Working poor» en France

W
Document Sample
scope of work template
							écoflash
                                                                                                                         ISSN 0296-4449




                                                                                                F É V R I E R 2001
                                              C E N T R E N AT I O N A L D E D O C U M E N TAT I O N P É D A G O G I Q U E
80

82
83
84
85
86
87
88
89
90

92
93
94
95
96
97
98
81




91
« Working poor »
en France                                                          YANNICK L’HORTY




       Pour 1,3 million de personnes en France, le fait de travailler                           Par ailleurs, on s’interroge sur le par-
                                                                                            tage des fruits de la « croissance retrou-
ne permet pas d’échapper à la pauvreté. Ces travailleurs pauvres                            vée » et sur le devenir de ceux qui
                                                                                            peuvent en être exclus : les bénéficiaires
posent un redoutable problème de cohérence aux politiques de                                de minima sociaux, les chômeurs de
                                                                                            longue durée, ou encore, les bas salaires.
l’emploi. L’enjeu porte à la fois sur la redistribution, puisque l’on ne                    Du point de vue de la justice sociale, il
                                                                                            est souhaitable que la croissance ne
dispose encore d’aucun instrument permettant de soutenir leurs                              s’accompagne pas d’un approfondisse-
                                                                                            ment des inégalités et de la pauvreté.
revenus, et sur l’incitation au travail, car l’architecture du système de

prélèvements et de transferts est                                                           REDISTRIBUTION
                                                                                            ET INCITATION
en l’état très pénalisante pour ces          donne pour la politique de l’emploi. Alors
                                             que dans les années 1990, tous les efforts         Ces deux préoccupations, la justice
travailleurs. Avec le nouveau pro-           portaient sur le soutien à la demande de       sociale et l’incitation sont particulière-
                                             travail, la question de l’offre de travail     ment présentes dans les débats autour
jet de « prime pour l’emploi », ces          devient de plus en plus présente dans les      des travailleurs pauvres. La notion
                                             débats. Pour que la réduction du chô-          même de pauvreté laborieuse, beau-
problèmes ne seront résolus                  mage se poursuive, trois conditions doi-       coup moins utilisée en France que dans
                                             vent être remplies : il faut continuer à       les pays anglo-saxons (le fameux « wor-
qu’en partie.                                créer des postes de travail, ce qui pose       king poor »), tient du double registre de
                                             la question de la poursuite de la crois-       l’équité, qui relève de la distribution des
                                             sance et de son contenu en emploi ; il         revenus, et de l’efficacité qui met en
                                             faut aussi trouver des personnes sans          jeu la situation au regard de l’emploi

