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Il �tait une fois un vieux couple heureux - PDF

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Il �tait une fois un vieux couple heureux - PDF Powered By Docstoc
					   Etude de texte (Candide : Chapitres 1- 3-6–17–18–19-30)




CHAPITRE 1 : L'amour interdit, récit inaugural.

   1. L'art du conteur

           o   Vivacité du récit

           o   phases du récit : 5 phases = 5 phrases

           o   précipitation des événements

   2. Une image dépréciée de l'amour
           o   Choix lexicaux : relation mécanique dans le vocabulaire des sciences : dérision

           o   Candide / Cunégonde : parodie d'amour courtois, parodie d'Adam et Eve
               chassés du paradis

           o   lieux dévalorisants

           o   sanction immédiate et vulgaire
   3. L'optimisme ridiculisé, ou comment un conte devient philosophique

           o   Petitesse du philosophe, impossible à prendre au sérieux

           o   détournement du vocabulaire optimiste




CHAPITRE 3 : Candide soldat
Candide : "le jugement assez droit avec l'esprit le plus simple". Après avoir été "chassé du
paradis terrestre", il s'enrôle dans l'armée malgré lui, et doit participer une guerre. But de
Voltaire : condamner la guerre, en racontant une histoire. Efficacité du style voltairien :
petites phrases, sans liaisons : style fluide, sautillant, allègre.
1ére scène: recrutement. Ces hommes en bleu sont des soldats recruteurs.

2ème scène : l'entraînement ; puis la désertion suivie d'un traitement barbare, et d'une
grâce.
Enfin, la guerre entre les armes, et le martyre des civils. Cette guerre est la guerre de 7 ans
; les Bulgares sont les Prussiens (importance de la taille) ; les Abares sont les Français.

Après la sortie du Paradis, tous les malheurs accablent Candide : le froid, la faim, le manque
d'abri, le désespoir. Nous devons tout deviner, les détails doivent s'expliquer par la suite. Le
quiproquo s'installe : les recruteurs lui parlent avec une exquise courtoisie feinte (il faut le
piger). Concert de "Messieurs, Monsieur". Les questions sont insolites. Il faut amener
Candide à signer, boire à la santé du Roi des Bulgares, recevoir sa 1ère solde. On lui dit qu'il
deviendra "héros", etc. Héros devient synonyme de soldat, et de plus en plus ridicule.
Acharnement de Voltaire.

2ème scène sans transition, passage de la courtoisie la brutalité. On doit en faire un
automate. On entend presque les commandements. Héroïsme = manœuvrer comme une
marionnette et se faire battre. La désertion : Candide se promène naturellement : il croit en
la liberté du soldat. On lui donne le choix entre 2 supplices : critique de la philosophie du
libre-arbitre ? Voltaire montre froidement, et même de façon cocasse, une scène horrible.
Intervention du Roi des Bulgares. A Postdam, Voltaire avait assisté la punition d'un soldat
(Frédéric aimait ce spectacle). Il tait intervenu. Ici, ironie. "Il avait un peu de peau" = style
de Pangloss.

La bataille : on se croirait à la parade. Géniale description : les canons s'ajoutent aux
instruments. Progression du plus aigu au plus sourd : on attend "timbales", on a "canons".
Harmonie infernale : la guerre est un enfer. Compte mathématique et méthodique : canons,
mousquets, baïonnettes : ordre normal d'une bataille. Horriblement sanglante : mais
Voltaire le dit froidement (traitement comique de l'horreur). Il se moque de l'optimisme :
"Raison suffisante", jargon ("cause / effet"). "Trembler comme un philosophe" : un
philosophe devrait se maîtriser, mais il est normal d'avoir peur. La guerre = "boucherie
héroïque".

"Te Deum " : actions de grâce. Chacun de ceux qui fait la guerre prétend avoir Dieu dans
son camp. Cela révolte Voltaire. D'autre part, chacun pense avoir gagné : donc la boucherie
était inutile.

Tableau de la souffrance des civils : réalisme, détails atroces. Le même spectacle se
retrouve dans chacun des deux camps : chacun est responsable.

Voltaire attaque ici la théorie de Rudendorf ou de Grotius qui légitimaient la destruction des
terres de l'ennemi.

Dernière image, pathétique : Candide reste seul, infiniment triste, petite silhouette, dernier
refuge de la conscience humaine. (CF théâ tre d'ombre, ou films de Charlie Chaplin).

Plan de commentaire :

   1. Valorisation de la guerre :
           o   adjectifs appréciatifs (beau, leste, brillant...)
           o   dépréciation des victimes : 10 000 coquins...
           o   les Te Deum : solennité et sacré.
           o   Une valorisation naturellement ironique (harmonie infernale).
   2. La "boucherie héroique"

        Sur quoi Voltaire met-il l'accent ? Parallélisme des situations, innocence et souffrance
        des victimes : la guerre est atroce, absurde ; elle ne sert rien.
   3.   Tonalité générale du texte, jeu des points de vue.

        D'où vient l'efficacité de la dnonciation ? Point de vue interne (Candide) et externe
        (sur Candide). Froideur apparente et ironie. Traitement comique de l'horreur.



