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									  LA GAZETTE DE NOROIENI – Octobre 2008
                                « Feuilles d’Automne »
« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, tu vois, je n’ai pas oublié, les souvenirs et les regrets aussi »

1997-2008 : Déjà onze années écoulées depuis mon arrivée en Roumanie. Onze années d’une intensité
extraordinaire, où tout est ici décuplé, si fort que même 30 années de France ne sauraient en rien égaler.
Rien n’est ici en demi teinte : les sentiments, les évènements, les situations rencontrées sont d’une force
presque violente, vous repoussant parfois jusque dans vos plus profonds retranchements. De quoi vous
remettre constamment en question, ou tout au moins, mettre au placard nos petits tracas quotidiens dont
on faisait pourtant une montagne jusque là, et qui deviennent d’un seul coup, d’un seul, tellement
dérisoires.

Que de chemin parcouru, que de destins rencontrés. Comment tout raconter ?… Juste envie de faire un
petit retour en arrière au cours de cette Gazette. Les souvenirs reviennent en force. Comment vous
expliquer, vous dire, vous faire partager, de manière à ce que vous viviez avec moi tout ce que j’ai pu
amasser en souvenirs durant ces onze années de Roumanie ? C’est tellement difficile ! Les mots
manquent. Comme je le dis souvent : la Roumanie cela ne s’explique pas, ça se vit ! Je ne peux oublier
ces sourires et ces larmes, ces regards implorants et éplorés, ces yeux brillants, pétillants, ces regards
malicieux et souvent naïfs, ces déroutes et ces chemins d’espérance, ces jeunesses bafouées, piétinées,
violées. Ces détresses et ces solitudes si pesantes qu’elles n’appellent qu’au respect et au silence. Les vies
brisées en mille morceaux de ceux qui n’ont jamais demandé à naître et que l’on a abandonnés, ces cœurs
meurtris, ces plaies vives, ces traumatismes et ces blessures qui resteront, à jamais, profondément ancrés
au fond de ces petits êtres. Et puis il y a ces petits bras qui se tendent désespérément vers vous,
demandant à être enlacés, vous offrant des kilos d’affection à prendre, et qui en attendent tout autant en
retour, ces cris d’amour qui vous sont lancés et qui espèrent un écho. Je ne peux oublier ces rencontres,
toutes empreintes d’une richesse inestimable, enfouie, qui ne demande qu’à être explorée et exploitée, ces
regards où vacille une lumière d’espérance, ces petits bourgeons encore trop frileux qui ne demandent
qu’à éclore, à s’épanouir pour devenir la plus belle des fleurs. Je ne peux oublier toutes ces bonnes
volontés venues de France ou d’ailleurs, les amis de l’association de Toulouse, ma famille, tous ceux
aussi qui ne me connaissent pas mais qui m’ont apporté leur précieux… mais bien plus, leur vital soutien
depuis des années. A tous et à chacun, je veux encore dire tout simplement mais du plus profond de mon
cœur, un immense MERCI. Il y a aussi « les gens d’ici » qui m’ont permis de faire ce cheminement et
sans lesquels le travail accompli n’aurait pu être mené à bien. Ceux-là même dont les mêmes buts et les
mêmes valeurs nous ont sans cesse animés, réunis, renforcés, faisant de nous comme une grande famille,
unie pour le meilleur et pour le pire, partageant et affrontant les épreuves, les doutes et les difficultés,
mais aussi les joies et les bonheurs. Tous animés par de mêmes convictions et idéaux, par le même désir
de vouloir apaiser la souffrance du plus petit. Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de repenser au jeune
Vlad, à peine âgé de 7 ans, « tombé accidentellement » du 3ème étage de l’orphelinat de Busteni, en 1998,
que j’ai ramassé totalement désarticulé, rendant son dernier souffle dans mes bras. Vous comprendrez que
ces images-là, ces émotions sont difficilement partageables. Je les garde pour moi : elles font désormais
partie de ma mémoire, que rien ni personne ne pourront jamais effacer.

