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                                           APPEL À COMMUNICATIONS
                                             COLLOQUE D'ALBI 2011

                  L'AMBIGUÏTÉ DANS LE DISCOURS ET DANS LES ARTS,
                                    du 11 au 14 juillet 2011
                    à Albi (Centre Saint-Amarand 16 rue de la République)

                                                  ό άναξ ού το μαντείόν εστι το εν Δελυοισ ουτε λέγει
                                                  ουτε κπύπτει αλλα σημαίνει.1


      "N'existe que pour être levée", pourrait définir l'ambiguïté à la manière du
"dictionnaire des idées reçues" de FLAUBERT, à moins qu'il n'eût préféré "Intolérable
pour le charbonnier". Quant à l'étymologie, si elle n'explique pas tout, ( elle est peu
considérée par certains ), elle donne cependant des éclaircissements sur l'axe diachronique
: les mots latins ambiguitas (atis, f) : ambiguïté, équivoque, ambiguum (i, n ): le doute,
l'incertitude, etc., et la racine indo-européenne ambh- : de chaque côté qui onn n r
αμφίς : des deux côtés, autour de, à part, loin de, et αμφί : autour, tout autour, etc. nous
donnent un champ sémantique qui va de l'équivoque, de l'incertain, du doute, à l'hésitation,
à la polysémie, au plurivoque, à ce qui peut avoir un double sens, à ce qui est mal
déterminé, à l'amphibologie, aux ambages, ou à ce qui semble signifier des qualités
contraires. La phrase d'HERACLITE citée en exergue est un bel exemple d'ambiguïté car
elle oblige à se poser la question, comme le souligne Marcel CONCHE2, " de savoir dans
quelle intention le philosophe écrit ce texte. Faut-il comprendre qu'il entend comparer son
propre discours à la parole ambiguë du dieu ? Les dieux, détenteurs de la vérité, ne
semblent pas vouloir la révéler, et se contentent ' n onn r s si n s…L vérité s r it-
elle dangereuse pour leur statut de dieu malgré la mort qui nous sépare d'eux ? La
philosophie naquit- ll         l' mbi uïté omm l' nnui      l'uniformité…? CICERON, qui,
au dire de Joël SCHMIDT, aurait consulté l'oracle de Delphes dans sa jeunesse3, était par
exemple persuadé que la connaissance de l'avenir était inutile, et refusait que l'on pût
prévoir et prédire ce qui n'était que le résultat d'un hasard aveugle (Traité "De la
divination."). Rationaliste et imprégné de la pensée aristotélicienne, c'est à la raison qu'il
attribue le pouvoir que d'autres accordent aux dieux, mais, qu'il soit allé ou non à Delphes,
il p ns qu l f bul ux stin            Rom prouv qu' ll st béni        s i ux…position pour
le moins ambiguë…Pi rr GRIMAL pour s p rt r l t l'initi tion                     Ci éron ux
mystères d'Eleusis, cette initiation à l'époque s'imposant à tout Romain de haute ou
moyenne naissance. Ainsi, le mysticisme et la rationalité peuvent s'affronter chez le même

1
  "Le maître dont l'oracle est celui de Delphes ne dit ni ne cache mais il signifie." Les hellénistes complèteront d'eux-mêmes
l'accentuation incomplète (problème de logiciel de notre ordinateur).
2
  HERACLITE,- fragments" (texte établi par Marcel CONCHE) PUF, 1986, p.150.
3
  Joël SCHMIDT, Cicéron, éditions Pygmalion G.Watelet, 1999, p.156. Au sujet de cette affirmation de Joël Schmidt nous
tenons à signaler qu'elle est mise en doute par certains chercheurs qui affirment que l'oracle était fermé depuis longtemps à
l'époque où vécut Cicéron, même s'il est probable qu'il se soit rendu sur les lieux quand il séjourna en Grèce.


