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					                Voyages intertextuels dans le roman Vendredi ou les limbes
                                  du Pacifique de M. Tournier


                                              Lect. drd Mihaela MITU
                                                Universitatea Pitesti


         Définie par G. Genette comme “tout ce qui met (un texte) en relation manifeste ou secrète
avec d`autres textes” (1982, p.7), la transtextualité (avec ses sous–catégories : l`architextualité, la
paratextualité, la métatextualité, l`intertextualité et l`hypertextualité) peut être considérée, sans
craindre les exagérations, comme étant l`une des dimensions 1 constitutives d`un roman. La relation
la plus manifeste d`influence d`un (des) texte(s) sur d`autres productions littéraires se réalise au
niveau de l`intertexte qui suppose la co – présence entre au moins deux textes (allusions, citations,
plagiat,...).
         Définitivement “double”, le texte ne délivre ses significations qu`au terme d`une lecture
tabulaire. C`est le rapport vertical du texte à son contexte que double le rapport horizontal de
l`écrivain à son texte et à son lecteur qui peut dévoiler la démarche d`un créateur.
         Certaines parties du texte touriérien, sinon tout un roman parfois, imposent un intertexte
explicite. On trouve ainsi, disséminés dans le texte, beaucoup d’éléments intertextuels que l`auteur
“encrypte ou simplement ignore”2.
         L’exemple de plus frappant de remaniement d’un texte antérieur nous est fourni par
Vendrediou les Limbes du Pacifique qui peut être considéré comme un double hypertexte par
rapport à deuxhypotextes : Robinson Crusoé de Daniel Defoe et Suzanne et le Pacifique de Jean
Giraudoux.
         Nous nous proposons de dégager les séquences qui attestent le phénomène de
l’intertextualité dans le roman mentionné et d’observer les procédés de réalisation de la
transformation.


1. Aventure de Selkirk et le roman de Defoe


        Dans le Vent Paraclet Tournier évoque l’épisode des aventures de Selkirk3 et montre
toutes les modifications appelées « écarts » que Defoe fait subir à l’histoire réelle. Le roman de
Defoe peut être interprété en termes de transposition (G. Genette : 1982, p.340 - 342), des
aventures de Selkirk, procédé réalisé par :



1
  cf. Fr. Rastier Toute production textuelle est susceptible de deux types de fonctionments : intratextuel et intretextuel.
2
  cf M. Worton, “Intertextualité et esthétique” in Actes du colloque du Centre International de Cérisy – la– Salle,
Gallimard, Paris, p.228.
3
  Cf. Arlette Bouloumié dans Vendredi ou Les Limbes du Pacifique, Le roman de Defoe part d`un événement
historique: le compte rendu du capitaine Woodes Rogers qui relate comment les marins de son bateau ont découvert, le
31 janvier 1709, un Ecossais nommé Alexandre Selcraig qui, après une vie d`aventurier, avait décidé de rester seul sur
l`Ile Màs a Tiera ou il avait vécu quatre ans et quatre mois.




       Translation (déplacement selon A. Bouloumié) ;
            o géographique : des côtes de Chili aux bouches de l’Orénoque
            o temporelle : allongement de quatre à vingt-huit ans de la durée de l’aventure.
     Substitution d’un naufrage à un abandon volontaire (nouvelle formulation)
     Invention (ajout) du personnage de Vendredi.
      Dans sa version Tournier (tout comme Giraudoux d’ailleurs) ramène le déroulement de
l’aventure de son héros au Pacifique, sur une île qui, du point de vue de l’hospitalité, ne diffère pas
trop de celle de Defoe. Chez Giraudoux, l’île est un véritable paradis terrestre, changement qui aura
une réelle fonction thématique dans le cadre du roman.
      Même si la date de l’aventure est retardée d’un siècle, le 30 septembre 1759, sa durée reste la
même : vingt-huit ans, deux mois, dix-neuf jours. Mais les transpositions ne sont presque jamais de
simples imitations, la transvalorisation de l’hypertexte, ayant une valeur connotative, se réalise par
un double mouvement de dé-valorisation et de contre-valorisation portant sur les mêmes
personnages ou faits. Cette transvalorisation connotative est faite par analogie car le même référent,
désigné différemment par des occurrences1 différentes, acquiert des sens différents.
        L’imitation emprunte ainsi un côté burlesque qui accentue ou révèle certains traits et
certains travers du premier Robinson 2 parodiant en même temps le deuxième Robinson.

