s’il est découvert, il ne peut, légalement en tout cas, exiger la confidentialité. En l’occurrence, le juge a autorisé le quotidien Times à révéler le nom du fondateur et animateur de NightJack, un blog devenu culte sur les tréfonds de la police et la vie quotidienne de ses officiers. Richard Horton, qui sert dans les forces de l’ordre du Lancashire, n’a pas eu droit à l’anonymat qu’il souhaitait. Il a, dans la foulée, reçu un avertissement de travail de sa hiérarchie. M. Horton avait construit sa défense autour de la mission d’« intérêt public » que représentaient ses activités sur la Toile. A ce titre, estimait-il, il pouvait avancer caché. La tenue d’un blog « est une activité publique bien plus que privée », a pour sa part arbitré la Cour. Dès lors, la protection de la vie privée ne peut être invoquée. Qui plus est, a ajouté le juge, quand bien même M. Horton aurait été légitime à se cacher derrière un pseudonyme, la Cour lui aurait donné tort. « Il n’est pas du devoir de la justice de protéger des officiers de police qui agissent à l’encontre du règlement », a-t-il expliqué. M. Horton, dans son blog, ne se contentait pas de critiquer certains hommes politiques ou de mettre en cause certaines habitudes de sa profession, il

dévoilait également des détails sur les affaires qu’il suivait. Certes, il changeait les noms des personnes et des lieux mais, pour le reste, il restait fidèle à la réalité. Et divulguait des informations confidentielles à peine travesties. NightJack, que M. Horton a fermé il y a quelques semaines, a en quelque sorte été victime de son succès. Le réalisme de ces textes avait conquis un large public puisqu’il recevait jusqu’à un demi-million de visites par semaine. En avril, le blog avait même reçu le prix Orwell. Ce blog « vous emmène au plus près du travail d’un policier », avait déclaré le jury. Pas étonnant, dans ce contexte, qu’un journaliste du Times ait cherché et réussià savoir qui se cachait derrière cette prose éloquente et initiée.

« Journalistes citoyens » « Des milliers de blogueurs anonymes seront horrifiés à l’idée que la loi ne les protège pas », a jugé Hugh Tomlinson, avocat de M. Horton. Car la décision de la Haute Cour de justice, la première du genre en Grande-Bretagne, pourrait faire jurisprudence. « Ce serait une honte que cette affaire décourage des gens de raconter le service public vu de l’intérieur », a commenté Jean Seaton, présidente du prix Orwell. Tom Reynolds, un ambulancier londonien qui tient un blog avec le soutien de sa hiérarchie, a estimé que la décision de justice « revenait à demander ses sources à un journaliste. On nous dit que nous sommes des journalistes citoyens. Dans ce cas-là, nous devrions, comme tous les journalistes, bénéficier de la protection de nos sources ». Le Times n’est sans doute pas de cet avis. p Virginie Malingre

20 Décryptages Reportage

0123
Vendredi 19 juin 2009

Elèves et enseignants travaillent dans un cadre superbe. Sur les douze professeurs qui ont essuyé les plâtres à l’ouverture du lycée, en 1998, huit sont encore là.
PHOTOS B. AMSELLEM/SIGNATURES POUR « LE MONDE »

Eric Collier
Le Cheylard (Ardèche), envoyé spécial

C

’est l’heure des révisions. Les réponses fusent aussi vite que les questions. Adam Smith, Max Weber, la crise actuelle et les emplois « atypiques » en « forte croissance »… Les élèves de cette terminale ES ont apparemment bien assimilé leur programme de sciences économiques et sociales. A quelques jours du bac, ils semblent parfaitement détendus. « On a parfois l’impression que nos profs sont plus inquiets que nous », avance un élève, bravache. Eux sont plutôt sûrs d’eux. Ils vont l’avoir, le bac, ils doivent l’avoir. Depuis cinq ans, pas un élève de leur lycée, au Cheylard, en Ardèche, n’a échoué au bac ES ; depuis trois ans, ils sont même plus de 70 % à l’obtenir avec mention ; mieux, en 2008, les élèves des quatre classes de terminale (S, ES, L et STI génie électrotechnique) ont réussi un 100 % au bac. Ces excellents résultats ont valu à ce petit établissement (357 élèves) une certaine réputation : il s’est retrouvé en deuxième position du classement national publié en avril par L’Express, ex aequo avec le lycée de Thizy (Rhône), et derrière le lycée Vauban de Pontoise (Val-d’Oise). « Ce n’est qu’un classement, avec des données qui peuvent être discutées, mais on est beaucoup mieux dans notre peau en étant deuxième qu’en étant 1 500e », souligne Nicolas Chastel, le proviseur du lycée. Parmi ces données, la mesure de la « capacité de l’établissement à faire progresser les élèves » est sans doute la plus discutable. Mais, assure Jean-Pascal Tshishiku, professeur de physique appliquée au Cheylard, « beaucoup d’élèves qui n’auraient pas réussi ailleurs marchent bien ici ». Et cela se sait. Des familles se démènent pour que leurs enfants aient de la place dans ce lycée. Ainsi Mylène. En classe d’économie, elle est installée au fond de la classe. Ni cancre ni timide, elle est ce qu’on appelle une bonne élève. Bons résultats et beaucoup de volonté : c’est elle-même qui a décidé de quitter son établissement d’« en bas » – la vallée du Rhône – pour venir ici, au Cheylard, loin de tout. « Je n’étais pas à l’aise dans mon ancien lycée, explique-t-elle sans gêne. On n’était pas encadrés, il y avait un gros laxisme de l’équipe enseignante. » Florian, lui, était en échec scolaire, en HauteLoire : « Je ne travaillais pas du tout, je n’avais aucun objectif. » Tous deux connaissaient le lycée du Cheylard « de réputation ». Ils ont tenu à y « monter ». Le Cheylard est à « plus de 500 virages » de la vallée du Rhône, disent ceux qui ont compté. Plus d’une heure de route tortueuse et voici un bourg industriel (environ 3 500 habitants) niché dans les montagnes du nord-ouest de l’Ardèche. Une petite société bien enracinée autour de la vie paysanne et de trois grosses

Bachotage
gagnant
C’est un petit lycée au fin fond de l’Ardèche, qui figure dans le peloton de tête des classements, avec 100 % de réussite au bac. Au Cheylard, un proviseur, aujourd’hui à la retraite, a introduit une méthode pédagogique fondée sur les techniques d’apprentissage
entreprises à capitaux familiaux ; un monde resté à l’écart de la France mondialisée et métissée ; un microcosme qu’aucune vague d’immigration n’a jamais atteint. « Une autre planète », « une île » : ce sont les mots des professeurs du Cheylard pour décrire leurs conditions de travail. Ils ne parlent pas tellement de leur splendide isolement ou du décor – les fenêtres de leurs salles de classe donnent sur des forêts de pins douglas et de châtaigniers – mais de ce qu’ils voient comme un particularisme bienvenu : ils consacrent 100 % de leur temps à l’enseignement. La commission de discipline du lycée ne se réunit jamais. Partout, dans le hall d’entrée, les sacs des élèves traînent par terre, apparemment en toute confiance. Les portiques de sécurité dont on parle à la télé, ça les fait donc « plutôt sou-

te », se souvient le maire. A l’ouverture, en 1998, il a rencontré des profs étonnamment jeunes. Et réceptifs, ajoute le deuxième proviseur du lycée, Jacques Fiol, arrivé en 2002 : « Il y avait une énergie folle, deux bonnes idées par semaine. » Les résultats des premières cohortes d’élèves n’avaient rien d’extraordinaire, loin de là. Diagnostic du proviseur Fiol : « Les élèves ne comprenaient pas ce qu’on attendait d’eux. Certains ne savaient pas apprendre. On leur a donné des outils. » Dans le projet d’établissement, cela s’écrit « la méthodologie ». Des profs appellent ça « du coaching ». En pratique, c’est une heure hebdomadaire pour enseigner aux élèves de seconde comment travailler le soir à la maison. Apprendre à apprendre. « On nous montre comment faire des abréviations, comment sélectionner les informations, faire des synthèses », explique Alizée. « On nous explique qu’il faut travailler dix à douze heures chaque semaine chez nous, ça choque !, ajoute Claire. Mais petit à petit, on se sent poussés. » Un devoir commun organisé à la fin du premier trimestre permet aux plus récalcitrants de constater leur retard. Et de réagir. « Une méthode basique, insiste M. Fiol. Une méthode qu’on pourrait appliquer partout. Enfin, partout où le prof peut faire son cours… » Les parents d’élèves adorent « la méthodo ». Même ceux dont les enfants peinent à suivre, assure Patrick Viennet, le conseiller principal d’éducation : « Sur 150 élèves de seconde, on voit une quarantaine de familles d’enfants en difficulté scolaire. 95 % des parents convoqués viennent aux rendez-vous. Ils comprennent bien l’enjeu, ils enlèvent l’ordinateur de la chambre de leur enfant. » Les autres ? Des futurs redoublants, en général. Ou des élèves dirigés vers d’autres filières. Pas plus qu’ailleurs dans l’académie de Grenoble, assure M. Viennet, qui réfute le reproche d’« élitisme ». Mylène et Florian, comme tous ceux arrivés en cours de cycle, ont eu « un peu de mal » avec la « méthodo » et l’ambiance générale de travail. « Ça fait bizarre », admet Mylène. « Je contestais l’autorité des profs, j’ai été vite recadré », sourit Florian. Aujourd’hui, il parle plutôt des rapports de « complicité » qu’il entretient avec les enseignants. « On prévient les parents, on prône l’autonomie des élèves, mais attention, on n’est pas laxistes », insiste Christophe Moulet, professeur d’économie.

L
Pour un professeur, les portiques de sécurité, « ça paraît tellement loin… ».
rire ». « Ça paraît tellement loin… », constate Elodie Lavenent, 35 ans, professeure d’anglais. « Nous avons des élèves entre guillemets “normaux” », ajoute Marie-Hélène André-Veglio, une jeune professeure de mathématiques. « On n’a pas les soucis de la vallée du Rhône, avec l’agressivité, les violences, dit le maire, Jacques Chabal (UMP). On a beaucoup moins de problèmes de drogue, un peu de fumette, c’est tout. » « Il y a beaucoup de fumette, rectifie un habitué du coin, et aussi des violences paysannes. » Mais très rarement au lycée, situé en contrebas du centre-ville. « C’est le rêve ici, je crois que je ne partirai pas avant longtemps, lance David Méchin, 29 ans, agrégé d’histoire-géographie. On m’avait prévenu, Le Cheylard, personne ne veut y aller, et ensuite plus personne ne veut partir. » Sur les douze professeurs qui ont essuyé les plâtres à l’ouverture du lycée, en 1998, huit sont encore là, onze ans plus tard. Ce lycée faiseur de miracles, l’éducation nationale n’en voulait pas il y a une quinzaine d’années, quand élus locaux, chefs d’entreprise et parents d’élèves ont fait campagne pour obtenir un lycée près de chez eux. Une sorte d’union sacrée s’était constituée autour du maire. Question de prestige local pour l’élu. Question pratique pour les parents d’élèves, las de voir leurs enfants s’en aller le lundi à l’aube en autocar pour ne revenir que le vendredi soir. Question d’avenir pour les entreprises, soucieuses d’attirer des cadres et de trouver sur place des

« C’est une méthode qu’on pourrait appliquer partout. Enfin, partout où le prof peut faire son cours… »
Jacques Fiol ancien proviseur, aujourd’hui à la retraite
employés mieux instruits, mieux formés. Pour appuyer le dossier, elles ont promis de verser au futur établissement la totalité de la taxe d’apprentissage, soit 60 000 euros par an, ce qui en fait un lycée très bien équipé. « On me disait, on va avoir un petit lycée avec des enseignants en préretrai-

’adaptation ne se fait pas toujours aussi facilement. « Il y a forcément un côté obscur, relève un élève éluau conseil de vie lycéenne. Les profs mettent la barre très haut. Nous, on saute pour essayer de l’atteindre et ça ne se passe pas toujours très bien. » « L’an dernier, j’ai pris des antidépresseurs, avoue une jeune fille de terminale. Je venais d’un autre lycée et ma moyenne était brusquement descendue de 12 à 8. » Cela va mieux depuis qu’elle a compris tout le parti qu’elle pouvait tirer de la « méthodo ». Elle montre un classeur mauve garni de fiches roses, autant de résumés de ses cours. Elle en a un pour chaque matière, qu’elle met à jour « chaque soir ». « Ça demande une certaine endurance », apprécie M. Moulet. En quelques années, le discours de la méthodologie a incontestablement pris. Les résultats sont là pour le prouver. Mais aux yeux de Gilles Charreyre, 58 ans, agrégé de mathématiques, « on dramatise » à l’excès la question de la réussite aux examens : « On veut du chiffre, regrette-t-il. On regarde les résultats et c’est tout. On ne regarde jamais si on a su développer la curiosité ou l’esprit critique de nos élèves, si on les a intéressés à la matière. Mais nos vraies valeurs, c’est de faire passer de l’éducation, pas de faire réussir un examen à n’importequel prix. » « Il ne faut pas exagérer, réplique Jacques Fiol, le père de la « méthodo », aujourd’hui retraité à Valence, dans la Drôme. Notre mission consiste à prendre les élèves comme ils sont et à les former le mieux possible pour la suite. C’est vrai qu’on fait du bachotage, mais est-ce une erreur ? » Ses détracteurs disent « pression », il répond « exigence ». Pendant ses cinq ans passés au Cheylard, ce « républicain de gauche » a cru revivre, dit-il pour s’en féliciter, « les années 1970 ». p

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Vendredi 19 juin 2009

Débats Décryptages 21

L’Europe doit rejoindre le groupe des Etats-continents L’Union ne peut s’affirmer qu’en corrigeant la faiblesse de son exécutif

L

e peuple d’Europe traverse une phase de dépression. Lors des récentes élections auxquelles près de 380 millions d’Européens étaient appelés à participer, 43 % seulement ont voté, et 31 % dans les dix nouveaux Etats membres du centre et de l’est de l’Europe ! Ce n’est pas que les peuples d’Europe veulent quitter l’Union européenne, mais ils n’aiment pas la manière dont elle fonctionne. C’est la cause de son état dépressif. C’est aussi un avertissement aux dirigeants actuels de l’Europe. Pourquoi continuer à faire l’Europe ? Parceque le mondea changé. La superpuissance soviétique s’est effondrée. L’américaine est aux prises avec les guerres non conclusives d’Irak et d’Afghanistan. La famille des Etats-continents est apparue : Etats-Unis, Chine, Inde, Russie, Brésil et peut-être demain Afrique australe, et c’est entre eux que vont se débattre les grands enjeux du monde. Quant à l’Europe, elle a vocation à devenir un Etat-continent, sinon elle sera traitée comme un « objet » par les autres. Elle en a la dimension : elle constitue le troisième groupement humain de la planète, avec495millionsd’habitants,elleestlapremière puissance du commerce international, elle gère désormais, avec l’euro, la deuxième monnaie mondiale. Mais elle souffre de quatre handicaps. 1–Le premierestlenombre d’Etatsqui la composent. Il n’existe aucune institution

Valéry Giscard d’Estaing
Ancien président de la République
qui puisse délibérer et décider à vingt-sept, àmoinsdes’être dotéedestructuresappropriées.OrleConseileuropéenrestedéstructuré et, de ce fait, hors d’état de prendre des décisions fortes. De même, la Commission européenne de vingt-sept membres, avec douze fonctions à remplir, se trouve hors d’étatd’exprimer « l’intérêtcommuneuropéen », qu’elle est chargée de définir. 2 – Le second handicap est l’inégalité de taille des Etats membres, qui fait peser sur le système une aura d’irréalisme. Le plus petit des Etats membres est plus petit que le plus petit Etat des Etats-Unis, et le plus grand– l’Allemagne– estplus peupléquele plus grand Etat américain. Moyennant quoi, la culture européenne dominante leur prête un rôle quasi égal. 3 – Le troisième handicap est la diversité culturelle – et notamment linguistique – qui dresse des barrières entre les peuples. Si on peut comprendre le désir de pouvoir s’exprimer dans sa propre langue, le systèmedetraduction générale destextes confine à l’absurde. La moindre solution serait de s’inspirer du régime des langues de travail, en vigueur aux Nations unies.

