Docstoc

THEORIE SYSTEMIQUE DE LA COMMUNICATION

Document Sample
THEORIE SYSTEMIQUE DE LA COMMUNICATION Powered By Docstoc
					             THEORIE SYSTEMIQUE DE LA
                 COMMUNICATION
1. Origines et principaux concepts
   Rétroaction : concept créé dans le cadre de la cybernétique. Wiener (mathématicien)
    travaillait avec Bigelow sur les erreurs de tir. Il se rend compte qu’il faut corriger les erreurs
    au fur et à mesure. On corrige les erreurs au tir suivant grâce au tir précédent. Wiener trouve
    que cette idée est très générale (p.ex. :chauffage central : on régule la température).
    L’information permet de réguler. Wiener et Bigelow ont eu des contact avec Rosenblutt.
    Quand on veut atteindre un but, on régule grâce à l’information. Ces 3 auteurs ont fait un
    article fondateur : « Behaviour, purpose and theology » (1943). La rétroaction vaut pour les
    machines naturelles et artificielles.
   Cybernétique : science du contrôle de la communication pour l’homme et la machine.
    L’information est le concept central, tout fonctionne avec elle. C’est aussi un concept
    important dans le marxisme, il est lié à la force de production. On voit apparaître des
    machines informationnelles. Ces machines changent notre vue sur les machines sociales. En
    même temps que les 3 auteurs, en 1943, Pitts et Mc Cullock écrivent un article : « A logical
    calculer of the ideas imminent in nervous activity" » qui est une tentative pour caractériser les
    phénomènes informationnels.
   Information : Shannon et Weaver écrivent la théorie de l’information. Ils mesurent la
    capacité des lignes télégraphiques pour amener l’information. Le modèle de la
    communication est de quantifier l’information. C’est un modèle transmissible. La
    communication est un trajet d’informations entre une source et une réception.

SOURCECODEURCANALDECODEURDESTINATION

SOURCECODEUR LINGUISTIQUEAIRDECODEUR
LINGUISTIQUECERVEAU DU DESTINATAIRE

Le schéma a été transposé à la société humaine. C’est un modèle linéaire, « du tuyau ». Un aspect
essentiel de la langue est le code. L’information circule dans des câbles. L’émetteur traduit sa
pensée sous forme d’un message codé, et le récepteur décode. C’est une communication
unilatérale, purement transmissible. C’est une théorie quantitative du message.

EMR

M est codé en Sa-Sé. On encode et on décode.
Il y a beaucoup d’aspects ignorés par ce modèle, comme l’aspect relationnel, le vouloir dire, la
notion, la rétroaction.
Dans la théorie de Shannon et Weaver :
 Information : ce qui lest intéressait, c’était la quantité d’informations transmise. Plus un
     élément est improbable, plus il donne d’informations quand il surgit.
Unité de l’information : H = f(1/p)
1 bit = binary digit
La quantité d’informations est fonction de l’improbabilité.
Quand on a une probabilité sur 2, et qu’on réduit l’incertitude de moitié (1 bit d’information).
L’information mesure l’improbabilité :
H=f(1/p) = log2 (1/p) = - logp

         Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                      1/23
         2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
On peut donc quantifier l’information transmise.
 Redondance : permet de calculer la prévisibilité, elle permet de lutter contre le bruit. La
   redondance est la répétition interne d’un mot. H … o … m …m … e : à chaque fois il y a
   plus de prévisibilité. S’il y a une redondance, c’est pour lutter contre le bruit.
 Bruit : ce sont les perturbations aléatoires qui empêchent la bonne transmission du message
   dans le canal