        2.1 Inversions parodiques :

        Robinson I construit un bateau dans le tronc d’un cèdre qui lui rappelle l’arbre symbolique
de l’Ancien testament. Mais plus tard il ne pourra le transporter jusqu'à la mer.
        Robinson II commence lui aussi la construction d’un bateau baptisé « l’Evasion » et avant
de se mettre au travail, il relit le chapitre IV de la Genèse : celui qui relate le Déluge et la
construction de l’arche de Noé – une allusion évidente au navire de salut qui allait sortir de ses
mains2 3.
        S’il n’a pas réussit à mettre à flot le bateau, ce n’est pas parce qu’il n’a pas mesuré à
l’avance les difficultés de l’entreprise, tout comme son prédécesseur mai surtout parce qu’il a été
« obnubile »par l’exemple de l’arche de Noé, « qui était dévenue pour lui comme l’archétype de
l’Evasion »4.
        Après l’échec le héros de Defoe se définit lui-même comme « le plus impie d’entre tous les
marins, n’ayant pas le moindre sentiment ni de crainte de Dieu »5., et se met à lire la Bible essayant
de mener une vie selon les préceptes de l’Ecriture.
        Le héros de Tournier, puritain austère, va faire la démarche inverse et se détacher de plus en
plus de ses convictions religieuses pour participer à la vie élémentaire de l’île.
        Bien qu’il soit calqué, sur le modèle de Defoe, l’échec de R.II n’a pas la même signification.
La Bible aide R.I à conserver sa dignité. La référence à l’Ancien Testament est pour R.II
inadéquation au réel et source d’échec.
1
  La signification en contexte est du côté de l`occurrence; l`une des thèses ou G. Frege et Ch Peirce se
rejoignent.
2
  Nous allons noter le personnage de Defoe par R I et le personnage de Touriner par RII
3
  VLP, p.21
4
  Ibid., p.29
5
  Daniel Defoe, Robinson Crusoe, Presses Pocket, Paris 1988, p.127
         A un Robinson I industrieux et protestant dont le travail est modéré par les besoins, Tournier
oppose un Robinson dont l’esprit d’accumulation, explicable au début comme étant la seule
protection contre la déchéance, va jusqu’au ridicule et permettra au narrateur d’ironiser son
personnage et implicitement un certain type de civilisation dont le crédo est l’accumulation
excessive.
         Gerard Genette remarque dans Palimpsestes combien « l’exagération caricaturale » de ce
trait du héros de Tournier, permet une « critique implicite » de cette œuvre civilisatrice.
         « Le Robinson de Defoe se contentait de mener, sous le regard respectueux de ses
compagnons animaux, la vie décente et laborieuse d’un honnête chrétien, celui de Tournier s’abîme
dans un simulacre névrotique d’administration, rédigeant une charte et un code pénal de Speranza ,
édifiant un Palais de Justice, un temple, un conservatoire des Poids et Mesures, revêtant un habit
de cérémonie pour recencer les tortues de mer ou inaugurer des ponts et des routes »1.
         Pour Robinson de Defoe l’argent est une drogue ; au contraire, Robinson de Tournier en fait
l’éloge.
         Du même effet parodique se charge l’épisode où R.II attendant la descente de l’Esprit Saint
sous forme d’ « une langue de feu » dansant au-dessus de sa tête ou d`une colonne de fumée
« montant toute droite vers le Zénith », observe un groupe d’Indiens qui procèdent à un sacrifice
humain.(le Robinson de Defoe n’avait trouvé que des ossements, restes du repas des Cannibales, et
prend des précautions pour se défendre). La vision religieuse de Robinson II est parodiée étant
totalement étrangère à la réalité de l’île.
         Robinson I voit sur le sable la trace d’un pied nu et pressentent qu’il s’agit d’un cannibale,
comprend que sa domination est en danger.
         Par contre, la découverte de la trace dans le sable, marque de son pied nu, amène Robinson
II à se sentir rassuré dans sa qualité d’Adam possesseur et maître du jardin d’Eden.
         « Il ne pouvait y avoir de confusion, ce cachet séculaire celui du pied d’Adam prenant
possession du Jardin, celui de Venus sortant des eaux – c’était aussi sa signature. »
         La double identification de Robinson articule l’éthos23 et pré-figure tant un programme
narratif qu’une grille de déchiffrement, La réécriture du passage de Robinson Crusoe doublé de la
