Correction du sujet de dissertation Peut-on parler de by hyq46512

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									   Correction du sujet de dissertation : Peut-on parler de moyennisation de la société française ?
                                       (Baccalauréat blanc du 11 septembre 2006)

Ce sujet s’inscrit dans le thème 3 : Stratification sociale et inégalités. La moyennisation peut ainsi être définie
comme « l’idée selon laquelle on assiste à une atténuation des clivages sociaux en correspondance avec le
gonflement des couches sociales moyennes aux dépens des catégories privilégiés et des milieux défavorisés ».
Remarque : ce concept fait directement référence à la théorie de Henri Mendras, qu’il faudra donc absolument
mobiliser dans le devoir.
Ce sujet appelle donc différentes interrogations : En quoi consiste cette moyennisation ? C’est-à-dire que si l’on
observe une réduction des inégalités, de quelles inégalités s’agit-il ? Cette moyennisation a-t-elle été observée en
France ? Si oui, à quel moment ? L’est-t-elle encore aujourd’hui ? Sinon, pourquoi ? Ce concept présente-t-il des
limites ? Si oui, lesquelles ?,etc.
Si ce sujet fait directement référence au thème 3, l’évolution de l’organisation du travail et du marché du travail
étudiées dans le thème 2 sont également à mobiliser, puisqu’elles sont liées à cette évolution des inégalités.
Remarque : ce sujet ne comporte pas de table de mobilité, mais ce document s’inscrit dans l’interrogation soulevée
par le sujet, d’où l’importance d’adapter le plan au regard des documents ( c’est-à-dire que si vous avez un sujet le
jour du bac, proche d’un sujet effectué pendant l’année, éviter de copier-coller le plan corrigé, il faut l’adapter au
sujet et aux documents proposés).
Etude des documents :
Vous devez au préalable avoir construit les intitulés (même s’ils ne sont pas définitifs !) de vos grandes parties, afin
d’étudier les documents en pensant à leur intégration dans l’argumentation. C’est-à-dire que pour chaque
document, vous devez penser : quels éléments vais-je mobiliser pour le I ? Le II ?
Document 1 : Graphique, donc il est obligatoire de mobiliser des chiffres et/ou de faire des calculs rapides.
Attention, il s’agit de « part dans la population active », à ne pas confondre avec des nombres (valeurs relatives #
valeurs absolues !). Dès que vous voyez « part » ou « proportion », il faut tout de suite penser à la méthode de
lecture : « sur 100… ». Exemple : En France, en 1969,sur 100 actifs, 40 sont ouvriers.

             Eléments du document                        Connaissances en lien avec le doc       Lien autres docs et
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Ouvriers : environ 40% de la population active       Système régulation fordiste (ouvriers),        Docs 2 et 3
jusqu’au milieu des années 1970.                     mais au-delà système de croissance (école
Employés (tertiarisation): part dans pn active      de la régulation) : salariés en position de          I
au cours des années 1960-70 : environ 25% dans       force (partage de la VA en leur faveur),
la décennie 1970.                                    hausse régulière et importante du SMIC,
Professions intermédiaires et cadres : part dans     développement de l’Etat-providence, etc.,
pn active en constante  depuis années 1960.         « société salariale » de R. Castel

Document 2 : Texte, attention à la paraphrase ! Les éléments du texte doivent obligatoirement être complétés
par des connaissances !
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1ère phrase.                                Réduction des inégalités de revenus       Doc 1
                                            (H.Mendras).
Exemples 2è paragraphe comme  consommation Amélioration des conditions de vie           I
de biens durables

Document 3 : Graphique, donc mêmes consignes que doc 1. Dès que vous voyez « selon la génération », cela
signifie « nés en… ». Exemple : En France, sur 100 enfants de cadres nés avant 1929, 32 sont bacheliers.

