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Universitd'automne du 27 au 30 o by fjwuxn

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									         ENSEIGNER LE FAIT RELIGIEUX
                 Notes de conférences, pistes pédagogiques, réflexions.

Une Université d’automne s’est tenue du 27 au 30 octobre 2003 à l’IUFM d’Alsace de Guebwiller.
 En voici la présentation et les comptes- rendus, faits par une équipe de Versailles présente sur
place1.
                 « Religion et modernité »
Présentation et objectifs :
Le thème général de cette Université : le rapport des trois grands monothéismes à la modernité
définie par trois traits culturels majeurs, l’affirmation de l’autonomie du sujet, l’avancée de la
rationalité scientifique, la différenciation des institutions. Trois axes ont été examinés :

         le discours critique sur les religions, est il possible, comment ?
         religions et sécularisation des sociétés,
         les religions face à la modernité (affrontements ?adaptations ?).

Il s’agissait d’une approche du religieux, du comment penser le religieux, comment on a pensé le
religieux, comment les sphères d’activité des hommes se sont progressivement différenciées et
séparées.


Intérêts principaux
Tout le travail a été sous-tendu par la volonté d’examiner des sujets sensibles tout en se soumettant au
double impératif déontologique d’objectivité scientifique et de respect de la sensibilité des élèves.
Les débats, nombreux, qui ont suivi chaque intervention, ont permis à chacun de prendre la parole
autour de divers points, dont la laïcité dans une région, l’Alsace, à laquelle il faut ajouter la Moselle,
où un système particulier existe. Dans les établissements scolaires, en effet, il est fait une place à des
cours de religion, et les facultés de Strasbourg sont les seules en France à préparer à un double
enseignement, à la fois profane et religieux.

L ‘ensemble a été d’une très grande richesse, qu’on peut résumer autour de quelques points. Tout
d’abord le contact avec la recherche la plus pointue, les problématiques les plus récentes et les
avancées faites par les chercheurs dans l’étude des grands monothéismes. C’est ce contact qui facilite
pour l’enseignant du secondaire la nécessaire mise à distance pour aborder, par des approches
nouvelles, l’étude du judaïsme du christianisme et de l’islam. En la matière, et à ce jour, ce ne sont
pas les manuels qui le permettent.

Ensuite diverses conférences ont mis l’accent sur la nécessité et la possibilité d’avoir un discours
critique à propos du fait religieux. Une transmission critique des religions est réalisable dans les
classes des collèges et lycées. On l’a vu à propos du surgissement de ces grandes religions et des
grands textes qui leurs sont liés. La religion des Hébreux est le résultat d’un long processus historique,
tout comme la Bible, fruit d’un long processus rédactionnel. Il y a aussi une véritable       « aventure
éditoriale » du Coran. Cette donnée est très importante et permet à l’enseignant d’aborder
sereinement la difficile question de la Révélation, acte de foi par excellence, de distinguer ce qui est
de l’ordre de la croyance, et ce qui est de l’ordre de l’historiquement vérifiable. La seule approche
possible, dans une salle de classe, c’est la démarche scientifique qui conjugue les sources
archéologiques, épigraphiques et les sources littéraires. Cela sans exclure, bien évidemment,


1
 L’équipe présente à Guebwiller : Claudie Chantre, Alix Courtois, Nicole Dayan, Annie Fajoles, Marie
Christine Peureux, Claire Podetti, M.Jean Michel Solente. Tous professeurs en collège ou en lycée, de
différentes disciplines ( lettres, histoire-géographie, sciences physiques).
Le travail a été réalisé sous la direction de Danièle Cotinat, IA-IPR d’histoire géographie


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l’approche des croyances, en tant que telles, et en tant que produites par une société et productrices à
leur tour d’une société.
On est là très exactement dans notre mission, qui consiste à transmettre, à aider les élèves à se
construire, à avoir un jugement critique.

Sur les contenus, les interventions de cette université d’automne permettent de voir combien le
phénomène religieux a une épaisseur historique. Le christianisme est souvent présenté comme quelque
chose qui arrive brutalement, et ayant dès sa naissance des caractères achevés, tout proche de ce
qu’est cette religion aujourd’hui. L’islam est souvent réduit aux cinq piliers. Les religions ont une
histoire, les problèmes, les attitudes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier mais ne peuvent se
comprendre que par l’hier. L’entrée par la modernité était très pertinente pour percevoir cet aspect. Il
y a eu, et il y a toujours, un choc de la modernité, pour le christianisme, pour le judaïsme, pour
l’islam.

L’approche de ces sujets a été constamment plurielle. Ont été convoquées la philosophie, la
sociologie, l’histoire. Sur les manières d’enseigner les faits religieux, l’approche interdisciplinaire a
été privilégiée, l’histoire, la peinture, la musique, la littérature, la poésie. On pourrait rajouter les
regards de l’anthropologie, pour cerner le fait religieux, élargir aux polythéismes et à toutes les aires
géographiques. Ces journées nous donnent des outils, des stratégies d’approche possibles pour le
faire.
Les comptes-rendus qui suivent vous permettront de renouveler ou compléter vos connaissances et de
vous donner des pistes de réflexion et des ouvertures pédagogiques. Un tableau, certes un peu
réducteur et utilitariste, présente les corrélations possibles avec les programmes d’histoire.

TABLEAU DES CONFERENCES

Titre de la conférence             N° du CR et auteur de la Programme d’histoire concerné
                                   conférence               ou autre intérêt
Enseigner le fait religieux        1- M. Dominique Borne    Méthodologie, problématique

L’approche historique des          2- M. Jean Marie Hussser            6e et 2e
documents fondateurs : la
Bible
L’approche historique des          3- M. Alfred De Premare             5e et 2e
figures religieuses : Mahomet
La Réforme, affrontement du        4- M. Gérald Chaix                  5e, 2e, la fin du Moyen Age, la
christianisme à la modernité                                           Renaissance, les Lumières.
Regard critique sur la notion      5- M. Gilbert Vincent               Réflexion philosophique
de sécularisation
L’Islam en France : Islam          6- M. Franck Fregosi                Histoire contemporaine
minoritaire dans un espace
sécularisé et laïc
Ethique protestante et instance    7- Mme Isabelle Ullern-Weite        Réflexion philosophique
du sacré
L’approche sociologique des        8- M.Jean Paul Willaime             Structure toute la réflexion sur
faits religieux                                                        l’impact du fait religieux dans
                                                                       les sociétés
Catholicisme et modernité          9- M. Luc Perrin                    4e et 1ère

Islam et modernité                 10 - Mme Comerro                    4e, 2e, 1ère

Judaïsme et modernité              11- Mme Sophie Nizard               6e, 2e, 1ère



                                                                                                       2
La critique philosophique de la 12- M. Mark Sherringham                  Réflexion philosophique, les
religion au XVIIIe siècle                                                penseurs et la religion
La sécularisation de l’art 13- M. François Boespflug                     L’art et la religion, toutes
religieux occidental                                                     classes.
Les conclusions du séminaire 14-M. Guy Mandon                            Réflexion générale


TABLEAU DES ATELIERS OU PISTES PEDAGOGIQUES EXPLOREES

Les Hébreux : histoire et histoire sainte              6e et 2e
Le retable d’Issenheim                                 2e
Catholicisme et modernité                              1ère


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1-INTRODUCTION
M. Dominique Borne, Doyen de l’Inspection Générale.

Après avoir rappelé le récentes parutions2 concernant l’enseignement du fait religieux, D. Borne
essaie de répondre à deux questions :pourquoi et comment enseigner le fait religieux?

Pourquoi ?

- L’enseignement de ce fait permet de mieux comprendre le monde contemporain. Il y a de nombreux
exemples d’une irruption du religieux ( du pape polonais, à la présence du religieux dans l’éclatement
de la Yougoslavie et d’autres évènements récents, de la religion utilisée pour affirmer son identité à
l’Islam qui fait rupture..)
- Perte de la connaissance d’un patrimoine de l’humanité, patrimoine religieux et mythologique ; il
s’agit du sens des lieux où nous vivons.
- Le religieux est une catégorie de la connaissance, comme il y a le politique, le social, l’économique.
- Le religieux est un langage spécifique, assez proche du langage de l’art, dans ce langage
symbolique, toutes les disciplines ont quelque chose à dire; on peut reconnaître les signes du religieux
dans un poème, une architecture, un texte philosophique.
- Il y a une « demande sociale » qui doit tenir compte du fait qu’il existe une morale, une éthique
laïque.

De quoi parle t-on ?

Une religion c’est toujours porteur d’une certaine vision du monde, d’un au-delà du monde, l’art
tente de figurer cet au-delà. Il y a aussi des textes fondateurs. Mais jusqu’où peut on aller : les
Sagesses aussi ? et alors la superstition, la voyance, les horoscopes ? Peut- on dire aux élèves qu’il y a
du faux religieux et du vrai religieux ?

2
 - L’enseignement du fait religieux, « les Actes de la DESCO », CRDP, Académie de Versailles, juin 2003
- Europe et Islam, Islams d’Europe, « Les Actes de la DESCO », CRDP, Académie de Versailles, mai 2003
- Art et culture religieuse aujourd’hui, hors série du Monde de la Bible, actes du coloque organisé à l’Ecole
   du Louvre, « Intelligence de l’art et culture religieuse aujourd’hui ».
- La documentation phototographique, Le fait religieux, Régine Azria, N°8033La documentation
   française.
- Islam, Islams, repères culturels et historiques pour comprendre le fait islamique, CRDP de
   Besançon/Créteil, 2003.


                                                                                                           3
En fait depuis toujours on parle de « l’institué » ( exemple, le pape et les empereurs au Moyen Age) ;
on parle surtout de la trace de la religion dans les civilisations, la religion comme puissant marqueur.
On parle aussi de l’anthropologie historique. Alphonse Dupront a fondé une anthropologie du
religieux : étude des gestes, des rites, une procession dans une ville, pèlerinage. C’est bien l’entrée
qu’il faut privilégier, et refuser l’entrée par les dogmes. Il faut contextualiser. Il faut replacer les
religions dans une histoire, nous sommes dans une histoire et non pas dans l’immuable. Il est
important aussi de se défier de partir toujours d’un modèle judéo-chrétien, modèle intériorisé du
spirituel et du temporel, pour les Islams cela ne se pose pas de la même manière.