figure mythique à Venus est un clin d’œil au lecteur et met en valeur le caractère orgueilleux du
protagoniste.
L`hypertexte fait ainsi valoir les fonctions éthique et ludique de l`intertextualité.
         Au Vendredi de Defoe, le bon sauvage qui s’intègre au système axiologique de Robinson,
Tournier construit, en contre-partie, un Vendredi dont le rôle est l’éducation symétrique et inverse
de Robinson. La figure de Vendredi subit une translation d’ordre socio-culturel. Le Robinsn de
Defoe sauve d’un sacrifice imminent un Vendredi adulte, qui a vingt-six ans, avec lequel il établit
des relations patriarcales.
         Le Robinson de Tournier sauve par hasard Vendredi qui a quinze ans ; Robinson avait
l’intention de tuer Vendredi mais le coup de fusil est dévié par son chien.
         La scène d’allégeance décrite par Defoe est remplacée par une scène de reconnaissance
injustifiée « triomphalement parodique »1 et donne à l’auteur l’occasion de dévaloriser, de
ridiculiser la figure du petit démiurge colonisateur.
         « A quelques mètres de là, dans le massif de fougères arborescentes, un homme noir et nu,
l’esprit dévasté par la panique , inclinait son front jusqu’au sol, et sa main cherchait pour le poser
sur sa nuque le pied d’un homme blanc et barbu, herissé d’armes, vêtu de peaux de biques, la tête
couverte d’un bonnet de fourrure et farcie par trois millénaires de civilisation occidentale »2.
1
  G. Genette, op. cit, p.421
2
 L’éthos est défini, dans le respect de la tradition antique, comme la propriété de l’œuvre de se faire voir. La
rhétorique antique entendait par ethè l’ensemble de traits qui caractérisent la personnalité que les orateurs
montrent à travers leurs façon de s’exprimer, Cf. D. Maingueneau, Le Contexte de l’œuvre littéraire, Ed,
Dunod, p.143.
        D’un « tour de phrase » la parodie de Tournier atteint la « quintessence ». Dans Le vent
Paraclet, M. Tournier distingue « parodie et parodie ».
        « Il y a les exercices à la manière de « qui pastichent un auteur » en reproduisant tous ses
tics et procédés ( … ) si la parodie peut tomber dans le pastiche, elle peut aussi s’élever à la
quintessence »3.
        Le moment où le héros se décide à écrire un journal peut être interprété en termes d’écarts
par transformation d’ordre modal4.
        Le narrateur du Robinson Crusoé raconte sa propre histoire. Les pages de journal que ce
narrateur décide d’écrire ne font qu’attester ses actions ; elles se constituent en un « duplicate des
événements racontés »4.
        Chez Tournier le log-book consigne les réflexions de Robinson. Le héros réfléchit tout
d’abord et agit ensuite.
        Le but de l’introduction du log-book et du moment de son introduction est différent d’un
roman à l’autre.
        a). C’est       une nécessité d’ordre interne touchant à une problématique d’ordre
philosophique :
     Si l’écriture du journal chez Defoe est un élément qui ne fait que caractériser la civilisation,
      étant la marque de la « supériorité » d’une civilisation ,
     chez Tournier l’écriture matérialise, atteste la conception que la parole crée l’homme, que «
      la réorganisation du monde intérieur préexiste à la réorganisation du monde extérieur »5 5.
    b) C’est aussi une nécessité d’ordre externe, technique.
     L’usage de la I-ère personne authentifie la fiction, la transforme en « histoire » réalisant à la
      fois la coïncidence de l’auteur et du narrateur. Cette modalité d’énonciation à prédominante
      discursive feint la ressemblance de la fiction à la réalité. La narration a un caractère
      autodiégétique d’un bout à l’autre du roman.
     Dans le texte de Tournier l’alternance I-ère – III-ème personne crée la dimension dialogique
      de l’œuvre qui s’installe tant entre le narrateur et son protagoniste, qu’au niveau extra- et intra-
      textuel, entre l’auteur et l’hypotexte.
     La dimension dialogique permet au narrateur de porter des jugements critiques à l’adresse du
      protagoniste, de créer la possibilité du dévoilement des pensées de celui-ci. La dimension
      dialogique réalise le contact entre l’auteur et l’hypotexte, donne la possibilité de l’introduction
      implicite de l’ironie par rapport au modèle et à ses héros.

