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Rimbaud

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					Arthur Rimbaud – Voyelles
Informations de base :
    ·   Séquence prévue pour une période de 2 heures et 30 minutes
    ·   Destinée à des élèves de 5ème générales
    ·   Objectif : découverte et analyse de deux poèmes d’Arthur Rimbaud
    ·   Proposition didactique : le poème « Bateau Ivre » n’est que survolé. On le présente comme
        une œuvre incontournable. Mais le cours est plus relâche. On ne voit qu’une partie du
        poème et seulement en globalité.
    ·   Proposition didactique : expliquer la théorie de Robert Faurisson (1961) sur la signification de
        Voyelles. Ce petit ex-cursus est très apprécié des apprenants, surtout s’ils ont suivi l’analyse
        classique


Introduction


    ð Inscrire l’auteur et le titre du poème au tableau
    ð Annoncer le programme du cours : biographique, contexte historique, contextualisation dans
      l’œuvre générale de Rimbaud, lecture par les élèves + le professeur et analyse.

Nous allons, au cours de cette séquence, étudier le célébrissime poème d’Arthur Rimbaud, intitulé
Voyelles.



Vie d’Arthur Rimbaud


    ð Inscrire quelques éléments théoriques clés au tableau pour la prise de notes
    ð Préciser aux élèves qu’on ne note pas tout au tableau et qu’ils doivent donc suivre. La
      stagiaire insistera néanmoins sur les éléments très importants qui sont ci-dessous soulignés.
    ð Avez-vous déjà entendu parler d’Arthur Rimbaud ? Qu’en avez-vous retenu, vers quelle
      époque a-t-il vécu ?

Arthur Rimbaud naît le 20 octobre 1854 à Charleville-Mézières, dans le Nord de la France. Son père,
militaire de profession, est souvent absent tandis que sa mère est de nature dévote, susceptible et             Commentaire [T1]: qui est pieux et
                                                                                                                très attaché aux pratiques religieuses
austère, attitude qu’il rejettera toute sa vie. L’école va lui permettre de s’éloigner de l’emprise
familiale et de découvrir les plaisirs de la lecture. Il est d’ailleurs brillant au Collège, premier en latin
et en français, il s’éveille déjà pour la poésie.

Dès 1870, Rimbaud subit l’influence de Georges Izambard, professeur du Collège de Charleville-
Mézières. Ce dernier fait découvrir au jeune poète les célébrités parnassiennes : Leconte de Lisle,             Commentaire [T2]: Charles Marie
                                                                                                                René Leconte de Lisle, 1818-1894, chef de
Verlaine, Banville, … avec lesquelles Rimbaud entretient une correspondance, allant jusqu’à envoyer             file du mouvement parnassien.
quelques œuvres de son cru à Théodore de Banville.

                                                                                                           1
Le 29 août, en pleine guerre franco-prussienne, Rimbaud fugue pour la première fois. Il sera arrêté à
Paris deux jours plus tard. Conduit en prison et libéré le 4 septembre, il réitère sa démarche le 7
octobre mais se rend cette fois à Bruxelles puis à Douai, au Nord de Charleville-Mézières, à la
frontière belge. 16 ans à peine et il complète déjà l’ensemble de textes qu’il appelle Le cahier de
Douai.

Dès l’année suivante, Rimbaud prend parti pour les Insurgés parisiens. Il écrit à cette époque La
Lettre du voyant, fortement marquée par cet épisode historique.



Toujours en 1871, il entre dans le cercle des proches de Verlaine et lit, lors d’un dîner, devant
l’ensemble du Parnasse, son célèbre Bateau ivre qui soulèvera l’enthousiasme général.