Comment faire ?
- Partir des textes et des œuvres. Mais attention les Evangiles ne sont pas une source documentaire sur
la vie de Jésus, le texte n’a pas de finalités historiques ( comme dans le voyage d’Ulysse, on est dans
le symbolique, « cela dit autre chose »).
- Mettre en évidence ce qui rassemble. Abraham est souvent absent des manuels or il est commun aux
trois monothéismes.
- Utiliser la force des images. Exemple en montrant une Vierge à l’Enfant, la face joyeuse, et une
Pieta, la face sombre, on a dans cet exemple tout le christianisme.
- L’usage du musée est intéressante, mais pose aussi des questions : la statue montrée là, a-t-elle
encore un sens ? dans ce cas , lequel ?
- Penser à la place du religieux dans le patrimoine national. Là aussi problème, la cathédrale
appartient au patrimoine religieux et national, où placer le religieux dans le national ?La population
musulmane ne trouve pas là son héritage, il y a un manque de références culturelles et religieuses à
leur appartenance. Depuis la chute du Mur, qui est l’autre pour l’Europe ?L’Islam est en Europe, les
« immigrés » est d’ailleurs un terme à revoir, cf Dominique Schnapper « On n’hérite pas de
l’immigration »

Lors des questions D. Borne insiste sur le fait que la laïcité fait partie des valeurs de la République. Il y a des
textes forts sur lesquels s’appuyer :
-     L’article 10 de la Déclaration des Droits de l’homme. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, sauf à
troubler l’ordre public.
L’article 1 de la Loi de 1905 qui confirme la liberté d’expression religieuse
Loi Debré de 1959, l’Etat assure aux enfants des établissements publics de recevoir un enseignement dans le
respect des consciences, liberté des cultes et de l’instruction religieuse.
La laïcité c’est l’accueil de tous pour faire de chacun des citoyens.



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2-Approche historique des documents fondateurs, la Bible
Conférence de Jean-Marie Husser, Professeur à l’Université Marc Bloch, Strasbourg

Il y a une tension entre les interprétations historiques des textes et des images et la réception de la foi
par les croyants que l’historien doit respecter.

I Les historiens face à la Bible
La Bible met en scène la Révélation, sur le continuum de l’histoire. Le Pentateuque est partagé entre
des récits historiques (avec une part considérable de la narration , ainsi les origines du monde, les
tribulations des Patriarches, la sortie d’Egypte) et les Lois. Les Lois sont insérées dans un cadre
narratif pour tout faire remonter à Moïse. Puis viennent les six livres du Deutéronome. L’ensemble de
la fresque, menée jusqu’à la destruction du Temple de Jérusalem, est marqué par l’idée que les
malheurs présents sont des châtiments annoncés et mérités.


                                                                                                                 4
Il existe un autre corpus datant des Perses. Il s’agit de deux livres, les Chroniques, puis Esdras et
Néhémie.

La critique historique commence au XVIIe s. avec Spinoza, et Jean Astruc auteur de « Conjectures
sur les Mémoires originaux dont il paraît que Moyse s’est servi pour composer le récit de la Génèse ».
la question du Pentateuque est ouverte comme la question homérique.

Les questions essentielles : les dates, les auteurs ?
 L’exégèse libérale a abandonné l’idée de Moïse auteur du Pentateuque, on est passé à la notion
« d’écoles » et de « rédacteurs » ( c’est d’ailleurs la même chose pour les Psaumes, et David, ou la
Sagesse et Salomon).On a employé la même méthode que pour les textes de l’Antiquité : critique
philologique et analyse rédactionnelle. A la fin du XIX e s. sont étudiés les premiers textes
Akkadiens dont le Déluge : la Bible sort de son isolement culturel.
Après trois siècles d’analyse critique des textes bibliques, les acquis sont considérables.
La Bible est le résultat d’un long processus rédactionnel :
- une étape initiale, collation de traditions orales et de textes épars, constituant les écrits primitifs ;
- puis diverses écoles et auteurs développent, complètent et actualisent en fonction des besoins
nouveaux de la communauté ; on date la plupart des textes de la période du VIIIe au IVe s. avec une
intense période pendant l’Exil, fin VIIe-VI e s.
S’est ajouté l’accroissement des données archéologiques et épigraphiques, au XX e s. et les cinquante
dernières années. I.Finkelstein3 montre que les acquis scientifiques sont peu développés dans
l’opinion et les manuels.

II L’origine des Hébreux
La recherche historique a renoncé à reconstituer une trame événementielle de la protohistoire d’Israël
mais essaie de rétablir le contexte. De nombreux textes du Pentateuque peuvent transmettre des
traditions orales, sont des fragments d’histoire d’une mémoire collective. Abraham, Isaac, Jacob, sont
des individus derrière lesquels il y a des population qui migrent, l’archéologie le montre. Les
Patriarches, la sortie d’Egypte, les 40 ans dans le désert, Canaan.. sont un ensemble de traditions
primitivement indépendantes les unes des autres, leur fusion a été le fait d’une reconstitution du
passé.
Aujourd’hui les textes et les reste matériels, ce sont deux méthodes différentes, mais des disciplines
qui dialoguent.
La Bible serait le résultat de deux ensembles de traditions distincts, à la base deux origines
simultanées : une migration de clans nomades du NE et en de Mésopotamie allant vers la Cisjordanie
(Génèse 1-35) ; et une autre de clans venus d’Egypte, traversant le Sinaï et le Neguev, allant en
Cisjordanie par le Sud et l’Est. ( Exode, Nombres). Les deux clans ont fusionné ensuite.
Archéologiquement : les premières traces datent du XIII-XII e s. sur les hauteurs des massifs Judéens
et de Cisjordanie, il y a alors un processus de sédentarisation de populations nomades mais pas de
destruction des cités cananéennes.

III les origines du monothéisme biblique
Se pose dans les mêmes termes que la question précédente. Il y a eu de nombreux travaux ces quinze
dernières années. La Révélation à Abraham et Moïse, relèvent de l’histoire sainte et de la foi. Les
historiens bibliques sont des théologiens, la recherche historique conteste leur vision. La sortie
d’Egypte, l’épisode du désert sont insaisissables, Moïse est à jamais une énigme historique. On peut
toutefois reconstituer la religion de ces groupes semi-nomades avant d’être « les Hébreux ». Une
religion tribale du dieu du père, El, épithète de dieu créateur du ciel et de la terre, nom de Yahvé fin
IXe s. Il apparaît alors comme le dieu national du royaume d’Israel. Ce culte de Yahvé est originaire
du Sud du Neguev, en bordure du Sinaï. Mais il ne s’agit pas de monothéisme mais monolâtrie : un
culte officiel rendu à un seul dieu exclusif, sans nier l’existence d’autres dieux des nations alentour.


3
    I. Finkelstein et NA Sielberman, La Bible dévoilée, Bayard, 2002.


                                                                                                         5
Cette situation n’est pas isolée alors. L’épigraphie de certains Etats voisins montre l’existence de
dieux analogues. De nombreux cultes étrangers étaient pratiqués en Israel ; à côté de Yavhé il y avait
peut être une divinité féminine, Astera
A la faveur de l’Exil, période charnière, la monolâtrie évolue en monothéisme, le Dieu national
devient Dieu universel, aucun autre Dieu ne peut exister. La catastrophe nationale vécue, plus
l’Empire Perse favorise le développement du monothéisme juif. Ainsi la séquence biblique est
inversée : le monothéisme n’est pas à l’origine mais au terme du processus historique. Il ne s’agit pas
d’un monothéisme du désert mais de la nécessité de maintenir une identité menacée.

IV Bible et histoire
L’approche historique détruit la notion de document fondateur, mais il faut aussi prendre en compte
les contenus. En plus de ses lois éthiques et cultuels, la Bible développe une conception de l’histoire,
qui a fondé notre perception du temps. C’est la conception du temps circulaire : par exemple le récit
de l’Exode dans Isaïe, sert de modèle pour annoncer et décrire le retour des déportés de Babylone
(épisode vu comme un nouvel exode), il y a un rapport entre l’Exode et le retour d’exil, une analogie
entre les deux. Il s’agit d’une conception mythique du temps, les événements sont reliés entre eux par
des correspondances cachés. Il y a par ailleurs au 2e s. avant JC et 2e s. après JC une littérature
Apocalyptique (le Livre de Daniel en serait l’expression la plus ancienne), attente d’une catastrophe
et d’un salut, avec recréation du monde dans sa pureté. Le temps est conçu comme linéaire. Cette
conception a inspiré de nombreuses espérances et idéologies en Occident.

L’auteur préconise :
 de faire une histoire des contenus,
 une histoire du monothéisme,
 une histoire du peuple Hébreux.

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3- L’approche historique des figures religieuses : Mahomet
Conférence de Alfred-Louis de Premare, Professeur à l’université d’Aix-en-Provence.

Lorsqu’il étudie Mahomet, l’historien se heurte au traitement des sources disponibles : le Coran et les
source islamiques tardives. On a longtemps pensé que le Coran témoignait de la prédication de
Mahomet et qu’il avait été écrit entre 644 et 656 sous le calife Othman. Cette certitude est
aujourd’hui battue en brèche par de nombreux chercheurs qui montrent que le Coran a été rédigé sur
une période bien plus longue. C’est un corpus, une compilation de traditions dont certaines sont très
anciennes. Dans le Coran, le nom de Mahomet n’apparaît que quatre fois seulement , dont deux fois
comme « envoyé de Dieu ». Il n’y a aucune mention des quatre compagnons de Mahomet : Abou
Bakr, Omar, Othman et Ali qui sont aussi les fondateurs de l’Islam. Le nom de la Mecque n’apparaît
qu’une seule fois, et il n’y a que très peu d’allusions aux batailles célèbres. Le nom de Médine où
s’est installée la première communauté musulmane n’apparaît qu’une fois et par un texte très allusif.
Le Coran est donc une source insuffisante pour faire une biographie de Mahomet.
Les sources archéologiques font défaut pour la période où est né l’Islam car les fouilles ne sont pas
autorisées. Par contre, il existe des documents concernant la période précédente : les documents
épigraphiques du Yémen qui datent de la fin du VIème siècle de notre ère. Ces sources mentionnent
l’existence d’un royaume juif yéménite mais aussi d’un royaume chrétien. Le Yémen est une vieille
terre d’implantation du monothéisme. Les historiens ne possèdent aucun document sur les religions de
l’Arabie centrale à l’époque de Mahomet, pour comprendre le paganisme pré-coranique les seuls
documents sont le Coran et l’histoire sainte islamique qui est bien postérieure.
La littérature traditionnelle islamique est très importante, voire pléthorique, mais elle est tardive. Le
Hadîth comprend de volumineux corpus de traditions relatant les faits et gestes de Mahomet ( début


                                                                                                       6
de rédaction dans la seconde moitié du VIIIème siècle, les textes sont définitivement établis au
IXème siècle). Ces textes répondent à un projet particulier qui est de montrer comment chacun des
faits et gestes de Mahomet a une valeur normative, morale ou légale pour la communauté musulmane.
Le premier à avoir organisé les hadîths qui parlaient de la vie de Mahomet est Ibn Ishaq (mort aux
environs de 767), mais on ne le connaît qu’a travers des recensions postérieures et notamment celle
d’Ibn Hisham. C’est la recension la plus crédible, elle date du IXème siècle, l’auteur a sélectionné et
mis en forme les hadîths pour faire une Sira du prophète (une vie de Mahomet). Mais l’historien doit
rester prudent à l’égard de ces sources religieuses. Une biographie de Mahomet paraît donc très
difficile.
L’historien doit sortir du cercle fermé des sources islamiques traditionnelles pour aller vers des
sources plus vastes. Il faut élargir le domaine de recherche vers les territoires situés hors de la
péninsule arabique (Syrie, Jordanie, Mésopotamie) et pour lesquels nous sommes mieux documentés.
Ces données sont intéressantes pour situer la naissance de l’Islam. Et après la mort de Mahomet, des
chroniques syriaque, grecque, arménienne, copte sont des sources littéraires très intéressantes sur les
conquêtes arabes. Il faut donc dépasser la simple étude du Coran, élargir les sources mais aussi le
contexte étudié : avant et après la vie de Mahomet afin de mieux comprendre la naissance de l’Islam
et l’ancrer dans l’histoire. Le Coran est un mot syriaque (langue araméenne) qui veut dire récitation.
Bibliographie :
 M. Rodinson, Mahomet, Seuil collection politique.
Revue L’Histoire, N°274, mars 2003 ; article de M.Alfred Louis de Premare « La Bible, leCoran
et le savant ».
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4- La réforme, affrontement du christianisme à la modernité
Conférence de M. Gérard CHAIX, recteur de l’académie de Strasbourg