      La transformation d’ordre modal en tant qu’élément d’ordre technique permet à Tournier de
transfocaliser le récit sur Vendredi avant et après l’explosion.
      L’ironie implicite qui caractérise la narration à la III-ème personne, l’entrelacement de
systèmes énonciatifs différents (narration hétérodiégétique coupée par des fragments de journal)
reflètent aussi la distance temporelle qui sépare les deux romans et témoignent de la modernité de
l`écriture tourniérienne.

    2.2 Substitutions et inversions

1
  A. Bouloumié,op.cit p.102
2
  VLP ,p.127
3
  VP, p.195 - 196
4
  G. Genette, op. cit p.345
4
  A. Bouloumié, op.cit. p.103.
        Prenant en considération les procédés de transformation, Arlette Bouloumié encadre dans la
catégorie de substitution et d`inversion le traitement de quelques unités qui apparaissent dans
l’hypertexte. Ces éléments, enrichis de sens nouveaux acquièrent dans l’espace du roman de
Tournier des développements symboliques et assurent le traitement constructif original,
l’affranchissement de la « copie » par rapport à l’original.
        Dans le tableau qui suit, nous désirons énumérer, en bref, ces éléments tels qu’ils
apparaissent dans les deux romans :



Robinson Crusoe                                                    VLP
L’île        nommée :l’île du désespoir            nommée : l’Ile de la désolation ensuite
                                                   « Speranza », nom doublement connoté faisant
                                                   référence au Salut théologal et aux futures
                                                   relations avec un potentiel partenaire
Le Chien              animal de compagnie               Compagnon de mauvais jours
                                                        Initiateur ; va faire redécouvrir à son
                                                         maître « la plus douce des facultés
                                                         humaines » : le sourire
Le Bouc             animal mourant assimilé à            Robinson s’identifiera totalement au
                   Satan de la religion chrétienne        bouc : « Andoar c’était moi »(p.194)
                   Robinson y voit sa propre mort,       Assimilé « au bouc émissaire » chargé
                   normale, inévitable, paisible.         symboliquement des esprits mauvais et
                                                          des démons du passé »1, le bouc devient
                                                          une véritable incarnation du dieu Pan,
                                                          image inversée de Satan.
                                                     Robinson y voit une possibilité d’assomption
                                                   et d’intégration au Cosmos, fait qui lui assurera
                                                   la survie.
                    Les deux Robinson voudraient mourir comme le Bouc
Le Mousse          spectre de la mort. Robinson         Apparition salvatrice ;
                  découvre le cadavre d’un              Robinson revient à la vie grâce à
                   mousse noyé                           l’apparition du mousse baptisé Jeudi.
                                                        Symbole de l’enfance associé à l’élan
                                                         vital.
1
    H Delahaye – Carl, L`inversion, .... , Thèse de doctorat, 1994, p.21,
         Les objets tels : la pipe, le papier, l’encre, la plume, sont eux-aussi traités de façon opposée
dans les deux romans ; ils forment souvent des motifs qui s’intègrent à des thèmes.
         L’hypertexte met en relief les deux formes antagonistes d’existence des deux grands
solitaires. Si pour Robinson I les objets sont marques d’une civilisation aux vertus de laquelle il
croit et avec laquelle il ne veut pas perdre le contact, pour Robinson II ces objets seront les témoins
et les marques de l’osmose entre le protagoniste, « son île » et le Cosmos.