CHAPITRE 6 : Candide soldat
1- EVOLUTION DU PERSONNAGE :
Candide réagit comme en subissant l'événement : dans le §2, il n'est l'auteur d'aucune
action (son nom n'est jamais sujet, sauf d'un verbe passif la fin : "fut fessé"). Ensuite il est
accablé d'une cascade d'adjectifs (début 3) qui renvoient tous à la stupfaction et
l'inadaptation aux choses. La cérémonie elle-même nous montre Candide comme une
marionnette déguisée dont nous ignorons les réactions. La source de cette apathie est dans
son éducation T-t-T ("pour avoir écouté avec approbation") qui l'a privé de toute autonomie.
On notera cependant que rien n'indique comment Candide perçoit la pendaison de Pangloss
et que la cérémonie est vue selon une focalisation externe qui interdit d'entrer dans les
sentiments du personnage.
On perçoit tout de même une évolution dans l'interrogation finale de Candide : il est
surpris par la réalité du monde et constate l'écart entre ses rêves et la réalité. Sa peur
provoque chez lui une révocation de l'optimisme ("si c'est ici... les autres). De manière
significative, il invoque les principaux constituants de l'illusion T-t-T (Pangloss et Cungonde)
et pleure l'anabaptiste, dont l'idéologie positive a été mal récompensée. Le personnage
s'assombrit et prend conscience. Il est livréà lui-même, prêt à être pris en main par le ou la
premièr(e) venu(e).
2-UNE SATIRE DE L'OBSCURANTISME
La satire : Voltaire prend l'Inquisition comme moyen de poursuivre "l'Infâme". On perçoit ici
un travestissement et une certaine retenue du jugement : Voltaire n'a pas recoursà des
termes comme "monstres" ou "opprobre du genre humain" : il fait semblant de ne pas
s'engager. Mais ce chapitre témoigne des méfaits de la religion pervertie en obscurantisme :
sottise ou arbitraire du raisonnement, discordance des idées et du réel, intolérance,
absurdité des rites réglés, gratuité de la crmonie, cruauté, inefficacité. Le dogmatisme,
invention des hommes; est le contraire de la vraie religion (cf celle de l'Eldorado) qui est
simple amour de Dieu et des hommes. Il assouvit les instincts terrestres et illustre les
aberrations des idées absolues.cf l'Essai sur les Moeurs : "On s'est servi dans toute la terre
de la religion pour faire le mal, mais elle est pourtant instituée pour porter au bien ; et si le
dogme apporte le fanatisme et la guerre, la morale inspire partout la concorde".
L'humour dit le réel pour s'en moquer. C'est une manière partielle de montrer les choses
en leur faisant perdre leur unité, leur cohérence, leur sens. Le système descriptif limité est
un jeu humoristique. Voir notamment les adjectifs : "bel" autodafé et les précisions : " petit
feu" (le sermon "très pathétique", la "belle" musique, la pendaison "quoique ce ne fût pas la
coutume"). De même, l'humour repose sur les rapports obscurs entre les réalités affirmées
(ici les motifs de la condamnation au début du 2) ou sur des inadéquations ("fessé" au lieu
de "flagellé" ; on "orna" leur tête...)
L'ironie dit ce qui n'est pas, énonce ce qui devrait être. C'est une manière falsifiée de dire
les choses pour en révéler l'absurdité. Voltaire feint ici de justifier, d'approuver ou d'admirer
des décisions, des actes, des détails inadmissibles. Il fait comme si était logique la décision
d'organiser un autodafé, prise par les "sages" (antiphrase) de Lisbonne, et par l'Université
qui a découvert un lien de causalité entre autodafé et arrêt des séismes. Noter aussi les
périphrases ("appartement d'une extrême fraîcheur..."), l'alliance de mots (début du dernier
). Le but de l'ironie est de réduire l'absurde (les raisons de la condamnation), par exemple
en utilisant des enchaînements bizarres (passage du 1er au 2ème "en consqéuence" ; fin du 2)
; des hyperboles (tout le dernier ), des euphmismes (le cachot) etc.
L'alliance de mots inadquats : tous les ex. ci-dessus répondent plus ou moins cette
technique. Mais noter aussi le burlesque qui fait employer des termes bas ou aimables pour
des sujets graves : Candide "fessé en cadence pendant qu'on chantait" ; le détail des
excutions (brûlés / pendu "bien que ce ne fût pas la coutume") ; Cungonde, la perle des
filles / le ventre fendu.
CONCLUSION:
L'action : Tous les phraseurs sans exception seront pour Candide source de malheurs ou
d'erreurs : le Grand Inquisiteur, les jésuites, l'abbé prigourdin. Seul le derviche, à la fin du
conte, invitera au silence et au refus des doctrines.
Il lui faudra donc se tourner vers les actifs qui fondent leur vie sur le mérite et le travail
personnels. L'école de la vie prime sur toutes les autres.
Les personnages : Candide va refuser de "croire" et d'"admirer". Son évolution va le
conduire à cesser d'être passif. Le scénario logique du conte consiste en une lente matrise
de Candide sur ses propres gestes, de la béatitude immobile au travail du "jardin", dans le
doute désillusionné.
Pangloss retrouvera des guides, mais moins théoriques. Il a besoin de complices, au moins
pour poursuivre son apprentissage. Le principe du "roman de formation" fonctionne
pleinement : vivre, c'est rencontrer une succession de personnages qui obligent le héros
réévaluer son jugement et se situer. Les événements ne jouent pas plus que les êtres.



CHAPITRE 17&18 : L'ELDORADO

   1. Que signifie le mot "Eldorado" ? Où se situe cette région ?

       Le mot signifie "le doré", allusion à la profusion d'or et de pierres précieuses qu'y
       trouvent les voyageurs. Cette région est située par Voltaire dans un lieu inaccessible
       du Pérou.

