CAMEROUN - FICHE PAYS by fredoche25

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									Cameroun
1   PRÉSENTATION

Cameroun, en anglais (langue officielle, avec le français) Cameroon, pays d’Afrique centrale ouvert
sur l’océan Atlantique. Sa capitale est Yaoundé. Le Cameroun est membre du Commonwealth.


Le Cameroun est limité à l’ouest par le Nigeria, au nord-est par le Tchad, à l’est par la République
centrafricaine, au sud par le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale.



2   LE PAYS ET SES RESSOURCES

Depuis le golfe de Guinée (golfe du Biafra), le Cameroun s’étire vers le nord jusqu’au lac Tchad,
formant un triangle de 475 442 km² de superficie, qui relie l’Afrique équatoriale et l’Afrique
occidentale.



2.1     Relief et hydrographie

Le Cameroun se divise en plusieurs régions. Au sud, la plaine côtière et l’intérieur des terres sont
couverts d’épaisses forêts tropicales tandis qu’en direction du nord celles-ci font place à la savane
puis à la steppe soudano-sahélienne, qui se termine par des marécages en bordure du lac Tchad.
Le trait dominant de son relief est le massif de l’Adamaoua, un arc montagneux qui sépare le nord
et le sud du pays. Ses plateaux, à une altitude moyenne de 1 370 m, dominent les plaines de la
Bénoué, au nord et à l’ouest, le long de la frontière avec le Nigeria. Plus redressé au nord et à
l’ouest, où il s’élève jusqu’à 2 460 m, l’Adamaoua se prolonge au sud-ouest par de hautes
montagnes d’origine volcanique où culmine le mont Cameroun à 4 095 m. Ce volcan est encore en
activité. Les émanations de gaz toxiques du lac Nyos, formé dans l’un des cratères, avaient fait
plus d’un millier de victimes en 1986, et la concentration de gaz en profondeur semble aujourd’hui
se renouveler. L’Adamaoua détermine aussi l’orientation hydrographique du Cameroun. Le Logone
s’écoule vers le nord, du plateau central vers le bassin du Tchad. La Bénoué y prend également sa
source et relie l’est et le nord du plateau au vaste réseau fluvial du Niger à l’ouest (Nigeria). Vers le
sud, le massif donne naissance à de nombreux fleuves côtiers nationaux, dont la Sanaga et le
Nyong, qui se jettent dans l’Atlantique. Ses sources alimentent aussi le bassin du fleuve Congo
(Sangha), à l’est.



2.2     Le climat

Le Cameroun possède un climat tropical humide dans le Sud et sur les côtes (3 890 mm), avec des
pluies abondantes d’avril à novembre, et presque toute l’année dans les montagnes du Sud-Ouest
(10 000 mm/an). Le climat se rapproche du type sahélien en direction du nord, où la saison sèche
dure d’octobre à avril (700 mm sur le plateau central). Le Nord-Ouest est semi-aride (380 mm/an).
Les températures moyennes varient entre le Sud (25 °C), le plateau central (21,1 °C) et le Nord
(32,2 °C).
2.3     Flore et faune

Du nord au sud, on distingue une zone de steppe, une zone de savane d'altitude et une zone
forestière. La forêt tropicale est riche en espèces naturelles ou cultivées (bambou, palmier à huile,
hévéa, acajou, teck et ébène). La faune sauvage est extrêmement variée et relativement
préservée, au sein de parcs nationaux : singes, chimpanzés et gorilles se rencontrent au sud ;
antilopes, lions et éléphants, au nord.



2.4     Ressources naturelles

Outre les importantes ressources forestières, le Cameroun possède des gisements très rentables de
bauxite au nord du pays. Des réserves de gaz naturel et des gisements de pétrole sont exploités en
haute mer, au large de Douala. L’or est extrait en petites quantités, de même que le minerai
d’étain et la pierre à chaux. Le réseau hydrographique offre un potentiel hydroélectrique
considérable mis à profit dans des installations métallugiques (usine d'Edéa).



3   POPULATION ET SOCIÉTÉ

3.1     Démographie

En 2008, la population camerounaise est estimée à 18,5 millions d'habitants. Le taux de croissance
annuel de la population atteint 2,22 p. 100. En 2008, l’indice de fécondité demeure élevé
(4,4 enfants par femme) tandis que le taux de mortalité infantile est de 65 p. 1 000 et l’espérance
de vie à la naissance de 53 années.


