Bouziane Ben Achour mascara

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Bouziane Ben Achour mascara Powered By Docstoc
					                           Bouziane Ben Achour




Info Soir 2/3 avril 2006
Huit pièces dramatiques éditées
     Huit pièces dramatiques de Bouziane Benachour, écrites et montées durant la période
allant de 1994 à 2005, viennent d'être éditées par la maison d’édition Dar El-Gharb d'Oran.
Ces pièces, montées et jouées par différentes troupes de théâtre, constituent l'essence de ce
dramaturge maintes fois primé tant en Algérie qu'à l'étranger. Sayad El Melh, Bab El-Assa,
Chekoua, Aboud 1er, Merra merra, Kharoub bladi, Chouf ya H'med et Zabana oueld blad sont
«des perles qui illuminent cette série de huit livres» édités par cette maison d'édition.
     «Cette initiative, note-t-on, est une contribution inestimable pour enrichir le catalogue
réduit des pièces de théâtre algériennes et mettre à la disposition des chercheurs,
universitaires et férus des planches des textes dramatiques susceptibles d’être étudiés ou
joués. Elle constitue également un effort pour la réhabilitation du théâtre et la conservation du
patrimoine, aujourd'hui menacé de se fondre dans les limites irréelles d'un monde devenu
village.»
     Dar El-Gharb n'est pas à sa première tentative. Elle traîne, selon les observateurs et
connaisseurs, déjà une solide expérience dans le domaine de l'édition. Ses ouvrages dans le
domaine des arts, de l'économie, des sciences humaines, des langues, du roman et de la
nouvelle ornent aujourd'hui les rayons de bon nombre de librairies et de bibliothèques.
A. P. S.

Fusil d'Octobre
(Roman) - Éditions Dar El Gharb, Oran, 2006

Présentation
    Fusil d'Octobre raconte l'histoire d'un patriote qui ne veut pas se séparer de son arme.
Cette attitude ne sera pour l'auteur qu'un prétexte pour entraîner son lecteur dans un "retour
au passé" pour remonter en "flash back" l'histoire meurtrie d'un peuple, l'histoire récente
d'une tragédie nationale.
APS
El Watan - 19 novembre 2006
« Un essai de rupture »
    Auteur prolixe et prolifique, Bouziane Ben Achour, journaliste, dramaturge et
critique de théâtre, a signé des essais sur le 4e art algérien et la musique algérienne. Il
vient de sortir son quatrième roman Fusil d’octobre, aux éditions Dar El Gharb.

Vous venez de signer un quatrième roman Fusil d’Octobre. Une suite trilogique ?
Fusil d’Octobre est un essai de rupture par rapport aux romans précédents. D’abord, parce
qu’il sort des années qu’on a appelées « années noires ». Il s’inscrit dans une période
historique post-terrorisme. Ensuite, c’est une forme d’écriture qui diffère quelque peu de celle
du témoignage des autres romans. C’est aussi une forme de passage à témoin entre les trois
romans précédents et celui-ci, et ce, à travers des clins d’œil de la décennie noire et ses
repères, beaucoup abordés dans les écrits des historiens, universitaires ou encore des
hommes qui devaient interroger le vécu.

Une période dure et difficile à raconter...
Il faut passer par là ! Elle n’est pas plus dure parce qu’on sort du témoignage direct. On n’est
pas dans l’écriture d’urgence. Et le recul, pour ce qui me concerne, à propos de ce nouveau
roman, il est aussi bien dans la thématique (post-terrorisme) et le recul dans l’écriture. Ce
n’est pas une écriture nécessairement subjective. C’est aussi un essai dans l’écriture
romanesque. Ainsi qu’une forme d’écriture qui n’est pas obligatoirement immergée dans le
réalité.
Le titre Fusil d’Octobre, un choix « balistique et révolutionnaire »... Moi, je ne parle pas
d’octobre 1988. Dans Fusil d’Octobre, je raconte l’histoire d’un ex-patriote qui a fait la guerre
d’octobre 1973 contre Israël. Je parle d’un fusil israélien qu’il a récupéré chez les terroristes
utilisant des armes israéliennes. Je transpose en parallèle ce fusil-là fabriqué pour détruire et
tuer avec l’histoire de la fillette de cet ex-patriote, née après la décennie noire et le terrorisme.
Il a deux amours : ce fusil et sa fille. Et comment concilier deux symboliques. Celle de la
naissance et celle du fusil qui l’a aidé à défendre son pays, sa patrie et sa propre personne.
Ce n’est pas n’importe quel fusil. C’est une arme israélienne ayant fait la guerre contre Israël.

Vous êtes journaliste, dramaturge, critique de théâtre et auteur... Comment faites-vous
pour écrire et trouver le temps pour cela ?
Il ne faut pas croire que c’est un effort surhumain. J’écris tous les jours. Surtout, le matin, très
tôt. J’écris parce que cela me fait très plaisir. Cela n’a jamais été une souffrance. Je me dis
qu’à côté du métier de journaliste que j’exerce et qui ne me suffit pas, j’essaie de laisser
quelques traces pour demain, après-demain, pour éventuellement dans vingt, trente,
cinquante ans. Quand on ne sera pas là. S’il y a quelqu’un qui nous lit, même outre-tombe, je
serai l’homme le plus heureux du monde.

Comme vous êtes un boulimique de l’écriture, on sait que vous avez déjà un livre en
tête...
(Rires) J’ai un livre en tête. Justement, j’essaie, cette fois-ci, de trouver une voie
personnalisée où quand on lit, on dit que c’est Bouziane Ben Achour. Dans ce projet de
roman, j’essaie d’écrire autrement. J’essaie, totalement, de m’effacer de ce côté « témoin » et
de la réalité dans un roman où il y a de l’introspection.
K. Smaïl
La Tribune - 10 octobre 2006
Un livre, deux quêtes
     Les éditions Dar El Gharb ont abrité, jeudi soir, la vente dédicace de Fusil d’octobre, le
dernier roman que Bouziane Benachour, journaliste au quotidien El Watan. Selon l’auteur, le
roman est le récit des tribulations d’un ex-patriote, Adda, dans ses tentatives de récupérer
son fusil (arme récupérée sur le corps d’un terroriste qu’il avait lui-même assassiné) que les
autorités algériennes lui avait confisquée parce qu’ayant causé la mort accidentelle de sa
femme. Cette quête va mener le patriote jusqu’à solliciter l’ONU pour intervenir auprès de
l’Etat qui refuse de lui rendre son bien.
     «Mais c’est aussi un regard sur l’Algérie de l’après-terrorisme et une introspection sur les
années de la terreur que le pays a vécues.» Même s’il en est à son quatrième ouvrage,
Bouziane Benachour ne s’en considère pas moins comme un apprenti écrivain : «Fusil
d’octobre m’a aussi permis de construire un roman avec le métier [écrivain, ndlr] que j’essaie
d’acquérir.» Bien avant Adda, Bouziane Benachour est ainsi parti à la quête de son
obsession, celle de devenir écrivain, lui qui, depuis de longues années, est journaliste et
auteur de pièces de théâtre.
     En l’espace de trois années, il publiera coup sur coup, et dans la même maison d’édition,
Sentinelle oubliée (2004), Le théâtre algérien, une histoire d’étapes et Hogra dans la même
année 2005. Une fringale qui en dit long sur le désir de ce journaliste d’acquérir le statut
d’écrivain : «Les écrits de presse étant périssables, j’ambitionne de laisser des traces mais je
ne suis encore qu’un apprenti écrivain», n’a-t-il cessé de marteler jeudi soir, malgré la
présentation pour le moins élogieuse que l’animateur de la vente-dédicace a faite de Fusil
d’octobre…
     En tout état de cause, la tradition voulant désormais que la vente-dédicace précède la
lecture de l’ouvrage, personne parmi la nombreuse assistance n’avait encore lu le roman (les
intéressés devaient l’acheter). Y compris les journalistes chargés d’en faire la critique, ce qui
a grandement diminué de l’intérêt de l’événement. A moins qu’il ne leur soit demandé que
d’en faire le compte rendu.
Samir Ould Ali
El Watan 28 septembre 2006
Attache obsessionnelle
    Après sa démobilisation du corps des patriotes, le père Adda avait été versé dans
le service du ramassage des ordures ménagères.

     Cette « démobilisation » du personnage central qui concentre sur lui le combat contre le
terrorisme (et pas uniquement) préfigure la fin des hostilités qui ont fini par être qualifiés
officiellement de tragédie nationale. Vu sous cet angle et les éléments qui vont suivre le
confirment, l’œuvre est un point de vue sur la réconciliation mais à une échelle strictement
humaine, c’est-à-dire dénuée de toute référence à un choc des idéologies ou projets de
société, des éléments du discours politique.
     Le cas évoqué de Benfodda, un philosophe assassiné par les terroristes qui lui
reprochent de vouloir propager les idées du « siècle des Lumières », est l’exception qui
confirme la règle car il ne saurait y avoir d’idéologie à Kouchet El Djir, le quartier périphérique
de Wahrane, une excroissance de la misère qui prédestine ses enfants à la marge et qui sert
de toile de fond au déroulement de l’intrigue. Une intrigue qui donne cependant autant de
place aux petites joies de la vie (la naissance d’une fille) qu’à ses petits drames familiaux, à
commencer par celui du héros qui perd son épouse suite à un accident de maniement de son
arme, une « MAT ».
     En fait, ces initiales vont hanter le héros au point d’y associer son propre nom (M’rigea
Adda Tienti). C’est de ce fusil qu’il s’agit et, par le truchement d’une attache obsessionnelle, il
va faire l’objet d’une quête poussée jusqu’aux limites de la caricature, à tel point qu’on ira
revendiquer sa restitution auprès de l’ONU ! Comme un vrai personnage, l’arme est dotée
d’un nom : Fadhila. « J’aurais souhaité avoir mon fusil sur moi le jour de naissance de ma
première fille. »
     Cette association d’un objet de la mort avec une preuve de vie introduite au chapitre X
introduit le début de la fixation sur l’arme. Fadhila continuait d’occuper une place non
négligeable dans sa mémoire alors que la paix était déjà rétablie et qu’il n’y avait aucune
raison de craindre d’être surpris par ceux qui entretenaient l’enfer des années passées. La
guerre fait partie du passé et le fusil, que lui-même a ramassé sur le corps d’un terroriste qu’il
a éliminé, lui a été confisqué par les autorités, suite à l’accident qui a coûté la vie à sa
première femme Djoher.
     La confiscation du fusil accentue l’idée de la fin de la « guerre » comme l’est celle menée
en Egypte contre l’armée israélienne il y a près de 40 ans. Les deux guerres apparaissent
comme sans gloire et c’est sans doute ce qui explique que Adda évite d’en parler. Mieux
encore, dans la deuxième guerre qu’il a menée contre les hordes terroristes, il va jusqu’à
épouser en deuxièmes noces Quâli, l’ex-femme d’un terroriste et fréquenter un repenti,
Ghoulim Ettayeb décrit de la sorte : « De ses ascendants directs rejetés au fond d’une
mémoire encastrée entre deux amnésies entretenues, il n’en avait retenu que quelques
vagues souvenirs. »
     Mais loin d’être un islamiste djihadiste convaincu, le repenti a une drôle de motivation de
monter au maquis avant de descendre offrir ses services aux forces de sécurité : sa bien-
aimée a été violée par un policier qui n’est autre que son propre frère. C’est sans doute pour
dire qu’il y a des destins individuels nettement plus motivants pour verser dans la violence
que les fetwas les plus meurtrières des siècles des ténèbres. Cet aspect a d’ailleurs été
largement évoqué dans les discours présidentiels pour justifier, au-delà des convictions
idéologiques islamistes, le recours à la violence.
     Etonnante est en effet la similitude entre le concept du terrorisme de l’administration et
des passages d’ontologie décrivant dans ce roman cette administration inhumaine. « À peine
avait-il mis les pieds dans l’administration que le père Adda sentit une énorme gêne monter
en lui. » Plus loin : « Il (Adda) se sentit ignoré dès le franchissement du seuil en ces lieux
déshumanisés, hermétiques à la bonne humeur et cantonnés dans une hautaine réserve. Le
cérémonial affiché n’a rien à envier à celui d’un blockhaus. »
     Le narrateur est particulièrement sévère au sujet des préposés aux bureaux : « L’individu
à la face de tortue et au regard indolent donnait l’air d’être une branche de palmier nain
dépouillé de ses feuilles. » Il décrit l’innommable pour mieux montrer une face hideuse de
cette administration à laquelle la plus haute autorité de l’Etat accorde une part de
responsabilité dans ce qui s’est passé. Cette responsabilité, le père Adda la décline, lui qui
est connu surtout pour sa probité.
     Un citoyen idéal, mais qui finira par être rongé par le doute. Les références au réel ou aux
discours ambiants sont nombreuses dans ce roman, à commencer par le fait divers (mort
accidentelle d’une femme par l’arme de son mari patriote). À travers Benfodda, c’est, dira
l’auteur, un clin d’œil à Bakhti Benaouda, assassiné par les terroristes et connu de son vivant,
en plus de ses mérites intellectuels, pour être parmi ceux qui ont milité pour jeter les ponts
entre les arabisants et francisants et casser un tabou.
     D’autres personnages aussi attachants les uns que les autres habitent ce roman et ce
lieu, Kouchet El Djir, dont la description des lieux (un aspect peut être un peu négligé) se
résume en quelques mots poignants : « Les maisons pauvres donnaient continuellement l’air
d’être englouties dans une sorte de malédiction tranquille. »
Djamel Benachour