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Massification (I) : chiffres ensemble       Augmentation du niveau d’études (H.Mendras).
génération : 29-38 (Trente Glorieuses) et   1959 : Ecole obligatoire jusqu’à 16 ans. Loi Habby            I et II
74-78.                                      en 1975 : collège unique.
…Mais pas démocratisation (II) :            Les inégalités scolaires, si elles se sont réduites
                                                                                                                      1
comparer chiffres ouvriers-cadres 74-78. demeurent encore très importantes selon le milieu               Doc 6
                                         social. Cf. importance du capital culturel selon
                                         P.Bourdieu. Théorie de R. Boudon également :
                                         coût / avantage

Document 4 : tableau : mêmes consignes que graphique. Attention à la lecture :
    « rapport », donc par exemple, 6/2 = 3, donc « 6 est trois fois plus grand que 2 » (il s’agit d’un CM, peut
     mesurer également l’évolution entre 2 dates : « …a été multiplié par y ») ! Exemple : En France, en 1955,
     le salaire moyen des cadres était 3,9 fois plus élevé que celui des ouvriers.
    « Croissance annuelle » donc « …en moyenne par an ». Exemple : En France, entre 1950 et 1955,
     le pouvoir d’achat du salaire ouvrier a augmenté de 4,8% en moyenne par an.

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Rapport du salaire des cadres / ouvriers : comparer Diminution des inégalités de salaires,    Docs 1 et 2
chiffres 1955-1980 (I)                              rattrapage des plus modestes.
Croissance annuelle depuis 5 ans du pouvoir d'achat                                                 I
du salaire ouvrier (%) : chiffre 1955 (I)
Croissance annuelle depuis 5 ans du pouvoir d'achat Précarité, ralentissement hausse salaires            Doc 5
du salaire ouvrier (%) : chiffre 1998 ; compléter en touche plus les peu ou pas qualifiés
comparant le temps de rattrapage du salaire
                                                                                                           II
ouvrier/cadres en 1955 et en 1998 (II)

Document 5 : Texte, trop de paraphrase observée dans les copies concernant ce document !

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Hausse de la flexibilité du travail   Définition flexibilité : fait référence ici à la flexibilité       Doc 4
à partir des années 1980 :            quantitative externe. Hausse des emplois atypiques
« affaiblissent globalement les       (précaires : citer ex., à temps partiel) : « effritement du          II
couches moyennes-basses du            salariat » selon R. Castel.
salariat (ouvriers, employés) »       Société « en sablier » d’ A. Lipietz : éclatement de cette
                                      moyennisation : cf. phrase citée colonne de gauche.
Hausse des profits                    Le partage de la valeur ajoutée s’inverse à partir du début
                                      des années 1980.
« Concentration des revenus sur       Inégalités de patrimoine se renforcent depuis les années
les couches épargnantes ».            1980. développement du « capitalisme actionnarial »

Document 6 : tableau : mêmes consignes que précédemment. Attention à la lecture :
    « Sur 100 agriculteurs exploitants, 31 lisent des livres au moins une fois dans l’année »
    Lecture quartile : « Sur 100 personnes de plus de 15 ans faisant partis des 25% les plus pauvres, 46 lisent
     des livres au moins une fois dans l’année »

         Eléments du document                         Connaissances en lien avec le doc         Lien autres docs et
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Le choix des exemples est assez libre.      P.Bourdieu : capital culturel, habitus de classe.         Doc 3
« L’habitude » est de comparer cadres       Déjà dans les années 1960, il montre l’existence de
et ouvriers sur un ou deux exemples         ces inégalités, donc c’est une limite à la
chiffrés de pratiques culturelles. Puis     moyennisation au cours des Trente Glorieuses.               II
mobiliser également 2 exemples en           Encore présentes aujourd´hui. Les inégalités se
comparant le 1er et le 4è quartile.         cumulent : les dominés le sont souvent à la fois
                                            économiquement (encore plus depuis années 1980)
                                            et culturellement.

