Montréal - DOC

Document Sample
Montréal - DOC Powered By Docstoc
					                           ‫ידנקה ידוהי סרגנוקה ● סערגנאק רעשידיי רעדאנאק‬
                       CONGRÈS JUIF CANADIEN, RÉGION DU QUÉBEC
                       CANADIAN JEWISH CONGRESS, QUEBEC REGION


Le porte-parole officiel de la communauté juive du Québec/The official voice of the Jewish community of Quebec




                        CONGRÈS JUIF CANADIEN
                              RÉGION DU QUÉBEC




                                            MÉMOIRE

                                                Présenté

   à la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements
                    reliées aux différences culturelles




                      Par : Dr Victor C. Goldbloom, Président, CJC,RQ
                           Mme Dorothy Zalcman Howard, ancienne présidente, CJC,RQ
                           M. Joseph Gabay, ancien président, CJC,RQ


              Préparé par : Dr Victor C. Goldbloom et Mme Monique Matza



                                                 Montréal

                                             décembre 2007




                                                                                                                 1
             1. Histoire et profil de la communauté juive du Québec

La communauté juive fait partie de la société québécoise depuis 247 ans. C’est le
premier groupe religieux non chrétien qui s’installe au Québec, et les premiers Juifs
sont arrivés presque en même temps que les Anglo-Protestants. Elle compte
aujourd’hui quelque 93 000 personnes. Depuis les années 1880, elle connaît une
croissance considérable à la suite de vagues successives d’immigration.            Elle
continue d’attirer des immigrants de divers coins du monde, et elle fait la promotion
de l’immigration vers le Québec. Son intégration { la société québécoise est telle
qu’il est clair qu’elle vit depuis deux siècles et demi un accommodement global plus
que raisonnable.


Les premiers immigrants sont des Sépharades, mais les vagues de la fin du dix-
neuvième siècle et de la première moitié du vingtième sont constituées
d‘Ashkénazes en provenance d’Europe de l’Est. Ils misent sur l’éducation et créent
des synagogues et des institutions de bien-être social, des journaux et des
ressources communautaires comme la Bibliothèque publique juive et les Services
d’assistance aux immigrants juifs, la JIAS.


Les premières familles juives, établies à Trois-Rivières à partir de 1760, ont été fort
bien accueillies.   Les Ursulines ont reçu leurs enfants sans hésitation, en les
dispensant de toute instruction religieuse. Au début du dix-neuvième siècle, les
Trifluviens ont, deux fois, élu Ézekiel Hart comme député, mais il n’a jamais siégé
parce que le rite d’assermentation était incompatible avec son engagement
religieux.


En 1832, sous le leadership de Louis-Joseph Papineau, le parlement du Bas-Canada
adopte une loi qui accorde aux citoyens de confession juive les mêmes droits



                                                                                          2
démocratiques qu’aux autres Québécois. (La France avait fait de même auparavant
sous Napoléon; mais la Grande Bretagne n’a suivi qu’en 1858.)


Vers la fin de ce siècle, les vagues d’immigration ont suscité des sentiments négatifs
au sein de la population et dans l’Église, et des politiques discriminatoires sont
apparues, tant dans le secteur privé que dans le domaine public. Les enfants de foi
juive n’étaient plus acceptés dans les écoles catholiques, et une loi a éventuellement
été adoptée qui les envoyait dans les bras plus ou moins accueillants de la
communauté anglo-protestante.


C’est ainsi que les juifs québécois sont devenus des anglophones, même si leur
niveau de bilinguisme a toujours été au-dessus de la moyenne.             Aujourd’hui,
cependant, parmi les juifs de moins de 65 ans, 80 pour cent se disent capables de
fonctionner convenablement en français. La communauté est en fait à quelque 25
pour cent francophone (langue maternelle ou primaire) et elle vit de plus en plus le
fait français au Québec.


Durant l’Holocauste et la Seconde guerre mondiale, l’immigration juive est presque
inexistante { cause d’une politique fédérale restrictive, voire inhumaine. Après la
guerre l’immigration reprend.