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sujet, et donner à ses discours successifs une impression d'ambiguïté dont lui-même n'est
pas nécessairement conscient. Mais le mot "ambiguïté" n'est-il pas polysémique?
      Vouloir définir un mot pose presque immédiatement des problèmes. Dans le chapitre
II de "L'origine des espèces", DARWIN explique le mal qu'on a à définir les mots
"espèce", "variété", "monstruosité":
          " Je ne discuterai pas ici les différentes définitions que l'on a données du terme espèce. Aucune
          de ces définitions n'a complètement satisfait tous les naturalistes, et cependant chacun d'eux sait
          vaguement ce qu'il veut dire quand il parle d'une espèce".4
      Mais comme le dit fort justement Alain REY, qui, après avoir analysé la polysémie
du mot "définition", constate " à quel point la procédure de définition peut varier et le mot
définition être ambigu, tout comme ses équivalents en d'autres langues." 5 Pour cet
éminent lexicographe les ambiguïtés dont souffre la notion générale de "définition" sont
dues à la socialisation du savoir et à une perception insuffisante de l'originalité des
démarches, même s'il reconnaît que la linguistique et la sémantique ont permis de clarifier
la question en ce qui concerne les définitions des dictionnaires. Le problème ne se posa
pas pour Pangloss qui "enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait
admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, […] 6". L'ironie ( eirôneia en grec :
action d'interroger en feignant l'ignorance") est sans doute un des plus beaux fleurons de
l' mbi uïté…, insi qu tout s l s figures de rhétorique qui la servent comme l'oxymore,
l'hyperbole, la litote, l'antiphrase évidemment, la syllepse ( sur laquelle a particulièrement
travaillé Michel BALLABRIGA, directeur du CPST-Université de Toulouse-Le Mirail ),
les jeux de mots, etc., mais nous pouvons nous demander si l'humour n'est pas plus ambigu
encore que l'ironie. Il ne fait pas de doute par exemple que l'ironie voltairienne citée plus
haut assassine la "Théodicée" de Leibniz qui tente vainement de ne pas rendre Dieu
responsable de l'existence du mal. Il n'y pas là d'ambiguïté, ou plutôt l'ambiguïté se détruit
au fur et à mesure de l'analyse du texte et du contexte. En revanche l'humour n'a-t-il pas
pour caractéristique de nous laisser sur une ambiguïté non levée ?
      Ceux que le XIXe surnomma "Les Grands Rhétoriqueurs" furent les spécialistes de
l'ambiguïté dans le discours poétique au XVe siècle, dans la mesure où leur poésie se
voulait " engagée", dirions-nous aujourd'hui, alors que leur statut de courtisan les obligeait
en même temps à user d'une langue très sophistiquée, à utiliser toutes les ressources de la
rhétorique ainsi que le précise L'histoire de la rhétorique dans l'Europe moderne7, collectif
dirigé par Marc FUMAROLI. L'ambiguïté tenait alors au fait que la plupart des louanges
et compliments qu'ils adressaient à leurs protecteurs masquaient une certaine subversion.
      Au XVIIe siècle la poésie et le discours ambigus seront "condamnés" par Port-Royal
car la beauté ne pouvait avoir que la vérité pour origine, laquelle ne pouvant s'atteindre
que par le chemin de la raison. Pierre NICOLE souhaitait que l'on rejetât toutes les figures
de rhétorique qui favorisaient le faux et l'ambigu. Dans le chapitre XXII du livre II des
Nouveaux essais sur l'entendement humain, LEIBNIZ traite Des idées claires et obscures,

4
  C. DARWIN, L'origine des espèces, édition Flammarion, Le Monde, 2009, p.61.
5
  Alain REY, " Polysémie du terme définition" in coll. La définition" Larousse Langue et langage, 1990, p.14.
6
  VOLTAIRE, " Candide" in Romans et contes, Gallimard nrf, 1979, La pléiade, p.146.
7
  Histoire de la rhétorique dans l'Europe moderne, 1999, Presses Universitaires de France sous la direction de Marc
FUMAROLI, p.132.


