Jouer un conseil de classe avec des élèves-délégués en formation

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Jouer un conseil de classe avec des élèves-délégués en formation Powered By Docstoc
					  Jeux drôles ou pas drôles… quelques expériences à se mettre sous la dent

        Mis en place par des collègues dans leurs classes de la seconde à la terminale,
                          en Tronc commun, en option ou en ECJS

Jouer une séance de tribunal (Maryline Rochette)
Ce jeu de rôle a été mené à plusieurs reprises en ECJS et en option de 1 ère ES. Soit il a fait suite à une
visite au tribunal correctionnel, soit au visionnage d’un documentaire de La 5 intitulé « l’esprit des
lois » et présentant une séance aux assises. Les élèves se sont bien investis dans le travail de recherche
sur les rôles des différents personnages dans une cour et ont été sensibilisés au fonctionnement de la
justice. Par contre, lors de la simulation, l’enseignante a été frappée par certains élèves jouant le rôle
des personnages du tribunal dans la démesure. Le Procureur par exemple était présenté comme un
« affreux ». A la discussion, il s’est avéré qu’ils l’avaient perçu comme tel par les élèves lors de
l’audience réelle.

Jouer une négociation à l’OMC en TES (Maryline Rochette)
Présence d’un demi groupe d’élèves. Chacun représentait un pays. Des documents (variés,
contradictoires) avaient été distribués à l’avance pour que chacun s’approprie son rôle mais comprenne
aussi dans quelle négociation il se situait.

Quelques critiques de l’enseignante sur le déroulement du jeu :
- les élèves avaient une connaissance trop superficielle des pays qu’ils étaient censés représenter.
Quelques recherches complémentaires auraient été nécessaires pour mieux connaître la situation du
pays et son implication dans la négociation. Savoir par exemple ce que le pays exporte, ce qu’il
produit…
- ne pas avoir travaillé avec élèves sur ce qu’était un compromis, le coût d’une négociation qui dure
ou n’aboutit pas pour les pays concernés. L’enseignante a eu l’impression que les représentants des
pays faisaient tout pour que la négociation n’aboutisse pas.

Deux autres propositions sont apportées par les collègues pour aider les élèves à mieux s’imprégner
des rôles ou pour approfondir les argumentations :
- mieux cadrer le thème. Ne pas jouer par exemple une négociation (en général) sur les céréales mais
la négociation qui s’est déroulée réellement sur le coton ou le sucre. Cela permettrait de partir d’un
dossier de presse sur un round précis.
- plutôt que de faire jouer tous les élèves en même temps et donc de multiplier les pays en présence
(avec probablement les pays très proches du point de vue économique), il serait possible de mettre en
scène des délégations. Par exemple, trois élèves constituent la délégation du Brésil, un seul ira
négocier à la fois. On pourra prévoir un ou des temps de concertation mais aussi la possibilité de
changer de représentant en cours de jeu.

Jouer un conseil de classe avec des élèves-délégués en formation (Pascal Binet)
Les délégués étaient appelés à jouer les différents personnages d’un conseil de classe (enseignants,
CPE, parents…). Ils avaient à leur disposition de vrais bulletins d’élève anonymés. Des enseignants
participants à la formation et d’autres délégués étaient chargés d’observer la scène. La discussion
ultérieure a permis de tirer quelques règles de conduite à tenir en conseil.
Pour ce type de jeu de rôle, peu de préparation a été nécessaire ; souvent, les élèves délégués n’en sont
pas à leur première expérience. Leur vécu est un atout de premier ordre.

Jouer une discussion dans une entreprise pour réaliser des choix de production (Pascal Binet)
Cette expérience s’est avérée très concluante. Elle ne portait pas sur un débat mais sur une mise en
situation concrète, pour laquelle les élèves avaient un vécu. Les élèves ont préalablement visité
l’entreprise Dynastar (fabricant de ski). Le jeu portait donc sur les discussions que pouvaient avoir les
différents membres d’une entreprise pour la fabrication de skis. Les personnages représentés allaient
des salariés, jusqu’au directeur financier…Chaque groupe disposait pour prendre sa décision de divers
documents dont un extrait du compte d’exploitation, le chiffre d’affaires, une approximation des CI…
Il devait alors synthétiser ses décisions sur une feuille A4. Type d’informations attendues : combien de
ski produire ? Nombre d’heures nécessaires ? type d’organisation du travail ? Quels consommations
intermédiaires ?…
Au final, certains groupes faisaient travailler leurs salariés 46 heures, d’autres ne s’étaient pas rendus
compte qu’ils perdaient de l’argent. D’où l’intérêt de la mise en commun et de la discussion en grand
groupe.

Jouer à un groupe d’individus échoués sur une île déserte (Alain Manel)
Jeu mis en place en classe de seconde, en milieu d’année (souhait du collègue de connaître les élèves).
Il s’inspire de deux expériences : celle du jeu de l’île (créé par le Groupement français d’éducation
nouvelle – GFEN, expérimenté partiellement lors du SEL des SES en 2002) et celle d’une mise en
situation présentée par Elisabeth David lors de ce même SEL.

La classe est partagée en 3 groupes de 8 élèves qui ont vécu, pendant plusieurs séances des temps de
réflexion en groupe à propos d’une situation de jeu qui leur avait été donnée. En gros, les élèves
étaient arrivés sur une île. Dans un premier temps, il n’avaient pas de précision sur leur avenir (d’où
des stratégies pour tenter de quitter l’île). Par la suite, ils apprenaient qu’ils ne pourraient pas partir.
L’idée était, à un moment donné, d’inscrire leurs décisions dans le temps.