Hogra
Roman - Éditions Dar El Gharb, Oran, 2005




El Watan 23 janvier 2006
Mascara
Le roman Hogra en débat
    La maison de la culture Abbi Ras En-Naciri de la ville de Mascara a abrité jeudi
dernier une cérémonie de vente dédicace du journaliste, écrivain et homme de théâtre,
Bouziane Ben Achour, autour de son 8e ouvrage, un roman intitulé Hogra paru aux
éditions Dar El Gharb d’Oran.

    Cette rencontre livresque a drainé des citoyens de la ville de Mascara, des hommes de
théâtre et de la culture, des journalistes locaux de la presse écrite, des étudiants de l’Institut
de langue française du centre universitaire de Mascara, ayant débattu sur le thème et le
contenu de Hogra. Au cours de son intervention, Bouziane Ben Achour a précisé : « C’est un
ouvrage ayant valeur de suite logique et trilogique de ses deux derniers romans Dix années
de solitude (2003) et Sentinelle oubliée (2004) parus chez Dar El Gharb... »
    Hogra raconte l’histoire d’un comédien Mourou Derdba de 60 ans, retraité du théâtre
régional d’Oran, résidant dans un quartier périphérique d’Oran, un village dit Sidi Béchar, qui
n’est en réalité que le quartier populaire Sidi El Bachir, victime lui et les habitants dudit village
d’une décision administrative lui exigeant de payer un impôt pour l’utilisation de la nouvelle
autoroute menant au quartier Aïn Beidha où se trouve leur cimetière.
    Derdba, après une dénonciation de cette mesure jugée injuste, entre en conflit avec les
auteurs de cette décision. Un étudiant de 3e année universitaire en langue française du
centre universitaire de Mascara dira en substance à l’auteur de l’ouvrage : « Cela a été un
coup de foudre pour moi envers ton ouvrage Hogra où je suis tombé sur un écrivain algérien
d’un très bon niveau. » Bouziane Ben Achour lui répond : « Je rêve un jour d’être reconnu
uniquement comme écrivain. »
    De son côté, le directeur de la maison de la culture n’a pas hésité à préciser : « La vente
dédicace s’est déroulée dans de bonnes conditions et cela a été un grand honneur de
recevoir un écrivain. »
A. Souag
Info Soir 18 décembre 2005
«El-Hogra», voix de peur et d’angoisse
     L'écrivain Bouziane Benachour a présenté, à la Bibliothèque nationale, aux amateurs de
littérature francophone son nouveau roman, El-Hogra, paru récemment aux éditions Dar El-
Gharb.
     «Ce roman est le plus proche des écrits de Benachour à la littérature», selon Amine
Zaoui, l'écrivain étant un homme de théâtre et un critique.
     Cette œuvre s'inscrit, a indiqué M. Benachour, dans le prolongement des précédents
romans, dont le premier est paru aux éditions Dar El-Gharb en 2003 sous le titre Dix ans
d'isolement ; le deuxième, intitulé La Citadelle oubliée, édité en 2004 par le même éditeur, est
écrit dans un style littéraire qui a marqué les journalistes algériens qui ont rapporté des
témoignages de scènes de l'Algérie des années 1990. Toutes ses œuvres se déroulent dans
le même contexte de peur et d'angoisse qu'à vécu l'Algérie durant les années du terrorisme
sanguinaire.
     C'est par la voix des mêmes personnages que l'auteur dit vouloir inciter la société,
notamment les universitaires et les historiens, à aborder cette étape noire de la vie du peuple
algérien et analyser ses retombées sur l'homme ainsi que sur l'économie.
APS

La Nouvelle République 18 décembre 2005
Bibliothèque nationale d’Algérie
Benachour présente Hogra
     Mardi dernier, le journaliste, dramaturge et romancier Bouziane Benachour a présenté à
la Bibliothèque nationale d’Algérie son dernier roman intitulé Hogra, paru dernièrement aux
éditions Dar El Gharb. Ainsi, après Dix ans de solitude et La citadelle oubliée, Bouziane
Benachour, à travers ce troisième opus, vient ouvrir une fenêtre sur la vie menée par le petit
peuple, en s’attardant sur ses heurts et malheurs.
     Hogra raconte l’histoire, donc le quotidien, des habitants de Sidi Béchar, un village aux
prises avec toutes sortes de fléaux gangrenant la société, tels que la misère ou encore
l’injustice. Las de leur vie chaotique, les villageois vont tous se rallier autour d’un certain
Mourou Dherba, un citoyen modeste, qui se trouve être un retraité du théâtre. Le motif ?
Cette décision prise par les autorités de faire payer une taxe à tout citoyen empruntant la
route menant au cimetière.
     Mourou Dherba utilisera d’abord des moyens pacifiques pour tenter de faire changer
d’avis les autorités, avant de recourir à des méthodes un peu plus radicales, notamment les
mouvements de protestation collectifs. Les intimidations n’auront aucune incidence sur son
courage, et sa détermination ne connaîtra point de limites.
     S’inscrivant dans la même vaine que ses précédents romans, Bouziane Benachour dira
qu’avec Hogra, il boucle une trilogie sur le drame vécu par les Algériens dans les années 90,
notamment les intellectuels et les journalistes.
     Et donc, c’est par la voix des mêmes personnages qu’il tente de faire bouger les choses
et de bousculer certains ordres iniques, durement établis.
H. A.

Liberté 15 décembre 2005
“El Hogra” ou la saga des petites gens
    C’est son troisième roman, la suite de ce qu’est devenu une trilogie, après “Dix ans
de solitude” et “La citadelle oubliée”, que Bouziane Benachour a présenté mardi
dernier à la bibliothèque nationale.

     L'écrivain Bouziane Benachour a présenté, mardi passé, à la Bibliothèque nationale aux
amateurs de la littérature francophone son nouveau roman intitulé El Hogra, paru récemment
aux éditions Dar El Gharb. Ce roman est le plus proche des écrits de Benachour à la
littérature, selon
     M. Amine Zaoui, l'écrivain étant un homme de théâtre et un critique. Cette œuvre s'inscrit,
a indiqué M. Benachour, en prolongement des précédents romans dont le premier paru aux
éditions Dar El Gharb en 2003, sous le titre Dix ans de solitude. Et le deuxième roman intitulé
La citadelle oubliée, édité en 2004 par les mêmes éditions, est écrit dans un style littéraire qui
a marqué les écrits des journalistes algériens qui ont rapporté des témoignages des scènes
de l'Algérie des années 1990.
     Toutes ses œuvres se déroulent dans le même contexte de peur et d'angoisse qu'a vécu
l'Algérie durant les années du terrorisme sanguinaire. C'est par la voix des mêmes
personnages que l'auteur dit vouloir inciter la société, notamment les universitaires et les
historiens, à aborder cette étape noire de la vie du peuple algérien et analyser ses retombées
sur l'homme ainsi que sur l'économie.
     Hogra, au titre évocateur, est une œuvre qui raconte l’histoire des habitants de Sidi
Béchar — un nouveau village rongé par un tas de fléaux gonflés par la révolte face à la
misère et à l’injustice — qui vont s’organiser autour de Mourou Dherba, un simple citoyen, un
retraité de théâtre, qui s’insurge contre une drôle de décision des autorités qui feront payer
désormais une taxe à tout citoyen qui utilisera la route menant vers le cimetière.
     Mourou Dherba va commencer par utiliser des moyens pacifiques pour faire an nuler cette
décision avant de monter en créneau et organiser des mouvements de protestation. Ni la
prison ni l’intimidation d’un responsable des services de la Gendarmerie nationale ne le
dissuadent. Bien au contraire, Dherba est alimenté d’une force étrange, surtout lorsqu’il
bénéficie du soutien de ses amis et de ses voisins, qui l’encouragent encore plus dans sa
lutte menée contre les décideurs, peu soucieux de la volonté de la population.
     L’auteur peint notamment plusieurs portraits de personnages qui vont alimenter son
roman par leur force et présence ; Hamoudi le mécanicien, le meilleur ami du héros, Aoued
Sfinja, Hadja Zineb, Zaârour le postier et Osman Guinga, le brigadier. En somme, ce roman
parle des gens du peuple, accrochés à leurs principes, qui luttent pour améliorer leur
quotidien.
Rubrique Culturelle

El Moudjahid 15 décembre 2005
Bouziane Benachour présente sa dernière œuvre El Hogra
     L’écrivain Bouziane Benachour a présenté mardi à la Bibliothèque Nationale aux
amateurs de la littérature francophone son nouveau roman El Hogra paru récemment aux
éditions "Dar El Gharb".
     Ce roman est le plus proche des écrits de Benachour à la littérature, selon M. Amine
Zaoui, l’écrivain étant un homme de théâtre et un critique.
     Cette œuvre s’inscrit, a indiqué M.Benachour, en prolongement des précédents romans
dont le premier paru aux éditions "Dar El Gharb" en 2003 sous le titre Dix ans d’isolement.
Son deuxième roman intitulé La citadelle oubliée édité en 2004 par les mêmes éditions est
écrit dans un style littéraire qui a marqué les écrits des journalistes algériens qui ont rapporté
des témoignages des scènes de l’Algérie des années 90.
     Toutes ses œuvres se déroulent dans le même contexte de peur et d’angoisse qu’à vécu
l’Algérie durant les années du terrorisme sanguinaire.
     C’est par la voix des mêmes personnages que l’auteur dit vouloir inciter la société
notamment les universitaires et les historiens à aborder cette étape noire de la vie du peuple
algérien et analyser ses retombées sur l’homme ainsi que sur l’économie.

