Religions et croyances

Document Sample
scope of work template
							     AIDE ET ACTION

       HISTOIRE – CULTURE




 BREF REGARD SUR
RELIGION ET CULTURE
     AU BENIN




 CENTRE DE RESSOURCES DOCUMENTAIRES
                               SOMMAIRE

RELIGIONS ET CROYANCE                                     03

LE VAUDOU


L'INITIATION AU VAUDOU


RITES FUNERAIRES


LE VODUN SAKPATA, DIVINITE DE LA TERRE




CULTURE ET SOCIETE                                        11

LA TRESSE


LES TONTINES


LA DECOUVERTE DE L'ART NEGRE


MUSIQUE ET DANSE


LES CALEBASSES GRAVEES A PROVERBES DU SUD BENIN


LES GRIOTS EN PAYS BARIBA, DANS LA REGION DE WASA-TOBRE


LES MASQUES GELEDE : LES SECRETS DES FEMMES


IBEJI : LA MORT NE SEPARE PAS LES JUMEAUX




LES ENFANTS "SORCIERS",                                   20

ENTRE TRADITIONS ET CULTURE DES DROITS HUMAINS




                                                               2
                       RELIGIONS ET CROYANCES



La religion dominante des Béninois est l’animisme et le fétichisme (environ 61 %). Le
christianisme (catholiques et protestants) est pratiqué par près de 22 % et l’islam par 15 %.


En gros, l'animisme reconnaît l'existence d'une force vitale présente chez tous les hommes. Il
puise ses rites moins dans la recherche spirituelle que dans la saisie des forces vitales qui se
promènent dans l'univers et qui peuvent assurer la sécurité et l'amélioration de la vie des
individus ou du groupe. Les prières animistes visent essentiellement à assurer la force, la
richesse et la fécondité du groupe. La notion de péché n'existe pas, il vaudrait mieux parler de
transgression d'interdits. L'attachement aux croyances traditionnelles est encore très vif dans
la majorité des population d’Afrique Noire. Même les fidèles musulmans ou chrétiens sont
nombreux à perpétuer des rites animistes ancestraux.


Le Bénin est le berceau du vaudoun, culte voué à un ensemble de divinités présentes partout
et en tout, qui s’est développé aux Antilles et au Brésil avec l’arrivée des esclaves. Il occupe
une place très forte dans la vie du pays au point que même les adeptes d’autres croyances
participent chaque année aux grandes fêtes qui se déroulent un peu partout.




                              LE VODUN AU BENIN

Même si, par ses aspects les plus spectaculaires, le "vaudou
" haïtien ou antillais qui en est dérivé s'est davantage fait
connaître, l'ancien Dahomey peut se prévaloir (avec les
pays avoisinants) d'être la terre d'origine des vodoun.


Un modèle d'explication du monde

Le vodoun n'est pas tant une divinité qu'une relation très
élaborée d'interdépendance entre l'homme et la nature.


Pierre Verger dit que le vodoun représente bien une force de la nature, mais non sous sa
forme déchaînée et incontrôlable. Il n'en est qu'une part seulement, assagie, disciplinée,
fixée, contrôlable formant un chaînon dans les relations des hommes avec l'inconnaissable,


                                                                                                3
Un autre chaînon est l'ancêtre, être humain, divinisé, ayant vécu autrefois et qui avait su
établir ce contrôle, cette liaison avec la force, l'asseoir, la domestiquer, nouer entre elle et lui
un lien d'interdépendance par lequel il attirait sur lui et les siens l'action bénéfique et
protectrice de cette force et déviait son pouvoir destructeur sur ses ennemis. En contrepartie
il faisait à cette part de force, fixée, sédentarisée, les offrandes et sacrifices nécessaires à
entretenir sa puissance, son potentiel, sa force sacrée appelée ashè.


Un des caractères primordiaux des vodoun semble être leur faculté de " posséder " leurs
adeptes. Mais cette faculté a sa réciproque le prêtre de chaque culte, le vodounon, lors de la
prise de possession, contrôle strictement cette force, l'empêchant " de dépasser les bornes "...
Vodoun et humains sont en outre liés par une sorte de pacte de solidarité, d'échange : les
vodoun influent sur la destinée humaine, mais leur puissance efficace est conditionnée par
les offrandes, les sacrifices qui les " nourrissent ".


C'est peut-être le mythe de l'unité perdue entre le ciel et la terre qui permet le mieux de
comprendre cette interdépendance. A l'origine en effet, ciel et terre n'étaient pas séparés.
Puis un jour le ciel s'éloigna de la terre. Depuis, Mahou, l'être suprême devenu pour les
humains " l'inconnaissable ", a délégué la gestion de l'univers à ses fils, les vodoun. Ces
derniers apparaissent en quelque sorte comme ses ministres chargés des " relations terrestres
et humaines ", chacun dans le domaine qui lui a été dévolu. Le vodoun du Tonnerre,
Hèbiosso, par exemple, régit les phénomènes d'origine céleste, atmosphérique, et sa justice
s'exerce par la foudre qui frappe les traîtres, les parjures, les meurtriers. Sakpata est le maître
de la Terre. Il nourrit l'homme en lui donnant maïs, mil et autres céréales, mais le punit
quand il est offensé en faisant apparaître sur sa peau le grain qu'il a mangé, la variole ; c'est
pourquoi on l'appelle aussi le " roi des Perles ", par allusion aux pustules varioliques. Dan
Ayido Hvvèdo, le " Serpent arc-en-ciel ", le " Souffle qui enveloppe l'univers " et s'enroule
autour de la Terre pour la soutenir, contrôle tout mouvement, régit le cours des eaux et
assure réussite, fécondité et richesse. Gou, le maître des Métaux, est la " divinité " de tous
ceux qui travaillent avec du fer (forgerons, cultivateurs, guerriers, chasseurs, pécheurs,
coiffeurs ... ) et par extension de toute activité humaine " technique " ! Il reçoit toujours sa
part de louanges au cours des cérémonies en l'honneur d'autres " divinités ", car sans le
couteau qu'il permet de forger, aucun sacrifice ne serait possible


