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Formation - Analyse strategique de la filiere DEEE

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Formation - Analyse strategique de la filiere DEEE Powered By Docstoc
					                                    LAVIOLLE Yves

                          Date de création :   01.03.2006
                            Date de dépôt :    31.05.2006
                                   Niveau :     BAC + 4




Analyse stratégique de la filière DEEE
                                  Yves LAVIOLLE

             Version informatique obtenue sur : http://yves.laviolle.info/
              Ce document peut être commenté sur le site de l’auteur.

Ce dossier est le fruit d’un travail d’étudiant pouvant contenir des erreurs de synthèse,
                               d’interprétation ou d’analyse.
                                                                   SOMMAIRE


Introduction..............................................................................................................................................2
1. Etat des lieux........................................................................................................................................3
   1-1. Filière............................................................................................................................................3
   1-2. Acteurs..........................................................................................................................................5
     1-2-1. Acteurs « productifs » ...........................................................................................................5
     1-2-2. Acteurs centralisateurs ..........................................................................................................8
   1-3. Répartition géographique............................................................................................................10
   Synthèse .............................................................................................................................................11
2. Les 3 niveaux principaux de la filière................................................................................................12
   2-1. Niveau de collecte.......................................................................................................................12
     2-1-1. Organisation ........................................................................................................................12
     2-1-2. Coûts....................................................................................................................................14
   2-2. Niveau de recyclage....................................................................................................................15
     2-2-1. Organisation ........................................................................................................................15
     2-2-2. Coûts et revenus ..................................................................................................................15
   2-3. Niveau logistique ........................................................................................................................17
     2-3-1. Coûts....................................................................................................................................17
     2-3-2. Solutions envisageables.......................................................................................................18
   Synthèse .............................................................................................................................................20
3. Des stratégies adaptées aux menaces .................................................................................................21
   3-1. Les forces concurrentielles de Porter adaptées à la filière..........................................................21
   3-2. Les stratégies à privilégier ..........................................................................................................23
     3-2-1. Organiser la logistique.........................................................................................................23
     3-2-2. Améliorer l’efficacité du travail de collecte........................................................................23
     3-2-3. Optimiser les systèmes d’information.................................................................................24
     3-2-4. Assurer la veille réglementaire............................................................................................25
Conclusion .............................................................................................................................................26
Glossaire.................................................................................................................................................27
Sources ...................................................................................................................................................28




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                                                                     1
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Introduction
Un déchet d'                                                              un
              équipement électrique électronique (DEEE) est le déchet d' « équipement fonctionnant
grâce à des courants électriques ou des champs électromagnétiques »1. Cette définition recouvre des
produits divers énumérés par l’annexe 1 de la directive DEEE et pouvant être regroupés par grandes
familles :
                EGP : Electronique grand public, divisé en deux familles : hors télévision et télévisions
                IT : Informatique, divisé en deux familles : hors moniteur et moniteurs
                PEM : Petit électroménager
                Téléphonie
                GEM : Gros électroménager, divisé en deux familles : froid et hors froid
                Divers
D’autres appellations peuvent être utilisées pour qualifier les DEEE : PEEFV (produits électriques et
électroniques en fin de vie) ou MEEPFV (matériels électriques et électroniques professionnels en fin
de vie).
Le terme DEEE sera ici employé pour qualifier tout équipement électrique et électronique (EEE) dont
la fin de vie est passée.

Chaque année, environ 1,7 millions de tonnes de DEEE sont générées par les entreprises et les
ménages. Ces déchets ont un taux de croissance élevé : de 3 à 5% par an.
Les ménages sont à l’origine de 50% de ces déchets avec une quantité moyenne de 14 kg par an et par
habitant2. Ces données restent toutefois approximatives, aucun dispositif de suivi des quantités de ces
                      existant à ce jour.
déchets particuliers n'

La prise de conscience de ces chiffres entraîne une évolution vers des réflexions plus en plus sensibles
aux problématiques environnementales par le grand public et, par conséquent, au niveau des instances
politiques. C’est dans cet esprit que s’est bâti le cadre réglementaire suivant :
    • Directive 2002/96/CE relative aux déchets des DEEE (Directive DEEE ou WEEE)
    • Directive 2002/95/CE relative à la limitation de l’utilisation de certaines substances
        dangereuses dans les équipements électriques et électroniques (Directive LSDEEE ou RoHs)
    • Décret 2005-829 du 20 juillet 2005 entré en vigueur le 13 août 2005 relatif à la composition
        des équipements électriques et électroniques et à l'      élimination des déchets issus de ces
        équipements.

Ces références normatives ont été rendues nécessaires par l’absence de prise en compte des
problématiques liées aux déchets par les acteurs du marché. En effet, l’absence de rentabilité de
l’industrie de la récupération, hors métaux, n’a pas permis un développement naturel de la filière des
DEEE. A présent, le principe du pollueur-payeur retenu par les autorités permet de financer cette
filière à structurer en donnant la possibilité aux producteurs d’EEE de sous-traiter cette responsabilité,
tout en conservant leurs devoirs financiers.

Pour les industriels de la récupération, l’enjeu est donc de parvenir à profiter de l’évolution
règlementaire pour bâtir une nouvelle filière source de création de valeur.

La présentation de la filière et de ses acteurs principaux nous amènera à en étudier les trois grandes
étapes, puis à proposer des stratégies pour l’organisation de lieux de création de valeur.



1
  Décret n° 2005-829 du 20 juillet 2005 relatif à la composition des équipements électriques et électroniques et à
l’élimination des déchets issus de ces équipements.
2
  Source : ADEME


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                                   2
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1. Etat des lieux
1-1. Filière

Les différents types de DEEE et les différents acteurs ont structuré une filière protéiforme.
Une représentation schématique nécessite donc une simplification, que les travaux de l’étude Screlec3
permettent.



              Distributeurs                           Déchetteries                          Niveau de
                                                                                            collecte




                                   Ramassage


                                                                                            Niveau
                                                                                            logistique

                                 Regroupement




                                                     Prétraitement




          Réutilisation                       Démantèlement                                 Niveau de
                                                                                            recyclage




          Incinération                            Recyclage




3
 Rapport final « Initiative recyclage », société SCRELEC, septembre 2004, Etude pour une filière de recyclage des DEEE
sur le territoire national.


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                               3
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Bien que plus complexe, la filière peut être résumée selon ces grandes fonctions. Certaines méritent
d’être explicitées succinctement avant l’étude plus approfondie de la filière.

Le ramassage concerne l’enlèvement des DEEE des centres de collecte et leur transport jusqu’au
centre de regroupement. Il s’agit d’une partie purement logistique.

Le regroupement comprend les opérations de tri et de répartition par types de déchets homogènes,
leur conditionnement et leur transport vers les centres de traitement.

Le prétraitement comprend des opérations de dépollution, d’enlèvement des gaz et d’extraction des
substances réglementées. Il concerne le plus souvent les DEEE contenant des substances dangereuses,
qui sont alors des déchets dangereux. Ces composants dangereux sont, par exemple, les PCB, les
HFC, les HCFC ou l’amiante4. Ces éléments sont alors traités par la destruction de leur structure
moléculaire ou récupérés pour réutilisation.
Les DEEE suivants font partie de ce type de déchets dangereux : piles, accumulateurs, batteries au
plomb, composés mercuriels, tubes cathodiques, cartes électroniques, tubes fluorescents, câbles.
Cette étape est une partie du démantèlement pour certains produits.

Le démantèlement concerne les DEEE contenant plusieurs composants. Les métaux, plastiques ou
autres composants sont séparés à ce niveau. Il permet aussi l’extraction de métaux précieux.

L’incinération, ou valorisation énergétique, permet de transformer les éléments du DEEE en chaleur.
Cette issue est possible pour les plastiques à fort PCI (Pouvoir Calorifique Inférieur).

Le recyclage, aussi appelé valorisation matière, consiste à réutiliser les éléments du DEEE comme
nouvelle matière première.
A cette étape se situe le broyage qui consiste à réduire les composants en une matière réutilisable : le
fer, les métaux non ferreux (cuivre, plomb, aluminium, zinc, …), le verre ou encore certains
plastiques, comme le polyéthylène (PE), le polypropylène (PP) ou le polystyrène (PS).

La réutilisation concerne les DEEE pouvant être remis en circulation sans nécessité de traitement.
Cette réutilisation peut être de deux ordres. D’une part, la réutilisation d’appareils entiers et, d’autre
part, la réutilisation de pièces détachées.
A cette étape est associé le reconditionnement qui verra une remise en condition de certains produits
afin de les remettre en vente. Les cartouches d’encre sont un exemple de produits connaissant déjà ce
traitement. Ainsi 15 millions de cartouches d’encres ont été retournées en 2004 à la société HP dans le
but de les recycler.
La réutilisation est notamment la spécialité des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) au
premier rang desquels l’association Emmaüs.




4
    Voir le glossaire en fin de document.


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                   4
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1-2. Acteurs

On peut distinguer les acteurs « productifs », au cœur de la filière, des acteurs centralisateurs qui
organiseront la filière.


1-2-1. Acteurs « productifs »

Préalablement à la présentation des acteurs internes à la filière, il est nécessaire de définir les acteurs
en amont de la filière que sont les producteurs, les distributeurs et les consommateurs.

Un producteur est une personne qui fabrique, vend ou revend des EEE sous sa propre marque (cas
des marques de distributeurs par exemple) ou qui importe sur le marché national des EEE à titre
professionnel. La directive DEEE instituant le principe du pollueur-payeur, cette catégorie sera la
source du financement de la filière.

Un distributeur est une personne qui, quelque soit la technique de distribution utilisée y compris par
vente à distance, fournit à titre commercial des EEE à celui qui va les utiliser.

Enfin, un utilisateur est la personne qui utilise l’EEE dans la fonction pour laquelle il est conçu. Il
s’agit donc des ménages mais aussi des entreprises.


La grande majorité des acteurs actuels internes à la filière sont des sociétés locales positionnées sur
des niches. Ces niches ne concernent qu’une étape de la filière mais aussi un seul type de DEEE. La
liste complète de ces acteurs est publiée par l’ADEME.5

Une vue plus synthétique des intervenants de la filière peut être apportée par l’étude des acteurs de
taille régionale ou nationale et de leur positionnement.
Le tableau page suivante présente ces acteurs.