Cette intervention examine comment on traite dans les manuels du choc de la modernité dans le
christianisme, puis envisage le points de vue d’historiens de sociologues et de philosophes sur la
question de la religion et de la modernité; elle se termine par quelques remarques utiles sur
l’enseignement de ce thème.
1- Etat des lieux des manuels
A travers l’étude de 5 manuels de collège et 7 de lycées M. Chaix part de deux acquis, deux
héritages historiques et un constat
 Lucien Fèbvre ( un article : Les causes religieuses de la Réforme, un ouvrage : Le problème de
    l’incroyance au XVIe, la religion de Rabelais). Pour lui la réforme est un phénomène
    essentiellement religieux. Les causes religieuses affleurent dans tous les manuels, avec de larges
    extraits de Rabelais : ex Nathan de 5e page 134 Rabelais et l’éducation. Rôle important
    d’Erasme. L’homme est à l’image de Dieu, vision positive de l’homme, on n’est plus dans la
    vision médiévale. Voir Hachette 2e chapitre 9, le plafond de la Chapelle Sixtine, un homme à
    l’image de Dieu ; ou Hatier 2e.
 Denis Crouzet dans sa thèse Les guerriers de Dieu développe des points comme :l’ affirmation
    d’une angoisse aux XV et XVI e s. ; la Réforme proposant un désangoissement notamment le
    calvinisme ;le passage d’une violence panique du monde catholique, à une violence maîtrisée
    chez les protestants. Henri IV propose une autre rationalité, politique celle-ci, le souverain
    réconcilie l’angoisse irrationnelle des catholiques et la rationalité protestante. On retrouve cela
    dans les manuels Belin 5e Chapitre 8, Belin de 2e chapitre 6 ( §3) Hachette et Magnard 5.
 Cohérence d’ensemble des manuels : une Europe en plein bouleversement aux XV et XVIe s.
    dont les acteurs sont les humanistes. Surenchère des verbes exprimant la nouveauté : les
    humanistes façonnent, découvrent, ouvrent …Par opposition le Moyen Age n’est pas décrit, mais
    suggéré en creux.
    Au milieu du XVI e s. la Réforme protestante ouvre une fracture religieuse. La civilisation de la
    Renaissance qui s’impose transforme la représentation médiévale de l’univers, l’imprimerie


                                                                                                     7
    permet l’ouverture à un public plus large, naissance de la littérature, du roman, des traités
    politiques, premiers jalons de la science moderne . On propose de regarder le monde d’un œil
    neuf.
    Dans le manuel Bertrand Lacoste on ajoute que l’enseignement est un trait de ce temps de la
    Réforme: collèges jésuites au XVI e s. idem côté protestant.

    Implicitement les paradigmes sont : réduction de l’emprise religieuse, repli sur le privé, la vie de
    famille, autonomisation de la politique. C’est le constat de Weber : rationalisation,
    individualisation, le domus comme lieu de l’autonomie.

2- Historiographie , christianisme et modernité
Les modèles de la modernité ( sauf Michel de Certeaux qui se plaçait dans une vision du refuge, du
repli, voir La fable mystique : Dieu n’est plus directement lisible dans le grand livre du monde, mais
la trace d’un monde perdu).
 Pour Marx : la religion est l’expression et la protestation de la misère du monde ; il considère
     qu’il existe une modernité possible de la religion. Cf la guerre des paysans ( Engels), l’affaire de
     Münster, tout le courant radical des anabaptistes qui a disparu des manuels ( Kausky, voyaient
     dans ces courants les précurseurs du socialisme).
 Le modèle weberien. Voir L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1904-1905, avec une
     polémique de 1907 à 1910, Weber répondant aux critiques qui lui sont faites ; Economie et
     société, ouvrage inachevé, à la recherche de la rationalité occidentale. Son fil conducteur : le
     désenchantement. On peut retenir deux éléments :
                  1- Passage de l’ascèse monacale du Moyen Age, retirée du monde, à une ascèse
                  intramondaine caractérisant le monde de la Réforme, avec la notion de Beruf (=
                  vocation ou métier)
                  2- La distinction faite par Luther et Calvin de la prédestination. Aucune certitude
                  n’est possible sur le salut personnel, mais une dynamique est possible, les œuvres en
                  tant que confirmation de la foi et signes d’espérance. Le capitalisme ainsi n’est pas le
                  produit de la Réforme mais il y a entre les deux des affinités. La religion n’est plus le
                  régulateur commun à toutes les sphères, mais la rationalité est le régulateur.

 Le modèle de Ernst Troeltsch, ami de Weber
Son ouvrage Protestantisme et modernité a été traduit en 1991.
Le XVI e s. est en rupture avec la culture médiévale caractérisée par la croyance en une Révélation
de caractère absolu et l’institutionnalisation de la Révélation à travers une Eglise d’où une culture
de l’autorité, la dévalorisation du monde sensible, la valorisation de l’ascétisme. Par opposition le
protestantisme se caractérise par la valorisation de l’autonomie par rapport à l’Eglise, et
l’individualisme ( qui est néanmoins d’origine médiévale).Peu à peu la science se substitue à la
Révélation ; l’optimisme se développe avec la notion de progrès. Cependant Luther appartient encore
plus au Moyen Age, il faut attendre le XVIIIe s.pour que la modernisation sur la base des Lumières
s’affirme dans la civilisation occidentale.
 Les modèles historiens :
Pierre Chaunu, le temps des réformes est à l’articulation de plusieurs éléments : la part de la
démographie ( du refus des limitations des naissances à l’âge tardif au mariage, l’ascèse dans le
couple) ; la part de l’élément culturel ( lié au nombre de personnes capables de lire et écrire );
l’élément religieux.
Le modèle de la confessionalisation ( mot introduit par les allemands récemment et repris par les
français), souci de dépasser les oppositions de confession au sein du christianisme, d’inscrire la
réforme dans un ensemble plus vaste et pas seulement religieux. Ainsi Wolfgang Reinhardt essaie de
monter que le catholicisme et le protestantisme sont les deux faces d’une même médaille, liée à la
notion de modernité. Par exemple dans les deux camps on remarque la progression de
l’individualisme, par exemple les pratiques confessionnelles chez les catholiques. Il y aurait un lien
avec la construction de l’Etat.



                                                                                                         8
3- L’enseignement :
Il y a en France une grande réticence à l’égard des modèles et de la démarche empirique. J. Le Goff
balaie Weber. On a davantage recours à la microhistoire.
Il y a néanmoins des questions à se poser
- l’épisode de Münster a disparu des manuels, or c’est la question de la réforme radicale
- Il faudrait sortir du christianisme latin, évoquer aussi le christianisme oriental qui connaît des
réformes liturgiques au XVIIes.
- Faire une réflexion sur les rapports avec le monde judaïque, à travers la cabale au XVIe s.
- Voir davantage l’Islam alors : situation au XVIe s. ; l’empire ottoman et son expansion
- Le métissage religieux à travers le monde
- La gender history.

Ccl : Eviter le discours binaire type ombres et lumières, catholicisme contre protestantisme. Dans les
deux cas il y a une façon de dire la modernité.
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5-Regards critiques sur la notion de sécularisation
Conférence de M. Gilbert Vincent, Professeur à l’Université Marc Bloch de Strasbourg

Un mot. chargé de sens :
Employé en Allemagne, en France plutôt laïcisation.. Il évoque en France la sécularisation des biens
du clergé, signifie rendre profane, c’est aussi une critique de l’autorité, évoque l’individualisation. Il
peut être un terme polémique. En passant d’une catégorie de langage à une autre le mot se charge
d’emprunts et se transforme.
Max Weber sert encore de référence :
Pour lui la Théodicée, la question du mal, de la responsabilité de Dieu par rapport au mal est une
question lancinante, qui taraude toutes les convictions et les oblige à se rationaliser, il faut justifier
Dieu du point de vue de la raison. La rationalisation amène à une différenciation des institutions, des
sphères d’activité, une autonomisation, un refus d’une institution qui chapeauterait tout.
Il développe deux perspectives d’analyse :
la perspective génétique : il y a passage de la sphère du religieux dans la sphère politique ; le
religieux étant toujours requis pour comprendre les faits contemporains, il n’y a pas de création ex
nihilo.
La perspective structurale : explication de la génèse du capitalisme. Le puritanisme joue un rôle
important mais l’économique devient une sphère autonome une fois que le phénomène est là.
Il en résulte :
que notre modernité a pour matrice des transformations religieuses importantes ( ex le libre
examen…)
que la sécularisation signifie que l’autonomisation des sphères ne s’appuie plus sur des raisons
religieuses. Les motivations peuvent être religieuses mais elles sont multiples.
Il parle de désenchantement. Expression étonnante qui laisse supposer une nostalgie d’un monde
enchanté. Il y a chez Weber d’autres expressions comme polythéisme des valeurs, guerre des
dieux…En fait son attitude est ambivalente. Il est marqué dans son analyse par la rationalité par
Nieztsche. Dans son ouvrage, Le savant et le politique, Weber établit la distinction entre l’éthique
de la responsabilité et l’éthique de la conviction. L’homme politique est du côté de l’éthique de la
responsabilité, les convictions n’ont aucune place en la matière 4. Weber a la vision d’une raison
détachée de la conviction, une raison qui se prend elle même pour objet.


4
  L’éthique de la responsabilité : on doit répondre de ses actes, comme dans l’action rationnelle, en vue d’une
fin où s’articulent les moyens et les fins.