Mais en ordonnant ainsi le monde, l'être suprême a pris soin de décourager un éventuel
complot à son égard. Chaque vodoun aura sa langue spécifique, inconnue des autres. Seul



                                                                                                  4
Lègba, son plus jeune fils, qui n'a reçu aucun domaine " tangible " en partage, les connaîtra
toutes. Maître de la Parole, de la Communication, Lègba, associé à Fa, le Destin, sera le
messager universel et " ouvrira ", en avant-garde, toutes les cérémonies. Parce qu'il est hors
jeu dans le partage de l'univers, explique Honorat Aguessy, Lègba est a même de mettre du
jeu dans la rigidité de l'ordre établi en devenant meneur de jeu. Les mythes racontent qu'il
prend délibérément parti pour les hommes dans les débats avec les divinités. ..


L'humanité, elle, écrit Jean Ziegler, est investie d'une tâche unique et permanente: parmi les
membres de chaque génération, quelques uns sont initiés au service des vodoun. Ceux-ci,
éléments constitutifs de l'univers, se révèlent en eux et parlent par leur bouche. On pourrait
dire : grâce aux initiés, l'univers s'éprouve vivant ou, en d'autres termes, la fonction unique
de l'action et de la présence des hommes est de maintenir la vie sur terre. Une communauté
de destin continue donc à lier au-delà de la séparation historique, les deux moitiés de
l'univers. Le ciel et la terre, séparés et unis, sont régis par une même structure globale, une
même hiérarchie des savoirs, des compétences et des pouvoirs respectifs.


Cette permanence de la vie s'exprime aussi à travers ceux qui ont achevé leur parcours
terrestre, les ancêtres biologiques des hommes. La mort ne peut rien contre la force vitale si
les vivants la perpétuent. Les ancêtres continuent à vivre près de leurs descendants, à
ondition que ces derniers prient pour eux et les " nourrissent " sur les assen, autels portatifs
dédiés a leur culte, Gardiens des traditions, ils structurent fortement la mémoire du lignage.


Vodoun et ancêtres constituent donc, dans l'ancienne société traditionnelle, un modèle
complet d'explication et de " gestion " de l'univers en faisant le lien entre l'homme et les
forces de la nature, les vodoun rendent cohérent l'espace, " lacent " l'être humain dans un
monde pourvu de sens, en reliant l'homme à lui-même, à son propre passé, les ancêtres
l'intègrent sans discontinuité à la quatrième dimension, celle du temps. Ce modèle vaut tant
sur le plan mystique que pratique. Sur le plan mystique, il fonde une perception de l'univers
où le Surnaturel s'inscrit dans un quotidien dont il est partie intégrante, où les morts forment
un continuum avec les vivants ; sur le plan pratique, il engendre, par l'importance conférée à
la relation homme-nature, une connaissance de ce que l'humanité et le monde peuvent
s'apporter mutuellement, un certain respect de l'environnement (arbres et plantes liés aux
vodoun). Il cimente aussi la cohésion familiale et sociale en fournissant des " autorités " à
même d'arbitrer les antagonismes, de résoudre les situations conflictuelles pour assurer la
permanence et l'évolution de la collectivité.



                                                                                                 5
L'initiation vodoun

Pour devenir adepte des cultes vodoun, il faut recevoir
préalablement une initiation. Cette formation a lieu
dans un enclos sacré qui peut regrouper plusieurs
cultes (tels ceux de Hèbiosso ou de Sakpata ... ). Elle est
contraignante et coûteuse car les novices sont nourris
et logés et ne rentrent pas chez eux durant le temps de
l'apprentissage. Comme les troncs étaient très hauts et
que personne n'osait y monter on laissa les singes
s'approcher de l'arbre.


Ceux-ci eurent vite fait d'y monter et, installés entre les branches, ils cueillirent les fruits
mûrs, mangeant la pulpe rouge qui entoure les noix, et laissant ensuite celles-ci tomber à
terre. Fa ramassa les noix pour les porter a Lègba et, a l'aide de seize amandes, celui-ci révéla
à Fa l'art de connaître les esprits et de se les concilier.


Fa, à son tour, enseigna cet art à d'autres hommes qui furent appelés bokonon. Il parcourut la
terre pour enseigner son secret.


Personnage très respecté car très instruit, le bokonon est précieux pour la société, car il
véhicule cette mémoire orale de la divination, venue de la région d'Ife, très complexe, et
transmise de bokonon en bokonon (souvent de père en fils).


Chaque individu, tant pour sa destinée collective que pour sa trajectoire individuelle, est
placé sous un "signe de Fa ", qu'il faut déterminer au moment qui convient. Certains enfants "
réclament " une consultation de Fa alors qu'ils sont encore dans le ventre de leur mère, pour
d'autres, cette nécessité se fera sentir beaucoup plus tard. Il permet aussi d'identifier le djoto
de l'individu, c'est-à-dire l'ancêtre tutélaire qui l'a envoyé sur terre.


De plus, le Fa ne cesse d'intervenir tout du long de la vie familiale, sociale et religieuse. Il
concerne toutes les catégories sociales. À chaque problème ou événement de quelque
importance, il est consulté pour savoir s'il est favorable ou non à telle union, tel voyage, si la
date de telle cérémonie vodoun est bien choisie.


