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Les Monuments aux morts

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									                                      Les Monuments aux morts

Les monuments aux morts constituent un support incontournable pour tout travail de mémoire. Dans les
villages, ils sont même souvent le seul support républicain sur lequel les enseignants peuvent faire
travailler leurs élèves.
Sinon, il ne faut pas mésestimer d’autres supports pédagogiques comme les plaques commémoratives, les
tableaux d’honneur, voire les simples plaques de rue.
Dans son sixième domaine de compétences : « les compétences sociales et civiques », le socle commun
des connaissances indique que pour se préparer à sa vie de citoyen, l’élève devra connaître notamment les
symboles de la république et leur signification.
L’étude des monuments et des cérémonies qui y sont associées participe à cet objectif de citoyenneté. Les
programmes 2007 confirment cette approche : « L’élève prend progressivement conscience de son
appartenance à une communauté nationale en découvrant l’inscription de la France dans un espace
géographique. L’enseignant lui explique la signification des grands symboles de la République : l’hymne
national, le drapeau, quelques monuments … ». Cette capacité qui est travaillée en cycle 2 doit être
acquise en cycle 3.

Historique, construction et localisation
Le culte qui donne naissance aux monuments aux morts précédant leur érection est né avant la fin de la
grande guerre. En effet, personne en 1914 n’était prêt pour l’hécatombe. Or, les pertes humaines sont
tellement épouvantables dès la première année de guerre que pas un village, pas une famille ne sont
épargnés.
C’est dans un état d’esprit de deuil collectif que la République française, très tôt, a voulu commémorer le
souvenir des soldats morts pour la patrie. Dès le début du conflit, la loi du 2 juillet 1915 institue la
mention « mort pour la France ». Dans son préambule, elle précise : « Il semble juste que l’état civil
enregistre, à l’honneur du nom de celui qui a donné sa vie pour le pays, un titre clair et impérissable à la
gratitude et au respect de tous les Français ».
Assez curieusement, les gouvernements qui se sont succédés pendant la guerre et juste après ne
préconisent pas la construction de monuments (pourtant déjà connus et érigés après la guerre de 1870)
mais plutôt la rédaction d’un tableau d’honneur sous la forme d’un registre ou d’une affiche toujours
visibles en mairie. Ce n’est que dans l’après guerre qu’un engouement collectif saisit la France entière
pour ériger des monuments commémoratifs. Une loi du 25 octobre 1919 pose le seul principe d’une
subvention de l’Etat, mais il n’est pas fait obligation aux municipalités de construire un monument aux
morts. Et aucune disposition de cette loi ou d’un texte postérieur n’encadrent réglementairement
l’érection des monuments aux morts tant dans leur maçonnerie, leurs inscriptions ou leurs symboles
militaires et funéraires.
Dans les premières années qui ont suivi la guerre, faute de crédits, plusieurs
communes ont commencé à apposer un tableau d’honneur dans la salle du
Conseil Municipal. Cela peut aller d’une simple pancarte renseignée à
l’encre et à la plume jusqu’à un tableau vitré comprenant une affiche de
qualité dont les noms des soldats morts pour la France sont calligraphiés.
Ce tableau d’honneur existe encore dans certaines municipalités,
principalement rurales, et coexiste avec le monument érigé plusieurs
années après comme le tableau ci-contre exposé dans la salle du conseil
municipal du village de Blicourt (canton de Marseille-en-Beauvaisis).
Il faut remarquer que de très rares communes ont fait le choix de s’en tenir
à un seul tableau d’honneur comme par exemple la commune de Viefvillers
(canton de Crèvecoeur le Grand) qui n’a pas de monument aux morts. Il
s’est édifié environ 36 000 monuments aux morts en France,
principalement entre 1919 et 1925.                                                 Tableau d’honneur de Blicourt
Même subventionnés, les monuments aux morts représentaient un coût non négligeable pour les villages
et les villes moyennes dans un contexte de pénurie d’après guerre. Ainsi, la plupart des monuments de
l’Oise sont de facture simple sous la forme d’un obélisque surmontée d’une croix de guerre, d’une urne
funéraire, d’un coq gaulois et plus rarement d’un soldat. Plusieurs artisans locaux étaient à même de
construire ces simples monuments mais certaines entreprises se sont spécialisées dans la construction et la
fourniture de modèles de monuments aux morts plus élaborés comme le monument du soldat triomphant
que l’on retrouve à l’identique dans plusieurs villes et villages de l’Oise (Luchy, Songeons, Tracy le Val,
Breteuil etc.)