La densité de population (39 habitants au km² en moyenne) varie selon les régions. Elle est plus
concentrée dans les grandes agglomérations du Sud, ainsi que dans les montagnes de l’Ouest et la
zone de savanes du Nord.


Cette dernière est peuplée par les Peul, des pasteurs semi-nomades. Les Kirdis, des agriculteurs,
vivent également au nord, dans les montagnes des Kapsiki. Le Sud est principalement habité par
les peuples de langue bantoue : la communauté la plus importante est celle des Bamileke, qui sont
des commerçants dynamiques. Les forêts du Sud constituent l’un des derniers refuges pour les
Pygmées.



3.2     Villes principales

Environ 53 p. 100 des Camerounais vivaient en ville en 2005. Mais l’exode rural ne cesse de
s’accélérer, notamment en direction de Yaoundé (435 900 habitants en 1981, 1 616 000 en 2003),
capitale et principal centre commercial. Douala est le port le plus important sur le golfe du Biafra
(637 000 habitants en 1981, 1 494 700 en 2001). Les autres villes sont N’kongsamba
(130 000 habitants), Maroua (140 000 habitants), Bafoussam (120 000 habitants) et Foumban
(50 100 habitants).
3.3      Langues et religions

Un quart environ de la population est animiste. Les musulmans (22 p. 100) habitent principalement
le Nord tandis que les chrétiens (33 p. 100 catholiques, 17 p. 100 protestants) peuplent le Sud. Le
français et l’anglais sont les langues officielles, les francophones (78 p. 100 de la population totale)
étant plus nombreux que les anglophones (22 p. 100). Les langues soudanaises sont parlées dans
le Nord, les langues bantoues dans le Sud (voir Afrique, langues d’).



3.4      Éducation

Plus de 60 p. 100 de la population camerounaise a moins de 25 ans. La scolarité est obligatoire de
6 à 11 ans. En 2003, 31 p. 100 des enfants appartenant à la clase concernée étaient scolarisés
dans le secondaire, et seulement 5 p. 100 avaient accès au troisième degré. L’université de
Yaoundé, fondée en 1962, abrite des facultés de droit, de lettres et de sciences. Les méthodes
d’enseignement françaises prévalent dans les établissements secondaires et techniques. Les écoles
religieuses tiennent également une place importante et sont en partie subventionnées par le
gouvernement. Le taux d’alphabétisation de la population est de 81,1 p. 100 en 2005.



3.5      Institutions et vie politique

Depuis 1990 et l’instauration du multipartisme, le Cameroun connaît une difficile démocratisation
du régime. La vie politique continue d’être dominée par l’ancien parti unique fondé par le président
Ahmadou Ahidjo en 1966, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), dont le
leader Paul Biya préside le pays depuis 1982. Les principaux partis d’opposition sont le Front social
démocrate (Social Democratic Front, SDF), anglophone, et l'Union démocratique camerounaise
(UDC).


Le système politique camerounais est régi par la Constitution de 1972, révisée en 1996. Le
président de la République est le chef de l’État et le commandant des forces armées. Il est élu au
suffrage universel pour un mandat de sept ans. Le Premier ministre est nommé par le président, de
même que ses ministres. Le président nomme également les gouverneurs des 10 provinces que
compte le pays. Le pouvoir législatif est dévolu à une Assemblée nationale monocamérale qui
compte 180 membres, élus au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans.



4   ÉCONOMIE

4.1      Généralités

Le Cameroun dispose de vastes ressources, aussi bien agricoles que minières et pétrolières. Il a
connu une croissance importante entre 1977 et 1985 (plus de 10 p. 100 par an) grâce à la
valorisation de ses ressources pétrolières et de ses exportations agricoles. Après une période de
crise économique profonde et durable due à la dégradation des termes de l’échange (en baisse de
44 p. 100 entre 1986 et 1988) et à la concurrence avec son voisin nigérian, parallèlement à une
augmentation des dépenses publiques, le pays a mené à partir de 1988 une politique d’ajustement
sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI). La dévaluation du franc CFA en 1994 a permis
une relance des exportations et un redressement de l’économie.


Le Cameroun bénéficie de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), qui doit
conduire à un allègement de la dette au profit de la lutte contre la pauvreté (en 2001, 40,2 p. 100
de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté). Même si elle reste fragile, l’économie
camerounaise a renoué avec la croissance : pour la période 2006, le taux de croissance du PIB
s’élève à 3,80 p. 100. En 2006, le PIB était estimé à 18,32 milliards de dollars. Le PIB par habitant
s’élevait à 1 008,20 dollars.