Le Soir d'Algérie 25 octobre 2005
Apprendre à dire non !
    Bouziane Benachour a présenté jeudi soir son nouveau livre intitulé Hogra au siège des
éditions Dar El-Gharb. Cette œuvre retrace la lutte d’un simple citoyen, un retraité de théâtre,
qui s’est révolté contre l’injustice. Le paiement d’une taxe aux citoyens, qui utilisent la route
menant vers le cimetière, a provoqué le courroux de Mourou Dherba, qui habite Sidi-Bechar,
un nouveau village rongé par un tas de fléaux.
    Dherba, qui refuse de courber l’échine, utilise des moyens pacifiques pour annuler cette
nouvelle décision, avant de recourir à des mouvements de protestation pour imposer le
respect des morts. Ni la prison ni l’intimidation d’un responsable des services de la
Gendarmerie nationale ne le dissuadent. Bien au contraire, Dherba est alimenté d’une force
étrange, surtout lorsqu’il bénéficie du soutien de ses amis et de ses voisins, qui l’encouragent
encore plus dans sa lutte menée contre les décideurs, peu soucieux de la volonté de la
population.
    Plusieurs portraits des personnages qui vivent dans le même village que Dherba sont
présentés dans le livre de Bouziane Benachour, édité à la maison d’édition Dar El-Ghrab,
dont Hamoudi le mécanicien, le meilleur ami du héros, Aoued Sfinja, Hadja Zineb, Zaârour le
postier et Osman Guinga, le brigadier. Ces derniers font la force de cette société, qui a appris
à dire non et à se révolter en cas d’injustice ou de mépris. Les bourdes des décideurs sont
nombreuses de l’avis de Bouziane Benachour, d’où il est nécessaire de réfléchir sur toute
décision ou démarche prise, afin d’éviter d’éventuelles confrontations entre ces responsables
et les citoyens, qui dégénèrent souvent.
Soraya H. A.

Le Soir d'Algérie 13 octobre 2005
Un combat pour des valeurs morales "non négociables"
     Hogra. Avec ce néologisme choisi pour le titre de son livre, Bouziane Ben Achour a pris le
risque de surprendre ceux qui connaissent sa forte répulsion des clichés ternis et des termes
galvaudés par les discours politiciens. Mais dès les premières pages, le lecteur comprend et
apprécie le choix du vocable pour tout ce qu’il contient d’humiliation, d’injustice, d’exclusion et
de brimades...
     Hogra, publié par Dar El Gharb en ouverture de son année éditoriale, raconte l’histoire
des habitants d’un petit douar de reclus et de ―laissés-pour-compte‖ qui sortent de la torpeur
de leur misère quotidienne pour gonfler la révolte et soutenir le combat de leur héros, Mourou
Derdba, contre le diktat et l’arbitraire des pouvoirs publics. Le lieu de l’action, un village
appelé Sidi Béchar par l’auteur, se localise très vite à Sidi-El-Bachir, l’un des quartiersdouars
qui ont poussé comme des champignons en périphérie urbaine, formant depuis
l’indépendance la ceinture de misère de la métropole oranaise.
     Mourou Derdba, un comédien retraité du TRO, révolté par une décision de ―la puissance
publique‖ voulant faire payer une taxe aux citoyens du village qui utiliseraient la nouvelle
autoroute menant vers leur cimetière, dénonce la mesure jugée injuste et humiliante et se
rebelle contre cet ―ordre établi‖ qui ne profite qu’aux intérêts du ―concessionnaire‖ du ―ruban
de bitume‖. ―Nous ne sommes pas obligés de payer de taxe parce que nous existons avant la
route...‖ Avec des arguments simples et débordants de ce bon sens populaire, Derdba plaide
sa cause avec réalisme et conviction, affirmant sa volonté ―de perpétuer le combat de ceux
qui ne peuvent plus y prendre part‖.
     Car dans ce roman de Ben Achour, où les morts et les vivants se côtoient, Mourou
Derdba incarne avec bonheur tous ces Algériens anonymes qui ne militent pas forcément
dans la défense de grandes ―causes politiques‖ ou de belles théories sur la conduite
humaine, mais qui se révoltent profondément quand il s’agit d’atteinte graves à des valeurs
morales et à des ―idées non négociables‖ et collectivement partagées. Il s’agit pour Derdba et
ses supporters du droit de se rendre facilement et gratuitement au cimetière ―pour réhabiliter
les sépultures‖.
     ―Sinon, s’interroge le héros de Bouziane, qu’adviendra- t-il de nous lorsque nous aurons
perdu les valeurs qui fondent l’espèce humaine.‖ Comment, par ailleurs, qualifier Mouloud
Derdba de seul ―héros‖ du roman sans risque de dénaturer ce florilège de portraits de
personnages succulents de vérité et d’humanisme qui traversent la fiction pour rejoindre le
vécu, tant ils semblent réels, visibles, presque identifiables sur le dur terrain des exclus et des
condamnés aux galères du quotidien difficile et de ses misères sociales récurrentes.
     Boualem Courgette, le chauffeur d’autocar, Hamoudi le mécanicien, Gainchou dit
―L’oiseau‖, Aoued Sfindja, Hadja Zineb, Khadra Bent el Menkoub, Zaârour le postier, Amar
Boussoir, le cafetier, et même Osman Guigua, le brigadier de gendarmerie placé au carrefour
de la confrontation avec Mourou Derdba... sont autant de personnages incarnant l’histoire
dans ce qu’elle a d’anodin et fertile. Une histoire croisée, multiple, revisitée par l’auteur, par
ailleurs, essayiste et dramaturge, au gré de parcours pittoresques et de tranches de vie
douloureuses, qui atterrissent tous en cet endroit oublié par le développement et frappé par la
―fatalité‖ des erreurs économiques et urbaines cumulées depuis des décennies d’incurie
politique.
     Au-delà des préoccupations sociales, bien perceptibles en arrière-plan, comme le
chômage, la pénurie de gaz butane, l’eau potable, l’environnement, la pollution de l’air par la
décharge voisine, la cherté de la vie ou encore le manque de logement. L’ouvrage de
Bouziane Ben Achour pose d’une toute autre manière la problématique de l’échec. Des
carences et des lacunes qui, dans la réalité contemporaine, ont parfois conduit à la montée
des colères sociales entraînant l’émeute et la violence contre ce qui peut représenter l’Etat
dans l’espace de vie communautaire.
     Subtilement, dans un style agréable, aéré qui puise harmonieusement dans l’écrit
journalistique, le théâtre, le roman historique, le conte populaire et le récit-fiction, Bouziane
Ben Achour plante ses personnages et ses décors et nous raconte la passion au bout de la
plume, les vicissitudes, les déboires, les préoccupations et aussi les rêves, les espoirs et les
révoltes de ces petites gens modestes que l’auteur a appris depuis très longtemps à
connaître et surtout à aimer.
    À travers Derdba, le héros de son roman, Bouziane Ben Achour écrit et décrit ce refus de
la soumission ―au fait accompli‖, de façon si bien menée et si originale dans l’acte de
raconter... que l’on peut objectivement dire que c’est là un trait de génie propre aux grands
écrivains...

Benali Si Youcef


Info Soir 19 septembre 2005
    Le journaliste et écrivain Bouziane Benachour vient de publier, aux éditions Dar El-Gharb,
son dernier roman intitulé Hogra. Ce livre est le troisième et dernier volet d’une trilogie, après
Dix années de solitude et Sentinelle oubliée. Hogra retrace le bras de fer qui oppose Mourou
Derdba, un ancien comédien à la retraite, à l'administration au sujet d'un droit de passage
dont doivent s'acquitter tous ceux qui veulent se rendre au cimetière de Sidi Béchar — un
bourg que le lecteur localise facilement comme Sidi El-Bachir, une zone d'habitation
champignon qui a poussé sur le flanc est de la ville d'Oran.
    «Mourou Derdba n'a jamais été une créature passive malgré les apparences de
bonhomie qu'il dégage», avertit l'auteur dès les premières lignes de son roman. Ce comédien
du TRO, qui a campé tant de rôles durant sa carrière artistique, se voit dans l'obligation de se
mettre dans la peau d'un autre personnage pour réclamer justice et faire revenir les autorités
sur cette idée qu'il jugeait absurde : faire payer les gens qui utiliseraient «le ruban de bitume»
qui mène vers le cimetière. Hogra est une galerie de portraits de petites gens, cette catégorie
de laissés-pour-compte qu'affectionne l'auteur au point de s'intéresser exclusivement à elles,
aussi bien dans ses romans que dans ses pièces de théâtre.
    Boualem Courgette, Aoued Sfindja, Azzouz l'Oiseau, Hamoudi le mécanicien, Khadra,
Hadja Zineb, autant de personnages attachants et sympathiques qui reflètent la richesse, la
bonté et la générosité de ces petites gens qui voient en leur héros Mourou Derdba celui qui
porte le mieux leurs espoirs et leurs aspirations. «Un artiste, qui a grandement enrichi les
fonds culturels communs de ses semblables, ne peut être mauvais», commente Aouicha Safi,
un autre personnage du roman. Bouziane Benachour sera présent au prochain Salon
international du livre (Sila) qui se tiendra au Palais des expositions des Pins maritimes, à
Alger.

