Corrigé dissertation (corpus apologue) by hyq46512

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									                Corrigé du développement de la dissertation (corpus apologue)

Sujet : La princesse Amaside, personnage du Taureau blanc de Voltaire, souhaite entendre
une fable « pour se former le cœur et l’esprit ». Et vous ? Attendez-vous une formation de la
lecture des fables et des apologues ? Vous vous appuierez, pour traiter cette question, sur les
textes du corpus, les œuvres étudiées pendant l’année ainsi que vos lectures personnelles.

* PROBLÉMATIQUE : La citation et la question présupposent l’efficacité de
l’apologue/fable dans la formation, dans les domaines de la sagesse (esprit) et de la vertu
(cœur). D’où l’importance de la leçon, de la morale dans l’apologue, conçue avant tout
comme une œuvre d’éducation, d’apprentissage. MAIS le fait d’orienter vers cet aspect
implique de laisser de côté l’autre aspect de l’apologue = le plaisir, le divertissement, le
charme de l’histoire et les qualités du conteur à présenter une anecdote plaisante pour amener
à la morale.
DONC la problématique est : N’y a-t-il pas autre chose à attendre de l’apologue/fable en
dehors de la recherche de la sagesse et de la vertu (en dehors de la formation morale) ?

* PLAN :
         I Oui les fables/apologues sont des formes argumentatives aptes à former l’esprit et le
cœur. [Il s’agira de le prouver, cad de donner les raisons de cette efficacité]
        II On peut cependant en attendre aussi autre chose [il s’agira de montrer l’aspect
ludique de l’apologue]

* PLAN DÉTAILLÉ (Tout ce qui est titre et structure apparente disparaît dans la rédaction
finale pour laisser place à des phrases rédigées et qui s’articulent logiquement). Ce qui est
entre [ ] sert de précision ou d’indication et ne doit pas apparaître comme cela.

I – Apologues = petites histoires qui forment l’esprit et le cœur
1) Raisons liées à leur forme
        a) La nature même de la fable et de l’apologue est de présenter un récit à visée
moralisatrice (ex de Ésope, Phèdre et La Fontaine qui chacun en leur temps écrivent
l’anecdote du corbeau et du renard pour dénoncer les flatteurs et ceux qui aiment être flattés).
        b) L’objectif premier de la fable : écrite en priorité pour l’instruction, Ésope et Phèdre
ne s’attardent pas sur le récit, c’est la leçon qui est première.
        c) Fable ou apologue se présentent comme des textes courts, concis, ce qui rend le
message tout de suite lisible. Pour satisfaire la Princesse Amaside, le serpent lui enseigne ce
qu’est le vrai bonheur, avec une histoire qui présente trois situations construites selon la
même structure, assez schématique, mais qui délivre un message immédiatement très clair.
2) Raisons liées à leur contenu
        a) Ce genre littéraire est efficace pour former l’individu car il fait appel à des
situations très diverses de la vie, que l’on reconnaît facilement. Ainsi Perette, la fermière qui
va vendre son lait au marché et qui se perd dans son imagination pour développer sa ferme.
La recherche du bonheur aussi est une quête qui nous intéresse tous et nous comprenons, à
travers le Savetier et le Financier, qu’ils représentent deux types d’individus au comportement
diamétralement opposé et que le véritable bonheur ne dépend pas de la possession de l’argent
qui au contraire aliène et rend malheureux.
        b) Son efficacité peut résider aussi dans le fait qu’il nous transporte dans un univers
irréel mais qui renvoie de manière détournée à la vie réelle. C’est le cas du conte
philosophique qui met en scène des personnages et des situations qui appartiennent au
merveilleux et l’on accepte que le serpent se mette à parler ou que Scarmentado parcoure le
monde en échappant toujours de justesse à une fin atroce. De même la rébellion des animaux
de la ferme dans La ferme des Animaux, la prise en main de leur destin pour se libérer de
l’esclavage des hommes, puis la récupération de certains animaux (les cochons) et leur
transformation en humain, est acceptée car l’allégorie utilisée par G. Orwell est très claire et
renvoie à la dénonciation du stalinisme qui a réellement existé.
        c) Enfin les morales des apologues et des fables sont toujours simples, évidentes et ont
valeur universelle. Qui pourrait ne pas y adhérer ?
        « Quel esprit ne bat la campagne ?
        Qui ne fait châteaux en Espagne ?
…       Chacun songe en veillant
        Il n’est rien de plus doux… »
La Fontaine lui-même témoigne du plaisir de laisser vagabonder son imagination, mais aussi
du retour brutal à la réalité ! L’histoire de Matin Brun de Frank Pavloff nous apprend de
manière très simple combien il est important de rester toujours lucide, de ne pas accepter ce
qui est inacceptable = accepter de supprimer des chiens parce qu’ils ne sont pas conformes à
des critères arbitraires, c’est abdiquer sa liberté de pensée et c’est se condamner à la mort.
        [phrase de transition] Cette valeur formatrice est certes essentielle mais on peut aussi
attendre autre chose de la lecture de l’apologue et de la fable.