- Rapport entre l’information et l’entropie/la néguentropie
Le rapport est fait par des cybernéticiens. L’entropie est l’évolution de l’ordre vers le désordre.
Tout se détruit, tout a une fin. Elle est définie par Prigogine et Stengers. Au 19ième siècle, dans le
cadre des réflexions très pratiques sur le rendement des machines artificielles, ce concept fut créé.
Dans un moteur, on a une source de chaleur et cette énergie calorique est transformée et énergie
mécanique, et mouvement. La source de chaleur entraîne un problème de rendement : une perte
d’énergie, car l’énergie calorique ne se transforme pas totalement en énergie mécanique, car la
chaleur se diffuse.
On va vers une homogénéité, car la perte de chaleur est irréversible et elle devient homogène,
stable. C’est l’évolution vers la mort car il n’y a plus de mouvement possible si tout est tiède (2 ième
principe de la thermodynamique).
Thomson est un physicien qui passe des machines à la cosmologie. Le premier principe de la
thermodynamique concerne l’équivalence entre les différentes formes d’énergie.
C’est Clausius qui propose la formule de l’entropie (qui varie en fonction d’éléments extérieurs
ou intérieurs).
dS = deS + diS
de peut varier + ou – (p.ex. : rajouter du charbon)
di : évolution interne : la chaleur se diffuse, le système s’homogénéise de lui-même, c’est une
situation d’équilibre.
En cosmologie, il n’y a pas d’échange avec l’extérieur, donc il reste diS, et donc l’évolution
naturelle.

Boltsmann définit l’entropie selon la probabilité. Pourquoi un système évolue-t-il vers
l’homogénéité ? Car un système homogène est plus probable qu’un système hétérogène.




On a plus de possibilités de rendre les compartiments homogènes que non homogènes. P.ex. si
N=8, quelle est la P d’en mettre 8 en N1 ?1
En mettre 7 8
En mettre 470

La probabilité est un facteur d’explication. un système évolue toujours selon un état de sorte à ce
que les parties qui le composent soient homogènes.
L’information sert à lutter contre l’entropie. Elle serait donc la néguentropie, qui est une
inversion locale du processus d’entropie.
Le démon de Maxwell est capable de déterminer si chaque particule est chaude ou froide (=
1bit), donc on peut actionner le volet pour faire passer ou pas et maintenir ou non l’homogénéité.



          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                      2/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
                        Chaud                  Froid
                        (rapide)               (lent, parce que selon Boltzmann, on évolue vers
le désordre et l’homogénéité).
Si on a des informations sur les éléments qui constituent le système, on peut agir pour éviter
l’entropie, d’où l’importance de l’information, car elle empêche la dégradation du système.
Pour que le démon sache, il doit aussi avoir de l’énergie pour actionner le volet :
Nég  H (se paie en énergie)  Nég (car l’info permet le décompte, la restauration de la
néguentropie, elle est consommée)

Nég  H  : la Nég utilisée est supérieure à celle qui est restaurée dans l’univers, donc
globalement, l’univers évolue quand même vers l’entropie. Il y a des inversions locales grâce à
l’information.

Il y a deux aspects dans l’information :
1. Acquisition de connaissances (de Nég à H)
2. Rôle organisationnel (de H à Nég)

Cela entraîne des problèmes philosophiques
Evolution :
- Cellules vivantes (information génétique) permet à la cellule de se reconstituer
- Cerveaux : se maintenir, s’adapter
- Société : des entités se maintiennent grâce à l’information (ex. : textes de loi, etc)