APS


Liberté 14 septembre 2005
     Bouziane Benachour récidive. Mais cette fois avec un nouveau roman. Nouveau au
sens le plus plastique du terme. L’auteur de Dix années de solitude et de Sentinelle oubliée
change carrément de planète, de décor, de terroir et bien sûr d’histoire. Avec Hogra, qui vient
de paraître, notre confrère plante ses personnages et son intrigue dans le tissu urbain même
d’Oran et sa périphérie. En fait de périphérie, un douar, qu’il appelle affectueusement Sidi
Béchar mais qui n’est vraisemblablement que Sid El Bachir, l’appendice du chef-lieu. Même
les noms propres de ces héros respirent l’Ouest et le taillis de l’Oranie à pleins poumons :
―Boussoir, guigua, Derdba, Zaârour‖
     Mais au-delà de la trame d’une histoire typiquement algérienne, made in bladna, qui met
aux prises des citoyens ordinaires, y compris l’adjudant de brigade, l’auteur fait preuve dans
ce livre d’un réel talent de conteur — une flèche qui manquait jusque-là à son arc. Benachour
écrit avec un réel bonheur. L’ouvrage se lit d’un trait, d’un seul. Le style est limpide, le
langage incisif. On le parcourt jusqu’au bout, comme un polar, sans marquer de pause. Un
grand écrivain est peut être en train de naître. Nous le saluons.

M. MOHAMMEDI

El Watan 13 septembre 2005
Le combat de ceux qui ne peuvent plus y prendre part...
    Avec Hogra, fraîchement publié chez Dar El Gharb, Bouziane Ben Achour vient de
livrer le dernier opus de ce qui désormais constitue un triptyque entamé avec Dix
Années de solitude et poursuivi avec Sentinelle oubliée.

      Déroulant une saga de petites gens, de sans grades, cette trilogie est un chaleureux
hommage à tous les anonymes ou, plus exactement, aux antihéros d’une ingrate chronique
des jours, avec en toile de fond l’histoire de 40 années post-indépendance. De la sorte, si, à
l’instar des deux premiers romans, Hogra décrit par le menu le gâchis de ce segment de
l’histoire nationale à l’échelle des individus les plus vulnérables, il y ajoute le jugement en en
caractérisant la quintessence dès son titre.
      Mais qu’on se rassure, ce néologisme tant galvaudé depuis octobre 1988 n’est présent
chez Ben Achour qu’une seule fois dans le texte, comme par pudeur. Ainsi, s’il est question
de déboires d’individus, il est surtout rapporté avec une rare pénétration leurs fêlures dans ce
qu’elles ont de plus bouleversant. Cela étant, Hogra n’en raconte pas moins une contre
laquelle s’insurge Mourou Derbda. Cet homme, un comédien à la retraite, s’est pris d’être «
l’empêcheur de tourner en rond à Sidi Béchar », un populeux douar-lotissement situé à la
périphérie d’Oran.
      Ce n’est pas parce que Mourou serait au chant du cygne comme l’illustre personnage de
Tchékov. Ce n’est également pas parce qu’il a été un permanent second rôle au théâtre qu’il
s’est mis en tête d’en camper un dans la vraie vie. Lui, ce qui l’enflamme, c’est l’exaltante
mission « de perpétuer le combat de ceux qui ne peuvent plus y prendre part ». Il est
davantage Don Quichotte mais sans l’extravagance, sans folie furieuse. Il l’est mais en
situation de légitime défense comme pour les personnages de Dix Années de solitude et
Sentinelle oubliée, des personnages principaux qui étaient féminins.
      Mais, n’en disons pas plus. Notons cependant que l’intrigue qui donne corps à l’œuvre
relève toujours davantage de la situation que de l’intrigue proprement dite. En effet, Ben
Achour nous expose, encore une fois, une situation au paroxysme de la crise, un conflit sans
issue, semblable exactement à ceux qui s’achèvent dans la réalité nationale par des
débordements et le recours à la violence contre de préférence ce qui symbolise l’Etat. Cette
constante dans le triptyque fait en définitive que ce qui importe, c’est moins ce qui arrive dans
l’intrigue que la narration de ce qui est arrivé bien avant elle.
      De la sorte, cette dernière se réduit, au gré de ses bifurcations, à un prétexte pour
déboucher sur une galerie de portraits de personnages de tout acabit, des plus tristes aux
plus émouvants en passant par les plus pittoresques, avec cependant, cette fois, relativement
moins de déterminisme dans la trajectoire de leur destinée. Ces personnages représentatifs
de la société « d’en bas » sont ainsi décrits autant par leur vie intérieure que par leur
extériorité ; les tics et les manières en disant sur eux parfois plus longs que leurs tourments
intérieurs.
      Leurs patronymes également. A ce propos, le lecteur sera surpris par plus d’un, Ben
Achour s’étant de son propre aveu offert le plaisir d’en cueillir de croustillants dans un vécu
qui dépasse parfois la fiction en imagination. Enfin, pour ceux qui ont déjà connaissance des
deux premiers romans, ils ne manqueront pas de constater qu’avec ce dernier, le romancier
s’est affirmé plus sûrement. D’une part, le récit n’a plus rien de laborieux, investissant avec
souplesse les méandres de la vraisemblance. D’autre part, le style s’est dépouillé des
fioritures qui font le plaisir de la lecture de ses succulents articles de journaliste, le métier
d’écrivain prenant résolument le dessus.
      Ben Achour s’est ainsi interdit de donner aux lecteurs qui connaissent sa signature ce qui
les met en appétit à travers ses écrits dans la presse. Il n’empêche de beaux restes de
parfois sourdre à point nommé. Hogra ? A lire pour le plaisir.

M. Kali
Le Théâtre algérien, une histoire d’étapes
Théâtre - Éditions Dar El Gharb, Oran, 2004
Le Soir d'Algérie 10 mars 2005
Côté BOUQUINS
“Le théâtre algérien, une histoire d’étapes”
     Après Le théâtre algérien de 1988 à nos jours, Bouziane Benachour vient de publier un
second livre intitulé Le théâtre algérien, une histoire d’étapes. Cet ouvrage, édité à Dar El-
Gharb, retrace l’expérience théâtrale algérienne depuis 1945. L’écrivain revient alors sur les
conditions de naissance de plusieurs troupes et coopératives théâtrales avant le
déclenchement de la Révolution nationale.
     Ces dernières, explique l’écrivain, ont joué un rôle très important dans la distraction du
public lassé de cette guerre qui avait trop duré. Les comédiens ont payé le prix de ―leur
engagement et leur lutte avec bravoure‖, puisque bon nombre d’entre eux ont été arrêtés et
jetés en prison, alors que d’autres ont été torturés. Benachour évoquera aussi le grand talent
des piliers du quatrième art en Algérie, dont Mahieddine Bachtarzi, Rédha Houhou, Hassan
El-Hassani, Mohamed Touri et beaucoup d’autres. Ce travail de recherche a aussi permis de
faire la lumière sur le pan méconnu de la vie théâtrale, caractérisé par différents genres et
styles, qui ont marqué l’Algérie avant et après l’Indépendance. Cette dernière période a vu la
naissance de plusieurs troupes théâtrales, qui ont pris le relais et ont pu s’imposer, selon
l’écrivain, en dépit de plusieurs obstacles et difficultés. Benachour, qui est aussi dramaturge,
a permis de lever le voile sur ce patrimoine méconnu par le public et délaissé par les
décideurs. Combien de comédiens, qui ont fait la gloire de l’Algérie sont oubliés aujourd’hui.
Idem pour les pièces théâtrales jouées avant l’Indépendance à l’intérieur du pays et à
l’extérieur.

Soraya H. A.

El Watan 1er mars 2005
TNA-Rencontre « écho de plume »
Théâtre et motivations
    Echo de plume », rencontre hebdomadaire décidée par la direction du Théâtre national
algérien, a accueilli dimanche dernier l’auteur du Théâtre algérien : une histoire d’étapes (Dar
El Gherb, janvier 2005).

     Bouziane Benachour, journaliste à El Watan et praticien du théâtre, a fait une lecture de
son dernier texte Kharoub bladi. L’histoire de deux jeunes Algériens fomentant dans le ventre
d’un conteneur leur exil sur la rive nord de la Méditerranée. Deux personnages pas plus,
comme ce fut le cas de Mara, mara, une pièce qui a attiré en 2003 le label de l’Année de
l’Algérie en France et qui continue d’être sollicitée pour des représentations en France.
     Là aussi, Benachour a choisi de faire dans l’économie du théâtre. La distribution est
minimale, car « en écrivant, je pense à comment faire monter cette pièce ». L’auteur dit avoir
fait une autocritique de sa participation durant les années 1970/80, à un théâtre « engagé ».
Les années 1990, dit-il, « nous ont appris à mettre les pieds sur terre. » Une phase à travers
laquelle il explique sa tendance à « une écriture qui colle au spectre de l’individu ».
     Une tendance qu’il oppose inévitablement aux théâtres imposés par les figures de proue
de la pratique théâtrale en Algérie. Mais son passage à l’écriture de textes destinés à être
joués sur la scène s’explique également par un autre trait. Critique de théâtre, de par sa
fonction de journaliste à El Watan, « je passais pour être sévère ». « Je tenais à me mettre à
l’épreuve », dit-il. Quant à la parution du Théâtre algérien, une histoire d’étapes, c’est le désir
de l’auteur de « rendre justice à des hommes et des femmes oubliés » après son premier
ouvrage Le Théâtre en mouvement d’octobre 88 à ce jour (Dar El Gherb 2003)

Aziz Yemloul

Liberté 22 février 2005
Les planches du salut
Par Mustapha Mohammedi
    Journaliste, écrivain et homme de théâtre, Bouziane Ben Achour publie, chez Dar
El-Gharb, à Oran, son deuxième ouvrage sur un registre où il excelle particulièrement
et qui a fini par devenir son violon d’Ingres : la scène algérienne et ses planches. Une
saga soutenue par une galerie de portraits de comédiens zappes sur leurs courants, leurs
triomphes, leurs échecs, leurs caprices et leurs doutes.

      Il joue toujours sur toutes les cordes de ce violon et en tire parfois des notes inattendues,
avec toujours un octave au-dessus et la volonté manifeste de dépoussiérer sur pupitre toutes
les partitions d’un solfège qui risque de terminer comme une symphonie inachevée, sans
pierre tombale ni post-scriptum. Sur ce plan et sur bien d’autres, Ben Achour n’est pas près
de mettre un bémol à une recherche où nul besoin d'interroger les cimetières pour retrouver
le fil d'Ariane mais les catacombes des mémoires oubliées, occultées, dévoyées, dispersées,
éclatées.
      Après sept pièces de théâtre qu’il a écrites et où il a pris le temps de peaufiner et huiler
son art, ainsi qu’un premier livre édité chez la même maison et consacré au théâtre algérien
de ces quinze dernières années, voilà que l’auteur récidive, cette semaine, avec un autre titre
presque aseptisé, mais qui retrace l’itinéraire chaotique, contrarié et souvent en dents de scie
d’un ―masrah‖ confisqué, cette fois, par des hommes de combat, trempés dans les balles
d’acier du 8 Mai 1945.
      Des hommes liges, des hommes orchestres qui décomplexèrent la langue, porteront la
lutte et la voix des indigènes partout où ils se doivent être entendus. Kateb Yacine, Zinet,
Boubagra, Hilmi, Rédha Falaki furent de ceux-là.
      Il serait d’ailleurs injuste de ne pas citer Abdelhamid Raïs, Mohamed Réda Houhou ou
Boudia, où les talents qui ont fait le théâtre radiophonique de ce pays, même si quelques-uns
trouvent le genre mineur, marginal sans aspérité et sans aucun ancrage. En revisitant des
planches qui craquellent sous des semelles sans caoutchouc, Bouziane Ben Achour rend
finalement hommage à tous les artistes qui ont sublimé l’Algérie. Plus qu’un livre, il s’agit là
d’un véritable hymne à notre culture, à notre patrimoine, bref à tout ce qui nous reste après
avoir été un lieudit.
      Même le fantôme de l’opéra avait une adresse : la rue Morgue.

