Gérer les finances et le risque à l'échelle mondiale by fsc38446

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									                             Gérer les finances et le risque
                             à l’échelle mondiale
                             Les turbulences qui ont agité les marchés financiers à l’automne
                             1998 ont donné l’alerte. Elles ont révélé que les pratiques de
                             gestion du risque et les cadres de réglementation et de contrôle
                             n’avaient pas pleinement pris en compte le changement de
                             nature de la prise de risque financier privée, de la dynamique
                             des marchés et du risque systémique.
                             Garry J. Schinasi, Burkhard Drees
                             et William Lee



                             L
                                        A RESTRUCTURATION unilatérale              levier. Pendant les périodes d’essor écono-
                                        de la dette de la Russie en août 1998 et   mique, la faculté d’endettement peut encou-
                                        la dévaluation du rouble qui en a ré-      rager les institutions à entreprendre des acti-
                                        sulté ont eu des répercussions sur les     vités qui se révèlent non rentables et non
                             marchés financiers arrivés à maturité. Nombre         durables une fois que les marchés changent
                             d’investisseurs ont subi des pertes spectacu-         d’orientation — comme ce fut le cas avec le
                             laires. L’un des plus gros fonds d’arbitrage du       LTCM —, et un endettement élevé amplifie
                             monde, le Long-Term Capital Management                les conséquences des chocs négatifs.
                             (LTCM), était au bord de la débâcle en sep-              Les institutions financières privées et les
                             tembre 1998. En dépit d’un sauvetage privé de         responsables de l’action publique sont con-
                             la société organisé par les autorités améri-          frontés à une tâche complexe. Ils doivent
                             caines, les marchés sont restés sur le qui-vive,      trouver des façons de limiter et de gérer la
                             provoquant un repli des prêts et faisant surgir       prise de risque, et de contenir les excès finan-
                             le spectre d’une crise du crédit.                     ciers qui peuvent mener à la contagion des
                                Les turbulences ont révélé les faiblesses du       marchés, mais sans sacrifier les possibilités
                             système financier international et jeté le doute      d’accroissement de l’efficience qu’offrent des
                             sur les remparts existants contre le risque sys-      techniques et des instruments financiers in-
                             témique face aux changements qui ont trans-           novants. Les éléments suivants sont d’une
                             formé le monde de la finance. Premièrement,           importance capitale pour éviter les turbu-
                             la discipline de marché a pu être sapée par les       lences et les crises futures : l’amélioration de
                             filets de sécurité tels que l’assurance fédérale      la communication et de la transparence fi-
                             des dépôts bancaires et les prêteurs en dernier       nancières; une plus grande connaissance et
                             ressort, et de nombreuses institutions finan-         une meilleure coordination des structures
                             cières peuvent désormais être considérées             des incitations privées, réglementaires et de
                             comme trop importantes pour faire faillite.           marché; une meilleure compréhension de la
                             Deuxièmement, les pratiques modernes de               nature changeante du risque systémique et
                             gestion du risque permettent aux institutions         une réduction du risque subjectif.
                             d’effectuer des ajustements rapides en ré-
                             ponse à de nouvelles informations et à des            Communication et transparence
                             réappréciations du risque. Quand ces ajuste-          financières
                             ments sont le fait de grandes institutions            La communication d’informations adéquates
                             opérant à l’échelle internationale, un effet de       dans de bons délais par les institutions finan-
                             contagion peut survenir entre des marchés             cières et la transparence de leurs profils de
                             apparemment sans rapport. Troisièmement,              risque sont essentielles à la discipline des
                             l’utilisation croissante des opérations hors          marchés et à l’exercice efficace de la surveil-
                             bilan a rendu plus facile pour les institutions       lance par les autorités de contrôle et de ré-
                             d’utiliser leur base de capitaux avec effet de        glementation. Cependant, des informations


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exactes sur les risques peuvent être difficiles à obtenir dans un       Réduction du risque subjectif
environnement où ils peuvent être recomposés, reformulés et             Le risque subjectif, qui peut induire d’importantes distorsions
intégrés à des titres. Les gestionnaires de risque peuvent es-          des incitations privées, est une conséquence inévitable de la
timer le capital exposé d’après les modèles de gestion du               garantie de la stabilité financière. Cette dernière étant un bien
risque et des simulations de crise. Bien que cela donne une             public, le secteur public doit fournir une garantie de protection
idée de la vulnérabilité d’une entreprise et des performances           contre les problèmes systémiques, sans quoi les intervenants
de son portefeuille hors des scénarios de crise et de turbu-            sur les marchés privés peuvent ne pas être collectivement dis-
lence établis sur l’expérience passée, cela peut ne pas être suf-       posés ou aptes à prendre des risques même acceptables, ce qui
fisant. L’industrie financière a commencé à élaborer des tech-          pourrait freiner l’intermédiation financière. Le contrôle pru-
niques permettant une estimation plus exacte des risques                dentiel ainsi que d’autres actions des pouvoirs publics cons-
potentiels et l’évaluation de l’impact possible des perturba-           tituent des mécanismes préventifs et correctifs qui offrent une
tions systémiques sur les capitaux exposés.                             certaine assurance de stabilité des systèmes financiers, natio-
   Les parties prenantes extérieures d’une institution finan-           naux et international, tant que l’engagement officiel demeure
cière — investisseurs, déposants, créanciers et contreparties           dans des limites raisonnables et qu’il n’amène pas les interve-
— doivent également faire face au manque de transparence.               nants à penser qu’ils peuvent prendre des risques inconsidérés
Souvent les seules informations mises à leur disposition con-           sans en subir les conséquences.