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distinctes et confuses : Philalethe affirme que "les idées complexes sont claires quand les
simples qui les composent sont claires, et que le nombre et l'ordre de ces idées simples
sont fixés." Théophile lui rétorque "j'ai coutume de suivre ici le langage de M. Descartes,
chez qui une idée pourra être claire et confuse en même temps; et telles sont les idées
sensibles, affectées aux organes, comme celle de la couleur ou de la chaleur"8 Pour
LEIBNIZ, la vérité relève à la fois de la clarté et de l'esthétique, le "beau" ne pouvant être
dissocié du "vrai". De fait l'ambiguïté est partout et c'est la clarté qui, souvent considérée
comme naturelle, serait en réalité une construction de l'esprit, voire une utopie dans
certains cas. Finalement on peut se demander si l'ambiguïté ne correspondrait pas à une
ré lité pr mièr      l' xpéri n hum in … C s r it évi mm nt pr n r p rti ontr l
logique transcendantale de KANT qui affirme que l'entendement et la volonté sont des
attributs de Di u… Fr n is JACQUES, qui fréqu nt l olloqu 'Albi, p ns it qu tout
ne pouvait être dit explicitement :" Il y a un optimum dans le partage des présuppositions.
Trop peu la conversation n'est pas viable, trop elle n'est pas féconde."9 Il ne s'agit pas là
du choix d'un juste milieu, mais simplement du constat qu'en somme le non-dit et les
présuppositions, facteurs d'ambiguïtés, sont cependant les lubrifiants nécessaires au
fonctionnement de la machine interactionnelle.
      DU MARSAIS, dans le livre VI du troisième chapitre de Des tropes ou différents
sens, considère le phénomène que nous désignons par homophonie, puis aborde le
problème des constructions ambiguës, et va jusqu'à parler de constructions louches :
         "Louche est une sorte d'équivoque, souvent facile à démêler. Louche est ici un terme
         métaphorique ; car, comme les personnes louches paraissent regarder d'un côté pendant qu'elles
         regardent d'un autre, de même, dans les constructions louches, les mots semblent avoir un
         certain rapport, pendant qu'ils en ont un autre ; mais quand on ne voit pas aisément quel
         rapport on doit leur donner, on dit alors, qu'une proposition est équivoque, plutôt que de dire
         simplement qu'elle est louche."10
     Ainsi DU MARSAIS porte un jugement moral sur l'équivoque, et citant un peu plus
loin dans le chapitre ce vers de CORNEILLE :
         L'amour n'est qu'un plaisir, et l'honneur un devoir.
il justifie la position de l'Académie qui " a remarqué que Corneille devait dire
         L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.
         […]autrement il semblerait que Corneille, contre son intention, eût voulu mépriser également
         l'amour et l'honneur."11
      FREUD p rm ttr ' bor r l problèm sous un utr n l …
      Après MARX, FREUD et NIETZSCHE (ce dernier brise le dualisme de
DESCARTES), après ces philosophes du soupçon, s'offusquer de l'ambiguïté paraît
ridicule, et dans tous les domaines, artistiques, littéraires, scientifiques, l'ambiguïté finit
par avoir pignon sur rue. Certes, le "freudo-marxisme" des années soixante fut considéré
par bon nombre de penseurs comme une récupération de la contestation culturelle par la
pensée bourgeoise. Mais dans le sillage de FREUD, LACAN, en affirmant que
l'in ons i nt st stru turé omm un l n            … phr s qui v ourir              ns tous l s
8
  LEIBNIZ, Œuvres philosophiques, éditions Librairie philosophique de LADRANGE, Paris, 1866, Tome 1 pp. 239-240.
9
  Francis JACQUES, Dialogiques, P.U.F,. 1979, p.170.
10
   Du MARSAIS, Des tropes ou des différents sens, Editions AMABLE- LEROY, imprimeur-libraire, Lyon, 1815, p. 160.
11
   Ibid. p.161.