M. M.

El Watan 30 janvier 2005
Une histoire d’étapes et de référence
     Bouziane Ben Achour récidive, après Le Théâtre algérien, de 1988 à nos jours, avec un
second ouvrage sur l’art des tréteaux. En effet, Le Théâtre algérien, une histoire d’étapes »,
édité aux éditions Dar El Gharb, est un ouvrage qui traite, sans aucun jeu de mots, de
l’archéologie du 4e art.
     L’auteur revient, tout au long des 199 pages de son ouvrage, sur les longues étapes du
mouvement théâtral national comme si, au-dessous des péripéties politiques et de leurs
épisodes, il entreprenait de mettre à jour les équilibres stables et difficiles à rompre de l’art
des planches. Il aborde ses processus irréversibles, ses régulations constantes, les
phénomènes tendanciels dominants qui s’inversent après de longues continuités, les
mouvements d’accumulation et les saturations lentes.
     Il s’attaquera, sans complaisance aucune, aux « grands socles immobiles et muets » que
l’enchevêtrement de l’histoire contemporaine, la floraison de coopératives et de pièces
recouvertes par une épaisseur d’événements au point de sombrer dans l’oubli. Il exhumera,
tel un historien, les notions de « coopératives », de « compagnies » ou « des hommes-
locomotives » qui permettent d’établir entre les phénomènes simultanés ou successifs d’une
étape de notre mouvement national - de la Seconde Guerre mondiale au début des années
1970 - une communauté de sens, d’établir des liens symboliques qui, finalement, font resurgir
un principe de cohérence et d’explication d’une conscience collective aiguë chez les
architectes du mouvement théâtral national sous ses différentes facettes.
     D’ailleurs, l’auteur écrira, dès le premier chapitre : « Tentant le difficile compromis entre
une authenticité fuyante et une transgression sans cesse différée, imposée du reste par la
marche du temps, le théâtre algérien de l’après-Deuxième Guerre mondiale aura été, dans
ses flux sincères et ses reflux désordonnés, le théâtre de la course pathétique après le
cachet de la spécificité culturelle. » Ces synthèses, Bouziane Ben Achour ne les problématise
pas, mais il montre qu’elles sont toujours l’effet d’une construction dont il s’agit de connaître
les règles.
     Il montre, à travers plusieurs chapitres, que certaines sont légitimes tout en les mettant à
l’abri d’une critique qui les mette hors d’usage. Cependant, il se refuse à prendre appui sur
elles-mêmes provisoire. C’est ainsi que Bouziane Ben Achour en allant un peu plus loin,
revient dans cet ouvrage, comme par un nouveau tour de spirale sur « les filiations politiques
et philosophiques de cette mouvance culturelle (rarement mise en évidence) pour dire les
destins de ces hommes et femmes qui ont le mieux incarné l’Algérie désirée, l’Algérie des
vœux et celle des contradictions ».
     Il évoquera, tour à tour, la grandeur et le talent des précurseurs du mouvement théâtral
national, entre autres Mahieddine Bachtarzi et Rédha Houhou, et des pièces cultes (Bilal Ben
Rabah, L’Orpheline, La Fréquentation ou Le Père injuste) tombées hors du temps et figées
maintenant, hélas, dans un mutisme, le moins que l’on puisse dire, irréversible.
     Cela étant dit, l’auteur, lui-même homme de théâtre et dramaturge, en évoquant une
floraison d’œuvres individuelles, en déchiffrant les textes, voudrait faire saisir au lecteur que
la spécificité du mouvement théâtral national dans ses combats, ses rechutes, les obstacles
contournés, les conditions de son apparition, son évolution, les règles auxquelles il est
soumis et les discontinuités qui le scandent sont un héritage commun, non seulement à
exhumer mais aussi un patrimoine à partager.
     Tel est l’enseignement qui se dégage de l’ouvrage de Bouziane Ben Achour.

Le théâtre algérien (Une histoire d’étapes) Bouziane Ben Achour Editions Dar El Gharb
2005/ 207 pages
Sentinelle oubliée
Roman - Éditions Dar El Gharb, Oran, 2004
El Watan 1er août 2004
L’autre regard introspectif
   Je suis tenté de paraphraser E. Galeano qui a dit : «On peut brûler, abrutir,
expurger les traces du passé. Mais la mémoire, lorsqu'elle reste vivante, incite à
continuer l'histoire plutôt qu'à la contempler» pour illustrer la symbolique,
omniprésente, du dernier roman Sentinelle oubliée de Bouziane Ben Achour, préfacé
par Yasmina Khadra, édité par les éditions Dar El Gharb, dont la présentation et la
vente-dédicace ont eu lieu jeudi à Oran.

     En effet, BBA, judicieusement d'ailleurs, nous invite, à sa manière, de s'arrêter un instant
et faire le point sur notre histoire, contempler notre mémoire collective, à travers le vécu de
trois générations de femmes et expurger tous les vieux démons qui s'y abritent depuis des
années. Sentinelle oubliée est en fait une transposition à la limite de la caricature, au sens
noble du terme, de ce que nous sommes devenus.
     Embarquer dans une perpétuelle quête de légitimité historique, d'appartenance et
d'identification à cet «autre» mythique. L'histoire de Fillage-Diss narrée, à travers les
péripéties du personnage central de BBA, n'est en fait, qu'un hameau, parmi tant d'autres,
divorcé de son passé, en mal de repères identitaires. En fait, dans Sentinelle oubliée,
Bouziane Ben Achour met à nu la culture de l'aliénation qui nous conditionne depuis toujours.
     Il s'approprie un espace que les médias et l'école n'ont pas su combler, c'est le moins que
l'on puisse dire. Il invite le lecteur à comprendre la réalité à travers les personnages de trois
femmes et à reconstituer la mémoire. Pour que l'histoire ne se répète pas, il faut sans cesse
se la remémorer, Sentinelle oubliée en est un élément, car la mémoire n'est jamais au repos.
Elle change avec nous.
     Au fur et à mesure que les années s'écoulent, le souvenir de ce que nous avons vécu, vu
et écouté, change également. Et souvent, c'est le cas de BBA dans la bouche de sa
narratrice, il nous arrive de loger dans la mémoire ce que nous désirons y trouver. A l'ère du
zapping, l'excès d'informations produit l'excès d'ignorance. La télévision nous arrose
d'images qui naissent pour être oubliées instantanément.
     Chaque image enterre l'image précédente et ne survit que jusqu'à l'image suivante.
Chaque nouvelle est sans lien avec les autres et du passé de toutes les autres. La mémoire
de quelques-uns devient la mémoire, de tous. Ainsi, la perversion atteint-elle son paroxysme,
lorsque des pans entiers de notre mémoire collective se trouvent totalement occultés, et des
fossoyeurs de l'histoire s'érigent-ils en détenteurs de la vérité absolue et accordent rarement
un rôle à ceux qui ont fait l'histoire.
     Ceux-là, à l'instar de l'héroïne de BBA, ont plutôt droit à l'arrière-scène, comme des
figurants de cinéma qui cherchent en vain leur visage dans ce miroir déformant. Le roman de
BBA est également une invitation à nous regarder en face, voir nos tares, nos faiblesses, nos
excès et nos dérapages, faire de notre mémoire collective celle de l'authenticité sur tous les
plans et surtout celle de la réconciliation avec notre passé commun, ses zones d'ombres, ses
dérapages et ses mensonges perpétuels,…Dans sa préface, Yasmina Khadra a écrit à juste
titre d'ailleurs : «Je suis de ceux qui estiment que chacune de nos rues, chaque clairière dans
nos maquis mériterait de disposer d'un poète ou d'un romancier pour faire de son mutisme
une ascèse et de ses bruissements des fulgurances.»
     Notre mémoire collective a connu tellement de bouleversements incompréhensibles que
nous croyons assister à une éclipse de la raison, les conséquences d'une telle perversion
font que nous sommes témoins impuissants d'une sauvagerie sans précédent depuis une
décennie. Notre quotidien est fertile en signes révélateurs d'un manque de repères
identitaires qui défient ainsi, sans se l'avouer, une réalité qui ne répond pas toujours à leurs
craintes immédiates que sont le chômage, l'insécurité et la solitude.
     Et la démocratie en paie, à longue ou courte échéance. Souhaitons que, plus jamais,
nous ne vivrons plus le néfaste précédent. Sentinelle oubliée est aussi cela.

Par Ahcène Aït Saïdi
Destins croisés
Roman - Éditions Dar El Gharb, Oran, 2004
El Watan 13 juin 2004
Incommensurable malentendu
   Le volatile au plumage gris cendré avait droit à tous les égards de sa protectrice,
depuis qu'il avait trouvé refuge chez nous à la suite d'une vilaine blessure à l'aile.

     Il venait se poser régulièrement sur une épaule de maman, longtemps délaissée par le
mari. Il lui tenait compagnie, quand la télé demeurait captive consentante des discours
fleuves du président de notre destinée.» «M'barek Messaoud (le pigeon, ndlr) était devenu le
locataire préféré de son cœur. Il picorait dans sa mélancolie.» Cela, c'est du Bouziane Ben
Achour, un concentré dans l'art de la métaphore et dans la manière de ramasser en quelques
lignes tout un univers. C'est dans Destins croisés, son second roman, une œuvre dans
laquelle, si on a d'abord du mal à entrer, on s'engouffre pleinement dès qu'on se laisse
prendre par sa logique romanesque. Parce qu'il faut finir par admettre que le romancier n'écrit
pas pour distraire son lecteur même s'il lui donne à profusion le plaisir de la lecture et qu'il ne
lui déroule pas l'écheveau d'une captivante intrigue, même si ce qu'il lui raconte ne l'intrigue
pas moins.

