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					Chrétiens dans le monde arabe
                   Christians in the Arab world

    Introduction
    Articles

 Les chrétiens arabes doivent rester dans le monde arabe
Talal Ben Abdel Aziz Al Saoud
An Nahar (Beyrouth), 29 janvier 2002
 Testing times for a worried minority
The Economist, 1st November 2001
 Sfeir : "Pour un Liban multiconfessionnel et indépendant"
Khaled Abu Toameh et Isabel Kershner
Al Jazira, Doha, Courrier International, Numéro 595, 28-03-02
 Cardinal Sfeir: «L'opposition à la prédominance syrienne n'est pas
seulement chrétienne»
Propos recueillis à Bkerké, par Sibylle Rizk
Le Figaro, 25/ 09/ 2003
 Un musée de la mémoire arménienne
Stéphanie Saldana
The Daily Star (Beyrouth), Courrier International, N° 595, 28-03-02
 Lorsque Bethléem devient un second Beyrouth
Khaled Abu Toameh et Isabel Kershner
The Jerusalem Report (Jérusalem), Courrier International, N° 595, 28-03-02
 «Question» copte, questions à l'Egypte
Wendy Kristiansen
Le Monde Diplomatique, 5/ 2001
 Meanwhile: Mideast Christians fear for future
H.D.S. Greenway
Boston Globe, 29/ 07/ 2003
 Des pogroms anticoptes à répétition
Magdi Khalil
Al Quds Al-Arabi (Londres), Courrier International, N° 595, 28-03-02
 La peur du lendemain des chrétiens d'Irak
Christophe Ayad
Libération, 21/ 4/ 2003
 Patriarch Raphael I Bidawid
Shola Adenekan;
The Guardian, 16 September 2003
 Christians Return to Native Turkey
Amberin Zaman;
Los Angeles Times, 10/ 8/ 2003



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 Chrétiens dans le monde arabe
Fiche dřinformation MEDEA (http://www.medea.be)
 Christians in the Arab world
MEDEA Information fact sheet (http://www.medea.be)
 Eglises chrétiennes d’Orient
Fiche dřinformation MEDEA (http://www.medea.be)
 Eastern Christian Churches
MEDEA Information fact sheet (http://www.medea.be)

    Bibliographie
    Journaux et revues
    Webographie

  Sites des journaux dont nous avons extrait des articles pour ce dossier/
Websites of journals from which we have selected the articles for this dossier

http://www.annahar.com.lb/
http://www.economist.com/
http://www.aljazeera.net/
http://www.english.aljazeera.net
http://www.courrierinternational.com
http://www.lefigaro.fr/
http://www.dailystar.com.lb/
http://www.jrep.com/
http://www.boston.com/news/globe/
http://www.arab2.com/n/newspaper/uk-alquds-alarabi.htm
http://www.liberation.fr/
http://www.guardian.co.uk/
http://www.latimes.com/


Les dossiers spéciaux de MEDEA sont périodiquement remis à jour par l'apport de
nouveaux articles sur le site de MEDEA (http://www.medea.be ).
MEDEA special files are regularly updated with new articles in MEDEA website
(http://www.medea.be)

Remerciements à J. Gezels et M. Picard.


Dossier réalisé par Pierre Vanrie et Carme Garcia pour lřInstitut MEDEA.




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Chrétiens dans le monde arabe
Les chrétiens dřOrient, ou Chrétiens en terre dřIslam et dans le monde arabe, outre
lřhéritage millénaire quřils portent dans une région qui a vu naître le christianisme,
sont devenus en tant que minorité le baromètre de la stabilité socio-économique et
politique dřune région soumise depuis longtemps à de sévères turbulences. La
population chrétienne diminue certes au Moyen-Orient pour des raisons
démographiques, quoique des différences notables existent sur ce point entre le
Liban et lřEgypte par exemple, mais aussi et surtout à cause dřune émigration
massive vers lřAmérique, lřEurope et lřAustralie motivée tant par des raisons
économiques que par des raisons liées à une pression sociale liée à un
environnement politique délétère.


Dans ces conditions, lřintérêt porté au destin des chrétiens en terre dřislam et dans le
monde arabe ne relève pas dřune quelconque nostalgie confessionnelle ou
communautaire mais dřune préoccupation quant au niveau dřépanouissement du
bien dřêtre et de la liberté de tous les habitants de cette région quelle que soit leur
confession et/ou leur appartenance ethnique. En effet, la « question chrétienne » en
terre dřislam et dans le monde arabe ne se pose pas quřen terme confessionnel,
mais se distingue aussi par une dimension ethnique comme en Irak et en Turquie par
exemple. Le Prince Talal Ben Abdel Aziz Al Saoud, membre de la famille royale
saoudite, dont le texte figure en tête de ce dossier, a pris toute la mesure des
conséquences dramatiques que représente pour lřavenir du monde arabe,
lřhémorragie des chrétiens du monde arabe. Cřest pourquoi il considère comme une
nécessité vitale pour le monde arabe que les chrétiens puissent y rester. Si tant est
que le pluralisme est effectivement le signe dřune richesse, lřavenir du monde arabe
passe donc par lřarrêt de cette hémorragie, de même quřune solution juste aux
malheurs du peuple palestinien dans le cadre dřune paix des braves avec Israël
pourrait peut-être aussi permettre de renouer avec le riche héritage dřune culture
judéo-arabe aujourdřhui quasiment disparue.



                                                                          Pierre Vanrie




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 Les chrétiens arabes doivent rester dans le monde
  arabe
     Talal Ben Abdel Aziz Al Saoud
     An Nahar (Beyrouth) , 29 janvier 2002


Cet article a été écrit par le Prince Talal Ibn Abdel Aziz, membre
anticonformiste de la famille royale d’Arabie Saoudite, Etat dont la religion
officielle est l’islam et qui ne tolère aucune présence symbolique chrétienne
sur son territoire.


Le monde arabe souffre actuellement dřune grave hémorragie humaine, sociale,
culturelle, politique et économique dont les conséquences risquent dřêtre très
dangereuses. Il sřagit de lřémigration des Arabes de confession chrétienne qui
depuis de nombreuses années quittent, sans discontinuer, le monde arabe. Les
conséquences de cette émigration vont peser lourdement sur le destin du monde
arabe. Si les Arabes, musulmans et chrétiens, ne font rien pour mettre un terme à
cette hémorragie, cela risque dřinfluer sérieusement sur la nature de la région en
terme de prospérité économique, de paix et de stabilité. Dès lors, il convient de
réfléchir aux causes dřune telle émigration qui menace le tissu social arabe.


Les Arabes chrétiens ont constitué un des pions essentiels de la construction arabe,
hier comme aujourdřhui. Au début de lřexpansion islamique, ils ont joué un rôle très
important sur le plan culturel, politique et militaire dans lřEtat arabe qui sřest alors mis
en place et qui sřest développé vers lřEst jusquřen Inde et vers lřOuest jusquřen
Espagne. Ils ont ainsi constitué un élément dynamique qui a permis à lřislam de sortir
de la Péninsule arabique et de sřinstaller dans les pays du Levant.


Acteurs de l’histoire arabe
Au cours des dix-neuvième et vingtième siècles, les chrétiens arabes ont été
particulièrement actifs dans la renaissance de lřarabisme en lui donnant une
dimension civilisationnelle et en lřouvrant aux autres civilisations qui sřétaient
développées pendant la période du déclin arabe. Ils ont ainsi insufflé la modernité
dans lřarabisme. Les Arabes chrétiens, du fait de leur pluralité culturelle, étaient, et
constituent toujours, un défi permanent à la culture et à la pensée. Leur départ du
monde arabe porte un sérieux coup à cette diversité.


Si nous évoquons la présence des chrétiens dans le monde arabe, cřest pour
signifier que nous voulons quřils y restent. En effet, leur présence est une garantie
contre le développement de lřarbitraire et de lřextrémisme et par conséquent dřune
violence qui mène à des catastrophes historiques. Leur maintien dans la monde
arabe est la meilleure réponse, pas seulement en parole mais aussi en acte, aux
principes israéliens de religion dřEtat, de race pure et de peuple élu. Leur maintien
dans la région est aussi une garantie du renforcement dřun Etat moderne alliant le
multiculturalisme à lřunité et constitue un obstacle au développement dřun racisme


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dřEtat. Les chrétiens arabes sont un atout pour le monde arabe dans ses contacts
avec lřOccident chrétien. Leur départ de la région produits des effets négatifs qui
peuvent être exploités et créer un climat défavorable au développement du dialogue.


Nécessité démocratique
Le maintien des chrétiens dans le monde arabe est un choix nécessaire pour
sřengager sur la voix dřune démocratie dont les rapports au citoyen doivent se
distinguer par la raison, la justice, la liberté et lřinnovation. Les chrétiens arabes
enrichissent le tissu social, socle dřun Etat arabe moderne. Faire en sorte que les
Arabes de confession chrétienne puissent rester dans le monde arabe, cřest faire le
choix définitif de rejeter la logique de guerre civile telle quřelle a pu avoir lieu au
Liban en 1840, 1860 et 1975, ou telle quřelle a lieu actuellement au Soudan ou telle
quřelle risque dřavoir lieu en Egypte.


Enfin, encourager les Arabes chrétiens à rester chez eux permettrait de mettre un
terme à lřhémorragie de toutes les énergies créatrices du monde arabe, que ce soit
dans le domaine scientifique, culturel, philosophique ou commercial, financier et
industriel.


En résumé, on peut dire que lřémigration des Arabes chrétiens de la région, si elle
devait se poursuivre, hypothéquerait sérieusement notre avenir. Nous avons donc
pour mission urgente dřarrêter cette hémorragie, de maintenir cette frange de la
population arabe chez elle et même faire ce qui est en notre pouvoir pour encourager
les émigrés à revenir chez eux.
                                                    Traduit de lřarabe par Pierre Vanrie




 Testing times for a worried minority
     The Economist, 1st November 2001

Like minorities everywhere, Christians in the Muslim world have learned to live with
ambiguity. However nationalist they may be, somewhere there lurks a fear that their
loyalties are suspect. These fears, whether real or imagined, have grown in the wake
of September 11th, just as they have for Muslims living in the West.


Christian outrage at the attacks on America was louder than their Muslim
neighbours', while Christian concern over the counter-attack on Afghanistan has
been more muted. Most Middle Eastern Christians share the belief that American
policy in the region helped stoke the fire of fanaticism. But they are also more
pointedly critical of their own societies for failing to extinguish those flames long ago.
For years, and with growing discomfort, they have watched the flames spread, and
now see them moving dangerously close.


The massacre of at least 16 people in a Pakistani church, in apparent retaliation for
ŖChristianŗ America's bombing of Afghanistan, was a dramatic realisation of such

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fears. Yet this act, and other communal clashes, remain exceptions to the generally
tolerant rule. Unlike most Muslims in the West, the vast majority of Christians in
Islamic countries are natives, not immigrants. This binds them to their societies by
race, language and culture.


So long as secular ideologies dominated the region's politics, being Christian proved
little hindrance to advancement. Prominent leaders of many anti-colonial struggles
were Christian, as were the founders of the Baath Party that rules Iraq and Syria, and
of groups such as the Popular Front for the Liberation of Palestine. The role of
Christians in the arts and business was also disproportionate to numbers.


Two decades of growing influence by Islamist-oriented movements have altered this
picture. Outright persecution remains rare. In Iran, for instance, Christians hold
reserved seats in parliament, where they are sworn into office on the Bible. By
tradition, Egypt's president uses his right to appoint members of parliament to top up
Christian representation. By law, Lebanon's president is always a Christian.
Pakistan's endemic sectarian strife has more often been directed at the Ahmadi and
Shia Muslim minorities than at Christians.


Yet the strain of being different, in a tide of sentiment that is replacing national
identities with religious ones, has begun to tell. In some cases this has been
expressed in violence. Coptic Christians in Egypt, for example, have occasionally
been singled out for attack by militant Islamists: 20 Coptic villagers died last year in
what amounted to a pogrom, after a dispute in a shop. In Lebanon, several churches
and Christian properties have been firebombed in recent months, rousing scary
memories of the 16-year civil war that was partly fought on confessional lines.


More commonly, however, Christian discomfort has been expressed
demographically. Better education and stronger ties with the West have long
prompted Arab Christians to emigrate in larger numbers than Muslims. The trend has
accelerated lately, with striking results. Over the past 50 years, Lebanon's secure
Christian majority has become a fast-dwindling minority. In the Palestinian territories,
the proportion of Christians has fallen from 15% to under 2%: even Bethlehem and
Nazareth now have Muslim majorities. Iraq may have lost half its Christians since the
Gulf war to clandestine emigration.


Egypt's vibrant Coptic church is the largest in the Muslim world, yet it has expanded
abroad while treading water at home. Its North American archdiocese had 14 priests
in 1975. Today there are 145. Among its news of sundry church affairs, the main
Coptic weekly in Cairo carries an advertisement for migration to Canada: ŖThe
leading country for human rights and a secure future for your children.ŗ


But there is now a new danger of being mistakenly victimised by racist vigilantes. A
Californian grocer, shot dead by unknown assailants in what is thought to have been
a revenge attack on Arabs last month, happened to be an Egyptian Copt. That irony
is particularly bitter, since Middle Eastern Christians tend to be much more pro-


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American than Muslims. But, in recent years, their enthusiasm has waned a little:
Palestinian and Iraqi Christians feel themselves as much the victims of American
policy as their Muslim neighbours.


The region's churches have made a point of matching Muslim preachers in
condemning Israel. Despite Egypt's peace with Israel, for example, the Coptic pope
has maintained a ban on pilgrimage to the Holy Land until such time as the Israeli
occupation ends. The Middle Eastern Council of Churches, an umbrella group,
laments that America's campaign will be seen as a religious war, with Islam as the
target. Christian minorities everywhere in the region are under pressure to make it
crystal clear where their loyalties lie.




 Le patriarche maronite Sfeir : "Pour                                un     Liban
  multiconfessionnel et indépendant"
     Khaled Abu Toameh et Isabel Kershner
     Al Jazira, (extraits) Doha, Courrier International, Numéro 595, 28-03-02

- Vous avez déclaré que la seule solution pour le Liban était que les Etats-Unis
fassent pression sur la Syrie afin qu'elle se retire de ce pays. Est-ce exact ?
MGR NASRALLAH SFEIR Je n'ai jamais demandé une aide militaire ; tout le monde
sait que je suis un homme de religion et que je n'approuve pas les solutions armées.
Ce que nous demandons, c'est une aide morale des Etats-Unis, sachant qu'ils sont
les parrains des accords de Taëf*, qui prévoyaient un retrait ou un redéploiement des
troupes syriennes deux ans après la signature du traité. Or plus de dix ans sont
passés, et nous n'avons pas vu le moindre redéploiement syrien. Les Etats-Unis ont
une responsabilité dans cette affaire.