4 – Le dernier handicap, mais le principal, est la faiblesse de l’exécutif européen, à la fois sur le plan intérieur, pour faire progresser l’Europe, et sur le plan extérieur, pour affirmer ses positions. Cette faiblesse tient à la fois à la mécanique institutionnelle qui, avec une rotation semestrielle de la présidence, est une machine à affaiblir – voire à discréditer – l’Europe, et à la posture commune des dirigeants politiques actuels qui, à de très rares exceptions près, font passer les exigences de la politique nationale avant celles de la politique européenne. Cela revient à inverser la logique fondamentale du système : « ce qui est grand est européen », et se situe donc au-dessus des enjeux de la politique nationale. Comment soigner la dépression actuelle ? Commençons par nous armer de patience. Faisons du temps notre allié, et non notre ennemi. Définissons, ensuite, l’objectif final, et expliquons-le au peuple d’Europe : « Faire de l’Europe un ensemble politique organisé, capable d’exercer les compétences exclusives que les Etats membresluiontattribuées »(commerceinternational, concurrence, monnaie, politique étrangère et de sécurité commune) ; cet ensemble doit être doté d’institutions fortes et représentatives, et les Etats membres devront renoncer à leurs interventions individuelles dans ces domaines. Pour les citoyens, l’Europe sera un ensemble à deux étages : tout ce qui est grand relève de l’Europe ; tout ce qui est

proche reste de la compétence des Etats. Les citoyens seront appelés à exercer une double citoyenneté : européenne et nationale. Le futur président du Conseil devra prêter le serment de s’opposer à toute ingérence de l’Union dans les compétences des Etats, et à tout blocage par les Etats du rôle international de l’Union. Enfin, achevons la ratification du traité de Lisbonne, en indiquant qu’il s’agit seulement d’une étape sur la voie d’une Europe plus simple et plus performante, et maintenons la réforme indispensable de la Commission européenne imprudemment mise entre parenthèses, par le Conseil, pour répondre à la demande d’un

Ouvrons une réflexion de haut niveau sur les modalités de sélection et de désignation des hauts dirigeants européens »
gouvernement irlandais, sanctionné par ses électeurs. Au-delà, ouvrons une réflexion de haut niveau sur les modalités de sélection et de désignation des hauts dirigeants européens : présidents du Conseil et de la Commission, et ministre des affaires étrangères. Il n’est pas acceptable qu’ils continuent d’être choisis par des conversations de sérail. Il faut lancer un processus démocra-

tique fondé sur le principe de candidature et la proposition d’un programme, qui précéderaient l’élection. Pour éclairer l’information des citoyens et contribuer à l’émergence d’une « société politique européenne », l’on pourrait organiser tous les deux ans le « congrès du peuple d’Europe » qui réunirait dans une même salle tous les parlementaires européens, et un nombre égal de parlementaires nationaux, devant lesquels le président du Conseil puis le président de la Commission viendraient exposer leurs réalisations et leurs projets. Ces communications seraient suivies d’un large débat. Le peuple d’Europe est en phase de dépression. Pourtant, il a un bel avenir devant lui. Parmi les six Etats-continents du monde, quatre sont encore en développement,l’undisposedela suprématiemilitaire. Un seul d’entre eux, l’Europe, est un ensemble qui a évacué toute prétention expansionnisteoudominatrice,quirespecte d’instinct le droit international et qui cultive des valeurs issues d’une longue tradition humaniste. Puisse-t-il achever de s’organiser. Il lui faut pour cela la détermination d’une nouvelle génération, qui prendra conscience, comme l’ont fait les pères fondateurs, que les objectifs européens se situent au-dessus des enjeux nationaux. p
Ce texte reproduit l’essentiel de la conférence prononcée, le 16 juin, par M. Giscard d’Estaing devant la Monaco Méditerranée Foundation.

Un pacte unitaire pour le peuple de gauche Lycées : le rapport Descoings Renonçons aux tentations hégémoniques pérennise le statu quo et mobilisons le gisement militant intact

I

l y a quelques semaines, je soulignais dans ces mêmes colonnes « l’urgenced’unerévolution progressiste ». Conviction, hélas renforcée par les résultats des élections européennes, si décevants pour les gauches françaises et européennes ! Ces résultats sont indiscutables : la gauche est dans l’impasse. Un PS qui peine à atteindre les 16 % et avec qui les écologistes font presque jeu égal ; un Front de gauche qui retrouve les résultats du PCF seul en 2004,etdemeureendessousde lalisteBouge l’Europe ! en 1999 ; un NPA, enfin, qui demeure au niveau de la LCR, alors qu’il affirmait dynamiser la « gauche de la gauche ». Et une abstention record qui culmine dans les quartiers populaires ; abstention qui ne témoigne pas seulement d’un désintérêt pour ce scrutin, mais d’un désamourquipeutdégénérer en divorcedéfinitif, si nous ne parvenons pas à nous unir sur de nouvelles bases. Qui peut le souhaiter, sinon une droite moins unie et cohérente qu’il n’y paraît ? Le paradoxe est saisissant. D’un côté, la crise et ses affres, les mobilisations sociales, l’unité syndicale, la coalition exceptionnelle d’universitaires, de professionnels de santé, de salariés du service public ; de l’autre une gauche divisée, sans imagination, sans projet, malgré le dévouement de ses militantes et de ses militants qui se dépensent sans compter à chaque campagne. Et face à ce paysage désenchanté, un pouvoirquipavoise,louvoie, cajole, débauche, une droite autosatisfaite qui garde fermement son cap – au prix de l’excroissance d’un pouvoir personnel omniprésent, et de risques graves d’effilochement de la démocratie dans notre quotidien. Car ne nous trompons pas, M. Sarkozy sait ce qu’il veut au bout du compte :la déconstruction du corps social, en profitant de la crise. Et pourtant ! L’époque nous est propice. La crise actuelle constitue de facto la critique la plus explicite et la moins contestable qui soit du capitalisme. Elle pourrait être pour la gauche l’opportunité de se redresser,deproposer, decanaliser enl’amplifiant la radicalité qui sourd de la colère des travailleurs précarisés, appauvris ou licenciés. En leur offrant une perspective : unealternative.Ilest encoretempsdelefaire,maisàdeuxconditions:élaborerunprogramme à la fois audacieux et réaliste, concret et futuriste, définissant un nou-

Robert Hue
Sénateur du Val-d’Oise, fondateur du Nouvel Espace progressiste
veau modèle de développement ; se fédérer, ou se confédérer. Ce qui suppose que les stratèges de la « gauche de la gauche » – c’est-à-dired’unegauchecontre uneautre ! – abandonnent leur doxa mortifère, et que le Parti socialiste renonce à sa tentation d’un hégémonisme irréaliste et étriqué. Il est urgent que la gauche se sorte par et pour elle-même de cette impasse où elle s’est enfermée, et dont les premières victimes sont les chômeurs, les précaires, les salariés, les jeunes, le monde de la culture etde lacréation. Alaplace où jesuisaujourd’hui, je m’y consacre activement. J’ai plusieurs certitudes. D’abord, celle que seul, on ne peut rien. Ensuite, que la gauche « historique », celle des schémas

Et face à ce paysage désenchanté, un pouvoir qui pavoise, louvoie, cajole, débauche, une droite autosatisfaite qui garde son cap »
du XIXe et du XXe siècle, est morte. Elle ne se réanimera qu’en se reconstruisant, en pratiquant une rupture nette avec les paradigmes qui ont nourri et nourrissent encore les querelles intestines et les sectarismes rouillés. Les partis et les mouvements politiques, existants ou qui tentent d’émerger avec la même verticalité solitaire sont d’ores et déjà condamnés. Aucun parti ne peut à lui tout seul être la force propulsive d’un progressisme des temps nouveaux, porté par une dynamique unitaire inédite. Aucun état-major ne doit plus faire et défaire les coalitions au gré des résultats électoraux et des rapports de force internes. C’est dans les profondeurs de tous les partis de gauche que se cache un gisement militant intact, un immense potentiel de générosité et d’intelligence citoyenne. Démultiplié par l’engagement de millions de femmes et d’hommes qui cherchent un

espace politique solidaire, efficace et durable, cela représente une force considérable. Ilfautla mettre enmouvement, dans lerespect du pluralisme, sans s’affronter aux appareils politiques mais en les dépassant par une dynamique unitaire et populaire. Cette démarche nécessite des instruments adaptés. Les forces de gauche, écologistes, républicaines et progressistes ont besoin aujourd’hui d’un nouvel espace de débat, de dialogue, d’élaboration, d’action et d’organisation débouchant le plus rapidement possible sur quelque chose de neuf, tant dans la forme que sur le fond. Je propose donc la constitution d’un pacte commun reposant sur les principes d’une société de transformation progressiste, plutôt que sur des valeurs trop abstraites dont au bout du compte tout le monde se réclame à chaque échéance électorale. « On connaît la chanson ! », gémiront les éternels résignés. « Et pourquoi pas un air nouveau plus entraînant ? », s’enthousiasmeront tous les autres. Le temps et la vie filent vite. Le danger est de laisser couler ce temps qui court, de laisser courir aussi les inégalités, se banaliser la précarité, s’étioler l’espoir – surtout chez les jeunes, les personnes les plus isolées, celles qui sont culturellement les moins bien armées. Au bout du compte, c’est la violencequiservira delangageet d’exutoire.N’attendons pas ce point de non-retour : « C’est l’attente quasi mystique d’une catastrophe libératricequidispenseles hommesdepréciser leur pensée, de déterminer leur idéal », écrivait Jaurès. N’attendons pas. Précisons et déterminons. Avec toutes celles et tous ceux qui désirent ici et maintenant porter un souffle neuf et de la perspective à tous les niveaux de responsabilité politique, dans et avec la société civile, nous pouvons ensemble – sans tarder, dans des espaces unitaires hors des appareils – écrire les premières pages d’une nouvelle histoire. « Avec », et non plus « contre ». C’est le sens de ce texte en forme d’appel à la construction d’un pacte unitaire dont le peuple de gauche et toutes les forces progressistes et écologistes ont un urgent besoin. J’y mettrai tout mon temps et mon énergie. Dans les prochains jours, avec d’autreshommes et femmes de gauche,un appel sera ouvert à toutes celles et à tous ceux qui veulent construire à travers le pays cette nouvelle dynamique unitaire et populaire. p

C

ommandé par le président de la République et le gouvernement, le rapport de Richard Descoings sur la réforme du lycée confirme qu’il ne se passera rien. Richard Descoings met en garde contre le statu quo, mais l’organise de fait, puisqu’il ne préconise rien ou si peu de ce qui permettrait de refonder un lycée à la hauteur des ambitions démocratiques et des défis de notre temps : former des personnes autonomes et solidaires, capables de se situer, de s’insérer et d’agir dans un monde d’une complexité inédite et d’une profonde incertitude et instabilité. Il reconnaît d’ailleurs n’évoquer que des ingrédients d’une réforme, ne proposant rien sur les contenus des enseignements, les pratiques pédagogiques, l’organisation du travail des élèves ou celui des enseignants, sinon en fin de rapport pour un temps très éloigné qui s’apparente fort aux calendes grecques ! Pourtant, certaines suggestions à court terme impliquent déjà une redéfinition du métier d’enseignant. M. Descoings fait confiance au terrain, à l’autonomie des établissements ; c’estbien, maisfaute d’orientations nationales fortes sur l’évolution des structures et du fonctionnement du lycée, l’énergie des rénovateurs trouvera vite ses limites. Après avoir fort bien décrit l’insupportable hiérarchie des filières et des voies, laissant persister la relégation qui caractérise trop souvent les voies technologiques et professionnelles, ce rapport ne propose rien de précis pour la faire disparaître, sinon quelques mesures expérimentées en vain depuis plusieurs années. La démocratisation ségrégative peut tranquillement continuer à faire son œuvre ! Il n’y a même pas une offre de décloisonnement entre la voie générale et technologique, en organisant par exemple une offre d’enseignement technologique dans les séries générales et d’enseignement des humanités dans les voies technologiques. Dans ces conditions, la revalorisation de la voie technologique est une incantation, de la même manière que laseule perspective d’un enseignement supérieur court pour la voie professionnelle est une discrimination déguisée. L’idée d’universités professionnelles évoquée par certains n’est même pas reprise. Quant au sauvetage de la filière littéraire, elle se réduit à des vœux pieux, rituellement repris de décennie en décennie depuis un demi-siècle et dont on connaît l’inefficacité totale.

Eric Favey
Secrétaire national de la Ligue de l’enseignement

Philippe Joutard
Ancien recteur
Il est aussi dommage que le rapport fasse quasiment l’impasse sur l’amont et l’aval du lycée, sur son articulation déterminante à la formation tout au long de la vie. Bref, nous voyons là comme autant de gages donnés à ceux qui ne veulent surtout rien changer… sauf ce qui les arrange dans l’héritage d’un lycée fait pour dégager les seules élites de la République, mais comme la République est généreuse, elle accueille a minima quelques vaincus du mérite.

