Médicaments de la rue: comment remédier à l'épidémie?

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Médicaments de la rue: comment remédier à l'épidémie?
Shared by: Michel ODIKA
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5/19/2009
language:
French
pages:
3
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Médicaments de la rue: comment remédier à l’épidémie ?

Michel ODIKA Etat des lieux d’un phénomène à prédominance urbaine…

Ils font dorénavant partie du décor, ainsi pourrait-on résumer une situation autant intrigante que révoltante… Allons droit au but:« ils », ce sont ces médicaments d’origine douteuse qui n’en finissent pas d’avoir pignon sur rue, au point d’avoir envahi le bitume, à Brazzaville, à Kinshasa, et un peu partout ailleurs en Afrique sub-saharienne. Aussi surprenant que cela puisse paraître, du moins au premier abord, ce spectacle se déploie au vu et au su de tous, y compris des forces de l’ordre. Par son ampleur et ses désastreuses conséquences sanitaires, le phénomène prend par endroits des allures d’épidémie dans ce qu’il y a de plus incontrôlé et incontrôlable. Pire, l’épidémie est d’autant plus pernicieuse que, rendue vulnérable par un contexte de précarité sociale, la majorité silencieuse (les populations) n’en est pas consciente: à s’y méprendre, la situation rappelle un peu ce mur d’autant plus infranchissable qu’il est invisible… Pour ainsi dire, et le constat est plutôt amer, rares sont les gens vraiment sensibilisés aux risques auxquels ils s’exposent, en « consommant » ce qu’ils croient être des médicaments à part entière, si ce n’est des remèdes miracle. Pas besoin de dire que ces médicaments… tuent. Ceci expliquant cela, pas davantage besoin de dire que ces « produits pharmaceutiques de substitution » sont – c’est peu dire - … dangereux, et pour cause: ils sont conservés dans des conditions défectueuses, en d’autres termes « au mépris des normes et standards en matière de température, d’humidité, de luminosité »… Cette situation pour le moins préoccupante – nous avons ici affaire à une activité criminelle – est déjà en soi un argument qui milite largement en faveur de la création d’une Police sanitaire et environnementale. Entre autres attributions, ce corps de police aurait pour mission de veiller à la destruction et à l’interdiction de tous ces médicaments dégradés et/ou falsifiés. Comment procéder ? Certainement pas de manière irresponsable…



Faux remèdes et vrais palliatifs, autant de pièges et d’écueils à éviter…

En aucun cas, l’approche purement policière ne doit être perçue comme une fin en soi, mais plutôt comme un moyen à mettre au service d’une perspective sanitaire et sécuritaire. Première précaution à prendre, histoire de ne pas rendre l’interdiction et la destruction des médicaments contre-productives, il faudra à tout prix éviter de pénaliser les populations par « simple » excès de zèle.



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Pourquoi ? Deux raisons essentielles justifient une telle démarche. D’un côté, les Brazzavillois et les Kinois ont massivement recours aux « médicaments de substitution » pour la « bonne » et « simple » raison que les médicaments à la qualité éprouvée leur sont financièrement inaccessibles. D’un autre côté, la destruction comme l’interdiction de la vente des médicaments incriminés n’ont de raison d’être que si elles sont assorties de mesures d’accompagnement et de compensation au profit des populations. Faute de quoi, des fraudeurs et tricheurs de tout acabit n’auront de cesse de s’engouffrer dans la brèche malencontreusement ouverte, la nature ayant horreur du vide… Quelle ébauche de solution retenir ? Parmi les mesures envisageables, il s’agirait, par exemple, de solliciter les pharmaciens: en accord avec le corps médical et les autorités sanitaires, les véritables professionnels de la filière contribueraient à l’établissement d’une liste – évolutive et périodiquement révisable – de « médicaments essentiels », susceptibles de faire l’objet d’une réduction de leur prix de vente. En échange des réductions tarifaires, les pharmaciens se verraient attribuer une réduction significative de leurs taxes douanières et charges fiscales. Mais en contrepartie des avantages douaniers et fiscaux octroyés, les pharmaciens de la place devraient s’astreindre à des contrôles réguliers et inopinés de police – plus précisément d’un corps de police opérant sous l’autorité et la responsabilité directes d’un « Super Ministère » issu de la fusion des ministères de la santé et de l’environnement. Sanctions envisageables: toute infraction à la « tarification conventionnée » exposerait les « pharmaciens fraudeurs » (quoique signataires de la convention) au retrait définitif de leur licence d’exploitation, ainsi qu’à des amendes aussi dissuasives que les tarifications frauduleuses auraient été prohibitives à l’encontre des populations.



Approche sanitaire et perspective sécuritaire au service d’une solution globale…

Dans le but de ne pas compromettre la libre entreprise, tous les pharmaciens ne seraient pas obligés d’appliquer la « convention tarifaire », et encore moins de la signer. Toujours est-il que, tout compte fait, presque tout le monde trouverait son compte dans les nouvelles règles du jeu. Non seulement certains pharmaciens, qui, en tant que commerçants, pourraient rentabiliser leur activité et maximiser leurs profits. Mais également les citoyens ordinaires, qui, en plus de « soulager » leur portefeuille, feraient des économies, à commencer par de précieuses économies en vies humaines, c’est-à-dire le principal… Quant au démantèlement des réseaux criminels à l’origine des médicaments dégradés et/ou contrefaits, il ne peut que s’opérer à une échelle, au minimum d’intégration régionale, au mieux de coordination internationale. La raison en est simple: du fait de ses ramifications tentaculaires, le trafic en cause obéit depuis des lustres à une logique globalisée et mondialisée. Tout l’enjeu est de s’y adapter, et le plus rapidement possible. Affaire à suivre…



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Références

1) Matiru R, Ryan T. The global drug facility: a unique holistic and pioneering approach to drug procurement and management. Bulletin of the World Health organization, 2007, 85: 348:353. 2) Measuring medicines prices, availability, affordability and price components, 2nd ed. Geneva, Health Action International and World health Organization, 2008. 3) November A. Les médicaments et le Tiers-Monde. Lausanne, Editions Pierre-Marcel Favre, 1981.



Docteur Michel ODIKA Contact e-mail: michel_odika@hotmail.com




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