                 Un acteur anglais
                                L'intégrateur et le fournisseur de services informatiques
                                d'infrastructure anglais SCC propose plusieurs services : la
                                reprise du produit chez le client, l' audit, la mise à niveau, le
                                nettoyage, le stockage, la re-livraison ou re-
                                commercialisation, le démantèlement ainsi que la traçabilité
                                des produits en fin de vie.
                   SCC dispose pour ce faire de 3 plates-formes techniques en France,
                   Angleterre et Pays-Bas, de 80 cadres et techniciens, de 54 bancs d'      audit
                   et de tests mais aussi de 12 000 m² de stockage.
                   Le positionnement de cette entreprise, hors de son activité traditionnelle
                   de services informatiques, montre la possibilité pour un acteur en marge
                   de la filière de se positionner sur la filière. Ce positionnement est de plus
                   repris comme un argument commercial par la société.
                                                                             http://www.scc.com/


5
    Inventaire national des sites de traitement des DEEE, ADEME, juin 2004.


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                             5
                                                                                                                                         1. Etat des lieux



                             Collecte        Logistique                         Récupération
                                             Ramassage       Regroupement       Prétraitement   Démantèlement    Recyclage         Réutilisation
         Distributeurs
         Collectivités
         territoriales
         Sita (Suez)
         Géodis
         Veolia propreté
         (ex Onyx)
         Coved
         Ecosynthèse
         Guy Dauphin
         Environnement
         Metaleurop *
         CFF Recycling**
         Purfer
         Derichebourg
         Valme techno
         Ecoplus
         AFM recyclage
         Valdelec
         SCC***
         Envie
         Emmaüs
       Les pointillés signalent des entreprises en cours de rapprochement, que cela soit par partenariat ou fusion.
       * Metaleurop possède une activité au niveau du recyclage, notamment dans le retraitement des batteries et composés mercuriels.
       ** Notamment par les filiales mentionnées.
       *** Acteur étranger présent en France.


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                                                                  6
                                                                                                        1. Etat des lieux

L’étude de ce tableau présentant les grands acteurs de la filière permet de tirer quelques conclusions.

Tout d’abord peu d’acteurs assurent un contrôle total de la filière. Beaucoup se sont constitués
autour d’un domaine d’activité stratégique maîtrisé et donc rentable. Les filières anciennes de
revalorisation des déchets et notamment de métaux ont pourtant permis l’apparition d’acteurs
importants tels CFF Recycling qui ne manqueront pas de mettre à profit leur connaissance des métiers
du traitement des déchets pour s’imposer sur la filière des DEEE.

Ensuite, des regroupements commencent à apparaître.
Expert en gestion globale des déchets, Sita a procédé à un rapprochement avec Géodis, spécialiste de
la logistique. La joint venture créée en décembre 2005 renforce le positionnement de Geodis au
premier rang des opérateurs européens en Reverse Logistics (logistique inversée), en accord avec sa
stratégie « Horizon » pour renforcer la cohérence de son offre, de ses process et de ses systèmes
d'information.
D’une façon plus fusionnelle, Coved, filiale du groupe Saur, est un spécialiste de la collecte et du
traitement des déchets « classiques ». Ainsi placé sur le segment de la collecte, cette société vient de
procéder au rachat d’Ecosynthèse, société spécialisée dans le traitement des DEEE. Ainsi Coved est à
présent un acteur de l’ensemble de la filière en ayant adjoint des spécialités de traitement à ses propres
spécialités, en particulier la logistique pour ce qui concerne les DEEE.
Enfin, les marchés sont eux aussi à l’affût de rapprochements. Les rumeurs d’OPA6 de GDE (Guy
Dauphin Environnement) sur Metaleurop, même si démenties par GDE, peuvent sembler justifiées au
vu de ce tableau. En effet, Metaleurop possède une activité complémentaire à celle de GDE pour le
traitement des batteries. Il est nécessaire de replacer ces rumeurs dans le cadre plus global de
l’ensemble des activités de ces entreprises, mais ce point mérite d’être pris en compte si l’on considère
la synergie possible sur les DEEE.

Enfin l’étude des acteurs doit être replacée dans le contexte européen et international. Dans certains
pays de l’UE7, les réglementations nationales, associées à de considérations écologiques profondes,
sont antérieures aux applications françaises. Les filières sont donc déjà structurées et les technologies
de traitement avancées. Les acteurs de taille internationale, tels Véolia ou Suez, sont donc déjà
utilisateurs de ces technologies. Ils possèdent donc un avantage important en étant positionné en fin de
filière dans des pays possédant les technologies de traitement. Malgré tout, cet avantage doit être
relativisé par les réglementations en matière d’exportation qui représenteront un coût supplémentaire.

Exporter des DEEE
                L'                                             UE,
                   export de DEEE, dans un pays membre de l' est soumis à différentes règles :
                        - autorisation de la DRIRE locale.
                        - accord du pays de réception et de tous les pays traversés.
                La procédure est plus ou moins coûteuse selon les pays et les déchets. Elle doit garantir que
                les pays seront traités dans des conditions similaires à ce qui aurait eu lieu en France.
                L'                                  UE
                   export de DEEE en dehors de l' est réglementé par la Convention de Bâle. Ceci afin
    d'éviter le transfert de déchets vers des pays en voie de développement ne respectant pas les mêmes
    conditions d' élimination.
    Cependant, l' export d'                                                        il agit
                           EEE en vue de leur réutilisation reste autorisé puisqu' s' de marchandises.
    Certains opérateurs peu scrupuleux pratiquent cependant l'     export de DEEE : cela reste une pratique
    limitée et sanctionnée par la loi.
                                                                                            http://www.ademe.fr/

6
  La lettre de l’expansion, janvier 2006
7
  Belgique, Danemark en octobre 2004 ; Pays Bas en juillet 2004 ; Finlande en juin 2004. Source : Ministère de
l’économie, Réseau des euro info centres


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                                 7
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1-2-2. Acteurs centralisateurs

De la même façon que pour les déchets ménagers dont la filière est déjà organisée, des éco-
organismes pourront se substituer aux producteurs pour leur permettre de s’acquitter de leurs
responsabilités.
L’arrêté du 23 novembre 2005 relatif à l'                   article 19 du décret DEEE fixe les
                                          agrément prévu à l'
conditions d’agrément de ces éco-organismes.

Eco-organismes ayant obtenu l’agrément ou en constitution :
   - Ecoplanet’s.
   - Eco-systèmes créé par 33 producteurs et distributeurs parmi lesquels Auchan, Boulanger,
       Carrefour, Casino, Darty, Fagor, Miele, Panasonic, Samsung, Whirlpool.
   - ERP France (European Recycling Platform), spécialisée pour les DEEE des ménages et fondée
       par Braun, Electrolux, HP et Sony. Géodis est son consultant opérationnel pour certains pays
       dont la France. Ce contrat avec Géodis est l’illustration concrète de la joint venture avec Sita
       (supra) et concerne la conception, la mise en place et le pilotage des opérations de recyclage.
   - Recylum, éco-organisme spécialisé dans les lampes et luminaires.
   - Recystempro, éco-organisme pour les DEEE des professionnels.
   - Screlec, futur éco-organisme pour certains DEEE professionnels.
   - Conibi, futur éco-organisme pour les DEEE des professionnels. Les fondateurs sont
       notamment Canon, Epson, Konica, Toshiba, Xerox.

Les éco-organismes sont donc pour la plupart en constitution, en cours d’agrément et en recherche de
contrats avec des fournisseurs et des clients. Il est toutefois possible de dégager quelques tendances.
Eco-systèmes et ERP France semblent déjà profiter d’un avantage concurrentiel sur les autres éco-
organismes. En effet leur adossement à des grands noms de la production et de la distribution d’EEE
leur assurera de pouvoir bénéficier de grandes quantités de DEEE et de profiter ainsi de l’effet
d’expérience.
Un autre éco-organisme met en place une stratégie de niche. Recylum se spécialise sur les produits
d’éclairage, métier qu’il considère maîtrisé. Cette partie de la filière est en effet particulière de par la
nécessité de gérer des substances chimiques gazeuses. Mais les stratégies de niche sont des stratégies
dangereuses. Recylum va donc courir un double risque : risque de concurrence d’acteurs européens ou
nationaux sur le segment et risque d’absorption par un acteur plus important voulant se positionner sur
le segment.


   L’unique éco-organisme belge
                 Entré en activité le 1er juillet 2001, le système Recupel est le seul organisme
                 collectif de transport et de traitement des DEEE en Belgique. Il est issu d’un
                 accord entre les collectivités régionales, les producteurs et les importateurs, les
                 personnes publiques ayant fortement investi pour rendre le système opérationnel.
                 Dotée d’une grande avance en matière de DEEE, la Belgique dispose donc d’un
                 éco-organisme unique opérationnel depuis plusieurs années.
     Les acteurs naissants sur le marché français seront donc certainement influencés dans leurs
     stratégies par le mode de fonctionnement de Recupel. En effet, le benchmarking sera
     important pour analyser une structure aux résultats d’exploitations certes déficitaires mais à
     différencier selon le type de DEEE concerné et impactés par d’importantes provisions pour
     risques et charges.
                                                                             http://www.recupel.be/




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                     8
                                                                                         1. Etat des lieux

La multiplication des éco-organismes doit amener à envisager de futures fusions de ces organisations.
Un rapide benchmarking des autres pays européens montre un nombre moins important d’éco-
organismes ou d’organismes similaires : Belgique : 1, Pays Bas : 2, Suède : 1, Suisse : 2. Le problème
de ce grand nombre d’intervenants sera aussi accentué par la question des quantités qui seront éclatées
entre ces organismes alors qu’elles seront un critère de rentabilisation de la filière.


Instaurés par l’article 9 du décret DEEE, les organismes coordonnateurs auront pour mission
d’assurer l’interface entre les producteurs ou les éco-organismes et les collectivités territoriales qui
assureront la part la plus importante de la collecte sélective des DEEE ménagers. Ils devront de même
répartir entre les différents éco-organismes les lots de DEEE collectés par ces collectivités
territoriales.