A     vec un rythme de croissance annuel
      moyen supérieur à 3 % depuis
1998, l’économie française a créé 1,2
                                             emploi qui soient formées pour ces
                                             postes, ce qui pose la question des poli-
                                             tiques de formation initiale et continue :
                                                                                            (encadré p. 3).
                                                                                                Il y a un vide à combler du côté des
                                                                                            instruments redistributifs dont disposent
million d’emplois marchands et le taux       il faut, enfin, que ces personnes acceptent    les pouvoirs publics. Il n’existe, en effet,
de chômage a baissé de plus de 3 points      d’occuper ces postes de travail, ce qui        aucun instrument de politique écono-
pour s’établir à 9,2 % fin 2000. De telles   soulève le problème de l’offre de travail et   mique permettant de soutenir les revenus
performances constituent une nouvelle        des incitations à la reprise d’emploi.         de cette catégorie de travailleurs. En rele-   1
    vant le niveau du Smic, par exemple, on                                                         l’offre de travail. Il rapporte la variation
    ne touche pas que les travailleurs pauvres      QUAND LE TRAVAIL                                des prélèvements et des transferts à celle
    et surtout, on ne touche pas tous les tra-      NE PAIE PAS                                     du revenu brut d’activité: si une heure de
    vailleurs pauvres. De même, ces per-                                                            travail en plus rapporte 50 francs de
    sonnes ne seraient pas ou peu concernées             Ces enjeux incitatifs et redistributifs    salaire et se traduit par une baisse des
    par un relèvement des minima sociaux            prennent une toute autre ampleur lorsque        prestations sociales de 40 francs, le taux
    ou des prestations chômage. Elles ne            l’on considère le système de prélèvements       marginal de prélèvement de cette heure
    bénéficieraient pas davantage des réduc-        et de transferts tel qu’il fonctionne           de travail est de 80 %). C’est le cas des
    tions de l’impôt sur le revenu. L’enjeu est     aujourd’hui en France. Ce système est très      emplois à temps partiel rémunérés à un
    ici de se donner un instrument de redis-        pénalisant pour les travailleurs pauvres.       salaire proche du Smic ou des emplois
    tribution qui soit ciblé sur les travailleurs   Dans de très nombreuses configurations          à temps plein qui sont occupés sur une
    les plus défavorisés.                           d’emploi, ces derniers pourraient gagner        durée limitée de l’année. On qualifie ces
         Au-delà de ces aspects redistributifs,     à peu près autant ou même davantage             zones de «trappes à pauvreté». Leur exis-
    le soutien aux revenus des travailleurs         s’ils ne travaillaient pas. Dès lors, loin      tence a été largement étudiée [6] et [7].
    pauvres peut trouver des justifications         d’être incitatif, le système est en l’état      La courbe des taux marginaux de prélè-
    du point de vue de l’incitation au retour       non-incitatif. Il pose aussi un sérieux pro-    vement a ainsi une forme en U assez
    à l’emploi. Ce thème est celui qui est le       blème de justice, dans la mesure où il          prononcée, avec des taux élevés aux
    plus discuté en France où il fait l’objet de    paraît difficile d’expliquer pourquoi le fait   deux extrémités de la distribution. Une
    vives controverses [3] et [4]. On peut          de travailler devrait rapporter moins que       heure de travail en plus rapporte peu
    résumer l’essentiel des débats en s’inter-      le fait de ne pas travailler.                   aux plus riches du fait de la progressivité
    rogeant sur l’ampleur du sous-emploi                 Cette situation a plusieurs origines.      de l’impôt sur le revenu, et peu aux
    volontaire et de la sensibilité de l’offre de   La première réside dans la dimension dif-       pauvres en raison de la nature différen-
    travail aux incitations monétaires.             férentielle du revenu minimum d’inser-          tielle ou dégressive des transferts
         Si les deux sont élevés, on peut, en       tion, qui diminue d’un franc pour chaque        sociaux.
    accordant un supplément de revenu aux           franc de revenu d’activité gagné par son             Depuis la fin des années 1990, de
    travailleurs pauvres, contribuer à la réduc-    bénéficiaire. Cela correspond à un taux         nombreux changements ont été intro-
    tion du chômage, parce que le retour à          marginal de prélèvement de 100 % pour           duits dans le système de prélèvements
    l’emploi sera plus rémunérateur pour les        tous les revenus d’activité jusqu’à l’équi-     et de transferts afin d’atténuer ces effets
    chômeurs. Mais ce supplément de revenu          valent du montant du Rmi (qui équivaut          de « trappes à pauvreté. » La loi contre
    aura aussi pour inconvénient de rendre          à un demi-Smic pour une personne                l’exclusion a amélioré le mécanisme
    moins intéressant pour un travailleur           seule). Pour une personne seule, il n’y a       d’intéressement au sortir du Rmi. Depuis
    pauvre le fait d’occuper un meilleur            donc aucun gain monétaire à occuper             le 1er janvier 1998, le taux marginal de
    emploi, voire même d’inciter des tra-           un emploi à mi-temps rémunéré au Smic           prélèvement sur les revenus d’activité
    vailleurs non pauvres à devenir travailleurs    (pour un couple, il peut n’y avoir aucun        est ainsi de 0 % jusqu’à la première
    pauvres. En favorisant les transitions du       intérêt monétaire à occuper un emploi           déclaration trimestrielle de ressource,
    chômage vers les emplois peu rémunéra-          à temps plein au Smic). La deuxième rai-        puis de 50 % pendant les trois trimestres
    teurs, on défavorise les transitions des tra-   son réside dans les prestations sous            suivants. La mise en oeuvre de la cou-
    vailleurs pauvres vers de meilleurs emplois,    conditions de statut ou de ressource qui        verture maladie universelle, la réforme
    au risque de rigidifier leur situation.         sont versées aux personnes les plus défa-       des allocations logement annoncée lors
         Si au contraire le chômage volon-          vorisées : exonération de la taxe d’habi-       de la conférence sur la famille et la
    taire et la sensibilité de l’offre de travail   tation, neutralisation des revenus              réforme des dégrèvements de la taxe
    aux incitations monétaires sont faibles,        d’activité et de remplacement dans les          d’habitation permettent elles aussi de
    ces avantages et ces inconvénients              ressources considérées dans l’allocation        lisser les effets de seuil. Néanmoins, ces
    seront limités.                                 logement, aide médicale gratuite, aides         changements restent insuffisants. Au
         Le problème est que l’on ne dispose        sociales versées au niveau local, etc.          bout d’une année, l’intéressement prend
    que d’un très petit nombre de travaux           Toutes ces prestations sont diminuées           fin et le bénéficiaire du Rmi perd le
    économiques appliqués sur données               voire perdues lorsque l’on quitte le Rmi        bénéficie de sa reprise d’emploi. D’autre
    françaises, qui permettent de mesurer           pour occuper un emploi (les prestations         part, les aides sociales versées au niveau
    l’ampleur des incitations monétaires à          sous conditions de statut créent en outre       local, et souvent sous conditions de sta-
    la reprise d’emploi et le niveau du chô-        d’importants effets de seuil).                  tut, génèrent toujours d’importants effets
    mage volontaire [3] et [5]. En particu-              La nature différentielle du Rmi, com-      de seuil au sortir du Rmi.
    lier, l’étude de Guy Laroque et Bernard         binée à ces transferts dégressifs avec le            Cette « surtaxation » des travailleurs
    Salanié [3], assez largement reprise et         revenu, est à l’origine de zones de reve-       pauvres peut en outre contribuer au
    controversée, conclut à l’importance du         nus d’activité où les taux marginaux de         creusement des inégalités de revenus.
    chômage volontaire sur un champ très            prélèvement dépassent nettement les             Au sein des couples, il n’est pas avanta-
    restreint (elle ne porte que sur les            100 % (le taux marginal de prélèvement          geux d’avoir une seule personne qui tra-
    femmes en couple et sur les travailleurs        est un indicateur synthétique des gains         vaille pour une rémunération proche du
2   à temps complet).                               monétaires associés à des variations de         Smic, surtout à temps partiel. Il est pré-
                                                   TABLEAU
férable que les deux conjoints travaillent
ou qu’aucun ne travaille. Précisément,             PAUVRETÉ ET SITUATION D’ACTIVITÉ (en milliers)
tout au long des années 1990, on assiste             Activité                                 Niveau de vie                    Niveau de vie
                                                                                                en dessous                       au dessus
à une réduction de la part des couples                                                     du seuil de pauvreté             du seuil de pauvreté
mono-actifs et à une hausse de celle des             Actifs au moins six mois                      1 820                           23 947
couples bi-actifs et de celle où aucun                 En emploi au moins un mois                     1 305                           22 440
des deux conjoints ne travaille.                       En emploi aucun mois                            515                             1 507
                                                     Inactifs au moins six mois                    1 526                           17 190
                                                     Ensemble                                      3 346                           41 137
                                                    Champ : personnes de 17 ans et plus selon leur activité entre avril 1996 et mars 1997.
                                                                                         Source : Insee-DGI, enquête Revenus fiscaux, 1996. Tiré de [2].
POLITIQUE DE L’EMPLOI :
LA COHÉRENCE EN QUESTION