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 olloqu s…. t surtout n r éfinissant le signifiant, en le structurant en termes
topologiques, a remis en cause le caractère arbitraire du rapport du signifiant et du signifié,
au grand dam de la linguistique structuraliste:
          "Les effets du signifié ont l'air de n'avoir rien à faire avec ce qui les cause. Cela veut dire que les
          références, les choses que le signifiant sert à approcher, restent justement approximatives -
          macroscopiques par exemple. Ce qui est important, ce n'est pas que ce soit imaginaire - après
          tout, si le signifiant permettait de pointer l'image qu'il nous faut pour être heureux, ce serait très
          bien, mais ce n'est pas le cas. Ce qui caractérise, au niveau de la distinction, le rapport
          signifié/signifiant, le rapport du signifié à ce qui est là comme tiers indispensable, à savoir le
          référent, c'est proprement que le signifié le rate. Le collimateur ne fonctionne pas".
          Le comble du comble, c'est qu'on arrive quand même à s'en servir en passant par d'autres
          trucs."12
      Il est vrai que SAUSSURE avait usé, dans le CLG, de l'adjectif inconscient, et plus
rarement des la substantive inconscience et subconscient comme le fait remarquer Michel
ARRIVÉ dans "Le linguiste et l'inconscient"13, dont le chapitre V, " Lacan grammairien"
(pp.88-123) mérite le détour de lecture....
      La psychanalyse n'allait-elle pas confirmer l'ambiguïté de tout discours, le non-dit
(inter-dit) s'affirmant sous le dit, le sujet de l'énonciation se dédoublant, la polysémie des
mots, déjà facteur d'ambiguïté, se redoublant en quelque sorte au niveau d'une structure
sous-j nt …? L so iolin uistiqu , v                  Louis-Jean CALVET, va reprendre et
développer cette conception lacanienne qui considère le lieu du signifiant comme une
surface14. Au risque d'être trop long, nous citons ce propos de L.-J. CALVET que nous
tenons pour important :
             "[…] une surface (la feuille de Saussure, le lieu de Lacan) peut-être plane certes, comme
             celles que modélise la géométrie euclidienne, mais elle peut aussi être courbe, en spirale, en
             hélice, et se pose alors, dans ces différents cas de figure, le problème des rapports entre le
             signifiant et le signifié.[…]Je pense, pour ma part, à une autre topologie, qui n'est bien sûr
             qu'une autre métaphore : si sa feuille ( le signe, si l'on préfère) était considérée comme une
             spirale, nous aurions une face extérieure, offerte à la perception, et une face intérieure, sans
             cesse confrontée à elle-même, dans un rapport spéculaire, en miroir. On aura compris que,
             dans cette transformation de la métaphore saussurienne, la face extérieure, celle que l'on
             perçoit, est bien sûr le signifiant et la face intérieur le signifié. Le lieu du signifié serait alors
             comme une galerie de glaces ou une chambre d'écho qui ferait qu'on s'y voit parfois à
             l'envers, parfois déformé, de façon précise ou floue. Si le signifié était la face tournée sur elle-
             même d'une spirale, alors il se reflèterait sans cesse en lui même, jusqu'à pouvoir dire une
             chose et son contraire."15
Voilà qui pose avec beaucoup d'originalité et de pédagogie le problème de l'ambiguïté !
     GREIMAS, qui se méfiait des ambiguïtés, mais qui construisit sa théorie sur le
couple oppositionnel générant le carré sémiotique (inspiré du carré logique ’Aristot ),
avait montré dans un exemple célèbre de "Sémantique structurale" que "le 'bon mot'
considéré comme genre littéraire, élève au niveau de la conscience les variations des
isotopies du discours, variations qu'on fait semblant de camoufler, en même temps, par la

12
   J. LACAN, Le séminaire livre XX encore, éditions du SEUIL, 1975, pp.23-24.
13
   Michel ARRIVÉ, Le linguiste et l'inconscient, PUF formes sémiotiques, 2008, pp.134-135.
14
   Louis-Jean CALVET, Le signe saussurien et la (socio)linguistique, (conférence).
15
   Ibid.