Lors des consultations, le bokonon utilise soit un chapelet divinatoire, soit un jeu de noix de
palme. Le chapelet, fait de noyaux d'avini coupés en deux, indique le sort par la position des


                                                                                                6
fruits (selon qu'ils tombent sur la partie concave ou la partie convexe). Employées pour le "
grand Fa ", les noix, en fonction de la manipulation du bokonon d'une main à l'autre, livrent
des signes que le devin trace, du bout du majeur et de l'annulaire, sur le sol ou sur la poudre
végétale recouvrant son plateau de Fa.


Les signes sont des sentences que le devin devra interpréter pour le consultant. À l'issue de la
divination, le bokonon rend grâce au Fa en rythmant ses prières de son bâton (appelé lonflin)
avec lequel il frappe le sol ou le rebord de son plateau (le tâté). Puis il sera chargé d'indiquer
au consultant les sacrifices à faire à la divinité.


La consultation du Fa permet d'atteindre, par une série de tâtonnements, à la connaissance
de soi, en tant qu'individu mais aussi comme membre d'une communauté. La divination est
ainsi comparable à une sorte de maïeutique. Par sa sagesse et son savoir, le bokonon "
accouche " le consultant des forces (bonnes et mauvaises) enfouies dans son psychisme. Il
revient en définitive à chacun de tracer son propre destin, de réussir son parcours individuel
et communautaire, c'est-à-dire d'être à même, par une réelle prise de conscience, d'exploiter
du mieux les atouts octroyés par la nature et de juguler les aspects négatifs.


Rites funéraires

Les différents rites funéraires que subit le mort doivent lui permettre de quitter son
enveloppe biologique pour intégrer le monde des défunts.


Dans la première phase des funérailles, le corps est préparé pour l'ensevelissement. La
famille rend hommage au mort : en signe de soumission et de deuil, elle se prosterne, baise le
sol et se couvre la tête de terre.


Le mort est enterré avec certains objets pour ne pas être démuni dans sa nouvelle existence
puisque le monde des défunts est organisé comme celui des vivants et en fait partie. Les
proches apportent diverses offrandes (pagnes, colliers, etc.). Pour chacune d'entre elles, le
nom du donateur est clamé par un héraut. Puis un coup de fusil est tiré. Les dons seront
ensuite divisés en trois parts. La première sera inhumée dans le tombeau, la deuxième sera
partagée entre les enfants, le restant reviendra aux maîtres des cérémonies.


Lors de funérailles royales, on ajoute aux dons les insignes de la royauté : hamac, parasols,
ombrelle et petits sièges... Autrefois, certaines femmes du roi suivaient le défunt dans sa
tombe pour qu'il ne perde pas ses attributs, sa puissance et son statut dans l'au-delà.


                                                                                                7
Les tambours sato participent à ce passage du monde visible au monde invisible. L'orchestre
sato sort une fois par an pour honorer les morts du village de l'année écoulée. Les enfants des
défunts frappent les tambours sato à l'aide de bâtons recourbés. Ces tambours vont par paires
un mâle, une femelle ornés chacun d'attributs sexuels. Pendant que les tambours chantent,
des vieilles femmes couvertes de boue, portant des colliers de raphia, tiennent le rôle des
veuves. Elles vont à la source sacrée (yatonou) pour se purifier (elles lavent la boue) et
repousser la mort et les malédictions.


Le défunt qui n'aurait pas reçu les rites funéraires et n'aurait pas subi cette phase de "
séparation " pourrait errer et tourmenter les vivants.


La phase suivante a pour but de lui recréer une identité et consiste à le transformer en
ancêtre. Ce nouveau statut va permettre au mort de participer à la vie collective et d'être
consulté comme gardien des traditions. La transformation du mort en ancêtre est
matérialisée par l'édification d'un autel commémoratif appelé assen.


La case des ancêtres se situe au milieu de la concession familiale. Les ancêtres sont
représentés par les assen, en forme de parasols en fer ornés de figurines. La tanyinon, la
prêtresse de la famille, est chargée des prières et des offrandes. Elle fait les libations d'eau et
d'huile de palme.


Lors des cérémonies familiales d'hommage aux ancêtres, les assen sont transportés devant la
case des prières et fichés en terre par ordre de préséance. Les officiants proclament alors
successivement les noms des ancêtres et les louanges qui les accompagnent. lis réactualisent
la présence des défunts en leur donnant de l'alcool et en les nourrissant d'igname et de
manioc. Le sang est l'offrande ultime car il possède une force vitale qui passe par la mort de
l'animal et qui transfère la vie à l'ancêtre. Les figurines sur les autels portatifs caractérisent la
vie du défunt, comme les faits qui ont marqué son existence et ses interdits alimentaires.


Dans la famille royale d'Abomey, les princesses chantent les louanges des rois défunts,
rappelant leurs faits de gloire et exaltant leur puissance. De la même façon, le joueur de gong,
appelé kpanlingan, scande les litanies adressées aux ancêtres royaux. Il rythme la généalogie
des rois au son d'une cloche double qu'il frappe d'une baguette de bois. Entièrement voué à
cette tache, le joueur de gong psalmodie trois fois par jour ce long récitatif qui dure plus
d'une demi?heure. Autrefois, s'il arrivait que le kpanlingan en oublie un seul mot, il était
immédiatement décapité, ce qui montre bien l'importance d'une telle fonction : en retraçant



                                                                                                   8
les faits du royaume et la chronologie des rois, le kpanlingan, mémoire du pays, joue le rôle
d'historien.


