J'ai vu Pas vu by jsk11664

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									Sainte francfort
BDM le 01/11/00

Argument :
l’entrée dans nos mœurs hexagonales de la célébration d’origine yanqui d’Halloween
sera l’occasion d’une petite ratiocination résumable ainsi : davantage qu’une
américanisation ou une sécularisation, son succès s’avère celui, douloureusement
banal, d’une marchandisation continuée du monde.

Nos vies sont sujettes à des temps sociaux ; organisations et alternances calendaires,
fêtes carillonnées, commémorations républicaines, anniversaires et ― rendez-vous ‖
marchands les ponctuent.
Le pouvoir sur les temps sociaux participe, avec d’autres, du pouvoir plus général
d’ordonnancement et de domination des catégories de pensée ; aujourd’hui, ce pouvoir
est dévolu au Marché.

L’Église en eût le contrôle, réorganisant la journée, les semaines, l’année. Elle a recyclé
les fêtes païennes, les raouts saisonniers en autant de fêtes votives, consacrées à ses
figures emblématiques ; notre semaine mime la divine création du monde. Les
protestations des prélats d’aujourd’hui envers ― Halloween-fête païenne ‖ ne dénotent
que leur impuissance à récupérer cette fête-là ; l’Église catholique et romaine n’a plus
ce pouvoir, son temps est dépassé, c’est tout.

Ainsi, la République fut trop faible pour imposer le calendrier révolutionnaire non plus
que les commémorations robespierriennes. Elle a glissé ça et là quelques cérémonies
républicaines, moments fondateurs, victoires contre l’Étranger ; le mouvement ouvrier a
quémandé son 1er Mai. Le droit bourgeois a surtout entériné le temps religieux avec
quelques enjolivures.
Faute de pouvoir déplacer le 1er Mai au Labor’s day, des néo-gaullistes viennent de
proposer, après les libéraux-avancés®, la suppression du 8 mai, le prétexte de
réconciliation avec l’Étranger masquant mal l’objectif de lutte contre la désorganisation
productive inhérente au joli mois.

Alors, faut-il adhérer au slogan, unificateur des ― rouges ‖ et des ― bruns ‖, scandé sur
l’air de l’anti-impérialisme, ― Halloween-fête américaine ‖ ? Je ne le crois pas, sauf à
confondre Grand Satan et Marché.
Le Commerce a besoin d’atours symboliques pour enchanter les tristesses de sa
Marchandise, de vivifier régulièrement ses ternes oriflammes, d’aiguiser nos appétits de
goinfres repus.
La symbolique yanqui est plus facile à imposer, elle a l’évidence des discours de
l’économie-monde : tout comme on essaie vainement de penser l’économie hors des
schèmes de son néo-libéralisme, l’imaginaire est habillé à sa mode ; films, séries et
cartoons nous ont familiarisé de longue date avec la citrouille et ses avatars.
L’obstination d’un producteur de masques et cotillons en mal de débouchés moins
saisonniers a fait le reste.
D’Outre-Atlantique viendront peut-être ensuite Labor’s day, Thanksgiving et autres
célébrations insolites ; déjà, nos boursicoteurs travaillent à cette heure américaine, la
Saint-Patrick fait les délices d’un marchand de bières opportuniste. Mais, croyez-vous
échapper longtemps à l’exotique nouvel an chinois (déjà les férus d’astrologie nous
questionnent : es-tu cochon ou bien chien ?), à une quelconque fiesta laponne ou
patagonne, pourvu qu’elle soit pittoresque et située à un moment ― creux ‖ de l’agenda
commercial ? Peut-être sommes-nous protégés, par prudence xénophobe, des deux Aïd
et du Yom Kippour généralisés… mais, entre fête des mères, des grand-mères,
secrétaires, bière de mars et beaujolais nouveau, quelque soit leur provenance,
pétainisme, marchands de café ou de fleurs, syndicats viticoles etc., le Commerce
produit des leurres, enrobages et justifications divers pour gaver davantage ses petits
gloutons fatigués, pour désaltérer l’âne qui n’a plus soif. Le Jour du Seigneur n’est plus
lui-même qu’une forteresse syndicale désolée et mal défendue, la nuit un temps
malheureusement hors du bon temps. La vague marchande engloutira tous les récifs du
temps domestique pas encore domestiqué !