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présence d'un terme connecteur."16 LACAN aurait sans doute beaucoup dit sur ce terme
connecteur qu'il n'aurait considéré qu'en fonctionnement synchronique. Malgré l'écriture
censée non-ambiguë des programmes narratifs,
                             PN = F(S2) => [ ( S1 U O1)  (S1 ∩ O1)]
      GREIMAS montre dans ce même ouvrage comment, au niveau de surface, le plaisir
spirituel résulte de la découverte de deux isotopies différentes à l'intérieur d'un récit
supposé homogène17.
      Pour SAINT AUGUSTIN, l'ambiguïté est sous chaque mot, et il est permis de penser
qu'elle dynamise le fonctionnement de l'intelligence plus qu'elle ne le freine, et ce dans
tous les domaines. Inutile d'insister en revanche sur les problèmes que pose l'ambiguïté
aux traducteurs. Ils doivent en effet s'assurer, comme tous les autres lecteurs, une fois les
ambiguïtés liées directement aux problèmes de traduction levées, que telle ambiguïté
détectée est voulue par l'auteur, et qu'elle devient alors un élément esthétique du discours
qu'il leur faudra tenter de rendre dans la langue cible. Ils doivent en conséquence faire
preuve d'une véritable "compétence narrative" de lecteur pour discerner les ambiguïtés
volontaires de l'auteur des ambiguïtés involontaires, ces dernières faisant les délices des
psy h n lyst s…En t nt qu suj t            tt " uxièm énon i tion" ont l t xt tr uit st
le résultat, les traducteurs devront veiller en outre à ne pas créer la moindre ambiguïté dans
les textes privilégiant l'aspect dénotatif comme, par exemple, les textes scientifiques ou les
textes législatifs.
      Il est enfin des types de discours qui se caractérisent presque par l'ambiguïté, et c'est
le cas, entre autres, des discours publicitaires, des textes des horoscopes, voire parfois des
  is ours politiqu s…, p rti ulièr m nt qu n l urs ut urs utilis nt tt m tièr vé ét l
  ont ' utr s font s flût s ou s pip ux… ! Citons, u suj t                     l publicité, un
exemple donné par Jean -Michel ADAM et Marc BONHOMME qui analysent la
bivalence dénotative attachée à "VOUS" dans une annonce publicitaire de l'entreprise
d'optique LISSAC :
            « " Lissac VOUS conseille, mais c'est à VOUS de voir." Après un premier VOUS-lecteur, la
            syllepse concentrée dans la formulation " à vous de voir" permet de passer spontanément du
            circuit interlocutif au circuit économique de la publicité. Si "voir" signifie [étudier les
            données de la question], le texte sélectionne encore le VOUS-lecteur. Par contre, si "voir"
            prend le sens concret de [exercer sa vision], on bascule dans le domaine de l'emploi de
            lunettes Lissac et on est en présence d'un VOUS-utilisateur. »18
      Marc BONHOMME a bien montré à quel point "à travers l'opacité reconnue de leur
signifiant, les figures du discours sont des zones de langage incontrôlées du sens, les aléas
de la communication et l'ambivalence des stratégies interprétatives. Ces phénomènes que
l'on peut classer sous l'appellation globale 'd'ambiguïté', caractérisent en fait les figures à
plusieurs niveaux" 19
      Catherine KERBRAT-ORECCHIONI a analysé les ambiguïtés qui naissent des
"contenus implicites ( ces choses dites à mots couverts, ces arrières pensées sous-

16
   A. J. GREIMAS, Sémantique structurale, PUF nouvelle édition de mars 1986, p.70-71.
17
   Ibid.
18
   J. M. ADAM et Marc BONHOMME, L'argument publicitaire, éditions Armand Colin, 2007, p.52.
19
   Marc BONHOMME, " Figures du discours et ambiguïté" in n° 15 de la revue SEMEN.