Contrairement aux ancêtres familiaux qui restent dans le cadre de la concession du lignage,
les défunts royaux sont vénérés par la population entière lors de grandes fêtes
commémoratives. Véritables vodoun, ils se répartissent en trois catégories les ahossou,
correspondait aux anciens rois, les nessouhoué, princes et princesses défunts, et les tohossou,
enfants anormaux


Tout de suite après les cultes rendus aux ahossou, les anciens rois, on rend hommage aux
tohossou, les vodoun des eaux. Les enfants nés difformes font l'objet d'un culte particulier car
ils sont une manifestation divine des rois des eaux. Chaque roi possède un ou plusieurs
tohossou. Mais parmi les tohossou royaux, Zomadonou est le plus important. Enfant
monstrueux du roi Akaba, il se manifestait sous différentes formes, prenant tantôt
l'apparence d'un être doté de six yeux, tantôt celle d'un gros oiseau mangeant des poissons.


Les cérémonies d'hommage aux tohossou durent vingt quatre jours. Les prêtresses regagnent
leur couvent trois mois avant le début des commémorations, Elles représentent les tohossou
royaux et sont accompagnées des nessouhoué, les princes et les princesses défunts groupés
par familles de rois successifs. Les tohossou et les nessouhoué revêtent lors de la cérémonie
des parures différentes qu'accompagnent plusieurs figures de danses. Aux danses d'ensemble
succèdent les danses individuelles comme celles appelées botrotro au cours desquelles les
nessouhoué, sabre en main, revêtus des habits des princes d'antan, dansent les pas réservés
aux rois et aux princes pour montrer la puissance, la bravoure et l'invulnérabilité royales. Le
temps de la danse, les ancêtres princiers se réincarnent indifféremment dans les adeptes
masculins ou féminins.


Les cultes rendus aux vodoun publics, comme Sakpata ou Hèbiosso, ne sont célébrés qu'après
les cultes des tohossou et des nessouhoué. En plaçant les divinités du panthéon vodoun sous
la tutelle des cultes royaux, les rois d'Abomey renforçaient leur autorité. Ces grandes
cérémonies commémoratives faites aux défunts avaient pour but, en dehors du respect dû
aux ancêtres, de maintenir Ia cohésion sociale et de subordonner le pouvoir religieux au
pouvoir royal.

                                         Flore Hervé et Marie Mattera Corneloup,

                               attachées de conservation du patrimoine. Musée Albert-Kahn, Paris.



                                                                                               9
                                  ____________________________




       LE VODUN SAKPATA, DIVINITE DE LA TERRE

Parmi les cultes des nombreuses divinités des populations yoruba, wemenu, fon, gun… de la
côte du Golfe de Guinée, celui du vodun SAKPATA occupe une place important et des plus
typiques, place redoutable, et qui inspire souvent la peur ; ce qui amena d'ailleurs les rois
d'Abomey à l'interdire dans leurs Etats et à en chasser les responsables.


Les hasards de la recherche nous ont amené à connaître les noms de 26 personnes de deux
promotions consacrées à ce vodun SAKPATA dans la vallée de l'Ouémé, au début de la
décennie 1970, soit un total d'une centaine de noms imposés au début et à la fin de
l'initiation.


Ces noms se réfèrent toujours à la situation vécue alors par le groupe ou l'intéressé. Aussi
sont-ils intéressants, car ils nous livrent les sentiments fort divers des uns et des autres sur le
vodun, comme celui du vodun sur ses adeptes, et nous donnent une définition de la TERRE,
dont on dit que ce vodun est la divinité ou le maître. Mais n'est-ce pas là un des fondements
de cette religion du vodun ?


Mieux qu'un discours théorique, ces noms nous font saisir sur le vif la vie religieuse d'une
communauté.


________________________________

 Pierre Saulnier, prêtre des Missions Africaines (SMA), a séjourné de 1962 à 1975 au Bénin (alors le
Dahomey). Il y a mené une recherche en littérature orale, en particulier sur les noms des personnes.
En 1976 et 1977, il a obtenu son diplôme de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris
avec une présentation des noms imposés à la naissance en milieu gun de Porto-Novo, et son doctorat
en Anthropologie avec une étude sur le vodun Dan.




                                                                                                 10
                            CULTURE ET SOCIETE



La tresse

Quelle femme blanche aux cheveux désespérément raides, peu épais ou trop fins n'a pas,
sinon envié, du moins admiré ces savantes et artistiques nattes ornant de féminins visages
d'ébène ? Mais qui, hormis un regard connaisseur, eût pu traduire le message que cette
charmante parure transmettait ? Jeune fille ou femme mariée, riche ou pauvre, de telle ethnie
ou telle caste...


Bien sûr, aujourd'hui, ce n'est plus aussi simple : les modes urbaines et internationales s'en
sont mêlées et les signes s'estompent. La tresseuse professionnelle, toujours issue de la caste
prestigieuse des forgerons (fille ou femme de) va-t-elle rejoindre peu à peu le rang des
tresseuses ordinaires (celles reléguées à la coiffure quotidienne et non plus à celle de
cérémonie) ?


La tontine

Pratique symbolisant bien l'esprit d'entraide des Africains, la tontine est une sorte de caisse
d'épargne entre amis ou voisins. Depuis longtemps, les paysans se mettaient ensemble pour
défricher les champs ; celui dont c'était le tour offrait le vin de palme. Aujourd'hui, surtout
très pratiquée dans les pays d'émigration, les membres d'une tontine mettent en commun
une certaine somme d'argent et chacun à son tour en fin de mois en empoche la totalité. Cet
argent sert en général à monter ou à renflouer une affaire. Aucun papier n'est signé, toutes les
relations sont basées sur la confiance. Et puis on se connaît : on appartient à la même famille,
au même village ou quartier. Tonti, le banquier italien du XVIIe siècle qui lui a donné son
nom, ne pensait pas qu'un jour son « invention » se retrouverait en Afrique, à une grande
échelle. Ce qui est intéressant dans cette pratique, c'est que, plus qu'une épargne forcée, c'est
avant tout un état d'esprit, l'occasion de se retrouver, de s'épauler. La tontine peut aussi
prendre en charge des initiatives à caractère social, comme l'école d'un village. Elle remplit
également le rôle de la Sécurité sociale : aucun membre ne sera laissé seul en cas de maladie
ou d'accident.