En 1872, Paul Verlaine quitte officiellement sa femme Mathilde et devient le compagnon de
Rimbaud. Ensemble, ils errent entre la France, la Belgique et l’Angleterre. La date du 3 juillet 1873
marque leur rupture en plein cœur de Londres. Ils se retrouveront le 10 juillet à Bruxelles où Paul
Verlaine blessera Rimbaud d’un coup de revolver. Alors que Verlaine est condamné à deux années de
prison, Rimbaud termine Une saison en enfer qui sera imprimé en Belgique en octobre de la même
année. Seule œuvre publiée du vivant de l’auteur, c’est avec elle qu’Arthur Rimbaud dit adieu à la
poésie.

Surnommé « L’homme aux semelles de vent » par Verlaine, Rimbaud multiplie les voyages et les
petits boulots à travers l’Europe : Angleterre, Allemagne, Autriche, Hollande, Suède, Danemark,
Suisse et Italie. Après une errance de cinq années et la fièvre typhoïde aidant, il doit retourner en
France. Il part néanmoins en 1880 pour l’Afrique. Engagé pour une société d’imports-exports, il est
constamment éprouvé par les fièvres et la syphilis. Une opération commerciale basée sur le trafic de
fusils et de cartouches pour le roi du Choa tourne au fiasco, il se fatigue de plus en plus.               Commentaire [T3]: Province
                                                                                                           d’Ethiopie
Début 1891, souffrant d’une douleur au genou, il rentre à Marseille. Amputé de sa jambe droite le 27
mai, sa situation s’aggrave rapidement. Le bras droit se paralyse début octobre et il est frappé
d’hallucinations dès le début de novembre pour décéder le 10 du même mois, à peine âgé de 37 ans.



Le parnasse


Le Parnasse est un mouvement poétique né en France dès la moitié du XVIIIe siècle. Le nom même
de Parnasse apparaît en 1866 (cf. temple d’Apollon et de ses 9 muses en Grèce, près de Delphes sur
le mont Parnasse : les Parnassiens revendiquent la légitimité poétique et l’inspiration grecque). Le
mouvement s’inspire notamment de Théophile Gautier (XIXe siècle), auteur de l’Art pour l’Art : « Il
n'y a de véritablement beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c'est
l'expression de quelque besoin, et ceux de l'homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre
et infime nature. » (Préface de Mademoiselle de Maupin en 1834). Il prône donc une poésie qui n’a
comme finalité qu’elle-même, se caractérisant par le culte de la beauté et de la forme.




                                                                                                      2
Né en réaction aux excès lyriques et sentimentaux du romantisme, il en garde néanmoins certaines
traces : la description de la nature sauvage, les sujets historiques et mythologiques, … Néanmoins, le
but du mouvement est de valoriser la poésie par l’impersonnalité, le rejet de l’engagement social et
politique, la réhabilitation du travail acharné et minutieux de l’artiste.

Il disparaît en 1876 mais ses écrivains continuent d’écrire.




Contexte socio-historique de l’époque


    ð Insister sur la période de la Commune de Paris puisque Rimbaud soutenait les Insurgés/les
      communards

Rimbaud naît en 1854. La France est, depuis le coup d’état du 2 décembre 1851, sous le régime
autoritaire de l’empereur Napoléon III mieux connu sous le nom de Louis Napoléon Bonaparte. Dans
ses premières années, le régime est dictatorial : limitation de la liberté de la presse, les opposants
sont réduits au silence. Certains fuient la France, comme Victor Hugo qui viendra pour quelques
temps en Belgique.

Dès 1860, Napoléon III perd le soutien d’une part, de nombreux catholiques car il aide Victor-
Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, à réaliser l’unité italienne, ce qui fait obstacle aux intérêts du
Pape (unité italienne d’ailleurs réalisée en 1861 bien que Rome n’en devient la capitale qu’en 1870)
et d’autre part, de nombreux industriels puisqu’il signe un traité de libre échange avec le Royaume-
Uni, première puissance mondiale de l’époque, ce qui fait croître la concurrence.

Napoléon cherche du soutien ailleurs, chez les libéraux et les classes populaires. Une série de lois
sont votées et le second Empire évolue vers un régime parlementaire construit sur des bases plus
démocratiques.