Halloween n’est donc qu’une péripétie de cette offensive marchande sur les temps
sociaux, ses éclaireurs furent les ― vecteurs d’achats ‖ juvéniles, appuyés par les traîtres
pédagogues.
Des petits cons braillards qui déambulent en exigeant leur dû au risque du caprice et
des représailles, ce n’est après tout que l’ordinaire de la relation parentale
contemporaine, parent-complice, parent-négociateur, parent-fournisseur.
Parents, interdisez Halloween à vos enfants, engueulez les éducateurs ! Ça vous fera le
plus grand bien d’interdire un peu, vous qui n’êtes sans doute pas même
soixante-huitards attardés…
Parenthèse : non, décidément, l’Aïd ne s’imposera pas, lui : pensez donc, un rite où les
enfants sonnent à l’huis pour vous DONNER des gâteaux, PRÉPARÉS —et non
achetés— par leurs mamans…


Le piège :
notes sur un usage présent de la menace fasciste.
B.D.M., le 01/03/2000

J’ai beau faire, j’ai du mal à me laisser embringuer sans réticence aucune dans la
croisade démocratique contre le petit Satan carinthien Jörg Haider.
Non que ses gesticulations de mini-bête immonde m’amusent ou m’indiffèrent, ni que je
me sente dériver vers la banquise gaucho-bordiguiste qui posa une stricte équivalence
entre démocratie formelle et nazisme, non, simplement il me semble que sur la vague
anti-FPÖ on flotte en peu aimable compagnie.
Je ponds donc quelques notes à ce sujet, que je te prierai d’amender ou de conspuer
ami lecteur.

Note 1 : comment distinguer entre fascistes fréquentables et petits hitlers ?
C’est, en fait, pure convention, cher ami :
Écartons d’entrée les plus reconnaissables d’entre ces parias : attifés d’uniformes
bruns, noirs ou réséda, bariolés de svastikas ou de leurs équivalents indigènes, ce sont
de gros vilains, tout le monde est d’accord. Attention toutefois, ami lecteur, à ne pas
poursuivre de ta vindicte d’innocents scouts, en démocratie de marché ça ne se fait pas,
c’est comme péter à table; s’ils ont été noyés par un prêtre taquin, tu peux cependant
morigéner leur sorte.
À l’exact opposé, les fascistes qui sont ou ont été au pouvoir sans faire l’unanimité
contre eux sont fréquentables, un point c’est tout. Il en va ainsi, par exemple mais la
liste n’est pas exhaustive : des suisses qui ont un ministre au gouvernement collégial
(un seul pour l’instant ?); en Italie, des chemises noires du M.S.I. ou des nervis
lombards de Bossi; des bavarois enchristés de la C.S.U. pourtant copains de Haider; en
France, des renégats lepénistes ou mégrétistes récupérés à pelletées par la droite
française; en Amérique du Nord, des fondamentalistes chrétiens de Robertson et de
l’antisémite Buchanan qui ne seraient, pour sûr qu’innocents républicains ou
réformistes.
Le gars Jörg, quant à lui, est un peu con, il ne peut se départir de références
nationales-socialistes qui franchissent mal les cols alpins. À sa décharge, notons
toutefois qu’elles font un malheur à l’interne, dans son petit coin de nature, nostalgique
de l’Empire austro-hongrois et du grand Reich tout à la fois, malmené par des décennies
de coalitions de brigands conservateurs et socdéms qui ne se privèrent par ailleurs pas
d’entonner récemment l’antienne xénophobe.