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Le modèle hégélien :
Weber attache peu d’importance à l‘Etat, s’intéresse surtout à l’action politique. L’Etat n’est pas le
vecteur premier de la raison,
Hegel, le philosophe du XIX e s. a des positions différentes. Il parle aussi de la raison, mais dans la
perspective de la philosophie de l’histoire. La raison est productrice d’histoire, le produit devient
producteur. La raison est immanente à l'histoire. Pour Hegel le christianisme est la religion de
progrès, le moteur du progrès. Ceci à double titre :
- en tant que le christianisme est la foi en Dieu et la foi en Jésus Christ, deuxième personne de la
Trinité. La Trinité est un concept très fort pour Hegel, figure de l’humain dans Dieu, par le Christ non
pas victime de son destin, mais l’assumant.
- au titre aussi du protestantisme : liberté revendiquée face à l’institution et au Livre.
Hegel reconnaît le rôle important du protestantisme mais aussi ses limites :
- La raison qui mettrait l’homme seul face à la société risquerait d’augmenter le divorce entre
l’individu et la société.
D’où l’intérêt de Nietzsche pour la troisième personne, l’Esprit, pour lui la communauté incarnée. Il y
a pour lui une rationalité du catholicisme.
En outre il est pour lui important d’accroître le rôle de l’Etat ; le monde moderne est différencié
socialement mais ce monde moderne rationnel est infirme s’il n’y a pas une action de l’Etat. L’Etat
est notre transcendance moderne, le garant de la rationalisation, en tant que non émiettement , mais
permettant le rattachement des individus composant la société. En ce sens il accorde aux Eglises leur
juste place, il souligne le rôle qu’elles ont à jouer. Les représentations religieuses ont une fonction
propédeutiques. Mais elles peuvent être aussi dévoyées. La responsabilité de l’Etat c’est aussi de
veiller à cela, que les représentations religieuses soient porteuses de liberté. En ce sens Hegel est
l’inspirateur de l’Etat laïc.

A la suite de questions posées l’intervenant met l’accent sur le fait religieux, qui produit encore du sens
aujourd’hui. Il véhicule avec lui la question de la vérité, la laïcité doit reprendre cette question du sens et de la
vérité, y compris du sens et de la vérité religieuse.

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6-L’islam en France : un Islam minoritaire dans un espace
sécularisé et laïc
Conférence de Franck Fregosi, chargé de recherche au CNRS, Strasbourg.

L’auteur développe l’idée que cette question de l’Islam concerne toute l’Europe ( entre 11 à 12
millions de personnes issues de l’immigration). En France le problème se pose de façon spécifique
compte tenu de la législation en matière de régulation du fait religieux. La France est donc
interpellée sur sa capacité à intégrer la religion musulmane, à la faire bénéficier des mêmes facilités (
libre exercice public du culte, liberté d’organisation, soutiens publics ..) que les autres cultes. Mais
l’Islam aussi est interpellé dans sa capacité à prendre en compte les particularités de la société
environnante, et à adapter ses expressions pratiques à ce contexte là.
Son objet : appréhension du vécu par les populations musulmanes. Trois préliminaires :
 L’Islam est un fait religieux, humain, marqué du sceau de la pluralité, il n’y a pas d’unicité de
     l’Islam.
 La vie du musulman ne peut s’expliquer par la seule doctrine religieuse, l’Islam n’explique pas
     tout.

L’éthique de conviction : on oriente son action vers des valeurs, on a simplement à cœur de veiller sur la flamme
de la pure doctrine. D’après le Dictionnaire des mille œuvres clés de la philosophie, Denis Huisman, Nahan, p.
46


                                                                                                                  10
 Aucun groupe religieux ne peut se soustraire à la dynamique de la sécularisation.

La spécificité de la situation de l’Islam en France et en Europe:
 Les musulmans sont immergés dans une société sécularisée, où la religion est une option
     personnelle, n’engageant pas l’être social de la collectivité.
 Ils sont confrontés à une société plurielle sur le plan de la religion. La pluralité existe dans
     l’Islam, mais ce phénomène de pluralisation vient au moment où existe une crise des institutions
     religieuses traditionnelle du croire.
 L’Islam, sauf une partie de l’Europe orientale et des Balkans, ne s’inscrit pas dans le même
     continuum historique et ne participe pas à une structuration spatiale.
L’Islam en France doit composer avec un Etat laïc comportant 4 principes :
 Neutralité religieuse de l’Etat
 Séparation institutionnelle, organique entre les institutions publiques et les institutions religieuses
 Liberté de conscience et liberté religieuse garantie par la neutralité de l’Etat
 Le principe de l’autonomie réciproque pouvoirs publics/ institutions religieuses et
     réciproquement.
 Les musulmans font l’expérience minoritaire ( ce qui n’est d’ailleurs pas nouveau, voir l’Espagne
     de la Reconquista, la situation dans l’Inde mongol de 1527 à 1857…).
 Le poids des représentations collectives dépréciatives, que le 11 septembre a amplifié. Deux
     réductionnismes : l’islamophobie et l’opposition à l’occident. Les musulmans ont toujours à se
     justifier de comportements qui viennent d’ailleurs, on les renvoie toujours à une appartenance
     supposée.
La sécularisation dans l’Islam :
Il y a une sécularisation implicite des comportements.
On a peu d’études portant sur l’étude des comportements, comme l’observance religieuse. Y a t-il des
variations dans la pratique ?
Il existe cependant une étude de 1992 avec des questions sur l’appartenance confessionnelle et
l’appartenance religieuse. Il en résulte :
 Que les plus observants sont les plus invisibles, viennent en tête les populations d’Afrique
     subsaharienne, les Peuls par exemple ( 65% de pratiques religieuses). Les Turcs 36%. Les
     Algériens sont les moins pratiquants avec 29%
 Pour les interdits les réponses sont aussi disparates, le Ramadan par exemple. Il est suivi par des
     non- observants : c’est quelque chose d’identifiant, répond au besoin d’une affirmation
     communautaire ; s’ajoute le ressourcement.

Une comparaison d’enquêtes du Monde, 1989, 94, 2001, révèle que l’Islam est une réalité plurielle.
On peut distinguer 4 pôles d’identification :
 Une identification subjective à l’Islam : 42% des personnes interrogées répondent : nous
     sommes musulmans, croyants, mais il n’y a pas obligatoirement passage à la pratique. On
     s’identifie plus à des valeurs qu’à des pratiques.
 Un Islam pieux et dévot existe : c’est 36% de l’échantillon ( avec une augmentation de 14
     points par rapport à 1994, il y a une augmentation de la religiosité). Ces personnes se définissent
     comme croyantes et pratiquantes.
L’Islam pratiqué en France est toujours minoritaire ; il est essentiellement marocain; les tunisiens
vont surtout à la prière du vendredi.
 Il y a aussi une identification sociologique à un Islam minimaliste, 16% de l’échantillon, « je
     suis d’origine musulmane » ( 44% d’entre eux pratiquent le ramadan)
 Les musulmans « sortis » de l’Islam, sont issus de sociétés musulmanes, mais se disent sans
     religion, voir ils pratiquent une autre religion, 4%.
Il y a donc un éclatement des modes de relation à l’Islam. Les musulmans se reconnaissent dans une
confession, 78% d’entre eux donnent de l’Islam une définition confessionnelle et non pas culturel,
c’est un fait nouveau. Certains souhaitent qu’on reconnaisse à l’Islam une visibilité, de sorte qu’il y a
à l’intérieur du monde islamique en France ce qu’on a appelé jadis les « deux France » : les


                                                                                                      11
anticléricaux et une confessionnalisation de l’identité islamique. S’ajoute une individualisation de la
religiosité. L’Islam est par ailleurs caractérisé par une multiplicité d’opérateurs qui se réclament de
lui. Il n’y a pas d’instance produisant la règle, la norme, à cet égard.

Vivre l’Islam en France, Islam au rabais ?.(Islam de dhimmitude)
Il s’agit alors de réinterpréter la charia, on assiste à des formes de relativisation de la charia, théorie
restreinte de la charia). L’Islam doit être un vecteur pour améliorer la société ;l’altermondialisme.

L’enjeu institutionnel, au cœur du débat :
C’est une question majeure : quelle organisation de l’Islam et du culte ? Il ne s’agit pas d’organiser
les musulmans mais de permettre l’émergence d’une représentation cultuelle, confessionnelle de
l’Islam. Quadrature du cercle : un Etat laïc et une collectivité religieuse qui n’a pas de tradition
d’organisation centralisée en France. Pendant la colonisation la loi 1905 ne s’est pas appliqué dans
les départements algériens! On a créé une exception musulmane.
Les étapes :
- Le CORIF, c’est un interlocuteur, destiné à conseiller le ministre, a produit des circulaires ( par
exemple sur les carrés musulmans dans les cimetières, la nourriture halal dans l’armée.
- La Charte du culte musulman ( C. Pasqua), il y a 5 piliers de l’Islam républicain.
Il existe un texte officiel, « Droits et devoirs des musulmans dans la République » qui posent des
principes et des fondements. Tout organisme doit le ratifier.
-Les décisions de l’actuel gouvernement. Etablissement du CFCM, Comité français du culte
musulman, avec 60% de représentants élus, les autres sont cooptés. Il y a un problème d’autonomie de
ce Comité.

Dans la discussion il est précisé :
- qu’il y a des courants laïcs dans tous ces pays
- que si un individu se réfère à l’Islam, ce n’est pas pour cela qu’il se réfère à une religion, il ne faut surtout pas
globaliser
- il est important d’écouter, analyser, négocier, et de ne pas plaquer une grille de lecture.
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7- Ethique protestante et instance du sacré. Ce que la position du «
christianisme social au XX e s ». nous apprend du rapport entre
religion et modernité.
Conférence d’Isabelle Ullern-Weite, Enseignante-chercheur à l’EPHE, Paris.

Conférence très philosophique dont le contenu, très dense, ne permettait pas une vraie prise de notes
on relèvera :
- Il y a un rapport conflictuel des religions à la modernité. Le projet culturel critique d’un
enseignement du fait religieux, entre en conflit avec la neutralité
- Il y a un monoculturalisme atavique en France, une ambivalence par rapport à la religion qui date de
la Révolution.. Le pluriculturalisme en plein bouillonnement actuel nous pose des questions et rend la
laïcité pertinente.
- Le monde moderne est un monde post-religieux, désorientation, perte du ciment symbolique du
langage religieux. Voir Kant article « Qu’est-ce -que s’orienter dans la pensée ? »
- Il existe un libelle anonyme datant de 1599 « La concorde de l’Etat » qui atteste d’une réflexion
anticipant tout en restant dans l’emprise de son siècle. En France la sécularisation a été longue et
lente, elle est inachevée . il y a toujours une tension entre foi et savoir ( voir Habermas « Foi et
raison » ), une réadaptation constante est nécessaire. Ce libelle propose de désarticuler la vérité de la
religion, de l’Etat, qui consiste à ouvrir la diversité, la concorde de l’Etat passe par la diversité. Il ne
faut pas faire de la laïcité un repoussoir sinon on risque de revenir au XVI e s.


                                                                                                                    12
La lecture de Paul Ricoeur est nécessaire, deux articles sont signalés : « Le chrétien et la
civilisation occidentale », et en 1968 « La liberté selon l’espérance ». Voir le livre de François
Dosse sur P. Ricoeur. Tout cela constitue un ensemble de réflexion sur la travail de transmission
critique des religions. Il permet aussi d’éclairer la position du christianisme social au XXe s, et
l’interprétation théologique de l’engagement.



8- L’approche sociologique des faits religieux
Conférence de M. Jean Paul Willaime, Directeur d’études à l’EPHE ( section des sciences
religieuses), directeur du Groupe de sociologie des Religions et de la Laïcité ».

Trois remarques préalables : regain d’intérêt pour l’étude du fait religieux en sociologie comme au
début de la fondation de la discipline d’ailleurs ; il y a longtemps un paradigme interprétatif : plus il
y a de modernité, moins il y a de religion ; la modernité occidentale a été longtemps interprétée
comme une sortie de la religion. N’est ce pas plutôt une sortie d’une interprétation de la religion ?
L’approche sociologique (comme l’approche anthropologique) n’est pas une approche des dogmes ou
des doctrines, mais il s’agit vraiment du vécu, il n’y a pas de préjugés intellectualistes.

