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CORRIGE DU DEVOIR SUR LA DEMOCRATIE ATHENIENNE AUX IV ET V S

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CORRIGE DU DEVOIR SUR LA DEMOCRATIE ATHENIENNE AUX IV ET V S Powered By Docstoc
					CORRIGE DU DEVOIR SUR LA DEMOCRATIE ATHENIENNE AUX IV ET V S

Cinq documents, tous écrits, et très «classiques », émanant d'auteurs très connus, sauf un, dans l'optique du programme de seconde,
pour faire réfléchir au sens et aux conditions d'exercice de la démocratie athénienne, et éventuellement à son évolution du Vème au
IVème siècles av JC., mais surtout à ses contradictions et à ses limites.

Attention toutefois à plusieurs écueils: s'il faut s'appuyer sur les documents, il ne faut pas les commenter un à un, mais en faire un
commentaire composé qui permette de traiter les principales notions, qu'il faut d'abord dégager des textes en les lisant attentivement
- sans faire de paraphrase- avec l'apport donc de connaissances personnelles, et sans verser non plus dans la composition, en faisant
des documents de simples prétextes.

Athènes est connue dans l 'histoire pour être un exemple, sinon un modèle de démocratie, à partir des réformes de Clisthène en 508,
et jusqu'à l'imposition par le diadoque Perdiccas en 322 d'une constitution de type censitaire, mais de quel type de démocratie
s'agit-il?

Pour l'étudier, le corpus documentaire s'appuie sur deux textes très connus. Le premier est l'éloge funèbre prononcé en 430, un an
avant sa mort, par le stratège Périclès, tiré de «la guerre du Péloponnèse» de l'historien contemporain Thucydide; le second, qui
compare la définition du citoyen à Athènes à celle des autres constitutions grecques, est extrait de la « Politique» écrite par le
philosophe Aristote, sans doute vers 330, après la défaite subie contre Philippe par Athènes à Chéronée, qui sonne pratiquement le
glas de la démocratie. Nous disposons ensuite d'un extrait de «l'Assemblée des femmes» d'Aristophane (445,.380 av JC), qui en
montre les dysfonctionnements depuis la guerre du Péloponnèse, tout comme les deux extraits de la « République des Athéniens du
Pseudo-Xénophon, un rhéteur du IVème siècle. Quant au philosophe Platon, disciple de Socrate et fondateur en 387 de la célèbre
Académie destinée à une formation rationnelle des hommes d'Etat, il s'interroge, dans son dialogue intitulé « la République », sur
les mérites et les défauts des différents régimes, et en particulier de la démocratie dans cet extrait rédigé sans doute une dizaine
d'années avant lafin de sa vie.

Nous verrons d'abord quels sont les rouages et les conditions de fonctionnement de la démocratie athénienne, puis nous nous
interrogerons sur ses conditions d'exercice, pour finalement essayer de voir quelles en sont les limites et peut-être en déceler
l'évolution.

1 LA DEMOCRATIE: UN REGIME MODELE

A) Un héritage ancien: la citoyenneté

Thucydide, 1. 1-3 et Aristote, 1. 44-47: les réformes de Clisthène

Population de l'Attique répartie en 10 tribus qui ne sont plus des groupements ethniques se réclament du même ancêtre mais des
divisions administratives et politiques, mélangeant les citoyens de trois districts (ville, littoral et plaines): les dèmes

Elargissement des citoyens à un grand nombre d'étrangers et d'esclaves, mais en 451 restriction à l'erifant né de deux parents
citoyens (Aristote, 1. 35-41).

La démocratie est le régime de la majorité des citoyens, en fonction non de leurs origines sociales mais du mérite (Thucydide, 1. 10-
15), et« il est juste qu'à Athènes, les pauvres et la foule jouissent de plus d'avantages que les riches et les bien-nés (Eupatrides)>>
(Pseudo-Xénophon 4b; C'est l'isonomie: l'égalité devant la loi.

Certains devoirs du citoyen sont également évoqués par les textes, que ce soient les aspects militaires à travers les hoplites et les
rameurs» qui appartiennent au peuple» sur des navires affrétés par des « triérarques », évoqués par le pseudo-Xénophon, ou la
participation aux fêtes religieuses (Dionysies en mars et Panathénées en juillet) à travers les chorégies.

B) Une démocratie participative

Est citoyen, selon Aristote (/.32-33), «quiconque a la possibilité de participer au pouvoir délibératif et judiciaire », et (/.22-23), le
citoyen ne peut mieux se définir que «par la participation à l'exercice des pouvoirs de juge et de magistrat» : on a ici un résumé des
institutions d'Athènes, depuis l'ecclésia et la boulè, évoquées par le premier texte du Pseudo-Xénophon jusqu'aux « magistrats »,
que cite également Thucydide, en passant par les fonctions de juge, à travers des tribunaux comme'l'Héliée ou l'Aréopage. Revenons
donc sur leurs attributions et les conditions de leur mise en place.
L'ecclésia réunit, à l'agora puis à la Pnyx, tous les citoyens majeurs (plus de 18 ans sinon 20 avec l'éphébie) et non privés de leurs
droits civiques (atimie), 10 à 40 fois par an, pour voter les lois, décider de la paix et de la guerre et d'un éventuel ostracisme: il faut
alors un quorum de 6000 citoyens.