Suite à la publication de la dépêche d’Ems, la France déclare la guerre à la Prusse, nous sommes le 19
juillet 1870. La guerre devient rapidement un véritable fiasco et la bataille de Sédan fait fortement
basculer cette guerre qui voit la capitulation de Napoléon le 2 septembre de la même année. Niant
leur défaite, les Parisiens proclament la République deux jours plus tard mais le gouvernement est
contraint et forcé de signer l’armistice le 28 janvier 1871 (puisqu’après la capitulation, les luttes ont
continué, notamment entre la République et la Prusse).

Les Parisiens, outrés par l’armistice et par les conditions imposées par la Prusse, rejette l’assemblée
monarchiste mise en place après l’Armistice (suite à un vote). La situation économique est toujours
précaire et divers événements mènent à l’émeute des Parisiens qui forment la Commune de Paris le
26 mars 1871. Ils prennent des mesures radicales pour soulager la misère populaire : logements,
instructions gratuite, laïque et obligatoire, …

La Commune ne durera que 70 jours. Le 21 mai, les troupes du gouvernement, les Versaillais, entrent
dans Paris. Les communards exécutent l’archevêque de Paris et la révolte tourne au bain de sang.            Commentaire [T4]: Les communards
                                                                                                            sont laïcs, donc, pas des confession
Plus de 20 000 communards sont exécutés lors de la « Semaine sanglante », les autres révoltés sont          catholique, de plus, exécution en vertu du
envoyés au bagne en Algérie ou Nouvelle-Calédonie.                                                          décret d’otage : les Versaillais détenaient
                                                                                                            un chef communard

                                                                                                       3
L’œuvre


Le poème Voyelles fait partie intégrante de l’œuvre de Rimbaud, Une saison en enfer. Le texte
exprime le renouveau poétique.



Poème – reproduction


A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !



Poème analyse


                     A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
                      Je dirai quelque jour vos naissances latentes :                                     Commentaire [T5]: 1/présent à l'état
                                                                                                          larvaire et toujours susceptible de se
                        A, noir corset velu des mouches éclatantes                                        manifester
                      Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,                                        Commentaire [T6]: Tourner autour de
                                                                                                          …, bombinent car leur forme ressemble à
   ·   Que pouvez-vous remarquer dans la succession des voyelles telles qu’elles sont                     de petites bombes

       présentées ? Dans quel ordre avez-vous appris vos voyelles ? Contrairement à l’énumération
       classique des voyelles, A, E, I, O, U, Rimbaud place en dernière position le O. En réalité, ce O
       renvoie à l’oméga grec, dernière lettre de l’alphabet grec. Déjà, de A ou alpha à O, oméga, le
       système est complet donc parfait dans son énumération.



                                                                                                     4
·   Sur l’association des lettres et couleurs, trois hypothèses sont possibles : soit c’est la
    réminiscence des couleurs associées aux lettres dans l’alphabet que Rimbaud a étudié petit,
    soit on peut y voir un prolongement des correspondances de Baudelaire soit un ordre peut
    être souligné : le contraste noir/blanc : de l’origine, du néant vers la lumière qui contient
    toutes les couleurs du spectre de lumière, couleurs du spectre présentées successivement
    selon leur ordre : rouge/vert/bleu et le violet étant situé à l’extrémité du spectre.                    Commentaire [T7]: Photo du spectre
                                                                                                             de lumière : un ensemble de radiations
·   Naissance latente : référence à la naissance future des poèmes, les poèmes à venir, en                   monochromatiques d'un type particulier.
    devenir. Les mots éveillent des images plus qu’ils ne les évoquent, permettent la naissance
    plutôt que de s’inspirer d’éléments déjà « nés ».
·   Le « A » prononcé renvoie à un cri d’horreur, à la noirceur, à la cruauté et la forme de la
    lettre « A » a la forme de l’abdomen d’une mouche.
·   Puanteurs cruelles : référence à Une Charogne de Baudelaire, Dieu du Rimbaud adolescent



             Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,                                         Commentaire [T8]: Golfe : partie de la
                                                                                                             mer qui rentre dans les terres du littoral et
            Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;                                    dont l'ouverture du côté de la mer est
                  I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles                                           généralement assez large

                     Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;                                             Commentaire [T9]: Candeur : état
                                                                                                             d'innocence ingénue pouvant aller jusqu'à
                                                                                                             la naïveté
·   Le E couché illustre trois lances des glaciers fiers, fiers car levés
                                                                                                             Commentaire [T10]: groupement de
·   Le I renvoie au rire des filles (lèvres belles) mais est aussi un son aigu, agressif, renvoyant au       fleurs
    sang                                                                                                     Commentaire [T11]: 1/ religion : dans
                                                                                                             la religion catholique qui regrette
                                                                                                             profondément d'avoir péché et qui est
                                                                                                             fermement résolu à réparer et à ne plus
                                                                                                             succombe 2/religion : dans la religion
                   U, cycles, vibrements divins des mers virides,                                            catholique inspiré par le profond regret
                                                                                                             d'avoir péché
                  Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
                                                                                                             Commentaire [T12]: Vibration,
                 Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;                                         création lexicale en –ments pour respecter
                                                                                                             l’assonance du poème en -en
·   U par analogie avec la forme des rides sur les fronts studieux                                           Commentaire [T13]: Pour respecter la
                                                                                                             rime avec le vers suivant, mers viriles ou
                                                                                                             mers avec rides (jeu de mots)
                                                                                                             Commentaire [T14]: 1/science
                                                                                                             occulte, d'origine antique, pratiquée
                  O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,                                           notamment dans l'Occident médiéval, et
                   Silences traversés des Mondes et des Anges :                                              qui visait à trouver la pierre philosophale
                                                                                                             qui transmue les métaux vils en or
                       - O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !                                               2/ processus mystérieux ou inexplicable de
                                                                                                             mutation ou de transformation
                                                                                                             (d'éléments)
·   « O » par analogie de son avec le terme « eau » peut ainsi justifier le bleu qui lui est associé
                                                                                                             Commentaire [T15]: Cri aigu
·   L’oméga est aussi symbole de la mort et le clairon renvoie à la trompette du jugement
    dernier. Ce dernier tercet évoque le silence éternel des espaces infinis où circulent les
    mondes dans lesquels circulent les anges.




                                                                                                         5
Interprétation


Le poème va dans le sens d’un mouvement ascensionnel régulier. En partant de la lettre, il se dirige
vers le mot, puis va vers la phrase donc le vers puis à leur ensemble qui constitue le poème. C’est une
démonstration du pouvoir du verbe poétique. Constitué d’une seule phrase, le poème rebondit sur
les lettres puis sur les mots et donne ainsi l’impression que l’on assiste à la genèse, à la naissance (cf.
« naissances latentes ») du poème à travers les images qu’il éveille.

Pour le poète, la poésie n’est pas une démarche intellectuelle quelconque mais est la force, le
principe en lui-même de la vie. Le rôle du poète est d’impliquer son existence toute entière dans
cette recherche de la vie, de l’inconnu et pour y parvenir, de s’infliger les souffrances nécessaires.
Tout le poème ici démontre ce parcours partant du A noir, du néant et des réalités obscures pour
aller vers le E blanc, l’innocence et la pureté (tout comme avance le golfe ??) où l’on s’abrite. Puis,
vient le I rouge de l’éclosion finale. Survient une pause avec le vert qui dévoile des paysages aux
créatures hallucinatoires. En fin de cycle, vient la délivrance du clairon avec ses éblouissements. Le
poète a frôlé les anges incarnant la perfection et la poésie devient le rayon de Ses Yeux : le filtre à
travers lequel le Voyant voit le monde.