   2. Qui guide Candide dans ce pays ? Pourquoi ?

       C'est Cacambo, le valet, qui guide son maître. En effet il est lui-même d'origine
       péruvienne, parle la langue du pays. En outre cela renforce la figure de l'inversion :
       c'est le valet qui domine le maître. "Candide ne jouait plus que le second personnage,
       et accompagnait son valet" (ch. 18, l. 5-6)

   3. Quels personnages marquants les voyageurs rencontrent-ils ?

           o   Dabord des "petits gueux" avec leur instituteur ; ce ne sont des personnages
               marquants que parce que les voyageurs les prennent pour des fils de rois.

           o   Puis les aubergistes : l'hôte, ses employés, et quelques clients

           o   Puis un savant vieillard qui les initie au pays, son histoire, ses coutumes, ses
               lois.

           o   Enfin ils sont reçus par le Roi lui-même, personnage dune grande bonhommie,
               très accessible (contrairement à l'étiquette très rigide des cours européennes).
4. Quelles sont les institutions qui n'existent pas en Eldorado ? Justifiez cette
   absence

      o   le clergé : "nous sommes tout prêtres" (ch. 18)

      o   les institutions judiciaires, cour de justice, parlement

      o   les prisons= absence de toute forme d'institution répressive.
5. Quelles sont les institutions qui existent ?

      o   tout ce qui relève de la culture : arts, théâtres, palais des sciences... Intérêt
          des Lumières pour les Sciences exactes.

      o   la religion, une "religion naturelle" sans prière, sans dogme, proche du déisme
          de Voltaire.

6. Pourquoi Voltaire n'achève-t-il pas le conte au chapitre 18 ? Quel serait alors
   le sens de l'œuvre ?
   Si Voltaire achevait le conte au ch. 18 (si Candide et Cacambo renonaient quitter
   Eldorado), cela aurait plusieurs consquences :

      o   la dénonciation du mal serait incomplète : il manquerait notamment celle de
          l'esclavage

      o   Cela laisserait supposer que le bien existe, est possible : même dans un pays
          imaginaire, Candide aurait donc fini par trouver une société parfaite.

      o   la plupart des personnages (notamment Cungonde) ne verraient pas leur sort
          fixé.

7. Relevez des traces d'humour dans ces deux chapitres. Quelle est ici sa
   fonction ?

      o   les "gaffes" de voyageurs ignorants : ils offrent solennellement, en guise de
          paiement, des cailloux !

      o   l'inappropriation du terme "moutons" pour "lamas" : on imagine d'étranges
          attelages !
          o le cérémonial un peu ridicule qui entoure le roi : on l'embrasse sur les deux
          joues.
          o les exagrations (3000 bons physiciens...) Et le spectacle de "l'ascension" des
          voyageurs : Voltaire samuse ici visiblement, et joue sur les invraisemblances.

8. Où en est Candide dans son évolution ? Que lui manque-t-il encore pour
   parvenir la maturité ?
   Candide commence douter des paroles de Pangloss ; il ne croit plus que la Westphalie
   soit le paradis terrestre. Mais il pense encore que le "meilleur des mondes" existe ! Il
   nen tire pas non plus de conclusion politique : "il est certain quil faut voyager". Enfin,
   il est toujours obsd par Mlle Cungonde. Il manque encore de lucidit, desprit critique
   et de recul.
CHAPITRE 19 : LE NEGRE DU SURINAM
L'ENJEU DU TEXTE :
Cet extrait, efficace dans sa brièveté, a pour but de faire constater avec intensité
l'inhumanité de l'esclavage. Voltaire dénonce une pratique intentatoire à la dignité de l'être
humain, et en cela il rejoint un courant de son époque. En même temps, il apporte une
nouvelle preuve pour étayer son argumentation contre les doctrinaires de l'optimisme.
LE CONSTAT OBJECTIF DE LA CRUAUTE.
Dans la 1ère partie du texte (jusqu' "du sucre en Europe" le narrateur a su mouvoir par un
recours calcul la plus grande simplicité d'expression.
C'est le ton dépouillé de l'horreur brute dans les quelques lignes de description du
"nègre", et d'abord pour évoquer sa prostration : "un nègre tendu par terre", comme
condamné à végéter à même le sol. Puis son état physique est énoncé avec la neutralité
d'un constat : "il manquait ce pauvre homme...droite." Pas d'adjectif qui manifeste la pitié,
mais la brutalité nue du fait.

La relation maître-esclave est pleinement affirmée par les moyens les plus simples. Déjà,
le rapport de soumission est fortement marqué dans le "j'attends mon maître..." Ensuite, le
nom-portrait du maître : "Vanderdendur" = "vendeur-dent-dure" accentue l'effet d'une
autorité brutalement revendiquée et appliquée. Enfin, une épithète, "le fameux négociant",
en énonçant la situation officielle du maître, marque la légalité de sa conduite, comme celle
d'un homme de bonne réputation, un notable de la servitude et non un négrier clandestin.

Dans le langage prêté l'esclave, le choix d'un style nu fait particulièrement ressortir la
brutalité des faits : "Quand nous travaillons... la jambe". Les propositions sont courtes
comme des coups. Les verbes concrets ont une charge de violence, "coupe" répété 2 fois.
Usage du pérsent = habitude. Impersonnel "on" = relation déshumanisée, l'anonymat d'un
tortionnaire sans visage. L'absence d'adjectifs souligne la simplicité, l'objectivité d'un
constat. Et l'absence de pathtique apparent dénonce une ingénuité dans la cruauté : "c'est
l'usage", remarque l'esclave, présentant les mauvais traitements comme des faits habituels,
donc anodins.