                                                                                              11
Cette entraide est fondamentale. Il est fréquent de voir la famille des malades faire la cuisine
dans les cours des hôpitaux publics où les repas ne sont pas pris en charge. Elle les assiste,
elle reste proche. Les Africains ne comprennent pas les Européens qui confient leurs parents
à l'hospice ou à la maison de retraite.


La découverte de l'art nègre

En France, Braque joua un rôle déterminant dans la découverte de l'art nègre qui imprégnera
tout le cubisme. Les premières collections d' art primitif commencèrent vers 1907. À l'instar
du cubisme, dans les années 1920 et 1930, le dadaïsme et le surréalisme furent très sensibles
à la beauté primitive. C’est dans les années 1960 que naissent les grandes expositions d'art
primitif après que l'« invention » de l'art nègre par les artistes européens eut entraîné un
véritable pillage dans les pays concernés… Très vite, des artistes européens annexèrent ces
œuvres et appelèrent « privitivisme » toute une branche de l’art moderne… occidental. Mais
en Afrique noire, l’artiste ne signe pas et n’a rien à faire du vedettariat. La « star » est partie
intégrante de la collectivité et fait la fête avec elle.


Musique et danse

Afrique rime avec musique. Mais les danses et chants ne se produisent que lors de
cérémonies bien précises ou alors sur l'incitation mercantile de quelques organisations
touristiques. En revanche, il arrive souvent que, à la nuit tombée, sur la place du village, les
gens dansent au son du djembé et du balafon ou écoutent le griot accompagné de sa kora .
Il faut parler au pluriel des musiques.Chaque musique est un dialecte, et chaque instrument
est accordé à son propre dialecte.


La musique, comme la danse, traduit la complète communion de l'homme et de la nature.
Elle sert aussi à transmettre des messages. On ne cherche pas toujours à faire joli, on traduit
simplement la vie.


L'instrument de musique a partout une valeur symbolique : pour tous les assistants, il
représente leur cosmogonie, ou l'acte sexuel, ou l'accouchement, ou la vie, et chacun
reconnaît     la   valeur    de    chaque     détail       ainsi   que   sa   signification   profonde.
Vous pourrez entendre souvent les chants de travail qui rythment les activités des champs
(l'origine du jazz !) et surtout les jeux musicaux rythmiques des enfants. Mais maintenant, la
musique ne se cantonne pas à la brousse. Dans les grandes villes, les gens avaient fêté



                                                                                                    12
l’indépendance sur les rythmes venus de Cuba. Les instruments et les sonorités de l’Amérique
noire, ou ceux propagés par la world music, ont également beaucoup de succès.


Quelques instruments


   –   La kora : surtout présents en Afrique de l'Ouest, les griots, membres d'une sorte de
       caste particulière, à la fois sorciers et poètes, chantent depuis la nuit des temps les
       louanges des princes. Ils s’accompagnent de la kora, instrument à cordes (16, 21
       ou 28) dont la forme rappelle celle du luth mais la caisse de résonance est une
       calebasse tendue d'une peau de chèvre.
   –   Le balafon : sorte de xylophone, il se compose de lames de bois de différentes tailles
       et épaisseurs, montées sur un châssis. Des calebasses percées de trous et disposées en
       dessous servent de caisses de résonance.
   –   Tam-Tams : appelés aussi djembés, ils sont de différentes tailles . Avant le dîner, au
       retour de la pêche, sur la plage, à la messe, au cours d'une balade en pirogue... tout est
       prétexte pour tambouriner. Ce qui donne lieu à de formidables explosions de joie.




Les calebasses gravées à proverbes du sud Bénin

Région de production



Les calebasses, dont nous allons parler et qui sont au Musée Africain à Lyon, proviennent du
sud du Bénin, autour de la ville d’Abomey. Elles sont caractéristiques du peuple Fon qui est
présent dans cette région et dans une partie du Nigeria.


La fabrication

La calebasse est le fruit du calebassier rampant, une plante appartenant à la grande famille
des cucurbitacées qui comprend, par exemple, les courges et les melons. L’écorce ligneuse de
la calebasse peut être gravée et ajourée à l’aide d’un couteau. Avant d’être décorée, la
calebasse doit être coupée, évidée (la pulpe peut servir d’aliments aux animaux) et mise à
sécher au soleil. Ensuite le graveur utilise un petit couteau pour détourer des motifs figuratifs
et géométriques et incise les détails (les yeux ou les plumes des animaux par exemple) à l’aide
de la pointe.


                                                                                              13
Le décor à proverbes

Les dessins figuratifs détourés sur ces calebasses renvoient à quelques-uns des très nombreux
proverbes de la littérature orale fon. Ainsi un motif représentant une lune et deux soleils
renvoie à un proverbe que l’on peut traduire par « si tout ne se conclut pas selon mon désir,
deux soleils apparaîtront et la lune complétera jusqu’à trois », tandis que celui représentant
une bobine de fil renvoie au proverbe « même en pleine course, on peut trouver le moyen
d’enfiler une aiguille ».