     Les travailleurs pauvres posent un            laissent toutes présumer une forte aug-              gements de cotisations sur les bas
redoutable problème de cohérence aux               mentation : développement très impor-                salaires avec plusieurs dispositifs suc-
politiques structurelles, dont l’objet est         tant du travail à temps partiel depuis               cessifs à partir de 1993. Il s’agit, ensuite,
d’améliorer la situation de l’emploi. Ils          1992, développement des contrats à                   des aides accordées pour l’emploi de
témoignent de l’incohérence des poli-              durée déterminée qui occupent une part               travailleurs à temps partiel, avec l’abat-
tiques exclusives, qui favorisent uni-             croissante dans le total des emplois,                tement forfaitaire instauré en 1992 et la
quement la demande de travail en                   stabilité de la population des salariés              possibilité de cumul avec les allège-
négligeant l’offre. En d’autres termes, ils        au Smic. Quelle que soit l’ampleur de                ments sur les bas salaires, par ailleurs
soulignent tout l’intérêt d’une action « à         cette augmentation du nombre de tra-                 longtemps non proratisés (un mi-temps
deux mains » sur le marché du travail.             vailleurs pauvres, elle sera dans tous les           payé à deux fois le Smic horaire béné-
     On ne dispose que d’une seule                 cas « étroitement corrélée » avec le suc-            ficiait d’autant de baisses de cotisations
mesure statistique du nombre de tra-               cès des politiques de l’emploi menées                qu’un plein temps payé au Smic).
vailleurs pauvres en France, celle de              dans les années 1990. Ces politiques                 Il s’agit enfin d’un cadre institutionnel
l’Insee pour l’année 1996 (encadré). En            ont, en effet, concentré l’effort sur le             qui n’a pas entravé le développement
toute rigueur, on ne sait donc pas si leur         soutien à la demande de travail avec                 des contrats à durée déterminée (plus
nombre a ou non augmenté sur la der-               un ensemble de dispositifs très propices             exactement, le code du travail est très
nière décennie. On dispose cependant               au développement des travailleurs                    restrictif sur les conditions d’emploi des
de multiples indications indirectes qui            pauvres. Il s’agit, tout d’abord, des allè-          CDD, mais ces restrictions ne sont mani-
                                                                                                        festement pas appliquées en pratique).
                                                                                                        Tous ces dispositifs sont autant de fac-
                      QUI SONT LES TRAVAILLEURS PAUVRES ?                                               teurs favorables au développement
  Un travailleur pauvre est un individu qui travaille et vit au sein d’un ménage pauvre. Au             d’une pauvreté laborieuse.
  sens de l’Insee, une personne travaille lorsqu’elle se déclare active (en emploi ou au chô-                Or, ces politiques ont manifestement
  mage) six mois ou plus dans l’année, dont un mois en emploi. Le seuil de pauvreté est                 eu quelques succès sur le front des créa-
  quant à lui fixé, de façon tout aussi conventionnelle, à la moitié du niveau de vie médian            tions d’emploi. Alors qu’il diminuait aupa-
  de l’ensemble des ménages dont la personne de référence n’est pas étudiante (3 500 F par              ravant, le nombre d’emplois peu qualifiés
  mois pour une personne seule et 7 350 F pour un couple avec deux enfants).
  En appliquant cette définition à l’enquête « Revenus fiscaux de 1996 », l’Insee vient de
                                                                                                        s’est stabilisé à partir de 1994 et aug-
  recenser le nombre de travailleurs pauvres en France : 1,3 million (dont 60 % d’hommes),              mente régulièrement depuis 1997. Il en
  soit 6 % de l’ensemble des travailleurs et plus de la moitié de l’ensemble des pauvres ([1],          va de même de la part de l’emploi peu
  [2]) (tableau). En dénombrant également toutes les personnes qui cohabitent avec un tra-              qualifié dans l’emploi total [8].
  vailleur pauvre, on obtient plus de deux millions de personnes, auxquelles il faut ajou-              Le travail à temps partiel a fortement aug-
  ter 830 000 enfants qui vivent dans un ménage de travailleur(s) pauvre(s) (avec au total
                                                                                                        menté depuis 1992, ainsi que les formes
  70 % de femmes). Ces chiffres sont très sensibles au seuil de pauvreté retenu : en fixant
  celui-ci à 60 % du revenu médian, le nombre de travailleurs pauvres passe de 1,3 à 2,4                flexibles d’emploi (CDD, etc.). Toutes ces
  millions. Le fait d’occuper un emploi ne permet donc pas toujours, d’échapper à la                    évolutions ont eu des conséquences favo-
  pauvreté.                                                                                             rables sur le contenu en emploi de la crois-