cernant l’activité hors bilan à risque figurent en bas de page             Pour limiter le risque subjectif et maintenir l’équilibre favo-
du rapport annuel de l’entreprise.                                      rable au bien-être qu’offre cette assurance, le secteur public doit
   L’absence de transparence engendre des inquiétudes sys-              également surveiller et réfréner les comportements de prise de
témiques liées à la concentration des risques au sein de                risque susceptibles de nuire à l’intérêt public — notamment il
marchés spécifiques et aux interactions entre les marchés. En           doit limiter la prise de risque inconsidérée par les institutions
l’absence d’informations suffisantes, il est difficile pour les         qui sont les plus à même d’exploiter le filet de sécurité du
responsables de savoir où peuvent être concentrés les risques           secteur public. Les responsables sont donc confrontés à la tâche
et les vulnérabilités dans le système financier international.          délicate qui est de concilier les actions visant à gérer les risques
   Le fait que les turbulences de l’automne dernier aient été           systémiques et celles destinées à garantir que les intervenants
largement inattendues indique que les systèmes de gestion               supportent les coûts des risques inconsidérés qu’ils prennent et
du risque et les méthodes de simulation de crise ont pu re-             soient encouragés à se comporter prudemment.
poser sur des informations insuffisantes quant à la dyna-
mique des marchés et aux répercussions possibles des chocs              Comprendre le risque systémique
économiques et financiers. Il se peut que les systèmes d’in-            La nature du risque systémique a évolué à mesure que les sys-
formation et de contrôle de gestion n’aient pas totalement              tèmes financiers nationaux reposant sur les banques ont cédé
pris en compte le rythme de l’innovation financière et l’im-            le pas aux systèmes actuels intégrés au marché mondial et
pact de l’utilisation croissante des produits dérivés sur la dy-        obéissant à ses lois. Les remparts les plus courants contre
namique des marchés et sur les interactions entre marchés.              le risque sont fondés sur une définition limitée des pertur-
                                                                        bations systémiques en tant qu’épisode dans lequel des pro-
Structures des incitations                                              blèmes affectant une institution peuvent se répercuter en cas-
La structure des incitations crée la discipline interne des en-         cade sur les systèmes de paiement, perturber les relations
treprises dont le respect est assuré par la direction. Pour que         entre banques, conduire à la fuite des déposants, ou se pro-
la discipline interne soit effective, il faut que les incitations des   pager à d’autres institutions au point de mettre en péril le sys-
différentes unités et des décideurs coïncident avec les objectifs       tème financier lui-même. Eu égard à l’expansion des possibi-
globaux de l’institution et soient soutenues par les parties            lités de prise de risque et au recours croissant aux marchés
prenantes extérieures (et, dans une certaine mesure, par les            pour le financement, ces défenses peuvent ne plus être suffi-
autorités de contrôle officielles). Cependant, les structures des       santes. En outre, les dispositifs de contrôle et de réglementa-
incitations privées n’ont pas encore été pleinement adaptées            tion ne s’adaptent pas assez vite à l’évolution rapide des pra-
en fonction de la modernisation, de la titrisation et de la             tiques financières, et le secteur privé est peut-être plus capable
mondialisation financières et peuvent n’être ni compatibles             de tirer parti des progrès technologiques que les pouvoirs
avec la discipline des marchés ni la favoriser. En conséquence,         publics ne sont aptes à se servir des nouvelles technologies
il se peut que l’action publique doive jouer un plus grand rôle         pour mesurer et gérer le risque systémique.