          2.3 Ajouts

        Le plupart des éléments considérés comme des « ajouts » transtextuels dans le rapport établi
entre les romans Robinson Crusoé et VLP trouvent leur source d’inspiration dans un autre texte, à
savoir, Suzanne et le Pacifique de J. Giraudoux. Ainsi VLP devient-il un double hypertexte par
rapport aux romans mentionnés.
        Tournier reprend certains épisodes ou éléments lexicaux à Girandoux mais, par trans-
valorisation, il les enrichit de sens nouveaux qui suggèrent les étapes d’initiation - transformation
du protagoniste.
        Faisant une synthèse des ressemblances et différences repérées dans les trois romans que
nous avons essayé d’ordonner selon les étapes du « voyage initiatique »1, nous avons groupé ces
épisodes dans le tableau qui suit :

Voyage initiatique              Ajouts dans VLP par rapport à                       SP
                                Robinson Crusoe
                                Robinson écrit pour lutter                          Suzanne grave « des phrases
                                contre l’oubli.                                     sur les arbres et dans le roc »
                                L’Ile porte l’empreinte des                         (p.171).
                                mots.
a) mort-naissance               La souille dont les « vapeurs                       La cocaïne
                                méphitiques » rappellent la
                                drogue
b) ouverture à différents types L’épisode de Quillai                                Suzanne découvre un arbre
de sexualité.                                                                       dont le « tronc lisse sortait
 - voie végétale                                                                    une branche, une hanche de
                                                                                    femme entière, toujours au
                                                                                    soleil, chaude comme si la
                                                                                    métamorphose venait juste
                                                                                    d’avoir lieu … » (p.115)
Voie tellurique                          La descente dans la grotte                 Suzanne grave « des phrases
                                                                                    sur les arbres et dans le roc »
                                                                                    (p.171)
         voie éolienne                   Vendredi est un être éolien.                  Suzanne est une fille
                                          Robinson s’ouvre à la voie                         « oiseau » (p.117).
                                          éolienne.
1
  Comme pour tout voyage initiatique “il s`agit d`un rite de passage du profane au sacré, de l`éphemère et de
l`illusion à la realité et à l`éternité, de la mort à la vie, de l`homme à la divinité”. Cf. M. Eliade Traité d`histoire des
religions , Paris Payot, 1953, p.326
         c)        métamorphose                     sous   l’influence     de              au contact de la nature
        solaire                                   Vendredi, au contact du                    et du soleil la morale de
                                                  soleil et de la nature,                    Suzanne     change :      elle
                                                  Robinson           découvre                découvre l’innocence.
                                                  l’innocence.
         d) êtres mythiques                         Robinson s’identifie à Suzanne               est   placée      entre
                                                  Venus sortant des eaux, plantes et dieux, elle vit dans
                                                  à      Adam          prenant un univers mythique.
                                                  possession du jardin ;
         e) thème de la gémellité                   Robinson      rêve     de Suzanne joue plusieurs rôles,
                                                  devenir le frère jumeau elle se dédouble.
                                       de Vendredi, les deux
                                       s’identifiant         aux
                                       Dioscures.