  Cette notion de travailleur pauvre comble un vide dans les catégories utilisées pour                  sance, elles ont également contribué à ce
  décrire le marché du travail. Ces travailleurs pauvres ne sont pas toujours des bas salaires;         qu’un nombre croissant de salariés occupe
  ils ont parfois des rémunérations supérieures au Smic, n’occupent pas systématique-
  ment des emplois précaires et ne sont pas nécessairement à temps partiel. Ils sont tra-
                                                                                                        des emplois faiblement rémunérés pour
  vailleurs pauvres parce qu’ils conjuguent certaines de ces caractéristiques individuelles             une durée du travail très limitée sur
  avec des caractéristiques particulières du ménage auquel ils appartiennent, (taille et                l’année. Le développement des travailleurs
  nombre de ses membres contribuant à ses ressources) [2]. À l’inverse, de nombreux bas                 pauvres est bien une conséquence directe
  salaires ne sont pas des travailleurs pauvres, et il en va de même des travailleurs précaires         du succès des politiques de l’emploi des
  et des salariés à temps partiel s’ils appartiennent, par exemple, à un ménage de revenu
                                                                                                        années 1990.
  élevé, surtout s’ils n’ont pas d’enfants à charge. Toutes ces catégories d’emploi, cou-
  ramment utilisées dans les débats économiques, sont donc insatisfaisantes du strict                        Se pose alors un problème de cohé-
  point de vue des inégalités de revenus et de la justice sociale.                                      rence entre ces politiques et l’architecture
                                                                                                        du système de prélèvements et de trans-            3
ferts. Il paraît, en effet, peu cohérent de   ensemble. Après la censure du Conseil           du ménage, ainsi que de la taille de ce
soutenir massivement la demande de tra-       constitutionnel, d’autres mesures ont été       dernier ; la complexité et les délais qui
vail peu qualifié tout en pénalisant par      envisagées : hausse du Smic compensée           en résultent pour les bénéficiaires dans la
ailleurs le retour à l’emploi de ces tra-     par une réduction des cotisations patro-        perception du supplément de revenu.
vailleurs. Cela permet d’expliquer en par-    nales, baisse des cotisations salariales.            Tout d’abord, avec les instruments
tie pourquoi le développement du travail      Toutes ces mesures ont des effets éco-          salariaux tels qu’une hausse du Smic ou
à temps partiel s’est accompagné en           nomiques identiques : relever le salaire        une baisse des prélèvements sociaux,
France d’une progression sans précédent       net au voisinage du Smic sans augmen-           l’aide est déterminée en fonction du
du « temps partiel contraint ». Près d’un     ter le coût du travail.                         salaire horaire, alors qu’elle dépend du
salarié à temps partiel sur deux déclare           Pour agir au travers de la redistribu-     salaire mensuel ou annuel avec les ins-
aujourd’hui à l’enquête emploi de l’Insee     tion, on dispose également de nom-              truments qui agissent sur les revenus dis-
qu’il souhaiterait travailler davantage.      breuses possibilités. On peut évoquer           ponibles. Le surcroît de revenu est donc
C’est la proportion la plus élevée            l’impôt négatif proposé par Milton Fried-       proportionnel au temps de travail dans le
d’Europe, où elle est mesurée sur des         man, l’allocation universelle soutenue          premier cas, alors qu’il est inversement
enquêtes analogues, alors que le taux de      par P. Van Parjis, ou encore les multiples      proportionnel au temps de travail, à
temps partiel de la France est dans la        propositions de crédit d’impôt ou de sub-       salaire horaire fixé, dans le second cas.
moyenne européenne. Or, les travailleurs      ventions à l’activité qui ont été formulées     Avec la ristourne de CSG et de CRDS, par
à temps partiel se déclarent d’autant plus    en France depuis la fin des années 1990.        exemple, un salarié au Smic à mi-temps
contraints, qu’ils ont des rémunérations      Le point important est que toutes ces           aurait vu son salaire augmenter du même
faibles et travaillent sur des durées heb-    propositions, même si elles ont été for-        pourcentage qu’un salarié au Smic à
domadaires courtes.                           mulées par des personnalités de sensi-          temps plein, c’est-à-dire d’un montant
     Une réponse cohérente serait de          bilités opposées, sont équivalentes dans        absolu deux fois plus faible. Avec une
revenir en arrière sur les politiques de      leur mise en oeuvre pratique. L’alloca-         allocation compensatrice de revenu, en
l’emploi des années 1990. C’est ce qui a      tion compensatrice de revenu proposée           revanche, un salarié à mi-temps aurait
été fait en partie avec le passage aux        en France par Roger Godino dans l’une           dans tous les cas de figures perçu un
35 heures, qui a fourni l’occasion de sup-    des dernières notes de la fondation             montant absolu plus élevé qu’un salarié à