1- L’apport des penseurs classiques de la sociologie :
Il sont toujours féconds :
 Marx, même si son approche de la religion est très marquée, il souligne l’importance des
     représentations religieuses dans la façon d’interpréter la condition humaine, leur influence sur la
     façon dont on voit la société, et dont l’individu s’y associe. La mise en relation religion/pouvoir
     est des grands axes de la recherche sociologique. Marx s’est trompé quand il évoquait la fin de la
     religion. Il manque aussi la dimension d’opposition de la religion.
 Tocqueville, joue aussi un rôle important pour la sociologie des religions. Voir « De la
     démocratie en Amérique ». c’est un aristocrate français qui arrive en Amérique du Nord, il
     découvre un pays où l’esprit de liberté et l’esprit de religion font bon ménage. Les sociétés
     démocratiques ont un avenir avec la religion.
 Durckheim, immense apport. A étudié la religion dans le sentiment collectif, la sociogénèse du
     sentiment religieux, à partir du système totémique en Australie. Il a compris que les religions sont
     des systèmes motivationnels profonds pour les individus, des réservoirs pour l’action, la religion
     comme force poussant à agir. ( « Les formes élémentaires de la religion » 1912, « un homme
     qui peut davantage »).
 Weber, a contribué à l’étude des génèses religieuses, des mutations religieuses. Le
     désenchantement, l’émancipation par rapport à certaines vérités des religions, mais aussi
     comment ces religions ont travaillé notre civilisation. Distinction pouvoir et autorité. Trois
     grandes figure : le prêtre, le prophète et le sorcier.
2- Interprétation
La liaison travail Ŕ religion. Le travail comme valeur, c’est une sécularisation de la valorisation
religieuse du travail.
Le rapport religion et politique, dossier épais de la religion. Dans l’analyse de la crise d’avril 2002,
l’appartenance religieuse n’a pas signifié vote à l’extrême droite. En Allemagne une autre expérience
historique des relations Eglise / Etat, pouvoir politique, les institutions religieuses sont davantage
intégrées comme institutions politiques, apports importants à la citoyenneté et à la démocratie.
3- L’apport de la sociologie pour mieux comprendre le vécu de la religion
Les enquêtes sont à manier avec précaution, ( se déclarer protestant ou catholique, croyant, non
croyant, croyant sans religion, des religieux sans croyances…qu’est ce que cela signifie ?) il faut des
enquêtes quantitatives et qualitatives. Il ne s’agit pas de voir ce que les religions disent qu’elles sont
mais d’étudier les religions à travers le fait social.




                                                                                                       13
Noter l’évolution : dans les années 50 les croyants disaient que leur religion était la seule vraie,
aujourd’hui c’est une petite minorité qui dit cela, il y a eu une intériorisation du pluralisme
philosophique et religieux.
Conclusion :
- Il est pertinent de voir comment se sont constituées et fonctionnent les pouvoirs religieux ;
- comment la religion fait lien social, de façon complexe, par exemple d’une religion à l’autre ;
- on ne peut réduire l’analyse des faits religieux à l’analyse de la détermination sociologique de la
religion. Quand on étudie un univers religieux les entités invisibles pour les croyants sont présentes et
inter activantes. Il est totalement insuffisant de considérer que celui qui appartient à une secte est
manipulé, cela peut être vrai, mais ça ne résout pas le problème.


__________


Catholicisme et modernité
Conférence de Monsieur Luc Perrin,maître de conaérences à l’Université Marc Bloch,
Strasbourg.

Introduction sous forme de 3 observations :
-Luc Perrin est un disciple de Emile Poulat qui a écrit « Le christianisme à contre histoire » et »
notre laïcité à la francaise. ».
-Sous Pie IX(1846-1878) ,la proposition 80 du 8 decembre1864,dans le cadre du Syllabus Errarum :
« Le pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, la civilisation moderne et
le libéralisme » a été condamnée.
-Il faut distinguer les 3 termes :moderne ,modernité et modernisme . Par « moderne »,on entendra
modernité superficielle (épimodernité) et trompeuse . L’exemple de la diffusion, en 1830 , à des
millions d’exemplaires d’une médaille miraculeuse montre l’utilisation des effets de la Révolution
industrielle alors que cette dernière était condamnée par l’Eglise. On peut dire aussi que Vatican II
« jargonne » moderne .
Le mot « modernisme » a un sens plus technique. A noter la crise apparue à la charnière des XIXeme
et XX ième siècles au sujet des textes bibliques. L’Eglise est apostolique, catholique et romaine .Il ne
faut pas oublier sa dimension universelle. Vue de Rome, elle concerne très largement l’Afrique,
l’Asie et l’Amérique latine .
Luc Perrin abordera un plan eu trois parties :le catholicisme comme antimodernité (1ere partie) qui
propose une alternative (2eme partie) mais qui a connu une certaine adaptation à la modernité (3eme
partie).


    I-      Le catholicisme :une antimodernité fondamentale. Pourquoi ?
En matière d’antimodernité ,Luc Perrin fait d’abord référence au philosophe Jacques Maritain(1882-
1973),ambassadeur de France près le Saint Siège. La révolution francaise libérale s’est affrontée au
catholicisme sur plusieurs points ; elle l’a déstabilisée et ceci sera étudié à partir de cinq points.

1-Dans la DDHC (1789), l’article X instaure la liberté du culte (cf la mention « même en matière
religieuse »).Les juifs ont un statut légal à partir de 1791. Penser au premier amendement de la
constitution américaine et à l’acte d’émancipation en Angleterre (1820). On assiste à l’organisation
d’un pluralisme religieux en France. La loi de 1905 est un nouveau mode de reconnaissance mais
aussi d’exclusion des cultes.
Ex :Droit d’avoir ou pas un aumônier dans l’armée …..

2-Deuxième rupture :la naissance d’un état laïc.



                                                                                                      14
Jusqu’en 1792,la baptême était l’acte d’entrée dans la société francaise. On assiste à la séparation
presbytère /mairie

3-La rupture de l’ordre moral chrétien.
Le divorce est légalisé en 1884. Voir le rôle de la souveraineté populaire en matière
d’avortement, de contraception ,d’euthanasie et les réponses.
1993, sous Jean-Paul II, encyclique »Splendeur de la vérité ».
1995, sous Jean-Paul II, encyclique sur l’Evangile.
- La dissolution des congrégations ,ancêtres des corporations , par la loi Le Chapelier d’abord
(1792) .
Ne pas oublier qu’en 1940,sous Vichy,les congrégations sont exclues.
-La laïcisation du temps.
Le directoire impose le silence des cloches (cf :A. Corbin :« Les cloches de la terre »1994). Le
calendrier se démarque. A noter les querelles maires /curés. Des différences géographiques sont à
noter :
La révolution libérale en Europe catholique continentale est synonyme de « terreur ». En France, on
guillotinera plus de membres du clergé que de nobles et deux papes seront fait prisonniers.
Aux Etats-Unis, elle permet, u contraire, l’expansion du catholicisme.
Dans les îles britanniques, le catholicisme, libéré de la tutelle anglicane, connaît un essor.

    II-      Le catholicisme comme contre-modernité
On distinguera 3 phases.
1-Une phase purement défensive :la condamnation de la révolution.
-Pie VI(1775-1799)
- Grégoire XVI(1831-1846).
-PieIX(1846-1878) et le Syllabus(1864)
L’eglise rêve alors de restaurer l’ordre pré-révolutionnaire.
Entre 1860 et 1870,les Etats de l’Eglise sont dépecés. En 1870, le Saint Siège perd sa dimension
étatique jusqu’en 1929.
2-Une phase offensive.
a)souterraine avec les congrégations religieuses (ex :les sœurs St Joseph de Cluny).On a surtout les
« bonnes sœurs » (une marée de cornettes ,hors de France aussi ) présentes sur toutes les plaies des
sociétés libérales :aides aux handicapés mentaux, personnes agées ….
Ex : Les petites sœurs des pauvres (maisons de retraite). La Sœur Rosalie pour les soupes populaires
b)action du pape Léon XIII (1878-1903). A presque tout inauguré . il a posé les bases du Rerum
Novarum (1891).
c)Le mouvement social catholique : il y a des militants dès les années 1920.
Syndicats, scoutisme œuvres. Création de la JOC (jeunesses ouvrières chrétiennes) en 1927 dont la
devise est « Nous referons chrétiens nos frères » ).
Ex de l’abbé Pierre, député MRP, fondateur du mouvement Emmaüs
3- Au tournant des années 60-70,la partie institutionnelle disparaît. C’est la « révolution tranquille »
au Québec.
Exemple du film « les invasion barbares « avec le personnage de Rémi.
En 1964,la CFTC devient laCFDT.
Encycliques de Jean XXIII (on approuve le syndicalisme), Paul VI (la foi chrétienne est compatible
avec l’engagement politique), Jean-Paul II .Il y a un nouvel usage de l’espace public ;l’audience est
réduite.

    III-    Une adaptation constante à la modernité
 Le catholicisme social est fils du courant antiliberal alors que le protestantisme, dans le cadre du
christianisme social est dans le courant libéral. Il est aussi antisocialiste.
1-La tentation d’un compromis avec le libéralisme.
-A la révolution française :l’abbé Grégoire.


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-1830-1870 :les catholiques libéraux :Montalembert ;Dupanloup ,l’evêque d’Orléans.
-Au XXième siècle, les transigeants :ex :monseigneur Rouet, archevêque de Poitiers .
C’est le développement de principes démocratiques au sein de l’Eglise romaine
2-Les socialistes chrétiens :
-Lamennais(1782-1854)
- Louis Blanc (1811-1882).
-L’abbé Boulier fondateur de la JOC et du mouvement de la paix .
-Après 1945, Althusser .
-Le prêtre Gustavo Guttierez , prêtre et théologien péruvien, fondateur de la        théologie latino-
américaine de la libération ( pour les pauvres ).
-Les théologiens de la Libération :
Ex :J. Delors, influencé par le scoutisme et responsable, pendant 20 ans de l’équipe politique de la
« Vie nouvelle »
3-Les catholiques bourgeois :
On les appelle aussi les catholiques silencieux. Cette 3eme catégorie est la plus massive. Ils ne
critiquent pas le pape mais, dans l’isoloir, ils votent autrement. En 1860,ils sont bonapartistes ,puis
républicains et ils assurent le triomphe de la IIIeme République. C’est un groupe non organisé, non
contestataire
4-Le « centre »,attitude de Rome : l’intransigeance va de pair avec le
a-Refus du pluralisme confessionnel ?
-en 1801 :le concordat. En 1802, par les articles organiques, quatre cultes sont reconnus .Rome
proteste mais ne condamne pas le texte.(esprit de conciliation).
-en 1945,les évêques et archevêques acceptent une « saine laïcité ».
b-Le Vatican ?
En 1870,le pape est prisonnier et l’Etat papal disparaît mais on négocie et, en 1929,le Saint Siège
accepte 0,44km².(traité du Latran).
c-Alfred Loisy (1857-1940) exégète français est condamné pour ses idées modernistes. Pie IX ,50 ans
plus tard, encourage les exégètes à poursuivre leurs travaux .
 d-Liberté de conscience ou foi interne :Opposition constructive. L’Eglise adapte son intransigeance.