La simplification du réel accentue encore la rigueur des sévices : on passe directement de
"...nous attrape le doigt" "on nous coupe la main" en économisant l'explication (l'amputation
pour viter la gangrène). Idem pour "on nous coupe la jambe" : on coupait le jarret des
fuyards pour éviter la récidive sans trop nuire leur rendement.

Enfin, la soudaineté de la chute fait éclater l'inhumanité en soulignant la disproportion de
l'effet la cause : "C'est ce prix que vous mangez du sucre en Europe" ; la juxtaposition est
insoutenable entre les membres coups et la friandise !

LE SYSTEME DE L'ENONCIATION.

Pour persuader, Voltaire ne veut pas seulement dmontrer, il veut aussi mouvoir, d'o le
recours au style direct.

Le choix de la 1ère personne permet de conférer un pathétique discret l'évocation. Le
narrateur limite la partie descriptive la 1ère phrase. Puis il ouvre un dialogue, qui implique
Candide, mais donne surtout largement la parole à la victime ---> plus de retentissement
affectif pour nous. De plus, le Nègre dit souvent nous, soulignant ainsi son appartenance
une communauté souffrante dont il est solidaire.

Voltaire et Montesquieu : un même thème, mais un traitement opposé. Montesquieu
donne ironiquement la parole des défenseurs de l'esclavage. Dans ce cas, c'est la stupidité
des arguments qui marquent la condamnation de l'esclavage.

VOLTAIRE DERRIERE SON PERSONNAGE :

La tonalité change, partir de "Cependant lorsque ma mère" : plus pathtique, et analyse plus
intellectuelle de la situation. L'esclave adopte alors le langage d'un homme rationnel et
sensible dans lequel on reconnaît Voltaire lui-même.

Le pathétique trop lucide de la victime. L'esclave analyse et excuse fort bien la décision
des parents-vendeurs : ils sont victimes :

   •   de leur misère

   •   de leur confiance dans leurs prêtres

   •   de l'excessive considération pour les blancs.Dénonciation très (trop ?) lucide de
       l'exploitation des peuples simples, victimes de leur misère et de leur crédulité.

Son esprit critique lui vient du narrateur. Il sait dénoncer l'hypocrisie du discours
religieux sur l'égalité "Nous sommes tous enfants d'Adam...", et retourner l'argument.
Termes très soutenus étrangers l'esclave : généalogiste... prêcheurs... enfants d'Adam...
cousins issus de germains..."
Dénonciation virulente, et très voltairienne, de la responsabilité des prêtres dans l'origine et
le maintien de l'esclavage.
LES PETITS PROGRES DE CANDIDE :
Ce récit marque un pas important pour Candide dans la conquête d'une certaine autonomie
de pensée.
Sa surprise initiale plaide en sa faveur, comme sa curiosité, son désir de comprendre. Le
"mon ami" exprime sa compassion, comme "l'état horrible où je te vois".

Il avance sur la voie de la liberté de jugement. Certes, il prend encore son maître à
témoin : "O Pangloss ! s'écria Candide... abomination" ; mais il dénonce tout de même dans
l'optimisme "la rage... on est mal". Il renvoie pourtant son émancipation à plus tard : "il
faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme".

Sa sensibilité s'éveille : pour la 1ère fois dans ce récit où le malheur fait rire, un
personnage pleure sur la misère d'un frère humain. La rareté de l'émotion rend plus atroce
la réalité dénoncée.
CONCLUSION :


Le point extrême de l'inhumanité. Dans la guerre, chaque arme avait du moins le
pouvoir de se défendre. Ici, exploitation brutale du faible par le fort.


Le choix d'une écriture polmique dépouillée crée le pathtique. Le texte montre au lieu de
discourir, il émeut par des faits plus que par des raisonnements. Emotion de l'auteur, et
indignation. Humanisme de Voltaire.
CHAPITRE 30 : LA CONCLUSION
I- La construction en diptyque : place du récit et du discours, formes du
parallélisme.

Deux §, de longueur à peu près égale, et avec des parallléismes ; Structure identique : récit,
puis un discours de Pangloss, réponse au discours. Elments de parallélisme : "il faut cultiver
notre jardin", repris deux fois. Interruption de Candide (marquée dans le second par le
passage de l'itératif (Pangloss disait quelquefois...) au singulatif (répondit Candide). Thème
du travail, présent dans les deux ; Des différences : Dans le premier , le discours l'emporte :
trois locuteurs, discours assez long de Candide et Martin, longue tirade de Pangloss. Dans le
second, c'est le récit qui domine : deux locuteurs seulement, discours moins long de
Pangloss, et le dernier mot revient l'action.

II- En quoi le 2ème § marque-t-il une progression par rapport au premier ?

Tout le monde s'est mis au travail, et semble avoir trouvé le rôle qui lui convient à
l'exception de Pangloss. Importance considérable des connotations appréciatives :
"beaucoup, excellente pâtissière, très bon menuisier..." Candide prend toute sa dimension
de leader ; il ne subit plus passivement les discours ni les événements, et c'est lui qui a le
dernier mot. Le passage de l'itératif ("Pangloss disait souvent...") au singulatif ("Candide
répondit") marque le fait que Candide coupe la parole au philosophe, et lui impose silence.
C'est le pendant de l'interruption du 1er paragraphe.
Par ailleurs, le temps n'est plus le même : entre "Candide revint à la métairie" et "la petite
terre rapporta beaucoup", du temps s'est nécessairement écoulé ; le narrateur prend de la
distance par rapport au récit. On ne "colle" plus aux événements !