Autour des années soixante, commence une importante immigration sépharade, en
provenance notamment d’Afrique du Nord.


Au début des années 2000, la crise économique en Argentine amène une
immigration provenant de ce pays. Les Services d’assistance aux immigrants juifs
fournissent aux éventuels immigrants, même avant leur départ de leur pays
d’origine, un portrait des valeurs de notre société et du mode de vie au Québec. En
collaboration avec d’autres organismes communautaires, ils mettent sur pied des
programmes d’accès au logement, { l’emploi et { l’éducation. De l’accueil { l’aéroport
{ l’installation au Québec, la JIAS assure l’intégration des nouveaux arrivants.
                                                                                         3
Vers la même période il y a eu aussi une immigration de France, poussée par
certaines manifestations antisémites mais aussi attirée par la qualité de vie au
Québec. Aussi, les programmes d’échanges d’étudiants amènent chez nous beaucoup
de jeunes Français, dont quelque dix-huit pour cent choisissent chaque année de
rester.


Au gré des vagues successives d’immigration, des membres de la communauté juive
ont apporté avec eux leurs compétences dans de nombreux domaines, participant
ainsi au développement du Québec et contribuant aux domaines culturel,
scientifique, éducatif, économique et politique.       Parmi les membres de la
communauté juive, se trouvent cinq Grands officiers, huit Officiers et dix-huit
Chevaliers de l’Ordre national du Québec, ainsi que neuf récipiendaires du Prix
scientifique du Québec et deux du Prix culturel.


Parmi les figures de marque, on peut penser à Phyllis Lambert en architecture, à
Naïm Kattan en littérature, au docteur Mark Wainberg, chef de file de la lutte contre
le SIDA, à Léonard Cohen en poésie et en chanson, à Pauline Donalda en opéra, au
juge en chef Alan B. Gold comme juriste et au docteur Alton Goldbloom en pédiatrie.


En faisant la promotion de l’immigration vers le Québec et en se chargeant de
l’adaptation et de l’intégration des nouveaux-venus à la société québécoise, la
communauté juive leur enseigne les valeurs de cette société et les façons de vivre
des Québécois, que ce soit dans les écoles communautaires ou par les contacts
individuels et familiaux.


Aujourd’hui la communauté juive du Québec est surtout concentrée dans la région
métropolitaine de Montréal. Elle est vieillissante, comme l’est l’ensemble de la
société québécoise. Les forces vives ont besoin de l’immigration pour se renflouer.




                                                                                        4
Le sens de l’identité de la communauté juive s’appuie sur une philosophie
fondamentale de responsabilité communautaire qui se manifeste par la
philanthropie, le bénévolat et la création d’organismes communautaires de
bienfaisance.


La Fédération CJA est l’organisme parapluie des services philanthropiques et
communautaires. Le réseau, qui comprend quinze agences constituantes et plus de
trente organismes affiliés, offre des ressources dans les domaines de la santé et des
services sociaux, de l’éducation et de la vie culturelle et religieuse.


Le Congrès juif canadien – Région du Québec est le porte-parole officiel de la
communauté juive du Québec.


Mentionnons aussi la Communauté Sépharade unifiée du Québec, les Services juifs à
la famille, le Centre Cummings pour les aînés et les Services d’assistance aux
immigrants juifs (la JIAS).


Les valeurs traditionnelles juives de justice sociale sont incarnées par les milliers de
bénévoles qui se dévouent pour améliorer la qualité de la vie non seulement au sein
de la communauté juive mais aussi dans d’autres institutions québécoises. Le
bénévolat est profondément ancré dans la tradition juive, notamment dans le
principe «guémilout hassadim» (actes de bonté, de générosité, de disponibilité,
l’amour du prochain, l’anonymat du don).