De 1997 à 2008, de Busteni à Noroieni, (en passant par Bucarest, Madàràs et Satu Mare) : onze années de
souvenirs ! Que de joies et de bonheurs, de réussites, mais aussi d’échecs, de tempêtes, et de doutes
traversés ! Que de visages, de pleurs et de sourires rencontrés ! Combien de manifestations d’humilité, de
fatalités mais aussi de révoltes confrontées… ! Mais la Route, MA Route ne s’arrête pas là… Elle
continuera tant que mes forces et ma santé me le permettront parce qu’il y a encore tant à faire !
                 IL N’ Y A PAS DE PLUS BEAU CADEAU

                             QUE DE DONNER LA VIE !
 Je me souviens, alors que j’étais à l’orphelinat de Busteni, plongé au milieu d’un véritable enfer, de
quelques jeunes qui avaient accepté de répondre à mes questions, sous le sceau de l’anonymat, par peur
des représailles. A ma question : « Quel est votre plus grand souhait ou votre plus grand rêve ? » j’avais
alors été extrêmement surpris d’entendre la majorité d’entre eux, à peine jeunes adolescents, me
répondre : « vouloir fonder une famille et avoir sa maison ». (Nos jeunes français de la même tranche
d’âge étant bien plus préoccupés par leur « play station » ou la messagerie électronique !). Pas besoin
d’être fin psychologue pour lire derrière ces souhaits d’adultes, le désir de dépasser, de sortir de ce
chemin de souffrance. Pour ces jeunes d’orphelinats, donner la vie, c’est vouloir quelque part faire le
deuil de son passé, renaître en offrant une enfance que l’on a pas eu la chance d’avoir, vouloir oublier une
enfance battue, bafouée, volée et parfois même…violée. C’est vouloir offrir et transposer sur un jeune
être, né de son propre sang, toute la tendresse, l’affection, l’éducation que l’on a pas eue. C’est aussi et
surtout la manifestation évidente d’un immense amour à donner. C’est donc en donnant à leur tour la vie,
que ces jeunes issus d’orphelinats accomplissent une véritable thérapie, leur thérapie. Ainsi, nombreux
sont les jeunes qui ont été accueillis par Jean Magnan au sortir de l’orphelinat ou de la rue, et qui ont
partagé durant de longues années notre vie communautaire. Après Csaba et Carmen, Paul et Renata,
Iuliana et Kadar, Nicu et Lacrima, c’est maintenant au tour d’Alina et de Zoltan d’être d’heureux parents.
Nous avons baptisé leur petit Andrei, né il y a un peu plus d’un mois, ce Dimanche 26. L’occasion pour
nous de retrouver bon nombre d’amis.




 LE PREMIER COLLOQUE DEPARTEMENTAL DE L’ACTION
               SOCIALE A L’ENFANCE
Là aussi, le pari semblait un peu fou ! Mais l’évènement a été de taille, et d’une totale réussite ! Il a
rassemblé, pour la première fois autour d’une même table, à égalité et sans distinction, toutes les
associations et institutions privées ou d’Etat, qui travaillent dans le domaine de la Protection Sociale à
l’Enfance. Cet évènement est à l’initiative de l’association parisienne « S.E.R » (Solidarité Enfance
Roumanie), présidée par notre ami, Adrian Michaloux. « S.E.R » est propriétaire d’une maison familiale à
Satu Mare, dont vous avez pu lire le triste sort dans les gazettes précédentes. Aujourd’hui, cette maison
vide (depuis plus d’un an… mais plus pour très longtemps !), demeure très convoitée par de nombreuses
associations. Cette table Ronde aura ainsi rassemblé des organismes tels que la Croix Rouge, Caritas, la
D.P.C (Direction de la Protection de l’Enfance), le service social de la Mairie, ainsi que de nombreuses
associations s’occupant soit d’enfants handicapés (autistes, trisomiques, sourds-muets, non-voyants,…),
soit d’enfants déshérités (enfants de la rue, sortant d’orphelinats). Cette première rencontre aura permis,
avant tout, de nous rencontrer, de prendre connaissance de ce que chacun fait, de nos domaines d’activités
et de compétences, de nos besoins et projets aussi. Il faut dire que si cette rencontre a pu se réaliser, c’est
aussi et surtout grâce à la venue d’Eloi, jeune étudiant atteint de la « Roumanite aigüe » (il n’en n’est pas
à son premier séjour en Roumanie !), et qui a consacré une grosse semaine du mois de Juin, à rencontrer
la vingtaine d’institutions, à enquêter, pour terminer par la rédaction d’ un rapport détaillé.