- Exigez-vous un redéploiement des forces syriennes ou une évacuation
totale?
D'abord un redéploiement, puis une évacuation. Israël s'est retiré du Liban au bout
de dix-huit ans d'occupation ; plus rien ne justifie aujourd'hui la présence syrienne.
Le Liban a le droit de s'administrer lui-même, de se déterminer librement sans
aucune entrave, d'être indépendant.

- On pourrait vous objecter qu'en tant qu'autorité religieuse vous n'avez pas à
mêler politique et religion.
Il ne s'agit pas de mêler la politique à la religion. Le peuple libanais vient me voir
pour se plaindre des injustices qui l'accablent. Je ne peux qu'écouter mon peuple
quand il souffre.


- Pourquoi donc votre voix est-elle liée à une opposition à la présence
syrienne, alors qu'on ne vous a pas entendu à propos de l'occupation
israélienne ? Vous avez réclamé la clémence pour les collaborateurs [libanais]
d'Israël, mais on vous a peu vu consoler les victimes de cette occupation...

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C'est inexact. Nous avions exigé le retrait de l'armée israélienne car il s'agissait d'une
occupation, et nous réclamons aujourd'hui la justice pour les "bannis" après le départ
de Tsahal. C'est le gouvernement libanais qui s'était désintéressé du Sud-Liban, et
non les gens du Sud qui ont délaissé leur patrie. Ce sont les circonstances qui les
ont poussés à s'établir en Israël afin d'assurer leur quotidien, pour eux et leurs
familles. On ne peut les traiter collectivement de collaborateurs.


- Pensez-vous qu'il faille cesser de lier le dossier libanais aux autres dossiers
du conflit israélo-arabe ?
Tant qu'Israël occupait le Sud-Liban, je me suis tu sur la présence des troupes
syriennes. Après son retrait, il m'a semblé qu'il n'y avait plus lieu de se taire. Les
interventions syriennes dans les affaires intérieures libanaises portent préjudice à
notre pays. Les citoyens émigrent en grand nombre. Il y a eu presque 1 million de
départs et, chaque mois, 10 000 à 15 000 diplômés quittent le pays en raison de la
stagnation économique. Or cette stagnation est une conséquence de la situation
politique. Le Liban court actuellement un grand danger.

Les accords de Taëf ont beaucoup de détracteurs, qui considèrent qu'ils ne font que
perpétuer le confessionnalisme : le président de la République est toujours un
chrétien maronite, alors qu'on dit que les chrétiens ne représentent plus qu'un quart
de la population...

Le Liban est par essence le pays des communautés multiples et toutes ces
communautés, prises indépendamment, sont minoritaires. Elles sont à peu près
équivalentes en nombre. Contrairement à ce qu'avancent certains, il n'est pas
possible de prétendre que les chrétiens ont eu des privilèges au Liban. Simplement,
lors de l'indépendance du Liban, afin de les rassurer, on leur a donné un nombre de
sièges supérieur au Parlement, la présidence de la République et le commandement
en chef de l'armée. Cela a changé depuis Taëf, qui a consacré une égalité des
sièges, et nous avons accepté cet accord. Mais il faut maintenant appliquer tous les
points de l'accord : c'est ce que demande l'opinion publique libanaise. Les Libanais,
musulmans comme chrétiens, sont capables de s'asseoir ensemble et de décider de
l'avenir de leur pays.

- Pourquoi alors ne pas travailler en coopération avec les autres communautés,
afin que vos exigences ne passent pas pour une expression confessionnelle?
Nous travaillons avec tout le monde, mais, au Liban, comme vous le savez, tout le
monde ne peut pas dire ce qu'il pense et tout le monde ne peut pas dire TOUT ce
qu'il pense.




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 Un musée de la mémoire arménienne
     Stéphanie Saldana
     The Daily Star (Beyrouth), Courrier International, N° 595, 28-03-02

Quand, il y a près de quatre-vingt-dix ans, des moines arméniens embarquèrent sur
une charrette les restes de leur église et quittèrent l'ancienne Arménie turque pour se
rendre au Liban, ils traversèrent des épreuves dignes des légendes des saints, voire
de l'Exode. Ils ne se doutaient pas alors que leur chargement constituerait le fonds
de l'un des musées les plus remarquables, et les plus anonymes, du Liban
d'aujourd'hui.

Avec pas moins de 230 incunables médiévaux arméniens, des calices d'argent
délicatement ciselés, des ornements d'autel et autres reliquaires agencés en rangs
serrés, ainsi que 2 000 monnaies anciennes et tout un étage consacré à la peinture
arménienne contemporaine, le musée de Cilicie représenterait la collection la plus
complète d'objets chrétiens du pays. C'est en tout cas la plus vaste collection
d'objets arméniens au monde en dehors de l'Arménie elle-même. En septembre
1915, les moines arméniens du monastère de Sis, en Cilicie, ancienne Arménie
turque, se virent signifier qu'ils n'avaient que dix jours pour faire leurs bagages avant
de fuir à Alep [Syrie]. La réalité du génocide arménien était devenue une évidence, et
des milliers de personnes fuyaient la Cilicie dans l'espoir d'échapper aux
persécutions généralisées orchestrées par les Turcs. Comprenant que leur
monastère serait bientôt la proie des flammes, les moines du lieu de résidence du
catholicos de Cilicie [chef de l'Eglise arménienne] se saisirent de tout ce qu'ils purent,
calices, manuscrits antiques, tapisseries, pièces, photographies, emballèrent le tout
dans des caisses qu'ils chargèrent sur des ânes et aussi, souvent, sur leurs propres
épaules, et entamèrent leur voyage vers Alep puis vers le Liban. Les récits de leurs
tourments, qui durèrent vingt-trois jours, varient, mais les moines se sont parés d'une
aura mythique habituellement réservée aux héros de dessin animé et aux saints du
Moyen Age.

Plus qu'une collection d'objets, le musée tient presque du miracle, les vestiges du
monastère de Sis, démontés en Cilicie, ayant été reconstruits au Liban plus de
quatre-vingts ans plus tard. C'est un monument qui inscrit dans la pierre les
bouleversements qu'ont connus l'art arménien et les Arméniens, surtout au cours du
dernier millénaire. Pour l'archevêque Yeprem Tabakian, ce musée s'efforce de
présenter non seulement des objets de l'histoire arménienne, mais aussi cette
histoire elle-même. "Le musée est un symbole de la survie d'une existence à travers
une autre. Chacun des objets est un témoin de ces temps, de tout ce qui s'est
passé."




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 Cardinal Sfeir: «L'opposition à la prédominance
  syrienne n'est pas seulement chrétienne»
     Propos recueillis à Bkerké, par Sibylle Rizk
     Le Figaro, 25 septembre 2003

Le Figaro – Lorsque vous dénoncez la présence syrienne au Liban, vous le
faites au nom des maronites ou des Libanais ?
Mgr SFEIR. Ŕ On ne peut pas dire que l'opposition à la prédominance syrienne est
seulement chrétienne. Cette opposition relève d'une question de principe. Le Liban,
comme tout autre pays, revendique l'indépendance, la souveraineté et la maîtrise de
ses décisions. C'est le souci de tous les Libanais, mais certains s'expriment plus
franchement que d'autres. Chaque année depuis l'an 2000, l'église maronite lance un
appel en ce sens. Nous disons la vérité, sans choquer, dans la mesure du possible.
Car, nous avons un intérêt commun à ce que les choses s'arrangent à l'amiable. Si la
Syrie se retire du Liban dans une situation de conflit, alors ni le Liban ni la Syrie ne
seront satisfaits.

- Percevez-vous une évolution dans l'attitude de Damas ?
Je reçois de temps en temps des émissaires libanais, en contact avec la Syrie, qui
font valoir les quatre redéploiements effectués récemment par l'armée syrienne.
C'est vrai que les troupes ne sont plus visibles à certains endroits du territoire, mais
elles restent présentes dans certaines régions. Et ce n'est pas tant la présence de
l'armée syrienne que l'intervention et l'immixtion syrienne dans les affaires intérieures
du Liban qui fait du mal au pays. La jeunesse libanaise, c'est-à-dire l'avenir du pays,
émigre à cause du chômage, mais aussi parce qu'elle ne supporte pas le climat
politique.

- La responsabilité de cette situation n'incombe-t-elle pas aux Libanais avant
tout                                                                                   ?
Il y a coresponsabilité. Il est vrai que des Libanais vont solliciter à Damas des postes
et des fonctions. Mais, en les octroyant, la Syrie se comporte comme si elle était le
maître de céans. Lors du synode maronite qui s'est tenu cette année pour la
première fois depuis le XIXe siècle, l'église maronite a réaffirmé son ancrage dans
son environnement arabe et musulman.

- Pensez-vous que beaucoup de chrétiens du Liban imaginent leur avenir
détaché des musulmans ?
Nous avons toujours vécu avec les musulmans, dès l'aube de l'islam. Il y a eu des
jours difficiles, tragiques mêmes, et il y a eu des jours fastes. Je ne veux pas entrer
dans la conscience des chrétiens libanais. Certains pensent peut-être à la partition
du pays, mais je ne suis pas de ceux-là. Car je sais que le fait de vivre ensemble est
bénéfique pour les deux communautés. D'ailleurs il n'y a pas d'alternative. Jusqu'ici
tous ceux qui ont cherché à créer une entité chrétienne n'ont pas réussi. Le territoire
libanais est tellement exigu qu'on ne peut pas créer deux États. Beaucoup de
chrétiens du Liban pensent être sortis de la guerre vaincus et marginalisés.




                                           11
- Trouvez-vous ce sentiment justifié ?
Les agissements des gens au pouvoir donnent le sentiment aux chrétiens opposés
au régime d'être persécutés. Ils n'ont pas leur mot à dire et sont parfois emprisonnés.
Pour y remédier, il faut leur faire sentir qu'ils sont comme tous les autres Libanais.

- Croyez-vous que la nouvelle donne régionale, née de la guerre en Irak,
comporte un risque de déstabilisation pour le Liban ?
Il y a un proverbe arabe qui dit : «Si votre voisin se porte bien, vous aussi.» Il vaut
aussi pour les États. Comme nos voisins se portent mal, il y a un risque de
contagion. Jusqu'ici le Liban a eu sa part de malheurs, mais du point de vue de la
sécurité, le Liban est plus solide que n'importe quel autre pays de la région. Israël est
toujours menaçant, mais j'espère que la page de la guerre est définitivement tournée.




 Lorsque Bethléem devient un second Beyrouth
     Khaled Abu Toameh et Isabel Kershner
     The Jerusalem Report (Jérusalem), Courrier International, N° 595, 28-03-02

Il est 10 heures du matin. Une foule de plusieurs milliers de personnes s'est
rassemblée sur la place de la Nativité de Bethléem à l'occasion des funérailles du
chef local du Hamas, Omar Saadé, de son cousin, de son frère et d'un sympathisant,
tous tués la veille par des missiles tirés d'un hélicoptère israélien. Cette place, où se
dresse la basilique de la Nativité, berceau de la chrétienté, a bien changé. Les
boutiques de souvenirs, presque toutes tenues par des chrétiens, sont fermées. Les
corps des quatre défunts, drapés dans les étendards verts de la Résistance
islamique, sont exposés.

Dans la foule, certains brandissent des drapeaux du Hezbollah et des portraits de
son secrétaire général, Hassan Nasrallah. La place, où Yasser Arafat avait l'habitude
de se rendre en décembre pour allumer l'arbre de Noël et assister à la messe de
minuit en un geste dřœcuménisme, est maintenant ornée d'affiches représentant le
guide spirituel du Hamas, le cheikh Ahmed Yacine. Des orateurs provenant de toutes
les factions palestiniennes montent sur l'estrade. Chaque fois que l'un ou l'autre
appelle à la vengeance, une cinquantaine de jeunes hommes masqués et armés
tirent en l'air. Quelques familles chrétiennes observent depuis leur balcon les scènes
inquiétantes qui se déroulent sous leurs yeux. Elles considèrent ce qu'est devenu
Bethléem. Pour la minorité chrétienne de la région, qui ne cesse de se réduire, la
métamorphose de la place de la Nativité est un symbole de désespoir. Les chrétiens
seraient en effet de plus en plus nombreux à quitter la région, et les religieux,
inquiets de voir leur communauté s'étioler, appellent le leader palestinien à mettre fin
aux violences.

Les représentants de l'Eglise démentent avoir fait pression sur Arafat. "Nous avons
seulement demandé aux deux camps de calmer la situation", commente le père
Raed Awad Abousahlia. "Nous n'appelons pas à la fin de l'Intifada, mais à une
Intifada pacifique", ajoute-t-il, se référant à la résistance non-violente inspirée de
Gandhi contre l'occupation israélienne. "L'ironie du sort, c'est qu'Israël s'est réservé

                                           12
le droit de continuer de démolir les maisons, d'arracher les arbres, de limiter les
déplacements des Palestiniens et parfois de tuer", constate Ghassan Khatib,
analyste politique palestinien. Du fait de l'émigration, la communauté chrétienne de
Terre sainte n'a cessé de se réduire au fil des cent dernières années. Les chrétiens
ne constituent plus que 2 % de l'ensemble de la population. Même à Bethléem, ville
qui était il y a quelques décennies majoritairement chrétienne, ils ne représentent
plus qu'un tiers des habitants. Mais, craignant d'être stigmatisés comme des traîtres
à la cause palestinienne, les chefs de file chrétiens nient que cet exode considérable
soit une conséquence de l'Intifada. "Les chrétiens n'ont pas peur d'habiter ici",
affirme le père Abousahlia.

Le consulat américain de Jérusalem a délivré 1 089 nouveaux visas d'immigration en
2000, contre 668 en 1999. Des personnes qui obtiennent des visas, beaucoup,
semble-t-il, seraient des chrétiens palestiniens. "Nous ne pouvons pas obliger les
gens à rester, mais nous sommes inquiets", concède le père Abousahlia.
Suffisamment inquiets pour collecter des fonds en vue de créer des emplois pour les
membres de la communauté restants. Les bailleurs de fonds chrétiens financent
donc des programmes de création d'emplois qui vont de l'ouverture d'un élevage de
volailles à la restauration architecturale.