                                                                                                      6
entendues entre les lignes), [mots pesant] lourd dans les énoncés et [jouant] un rôle
crucial dans le fonctionnement de la machine interactionnelle […]"20 et montré l'extrême
complexité d'un mécanisme dans lequel interviennent "des compétences hétérogènes, dont
les domaines respectifs et les modalités d'intervention sont fort délicats à préciser"21.
      L'ambiguïté au théâtre ? Elle ne réside pas seulement dans le nom de l'une des plus
célèbres scènes parisiennes. Nous avons envie de répondre qu'elle est partout et que toute
pièce, (et pas seulement le Tartuffe ou Le Misanthrope de MOLIÈRE, Les Fausses
Confidences de MARIVAUX, ou La Cantatrice chauve de IONESCO, pour n'en citer que
quelques-unes), est construite sur l'ambiguïté. Le trope communicationnel est une des
figures privilégiées du théâtre, le spectateur étant partie prenante et le problème du
décodage se posant alors au niveau de la communication. Le jeu même de tout acteur est
ambigu car il doit à la fois se pénétrer du rôle du personnage qu'il joue, et en même temps
garder la distance sans laquelle il ne pourra pas parler pour l'autre, ce qu'il doit faire, alors
qu'il n oit p s imit r l' utr … D'où l ons il qu onn it STANISLAVSKI, ité p r
VITEZ, à ses comédiens :"Ne cherchez pas en vous. En vous il n'y a rien. Cherchez dans
l'autre qui est en face de vous."22
      L s rts, ont nous vons p u p rlé ns t pp l éjà trop lon …, f ront é l m nt
l'objet de nos recherches et travaux du point de vue de l'ambiguïté. La première ambiguïté
qui se pose à l'homme à ce sujet ne porte-t-elle pas sur la nature de la beauté, qui, pour
aller dans le sens de NIETZSCHE, serait l'expression du tempérament de l'artiste et non le
reflet d'un monde idéalisé. L'ambiguïté majuscule, dirons-nous alors, réside dans la
sémantique du mot "art", la post-modernité (terme très mbi u pour nous…) su ér nt qu
tout obj t t hniqu st un œuvr ' rt, l' "urinoir" (ou "l font in "…) t l "rou
bicyclette" de DUCHAMP, l'étant au même titre que la "Nature morte au panier" de
CEZANNE ou l Doryphor              POLYCLETE…Qu' n st-il alors de la beauté ? Qu'en est-
il des critères du beau ? Nous n'avons pas de mal à imaginer ici les propos tonitruants des
tenants de "la fin de l'art" et de ceux qui la contestent. Entre, par exemple, "l'esthétique
transcendantale " de KANT (in Critique de la raison pure) et l'approche freudienne de
l'analyse de la connaissance propre aux images (L'interprétation de rêves) les ambiguïtés
p rsist nt ou s lèv nt…., s ns xpliqu r non plus n tt m nt pourquoi t ll int rprét tion
musicale peut aller jusqu'à déclencher des larmes sans autre cause apparente que l'
int rprét tion l'œuvr , qu nous n ions ns l s h rmoni s w néri nn s, volions ns
l'univ rs éblouiss nt      lumièr     s "V ri tions Gol b r "…ou plon ions ns l mon
bleu - nuit du "Lover m n"           Ch rli P rk r…L'hyp r o é è r u m thém ti i n-
s ulpt ur G or s Art, omposé               120 o         è r s i ntiqu s, œuvr onçu p r
ordinateur, relève -t-il de la science ou de l'art, ou des deux ?23
Quant à la poésie numérique, en multipliant les pistes narratives, en jouant sur des infinités
de possibles, ne se développe-t-elle pas dans un univers essentiellement ambigu ? Genette
  onsi ér it l'œuvr ' rt omm "un objet esthétique intentionnel"24 , mais il va de soi que
20
   Catherine KERBRAT-ORECCHIONI, L'implicite, Armand Colin, 1998, p.6.
21
   Ibid. p.161.
22
   Anne UBERFELD, Lire le théâtre III, Belin lettres SUP, 1996, pp. 146-147.
23
   J. P. DELAHAYE, "Les sculptures mathématiques de Georges Art" in Universalia, 2010, p.269.
24
   Gérard GENETTE, L'œuvre d'art- immanence et transcendance " éditions du Seuil, Paris, 1994p.10.