Note 2 : À qui profite l’unanimisme anti-fascisme ?
Fastoche : jamais à toi ami anarchiste ou de la gauche communiste mais toujours aux
― démocrates ‖ installés.
Pour la bourgeoisie de pouvoir, tu es ordinairement un amusant producteur de
récréations artistiques avant-gardistes à son usage et, plus récemment, on a pu
remarquer que des versions anémiées de tes diatribes nourrissent ses valets des
classes moyennes à la télévision, tandis que ta fougue musicale nourrit ses esclaves
populaires et juvéniles.
Les meilleurs de tes compagnons, frappés d’entrisme, d’ambition ou de vieillissement,
deviennent d’excellents sénateurs socdéms, adjoints au maire de Paris, inspecteurs
généraux de l’éducation, éditorialistes et directeurs de journaux, débatteurs télévisuels
ou premiers ministres, qui sait ?
Pour les grandes occasions et les fêtes espagnoles, tu fais de l’excellente chair à
canonner par-devant ou par derrière.
Lorsque se profile, comme aujourd’hui, une bête immonde de première ou de moindre
catégorie, tu deviens chair à manifs : tu fais nombre, défilant derrière le coordonnateur
anti-extrême-droite Cambadélis, accessoirement condamné comme complice d’un
marchand de sommeil fascistoïde, zyeutant la belle montre à 250 000 boules de
l’histrion de SOS-Racisme Dray etc., tu es, en somme, principalement destiné à
fabriquer à divers socialistes de marché, démocrates chrétiens et autres crevures
conservatrices, une belle et étincelante virginité démocratique !
S’il te plait, ami lecteur, n’oublie pas de conspuer ces guignols aussi lorsque tu
manifestes.

Note 3 : Alors, y’a bon les démocrates ?
Notons d’abord que tout ce petit monde énervé par Haider ne fait, dans le même temps,
parvenir aux oreilles du sous-tzar Poutine que de molles protestations sur ces
agissements criminels aux marches de l’Empire.
Passons rapidement, en gros et sans détail, la revue quelques-uns de ceux qui grondent
le nouveau gauleiter :
Le Chirac qui sut condamner vertement Vichy est pourtant celui-là même qui trouve que
les nègres puent, qui partage le pieu d’une intégriste catholique, nourrit dans son sein
divers affidés à Laissez-Les-Vivre (pour lesquels avortement et holocauste antisémite
sont équivalents) et organisa avec Pasqua et Méhaignerie la chasse aux étrangers;
chasse fort peu amendée par Jospin et consorts, férus de double peine, de charters et
de sûreté intérieure, qui laissent périr les grévistes de la faim pourvu qu’on en parle peu.
Le second rôle Aznar couvre les tortures de sa gendarmesque, exile les Basques
emprisonnés, tandis qu’Outre-Manche, le si souriant Blair réhabilite le travail forcé pour
les handicapés, les mères célibataires et les jeunes sans-emploi; plus loin, le scandalisé
Barak peine à dé-légaliser la torture judiciaire, félicite les briseurs de membres des ados
palestiniens. Mais, outrecuidance suprême, voici que s’avance, protestant lui aussi, Bill
Clinton, en congé de la campagne électorale hystériquement réactionnaire qui sévit
actuellement par chez lui, au pays de la peine de mort et des bavures policières...
Allez ! Produits toi-même tes exemples, ami lecteur, je fatigue ! Mais, n’oublie pas que
tous les salauds ne sont pas post-fascistes, loin s’en faut...




J'ai vu " Pas vu "
BDM, le 17/02/99.

