ALUSON, Graham et Philip ZELIKOW. Essence of Decision. Explaining by zte15176

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									 Compte rendu


      Ouvrage recensé :


                ALUSON, Graham et Philip ZELIKOW. Essence of Decision. Explaining the Cuban Missile
                Crisis. 2e éd. New York, Longman, 1999, 416 p.


      par Nelson Michaud
      Études internationales, vol. 30, n° 2, 1999, p. 423-425.




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LIVRES                                                                            423



                                    LIVRES


1. COMPTES RENDUS                            reconnaîtront la structure de l'ou-
                                             vrage: des chapitres théoriques pré-
                                             sentent les trois mêmes cadres d'ana-
THÉORIES, IDÉOLOGIES ET                      lyse de l'acteur rationnel (Modèle i),
PROBLÈMES INTERNATIONAUX                     du comportement organisationnel
                                             (Modèle n) et de la politique gouver-
  Essence of Décision. Explaining            nementale (Modèle m) et alternent
  the Cuban Missile Crisis. 2 e éd.          avec des chapitres où sont revus, se-
                                             lon chacune des approches privilé-
  ALUSON, Graham et Philip ZELIKOW.
                                             giées, les grands jalons qui ont mar-
   New York, Longman, 1999, 416 p.
                                             qué la crise.
      L'ouvrage de Graham Allison,
                                                  Ces constantes notées, on remar-
Essence ojDécision (1971), peut ajuste
                                             quera plusieurs modifications qui
titre être considéré comme étant un
                                             cherchent à améliorer le texte. No-
classique. Pourquoi alors les auteurs
                                             tons ici le choix des exemples retenus
ont-ils voulu en présenter une nou-
                                             pour illustrer les dimensions théori-
velle mouture ? Est-ce que la nouvelle
                                             ques des trois modèles : en optant pour
édition répond aux critiques formu-
                                             des cas contemporains, les auteurs
lées à l'égard des premiers énoncés?
                                             permettent aux étudiant(e)s qui utili-
Malgré la refonte, existe-t-il des lacu-
                                             seront cet ouvrage en guise de ma-
nes qui ne sont pas encore comblées ?
                                             nuel de s'y trouver en terrain plus
Le sujet est-il encore pertinent après
                                             familier. Procédant d'un même esprit
tout ce temps? Bref, vaut-il la peine
                                             didactique, les auteurs apportent aussi
de renouveler sa bibliothèque et se
                                             des précisions quant au contexte dans
procurer la nouvelle édition ?
                                             lequel les décisions ont été prises, mi-
      Les auteurs eux-mêmes répon-           ses en garde nécessaires pour éviter
dent vite au pourquoi d'une nouvelle         une lecture abusive et biaisée des évé-
édition. Le besoin de s'adresser aux         nements.
critiques du modèle, la pérennité de
                                                   11 faut aussi souligner que la nou-
l'ouvrage qui est encore largement uti-
                                             velle édition présente un texte dont
lisé et, surtout, la disponibilité de nou-
                                             l'écriture est de meilleure qualité : le
veaux renseignements quant aux dé-
                                             propos est plus serré, plus précis, plus
libérations ayant entouré l'évolution
                                             nuancé. Ces modifications peuvent
de la crise provoquée par l'emplace-
                                             sembler mineures, mais ajoutent un
ment à Cuba, la découverte et, finale-
                                             important niveau de précision dans la
ment, le démantèlement de missiles à
ogives nucléaires, justifient une se-        démonstration. Par exemple, si Va in-
conde lecture de ces événements.             fluence relative» (1971, p. 164) que
                                             le Président possède vis-à-vis d'autres
     Les lectrices et lecteurs familiers     acteurs est statutairement connue
avec la première édition de VEssence         d'avance, l'«impact» (1999, p. 296)
424                                         Etudes internationales, volume xxx, n° 2, juin 1999