Trois missions leur seront attribuées :
   - passer les contrats avec les collectivités locales afin qu'elles bénéficient des soutiens financiers
       versés par les producteurs pour la mise en place de la collecte sélective,
   - fixer les conditions dans lesquelles seront répartis les lots de DEEE collectés sélectivement par
       les communes ou leurs groupements,
   - informer les utilisateurs d'  EEE sur les systèmes de collecte sélective mis en place ainsi que sur
       les systèmes de reprise.

L’ADEME sera quant à elle chargée de la tenue du registre des producteurs, sans préjudice sur ses
actions classiques d’information. Cette tâche permettra de connaître les quantités d’EEE mis en vente
sur le marché.
Les taux de valorisation, de recyclage et de réutilisation étant fixés par la directive DEEE, cette
centralisation permettra aux autorités de savoir si les objectifs sont atteints et de rappeler leurs
responsabilités aux producteurs. A titre informatif, les objectifs fixés par la directive DEEE en matière
de recyclage et de valorisation sont les suivants :

                                                                                            EGP -
                      GEM F              GEM HF          Ecrans             PEM
                                                                                          Téléphonie
   Taux de
                        75%               75%              65%              50%               65%
  recyclage
   Taux de
                        80%               80%              75%              70%               75%
revalorisation




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                  9
                                                                                                           1. Etat des lieux


1-3. Répartition géographique

Les acteurs situés sur le segment de la collecte sont situés sur l’ensemble du territoire, grâce au
maillage des collectivités territoriales.
Une représentation des acteurs du segment logistique ne semble pas non plus pertinente. En effet, la
nature même de leurs activités les a déjà amené à s’implanter de la façon la plus appropriée pour
permettre une efficacité du transport entre la collecte et le traitement.
Par contre, la répartition géographique de ces acteurs du niveau de récupération permet de poser
quelques problématiques.




     Répartition géographique de différents sites de traitement des DEEE selon le type de traitement.8


8
    Carte élaborée à partir de l’inventaire national des sites de traitement des DEEE, ADEME, juin 2004.


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                                   10
                                                                                                          1. Etat des lieux

Ces problématiques sont les suivantes.

D’une part, quelques zones connaissent une forte concentration de centres de traitement. Une première
zone court de Lille à Nantes avec un pic de concentration en région parisienne. Une seconde zone se
trouve en Alsace, une troisième en région Rhône-Alpes. Enfin, une dernière zone se situe autour de la
ville de Toulouse.
Ces différentes zones sont évidemment semblables aux grands bassins industriels parallèlement
desquels les entreprises de récupération se sont développées. La problématique est alors de rapprocher
logistiquement ces points de traitement des ménages, responsables de l’entrée dans la filière de 50%
des DEEE.

D’autre part, la répartition plus égalitaire des centres de démantèlement et d’extraction de fluides est
due aux acteurs ESS. Ces organisations, telles Envie9, se sont spécialisées dans ces activités et, étant
non soumises à des obligations de rentabilité, ont pu établir un réseau national. Il en est de même pour
le maillage national de l’association Emmaüs, spécialisée dans la réutilisation (activité non
représentée sur la carte).




Synthèse

La filière en cours de constitution est multiforme de par la grande diversité de produits concernés par
la directive DEEE. Elle peut toutefois se caractériser par trois niveaux majeurs : la collecte, la
logistique et le recyclage.
De nombreux acteurs sont d’ores et déjà positionnés sur ces différents niveaux, parfois même sur des
métiers spécifiques les composant. Les premiers regroupements et alliances apparaissent et laissent
entrevoir l’importance stratégique du contrôle de l’ensemble de la filière et notamment de l’échelon
logistique. L’apparition d’acteurs centralisateurs, imposée par le décret DEEE, montre aussi la volonté
de nombreux acteurs de se positionner au niveau du pilotage de la filière.
Enfin, la répartition géographique montre une forte dispersion des capacités de traitement nationales.
Ces capacités, qui se sont développées au gré des circonstances socio-économiques, entraînent une
nécessaire prise en compte du management de la chaîne logistique.


Cette nécessité apparaîtra plus nettement à l’issue de l’analyse des trois grands niveaux de la filière
dont dépend la structure de coûts.




9
 Réseau d’entreprises d’insertion, Envie requalifie professionnellement et socialement des personnes en situation
d’exclusion, par une activité économique de collecte d’appareils électroménagers qui sont soit recyclés, soit rénovés pour
être revendu à bas prix. Source : http://www.envie.org/


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                                   11
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2. Les 3 niveaux principaux de la filière
2-1. Niveau de collecte

2-1-1. Organisation

Trois grands types de collecte sont ou seront développés.

La collecte de DEEE s’appuiera en partie sur les structures déjà en place pour la récupération de
déchets « classiques ». Il s’agit en cela de la collecte sélective par les collectivités territoriales.
Cette collecte est effectuée par les déchetteries communales ou intercommunales et a apporté 44% des
tonnages collectés lors de l’étude « Initiative recyclage ». Plus de 75% de la population française
habitant une zone couverte par une déchetterie et les mentalités ayant commencé à évoluer pour
utiliser ce type de collecte, il s’agira donc évidemment d’un mode privilégié.
Ce type de collecte étant parfois confié à une société privée, les acteurs tels que Sita ou Onyx sont
déjà positionnés sur ce secteur. Sita possède par exemple 4 000 collectivités territoriales dans son
portefeuille clients. Ces contrats ont représenté 2,892 milliards d’euros en 2005.10

Un second type de collecte déjà en cours de développement consiste dans des moyens de collecte
individuels mis en place par les producteurs.
Ce type de collecte est notamment courant pour les piles et les accumulateurs. Les utilisateurs sont
invités à rapporter les piles dans des bacs mis à leur disposition dans les magasins après les avoir
collectées à domicile ou au travail dans de petites boîtes en carton.
De par son apparente simplicité, ce mode de collecte pourrait paraître anecdotique, mais un taux de
collecte d’environ 30%11 par cet unique moyen montre l’intérêt d’une collecte adaptée au type de
DEEE. De plus, il permet un regroupement par type de DEEE dés la collecte.

Le troisième type de collecte qui lui n’est encore qu’embryonnaire est la collecte par le distributeur.
Cette collecte naît de l’obligation de reprise imposée au distributeur par la réglementation. Le principe
du « 1 acheté, 1 repris » verra donc apparaître un nouveau type d’acteurs au niveau de la collecte, qui
sera d’autant plus important que l’utilisateur sera sensibilisé à la possibilité et à l’importance du
recyclage des DEEE. Lors de l’étude « Initiative recyclage », les distributeurs ont été à l’origine de
48% des tonnages collectés ce qui montre l’importance qu’ils joueront dans la filière sur le plan
national.

Cette dispersion des modes de collecte fait naître une difficulté mise en évidence lors de l’étude
nantaise de la Screlec. « Initiative recyclage » montre en effet qu’une loi de Pareto s’applique au
niveau de la collecte, 22% des points de collecte générant 78% du tonnage collecté. (Illustration page
suivante)
Cette constatation permet à Screlec de déterminer que les acteurs doivent assurer une « couverture des
points de collecte à fort potentiel ». Une différence pourra alors être marquée entre centres de
collectes à fort et à faible potentiel. Si l’intérêt économique d’une telle différenciation est évident par
l’utilisation à plein des moyens de transport, la nécessaire proximité des points de collecte et des
utilisateurs d’EEE contribuera aussi à l’augmentation des volumes collectés. Les points de collecte à
faible potentiel ne doivent donc pas être ignorés.




10
     Source : Ministère des finances
11
     Source : ADEME


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                    12
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      Source : Rapport Initiative Recyclage



Lors de l’étude de Screlec, la grande majorité des DEEE furent collectés en bennes ou à l’unité. Il
convient donc de noter que cette collecte était constituée de produits en vrac. Une collecte plus
sélective est à envisager afin de supprimer la phase de regroupement à l’image de l’exemple belge.

   Tri spécifique en Belgique
             La Belgique a mis en place un système organisé semblablement au système
             français. Constitué d’un réseau de centres de collecte sélective maillant tout le
             territoire, cette collecte se fonde essentiellement sur l’apport volontaire.
             La différence majeure réside dans la mise en place de modes de collecte adaptés à
             4 grands types de DEEE :
                          - GEM HF comme unités séparées ou dans des conteneurs adaptés
                          - GEM F comme unité séparée ou dans des conteneurs adaptés
                          - Ecrans (hors LCD) dans des palettes box dédiées
                          - PEM dans des palettes box dédiées
     Récemment, des récipients spécifiques accueillent aussi les lampes à décharge :




                                                                           http://www.recupel.be/


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                               13
                                                                       2. Les 3 niveaux principaux de la filière

2-1-2. Coûts

Les coûts de collecte se décomposent de la manière suivante :
    - Coût de mise à disposition de la benne ou du conteneur adapté.
    - Coût de manutention des déchets et de gestion du point de collecte.
Il peut aussi parfois s’agir de coûts d’achats de déchets directement à la source.

Les coûts spécifiques à la collecte sont mal connus car rarement individualisés, notamment dans le
mode de fonctionnement en régie. De plus, ces coûts sont impactés par de nombreux facteurs
exogènes tels l’urbanisation du secteur ou la population.

Il est donc nécessaire de rassembler diverses sources pour établir une moyenne. Dans cette optique,
les données chiffrées disponibles auprès de certaines collectivités territoriales permettent d’établir les
coûts complets suivants :

Sources         Années Coût moyen en €/T Pondération de 5% / an* Coût moyen en €/T
ADEME            2003       40 à 100                3                  81.03
Communauté de
communes du pays 2004        56.65                  2                  62.46
de Redon
Communauté
d’agglomération  2001        53.62                  5                  68.43
du Val de Marne
Communauté de
communes du      2004        54.97                  2                  60.60
plateau picard
Préfecture de
                 2000        57.47                  6                  77.01
l’Indre
Sytevom Hautes
Saône, Vosges,   2004        69.22                  2                  76.31
Doubs
Moyenne                                                                70.97
* Selon les données d’augmentation annuelle du coût de collecte éditées par le Ministère de l’environnement

Ces coûts concernent essentiellement la collecte généraliste en déchetterie, la collecte spécifique de
DEEE n’ayant pas encore le recul suffisant permettant d’établir des coûts précis. Ils permettent
toutefois de se faire une idée du coût à la tonne pour une collecte en conteneur.
La collecte par les collectivités locales peut aussi être rapprochée de la collecte par les distributeurs
sur le mode d’organisation. Il est en effet fort probable que ces derniers ne disposent de la place que
pour un conteneur multi-usage. Ce coût moyen sera donc probablement plus élevé pour ceux-ci.