La communauté juive est fort diversifiée. L’appartenance religieuse est un facteur
d’unité, mais la pratique religieuse s’étend sur un éventail qui comprend
conservateurs (29%), orthodoxes modernes (24%), ultra-orthodoxes (y compris les
hassidim) (12%), réformistes (5%) et reconstructionnistes (2%). Il y a aussi des
juifs non-affiliés (16%) et séculiers (12%). Il est évident que ce n’est qu’une
minorité qui est reconnaissable par sa tenue vestimentaire et par son apparence


                                                                                           5
générale et qu’elle ne devrait pas être prise pour l’image emblématique de la
communauté.


Éducation

Sur l’échelle des valeurs de la communauté juive, l’éducation est près du sommet.
L’école est perçue comme un prolongement du milieu familial, et comme une gardienne
de la culture et des traditions.

Les parents juifs, comme tous les parents québécois qui respectent leur héritage
religieux, tiennent à ce que leurs enfants reçoivent une formation de base dans leur
propre religion avant d’être exposés { d’autres croyances. Ils reconnaissent en
même temps que la diversité religieuse de la société québécoise est une réalité à
respecter.


Il existe depuis { peu près un siècle un réseau d’écoles juives. Leur existence tient {
la nature confessionnelle du système scolaire québécois jusqu’{ tout récemment. De
plus, la place de l’éducation dans la transmission de la culture et des traditions
constitue le fondement de la pensée et de la pratique juives. Nos écoles sont
essentielles à notre existence en tant que communauté. Par ailleurs, bien que les
écoles juives soient privées au sens premier du terme, elles ressemblent plutôt à
des écoles publiques et non à des établissements élitistes réservés aux enfants
privilégiés; en fait, aucun enfant n’est refusé pour des raisons d’ordre financier, c’est
la communauté qui défraye les frais de scolarité de ces enfants.


Les écoles juives ont été créées par la communauté à une époque où le système scolaire
avait des assises confessionnelles mais ne reconnaissait que le catholicisme et le
protestantisme. Les écoles catholiques étaient essentiellement fermées aux enfants juifs,
et les protestantes accueillaient ces derniers avec plus ou moins de chaleur.        Les
contribuables juifs versaient leurs taxes scolaires au système protestant, mais (jusqu’en



                                                                                            6
1972) n’ont eu le droit ni de voter aux élections scolaires ni de se présenter aux postes de
commissaire.


En 1969, le gouvernement du Québec a décidé de subventionner, à un certain
pourcentage du coût moyen de l’éducation, les écoles communautaires juives. Le
ministère de l’Éducation s’est assuré que le curriculum soit pleinement enseigné,
notamment en ce qui concernait la langue française.


Le financement public ne s’applique qu’aux composantes laïques du programme, et
ce, seulement à hauteur de 60% du montant habituellement versé aux écoles
publiques. De plus, les écoles qui reçoivent des fonds publics se conforment aux
directives du ministère de l’Éducation, des Loisirs et des sports concernant les
programmes scolaires, notamment à celles qui régissent l’enseignement du français
et de l’histoire du Québec. Elles offrent aussi des programmes enrichis
d’enseignement des langues : le français de façon intense, l’anglais, l’hébreu et le
yiddish.


Il est à noter que depuis 1867, les taxes scolaires des membres de la communauté
juive étaient distribuées aux commissions scolaires catholiques et protestantes. Les
écoles juives étaient donc financées par la communauté elle-même (construction et
fonctionnement), et jusqu’en 1969 les parents assumaient la totalité des frais de
scolarité.


Les diplômés des écoles juives, rendus { l’âge d’adulte, sont généralement bien
intégrés à la société québécoise et y font des contributions non négligeables.


Les enfants sont des éponges, prêts à absorber les valeurs auxquelles ils sont exposés.


Lorsque l’on observe de jeunes enfants qui jouent ensemble, l’on constate qu’ils ne font
pas de distinction de couleur, de culture, de race ou de religion. Avec l’âge, cependant, il
devient nécessaire de leur inculquer le respect des différences.

                                                                                               7
C’est par l’éducation que nous pouvons promouvoir le vivre ensemble. La diversité du
monde se reflète de plus en plus au sein de notre société. Le monde devient de plus en
plus petit, et la globalisation affecte de plus en plus de secteurs : les affaires et l’industrie,
les sciences et la technologie, les relations internationales et le haut savoir. Aider l’enfant
à apprécier et à respecter les différences, c’est le préparer à vivre dans le monde moderne.