Lorsque j'ai enfin réussir à voir " Pas vu pas pris " de Pierre Carles [il y a deux mois de
ça, mais les chroniques passent après le travail ;alimentaire…] j'avais déjà en tête les
diverses accusations de malversations et de mauvaise foi émises à l'encontre de
l'auteur [voir notre dossier PC dans la rubrique Société de ce Magazine] : elles sont
assez vite balayées à la vision de l'objet.
    La principale, formulée par Hector Olbak, camarade de jeu de Carles, avançait que
l'extrait sur lequel le film se bâtit ne serait qu'une conversation anodine, que l'auteur
l'aurait délibérément masqué, notamment en n'incluant pas l'entrevue avec Claude
Angeli du Canard qui meaculpe à ce sujet. Olbak me surprend défavorablement, c'est
un âne soit il fait la bête : à aucun moment la conversation amicale surprise entre
Léotard et Mougeotte, le politique et l'homme de media, n'est présentée comme un
scoop : sur sa fin, on y décèle bien une petite amorce de lobbying en faveur de TF1 –
mais Mougeotte qui gère une chîne à l'époque outrageusement balladurienne a-t-il
besoin de faire pression sur l'un des plus chauds partisans du levantin ! ? Ce que
montre cette séquence c'est la connivence entre hommes de media et politiques, pas
plus mais c'est déjà beaucoup : ces gens se connaissent (" ils sont amis de 30 ans "
rappelle Villeneuve défendant son patron), ont essuyé leurs culottes sur les mêmes
bancs universitaires, se tutoient, se fréquentent et fréquentent les mêmes gens, les
mêmes lieux, se marient entre eux, ont les mêmes références, la même culture ; ils font
partie des élites, des classes dominantes, point. C'est une évidence pour sûr, un fait
social, on ne peut leur reprocher ; ce que l'on peut leur reprocher, en revanche, c'est
de chercher à tout pris à masquer cette connivence objective, de faire comme si de rien
n'était, en construisant la fiction du détachement et de l'objectivité. Carles utilise en
appoint de sa démonstration une séquence d'un reportage d'une consoeur montrant la
familiarité d'avant entrevue entre Mme Sinclair-Strauss Kahn et Laurent Fabius, on
suppose que Mme Okrent-Kouchner ne serait pas en reste mais comment snober un
ami qui dîne à votre table ? On peut aussi se remémorer une séquence du doc " Le
Monde, la campagne présidentielle 95 " où l'on voit le fielleux félon Sarkozy chercher
sciemment à installer une connivence avec deux journalistes qui s'en défendent, par
le tutoiement, les clins d'œil complices sur l'air du " vous et moi le savons bien ".
    Carles s'arrête sur cette question : pourquoi masquer cette connivence objective ? Il
ne va pas plus loin, il fait semblant de ne pas s'interroger sur ce qu'elle pourrait signifier
en matière de traitement de l'information mais ses interlocuteurs qui font les imbéciles
comprennent fort bien la mise en danger de leur pouvoir de tigres de papier
qu'implique cette interrogation, se débattent connement et les manitous de l'information
s'affichent comme des pantins ridicules aux capacités argumentatives fort limitées, c'est
le moins !
Ainsi, le film est-il passablement réjouissant car il mène un petit jeu de massacre
vengeur des têtes parlantes et à peine pensantes télévisuelles qui se réfugient dans de
miteuses arguties déontologiques, des auto-proclamations de " professionnalisme ",
l'appel au " goût du public "… Si Chancel et Blachas s'en sortent avec les honneurs, De
Carolis a l'air d'une tanche, Benyamin fait le faux cul (ma femme ne peut plus le
supporter depuis, elle grogne chaque fois qu'il apparaît dans la lucarne, comme cette
fois où le jt de la 2 nous le rediffuse servant la soupe à Pinochet, persuadé de bien faire,
croyant qu'on peut interroger un dictateur en exercice avec " neutralité " !), Villeneuve
est plus traîneur de sabres fachisant que jamais…
Karl Zéro démarre avec un capital de sympathie que je ne lui accordait pourtant pas
connaissant ses accointances dans la grande bourgeoisie conservatrice, puis, on le voit
s'enferrer progressivement dans le piège de sa chaîne, c'est lui qui explique à Carles la
différence entre le Canal + d'aujourd'hui et celui de 1984, et il finit en Dark Vador
essayant d'attirer le naïf Pierrot du côté obscur de la Force…
Canal + apparaît pour ce qu'elle est, une chaîne qui vend de la fausse impertinence à
un public de jeunes à la coule et de csp+ (tout en programmant avec une belle
constance les pires films de beaufs, rappelons-le…). Un de ses pseudo-journalistes
mène dans le film une pseudo-enquête sur le rejet du sujet de Carles par ses patrons : il
produit –sous la dictée ou en toute bonne fois ?- un sujet de strict auto-justification du
point de vue de ses maîtres… Toutes ces vedettes jouent à fond la carte du
copain-copain-nous on n'est pas comme les autres.
    Pour finir, ajoutons que Carles est fort drôle dans un rôle de faux naïf un rien butté,
voix-off hésitante et persifleuse : le film se présente d'emblée comme discours,
Pierrot va nous raconter l'histoire d'un sujet qu'il a voulu faire et qui a été rejeté par
Canal+, il nous présente les péripéties de l'affaire, les pièces du dossier (conversations
téléphoniques, entrevues filmées, documents papier et même petites malversations de
l'auteur) : c'est du grand art parce que, à rebours de ses contradicteurs justement,
l'auteur ne prétend pas à la fausse objectivité mais construit son discours comme
éminemment personnel, ce qu'est obligatoirement le discours journalistique mais qu'il
persiste à masquer pour se parer de ses nippes de " quatrième pouvoir ".
Considérations sur “ Les feux follets de la
Saint-Sylvestre ”
B.D.M. , le 3 janvier 1999