10-Islam et modernité
Conférence de Viviane Comerro, professeur agrégée d’arabe, Strasbourg
L’Islam a été confronté à la modernité occidentale. Deux formes de réformismes bien distincts ont
surgi : un réformisme libéral et un réformisme fondamentaliste. Le premier conçoit le rapport à la
modernité comme un simple retard historique à rattraper et suppose pour l’Islam la même évolution
historique et intellectuelle que celle du christianisme depuis la Renaissance : il vise à moderniser
l’Islam.
C’est le cas de Méhémet Ali qui mène une politique de modernisation de l’Egypte. Pour certains
intellectuels l’Occident stimule l’Orient, il faut en connaître les secrets. L’Occident comme modèle
dont il faut s’approprier els techniques, les concepts ( la démocratie constitutionnelle, la liberté, le
respect de l’individu..). La fin de la Grande Guerre marque la fin de cet optimisme.

        Le second, le réformisme fondamentaliste, prône un retour aux sources des textes fondateurs
afin de revivifier l’islam et de libérer les sociétés islamiques de l’influence étrangère, politique ou
culturelle. Ce second mouvement est très enraciné historiquement et bénéficie d’une réelle
dynamique populaire, il est bien implanté en Europe. Il entend se rendre visible. Un des facteurs de
son dynamisme réside dans le financement saoudien          ( réseaux d’enseignement et de prédications,
construction de mosquées et de centres de formation populaires, sites internet..). Ce réformisme vise à
islamiser la modernité.




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Précision : les deux mouvements présentés de façon séparés par commodité d’exposé, sont
concomitants, et perméables l’un à l’autre, sur la question de la réforme politique, de la langue arabe,
des techniques, mais divergent sur le plan de l’évolution.

Quelques noms du courant réformiste fondamentaliste :

Al- Afghani ( 1838-1897): réformiste panislamiste, a beaucoup voyagé, religieux et rationaliste,
franc-maçon. Orateur brillant. Afghan, sunnite. Sa cause : le réveil de l’Islam. Sa grande idée le
panislamisme, il veut l’union des pays musulmans face à la progression européenne. L’intolérable
c’est la perte de puissance politique des pays musulmans. Il veut établir un régime parlementaire, une
constitution, mais seule la religion peut stabiliser la société. Prône un retour aux sources de l’Islam.
Idée permanente : l’Islam n’est aps en cause dans le sous-développement de ces peuples ; en revanche
ils ont trahi les idéaux de la religion.
Il y a eu une controverse Al Afghani /Renan en 1883. Dans un discours Renan dit que l’Islam est la
cause première de la régression, l’Islam et l’esprit scientifique sont incompatible. Afghani répond le
lendemain que le Coran engage le chrétien à comprendre le monde, que l’Islam a permis la naissance
de l’esprit philosophique.

Mohamed Abduh (1849-1905), a rencontré Al- Afghani, né en 1849. Favorable à un retour aux
sources, avec usage de la raison dans la relecture des textes. Il lance l’idée de l’Islam source d
eprogrès pour l’Europe. Il privilégie le texte du Coran contre la sunna. Un musulman doit s’appuyer
sur sa raison et le Coran. A été moufti. Il préconise l’éducation et la formation d’une opinion
publique.

Rachid Ridha (1865-1935), disciple d’Abduh , syrien. Forte audience dans l’ensemble du monde
musulman. A dirigé une revue, Le Phare, à Alexandrie, comprenant des articles, des informations sur
l’ensemble du monde musulman, des réponses à des questions, des commentaires du Coran. Par ce
biais il diffuse les idées du réformisme fondamentaliste. Il polémique contre les Européens qui
veulent effacer la charia, contre le kémalisme et les musulmans libéraux.
Il appelle une revivification de l’Islam face au défi de la modernité, il veut unifier tous les
musulmans.Il devient un centre de propagande du wahabisme. Le wahabisme est une doctrine née au
XVIIIe s. en Arabie ; resurgit au début du XXe dans un nouveau monde politique. Les wahabites
apparaissent comme de la renaissance islamique. Le nouvel espoir : que le politique redevienne un
lieu du théologique. Il prône un monothéisme rigoureux, une idéalisation des origines. Lien fort Etat /
religieux, l’Etat ordonne le bien et interdit le mal.

         L’association des Frères musulmans. Son audience augmente, l’Islam est un système global
de vie, le politique en est une dimension inhérente, tout effort de laïcisation est contesté. »Le Coran
est notre constitution ».L’Etat islamique est un Etat qui a une mission.
L’Islam est une troisième voie entre le capitalisme et le socialisme. Dieu est la source de toute
autorité, la démocratie repose sur un principe impie. Il existe un commentaire du Coran de Sayyid Al
Qotb « A l’ombre du Coran », 30 cahiers, ouvrage d’un militant, sans cesse réédité jusqu’à nos
jours. Œuvre culte des islamistes du monde entier. L’Islam est la seule voie permettant à l’ homme de
se libérer, pas question d’une remise en perspective de l’Islam.

Conclusions :
Il y a certes une part de réactif dans l’Islam, mais les peuples musulmans ont aussi une histoire, ils ne
sont pas nés seulement dans le regard de l’autre.
Le religieux est plus qu’une idéologie, il est articulé sur une tradition, le sacré, qui a une forte charge
émotionnelle.
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11-Judaïsme et modernité
Conférence de Sophie Nizard, Maître de conférence à l’Université Marc Bloch de Strasbo urg.

Sujet difficile compte tenu de la crispation actuelle sur la laïcité. Le sociologue a pour tâche de
rendre compte de la complexité des faits religieux. Il faut définir les termes qu’on emploie : la
modernité est un processus ; confronter religion et modernité c’est mettre face à face la religion en
tant que tradition, intemporelle, et la modernité qui serait du côté du changement, du mouvement, de
la rupture. Après le désenchantement, on parle aujourd’hui d’une modernité religieuse, retour du
religieux, voir les sectes.
Il s’agira de voir comment se sont constituées et continuent de le faire, les identités juives, tous les
judaïsmes sont touchés par la modernité, y compris le judaïsme Séfarade, au Moyen Orient, dans les
Balkans.
1- Le cadre historique : XVIIIe XIXe s. période d’émancipation des juifs d’Europe et pluralisation
des courants religieux
 Le judaïsme traditionnel, en tant que culture, mode de vie, système de pensée repose sur une
     trilogie . Le peuple, celui de Jacob, devenu Israel, l’élection de ce peuple entraînant des devoirs
     et des responsabilités par rapport au monde, peuple à part mais vocation universelle ( la figure du
     pauvre et de l’étranger) ; la foi, la Torah, Ancien Testament ( ou premier Testament ou Bible
     hébraïque), récit des origines, patriarches, c’est aussi un guide pour l’action, les
     Commandements..) ; la terre, centralité du Temple de Jérusalem, dont la destruction a
     profondément marqué, à partir de là l’étude du livre devient central, le rôle du rabbi aussi. Un
     messianisme juif s’est développé, arrivée d’un messie et rétablissement du Temple de Jérusalem.
     En diaspora les juifs sont partout minoritaires, au cœur de populations, chrétiennes ou
     musulmanes. Mais ils ont une histoire.
 La modernité :
- les Lumières sont un point de départ, mais pas imposées aux Juifs par la force, moyen de sortir d’un
état permanent de discrimination. Le judaïsme ne contredit pas la raison, le mouvement juif l’askala
( ?) le montre, judaïsme des Lumières, donnant toute sa place à l’éducation et aux sciences, à côté du
religieux.
- L’accès à la citoyenneté : rôle de l’abbé Grégoire. On demandera aux juifs un serment civique, mais
c’est le principe de communauté qui disparaît avec la révolution, le juif est un citoyen comme un
autre, cette orientation a été capitale dans le monde entier.L’entrée dans la citoyenneté signifiait
l’émancipation.
- Napoléon crée le Consistoire ( des aumôniers dans les hôpitaux militaires..), la Monarchie de Juillet
met le culte israélite au même niveau que les autres, c’est la poursuite de la sortie de la logique
communautaire.

 conséquences, une pluralisation :
- Large sécularisation, le détachement des anciennes appartenances favorise l’émergence de
mouvements religieux nouveaux : la réforme du judaïsme née en Allemagne, et une orthodoxie en
réaction à la désintégration du modèle communautaire.
- Un antisémitisme, au moment de l’émergence du concept scientifique de race. Plus les juifs
s’intègrent plus ils sont dénoncés par certains comme traîtres. ( affaire Dreyfus, les Protocoles des
sages de Sion..). Pogroms en Europe orientale, Albert Londres « Le juif errant est arrivé ».
- L’extermination brise l’illusion de l’intégration, les progrès négatifs de la modernisation :
Auschwitz, les totalitarismes…

Le judaïsme ne s’est pas opposé à la modernité et à ses valeurs, mais il a tenté de les agréger à son
système de pensée, c’est ce qu’on appelle la réforme du judaïsme :
- En Allemagne, seule une petite minorité fait le choix du ghetto, la majorité s’adapte, se coule dans
la modernité ; marqué par le modèle protestant. Le romantisme pénètre la pensée juive, art et beauté
du sacré, musique, orgue, prières, on évoque même l’abandon de l’hébreu.



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- En France la réforme va moins loin. Visible dans « les conférences du dimanche », l’existence d’un
mouvement libéral , 1907 création d’un Temple séparé, une religion « laïque et rationnelle »,
shabbat le dimanche, la Bible est traduite en français, la fonction du rabbin se transforme, devient
plus un guide spirituel qu’un maître traditionnel. Au début des années 60, arrivée des juifs d’Afrique
du Nord, les institutions orthodoxes se séparent du Consistoire.

Le panorama dans la France d’aujourd’hui , 3 mouvements :
 les libéraux, 3 synagogues à Paris et quelques unes en province.
 Les conservateurs, favorable à la conservation des principes rabbiniques mais adaptés à la
     modernité.
 Un judaïsme traditionnel avec plusieurs courants.
Il y a des juifs qui ne se reconnaissent dans aucun de ces courants. Dire « la communauté juive de
France » c’est un abus du langage, souvent vécu comme une assignation à une appartenance. Il y a
des identités juives qui s’élaborent en référence à une tradition, mais qui sont aussi éminemment
moderne en ce sens qu’elles s’individualisent se rationalisent et s’autonomisent par rapport aux
institutions religieuses.

Deux exemples :
 Les pratiques religieuses, en particulier alimentaires, l’évitement du porc, l’alimentation kasher,
   la séparation de la viande et du lait ( ce dernier point correspond à l’interdit de l’inceste), la
   cuisine juive est essentielle, l’alimentation fait mémoire. Mais il y a des interprétations ;
   hygiénistes, écologiques, éthiques.
 Face aux progrès des sciences du vivant ( acharnement thérapeutique, clonage..) il y a là aussi des
   ajustements, traités au cas par cas.