Un hôtelier chrétien de Bethléem résume le sentiment général de sa communauté :
"Ce qui se passe dans notre ville me rappelle ce qui s'est passé à Beyrouth dans les
années 70. Le moindre type de 20 ans qui se balade masqué avec une arme se
prend pour un général et croit qu'il peut faire ce qu'il veut."




 «Question» copte, questions à l'Egypte
     Wendy Kristiansen
     Le Monde Diplomatique, mai 2001

Ils représentent environ 6 à 7 millions de personnes. Ils sont la minorité chrétienne la
plus nombreuse du Proche-Orient. Ils ont joué un rôle important dans la lutte contre
le colonialisme britannique. Les coptes d'Egypte, descendants des pharaons, ont une
longue histoire. Mais les ambiguïtés de l'Etat et l'islamisation croissante ont suscité
chez eux crainte et repli. Pourtant, leurs problèmes sont le reflet de la crise de
l'ensemble de la société, de ses impasses et des réticences de ses dirigeants
d'engager l'Egypte dans la voie de l'ouverture politique et culturelle.


Le 2 avril 2001, le président égyptien Hosni Moubarak a rencontré pour la première
fois à Washington son homologue américain George W. Bush. Une fois de plus,
divers groupes d'exilés coptes ont saisi cette occasion pour dénoncer les
persécutions contre la minorité chrétienne en Egypte. Le 22 mars, ils avaient
organisé dans la capitale fédérale « une marche pour la justice en faveur des coptes
persécutés d'Egypte », annoncée par l'organisation « La plume contre l'épée » (1). Ils
ne manquaient pas de motifs de protestation. Le 4 février 2001, un tribunal avait
relaxé quatre-vingt-seize des personnes soupçonnées de meurtres (quatre ont été
condamnées pour des délits mineurs) lors de l'un des incidents confessionnels les
plus sanglants de ces dernières années, la tuerie du village d'al-Khosheh, en

                                          13
décembre 1999, durant laquelle au moins vingt chrétiens et un musulman perdirent
la vie. Devant le tollé soulevé par le verdict, le procureur général annonça qu'il ferait
appel.


Le 24 février 2001, au coeur même de cette tempête, la communauté copte se
mobilisait contre la démolition d'un bâtiment édifié par l'Eglise à Choubra al-Kheima,
dans l'un des faubourgs les plus pauvres du Caire. L'évêque ne s'était pas conformé
à une loi très controversée qui lui faisait obligation d'obtenir une autorisation
présidentielle pour la construction d'édifices religieux.


La diaspora se mobilise
Pour aggraver encore les tensions, arrivait au Caire, le 22 mars, une délégation
semi-gouvernementale américaine, mandatée par la Commission pour la liberté
religieuse internationale (sur cette commission, lire pages 1, 26 et 27) afin d'enquêter
sur les pratiques discriminatoires. Cette visite provoqua une levée de boucliers, aussi
bien parmi les musulmans que parmi les coptes. Au nom de quoi les Etats-Unis se
permettaient-ils de s'ingérer dans les affaires intérieures de l'Egypte ? Pourquoi ne
s'occupaient-ils pas plutôt de la situation des Noirs, des Indiens ou des Latinos chez
eux ? L'indignation était d'autant plus intense que le chef de la délégation n'était
autre que M. Elliott Abrams, un ancien sous-secrétaire d'Etat qui avait commis des
articles élogieux sur M. Ariel Sharon...


Ce contexte a incité le patriarche copte, le pape Chenouda III, à intervenir. Homme
brillant, le prélat a appris depuis longtemps - notamment à la suite de sa relégation
dans un monastère par le président Sadate en 1981 - à connaître les arcanes de la
politique. Avec le principal dignitaire musulman, le cheikh Tantawi d'Al Azhar, il a été
une des rares personnes à accepter une rencontre avec la commission. Mais, dans
une lettre ouverte à la presse (2), il a mis en garde les expatriés coptes contre « des
actions mal avisées », qui pourraient compromettre la visite de M. Moubarak aux
Etats-Unis. Il a aussi rappelé que le verdict d'al-Khosheh relevait de la justice et que
la cour d'appel devait encore trancher : « Nous ne pouvons demander à l'Etat plus
que cela, nous devons attendre les résultats. » Il a aussi évoqué la destruction de
l'église, reconnaissant « qu'il y a des problèmes, mais qu'ils sont résolus dès que le
président est informé ».


Si la « question copte » est si sensible, c'est en grande partie par ses ramifications
extérieures. Il existe de fortes communautés coptes aux Etats-Unis, au Canada, en
Europe et en Australie, très organisées autour de leurs églises locales, souvent
actives. A Sydney, le 10 avril, deux mille coptes ont porté vingt cercueils peints en
noir, avec les photos des martyrs d'al-Khosheh et le mot d'ordre : « Arrêtons le
génocide silencieux ». Il existe, de plus, aux Etats-Unis, une frange puissante et
irresponsable d'extrémistes liés à des courants hostiles à l'islam, comme « La plume
contre l'épée » de Michael Meunier, ou M. Chawki Karras, qui travaille avec des
organisations sionistes.


Qui a besoin de tels amis, alors que la répression israélienne dans les territoires
occupés a créé un état de choc en Egypte et que Le Caire a rappelé son

                                           14
ambassadeur à Tel-Aviv ? Alors que le problème des extrémistes musulmans reste à
vif ? Les coptes égyptiens comprennent très bien qu'ils doivent payer une partie du
prix de la lutte contre les islamistes.


Le président Moubarak ne peut apparaître comme faisant trop de concessions aux
coptes, alors même qu'il a écrasé les islamistes armés, qu'il continue à prendre
toutes les mesures pour empêcher leur renaissance et qu'il tient les Frères
musulmans, une organisation non violente mais politiquement dynamique, sous
contrôle, à travers une série de mesures répressives (arrestations, procès devant
des cours militaires, etc.). Les réformes nécessaires pour les coptes s'inscrivent donc
dans un jeu subtil entre les islamistes et le gouvernement, mais aussi entre Israël,
les Etats-Unis et l'Egypte, qui doit défendre son rôle régional tout en assumant sa
dépendance à l'égard de Washington.


« Je ne me rendrai pas à Jérusalem, aussi longtemps que la ville restera sous
occupation (3) », a affirmé le pape Chenouda. Cette déclaration a eu un grand écho
parmi les coptes, qui se considèrent avant tout comme des Egyptiens. Ils sont même
les Egyptiens authentiques, descendants des pharaons. Ils sont aussi la plus
importante communauté chrétienne au Proche-Orient. Ils affirment avoir été convertis
en l'an 42 par saint Marc, qui aurait construit la première église à Alexandrie. Leur
nom même dérive du grec aegyptos, qui signifie égyptien. Ils appartiennent à la
minorité des habitants qui ne se sont pas convertis à l'islam lors de la conquête de
l'Egypte en 640. Ils représenteraient presque 10 % des soixante-quatre millions
d'habitants (4).


Ces racines sont essentielles pour comprendre leur rôle. Les coptes ont occupé une
place importante dans l'émergence du nationalisme et de l'Etat moderne. Ils ont
participé à la révolution de 1919, lorsque le parti Wafd unifia la nation contre
l'occupant britannique. Deux d'entre eux ont été premier ministre avant la seconde
guerre mondiale. C'était l'« âge d'or ». Et puis, les « officiers libres » et Gamal Abdel
Nasser ont pris le pouvoir en juillet 1952. « Leur slogan sur l'égyptianisation, qui
visait les nombreuses minorités étrangères, Italiens, Grecs, etc., a inquiété les
coptes, qui ont pensé que leur tour pourrait venir », explique M. Milad Hanna, un
esprit indépendant, éminence grise de la communauté copte laïque. Ils ont été aussi,
plus que les musulmans, victimes de la politique de nationalisation des années 1960.
De plus, l'instruction religieuse a été rendue obligatoire et, surtout, ils n'ont pas été
associés à des postes de responsabilité politique. Pourtant, vaille que vaille,
musulmans et coptes vivaient ensemble, mangeaient ensemble, se rendaient
mutuellement visite. Les coptes minimisaient les discriminations. En ce sens, ils
réagissaient comme n'importe quelle minorité dans le monde.


Une vague de religiosité
Cependant, dans la poussière et le soleil de l'Egypte, le terme de « minorité » est
banni, aussi bien parmi les coptes que dans la classe dirigeante. Le sociologue
Saadeddin Ibrahim, inculpé récemment pour sa défense des droits de la personne,
l'a découvert à ses dépens en tentant d'organiser, en 1994, une conférence sur les
minorités. Le terme acquiert ici des connotations ethniques et confessionnelles et
affaiblit le caractère profondément égyptien des coptes.

                                           15
Leur spécificité réside justement dans ce caractère, qui pourrait être compromis par
la dimension internationale acquise par les coptes à travers diverses vagues
d'émigration depuis Nasser. Le président Sadate l'a surtout ébranlé, en définissant
l'Egypte comme un pays musulman. C'était un feu vert donné aux groupes
extrémistes islamistes - et aux affrontements confessionnels dans le sud du pays
(Haute-Egypte). Il a aussi permis l'expansion, qui se poursuit, d'un islam
conservateur. En réponse au regroupement des musulmans autour des mosquées,
les coptes se rallièrent à leurs églises. Pour les enfants et les adolescents, les
activités sociales et sportives furent organisées autour des lieux de culte, remplaçant
l'école, qui avait, jusque-là, servi de ciment à tous les Egyptiens. Comme les
islamistes, les coptes s'investirent dans les activités d'éducation, de santé, de
formation professionnelle. Aux barbes et aux foulards répondirent les croix
discrètement tatouées sur la main ou le poignet et une floraison de prénoms
clairement chrétiens. Chacun affirmait ainsi son identité.


Musulmans et chrétiens sont emportés par une vague de religiosité qui ne donne
aucun signe d'essoufflement. Les églises sont pleines, les femmes à droite, les
hommes, aussi nombreux, à gauche, certains avec les bras à moitié tendus, les
mains à moitié ouvertes, perdus dans leurs prières. Souvent, on peut voir au-dessus
de l'autel une coupole peinte en bleu brillant et décorée avec la tête géante du Christ,
les bras tendus. Les chants en langue copte (5) et les nuages d'encens lourds
hypnotisent les croyants. Durant le carême, les gens jeûnent jusqu'à 15 heures et ne
mangent ni viande, ni poisson, ni volaille, ni produits laitiers... Et ils se rassemblent
régulièrement dans les églises.


A Saint-Marc, l'ancienne cathédrale du Caire, le Père Makari exorcise les démons le
vendredi soir. Ils sont des milliers à se réunir autour du Père Saman, le jeudi soir,
dans sa basilique construite dans le roc même de la colline du Mokattam. Ils s'y
rendent par milliers, en bus, grands ou petits, vieux ou neufs. Pour y arriver, ils
traversent le bidonville dit des « zabbalin », ces chrétiens qui ramassent les
poubelles de l'ensemble du Caire et, parmi les sacs d'ordures amoncelés, recyclent
sur place et créent des emplois pour tapissiers, tailleurs, etc.


« La guérison par la foi fait partie de nos traditions, explique Mme Mary Asad,
psychologue et ancienne secrétaire générale adjointe du Conseil mondial des
Eglises (Genève). De même que les prêtres charismatiques. Le pape ferme les yeux
sur le Père Saman, à qui son travail auprès des zabbalin, des plus pauvres, donne
une certaine immunité. »


Entre août 2000 et janvier 2001, dans la ville d'Assiout, en Haute-Egypte, l'église
Saint-Marc a vécu un moment très intense. « La vierge Marie apparaissait nuit après
nuit, à travers une lumière étrange et éblouissante au-dessus de l'église,
accompagnée par des colombes, raconte le Père Zakka. Nous avons tenu des
cahiers médicaux, qui relèvent toutes les guérisons miraculeuses de certains de
ceux qui ont vu cette apparition. Nous avons eu tellement de visiteurs du monde
entier que nous avons dû couper des rues autour pour séparer les hommes des
femmes. »

                                           16
« Le Temps des fleurs »
Le Révérend Girgis, qui officie à la première Eglise évangélique protestante, de
l'autre côté de la rue, ne croit pas à la guérison par la foi. « Et je ne ferai aucun
commentaire sur l'apparition », ajoute-til, prudent. Son église gère une clinique
gratuite, qui accueille trente-cinq mille patients et dont les médecins sont volontaires.
Introduite par des missionnaires étrangers, l'Eglise évangélique se concentre sur les
activités de bienfaisance, qui touchent aussi bien les coptes que les catholiques ou
les protestants, et connaît aussi un important renouveau depuis les années 1970.
« Cela fait partie de la recherche de Dieu par tous les Egyptiens, explique Rafik
Habib, l'auteur de deux livres sur le christianisme politique. Il existe un parallèle avec
le mouvement islamique. »


« Le plus préoccupant des problèmes de l'Egypte, poursuit-il, ce sont les préjugés
qui ont grandi et continuent de grandir, de chaque côté. Mais les coptes le ressentent
plus, car ils sont la minorité, et le gouvernement est incapable de répondre à leurs
craintes face à la montée des préjugés. » Il n'y a pas d'endroit où cela soit aussi clair
qu'à Assiout. C'est la plus grande ville de Haute-Egypte, avec 1,75 million
d'habitants, dont une majorité de chrétiens. Le gouvernorat est frontalier de celui de
Sohag, où se situe al-Khosheh. Le 14 août 1998, deux coptes ont été assassinés
dans cette petite ville de vingt-cinq mille habitants, située au bord du Nil, où le
tribalisme reste puissant. Voulant inculper un chrétien - et éviter ainsi tout conflit
confessionnel -, la police a arrêté plus de mille coptes, dont beaucoup ont été
torturés pour leur arracher des aveux. Il ne fallait pas grand-chose pour mettre à
nouveau le feu aux poudres. Le 31 décembre 1999, des affrontements se
développèrent parce qu'un boutiquier chrétien aurait insulté une femme musulmane
de la tribu des Hawaras.