Remarque : pour construire ensuite le plan détaillé, vous devez vous aider de l’étude des documents afin de
« trouver » les sous-parties ; mais vous devez également vous baser sur les connaissances que vous aurez
préalablement mobilisées au brouillon en séparant « faits » et « théories ». Ces connaissances doivent aussi
s’inscrire dans le « contenu » du plan détaillé. Il faut veiller à ce que chaque sous-partie contienne une ou deux
idées argumentées, cad expliquée(s) et illustrée(s). Rappel : titre = phrase courte contenant un verbe !!!
                                                                                                                     2
         Dans De la Démocratie en Amérique (1840), Alexis de Tocqueville postule que les sociétés démocratiques
se caractérisent par la tendance à l’égalisation des conditions, donc par l’émergence d’une vaste classe moyenne.
Or, si ce constat est observé au XIXè siècle au sein de la société américaine, il n’en est pas de même des sociétés
européennes occidentales, dont la structure sociale correspond plutôt à celle de « l’exploitation » décrite par K.
Marx, notamment à la fin du XIXè siècle, lors de l’apogée de la Révolution industrielle.
         Cependant, après la seconde guerre mondiale, durant la période de forte croissance économique des
« Trente glorieuses » mise en évidence par Jean Fourastié, la tendance à l’augmentation généralisée des niveaux de
vie, l’homogénéisation des conditions de vie, marquées par plus de confort, et la hausse massive de la scolarisation
ont pu être interprétées comme une « moyennisation » de la société française. La moyennisation peut ainsi être
envisagée comme l’idée selon laquelle on assiste à une atténuation des clivages sociaux en correspondance avec le
gonflement des couches sociales moyennes aux dépens des catégories privilégiés et des milieux défavorisés. Henri
Mendras a donc, conformément à ce constat, élaboré une représentation de la société française en forme de toupie
dans La Seconde Révolution Française : 1965-1984 (1988). Néanmoins, l’avènement du chômage de masse, la
précarisation de l’emploi et le « retour » des inégalités depuis les années 1980, interpellent ce concept de
moyennisation.
Aussi, il convient de s’interroger sur la « validité temporelle » de cette moyennisation et sur sa pertinence.
Autrement dit, l’observation d’une baisse généralisée des inégalités a-t-elle été observée au sein de la société
française? Cette moyennisation est-elle encore effective aujourd’hui ?
         C’est pourquoi, après avoir montré que la société française a connu une certaine moyennisation au cours
des « Trente glorieuses », nous reviendrons sur les limites de ce concept et sur sa remise en cause depuis les années
1980.
I. La société française a connu une certaine « moyennisation » au cours des « Trente glorieuses »
        Cette moyennisation, conformément à la théorie d’Henri Mendras, s’observe tout d’abord par le
rapprochement des niveaux de vie, lié au développement de la société salariale. De plus, celui-ci conduit à une
amélioration très nette des conditions de vie et s’accompagne également d’une scolarisation de plus en plus
généralisée.

        A. La société salariale se développe et les niveaux de vie entre catégories sociales se rapprochent
Cf. document 1. Les ouvriers ont bénéficié de la hausse de leur pouvoir d’achat lié au système fordiste (expliquer
rapidement) au sein des usines. Rapport du salaire des cadres / ouvriers : comparer chiffres 1955-1980. Croissance
annuelle depuis 5 ans du pouvoir d'achat du salaire ouvrier (%) : chiffre 1955 (document 4). Ajoutés à la  de la
part des cadres, des professions intermédiaires et employés (document 1) + première phrase document 2 :
formation d’une vaste classe moyenne représentée dans différentes constellations selon H. Mendras (présenter
théorie rapidement). R. Castel : avènement de « la société salariale » ; lien avec Ecole de la régulation (R.
Boyer). D’où le rôle important également joué par l’Etat-providence (impôts progressifs, etc.).
Eventuellement : validation thèse de S. Kusnets.
       Ce rapprochement des niveaux de vie engendre une consommation de masse de biens durables, d’où une
amélioration généralisée des conditions de vie. De plus, depuis les années 1950, la volonté politique de
développement de la scolarisation se traduit par un accès massif à l’enseignement.

        B. Les conditions de vie s’améliorent et l’accès à l’enseignement se généralise
Frontières entre classes plus floues liées à ce rapprochement du niveau de vie, mais également des conditions de
vie. Celles-ci sont plus « confortables », se généralisent : document 2. + développement de l’accès aux
vacances :congés payés  3 semaines (1956), 4 semaines (1965). (Pour info : 2 semaines en 1936 et 5 semaines en
1982).
Enseignement : massificat° : cf. document 3, en montrant la volonté politique : enfants ouvriers ont peu à peu
accès à l’enseignement supérieur.  demande emplois qualifiés (lien A). Lien théorie de H. Mendras.