L’usage ancien de ces calebasses

Chez les Fon du Bénin, ces calebasses gravées à proverbes étaient offertes par les jeunes
hommes aux jeunes femmes pour présenter leurs hommages et manifester leur
détermination et leur courage. En effet, les proverbes dessinés dessus ont un sens particulier
dans ce contexte. Le premier proverbe peut signifier « On verra plus facilement deux soleils
s’ajouter à la lune que de voir échouer mes projets (de mariage) », et le deuxième proverbe «
Nous pourrons nous marier quels que soient les obstacles qui se présentent ». Beaucoup de
proverbes différents peuvent être inventoriés sur ces différentes calebasses, mais quelques-
uns reviennent presque systématiquement. Parmi ces proverbes très fréquemment
représentés on trouve ceux illustrés par le dessin d’une branche de palme, d’un calao ou
encore d’un cœur, deux yeux et un rein. Certains motifs peuvent même renvoyer à plusieurs
proverbes, ce qui rend leur lecture d’autant plus riche.


Des calebasses à proverbes « souvenir »

Quelques-unes de ces calebasses portent des messages écrits (« souvenir de Porto-Novo » par
exemple) et parfois une datation. Le graveur a dû adapter le langage des proverbes à son
client, et a produit des calebasses souvenir à proverbes. Les motifs, et les proverbes qui leur
correspondent, sont plus difficiles à expliquer dans ce contexte nouveau, et, dans certains cas,
les motifs ne renvoient probablement même pas à des proverbes et servent juste de décor.


Les changements stylistiques

Selon le graveur et la région, le style du décor peut varier grandement, alors même que l’on
retrouve les mêmes motifs et que la technique ne change pas. Les calebasses à proverbes du
Musée Africain de Lyon, au nombre de 25, ont été collectées dans les années 1920 à Porto-
Novo, probablement par le Père Francis Aupiais. Elles ont vraisemblablement été gravées par


                                                                                             14
un même artiste, ce qui explique leur ressemblance. Le Musée de L’Homme, à Paris, et le
Musée Ethnographique de Genève possèdent également des calebasses gravées à proverbes
du Bénin. D’époques et d’origines diverses, elles sont stylistiquement très différentes, et
montrent que la gravure sur calebasse offre des moyens d’expression plastique infiniment
riches.


                                                                        LEVASSEUR Samuel




Les griots en pays bariba, dans la région de Wasa-Tobré


Les griots ont le rôle de louer les autres pendants les fêtes. Ce sont eux qui gardent la
mémoire historique des familles, des villages, d'une région, d'un peuple. Il s'agit ici des
différents griots de la région de Wasa-Tobré, en pays bariba, dans le nord du Bénin. Nous
allons nous arrêter sur les différentes sortes de griots de cette région, sachant qu'il y a des
différences, parfois mineures mais réelles, avec les autres régions où vit ce même peuple
bariba. Nous pouvons distinguer deux grandes " familles " de griots, elles-mêmes
comportant des catégories différentes.


Les Barobu

qui comprennent quatre groupes. Ils n'ont comme tabou de nourriture que le singe et le
cochon (ou sanglier, phacochère).


a) Les Bara turu, appelés aussi Dammaba


Ils tapaient autrefois sur un tam-tam fait de peau d'homme. Leurs tam-tams ne servent à
louer que les Wasangaris, les nobles. Pour ceux qui ne sont nobles que du côté paternel, on ne
tape que d'une seule main ; pour ceux qui sont nobles du côté paternel et du côté maternel,
on tape avec les deux mains. En fait, actuellement, les Dammaba se servent de tam-tams
ordinaires.




                                                                                            15
b) Les Guèsèréba


Ce sont ceux qui louent les nobles avec une langue que personne ne comprend. Il faut
traduire. Ils louent surtout les plus grands nobles. Ils se servent d'un tam-tam à cordes qu'on
met sous l'aisselle, mais différent de celui des karankuba.


c) Les Dondongibu


Ils louent surtout les nobles avec un tam-tam qui semble semblable à celui de Guèsèréba,
mais en chantant en langue bariba. Le yaakpe serait leur chef.


d) les Karankuba


Ce sont les griots d'une partie de la région de Wasa, la partie qui comprend Tobré et
Wasamaro. En général, ils sont dits du clan Mako. Mais tous les Makobas ne sont pas
karankuba, certains Makobas étant nobles (Wasangaris). Ils se servent d'un tam-tam à cordes
qu'on place sous l'aisselle. Certains sont du clan Kamsoo. Ce sont des gens que l'on a pris
comme otages au cours de razzias. Ils n'avaient aucune spécialité. Pour les rendre utiles, on
leur appris à jouer du karanku, d'où leur nom de clan, kamsoo, qui veut dire " pour rien ".


Les autres griots, non Barobu

a) Les kankangiba


Ils louent les Wasangaris (nobles) à l'aide de longues trompettes. Les principaux chefs
wasangaris ont, chacun, un nombre de trompettes déterminé selon leur rang.


b) Les saasaakuba


Ils louent les Baribas ordinaires, non nobles, deux à deux, en se répondant, avec aucun
instrument, sinon leur bouche. Ils se servent souvent d'un éventail pour faire porter leur voix.
Tout le monde peut être saassaku. Il faut connaître l'histoire des familles et … savoir réciter et
chanter.




                                                                                               16
c) Les yèrèkuba


Ce sont des femmes qui peuvent louer les Wasangaris et les simples Baribas. Elles se servent
d'un instrument, appelé sinu, fait à l'aide de tiges de bambous et de grelots,


d) Les gankuba


Ce sont ceux qui tapent du gros tam-tam appelé gon. Ils accompagnent les Barobu. Tout le
monde peut être ganku. Il suffit de bien connaître l'histoire. Si bien qu'en fait ce sont des
familles spécialisées.