D’après les nombreuses études entreprises sur l’emplacement des monuments aux morts dans différents
départements, on retrouve globalement les statistiques suivantes : 50% sont situés sur la place publique,
25% sur la place de l’église et 15% dans les cimetières, le reste plutôt excentré. Le choix est parfois
source de conflits, il faut concilier les opinions publiques, religieuses et parfois les intérêts particuliers.

Symbolisme des monuments aux morts
Les monuments aux morts sont certes avant tout un lieu de mémoire mais il participent à une forme de
culte mortuaire et ceci dès leur première inauguration : cortège officiel, porte drapeau en berne, dépôt de
gerbes et appel aux morts avec une psalmodie en réplique de « mort pour la France ». Très souvent, cette
tradition cérémoniale est perpétuée lors des commémorations officielles des 11 novembre et 8 mai (voire
le 14 juillet).
Ce symbolisme mortuaire se retrouve dans les différents types d’ornements sculptés ou scellés sur chaque
monument :
-Les palmes de la victoire en métal ou gravées dans la pierre rappellent le goût pour l’antique de cette
époque. Elles sont aussi le symbole du martyre.
-La couronne de lauriers symbolise la victoire.
-Le rameau d’olivier est un symbole de paix et de gloire.
-Le rameau de chêne est le symbole universel de force et de puissance.
-Le blé où la gerbe représente la jeunesse fauchée.
-La croix de guerre, médaille créée pour la guerre en 1915, est certes une décoration, un honneur officiel
mais peut indirectement rappeler la croix chrétienne (de très rares monuments sont surmontés d’une croix
chrétienne malgré la loi de 1905 de la séparation des Eglises et de l’Etat et le sentiment anti-clérical
encore très vif après guerre)
-Le coq rappelle le mythe du peuple gaulois.
-Le poilu, qu’il soit en bronze, de pierre, de marbre ou de fonte est armé du fusil qu’il brandit
victorieusement ou sur lequel il s’appuie mélancoliquement.
-Les obus qui entouraient initialement chaque monument étaient des signes de mort mais également le
souvenir militaire de cette guerre qui était une guerre d’artillerie. Depuis la seconde moitié du XXe siècle,
ces ornements ont été enlevés de la plupart des monuments.
-Les femmes sont souvent moins représentées comme des veuves éplorées que comme les symboles
féminins de la victoire, de la liberté et de la République.

Les noms des soldats
Les monuments s’adressent d’abord aux combattants disparus. Les noms des soldats sont classés par
ordre chronologique de leur décès ou par ordre alphabétique mais jamais par ordre hiérarchique. Les
hommes sont égaux devant la loi et devant la mort. Il est parfois ajouté les médailles dont certains ont été
décorés : croix de guerre, médaille militaire ou légion d’honneur.
Selon les prescriptions réglementaires, ne peuvent figurer sur chaque monument que les soldats nés ou
résidents dans la commune et ayant obtenu la mention « mort pour la France » enregistrée sur l’état civil
après qu’un jugement soit rendu par le tribunal le plus proche de l’ancien domicile et adressé à la dernière
commune de résidence connue du soldat considéré. Mais on peut constater en général que les communes
ont pris des libertés dans l’élaboration de la liste des morts de la commune. Juste après la guerre, il
s’agissait de faire honneur à toutes les familles de la commune ayant souffert de la perte d’un soldat
proche disparu, et souvent des non résidents ont été ajoutés sur le monument, voire des hommes décédés
n’ayant pas la mention « mort pour la France » (maladie aggravée par le service). Ainsi, il n’est pas rare
de vérifier des noms en double ou triple sur plusieurs monuments aux morts.
Après la seconde guerre mondiale et les guerres d’Indochine et d’Algérie, des noms supplémentaires sont
inscrits là où on a pu trouver des emplacements libres ou sur une plaque fixée au bas du monument.
Des noms peuvent également se rajouter après les conflits récents au Moyen Orient ou dans les Balkans.