primer les aides spécifiques accordées au     Saint-Simon en est une autre illustra-          temps plein. Pour les salariés rémunérés
temps partiel (avec la suppression de         tion [9]. Il s’agit de tirer un trait reliant   au niveau du Smic horaire, le montant de
l’abattement forfaitaire et la proratisa-     le niveau du Rmi à celui du Smic. Dans          l’aide augmente avec le temps de travail
tion des allègements de cotisation sur        cette proposition, le trait est une droite :    dans le premier cas, ce qui avantage les
les bas salaires). Mais si cette stratégie    avec un Rmi pour une personne seule             temps pleins, alors qu’il diminue avec
était généralisée, on devrait renoncer        situé à environ un demi-Smic, cela              cette durée dans le deuxième cas, ce qui
aussi au succès de ces politiques en          revient à ramener le taux marginal de           avantage les temps partiels ou réduits sur
termes de réduction du chômage et à           prélèvement à un niveau constant situé          l’année (alternance de phase de chômage
l’enrichissement de la croissance en          autour de 50 %. Un travailleur qui              et d’emploi à temps plein).
emplois qui en est résulté. L’autre réponse   accepterait d’occuper un emploi lui rap-             Ensuite, une hausse du Smic ou une
cohérente réside dans le soutien aux          portant l’équivalent du Rmi en revenu           baisse des prélèvements sociaux aug-
revenus des travailleurs pauvres. C’est un    d’activité, verrait ses revenus d’assis-        mente le revenu du travailleur: c’est une
moyen de «dépénaliser «l’offre de travail     tance diminuer de moitié (contre 100 %          aide individualisée ; alors qu’en agissant
peu qualifié et de réduire le « temps par-    avec le Rmi actuel). Un résultat analogue       par les transferts ou les prélèvements,
tiel contraint », tout en redonnant leurs     est obtenu avec un impôt négatif ou une         l’aide est accordée au ménage : elle est
cohérences aux politiques de l’emploi.        allocation universelle dès lors que l’on        donc « familialisée ». Dans le premier cas,
                                              prend en compte leur condition de finan-        l’aide est indépendante des revenus non
                                              cement. Il n’y a en réalité qu’une seule        salariaux de l’individu, du revenu du
DEUX CLASSES D’INSTRUMENTS                    catégorie de mesure avec beaucoup de            conjoint et de la taille du ménage. Dans
                                              noms différents (même si, au sein de            le second cas, tous ces éléments inter-
    Il y a deux moyens de soutenir les        cette catégorie, il peut exister de nom-        viennent, comme c’est le cas dans l’impôt
bas revenus: agir en amont, sur la feuille    breuses variantes selon les paramètres          sur le revenu. Un salarié au Smic aurait
de paie, ou en aval par les transferts et     effectivement retenus, c’est-à-dire selon       par exemple bénéficié de la ristourne de
les prélèvements.                             la forme du trait reliant le revenu mini-       CSG et de CRDS, même s’il n’avait pas
    Pour agir sur les salaires nets des       mum au salaire minimum).                        d’enfant à charge et même si son
personnes les plus défavorisées, on peut           Ces deux ensembles d’instruments,          conjoint travaillait à plein temps à un
relever le salaire minimum ou réduire les     ceux qui agissent sur les salaires nets et      salaire correspondant à cinq fois le Smic.
prélèvements sociaux et fiscaux qui grè-      ceux qui agissent sur le revenu dispo-          Ce n’est pas le cas avec l’autre catégorie
vent le salaire brut. Le projet du gou-       nible, se distinguent fondamentalement          d’instruments.
vernement d’instaurer une ristourne           par trois caractéristiques : la prise en             Enfin, les deux types d’instruments
dégressive de CSG et de CRDS entre            compte du temps de travail ; la prise en        se distinguent dans leur complexité de
1 Smic et 1,4 Smic s’inscrit dans cet         compte des autres revenus de l’individu et      mise en oeuvre et dans les délais de ver-     4
    sement du supplément de revenu. Une                            GRAPHIQUE.
                                                                   COMPARAISON DE LA PRIME POUR L’EMPLOI ET D’UNE ALLOCATION
    allocation compensatrice de revenu ou
                                                                   COMPENSATRICE DE REVENU
    un crédit d’impôt requiert un inventaire                       1- A. MONTANT DE L’AIDE EN FONCTION DU REVENU D’ACTIVITÉ
    des ressources du bénéficiaire. Cela se                                                         20000
    traduit par l’existence d’un délai entre
                                                                                                    18000
    un changement de situation profession-
                                                                                                    16000
    nelle ou salariale et un changement dans                                                                                                  ACR
    le montant de l’aide versée. En bref, la                                                        14000