Afin d’établir des projections par matières composant cette collecte généraliste, il est nécessaire de
connaître la composition du flux collecté. Seule l’étude de la Screlec offre une décomposition des flux
permettant une approximation du coût de collecte par matière.

                  Métaux       Métaux        Métaux                                            Substances
                                                           Polymères           DIB
                  ferreux    non ferreux    mélangés                                          réglementées
  PAM             38,50%       10,80%        17,20%          19,50%          10,30%
 GEM F            40,80%        6,60%        21,60%          24,20%           4,80%         Différentes selon
                                                                                            composition des
GEM HF            59,80%        3,10%         0,00%          11,90%          25,10%          DEEE du flux
Moyenne           46,37%        6,83%        12,93%          18,53%          13,40%
  Coût            32,91 €       4,84 €        9,17 €         13,15 €          9,51 €



Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                        14
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2-2. Niveau de recyclage

2-2-1. Organisation

L’organisation du niveau de recyclage est dépendante du type de matière. La carte présentée en 1-3.
expose ces différences. Adaptables, la majeure partie de ces structures sont, selon l’ADEME, capables
 absorber un gisement supérieur aux tonnages actuellement traités.
d'

Certaines filières industrialisées sont absentes de France, tel le traitement des mousses de
réfrigérateurs.

Le démantèlement, l’extraction de fluides et le broyage sont des activités réparties sur l’ensemble
du territoire. Pour le démantèlement et l’extraction de fluides, les raisons associatives de cette
répartition ont été évoquées. Le broyage est une activité qui s’est développée en marge d’autres
filières de recyclage tels les bouteilles de lait, broyées pour être réutilisées comme composés
plastiques.
La valorisation des métaux est elle aussi une industrie répartie sur l’ensemble du territoire. Cette
industrie est mature économiquement, car développée et rentable depuis longtemps.

Certaines activités sont quant à elles moins bien réparties sur le territoire. Les substances
dangereuses ne peuvent être traitées que dans 7 centres en France inégalement répartis. En effet, seuls
le sud-est, l’Ile de France et le Nord disposent de telles installations.
Les sites de valorisation des piles et accumulateurs sont un peu plus nombreux mais eux aussi mal
répartis et ne recyclent que 45 millions de tonnes sur les 150 consommées.

Des filières n’ont pas été recensées par l’ADEME mais sont en cours de développement. La
récupération des métaux précieux va être amenée à se développer. De 10 à 30 grammes d’or sont
ainsi récupérables sur 1 tonne d’ordinateur.
La filière de récupération des luminaires devrait aussi se développer. Le mercure contenu dans les
lampes est réutilisé comme mercure neuf après régénération et représente environ 40 % du marché
mondial.

Enfin, la réutilisation constitue une issue devenant de moins en moins marginale. Lors de l’étude de
la Screlec environ 9% du GEM F et 7% du GEM HF ont été réutilisés. De nombreux acteurs ESS se
placent sur ce segment, de plus en plus souvent sur le créneau du matériel informatique. En effet, la
course en avant de cette industrie entraîne un taux de renouvellement des parcs informatiques propice
à la réutilisation de ces matériels par les plus défavorisés.


2-2-2. Coûts et revenus

Ce niveau de la filière est le seul à être générateur de revenus, si l’on excepte les sources de
financements indirects : principe du producteur payeur, subventions éventuelles.

Il est donc nécessaire d’appréhender les deux aspects financiers de cette étape.

Les coûts liés au recyclage sont pour le moment peu susceptibles d’évolution. En effet les techniques
actuelles sont maîtrisées pour la grande majorité. Seul un investissement conséquent en R&D serait
susceptible de modifier ces coûts. Or aucune entreprise de ce secteur n’affiche pour l’instant de
volonté de procéder à ce type de recherches à court terme. Sur le plus long terme l’ADEME
soutiendra financièrement les projets visant à diversifier, équilibrer et pérenniser les filières de
valorisation de DEEE.



Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                   15
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Les coûts associés au recyclage dépendent fortement des types de composants rencontrés. Ramenés,
d’une façon globale, à la tonne par l’étude Screlec, les DEEE ont un coût de traitement de 137,5 €. De
la même façon que pour le niveau de collecte, on peut tenter une approximation par composant:


              Métaux        Métaux        Métaux                                       Substances
                                                     Polymères          DIB
              ferreux     non ferreux    mélangés                                     réglementées
  PAM         38,50%        10,80%        17,20%       19,50%         10,30%
 GEM F        40,80%         6,60%        21,60%       24,20%          4,80%         Différentes selon
                                                                                     composition des
GEM HF        59,80%         3,10%         0,00%       11,90%         25,10%          DEEE du flux
Moyenne       46,37%         6,83%        12,93%       18,53%         13,40%
  Coût        63,76 €        9,39 €       17,78 €      25,48 €         9,51 €

Toutefois, il doit rester évident que la pertinence d’un calcul par composant du DEEE au niveau de la
filière reste relative. En effet, les métaux mélangés sont par exemple plus coûteux à recycler que des
métaux ferreux. Seul le coût global à la tonne est donc réellement révélateur.


C’est au niveau de ce débouché de la filière que peuvent apparaître des sources de financement. En
effet, les matières recyclées connaissent de plus en plus de débouchés qui permettent d’amortir le coût
de la filière.
Les chiffres disponibles pour les grands composants sont les suivants :
    - Ferraille : 70 € la tonne. Le Sitom du Gard annonce par exemple à ses concitoyens un bénéfice
         de 20 € par tonne de ferraille.
    - Métaux non ferreux : Aluminium : 900 € la tonne ; Cuivre : 2800 € la tonne ; Plomb : 1000 €
         la tonne.
    - Polymères : La filière de récupération de bouteilles en plastique permet d’estimer les capacités
         de reprise de certains plastiques. Valorplast rachète ainsi 182 € la tonne les bouteilles en
         plastique.

Ce revenu doit aussi être appréhendé selon des critères propres au DEEE.
Selon l’étude Screlec, une tonne de PAM, donc notamment d’ordinateurs, coûte tout au long de la
filière 465 € la tonne. Avec un cours actuel du lingot d’or de 14500 €, l’or contenu dans un ordinateur
permettrait un revenu variant de 145 € à 435 €. Cette matière première recyclée serait alors à elle seule
à l’origine d’une grande partie des revenus.


De la même façon que pour le coût de traitement, ce revenu de recyclage reste fortement lié au type de
DEEE. L’expérience permettra de tirer des chiffres précis permettant des projections fiables.




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                   16
                                                                   2. Les 3 niveaux principaux de la filière


2-3. Niveau logistique

L’intérêt du traitement des DEEE serait doublement limité en cas de non-maîtrise des flux logistiques.
D’une part, au niveau écologique, l’augmentation du nombre de véhicules dédiés au transport
désordonné de DEEE ne ferait qu’augmenter la pollution atmosphérique.
D’autre part, la non maîtrise du coût logistique pourrait augmenter les coûts supportés par le
producteur, donc par son client pour finalement avoir un impact sur la consommation.
La preuve qu’écologie et économie ne sont pas antinomiques est apportée par le principe qu’une telle
désorganisation aurait un impact aussi négatif sur les coûts que sur la nature.
Mais organiser la logistique nécessite au préalable d’en connaître les coûts.

2-3-1. Coûts

Le niveau logistique est caractérisé par les coûts de transport au kilomètre, qu’il est possible
d’apprécier selon le mode de transport.


                               Routier                   Ferré                      Fluvial
                       Minimum      Maximum      Minimum      Maximum       Minimum      Maximum
       CIELE            22,9 €         53,4 €     22,9 €        45,7 €        7,6 €         38,1 €
    DRIRE Centre        38,1 €         53,4 €     22,9 €        45,7 €       22,9 €         38,1 €
   Moyenne 1000T           41,95 €                       34,3 €                     26,68 €
    Moyenne par
                          0,04195 €                0,0343 €                  0,02668 €
       tonne
              Coût de transport au km par moyen propre au mode choisi (informatif)
     Camion 30T             1,26 €
     Wagon 30T                                      1,03 €
    Péniche 250T                                                               6,66 €



Ces coûts sont ensuite à mettre en rapport avec les distances moyennes séparant les différents
points de la filière, notamment la collecte et le recyclage. Des distances optimisées ont été établies
par Screlec, elles permettent d’établir des prévisions de coûts minimalistes. Elles sont basées sur
l’utilisation de la voie routière mais permettent une extrapolation sur les différents modes de transport.


                                    Distance      Coût/T selon le mode de transport
                                       km        Routier       Ferré        Fluvial
                     PAM                 160     6,712 €      5,488 €       4,269 €
                    GEM F                160     6,712 €      5,488 €       4,269 €
                   GEM HF                80      3,356 €      2,744 €       2,134 €
                     GEM                 160     6,712 €      5,488 €       4,269 €
                    Ecrans               200     8,39 €        6,86 €       5,336 €
                   Moyenne               152     6,376 €      5,214 €       4,055 €




La synthèse des coûts des différents niveaux permet de conclure au coût moyen à la tonne figurant
dans le tableau page suivante.




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                   17
                                                                         2. Les 3 niveaux principaux de la filière


                                           Métaux      Métaux       Métaux
                            Global                                              Polymères           DIB
                                           ferreux   non ferreux   mélangés
      Répartition
                            100%           46,37%      6,83%        12,93%       18,53%           13,40%
       matière
       Collecte             70,97 €        32,91 €     4,84 €       9,17 €        13,15 €          9,51 €
      Recyclage             137,5 €
      Logistique            6,38 €
      Total coûts          214,85 €



On constate donc un coût global à la tonne de 214,85 € pour les activités de la filière, ce coût étant
considéré dans un environnement logistique optimal. Les coûts des extrémités de la filière sont à court
terme figés car les modes de collecte et les techniques de recyclage n’évolueront pas dans un court
laps de temps. Seul le niveau logistique est donc susceptible de générer des économies.