L’information n’est pas une grandeur physique, c’est une dimension 0. P.ex. le démon est en
rapport avec les cellules. La probabilité est aussi un rapport. ? sur le rapport entre l’esprit et la
matière : comment les systèmes d’information sont-ils arrivés ?
L’information arrive par hasard et se développe par nécessité : ? sur le sens de l’information.
Les cybernéticiens font abstraction du sens, ils font seulement attention aux signaux. Pour eux, le
sens n’a pas d’importance, seuls des signaux circulent (ex :machines artificielles).
Cbien de bits peut-on emmagasiner par unité de temps ?
La capacité du canal humain se voit dans sa capacité à emmagasiner par secondes.
La quantité d’information mémorisée est fonction du sens : on retient moins si on ne comprend
pas.
Les psychologues sociaux demandent à des gens de choisi des chiffres entre 0 et 5 pour obtenir
un résultat de 17. Soit ils donnent un retour après chaque chiffre, soit non. On essaie autant qu’il
faut. Avec un feedback, il faut plus d’essais. Dupuy explique ça par la spécularité : on pense à la
pensée des autres, et ça brouille tout parce qu’on se trompe dans le calcul de ce que l’autre pense.
Bateson a écrit « L’écologie de l’esprit », et « la nature de la pensée ». Pour Shannon et Weaver,
l’information est une notion positive, elle connote la nouveauté, l’inattendu, et le redondance est
négative.
Pour Bateson, la redondance est la probabilité des lettres indépendamment de leur contexte par
rapport à la quantité d’informations prévisibles compte tenu de l’environnement. Donc, on a de
l’information en moins, donc la redondance est négative, ce qui n’est pas le cas de Bateson :
chaque lettre permet de prévoir les autres, d’anticiper donc le concept est positif.
La redondance équivaut à la signification car elle permet de prévoir ce qui va suivre. P.ex., si on
dit « il pleut », si on regarde par la fenêtre, on s’attend à voir de la pluie ; donc permet de prévoir,

          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                       3/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
et c’est une information et non de la répétition. Elle peut aussi ne rien apporter, mais l’inattendu
n’apporte pas forcément quelque chose.
On a besoin d’un compromis entre attendu et inattendu. Dans une communication, il faut que le
nouveau se situe dans un cadre.

- La théorie générale des systèmes (Von Bertalanffy)
Elle est élaborée par un physiologiste et un embryologiste. Les cybernéticiens ont une vision
mécaniciste. On considère l’organisme comme une totalité, mais envisagée de manière
mécaniciste par Shannon et Weaver. On essaie de comprendre le fonctionnement de l’ensemble
à partir des organismes différenciés. C’est une conception en agrégat. Von Bertalanffy connaît
des systèmes qui ne sont pas encore différenciés, et qui le font progressivement jusque quand ils
sont adultes. Le système évolue grâce à des interactions dynamiques. Les choses ne sont plus un
ensemble avec des systèmes différenciés d’avance. Au départ, le système a des interactions
dynamiques qui aboutissent à une différenciation. Les parties en présence se transforment
mutuellement. Les interactions dynamiques interviennent à tous les niveaux de la réalité :
 : Physique :on considère les éléments comme isolables, ce qui entraîne un problème
    d’organisation. Les interactions sont donc transformatrices. La particule modifie l’atome, mais
    il modifie la particule également. Il y a une idée d’émergence, de nouvelles propriétés , et de
    contrainte.
 Biologie : obligée de concevoir qu’un organisme naît d’interactions
 Psychologie : sensation = perception de totalité
 Sociologie :  agglomérat d’individus

La théorie générale est donc valable pour tous les systèmes. Une idée d’interdisciplinarité est
sous-jacente. Pourquoi a-t-on tendance d’isoler toujours les parties sans considérer les
interactions : le langage séparé ne permet pas de se rendre compte des interactions.
P.ex. : « La pierre est dure » : on isole, on attribue une caractéristique mais ce n’est pas une
propriété en soi, elle n’est dure que si on essaie de la piquer.

C’est une théorie qui a laissé une façon de voir les choses, une épistémologie, en termes
d’interactions plutôt qu’en termes d’agrégat.