Les enjeux de cette assemblée étaient de répondre à trois questions essentielles : « Qu’a-t-il été fait dans
les années passées ? Qu’y a-t-il à faire, quels sont les besoins et les priorités pour les 4 années à venir ? ,
Comment mieux nous connaître, collaborer, réunir nos compétences au service de l’enfant en souffrance
? ». Les plus hautes autorités locales, détentrices du pouvoir, étaient invitées à participer : Le Maire, le
Président du Conseil Général, le Directeur Départemental de la Protection de l’Enfance. La presse et les
chaines de télévision locales étaient également réunies au grand complet, et l’évènement a été largement
médiatisé. Cette Table Ronde, la première d’une série, est soutenue par « La Voix de l’Enfant », (grande
fédération d’associations nationalement connue, œuvrant en faveur des droits et protection des enfants), et
dont laquelle l’association S.E.R est membre.

                    UNE CRISE FINANCIERE ? OU CA ?
Alors que le monde entier fébrile, semble tétanisé, paralysé par la crise financière actuelle , suspendu à
son téléviseur pour suivre les courbes en folie du CAC 40 ou du Nasdaq, et menacé par une récession qui
plane au dessus de nos têtes ; tandis que des « traders » devenus incontrôlables font sauté les tiroir-caisse
de nos établissements bancaires, le Roumain lui, plongé entre insouciance et fatalisme, semble bien loin
de cette effervescence qui le dépasse. Le paysan roumain, celui-là même que je rencontre au quotidien
s’en tient à des préoccupations bien plus terrestres ! : A savoir si le radis pousse bien, si la récolte de maïs
s’annonce bonne cette année et s’il aura assez de bois pour passer l’hiver ! J’ai ainsi eu l’occasion, de
tester par moi-même, le peu d’intérêt que porte le paysan roumain aux problèmes politiques et sociaux.
Alors que nous allons avoir des élections législatives et sénatoriales le 30 Novembre, nombreux ne savent
point ce qu’est un Député, ni à quoi sert cette race d’homme. Il est vrai que les images diffusées par la
télévision roumaine sur les débats à l’Assemblée Nationale, ne sont pas des plus flatteuses : des hommes
souvent bien rougeots et rondouillards, piquant du nez, plongés dans un profond sommeil, tandis que
d’autres, sautent de travées en travées, pour voter sur le clavier de leurs collègues absents !... Sans parler
de toutes les affaires de corruption, mises au grand jour quotidiennement par le P.N.A (Parquet National
Anti-corruption, mis en place par le président Basescu), et qui ne cesse de faire tomber les têtes et d’en
éclabousser d’autres, mettant chaque jour en exergue de nouveaux scandales, dont certains remontent au
temps de Ceausescu. Pour en revenir à la crise, il est vrai que le leu (monnaie nationale) a quelque peu
dévalué, à la grande joie des roumains qui se voyaient offrir près de 4 lei (contre 3.50 lei en moyenne)
pour chaque euro échangé. En revanche, les factures actuelles et à venir (d’énergie et de téléphonie)
s’annoncent comme étant à la sauce piquante, puisqu’elles sont calculées en euros !