Une règle du jeu importante : dans chaque équipe, un élève était chargé de faire le récit de ce qui
s’était passé en petit groupe.

Déroulement :
1ère séance (environ 1 h 30) : très libre. Un temps long de discussion en groupe précède une mise en
commun : que s’est-il passé ? Comment les élèves ont-ils survécu ? Comment les décisions ont-elles
été prises ?
2ème séance (même principe pour les suivantes) : l’enseignant commence par un bilan des événements
de la séance précédente et des décisions qui ont été prises.
Conclusion de l’enseignant : les stratégies suivies (construire un radeau, attirer un bateau…) ont
échoué. Vous êtes affaiblis. Vous êtes manifestement bloqués ici pour longtemps. Il va falloir prévoir
comment survivre sur l’île.
L’enseignant leur décrit alors les conditions géographiques, climatiques de l’île.

Les groupes disposent donc d’une nouvelle séance de réflexion pour s’organiser. L’enseignant leur
diffuse des informations sur la façon de produire (chaque groupe a des conditions de production
différente, chacun possède un « avantage comparatif » mais la situation des autres groupes n’est pas
connue). Les groupes utilisent une fiche de comptabilité qui leur indique ce que leur terre permet de
produire, avec quelle main d’œuvre, quel outillage…L’enseignant passe dans les groupes tous les 15-
20 minutes (temps fixé pour représenter environ 2 ans) et faire le bilan de ce qui ont produit, de leur
possibilité de survie…

Objectif de l’enseignant :
Réfléchir avec les élèves à la façon de gérer les relations avec les autres membres du groupe.
Faire émerger la nécessité de l’échange avec les autres groupes, en passant notamment par une
spécialisation dans une production.

Matériellement, les séances de cours utilisées sont les blocs de 2 heures (1 ère année sur 6 séances, 2 ème
année sur 4 séances). Les TD en ½ groupe ont été affectés au cours (avec une référence régulière à ce
qui se déroulait lors du jeu de rôle)

La présentation de cette expérience en seconde est suivie d’un temps de discussion avec les collègues.
Question importante sur la façon pour l’enseignant d’intervenir dans le jeu.
Est-on dans le « joué d’avance » ou dans la régulation ?
En fait, l’idée est qu’il existe plusieurs projets d’organisation politique, sociale acceptables.
L’important est que les élèves réalisent l’existence d’enjeux, de choix. A partir du moment où les
différents projets s’inscrivent dans la durée, toutes les décisions économiques, sociales … deviennent
politiques.

Jouer un procès au tribunal pour juger un acte raciste. (Laurent Tarillon)
Un travail a été mené en ECJS sur le racisme ; Le procès est intervenu en fin de parcours. L’objet du
procès était un fait divers. Les élèves ont joué la défense et la partie civile.
Déception de l’enseignant qui a constaté que lors du procès, les élèves avaient plus creusé et donc
développé les causes possibles de cet acte raciste sans juger nécessaire de s’interroger sur ce qu’est le
racisme (alors que le travail préalable portait sur cette réflexion).

Proposition : les élèves ne sont peut-être pas conscients du fait qu’un procès est parfois un moyen
médiatique de défendre une cause et donc que les plaidoiries peuvent dépasser le cas individuel. Il est
peut-être possible de parler de tels procès dans la préparation du jeu de rôle.

Débat entre des personnalités du monde du travail sur la flexibilité (Thomas Blanchet)
Constitution des chacun des dossiers par l’enseignant
Les groupes en présence étaient les suivants : patronat, syndicat, les économistes keynésiens, un
gouvernement de droite. Le cours a été construit à partir du débat mais l’enseignant était un peu déçu
par la superficialité des arguments.

Une proposition est faite pour aider les élèves à étoffer leurs argumentations : la préparation, avant le
débat, d’une fiche indiquant la position défendue par le personnage ou le groupe, ce que le groupe peut
anticiper des arguments des autres parties, ce qu’il pourra répondre à de telles prises de position.


Et pour finir, trois remarques pour tout ceux qui souhaiteront se lancer ou se relancer…

Le jeu de rôle nécessite de cadrer la situation mais il convient aussi de laisser une marge de jeu aux
élèves. Lors d’un jeu de rôle sur une négociation patron / salariés, un collègue reconnaît avoir été
déçu par le déroulement des discussions. Il admet avoir distribué aux élèves toute « l’histoire » du rôle
que les élèves étaient censés jouer.

Des idées pour clore un débat :
- Permettre à chaque intervenant, en quelques minutes de formuler son idée la plus importante.
- Faire formuler, individuellement et à l’écrit un argument qui a déstabilisé sa position

Le jeu de rôle pose de problème de l’évaluation, lorsqu’il arrive en fin de parcours. En effet,
l’enseignant attend généralement de la séance que les élèves réinvestissent les connaissances qu’ils ont
acquises lors du travail de préparation.
Or, quand ils jouent, les élèves ne disent pas tout ce qu’ils ont appris. Souvent, jouer le rôle prime sur
la richesse de l’argumentation. Plusieurs enseignants soulignent alors la nécessité d’un temps de
synthèse (fiche, mise en commun, recours sur le jeu…).

Laurence Maurin.