4.2     Agriculture

Principale ressource du pays, l’agriculture occupe 60,6 p. 100 de la population active et représente
19,9 p. 100 du PIB. Les principales cultures d’exportation sont le café, le cacao, le coton, le tabac
et la banane. En 2006, les productions annuelles de coton et de cacao atteignaient respectivement
58 000 tonnes et 164 553 tonnes. Les principales cultures vivrières sont le sorgho, l’igname,
l’arachide, le manioc, le maïs, le mil et la banane plantain.


L’élevage, activité traditionnelle des Peul, est important dans le massif de l’Adamaoua et dans les
savanes du Nord, et l'exportation de bétail sur pied en direction des villes de la côte a bénéficié de
la dévaluation du franc CFA. En 2006, le cheptel comptait 6 millions de bovins, 3,8 millions d’ovins
et 4,4 millions de caprins. L’élevage de porcs est développé dans le Sud.


La production de bois consiste essentiellement en bois d’acajou, d’ébène et de teck provenant des
grandes forêts tropicales du Sud. Les coupes annuelles atteignaient 11,4 millions de m³ en 2006.
Jusqu’à une période récente, la pêche traditionnelle concernait surtout les poissons d’eau douce
destinés à la consommation locale. Cependant, la pêche en mer s’est développée rapidement,
notamment dans la région de Douala. En 2005, les prises annuelles s’élevaient à 142 682 t (dont
environ la moitié de poissons d’eau douce).



4.3     Mines et industries

Le secteur industriel occupe 9,1 p. 100 de la population active et contribue à 33,2 p. 100 du PIB.
L’une des plus grandes entreprises industrielles du Cameroun est la fonderie d’aluminium d’Édéa.
La production y atteignait 77 000 t en 2004, à partir de bauxite importée. Les autres industries
concernent l’agroalimentaire, le bois, le textile, les engrais et le ciment. En 2004, la production de
pétrole s’élevait à 24,5 millions de barils. Les réserves sont estimées à 55 millions de t et celles de
gaz naturel à 115 milliards de m3. La plus grande centrale hydroélectrique se situe à Édéa, sur le
fleuve Sanaga. En 2003, l’hydroélectricité contribue pour 97 p. 100 à la production électrique totale
du pays.



4.4     Échanges
Le secteur des services emploie 23,1 p. 100 de la population active et contribue à 46,9 p. 100 du
PIB. Le Cameroun appartient à la zone franc. Sa monnaie est le franc CFA, divisé en 100 centimes.
Elle est émise par la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), basée à Yaoundé. En janvier
1994, le franc CFA fut dévalué de 50 p. 100 par rapport au franc français.


En 2006, la dette extérieure du pays représente 17,50 p. 100 du PNB. Les principaux partenaires
économiques du Cameroun sont la France, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas et les États-Unis.


Le Cameroun possède quelque 50 000 km de routes, dont 10 p. 100 seulement sont bitumées. La
plupart sont impraticables en saison des pluies. Le pays est également doté d’un réseau ferré de
1 016 km. Le trafic portuaire s’effectue essentiellement à Douala, qui sert aussi de port de
commerce pour les pays voisins dépourvus de débouchés maritimes. Le deuxième port, Kribi,
devrait bientôt accueillir un oléoduc servant à écouler le pétrole exploité dans le sud du Tchad,
mais il existe une forte opposition à son passage en territoire camerounais de la part des
populations concernées. Plus au nord, sur la Bénoué, le port de Garoua est ouvert trois mois par an
au commerce fluvial avec le Nigeria. Air Cameroun exploite des lignes intérieures et
internationales. Le principal aéroport est situé à Douala. L’organisme de radiodiffusion et de
télévision, contrôlé par l’État, a son siège à Yaoundé.



5     HISTOIRE

5.1        Les origines du peuplement

Selon la théorie linguistique de Greenberg, la zone couvrant le sud-ouest de l’actuel Cameroun et le
sud-est du Nigeria serait le berceau des peuples bantous au Ier millénaire avant notre ère. Les
Tikar, les Bamoun et les Bamileke s’installent ensuite sur les hauts plateaux camerounais. Au Nord,
la civilisation des Sao, mal connue, se développe dans le bassin du lac Tchad. Cette région passe
       e
au   XVI   siècle sous le contrôle de l’empire de Kanem-Bornou.