Pour ma part, j’avais porté ma candidature pour être conseiller municipal aux élections du 1 er Juin. Pas
peu fier de voir ma binette orner tous les panneaux d’affichages de la commune, qui rassemble pas moins
de 6 villages. Malheureusement, nous avons pris une gifle magistrale, ayant été balayés comme un fétus
de paille par le parti Hongrois, tout puissant, régnant en maître sur toute la Transylvanie, et bien au-delà.
Car dans la mentalité d’ici, ce n’est ni un homme, ni une équipe pour lesquels on vote… mais bien plus
un parti. Et ce, malgré toute la médiocrité dont peut exceller son représentant local. Mais nous ne
désarmons pas, faisant de la résistance, et n’ayant aucun mal à démontrer, à coups de réunions publiques
de plus en plus fréquentées, les malversations et l’immobilisme d’une équipe municipale peu scrupuleuse
et dont tout le monde se plaint… mais que ce même monde a réélue ! Cette première expérience de ma
très modeste incursion dans le monde politique n’a pour simple prétention que de vouloir donner un peu
de dynamisme et un nouveau souffle aux affaires de la commune.
     ET L’EVOLUTION ECONOMIQUE DE LA ROUMANIE
                   DANS TOUT CA ?
J’ai bien peur de sans cesse me répéter… mais pourtant, il faut que vous sachiez que les prix ne cessent
ici de flamber, dépassant parfois, et de loin, nos prix européens. Les pharmacies dépourvues de fonds ne
sont plus approvisionnées et les plus grands hôpitaux n’ont plus de doses de morphine ou de vaccin
antitétanique à offrir à leurs patients. Il est bon ton… ou plutôt, il est plus raisonnable d’aller se faire
opérer à l’étranger. Mais seuls les plus nantis peuvent se permettre de telles dépenses qui se comptent en
milliers d’euros. A côté de cela, le secteur de l’immobilier semble avoir perdu la raison. Depuis quelques
mois, ce sont des pâtés de maison, des quartiers entiers de Satu Mare qui sont rasés, pour laisser place à
d’immenses cratères d’où sont entrain de naître toutes sortes de résidences « grand standing » ou de
centres commerciaux. A la sortie de Satu Mare, en direction de l’aéroport, une célèbre enseigne de la
grande distribution française est en train de s’implanter sur des milliers de mètres carrés. Sur la route qui
mène de Satu Mare à Noroieni, les maisons sortent de terre telles des champignons après la pluie. De
couleurs souvent osées, aux volumes des plus insensés. Bientôt, les 12 km qui me séparent de Satu Mare
ne seront plus qu’un gros lotissement, et notre commune sera, à coup sûr d’ici dix ans, un quartier
résidentiel de Satu Mare. Mais les roumains ont souvent les yeux plus gros que le ventre. Ce désir
presque vital de montrer sa réussite sociale (souvent suite à une vie de galère menée à l’étranger), d’en
mettre plein la vue à son plus proche voisin, a un coût, et je dirai même plus, leur laisse un arrière gout
des plus amers. De plus en plus nombreux sont ceux qui se retrouvent acculés - face aux emprunts à
rembourser ou à la flambée des prix des matériaux - à vendre en l’état, leur maison… que dis-je… leur
palace en cours de construction. Sur des carcasses de maison à peine érigées, on peut déjà lire « A
vendre ». Après l’euphorie née de l’inconscience, les regrets apparaissent et la raison semble vouloir
reprendre le dessus… mais il est déjà trop tard. Alors que les prix des maisons de Satu Mare étaient
déraisonnablement supérieurs à ceux des villas de la périphérie de Budapest, les néo-promoteurs
commencent à casser les prix : L’offre d’appartements « grand standing » devient trop importante par
rapport à la demande. Et en ville, les véhicules 4x4 les plus rutilants ne cessent de tourner autour de la
place centrale, comme des paons faisant la roue, pour mieux narguer ceux qui mendient pour un bout de
pain. Visiblement, les « eldorados » européens ne sont plus aussi intéressants et attrayants que ce qu’ils
avaient bien voulu paraître. En témoignent ces nombreux roumains que je connais, et qui commencent à
se lasser d’une vie à Paris ou à Rome, envisageant sérieusement et définitivement de rentrer au pays après
de nombreuses années passées à l’étranger. L’important étant pour eux d’avoir réussi à amasser
suffisamment de devises pour construire la maison de leurs rêves, venir y vivre, et retrouver les enfants
abandonnés sans scrupules, les trouvant « bizarrement » bien grandis et tellement changés ! Ici, la
richesse indécente (parce qu’exposée au grand public) continue à côtoyer la plus grande pauvreté. Les
enfants de la rue sont toujours au nombre de 200 à Satu Mare, et j’assiste en mon domicile, à des visites
de plus en plus fréquentes de jeunes connus il ya bien des années, en pleine déroute, perdus sur leur
chemin d’errance, ayant pour seul bagage un sac de plastique. Ils viennent bien sûr me demander de
l’argent, mais bien plus encore, une oreille attentive, un sourire, la chaleur d’un accueil.