Le verdict de février a provoqué des tensions extrêmes à Assiout. La sécurité avait
déjà été renforcée : la peur d'un retour aux jours anciens du terrorisme islamique est
perceptible. « Nous gardons le problème au fond de nous, explique Hala, elle-même
copte, car nous ne pouvons l'exprimer. Nous sommes la majorité ici, mais nous
faisons partie d'une minorité dans le pays. Depuis les violences des années 1980,
les coptes ont commencé à partir, à aller au Caire, à Alexandrie, ou bien à quitter le
pays. » Et dans un murmure : « Ils vendent leurs terres aux musulmans en secret.
C'est un sujet hautement sensible. »


« A al-Khosheh, poursuit-elle, 85 % des habitants sont chrétiens, ils possèdent tout,
même les rues ont des noms chrétiens. C'est cela, le problème. Les musulmans
travaillent dans les champs. Bien sûr, Sohag est une province particulière parce que
le tribalisme y est fort. Mais, en général, les relations sont plus simples dans les
villages où il y a un équilibre démographique et économique meilleur. Et aussi, moins
d'éducation. L'éducation musulmane enseigne les préjugés et la haine. » Mais, à
discuter avec des religieux coptes, il est clair que les musulmans n'ont pas le
monopole des préjugés...




                                           17
« En Haute-Egypte, explique M. Saadeddin Ibrahim, les coptes sont pris en tenailles
entre deux forces extrémistes, les islamistes, qui font du chantage, et la sécurité
d'Etat. Car les coptes dépendent du département de la sécurité - et non d'un
département des affaires religieuses par exemple -, rattaché au ministère de
l'intérieur. Cela favorise la paranoïa, notamment gouvernementale, qui interprète tout
appel à la réforme comme un danger immédiat pour l'Etat. »


Quel degré de réforme serait nécessaire ? Selon les estimations les plus courantes,
les coptes représentent 10 % de la population, environ 20 % de l'économie, mais
seulement 1,5 % des fonctionnaires. C'est leur principale doléance. Ils sont exclus
des hauts échelons de l'armée, de la police, des services de renseignement, de la
magistrature, des postes de gouverneur, etc. A Assiout, un professeur de
mathématiques gagne 200 livres égyptiennes par mois (50 euros) ; un officier de la
sécurité, moins formé, reçoit 850 livres (212 euros). Parfois, les barrières sont moins
visibles, mais elles existent, comme dans certaines universités. Bien sûr, on peut
aller devant la justice pour redresser telle décision, mais il est presque impossible
d'obtenir que le jugement soit appliqué.


Pourtant, lentement, la situation évolue. A Noël et à Pâques, les messes coptes sont
désormais retransmises par la télévision. Neuf cents feddans (1 feddan = 0,42 ha) de
terres coptes pris par des waqfs (administration des biens religieux) islamiques ont
été rendus. Un changement des programmes du primaire et du collège a été décidé
pour inclure l'histoire préislamique, mais il n'est pas encore appliqué partout. Youssef
Sidhom, rédacteur en chef de l'hebdomadaire copte Watani et membre du Conseil
supérieur copte, nie qu'il soit possible d'étendre cette réforme aux lycées : « Le
ministre de l'éducation a déjà trop de problèmes avec les islamistes pour imposer un
changement dans le secondaire. »


Deux autres sujets lui semblent aussi trop sensibles : la suppression de la mention
de la religion sur les cartes d'identité ; la conversion forcée des filles de moins de dix-
huit ans qui ont une aventure avec un musulman. Bien que ces conversions soient
un grand sujet de préoccupation de l'émigration, M. Sidhom n'a entendu parler que
de trois ou quatre cas durant les six dernières années. Et, comme le fait remarquer
un autre observateur, une jeune fille musulmane mineure qui aurait une aventure
avec un copte serait, elle, tuée ou contrainte de se suicider.


L'essentiel est ailleurs. Le tabou qui pesait sur la « question copte » est désormais
tombé. La lutte pour les réformes en est facilitée. Les changements dans les médias
ont été perceptibles en février 1999, quand un numéro entier de l'hebdomadaire en
anglais Cairo Times a été consacré aux coptes. Puis, l'hiver dernier, les
téléspectateurs ont été rivés à leur petit écran par un « soap opera » qui, pour la
première fois, abordait les mariages mixtes - un sujet tabou pour tous les coptes,
même les plus éduqués et les plus laïques. Dans Le Temps des fleurs, Rose, une
jeune fille chrétienne, tombe amoureuse et épouse un jeune diplomate
musulman (6). Leur fille, Amal, épouse à son tour un musulman ; ils ont un enfant,
qui est enlevé. Le drame rapproche les deux familles.




                                            18
Les conservateurs des deux parties ont été indignés. « Le pape a rencontré les
acteurs et leur a demandé si, à la fin, Rose regrette son choix », se souvient le
scénariste musulman Walid Hamid. « Oui », ont-ils répondu. « C'est bien, alors », a-t-
il déclaré, et tout le monde, avec un petit sourire, a acquiescé, « c'était bien ». Mais
MoIhab Gaurd, un chrétien de vingt-cinq ans, un villageois d'Abou Tik, en Haute-
Egypte, se plaint, bien qu'il ait aimé la série : « L'histoire est un peu invraisemblable.
Les gens ne se marient pas ainsi. Comment puis-je imaginer qu'une mère chrétienne
puisse enseigner l'islam à sa fille ? Ils auraient dû montrer une histoire de chrétiens
et de musulmans faisant ensemble ce qu'ils font normalement dans la vie. » Walid
Hamid explique que le ministère de l'information a accepté le feuilleton sans
problème et sans chercher à modifier le scénario. Il affirme aussi que certains coptes
lui ont demandé d'écrire un autre feuilleton.


La démolition de l'édifice religieux de Choubra al-Kheima reste très profondément
ressentie. Alors que les musulmans n'ont pas besoin d'autorisation pour construire
une mosquée, le président de la République lui-même doit entériner l'édification de
nouvelles églises. Les décisions sur les réparations et les rénovations, qui
dépendaient aussi de lui, sont désormais du ressort des gouverneurs. Vingt-huit
églises dépendent du diocèse de l'évêque Marcos, un faubourg du Caire dans lequel
vivent trois cent cinquante mille chrétiens, au milieu de quatre millions de
musulmans. Celui-ci explique ses difficultés : « Il y a un peu plus d'un an, j'ai
commencé à construire un nouvel édifice, pour des activités sociales : jardin
d'enfants, clinique, salle pour les événements sociaux. » Il reconnaît que c'était
illégal, mais il s'explique : « Je ne pouvais pas demander un permis, car, si je le fais,
les musulmans trouvent tout de suite un appartement proche que, sans aucun
permis, ils peuvent transformer un lieu de prière. Alors, nous ne pouvons construire à
proximité d'un lieu de culte musulman. De plus, pour obtenir une autorisation, il faut
un certificat de propriété sur la terre et, en général, il n'y en a pas. »


L'évêque Marcos poursuit : « Le 19 février, alors que le bâtiment était terminé, j'ai
déposé le permis. Cinq jours plus tard, la police et une équipe de démolition du
gouvernorat sont arrivés. Je me suis plaint au gouverneur, puis j'ai appelé le
président, par l'intermédiaire du pape Chenouda. M. Moubarak a ordonné la
reconstruction. Bien sûr, c'est une victoire, mais l'aurions-nous remportée sans la
presse ? Si le président est bien informé, il prend les bonnes décisions. Mais
comment être sûr qu'il reçoit les bonnes informations ? » Il s'interrompt pour aller
célébrer la messe du soir, alors qu'une seule cloche de l'église sonne discrètement.
Un peu plus tard, après le service, alors que nous quittons l'église, l'appel à la prière
du muezzin noie tous les sons.


Comment avancer ? Pour M. Mounir Fakhri Abdennour, un riche homme d'affaires et
un des trois membres du Parlement copte, élu député du Wafd aux élections
législatives de l'automne 2000, « les coptes doivent s'impliquer dans la vie politique
et sociale. Et se faire les avocats du nationalisme égyptien, avant d'être ceux des
problèmes coptes ». S'ils sont absents de la vie politique, c'est que le parti au
pouvoir les écarte des candidatures. Et puis, les coptes sont réticents à s'engager.
Un pourcentage important d'entre eux, bien éduqués, connaissent le succès et sont
riches. Ils obtiennent facilement des visas pour l'étranger et travaillent à des postes
qu'ils peuvent exercer partout (commerce électronique, comptabilité, etc.). Mais, bien

                                           19
que l'on compte deux ministres coptes, ils n'atteignent jamais le sommet de la
hiérarchie (l'ancien secrétaire général de l'ONU, M. Boutros Boutros-Ghali, par
exemple, ne fut jamais plus que ministre d'Etat des affaires étrangères, ce qui
équivaut au poste d'adjoint).


La grande majorité des coptes de l'intérieur veulent le dialogue, pas la confrontation.
Certains, plus laïques, comme M. Sidhom, veulent « réduire le rôle du pape ». Il cite
le cas du précédent patriarche, Cyril VI, « un homme pieux, qui ne s'ingérait pas
dans les affaires entre les citoyens coptes et l'Etat ». Mais le pape Chenouda III, une
personnalité charismatique, a une autre conception. Très admiré, ce « pape des
Arabes » dirige son Eglise comme M. Moubarak dirige le pays. Il maintient de
nombreux canaux, parfois secrets, entre la hiérarchie religieuse et l'Etat. Il permet
aussi à l'évêque Wissa, un héros populaire en Haute-Egypte, d'exprimer son point de
vue.


Situation à la libanaise
Ces opinions, plus radicales, rencontrent un écho parmi les coptes laïques, comme
l'avocat Mamdouh Nakhla, qui, à travers son Centre mondial pour les droits humains,
intervient exclusivement sur les affaires coptes. Il demande une représentation
proportionnelle des coptes dans toutes les institutions. Cela est inacceptable pour la
plupart des coptes, qui partagent l'opinion de M. Sidhom : « Cela créerait une
hostilité entre coptes et musulmans et transformerait l'Egypte en un nouveau Liban. »


Ce qui fonctionne, c'est le dialogue tranquille en Egypte même. Mais, quand l'évêque
Wissa élève sa voix contre les injustices en Haute-Egypte, les communautés coptes
de l'extérieur écoutent. Et, comme beaucoup de coptes de l'intérieur le
reconnaissent, le gouvernement égyptien aussi, sensible qu'il est à la connexion
américaine de l'émigration.


Est-ce que le pouvoir a une politique à l'égard des coptes ? M. Mostapha El Feqqi,
vice-président de la commission des relations internationales du Parlement, est l'un
des rares officiels à accepter de se prononcer. Il met en évidence les avancées
positives. Mais, ce qu'il ne peut reconnaître, c'est que le gouvernement, ayant lutté
contre l'héritage islamiste légué par le président Sadate, est incapable d'aborder la
question copte autrement que comme un problème de sécurité lié à sa stratégie en
direction des islamistes. Les résultats de cette approche en Haute-Egypte sont
ressentis durement. Pourtant, des responsables plus jeunes mettent en avant une
autre approche : l'ouverture économique, politique et culturelle, la réduction de la
pauvreté, la lutte contre les préjugés à travers une meilleure éducation. En ce sens, il
n'y a pas de « question copte », mais « une question égyptienne ».


(1) Adresse : http://www.islamreview.com
(2) Al Ahram Weekly, Le Caire, 29 mars - 4 avril 2001.
(3) Al-Mushahid Assiyassi, Le Caire, 26 mars 2000, reproduit par Mideast Mirror, Londres,
23 mars 2000.



                                             20
(4) On compte aussi des protestants et des catholiques, mais qui ne représentent pas plus
de 15 % des chrétiens. Les coptes se sont séparés de l'Eglise orthodoxe de Constantinople
au VIIe siècle, établissant leur propre doctrine sur la nature unique du Christ.
(5) Cette langue dérive de l'ancien égyptien et comporte 24 caractères grecs, avec des
valeurs phonétiques coptes, ainsi que 7 lettres coptes.
(6) Selon la loi, elle n'est pas contrainte de se convertir. En revanche, si un copte veut
épouser une musulmane, il doit se convertir.




 Meanwhile: Mideast Christians fear for future
     H.D.S. Greenway
     Boston Globe, July 29, 2003

More than a quarter century ago I was living in Jerusalem when Egypt's Anwar Sadat
came to town to make his historic peace. Because there were too many reporters to
cover too few events, a pool system was devised, and one of my jobs was to cover
Sadat's visit to Christendom's holiest shrine, the Church of the Holy Sepulcher.

"Sir, you are a devout Muslim. What is your interest in this Christian place?" I asked
him. His answer was quick. "I'll have you know that I have more Christians in my
country than there are Jews in Israel."

He was talking about the almost 7 million Christians who live in Egypt. Most of them
belong to the Coptic Orthodox Church, which is the largest Christian denomination in
the Arab world. They were in Egypt before the prophet Muhammad was born.

Cairo's Christians enjoy the same cultural identity and nationalism as Egyptian
Muslims. Although many are rich and well educated, there are poor Christian farmers
and tradesmen too, so there are few class distinctions between Copts and Muslims
to exploit. Traditionally, the Christians have lived in peace with their Muslim
neighbors. Sadat, however, quarreled with the Coptic pope, Shenouda III, and many
Coptic bishops and priests were rounded up in Sadat's mass arrests of his opposition
in 1981. Sadat was to die soon after at the hands of Islamic fanatics.

Christians were made uneasy by the rising tide of the Islamic revival, the strongest
cultural and political force in the Middle East today. During the Islamic insurrection of
the 1990's, Christians were targeted, and more than 120 were killed.

Even though the Koran teaches that Christians and Jews are "people of the book"
and therefore to be respected, Christians in Egypt today are facing increasing
discrimination - and rising fear, since the Islamists have not explained where
nonbelievers would fit into an Islamic state.

"Yes, Copts are discriminated against," a Cairo friend wrote to me recently. "Take the
government-appointed jobs: Christian governors, zero. President of a university,
zero.... The result is that, other than one or two token ministers, Copts steer clear of
politics and stay with the private sector.

                                           21
"Three years ago a sectarian fight broke out in the south where 20 Copts were killed,"
my friend wrote. "The longest sentence meted out to the guilty: two years. Even the
government was embarrassed and had to send the case back to the courts. But I
hesitate to make all of this an issue these days. Secular Muslims are just as
miserable. The problem with us all here in Egypt is the Wahhabi brand of Islam that
Saudi Arabia has been exporting to us for years now and financing aggressively."
The result is that a stricter desert band of Islam is gaining on the softer, riverine Islam
that Egyptians were used to. Christians are leaving the country in considerable
numbers.