Déterminisme social Pourtant, nous sommes persuadés qu’une majorité de nos concitoyens mesurent les effets désastreux de cette machine à trier, à une époque où chacun a besoin de s’outiller pour apprendre toute sa vie et pour son épanouissement personnel. Le développement de la France dans un monde de la connaissance exige que la moitié d’une classe d’âge atteigne aujourd’hui un niveau de licence. Nous sommes loin de pouvoir ainsi réaliser cet objectif. Notre pays ne peut se résigner à voir sa jeunesse gagnée par la fatalité, l’ennui, le déterminisme social et le refuge dans les identités closes, les peurs et la crainte de l’avenir. Notre pays ne peut se résigner à dévorer, classer, mettre en compétition ses enfants, à les considérer comme des cœurs de cible pour le marketing ou des dangers pour la société, à les amputer, par manque d’audace de notre part, de la culture nécessaire pour vivre debout, responsables et respectés dans leur diversité. Les changements qui affectent notre époque devraient inciter tous les acteurs de l’éducation scolaire et non scolaire, tous les responsables politiques, à faire cause commune pour refonder un lycée digne d’une démocratie décidée à faire toute sa place à la jeunesse, dans son pays, et au-delà en Europe et dans le monde, à lui donner la capacité et l’enthousiasme de prendre en charge son destin. p

22 Décryptages Portrait
Installé à Berkeley en Californie, Emmanuel Saez est le premier Français à avoir obtenu la médaille Clark qui récompense, aux Etats-Unis, un jeune économiste. Ses travaux sur la fiscalité ont inspiré Barack Obama

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Vendredi 19 juin 2009

Elles&ils Olivier Schmitt
Internet

Tiger Woods
La star du golf international vient

Sea, surf et maths

L

e 24 avril, dans son bureau de l’université de Berkeley (Californie), le téléphone d’Emmanuel Saez a sonné dans le vide. Il était parti faire du surf sur la plage de Santa Cruz, à une heure de route. Le jury de l’American Economic Association lui a alors envoyé un courriel en lui demandant de rappeler. C’était pour lui annoncer qu’il allait recevoir la John Bates Clark Medal, attribuée tous les deux ans à un jeune économiste de moins de 40 ans, travaillant aux Etats-Unis, pour « sa contribution significative à la pensée et à la connaissance économique ». Pourlacommunautémondialedeschercheurs, c’est la récompense académique la plus importante de la discipline après le prix Nobel. Sur les trente lauréats de la Clark Medal depuis 1947, douze ont reçu ensuite le Nobel. Mais si ce dernier honore l’accomplissement d’une carrière, la première récompense une carrière en devenir. Emmanuel Saez a pourtant travaillé sur un sujet de finance publique, on ne peut plus classique aux Etats-Unis : l’optimisation des systèmes fiscaux. Maisil a complètement renouvelé la matière, en collationnant,avecThomasPiketty,autreéconomiste français exilé un temps outre-Atlantique, les données disponibles sur les revenus des Américains au XXe siècle. « Emmanuel a une puissance de travail et une rigueur incroyables, qui lui permettent de vérifier qu’aucun détail, aucune donnée oubliée, ne peut mettre en péril le modèle », témoigne Thomas Piketty. En traitant ces centaines de milliers de chiffres, Emmanuel Saez a reformulé la théorie économique de l’effet redistributif del’impôt sur les revenus, démontrant que sa progressivité était un facteur-clé de réduction des inégalités, fortement aggravées par les cadeaux fiscaux consentis aux hauts revenus par Reagan et Bush (père et fils) à partir des années 1980. Sa réussite est saluée par le monde académique dès la parution des premiers résultats, en 2003. « Les papiers de Saez sont maintenant au programme des meilleurs départements d’économie fiscale aux Etats-Unis », confirme James Poterba, directeur du National Bureau of Economic Research, qui a été son directeur de thèse au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Emmanuel Saez, 37 ans, premier Français à recevoir la médaille Clark, est pourtant un pur produit de l’élitisme scolaire hexagonal. Il est né en Espagne en 1972, d’une mère bretonne professeure d’espagnoletd’unpèreespagnolcadred’entreprise, qui se sont installés trois ans plus tard en France, à mi-chemin des terres natales respectives, dans le village d’Ustaritz, près de Biarritz. Lycée de Bayonne, puis classe préparatoire à Bordeaux, et ce brillantissime élève qui a la bosse des maths entre à

de confier la gestion de son site Internet rénové, Tigerwoods.com, à MLB Advanced Media LP, déjà en charge du site officiel de la Major League américaine de baseball. Alors qu’il s’apprête à défendre son titre à l’US Open cette fin de semaine, Tiger Woods y propose un blog, des conseils sportifs et de mise en forme et un nouveau jeu, The Tiger Woods Scorecard Challenge, où il s’agit de prédire les scores du champion sur chaque trou qu’il jouera en compétition. Des prix seront remis chaque semaine et un grand prix chaque saison : la réplique de son sac de golf.

Entreprises
Bruno Faizende, 53 ans, directeur

général des filiales françaises de la Compagnie des wagons-lits (CWL), est promu directeur général de la CWL, filiale à 100 % du groupe Accor. Laurence Paganini, 45 ans, directrice générale de Marionnaud France, vient d’être nommée directrice générale des 3 Suisses, numéro deux français de la vente par correspondance. Olivier Badezet, 39 ans, directeur régional chez Yves Rocher, vient d’être nommé président du directoire des Parfumeries Douglas France, filiale du groupe allemand Douglas, l’un des leaders de la parfumerie en Europe. Jean-Christophe Boccon-Gibod, 32 ans, conseiller technique auprès de Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire, vient d’être nommé directeur technique et comptable pour les activités d’assurance-vie individuelle de Groupama SA. Roland Bellegarde vient d’être nommé responsable des cotations européennes et internationales hors Amériques de NYSE Euronext. Il continuera à superviser les activités cash trading européennes, dont Cees Vermaas assumera la conduite opérationnelle. Lisa Dallmer est chargée des produits et indices.

Conseil des ministres
Hélène Eyssartier, administratrice hors

« Ce qui compte, c’est d’ouvrir une voie pour d’autres chercheurs »
l’Ecole normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm. Là, il découvre l’économie. « Les inégalités produites par le capitalisme, c’était abordé quasiment tous les jours à la table familiale, où on était plutôt engagés à gauche. A Ulm, j’ai compris que les maths pouvaient aussi être utiles pour comprendre scientifiquement cette réalité sociale. » A l’époque, c’est l’effervescence chez les économistes parisiens, qui commencent à regrouper leurs laboratoires sur le campus du boulevard Jourdan, prémices de la création, en 2005, de l’Ecole d’économie de Paris. Les liens avec les universités américaines, en particulier le MIT, où sont passés des économistes aussi prestigieux que Jean Tirole et Olivier Blanchard, sont forts. Les meilleurs étudiants de Jourdan (Esther Duflo, David Spector, etc.) les y suivent.

Emmanuel Saez est du nombre et y obtient son PhD (doctorat). Alors qu’il prévoyait de revenir en France, tous le pressent de tenter sa chance sur le marché américain qui, chaque année au moisde janvier,met enprésencelesPhD de l’année et les recruteurs des universités. Il est embauché par Harvard et, deux ans plus tard, débauché par Berkeley. Et n’envisage plus de rentrer : il s’est marié à une Américaine il y a trois ans, et dit ne pas connaître de Français qui n’envient pas le système universitaire américain après l’avoir vu fonctionner. Il y a aussi le soleil de Californie. Ni à l’ENS ni à Harvard, Emmanuel ne se sentait à l’aise, disent ses proches. Trop froid, trop pluvieux, ou trop éloigné des vagues de la côte basque de son enfance, où il s’est toujours adonné à sa passion, le surf. Grand, musclé, il n’a rien d’un rat de bibliothèque ou d’un « geek » rivé à son écran même si, de fait, il y passe le plus clair de son temps de chercheur. A la fin de chaque premier semestre, en juin, il revient une à deux semaines dans la maisonfamiliale,avecson jardinluxuriant et fleuri, à quelques kilomètres des rouleaux qui déferlent sur la plage. Les mêmes qu’en Californie. A Berkeley, capitale de la contre-culture américaine, « les gens sont cool », dit Camille Landais, un autre économiste. Emmanuel Saez a refusé les propositions alléchantes suscitées par sa médaille. « La seule qui aurait pu le tenter aurait étéle campus de Santa Cruz, c’est le plus près de la plage », plaisanteundesescollègues.« Fondamentalement, c’est un provincial. La vie parisienne, ça ne l’intéresse pas trop »,

Parcours
1972 Naissance à Valence (Espagne). 1975 La famille arrive en France. 1992 Entre à l’Ecole normale supérieure. 2003 Publie, avec Thomas Piketty, « Income Inequality in the United States, 1913-1998 », dans le « Quarterly Journal of Economics ». 2006 Nommé pour le Prix du meilleur jeune économiste français, décerné par le Cercle des économistes et « Le Monde Economie ». 2009 Reçoit la John Bates Clark Medal de l’American Economic Association.

reconnaît Thomas Piketty qui, lui, est revenu du MIT pour diriger l’Ecole d’économie de Paris. Surfeur et économiste de talent, il est aussi ravi d’avoir participé au débat politique américain. Les conclusions de Saez et de Piketty figurent dans le projet de loi du budget2009présentéparleprésidentObama au Congrès. Emmanuel Saez brandit volontiers un article du Wall Street Journal du 12 mars 2009, où Daniel Henninger, un éditorialiste conservateur, reproche à BarackObama d’avoir choisicomme pierre de Rosette de sa politique fiscale le travail de deux « économistes français, rock stars de la gauche intellectuelle ».

Emmanuel Saez ne s’est pas engagé dans la campagne – « Je n’aime pas trop la publicité », dit-il –maisChristina Romer, de Berkeley, a été nommée à la tête des conseillers économiques du président, et Peter Orszag (Brookings Institution), qui a travailléavecEmmanuelSaezsurl’assurance-retraite, est le directeur du budget de la nouvelle administration. Si le but premier du jeune chercheur français est de conquérir la reconnaissance de ses pairs – « Ce qui compte, c’est d’ouvrir une voie pour que d’autres chercheurs la reprennent et la poursuivent », dit-il – il n’oublie pas sa première intention : peser sur le débat public. « Utiliser les résultats de la recherche académique pour guider l’action politique est une pratique normale aux Etats-Unis », observe Esther Duflo. Barack Obama a même adressé dès son arrivée à la Maison Blanche un Memorandum on Scientific Integrity aux départements et agences de son administration, les enjoignant de respecter et de s’inspirer des résultats de la recherche académique pour piloter leurs décisions. Une autre façon de rompre avec l’ère Bush brouillée avec le monde de la recherche. Emmanuel Saeza cependant trouvéune façon de revenir en France, sans lâcher sa planche de surf californienne. Il prépare, avecThomas Piketty et Camille Landais, un livre prescrivant une refonte complète du système fiscal français. L’éditeur est déjà trouvé, la parution est prévue pour début 2010. p Antoine Reverchon Photo Rodolphe Escher/ Fedephoto pour « Le Monde »

classe de l’Institut national de la statistique et des études économiques, a été nommée directrice des ressources humaines au secrétariat général du ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire lors du conseil des ministres du 17 juin. Lors du même conseil, le général de division Didier Bolelli a été élevé aux rang et appellation de général de corps d’armée. Le commissaire général de division Jean-Pierre Dupuy a été nommé directeur central du commissariat de l’armée de terre. Le général de brigade aérienne du corps des officiers de l’air Jean-Pierre Hestin a été nommé commandant supérieur des forces armées en Guyane.

Institutions

Renaud Donnedieu de Vabres
L’ancien ministre de la culture vient d’être élu président d’Atout France, groupement d’intérêt économique créé le 19 mai, qui réunit l’ancienne Maison de la France, agence de promotion de la France à l’étranger, et ODIT France (Observation, développement et ingénierie touristique).

Musées
Sophie Lévy, directrice adjointe de la Terra Foundation for American Art Europe, vient d’être nommée directrice-conservatrice en chef du Musée d’art moderne Lille Métropole, plus d’un an avant sa réouverture, prévue à l’automne 2010, sous un nouveau nom : le LaM, Lille Métropole Musée d’art moderne.

Médias
Pierre Jeantet, 62 ans, président du directoire du Groupe Sud-Ouest, ancien président du directoire du groupe Le Monde, vient d’être élu président du Syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR). Courriel : ellesetils@lemonde.fr

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Vendredi 19 juin 2009

Culture 23

Tarzan, héros écolo d’une Afrique singée
Le Quai Branly présente une exposition consacrée à l’imagerie du Blanc sauvage. La démonstration manque de place
Exposition

E

n voilà une bonne idée ! Exposer Tarzan, son mythe, ses représentations graphiques, ses excès kitsch, son imagerie panafricaine, dans un musée consacré aux arts premiers. Etablissement depatrimoineavecsacollectionpermanente, le Quai Branly joue la carte de l’ouverture et du ludique dans ses expositions temporaires. Avec succès. « Le siècle du jazz », qui se terminele28juin,devraitcomptabiliser 175 000 visiteurs depuis son ouverture à la mi-mars. Joséphine Baker, une Américaine qu’à Paris on prenait pour une Africaine, y figure en bonne place, dessinée comme une liane par Paul Colin. A l’étage, dans la galerie suspendue de l’est, un de ses compagnons d’Afrique fantasmée, Tarzan, fait salon jusqu’au 27 septembre. L’exposition a pour titre « Tarzan ! Ou Rousseau chez les Waziri » –les Waziricomposent latribu imaginaire alliée de Tarzan (en langue singe, « peau blanche ») qui fait rêver et parfois crier. Sa tyrolienne de beau Blanc, la légende de l’enfant sauvage, les mystères de la forêt et le cousinage avec les grands singes ont hissé Tarzan au niveau des mythes fondateurs comme, Hercule, Romulus et Remus, saint Georges terrassant le Dragon…, nousdit le commissairedel’exposition, Roger Boulay, qui avait conçu, en 2001, l’exposition « Kannibals et vahinés », au Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie, à Paris. Une fois passé le gorille en paille mais vrai poil qui trône à l’entrée, on tombe sur un tableau, Hercule apprenant à tirer à l’arc, de Toussaint Dubreuil, peint vers 1618. For-

« Tarzan et les Pygmées », 1940, Hachette n˚7.
HACHETTE/PASCAL DIBIE

L’acteur américain Johnny Weissmuller, collection particulière.
GEORGE HURRELL

ce physique, beauté des muscles, Tarzan ou Hercule soumettent la nature autant qu’ils s’y fondent. Cette observation nous suggère une idée dans l’air du temps : Tarzanseraitécolo.Ainsi, enbasdepanneau, un appel à la jeunesse incite à protéger les superpouvoirs de Tarzan (odorat, instinct, habileté, etc.), inutilisables en dehors de son milieu naturel : prendresa bicyclette ou marcher plutôt qu’utiliser un véhiculepollueur.C’est opportuniste. Mieux vaut s’attacher à réviser

la saga Tarzan. Elle commence avec Tarzan of the Apes, roman publié à Chicago,en 1912, parEdgar RiceBurroughs (1875-1950). L’impétrant avait aimé Le Livre de la jungle (1894), de Rudyard Kipling, il avait lu avec appétit les récits d’explorateurs, dont le passionnant A travers le continent mystérieux (In Darkest Africa, 1868), du Britannique Henry Morton Stanley. Burroughs était aussi furieusement darwiniste – autre prétexte à la digression, vraie au fond, mais superfétatoire dans cette très sympathique volonté de

distraire : l’importance de Tarzan dans le combat contre le créationnisme réactionnaire. Joli clin d’œil, cependant, une gravure de Pilotell de 1871, intitulée L’homme descend du singe, où l’on voit un gorille en train de bouquiner.