               AUREVOIR… MAIS A BIENTÔT, SUNIA !
Sunia, coordonatrice du Centre Social « Saint Martin » de la maison Sainte Anne vient de quitter ses
fonctions. Mais c’est certainement pour mieux la retrouver bientôt, dans l’une de ses œuvres. Après
quatre années d’un travail de fond, au service des plus démunis, s’entourant d’une petite équipe choc,
s’occupant de tout et de tous, donnant et se donnant sans limite, elle a su non seulement développer
largement les activités du centre social, leur octroyant une toute autre dimension, , mais aussi, créer des
liens de confiance et d’amitié avec les parrainés. Elle est remplacée dans ses fonctions par Francisc,
jésuite roumain, nouvellement arrivé pour seconder le Père Vasile, lui même successeur de Jean Magnan.
                             UN ETE EN DEMI-TEINTE
Bien qu’animé, cet été 2008 aura vu nettement moins de jeunes français affluer que l’année passée : une
soixantaine contre les 180 venus à l’été 2007 ! Ce qui m’aura permis d’être davantage disponible pour
chacun, et de pouvoir surtout mieux profiter de chaque groupe. Pour diverses raisons, les trois groupes qui
avaient prévu de venir au mois de Juillet, ont annulé plus ou moins au dernier moment. Si j’avais su… je
serais bien revenu en France pour étendre, moi aussi, mon drap de bain sur mon mètre carré de plage !
(Après tant d’années, j’en rêve !). En Juillet, j’ai seulement vu venir deux jeunes étudiants, prendre part à
leur manière, à nos actions. Il y eut d’abord Stanislas, puis Benjamin. Chacun participant activement, pour
une partie de leur séjour, au chantier en cours, témoignant ainsi de toute leur générosité et de leur
motivation. Puis il y eut des guides et des routiers SUF, des amis tels qu’Elisa et Claire, P’tit Jean et
Sabine, et nouveaux, et enfin l’organisation d’un camp avec une dizaine d’enfants, provenant du Centre
Social de la Maison Sainte Anne. Fin Juin-début Juillet, le nord de la Roumanie, aux frontières du pays
avec l’Ukraine, des pluies torrentielles touchent des villages entiers. Le Prout, la Tisza et le Siret sortent
de leur lit, envahissent des milliers d’hectares. Dans cette zone montagneuse, l’eau n’a aucun mal à
dévaler les pentes, à tout emporter sur son passage dans des torrents de boue d’une rare violence. Plus rien
ne résiste face à la nature déchaînée. Les glissements de terrain viennent rayer de la carte des villages
entiers. Des maisons de torchis, des forêts et des routes, des voies ferrées sont englouties, avant de
disparaître à jamais, emportées par la furie des eaux. Le bilan est lourd : 7 morts, des exploitations
entières emportées, des centaines de sans abris. Une bonne centaine de touristes, isolés en pleine
montagne est évacuée par des hélicoptères de l’armée : La petite ligne du dernier train à vapeur qui
serpentait dans la vallée de la Vezère, de Viseu jusqu’à une exploitation forestière, et qui les avait montés
jusque là, a été emportée en plusieurs endroits. L’Etat tente de dresser un premier bilan. Partout, la
désolation, la consternation, le désespoir. Comment panser ses plaies, consoler son chagrin lorsque toute
une vie d’un dur labeur se trouve totalement et subitement anéantie ?. Puis, ce sera toute la ville de
Sighetu-Marmatiei qui se verra privée d’eau durant près de 20 jours, après que ses stations d’épuration
aient été englouties sous des torrents de boue. La typhoïde menace, et des milliers de vaccins sont
acheminés en urgence depuis Bucarest. Alors, après m’être entretenu avec Benjamin, le seul français de
passage, et accompagnés du fidèle Marius, nous décidons de partir sur place. Totalement démunis d’aide
humanitaire, (simplement équipés de bottes et d’une bonne embarcation gonflable), mais animés d’un
profond désir de nous donner, de prêter main forte, de secourir, de nous rendre utiles. C’est là que je dis à
Benjamin « Tu voulais « faire de l’humanitaire » ? Et bien là, au moins, tu ne vas pas être déçu ! ».
Surtout qu’après être intervenu très modestement, il y a 3 ans, lors des inondations dans la zone de
Timisoara, j’étais donc prêt à réitérer une telle action, tellement riche et poignante en rencontres
humaines, en leçons d’humilité. Le fidèle « petit Marius » se joint à nous, et nous commençons à
engouffrer les kilomètres, direction la Moldavie Roumaine. Notre déception et notre amertume ont été
sans nom, lorsque nous nous sommes vus refoulés par les autorités locales, et reçus presque comme des
moins que rien. C’était quelque chose du style : « Nous n’avons pas besoin de vous. En revanche, si vous
avez quelques dizaines de milliers d’euros à nous donner, ou des engins lourds de terrassement ou
d’excavation, alors soyez les bienvenus ! ». C’est donc tout bredouilles et fortement contrariés que nous
avons rebroussé le chemin. Du coup, notre périple s’est transformé bien malgré nous (j’en ai presque
honte !) en quatre jours de tourisme à travers les monts du Maramurès !