Explication de Rimbaud sur la notion de Voyant dans une lettre à Paul Demeny en 1871

La première étude de l'homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière; il cherche son âme, il
l'inspecte, Il la tente, l'apprend. (…)

Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant.

Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes
d'amour, de souffrance, de folie; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que
les quintessences.




Nous avons vu précédemment que plusieurs interprétations étaient possibles quant à l’association                 Commentaire [T16]: le poème
                                                                                                                 Voyelles est le premier poème rimbaldien
des voyelles et des couleurs. Il est également possible que cette association ait été gratuite de la part        prenant l’association comme principe
de Rimbaud (sans signification particulière). En réalité, il faut surtout admettre sur cette association         d’écriture

couleurs/lettres que les voyelles sont des signes avec lesquels on peut jouer et auxquels on peut
donner diverses interprétations dans une sorte d’alchimie du langage. Les lettres et les mots ont un
sens en eux-mêmes mais sont surtout des objets graphiques ou sonores qui peuvent éveiller bien
d’autres sens. Rimbaud crée une profonde polysémie.

Les associations rimbaldiennes rappellent dans une large mesure les synesthésies baudelairiennes.

La synesthésie définit une perception en faisant appel à un terme normalement réservé à des
sensations d’ordre différent. Ainsi, lorsque l’on qualifie une couleur (vue) de criarde (ouïe) ou froide
(toucher), c’est de la synesthésie. Les auteurs l’utilisent généralement pour exprimer des nuances
d’impressions ou de sentiments. Ainsi Baudelaire, dans son poème Correspondances, joue de



                                                                                                            6
synesthésie. Très célèbre pour cette figure de style, on parlera même de synesthésies
baudelairiennes.



La forme du poème


Le poème se compose de quatre distiques suivant l’ordre des voyelles présentées dans le premier       Commentaire [T17]: Groupes de vers
                                                                                                      de même sens.
vers.




                                                                                                  7
Arthur Rimbaud, Bateau ivre
Comme je descendais des Fleuves impassibles,                                                   Commentaire [T18]: N’éprouve ou ne
                                                                                               trahit aucune émotion
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.


   ð évocation de l’émancipation, du détachement
   · Impassibles : les Parnassiens, aussi appelés les Impassibles, en référence à leurs
     poèmes, impersonnels comme taillés dans le marbre OU la société immobile
     étrangère aux élans de Rimbaud.
   · Haleurs : ils évoquent la séparation. Pour le bateau, ce sont les amarres mais pour
     Rimbaud, ce sont les traditions, les conventions qui font office d’obstacle
   · Peaux-Rouges évoque
         o la violence de la séparation
         o le poème Voyelles
         o Le dernier des Mohicans de Fenimore Cooper


J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.


   ð Les premiers instants de liberté suite à l’émancipation
   · Tapages : les haleurs sont morts ainsi que les Peaux-Rouges


Dans les clapotements furieux des marées
Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants,                                       Commentaire [T19]: entêté
Je courus ! Et les Péninsules démarrées                                                        Commentaire [T20]: étendue de terre
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.                                                    d'une grande superficie entourée par la
                                                                                               mer et rattachée à la côte



   ð   Départ et premières agitations suite au sentiment de liberté
   ·   L’hiver : période calme, comme celle de l’enfance
   ·   Je courus : agitation de l’adolescence
   ·   Péninsules : amarres détachées
   ·   Tohu-bohus : agitation de l’adolescence et les cris qui accompagnent le bateau


La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,



                                                                                           8
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !                                           Commentaire [T21]: dont la simplicité
                                                                                              va parfois jusqu’à la bêtise
                                                                                              Commentaire [T22]: grande lanterne
    ð La liberté retrouvée entraîne une euphorie qui nie les dangers et les signaux
      d’alarme (=falots)
    · Éveil : cette nouvelle vie
    · Le bouchon est insubmersible


Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin                                                     Commentaire [T23]: petite ancre
                                                                                              d’embarcation


    ð Euphorie. La mer purifie le bateau et Rimbaud
    · Gouvernail : détachement de tous les obstacles. Le gouvernail sert à se diriger et le
      grappin à s’arrêter. Il se laisse guider par l’eau.


Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,                                                    Commentaire [T24]: d’un blanc de lait
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême                                               Commentaire [T25]: état d’un
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;                                                    organisme vivant qui possède la
                                                                                              particularité de flotter



    ð Suite à l’euphorie, grand sentiment de bien-être


Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,                                                Commentaire [T26]: briller d’un très
                                                                                              vif éclat
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !                                                  Commentaire [T27]: être agité de
                                                                                              remous internes


    ð Euphorie très grande qui vient de la liberté, meilleure que l’euphorie suite à
      l’alcool et à la musique.
    · Délire : Rimbaud nous expose ses visions
    · Alcool et lyres : l’alcool et la musique sont des artifices désormais obsolètes


Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes                                          Commentaire [T28]: s’ouvrir en
                                                                                              éclatant
Et les ressacs et les courants : Je sais le soir,
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,                                                Commentaire [T29]: pluie torrentielle

Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir !                                           Commentaire [T30]: retour violent
                                                                                              dans vagues sur elles-mêmes

    ð L’euphorie apporte des visions                                                          Commentaire [T31]: excitation et
                                                                                              glorification

        J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
        Illuminant de longs figements violets,


                                                                                          9
Pareils à des acteurs de drames très-antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulement d'eau au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés de punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombres aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, balottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur,

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;



                                                                10
       Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
       Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
       Fileur éternel des immobilités bleues,
       Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles                                                         Commentaire [T32]: groupe d’îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :                                                   Commentaire [T33]: rapport aux
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,                                             astres

Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? -                                                         Commentaire [T34]: sans rapport avec
                                                                                                     la réalité
                                                                                                     Commentaire [T35]: celui qui avance à
                                                                                                     force rames
   ·   Vigueur : mot spécifique de Rimbaud qui réfère à son Energie intérieure (comme le
       génie de Baudelaire)


Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.                                             Commentaire [T36]: provoque la
                                                                                                     tristesse
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.                                                      Commentaire [T37]: irritant au point
                                                                                                     de brûler
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !
                                                                                                     Commentaire [T38]: diminution de
                                                                                                     sensibilité

   ð Les visions laissent Rimbaud amer, lui qui a cru pouvoir les conquérir. À la nuit
     succède lentement le jour et ces amertumes et déceptions ressenties entraînent un
     désir de suicide. Ce suicide transformerait Rimbaud en un noyé pensif.


Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache                                                       Commentaire [T39]: flaque,
                                                                                                     néologisme
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.



   ð Les rêves de grandeur ont disparu. Ce n’est plus la mer mais une flaque, ce n’est
     plus un bateau, mais un bateau en papier.


Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,                                                   Commentaire [T40]: état d’inactivité,
                                                                                                     mélancolie
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,                                                  Commentaire [T41]: longue bande
                                                                                                     qu’on hisse au mât d’un bateau
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

   ð Autrefois porteur de coton, le bateau désillusionné ne peut plus rivaliser avec les autres
     porteurs de coton.
   ð Pontons : lors de la guerre contre l’Angleterre, après la Commune de Paris, on enfermait les
     soldats français ou les réfractaires dans de vieux vaisseaux à l’abandon.
   ð Rimbaud ne peut plus s’intégrer à la société parisienne insensible à son œuvre.




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Interprétation


Le poème de Rimbaud se présente comme une double métaphore : il raconte le voyage du navire
mais aussi l’expérience poétique personnelle du poète. Ce dernier se libère des conventions et va au
gré de ses envies. Il est submergé par les visions et l’euphorie mais la réalité refait surface et il en
ressent une grande amertume. La descente évoquée au début du poème est une métaphore de la
désillusion du jeune poète.




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posted:6/3/2010
language:French
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