Lors des questions sont abordés des problèmes d’aujourd’hui. Aux Etats- Unis les femmes peuvent accéder au
rabbinat, ne sont plus séparées, ont accès à l’étude des textes. Mais il y a des différences selon les courants.
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12- La critique philosophique de la religion au XVIIIe siècle
Conférence de M. Mark Sherringham, Directeur de l’IUFM d’Alsace.
Argumentaire de l’auteur :
Le XVIIIe s. européen a eu l’ambition de penser d’une façon nouvelle les rapports de la philosophie
avec le christianisme en particulier, et la religion en général . Cet effort audacieux de «
refondation », qui n’a pas été sans affrontements ni polémiques, parfois d’une grande violence, peut
être évoqué à partir de trois auteurs représentant chacun une « sensibilité » différente des Lumières :
Hume, Kant et Condorcet. On peut distinguer quatre grands axes :
 Le procès de Dieu devant le « Tribunal de la raison humaine ». Ce long processus judiciaire
    commence avec la Théodicée de Leibniz et culmine dans la Critique de la Raison pure de Kant.
    Il peut se lire tout autant comme une disqualification ou un éloignement du divin que comme un
    aveu d’impuissance de la raison humaine.
 La réduction de la Révélation qui s’opère selon deux modalités essentielles : soit le dégagement
    du noyau rationnel de la Révélation, puisqu’il ne saurait y avoir de désaccord entre Dieu et la
    Raison, soit la mise en évidence de l’imposture de ces créateurs de religion prétendants
    transmettre une parole divine au lieu d’une intervention humaine.
 La généalogie de la religion, qui se trouve à la fois légitimée par son ancrage dans la nature et
    l’histoire humaines, et radicalement attaquée par la mise en évidence de son origine irrationnelle,
    et des violences qu’elle engendrerait inévitablement.




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  Enfin, le recours à l’histoire, qui se présente d’abord comme un « retournement » de
   l’apologétique chrétienne, permettant d’identifier le rôle historique des religions, et annonçant
   l’ère des philosophies de l’histoire.
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13- La sécularisation de l’art religieux occidental
François Boespflug, Professeur à l’Université Marc Bloch, Strasbourg.
L’art religieux n’est pas susceptible de sécularisation, mais il est pertinent de parler d’une approche
sécularisée des thèmes chrétiens. La sécularisation est entendue comme un processus global
d’émancipation et d’autonomisation des sphères du politique et du culturelle par rapport aux
institutions religieuses. Ce processus, dont l’Europe offre le paradigme, est en marche dans la planète
tout entière ; ceci d’ailleurs mélangé à un « fouillis » conceptuel où on met des mots comme :
déchristianisation, anticléricalisme, désacralisation, profanation…M. Boespflug a choisi d’évoquer
un thème, la crucifixion, d’autres sont possibles ( La Vierge à l’enfant, La création de l’homme..).
Toute enquête sur ce sujet passe par la constitution d’un corpus d’images, le problème est alors celui
du critère de choix du corpus en question. Le critère qu’il a choisi : le déport par rapport au contexte
d’usage d’origine.
L’exposé repose sur de nombreux exemples : Rouault, Matisse, Man Ray, Picasso Bacon, Rainer,
Baselitz, Chagall, Saura, Dali, pour en citer quelques uns.
On peut dégager quelques hypothèses :
 Toutes ces oeuvres n’ont aucun lien avec une préoccupation religieuse,
 Ont une intention de provocation, de réappropriation militante
 et répondent à une conviction personnelle ( mouvement féministe, politique, gay…) ;
Il y a sécularisation du motif qui est coupé de ses racines, transporté dans un autre domaine, subit des
transformations ( ludiques, polémiques , esthétiques). Cette nouveauté radicale n’a peut être pas
d’équivalent dans les autres religions de l’histoire religieuse de l’humanité.



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Conclusions du séminaire
 M. GUY MANDON , INSPECTEUR GENERAL D’HISTOIRE GEOGRAPHIE
Pour reprendre nos débats de ces trois jours et les reconsidérer à la lumière de ceux plus larges qui
intéressent aujourd’hui l’ensemble de la société française en nous replaçant dans le cadre de
référence que nous fournit le rapport de Régis Debray, il me semble que trois points méritent
finalement d’être retenus.

1° Les débats ont porté sur la question du vécu des établissements en matière de religions et de laïcité

a) Nos échanges autour de la question des religions, de la laïcité etc…mettent beaucoup en exergue
   nos difficultés. C’est un fait qu’il faut constater, regretter et… surmonter. Peut-être en revanche
   mettons nous trop peu en évidence une réalité qui a été l’acquis des cinquante dernières années
   et dont elles sont la contre- partie : celle de l’approfondissement de la démocratisation et de
   l’ouverture de l’école et ses aspects d’ autonomie et de désanctuarisation. Aujourd’hui tout cela
   pose les questions classiques comme celles formulées par des hommes de sensibilité aussi
   radicalement différente que Marcel Gauchet ou Guy Coq autour du débat sur le thème « la
   démocratie rend-elle l’éducation impossible » . Nous devons en gérer aujourd’hui les




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     contradictions. En aurons-nous le courage ? Ou verrons nous dans la loi un substitut à ce que
     peut notre autorité d’éducateur. le grand débat qui s’ouvre sera aussi une occasion d’y répondre
 La laïcité, nous devons le dire sans cesse, est le refus non du religieux mais du théologique et du
clérical. Et c’est bien le problème dès lors qu’il y a derrière des enfants un projet de contrôle
religieux pour prédéterminer le citoyen. L’exemple du voile illustre cette situation. Mais il montrera
aussi nos capacités de militance laïque pour reprendre ce qui a fait débat autour de M Sachot hier :
une fois de plus c’est le combat de l’émancipation que nous devons mener. C’est aussi apporter la
preuve que ce que nous considérons comme la laïcité à la française a encore une force.

Enfin quand nous parlons de religion et de la laïcité, il          existe en droit français deux types
d’établissement et nous aurions aussi intérêt à regarder de plus près quelles réalités cette différence
fait apparaître :
    -d’un côté les établissement confessionnels ayant passé un contrat avec l’Etat et qui doivent
respecter la Laïcité tout en usant de leur caractère propre : pure facultatitivité du confessionnel ;
apport intégré du supplément de culture religieuse correspondant à une vision spiritualiste du
monde.
   -tel n’est pas le cas de l’école publique à qui il n’est pas demandé de respecter la laïcité mais d’en
vivre et pour qui le religieux n’est jamais un sujet en soi L’enseignement du fait religieux, par le
truchement de nos disciplines, intervient dès lors qu’il s’agit de comprendre les questions abordées et
que cette dimension est incontournable

2°Sur la connaissance de l’état des religions et des rapports qu’elles peuvent entretenir avec l’école
autour du thème de la modernité dont il a beaucoup été question ici, il me semble que cela renvoie à
trois grands débats :
a) l’école laïque face aux croyances : croire, ne pas croire peut être. Mais surtout se nourrir d’un
     doute forcément fécond. Cf Condorcet… après Descartes
b) la problématique de la modernité n’est pas dans le rejet du passé. Elle est dans l’acceptation
     d’une condition historique qui construit un projet de devenir dans lequel l’éducation a toujours un
     rôle central. Le problème est dès lors moins celui des religions que celui de communautés que
     leur mémoires enferme dans leur passé et coupe de leur historicité.Le rôle de l’école n’est-il pas
     d’en libérer nos élèves en leur rendant leur histoire ?
c) Quel langage tenir aux élèves? Il me semble qu’il y a 3 niveaux : celui de l’établissement public
     en débat (qui n’est pas une « communauté éducative » mais une institution de par son statut
     juridique) : le conseil d’administration ; celui de l ‘établissement source de règle ; celui de la
     classe lieu où l’éducation est toujours un risque .C’est en tout cas un lieu d’accueil. On sait bien
     que tout est toujours différent mais que l’éducation est forcément à la rencontre entre un regard
     d’attention sur la personne et l’intériorisation d’une règle à l’intention de l’élève dont le
     détournement, même assumé, est forcément source de fragilité. Il semble surtout qu’il faille en
     permanence montrer et expliciter les différentes lectures plausibles des faits et surtout assigner
     chacun à son appartenance.

3°Pour ce qui est de l’enseignement, il me semble que quelques règles sont incontournables :

31-la première est épistémologique :
Lorsqu’il enseigne l’histoire, la géographie ou la philosophie , le professeur reste un professeur de ces
discipline qui convoque la dimension religieuse lorsqu’elle est nécessaire et la traite comme un objet
historique. C’est la problématique de la croyance rapportée à celui qui en est porteur et dont elles
éclaire un ensemble de comportements
Mais historien et géographe, le professeur d’histoire-géographie ne doit pas regretter son insuffisante
formation religieuse ou théologique. Elles ne sont pas en cause. Et il n’a pas s’y former. Ce sont ses
aptitudes et sa culture d’historien qui lui feront par exemple sentir que l’on n’entre pas dans le
christianisme par Jésus ni dans le judaïsme par Abraham mais bien dans le premier cas par les




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premiers chrétiens et dans le second par un judaïsme assez conscient pour écrire et sortir des mythes
soit vers l’exil de Babylone.
       32-la seconde est scientifique. Enseigner le fait religieux suppose de se tenir à distance :
a)d’une version catéchétique qui parle de la croyance au style direct et la transforme en fait
historique (voir les multiples allusions à la relation entre Mahomet et l’ange Gabriel)
b) d’une version ou théologique ou scientiste qui part dans une quête fiévreuse d’une Vérité avec un
« V » pour l’une, de la restitution sans faille des faits pour faire sortir les élèves des ténèbres pour
l’autre. Or, le premier pose un débat à partir d’un présupposé que la laïcité écarte et le second nie
qu’il existe, à côté des faits, des représentations dont le statut historique n’est plus contesté
c) pour trouver la distance historique sur l’objet religieux
d) en se souvenant qu’il n’est pas une clef préalable. Lorsqu’on étudie une œuvre d’art ce n’est pas
parce que les élèves n’en connaissent pas toutes les clefs symboliques qu’ils ne comprendront pas.
C’est parce qu’on n’a pas su les faire entrer dans le dialogue avec l’esthétique de l’œuvre d’art. Le
reste viendra ensuite.