        Les « Trente glorieuses » sont donc une période caractérisée par une hausse généralisée du niveau de vie,
une certaine homogénéisation du mode de vie et une massification scolaire ; ce qui confirme le constat de
« moyennisation » de la société française. Cependant, cette période n’est-t-elle pas marquée par le maintien de
certaines inégalités ? De plus, Le « retour » d’une polarisation de la société depuis les années 1980 n’invalide-t-il
pas ce constat ?



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II. Le concept de moyennisation présente des limites et est remis en cause depuis les années 1980
        Effectivement, il semble bien que la massification scolaire observée depuis les années 1950, ne se soit pas
accompagnée d’une véritable démocratisation, la « moyennisation culturelle » n’ayant pas été observée. De plus,
la dégradation du marché du travail depuis les années 1980 ravive la polarisation de la société française et de fait,
invalide ce constat de moyennisation aujourd’hui.

        A. Les inégalités de mode de vie et les inégalités culturelles se sont maintenues depuis les années
           1950

Inégalités culturelles : cf. document 6, déjà mises en évidence par P. Bourdieu dans les années 1960 : P. Bourdieu
et J-C Passeron : La Reproduction (1970) + pas de démocratisat° scolaire : document 3. Filières d’excellence :
classes préparatoires au grandes écoles, polytechnique, etc. : sureprésentation des enfants de cadres et PIS. Au
contraire, enfants issus de catégories populaires majoritaires dans les filières professionnelles. Explications
théoriques de P. Bourdieu et R. Boudon.
Equipement en masse des ménages à relativiser : une BMW n’est pas une twingo, vacances : camping # hôtel de
luxe, etc. : concept de « distinction » de P. Bourdieu. Lien B : cumul des inégalités : document 6.

        Ainsi, même si la scolarisation s’est fortement développée durant les « Trente glorieuses », les inégalités
culturelles se sont maintenues entre catégories sociales. De plus, l’amélioration généralisée des conditions de vie,
ne doit pas cacher des différences importantes de consommation. Enfin, le retour des inégalités depuis les années
1980 affaiblit fortement la pertinence de ce constat de « moyennisation ».

        B. Le renouveau de la polarisation de la société depuis les années 1980 remet en cause ce concept de
           « moyennisation »

Segmentation du marché du travail : interne / externe. « Effritement du salariat » de R. Castel :  du chômage de
masse, des emplois atypiques, etc. : cf. document 5. + croissance annuelle depuis 5 ans du pouvoir d'achat du
salaire ouvrier (%) : chiffre 1998 ; compléter en comparant le temps de rattrapage du salaire ouvrier/cadres en 1955
et en 1998 : document 4.
Le partage de la VA s’inverse, de plus, inégalités de patrimoine plus importantes que inégalités de revenus depuis
les années 1980 : « les riches s’enrichissent » : bénéficient de hausses de revenus sous forme de dividendes :
développement du « capitalisme actionnarial ». La « course au profit » bénéficie donc aux plus aisés: cf. document
5, + spéculation immobilière. Dualisation de la société, voire « ghettoïsation » pour les plus démunis, relégués dans
les banlieues. Société « en sablier » d’ A. Lipietz

        Ces dernières décennies sont ainsi la preuve que la moyennisation fait partie d’une époque révolue.

         La moyennisation observée pendant les « Trente glorieuses » peut donc être perçue comme restreinte à une
vision économique et sociale, en terme de rapprochement des niveaux de vie et d’amélioration des conditions de
vie. En effet, même si la scolarisation est devenue accessible à tous, les inégalités culturelles se sont maintenues
entre catégories sociales. De plus, la société française depuis les années 1980 ressemble plus à un « sablier » qu’à
une « toupie », avec le retour des inégalités liées à la dégradation du marché du travail et à l’enrichissement des
individus sous forme de revenus du patrimoine. Ainsi, la moyennisation semble bel et bien en panne aujourd’hui.
         Nous pouvons alors nous interroger sur la remise en cause actuelle de l’Etat-providence par une partie de la
« classe moyenne », réticente face au montant des prélèvements obligatoires, au regard de l’efficacité politique à
diminuer les inégalités et à solutionner l’exclusion. Celle-ci ne vient-elle pas s’ajouter à un ensemble de facteurs
fragilisant actuellement la cohésion sociale ?




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