Le personnel scolaire – enseignants, administrateurs, personnel de soutien – joue un rôle
fondamental et doit recevoir une formation appropriée. Les parents, dans ce domaine
comme dans tous les autres, devraient être associés au processus d’éducation de leurs
enfants.


La diversité religieuse du monde est une réalité dont il faut tenir compte. Les parents qui
ont un engagement religieux préfèrent que leurs enfants reçoivent d’abord un
enseignement solide dans leur propre confession. Avec la déconfessionnalisation de
notre système scolaire, on a développé des cours sur un certain éventail de religions. Il
nous semble préférable de réserver cette matière au niveau secondaire.


Les différences enrichissent notre société; la diversité est une valeur ajoutée.


Les aliments


La religion juive comprend des règles alimentaires qui s’appellent la « casheroute»
et qui sont observées par une proportion significative des Juifs du Québec. Certains
animaux sont interdits, ainsi que les crustacés; et la viande casher doit être abattue,
préparée, conservée et vendue sous surveillance rabbinique. La casheroute
concerne également les conditions et le milieu dans lesquels les aliments sont
emballés, conservés, apprêtés, servis et consommés. Les surfaces et les ustensiles
qui entrent en contact avec la nourriture casher ne doivent servir qu’{ la fabrication
d’aliments casher. Le Juif pratiquant doit tenir compte de considérations morales et
théologiques chaque fois qu’il mange.

                                                                                                     8
Bien que tous les Juifs ne soient pas strictement pratiquants, nous avons choisi, en
tant que communauté, de nous montrer aussi inclusifs que possible dans nos
établissements publics. Il s’agit par conséquent d’y respecter la casheroute et de les
fermer le Shabbat et les jours de fête. Tous ces choix sont importants pour le
maintien de notre sens communautaire.


Il va de soi que le respect de la casheroute dans nos établissements exige que les
besoins des patients et du personnel non juif soient respectés.


La discrimination


Il y avait autrefois des contraintes discriminatoires qui empêchaient la participation
des membres de la communauté juive à bon nombre de secteurs de la société
québécoise. Depuis une soixantaine d’années, cependant, ces contraintes sont {
toute fin pratique disparues, et des Québécois d’appartenance juive font des
contributions, souvent significatives, dans à peu près tous les domaines.
L’antisémitisme, autrefois enraciné et généralisé, existe toujours mais est
aujourd’hui,    nonobstant     des    incidents   occasionnels,   plutôt    marginal.
L’accommodement raisonnable global fait partie de la vie quotidienne.


Toutefois, dans la mesure où l’antisémitisme continue de se manifester, parfois
même de façon violente, le gouvernement, les institutions et les médias doivent être
vigilants et doivent réagir de façon prompte, vigoureuse et efficace, et des efforts
éducatifs doivent être intensifiés.




                                                                                         9
       2. Quelle      sorte      de     société    québécoise       voulons-nous
           construire ensemble?


La communauté juive du Québec partage les valeurs de la société majoritaire dans
laquelle elle est fortement intégrée.


Le gouvernement, plus précisément le ministère de l’Éducation, a adopté un
nouveau programme sur les diverses religions qui sont présentes dans notre
société, et nous tenons { l’en féliciter. Ce n’est que par un processus éducatif que
nous pourrons tisser des liens entre les diverses religions et spécifiquement entre
les religions minoritaires et celle de la majorité; et plus généralement entre les
minorités ethnoculturelles et la majorité québécoise. Les minorités qui veulent être
respectées doivent respecter la majorité. L’accommodement raisonnable ne peut
être une voie à sens unique.


Il ne s’agit donc pas, pour nous, d’éliminer tout symbole religieux. Il faut tenir
compte de la valeur historique et culturelle de ces symboles, et de leur importance
comme éléments de notre patrimoine. Par exemple, la croix sur le Mont Royal est
plus qu’un symbole religieux, elle raconte l’histoire du Québec.