Ce coût logistique est à mettre en rapport avec la dispersion des centres de traitement vue en 1-3 et
avec celle du niveau de collecte des centres de collecte vue en 2-1.
Ces deux données entraînent un risque d’augmentation des coûts logistiques en éloignant les points de
collecte de centres de traitement, notamment dans le cas de certains composants particuliers.


2-3-2. Solutions envisageables

Il est alors possible d’envisager deux solutions :

       •   Une augmentation du nombre de centres de traitement.
           Cette solution permettrait en effet de procéder à un maillage plus efficace du territoire et
           d’augmenter les capacités de recyclage.
           Elle rencontre pourtant un risque majeur. L’objet de la directive DEEE étant de réduire à terme
           la quantité de déchets produite, la multiplication de centre de traitements sera susceptible
           d’entraîner une surcapacité et, par conséquent, une non rationalisation de leurs moyens.
           Cette solution ne doit donc être retenue que pour certains cas spécifiques, en cas d’absence
           totale de capacité de traitement ou après une étude très précise des coûts engendrés, tels les
           résultats de l’étude Screlec12.

       •   Une amélioration de l’organisation logistique.
           Cette solution semble la plus efficace pour rationaliser les coûts de la filière.

           Le coût au kilomètre d’un camion de 30 tonnes étant de 1,26 € qu’il soit chargé ou à vide, le
           transport à vide doit être évité. Des logiques de « Reverse logistics » doivent donc être
           privilégiées afin de rationaliser le transport. Des camions transportant sur un trajet des DEEE
           vers un centre de traitement doivent faire le trajet retour chargés. Une non maîtrise de cette
           organisation entraînerait une perte d’efficience par un doublement du coût logistique.




12
     Etude « Initiative Recyclage », chapitre 2-3.


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                         18
                                                                           2. Les 3 niveaux principaux de la filière




                                                      DEEE                             Centre de
               Collecte
                                                                                       recyclage


                                                                                                Vide
                          Vide


                                                Marchandises diverses
           Commerçant                                                                  Producteur



       Schéma simplifié d’une logistique inversée pour les transports de DEEE.




       L’organisation logistique doit aussi s’adapter aux caractéristiques spécifiques du transport
       de DEEE.
       D’une part, certains types de transport sont fortement encadrés par le législateur. La mise en
       œuvre du transport de matières dangereuses implique un respect des procédures de sécurité.
       Les acteurs logistiques devront donc procéder à des envois groupés afin de réduire les coûts de
       mise en œuvre de ces obligations.
       D’autre part, la majeure partie du transport généraliste est aujourd’hui effectuée par voie
       routière pour trois raisons majeures : sa flexibilité dont découle sa rapidité et l’existence
       d’infrastructures adaptées. Or le transport de DEEE pourra se faire à partir de quantités
       massifiées dont la rapidité d’acheminement ne sera pas déterminante. L’intérêt de la flexibilité
       sera alors diminué par les coûts d’utilisation des voies routières, comme le montre le graphique
       suivant.
                                     Coût du transport pour 250 tonnes (équivalent péniche)


                          6000,00


                          5000,00


                          4000,00
                                                                                              Voie routière
                  Euros




                          3000,00                                                             Voie ferrée
                                                                                              Voie fluviale
                          2000,00


                          1000,00


                             0,00
                               0




                                            0

                                            0

                                            0

                                            0

                                            0

                                            0

                                            0

                                            0

                                            0

                                            0
                                    40

                                          80
                                         12

                                         16

                                         20

                                         24

                                         28

                                         32

                                         36

                                         40

                                         44

                                         48




                                                         Distance


       On constate une différence de près de 2000 € entre un transport par voie fluviale (péniche) et la
       même quantité transportée par voie routière.



Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                           19
                                                                 2. Les 3 niveaux principaux de la filière

       L’existence d’infrastructures dédiées reste quant à elle un argument en faveur du transport
       routier bien que certaines industries de recyclage se soient développées le long de grands
       fleuves navigables. De la même façon certains centres de traitement ont investi, aux côtés de
       RFF (Réseau Ferré de France) et des collectivités locales, pour permettre l’acheminement par
       voie ferrée. Ecorail, la filiale de la SNCF spécialisée dans le transport des déchets et VNF
                                                                              aspect multimodal dans
       (Voies Navigables de France) tentent ainsi de faire prendre en compte l'
       les schémas logistiques.
       Les entreprises capables de diversifier leurs modes de transport par une gestion multimodale
       dégageront donc des marges de manœuvre financières sur leur organisation logistique.




Synthèse

Les coûts liés aux niveaux de collecte et de recyclage sont plus importants que les coûts moyens
optimaux de la logistique. Pourtant ces derniers sont la principale source de création de valeur.
En effet, les niveaux de collecte et de recyclage ne permettront pas de dégager de la valeur à court
terme. Le niveau de collecte se doit d’être proche des ménages et donc dispersé pour assurer une
collecte la plus importante possible. Le niveau de recyclage ne verra pas ses coûts diminuer avant de
bénéficier des avancées liées à la R&D.
Par contre le niveau logistique peut être optimisé en en organisant finement les principes de
fonctionnement. Une rationalisation de modes de transport par une logistique inversée et par une
gestion multimodale permettra de dégager des sources de profit.


Cette capacité à créer de la valeur passera par la mise en place de stratégies adaptées d’une part aux
impératifs cités et, d’autre part, aux menaces éventuelles pesant sur la filière.




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                 20
                                                                     3. Des stratégies adaptées aux menaces



3. Des stratégies adaptées aux menaces
3-1. Les forces concurrentielles de Porter adaptées à la filière

Préalablement à la définition des stratégies à employer, la situation de la filière mérite d’être étudiée
au travers d’une adaptation du schéma des forces concurrentielles de Porter.


 Macro-environnement : Réglementations européenne et nationale

        Meso-environnement
                                    Entrants potentiels :
                                    Entreprises nouvelles
                                    Positionnement d’entreprises
                                    exogènes sur une partie de la filière




                                         Micro-environnement
           Fournisseurs :                  La filière en tant que telle           Clients
           Consommateurs                    constitue elle-même le
                                             centre de ce schéma.




                                     Substituts :
                                     Nouvelles techniques de collecte
                                     Matières premières




Macro-environnement
Cette force est constituée par les réglementations européennes et nationales.
Elle est essentielle dans la structuration et le développement de la filière. A l’origine de sa mise en
place, elle sera sans nul doute importante dans ses évolutions futures.
Les acteurs vont donc devoir mettre en place des stratégies prenant cette force en compte.

Meso-environnement
Quatre forces constituent ce niveau.


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                  21
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    •   Les fournisseurs sont les consommateurs produisant des DEEE. Leur force est limitée car,
        d’une part, la collecte est déjà organisée, notamment pour les ménages, et, d’autre part, car la
        réglementation impose la reprise.
    •   Les clients auront plus de poids. En effet il s’agit de producteurs susceptibles de préférer des
        matières premières non recyclées si elles coûtent moins cher. Les stratégies mises en place
        devront donc prendre en compte cette force.
    •   Les entrants potentiels pourront être de deux types. Des nouvelles sociétés pourraient se créer
        pour profiter de l’effet d’aubaine suscité par la création de la filière. Des sociétés sous-
        traitantes ou ayant un DAS connexe pourraient être intéressées par un positionnement
        stratégique dans la filière. Des entreprises de transport sont susceptibles de se spécialiser dans
        la phase logistique dont l’importance a été démontrée.
    •   Les produits substituables sont les matières premières non recyclées évoquées précédemment
        et de nouvelles techniques de collecte ou de retraitement. Ces dernières devront donc elles
        aussi être prises en compte dans la définition des stratégies.

Micro-environnement
Cette force est, dans la logique de Porter, constituée par les concurrents. En l’occurrence, la filière
dans son ensemble constitue cette force. Les forces en jeu seront donc les concurrences susceptibles
de naître entre les acteurs vus en 1-2.


Ces différentes forces permettent de définir des stratégies à privilégier dans l’organisation de la filière.




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                   22
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3-2. Les stratégies à privilégier

3-2-1. Organiser la logistique

Il s’agit de l’axe principal sur lequel doivent porter les efforts des acteurs de la filière.

Le premier axe de progrès de ce niveau doit être de rationaliser les fréquences de relève selon
l’importance du centre de collecte. Dans le cadre de l’étude Screlec, 5,2% des points de collecte
assurent une collecte de 4 bennes par mois, ce qui ne pose pas de problème quant à la logistique à
mettre en œuvre. Par contre, 21% de ces points de collecte produisent moins d’une benne par mois. Il
s’agit donc d’organiser les collectes de façon à ne relever ces points qu’aux moments opportuns afin
de rationaliser les trajets des camions.

La seconde voie de progrès a été abordée précédemment. Il s’agit de massifier les quantités
transportées afin de profiter des sources de réduction de coûts permises par les transports
multimodaux mais aussi d’éviter des transports à vide de camions pour une maîtrise de la logistique
inversée.

Les facteurs clés de succès en ce domaine seront :
   • Atteindre une taille critique pour permettre : un maillage correct du territoire, une capacité à
       dégager des flux de grande ampleur et une offre de service nationale.
   • Une gestion de la logistique inversée pour éviter les transports à vide et plus largement un
       management de la chaîne logistique permettant d’établir des tournées cohérentes avec les
       capacités de collecte des centres.

Les stratégies à adopter sont :
   • L’intégration. Si l’intégration horizontale permettra d’atteindre une taille critique, ce sont
        actuellement les intégrations verticales qui sont à privilégier. En effet, seules ces dernières
        permettent aux acteurs de se positionner sur l’ensemble de la filière pour pouvoir en assurer
        une gestion intégrée.
   • La domination par les coûts. Elle permettra aux leaders de la filière d’éviter que la
        concurrence ne tente de pénétrer leurs marchés, tout en augmentant leur clientèle par une
        compétitivité accrue.