En 1472, le navigateur portugais Fernando Póo découvre l’estuaire de la Sanaga, qu’il baptise rio
dos Camaroẽs (« rivière des crevettes »), donnant ainsi son nom au pays. Les Européens attendent
                    e
cependant le    XVII    siècle pour créer sur la côte camerounaise des comptoirs commerciaux, d’où sont
exportés vers l’Europe et le Nouveau Monde ivoire, bois précieux et esclaves. Les Doualas sont
alors bien établis sur le littoral. Au nord, les pasteurs peul constituent à cette époque des chefferies
indépendantes, après avoir refoulé les Kirdi et les Massa de la plaine du Diamaré, entre le Logone
et la Bénoué. Lorsque Ousman dan Fodio, réformateur musulman et fondateur de l’empire de
Sokoto, conquiert le nord de l’actuel Nigeria, il envoie Adama, l’un de ses guerriers, islamiser les
plateaux du Sud qui prennent le nom d’Adamaoua. Leur capitale, Yola, se trouve sur la Bénoué
quand le lamido Adama meurt en 1847. Le royaume bamoun, dont la capitale se situe à Foumban,
doit lutter contre l’expansion peul. Le seizième roi, Njoya, intronisé en 1895 et converti à l’islam,
est détrôné en 1923, à l'époque coloniale. Il est resté célèbre pour avoir créé un alphabet composé
d’idéogrammes et fait établir la carte du pays.



5.2        Une triple colonisation
À partir de 1827, les Britanniques explorent la côte camerounaise et l'arrière-pays du golfe du
Biafra. Commerçants et missionnaires britanniques s’y établissent après 1845. Ils sont
concurrencés, dans les années 1860, par les Allemands, dont le compatriote Gustav Nachtigal a
mené l’exploration de l’intérieur des terres. En 1884, Nachtigal, prenant de vitesse les Britanniques
mais aussi les Français, signe avec les chefs doualas une série de traités de protectorat. L’autorité
allemande sur la région est consacrée à la conférence de Berlin, l’année suivante. Les difficultés de
transport et la résistance des populations freinent l’exploitation de la région par les Allemands.
Cependant, ceux-ci créent de grandes plantations de cacao, de palmiers et d’hévéas ; ils bâtissent
des routes, une voie ferrée et le port de Douala sur la côte atlantique. En 1902, l’Allemagne a
étendu son influence jusqu’au lac Tchad. En 1912, après l’incident d'Agadir, elle obtient de la
France la cession d’un vaste territoire à l’est des régions qu’elle contrôle déjà, en échange de la
reconnaissance du protectorat français au Maroc.


En 1916, des forces franco-britanniques envahissent le protectorat allemand du Kamerun. En 1919,
le pays, dans ses frontières antérieures à 1911, est placé sous mandat de la Société des Nations
(SDN). Celle-ci en confie les quatre cinquièmes à la France ; le reste échoit à la Grande-Bretagne
et est rattaché au Nigeria. La partie britannique, située à l’ouest, est partagée en deux zones
séparées par une bande de 72 km, le long de la Bénoué. Le Nord est peuplé de Peul, le Sud de
Bamileke.


En 1945, l’ensemble des territoires camerounais passent sous tutelle de l’Organisation des Nations
unies (ONU). Le Cameroun oriental obtient son autonomie interne en 1958, dans le cadre de la
Communauté française, puis accède à l’indépendance en 1960. Le Cameroun occidental se scinde
en deux après un référendum d’autodétermination organisé en 1961. Les populations du Nord,
musulmanes, choisissent de rester nigérianes tandis que les habitants du Sud, chrétiens ou
animistes, demandent leur rattachement au Cameroun. La même année est formée une république
fédérale du Cameroun, sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, Premier ministre depuis 1958.



5.3     La quête de l’unité nationale

Le nouvel État est soumis, dès sa naissance, à d’importants mouvements centrifuges. Le Sud
bamileke et chrétien est au cœur d’une violente agitation contre le régime dominé par un homme
du Nord musulman. En 1963, le président Ahmadou Ahidjo — un Peul musulman du Nord —
réprime la révolte des militants de l’Union du peuple camerounais (UPC), un parti révolutionnaire et
nationaliste opposé au centralisme de Yaoundé. Trois ans plus tard, les six principaux partis
camerounais sont contraints de fusionner dans le Rassemblement démocratique du peuple
camerounais (RDPC), érigé en parti unique. En 1972, Ahidjo organise un référendum qui
transforme l’État fédéral en une république unie du Cameroun. Confirmé dans ses fonctions en
1975 et en 1980, le président Ahidjo démissionne pour raisons de santé en novembre 1982. Il est
remplacé par Paul Biya, son ancien Premier ministre, un chrétien du Sud. Celui-ci écarte du pouvoir
les proches d’Ahidjo, lequel est contraint à l’exil, en juillet 1983.