La Révolution tranquille, lancée en 1960, nous a mis sur le chemin de la laïcisation.
Le Rapport Parent a eu un impact déterminant. En 1972, les contribuables de foi
juive ont enfin acquis le droit de voter aux élections scolaires et de poser leur
candidature au poste de commissaire d’école. Plus tard la structure du système
scolaire est devenue linguistique plutôt que confessionnelle.


Il serait hautement désirable que le profil des diverses religions et de leur
communauté soit dressé et publié. Souvent la méfiance et les réactions négatives
voient le jour non pas par préjugé mais par ignorance. Éduquer la population et les
médias sur ce que sont les différentes minorités aiderait à diminuer les tensions.

                                                                                        10
La communauté juive respecte un principe fondamental, énoncé il y a quelque 1800
ans, celui d’un très vieux dicton hébreu : « Dina d’malhouta dina» – LA LOI DU PAYS
EST LA LOI. Cela signifie que la communauté juive québécoise partage et appuie les
valeurs de cette société. En recrutant et en intégrant les immigrants, elle enseigne
ces valeurs et décrit le mode de vie auquel le nouveau-venu est appelé { s’adapter.
Nous adhérons aux valeurs énoncées dans la Charte québécoise des droits et
libertés.


Nous reconnaissons le patrimoine religieux et culturel du Québec comme le
principal facteur qui a dessiné les contours de notre société. Ce patrimoine a non
seulement    influencé   et   construit   l’identité   collective   majoritaire,   il   a
également forgé l’environnement dans lequel la communauté juive et ses
institutions se sont développées et ont évolué. Nous pensons fermement que nous
formons une partie intégrante de ce patrimoine québécois.


Nous sommes en faveur d’un Québec pluraliste, respectueux de la diversité de sa
population; en faveur d’un Québec qui laisse aux groupes et aux individus l’espace
pour exprimer leur identité de manière diverse et particulière; et en faveur d’un
Québec qui reconnaît la contribution, passée et à venir, de tous ses citoyens et la
légitimité de leur caractère spécifique et particulier au sein de notre société.


Nous soutenons un modèle de laïcité ``fait au Québec”; donc, moins rigide que ceux
de la France et des États-Unis. Le Québec doit tenir compte à la fois de son histoire,
de la société façonnée par sa communauté majoritaire, et des besoins légitimes
inhérents { sa nouvelle diversité. L’État ne doit pas faire la promotion de quelque
religion que ce soit, et les espaces publics doivent en principe être neutres, à moins
qu’un symbole particulier n’ait une signification patrimoniale exceptionnelle ou
fasse l’objet d’un consensus bien établi, comme par exemple le sapin de Noël. En un
mot, nous souhaitons un État neutre et une société pluraliste.


                                                                                            11
En ce qui concerne l’accommodement raisonnable, il faut distinguer entre la
politique publique et les ententes privées.


Nous ne voyons pas de nécessité de modifier les lois du Québec, y compris la Charte
des droits et libertés.


Des ententes à l’amiable entre personnes physiques ou morales peuvent fournir des
accommodements mutuellement acceptables, à condition simplement de ne pas
contrevenir à la loi. De telles ententes, ainsi que des conventions collectives, peuvent
porter, par exemple, sur les fêtes religieuses qui peuvent être reconnus comme congés. Si
conflits il y a, la Charte québécoise nous donne un cadre approprié pour leur résolution.


La perception selon laquelle l’accommodement dit raisonnable n’est pas suffisamment
réciproque, que c’est une voie à sens unique sur laquelle la majorité fait tous les
ajustements et les minorités ne font même pas un bout de chemin, n’est pas fondée. Elle
est notamment fausse en ce qui concerne la communauté juive.




                                                                                            12
                         3. Commentaires sur les audiences


En suivant les travaux de la Commission, nous avons eu connaissance de quelques
interventions qui ont visé notre communauté et que nous avons déplorées. Nous ne
tenons pas à réagir à toute et chacune de ces opinions ou observations, mais il y en a
quelques-unes que nous ne voulons pas laisser passer.