……
………
………
08/10 ; 15/10

- Principe de clôture opérationnelle
Varela met au point le concept d’autoproduction : un système naturel fonctionne en circuit
fermé : production  produit
Il opère une généralisation en principe d’autonomie ou de clôture opérationnelle (ex : vision :
input  rétine  produit une vision de l’extérieur = ce qu’on croit, mais ce qu’on voit dépend
de notre organisme, de son organisation, il y a d’autres fibres que celles de la rétine dans le
cerveau, il y a donc des interactions internes qui sont plus importantes que le résultat de l’output
externe).
P.ex. : l’homéostasie : égalité de température

Il y a 2 modèles épistémologiques




         Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                       4/23
         2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
        1. Countage par input : ce qui vient de l’extérieur est déterminant pour l’état, le
           fonctionnement du système. On oublie les interactions internes qui correspondent à la
           régulation.
        2. Countage par clôture : perturbation sur le système mais la nature de la transformation
           du système est différente de la perturbation. Le système est fermé sur lui-même, il
           essaye de se maintenir malgré la perturbation.

        P.ex. : le système familial : la cohérence interne résiste à toute forme de perturbation, tous
        les éléments se maintiennent pour l’homéostasie, on maintient sont comportement malgré
        les perturbations (tenir compte de la nature de la perturbation) mais la détermination
        interne est la plus importante.

Dupuy : « Ordre et désordre » : problème des représentations qui se réalisent. La réalité se
conforme aux représentations, on doit alors s’intéresser aux comportements de l’intérieur. P.ex.,
Merton a observé les noirs rejetés par les syndicats blancs, ils ont été considérés comme des
briseurs de grève : le sont-ils parce qu’ils ont été rejetés ou le contraire ?
                                                                                       Noirs
Représentations (les blancs                               Réalité (se conforme aux
pensent que les noirs ont un                              représentations)
mauvais comportement ouvrier)



                                        Actions (se comportent
                                        comme tel)

Ils finissent pas agir comme les blancs se le représentaient, alors qu’ils étaient neutres au départ.
Le système est bouclé, en autonomie. Les gens qui subissent les représentations sont entraînés, se
modèlent à agir pour corroborer ces représentations. (ex. : famille, formation des prix : les gens se
font des représentations des prix, p.ex. le coût de la vie va augmenter, donc ils achètent plus, et le
prix augmente, donc ils réalisent la hausse des prix). Pour Girard, la mimésis est ce qui gouverne
les interactions sociales, les comportements sont réciproques (fait qu’ils s’imitent)

Sujet A  Sujet B (par l’imitation : volonté d’acquérir les mêmes objets)

Girard illustre sa théorie par une analyse du « Rouge et Noir » de Stendhal :
Les Valnod sont des bourgeois et ont de l’argent. Les De Rénal sont des nobles désargentés.
Julien Sorel est modeste, et désiré par les 2 familles pour être le précepteur. De Rénal a voulu
Sorel, et si les Valenod pensent que De Rénal vise Sorel, ils vont penser que Sorel a de la valeur.
Il apparaît comme ayant des grandes qualités de précepteur, parce qu’il est l’objet d’un désir
mutuel. Il ne tire pas sa valeur de lui-même.
La valeur d’un objet dépend de ce que les autres pensent que les autres ont comme
représentation. Les gens activent mutuellement leurs représentations et leurs désirs.
P.ex. : l’existence du marché dans les sociétés capitalistes et industrielles : c’est un endroit où on
consomme ce qu’on n’a pas produit et où on vend ce qu’on a produit : on a un sentiment
d’indépendance, et on oublie la collectivité. On pense que chacun est indépendant des autres,
c’est voulu par la structure du marché économique.
P.ex. : façon dont la presse raconte des évènements :

Evènements  Médias, presse
                   

          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                      5/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
                Représentations

Si on considère le couplage par input, on considère que les représentations que la presse donne
des événements est la réalité, ce qui pose la question de l’objectivité, qui est un problème central.
Si on considère le couplage par clôture, on rend compte des perturbations parce que la presse est
un système qui produit des représentations, mais ils sont plus le produit du système médiatique
que des événements. Donc, les représentations posent la question de savoir comment la presse
construit qqch à partir des événements, il dont une sélection (mise en saillance de certaines
choses, élimination) et mise en récit.
La réalité se conforme aux représentations qu’en donnent les médias.
P.ex. : apprentissage informel : cad hors de l’école, dans des expositions, et le résultat de ces
communications scientifiques peuvent entraîner 2 attitudes : soit un couplage par input (expo =
input), le contenu de la science est donné à voir :

Contenus                                          Visiteurs (voir si le contenu entre dans la
Scientifiques                                                      tête des visiteurs)

Soit un couplage par clôture, qui est le fait que les visiteurs ont une structure cognitive préalable,
un système cohérent de représentations préalables, et ils vont traiter l’information. Il faut voir
comment ils la traitent, et comment le contenu scientifique va modifier les structures préalables.