Villes romaines en Afrique Mais la confrontation avec les mythes tourne court, faute de place. La galerie est du Musée du quai Branly est serpentine, fermée. Elle convient mal au sauteur de lianes, au nageur cristallin, à l’ami des sin-

ges. L’acrobate des grands espaces est à l’étroit dans ce lieu ingrat. Ce confinement sert davantage la présentation des larges extraits de cinéma – quarante-six adaptations de Tarzan comptabilisées, depuis 1918, date de sortie du film du Britannique Scott Sidney, Tarzan of the Apes, dont certaines franchement caricaturales, au bord du racisme. L’Américain Johnny Weissmuller fera, en 1932, son apparition en Tarzan, et une salle de photographies est consacrée aux acteurs ayant incarné le héros,

jusqu’à Christophe Lambert. En 1929, Tarzan of the Apes est transcrit en dessins par Harold Foster, pour le Metropolitan Newspaper Service. Mais c’est le dessinateur américain Burne Hogarth (1911-1996) qui donne à Tarzan ses galons de héros de BD, à partir de 1936. Les dessins sont profus et les planches exposées au Quai Branly sont superbes. Tout y est, les plantes, les héros et les Nègres. Chez Burroughs, tout cela a de drôles d’allures. « Il y a des villes romaines dans l’Afrique de Tarzan, dit Cyril Lefebvre, fondateur de l’Ukulélé Club de Paris, qui a conçu la bande-son de l’exposition avec Claire Thiebault. Il y a aussi beaucoup de Pacifique et du mythe du sauvage. Burroughs a vécu à Honolulu, Johnny Weissmuller a appris à jouer de l’ukulélé à Paris, en 1924, et le commissaire de cette exposition, RogerBoulay,estunethnologuespécialiste du Pacifique ! » On préférera, donc, l’accumulation kitsch de figurines, peluches, affiches publicitaires, poupées en plastique à la façon des arts modestes du peintre Hervé Di Rosa, aux statuettes sénoufo, boucliers oroma d’Ethiopie, et lances diverses, montrées sur fond de BD en noir et blanc, caution de sérieux muséal, invisible et inutile. p Véronique Mortaigne
Tarzan ! Ou Rousseau chez les Waziri, Musée du quai Branly, 51, quai Branly, Paris-7e. Mo Alma-Marceau. Mardi, mercredi et dimanche de 11 heures à 19 heures, jeudi, vendredi et samedi de 11 heures à 21 heures. 7 ¤. Jusqu’au 27 septembre. Catalogue : sous la dir. de Pascal Dibie, éd. Somogy/Musée du quai Branly, 120 p., 19,50 ¤.

« Amerrika » n’est plus en ligne Luc Tuymans, un artiste au cœur du problème belge

A

u soir du 15 juin, la mention « épuisé » barrait la page du site Cdiscount proposant le téléchargement gratuit du film Amerrika, deux jours avant sa sortie en salles, le 17. En fait, le distributeur d’Amerrika, Memento Films, a dû renoncer à son « avantpremière dématérialisée » sur le Net face à la levée de boucliers provoquée par cette opération. Dès qu’ils ont découvert que le film était disponible sur Internet avant sa sortie, exploitants de salles, chaînes de télévision et éditeurs vidéo sont intervenus auprès de Memento qui a préféré renoncer, présentant ses « plates excuses » à tous ceux que cette opération « a pu choquer ». Pour le distributeur, il s’agissait de créer un bouche-à-oreille favorable en proposant, sur le site de vente en ligne Cdiscount, 10 000 téléchargements gratuits d’Amerrika dans les 48 heures précédant la sortie. Un logiciel garantissait que le film ne pouvait être vu qu’en streaming ou une fois dans les deux heures suivant son téléchargement. On en a comptabilisé 3 500 avant l’interruption. Alexandre Mallet-Guy, directeur de Memento Films, dit qu’il est « de plus en plus difficile de faire exister en salles des films de faible notoriété », en raison de la rotation rapide des titres. Premier film de l’Américaine Cherien Dabis, Amerrika a été présenté au Festival de Cannes. C’est là que M. Mallet-Guy a conclu un accord avec Cdiscount, qui propose notamment des DVD à prix cassés – pratique honni dans le milieu du cinéma. Mais le site est fréquenté par de nombreux cinéphiles et Memento pensait que 10 000 téléchargements permettraient à Amerrika de conquérir assez de notoriété pour passer le cap de la première semaine, au terme de laquelle, les patrons de salles décident s’ils gardent un film. Les professionnels n’ont pas

été d’accord. Administrateur de l’Association des cinémas d’art et d’essai, Xavier Blom, a pris Amerrika aux 7 Parnassiens, à Paris. Il fait partie des exploitants qui ont protesté et il aurait saisi le médiateur du cinéma si Memento n’avait pas renoncé à la mise en ligne. Renaud Delourme, président des éditeurs vidéo indépendants et PDG des Editions Montparnasse, rappelle que ce sont les professionnels qui ont établi la chronologie des médias. Ce principe juridique détermine l’ordre et la durée de chaque étape de l’exploitation d’un film : la salle, puis la mise en ligne en vidéo à la demande, l’édition DVD, la diffusion sur les chaînes payantes puis hertziennes.

Le peintre flamand le plus coté de tout le pays expose pour la première fois à Bruxelles
Art
Bruxelles Correspondant

P

Le malaise Arthus-Bertrand « A chaque fenêtre correspond une période d’exclusivité, que l’on peut vendre à l’avance, pour financer un film. Toucher à la chronologie, c’est toucher au financement », explique M. Delourme. La menace sur la chronologie ne vient pas seulement d’Internet. « Nous avons déjà accepté de voir des films diffusés à la télévision avant leur sortie en salles », fait observer Xavier Blom. Cette pratique est de moins en moins bien tolérée. La diffusion sur Arte, avant sa sortie en salles, de La Journée de la jupe, de Jean-Paul Lilienfeld, avec Isabelle Adjani, a suscité la colère des exploitants. Quant à l’exploitation multisupport (salles, télévision, DVD) du documentaire Home, de Yann Arthus-Bertrand, elle a suscité un malaise discret, mais réel. « On peut accepter des exceptions pour la télévision, mais Internet, c’est autre chose, ajoute M. Blom, surtout juste après l’affaire Hadopi. » De toute façon, comme le remarque tristement le patron de Memento, Amerrika pouvait être piraté sur le Net dans les jours qui ont suivi sa projection à Cannes. p Thomas Sotinel

atience, sens politique aigu et dérision. C’est ce qu’il faut à Dirk Snauwaert, le directeur du Wiels, le Centre d’art contemporain ouvert à Bruxelles en 2006 après dix ans de péripéties. L’aventure n’est d’ailleurs pas terminée:dotédesubventionsaussi chiches qu’incertaines, plongé au cœur du « problème belge » – la superposition des pouvoirs d’une ville, d’une région, d’un Etat et de deux communautés –, le Wiels est, comme bien des choses en Belgique, un miracle quotidien. Plutôt que de se lamenter, l’Anversois Luc Tuymans, 51ans, l’artiste belge le plus cher du moment, a décidé de passer à l’acte. Peintre figuratif, membre du cercle des artistes bénéficiant d’une renommée internationale (Jan Fabre, Wim Delvoye et Jan De Cock – tous flamands comme lui), Tuymans a décidé de donner un coup de pouce au Wiels. D’abord, en entrant dans son conseil, ensuite, en abandonnant, pour la première fois depuis vingt ans, sa galerie anversoise,Zeno X, au moment de dévoiler un nouveau travail. Tuymans présente à Bruxelles vingt nouvelles peintures sous le titre « Against the Day ». Le Wiels est une ancienne brasserie aux gigantesques espaces blancs et gris. Ces deux couleurs sont en conformité avec des tableaux aux tons laiteux, aux motifs floutés comme des photos, peints par un homme qu’obsède la signification de l’image, préoccupé par le rapport entre ses sujets, la photographie, la mémoire et l’histoire. « Against the Day » s’inscrit dans une œuvre qui mêle l’introspection et la politique, le secret et l’explicite. Tuymans a d’abord

exploré le thème du pouvoir, avec le nazisme, le nationalisme et la colonisation – en 2001, à la Biennale de Venise, il dévoilait une série sur le Congo belge. Cette exposition vient clôturer une trilogie commencée avec « Les revenants », qui montraient comment les jésuites ont transformé l’utopie religieuse en instrument d’éducation élitiste. Le deuxième volet, « Forever », traitait du phénomène Disney, et de la façon dont l’industrie du divertissement a tué le rêve du divertissement.

D’ici là, il confrontera bientôt les arts contemporains belge et chinois dans le cadre d’une exposition au Musée Bozar de Bruxelles, réalisée avec l’architecte contestataire Ai Weiwei, et dévoilera une mosaïque de 1 600 m², à Anvers. p Jean-Pierre Stroobants

Luc Tuymans, Against the Day, Wiels Centre d’art contemporain, 354, avenue Van Volxem, Forest-Bruxelles. Du mercredi au samedi, de 12 heures à 19 heures ; dimanche de 11 heures à 18 heures. Fermé lundi et mardi. Jusqu’au 2 août.

Trop-plein d’images Dans ses tableaux dévoilés au Wiels, avant les Etats-Unis, où il est, comme en Chine, apprécié, Tuymans pousse à son paroxysme sa réflexion sur l’image. A partir de photos, de documents glanés sur Internet, sur son iPod ou à la télévision, il s’interroge sur la frontière entre le réel et le virtuel. L’effet est parfois raté, souvent saisissant. Dramatisant la banalité, banalisant le drame, Tuymans exprime un monde amoral, désorienté, malade d’un trop-plein d’images. Le seul Belge exposé de son vivant à la Tate Modern de Londres signe étonnamment sa première apparition en solo dans la capitale de son pays. « La plupart des choses importantes me sont arrivées à l’étranger », confirme-t-il, content, de participer à une « renaissance » de l’art contemporain à Bruxelles. Fermement attaché à une Belgique unie, il se présente comme « le dernier Belgicain », déplore lelancinant conflit entre Wallons et Flamands, qu’il juge « anachronique ». Il redoute que les Flamands finissent par « perdre Bruxelles », « nœud européen, à deux ou trois heures de train des grandes capitales européennes, ce qui offre des perspectives formidables ». Et si les Belges se séparent un jour, il ira, dit-il, payer ses impôts à Monaco…

Ekkyo : au-delà des frontières
Spectacle de tambours japonais 27, 29 et 30 juin à 20 h 28 juin à 16 h
Réservations : 01 40 28 28 40 www.chatelet-theatre.com

24 Culture

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Vendredi 19 juin 2009

Hôtel Lambert : l’inquiétude demeure
Le ministère de la culture a autorisé les travaux, mais des défenseurs du patrimoine s’émeuvent

Patrimoine

La protection du paysage urbain menacée par le vote d’un amendement
L’Assemblée nationale a voté en seconde lecture, le 11 juin, un amendement à la loi relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement qui prévoit la suppression de l’avis conforme des architectes de bâtiments de France (ABF) requis pour toute construction dans les zones de protection du patrimoine architectural urbain et paysager, créées en 1983, et au nombre de cinq cent. Les sénateurs vont devoir à leur tour s’exprimer. Ces zones protégées, y compris à proximité d’un monument historique, pourraient être « enlaidies ». « On ne doit pas remettre en cause une loi qui est une évolution de la protection du patrimoine français », s’émeut Jean-Marc Blanchecotte, ABF, chef du service départemental de l’architecture et du patrimoine de Paris. p Fl. E.

A

u lendemain de l’autorisation, par le ministère de la culture, de faire des travaux sur l’hôtel Lambert, joyau parisien du XVIIe siècle marquant la proue de l’île Saint-Louis et classé monument historique, l’inquiétude des milieux du patrimoine reste vive. Les avancées sont pourtant notoires par rapport au projet initial de restauration, très contesté : il n’y aura pas de vaste parking sous le jardin avec sortie sur le quai, ni de salles de bains au-dessus de la galerie d’Hercule peinte par Le Brun, et les menuiseries antérieures à 1850 ainsi que l’escalier de Lassus seront conservés. Ces acquis ont été demandés par la Commission nationale des monuments historiques, chargée d’examiner le projet d’Alain-Charles Perrot, architecte en chef des monuments historiques (ACMH). Ce dernier a été choisi par le propriétaire de l’hôtel Lambert, Hamad Ben Khalifa Al-Thani, frère de l’émir du Qatar, qui l’a acheté en juillet 2007 au baron Guy de Rothschild. M. Perrot est, donc, chargé de faire le diagnostic patrimonial et de conduire les travaux, comme la loi l’autorise. Plusieurs points continuent de fairedébat : le vaste parking sous le jardin est donc abandonné mais il est remplacé par un autre, sous la cour pavée, et pour… quatre voitures. Le plan local d’urbanisme n’en autorise pas plus. « Mais pourquoi dénaturer une cour historique pour quatre véhicules ? s’émeut l’historien de l’art Claude Mignot. L’espace de visibilité de la façade et de la loggia-escalier est sans équivalent dans l’architecture européenne. »

Cinéma Sean Penn ferait une pause dans sa carrière
L’acteur américain Sean Penn, 48 ans, qui a remporté, cette année, l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Harvey Milk, de Gus Van Sant, a décidé de faire une pause d’un an afin de passer du temps avec sa famille, écrit, le 17 juin, le journal américain Hollywood Reporter. Sean Penn, qui vient de terminer le tournage de Tree of Life, de Terrence Malick, a décidé de se retirer de deux films où il devait jouer. – (AFP.)

Enchères Les prix ne flambent pas pour Kenzo
Les 1 100 lots de la collection d’art du couturier Kenzo, 70 ans, vendue aux enchères les 16 et 17 juin à Drouot-Montaigne, à Paris, a totalisé 1,9 million d’euros. Les prix sont restés dans les estimations. La plus haute enchère a été une statuette en or pré-angkhorienne datant du VIIIe siècle, emportée à 108 500 euros. – (AFP.)

Galerie d’Hercule, peinte par Le Brun, au premier étage, et qui ouvre en rotonde sur la Seine. DR
Ce dernier rappelle que les Rothschild utilisaient les remises pour les voitures. nel parle juste d’« associer » cette Commission aux travaux. Membre de cette fameuse Commission nationale, Jean-Michel Leniaud, historien de l’architecture, interroge : « Les menuiseries antérieures à 1850 seront conservées, mais qu’en est-il des vitres ? Trèsbelles, ondulées,onespèrequ’elles le seront aussi. » La restauration des poutres et solivespeintesdu plafondXVIIe siècle de la chambre de Nicolas Lambert est annoncée, mais pas un mot sur l’ascenseur qui doit prendre placedanscette bellepièce,avectoilettes, bains, douche, laissant dégager le plafond. Il était pourtant question, au ministère, de lui trouverunautreemplacement.Laquestiondela climatisationpargéothermie et de sa ventilation inquiète Pierre Housieaux, président de Paris Historique. Enfin, ce dernier est inquiet à cause des cuvelages non étanches, sous la cour et le jardin, qui risquent de fragiliser les fondations du bâtiment. L’association réfléchit, selon M. Housieaux, à faire un recours devant le tribunal administratif. Le suivi du chantier et des imprévus sera déterminant. De même que l’attitude du propriétaire, qui, selon, Eric Ginter, son avocat, souhaite une restauration dans les règles de l’art. p Florence Evin

300 000 euros pour un manuscrit de Saint-Exupéry
Les 58 feuillets manuscrits d’un récit par Antoine de Saint-Exupéry, premier jet d’un chapitre de Terre des Hommes, a été vendu mercredi 312 750 euros chez Sotheby’s à Paris. – (AFP.)