III - Une réduction de l'espace :

Alors que le roman a multiplié les déplacements dans l'espace, ici on "rentre la métairie". Il
ne s'agit plus que de "cultiver notre jardin" : plus d'ambition de voyage. Petite société, quasi
autarcique.

IV - la dernière réplique de Pangloss : une côlture de conte :

Il fait le bilan de tous les événements subis par Candide, et en même temps, fidèle à sa
philosophie, il établit un lien de
cause à effet entre l'enchaînement des malheurs et le bonheur actuel - qui évoque l'Eldorado
: importance de la nourriture,
et d'une nourriture exotique. On a l'impression d'un schma de conte : toutes les preuves
subies conduisent le prince au
bonheur. Ironie de Voltaire : le bonheur consiste en la satisfaction de la gourmandise ! (il ne
pourrait évoquer autre chose, la "princesse" ayant ici piètre allure... On est ici dans une
parodie de conte.
V- Le dénouement d'une comédie : Tous les personnages se trouvent réunis en un seul
lieu, et voient leur sort fixé de
manière heureuse.

VI - En quoi la métairie s'apparente-t-elle au chateau de Thunder-Ten-Tronkh ?
Lieu fermé, hors des atteintes du monde, et vivant en autarcie ; mais ici la métairie
appartient au réel : une métairie (= ferme) et non un château, et la prospérité décrite est
modeste, mais bien réel. Le dénouement de Candide, c'est la perte des illusions, et l'ancrage
dans le réel.

VII - Le sens de la formule "il faut cultiver notre jardin" :
- Retour à l'action, la place des discours creux de Pangloss ;
- Retour au quotidien, au réel, des ambitions modestes, mais réalisables ; il ne s'agit plus de
courir le monde, ni de chercher l'Eldorado, mais de se contenter de ce que l'on a. A mettre
en parallèle avec l'action bien réelle de Voltaire Ferney.
- Mais c'est aussi renoncer changer le monde ! "notre" s'oppose au monde extrieur.
- "notre jardin" peut aussi être métaphorique : il faut trouver en soi nos propres ressources,
et ne pas tout attendre du monde extérieur.


QUESTION D'ENSEMBLE : LA SATIRE DE LA RELIGION DANS
CANDIDE.

LES PRINCIPAUX TEXTES :

   •   ch. 3 : mensonge des religions, discours "charitables" et réalité du sectarisme. Rôle
       du clergé dans la guerre.
   •   ch.5 : noyade de l'Anabaptiste
   •   ch. 6 L'autodafé
   •   ch. 8-10 : Histoire de Cungonde : rôle de l'Inquisiteur (et du juif) ; vol des diamants
       par un cordelier.
   •   ch. 14 : les Jésuites au Paraguay
   •   ch. 15 : récit du Baron : homosexualité des Jésuites...
   •   ch. 18 : la vraie religion de l'Eldorado.
   •   ch. 19 : l'esclavage : rôle des "fétiches" hollandais.
   •   ch. 22 : l'abbé périgourdin
   •   ch. 24 : le moine Girofle, souteneur ; rôle des couvents.
   •   ch. 28 : Homosexualité des Jsuites. L'imam et Pangloss.
   •   ch. 30 Conclusion : le Derviche.

1- LA RELIGION PACTISE AVEC LES PUISSANTS :

Grief principal de Voltaire : la Religion choisit puissance et biens matériels, aux dépens du
bonheur des hommes.

La religion a partie liée avec les aristocrates : Le Baron utilise le curé du village comme
aumônier, et son fils fait une carrière confortable chez les Jésuites. On la voit au service des
appétits de conquête des Rois (ch. 3), bénissant et justifiant les massacres.
La religion est avide de biens matériels : Tous les personnages religieux sont liés à
l'argent. Les "professionnels de la foi" sont le plus souvent des hypocrites et des voleurs :
souteneurs (le juif et l'inquisiteur avec Cungonde, Girofle avec Pquette), voleurs (le cordelier
du ch.10).Tous ces personnages jouent donc un rôle négatif dans le récit : ils représentent
le côté sombre d'une humanité qui ne vit pas en accord avec ses principes, et qui, pourtant,
est constamment du côté de l'anathème et de l'accusation. Quand l'église, elle devient elle-
même puissance de domination (ch. 14). Le pouvoir spirituel mène la guerre pour son
propre compte grâce aux missionnaires devenus soldats conquérants. Les ordres religieux
sont transformés en véritables armes, pour l'exploitation et l'asservissement des peuples
d'Amérique latine.
La religion écrase les peuples : Par son enseignement, elle favorise la soumission des
peuplades crédules (ch 19, sur l'esclavage), facilite l'entreprise barbare des négriers, puis
inspire aux esclaves, dûment endoctrinés, une entière soumission leurs maîtres.
La corruption du clergé est dénoncée en de multiples occasions : Frère Girofle (ch. 24),
l'abbé Prigourdin etc.
2- LA RELIGION EST FAUTEUSE D'INTOLRANCE.