L’Hôpital général juif


Un intervenant a demandé, comment se fait-il qu’il existe à Montréal un Hôpital général
juif? Nous aimerions en raconter l’histoire.


Aux années 1930, la communauté s’est rendu compte qu’à quelques exceptions près,
peut-être une demi-douzaine au plus, les médecins de foi juive étaient systématiquement
exclus du personnel médical des grands hôpitaux. Fait encore plus dramatique, les
aspirantes infirmières de foi juive se heurtaient à un mur infranchissable devant la porte
de toute école de nursing. C’est ainsi que l’initiative a été prise de fonder un Hôpital
général juif.


Contrairement à ce que peut penser, ou laisser penser, l’intervenant en question, ce n’est
pas un hôpital pour les Juifs. Les patients qui y sont hospitalisés, ou soignés en cliniques
externes, représentent tout l’éventail des communautés, des cultures et des religions de la
société québécoise – et il y a parmi eux plus de non-Juifs que de Juifs.


Comment se fait-il que cet hôpital porte toujours ce nom?          C’est pour des raisons
historiques et patrimoniales – au même titre qu’Hôtel-Dieu ou Notre-Dame ou Sacré-
Cœur.




                                                                                               13
Les produits casher

Certaines personnes se sont objectées à trouver sur les tablettes des épiceries des produits
casher, et ont eu l’impression que les prix de ces denrées sont plus élevés. Il faut
souligner que le marché québécois pour ces produits est plutôt limité, et que si quelques
compagnies les produisent en grand volume, c’est pour pénétrer l’important marché
américain qui est en pleine croissance annuelle. Le coût additionnel de la surveillance et
de la certification de la casheroute n’est qu’une fraction de cent par item.            Les
compagnies en question agissent par intérêt commercial; aucune pression en ce sens n’est
exercée par qui que ce soit.


Les ressources de la communauté


La communauté juive du Québec se distingue par sa générosité exceptionnelle. Ses
gestes charitables ne se limitent pas à ses propres membres; ses appuis aux institutions de
toute la société sont remarquables. Un principe religieux fondamental l’amène à assumer
une responsabilité communautaire pour les nécessiteux et les personnes en perte
d’autonomie. Quelque 20 pour cent de cette communauté vivent en dessous du seuil de
la pauvreté; ce pourcentage est plus élevé chez les personnes de 65 ans et plus, en
majorité des femmes, et chez les enfants de moins de cinq ans. La communauté est là
pour leur venir en aide, et elle consacre chaque année d’importantes ressources à cette
fin.


Si l’observance de ce précepte religieux se traduit par des dons importants, au bénéfice
non seulement de ses propres membres et ses propres institutions mais aussi au bénéfice
de la société qui l’entoure, c’est parce qu’elle compte un certain nombre de personnes
relativement bien nanties; mais il est temps de finir avec le vieux stéréotype du Juif très
riche qui dirige toute l’économie du monde.




                                                                                               14
                                  4. Recommandations

1. Nous appuyons la laïcisation de l’État québécois, tout en souhaitant qu’elle soit moins
   rigide et plus nuancée que celle de certains autres pays. Il ne s’agit pas pour nous de
   faire disparaître ou de cacher notre histoire et notre patrimoine.


            L’État devrait être neutre par rapport aux religions.


            Les espaces publics devraient être neutres et ne contenir aucun symbole
             religieux, { moins qu’il ne revête une signification patrimoniale
             exceptionnelle.


            La tenue vestimentaire et le port de symboles religieux devraient être des
             choix personnels.


     Il est important de distinguer entre l’accommodement raisonnable comme élément
     de politique publique et les ententes ou conventions qui peuvent être conclues entre
     personnes physiques ou morales.


     Nous ne percevons pas de besoin d’apporter des modifications { la Charte des droits
     et libertés, ni à la législation existante. Nous ne croyons pas à une hiérarchie des
     droits; si un conflit se présente entre deux droits, il incombe aux tribunaux de
     trancher.