Dramaturgie littéraire

    Ainsi, dans cette nouvelle œuvre, Ben Achour continue d'être fidèle à son vœu de
témoigner à la manière d'un Dib ou d'un Feraoun, mais lui dans la perspective d'être à contre-
courant des mémoires gommeuses. Ce nouveau roman, il l'a voulu reflet de sa société à la
manière d'une partie du théâtre algérien dont il est une des figures marquantes. A cet égard,
les clins d'œil au 4e art ne manquent pas, comme ces noms de H'lima l'aveugle ou de
Barhoum, l'un renvoyant au personnage central de El Guerrab oua salihine de Kaki et l'autre
à celui de El Litham de Alloula. Le conflit, pour emprunter au lexique du 4e art, n'évolue pas
uniquement dans Destins croisés. Il enfle dramatiquement mais sans se résorber. Aussi, Ben
Achour, en écrivain sachant emprunter au dramaturge qu'il est, fait intervenir un deus ex
machina pour y mettre fin. Et si les personnages ne changent pas à la fin, c'est le lecteur qui
aura certainement évolué. Sa confrontation avec des destins qui se croisent sans jamais
vraiment se rencontrer l'y pousse. Ces destins sont, sans libre choix, parce qu'une maudite
fatalité les enferre à être à l'image de leur village, en fait un microcosme emblématique d'une
Algérie de tous les ratages. Et pour dérouler le tout, Ben Achour, cette fois encore, convoque
une narratrice, comme si seule une femme possède la légitimité à évoquer l'indicible, celui
des mémoires meurtries.

Cour des miracles

     Alors, dans le drame clos, sont tour à tour croqués les portraits de quelques destins
tragiques. Il y a d'abord celui d'une hiératique chercheuse d'os pétrifiée dans le culte des
chouhada, une aïeule qui «ne donnait pas l'air d'être éprouvée par les événements tragiques
que nous avions subis dans notre chair lors de ces dix dernières années et qui ne nous
reconnaît aucune espèce de compassion. Elle savait à peine à qui nous faisions la guerre en
cette décennie de malheur. Grand-mère ignorait les convulsions qui agitaient notre peuple. La
guerre de dix ans, elle l'a vu passer. En acteur non concerné presque. C'est aux hommes
d'hier que je dédie mes préférences», déclarait-elle, en s'enroulant la taille avec exubérance.
Et, en vis-à-vis, elle a sa petite fille, une diplômée de l'université qui choisit de demeurer en
rade d'un bonheur jugé factice. Il y a encore Dourra/Hadjira, l'enfant du viol dans les
casemates terroristes, cet enfant dont il est question dans Dix années de solitude. Il y a
ensuite un pathétique moudjahid émasculé, un imam cocu, un veule fils de chahid, un
boucher qui «se séparait rarement de sa cigarette à base de kif qui trônait fièrement à la
commissure des lèvres. Ce consommateur invétéré de cannabis assumait pleinement cette
inclination pour cette drogue, en bourrant, tassant et enroulant sa cigarette entre ses doigts,
devant tout le monde et sans gêne aucune. Les villageois, qui connaissaient sa dépendance
avérée à cette herbe hallucinogène, qu'il cultivait lui-même, d'ailleurs, dans un enclos entouré
de tôles ondulées de récupération, ne lui tenaient nullement rigueur. Leur aversion religieuse
contre le chanvre indien était vite aplanie par les prix préférentiels accordés par le boucher
fumeur.» Ce sont ainsi alignées, à travers également d'autres portraits haut en couleur,
plusieurs générations dont les destins sont l'illustration d'un «incommensurable malentendu».
Celui que décrit précisément un Bouziane Ben Achour au mieux de son inspiration.

Par Mohamed Kali
Dix années de solitude
(Roman) - Éditions Dar El Gharb, Oran, 2003
Le Matin 6 janvier 2004
Un témoignage contre l'oubli
     Par ce roman, Bouziane Ben Achour croise les genres. Dix jours durant, le temps de
l'audition de la narratrice par une femme commissaire, le théâtre cède la place au récit. Car
Bouziane Ben Achour, journaliste au quotidien El Watan, est surtout connu pour son
penchant irréductible pour les tréteaux.
     Auteur de pièces théâtrales et essayiste, le journaliste est l'auteur des pièces Aboud 1er,
Chouf ya Ahmed, Marra marra. Il a également écrit un essai intitulé Le Théâtre en
mouvement, d'octobre 1988 à nos jours, paru en 2001 et Figures du terroir, édité la même
année. Ce dernier est un assemblage de portraits d'hommes et de femmes qui ont fait et font
encore la chanson algérienne. Dans sa démarche, il y a toujours chez Bouziane le besoin
urgent de témoigner d'une sombre actualité et la reconnaissance aux anonymes broyés par
la cascade d'événements.
     Et c'est justement aux femmes violées par les sinistres terroristes islamistes durant les
années de feu et de sang que Bouziane Ben Achour rend hommage. A celles qui n'ont plus
de voix. Le terrorisme continue donc d'inspirer les auteurs algériens car les blessures sont
encore ouvertes et la littérature s'est assignée pour mission la prohibition de l'oubli collectif.
Trop commode au goût. Le titre de ce roman paru à la fin de l'année passée, Dix années de
solitude, auquel on pourrait reprocher l'évidente similitude avec celui d'un célèbre roman,
évoque l'isolement dans lequel se retrouvent les femmes victimes de viol érigé en pratique
religieuse.
     Mais la narratrice, violée, droguée puis meurtrière, décide de rompre le silence, de
raconter ce qui lui est d'abord arrivé, au-delà de du crime qu'à aucun moment elle n'a essayé
de nier. Les rencontres avec la femme commissaire sont à l'origine d'incompréhensions. La
policière ne semble s'intéresser, au début, qu'aux confessions de la criminelle mais la
narratrice est habitée de l'obsession de dire, de raconter ses malheurs.
     Les premières phrases du livre prononcées par la narratrice soulignent ce double souci :
catharsis salvatrice et crime assumé : « Ils ne voulaient pas comprendre que je ne désirais
pas répondre à leurs questions comme ils l'entendaient eux. Je ne sais toujours pas pourquoi
ils s'étaient obstinés à n'interpréter que l'acte commis, aussi grave soit-il. » Au fil des 10
journées, ainsi est structuré le livre, elle finit par raconter sa propre histoire.
     Entre les deux femmes finissent par se tisser des liens insoupçonnés au départ mais que
l'auteur dévoile à la fin du récit. La femme flic se révèle aussi torturée que celle qu'elle a pour
mission d'interroger. Pour des raisons bien différentes dans ce cas le malheur au malheur
ressemble. Avec pour arrière-plan l'état de déliquescence de l'Algérie d'aujourd'hui, il y aussi
du suspense dans ce premier roman de son auteur.
     Bouziane Ben Achour s'est essayé au délicat exercice de sonder l'esprit malmené d'une
femme. Pour que nul n'oublie.

Samir Benmalek

Dix années de solitude
Roman de Bouziane Ben Achour
Dar El Gharb, Oran, septembre 2003 189 pages, 300 DA

La Nouvelle République 28 décembre 2003
Descente aux enfers
     Après deux premiers ouvrages, l’un consacré au théâtre algérien – dada de l’auteur – et
l’autre aux chantres de la musique du terroir, Bouziane Ben Achour a signé, il y a quelques
mois son premier roman, intitulé Dix années de solitude, sorti aux éditions Dar El-Gharb
d’Oran.
     Dans ce livre, l’auteur évoque la descente aux enfers d’une jeune femme, accusée du
meurtre de sa meilleure amie. Dix années de solitude, c’est d’abord les dix jours
d’interrogatoire subis par la criminelle, mais aussi, en filigrane, les dix dernières années
durant lesquelles l’Algérie a sombré dans les abysses de l’horreur terroriste. Dédié «à toutes
les anonymes violées dans les casemates de l’ignominie», ce roman, préfacé par Omar
Belhouchet, directeur d’El Watan dont Ben Achour se trouve être le correspondant, est la
reconstitution d’un crime crapuleux.
     Aïcha, la narratrice, est une jeune toxicomane qui n’a pas été gâtée par la vie, loin de là.
Elle a enduré le pire et, en définitive, a tué Safia de sang-froid, sa meilleure amie, pour la
voler. Le «butin» devait lui servir à s’acheter de la drogue.
     Impressionnée par les policiers chargés de l’interroger sur son crime, Aïcha trouvera des
difficultés à se confier. Elle se réfugiera alors dans sa coquille. Ce n’est qu’au moment où une
femme commissaire sera chargée de l’affaire qu’elle se décrispera et acceptera de raconter
«son» histoire.
     Dix jours durant, elle fera le va-et-vient entre le commissariat et le centre de vieillesse
dans lequel elle est provisoirement logée et tout au long de cette décade, elle replongera
dans son passé, tentant de rendre sensible à son malheur l’officier qui l’interroge.
     L’entreprise est difficile lorsqu’on s’est rendu coupable d’un meurtre aussi abject et
lorsqu’on a «fricoté» avec les milieux terroristes. Tout au long du questionnaire, elle tentera
de justifier son acte. Elle dira ne pas avoir eu le choix se cachant ainsi derrière des excuses,
parfois feintes. «Mon acte est la conséquence logique des apôtres du mal. Les cavaliers de
l’apocalypse. Avant d’être coupable, j’étais une victime des carriéristes de la mort. Une secte
d’assassins aux mœurs dissolues qui avait appris à nos enfants à aimer le sang…», dira-t-
elle en page 33. Malgré tout, Aïcha sait que son sort est scellé. Elle devine la sentence qui
sera prononcée à son encontre. Pourtant, elle continue d’espérer.
     Mais lorsqu’on tue son semblable, il ne faut pas s’attendre à voir la porte du salut s’ouvrir
devant soi. C’est d’ailleurs à juste titre que la femme commissaire lui dira que «les injustices
sociales ne peuvent tout excuser…» A la lecture de ce roman de près de 190 pages,
beaucoup d’émotion s’en dégage. Toutefois, certains reproches pourraient être faits à l’auteur
comme, par exemple, d’avoir fait parler son personnage – une illettrée – dans un français
châtié ou encore d’avoir dépeint les officiers de police, chargés d’interroger la prévenue, sous
des traits peu valorisants.
    Ceci mis à part, ce roman mérite toutefois d’être lu car il ôte un pan – un de plus – sur
cette grande tragédie vécue par le peuple algérien d’une manière générale et par les femmes
d’une façon plus particulière.

Hassina A.

Bouziane Ben Achour, Dix années de solitude, Editions Dar El Gharb, Oran, 2003, 190
pages.

Le Jeune Indépendant 30 septembre 2003
    Bouziane Benachour, journaliste et écrivain, vient de publier 10 années de solitude, paru
aux Editions Dar El-Gharb d’Oran.Bouziane s’est intéressé depuis longtemps au théâtre où il
écrit plusieurs pièces et s’exerce pour la première fois dans le genre romanesque.

    L’auteur s’inspire de la décennie dramatique qu’a traversée l’Algérie avec son lot de peur
et de terreur qui marquera à jamais des générations.Bouziane a choisi comme personnages
principaux des femmes pour tisser sa trame romanesque.

     Ce choix est sans aucun doute lié à l’image honnable qu’accorde la société algérienne à
la femme avec tout le symbole qu’elle représente dans cette culture.Ce roman raconte donc
l’amitié de deux femmes, enlevées et violées par des membres d’un groupe armé avant de
s’enfuir pour tenter de refaire leur vie.