Musique Peter Doherty inculpé
Le chanteur britannique Peter Doherty a été inculpé, après un concert donné à Gloucester (Angleterre), jeudi 11 juin, pour conduite en état d’ivresse, sans permis ni assurance, et en possession de drogues de classe A. Le rockeur ne se produira pas, le 21 juin à Vincennes, pour la Fête de la musique. Il sera remplacé par Paolo Nutini.

La question de l’ascenseur Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, « prend acte des engagements de la ministre et d’une grande partie des demandes prises en comptes, mais attend de pouvoir faire un examen attentif du dossier modifié et des nouveaux plans, dont il n’a pas été destinataire », indique son cabinet. Il « regrette la surélévation du mur de clôture du jardin et demande que la Commission du Vieux Paris soit “membre actif” du comité scientifique qui assurera le suivi du chantier ». Madame Alba-

Le ténor Rolando Villazon continue d’annuler
Le ténor franco-mexicain Rolando Villazon, 37 ans, renonce à chanter dans Idoménée, de Mozart, mis en scène par Luc Bondy, en janvier et février 2010 au Palais Garnier, a annoncé, le 17 juin, l’Opéra national de Paris. Il sera remplacé par l’Américain Charles Workman, et sa partenaire Anna Netrebko par la Géorgienne Tamar Iveri. Villazon a annulé tous ses engagements jusqu’à la fin de 2009, en raison de la présence d’un kyste sur une corde vocale nécessitant une opération. Il ne chantera pas non plus dans Carmen, de Bizet, au Staatsoper de Vienne en mai 2010. – (AFP.)

La virtuosité brutale de Wim Vandekeybus

du Jazz
La sélection de la rédaction

Dans « NieuwZwart », le chorégraphe se livre à une surenchère de violence
Danse
est passé maître dérape vers la gratuité. Percussions poussées à fond, guitares stridentes, explosions métalliques, le régime sonore file desélectrochocs aux corps des danseurs. On reconnaît le style en rafales de Vandekeybus, ses sauts carpés, ses roulades à toute vitesse. Toujours aux abois, les interprètes s’arrachent dans des gémissements et des cris à faire pâlir. La danse, selon Vandekeybus, cherche des réponses instinctives à des situations physiques limites, faisant surgir l’animalité. Mais à quoi rime l’excès pour l’excès, la surenchère de brutalité physique ? Une scène ancienne, typique de Vandekeybus, se superpose avec celles de NieuwZwart. C’était à la fin des années 1980. Un homme saute à pieds joints sur son partenaire allongé qui l’évite in extremis. Cette échappée ne semble plus exister aujourd’hui. Sans doute faut-il y voir une chorégraphie du désarroi actuel, du désir de violence qui jaillit à tous les coins de rue. A défaut de trouver un punching-ball, on se fait mal en se projetant sur des plaques de métal. Souffrir pour se sentir vivant, vieux conflit que le Flamand relance. NieuwZwart possède une beauté sauvage. Certaines scènes hypnotisent. L’introduction est palpitante avec ses corps nus surgissant d’une lumière orangée dans des froissements de papier. Son final, presque funèbre, l’est aussi : les musiciens avancent frontalement sur une mer dorée. Mais la garniture de ce sandwich reste dure à avaler. p Rosita Boisseau
NieuwZwart, de Wim Vandekeybus. Festival de Marseille, Théâtre du Merlan, avenue Raimu, Marseille. Du 18 au 20 juin, à 20 h 30. Tél. : 04-91-99-02-50. De 10 ¤ à 23 ¤.

VIBREZ AVEC LES GÉANTS DU JAZZ

L

a nouvelle pièce du chorégraphe flamand Wim Vandekeybus, NieuwZwart (« nouveau noir », en néerlandais), possède un taux d’adrénaline à filer des palpitations cardiaques. Présenté au Théâtre de la Ville, à Paris, du 9 au 13 juin, à découvrir à Marseille du 18 au 20 juin, ce spectacle pour neuf danseurs et trois musiciens a excité le public, sous le choc de la véhémence physique et du rock saturé. Lorsqu’on commence à souffrir en voyant les danseurs se cogner comme des autos tamponneuses, on cale sur le propos global, assez flou au demeurant, de la pièce. Et ce ne sont pas les quelques indices donnés, en anglais de surcroît, par le comédien-danseur Gavin Webber qui vont aider. La virtuosité de la brutalité dans laquelle le chorégraphe flamand

Les faux débuts de Muti à l’Opéra de Paris
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ais qu’allait-il faire dans cette galère ? C’est le sentiment qui domine à l’issue des quatre heures de spectacle consacrées au rarissime opéra napolitain Demofoonte, de Niccolo Jommelli (1714-1774), avec lequel le chef d’orchestre Ricardo Muti a fait, à bientôt 68 ans, ses débuts à l’Opéra de Paris. Car il n’est pas sûr que ce Demofoonte (prochaines représentations au Palais Garnier les 18, 20 et 21 juin) marque durablement la rencontre tant attendue de Paris avec le maestro italien. Surtout après l’inoubliable Requiem de Verdi qu’il vient de diriger par deux fois au Festival de SaintDenis (Le Monde du 11 juin). Mais il se trouve que Riccardo Muti est napolitain. Et qu’il s’est donné pour mission de réhabiliter le répertoire oublié de sa ville

natale. « C’est un projet ancien, nous confiait-il lors des répétitions, en mai, à Ravenne, où l’œuvre sera donnée les 3, 5 et 7 juillet. L’ancien conservatoire de Naples a une bibliothèque remplie de manuscrits des grands musiciens de l’école napolitaine. Quand j’y étais étudiant, j’ai toujours pensé que je me consacrerais mes forces à faire connaître ces ouvrages. » Certes, Niccolo Jommelli a été une gloire européenne en son temps : le jeune Mozart n’aura de cesse de le rencontrer, lors de son premier voyage en Italie en 1770. Le compositeur italien constitue même le chaînon manquant entre le baroque finissant et le nouveau style classique, dans lequel Haydn et Mozart s’illustreront. Mais la longue succession de récitatifs et d’airs qui accompagnent les démêlés familiaux du

roi de Thrace, Demofoonte, entre mariage secret, sacrifice virginal, usurpateur malgré lui et fille retrouvée se révèle fastidieuse. Malgré la légendaire élégance de Muti et de vraies beautés çà et là, on s’ennuie. L’œuvre n’est, il est vrai, que peu servie par la mise en scène de Cesare Lievi, qui se contente d’un décor de palais déstructuré – l’enjeu consiste à enjamber, avec plus ou moins de dextérité, de légèreté ou de rapidité, les colonnes posées en travers du sol. Les jeunes chanteurs ne déméritent pas. Les ovations du public ont salué l’un des chefs d’orchestre les plus cotés du moment, dont on ne peut s’empêcher d’espérer qu’il fasse bientôt de vrais débuts à l’Opéra de Paris, avec un ouvrage à sa mesure. p Marie-Aude Roux

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Vendredi 19 juin 2009

& Vous 25
Asseyez-vous
La chaise a toujours stimulé l’imaginaire des designers. Dernier exemple en date, l’ex-

position de sièges, chez Domus, le premier centre commercial voué à l’équipement de la maison, installé depuis 2006 à Rosny-sousBois, en région parisienne. Plus de 150 chaises de créateurs contemporains, originaires de plusieurs pays, sont suspendues au plafond, où elles forment une tour de 12 mètres de haut. A admirer, en levant la tête au ciel, la chaise « Him and Her », moulée sur de vrais mannequins (à partir de 263 euros, dans 5 couleurs, photos) et signée de l’Italien Fabio Novembre pour Casamania. Il s’est inspiré d’Adam et Eve, mais aussi de la célèbre chaise en plastique moulée en forme de S, conçue en 1960 par le designer danois Verner Panton.p Véronique Lorelle (PHOTOS DR)
« Chairs Exhibition by Domus », Centre Domus, 16, rue de Lisbonne, 93110 Rosny-sous-Bois. Jusqu’au 28 juin. Ouvert tous les jours. www.domusparis.com

Prévenir les accidents du quotidien
Des aménagements dans les habitations pourraient réduire les risques
Santé
première cause de décès dans cette classe d’âge. Les personnes âgées de plus de 65 ans ont, quant à elles, moins d’accidents en proportion (environ 13 % du total), mais ceux-ci sont bien plus meurtriers. Un tiers des plus de 65 ans et la moitié des plus de 85 ans font au moins une chute par an, survenant, dans 62 % des cas, à leur domicile. On estime qu’environ 9 300 personnes decette tranche d’âge meurent, chaque année, des suites d’une chute. « L’incapacité à se relever entraîne des complications métaboliques et rester plus d’une heure par terre augmente, dans des proportions considérables, la mortalité », précise Maryvonne Lyazid, adjointe au directeur général de la Fondation Caisses d’épargne pour la solidarité. « Limiter la perte d’autonomie des personnes âgées est un enjeu de santé publique et il faudrait élaborer un plan national de prévention des chutes de ces personnes à leur domicile », considère-t-elle. Quelques mesures simples d’aménagement des domiciles pourraient permettre de réduire cette mortalité. Supprimer les revêtements de sol glissants ; éviter les tapis, les objets encombrants ; installer un interrupteur automatique dans le couloir qui mène aux toilettes, des barres d’appui, etc. Encore faut-il que ces mesures de prévention des chutes soient connues des intéressés pour être mises en œuvre. « Depuis deux mois, nous avons initié le regroupement de l’ensemble des acteurs œuvrant dans le cadre des services à la personne, afin que les employés qui interviennent au domicile soient en mesure de pratiquer un premier diagnostic sur les aménagements nécessaires », explique Bruno Arbouet, directeurgénéral de l’Agencenationale des services à la personne. La prévention des accidents de la vie courante fait l’objet, depuis un an, de quelques avancées significatives. Dans son plan 2009 de développement des services à la personne, le gouvernement a prévu que la mise en sécurité du domicile pourra bénéficier de réduction d’impôt. En outre, sous l’impulsion française, la directive européenne sur les jouets a renforcé les exigences vis-à-vis des fabricants et des importateurs. Enfin, le site Internet consacré aux accidents de la vie (stopauxaccidentsquotidiens.fr), lancé en janvier 2009, recense toute l’information disponible risque par risque. La CSC, l’Institut national de la consommation et la Macif Préventionont lancé une charte sur la prévention des accidents de la vie courante et un appel citoyen pour que cette cause soit considérée comme une priorité nationale.p Martine Laronche

Roue libre Jean-Michel Normand

La banalisation de l’« autophobie »

C

haque année, les accidents de la vie courante sont à l’origine de 4,5 millions de blessés et provoquent près de 20 000 décès, soit 4,5 fois plus que les accidents de la circulation. Ces chiffres, stables depuis dix ans, montrent que la prévention de ce type d’accidents demeure insuffisamment prise en compte tant par la population que par les pouvoirs publics. Dans ce contexte, le président de la Commission de la sécurité des consommateurs (CSC), Luc Machard, a réclamé que les accidents de la vie courante soient déclarés, en 2010, « grande cause nationale », à l’occasion d’un forum organisé, mardi 16 juin, à Paris, avec le concours de l’Institut national de la consommation.

L

Les moins de 15 ans sont les plus touchés
LES ACCIDENTS DE LA VIE COURANTE EN 2007 A SELON L’ÂGE, en % De 0 à 14 ans De 15 à 39 ans De 40 à 64 ans 65 ans et plus 46,1
26,1 14,7 13,1

9 300 personnes âgées meurent, chaque année, des suites d’une chute
Agir pour limiter ces accidents apparaît compliqué tant ceux-ci recouvrent des situations et des populations différentes. Définis « comme un traumatisme non intentionnel qui n’est ni un accident de la circulation ni un accident du travail », selon l’Institut national de veille sanitaire (InVS), environ deux tiers des accidents domestiques se produisent à la maison où à ses abords, et un tiers surviennent à l’extérieur du domicile. Chute sur un trottoir, accidents scolaires, de sport, de vacances ou de loisirs, les circonstances sont multiples. Dans 46 % des cas, ces accidents concernent les enfants de moins de 15 ans. En 2004, en France, 280 enfants sont morts des suites d’accidents de la vie courante principalement de noyades, de suffocations, de chutes ou lors d’un incendie. Si ce nombre est en baisse, ce type d’accidents reste la

A SELON L’ORIGINE, en % Chute Coup 59,4
16,0

Ecrasement, coupure, 10,6 perforation Surmenage physique Corps étranger Autres
7,7 2,6 3,7

A SELON L’ACTIVITÉ, en % Jeux et loisirs Sport Activité domestique Activité vitale Bricolage Autres activités dont marcher 34,9
17,2 7,6 6,8 3,4 30,1

SOURCE : ENQUÊTE PERMANENTE SUR LES ACCIDENTS DE LA VIE COURANTE, 2007, INVS

es pourfendeurs de l’automobile n’ont jamais baissé pavillon. A l’aube du XXe siècle, ils la qualifiaient de « délire homicide et démoniaque ». Dans les années 1960, elle leur apparaissait sous les traits d’un « gros cafard aux yeux fixes ». Pour eux, désormais, il s’agit d’un « fléau de civilisation », responsable de l’anarchie urbaine, d’une hécatombe routière, du dérèglement climatique, mais aussi d’un individualisme forcené, fossoyeur du lien social. « Un engin de mort qui asphyxie », selon la définition donnée par le député Verts Yves Cochet dans l’hebdomadaire VSD. La nouveauté, c’est que l’industrie automobile ne traite plus ces manifestations d’autophobie par le mépris. Signe des temps, le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) a organisé, le 4 juin, un colloque consacré aux « généalogies de l’antiautomobilisme » en liaison avec les universités Paris-I et Paris-IV. Il est vrai que l’image de cet objet phare du XXe siècle n’apparaît pas au mieux, en dépit des efforts réalisés par les marques concernant la réduction de la pollution, d’amélioration de la sécurité, et même d’acceptabilité sociale. « Tout cela n’a guère changé la perception que l’on se fait de l’automobile en France », relève l’universitaire Jean-Pierre Orfeuil. La faute, entre autres, « à l’attitude suffisante des constructeurs qui ont privilégié le consommateur sans s’adresser au citoyen ». Pour l’historien Mathieu Flonneau, « la crise de la représentation de l’automobile, aggravée par les difficultés majeures que traversent les constructeurs, impose de reconsidérer les théories les plus critiques, dans lesquelles il y a beaucoup à prendre ». Pourtant, le principal danger qui guette n’est sans doute pas la contestation frontale – les com-

mandos de « dégonfleurs » de pneus de 4 × 4 se font rares – mais plutôt la banalisation. Tributaire d’une vision de plus en plus utilitariste et concurrencée par d’autres dépenses (le logement, l’informatique, les loisirs, les voyages), l’automobile court le risque de se voir reléguée au rang d’un bien de consommation ordinaire, générant autant d’affect qu’une machine à laver. Qu’il s’agisse de la remise en question radicale de la « bagno-

Les commandos de « dégonfleurs » de pneus de 4 × 4 se font rares
le » ou du désenchantement de l’automobile, ces phénomènes sont, en tout état de cause, circonscrits aux pays occidentaux. « Le décalage entre la prégnance de la critique postmoderne en Occident et l’enthousiasme moderne dans les pays émergents est frappant ; pour l’essentiel des Chinois, la voiture est un gage de liberté et son accès représente une avance en matière de mobilité sociale, d’individualisation des modes de vie », remarque Jean-François Doulet, enseignant en urbanisme à l’université de Provence. Ce plébiscite n’empêche pas la manifestation de certaines résistances. Ainsi, observe l’universitaire, « dans une Chine qui s’ouvre à l’économie libérale, l’automobile cristallise les tensions liées à l’accroissement des inégalités, mais aussi à la disparition de la vie de quartier ou la mise à mal du patrimoine ». A Paris, dans les années 1970, on accusait le tout-automobile de porter atteinte au patrimoine de la capitale. Près de trente ans plus tard, la même controverse entre la tôle et la pierre surgit à Pékin. p

Sport Après le départ de Pape Diouf, l’OM est sous tension
L’actionnaire principal, Robert Louis-Dreyfus, a décidé, mercredi 17 juin, de se séparer du président du club marseillais
Football

Dopage Le passeport sanguin fait ses premières victimes
Le champion du monde 2003, Igor Astarloa, et ses compatriotes espagnols Ruben Lobato et Ricardo Serrano ainsi que les Italiens, Pietro Caucchioli et Francesco De Bonis sont les cinq premiers coureurs poursuivis pour dopage à partir des anomalies révélées par leur passeport sanguin. Seul Caucchioli était susceptible de participer au Tour de France.