What happens in Egypt is important, because almost one in three Arabs is an
Egyptian, and Cairo is the traditional capital of Arab learning. What happens to
religious tolerance in Egypt will speak libraries about the future of tolerance in the
Middle East. But Christians in other Middle East countries have had it as bad or
worse. Christians have been pouring out of the occupied West Bank for years, and
the irony is that Christians will probably come under more pressure from Islamists in
the new Iraq than they did under Saddam Hussein. Christians fare best in Syria,
where religious tolerance is, ironically, enforced by dictatorship.

Unfortunately, there is no reason for Western society to feel smug. Muslims are
demonized daily in the United States by groups on the Christian right, and
Americans' traditional tolerance is being tested. Would that President John F.
Kennedy's dictum could prevail everywhere: "Tolerance implies no lack of
commitment to one's own beliefs. Rather it condemns the oppression or persecution
of others."




 Des pogroms anticoptes à répétition
     Magdi Khalil (écrivain égyptien vivant à New York)
     Al Quds Al-Arabi (Londres), Courrier International, N° 595, 28-03-02

En Egypte, les dirigeants jouent une frange de la population contre une autre afin de
se maintenir au pouvoir. Le 10 février dernier, des violences anticoptes ont eu lieu
dans un village du gouvernorat de Minieh, en Haute-Egypte. Des maisons, des
voitures et une église appartenant à des coptes ont été brûlées et des dizaines de
coptes ont été blessés. Cette violente agression est la dernière d'une longue série
que l'on peut faire démarrer aux événements du village de Khanka [Haute-Egypte],
en 1972, et qui se déroulent toujours de la même façon, au point que l'on en viendrait
presque à invoquer Nostradamus pour savoir où vont se produire les prochaines
violences contre les coptes. Mais quelles sont donc les raisons qui expliquent la
répétition quasi systématique de ces pogroms anticoptes?

Il faut savoir tout d'abord qu'il n'existe pas en Egypte de politique pénale claire vis-à-
vis de ceux qui commettent de pareils actes. En effet, à chaque violence organisée
contre les coptes, le véritable responsable de ces actes se retrouve en liberté tandis
qu'une bande de jeunes seconds couteaux sont déférés devant un juge qui, faute de
preuves tangibles, ne trouve aucune justification à leur incarcération, d'autant qu'ils

                                            22
sont trop jeunes à ses yeux pour être envoyés en prison. Une attitude toute différente
a pourtant prévalu dans les cas d'agressions contre les touristes, où une plus grande
sévérité a permis de faire pratiquement disparaître le phénomène.


Depuis que le président Sadate a adopté une politique préconisant un traitement
identique pour celui qui agresse et pour celui qui est agressé, la vie des coptes
d'Egypte est devenue un véritable enfer. Chaque fois qu'on s'en prend à des coptes,
la police égyptienne arrête un groupe dans chaque communauté, et la mascarade
s'achève, les victimes de ces agressions renonçant à leurs droits, ce qui les
empêche bien entendu par la suite d'évoquer publiquement ce qu'elles ont subi.
L'Etat égyptien, qui perd donc toute impartialité, encourage de cette façon le crime
contre les coptes. Dans ces conditions, les extrémistes anticoptes n'ont aucun mal à
imposer leurs desiderata. Ainsi, dans le village de Timsahiya, dans le gouvernorat
d'Assiout, où certains musulmans n'ont pas supporté que le clocher de l'église soit
plus haut que le minaret de la mosquée, un accord a été conclu et de l'argent a été
donné afin de relever le minaret. Idem lors des dernières violences anticoptes dans
le gouvernorat de Minieh : en échange de la reconstruction de l'église, le ministre du
Logement a ouvert une souscription destinée à améliorer les infrastructures de la
mosquée. Dès lors qu'ils obtiennent finalement de tels avantages, pourquoi certains
musulmans violents se priveraient-ils de brûler les maisons et les églises
appartenant à des coptes ?

Lorsque le gouvernement égyptien ordonne la destruction d'une église copte dans le
quartier chrétien du Vieux-Caire ; lorsque le président Moubarak intervient
personnellement pour annoncer que celle-ci sera reconstruite aux frais de l'Etat, mais
que, un an après, les travaux n'ont toujours pas commencé ; lorsque ce même
gouvernement interdit que le clocher de l'église de la Vierge-Marie au Caire soit
relevé sous prétexte que cela gênerait le passage des avions, alors qu'on se trouve
pourtant là très loin de l'aéroport ; et lorsqu'une mosquée est construite au beau
milieu de la rue à Abbasiya [au Caire], uniquement pour faire face à la cathédrale
copte : quels messages le gouvernement égyptien entend-il envoyer aux extrémistes
musulmans ?

Le gouvernement égyptien pense sans doute que quelques gestes et un peu de
compassion suffisent. Les coptes ne peuvent-ils se satisfaire des embrassades entre
cheikhs musulmans et religieux chrétiens devant les caméras ? Non, visiblement, ils
ne peuvent se satisfaire des larmes de crocodile versées chaque fois que les coptes
sont victimes de pogroms. En réalité, la seule chose qui intéresse les autorités
égyptiennes, c'est de faire bonne figure à l'étranger. Des délégations égyptiennes -
financées par le ministère des Affaires étrangères égyptien, ainsi que par les
contribuables coptes - sont donc envoyées à l'étranger pour dire que tout va bien et
que l'Egypte se distingue par un véritable dialogue des civilisations !

La réalité est évidemment tout autre lorsqu'on sait que, malgré des permis qui leur
sont accordés officiellement, les coptes doivent payer très cher leurs ambitions
urbanistiques. C'est le cas, parmi de nombreux autres, du citoyen copte Fakhri Iyad,
qui, en juillet 2000, a payé de sa vie sa tentative d'ériger une église dans le village de
Soul, dans le gouvernorat d'El Fayoum. Comme une règle non écrite, chaque fois
qu'une église est restaurée, des maisons appartenant à des coptes sont donc


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détruites et des coptes tués. Lors des agressions contre les coptes, on commence
d'abord à les traiter d'infidèles via les haut-parleurs des mosquées ; ensuite, on met
les forces de sécurité de son côté avant de couper les lignes téléphoniques pour
prévenir tout appel à l'aide. Lorsque le pogrom est terminé, il ne reste plus qu'à
accuser les chrétiens de provocation à l'égard des musulmans. Si des cloches qui
sonnent une fois par semaine constituent une provocation, alors cela ne signifie-t-il
pas que la simple présence de coptes en terre d'islam est déjà en soi une
provocation ?

En conclusion, il faut affirmer que l'Etat égyptien se trompe s'il pense qu'encourager
la majorité à opprimer la minorité va mener à la soumission des coptes. Cela ne peut
mener qu'à un suicide collectif et à la destruction de l'Egypte.



 La peur du lendemain des chrétiens d'Irak
     Christophe Ayad
     Libération, 21 avril 2003

Le jour de la chute de Bagdad, un homme s'est présenté à la porte de la cathédrale
Notre-Dame-des-Douleurs, tout près du célèbre marché de Bab Chorja, au centre-
ville. «Il était essoufflé, il portait des vêtements civils et n'était pas armé. Il était
perdu. Je l'ai accueilli, se souvient le père Nadir Dakko. C'était un Fedayin de
Saddam, un chrétien, ajoute-t-il. Je lui ai donné à manger, il s'est lavé, il a beaucoup
dormi et le lendemain, il est reparti. Ses six camarades étaient morts dans les
bombardements.» Cet incident a été l'une des rares irruptions de la guerre dans la
tranquillité de la cathédrale aux murs épais.


Fondée au XVIe siècle, rénovée il y a cent cinq ans, c'est la plus ancienne église
chaldéenne de Bagdad. Avec les bâtiments blottis tout contre l'église, l'ensemble
ressemble à une grosse bastide fortifiée, protégée par de hauts murs de brique et
des barbelés. Il y a là assez d'eau et de nourriture pour soutenir un siège. Quatorze
familles, soit 130 personnes, y ont trouvé refuge depuis le premier jour de la guerre
et ne s'apprêtaient à rentrer chez elles qu'hier, après la célébration de Pâques et un
début de retour au calme dans les rues de Bagdad. Les chrétiens d'Irak représentent
environ 3 % de la population, qui compte 24 millions d'habitants. Sur les 800 000
chrétiens (ils étaient 1,2 million avant 1989), un demi-million appartiennent à l'Eglise
chaldéenne née en 1553 et affiliée à Rome.


«Fusil pointé». Le père Nadir Dakko a 31 ans et un visage encore poupin. A l'image
d'une bonne partie du clergé et de la communauté chrétienne, la peur de l'avenir
l'emporte sur tout le reste. Une quinzaine de fidèles sont venus en avance tuer le
temps en attendant la messe. Quand on leur demande combien d'entre eux se
réjouissent avant tout de la chute de Saddam Hussein, seuls trois d'entre eux lèvent
la main. «Vous voyez, conclut le prêtre. Le problème de Saddam, c'est qu'il aimait
trop l'armée, la guerre. Mais, localement, on se sentait protégés même s'il était
entouré d'assassins. Et puis l'Amérique aussi, elle se sert de tueurs pour amener le
bien ici.» Tout le clergé et toute la communauté ne sont pourtant pas sur cette ligne :
«On ne peut pas regretter ce régime qui a envoyé des millions d'Irakiens en prison et

                                           24
à la guerre, estime le frère Rami Simon, un dominicain de 35 ans dont quatre passés
au service militaire. Seulement, il est difficile de laisser éclater notre joie à cause de
la façon dont les choses se sont passées. Il y a eu beaucoup de morts, beaucoup de
souffrances et de chaos. Il faut digérer le choc. C'est Pâques et au fond de moi, je
suis heureux. Notre pays sort d'un tombeau, il va pouvoir ressusciter.»


Paradoxe apparent, le père Nadir voue beaucoup moins de sympathie aux GI qui ont
posté six blindés dans les rues proches de son église que la population chiite de l'ex-
Saddam-City. «Vendredi saint, ils ont pointé leurs canons vers la foule quand ils ont
vu des dizaines de fidèles s'engager dans la ruelle qui mène à l'église, raconte le
père Nadir. Il a fallu que je sorte leur expliquer qu'il y avait une fête religieuse et que
c'est pour cela qu'il y avait foule. Pendant toute la discussion, ils ont gardé leur fusil
pointé sur moi.» L'«antiaméricanisme» du père Nadir est nourri par une mésaventure
personnelle : «Ils détestent les Irakiens, quels qu'ils soient. L'année dernière, j'ai
demandé un visa à l'ambassade des Etats-Unis à Amman, pour rendre visite à mes
quatre oncles qui vivent en Amérique. Ils ne voulaient pas croire que j'étais prêtre et
ils m'ont fait passer un interrogatoire, comme si j'étais un élève : "Combien de
chapitres y a-t-il dans l'Evangile selon saint Matthieu ?..." A la fin, ils m'ont refusé le
visa et je suis allé voir mon frère à Athènes et ma tante en Allemagne.» Depuis la
guerre du Golfe de 1991, on estime qu'entre un quart et un tiers de la communauté
chrétienne a déserté le pays.


«Psychologie particulière». Maintenant que les troupes américaines sont là, le prêtre
préférerait qu'elles restent le plus longtemps possible. «Jamais ils ne permettront
l'installation ici d'une République islamique comme en Iran», tente-t-il de se rassurer.
Dans le clergé et la communauté chrétienne, habitués à vivre repliés sur eux-
mêmes, la crainte d'une prise du pouvoir par la communauté chiite est la plus forte.
«Regardez les pillages. Ils ont été commis par les gens de Saddam-City», s'exclame
un employé de banque, venu en voisin. Le prêtre renchérit : «Franchement, sous
Saddam Hussein, ça se passait mieux car il aimait les chrétiens. Les Irakiens ont une
psychologie particulière. Ils ont besoin d'un pouvoir fort.» Le clergé chrétien, accusé
de complaisance avec le raïs, craint en effet d'être poursuivi par la vengeance des
chiites qui ont payé le plus lourd tribu aux années de répression : ne surnommait-on
pas le patriarche chaldéen, Raphaël Ier Bidawil, «l'aumônier de Saddam» ? Tarek
Aziz, vice-Premier ministre irakien et chaldéen, n'était-il pas présenté par l'ancien
régime comme le meilleur exemple de l'intégration des chrétiens ?


En retour de sa docilité, l'Eglise chaldéenne était ménagée par le régime qui lui
permettait d'ouvrir des écoles, des églises, des couvents. Pourtant, malgré le credo
laïc du régime baassiste, les incidents à l'encontre de la communauté chrétienne se
sont multipliés et le climat s'est dégradé ces dernières années. Le régime, à cours de
légitimité, n'a cessé tout au long des années 90 d'encourager le fondamentalisme
sunnite (interdiction de consommer de l'alcool en public, etc.) et de promouvoir la
construction de mosquées tous azimuts.


Les chrétiens se sentent cernés. Rares sont les optimistes, comme le frère Rami
Simon : «Même en Iran, Khomeiny n'a pas tué les chrétiens. Les chiites ont évolué,
ils ne nous voient plus comme des ennemis bien qu'ils aient été écrasés par

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l'oppression et la pauvreté. A l'armée, j'avais des copains chiites et sunnites. J'ai
grandi dans l'ouest de l'Irak, entouré de musulmans, je ne les crains pas comme les
villageois chrétiens de la région de Mossoul qui ont toujours été entre eux. Les seuls
à nous avoir massacrés sont les Turcs et les Kurdes pendant la Première Guerre
mondiale, pas les Arabes.»




 Patriarch Raphael I Bidawid
     Shola Adenekan
     The Guardian, 16 September 2003


Patriarch Raphael I Bidawid, who has died of kidney failure aged 81, was the spiritual
leader of the Chaldean Catholics, the largest Christian group in Iraq, whose number
include the erstwhile deputy prime minister Tariq Aziz. The Chaldean Catholics are
descended from the 5th-century heretical group, the Nestorians; the church has
about 1m members worldwide, of whom 700,000 are in Iraq.

Bidawid was an ardent critic of western policy towards his country. In the early stages
of the 1991 Gulf war, when Saddam Hussein's rhetoric was peppered with threats of
jihad against the "Christian" west, he moved to defuse the threats of a backlash
against Iraqi Christians by urging westerners to leave Arab soil, and interceding with
Saddam to tone down the anti-Christian propaganda.