Les masques gèlèdè : les secrets des femmes

Spécifique aux groupes ethniques yoruba (ouest du Nigeria) et nago-yoruba (est du
Dahomey), la société secrète Gèlèdè est dirigée au plus haut niveau par des femmes : la "
Grande-Mère " Iyalashè, et son assistante Iya Egbè. Les porteurs de masques et les musiciens
accompagnateurs, quant à eux, sont tous des hommes. Mais il ne s'agit que d'exécutants. Les
hommes disent : " Gèlèdè est le secret des femmes, nous, les hommes, sommes seulement
leurs esclaves ".


La danse de Gèlèdè est l'expression de la mauvaise conscience de l'homme vis-à-vis de la
femme. Elle trouve probablement son origine dans le changement de société qui a vu réduire
le rôle politique des femmes au profit des hommes. Les cérémonies au cours desquelles ces
masques se produisent ont pour but " d'apaiser les mères ", c'est-à-dire les femmes. Leur
potentialité génitrice est perçue comme une force occulte régissant le mystère de la vie,
domaine insondable pour les hommes. Les " mères-magiciennes " de la société détiennent le
pouvoir d'équilibrer le jeu du bien et du mal, des forces positives et négatives, jouant
finalement un rôle de régulation sociale. Les hommes adhèrent à l'organisation pour se
protéger de leur colère, qui peut entraîner stérilité, mort, maladie...


Le rituel Gèlèdè est en étroite connexion avec le culte du couple divin Obatala-Odouadoua:
cette déesse est " la Mère de tous ", l'entité créatrice des groupes ethniques yorouba qui
transforme le sang en enfants. Les cérémonies pour Odouadoua ont lieu dans la journée. Les
masques Gèlèdè sortent la nuit et les danses se poursuivent jusque vers l'aube ; alors
Odouadoua elle-même " monte sur la tète " (= prend possession) de sa prêtresse. Puis les




                                                                                          17
masques "de la nuit" se retirent pour laisser place, dans la journée qui suit, aux masques "du
jour", dont la fonction est plus divertissante que sacrée.


Les masques Gèlèdè, en bois léger polychrome, se portent sur le sommet de la tête ( le visage
du danseur étant dissimulé sous des pans de costume ). Le faciès du masque, qui représente
un ancêtre assurant la liaison entre le monde humain et l'invisible, est ainsi orienté vers le
ciel.


Cette face, aux traits rendus d'une manière assez conventionnelle, n'est pas exempte de vie.
La "force vitale" qui anime l'ancêtre, est suggérée par une légère déviance de son axe de
symétrie, ce procédé stylistique évite que la partie sculptée du masque ait le caractère figé
d'un visage idéalisé. Mais cette volonté d'asymétrie engendre la recherche d'un nouvel
équilibre interne, obtenu par l'agencement de la superstructure du masque et surtout par le
rehaussement d'une oreille.


Les superstructures, parfois très complexes, font appel à une foison d'images, où l'artiste peut
donner libre cours à son imagination, surtout lorsqu'il s'agit de masques "masculins" : ces
derniers sont en effet surmontés de figures empruntées à la vie quotidienne et ont
généralement une connotation caricaturale ou ironique, alors que les masques "féminins",
couronnés de motifs zoomorphes (oiseaux, serpents ... ) ou, plus simplement, d'une coiffure
élaborée ou d'une coiffe (gèlè signifie "bandeau"), font référence au sacré.




Ibéji : la mort ne sépare pas les jumeaux

Pour les Yoruba du Nigeria et du Bénin, la naissance de jumeaux est
considérée comme une bénédiction . On trouve chez eux le taux de
gémellité le plus élevé au monde. Mais en raison de leur important
taux de mortalité infantile, les mères doivent souvent faire face à la
mort d'un de leurs enfants. Face à cette triste éventualité, celles-ci
confient la plupart du temps à un sculpteur la confection d'une
figurine en bois, appelée ere ibeji . Celle-ci tiendra lieu de réceptacle
pour l'âme du défunt. La mère la traite dès lors comme s'il s'agissait de
son propre enfant vivant.




                                                                                             18
Les mères de famille croient que les jumeaux ont le pouvoir d'apporter chance, richesses, et
bénédiction, d'où le respect et l'attention qui entourent les substituts des jumeaux. Les
statuettes sont rituellement enduites d'huile et trempées dans des bains d'herbes spécifiques.
On les frotte d'aliments de tous les jours et on les place sur un autel familial qui leur est
réservé. Lors des fêtes, les mères les portent sur leur dos et les font danser.


De telles attentions peuvent nous sembler curieuses d'un point de vue extérieur, aussi, de
plus amples explications deviennent nécessaires. Les jumeaux sont sensés partager une seule
et même âme pour deux. Etant donné qu'un jumeau rescapé ne peut vivre avec la moitié
d'une âme, la statue est destinée à abriter l'autre moitié restante. Notons que chez les Yoruba,
Ia limite entre vie et mort n'est pas absolue. Il existe un lien étroit entre le monde des esprits
et le monde matériel. On a fréquemment recours aux forces supérieures pour intercéder en
faveur des vivants.


Prendre soin d'un jumeau est d'autant plus pertinent pour les Yoruba, que celui-ci est porteur
de bienfaits ; à l'inverse, négliger le jumeau décédé peut attiser sa colère et la diriger contre le
survivant. Ainsi, un jumeau défunt irrité peut provoquer divers malheurs : maladies,
naissances de morts-nés, voire stérilité. Les lavages fréquents, les dons de nourriture et les
frictions des statuettes expliquent l'usure des surfaces et leur patine. De ce fait, la surface
atteste de leur usage traditionnel et par voie de conséquence de leur authenticité.