33-la troisième est pédagogique.
Enseigner le fait religieux c’est savoir que l’on peut toucher à des représentations tout en ne le posant
pas comme un a priori. Il s’agit seulement de savoir que tout doit être rapporté à son objet. Je n’ai pas
besoin d’histotriser les miracles mais de dire que la croyance dans la capacité du Christ à faire des
miracles est l’un des éléments (d’ailleurs ambigu) d’authentifier son message
C’est aussi savoir que le religieux constitue un bel outil de compréhension : a partir d’un invariant
repérable, étudier l’évolution des représentations du Christ permet d’entrer dans la mentalité
profonde d’une époque par des jeux de comparaison : ainsi la comparaison entre la représentation du
Christ en majesté aux tympan des cathédrales du XII° - XIII° siècles et la représentation des pietas des
XIV°-XV° siècle. Mais du même coup, il est tout a fait inacceptable d’éclairer un sujet par une
représentation intemporelle : une œuvre d’art du XVI° siècle est elle une illustration pertinente d’un
fait qui se produit au I° siècle. Et si l’on n’a pas d’illustration contemporaine, pourquoi ne pas
justement construire autour de cette absence et sa signification
Il s’agit enfin de considérer qu’il n’y a pas plus d’à priori de savoir ici qu’ailleurs. Que la Trinité soit
pour des élèves parisiens une station de métro n’est pas plus spectaculaire que de voir, trois stations
de métro plus loin, dans Pigalle une place porteuse d’une certaine image au lieu d’évoquer le
sculpteur qui y vécut. Après tout cela s’appelle la culture et faire passer la représentation de Raphaël
du statut de « meuf pas trop canon » a la Vierge au chardonneret est aussi un défi assez intéressant à
relever.

   En somme, cher collègue, notre métier de professeur d’histoire et de géographie trouve ici encore
la noblesse de son rôle : replacer dans le temps et l’espace des réalités pour les rendre intelligibles et
le faire avec nos propres armes et notre conviction d’être évidemment en mesure d’être aujourd’hui
des artisans en mesure d’apporter , sans quitter notre identité, une active contribution à la
pacification de certaines questions difficiles. Le fait d’avoir accepté d’y consacrer l’essentiel de ces
vacances montre le niveau de votre engagement dans ce sens et je vous en remercie.
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ATELIERS
 Ils concernaient quelques uns des grands problèmes auxquels l’enseignement du fait religieux nous
confrontent :
 Les Hebreux : histoire et histoire sainte ; lectures de la Bible par les philosophes ;
 Le christianisme : les origines chrétiennes.
 L’islam : le Coran ; l’islam : quelle transmission pédagogique ?
 Les trois monothéismes dans les manuels.
 Laïcité et enseignements scolaires ; enseignement des faits religieux et formation civique.


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   Le fait religieux en littérature.



Les Hébreux : histoire et histoire sainte.
Un atelier animé par Thierry Legrand, maître de conférence à l’université Marc Bloch.

La problématique de départ est de savoir comment aborder ce thème dans le cadre d’un cours
d’histoire et d’un enseignement laïc.

L’histoire des Hébreux est celle des hommes et des femmes qui ont vécu dans la région du croissant
fertile et qui étaient itinérants.
Trois sources principales mentionnent les Hébreux : l’Ancien Testament, la tradition juive rabbinique
et le Nouveau Testament ou tradition chrétienne. On pourrait ajouter la tradition musulmane
coranique, mais elle est partielle car elle ne prend en compte que les grands personnages.

-L’Ancien Testament : le choix de la traduction est fondamental car il existe des différences
notables entre les traductions juive et protestante d’un côté, catholique et orthodoxe de l’autre.
Différences dans le choix des livres (il existe plusieurs listes canoniques de livres bibliques), de
l’ordre de présentation, du contenu même.
La traduction juive et protestante se réfère au canon hébraïque, elle ne prend en compte que les livres
écrits en hébreu. La traduction catholique et orthodoxe se réfère au canon chrétien, qui ajoute une
quinzaine de livres ou de suppléments écrits en grec (suppléments grecs au livre d’Esther, les livres
des Maccabées, de Judith….). Ces livres sont appelés « deutérocanoniques » dans les Bibles
catholiques et « apocryphes » dans les Bibles protestantes. Le contenu des livres dans leur version en
hébreu ou en grec est parfois très différent. Par exemple, le livre d’Esther dans sa version hébraïque
ne comporte pas le nom de Dieu, alors qu’il apparaît cinquante fois dans la version grecque.
Il convient donc de donner précisément les références scripturaires utilisées.

L’Ancien Testament est un polymorphisme de l’interprétation de l‘histoire des Hébreux. C’est un
rappel constant des évènements fondateurs de l’histoire du peuple hébreu comme la sortie d’Egypte.
Le Deutéronome est une relecture de l’Exode et du Livre des Morts qui réaffirme l’Alliance entre
Yahvé et son peuple. Le Livre des Chroniques est une relecture théologique de toute l’histoire des
Hébreux, il insiste sur les institutions religieuses.

-La tradition rabbinique ou juive. Elle affirme l’unité de la Torah qui se présente sous deux aspects.
La Torah écrite (l’Ancien Testament) et la Torah orale (les deux Talmuds : le Talmud de Jérusalem
et celui de Babylone). Le Talmud est une relecture de l’Ancien Testament qui prend deux formes :
la Halakhah et la Aggadah. La Halakhah cherche à donner un sens aux pratiques cultuelles, la
Haggadah développe l’aspect légendaire des héros d’Israël.

-La tradition chrétienne. C’est le Nouveau Testament qui est une relecture de l’Ancien Testament,
Jésus est ancré dans l’histoire des Hébreux. Par exemple le thème des plaies d’Egypte est relu dans
l’Apocalypse.


L’historien doit s’appuyer sur l’archéologie afin de croiser les sources quand cela est possible. Mais
les deux disciplines doivent rester indépendantes et autonomes. Au XIXème siècle, l’archéologie
visait à confirmer les témoignages bibliques, aujourd’hui, les archéologues montrent qu’il n’y a pas
toujours de concordance entre le terrain et le récit. Le cas de Jéricho est intéressant à ce titre car il
montre une opposition entre le texte et les fouilles. Les historiens montrent que le texte biblique obéit
à une autre ambition qui n’est pas forcément un récit de la réalité.




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Des exercices très simples peuvent être faits avec des élèves de seconde. Par exemple pour montrer
les difficultés de traduction, le professeur pourra choisir deux passages d’un même texte l’un pris
dans la traduction hébraïque, l’autre dans la traduction oecuménique et montrer les différences.
Il convient de bien insister sur le sens du mythe dans les récits bibliques et ne pas chercher à tout
rendre historique, certains évènements n’ont jamais eu lieu. Par exemple, il n’y a aucune trace
archéologiques de la sortie d’Egypte. Et pourtant l’histoire de Moïse est reprise dans les trois
religions monothéistes. Il faut donc l’étudier comme un des mythes fondateurs des trois religions. De
même il n’y a aucune trace archéologique de Salomon.
Les professeurs d’histoire peuvent aussi montrer que certains textes ont été repris et réinterprétés
comme le Déluge qui est présent dans la mythologie égyptienne.
Enfin pour montrer l’impact de certains récits dans notre culture, le professeur peut prendre un extrait
de la sortie d’Egypte, demander aux élèves de le lire. Puis cacher le texte et leur demander d’en faire
un résumé. Comparer le résumé et le texte et voir les différences. Bien souvent la connaissance de ce
mythe vient du film les Dix Commandements de Cecil B. De Mille.
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 PRESENTATION DE LA CRISE RELIGIEUSE DU MOYEN-AGE A PARTIR DU
RETABLE D’ISSENHEIM.
Madame Nicole FRITSCH,Professeur d’histoire-géographie au Lycée PASTEUR, STRASBOURG.


        Il s’agit de dresser un bilan,en classe de Seconde, avant de traiter de la crise de l’Eglise (en 1
        heure).Un questionnaire est distribué aux élèves et c’est le film de la collection « Palettes »qui leur
        permettra de découvrir l’œuvre. On procèdera à quelques arrêts sur image tout en suivant le déroulement du
        film pour mettre en évidence des caractéristiques majeures.

        LA TENTATION DE SAINT ANTOINE (panneau de gauche,présentation intermédiaire) .

        Le monstre aux pieds palmés figurant un malade atteint du feu sacré (feu de St Antoine) avec son ventre
        enflé,ses pustules, est situé en bas à gauche du saint qui est lui-même tiré par les cheveux. Le mal des ardents
        est provoqué par l’ergot du seigle,parasite de cette céréale .Il provoque des hallucinations et elles sont
        terrifiantes( cf LSD).
        Ceci permet de faire une référence 1-à la peur du DIABLE (même St Antoine est soumis à la tentation) .
                                                  2-à la peur de la MORT qui est mise en valeur aussi dans la

        CRUCIFIXION et sa prédelle.(retable fermé)

                                                 3-le culte des RELIQUES :
        Un premier lieu de pélérinage(en Dauphiné) lié à la dévotion des reliques de St Antoine rapportées de
        Constantinople vers 1080 est à l’origine de cet ordre. Attirés par la guérison miraculeuse de malades atteints
        du feu sacré, deux nobles pélerins fondent une communauté et un hôpital .Pour lutter contre l’ampleur de la
        maladie,les commanderies se multiplient aux XIIeme et XIIIeme siècles. Vers 1300, une commanderie des
        Antonins est érigée à Issenheim près de Colmar (couvent- hôpital)
        .La richesse et l’influence des Antonins vont croissant :développer ici la notion de pélérinage,de dons et
        d’offrandes ainsi que les effets attribués au baume.

                                                4-le culte des SAINTS




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        Le mal des ardents est aussi appelé le feu de St Antoine. Pour les chrétiens du Moyen-Age ,le saint protège
        des incendies, des maladies et punit les mécréants ce qui explique sa vénération. Il n’ est pas étonnant qu’il
        soit associé à :

        SAINT SEBASTIEN (panneau à gauche de la crucifixion).
        Pour les chrétiens du Moyen ŔAge ,Saint Sébastien avait à la fois le pouvoir d’enrayer les épidémies de
        peste et celui de les provoquer. Ainsi s’explique ,à une époque hantée par la terrreur de l’épidémie, l’ardeur
        de la dévotion à St Sébastien.Selon une croyance ancienne,héritée du paganisme,la peste est causée par des
        flêches lancées par un dieu irrité.Ceci permet de développer :

                                               5-la notion de PUNITION DIVINE et de SALUT.

        CONCLUSION : on a mis en relief les angoisses, la peur. Le bilan de la foi à la fin du Moyen-Age permet
        de montrer que la religion est plutôt perçue comme une « magie » d’où l’émergence des futures critiques
        (ex :trafic des indulgences).
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Catholicisme et modernité : suggestions pédagogiques pour une classe de 1 ère
L-ES.

Il peut être interessant de présenter ce thème (en 1h30 ou 2 heures) en le plaçant dans le cadre de la
deuxième partie du programme (La France du milieu du XIXème à 1914).
Le traiter juste avant la troisième sous partie permet aux élèves de mieux comprendre les enjeux de la
laïcisation de notre société. C’est important dans le cadre d’une démarche qui vise à montrer
l’enracinement d’une nouvelle culture politique .
Ceci sous-entend un « report » du deuxième sous-thème de la première partie(religion et culture)
mais si on conçoit l’approche de ce chapitre de façon moins conventionnelle(exposés, visite de
musée) cela ne pose plus de difficultés.

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L’équipe présente à Guebwiller : Claudie Chantre, Alix Courtois, Nicole Dayan, Annie Fajoles,
Marie Christine Peureux, Claire Podetti, M.Jean Michel Solente. Tous professeurs en collège ou en
lycée, de différentes disciplines ( lettres, histoire-géographie, sciences physiques).
Le travail a été réalisé sous la direction de Danièle Cotinat, IA-IPR d’histoire géographie




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