pour faire en sorte que les systèmes d’incitations privés as-              Les filets de sécurité financiers sont généralement soutenus
surent le niveau approprié de discipline des marchés.                   par des règles prudentielles qui exigent des banques qu’elles dé-
    Il est possible d’améliorer la gestion du risque privée et le       tiennent assez de capitaux pour absorber les pertes, et par des
contrôle prudentiel des institutions financières et de renforcer        normes de déclaration, des normes comptables et des pratiques
les incitations pour amener les déposants, créanciers, contre-          commerciales optimales qui garantissent l’inscription des
parties et investisseurs à contrôler plus étroitement les acti-         pertes dans les comptes d’exploitation. Bien que cette méthode
vités des institutions financières auxquelles ils ont affaire. En       ait fonctionné de façon relativement satisfaisante pour limiter
outre, les incitations privées et réglementaires affectant con-         les dégâts systémiques causés par les excès financiers, elle peut
jointement les décisions financières privées, il convient de            mettre en conflit les objectifs des autorités de contrôle — qui,
réexaminer les réglementations existantes pour veiller à ce             en fournissant une assurance, cherchent à réduire les risques
qu’elles ne faussent pas les incitations privées.                       systémiques — avec ceux des institutions réglementées, qui


                                                                                        Finances & Développement / Décembre 1999         39
sont incitées à prendre plus de risques dans les limites définies      S’il est clairement nécessaire d’en savoir plus sur l’exposition
par les contraintes internes et les règles en matière de fonds         au risque, sur les activités hors bilan et sur les marchés des
propres. Une réglementation excessivement contraignante, sus-          dérivés de gré à gré, la forme que doivent prendre les infor-
ceptible de freiner la prise de risques accroissant l’efficience, et   mations reste mal définie.
une application laxiste, qui peut encourager les institutions fi-         Il pourrait être utile d’améliorer des informations relatives
nancières à prendre des risques qui ne vaudraient pas la peine         aux activités hors bilan des institutions financières. À mesure
d’être pris autrement, comportent toutes deux des dangers. Il          que les autorités de contrôle intensifient leurs efforts de col-
n’existe pas de solution définitive à ce problème, et il n’est ni      lecte des informations et affinent leurs méthodes d’évalua-
possible ni souhaitable que les autorités chargées de contrôle en      tion des engagements des institutions sur produits dérivés
sachent autant sur une institution financière et ses activités de      échangés de gré à gré, un réseau plus fin de communication
prise de risque que la direction de l’institution. Néanmoins,          des informations pourrait être établi à des fins de surveil-
elles doivent réévaluer en permanence les instruments pour             lance. Les responsables de la surveillance seraient à même
encourager la prudence, en reconnaissant que certains instru-          d’obtenir des informations plus rapides et plus détaillées sur
ments sont susceptibles d’être imparfaits.                             les activités hors bilan, et ces informations aideraient les au-
                                                                       torités de contrôle à déceler les risques.
Les problèmes à résoudre                                                  Comprendre les systèmes financiers modernes. Nombre de
Avant même que les turbulences de l’automne 1998 ne se                 cadres analytiques actuellement utilisés étaient conçus pour
soient totalement dissipées, les acteurs du marché, les autorités      évaluer et suivre les risques et leur concentration, l’endette-
nationales et les instances internationales avaient commencé à         ment, la fragilité financière et le risque systémique associé aux
envisager des réformes visant à s’attaquer aux faiblesses révé-        activités bancaires traditionnelles. Le risque de crédit doit être
lées par l’épisode. Jusqu’ici, les propositions se sont axées sur le   mieux compris et mieux modélisé, notamment parce qu’il a
raffermissement de la discipline des marchés et sur la gestion         commencé à prendre des formes différentes — et qu’il est sou-
du risque bancaire, avec une plus grande transparence des ins-         vent hors bilan. Il est également nécessaire d’avoir des cadres
titutions financières. Les mesures proposées pour améliorer            d’analyse permettant de mieux comprendre les avantages — et
la gestion du risque sont généralement appropriées, mais plu-          les risques — de l’endettement, les écarts et les incompatibilités
sieurs domaines importants n’ont pas encore été traités à fond.        entre systèmes d’incitations privés et publics et l’évolution de la
   Amélioration des systèmes d’incitations. Les propositions           dynamique des marchés. Le secteur public — notamment les
actuelles ne traitent pas directement du rôle des systèmes             banques centrales — pourrait jouer un rôle directeur dans
d’incitations pour empêcher l’apparition de vulnérabilités fi-         l’élaboration d’un cadre d’analyse, qui serait utile pour définir
nancières. Les systèmes d’incitations internes pourraient être         les règles de diffusion de l’information.