He was also an outspoken opponent of the economic embargo on Iraq, imposed after
Saddam invaded Kuwait in 1990. During a 1991 visit to the Vatican, Bidawid accused
the Gulf war allies of genocide against the Iraqi people. "These nations should feel
pretty guilty. It was a vendetta, a shame for humanity," he said. Ten years later, in an
interview at the Vatican, he remarked that westerners did not realise that an Arab
could do without everything except his dignity. "If you touch his dignity, he will be as
ferocious as a lion."

Bidawid was criticised in the west as an apologist for Saddam and the Ba'ath party.
His response was that he was only defending his people and his country. He often
praised the Iraqi leader for protecting the rights of Christians. "Saddam gives us what
we want, listens to us and protects us," he once said.

On the question of Islamic extremists, he also put his faith in the dictator. "They have
infiltrated the veins of religious power and are trying to steer it in their direction," he
said. "But the government keeps them in check. Saddam is capable; he fools them
into being more open in order to uncover them. He will get them." Two years ago, he
saluted the courage of Palestinian suicide bombers, while likening the Israeli
government to that of Hitler's Germany.

Born in the northern Iraqi city of Mosul, Bidawid was educated at the Dominican
Fathers school and the Patriarchal Ecclesiastical College there. At the age of 14, he
was sent to Rome to train as a priest; he excelled academically and was the
conductor of the choir at the Papal College.



                                            26
He returned to Iraq in 1948 after being ordained as a priest and taking his doctorates
in philosophy, theology and canon law. He was subsequently made assistant rector
at the Chaldean seminary in Mosul, where he was responsible for translating the
work of Dominican Father Lanza on the history of Mosul from Italian into Arabic. He
also created indices for ancient Chaldean manuscripts.

Between 1950 and 1956, Bidawid was chaplain of the Iraq Petroleum Company,
before being appointed patriarchal vicar for the diocese of Kirkuk. The following year,
he was elected bishop of the Chaldean diocese of Amadiyah, in Iraqi Kurd-istan,
becoming, at 35, the youngest bishop in the world.

In 1962, he was transferred to the Beirut diocese, where he served for 23 years. In
May 1989, the Chaldean bishops elected him patriarch of Babylon of the Chaldeans;
more than 10,000 people attended his enthronement ceremony in Baghdad. Four
months later, he received the pallium from Pope John Paul II in recognition of his
status.

In 1992, Bidawid formed the Confrère de la Charité to help provide medicine, food
and shelter for those severely affected by UN sanctions against Iraqi.

A polyglot, he was one of the founders of the Christian Minorities Union in Lebanon,
and a champion of the unification of the Assyrian Church of the East and the
Chaldean Catholic Church (the two branches separated in 1552).

· Patriarch Raphael I Bidawid, priest, born April 17 1922; died July 7 2003.



 Christians Return to Native Turkey
     Amberin Zaman
     Los Angeles Times, 10 August 2003

When Yakho Demir, left this sunbaked village about 30 years ago for Germany, he
vowed that one day he would return.

"Everyone thought I was dreaming," said the weather-beaten 50-year-old welder,
pointing at a field of crumbling stone structures. "But I am back to rebuild my home,
to die in it and, God willing, I shall."


Demir is among hundreds of Syrian Orthodox Christians living in Europe, who have
sought to come back and resettle villages across Turkey's impoverished provinces.
The Syrian Orthodox community, which numbered an estimated 50,000 in the mid-
20th century, has shrunk to about 20,000.

Many like Demir left in the 1960s and '70s for economic reasons. Some fled because
of the battles between Turkey and separatist Kurds that created a crossfire.

"We have survived war, poverty, pressure," said Timoteus Samuel Aktas, the
combative Syrian Orthodox archbishop responsible for Mor Gabriel ŕ the world's

                                          27
oldest functioning monastery. Built 1,600 years ago, the monastery stands on a bleak
hilltop outside the township of Midyat, which includes the village of Kafro.

Clad in a scarlet habit, with matching socks, Aktas has spearheaded what was until
recently a fruitless campaign to discourage his flock from leaving the region. "Things
are finally changing ŕ my people are coming back," he said during a recent
interview.

The new climate of tolerance stems in part from this predominantly Muslim nation's
desire to become a member of the European Union. Turkey's abysmal human rights
record, compounded by repressive policies toward the country's more than 12 million
Kurds and Syrian Orthodox Christians, has been cited by EU governments as an
obstacle to the country's accession to their club.

The EU's decision, however, to bestow official candidacy status to Turkey in 1999
encouraged the government of leftist then-Prime Minister Bulent Ecevit to enact a
series of sweeping democratic reforms.

The process of change was helped along by a unilateral cease-fire declared by the
Kurdistan Workers Party rebel group, or PKK, after the capture of its leader, Abdullah
Ocalan, the same year. Aside from sporadic clashes, the fighting has virtually
stopped. "Emergency rule," a euphemism for quasi-military government throughout
the war-ravaged Kurdish provinces, has now been lifted.

"The atmosphere of peace has played a significant role in encouraging our people to
want to return," said Erol Dora, an Istanbul-based Syrian Orthodox Christian lawyer.

The psychological turning point came in 2001, he said, when Ecevit officially invited
Syrian Orthodox Christians of Turkish origin to return home. Emboldened by the
offer, about 17 Syrian Orthodox Christian families in Sweden, Switzerland and
Germany, who had emigrated from Kafro, approached the government to rebuild
their village and were quickly given permission.

"Our government is doing everything within its means to encourage our Christian
brothers to come back," said Temel Kocak, the provincial governor with
administrative authority over the Midyat area. "They are part of the cultural mosaic
that is Turkey. We welcome their presence."

According to Kocak, the government has since 2001 authorized the resettlement of
129 villages, most of them destroyed or abandoned during the insurgency. His office
has been providing building materials, water and electricity, as well as farm animals,
free to returnees.

"If we are successful, then the others will find the confidence to follow us here," said
Garabet Demir, 35, a construction worker who left Kafro for Germany in 1993 at the
peak of the Kurdish insurgency. Remaining residents were forced to abandon the
village two years later, when government forces said they could no longer guarantee
the locals' security.

                                          28
The village fell into ruin, and surrounding fields were taken over by neighboring
Kurds. Gun-toting Turkish soldiers deployed in and around Midyat are a grim
reminder of the violence that claimed more than 30,000 lives.

Not everyone here shares the governor's enthusiasm for the Syrian Orthodox
Christians. In June, one of the holiest churches in Midyat was sprayed with graffiti.

Resul Tosun, a lawmaker from the ruling Islamist-rooted Justice and Development
Party, in a recent article in the pro-establishment daily Milliyet accused the group of
posing a "potential threat." He warned that Syrian Orthodox Christians might try to
claim land and eventually autonomy from the Turkish state.

He was referring to a law passed by the current government in line with EU-oriented
reforms. The measure permits non-Muslim religious foundations to purchase land in
Turkey, a right that was in effect repealed in 1936.

In Kafro, welder Demir says a priority is to repair a stone church dating from the 5th
century. Reconstruction of the entire village is expected to be completed by mid-
2004. Eventually, Demir said, residents would resume grape cultivation and produce
wines for export. Plans include building a hotel to attract pilgrims visiting numerous
monasteries and churches in the region.

Archbishop Aktas, meanwhile, argues that a law approved by the parliament in July
that eases bans on teaching local languages other than Turkish will mean that the
Syrian Orthodox Christians no longer have to resort to learning their native Aramaic
ŕ said to have been spoken by Jesus ŕ in secret.

"I have never felt this hopeful," he said.




                                             29
 Chrétiens dans le monde arabe
     Fiche d’information MEDEA (http://www.medea.be)

Environ 13 millions de chrétiens vivent aujourd'hui au Proche-Orient, en Turquie et
en Iran. Il est difficile en lřabsence de statistiques précises dřévaluer correctement la
part de la population chrétienne dans les pays du Moyen-Orient. On estime ainsi quřil
y aurait actuellement environ 30% de chrétiens au Liban, 10% en Syrie, 2% en
Jordanie, 3% en Irak, 2% en Palestine, 10% en Israël (Arabes israéliens) et 8% en
Egypte.

Beaucoup d'Arabes chrétiens ont émigré vers l'Europe, l'Afrique de l'Ouest, les Etats-
Unis et le Canada et l'Australie. Cette émigration en augmentation est liée à des
causes à la fois économiques et politiques (guerre civile libanaise entre 1975-1990,
territoires palestiniens occupés par Israël, embargo en Irak) mais sřexplique aussi
par la pression idéologique et sociale exercée par les courants fondamentalistes
musulmans dans un contexte où lřabsence de démocratie nřa pas favorisé la
tolérance inter-religieuse.

Les chrétiens dans le monde arabe appartiennent à une douzaines d'églises
différentes, résultats de nombreux conflits et schismes depuis que le Christianisme
est devenu religion d'Etat dans l'empire romain sous Constantin en 313. Quatre
églises différentes ont prospéré autour de quatre évêchés: Rome (Eglise catholique
romaine ou églises latine), Constantinople (Eglise grecque orthodoxe), Antioche
(Eglise syrienne ou jacobite) et Alexandrie (Eglise copte). Par ailleurs, tous les
Chrétiens dans le monde arabe ne sont pas Arabes. Il y a aussi des Arméniens, mais
surtout des Assyro-Chaldéens, majoritaires parmi les Chrétiens dřIrak.

D'autres divisions sont apparues au quatrième siècle (créant l'église arménienne), au
cinquième siècle (l'église nestorienne en Syrie et Mésopotamie), au septième siècle
(l'église maronite au Liban). Avec les Croisades, et plus tard avec l'affaiblissement de
l'empire ottoman et la recherche de soutien en Europe, certaines églises ont reconnu
la primauté de Rome et ont été appelées "églises uniates". Elles ont gardé une
grande autonomie et conservé leurs rites, coutumes (comme le mariage des prêtres)
et langue liturgique (grec, syriaque). C'est le cas des Maronites au Liban (certains
Maronites affirment toutefois que leur église n'avait jamais été séparée de Rome
mais qu'elle « avait perdu le contact »). Plus tard, au XVIIième siècle, les Nestoriens
en Mésopotamie se sont scindés entre Chaldéens ralliés à Rome et Assyriens non-
uniates.

Au XIXième siècle, des missionnaires protestants - américains notamment - ont suivi
les traces des missionnaires catholiques européens et ont commencé à faire du
prosélytisme dans le monde arabe. Cette entreprise n'a pas réellement été
couronnée de succès, la conversion d'un musulman étant quasiment impossible. Les
seuls convertis ont été pour l'essentiel des fidèles des diverses églises chrétiennes.
Ils ont néanmoins eu un impact important par la création d'institutions
d'enseignement comme les universités américaines de Beyrouth et du Caire qui ont
contribué à l'émergence du nationalisme arabe.




                                           30
Après l'avènement de l'Islam, le Christianisme a complètement disparu au Maghreb
(Maroc, Algérie et Tunisie), de la péninsule arabique et du Soudan. Au 19ème siècle,
le Christianisme a réapparu au Soudan par le biais de la présence au Soudan
d'employés et de commerçants coptes égyptiens pendant le Condominium
Britannico-Egyptien. Des missionnaires, catholiques et protestants, ont également eu
accès au Sud du pays dont ils ont converti environ 15% de la population,
précédemment animiste. La conquête coloniale a aussi mené à un retour du
Christianisme au Maghreb mais sans impact durable sur les sociétés arabes locales.

En Arabie Saoudite, berceau de l'Islam, toute activité chrétienne (ou d'autre religion
que l'Islam), même pour les nombreux travailleurs étrangers, est assimilée à une
tentative de prosélytisme et est strictement interdite.




 Christians in the Arab world
     MEDEA Information fact sheet (http://www.medea.be)

Today, about 13 million Christians live in the Middle East, Turkey and Iran. In the
absence of precise statistics it is difficult to correctly evaluate the representation of
Christian people.

It is estimated that about 30% of population in Lebanon are Christians, 10 % in Israel
(Arab Israelis), in Palestine (5-10 %), 10% in Syria and Sudan, 8% in Egypt, 3% in
Iraq, 2% in Jordan and West Bank and Gaza.

A lot of Arab Christians migrated from Lebanon, Syria, Palestine and Iraq to Europe,
West Africa, the American continent and Australia. Increasing Christian emigration is
linked to political and economic hardship (Lebanese civil war 1975-1990, Israeli
Occupation of Palestinian territories, embargo on Iraq). And this, together with the
ideological and social pressure exercised by Muslim fundamentalist movements, in a
context where the absence of democracy has not favoured inter-religious tolerance.

The Arab Christians belong to more than a dozen different churches, the result of
numerous conflicts and schisms since Christianity was adopted as the official religion
of the Roman empire by the emperor Constantine in 313 AD. Four separate churches
evolved around the capitals of the four ecclesiastical provinces: Rome (Roman
Catholic or Latin Church), Constantinople (Greek Orthodox Church), Antioch (Syrian
Orthodox or Jacobite Church) and Alexandria (Coptic Church). Note that not all the
Christians in the Arab world are Arabs: there also Armenians and notably, Assyrio-
Caledonians, the majority of the Iraqi Christians.

Further divisions occurred in the fourth century (the Armenian Church), the fifth
century (the Nestorian Church in Syria and Mesopotamia) and the seventh century
(the Maronite Church in Lebanon). With the Crusades, and later, when the Ottoman
empire grew weaker and local Christians sought sponsors in Europe, some churches
or parts of them associated with Rome in what became known as the Uniate
Churches. They kept a large degree of autonomy and retained their rites, customs
(such as marriage for priests) and liturgical language (Syriac, Greek).


                                           31
This was the case with the Lebanese Maronites (however some Maronites say their
church never separated from Rome but only lost contact). Later, in the 17th century,
the Nestorians in Mesopotamia were divided in Chaldeans affiliated with Rome and
non-uniate Assyrians.

In the 19th century protestant missionaries - notably American - followed in the
footsteps of western Roman Catholic missionaries, and began proselytising in the
Arab world. Their enterprise was not very successful: conversion of Muslims was
nearly impossible. The only converts were members of other Christian churches. But
they had nevertheless an important impact by creating educational institutions such
as the American universities in Beirut and Cairo, institutions that contributed
considerably to the emergence of Arab nationalism. In its early stages these
nationalist Christians from Lebanon, Syria and Palestine played an important role in
the Arab national movement.