    Elles deviennent marginales, avant que Safia, l’un des deux personnages du roman,
n’assassine sa «compagne de fortune» pour lui dérober ses bijoux. La trame du roman se
déroule durant dix jours, le temps que durera l’interrogatoire.

    Le temps pour découvrir le destin tragique de la meurtrière et de sa victime.»J’ai voulu
témoigner des dix années de massacres, de sang et de larmes vécues par notre pays.Mon
roman est un hommage à la femme algérienne.C’est elle qui a souffert plus que l’homme des
affres du terrorisme», dira-t-il.

    «La femme a été doublement victime.D’abord de la part de la société qui lui a imposé un
statut mineur et puis de la part du terrorisme qui a essayé de l’inférioriser davantage et de la
diaboliser.Mon roman ne s’intéresse pas aux femmes assassinées, mais à celles dont on a
brisé définitivement l’avenir, pour avoir été violées et laissées en vie», ajoute encore
Bouziane Benachour.

    Bouziane refuse l’étiquette de «romancier».Il se dit d’abord et avant tout journaliste.
Auteur d’un essai sur le théâtre algérien après octobre 1988 et d’une anthologie des figures
du terroir algérien, parus aux Editions Dar El-Gharb, Bouziane a signé également de
nombreuses pièces de théâtre.

    «Du fait de sa construction narrative, 10 années de solitude peut très bien être adaptée
au théâtre», dira-t-il en dramaturge averti.Il n’exclut pas cette éventualité.«On revient toujours
à son premier amour.Le mien c’est le 4e art», avoue Bouziane.

R.C.

El Moudjahid 27 septembre 2003
Un vibrant hommage à la femme algérienne
K. Smaïl
   Avec 10 années de solitude, paru aux éditions Dar El-Gharb d'Oran, le journaliste et
homme de théâtre algérien Bouziane Benachour fait sa première incursion dans le genre
romanesque. L'ouvrage est présenté actuellement au 8e SILA. Le roman raconte l'amitié de
deux femmes, enlevées et violées par des membres d'un groupe armé avant de s'enfuir pour
tenter de refaire leur vie. Elles deviennent marginales, avant que Safia, l'un des deux
personnages du roman, n'assassine sa "compagne de fortune" pour lui dérober ses bijoux. La
trame du roman se déroule durant dix jours, le temps que durera l'interrogatoire, le temps
pour découvrir le destin tragique de la meurtrière et de sa victime. "J'ai voulu témoigner des
dix années de massacres, de sang et de larmes vécues par notre pays. Mon roman est un
hommage à la femme algérienne. C'est elle qui a souffert plus que l'homme des affres du
terrorisme", dira l'auteur, dans un entretien à l'APS. "La femme a été doublement victime.
D'abord de la part de la société qui lui impose un statut de mineure et puis de la part du
terrorisme qui a essayé de l'inférioriser davantage et de la diaboliser. Mon roman ne
s'intéresse pas aux femmes assassinées mais à celles dont on a brisé définitivement l'avenir,
pour avoir été violées et laissées en vie", ajoute encore Bouziane Benachour.
    Bouziane refuse l'étiquette de "romancier". Il se dit d'abord et avant tout journaliste. Auteur
d'un essai sur le théâtre algérien après octobre 1988 et d'une anthologie des figures du terroir
algérien, parus aux éditions Dar El-Gharb, Bouziane a signé également de nombreuses
pièces de théâtre. "De par sa construction narrative, 10 années de solitude peut être très bien
adaptée au théâtre", dira-t-il en dramaturge averti. Il n'exclut pas cette éventualité : "On
revient toujours à son premier amour. Le mien c'est le 4e art".

El Watan 20 septembre 2003
Un devoir de mémoire
K. Smaïl
    Bien qu'il soit dramaturge, auteur de huit pièces théâtrales dont une à succès
montée par la troupe El Belliri de Constantine Chouf Ya Ahmed, journaliste, critique de
théâtre et ayant déjà signé deux ouvrages Le théâtre en mouvement d'octobre 88 à ce
jour et Figures du terroir consacré à la musique algérienne, Bouziane Ben Achour était
vraiment fébrile, jeudi après-midi, au stand de Dar El Gharb au Salon international du
livre d'Alger (SILA) se tenant jusqu'au 28 septembre. Et pour cause !

   Bouziane Ben Achour, venu spécialement d'Oran, étrennait sa vente-dédicace quant à
une ponte littéraire d'un nouveau livre. Un tout premier roman intitulé Dix années de solitude
paru aux éditions Dar El Gharb.

     C'est entouré, congratulé, salué ou "découvert" par ses amis, ses confrères, des visiteurs
anonymes ou tout simplement par des amateurs de bonnes feuilles, en cette rentrée
automnale, que cet auteur prolixe et prolifique, a présenté son "dernier-né". Dix années de
solitude est dédié aux femmes-courage, aux victimes expiatoires et privilégiées des groupes
armés et de leur inepte folie meurtrière lors de la tragique et mortifère décennie écoulée : "A
toutes les anonymes violées dans les casemates de l'ignominie". La préface est cosignée par
un confrère, qui n'est autre que Omar Belhouchet. "Le roman de Bouziane Ben Achour nous
plonge dans les profondeurs de la misère trop pesante. Il narre, dans un style alerte, imagé,
le cauchemar des femmes prises dans la tourmente de la barbarie islamiste. Les politiciens
eux racontent des contes. Comme ils paraissent naïfs avec leurs propagandes insidieuses
qui prêtent à sourire même grimacer. Bouziane Ben Achour sert cette juste cause (des
femmes courage et battantes)...", présentera-t-il Dix années de solitude. Parlant, non sans
pudeur et pruderie, Bouziane Ben Achour, nous confiera : "Après cette sanglante et
dramatique décennie, je me suis dit qu'il fallait laisser un témoignage. Mais en parlant à ma
manière du terrorisme. Entre l'écriture historienne et journalistique, j'ai préféré celle romancée
avec un œil témoin s'inspirant du fait réel et modestement et bien sûr sans prétention du
nouveau roman algérien à cheval entre Mohammed Dib et Yasmina Khadra. Je me suis
toujours intéressé à la mémoire collective. J'estime qu'on a pas assez écrit, filmé et dit sur
ces dix dernières années. Et puis ce roman n'est pas fait pour épater ou écrire pour écrire.
C'est une autre forme pour fixer la mémoire et ce n'est nullement calculé..." A propos du titre
du livre très "marquézien", Bouziane Ben Achour, répondra : "Le titre est symbolique. C'est
un clin d'œil à Gabriel Garcia Marquez. La misère, la bêtise humaine, les joies et les peines
sont universelles. Et puis ces femmes anonymes violées, assassinées ou kidnappées dont on
parle le moins...". Bref, Dix années de solitude, est un devoir de mémoire. A lire, absolument !

K. Smaïl
El Watan 25 août 2003
Par Yacine Alim
    Le roman que publie Dar El Gharb restitue avec acuité ces dures années durant
lesquelles l'obscurantisme projetait d'étouffer nos cris de liberté. L'histoire relate l'impitoyable
parcours d'une femme ordinaire, soumise aux traditions avilissantes qui enclavent encore de
nos jours la vie dans les sociétés arabo-musulmanes. Cette femme par nature obéissante et
toujours résignée demeure pourtant l'unique vigile durant nos longues périodes de ténèbres.

L'Algérienne, malgré ses nombreuses contributions à l'émancipation de la société jusques et
y compris durant les plus redoutables années de l'occupation coloniale depuis les premiers
Romains jusqu'aux sanguinaires soldats de Bugeau à Bigeard allait encore une fois subir les
affres de la dénégation sous les coups de boutoir d'islamistes rétrogrades, intégristes et
sanguinaires. Ces sinistres descendants de Hassan Sabbah, ce sanguinaire fondateur de la
secte des assassins et qui emprunta à la sauvagerie sans doute le mot le plus honni du
langage humain. Cette descente aux enfers, commanditée, programmée et exécutée par les
pires ennemis de l'humanité, s'attaquera d'abord aux symboles de la modernité : les
intellectuels et les femmes. Surtout celles porteuses d'une réelle émancipation qui seront les
cibles préférées des hordes islamistes. Si durant la décennie de tous les abus, seule la
presse indépendante et progressiste se fera un devoir de dénoncer ces dérives
monstrueuses, il était normal que ce soit justement un intellectuel et de surcroît journaliste à
la fibre culturelle avérée qui tentera avec d'autres, une écriture romanesque de cette période.
Ainsi, Bouziane Ben Achour ne fait que prolonger le travail d'investigation de toute la
corporation, dont il participe. Il le fait avec les outils et la sensibilité de quelqu'un qui a
réellement vécu la tragédie au milieu de son peuple. Ses femmes sont d'un réalisme
poignant. Leurs multiples douleurs sont celles que ces jeunes filles à l'adolescence
chancelante et fébrile ont endurées dans leur chair. Ces viols et ces souillures qu'elles
porteront seules au milieu d'une société tétanisée, voire asservie, seront une terrifiante
charge que ni la compassion d'un jour ni l'émotion feinte ne viendront, un tant soit peu,
soulager. Les crimes commis par ces sanguinaires, notamment sur nos mères, sœurs et
femmes ne peuvent en aucune manière être expiés par une scélérate entourloupette
hypocritement enrobée dans un langage fielleux et totalement discordant. En donnant la
parole à ces femmes blessées, violées, violentées, l'auteur, quelque part, sauve l'honneur de
la tribu. Non seulement, il prend le risque de naviguer à contre-courant n'est-ce pas là le
propre de l'intellectuel ? Mais il ose nous rappeler que la tragédie que nous feignons d'oublier
est encore parmi nous. Ses germes persistant risquent, si l'on n'y prenait pas garde, de
rejaillir avec autant de violence que de haine. Ce faisant, Bouziane Benachour ne fait que
poursuivre ce combat contre l'oubli.