améliorés par une approche intégrée, globale, à l’échelle de
l’entreprise, de la gestion et du contrôle du risque, qui con-         Autres défis pour le secteur public
cilie les incitations de tous les acteurs — des services de post-      La stabilité des systèmes financiers dépend de la solidité de
marché aux opérateurs et aux gestionnaires de risque — avec            chaque institution financière. Il peut exister des synergies
les incitations et les préférences en matière de risque de la di-      inexploitées entre la surveillance macroprudentielle, axée sur
rection générale et des actionnaires. La procédure de sélection        les systèmes, et la surveillance microprudentielle, qui s’inté-
et le suivi par les parties prenantes pourraient être renforcés si     resse aux institutions. Par exemple, dans le cas du LTCM, des
les intervenants recevaient des incitations supplémentaires            discussions plus poussées entre les autorités de contrôle des
fondées sur le marché qui soient plus conformes aux objectifs          banques opérant à l’échelle internationale auraient pu révéler
de l’action publique.                                                  l’exposition considérable des créanciers et des contreparties.
   Les propositions publiques ne reconnaissent pas explici-            Les autorités de contrôle pourraient bénéficier des rensei-
tement les possibilités d’amélioration des systèmes d’incita-          gnements du marché concernant l’exposition au risque des
tions réglementaires. Une proposition actuelle de révision de          entreprises, tandis que les responsables de la surveillance du
l’Accord de Bâle laisse entrevoir une plus grande souplesse            marché pourraient gagner à être informés des activités des
d’adaptation des règles (y compris des exigences en matière            institutions financières en rapport avec les marchés.
de fonds propres) en fonction de l’efficience de la gestion du            Deuxièmement, étant donné la façon dont elles utilisent les
risque d’une entreprise et des systèmes de contrôle, mais il           informations et la technologie et la maîtrise qu’elles ont des
faudra juger sur pièces. D’autres ajustements possibles des ré-        ressources, les institutions financières sont avantagées par
glementations prudentielles et de la surveillance par les au-          rapport aux autorités de contrôle en matière d’information. Il
torités de contrôle sont encore à l’étude. Cette action doit           y a un écart grandissant entre les capacités dont disposent les
comprendre une évaluation du mode d’interaction entre inci-            autorités publiques pour évaluer les implications des innova-
tations privées et incitations d’ordre réglementaire, et de la         tions financières et l’exploitation de ces innovations par le
distorsion éventuellement exercée par les incitations pu-              secteur privé. Ce décalage limite l’aptitude des autorités pu-
bliques sur les incitations privées.                                   bliques à suivre les marchés mondiaux, à contrôler les institu-
   Accroître la diffusion d’informations et la transparence. Les       tions financières et leurs activités, et à faire respecter les régle-
informations étaient très incomplètes pendant la période qui           mentations. En outre, étant donné l’orientation nationale des
a précédé les turbulences financières de l’automne 1998. Les           structures de contrôle, de réglementation et de surveillance, la
propositions officielles ne disent pas clairement quelles infor-       mondialisation des marchés financiers et la montée en puis-
mations devraient être divulguées, à quelle fréquence et à qui.        sance des conglomérats financiers ont également accentué les

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conflits de juridiction. Il faut donc poursuivre   cières antérieures de ce siècle. De l’autre côté,
les efforts d’actualisation des instruments de     ces mêmes filets de sécurité peuvent contri-
contrôle et des cadres de réglementation.          buer à induire des comportements extrême-
    Troisièmement, stabilité monétaire et sta-     ment risqués et impliquer des coûts poten-
bilité financière sont étroitement liées. Bien     tiellement importants pour les contribuables.
que les politiques monétaires des principaux       L’éventuelle intensification du contrôle et des
pays n’aient sans doute pas contribué directe-     réglementations est compliquée par le fait que
ment à l’apparition des vulnérabilités qui ont     les grandes institutions financières opérant à
abouti aux turbulences des marchés à l’au-         l’échelle internationale sont parfois capables
tomne 1998, elles ont peut-être eu un effet        de contourner les réglementations en profi-                 Garry J. Schinasi
involontaire sur la liquidité mondiale. Par        tant des disparités des informations dont dis-              est Chef de la Division
exemple, tandis que les faibles taux d’intérêt     posent respectivement ces institutions et les               des marchés de capitaux et
japonais de 0,5 % étaient sans doute appro-        autorités de contrôle. L’accumulation de vul-               des études financières du
priés pour favoriser la demande globale au         nérabilités financières qui ne sont devenues                Département des études
Japon en 1997–98, ils ont été associés au re-      évidentes que lorsque les turbulences de l’au-              du FMI.