C'est le thème majeur de la critique voltairienne. Voir son action dans l'affaire Calas, le Trait
sur la Tolérance...
L'intolérance des prêtres catholiques conduit au supplice les croyants d'autres religions,
juifs surtout, et même ses propres fidèles. Dénonciation de l'Inquisition (ch.6)
Le point de vue de Voltaire : l'intolérance, inacceptable sur le plan humain, est en outre
sans fondement dans l'ordre de la raison : puisqu'il n'y a qu'un Dieu, et qu'en conséquence
les hommes sont tous d'accord sur l'essentiel, les persécutions ne se fondent que sur des
différences de rites, qui sont accessoires.
3- UNE RELIGION CLAIRE BANNIT LES PRETRES :

Dans ce récit systmatiquement pessimiste où sont dénoncées toutes les iniquités du monde,
Voltaire ne décrit qu'une réforme, celle de la religion, par la bouche du vieillard de l'Eldorado
(ch. 18). 2 mesures suffisent à instaurer la religion idéale : la disparition du clergé, fauteur
d'intolérance et de conflits, et à la place, l'instauration d'un service de la prière laïc, assuré
par les pères de famille. (admiration pour la religion Quacker).
CONCLUSION : Voltaire s'en prend aux prêtres, mais nullement à la religion elle-même :
Voltaire est déiste, non athée. Il a besoin d'un Dieu créateur pour comprendre l'existence de
l'univers, et l'harmonie de cet ensemble infiniment complexe qui gravite dans le cosmos. Cf
la formule de Dieu horloger :
"L'univers m'embarrasse et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n'ait point d'horloger."




QUESTION D'ENSEMBLE : LA TECHNIQUE ROMANESQUE DANS
CANDIDE
INTRODUCTION :
Les contes de Voltaires sont des allégories, comme il le dit lui-même dans sa
Correspondance. Les idées sont premières.

Cf titres : Candide ou l'optimisme, Zadig ou la destinée... Distance constamment maintenue
l'égard de la fiction par l'ironie qui interdit une lecture naïve : il ne s'agit pas de créer
l'illusion, mais d'éveiller la réflexion. Aussi, dès le ch. 1 de Candide, l'univers du conte se
fissure.

D'où aussi la présence de nombreux débats, plus ou moins intgèrés à la trame narrative :
discussion avec Martin sur le problème du mal pour se "désennuyer" durant la traverse ;
débat avec le "bon vieillard" de l'Eldorado. Cf dans l'Ingnu les débats avec Gordon enfermé à
la Bastille. Le récit permet avant tout de mettre en scène le débat d'idées.

Les personnages n'ont pas d'épaisseur romanesque : ils sont soit des caricatures (Pangloss,
Martin), soit de simples fonctions : Candide est victime et spectateur, Micromgas = le point
de vue de Sirius, l'Ingénu représente le bon sens et l'absence de préjugés.
LE PERSONNAGE DE CANDIDE COMME ARTIFICE NARRATIF :
C'est un personnage fantoche, incroyablement bousculé par la vie. Il ne fait pas avancer le
récit, il le subit.

C'est un héros qui souffre mais ne voit rien. La guerre, l'Autodafé sont vus par un narrateur
; mais nous ne saisissons guère le point de vue de Candide. C'est le narrateur et non
Candide qui nous fait comprendre l'absurdité du monde : Candide n'est pas un regard qu'on
promène sur le monde.

Pourtant il est présent dans les 30 chapitres, victime, spectateur ou auditeur de récits. Il
assure la continuité, l'unité du conte : structure linéaire, sans simultanéité, propre au conte.
PROCEDE DE LA MISE EN ABYME : LE RECIT DE LA VIEILLE.
Aux chapitres 11 et 12 apparaît un procéd énouveau : la mise en abyme. Le récit de la
vieille est enchâssé dans le conte, et en reproduit les principaux thèmes en les aggravant.

   •   La Vieille (qui n'a même pas de nom), est l'image la fois idéalisée et aggravée de
       Cungonde : celle-ci, fille de petite noblesse, était surtout fraîche et agréable, la vieille
       était fille de pape et d'une beauté exceptionnelle. Elle est la prémonition de ce que
       sera Cungonde dans les derniers chapitres. Elle a connu l'amour absolu, mais une
       chute bien plus rude que celle de Cungonde qui se réduisait des coups de pied aux
       fesses et aux soufflets de la baronne : la Vieille voit mourir son amant.
   •   Puis c'est la série des malheurs, comparables à ceux de Cungonde, et des autres
       personnages :

           o   La capture, symétrique de la prise du chateau de Thunder-ten-Tronk, et le viol
               : la vieille sera "violée presque tous les jours"
           o   La violence et la guerre sur les côtes du Maroc (symétriques la guerre vécue
               par Candide) : la violence est encore plus grande en Afrique qu'en Europe.
           o   La maladie (vocation de la "grande peste de 1720-1721) ; en somme, elle
               condense à elle seule les malheurs répandus sur trois personnages : le viol
               (Cungonde), la guerre (Candide), la maladie (Pangloss).
           o   La vieille devient une marchandise, vendue et revendue. Là encore, on note
               l'aggravation par rapport au sort de Cungonde, qui fut seulement servante et
               concubine. Elle deviendra même... une denrée comestible, et sera amputée
               d'une fesse en Russie : nouveau degré dans l'inhumain !
           o   Enfin, elle est condamnée à l'errance.

   •   Le récit n'est pourtant pas pathétique : bien que les formes du mal y soient traitées
       de manière hyperbolique et concentrée, on sourit de la vieille, comme elle en sourit
       elle-même !

L'IRONIE, PROCEDE MULTIPLE :

A) le Baron : voir ch. 1. Au premier degré, loge du Baron fond sur la puissance et la
richesse. Or le sens réel est tout autre : dénonciation d'une classe ruinée et parasitaire.
L'ironie vise ici la dévalorisation de sa cible.

B) Pangloss, le philosophe génial : même procédé dans le chapitre 1 : éloge apparent pour
une réelle dévalorisation. La cible, ici, c'est la philosophie de Leibnitz. On reconnaît l'ironie
l'exagération de l'éloge, l'amplification disproportionnée ("il prouvait admirablement...")