P

ape Diouf, président de l’Olympique de Marseille depuis 2005, a été éconduit, mercredi 17 juin,par le propriétaire du club, Robert Louis-Dreyfus. Des « divergences » empêchent les deux hommes de « poursuivre l’aventure », adéclarédansun communiqué M. Louis-Dreyfus, qui salue « un grand président » qui a « doté le club d’une gestion saine ». Ces « divergences » concernent principalement un effectif et une massesalarialequiauxyeuxde l’actionnaire principal ne sont pas jus-

tifiés : plus de 35 joueurs professionnels gagnant, en moyenne, 120 000 euros, soit plus du double du salaire moyen de Ligue 1. M. Louis-Dreyfus n’avait pas non plus apprécié d’apprendre dans la pressele départ de l’entraîneur Eric Gerets. Il souhaitait le garder et avait mandaté Vincent Labrune, président du conseil de surveillance de l’OM, pour demander à M. Diouf qu’il propose au Belge un nouveau contrat. Selon l’entourage de M. Louis-Dreyfus, cette demande, maintes fois répétée, est restée lettre morte. Dans les coulisses, Pape Diouf,

57 ans, le Marseillais, et Vincent Labrune, 37 ans, le Parisien – homme de médias qui a conseillé Etienne Mougeotte, ex-vice-président de TF1 –, se livraient une guerre de pouvoir. Pape Diouf assurait que le « dandy » tentait de saborder son travail et de lui prendre sa place.

« Jamais les bienvenus » Cette défiance vis-à-vis de M. Labrune a été perçue comme un refus de rendre des comptes à l’actionnaire. « A l’OM, c’est moi qui décide, déclarait M. Diouf, le 6 juin, à L’Equipe Mag. Très tôt, ce monsieur a outrepassé ses droits. Je me

suis rendu compte qu’il voulait m’imposer des choses. » M. Diouf souhaitait que les conseils de surveillance se tiennent à Marseille plutôt qu’à Paris, mais « la peau [de M. Labrune] doit être trop sensible à l’air marseillais », « son nom est en train de prospérer, mais il vient du néant », ironisait-il dans La Provence. M. Labrune a assuré qu’il ne souhaitait pas la place de Pape Diouf. Les supporters marseillais soutiennent leur ex-président qui a qualifié le club, pour la troisième année de suite, en Ligue des championsetconduitl’OM surla deuxième marche du podium de la

Ligue 1 cette saison. « Ceux qui aujourd’huis’attaquent àlui s’attaquent à l’OM, affirme dans un communiqué commun les associations de supporters. Que ceux qui s’attaquent à Pape Diouf sachent (…)qu’ils ne serontjamaislesbienvenus à Marseille. » En décembre 2008, Pape Diouf déclarait au Monde que pour M.Louis-Dreyfus,« hommed’affaires à dimension internationale, l’OM doit constituer 5 % de ses affaires, c’est déjà beaucoup de temps, d’énergie et d’argent, on nepeut pas lui demander plus… ». p Mustapha Kessous

Football La Corée du Nord qualifiée pour le Mondial
La Corée du Nord s’est qualifiée pour le Mondial 2010, le 17 juin, grâce à son match nul (0-0) en Arabie saoudite. Sa dernière et unique participation remonte à 1966.

26 Météo&Jeux
< -10° -10 à -5° - 5 à 0° 0 à 5° 5 à 10° 10 à 15° 15 à 20° 20 à 25° 25 à 30° 30 à 35° > 35°

Ecrans
Les soirées télé
D
1005
Oslo Stockholm Helsinki

0123
Vendredi 19 juin 2009

Vendredi 19 juin Plus frais et humide
Lille 1005 12 20 Cherbourg
50 km/h 12 18 55 km/h

En Europe
19.06.2009 12h TU
Reykjavik

Jeudi 18 juin
TF 1
20.45 Claire Brunetti.
Piste noire. Téléfilm. Didier Delaitre. Avec Elsa Mollien, Frédéric Gorny (France, 2009) d. 22.20 En pleine tempête a a Film Wolfgang Petersen. Avec George Clooney, Mark Wahlberg (EU, 2000, 140 min) d.

Vendredi 19 juin
TF 1
20.45 Secret Story.
Télé-réalité présentée par Benjamin Castaldi. 23.30 C’est quoi l’amour ? Présenté par Carole Rousseau (125 min).

D

Amiens
Rouen
11 18

T 12 18
13 21

www.meteonews.fr

Châlonsen-champagne
12 19

D
Metz
13 20
Edimbourg

D

St-Pétersbourg

Riga Copenhague Minsk Amsterdam Berlin Varsovie Prague Bruxelles Munich Vienne Berne Milan Rome

Moscou

Caen Brest
11 18 11 18

PARIS

1005

Rennes
12 20

Strasbourg
16 19

Dublin

1015

FRANCE 2
20.35 Central nuit.
Série. Histoire de famille. Les Nouveaux Barbares. Petits et grands voyous (S7, 1 à 3, inédit) d. 23.10 Eteignez vos portables. Les Héritiers. Pièce d’Alain Krief. Mise en scène de Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé. Avec Agnès Soral, Dominique Guillo... (113 min) d.

Orléans
15 20

Nantes
13 21

10 25

Londres Paris

Poitiers
14 21

Dijon
15 19

T

Besançon
15 18

1030
Chamonix
13 20

A
Madrid Lisbonne Lisbonne Séville

D

FRANCE 2
Kiev

Budapest Odessa Zagreb Belgrade Sofia Istanbul Bucarest

20.35 Envoyé spécial.

Clermont-Ferrand
Limoges
40 km/h 15 20 16 19

T
18 10 10 22

Barcelone Barcelone

1020
1015

A

Lyon

Ankara

Grenoble
40 km/h

Tunis Tunis Alger

Athènes

Magazine. Sommaire : Du petit jus au grand cru ; Stéphane Guillon : délit d’humour... d. 22.55 Infrarouge. Une épuration française Documentaire 0 d. 0.15 Ecoles en France [2/3] Apprendre à vivre ensemble. Documentaire (France, 2006) d. 23.55 Journal, Météo (20 min).

FRANCE 3
20.35 Thalassa.
Aventures dans le Grand Sud Sommaire : Rotation aux Kerguelen ; Le Mystère de la baleine... d. 22.30 et 2.05 Soir 3. 23.05 Des déclarations... aux impôts. Documentaire. Julie Talon (2009, 50 min) d.

Bordeaux
17 23

18 24

A
Biarritz
18 20

Anticyclone Front chaud Occlusion

D

Rabat
Dépression Front froid Thalweg

Beyrouth Tripoli Tripoli Jérusalem Le Caire

FRANCE 3
20.35 Un village français.
Série. Marchés noirs. Coup de froid [5 et 6/6] d. 22.20 Un village français... ils y étaient. Maréchal, nous voilà ! Documentaire (2009) d. 22.30 et 2.50 Soir 3. 23.00 Ce soir (ou jamais !) (70 min) d.

Toulouse
19 23

Montpellier
20 27

Marseille
21 31

Nice
22 28

Outre-Mer des ondées menaceront sur les Caraïbes et les Mascareignes
En Europe
Ajaccio
20 28

Perpignan
22 28

Températures à l’aube 1 22 l’après-midi

65 km/h

St-Romuald Coeff. de marée 58 Aujourd’hui

Lever 05h45 Coucher 21h57 Samedi
11 17

Lever 02h38 Coucher 18h27
12 17 13 19 11 20 13 18 14 22 16 23 19 25 13 20 13 20

Une perturbation traversera le pays du nord vers le sud. Alors que la moitié nord profitera déjà d'un temps plus variable et sec, l'est et le sud verront de nombreux nuages affluer et quelques pluies tomber ici et là. Les températures seront partout à la baisse sensible. Le beau temps chaud résistera uniquement sur le pourtour méditerranéen et la Corse. Jours suivants Dimanche Lundi
Mardi
13 24 12 25 13 23 14 26 14 26

Amsterdam Athènes Barcelone Belgrade Berlin Berne Bruxelles Budapest Bucarest Copenhague Dublin Edimbourg Helsinki Istanbul Kiev La Valette Lisbonne Ljubljana Londres Luxembourg Madrid Moscou Nicosie Oslo Prague Reykjavik

averses modérées 12 beau temps 19 orageux 19 ensoleillé 15 pluvieux 11 fortes averses 17 averses éparses 10 ensoleillé 16 ensoleillé 16 averses éparses 11 éclaircies 10 9 éclaircies 7 pluie éparse 16 beau temps 12 éclaircies 20 ensoleillé 20 beau temps averses modérées 12 10 éclaircies 8 averses éparses 23 éclaircies 6 averses éparses 26 beau temps 8 orageux 11 pluvieux 7 éclaircies

15 28 30 33 16 17 18 32 32 16 15 14 12 26 28 27 28 28 18 18 36 19 32 18 19 13

Riga Rome Sofia Stockholm Tallin Tirana Varsovie Vienne Vilnius Zagreb

Dans le monde

éclaircies ensoleillé ensoleillé averses éparses pluie éparse orageux averses modérées averses modérées couvert averses éparses

10 21 13 9 9 19 14 11 9 12 22 19 25 24 14 11 24 25 28 26 16 21 22 12 14 13

19 29 30 14 15 30 22 30 18 33 33 35 30 34 22 16 30 31 42 31 29 31 39 20 20 22

Alger ensoleillé Amman beau temps Bangkok orageux Beyrouth beau temps Brasilia ensoleillé Buenos Aires éclaircies Dakar orageux Djakarta orageux Dubai beau temps Hongkong orageux Jérusalem beau temps Kinshasa orageux Le Caire ensoleillé Mexico orageux Montréal averses éparses Nairobi éclaircies

New Delhi New York Pékin Pretoria Rabat Rio de Janeiro Séoul Singapour Sydney Téhéran Tokyo Tunis Washington Wellington Cayenne Fort-de-Fr. Nouméa Papeete Pte-à-Pitre St-Denis

beau temps éclaircies couvert orageux ensoleillé ensoleillé éclaircies orageux averses modérées ensoleillé averses éparses ensoleillé orageux ensoleillé orageux orageux averses éparses orageux orageux averses éparses

Outremer

29 45 18 26 22 37 8 16 23 31 18 24 19 24 27 30 14 16 22 38 20 25 20 33 16 30 7 11 24 27 20 22 26 21 27 28 20 28 30 21

CANAL +
20.45 Rush Hour 3
Film Brett Ratner. Avec Jackie Chan (2007) 0 d. 22.15 Spécial investigation. Produits du terroir : pièges et attrape-gogos. 23.15 Les Films faits à la maison. 23.45 Surprises (15 min).

CANAL +
20.45 Desperate Housewives.
Série. Comment je me suis disputé ma vie de famille. Dans la peau de Dave Dash (S5, 23 et 24/24, inédit) 0. Avec Teri Hatcher. 22.10 Skins. Série. Un beau gâchis (S2) 0 d. 22.55 Affaire de famille Film Claus Drexel. Avec André Dussollier, Eric Caravaca, Miou-Miou (Fr., 2008, 80 min) 0 d.

ARTE
20.45 Almasty, la dernière expédition.
Téléfilm. Jacques Mitsch. Avec Isabelle Gélinas, Robin Renucci, Alain Dumas (France, 2008) d. 22.05 Berlin, brigade criminelle. Série (saison 2, 5/9). Avec Götz Schubert d. 22.50 Tracks. Spécial Beth Ditto d. 23.40 Court-circuit. Magazine. 0.45 Douches froides a a Film Antony Cordier. Avec Johan Libéreau, Salomé Stévenin (France, 2005, 95 min) d.

Météorologue en direct au 0899 700 703
1,34 € l’appel + 0,34 € la minute 7 jours/7 de 6h30-18h

ARTE
20.45 Bulles de Vian.
Téléfilm. Marc Hollogne. Avec Antoine de Caunes, Jean-Pierre Marielle (France, 2009) d. 22.10 Boris Vian, la vie jazz (2009) d. 23.15 Qui a peur de Kathy Acker ? Documentaire. Barbara Caspar (2007). 0.35 Arte culture (15 min).

Nord-Ouest Ile-de-France Nord-Est Sud-Ouest Sud-Est

12 22 11 19 10 20 14 24 15 24

11 22 11 22 12 22 13 24 15 26

M6
20.40 Pékin Express,
la route des dragons. Episode 9 Jeu du chat et de la souris sur l’île paradisiaque de Koh Mook d. 22.35 Pékin Express : l’aventure continue. 23.20 Sex and the City. Série. Critiques obsessionnelles. Les Nouvelles Célibataires (S5, 6 et 7/8, 70 min) 0 d.

M6
20.40 NCIS : enquêtes spéciales.
Série. Les Meilleures Intentions. Agent dormant. Puzzles (saison 3, 13 à 15/24) 0 d. 23.10 La Loi de Canterbury. Série. La Ligne jaune. Le Témoignage du fou (saison 1, 1 et 2/6, 2008, 100 min) 0 d.