Certaines entreprises présentes sur la filière disposent donc d’ores et déjà d’avantages concurrentiels.
Ainsi, Coved qui maîtrise l' ensemble des activités de la propreté et des déchets, a débuté sa stratégie
d’intégration avec le rachat, en août 2005, d’Eco-Synthèse spécialiste des DEEE.
De la même façon, Sita et Geodis ont procédé au rapprochement de leurs DAS respectifs afin de se
positionner sur l’ensemble de la filière. Leur joint venture dispose d’un avantage concurrentiel
supplémentaire par la maîtrise de la logistique en général, et de la logistique inversée en particulier,
dont dispose Geodis, spécialiste du transport.

Les avantages concurrentiels de certains éco-organismes ont été abordés dans la première partie et ont
pour origine les mêmes facteurs clés de succès.

L’amélioration de l’organisation logistique repose aussi sur un gain d’efficacité de la collecte.


3-2-2. Améliorer l’efficacité du travail de collecte

Le niveau de collecte se doit d’être dispersé pour permettre son efficacité par sa proximité avec
l’utilisateur. L’importance de ce point pour la réussite de la mise en œuvre du décret DEEE est


Analyse stratégique de la filière DEEE                                                                   23
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primordiale car il permettra une adhésion des ménages au tri de ces équipements, qui entraînera les
flux suffisants à la rentabilisation de la filière. C’est pourquoi ce travail de collecte doit gagner en
efficacité.
Tout d’abord il doit permettre aux acteurs logistiques de supprimer le passage par des centres de
regroupement (cf. 2-1-1). Ce tri par grandes familles de DEEE doit se faire directement sur le lieu de
collecte pour éviter un accroissement des coûts logistiques. Les points de collecte devront donc
disposer de conteneurs adaptés à chaque DEEE et identifiables aisément.
Une autre problématique est associée aux conditions de stockage des DEEE qui peuvent parfois être
longues du fait des faibles quantités collectées les points à faible potentiel. La possible présence de
substances dangereuses doit être prise en compte.

Il s’agit donc de mettre en place un système cohérent de collecte proposant deux caractéristiques
essentielles :
    - la propreté : des surfaces imperméables associées à des dispositifs de collecte de fuites et à un
        recouvrement résistant aux intempéries
    - l’efficacité : des dispositifs de collecte normalisés et adaptés à des transports sur des
        plateformes multi-usages. Ces moyens devront être évolutifs selon leur niveau de charge. Dans
        une organisation de logistique inversée, un conteneur démontable pourra être transporté en
        ridelle aux côtés des autres produits transportés en limitant la place occupée. Puis une fois
        arrivé sur le lieu de collecte, il sera remonté. (cf. 2-3-2)

Le facteur clé de succès en ce domaine est :
    • La recherche et développement qui permettra d’améliorer les modes de collecte en leur
       appliquant les critères suscités.

La stratégie à adopter est :
   • La différenciation. Cette stratégie comporte un risque en mobilisant des ressources qui
       pourraient être consacrées à la domination par les coûts. Mais la maîtrise de la collecte est
       aussi un facteur de création de valeur puisqu’elle sera un outil de l’organisation logistique.

Les entreprises seront susceptibles de tirer un avantage concurrentiel de cette stratégie. En effet,
l’acteur faisant office de prime-mover avec un produit différencié, innovant et facilitant la collecte
pourra à terme imposer son standard.


3-2-3. Optimiser les systèmes d’information

Il est évident que l’amélioration du travail de collecte et l’organisation du niveau logistique passent
par une intégration poussée des systèmes d’information (SI).
Le pilotage de la filière, notamment par les éco-organismes, sera soumis à des SI capables :
    - de gérer les centres de collecte, leurs niveaux de remplissage, l’évolution des types de DEEE
        apportés.
    - d’organiser les flux logistiques, notamment dans un cadre d’une logistique inversée, pour
        garantir leur cohésion entre les points de collecte et les centres de traitement d’une part, et
        d’autre part, entre producteurs et distributeurs.
    - de connaître les capacités et les disponibilités des centres de traitement.

Les informations nécessaires à ce pilotage sont généralement des données stratégiques pour les
acteurs. Ces SI devront donc aussi assurer une parfaite sécurité des données.

Enfin, ils devront être liés. L’ADEME, chargée de la tenue du registre des producteurs sera amenée à
avoir connaissance des taux de collecte et de valorisation atteints. Les SI des acteurs seront alors un
outil de communication et de vérification de l’application des contraintes réglementaires.


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Les facteurs clés de succès en ce domaine sont :
   • La recherche et développement en informatique notamment pour aboutir à des SI
       performants et sécurisés.
   • L’intégration de l’ensemble de la filière afin que chaque acteur à chaque stade utilise le
       même SI.

Les stratégies à adopter sont :
   • La différenciation. Un SI performant différenciera l’acteur capable de gérer l’ensemble de la
        filière en lui permettant notamment une maîtrise des coûts.
   • L’intégration. Cette stratégie est nécessaire pour permettre une gestion de l’ensemble de la
        filière.

Certains acteurs possèdent en la matière aussi des avantages concurrentiels déjà marqués. Ainsi
Geodis, acteur de l’ensemble de la filière au côtés de Sita, s’est engagé dans une refonte complète de
ses systèmes d’information dans le cadre de son schéma directeur stratégique « Horizon ».


3-2-4. Assurer la veille réglementaire

Le dernier axe de travail que doivent adopter les acteurs consiste en une veille règlementaire.
En effet, l’importance de la force représentée par le macro-environnement dans l’organisation de la
filière doit amener les entreprises du secteur à mettre en place une veille réglementaire efficace et
réactive.
Bien qu’aucune stratégie particulière ne soit à adopter sur cet axe de travail, la maîtrise de ce domaine
apportera un avantage concurrentiel aux entreprises disposant des capacités d’information et de
prospective. En effet, elles seront ainsi à même d’anticiper les évolutions de réglementation et de
proposer aux producteurs d’EEE des solutions en accord avec l’évolution réglementaire.

Quelques évolutions réglementaires à envisager par les acteurs :

Evolutions                                             Modalités
Adaptation de la liste des substances interdites.      La Commission européenne peut proposer des
                                                       adaptations au Parlement et au Conseil.
Objectif quantitatif de collecte par habitant et par   Révisé tous les 2 ans.
an.
Adaptation de l’annexe IB de la directive DEEE.        Commission assistée par un comité de
(Liste des produits concernés par la directive         réglementation composé de représentants des
DEEE)                                                  Etats membres.
Adaptation de l’annexe II de la directive DEEE.        Commission assistée par un comité de
(Technologies de traitement sélectif des DEEE)         réglementation composé de représentants des
                                                       Etats membres.
Adaptation de l’annexe III de la directive DEEE.       Commission assistée par un comité de
(Exigences techniques de stockage et de                réglementation composé de représentants des
traitement des DEEE)                                   Etats membres.

Ces évolutions futures sont à mettre en rapport avec l’évolution des mentalités évoquée en
introduction. Il est donc probable qu’elles tendent vers un durcissement des impératifs imposés aux
producteurs.




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Conclusion
L’étude des trois niveaux de la filière montre que les professionnels du secteur sont soumis à un
paradoxe. Les coûts semblant les moins élevés à la tonne sont pourtant ceux sur lesquels repose la
création de valeur.
Le coût logistique est en effet, à court terme, le seul qui puisse dégager les marges de manœuvre qui
permettront aux industriels de la récupération et du recyclage de proposer une offre cohérente et
concurrentielle.

Cette création de valeur repose donc sur quatre axes de progrès et les stratégies associées :
                     Organiser la logistique : intégration et domination par les coûts.
                     Améliorer l’efficacité du travail de collecte : différenciation.
                     Optimiser les SI : différenciation et intégration.
                     Assurer la veille règlementaire.

Ces stratégies sont d’ores et déjà mises en œuvre par certains acteurs de la filière, qui vont donc
naturellement bénéficier d’avantages concurrentiels.
Ils apporteront à la filière la cohérence que les autorités attendent. Le Ministère délégué à l’industrie
estime ainsi de 5000 à 10000 le nombre d’emplois qui peuvent être créés par la filière DEEE.

La rentabilisation de la filière dépendra aussi de l’évolution de la conjoncture mondiale. La
diminution des ressources naturelles de matières premières associée à une consommation sans cesse
croissante des pays émergents, Chine et Inde en tête, risque de pousser un plus grand nombre de
personnes à se tourner vers des produits recyclés dont le prix relatif baissera par rapport aux prix des
matières premières.

Enfin, les aspects socio-économiques de la structuration de la filière ne doivent pas en occulter les
objectifs écologiques. Le but de la directive DEEE reste de produire un effet à la source en poussant le
consommateur à réfléchir à son acte d’achat et, loi du marché aidant, en mettant en place des
processus d’éco-conception des produits afin d’en abaisser le coût environnemental. Des produits
moins chers à recycler deviendront alors des produits moins chers à acheter.




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Glossaire

    ADEME : Agence de l‘environnement et de la maîtrise de l’énergie
    DAS : Domaine d’activité stratégique
    DEEE : Déchets d’équipement électrique et électronique
    DIB : Déchets industriels banals
    DRIRE : Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement
    EEE : Equipement électrique et électronique
    EGP : Electronique grand public
    ESS : Economie sociale et solidaire
    GEM : Gros électroménager
               GEM F : Gros électroménager froid
               GEM HF : Gros électroménager hors froid
    CFC : Chlorofluorocarbones
    HCFC : Hydro chlorofluorocarbones
    IT : Informatique
    MEEPFV : Matériels électriques et électroniques professionnels en fin de vie
    PAM : Petits appareils en mélange
    PCB : Polychlorobiphényles
    PEEFV : Produits électriques et électroniques en fin de vie
    PEM : Petit électroménager
    R&D : Recherche et développement




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Sources
Institutions

           •    ADEME : http://www.ademe.fr
           •    LEGIFRANCE : http://www.legifrance.gouv.fr
           •    EUROPA : http://europa.eu.int/index_fr.htm
           •    Ministère de l’écologie et du développement durable : http://www.ecologie.gouv.fr/
           •    Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie :
                http://www.finances.gouv.fr/directions_services/eic/faq/deee_rohs.htm


Rapports

            •   Rapport final « Initiative recyclage », société Screlec, septembre 2004, Etude pour une
                filière de recyclage des DEEE sur le territoire national. http://www.screlec.fr/
           •    Rapport final « Mutations de la logistique dans les entreprises industrielles »,
                TNSofres, juillet 2002.