        IL FALLAIT AVOIR L’AUDACE DE LE FAIRE, ET…

                                   ELLES L’ONT FAIT !!
Peut-être animées d’un brin d’insouciance ou d’inconscience !... mais d’une grande générosité,
certainement ! Je veux parler de Catherine et Emilie, venues tout droit (façon de parler !) de la Lozère, par
une belle après-midi de Septembre. Je ne sais quelle bonne mouche les a piquées, le jour où elles se sont
lancées le défi, de rejoindre Marvejols (charmant petit port de pêche du bout du trou du monde) à
Noroieni-Plage, à bord d’un bus vieux de 55 ans ! Le pari était un peu fou et insensé… mais elles l’ont
réussi, et elles peuvent en être fières. Dignes représentantes d’une toute jeune et nouvelle association
« Zygomatique au Cœur du Monde », nos deux compères au cœur tendre sont donc arrivées à bord d’un
vieux bus Mercedes, et escortées par 4 superbes pitbulls (juste de quoi sérieusement dissuader ceux qui
auraient voulu approcher les charmantes créatures et leur précieux chargement !). Sans frein depuis la
descente de la Turbie, à une vitesse de pointe de 60 km/heure et à bord de ce vaisseau d’une autre époque,
aux batteries alimentées par des panneaux solaires, elles auront mis 8 jours pour faire la route ! A
l’intérieur, un véritable appartement T.4 ! 2 pièces pour les chiens (qui se disputent entre eux !), une
chambre, et enfin un coin living… Sans oublier un coin cuisine avec une véritable gazinière, un poêle à
bois (dont la cheminée sortant par l’une des vitres donnait un aspect de TGV avorté à l’ensemble !) et une
cabine douche. Perdu dans un énorme nuage, entre poussière et fumée, et dans un vrombissement à faire
pâlir de jalousie tous les derniers modèles turbo-diesels, l’engin n’est pas passé inaperçu, même en
Roumanie. Chacun de se retourner sur son passage, tandis que les douaniers eux-mêmes sortaient leur
téléphone portable, pour photographier le terrible engin, venu d’une autre planète… mais surtout d’une
autre époque !