2. Niveau microscopique : l’interaction sociale
Bateson est un anthropologue de la première cybernétique, et a transmis ses concepts dans le
domaine des interactions sociales.
Le feedback était utilisé pour la régulation des machines naturelles et artificielles. L’information
explique les comportements, les fonctionnements. Il y a une idée de circularité. Ce qui compte
dans une interaction sociale, ce n’est pas une relation de cause à effet mais c’est la question du
sens. P.ex., si on donne un coup de pied à un caillou, on utilise une quantité d’énergie, la pierre se
déplace, et le déplacement correspond à l’énergie utilisée ; on pense donc en relation de cause à
effet. Si on donne un coup de pied à un chien, il peut s’enfuir ou se retourner. Ce qui explique sa
réaction, ce n’est pas la quantité d’énergie mais le sens que l’animal donne au coup de pied (s’il le
ressent comme une agression, ou comme étant mérité). Le sens d’un comportement dépend des
correspondances, des expériences, d’opposition, des mises en rapport. On ne sait pas quand les
mises en rapport s’arrêtent.
P.ex., dans « mot », le o est un phonème mis en rapport par rapport à d’autres phonèmes, puis le
mot dans une phrase, puis la phrase dans un contexte, ou la phrase par rapport à d’autres phrases
entendues, plus la relation entre ceux qui parlent.
Le sens dépend d’une multiplicité de contextes. Il y a une circularité dans les interactions sociales.

Cptmt A                                 Cptmt B
Sens                                    Sens

Il est impossible de dire qu’un comportement a causé un autre comportements. Il peut y avoir
d’autres causes, et l’effet de circularité entre les comportements. Comment peut évoluer une
relation circulaire ? Elle peut prendre 2 formes :
- schismogenèse symétrique

          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                     6/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
-   schismogenèse complémentaire

Dans une schismogenèse symétrique, le premier terme signifie que la concurrence risque de créer
des séparations. A et B ont une relation d’égalité et de rivalité.
Dans une interaction complémentaire, les comportements sont différents (ne sont plus égaux)
entre les éléments en interaction. P.ex., classes, castes. Dans le dynamisme, il y a quelque chose de
conflictuel. La schismogenèse n’est plus utilisée comme terme, on parle maintenant d’interactions
symétriques et complémentaires.
Watzlawick donne des exemples d’interactions :
 Symétrique : égalité, comportements en miroir, modèle (idée de la mimésis qui entraîne la
    concurrence), l’escalade (p.ex. : les vantards).
 Complémentaire : différence, le comportement complète celui de l’autre (« gestalt », se
    fonde sur une maximisation de la différence). Il y a deux positions possibles : une supérieure,
    haute, ou première, et une position inférieure, basse, ou seconde. Ce n’est pas synonyme de
    bon, fort ou mauvais, il faut voir le contexte socio-culturel. Deux comportements différents
    s’appellent réciproquement. Cela peut être domination/soumission, mais pas forcément.

Le problème est que Watzlawick établit une séparation nette entre les 2 types d’interactions,
c’est soit l’une soit l’autre, alors qu’une relation peut se transformer en une autre. On peut
ramener les choses à un seul facteur.
Les points communs : le miroir permet une identification réciproque, chacun fait comme l’autre,
ce qui entraîne une escalade (symétrie, mimétisme). Dans la complémentarité, il y a quelque chose
qui relève de l’identification réciproque, mais les comportements sont différents. C’est une
relation mimétique dans un ensemble social, chaque acte de communication différencié
fonctionne en tenant compte de tous les autres actes de communication, qui sont cohérents entre
eux (Bateson).