 Les médailles militaires
Sur plusieurs monuments, accolés aux noms de soldats, figurent des décorations qui leur ont été attribuées
pendant leur participation au conflit ou à titre posthume.
Par expérience, on sait que les enfants remarquent très vite ces médailles et leurs questions sont
spontanées : Que représentent ces médailles ? Pourquoi certains soldats ont une médaille et d’autres pas ?
On rencontre principalement trois types de médailles représentés sur les monuments. Elles sont surtout
associées aux soldats morts pour la France de la première guerre mondiale. A savoir : la légion
d’honneur ; la médaille militaire et la croix de guerre.
* La légion d’honneur
Comme chacun le sait, la Légion d’Honneur est instituée par
Bonaparte, premier consul, le 29 floréal an X (19 mai 1802) pour
récompenser les services éminents à titre militaire, mais aussi civil,
rendus à la nation.
Cette décoration fut attribuée surtout aux officiers (plus rarement aux
sous officiers et hommes de troupe) pour actes d’héroïsme. Le
contingent des récipiendaires est limité chaque année de guerre.
L’insigne dont la forme a peu évolué depuis sa création, est une
étoile à cinq branches émaillées de blanc entourée d’une branche de
chêne et d’une branche de laurier réunies en leur base, surmontée
d’une bélière en forme de couronne de feuillage, mi chêne, mi
laurier. La bélière supporte l’anneau d’attache où passe le fameux
ruban rouge.
L’avers porte le visage de Cérès représentant la République entouré
d’un cercle émaillé de bleu portant « République Française ».
Le revers porte un drapeau et un étendard tricolores croisés avec l’inscription « Honneur et Patrie ».
*La médaille militaire
C’est en tant que président de la République Française que Louis Napoléon
Bonaparte institue la médaille militaire par décret du 22 janvier 1852. Cette
récompense est tout d’abord destinée aux sous-officiers, militaires du rang
ayant été cités à l’ordre de la nation, ayant reçus une ou plusieurs blessures ou
s’étant distingués par un acte de courage marquant.
C’est à l’époque de la Grande Guerre, la deuxième récompense nationale tout
de suite après la Légion d’Honneur mais également dans le cadre d’un
contingent annuel strictement limité.
Elle porte à l’avers la tête de Cérès entourée des mots « République
Française ». Le revers porte sur trois lignes l’inscription honneur et discipline.
Le tout est cerclé d’une couronne de laurier et surmontée d’un trophée d’armes
articulé avec un anneau où passe un ruban de couleur vert et ocre.
*La croix de guerre
Suite à la multiplication des actes de bravoure sur les gigantesques champs
de bataille de la grande guerre où s’affrontent des millions de combattants, il
a paru nécessaire de créer une nouvelle médaille pour récompenser le
courage des soldats mais aussi entretenir le moral des troupes.
La loi du 8 avril 1915 crée la croix de guerre « destinée à commémorer les
citations individuelles pour faits de guerre ».
Cette médaille est une croix en bronze avec entre les branches, deux épées
croisées. Le centre représente à l’avers une tête de Marianne coiffée d’un
bonnet phrygien et ornée d’une couronne de laurier avec en exergue
« République Française ». Au revers, figure l’inscription 1914-1915 ; cette
inscription sera modifiée chaque année jusqu’à la fin de la guerre. Le ruban est vert avec des liserés
rouges.
La croix de guerre est souvent représentée au sommet des monuments aux morts (gravée ou sculptée).
Elle symbolise encore aujourd’hui le courage du poilu de la Grande Guerre et parfois d’une manière
détournée la croix chrétienne (voir ci-dessus).
Approche pédagogique
La fiche pédagogique qui vous est proposée permet aux enfants d’étudier progressivement les aspects
déterminants d’un monument aux morts ainsi que le message militariste ou pacifiste véhiculé par certains
de ces monuments. Nous avons choisi exclusivement des monuments aux morts de l’Oise pour faciliter
ensuite la découverte et l’étude du monument de votre commune.
Le sujet d’étude principal est le monument de Blicourt assez complet tant dans la symbolique de ses
ornements que dans la présentation des soldats. Il est d’autre part le pendant du tableau d’honneur
figurant dans un cadre apposé dans la salle conseil municipal (voir photographie ci-dessus).