After the advent of Islam Christianity disappeared completely in certain countries
such as Morocco, Algeria and Tunisia in the Maghreb, the Arab peninsula and
Sudan. In the 19th century Christianity reappeared as a result of the presence in
Sudan of Egyptian Coptic officials and traders during the Egyptian-British
Condominium. Missionaries, Catholics and Protestants were allowed to work in the
South and converted about 15 % of the local animist population. Colonial conquests
also led to the reappearance of Christianity in the Maghreb, but without an impact on
the local Arab societies.

In Saudi Arabia, the cradle of Islam, all Christian activities (or any other religions a
part from Islam), even for the numerous foreign workers, is considered as a
proselytise attempt and are strictly forbidden.

                                                                     (September 2003)




 Eglises chrétiennes d’Orient
     Fiche d’information MEDEA (http://www.medea.be)

Si le christianisme est né au Moyen Orient, c'est aujourd'hui une religion minoritaire
en terre d'Islam (14 millions de chrétiens au Proche-Orient). La diversité des églises
orientales trouve son origine dans des polémiques théologiques - concile d'Ephèse,
431, concile de Chalcédoine, 451 (1) - mais aussi dans des conflits politiques qui ont
opposé les grandes villes de la chrétienté au Vème, VIème et VIIème siècle (Rome,
Alexandrie, Antioche et Constantinople).

Pourtant, il y a eu des tentatives pour rétablir lřunité entre les églises catholique-
romaine et orthodoxe (notamment, Concile de Lyon, 1274, et de Florence, 1439),
mais elles nřont pas débouché sur des résultats concrets. Certaines de ces tentatives
aboutirent à la naissance des églises orientales catholiques.

L’Église latine a maintenu une présence au Moyen-Orient (surtout en terre Sainte)
depuis des siècles surtout à travers l Řenvoi de prêtres, religieux et religieuses.
Néanmoins, cette présence reste très faible.

                                          32
Les divisions entre les chrétiens ont été un facteur non négligeable lors de la
conquête musulmane dans la région au VIIème siècle. Les autorités musulmanes ont
introduit le principe de la dhimma («protection» en arabe). Ce principe, définissait les
droits et les devoirs des «Gens du Livre» dans la cité musulmane. En contrepartie,
les autorités musulmanes garantissaient leur sécurité et la liberté religieuse. Cette
situation va durer jusquřau milieu du XIXème siècle.

Des dialogues informels entre les églises protestantes et orthodoxes du Proche
Orient se sont déroulés depuis le début du 20ème, et se sont intensifiés pendant les
années 1960 et 1970. En mai 1974, le Conseil des Eglises du Moyen Orient a été
fondé à Nicosie (Chypre). Les églises catholiques ont rejoint le Conseil en 1990.



I. Eglises orthodoxes

1. La « sainte Eglise apostolique catholique assyrienne de l’Orient »

      Patriarche (siège théorique: Téhéran, Iran- résidence: Chicago, USA): Mar
       Dinkha IV (1935, élu en 1976)
      Effectif: 250.000 (dont 130.000 aux Etats-Unis, Canada et Australie, petite
       diaspora en Europe)

Cette Eglise rejette le concile d'Ephèse de 431 qui excommunia Nestorius (elle est
appelée parfois église «nestorienne» mais elle-même rejette cette appellation). Elle
se constitue progressivement en Eglise indépendante et connaîtra un grand élan
missionnaire en Asie centrale, en Chine, au Tibet et en Inde. Les Assyriens furent
victimes en 1917 de massacres dans les provinces orientales de la Turquie où ils
vivaient en minorité depuis le XVIème siècle. La plupart se sont alors réfugiés en Irak
où ils furent victimes de nouvelles persécutions en 1933. Beaucoup dřentre eux se
sont ensuite exilé en Syrie (rives du Khabour) et aux États Unis. La controverse
autour de la personnalité du patriarche a provoqué un schisme en 1964 (le patriarcat
était héréditaire dřoncle à neveu depuis 1450). La mise à lřécart de la famille
patriarcale a favorisé lřapaisement de ce conflit.

2. « L'Eglise syrienne orthodoxe d’Antioche »

      Patriarche Syrien Orthodoxe d'Antioche et de tout l'Orient (siège: Damas,
       Syrie): Mar Ignace Zakka Ier Iwas (1933, élu en 1980)
      Effectif: 340.000 dont 150.000 en diaspora (Europe, Etats-Unis, Canada)

L'Eglise syrienne orthodoxe (que dřaucuns appellent aussi syrienne occidentale,
monophysite ou jacobite) regroupe les chrétiens des patriarcats d'Antioche et de
Jérusalem qui rejetèrent les décisions du concile de Chalcédoine (451). Elle
représente aujourd'hui 17% des 70% de non-catholiques de Syrie (sur 10% de
chrétiens) et se caractérise par la conservation du rite syriaque; la langue syriaque
est restée la langue liturgique et vernaculaire). Pendant la Première Guerre
Mondiale, les Syriens orthodoxes de Turquie orientale furent, comme les Arméniens
et les Assyro-Chaldéens, victimes de persécutions.

3. Église copte orthodoxe


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      Pape d'Alexandrie et Patriarche de la Prédication de Saint Marc et de
       toute l'Afrique (siège: Le Caire, Egypte) : Shenouda III (1923, élu en 1971)
      Effectif: 3 à 11 millions (demi million en diaspora)

L'Eglise copte orthodoxe représente la quasi totalité des chrétiens d'Egypte. De 90%
de la population en 451, les chrétiens d'Egypte n'en représentent plus qu'environ
10%. Les chrétiens restaient majoritaires bien après la conquête arabe (VIIème siècle)
lřIslam sřinstaurant largement seulement à partir de la fin du IX ème siècle. Une
diaspora copte existe aux Etats-Unis, en Australie, en Europe, ainsi que dans les
pays du Golfe. C'est un phénomène nouveau lié au phénomène islamiste et aux
difficultés économiques du pays.

4. L'Église apostolique arménienne

L’Église arménienne est divisée en quatre juridictions :

      Patriarche Suprême et Catholicos de tous les Arméniens (résidence:
       Etchmiadzin, République dřArménie) : Karékine II Sarkissian (1951, élu en
       1999). Bien que les différents juridictions soient autonomes, lřensemble des
       fidèles reconnaissent au Catholicos dřEtchmiadzin une primauté en tant que
       chef spirituel.
      Effectif: 5,5 millions (dont 1,7 millions en diaspora en Iran, Irak, Inde, Égypte,
       Ethiopie, Europe, Etats Unis et Australie)

      Patriarche arménien du Trône Apostolique de Saint Jacques de
       Jérusalem (résidence: couvent saint Jacques de Jérusalem) : Thorgom
       Manoukian (1919, élu en 1990). Le Patriarche est responsable des Lieux
       saints de Jérusalem qui appartiennent aux Arméniens.
       Effectif : 7.700 (Israël, Palestine, Jordanie)

      Patriarche arménien de Constantinople (résidence : Istanbul, Turquie) :
       Mesrob Mutafyan (1956, élu en 1998)
      Effectif : 65.000 (Turquie, pratiquement seulement à Istanbul)

      Catholicos des Arméniens de la Grande Maison de Cilicie (résidence :
       Antélias, Liban) : Aram Ier Keshishian (1947, élu en 1995).
      Effectif : 500.000 (Liban, Syrie, Chypre et Grèce, ainsi quřune partie de la
       diaspora provenant de ces pays)

Lřancienne Arménie (Turquie orientale actuelle et régions limitrophes de lřex-URSS
et lřIran) fut la première nation à avoir adopté officiellement le christianisme. Le petit
royaume dřArménie est crée en Cilicie, après lřannexion par lřempire byzantine
dřabord (XIième) et les Seldjoukides ensuite. Ce royaume disparu au XIV ième et
l’Arménie ne disposa pas d’État jusqu’à la naissance de la République arménienne
en 1991.

II. Les Eglises orthodoxes byzantines ("Grecs orthodoxes")

Elles regroupent les chrétiens (arabes) des patriarcats d'Antioche, d'Alexandrie et de
Jérusalem fidèles au concile de Chalcédoine de 451. Ils forment la majorité des


                                           34
chrétiens en Jordanie et en Syrie et on les retrouve également au Liban, en Israël,
dans les territoires palestiniens ainsi qu'au Koweït.

1. Patriarcat d’Alexandrie

      Patriarche d'Alexandrie et de toute l'Afrique (siège: Alexandrie, Egypte) :
       Petros VII (1949, élu en 1997)
      Effectif: 250.000

Ils sont bientôt désignés melkites, en référence à sa loyauté vers lřempereur
byzantine (du syriaque Řmalkâř, «roi»). Le Patriarche résida à Istanbul dès la
conquête turque dřEgypte (1517) jusquřau XIXième siècle.

Actuellement, cette communauté est composé majoritairement des descendants de
grecs et orthodoxes du Moyen-Orient immigrés en Egypte au siècle XIXième.

Depuis 1930, cette église a envoyé des missions en Afrique orientale. Presque la
moitié de ses fidèles seraient des Africains convertis par ces missions.

2. Patriarcat d’Antioche

      Patriarche Grec-Orthodoxe d'Antioche et de tout l'Orient (siège: Damas,
       Syrie) : Ignace IV Hazim (1920, élu en 1979)
      Effectif: 1.200.000 (Liban, Syrie, Irak, Etats-Unis, Canada, Australie, Europe
       occidentale)

Le siège du Patriarche fut transféré à Damas après la destruction dřAntioche par les
Mongols en 1322. Tandis que pendant les VIII ième et XIXième les autorités
ecclésiastiques furent majoritairement hellènes, depuis le XXième siècle la hiérarchie
de cette Église sřest arabisée. Cette communauté est largement représentée dans la
diaspora.

3. Patriarcat de Jérusalem

      Patriarche Grec-Orthodoxe de Jérusalem (siège: Jérusalem): Ireneos I (élu
       en 2001).
      Effectif: 260.000 (Palestine et Jordanie)

Ce Patriarcat fut établie en 451, après lřadhésion de la majorité des chrétiens de
Palestine. Le haut clergé reste quasi exclusivement composé de citoyens
helléniques tandis que les fidèles sont arabophones (palestiniens et jordaniens).

Au nombre des fidèles de ces trois patriarcats, il faut ajouter les quelque 6 millions
de Grecs-orthodoxes (arabes) originaires des pays arabes vivant en diaspora
(surtout Etats-Unis, Canada, Australie et Europe).

4. Monastère de Sainte-Catherine du Mont Sinaï

      Abbé du Monastère de Sainte-Catherine, Archevêque du Sinaï, de Pharan
       et de Raitho (siège: monastère Ste-Catherine, Egypte): l'archevêque
       Damianos (1935, élu en 1973

                                         35
      Effectif: 900 (dont une vingtaine de moines)

Enfin le monastère de Sainte-Catherine du Mont Sinaï, construit à l'époque byzantine
à l'endroit présumé où Moïse reçut les Tables de la Loi, est considéré depuis 1575
comme une Eglise orthodoxe autocéphale. L'abbé élu par les moines est consacré
archevêque par le Patriarche de Jérusalem. Quelque familles bédouines du Mont
Sinaï dépendent également du monastère.

III. Les Eglises catholiques

Les chrétiens rattachés à l'Eglise romaine et au Pape sont minoritaires en Orient par
rapport aux Eglises orthodoxes, sauf au Liban (les maronites représentent 70 % des
chrétiens) et en Irak (80 % des chrétiens).

1. L ’Eglise Maronite

      Patriarche d'Antioche et de tout l’Orient des Maronites (résidence: Bkerké,
       siège : Dimane, Liban): Nasrallah Cardinal Sfeir (1920, élu en 1986)
      Effectif: 2.800.000 (deux tiers en diaspora)

Les maronites sont répartis essentiellement au Liban avec une diaspora très
importante de près de la moitié des fidèles. Créée à partir du couvent de Saint Maron
(Apamée, Syrie), une petite communauté monastique syrienne s'installe au V ième
siècle dans la montagne libanaise pour fuir l'hostilité des monophysites. Les
Croisades permettent aux maronites de sceller leur union avec Rome (1182). l’Eglise
maronite est la seule Église orientale catholique qui n’est pas issue d’une dissidence
d’une Église orthodoxe). En 1860, lors de massacres de maronites, ceux-ci feront
appel au Pape pour qu'il intervienne mais c'est la France qui répondra et obligera
l'Empire ottoman à reconnaître l'autonomie du pays. Le système politique
confessionnel libanais débouchera sur deux guerres civiles sanglantes (1958 et
1975-1989) qui aboutiront aux accords de Taëf (1989). Ces accords, ont réduit les
pouvoirs du Président (chrétien maronite) au profit de ceux du Premier ministre
(musulman sunnite) et du Président de l'assemblée parlementaire (musulman chiite).
L’Église, la hiérarchie religieuse et les ordres monastiques jouent un grand rôle à la
fois économique et politique.

2. L'Église grecque-catholique ou melkite

Cet église naît en 1724 de la scission de l'Eglise melkite qui regroupait les chrétiens
de rite byzantin des patriarcats d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem fidèles au
concile de Chalcédoine, lorsqu'un catholique fut élu patriarche d'Antioche par les
chrétiens de Damas. On trouve des melkites dans tous les pays du Proche et
Moyen-Orient, ils sont majoritaires parmi les catholiques en Syrie et en Israël.

      Patriarche grec-melkite catholique d’Antioche et de tout l’Orient,
       d’Alexandrie et de Jérusalem (siège: Damas, Syrie, depuis la cession
       dřAntioche par la France à la Turquie): Grégoire III Lahham (1933, élu en
       2000)
      Effectif: 2.000.000 (dont deux tiers en diaspora, 900.000 au Brésil)


                                          36
2. L'Eglise chaldéenne catholique

Lřéglise chaldéenne est répartie surtout en Irak où elle majoritaire parmi les chrétiens
(87 % des 80 % de catholiques). Dès le XIIIième siècle, sous l'impulsion de
missionnaires dominicains et franciscains, de nombreux évêques assyriens se
convertissent au catholicisme. Au fil du temps, l'Eglise chaldéenne (ainsi nommée
depuis 1830) attire une majorité dřAssyriens. Les Chaldéens ont eu à souffrir de
nombreuses persécutions qui firent des dizaines de milliers de victimes à la fin de la
Première Guerre Mondiale en Turquie.