         Analysant les échos intertextuels repérables dans VLP, A. Bouloumié 1 remarque : “ Le
livre de Giraudoux semble avoir inspiré à Tournier l`idée d`une conversion possible de Robinson à
la vie sauvage ... il contient en germe la critique de la société et les preoccupations écologiques de
“Vendredi ou les Limbes de Pacifique”
         Pour conclure:
         Les indices, chargés de valeur symbolique, deviennent des motifs qui circonscrivent des
thèmes. dans la première partie du roman Vendredi ou le limbes de Pacifique, ils apparaissent
comme marque de la réécriture, emprumuts à l`hypotexte (aux hypotextes). Une fois intégrés dans
la diégèse, ils sont transformés par substitution, sont transvolonisés par inversion. Ces indices se
font écho d`un chapitre à l`autre, agissent par autoréflexion inversée se constituant ainsi en points
d`ancrage des descriptions narativisées.
         Eleménts de reprise à valeur antithétique, ils soulignent les transformations successives du
protagoniste Robinson. Ces indices, qui n`arrêtent pas de faire signe, disseminés le long du récit,
sont les ingredients de l`alchimie de l`inversion, constante de l`écriture tourniérienne.
         La pratique transtextuelle de Tournier, cette pratique scripturade, assure la literalité à ses
écrits, les inscrit dans le continuum de la littérature et permet à l`écrivain d`explorer à fond les
ressources que lui ont légués les prédécesseurs en les adaptant, en les enrichissant de thèmes
nouveaux capables d`exprimer l`Autre dans le Même, tenant inlassablement aux agents la vigilence
du lecteur. L`emprunt, la citation, plus ou moins voilés, sont pour l`écrivain une “sorte
d`hommmage furtif” rendu au “patron”
avec un clin d`oeil à l`intention du lecteur assez attentif ou littré pour comprendre”2.
1
    A. Boloumié, op. cit. , p.115
2
  VP , p.54
L`emprunt signifie à la fois travail dé–constructif d`écriture par des procédés de mutation,
transformation à rebours, de renversement spéculaire, du dépassement dans le temps et dans
l`espace, du dépassement dans l`opposition.
   Ce processus de création prend la forme d’un dialogue avec les textes du monde, c’est une
spéculation créatrice de l’auteur dans ses triples hypostases: lecteur des autres, lecteur de lui-même,
lecteur de son texte.

Bibliographie:

Actes du Colloque de Cerisy- la-Salle,’’Images et signes de Michel Tournier”, août 1990, sous la
       direction de Arlette Bouloumié et Maurice Gandillac, Editions Gallimard, Paris,1991.
BOULOUMIÉ Arlette, Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier, Editions
       Gallimard,1991; Le roman mythologique suivi de questions a Michel Tournier, Librarie
        José Corti, 1988;
DELAHAYE-CARL Hélène,L’Inversion:Réécriture, thème et structure romanesque dans les
cinq premiers romans de Michel Tournier, thèse de doctorat (nouveau régime),Nancy II, 1994.
ELIADE Mircea Traité d`histoire des religions, Editions Payot, Paris ,1953.
GENETTE Gerald, Palimpsestes : La littérature au second dégré, Editions du Seuil, Collection,
       “Poetique”, Paris 1982
MAINGUENEAU Dominique , Le contexte de l`oeuvre littéraire, Enonciation, écrivain, société,
     Editions Dunod, 1993
RASTIER François, Sens et Textualité, Editions Hachette, 1998.

Oeuvres cités:

DEFOE Daniel, Robinson Crusoé, Presses Pocket, 1988
GIRAUDOUX Jean, Suzanne et le Pacifique, Editions Rencontre, Neuchâtel, 1961
TOURNIER Michel Vendredi ou les limbes du Pacifique,Le roi des Aulnes, Les Météores,
     Editions Gallimard, Paris 1989, Le vent Paraclet ,Editions Gallimard, 1977

Abréviations:

VLP : Vendredi ou les limbes du Pacifique
VP : Le vent Paraclet
SP : Suzanne et le Pacifique

				
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posted:12/28/2010
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