Les jeux
Mots croisés no 09-145
Retrouvez nos grilles sur www.lemonde.fr

La sélection radio
Sudoku no 09-145
8 9 10 1 1 12
Solution du n˚09-144

Jeudi 18 juin
FRANCE CULTURE
18.30 Du grain à moudre. 19.15 Le Rendez-vous.
Nosfell et Pascal Dibie. 20.00 A voix nue. Une bioéthique à la française ? [4/5]. 20.30 Feuilleton. « Ravel », de Jean Echenoz [4/9]. 20.50 Le Choix des livres. 21.00 Jeux d’archives. 22.00 Journal. 22.15 Surpris par la nuit. J’embrasse tes yeux. 23.30 Du jour au lendemain. Invitée : Cécile Houdart. 0.10 Studio 168. 1.00 Les Nuits de France Culture.

Vendredi 19 juin
FRANCE CULTURE
19.15 Le Rendez-vous. 20.00 A voix nue.
Une bioéthique à la française ? [5/5]. 20.30 Feuilleton. « Ravel », de Jean Echenoz [5/9]. 21.00 Peinture fraîche. Invités : Emily Jacir, Silvia Bächli, Fabrice Gygi. 22.00 Journal. 22.15 Surpris par la nuit. 23.30 Du jour au lendemain. Invité : Gérard Genette. 0.10 Studio 168. 1.00 Les Nuits de France Culture.

1 I II III IV V VI VII VIII IX X

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5

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FRANCE MUSIQUE
19.30 Open jazz. En direct.
Festival Rio Loco : Jazz et Maroc, à Toulouse. 20.00 Le Concert du soir. En direct. Donné Salle Pleyel, à Paris, par l’Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Mikko Franck : Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre, de Brahms, Christian Tetzlaff, violon... Œuvre de Beethoven. 22.30 Jazz-club. Festival Rio Loco, en direct de Toulouse. 0.00 A l’improviste. Au studio Sacha-Guitry de la Maison de la Radio, à Paris. Improvisation, Jean-Luc Cappozzo, trompette, Abdelhaï Bennani, saxophone... 1.00 France Musique la nuit, avec France Vivace. Au sommaire : Les années Decca (n˚ 1) ; Gershwin’s Musicals.

FRANCE MUSIQUE
18.10 Le Magazine.
Invités : Jean-Efflam Bavouzet, Nima Sarkechik, David Grimal, Emmanuel Bertrand... En direct. 19.30 Open jazz. Festival Rio Loco : Jazz et Algérie, à Toulouse. 20.00 Le Concert du soir. La Grande Fête du Théâtre musical, de Boulanger, Bancou et Arlen. Donné le 11 mai, au Théâtre Comedia, à Paris. 22.30 XXe Parallèle. Guerre : Britten (War Requiem), Poulenc. 1.00 France Musique la nuit, avec France Vivace. Sommaire : Amants éternels : Tristan et Yseult ; Pour la main gauche (n˚ 2).

Loto
Résultats du tirage du mercredi 17 juin.

Horizontalement
I. Procure de grands plaisirs. II. Se fait sentir en Provence. Deux points en opposition. III. Pas très frais. Ses premières toiles le rapprochent des surréalistes. IV. Gai participe. Roule sur la piste. Préposition. V. Chat, chèvre ou lapin. Rencontres pleines de risques. VI. Attaquent mollusques et consommateurs. Accord au Sud. VII. Ailes européennes. Mot pour mot en bref. VIII. Dans la liasse. Sur la portée. Ferme au sud. Dans les tripes. IX. Alimente les parfumeurs. Général américain. X. Toutes les entrées chez Robert et chez Larousse.

Verticalement
1. Entrée interdite. 2. Entrée en façade. Culmine chez les Nippons. 3. Emis avec violence. Tout va bien quand il est plein. Part d’ombre. 4. Circonvolution en tête. 5. Avance avec les ans. Mesure d’angle. 6. Drame en jaune. Ciel. Chez mon oncle. 7. Gros succès. Couvert de fleurs par Charles B. 8. A trouvé un siège. Fit baisser les charges. 9. Sont souvent de la revue. 10. Ouverture sur Le Monde. Pris en considération. 11. Protecteur des espèces. Dans les prés et sur les talus. 12. Choquée dans la rencontre.
Philippe Dupuis

3, 8, 27, 37, 41 ; numéro chance : 2.
Rapports :

5 bons numéros et numéro chance : 10 000 000,00 ¤ ; 5 bons numéros : 86 258,80 ¤ ; 4 bons numéros : 908,80 ¤ ; 3 bons numéros : 10,50 ¤ ; 2 bons numéros : 5,10 ¤. Numéro chance : grilles à 2 ¤ remboursées.
Joker : 0 468 337.

FRANCE INTER
19.00 Inter soir 19 heures. 19.20 Le Téléphone sonne. 20.00 et 23.00 Flash. 20.10 L’Humeur vagabonde.
Invitée : Makhi Xenakis. 21.05 Sur la route. 25 ans de Francofolies [1/2]. 22.05 C’est Lenoir. 23.15 Allô la planète.

FRANCE INTER
19.20 Le Téléphone sonne. 20.00 et 23.00 Flash. 20.10 Nous autres.
Que sont-ils devenus ? (n˚ 1). 21.05 Parking de nuit. 22.05 Système disque. 23.15 Allô la planète.

Les résultats du Loto sont publiés dans nos éditions datées dimanche-lundi, mardi, mercredi et vendredi.Tous les jours Mots croisés et Sudoku ; Samedi daté dimanche-lundi Echecs
Rédaction : 80, boulevard Auguste-Blanqui,75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00 ; télex : 202806F ; télécopieur : 01-57-28-21-21 Courrier des lecteurs : par télécopie : 01-57-28-21-74 ; Par courrier électronique : courrier-des-lecteurs@lemonde.fr Médiateur : mediateur@lemonde.fr Abonnements : Par téléphone : de France 0-825-000-778 (0,15 TTC/min) ; de l’étranger : (33) 3-44-31-80-48. Sur Internet : www.lemonde.fr/abojournal/ Changement d’adresse et suspension : 0-825-022-021 (0,15 TTC/min) Tarif 1 an : France métropolitaine : 374 ¤ Internet : site d’information : www.lemonde.fr finances : http://finance.lemonde.fr Emploi : www.talents.fr/ Immobilier : http://immo.lemonde.fr Documentation : http://archives.lemonde.fr Collection : Le Monde sur CD-ROM : CEDROM-SNI 01-44-82-66-40 Le Monde sur microfilms : 03-88-04-28-60

RADIO CLASSIQUE
18.30 L’Invité classique.
Présenté par Olivier Bellamy. 20.00 Un dîner en musique. 21.00 Concert d’ouverture des Fêtes musicales de Touraine. En direct. Donné à la Grange de Meslay, par le Philharmonia Végh, dir. Andras Keller, David Fray, piano : Œuvres de Bach, Bartok. 23.00 Patrimoine classique. Le Pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboïm. 0.00 Radio Classique de nuit.

RADIO CLASSIQUE
18.30 L’Invité classique. 20.00 Un dîner en musique.
Le Meilleur de la musique classique. 21.00 La Vie baroque. Présenté par Philippe Venturini. Invité : Dominique Visse. 23.00 Patrimoine classique. Le violoniste Isaac Stern. 0.00 Radio Classique de nuit.

Solution du n° 09 - 144
Horizontalement Verticalement

I. Echappatoire. II. Veulerie. Nef. III. Atroce. Rue. IV. Esotérisme. V. UV. Ere. Pou. VI. Alèsent. Déni. VII. Taf. Stérer. VIII. Info. Is. Réal. IX. Empoté. Ere. X. Nationaliste.

1. Evaluation. 2. Cet. Vlan. 3. Hure. Effet. 4. Aloses. OMI. 5. Pécores. Pô. 6. Prétention. 7. Aï. Testa. 8. Terre. El. 9. Ui. Der. 10. Inespérées. 11. Ré. Mon. Art. 12. Effeuillée.

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Vendredi 19 juin 2009

Carnet 27
Le Carnet
Faites part de vos événements
par téléphone : 01 57 28 28 28 par e-mail : carnet@mondepub.fr par fax : 01 57 28 21 36

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cette semaine

0123
Spécial MBA

Le Centre Mandapa Et Milena Salvini font part du décès de son directeur et époux,

Roger FILIPUZZI,
survenu le 16 juin 2009. La cérémonie religieuse sera célébrée en l’église Sainte-Anne, Paris 13 e , le mardi 23 juin, à 15 heures. Centre Mandapa, Tél. : 01 45 89 01 60. Sanary-sur-Mer. Monique Flepp, Xavier Brouard, ont la grande douleur de faire part du rappel à Dieu de leur amie

Le président Et le conseil d’administration de l’Oeuvre de Secours aux Enfants (OSE), L’amicale des anciens et sympathisants de l’OSE-France Friends and Alumni of OSE-USA, Inc, font part, avec beaucoup de tristesse, du décès de

Laurette et Yves Martin, Patrick et Christiane Yeu, Isabelle (Toxinette) Yeu, Sylvie Yeu-Nahmias et David Nahmias, ses enfants et beaux-enfants, Pascal, Franck, Eric Martin et leurs conjointes, Alexandre Yeu, Violette et Daniel Nahmias, ses petits-enfants, Franklin, Thibault, Aurore, Bastian et Orphée, ses arrière-petits-enfants, ont la tristesse de faire part du décès de

Sabine Tesson, son épouse, Cécile et Stéphane, ses enfants, Brigitte, Emmanuel et Agnès, son frère et ses sœurs, Les familles Tesson, Rolland, Bordeaux Montrieux, ont la tristesse de faire part du décès de

Etienne TESSON,
ingénieur civil des Mines, survenu le 16 juin 2009, à l’âge de cinquante-huit ans. La cérémonie religieuse sera célébrée, le lundi 22 juin, à 15 heures, en l’église Notre-Dame de l’Assomption, Paris 16e. L’inhumation aura lieu le mardi 23 juin, à 15 heures, au cimetière de l’Est, à Angers.

Tarifs 2009 (prix à la ligne)
Naissances, Anniversaires de naissance, Mariages, Fiançailles… : 18 g TTC Décès, remerciements, Avis de messe, Anniversaires de décès, Souvenirs : 24 g TTC Thèses : 15 g Réduction abonnés
TTC

Jacqueline LÉVY-GENESTE,
fidèle collaboratrice de l’OSE depuis la guerre, assistante volontaire au camp de Rivesaltes, directrice de la maison de Meudon, inspectrice pédagogique des maisons d’enfants, survenu le 13 juin 2009. A sa famille, ils expriment leurs sentiments les plus affectueux. OSE, 117, rue du Faubourg-du-Temple, 75010 Paris. Paris 5e. Maresché. Mme Mathilde Loubert, née Sauvage, son épouse, M. Jacques Loubert, son fils et son épouse, ses enfants, Mme Sophie Loubert-Poirier, sa belle-fille, Clotilde, Florian, Aude, Arnaud, Alexandre et Stéphanie, ses petits-enfants, ont la douleur de faire part du décès de

Mardi 16 juin daté mercredi 17 juin

Mme Olga ZALESZCZANSKA,
retraitée de l’OMS, survenu le 13 juin 2009, dans sa quatre-vingt-treizième année. Ils rappellent la mémoire de ses parents morts à Auschwitz, M. Arnold Borissovitch ZALECHTCHANSKI, 1885-1942, Mme Rosa Itzacovna ZALECHTCHANSKAIA, née CHOUMSKAIA, 1883-1942, et de son fils Michel YEU, 1936-1946. Un culte aura lieu le 19 juin, à 9 h 30, en la chapelle de l’hôpital de Houdan, impasse Dumontier, à Houdan (Yvelines). Il sera suivi de l’inhumation au cimetière de Houdan, à 11 heures. « J’espère que l’Eternel, mon âme espère Confiante en sa parole. » Ps. 130,5. Cet avis tient lieu de faire-part.

Un justificatif d’identité sera demandé.

Débat
Sylviane Agacinski et Ruwen Ogien Mères porteuses : un choix de société

AU CARNET DU «MONDE»

Remerciements
Liliane et Jean Bonvin, ses parents, Frédérique, sa sœur, très touchés par les nombreuses marques de sympathie et d’amitié qui leur ont été témoignées, lors du décès de

Décès
Mona Aimé, son épouse, Sa famille Et ses amis ont la douleur de faire part du décès de

Colette HAUMONT,
chevalier des Arts et des Lettres, chevalier des Palmes académiques, survenu le 15 juin 2009. Les obsèques religieuses seront célébrées le vendredi 19 juin, à 10 h 30, en l’Église réformée de Sanary-sur-Mer (Var). Lyon. M. Marc Joubert, son époux, Mme Anne Joubert, sa fille, Blanche et Sarah, ses petites-filles et leurs enfants, M. Claude Sartor, Mme Renée Rodde et sa famille, M. et Mme Jean Besnehard et leur famille, Mme Suzanne Joubert, et sa famille, Mme Eliane Joubert-Landré et M. Albert Landré, ont la tristesse de faire part du décès de

Isabelle BONVIN,
dite Nina WEISSENBERG, souhaitent vous dire leur émotion et vous exprimer leur profonde gratitude. Marie-Paule Lorente, Les familles Dechamps, Rouzé, Cazenave, Guichard, Prave et Lorente, vous remercient vivement des marques de sympathie que vous leur avez témoignées lors du départ de

Récit
Essais nucléaires français : les irradiés d’In-Ekker racontent

ancien secrétaire national de Travail et Culture. Les obsèques auront lieu le vendredi 19 juin 2009, à 16 heures, au cimetière de Trucy-l’Orgueilleux (Nièvre). Éric Mézil, directeur de la Collection Lambert en Avignon Ainsi que son équipe, ont la tristesse de faire part du décès de président fondateur du musée, ami des arts, grand collectionneur et généreux mécène. Cher André, tu nous manques déjà. Alexis Dantec, son fils, Hélène et Gabin, Noël, Suzanne Caux, sa mère, Ses sœurs et frères, Ses neveux et nièces, Ses cousins, Leurs conjoints, Ses collègues, ont la douleur de faire part du décès de

Robert AIMÉ,

Archives
Maurice Audin : un crime impuni de la guerre d’Algérie
Les

M. René LOUBERT,
X Ponts 48, survenu le 15 juin 2009. « Le Frou », 72170 Maresché. « Et maintenant mon Amour, tu es avec les Anges pour toujours. » Michel, son mari, Annette et André, ses parents, Vincent et Grégoire, ses enfants, Josiane, comme sa sœur Toute la famille Et ses amis, ont l’immense douleur d’annoncer le décès, le 14 juin 2009, de

Claudine DECHAMPS,
le 26 mai 2009.