cours massif à la position spéculative à court     tomne 1998 sont survenues était un avertisse-
terme sur le yen, qui a fourni des liquidités à    ment : les cadres actuels du contrôle bancaire,
plusieurs régions au moyen de swaps sur les        de la surveillance officielle des marchés et de la
marchés internationaux des capitaux. Les po-       gestion du risque systémique peuvent ne pas
litiques monétaires nationales peuvent aussi       imposer un suivi suffisant ou fournir des me-
parfois soutenir — voire encourager — l’aug-       sures de sauvegarde adéquates contre les évé-
mentation de l’endettement et la prise de po-      nements systémiques.
sition sur les marchés internationaux au-delà         En définitive, à chaque fois que le secteur
d’un niveau prudent.                               public intervient pour sauver des institutions,
                                                   il crée un dangereux précédent en donnant à
La marche à suivre                                 croire que l’on pourra encore compter sur son
L’approche initiale devrait consister à identi-    intervention. Le risque subjectif en est le ré-
fier des façons concrètes de soutenir — et de      sultat patent. Une façon de le limiter est de
réformer, le cas échéant — les lignes de dé-       prendre plus souvent des décisions qui atté-
fense existantes contre les problèmes systé-       nuent le sentiment que les interventions sont la
miques. Plus d’informations permettraient          règle et les faillites l’exception — par exemple            Burkhard Drees
aux institutions financières de renforcer leurs    en réduisant la portée du filet de sécurité.                est économiste principal
instruments de gestion des risques, aux par-       L’objectif plus général serait de faire participer          à la Division des marchés
ties prenantes d’évaluer les risques avec plus     davantage les institutions privées à la préven-             de capitaux et des études
d’exactitude, et aux autorités de contrôle et      tion des problèmes systémiques, pas unique-                 financières du Départe-
aux responsables de la surveillance d’exercer      ment en les incitant à améliorer leur gestion du            ment des études du FMI.
un suivi adapté. La faculté de comprendre, de      risque privée pour se protéger elles-mêmes,
mesurer, de suivre et de contrôler l’augmen-       mais aussi en les sensibilisant davantage au fait
tation de l’endettement et d’autres activités      que leurs actions ont des conséquences sys-
impliquant une prise de risque doit repré-         témiques et qu’elles sont de même affectées par
senter une part importante de cette ap-            les problèmes créés par d’autres. Étant donné
proche. Des réformes des réglementations           qu’il est peu probable qu’on réduise rapide-
seront certainement nécessaires, mais il faut      ment ou de manière radicale la portée des filets
d’abord réexaminer les règles du jeu exis-         de sécurité financiers officiels, il reste indispen-
tantes pour identifier celles qui restent ap-      sable d’être en mesure d’assurer le suivi et le
plicables. Il serait également utile de mieux      contrôle des systèmes financiers modernes. Vi-
comprendre les interactions entre les incita-      gilance et souplesse seront nécessaires pour se
tions, la prise de risque, la structure des mar-   préparer aux problèmes financiers futurs, qui
chés et leur dynamique dans les systèmes fi-       prendront sans doute des formes différentes de
nanciers modernes.                                 celles que l’on a connues par le passé. F&D
   Il convient aussi, sans nul doute, de réduire                                                               William Lee
le risque subjectif. Le juste équilibre entre la   Cet article est tiré du chapitre 4 de l’étude intitulée     est Chef adjoint de la
discipline des marchés et l’intervention pu-       International Capital Markets: Developments,                Division des marchés
blique implique de difficiles arbitrages entre     Prospects, and Key Policy Issues (Washington, FMI,          de capitaux et des études
les différents objectifs. D’un côté, il apparaît   septembre 1999). On trouvera une analyse détaillée          financières du Départe-
que les filets de sécurité financiers ont consi-   des turbulences des marchés financiers et de leurs effets   ment des études du FMI.
dérablement réduit les pertes sèches et les        immédiats dans World Economic Outlook and
préjudices infligés à l’économie réelle par rap-   International Capital Markets: Interim Assessment
port aux dégâts causés par les crises finan-       (Washington, FMI, décembre 1998).


                                                                                         Finances & Développement / Décembre 1999      41

								
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