      Patriarche chaldéen de Babylone (siège: Bagdad, Irak): Le Patriarche
       Raphaël Bidawid (1922, élu en 1989) est décédé en juillet 2003. Son
       successeur nřa pas encore été désigné.
      Effectif: 650.000 (dont 550.000 en Irak, la diaspora et principalement répartie
       en France, Suède, Etats Unis et Australie)

4. L'Eglise copte catholique

Elle regroupe la grande majorité des catholiques d'Egypte (77 % des 2,5 % de
catholiques du pays). La naissance d'une Eglise copte catholique ne s'est
concrétisée qu'après les missions de capucins et franciscains en Egypte au XVII ième
siècle. En 1895, le vicariat apostolique devient patriarcat.

      Patriarche copte d'Alexandrie (siège: Le Caire, Egypte): Stephanos II
       Ghattas (1920, élu en 1986)
      Effectif: 200.000

5. L'Eglise arménienne catholique

Cette église, devenue catholique pendant les Croisades et ralliée à Rome depuis
1635 quand elle est constituée en patriarcat. Le génocide arménien de 1915 perpétré
par les Turcs toucha également les catholiques.

      Patriarche arménien de Cilicie (siège: Beyrouth, Liban): Nersès Pierre XIX
       (1940, élu en 1999)
      Effectif: 60.000 plus 100.000 en diaspora (Etats Unis, Canada, Europe,
       Australie, Argentine, etc.)

6. L'Eglise syrienne catholique

Cette Église, établie en patriarcat depuis 1783 et reconnue par le Pape Pie VI (des
tentatives antérieures eurent lieu dès 1656), ne représente que 12 % des catholiques
de Syrie. Elle a aussi souffert des massacres perpétrés en Turquie contre les
chrétiens à la fin de la Première Guerre Mondiale.

      Patriarche d'Antioche des Syriens (siège: Beyrouth, Liban): Ignace Pierre
       VIII Abdel Ahad (1930, élu en 1998)
      Effectif: 100.000

7. L'Eglise catholique de rite latin



                                          37
Le Patriarcat latin, instauré en 1847, englobe sous sa juridiction la Terre Sainte, le
Liban, Chypre et la Jordanie (où ils constituent la majorité des catholiques). Le
processus d'arabisation du patriarcat a été couronné en 1987 par l'élection d'un
patriarche palestinien.

      Patriarche latin de Jérusalem (siège : Jérusalem) : SB Mgr Michel Sabbagh
       (1933, élu en 1987)
      Effectif: 85.000


IV. Eglises protestantes

Les Églises protestantes au Proche Orient nřont pas leurs origines dans la région.
Elles se sont répandues surtout à partir du XIXième avec lřinstallation des
missionnaires européens et américains. Onze des ces Églises font partie du Conseil
des Églises du Moyen Orient.

Notes :

(1) Le Concile dřEphèse, 431, a défini lřunité de la personne du Christ - contre les
enseignements du Patriarche de Constantinople Nestorius - et a affirmé la dualité du
Christ, Dieu et homme, en une seule personne.
Le Concile de Chalcédoine, 451, a défini que le Christ a deux natures, humaine et
divine. Plusieurs églises apostoliques ont refusé dřaccepter la doctrine telle quřelle a
été formulée en grec par ce concile. Elles ont été souvent qualifiées de
«monophysites» - appellation quřelles-mêmes rejettent -car elles gardent lřexpression
«une nature» pour définir le Christ.

                                                                     (Septembre 2003)




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     Bibliographie

    Chrétiens du monde arabe, un archipel en terre de l’Islam
     Dirigé par Bernard Heyberger.
     Avec Géraldine Chatelard, Anne-Laure Dupont, Florence Hellot, Cyrille Jalabert,
     Christine Mayeur-Jaouen, Jean-Michel Mouton, Elizabeth Picard et Brigitte Voile.
     Collections Mémoires, Editions Autrement, 2003


Les « Chrétiens du monde arabe », minorités en pays de lřIslam, vivent aujourdřhui dispersés
entre six États du Proche-Orient. Ils appartiennent au lointain héritage du christianisme
antique. Lřimage de lřarchipel sřapplique bien à leur univers, caractérisé par lřétroitesse des
groupes, la multiplicité des lieux dřimplantation et la variété des genres de vie. Cet ouvrage
fait escale en Égypte au Moyen-Âge, à Alep au XVIIIe siècle, en Jordanie et en haute
Mésopotamie entre 1900 et 1930, ainsi quřen Égypte, au Liban et en Palestine.
Chaque étape est lřoccasion dřévoquer et de discuter dřune part la question de lřérosion
chrétienne et des conversions à lřIslam après la conquête arabo-musulmane, dřautre part le
statut dřinfériorité, voire dřoppression, réservé par les autorités musulmanes à leurs
«protégés».
Mais il ne faut pas sřen tenir à la figure de victime perpétuelle des chrétiens arabes. Au
contraire, ils ont été et sont encore des acteurs dynamiques dřun monde dont ils partagent la
langue et la culture. Ils ont su participer aux rouages des systèmes politiques et accéder à
des postes de pouvoir. Sřils ont jeté des ponts entre lřOccident et le
Proche-Orient, ils ont aussi été parmi les inspirateurs et les artisans de la « renaissance
arabe » et de la conscience nationale arabe. Marginalisés par lřislamisation actuelle des
sociétés et des Etats, ils réagissent par lřexil, mais aussi, à lřintérieur, par une vive
affirmation identitaire et un renouveau religieux significatif.


   Babylone chrétienne, géopolitique de l’Église de Mésopotamie
     Joseph Yacoub
     Desclée de Brouwer, 1996


Il est des guerres qui détruisent mais qui accélèrent le cours de lřhistoire. Ainsi la guerre du
golfe a révélé au grand jour lřexistence dřune chrétienté trop ignorée, pourtant fille des
apôtres : lřÉglise de Mésopotamie.
Mais qui sont ces chrétiens et quel est leur pays réel ?
Dans ce livre de géopolitique religieuse, Joseph Yacoub, membre de cette Église et fils de
son peuple, examine son implantation et sa répartition au Moyen Orient et en diaspora, son
statut actuel, ses rapports avec lřOrient arabe, lřaire turco-persane, lřIslam, lřOccident
chrétien, et son avenir.
 LřÉglise dřOrient a connu des persécutions tout au long de son histoire, qui furent autant de
préludes au déclin de son influence. Pourtant des signes de résurgence commencent à
apparaître aujourdřhui. Communauté éveillée et Église dynamique, reprendra-t-elle sa place
sur la scène internationale ?.
Une redécouverte de la Mésopotamie, lřun des berceaux de la genèse du monde civilisé et
du christianisme.




                                              39
    Vie et mort des chrétiens d’Orient. Des origines à nos jours
     Jean Pierre Valognes
     Paris, Fayard, 1994

En eux se rejoignent Athènes et Jérusalem, le génie grec et le génie sémitique réconciliés.
Grâce à eux, lřhéritage antique sřest perpétué, transfigurant la culture des conquérants
arabo-musulmans. Plus tard, sřétant mis à lřécole de lřEurope, ils ont apporté à lřOrient
lřesprit de la modernité : lřindividu libéré de la famille et du groupe, lřEtat émancipé de la
religion, la connaissance affranchie des livres saints.

Mais lřIslam ne peut accepter que la domination des croyants soit niée par la réussite trop
éclatante de ceux qui ne partagent pas ses valeurs. Tout en sřappropriant lřhéritage des
chrétiens, il les a enfermés dans le statut de minorité « protégée », cřest-à-dire dépourvue de
droits et livrée à la religion dominante.

Quant au nationalisme arabe laïc, loin dřouvrir aux chrétiens la voie de lřintégration, il a
ajouté de nouvelles discriminations Ŕ dřordre ethnique et culturel - à lřancienne ségrégation
religieuse qui nřa dřailleurs jamais cessé.

Y aura-t-il encore des chrétiens en Orient au troisième millénaire ? Sans doute, mais ils
auront cessé de compter. Sans le point dřappui quřétait le Liban où ils marchaient la tête très
haute, ils ne pourront que se modeler sur les valeurs dominantes et cesser, pour survivre, de
sřassumer comme chrétiens. Lřun des combats les plus longs de lřHistoire est bien près
dřêtre perdu.

Le Moyen Orient, dont la fortune fut toujours liée au brassage fructueux des religions et des
peuples, aura-t-il demain le visage de lřuniformité ? Il est possible quřaprès avoir été, durant
des millénaires, le centre du monde, il ne se trouve finalement stérilisé.

    Les chrétiens d’Irak devant l’incertain de la guerre
Solidarité-Orient, bulletin 226, Bruxelles, avril-mai-juin 2003

      Chrétiens d’Orient en terres de l’Islam
Claude Lorieux
Paris, Perrin, 2001

     Christians and Jews under Islam
Youssef Courbage and Philippe Fargues
Tauris, 1997

    Chrétiens et Juifs dans l'Islam arabe et turc
Youssef Courbage et Philippe Fargues
 Paris, Fayard, 1992

    Les Uniates
Jean-Claude Roberti
Le Cerf, coll. « Bref », Paris, 1992

      Islam et chrétienté. Treize siècles de cohabitation
Alain Brissaud
Paris, Robert Laffont, 1991

      L’Église orthodoxe
Olivier Clément
Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1991


                                                40
      Petit dictionnaire de l’Orient chrétien
Julius Assfalg et Paul Kruger,
Paris/Turnhout, Brepols, 1991 (édition en français dřun ouvrage paru en allemand en 1975)

     Les coptes
Christian Cannuyer
Maredsous, Brepols, coll. « Fils dřAbraham », 1990

     Pour un regard chrétien sur l’Islam
Robert Caspar
Paris, Le Cerf, 1990

     Les coptes
Pierre du Bourguet
Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1988

     Deux vérités en face
Hamadi Essid et Théo Kein
Paris, Lieu commun, 1988

      Liban, État de discorde. Des fondations aux guerres fratricides
Élizabeth Picard
Paris, Flammarion, 1988

     Les Syriens orthodoxes et catholiques
Claude Sélis
Maredsous, Brepols, coll. « Fils dřAbraham », 1988

      Géopolitique du conflit libanais, étude historique et sociologique
Georges Corm
Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 1987

      L’univers culturel des chrétiens d’Orient
René R. Khawam
Paris, Le Cerf, 1987

     Introduction à l’histoire et l’ecclésiologie de l’Église melkite
Serge Descy
Harissa (Liban), Saint Paul, coll. « Histoire de lřÉglise en Orient, études et matériaux », 1986

     Les chrétiens égyptiens aujourd’hui : éléments de discours
Luc Barbulesco
Le Caire, Dossiers du CEDEJ, 1985

      Les liturgies d’Orient
Irénée-Henri Dalmais
Paris, Le Cerf, coll. « Rites et symboles », 1980

      L’Église des Arabes
Jean Corbon
Paris, Le Cerf, 1977




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     Contribution à l’étude des sociétés multiconfessionnelles. Effets socio-
juridiques et politiques du pluralisme religieux
Georges Corm
Paris, LGDJ, 1971

      Histoire du royaume latin de Jérusalem
Joshua Prawer
Éditions du CNRS, Paris, 1969

     Qu’est-ce que l’Orient Chrétien ?
Ignace Dick
Tournai, Casterman, 1965

      Histoire du Liban
Jacques Nantet
Paris, Editions de Minuit, 1963

      Les chrétiens uniates du Proche Orient
Joseph Hajjar
Paris, Le Seuil, 1962

      Églises orientales et rites orientaux
Raymond Janin
Paris, Letouzey et Ané, 1955

      France et chrétiens d’Orient
François Charles-Roux
Paris, Flammarion, coll. « LřHistoire et les hommes », 1939




                                               42
 Journaux et revues
       Bulletin d’arabe chrétien
Bulletin de liaison de lřAssociation internationale dřétudes arabes chrétiennes, Louvain-la-
Neuve

     Les cahiers de l’Orient
Revue trimestrielle dřétudes et de réflexion sur le monde arabe et islamique, Paris

      Le Courrier œcuménique du Moyen Orient
Trois numéros par an, Beyrouth

     Islamochristiana
Revue de lřInstitut pontifical dřétudes arabes et islamiques, Rome

       Jérusalem
Bulletin diocésain du patriarcat latin de Jérusalem

       La lettre du Liban
Bulletin de lřAlliance libanaise, Paris

      Maghreb-Maskrek
Revue trimestrielle publiée par la Fondation nationale des sciences politiques, le Centre
dřÉtudes de lřOrient contemporain et la Documentation française, Paris

     Le Monde copte
Revue semestrielle de culture égyptienne, Limoges

      Œuvre d’Orient
Publication bimestrielle de lřassociation Œuvre dřOrient, Paris

     Plus
Revue mensuelle du Centre dřétudes et de recherches sur lřOrient Chrétien, Paris

     Proche-Orient chrétien
Revue trimestrielle dřétudes et dřinformation, Jérusalem

     Tribune d’Orient
Revue mensuelle, Paris




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 Webographie
      The Council of Ephesus
http://www.piar.hu/councils/ecum03.htm

      The Council of Chalcedone
http://www.piar.hu/councils/ecum04.htm

      Catholic Encyclopedia
http://www.newadvent.org/cathen/

      Opus libani
http://www.opuslibani.org.lb/indexenglish.htm

      The Middle East Council of Churches
http://www.mecchurches.org

      Oriental Orthodox Churches Links
http://www.geocities.com/Athens/Forum/2455/ortho.html

      Armenian Apostolic Church, Catholicosate of Cilicia
http://www.cathciL.org
      Armenian Church links
http://www.cacc-sf.org/c-alinks.html

      The Chaldean Curch of Iraq
http://www.byzantines.net/epiphany/chaldean.htm
      Chaldeans online
http://www.chaldeansonline.net

      Catholic Assyrian Church of the East
http://www.cired.org/ace.html

      Coptic Orthodox Church
http://www.copticpope.org
      Encyclopedia coptica
http://www.coptic.net/EncyclopediaCoptica/

      Greek Orthodox Church of Alexandria and all Africa
http://www.greekorthodox-alexandria.org

      Maronite Church of Antioch
http://www.nkerke.org.lb

      Melkite Catholique Church
http://www.melkite.org
http://www.phoenicia.org/melkites.html

      Syrian Orthodox Church of Antioch and All the East
http://www.SyrianOrthodoxChurch.org
      Syriac Orthodox ressources
http://www.sor.cua.edu/Links/index.html
http://www.sor.cua.edu



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