André BERNHEIM,

Souvenir
Le 19 juin 2007, disparaissait

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collections

Mme Madeleine JOUBERT,
née BESNEHARD. La messe de funérailles sera célébrée le samedi 20 juin 2009, à 9 heures, en l’église Saint-Pothin, Lyon 6e. Ni fleurs ni couronnes. Cet avis tient lieu de faire-part et de remerciements. Savigny-sur-Orge. Etel. Lorient. Ses enfants, Ses petits-enfants, Son arrière-petit-fils Et toute sa famille, ont la douleur de faire part du décès de

1, sente des Bourgeonnets, 78550 Richebourg. 3, rue de la Sablière, 75014 Paris. 28, route de Malagnou, CH 1208 Genève. 21, rue des Filles du Calvaire, 75003 Paris. Saint-Roman-de-Codières (Gard). Sa famille, Ses amis proches, ont la grande tristesse d’annoncer le décès de

Mireille GUILBAULT,
assassinée. Elle reste vivante dans nos cœurs.

Conférences
IMPORTANT : ne manquez pas la promenade Double vision Le vu et le cru Ce que l’on croit n’est pas ce que l’on voit ce que l’on voit n’est pas ce que l’on croit La collection de Werner Nekes Conférence commentée par Werner Nekes à l’occasion de la fin de l’exposition de sa collection au Passage de Retz, 9, rue Charlot, Paris 3e. Entrée payante : 8 et 5 € le samedi 20 juin 2009, à 15 heures.

Fanchette CAUX,
survenu le 16 juin 2009, à l’âge de soixante-deux ans. Un cérémonie sera célébrée le 19 juin, à 11 heures, en l’église Saint-Séverin, 1, rue des Prêtres-Saint-Séverin, Paris 5e.

M Elvire MORABITO-MOULIN,
directrice d’École. Elvire venait d’avoir cinquante-sept ans, elle nous a montré une volonté et un courage magnifiques pour lutter contre sa maladie. Elle s’est éteinte avec la même élégante dignité que celle avec laquelle elle a vécu, travaillé et aimé. Nous l’aimons pour toujours. 10, rue Monis, 16120 Châteauneuf. Le président de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Le directeur de l’UFR d’histoire, Les enseignants, Le personnel administratif, Les étudiants, ont la tristesse de faire part du décès de

me

Pierre Henri PAULIN,
designer, chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des Arts et des lettres. Les obsèques se sont déroulées dans l’intimité familiale. Merci d’avoir une pensée pour lui. (Le Monde du 17 juin.) M. Alain Roizen, Mme Nicole Boukari-Roizen, ses enfants, Céline, Charlotte et Edouard, ses petits-enfants, ont la douleur de faire part du décès de

TOME 23 PAYS DU MONDE
Dès le mardi 16 juin ------------------------------------

« I can’t get no satisfaction... “cause I try. » Mike Jagger (1965). 46, rue Boissonade, 75014 Paris. lescimes@vuedesanges.com Colette Chauvin, son épouse, Jean-Pierre Chauvin, son fils et Marianne Estène-Chauvin, Antoine Chauvin, son petit-fils, Jeanne, Elisabeth, Véronique et Patricia, ont la tristesse d’annoncer le décès de

Communications diverses

La sélection de la rédaction

0123 du Jazz

Simone LE PORT,
née LE PEN, ouvrière, déportée à Ravensbruck, officier de la Légion d’honneur, médaillée de la Résistance, Croix de guerre, Palmes académiques. Ils rappellent à votre souvenir son époux, Julien LE PORT, dit « Le coureur », passeur à Etel, chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre avec deux palmes et une étoile d’argent, madaillé de la Résistance, cité à l’Ordre de Sa Majesté britannique.

René CHAUVIN,
le 13 juin 2009, dans sa quatre-vingt-sixième année. La cérémonie religieuse aura lieu vendredi 19 juin, à 15 heures, en l’église Saint-Joseph, Montélimar (Drôme). Cet avis tient lieu de faire-part.

M. Simon ROIZEN,
le 13 juin 2009, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. La cérémonie religieuse sera célébrée le vendredi 19 juin, à 14 heures, au Temple réformé de la Vallée de Chevreuse, 33, avenue du Président Wilson, à Palaiseau (Essonne).

M. Daniel NONY,
maître de conférences d’histoire ancienne. Ils expriment leurs sincères condoléances à sa famille.

DIZZY GILLESPIE
Le double CD-livret n°16 dès le vendredi 19 juin

DOGMA (Chaires « Interprétation et droit » et « Philosophie politique » de l’Institut universitaire de France avec l’aide de l’Institut Cujas de l’université Paris 2). Vendredi 19 juin 2009, à 14 h 30 : L’homme, le corps, la personne, la chose. Autour du livre de B. Edelman, Ni Chose ni personne. Le corps humain en question (Hermann, 2009), table-ronde sous la présidence du professeur Labrusse-Riou, avec l’auteur, D. Alland, F. Bellivier, M.-A. Hermitte, H. Juvin, C. Pelluchon, I. Queval, Ph. Raynaud et S. Rials. Salle des Conseils de Paris 2, 12, place du Panthéon. Site : www.disdog.fr Contact : courrier@stephanerials.fr

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Vendredi 19 juin 2009

De bric et de broc
Lettre de Russie
Marie Jégo

L

a Russie a mis les petits plats dans les grands pour recevoir mardi 16 juin ses partenaires du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) à Ekaterinbourg, dans l’Oural, charnière montagneuse entre l’Europe et l’Asie. Pour la première fois, les chefs d’Etat des quatre principales économies émergentes se sont réunis en sommet, bien décidés à donner de la chair à ce qui n’était jusque-là qu’un contour, une notion géo-économique conçue en 2003 par un économiste de la banque d’investissements Goldman Sachs. Le BRIC, c’est du sérieux. A eux seuls, ces quatre pays représentent 25 % des terres habitables de la planète, 40 % de la population totale et 15 % du produit intérieur brut mondial. Passée de 7,5 % il y a dix ans à 15 % aujourd’hui, leur part dans l’économie globale ne cesse d’augmenter. En clair, les briques neuves sont bien parties pour prendre la relève des centres de pouvoir traditionnels (Etats-Unis, Japon, Allema-

gne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada), lézardés par la récession, voire les enterrer. Le ministre brésilien des affaires étrangères, Celso Amorim, ne s’en est pas caché : « Le G7 est mort. Il ne représente plus rien. » Le Brésil parle en connaissance de cause. Après avoir vécu pendant des années grâce aux perfusions du Fonds monétaire international (FMI), ce pays vient d’accorder un prêt de 10 milliards de dollars à son ancien bailleur. La Russie et la Chine s’apprêtent à faire la même chose. Fortes de leur nouvelle importance, les principales économies émergentes se sont réunies à Ekaterinbourg pour réclamer une réforme du système financier international. La Russie et la Chine souhaitent notamment que leur monnaie respective, le yuan et le rouble, jouent un plus grand rôle dans l’architecture monétaire mondiale. Le président russe, Dmitri Medvedev, en a fait sa marotte, il l’a répété à Ekaterin-

bourg : pendant la crise, le dollar « n’a pas joué son rôle de monnaie de réserve ». Bien décidée à lutter contre la suprématie du billet vert, la Russie a appelé ses partenaires du BRIC à investir dans des obligations émises par chacun des pays membres. « Il serait raisonnable que nos partenaires soient d’accord pour placer une partie de leurs réserves dans nos instruments russes », a estimé Arkadi Dvorkovitch, le conseiller économique du Kremlin. Il n’a guère été entendu. Dans son discours, le président chinois, Hu Jintao, s’est gardé de toute allusion à la création d’une nouvelle monnaie de réserve. La Chine ne peut qu’être prudente. La moindre dépréciation du billet vert serait nuisible à son propre matelas de devises, estimé à 2 000 milliards de dollars. A l’issue du sommet, la montagne a accouché d’une souris, un vague communiqué qui ne dit mot sur la nouvelle monnaie de réserve, yuan ou rouble. Ce résultat en dit long sur la réalité du BRIC, alliance purement formelle. Pour le moment, les quatre partenaires n’ont que deux dénominateurs communs, leur taille et leur potentiel. Leurs économies sont disparates : le Brésil fait dans l’agriculture, l’Inde règne sur les services, la Chine fabrique et la Russie fournit des matières premières. Cette complémentarité pourrait être un plus. Les échanges commerciaux, entre les quatre émergents, ne cesse de croître, mais, en réalité, le BRIC manque de liant, il n’a pas de stratégie commune. Chacun des quatre pays a vécu la crise à

sa façon. La Chine et l’Inde conservent des taux de croissance positifs (6 % pour le premier trimestre 2009), le Brésil est un peu plus touché par la récession (– 1,7 %), la Russie est en pleine déconfiture. Pour la première fois en dix ans, sa croissance est négative (– 9,8 %), sa production industrielle pique du nez (– 17 % en mai, – 16,9 % en avril), et son marché financier a perdu 70 % de sa valeur depuis mai 2008. C’est à se demander si le BRIC ne va pas tôt ou tard se transformer en BIC. Ces piètres résultats n’empêchent pas le président Medvedev de pousser sa ritournelle sur le remplacement du dollar par le

Les principales économies émergentes réclament une réforme du système financier international
rouble. Est-il sérieux ? Son vœu apparaît déconnecté de la réalité si l’on songe à la contribution de Moscou à l’économie globale (moins de 2 %). Et puis, comme le rappelle Jean-Sylvestre Mongrenier, de l’Institut Thomas-Moore, à Paris, dans une étude sur le BRIC, « dans le domaine de la finance, les arbitrages sont sino-américains ». En réalité, Moscou a organisé le sommet pour mettre en scène son propre leadership. A trois semaines du premier séjour en Russie du président américain, Barack Oba-

ma, le Kremlin a multiplié les sommets. La première réunion du BRIC a été précédée par celle de l’Organisation de coopération de Shanghaï, une alliance régionale militaro-sécuritaire entre la Chine, la Russie et quatre des républiques de l’Asie centrale ex-soviétique. Là encore, l’absence de consensus était criante. Pékin et Moscou ont parlé économie, les républiques centrasiatiques pensaient sécurité, en premier lieu le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, qui font frontière commune avec l’Afghanistan. Après Ekaterinbourg, le président chinois, Hu Jintao, s’est rendu à Moscou. « Malgré la crise financière mondiale, nos relations sont immunisées contre les ruptures économiques ou politiques », lui a confié Vladimir Poutine. Témoin de cette continuité, aucun accord n’a pu être trouvé sur les livraisons de gaz russe à la Chine, un projet caressé par les deux partenaires depuis 2006. Gazprom et la société chinoise CNPC (China National Petroleum Corporation) ne peuvent s’entendre sur les prix. Les Chinois ne veulent pas acheter le gaz russe à plus de 100 dollars (pour 1 000 mètres cubes). Le géant russe n’est pas prêt à brader son or bleu. On le comprend, les Européens l’achètent quatre fois plus cher. Dès lors, la menace brandie par Moscou d’exporter son gaz vers la Chine et l’Asie pour sanctionner une Europe trop exigeante à son endroit n’est rien qu’un tigre de papier. p
Courriel : jego@lemonde.fr

Billet Robert Solé

Philo
POUR DÉNONCER leurs conditions de travail, les professeurs de philosophie de l’académie de Lille ont décidé de ne corriger que les deux tiers des copies. Pourquoi les deux tiers, et pas la moitié, les trois quarts ou les quatre cinquièmes ? Il doit certainement y avoir une raison. Les profs de philo sont des gens sérieux, qui ne font rien à la légère. On imagine les débats ayant présidé à cette décision. Peut-il être raisonnable de désobéir ? Avons-nous des devoirs envers nousmêmes ? Le travail est-il une contrainte, une nécessité ou une obligation ? Faut-il préférer l’injustice au désordre ? La décision des professeurs lillois peut cependant prêter à confusion. Entendent-ils corriger deux copies sur trois ou les deux tiers de chaque copie ? Dans ce dernier cas, l’exercice risque d’être un peu bizarre. Après avoir lu l’introduction (énoncé du sujet, analyse des termes, formulation de la problématique) et pris connaissance du développement (thèse, antithèse, synthèse), le correcteur se priveraitil de la conclusion ? Ce serait terriblement frustrant. Le gouvernement, lui, prend la chose avec philosophie : de la revendication des correcteurs, il se fiche du tiers comme du quart. p

Le livre du jour Incertitudes asiatiques
PAS FACILE de trouver sa place lorsque l’on vit à l’ombre de deux géants qui n’en finissent pas de grandir. Il faut être souple, agile, inventif – surtout si l’on est tout petit. C’est le problème existentiel de l’Asie du Sud-Est, dont le voisinage de la Chine, de l’Inde et, dans une moindre mesure aujourd’hui, du Japon, limite quelque peu les ambitions. Souples, agiles, inventifs, la plupart de ces pays l’ont pourtant été, ces dernières décennies. En se jetant à corps perdu dans la mondialisation, en en exploitant les filons les plus prometteurs, les « tigres » ont décollé, pour atteindre des taux de croissance qui ne semblaient plus devoir s’arrêter. La petite cité-Etat de Singapour, bien sûr, dont la réussite est sans doute la plus étincelante, mais aussi la Malaisie, le Vietnam, la Thaïlande et même l’Indonésie, cet incroyable pays aux 17 000 îles et aux 230 millions d’habitants, ont progressé de façon fulgurante. Puis la crise financière de 1997 les a frappés, brutalement, en plein vol. Le choc a été terrible, les remèdes – infligés par le FMI – draconiens. Les « tigres » se sont relevés, mais ils n’étaient plus tout à fait les mêmes. Spécialiste de la région, chercheuse à Asia Centre, l’institut d’études de l’Asie créé à Sciences Po, à Paris, par le sinologue François Godement, Sophie Boisseau du Rocher décrypte de façon très complète, dans son livre L’Asie du Sud-Est prise au piège, les contradictions auxquelles sont confrontés ces pays si différents par la taille, la culture, la langue, la religion, le système politique aussi, et pourtant pris dans la même dynamique. Sans complaisance, elle souligne leurs points faibles, leurs transformations politiques imparfaites, leur incapacité à s’organiser politiquement au sein de l’Asean

L’Asie du Sud-Est prise au piège Sophie Boisseau du Rocher Ed. Perrin Asies, 452 p., 22 ¤
(Association des nations de l’Asie du Sud-Est), leurs difficultés à maîtriser le « risque extrémiste » et la radicalisation islamique. Elle décrit bien aussi l’arme à double tranchant du poids de la Chine dans la région, à la fois locomotive économique et grand frère dominateur. En Asie, pour survivre, il faut bouger, et l’Asie du Sud-Est ne fait pas exception. Le meilleur chapitre de ce livre est sans doute celui sur les défis de l’avenir : si elle ne veut pas rester éternellement un « modèle de développement basé sur le rattrapage technologique », l’Asie du Sud-Est doit relever deux grands défis, celui de l’éducation et celui de l’innovation. A des degrés divers, elle s’y attelle. C’est ce qui permet, peut-être, d’être un peu plus optimiste sur l’avenir de ces pays que ne l’est le livre de Sophie Boisseau du Rocher.p Sylvie Kauffmann
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PARFUM POUR HOMME

pTirage du Monde daté jeudi 18 juin 2009 : 363 275 exemplaires.


				
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posted:6/19/2009
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