Paul Biya, élu pour un premier mandat complet en janvier 1984 et réélu en 1988, promulgue une
nouvelle Constitution. Elle institue un régime présidentiel fort, au sein duquel la fonction de
Premier ministre est supprimée. La même année, une tentative de coup d’État est mise en échec
tandis que le premier plan d’ajustement voit le jour, à la demande du Fonds monétaire
international (FMI).



5.4     La difficile démocratisation du régime

En 1990, le refus du gouvernement de légaliser un parti anglophone, le Front démocratique social
(Social Democratic Front, SDF), provoque des manifestations dans le nord-ouest du pays. Dans le
même temps, la crise économique suscite le mécontentement de tout le pays. Le président Paul
Biya doit accepter d’ouvrir le pays au multipartisme. Les premières élections pluralistes sont
organisées sous la pression de la population de Douala, après une grève générale ensanglantée par
la répression de l’armée en avril 1991. Elles se déroulent, en mars 1992, dans un contexte de
violence, marqué au nord par des affrontements intercommunautaires. L’ancien parti unique, le
RDPC, obtient la victoire, en grande partie grâce à la dispersion des forces de l’opposition et au
boycottage du scrutin par une quinzaine de partis. Après la réélection, contestée, de Paul Biya à la
présidence du pays, l’état d’urgence est décrété et maintenu jusqu’à la fin de l’année 1992. La
formation d’un gouvernement de coalition dirigé par un Premier ministre anglophone, Simon Achidu
Achu, ne parvient pas à juguler la violence, toujours latente.


Le RDPC remporte les deuxièmes élections législatives multipartites en mai 1997, tandis que Paul
Biya remporte en octobre de la même année le scrutin présidentiel avec 92,5 p. 100 des suffrages
exprimés, le scrutin ayant été boycotté par l’opposition. Divisée entre francophones et
anglophones, cette dernière ne parvient pas à faire son unité. Accusé de fraude électorale, le parti
au pouvoir l'est aussi de corruption, phénomène qui gangrène la société. En 1998, l'incarcération
du journaliste Pius Njawe, condamné à un an de prison pour avoir fait état d'un malaise du
président Biya, suscite une campagne internationale pour la liberté de la presse au Cameroun. Les
élections législatives et municipales de juin 2002 confirment l’hégémonie du RDPC, qui obtient 133
des 180 sièges de l'Assemblée nationale et 280 des 336 municipalités. Le Premier ministre Peter
Mafany Musongue, qui a succédé à Simon Achidu Achu en 1996, est reconduit à la tête d’un
gouvernement de coalition.


Le Cameroun, qui assure la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2002, bénéficie
d’un certain rayonnement international. Le président Paul Biya œuvre à la résolution de plusieurs
conflits régionaux (en Côte d’Ivoire et en Centrafrique notamment). Cette période est également
marquée par le règlement du différend qui oppose le Cameroun au Nigeria au sujet de la presqu’île
de Bakassi, une zone frontalière riche en pétrole — en 1997, ce litige a donné lieu à de graves
incidents et a été porté devant la Cour internationale de justice de La Haye. En octobre 2002, celle-
ci tranche le différend frontalier en faveur du Cameroun ; les deux pays acceptent cet arbitrage.


Face à une opposition divisée en une douzaine de candidats, Paul Biya est réélu en octobre 2004,
pour la cinquième fois, avec près de 71 p. 100 des suffrages. Son principal adversaire, John Fru
Ndi, leader anglophone du Front social démocrate (Social Democratic Front, SDF), recueille
17 p. 100 des voix, devant Adamou Ndam Njoya, président de l'Union démocratique camerounaise
(UDC) et candidat de la Coalition de l'opposition, crédité de quelque 4 p. 100 des voix. Si les deux
principaux partis d'opposition contestent la régularité de l’élection en raison de fraudes massives,
les observateurs internationaux relèvent des dysfonctionnements qui ne remettent pas en cause la
validité du scrutin.

								
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