Il a écrit un article (« Le moral des nations et le comportement national ») qui donne du poids à
l’idée qu’il existe des caractères nationaux. Or, tous les gens sont différents mais forment une
unité nationale. Quelque soient les différences dans un milieu social, ces différences se
déterminent l’une l’autre. P.ex. la domination chez l’homme entraîne une certaine soumission
chez les femmes, qui entraîne l’exhibition, puis le voyeurisme. Malgré les différences, il y a une
unité entre les comportements.
Si on voit de la domination chez quelque’un (en face d’une soumission), il faut savoir que des
graines de l’autre moitié ont été semées chez lui, donc, chez le dominant, il y a un peu de soumis
quelque part. Les 2 pôles existent chez tous les individus, cela dépend du contexte.
Il y a également un phénomène de projection : le soumis se projette dans le dominant, il voudrait
être comme lui et adopte son comportement dans certaines circonstances.

CCL : à travers les différences, dans les interactions complémentaires, on peut trouver une
relation de similitude, il y a une identification réciproque, chacun se projette dans l’autre : c’est à
la source du mimétisme. Les 2 types d’interaction peuvent trouver leur fondement dans un seul
principe, la mimésis (comme identification dans les 2 types d’interaction, projection, empathie).
On est en rapport mimétique, par l’imitation.

R. Girard a écrit « Violence et le sacré », « Des choses cachées depuis la fondation du
monde »(psychologie interindividuelle), « Le bouc émissaire ».
Il est imprégné des idées de Bateson (double contrainte, symétrie, Palo Alto).
Dupuy et Demouchel : « L’enfer des choses »
Dupuy : « Ordre et désordre », qui est inspiré de Girard.


          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                       7/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
-   La mimésis :
                        Objet du désir




                Sujet                            Sujet/Modèle

L’imitation (pas l’identification, le tendance à faire ce qu’on voit autrui faire) est très présente
chez l’humain. L’objet du désir n’est pas l’objet du besoin. Le sujet A désire un objet parce qu’il
voit que B le veut, donc l’objet prend de la valeur, et cela entraîne un rapport de concurrence
entre les sujets. C’est là le drame humain : parce qu’on s’imite, on est en concurrence, ce qui
entraîne de la violence.
Le désir dérive facilement de l’objet à celui qui le possède, qui va devenir un modèle. Le modèle
semble avoir une autosuffisance, tandis que celui qui ne l’a pas a un manque, une insuffisance.
Il y a une circularité entre les 2 sujets, un comportement en miroir car chacun s’imite. La
circularité ne prend du sens que s’il y a un rapport mimétique.
Dans la double contrainte, le sujet est piégé parce qu’il prend un autre comme modèle, mais le
modèle est en même temps un obstacle, et ce de + en +.
C’est un concept qui vient de Bateson, il s’est rendu compte des pièges dans lequel sont pris les
enfants qui ont un comportement schizophrénique.
P.ex. : « Sois spontané » : injonctions paradoxales, ils ne peuvent pas s’en sortir.

Chez Girard, la double contrainte appartient à une situation fondamentale, et n’est pas propre
aux schizophrènes. L’obstacle a de plus en plus de prestige, et donc devient de plus en plus un
modèle ( = médiateur du désir)


                        O (n’importe quoi qui est regardé par 2 individus)




                S               Modèle (autosuffisance)
                Imitation
                Violence

