Le marché des terminaux : le phénomène « iPhone »
Les nouveaux terminaux d’accès au réseau radioélectrique à haut débit inaugurent une approche commerciale originale des services et applications de données. Ils bouleversent aussi les relations traditionnelles entre industriels, exploitants de réseau et fournisseurs de contenus. Esquisse d’un paysage en mutation, alimentée par l’introduction du haut débit.
I – Les nouveaux terminaux mobiles L’iPhone d’Apple permet de téléphoner, d’échanger des courriels, de surfer sur la Toile et de bénéficier de la musique et de la vidéo. Combinaison des ressources fonctionnelles en téléphonie et en terminal Internet (smart phone, portable media player et Web browser), il est présenté selon une gamme étendue de modèles. Il est commercialisé aux Etats-Unis depuis juin 2007 et le sera en Octobre en Europe et en 2008 en Asie. Pour élargir son parc d’abonnés, AT&T a ouvert trois services, dont les prix de souscription s’étalent de 50 à 100 dollars. Même avec un prix de terminal fixé autour de 500 dollars, AT&T et Apple ont enregistré des ventes de l’ordre d’un million en quatre mois. Apple estimait atteindre les 10 millions en 2008. Même si le potentiel de l’iPhone est grand, son adoption généralisée ne demeure encore qu’une hypothèse. Cependant, en réunissant sur un seul terminal de téléphonie mobile quadribande GSM de type Edge à écran large, les fonctions de l’iPod, de Bluetooth 2.0, l’enregistrement musical, la photographie numérique, le stockage sur mémoire Flash à 4 ou 8 Go et l’accès multimédia à la Toile sous Mac OS X, l’iPhone participe au changement radical du monde de la téléphonie mobile. II – Exemples antérieurs Le lancement de l’iPhone marche sur les traces du succès obtenu par Apple avec l’iPod, lui-même imitant l’exemple antérieur du Walkman de Sony. Le terminal iPod, équipé d’un disque dur de 5 à 80 Go, est associé au transfert de fichiers musicaux en MP3 via le site iTunes qui assure, depuis la Toile, la gestion des contenus du terminal (musiques, vidéos, agenda, etc.). Le succès de l’iPod s’explique par l’engouement du public
pour la musique diffusée en MP3, et ceci malgré la faiblesse de la batterie du terminal. Les 100 millions des cinq catégories de terminaux d’iPod vendus (de 2001 à juin 2007) appartiennent déjà au passé. L’histoire de l’iPod semble aujourd’hui pouvoir servir de référence à de nouvelles générations de terminaux. Car, l’iPod a aussi entraîné une évolution : il a réussi à tenir tête aux gouvernements qui refusaient à des sites de la Toile le droit de diffuser gratuitement des enregistrements musicaux ou qui voulaient forcer Apple à offrir les logiciels de transfert à des plateformes concurrentes. Apple a deviné ce que le public souhaitait en matière de musique en MP3. Les nouveaux terminaux vont prolonger cette évolution par la diffusion des applications vidéo. III – Applications professionnelles liées à l’iPhone 3.1 - Compatibilité d’Aruba Networks avec le iPhone d’Apple Aruba Networks, spécialiste en solutions sécurisées de mobilité, a exécuté avec succès une série d’essais d’interopérabilité entre l’iPhone d’Apple et sa technologie de réseau sans fil, gagnant ainsi le statut de « Apple Compatible Partner ». Les tests exécutés permettent de déceler les incompatibilités, les bugs et autres défaillances logicielles qui compromettent le bon fonctionnement des équipements et du réseau. Les tests d’interopérabilité ont validé différents aspects parmi lesquels la sécurité du mode d’association (sans cryptage, WEP statique, WPA-PSK et WPA2-PSK), le roaming, la détection des points d’attache au réseau (DNAv4 - Detecting Network Attachment for IPv4), les connexions VPN (modes L2TP et PPTP avec pour terminaison un contrôleur de mobilité Aruba), l’authentification des accès invités au portail captif avec cryptage PSK (public shared key), ainsi que les flux ARP (avec et sans proxy ARP). Le pare-feu dynamique d’Aruba a su détecter et déjouer les attaques visant les couches 2 à 7 en assurant une inspection dynamique et détaillée des paquets. Ce pare-feu a également fait ses preuves en matière de sécurité puisque les utilisateurs de l’iPhone bénéficient d’une sécurité basée sur des règles actives lors de leurs déplacements et quel que soit le moyen d’accès au réseau. La procédure d’authentification d’Aruba permet de parfaitement associer l’iPhone et un cryptage PSK avant