Sites Internet d’information ou d’entreprises

           •    http://www.actualites-news-environnement.com/
           •    http://www.prorecyclage.com/filieres/deee/
           •    http://www.recupel.be/
           •    http://www.natprofrance.com/
           •    http://www.strategielogistique.com/
           •    http://www.reduisonsnosdechets.org/
           •    http://www.ecosynthese.fr/
           •    http://www.geodis.fr/
           •    http://www.erp-recycling.org/
           •    http://www.recylum.com/
           •    http://www.recystempro.com/
           •    http://www.conibi.fr/


Associations

            •   Association France Nature Environnement
            •   Emmaüs
            •   Envie
            •   Centre national d’information indépendante sur les déchets (CNIID)
            •   Centre d'                 énergie et l'
                         information sur l'           environnement (CIELE)




Analyse stratégique de la filière DEEE                                                               28
                    Licences Creative Commons
Quelle est la qualification juridique des documents-type Creative Commons ?

Les documents Creative Commons sont des contrats-type qui permettent à l’auteur de
communiquer au public les conditions d’utilisation de son œuvre.
Ce sont des offres ou pollicitations, l’offre étant définie comme la « manifestation de volonté
(…) par laquelle une personne propose à une ou plusieurs autres (déterminées ou
indéterminées) la conclusion d’un contrat à certaines conditions » (1).
On peut qualifier ces offres de contrats à exécution successive et de concession de droit
d’usage. Elles sont fournies à titre d’information gratuitement par Creative Commons et
n’impliquent aucun transfert des droits de propriété intellectuelle (2). Elles ne peuvent donc
pas être qualifiées de vente ou de cession.
La qualification de prêt à usage ou de commodat adresse les biens qui doivent être restitués,
ce qui n’a guère de sens dans le cas de biens immatériels.
Le louage de chose incorporelle ou licence (location d’un meuble incorporel en droit de la
propriété intellectuelle) est défini à l’article 1709 du Code Civil comme «un contrat par
lequel l'une des parties s'oblige à faire jouir l'autre d'une chose pendant un certain temps, et
moyennant un certain prix que celle-ci s'oblige de lui payer ». Le prix à payer n’entraîne ici
aucune rémunération, mais les obligations qui pèsent sur l’Acceptant laissent à penser que la
personne qui offre une œuvre sous de telles conditions en retire des avantages.
Le respect de la destination et l’usage de la chose louée en bon père de famille fait partie des
règles communes aux baux des maisons et des biens ruraux.
La qualification de licence, sous-catégorie de contrats, est traditionnellement réservée à la
propriété industrielle (licence de brevet ou de marque) et aux logiciels, et n’est pas employée
en propriété littéraire et artistique. Cependant, ce terme est communément utilisé pour
nommer les Creative Commons licenses, sous l'influence du terme américain et du concept de
"licences libres" : licence GNU GPL, Licence Art Libre...
La nouveauté de ce type d’offre peut enfin amener à la qualification de contrat innommé.


Quelle est la validité des licences Creative Commons au regard du formalisme
français des contrats de droit d’auteur ?


Le formalisme des contrats de cession de droits de propriété littéraire et artistique (CPI L.
131-3) peut s’appliquer aux licences ou autorisations d’utilisation (3). Celles-ci doivent
décrire de manière précise le domaine d'exploitation, soit l’étendue, la destination, le lieu et la
durée des droits concédés.
L’article 3 des licences Creative Commons énumère l’étendue des droits proposés :
« la reproduction de l’œuvre seule ou incorporée dans une œuvre dite collective, comme une
publication périodique, une anthologie ou une encyclopédie », au sens de l’article L. 121.8 du
CPI, voire modifiée en vue de former certaines « œuvres dites dérivées : traductions, les
arrangements musicaux, les adaptations théâtrales, littéraires ou cinématographiques, les
enregistrements sonores, les reproductions par un art ou un procédé quelconque, les résumés,
la distribution d’exemplaires ou d’enregistrements » desdites œuvres, au sens du CPI, article
L. 122-4, seconde phrase.
La durée (toute la durée légale de protection de l’Œuvre, telle qu’elle est définie aux articles
L. 123, L. 132-19, L. 211-4…) et l’étendue (le monde entier) sont également identifiées.

Quant à la destination, elle est clairement repérable dans l’intention de l’auteur de contribuer
à un fonds commun en autorisant certaines utilisations gratuites de son œuvre.
La cession des droits de reproduction et de représentation à titre gratuit est permise à l’article
L. 122-7 du CPI.
On précisera que les sous-licences sont explicitement interdites dans les documents Creative
Commons, être titulaire d’un droit d’usage ne confère pas au bénéficiaire d’une licence
Creative Commons le droit de céder ces droits. Le bénéficiaire ne pourra distribuer l'oeuvre
ou la communiquer au public que sous les mêmes conditions sous lesquelles il l'a reçue.
Le terme « bénéficiaire » et non pas le terme « licencié » a été retenu pour désigner dans la
traduction française la personne qui accepte l’offre. Ce choix marque une volonté de
confirmer cette interdiction et peut ainsi favoriser ainsi le consentement éclairé de l’acceptant.

L’article 3 de la version originale prévoit que « Les droits mentionnés ci-dessus peuvent être
exercés sur tous les supports, médias, procédés techniques et formats, qu’ils soient connus
aujourd’hui ou mis au point dans le futur. »
L’article L. 131-6 accepte « la clause d'une cession qui tend à conférer le droit d'exploiter
l'oeuvre sous une forme non prévisible ou non prévue à la date du contrat. ». Elle « doit être
expresse », ce qui est le cas dans la version originale des licences. Mais étant donné qu’elle
doit également « stipuler une participation corrélative aux profits d'exploitation », la phrase a
été écartée de la version française, à l’instar de la solution retenue par les traducteurs
allemands conformément à l’article 31.4 de la loi allemande sur le droit d’auteur de 1965, plus
stricte, qui interdit l’exploitation sous une forme non prévisible.

Si les cessions peuvent être consenties à titre gratuit, l’article L131-3 du CPI prévoit que les
adaptations audiovisuelles doivent prévoir une rémunération.
Cependant, la jurisprudence (4) a admis la validité d’une cession des droits d’adaptation
audiovisuelle même si aucune rémunération n’était stipulée, la contrepartie étant fournie par
la publicité faite à l’ouvrage, œuvre préexistante. L’intention de l’auteur d’obtenir une
diffusion et une distribution de son oeuvre sous Creative Commons plus large peut être
interprétée comme le souhait d'une plus grande notoriété grâce aux copies et aux diffusions
qu'effectueront les Acceptants, sans exiger une exploitation conforme aux règles spécifiques
d’un contrat d’édition, ni être lié par un contrat d'exclusivité avec un producteur.


L’autorisation d’adaptation audiovisuelle ne doit-elle pas figurer dans un contrat écrit distinct
de celui qui autorise les autres actes ?
D’après l’article L113-4, « l’œuvre composite est la propriété de l’auteur qui l’a réalisée,
sous réserve des droits de l’auteur de l’œuvre préexistante ».
L’article L131-4 alinéa 3 stipule que « les cessions portant sur les droits d’adaptation
audiovisuelle doivent faire l’objet d’un contrat écrit sur un document distinct du contrat
relatif à l’édition proprement dite de l’œuvre imprimée ». On peut se demander si le choix de
l’option qui autorise les modifications ne contraindrait pas à recourir à deux contrats Creative
Commons séparées, de manière à respecter cette disposition qui vise à protéger l’auteur en lui
faisant prendre conscience du fait qu’il s’agit de deux actes de cession bien différents.
La réponse est non car les licences Creative Commons ne sont pas assimilables à des contrats
d’édition au sens de l’article L132-1 du CPI : elles ne prévoient pas d’obligation pour le
bénéficiaire correspondant à la charge pour l’éditeur d’assurer la publication et la diffusion
des exemplaires dont la fabrication est autorisée.


Quelle est la validité des offres Creative Commons vis-à-vis du droit général des
obligations ?


L’absence de signature n’est pas le signe d’une absence de consentement ou d’information sur
l’objet et la nature de l’engagement contractuel. Il est en effet obligatoire d’accompagner
toute reproduction ou communication de l’œuvre d’une copie ou d’un lien vers le texte
Creative Commons qui la gouverne. Il est précisé dans l’objet du contrat que l’exercice sur
l’œuvre de tout droit proposé dans ladite offre vaut acceptation tacite de celle-ci, à l’image
des licences d’utilisation de logiciels qui prennent effet à l’ouverture de l’emballage du disque
d’installation. On peut inférer de l’article 1985 du Code Civil relatif au mandat que le
commencement de l’exécution du contrat proposé par le destinataire de l’offre « révèle » son
acceptation (5).
La personne qui propose de contracter, l’auteur au sens de l’article 113 du CPI, garantit dans
l’article 5a qu’elle a bien obtenu tous les droits nécessaires sur l’œuvre pour être en mesure
d’autoriser l’exercice des droits conférés par l’offre. Elle s’engage à ne pas transmettre une
œuvre constitutive de contrefaçon ou d’atteinte à tout autre droit de tiers (autres titulaires de
droits ou sociétés de gestion collective qui auraient pu être mandatées, ou tout autre tiers), et à
permettre une jouissance paisible à ceux qui en accepteront les termes.
Cependant, la version originale 2.0 des textes Creative Commons (notre travail de traduction
et d’adaptation portait jusqu’en mai 2004 sur la version originale 1.0) prévoit que cette clause
de garantie deviendra optionnelle. Une telle exclusion de garantie pourrait être jugée sans
valeur en cas de dommage. La responsabilité délictuelle étant d’ordre public, elle aura
vocation à s’appliquer par défaut, même sans mention explicite : la responsabilité de l’offrant
est alors définie par la législation applicable.
Enfin, proposer des textes en langue française n’est pas seulement plus commode pour les
utilisateurs français, mais répond également à l’impératif d’utiliser la langue française dans le
cadre de relations avec des salariés ou des consommateurs (6) dans un contexte professionnel
privé ou public.


Les contrats Creative Commons sont-ils compatibles avec le droit moral, norme
impérative ?