 Libération (1) titre ainsi son dossier sur les divers pillages, incendies et échauffourées
avec les forces de l 'Ordre républicain, à l'occasion du réveillon. Puisqu'en quelque sorte
on nous y invite, glosons un peu :

  De nouveaux rites urbains. Le quotidien social-libéral brode en ce sens, du "rite
urbain" aux notations festives le vocabulaire est résolument anthropologique. Le
caractère répétitif de l'émeute urbaine -récurrence et forme stabilisée- est patent : on
brûle pour les fêtes carillonnées, lors de l'anniversaire d'un assassinat policier, d'une
précédente explosion, on reproduit les formes inaugurées par les cités concurrentes. La
transgression collective des normes sociales, leur retournement dans le carnaval ou
dans l'émeute est bien un rituel, censé malheureusement conforter l'ordre social
existant... (2)
Lorsqu'il décrit les émeutes de Watts, l'aimable G. Debord (3) anthropologise de même :
fête, affirmation ludique et, finalement, "potlatch de destruction".

L'émeute : pour ou contre la société? L'appropiation des marchandises manifeste
l'accord de notre belle jeunesse délinquante avec la suprême idéologie consommatrice :
le but est conforme (i.e. posséder et faire usage des merveilleux fétiches manufacturés
élaborés par le capitalisme régnant - "ils veulent tout de suite tous les objets montrés et
abstraitement disponibles parce qu'ils veulent en faire usage") ; les moyens utilisés sont
non institutionnels (le vol est réservé aux propriétaires). On a là un comportement
"innovateur" (4). La tentative de refourguer aux déviants leurs propres signes
contre-culturels comme marchandise (le rap et toute cette panoplie ; peut-être aussi la
corde pour pendre les marchands de corde) est bloquée : ils n'ont pas les moyens, le
pauvre n'est plus une force de travail même bradée!
En 66, GD était curieusement allègre : "L'homme qui détruit les marchandises montre sa
supériorité humaine sur les marchandises. Il ne restera pas prisonnier des formes
arbitraires qu'a revêtues l'image de son besoin. Le passage de la consommation à la
consummation s'est réalisé dans les flammes de Watts.". La destruction des
marchandises vous a ensuite, sous sa plume, un petit air objectivement -sinon
consciemment- anticapitaliste.
Ce qu'il faut retenir : l'émeute est un révélateur de l'illusion "juridique" de l'égalité, les
"démocrates" y reniflent leur caca, le mythe égalitaire ne résistant plus à la réalité
inégalitaire ("l'illégalité patente"). De même, L'Homme Moderne, ordinaire pékin ligoté à
la Marchandise, craint pour sa vieille voiture et sa collec' de vinyls, il longe les murs à la
tombée du jour...

Le temps des matraques. Éducateurs et amuseurs en "citoyenneté" (profs, travailleurs
sociaux et supplétifs associativo-sportifs), abrutissements culturel et psychoactif
organisés peinent à garantir l'Ordre : voilà que la violence déborde des zones de
relégation où les malheureux confinés s'enquiquinaient entre eux ; sonne alors l'heure
du Policier, "serviteur actif de la marchandise", sûreté chevénementiste ou bâton de
l'ordre moral brandis. Mille fois la sainte alliance du Marchand, du Policier et du Curé
(clérical ou bien laïque) a éclaté au grand jour, d'aucun prophétisant sans coup férir la
survenue de la prise de conscience populaire : vieilles taupes et émeutiers en ont pris
plein la gueule, la Trinité est resté sur place ragaillardie, ce bon vieux capitalisme pète la
santé.
Pas de quoi se réjouir somme toute, mais, on ne sait jamais [rendez-vous pour l'an
2000!]

(1) "cotillons et baston", pages "L'événement", 02 et 03/01/99.
(2) V.W. Turner: Le phénomène rituel, PUF, 1990 (1969).
(3) Le déclin et la chute de l'économie spectaculaire-marchande, IS 10, 03/66 [cf.
extraits]
(4) Robert K. Merton : Social theory & social structure.

								
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