La Boulè, formée de 500 citoyens -âgés de plus de trente ans désignés par une fève noire ou blanche à raison de 50 par tribu, qui se
réunissent dans le bouleuterion sur l'agora, prépare les projets de lois présentés à l'assemblée (probouleuma), contrôle l'application
des lois, et depuis les réformes d'Ephialte en 461 qui en a enlevé l'attribution à l'Aréopage, surveille l'activité des magistrats
(dokimasie et reddition de comptes)

Cinquante d'entre eux -les prytanes- assurent les affaires de l'Etat pendant un dixième de l'année soit trente-cinq jours. Ils logent
dans une tholos proche du bouleuterion, sorte d 'hôtel de ville et leur chef (epistate) qui préside aux travaux de l'assemblée, a les
clefs du sanctuaire où sont déposés les archives et les sceaux de l'Etat ainsi que le Trésor public.

Quant au tribunal de l 'Héliée, il est composé de 6000 citoyens tirés au sort et rétribués par une indemnité (misthos heliastikos)
depuis Périclès, permettant une participation directe de tous les citoyens au pouvoir judiciaire, tandis que les pouvoirs de
l'aristocratique Aréopage comme ceux des neuf archontes (roi, éponyme, polémarque et thesmothètes) ont été réduits.

Leurs pouvoirs ont été transférés après les guerres médiques aux stratèges qui, étant donné l'étendue de leurs pouvoirs militaires et
politiques, sont les seuls à être élus (pas forcément à raison d'un par tribu).

Il s'agit donc d'une démocratie exercée directement par les citoyens

C) Le « meilleur des régimes» ?

Aristote (1.25-26 et 33-35) : le citoyen existe surtout en démocratie et en nombre suffisant pour assurer à la cité une pleine
indépendance


Thucydide, tout le   rme§: un régime fondé sur les valeurs d'égalité, de liberté, de tolérance et de respect
~sw~                                                                                                      .
Qui assure à Athènes puissance et prospérité (Thucydide, 1. 5-8 et dernier §) :

«tout l'Empire que nous possédons» allusion à la thalassocratie athénienne (à décrire) qui s'est développée grâce à la ligue de
Délos à partir de 477 ... (rappeler les étaves)

Et qui permet à Athènes d'accueillir « tous les produits de toute la terre» (faire allusion à quelques produits commerciaux échangés
comme la céramique et le blé de Sicile ou du Pont-Euxin)

Mais aussi d'avoir» des installations luxueuses », allusion sans doute aux théâtre, odéon et temples installés sur l'Acropole, utilisés
lors « des concours et fêtes religieuses qui se succèdent toute l'année» (voir le texte du Pseudo-Xénophon pour le détail à
commenter) ainsi sans doute qu'à d'autres installations, sportives peut-être, dans l'esprit de pure compétition qui caractérise le
monde grec.

Mais on peut aussitôt mesurer les limites de cet éloge, qui repose sur la domination écrasante de la cité d'Athènes sur les autres
cités et dont l'impérialisme a précisément provoqué les débuts de la guerre du Péloponnèse dont les premières victimes sont
l'occasion de ce discours de Périclès. Voyons donc maintenant quelles sont les limites de la démocratie.

Il LES CONTRADICTIONS ET LES LIMITES

A) Une minorité de citoyens hiérarchisés et divisés

Aristote le souligne dans le deuxième § de son texte: de nombreuses personnes comme les esclaves et les métèques sont exclus de la
citoyenneté ou sont des « citoyens imparfaits ». Rappeler la condition des esclaves (à peu près la moitié de la population qui, en
dépit de la diversité de sa condition n'a aucun droit mais dont l'existence est justifiée par Aristote) et celle des métèques,
indispensables à la cité et d'ailleurs associés, comme le rappelle le texte du Pseudo -Xénophon, aux charges militaires.

Encore ne parle t'il pas des femmes qui sont « naturellement» exclues de la citoyenneté, confinées dans le gynécée et à leur rôle
d'épouse et de mère de famille. Il rappelle également que « rares sont les citoyens naturalisés ». Bref sur les 400 000 habitants
d'Athènes à son apogée, différents décomptes ont abouti à évaluer le nombre des citoyens à environ 10% seulement du total.
Et la démocratie tant vantée par Périclès est alors le régime du petit nombre et non de la majorité. Thucydide lui-même, faisant
allusion à la prééminence de Périclès réélu quatorze fois de suite stratège, ne disait-il pas que c'était le régime du premier d'entre
eux ? Mais il est vrai qu'il faut la comparer aux oligarchies de cités comme Sparte où seuls les éphores et les gérontes exercent le
pouvoir de juges.