C) les armes merveilleuses   : cf ch. 3 .
D) le spectacle de l'Autodafé : permet de se défendre de la censure en invoquant la lettre de
son texte : de même qu'il admire l'arme, il aime les belles cérémonies.
E) Le généreux royaume des Jésuites : en apparence un royaume bien administré; à travers
un lexique valorisant : "admirable"... "chef d'oeuvre"... mais dans la réalité, c'est le
contraire : l'exploitation des indignes, qui éclate dans cette seule phrase, qui suffit à démolir
l'éloge : "Los Padres y ont tout et les peuples rien."
UNE "HISTOIRE PHILOSOPHIQUE" ?

A) L'Ironie (cf plus haut) : il ridiculise la personne de son adversaire (Pangloss) et formule
ses idées de manière caricaturale. Le langage de Pangloss est constamment discrédité par
son inadéquation à la situation.

B) Le style direct : intgère les idées la narration. Permet d'exprimer de manière vivante les
idées qui lui tiennent coeur. Donne la parole de sages vieillards : l'Eldorado pour la question
religieuse : dans un cadre paisible, conversation entre les visiteurs et un sage vieillard ; ch.
30 : le sage vieillard qui prêche d'abord par l'exemple.
Enfin, c'est un bon véhicule de l'émotion : cf l'esclavage.

C) Images et descriptions : images données surtout propos de l'amour. Cf l'épisode des
grands singes, qui vaut une longue diatribe lyrique contre les "bons sauvages" de Rousseau.

Sur la religion : l'autodafé traité en spectacle ;
pour l'inconduite des ordres religieux, description du révérend père commandant : "un très
beau jeune homme, le visage plein, assez blanc, haut en couleur, le sourcil relevé, l'oeil vif,
l'oreille rouge, les lèvres vermeilles" = quelqu'un qui vit un peu trop bien !

---> les thèses de Voltaires sont véhiculées par les procédés les plus typiques du récit :
descriptions et portraits.

D) La démonstration par l'intrigue : le refus de l'optimisme s'exprime non par un discours,
mais par les rebondissements d'une histoire. Du coup de pied initial à l'ennui existentiel du
dernier chapitre, c'est tout le récit qui a valeur démonstrative.
La prcéipitation des événements qui bousculent Candide constitue un bon exemple de mise
en scène d'une argumentation par des faits pris sur le terrain : la réalité vécue par le héros
est en contradiction avec la vision optimiste du monde.
CONCLUSION :

Un récit fictif et non réaliste, mais en prise sur le réel : les contemporains ont lu Candide
comme la gazette de leur temps. Il a en effet l'ambition de rendre compte du monde dans sa
totalité, et d'en dégager la signification : il est irréductible une thèse, une idée : Pangloss,
Martin et tous les idéologues sont renvoyés dos dos. Le mot "conclusion" qui ouvre le
chapitre 30 est ironique : le "jardin" n'a pas une signification univoque. Ce ne sont donc pas
des fictions destinées à illustrer des abstractions : on y trouve toutes les expériences, toutes
les passions de leur auteur.




Personnages et fonctions :
Un critique contemporain a déclaré que les personnages des contes de Voltaire
étaient des fonctions plus que des êtres. Commentez et discutez ce jugement.


Introduction : On présentera le statut du conte en tant que genre littéraire, en insistant
sur son irréalité par rapport au roman. Par ailleurs, on s'interrogera sur la notion de
"personnage-fonction" : qu'est-ce que la fonction d'un personnage ? Tout personnage a
forcément une fonction dans le récit, au sein d'un schéma actanciel ; que signifie, pour un
personnage, n'être qu'une fonction ?
   1. Une représentation physique sommaire : Les héros du conte, contrairement à ceux
        du roman, sont décrits très sommairement. C'est le cas de Candide ("Sa physionopie
        annonçait son âme"), de Zadig, paré de toutes les qualités physiques, mais dont on
        ne saurait tracer le portrait, de L'ingénu même dont on souligne seulement au
        passage quelques traits fondamentaux (la vigueur du Sauvage, l'lgance de
        l'Europen...) Une présence physique réduite à quelques traits : la douleur (Candide
        aprs les coups de fouet de l'Inquisition...), le désir (Candide, l'Ingnu...), la maladie
        (Pangloss)...Mme les héroïnes connaissent le même traitement. Elles appartiennent à
        des types : la belle jeune fille (Mlle de Saint-Yves, Formosante), fraîche et sensuelle
        (Cungonde, la fille du Pape...) ; leur dégradation physique, dans Candide, répond un
        besoin de démonstration : ch. 11 pour la Vieille, ch. 29 pour Cungonde : c'est une
        des manières de mettre mal le "Tout est bien" de Pangloss.Il ne s'agit en aucun cas
        de produire un effet de réel qui permette au lecteur d'identifier le personnage comme
        une personne.
   2.   Des caractères à peine ébauchés.