que tel président peut avoir sur tel        d'investigation, dont l'analyse de po-
énoncé de politique dépend, lui, de         litiques publiques, à d'autres niveaux
plusieurs facteurs qu'il est nécessaire     gouvernementaux que le pouvoir exé-
d'analyser, ce que vise précisément le      cutif ou à d'autres gouvernements que
Modèle m. Ce type de précision s'étend      celui des États-Unis réussit à colma-
même à l'appellation du Modèle n qui,       ter plusieurs autres brèches identi-
de «processus organisationnel», de-         fiées dans la version de 1971.
vient « comportement organisationnel ».
                                                 Ces améliorations sont principa-
      Ce niveau de précision supplé-       lement contenues dans les six pre-
mentaire se trouve apporté dans cha-       miers chapitres du texte et forment
cun des trois chapitres théoriques         une trame qui nous guide vers ce qui,
(1, 3, 5), que ce soit au niveau des       en conclusion, constitue l'apport ma-
concepts organisationnels retenus,         jeur de la seconde édition. À partir
dans l'effort notoire pour garder les      d'une construction théorique plus pré-
exemples liés à la crise des missiles      cise et mieux articulée, tout autant
aux chapitres empiriques (2, 4, 6),        que de données empiriques plus com-
dans les inférences réciproques qui        plètes, Allison et Zelikow concluent
sont élucidées ou encore dans la dis-      qu'aucun des modèles ne peut appor-
tinction établie entre la nature d'un      ter, à lui seul, une réponse satisfai-
« choix rationnel » et celle d'un « choix  sante en soi, puisque chacun des mo-
collectif».                                dèles observe le phénomène étudié à
                                           partir d'un angle et de préoccupa-
      De façon générale, l'argumenta- tions tout à fait différents. Les auteurs
tion théorique est mieux étayée et plus démontrent ce que chaque modèle
explicite. Par exemple, dans le cas du apporte en propre à la compréhen-
Modèle II, les auteurs ajoutent une sion du phénomène et affirment que
variable, soit « les possibilités exis- c'est seulement par l'addition des in-
tantes qui influencent les choix gou- formations obtenues à l'aide de cha-
vernementaux » (p. 176). Le Modèle m cun des modèles qu'il est possible
fait aussi l'objet de précisions, que ce d'obtenir une explication valable du
soit la dynamique propre au proces- phénomène étudié. Bref, le « modèle
sus de prise collective de décision, la allisonien » n'est plus seulement axé
considération plus poussée du pour- vers le Modèle m, mais il comprend
quoi chaque acteur défend un point aussi les deux autres modèles
de vue différent selon sa provenance, qu'Allison et Zelikow nous invitent à
la clarification sur la signification du intégrer pour former un outil analy-
fameux aphorisme « where y ou stand tique plus global. Ce qui nous est ici
dépends on where y ou sit » et les éclair- implicitement révélé, c'est une appro-
cissements apportés quant au rôle joué che à trois volets qui se complètent,
par les acteurs de différents niveaux, chaque volet nous donnant accès à
selon qu'ils sont des acteurs princi- divers types de variables, qu'elles
paux dans la prise de décision ou des soient rationnelles, organisationnelles
agents de ces prises de décision. En- ou opérationnelles. Il faut donc voir
fin, l'ouverture qu'Allison et Zelikow chacun des modèles beaucoup plus
offrent quant à l'application de leur comme étant un modèle complémen-
cadre conceptuel à d'autres champs
LIVRES                                                                            425



taire aux deux autres que comme étant       pourtant les faits et gestes. Enfin, cer-
l'un des trois modèles concurrents.         tains exemples apportés pour illus-
                                            trer les Modèles n et m confinent au
      L'importance de cette clarifica-
                                            modèle voisin, ce qui peut parfois en-
tion ne fait aucun doute lorsqu'il s'agit
                                            tretenir une certaine confusion.
de considérer la critique la plus im-
portante faite au précédent modèle             Ces lacunes sont-elles suffisan-
allisonien, soit sa difficile opération- tes pour ternir l'intérêt de cette réédi-
nalisation. Cependant, bien qu'il tion ? Je ne le crois pas puisqu'il est
s'agisse d'un pas énorme dans la bonne possible de les combler. L'approche
direction, certaines lacunes subsistent révisée permet tout de même une per-
toujours. Certes, les « mesures » asso- cée prometteuse par le contenu de sa
ciées aux variables rationnelles et orga- conclusion ; il s'agit aussi d'une grille
nisationnelles sont facilement réali- d'analyse qui demeure extrêmement
sables, en particulier à la lumière des intéressante et qui offre la lecture la
questions formulées par les auteurs à plus près de ce qui constitue la réalité
cet égard. Toutefois, les questions ré- quotidienne de l'action gouvernemen-
servées en vue de l'application du tale. La nouvelle version apporte en-
Modèle m présentent une lacune im- fin des réponses aux questions soule-
portante quant à la mesure du pou- vées à la suite de la première édition
voir exercé par les acteurs dans ce et nous offre une argumentation mieux
contexte spécifique de jeux politiques. présentée, mieux étayée et mieux ar-
C'est d'ailleurs à cette importante ticulée. Certes, elle suscite encore cer-
lacune que l'on doit attribuer le ca- taines questions, mais celles-ci, alliées
ractère beaucoup plus descriptif à la nécessité de valider le modèle par
qu'analytique du chapitre 6 : il faut de plus nombreuses études, consti-
souvent inférer les conclusions à par- tuent autant d'invitations aux cher-
tir des données théoriques connues et cheurs qui voudront baser leurs tra-
des éléments d'information livrés, ce vaux sur cette approche. Voilà autant
qu'un outil de mesure plus rigoureux de bonnes raisons de se familiariser
permettrait d'éviter.                     avec la nouvelle version de cet ou-
                                          vrage.
      L'ouvrage présente aussi certaines
autres faiblesses. Ainsi, l'une des va-                                 Nelson MICHAUD

riables rationnelles indépendantes est Département de science politique
en relation tautologique avec la varia- Université Dalhousie, Halifax, Canada
ble intermédiaire qu'elle est supposée
expliquer. De plus, certaines affirma-      Universities and Empire. Money
tions semblent présenter certaines and Politics in the Social Sciences
contradictions opérationnelles avec              during the Cold War.
l'essence même du propos. Il faut ici
                                           SIMPSON, Christopher (dir.). New York,
mentionner l'importance variable ac-
                                               The New Press, 1998,314 p.
cordée aux missiles de FOTAN basés en
Turquie ou encore à la définition don-         Depuis quelques années, certains
née aux organisations auxquelles documents des institutions de la dé-
s'applique le modèle n et qui semble fense américaine de la première épo-
exclure l'ExCom dont l'étude épie que de la guerre froide furent rendus

								
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