A son bord, beaucoup de beaux vêtements, de superbes paires de chaussures qui en ont comblé plus d’un,
mais surtout des fauteuils roulants qui contribueront à donner un peu plus d’indépendance et de liberté, de
confort et de sécurité, à des personnes handicapées. Pour clôturer le tout, un repas-crêpes offert aux
enfants du village.

                        UNE MAISON D’ACCUEIL POUR

                              LES ENFANTS DE LA RUE
Vous n’êtes pas sans savoir que nous construisons, à Noroieni, une maison d’accueil et de vacances pour
les enfants de la rue. Je suis heureux de constater que la collaboration informelle, née il ya plus d’un an,
avec l’association « Stea » de Satu Mare (la seule institution prenant à bras le corps le lourd problème des
enfants de la rue), commence à prendre de l’assise. De réelles relations d’amitié et de confiance nous
unissent. De mêmes espoirs et de mêmes désirs nous animent. De nombreuses actions ont déjà été menées
ensemble, et ont fait l’objet d’un intérêt particulier par la presse locale.

Alors, où en sont les travaux aujourd’hui ? Les quatre façades ont été enveloppées de plaques de
polystyrène, et le tout a été enduit d’un adhésif. Reste à leur donner un peu de couleur ! A l’étage, les
deux chambres pratiquement terminées, dans une ambiance « chalet » où le bois prédomine : mansarde,
lambris muraux, parquet. Reste encore tout le rez –de- chaussée à aménager, à crépir, à carreler. Puis, il y
aura la cuisine à équiper, ainsi que la salle de bains, à faire les branchements et évacuations d’eau.
L’électricité est posée. Mais le plus important restant à faire (et à financer !), demeure l’acquisition et le
montage de toute l’installation de chauffage. Une chaudière centrale à acheter, les pompes aspirante et
refoulante, les radiateurs, toute la tuyauterie, les robinets et les coudes, sans parler de la main d’œuvre du
technicien. Malheureusement, cette maison ne sera donc pas encore opérationnelle cet hiver. Nous
comptons donc sur votre soutien, si petit soit-il, pour nous aider à progresser dans la phase de finition
de cette maison.




                                       L’ETE INDIEN ?
A l’heure où je mets un point final à la rédaction de cette gazette, les informations nous montrent les
images d’un hiver arrivé précocement en France et en Allemagne. Et ici ? nous avons travaillé toute la
journée (nous sommes le 31 Octobre, veille-même de la Toussaint) en tee shirt, par une température
presque estivale de 24° !

                                                                               Dominique AUBAN

ASSOCIATION « ROUMANIE ESPOIR »                                           ASOCIATIA « SAMTOUL »

15, Boulevard Lascrosses – Bât. D1                                          Str. Principalà nr. 103

31 000 TOULOUSE                                            SAT NOROIENI – Com. LAZURI-Cod 447173

                                                                               JUD. SATU MARE

                                                                          ROMÂNIA - ROUMANIE

								
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