           1. Absence d'individualité morale. Cungonde, p. ex, ne manifeste jamais un fond
                d'esprit ou de sentiment. Son physique, ses mains qui s'égarent annoncent
                une femme sensuelle, mais ses mésaventures, qu'elle raconte à Candide, ne
                lui arrachent ni une larme ni un regret. Exigeant à la fin que Candide l'épouse,
                elle ne dit pas son amour, mais fournit par ce mariage de dégoût une preuve
                de plus du malheur universel.
           2.   Des personnages-thèses. Pangloss se réduit une mécanique verbale, incapable
                même d'éprouver un sentiment : avec quelle allgresse raconte-t-il au pauvre
                Candide la ruine du château et le viol de Cungonde ! Il n'est qu'une caricature.
                A l'autre extrémité, Martin le Manichen - on ne dit pas encore le Pessimiste -
                n'est pas beaucoup mieux loti.On trouve d'autres personnages-thèses dans les
                contes : les six rois que rencontre Candide, les personnages du banquet, dans
                Zadig...
           3.   Des personnages-emplois. On trouve de tels personnages profusion dans les
                contes : l'ami fidèle, Cador ou Cacambo, la femme infidèle (Azora) ; la
                capricieuse (Missouf) ; le mari jaloux (Moabdar), le père noble ou qui se
                voudrait tel (Le Baron de Thunder-Ten-Thronck); certains même n'ont pas de
                nom, seulement définis par leur emploi, au sens théâ tral du terme : tel
                "l'interrogant bailli" de l'Ingénu, ou l'Envieux et l'Envieuse de Zadig.
           4.   Des personnages fonctions. Ceux-là ne se définissent que par le rôle qu'ils
                sont amenés à jouer dans l'action, et ils disparaissent aussitôt : tel l'Empereur
                Chinois, qui indique à Formosante où est Amazan, ou le Bon Anabaptiste, qui
                se noie aussitôt accomplie sa mission : emmener Candide et Pangloss
                Lisbonne, au moment du tremblement de terre. Sans parler du Baron, dont le
                "rôle" se limite un fameux coup de pied au derrière...

De tels personnages interdisent toute forme d'identification au lecteur. Ils sont certainement
la condition sine qua non, la fois du plaisir du conte et du rire qu'il excite (on s'amuse d'un
bout l'autre de Candide, qui n'est pourtant qu'une enfilade de drames et de tragédies...), et
aussi d'une distance critique qui permet la réflexion philosophique.




LES DIALOGUES DANS CANDIDE.

Importance considérable du dialogue dans Candide, qui s'apparente parfois une pièce de
théâtre. Tantôt le récit laisse place au dialogue (cf. L'Eldorado), tantôt c'est le dialogue qui
contient un récit (histoire de la vieille). Cette place très importante donnée au dialogue
permet de multiplier les points de vue, et de jouer sur la polyphonie : chacun des principaux
personnages fait ainsi entendre sa voix.

Les différents types de dialogue possibles :

   •   dialogue didactique, dont l'objectif est l'exposition d'un savoir : dans ce cas, les
       interlocuteurs ne sont pas sur le même plan , puisque l'un d'eux détient le savoir qu'il
       dispense aux autres.
   •   dialogue dialectique : deux personnages sur le même plan discutent entre eux, pour
       parvenir à résoudre une difficulté commune.
   •   dialogue polémique : affrontement entre deux thèses opposées, chacun des
       interlocuteurs défendant sa position (parfois avec véhémence).

Les principaux dialogues :

   •   chapitre 4, entre Candide et Pangloss (p. 51-52) : dialogue didactique, dans lequel
       Pangloss raconte la maladie qui l'afflige, mais raffirme que "tout est au mieux"
   •   chapitre 5 (fin) : bref échange entre Pangloss et un inquisiteur : dialogue polémique.
       C'est le seul de ce type.
   •   chapitre 18, le vieillard de l'Eldorado : Candide s'informe, le vieillard répond à ses
       questions ==> dialogue didactique.
   •   chapitres 20 et 21 : Candide discute avec Martin. Dans le premier chapitre, Martin
       expose ses conceptions philosophiques
       Candide : dialogue didactique ; même schéma dans le ch. 21,mme si Candide se
       permet parfois quelques objections.
   •   chapitre 22, "Paris" : nombreux dialogues. Candide, étranger, s'informe auprès de
       ses interlocuteurs (didactique) ; mais il y a aussi débat (p. 176, p. ex : dialogue
       dialectique).
   •   chapitre 24 : Paquette, Girofle, Martin : Paquette et Girofle racontent leurs malheurs
       (didactique), et Martin commente : dialectique.
   •   chapitre 25 : Pococurante : dialogue didactique (P. Rpond aux questions) puis
       dialectique (Candide et Martin commentent)
   •   chapitre 26 : les six rois. Chacun son tour raconte ses mésaventures. : didactique.
       (on peut se demander si dans ce
       cas il y a vritablement dialogue, ou plutôt une succession de récits).
   •   chapitre 30 : deux dialogues didactiques (dont un paradoxal : le derviche refuse de
       délivrer une leçon !), puis un dialogue qui serait polémique, si Candide daignait
       répondre à Pangloss.

Conclusion : très grande prédominance du dialogue didactique : Candide est en
permanence en situation d'apprentissage : élève de Pangloss, puis (plus ou moins) de
Martin, étranger qui ignore les coutumes locales, auditeur qui écoute les récits des autres
personnages... Changement radical à la fin, lorsque justement il refuse d'écouter Pangloss.
En revanche, quasi absence de dialogues polémiques (Martin et Pangloss ne dialoguent
jamais, par exemple), et absence totale du dialogue dialectique : cela renforce le caractre
caricatural du conte, dans lequel chacun des personnages représente une idée, et est
enfermé dans un bloc de certitudes dont rien ne peut le faire sortir. C'est vrai des
personnages principaux (Pangloss, Martin, le Baron), et aussi des personnages secondaires :
Pococurante, par exemple.
Seul Candide est capable d'écouter ce qu'on lui dit : il est aussi le seul qui progresse.

				
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posted:1/19/2011
language:French
pages:14
Description: Il �tait une fois un vieux couple heureux