L'école des femmes-courage

     Dans son roman, les femmes, dans les situations poignantes, renvoient aux rudes
épreuves qui les feront indifféremment victimes, veuves, orphelines et parfois criminelles. Car
dans leur déchéance, la mort donnée et la mort reçue ne sont que le miroir dans lequel
s'accomplissent, avec parfois un certain détachement et une abominable accoutumance, les
crimes les plus odieux. C'est ainsi que le parcours de Aouicha, le personnage principal, n'est
qu'une succession d'échecs. Face à une multitude de faits, elle finit par s'abandonner à son
sort. Même lorsqu'elle trouve une alliée de circonstance pour l'écouter et atténuer sa douleur,
elle persiste à se culpabiliser au point d'accepter son sort non seulement avec détachement,
mais aussi avec soulagement. Née sous un mauvais angle, dans un mauvais rêve, entourée
de préjugés asservissants, elle finira par s'admettre et abdiquer, pour ensuite se soumettre.
Par moments, on la sent capable d'en rajouter, rien que pour en finir avec cette vie pleine
d'oppressions. En dramaturge accompli, l'auteur n'hésite pas à rétablir cette ambiance
délétère dans laquelle nous nous sommes laissés glisser, qui par calculs, qui par manque de
vigilance. La lecture de ce roman ne laisse aucune place à la concussion qui guette nos
esprits. Par lâcheté, on éprouvera beaucoup de peines à y entrer, tant l'ambiance est
rebutante. On en ressort totalement lessivé. Réconcilié ? Pas si sûr, tant la blessure est
encore douloureuse et la culpabilisation insupportable.
Figures du terroir
(Biographies artistes) - Éditions Dar El-Gharb, Oran, 2003
La Nouvelle République 21 mai 2003
L'hommage du cœur aux artistes
Par Hassina A.
    Après un premier ouvrage de fond, consacré au théâtre national post-88, paru il y a
quelques mois chez Dar El-Gharb, notre confrère Bouziane Ben Achour vient de publier chez
le même éditeur un deuxième livre intitulé Figures du terroir.
    Publication de référence pour tous les artistes et journalistes travaillant dans le domaine
culturel, cet ouvrage apporte des informations très exhaustives sur les artistes algériens, qui
ont marqué de leur empreinte notre terroir, entre hier et aujourd'hui.
    Travail d'investigation qui a, sans doute, nécessité à son auteur des efforts soutenus, ce
présent livre peut être aussi considéré comme un bel hommage à des chanteurs qui ne sont
pas, nécessairement, du goût de la jeunesse d'aujourd'hui.

     Il est, sans doute, évident que peu de gens connaissent El Maâlma Tetma, Abdelkader
Ould Laïd, Serrour Hasni et d'autres encore. Mais l'auteur, grâce à cet ouvrage aura permis
de remettre au goût du jour certains styles, et de faire sortir de l'oubli sinon de l'anonymat des
artistes de talent.
     Loin de se limiter à une présentation laconique ou sommaire, dans laquelle il se
contenterait de rappeler le parcours du chanteur, Bouziane Ben Achour a préféré présenter
chaque artiste dans un style quelque peu intime.
     De Fadéla Dziria à Sabah Essaghira, en passant par Sadek Lebdjaoui, Dahmane El-
Harrachi, Ali Maâchi, Hocine Chabati, Cheikha Rimiti, Cheikh Hamada, Mami, Hasni, Khaled
et d'autres, l'auteur dit qu'"ils ont été d'authentiques architectes de sens, de sons et de
rythmes et peuvent aujourd'hui, se prévaloir en tant qu'artistes de la parole et d'instruments
de musique, d'avoir possédé une extraordinaire puissance d'envoûtement" et d'ajouter qu'ils
"produiront de sublimes chefs-d'œuvre symphoniques dans les plus immatériels des arts : la
poésie, la musique et la chanson dans ses versants multiples…". Qu'ils soient stars du
haouzi, du raï, du kabyle, du chaâbi ou de l'andalous, Bouziane Ben Achour n'a eu aucun mal
à en parler avec toute la force des mots qui est sienne.
     Ainsi dira-t-il de Fadéla Dziria qu'elle fut "certainement la plus douée de sa génération,
elle sut imprégner aux plaintes esseulées leur raison d'être et aux rebellions tenaces, un
cadre d'expression efficace…".
     De Ali Maâchi, il précisera qu'"il avait la force de transmuter le doute en conviction et la
capacité de transformer le sens apparent des mots en un généreux amour de la patrie. En
homme de foi, il sut libérer le verbe pour dire que ses chansons n'avaient d'autres fonctions
que celles exigées par l'émancipation. L'émancipation de tous les jougs…".

   Ce bel hommage rendu par l'auteur à une soixantaine d'artistes, nous réconcilie par la
même, avec notre patrimoine artistique dans sa dimension la plus large et confère, enfin à la
musique de notre terroir, la reconnaissance qui lui revient de droit.

     Gageons que d'autres ouvrages, dans la même vaine, viennent saluer le talent et
l'engagement d'autres artistes algériens, qu'ils aient brillé sur la scène, derrière l'écran ou
ailleurs dans notre riche paysage culturel.

Bouziane Ben Achour, Figures du terroir, éd. El Gharb, Oran 2003, 232 pages.



Le Théâtre en mouvement, d’octobre 88 à ce jour
(Théâtre) - Éditions Dar El Gharb, Oran, 2002
El Watan 17 novembre 2002
Editions Dar El Gharb / Le théâtre en mouvement
   Bouziane Ben Achour, journaliste et dramaturge, vient de publier aux édition Dar El
Gharb son premier livre intitulé Le Théâtre en mouvement, d’octobre 88 à ce jour.
     Tout au long des 270 pages de son livre, l’auteur, fort de sa longue carrière d’une
trentaine d’années de pratique théâtrale, retrace le cheminement du mouvement théâtral
algérien pas à pas avec le regard du critique de théâtre et du praticien, présent dans toutes
les manifestations théâtrales aussi bien nationales qu’internationales, et il compte déjà sept
pièces à son actif. La mutation est accompagnée, au jour le jour, dans ses balbutiements
douloureux et ses convictions inébranlables. Elle est approchée avec le regard d’un
connaisseur qui a fait du théâtre sa passion première et de l’écriture son devoir absolu.

œuvre-témoignage

     Loin des œillères de l’idéologie et distant des formules passe-partout et des rhétoriques
pour gens avisés. L’ouvrage se veut avant tout, une œuvre de témoignage et un clin d’œil à
l’endroit de tous ceux qui ont d’abord résisté par les mots et la gestuelle qui habillent
l’espérance. L’auteur n’a pas la prétention de couvrir l’ensemble de l’actualité théâtrale de ces
dernières années mais sa contribution à l’écriture de l’histoire de l’art dramatique algérien est
une nécessité absolue pour tous ceux qui s’intéressent à l’art des planches. Bouziane Ben
Achour en parfait chercheur de mémoire restitue les méandres de cette expression artistique
tant de fois meurtrie par l’assassinat et l’exil. Son style d’approche est plus emprunté à
l’écriture de l’émotion, à celle des tripes, qu’à l’écriture universitaire et /ou académique. Les
frémissements du nouveau théâtre sont exprimés d’abord par le rappel du labeur des
compagnies théâtrales qui sont apparues après 1988. «Ce sont elles qui sont derrière la
véritable mue du quatrième art algérien», nous confiera B.B.A. Il évoque leur naissance et
surtout l’environnement dans lequel elles ont vu le jour. Il ajoutera : «Le retour en arrière a été
jugé nécessaire pour, d’une part, mieux comprendre cette mutation et, d’autre part, réhabiliter
les hommes et les femmes qui ont entretenu le flambeau de cet art autochtone qui s’est
toujours rangé du côté des plus faibles.» Il cite également les formes concrètes de gestion de
ces nouvelles troupes. B.B.A. rend hommage, certes à sa manière, à tous ceux dont le
combat, l’espoir et la vie sont dédiés au théâtre et à sa pérennité. A tous ceux qui ont bravé,
au péril de leur vie, tous les dangers juste pour continuer à faire rêver à travers leur raison
d’être, leur art maintenu sous perfusion durant la décennie noire. L’ouvrage de Bouziane Ben
Achour est et se veut avant tout une œuvre témoignage sur les péripéties de l’art des
tréteaux. Il n’est pas exhausif encore moins restrictif car il est en perpétuel mouvement
comme l’indique à juste titre d’ailleurs son intitulé. L’auteur de l’ouvrage Le Théâtre en
mouvement, d’octobre 88 à ce jour n’a nullement la prétention d’avoir fait le tour de la
question, encore moins d’avoir restitué toutes ses lettres de noblesse au théâtre ni aux
adeptes de l’art des tréteaux, mais cet ouvrage a au moins le mérite d’être là. Il constituera,
sans aucun doute, une référence, une œuvre bibliographique pour les étudiants en art
dramatique, faite par un homme pour qui la vie rime avec le «théâtre».

Par A. S. Ahcène

Le Matin 18 novembre 2002
    Bouziane Benachour revient dans un essai sur 15 ans d'activités théâtrales en
Algérie


La triste épopée du quatrième art
    Les éditions Dar El Gharb, domiciliées à Oran, viennent de publier un livre intitulé Le
théâtre en mouvement : Octobre 88 à ce jour du journaliste et dramaturge Bouziane
Benachour.
    L'ouvrage se veut une rétrospective « condensée » qui, au travers de ses 270 pages,
permet au lecteur de se faire une idée sur la structuration du théâtre en plein mouvement,
amorcée notamment à la faveur des coopératives théâtrales indépendantes. Bouziane
Benachour, qui livre une expérience de près d'une trentaine d'années en tant que journaliste
ayant suivi les péripéties du quatrième art, témoigne ainsi des mutations qu'a connues le
théâtre algérien en partant de cette date-phare d'Octobre 1988. L'auteur commence par
donner un bref rappel historique du théâtre algérien qui « voit le jour de manière assez
régulière à partir de la seconde moitié des années 1920. Timide dans sa forme et son fond, il
n'a qu'une autonomie partielle et continue de s'appuyer dans ses références majeures au
théâtre d'importation », écrit-il en décrivant les différentes étapes chronologiques qui ont
jalonné l'évolution du théâtre algérien. Il estime que si la décennie 1990 « a été épouvantable
à tous les points, elle est, paradoxalement, la plus riche en coups d'accélérateur donnés au
quatrième art en Algérie ». L'ouvrage propose des exemples concrets sur les uvres et les
parcours artistiques individuels d'hommes, de femmes et de productions qui ont construit ce
théâtre. Mahieddine Bachetarzi, Rachid Ksentini, Ould Abderrahmane Kaki, Mohamed
Boudia, Mustapha Kateb, Kateb Yacine, Abdelkader Alloula, Sirat Boumediene, Azzedine
Medjoubi comptent parmi ces figures qui ont édifié et façonné l'art scénique algérien. Pour
l'auteur, la mue a été amorcée surtout par les compagnies indépendantes en soulignant que
« c'est en dehors des grandes villes côtières, pourvoyeuses traditionnelles de pièces et de
figures de théâtre, qu'il convient d'aller chercher les promesses d'une relève du théâtre
algérien. En effet, c'est dans des villes comme Aïn Defla, Bordj Bou Arréridj, Miliana, Guelma,
Koléa, Sidi Bel Abbès et Constantine que reprend le flambeau ». Clin d'il, Le point, Tin Hinan,
Lam alif, Es-sabil d'Oran et bien d'autres troupes indépendantes font partie de ces
coopératives qui ont assuré cette relève. L'espace scénique, l'adaptation, la critique théâtrale,
le théâtre algérien au féminin, le théâtre en langue amazighe, le rapport art/argent sont entre
autres chapitres parmi la trentaine qui composent ce livre.
« Par ce modeste apport, nous souhaitons entrouvrir le débat autour d'une expression
artistique maintenue, à notre avis, à la périphérie de la réflexion », dira Bouziane Benachour.
APS

				
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posted:7/2/2010
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pages:22
Description: Bouziane Ben Achour mascara