De plus, ces citoyens sont divisés, non seulement entre riches et pauvres, mais entre thètes qui rament sur les navires et paysans
(zeugites) qui doivent payer leur équipement d'hoplite, tandis que les plus riches qui doivent armer les navires répugnent à remplir
leurs fonctions de triérarques

B) Un régime corrompu et versatile

C'est Aristophane qui en fait la critique la plus virulente dans l'Assemblée des femmes: il rappelle que les hommes ne courent à
l'assemblée que pour recevoir des thesmothètes le « triobole », allusion au misthos ecclesiastikos de trois oboles institué après 404
et la fin de la guerre du Péloponnèse devant la désaffection des citoyens.

Le peuple ne participe plus non plus, comme le rappelle le Pseudo-Xénophon, au tirage au sort qui fixe les attributions des stratèges
et en particulier de l 'hipparque qui commande à la cavalerie et « brigue seulement les charges rétribuées par un salaire et celles
qui sont susceptibles de l'enrichir ».

Un argent qui explique la médiocrité des dirigeants selon Aristophane (1. 6-12) et justifie la versatilité des foules (1. 15-17 et 22-30),
prêtes à engager la procédure d'accusation ou l'ostracisme contre ceux qui ne leur versent pas de salaire et à encenser ceux qu'elle
décriait auparavant, rendant la politique extérieure particulièrement instable comme il./e rappelle à propos de Corinthe. Et il
conclut en faisant dire à Praxagora que, « recevant en salaire l'argent de l'Etat, chacun de vous ne pense qu'à son intérêt
particulier ».

C'est un peu cette même cacophonie que décrit Platon dans l'extrait de la République, en parlant de licence plutôt que de liberté et
de franc parler (1. 17), sinon d'anarchie (1. 45-52) en évoquant le nonrespect des lois à propos des condamnés à l'exil qui circulent
librement dans leur patrie, et en comparant la démocratie à un vêtement bigarré de mauvais goût, qui ne peut plaire qu'aux erifants
et aux femmes suprême injure-, mais mettant aussi en relief les contradictions d'une foule incapable de s'entendre sur des sujets
aussi graves que la paix ou la guerre. Retournant l'argument de Périclès établissant le mérite comme fondement de la démocratie, il
souligne au contraire l'incohérence d'un régime où l'on peut exercer les fonctions de juge ou de magistrat sans en avoir les
compétences et où « les plus capables ne sont pas contraints de commander»

C) Une démocratie procédurière et alimentée par les guerres

Les difficultés et la lenteur d'une justice, incapable de faire face à ses multiples affaires avant un délai minimal d'un an, sont mises
en valeur par le premier extrait du Pseudo-Xénophon: il met en cause le trop grand nombre des fêtes (à citer et expliquer) qui, à
Athènes, empêche de s'occuper des affaires de la cité, et il évoque la multiplicité des charges écrasantes de la Boulè, qui doit
s'occuper d'administration, d'entretien des bâtiments, de la perception des impôts et de la reddition de compte des magistrats, mais
aussi des affaires extérieures. La démocratie directe ne paraît plus possible.

C'est pourquoi sans doute au IVème siècle, les fonctions -financières en particulier- sont devenues de plus en plus spécialisées, et les
stratèges qui occupent de plus en plus de place dans l'armée, sont de moins en moins contrôlés. Seule la guerre en effet permet
d'alimenter les caisses de l'Etat pour verser les indemnités ou donner les places de spectacle aux plus pauvres (théorique)

Aussi certains auteurs, comme Platon n;pi"s-cr~:S'S-f.-4{istote, en viennent-ils à Considérer la démocratie radicale comme une «
tyrannie des riches sur les pauvres », faisant sans doute allusion aux événements qui ont suivi les tentatives oligarchiqu;S-ëJe.-4fi-êi'
surtout 404 (tyrannie des Trente et exécution du modéré Théramène). L'allusion à Thrasybule, qui contribua à rapprocher les deux
camps en 403, dans la comédie d'Aristophane, montre aussi où vont les sympathies de cet auteur.

Mais l'opposition riches/pauvres, qui remplace, au IVème siècle, l'ancienne division entre le démos (peuple) et l'aristocratie,
témoigne surtout d'une évolution sociale qui accorde de plus en plus de place à la fortune mobilière et de moins en moins à la terre:
le citoyen soldat a vécu laissant sa place aux mercenaires. C'est une série de guerres, pratiquement ininterrompues, qui a valu à
Athènes son heure de gloire, mais qui explique aussi son déclin (nouveaux comportements impérialistes de la seconde corifédération
athénienne en 377), avant la défaite finale devant Philippe de Macédoine.

CCL: Une démocratie controversée dès l'origine (mais· n'est-ce pas là l'essence même du débat démocratique?) et originale dans le
monde grec, qui a tout de même duré près de deux siècles, et servi, sinon de modèle, du moins d'élément de réflexion, aussi bien aux
penseurs, depuis l'Antiquité, qu'aux hommes politiques, de la Révolution à nos jours, expliquant l'éclat, encore aujourd'hui de ce que
l'on appelle le « siècle de Périclès» et justifiant l'intérêt de son étude par les élèves.

				
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