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le terme "esthétique" pose des problèmes et est ambigu à tous les niveaux, de Platon à
Alain, via Aristote, Hegel, Valéry, pour n'en citer qu'un nombre infime, et que l'épithète
"int ntionn l" n p rm t p s          l v r bon nombr          s mbi uïtés…L onst t qu
faisait Ulmann en 1952 se vérifie toujours : " Beaucoup de mots n'ont pas de sens précis.
Fixés par des contextes, ils se laissent manier et interpréter aisément ; mais ils nous
glissent des doigts dès qu'on veut les serrer de plus près. On trouve alors que leurs
contours sont fluides et que leur constitution même n'a rien de stable ni d'uniforme."25
      En traitant de "L'ambiguïté dans le discours et dans les arts", notre 32e colloque
ouvre un champ de recherche et de réflexion très large dans lequel il nous faudra faire
l'effort de tenter d'appréhender le fonctionnement de ce concept, qu'il s'agisse de
"l'ambiguïté" par vocables polysémiques, par syntagmes polysémiques ou par lexèmes
insuffisamment déterminés (Gradus - les procédés littéraires)26. Catherine FUCHS
caractérise l'ambiguïté linguistique comme une alternative entre plusieurs significations
mutuellement exclusives associées à une même forme au sein du système de la langue 27.
Ces remarques s'appliquent également à toute forme d'art en fonction du contexte
socioculturel. L'art moderne enfin, en nous arrachant virtuellement de l'espace euclidien,
ne réussit-il pas à briser, effacer, gommer, la frontière entre l'ordre et le chaos ? D'où de
nouv ux typ s ’ mbi uïtés…, ux                l post-mo rnité…, à moins qu             n soit
simplement l'ambiguïté de chacun de nos mots ( sans tenir compte de l'homophone de
"mot"…) ont h un port r it l tr                u s ns opposé s mots primitifs uxqu ls
s'intéressa FREUD dans les Essais de psychanalyse appliquée. Les énantiosèmes, les
addâd comme on les appelle en arabe, ne sont-ils pas, se demande L.-J. CALVET, " un cas
particulier des rapports entre signifiant et signifié et quelque chose d'inhérent à la nature
du signe "28 ? La pragmatique, très en vogue aujourd'hui, était définie par MORRIS en
1938 comme "cette partie de la sémiotique qui traite du rapport entre les signes et les
usagers des signes"29, mais elle est loin, malgré son caractère polymorphe, protéiforme,
  ' voir l vé l s prin ip l s mbi uïtés ont sont ém illés l s          is ours t l s œuvr s
d'art…
      Une certitude pourtant, après ce long périple dans la sphère des ambiguïtés : la cité
épiscopale d'Albi fait désormais partie des sites inscrits au patrimoine mondial de
l'UNESCO… Notr olloqu n onnot bsolum nt p s un                      tivité touristiqu …, m is
il pour é rin l b uté           sit …!

                                                                                           Pierre MARILLAUD
                                                                                             Président du CALS




25
   Stephen ULLMANN, Précis de linguistique française, éditions de 1969 Berne Francke, 1959, p.352.
26
   Bernard DUPRIEZ, Gradus -les procédés littéraires, 10/18, 1984, pp.38-39.
27
   Catherine FUCHS, Les ambiguïtés du français, édit. Ophrys, Paris, 1996.
28
   Le texte déjà cité de l'article de Louis-Jean CALVET a été mis par Robert Gauthier sur le site du CALS.
29
   Citation donnée par Françoise ARMENGAUD, 1985, in "La pragmatique", PUF "Que sais-je," 5e édition mise à jour en
2007, p.5.


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posted:3/2/2011
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Description: appel � communications pour le colloque d'Albi CALS