authentification via un portail captif ou un VPN. Les combinés iPhone qui dérogent aux règles de sécurité sont par ailleurs privés d’accès. Sur le terrain, les avantages sont nombreux : sécurité renforcée face aux attaques réseau, meilleure protection contre la saturation des flux lors de l’acheminement des messages (une problématique commune aux réseaux sans fil traditionnels), et une gestion évoluée de la bande passante qui est attribuée à des usages légitimes. http://www.arubanetworks.com/ 3.2 - Réunion multimédia sur iPhone avec Genesys Genesys, spécialiste en services de collaboration multimédia, offre un service de collaboration à distance accessible depuis le nouvel iPhone d’Apple connecté sur réseau Edge. La technologie Ajax, de Genesys Meeting Center 4.0, permet en effet aux participants d’accéder à une réunion audio et web depuis le navigateur Safari de l’iPhone. L’accès aux services de collaboration à distance indépendamment de la plateforme, du navigateur ou du terminal utilisé est essentiel pour les entreprises. Les entreprises ont besoin d’une solution simple et flexible pour permettre à leurs collaborateurs répartis dans le monde entier de continuer à communiquer et collaborer depuis un terminal mobile. Avec l’iPhone, il est possible de bénéficier de tous les avantages de la collaboration multimédia sans même avoir besoin d’un ordinateur portable. Vu par l’entreprise, l’iPhone présente l’avantage d’une collaboration à distance en temps réel pour des partages d’applications avec accès à la réunion simplifié et économique. www.genesys.com 3.3 – Vie familiale et productivité Mais il demeure cependant des sceptiques à convaincre. Selon les études réalisées par Park Associates auprès de 2 000 Internautes américains, seulement 3 % d’entre eux trouveraient un intérêt à l’achat d’un iPhone. Le prix élevé rebute d’abord, puis les difficultés d’accès aux réseaux de la 2,5G (Edge), dont le débit demeure encore assez faible, surtout pour la musique. Cependant le modèle multifonctionnel Blackberry a séduit les entreprises pour ses applications vocales et de données sur le réseau et sur la Toile.
Le principe de l’iPhone effraie certains à cause des risques de perte de productivité et des risques sécuritaires, que l’entreprise ne pourrait pas parvenir à maîtriser. Toute la différence tient à ce que dans un cas, il s’agit d’un terminal personnel et dans l’autre, d’un terminal offert (et contrôlé) par l’entreprise. Et la sécurité se maîtrise mieux sur les accès filaires et beaucoup moins bien par la voie radioélectrique. La messagerie sur Blackberry transitant par des centres américains ou anglais, ces terminaux ont été interdits d’emploi dans les services ministériels français. Les terminaux BlackBerry et les assistants numériques (PDA) améliorent la productivité, mais ils peuvent participer au déséquilibre entre le temps de travail et la vie familiale. Une étude conduite par RIM, constructeur de BlackBerry, a montré que si le terminal entraîne une pause d’une heure chaque jour, la productivité totale est néanmoins augmentée de 38 %. Ces terminaux permettent de combler des creux d’activité, dans les transports en particulier. Ils permettent d’épargner le temps d’attente devant un guichet, de répondre à des urgences ou de mettre à la corbeille les messages électroniques sans signification. La journée est mieux remplie. 3.4 – Rumeurs sur des difficultés qu’aurait rencontré Apple Il semblerait que les connexions de l’iPhone connaissent des problèmes de nature intermittente dans le campus équipé en Wi-Fi IEEE802.11b/g de l’Université de Duke. La cause du problème n’a toujours pas été identifiée, malgré l’intervention de Apple, de Cisco et du service de maintenance de l’université. Après avoir annoncé que Apple vendrait 10 millions de terminaux en 2008, le bruit court que Apple réduirait la fabrication des terminaux iPhone de 9 à 4,5 millions. Mais personne ne peut confirmer s’il s’agit de la réduction de la production globale ou d’une partie de celle-ci, liée à la naissance d’un nouveau modèle. Mais alors, d’où viennent donc ces rumeurs ?