    perception de l’aide par le bénéficiaire                                                        12000

    est différée. Une hausse du Smic néces-                                                         10000
    site moins d’informations et profite                                                             8000
    immédiatement aux intéressés.
                                                                                                     6000
         Au total, on voit que les deux classes
                                                                                                     4000
    d’instruments ont des propriétés diffé-                                                                                                                                 Prime pour l'emploi
    rentes. L’outil salarial est individualisé,                                                      2000

    immédiat et « proratisé » à la durée du                                                                  0
                                                                                                                 0   0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9        1   1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 1,7 1,8 1,9                                                2
    travail. L’outil redistributif est « familia-
    lisé », différé et « proratisé » au revenu,                     Lecture : l’échelle des abcisses correspond à la rémunération annuelle relativement au Smic.
    indépendamment de la durée du travail.                          L’échelle des ordonnées correspond au montant annuel de l’allocation.
    Il en résulte une différence majeure de                        1-B DU REVENU D’ACTIVITÉ AU REVENU DISPONIBLE
    ciblage: l’outil salarial est un instrument                                                     2
    de soutien aux salaires horaires, l’outil                                                      1,8
    redistributif permet de soutenir les bas
                                                                     Revenu net rapporté au Smic




                                                                                                   1,6
    revenus de ceux qui travaillent. Il est le
                                                                                                   1,4
    seul en mesure d’être ciblé sur les tra-
    vailleurs pauvres, au prix cependant d’un                                                      1,2
                                                                                                                                         Prime pour l’emploi
    décalage dans le temps.                                                                         1

                                                                                                   0,8
                                                                                                             ACR
                                                                                                   0,6
    LA PRIME POUR L’EMPLOI :                                                                       0,4
                                                                                                                                        Rmi
    UN COMPROMIS
                                                                                                   0,2

        Cette présentation reste théorique.                                                         0
    Dans les faits, il est toujours possible de                                                          0       0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9        1       1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 1,7 1,8 1,9                                                    2
                                                                                                                                               Revenu brut rapporté au Smic
    modifier le barème d’un transfert ou d’un
    prélèvement social, son assiette et ses
    conditions d’éligibilité, pour cibler davan-
    tage telle ou telle population. Une aide au                Elle peut aussi être ciblée de façon pri-                                                    seule dont le revenu d’activité s’élevait
    revenu disponible peut ainsi être conju-                   vilégiée sur telle ou telle zone de revenu.                                                  à un demi-Smic. Les barèmes complexes
    galisée (elle ne tient pas compte du                       La proposition de Roger Godino donnait                                                       de l’Earned Income Tax Credit aux États-
    nombre d’enfants), voire individualisée.                   ainsi l’aide maximale à une personne                                                         Unis et du Working Families Tax Credit