II) L’aspect ludique de l’apologue [ On peut partir du sujet vu en module, lié au spectacle de
Lucchini et à des réactions contemporaines « le plaisir c’est l’histoire, peu importe la
morale »]
1) Et d’abord on peut ne pas apprécier le didactisme de l’apologue. Certaines morales de La
Fontaine sont ambiguës et discutables. Ainsi « la raison du plus fort est toujours la meilleure »
est certes une constatation désabusée du moraliste face au pouvoir des grands et des puissants,
mais elle peut justifier le cynisme de certains qui, comme le loup, ne s’embarrassent pas, pour
satisfaire leur désir, à sacrifier un innocent. Et d’ailleurs n’est-ce pas toujours les plus forts,
les plus rusés qui paraissent victorieux ? C’est bien le rusé renard qui réussit à tromper le
corbeau et à lui prendre ce qu’il convoite. [ cf. aussi Les animaux malades de la peste].
        La littérature s’accommode assez mal avec le didactisme. Ainsi si les fables d’Esope
ou de Phèdre sont encore connues et lues, c’est surtout en comparaison avec celles de La
Fontaine. L’apologue d’Ésope est très démonstratif et la situation animalière réduite au
minimum.
2) Donc il y a d’autres aspects de la fable qui peuvent séduire.
        a) Le plaisir de la situation.
Avec La Fontaine on a de véritables petites pièces de théâtre qui mettent en scène une
intrigue, des personnages, des actions, des dialogues qui nous charment. En une vingtaine de
vers le fabuliste nous décrit, tout en opposition, les deux personnages de Le Curé et le Mort,
on suit les pensées guillerettes du curé qui accompagne le mort et on assiste, amusé , à la
catastrophe finale qui lui fait rejoindre son mort.
Autre situation tout aussi plaisante, celle de La Fable et la Vérité de Florian. L’allégorie
féminine du genre littéraire et de la valeur, montre à la fois leur opposition, rendue sensible
par leur apparence physique, mais aussi leur complémentarité.
        b) Le charme de l’imaginaire
D’abord par les personnages : souvent des animaux, mais aussi des humains bien typés.
Ensuite par le cadre de l’histoire : exotisme avec Voltaire (le voyage de Scarmentado), le
dépaysement.
Mais aussi par la poésie : le serpent, la princesse, le taureau blanc, l’ange Ituriel…
        c) La séduction de l’écriture
Un apologue se caractérise par la brièveté, la concision, c’est un véritable art littéraire. On ne
s’ennuie pas avec un conte philosophique car il y a beaucoup de péripéties, mais elles sont
présentées de façon très concises. Cf Le taureau blanc : rapidité de l’histoire des prophètes.
Idem pour Matin brun.
Le langage poétique est un élément du charme de l’apologue et plus particulièrement des
fables de La Fontaine (caractérisation des animaux ou des humains + versification avec jeu de
rythmes et de sonorités. Ou l’ironie du conte voltairien qui en fait un plaisir de l’esprit.

								
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