Pour vous aider à le décrypter et à anticiper peut être quelques difficultés de compréhension des enfants
par rapport à ce monument et celui de votre commune, nous vous indiquons quelques éléments
d’information par rapport au questionnaire proposé dans cette fiche pédagogique.
1. Le monument est généralement entouré d’un jardinet ou d’une clôture (rarement lorsqu’il est situé dans
le cimetière communal). On a délimité le lieu où l’on commémore les absents. En quelque sorte, on a fait
un enclos à caractère sacré où ne pénètre lors des commémorations que le magistrat municipal
accompagné des anciens combattants ou du corps des pompiers. En suivant cette même idée de protection
symbolique, le monument lui-même est souvent délimité par des poteaux enchaînés (voire des obus
comme symboles de mort).
Sur cette photographie, vos élèves remarqueront peut être les deux entourages.
2. Sur le monument de Blicourt, les noms des soldats figurent sur les deux faces latérales par ordre
chronologique de leur mort (par commodité de lecture, nous n’avons pas fait figurer les noms des soldats
morts pendant la deuxième guerre mondiale qui ont été rajoutés sur le socle du monument). Sont indiqués
précisément les dates de mort et les décorations obtenues par certains soldats.
Le questionnaire est ouvert pour que les élèves identifient chacune de ces informations. En fonction de
l’intérêt et des questions posées par les enfants, vous pourrez rédiger une fiche documentaire sur les
médailles militaire en vous appuyant sur cette notice d’accompagnement.
Les élèves remarqueront que l’un des soldats était prêtre et vous feront sans doute part de leur
incompréhension : les curés ne font pas la guerre ! Lors de la Grande Guerre, tous les prêtres mobilisables
ont été enrôlés. Pas seulement comme aumôniers, ils étaient encore nombreux au début du 20e siècle,
mais souvent comme infirmiers ou brancardiers (évidemment, ils ne portaient pas d’armes). Les obus qui
tombaient au milieu des tranchées ne faisaient pas de différence entre les soldats et les membres du corps
médical…
3. Comme sur le monument de Blicourt, la quasi-totalité des dédicaces sur les monuments aux morts est
rédigée comme suit : « AUX ENFANTS DE (commune) MORTS POUR LA FRANCE.
Bien sûr la question posée aux élèves est ouverte : Que veut dire cette phrase ?
Elle nécessitera cependant une correction et une explication détaillées devant l’incompréhension des
élèves. Leurs réponses spontanées seront : C’est les enfants du village qui ont également été tués lors de
la guerre ou bien c’est les enfants des soldats morts à la guerre.
Le procédé métaphorique peut par ailleurs être expliqué dans une séquence d’étude de la langue.
4. Les motifs métalliques scellés sur le monument de Blicourt sont particulièrement fournis. Sur la plupart
des monuments, on rencontre au moins deux symboles mortuaires : la croix de guerre et la palme de la
victoire (voir explications ci-dessus).
Les enfants identifieront facilement l’épée et la croix de guerre, par contre le casque et la palme ne seront
peut être pas reconnus. Quoiqu’il en soit, lors de la correction, une explication de chacun de ces éléments
sera nécessaire. Cette explication facilitera ensuite la compréhension de ceux figurant sur le monument de
votre commune.
5. Pour des raisons de coûts, la plupart des monuments aux morts est de facture simple : un simple
obélisque comme le monument de Blicourt. Mais certaines municipalités ont décidé d’investir dans
l’érection de monuments plus conséquents. Soit par l’adjonction d’une sculpture vendue en série ou par la
construction d’un monument personnalisé. Le choix opéré par la commune indique parfois un message
sous jacent par rapport aux nombreuses victimes de 1914-1918.
Nous avons choisi la comparaison de deux monuments aux morts de notre département : le monument
aux morts du village de Luchy (canton de Crèvecoeur le grand) fréquemment rencontré dans L’Oise et en
France où figure à son sommet le soldat triomphant et victorieux (voire revanchard ?) et le monument
personnalisé de Pont l’Evêque (canton de Noyon) où figure la veuve éplorée devant un alignement de
tombes anonymes avec l’espérance nouvelle d’un lever de soleil (ou la désespérance d’un coucher de
soleil ?).

								
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