    BULLETIN D’ABONNEMENT.
        Oui je m’abonne à Écoflash (10 numéros/an) au prix de 115 F (17, 53 €) • Bon à retourner à CNDP/Abonnement, B. 750,
        60732 Sainte-Geneviève Cedex ou au CRDP de votre académie • Relations abonnés: 03 44 03 32 37 • Télécopie: 03 44 03 30 13
                                                  PRIX
                                                                                                                                                                                RÉGLEMENT À LA COMMANDE
               TITRE           CODE                                                                QUANTITÉ          TOTAL                                                      •Par chèque bancaire ou postal à l’ordre
                                         FRANCE          ÉTRANGER                                                                                                               de l’Agent comptable du CNDP, ou à
                                         115 F           130 F                                                                                                                  celui du CRDP de votre académie
            ÉCOFLASH            J                                                                                                                                               • Par mandat administratif à l’ordre de
                                        17,53 €          19,81 €
                                                                                                                                                                                l’Agent comptable du CNDP,
                                                                                                                                                                                CCP Paris – Code établissement 30041,
                                                                                                                                                                                code guichet 00001
        Nom, prénom (écrire en majuscules)                                                                                                                                      n° de compte 09 137 23 H 020, clé 14
                                                                                                                                                                                Nom de l’organisme payeur :
                                                                                                                                                                                ............................................................................
        Établissement                                                                                                           Signature et cachet de l’organisme payeur       N° de CCP ......................................................
                                                                                                                                                                                Merci de nous indiquer le n° de RNE de
                                                                                                                                Prix valables jusq’au 31 juillet 2001           votre établissement ....................................
        N° Rue, voie, boîte postale
                                                                                                                                VENTE À L’UNITÉ 14 F (2,13 €) • À la Librairie de l’éducation, 13, rue du Four,
                                                                                                                                75006 Paris • Dans les librairies des CRDP et des CDDP • Par correspondance à
        Localité                                                                                     Code postal                CNDP/Distribution, 77568 Lieusaint Cedex, ou au CRDP de votre académie.
5
    au Royaume-Uni constituent d’autres                   Si « la prime pour l’emploi » est une                        La «prime pour l’emploi» a clairement
    illustrations de la souplesse de ces ins-         solution de compromis, elle demeure                          des vertus redistributives et incitatives.
    truments. Les effets incitatifs et redistri-      néanmoins très proche de la classe des                       Mais elle n’est pas ciblée sur les tra-
    butifs d’un dispositif de soutien aux bas         instruments salariaux, comme l’a sou-                        vailleurs les plus défavorisés. Le coeur de
    revenus doivent être analysés sur la base         haité le gouvernement. Ce faisant, elle                      cible est constitué des travailleurs rému-
    de l’ensemble de ces paramètres.                  est essentiellement ciblée sur les bas                       nérés au Smic horaire, qui occupent un
         Le nouveau projet du gouvernement,           salaires horaires et l’est beaucoup                          emploi à temps complet toute l’année.
    la «prime pour l’emploi» effectue un com-         moins sur les travailleurs pauvres (gra-                     Les gains sont donc les plus importants
    promis entre les deux classes d’instru-           phiques p. 5). Contrairement à ce que                        lorsque l’on passe d’un temps partiel ou
    ments. Cette prime relève de la classe des        suggèrent ces graphiques, les montants                       d’un emploi précaire vers un emploi stable
    dispositifs salariaux: c’est un mécanisme         budgétaires redistribués sont du même                        à temps complet, mais ils sont faibles
    individualisé et « proratisé ». Pour autant,      ordre de grandeur, dans la mesure où il                      lorsque l’on passe du chômage à un temps