IV – Relations entre industriels et exploitants de réseau Le terminal iPod a démontré la force commerciale des liens existants entre un terminal astucieusement conçu et le contenu du site iTunes. Plus généralement, l’industriel ne peut se contenter de recevoir seulement en retour le bénéfice de la vente de son terminal : il veut recevoir une reconnaissance sonnante et trébuchante de sa création tout au long de la vie utile du terminal. En raison de la forte intégration technique édifiée entre le terminal et son contenu, l’industriel concepteur du terminal « miracle » réclame en retour une part proportionnelle aux revenus que reçoit l’exploitant de réseau. Le nom de la marque remplace le nom du service. Au prix de 500 ou 600 dollars, un million d’américains, adeptes des nouvelles technologies, ont acquis l’iPhone en un temps record cette année, sans être certains que leur réseau les connectera. Des acheteurs européens se sont manifestés, certains de pouvoir mettre leur terminal en service en craquant une carte SIM de leur réseau. Il y aurait donc deux façons de bénéficier des services de ce terminal, soit l’acheter aux EtatsUnis au prix fort, soit le louer sur une base mensuelle auprès d’un exploitant de réseau autorisé par Apple. Mais Apple a imposé aux exploitants de réseau des conditions contraignantes. Aucune réduction n’est possible sur le prix du terminal et les subventions déguisées sont proscrites. C’est bien la première fois qu’un industriel fixe des règles à un exploitant de réseau et exige un reversement proportionnel au chiffre d’affaires de l’exploitant sur le service fourni. Selon la Loi de Metcalfe, la valeur d’un réseau n’est-elle pas liée au carré du nombre de ses abonnés ? Apple peut ainsi choisir parmi les exploitants de réseau qui disposent des plus grands parcs d’abonnés, ceux d’entre eux qui accepteront de payer la plus forte remise. DT (34 millions d’abonnés en Europe), Orange (23 millions d’abonnés) et « O2 - Telefonica UK » (18 millions d’abonnés) seraient les mieux placés pour commercialiser en exclusivité les iPhone en Europe, contre versement d’une « dîme » à Apple. Les chasses gardées (en anglais, « the walled garden ») ont changé de mains. Certains sites de la Toile, spécialisés en musique et en vidéo, vont
devenir les enfants chéris des normes propriétaires afin de protéger ces chasses gardées. Quelles seront les réactions de Microsoft et de Nokia face à la démarche d’Apple ? V – Les velléités d’imitation de l’iPhone 5.1 – Blackberry et les PDA La société “Research In Motion” (RIM) imite Apple et commercialise, via AT&T, un nouveau terminal BlackBerry qui permet des conversations téléphoniques, la messagerie et l’échange de données dans les réseaux cellulaires (GSM, GPRS, UMTS) et en Wi-Fi (Wireless Voice Access Over Cellular). Le modèle 8820 est connectable à la maison comme à l’extérieur en Wi-Fi et il dispose du système de positionnement et de navigation GPS. Il diffuse la musique MP3 et les vidéos. RIM dispose à la fin du premier trimestre 2007 de 9,2 millions de clients, dont un certain nombre sur les réseaux Edge de Orange en Europe. 5.2 – Apple, RIM et Motorola Le iPhone d’Apple est actuellement le terminal le plus demandé sur le marché américain, ce dont profite AT&T. Cet engouement porte surtout préjudice aux ventes de terminaux Motorola, mais n’affecte pas celles de RIM. Les trois quarts des usagers de l’iPhone s’estiment très satisfaits de leur achat. Mais Microsoft et Google ont des projets et Nokia (37 % de part du marché mondial des terminaux mobiles avec 100 millions d’unités vendues en un trimestre) ne devrait pas tarder à passer à l’offensive. 5.3 – Les initiatives de la concurrence Google envisage lancer en 2008 un terminal mobile multimédia, appelé« gPhone », similaire sur le principe à l’iPhone. La différence porterait sur les contenus, essentiellement publicitaires pour Google et donc très rémunérateurs, selon ce projet qui a été présenté à plusieurs exploitants de réseau, dont Vodafone, China Mobile et Sprint. Google songe à des applications centrées sur son moteur de recherche, la messagerie électronique et ses services en ligne (YouTube, Google Maps, etc.). Google vise le marché des réseaux Wi-Fi municipaux (gratuits) et