2. Il est essentiel que la diversité culturelle et religieuse de la société québécoise fasse
   l’objet d’une éducation objective.


            Nous recommandons au gouvernement de publier un profil de chacune des
             confessions qui sont des composantes significatives de notre société.

                                                                                               15
   Nous recommandons au ministère de l’Immigration et des Communautés
    culturelles d’organiser des stages de participation civique { l’intention des
    nouveaux immigrants. De tels stages encourageraient les nouveaux venus à
    renforcer leur sens civique tout en leur permettant de faire l’exercice d’une
    participation citoyenne ``à la québécoise``.


   Nous recommandons à ce ministère de mener des opérations de jumelage
    entre les nouveaux immigrants et des familles de leur quartier. De tels
    contacts permettraient aux nouveaux arrivants et aux Québécois
    d’apprendre { mieux se connaître et encourageraient des relations
    harmonieuses entre les nouveaux groupes et la population locale.


   Nous recommandons le lancement de campagnes d’information sur les
    coutumes et traditions des nouveaux arrivants afin d’aider les Québécois {
    accueillir des concitoyens d’origines diverses. La réussite de l’intégration des
    nouveaux arrivants      passant par un bon          accueil,   ces   campagnes
    permettraient de sensibiliser davantage la société québécoise aux défis du
    pluralisme.


   Nous recommandons vivement que l’on compile et publie, chaque année, un
    calendrier multiconfessionnel, afin que les dates choisies pour les élections,
    pour les examens universitaires, pour des conférences majeures, etc.,
    puissent éviter des conflits importants. En ce qui concerne les élections, il ne
    s’agit pas simplement de l’exercice du droit de vote – des jours de vote par
    anticipation sont toujours fournis – mais de la disponibilité de personnes
    pratiquantes pour travailler aux bureaux de scrutin et dans ceux des
    candidats.




                                                                                       16
                                   Conclusion
Nous souhaitons une société québécoise ouverte et pluraliste. Les tendances que
nous observons depuis à peu près un demi-siècle, depuis la Révolution tranquille,
vont dans ce sens, mais il y a encore du chemin à faire. Nous espérons que la
Commission, dans ses conclusions, aidera notre progrès en ce sens.


Nous sommes convaincus que les commissaires, dans leur rapport, feront autre
chose que de rapporter et refléter ce qu’ils ont entendu. Il faut maintenant qu’un
leadership se manifeste et s’affirme : un leadership intellectuel, social, éducationnel
et surtout politique. Le Québec EST une société généreuse et accueillante, et il doit
poursuivre un dialogue avec les esprits qui contestent cette affirmation ou sont mal
{ l’aise avec elle.


La majorité a ses droits : à la continuité, au non-chambardement de sa société, à la
reconnaissance du fait qu’elle a façonné le Québec d’aujourd’hui, et au maintien de
ses valeurs. Elle a en même temps le devoir de reconnaître qu’elle n’a pas toujours
été seule { effectuer ce façonnement, et que d’autres y ont et auront loyalement
contribué. À chacun d’apprécier la contribution de l’autre.


Il importe de souligner que les immigrants font face à des défis d’apprentissage,
d’adaptation, d’intégration et de carrière; mais leurs enfants, scolarisés et socialisés
chez nous, auront en majorité des relations assez différentes avec l’ensemble de la
société.


Enfin, nous ne pouvons nous empêcher           de faire un commentaire général et
fondamental.      Les audiences de la Commission ont suscité au sein de notre
communauté un malaise non négligeable, qui est partagé par d’autres. Parmi les
contributions que vous avez entendues, les attitudes généreuses et ouvertes d’esprit
se sont trouvées en nette minorité. Nous voudrions bien nous dire que c’est un
portrait déséquilibré, et en fait minoritaire, de l’opinion publique québécoise, mais

                                                                                           17
les sondages ne nous permettent pas de tirer cette conclusion. Voilà le défi qui se
présente au leadership de notre société.




Nous remercions la Commission d’avoir fourni un cadre de débat et de dialogue sur
ce sujet très important.




                                                                                      18