Droit à la paternité


N’est-il pas obligatoire de choisir l’option Paternité ? (On notera que l’option Paternité
devient obligatoire à partir de la version 2.0.)
On pourrait en effet penser que l’option Non Attribution, qui n’imposait pas d’indiquer la
paternité de l’œuvre, ne pouvait pas être choisie en droit français car le droit à la paternité,
prérogative de droit moral, est inaliénable. La même question est soulevée par l’article 4.a qui
permet à l’Offrant de demander à l’Acceptant de retirer de l’Œuvre dite Collective ou Dérivée
toute référence au dit Offrant.
Effectivement, un contrat qui imposerait à l’auteur de renoncer définitivement à son droit au
nom, en échange d’une contrepartie financière ou non, serait nul. La jurisprudence relative
aux contrats dits de « nègre » où l’auteur réel écrit un ouvrage pour autrui, et s’engage à
renoncer à être identifié comme auteur auprès du public, est stable : l’auteur réel pourra
toujours se faire reconnaître comme auteur (7).
Les documents Creative Commons n’imposent pas une renonciation définitive, mais
permettent une renonciation provisoire et une clarification (8). L’auteur pourra toujours faire
reconnaître sa paternité.
En revanche, ce droit à l’anonymat ne doit pas donner lieu à de fausses attributions de
paternité, notamment dans le cas où l’utilisateur-auteur indiquerait un autre nom que le sien,
ou s’approprierait indûment la paternité d’une œuvre. Le principe général étant la
présomption de titularité au bénéfice de celui sous le nom duquel est divulguée l’œuvre, le
système Creative Commons ne permet pas plus que le cas général d’authentifier la paternité
des œuvres. La paternité indiquée dans une offre Creative Commons reste soumise à la bonne
foi des utilisateurs.




Droit au respect


Autoriser à l’avance les modifications n’équivaut pas à aliéner le droit au respect. Le droit
d’adaptation, traditionnellement cédé à l’avance, n’implique pas d’autoriser les modifications
qui porteraient atteinte à l’intégrité de l’œuvre ou à l’honneur et la réputation de son auteur.
L’auteur qui aurait mis à disposition son œuvre sous une offre Creative Commons autorisant
les modifications et la création d’œuvres dites dérivées, se réserve toujours la possibilité d’un
recours fondé sur droit au respect, en cas d’utilisation ou de dénaturation de son œuvre telle
qu’elles lui porteraient préjudice.




Droit de retrait


Le droit de retrait, lui aussi d’ordre public, pourra toujours être exercé, même si le parcours de
l’œuvre rend son application encore plus difficile sur les réseaux. Celui qui propose l’offre de
mise à disposition se réserve à tout moment le droit de proposer l’œuvre à des conditions
différentes ou d’en cesser la diffusion (article 7.b), dans le respect des offres précédemment
consenties. L’auteur qui met fin au contrat Creative Commons devra respecter la bonne foi (9)
des personnes qui auront dans l’intervalle appliqué le contrat qu’il proposait.




Droit de divulgation
Le titulaire des droits sur l’œuvre conserve le contrôle du moment et des conditions de sa
divulgation et de sa communication au public, non pour s’assurer de la réservation des droits
exclusifs, mais pour rendre l’œuvre libre de certains droits.
Certains pourraient se demander si la condition de Partage à l’Identique des Conditions
Initiales ou ShareAlike ne constitue pas une atteinte au droit de divulgation de la personne
qui, ayant accepté une œuvre sous de telles conditions contractuelles, la modifie en apportant
une contribution originale, et acquiert elle-même le statut d’auteur de la nouvelle œuvre dite
dérivée.
Le nouvel auteur conserve ses prérogatives et décide du moment de la divulgation de la
nouvelle œuvre. Il ne lui est pas interdit de la divulguer sous des conditions différentes, mais
c’est à la condition d’obtenir une autorisation écrite de la part de l’auteur de l’œuvre
préexistante, comme dans le système juridique classique, hors Creative Commons.

Le contrôle de l’utilisation après divulgation en vertu des options Partage des Conditions
Initiales à l’Identique (Share Alike) et Pas d’Utilisation Commerciale (Non Commercial)
n’est-il pas incompatible avec le principe d’épuisement des droits ?

L’épuisement du droit de distribution prévu en droit communautaire établit qu’une fois
l’original de l’œuvre ou sa copie mise en circulation sur le territoire communautaire avec le
consentement du titulaire de ce droit, par exemple après la première vente, il ne peut plus
exercer ledit droit. Le titulaire ne peut donc exercer ce droit de propriété intellectuelle qu’une
seule fois, il ne peut pas l’exercer à nouveau dans un autre Etat-membre. L’épuisement ne
concerne que la distribution physique d’exemplaires matériels, de supports, à l’exclusion des
services en ligne et des copies licites en découlant (Directive 2001/29/CE sur l’harmonisation
de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins dans la société de l’information,
article 4.2 et considérant 29). Le titulaire conserve ses autres droits patrimoniaux.
L’article 2 des contrats Creative Commons stipule bien qu’ils s’appliquent sans préjudice du
droit applicable, et ne visent donc en aucun cas à restreindre ce type de prérogatives. On peut
toutefois se demander si le fait de restreindre les conditions d’utilisation après la première
mise à disposition respecte l’épuisement.
Tout d’abord, les options Partage des Conditions Initiales à l’Identique (Share Alike) et Pas
d’Utilisation Commerciale (Non Commercial) ne conduisent pas à interdire formellement
toute modification qui ne serait pas proposée aux mêmes conditions ou toute utilisation
commerciale, ce qui reviendrait à imposer des conditions de distribution. Elles se contentent
simplement de réserver les droits non proposés, qui continuent à requérir l’autorisation du
titulaire des droits, à l’instar du droit d’auteur classique.
Enfin, on peut rappeler que la notion d’épuisement est utilisée en droit communautaire à des
fins de régulation économique. Elle est utile dans les situations où un ayant-droit abuse de son
monopole pour affecter le commerce et la concurrence en interdisant la commercialisation ou
en imposant des restrictions quantitatives à l’importation ou des mesures d’effet équivalent.
Les objectifs du Traité de Rome sont de lutter contre le cloisonnement du marché intérieur et
les abus de position dominante. Sont visées d’un côté les entraves à la libre circulation des
marchandises constitutives d’obstacles à la commercialisation sur le territoire national de
produits régulièrement mis en circulation sur le territoire d’un autre Etat membre, et de l’autre
la faculté de contrôler les actes ultérieurs de commercialisation et d’interdire les
réimportations. Certaines restrictions ont d’ailleurs été admises par la Cour de Justice des
Communautés Européennes ; ainsi, l’arrêt Cinéthèque (10) valide comme conforme au droit
communautaire la loi française sur la chronologie des médias (11) qui impose un délai entre
l’exploitation des films en salle et la vente ou la location de supports.
Quelle sera la loi applicable en cas de conflit ?

Il n’y a pas de clause déterminant la loi applicable et la juridiction compétente dans les
contrats Creative Commons. Les règles de droit international privé prévalent, et, pour choisir
la loi applicable, le juge saisi déterminera le lieu d’exécution de la prestation caractéristique
du contrat, ou le lieu du dommage ou du dépôt de la plainte.
Les contrats Creative Commons prévoient à l’article 8c que si un article s’avère invalide ou
inapplicable au regard de la loi en vigueur, cela n’entraîne pas l’inapplicabilité ou la nullité
des autres dispositions, l’article en question devant être interprété de manière à le rendre
valide et applicable.
Les clauses abusives sont réputées non écrites si le contrat conduit à établir des rapports
déséquilibrés entre les droits et obligations entre un professionnel et un consommateur (12).
Un raisonnement a fortiori permet de déduire que les offres Creative Commons satisfont ces
exigences, ainsi que les exigences de prudence et d’information.
Un auteur peut se retourner contre la personne qui utilise son œuvre sans respecter les
conditions qui lui sont attachées. L’auteur qui estimerait qu’il y a eu atteinte à ses
prérogatives patrimoniales pourrait toujours demander au juge une révision du contrat.
Le bénéficiaire du contrat pourrait également se retourner contre le donneur de contrat qui a
transmis une œuvre contrefaisante.



Notes

1. Dir. Gérard Cornu, Vocabulaire Juridique Association Henri Capitant, PUF Quadrige 4ème
éd. 2003.

2. Voir Christophe Caron, Les licences de logiciels dites « libres » à l’épreuve du droit
d’auteur français, Dalloz 2003, n° 23, p. 1556 et Melanie Clément-Fontaine, La licence GPL,
mémoire de DEA, Université de Montpellier, 1999. http://crao.net/gpl/
Contra en faveur de la qualification de cession, Cyril Rojinsky et Vincent Grynbaum, Les
licences libres et le droit français, Propriétés Intellectuelles, juillet 2002/4, p. 28.

3. Cass.1ère civ. 23/01/2001, Communication Commerce Electronique avril 2001 & A. et H.-
J. Lucas, Traité de la Propriété Littéraire et Artistique, Litec, 2ème éd. 2001, n° 482.

4. CA Paris, 1re ch. B, 21-09-1990 : Jurisdata n. 023403, in Lucas, Traité de la Propriété
Littéraire et Artistique, note 280.

5. Dir. Michel Vivant, Lamy Droit de l’Informatique et des réseaux, par. 875.

6. Loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française dite loi Toubon.

7. Cour de cassation, Civ.1, 4 avril 1991, affaire Béart, Revue Internationale du Droit
d'Auteur, octobre 1991, p. 125 (cassation de l’arrêt d’appel ayant admis que l’auteur de
thèmes musicaux renonce, par contrat, à être identifié comme tel auprès du public).

8. Hubert Guillaud, http://lists.ibiblio.org/pipermail/cc-fr/2004-January/000039.html
9. Comportement loyal que requiert notamment l’exécution d’une obligation (Vocabulaire
Capitant, op cit)

10. Arrêt de la CJCE du 11 juillet 1985, Cinéthèque SA et autres contre Fédération nationale
des cinémas français, Aff. jointes 60/84 et 61/84, Rec. 1985 p. 2605.

11. Loi n°82-652 du 29/07/1982 sur la communication audiovisuelle, JORF du 20/07/1982, p.
2431, article 89.

12. L132-1 Code de la Consommation

				
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