serait prêt à acquérir les fréquences nécessaires sur le territoire des EtatsUnis (pour 5 milliards de dollars). La mise en œuvre de ce projet sur les plans technique et économique sera intéressante à suivre ! Toshiba lance aux Etats-Unis et au Canada des terminaux de type “notebooks” utilisant le logiciel de communication Internet de Skype. Ces terminaux, avec webcam et microphone, raccordables à une liaison Internet à haut débit, ne peuvent pas être utilisés pour les appels de secours et ne prétendent pas se substituer aux terminaux traditionnels du RTPC. Skype permet, par ses logiciels, de transmettre des messages ou des fichiers et d’établir des conversations et des vidéos gratuitement à travers Internet. L’accord conclu entre Skype et Toshiba permet de mettre sur le marché des terminaux « note-books », qui se présentent sous les différentes familles d’équipements Toshiba, Satellite, Tecra, Portege et Qosmio. Skype a compris que le marché de la vidéo s’ouvrait avec la diffusion des débits moyens dans les réseaux d’accès. Aussi, cette application pour relations familiales et amicales est disponible à travers les sites Dailymotion et Metacafe, avec l’offre « Skype 3.5 for Windows ». Des terminaux spécifiques seront bientôt nécessaires. NTT DoCoMo lance la commercialisation de deux terminaux équipés avec le système d’exploitation Windows Mobile 6.0 de Microsoft (en japonais). Les terminaux Foma F1100 et HT1100 disposent des applicatifs Outlook Mobile et Internet Explorer Mobile, compatibles avec le débit 3G en HSDPA, sécurisé par le logiciel McAfee. Un contrôle des empreintes digitales renforce la sécurité. Les terminaux permettent les connexions en VoIP, la messagerie, les fonctions en IP Centrex et les applications audiovisuelles distribuées par des sites tels que « YouTube Mobile ». Après essais auprès d’un public restreint, la BBC a commercialisé un terminal appelé “iPlayer” qui est compatible avec le système d’exploitation Windows XP de Microsoft. 5.4 – La « Femtocell » Plus petit que la plus petite cellule radio, la « Femtocell » s’introduit dans
le débat. Il s’agit d’une innovation industrielle, unissant un microprocesseur et un circuit intégré radioélectrique (émetteur récepteur) qui vise à transformer les résidences et le domaine privé des entreprises en réseau local sans fil (WLAN) de petite dimension à partir de l’extrémité de la liaison d’accès filaire à haut débit, devenue « station de base radio », avec ou sans antenne MIMO. De cette façon, l’abonné peut dispose de 4 ou 20 terminaisons sans fil en 2,5 G, en 3G ou en Wi-Fi sur 10 ou 50 m de portée. On ne peut pas parler réellement d’extension du réseau radio public sur ces distances. La Femtocell favorisera les usages multiples et simultanés en multimédia au sein du domaine privé. Elle peut conduire l’abonné à n’utiliser qu’un seul type de terminal, au domicile ou au travail. L’innovation soulève encore des questions d’ordres pratique et réglementaire (attribution des adresses en IPv6, contrôle de la puissance rayonnée dans le domaine privé, sécurité, protection contre les intrusions et les écoutes passives, usage du P2P, etc.). L’industrie espère cependant pouvoir commercialiser une centaine de millions de ces équipements annuellement pendant plusieurs années. Le Forum Femto regroupe Netgear, picoChip, Airvana, ip.access, RadioFrame, Tatara et Ubiquisys. NTT DoCoMo, pour les entreprises et Softbank Co, pour les résidentiels, viennent de lancer la commercialisation des femtocells au Japon. Nokia Siemens Network a présenté une architecture femtocell 3G avec passerelle DSL, sous le nom de Femto Home Access, conçue en collaboration avec Thomson. Google soutient Ubiquisys, un fabricant de composants femtocell en 3G, etc. Le mouvement est lancé ! VI – Conclusion La définition actuelle du haut débit désigne ceux qui sont égaux ou supérieurs à 384 kbit/s. Actuellement, en flux radioélectrique, on espère offrir en 2008 à l’abonné des débits proches de 2 à 6 Mbit/s en UMTS, et approcher ainsi ceux des systèmes filaires (2 à 8 Mbit/s pour l’ADSL, 100 Mbit/s pour le VDSL et 1 Gbit/s du G-PON). Les applications multimédia vont pouvoir déferler sur plusieurs terminaux à la fois chez l’abonné, sous réserve d’être capable de séduire les clients, soit par les contenus, soit par l’ergonomie des terminaux, soit par un dosage habile entre ces paramètres. La révolution des terminaux se prolonge et s’accélère sous une phase agréable pour l’utilisateur, puisqu’il disposera d’une gamme plus vaste et sans cesse renouvelée. Les industriels sont placés dans une
concurrence échevelée et impitoyable, pendant que les exploitants de réseau veillent à rester en course et à faire les meilleurs choix économiques en rapport avec l’ARPU de leurs clients. Le marché des terminaux vit une période de concurrence intense, alors que le revenu mensuel moyen par abonné diminue. Le haut débit trouvera t-il un marché suffisant pour le nourrir ?
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