    elle emprunte des caractéristiques propres        y a beaucoup plus de salariés au voisi-                      partiel ou à un emploi précaire. Ce fai-
    aux dispositifs agissant sur le revenu dis-       nage du Smic à temps plein qu’à celui                        sant, la « prime pour l’emploi » ne permet
    ponible : l’aide est différée (elle prend la      du Smic à mi-temps. Il s’agit là du cas                      pas d’éliminer les zones de « trappes à
    forme d’une réduction d’impôt ou d’un             d’une personne seule mais la conclu-                         pauvreté». L’aide la plus massive est don-
    chèque du Trésor public), ses conditions          sion est qualitativement la même pour                        née à la fin d’un parcours d’insertion et
    d’éligibilité tiennent compte du revenu           tout type de ménages : « la prime pour                       non au début. Toutefois, même si l’on ne
    du ménage et, dans une moindre mesure,            l’emploi » est nettement moins concen-                       dispose toujours pas d’un instrument ciblé
    de sa taille. Il s’agit d’un outil fiscal qui     trée sur les plus bas revenus d’activité                     sur les travailleurs pauvres, la «prime pour
    « mime » un dispositif salarial.                  qu’une allocation compensatrice de                           l’emploi» crée un véritable précédent dans
         Le projet du gouvernement prévoit            revenus. Elle donne peu à beaucoup, là                       les outils redistributifs. Il s’agit du pre-
    une mise en oeuvre partielle dès 2001             où l’allocation compensatrice de reve-                       mier instrument fiscal permettant de sou-
    avec une montée en charge progressive             nus donne beaucoup à peu. « La prime                         tenir les revenus des travailleurs situés
    jusqu’en 2003 où le dispositif atteindrait        pour l’emploi » bénéficie le plus aux                        dans le bas de la hiérarchie des salaires.
    sa pleine maturité. L’aide serait alors au        salariés à temps plein (au-delà de 0,9
    maximum de 9000 F par an pour un                  Smic), alors qu’une allocation com-
    couple de salariés au Smic à temps plein          pensatrice de revenus est plus favo-                         YANNICK L’HORTY
    et de 4 500 F pour une personne seule au          rable pour les salariés à temps partiel                      PROFESSEUR
    Smic à temps plein, correspondant à une           ou réduit.                                                   À L’UNIVERSITÉ D’ÉVRY-VAL D’ESSONNE
    hausse du revenu d’activité d’un peu plus
    de 6 %. Comme dans les dispositifs sala-
    riaux, ce montant croît avec la durée du          BIBLIOGRAPHIE
    travail pour un salarié rémunéré au Smic
    horaire, jusqu’au temps plein.                    [1] Lagarenne Ch., Legendre N. Les Travailleurs pauvres, « Insee Première », n° 745,
         Pour bénéficier de la « prime pour           octobre 2000.
    l’emploi », il faut avoir un revenu d’acti-       [2] Lagarenne Ch., Legendre N. Les Travailleurs pauvres en France : facteurs indivi-
    vité compris entre 0,3 et 1,4 Smic (ce            duels et risques familiaux, « Économie et statistiques », n° 335, 2000.
    qui exclut les temps partiels les plus            [3] Laroque G., Salanié B. Une décomposition du non emploi en France, « Économie et
    courts) et appartenir à un foyer fiscal           statistiques », n° 331, 2000.
    dont le revenu déclaré est en dessous de          4 Conseil d’analyse économique. « Plein emploi : rapport de J. Pisanni – Ferry ». Paris : La
    certains plafonds, variables selon la taille      Documentation française, 2000. (Les Rapports du Conseil d’analyse économique ; 30)
    du ménage. Ces plafonds sont toutefois            [5] Piketty Th. L’Impact des incitations financières au travail sur les comportements indi-
    assez élevés : ils vont de 1,5 Smic pour          viduels: une estimation pour le cas français, «Économie et prévision», n° 132-133, 1998.
    une personne seule jusqu’à près de                [6] Eyssartier D., Paillaud S. Pâris, un outil d’évaluation dynamique du système fis-
    quatre Smic pour un couple avec deux              calo-social, « Économie et statistiques », n° 308/309/310, 1998.
    enfants. Le dispositif prévoit une majo-          [7] Laroque G., Salanié B. Prélèvements et transferts sociaux : une analyse descriptive
    ration forfaitaire pour un couple (de 500         des incitations financières au travail, « Économie et statistiques », n° 328, 1999.
    F par an) et pour chaque enfant du                [8] Gubian A., Ponthieux S.- Emplois non qualifiés, emplois à bas salaires et mesures
    ménage (de 200 F dans un couple et                d’allègement du coût du travail. « Premières informations et premières synthèses »,
    400 F pour une personne seule). Puisqu’il         décembre 2000.
    s’agit là de montants annuels, l’aide est         [9] Godino R. Pour la création d’une allocation compensatrice de revenu, « Notes de la
    de fait très peu « familialisée ».                fondation Saint-Simon », février 1999.
                                          755 A0120




                                                      PUBLICATION DU CENTRE NATIONAL DE DOCUMENTATION PÉDAGOGIQUE - ÉTABLISSEMENT PUBLIC À CARACTÈRE ADMINISTRATIF
                                                      29, RUE D’ULM-75230 PARIS CEDEX 05 - DIRECTEUR DE LA PUBLICATION: CLAUDE MOLLARD - RÉDACTEUR EN CHEF: ALBERT COHEN -
                                                      SECRÉTARIAT, RÉDACTION TÉL : 01 46 12 83 38 - MAQUETTE : CATHERINE VILLOUTREIX - IMPRESSION : IMPRIMERIE DU CNDP –
                                                      31, RUE DE LA VANNE, 92541 MONTROUGE CEDEX - COPYRIGHT CNDP - DÉPÔT LÉGAL 1 e TRIMESTRE 2001
6

						
Related docs