Parmi les teintes favorites, on compte le bleu indigo, souvent employé pour leur coiffure. Le
bleu est en lui-même une couleur spirituelle elle fait référence au ciel, la tête est elle-même le
siège de la personnalité. Une pâte rougeâtre peut être frottée sur le corps, à la fois pour
repousser les insectes et donner de la force à la figurine, le rouge étant une couleur chaude
symbolisant puissance et énergie. Des ceintures de perles et des vêtements perlés peuvent
parer un ibeji en lui conférant un air de prestige. Les anneaux métalliques et les cauris sont
quant à eux, symboles de richesse. Néanmoins, chaque ibeji est unique et témoigne de
l'attention et de l'amour de son détenteur, qui pourra être le frère ou la soeur survivant(e),
une fois la mère décédée. Les statuettes reflètent la souffrance et la compassion. C'est un
soulagement pour une mère dont l'enfant a été emporté par la mort qu'elle puisse à nouveau
le tenir dans ses bras, sous la forme d'ibeji, le nettoyer, le nourrir, l'habiller et lui chanter des
berceuses. La mort n'est pas une fatalité pour une mère Yoruba; la vie de famille continue
grâce à la présence de l'enfant ibeji.




                                                                                                  19
                        LES ENFANTS "SORCIERS",

  ENTRE TRADITIONS ET CULTURE DES DROITS HUMAINS

                                                              Par Bouchardy Marie-Thérèse




Dans certaines régions d'Afrique, un prématuré ou un orphelin dont la mère est morte

en couches sont considérés comme des enfants sorciers. Rejetés par leur communauté,

ils sont, pour la plupart, victimes d'infanticide. Des militants des ACAT africaines
(Action des chrétiens pour l'abolition de la torture) se mobilisent pour lutter contre la

violence dans les pratiques traditionnelles.



Aujourd'hui encore, et dans le nord du Bénin en particulier, les enfants "sorciers" sont tués à
leur naissance, malgré l'interdiction de la loi.
Un enfant "sorcier" est un enfant qui naît et dont la mère meurt en couches; un enfant
prématuré ou qui se présente par le siège; un enfant qui commence sa dentition plus tôt que
la normale ou à la mâchoire supérieure… La femme qui accouche et son enfant sont
abandonnés par la matrone qui court avertir le village. Un "réparateur", ou bourreau, est
dépêché sur les lieux pour prendre possession du nouveau-né. Il doit "réparer" les
anormalités de la nature pour protéger le groupe. Il emporte l'enfant pour le sacrifier, comme
l'exige la coutume. Il existe plusieurs modes d'élimination: noyade, étouffement ou
empoisonnement à l'aide de plantes vénéneuses. Mais le plus souvent, le "réparateur", après
avoir lié les pieds du bébé, le balance au bout d'une corde et lui fracasse la tête contre un
tronc d'arbre. De père en fils, le bourreau est reconnu comme tel par le village.


Enfants "sorciers", enfants de malheur


Pour ceux qui pratiquent l'infanticide, un enfant né dans les conditions décrites plus haut est
un "démon" qui a pris forme humaine pour nuire à la société. Il faut donc l'éliminer, car les
villageois effrayés font porter à l'enfant la responsabilité de tous les malheurs du village. Si
l'enfant échappe à l'infanticide dans sa prime enfance, il n'est cependant pas définitivement à
l'abri. Une fillette a ainsi été tuée à l'âge de huit ans. Ceux qui n'ont pas été éliminés vivent de
la mendicité. Ils déclarent que lorsqu'ils seront grands, ils seront vendus comme une
marchandise pour garder les troupeaux ou travailler chez un riche voisin.


                                                                                                 20
Depuis les temps les plus reculés, chez les Boo, les Baatombou du Bénin, du Nigeria et les
Peuls du Bénin, de nombreux enfants ont été victimes d'infanticide. Les enfants "sorciers"
sont traités différemment selon les régions. Dans le sud du Togo, par exemple, on ne les tue
pas, mais on pratique certaines cérémonies pour les exorciser.


Information et sensibilisation


Face à cette situation, des militants pour les droits humains et des membres des Eglises ont
réagi. Soutenus par Espoir contre l'Infanticide (ELIB), Espoir Sans Frontière (ESP) et le
Rotary Club, l'ACAT et le Service interdiocésain Justice et Paix de Parakou ont entrepris une
campagne de sensibilisation. Ils essaient de rencontrer les parents et les autorités concernées.
La formation des sages-femmes et la construction de maternités a déjà sauvé la vie de
nombreux enfants, en mettant les nouveaux-nés à l'abri des infanticides "rituels". Quant à
ceux qui ont échappé à l'infanticide, des missionnaires s'efforcent de leur trouver une famille
d'accueil.


Il faut se rappeler que la mort d'un innocent, comme bouc émissaire, n'a jamais résolu le
problème de la peur, que ce soit celle d'un Hérode assoiffé de pouvoir ou d'une population
enfermée dans ses superstitions.


                           ___________________________




                                                                                             21

						
Related docs
Other docs by pengtt
Mainboard Manufacturer Gigabyte
Views: 161  |  Downloads: 0
9-11
Views: 75  |  Downloads: 0
NEUHEITEN 2. HALBJAHR 2010 GIRLS
Views: 5  |  Downloads: 0
Irrigation Development and Farme
Views: 63  |  Downloads: 0
CABIN JOHN ICE RINK - PDF
Views: 6  |  Downloads: 0
Sample Report
Views: 6  |  Downloads: 0
MINUTES OF A MEETING OF THE SADD
Views: 1  |  Downloads: 0
EXPRESS YOURSELF - Hoover City Schools
Views: 23  |  Downloads: 0
Dreams Resort and Spa
Views: 1  |  Downloads: 0