Ils peuvent se prendre mutuellement comme modèles. Le miroir est une mimésis acquisitive ; qui
manifeste un désir d’acquisition. La mimésis est à la base de la formation de toutes les cultures.
Cette relation sociale est à l'origine de crises (l'origine d’une formation sociale est une grande
crise). Une des façons de sortir de la crise est d’utiliser le mécanisme de la victime émissaire : dans
la société, tous les individus sont montés les uns comme les autres. Un individu est considéré
comme à l’origine de la crise, choisi de manière arbitraire, les gens ont besoin de trouver un
responsable à la crise. Souvent, on choisi quelqu’un qui n’est pas tout à fait comme les autres. La
victime émissaire n’est pas responsable, c’est la violence mimétique qui ressort. Quand on a
trouvé un responsable, il y a un phénomène de contagion immédiat. Chacun trouve chez l’autre
une confirmation de ce qu’il pense. Il y a un rejet de la victime, comme un sacrifice (origine des
cultures). Puis la paix revient, la violence a été purgée. La victime risque alors d’être sacralisée, par
ce qu’en la sacrifiant, elle est sacralisée comme une divinité. Le social a une autonomie par
rapport aux hommes, l’homme est confronté à des règles sociales par rapport au sacré, il paraît
indépendant.

          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                       8/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
Les choses s’imposent aux hommes sans se rendre compte que c’est une construction à eux.
Donc ils vivent et tout le monde est référé à quelque chose qui le dépasse (sacré, etc) sans dire
que ça vient de lui.
Il y a :
 Mythes (religion)
 Rites (répétition du mécanisme pour empêcher le retour d’une grande crise sociale)
 Interdits : ils reflètent la vis sociale, c’est fait pour que les hommes ne soient pas trop
     concurrents entre eux, ils règlent l’appartenance des objets dans leur catégorie pour faire
     baisser la concurrence.

A partir de ce schéma, on peut déduire toutes les formes d’interactions. Aucune figure n’apporte
de solution. Les grandes figures mimétiques ont un enchaînement historique. Certains systèmes
de relation sont dominants par rapport à d’autres.

1. Médiation externe
Epoque des grandes stratifications sociales, il y a des grosses différences sociales dues aux
interdits.
Entre le sujet et le modèle, le sujet devient disciple, et le modèle devient le maître. Ce dernier a
une position haute culturellement et possède l’objet. L’autre a une position basse, se satisfait de sa
position mais vénère le maître, et peut acquérir une compétence auprès du modèle. Le maître
rejette le disciple, et établit une relation concurrentielle, donc l’autre ne comprend pas, continue à
le vénérer, de plus en plus. Cela apparaît dans une société très hiérarchisée, les gens en position
basse imitent les gens en position haute. Maintenant, après l’évolution historique, les sociétés sont
moins hiérarchiques, on a des idéaux égalitaires, et le romantisme a contribué à ce que les
sociétés soient moins rigides.

2. Médiation interne
Le médiateur du désir n’est pas nécessairement en position haute. Quand les hommes sont plus
égaux, on ne peut pas dire que le sujet vénère le modèle, il le considère plutôt comme un gêneur,
le dénigre, mais il pense que le modèle a une certaine autosuffisance. Il envie le gêneur qui a le
pouvoir de posséder l’objet. Il subit un rejet, donc son envie va être d’autant plus forte. Le sujet
choisit le modèle plutôt que lui-même, il dit partout que c’est un gêneur, or il le rejette, donc il
ressent plus de désir. Les hommes sont plus égaux, donc ils se considèrent plus comme rivaux. Le
phénomène est plus fort parce qu’il n’est plus canalisé par des interdictions sociales. Quand les
hommes n’ont plus d’appui dans une transcendance extérieure, c’est l’autre qu’il regarde, moins il
se réfère à la transcendance, plus il regarde autrui, plus ils deviennent rivaux.
Le romantisme engendre une modification du lien social dans le sens d’une médiation interne ou
est-ce le lien social qui évolue vers la modification des idéaux qui engendre le romantisme ?

3. Médiation double
Il s’agit de l’aboutissement de la relation égalitaire. Les hommes s’épient (v. relation entre les 2
grandes familles dans « Le rouge et le noir »). Pour chaque sujet, l’autre est modèle, on ne fait plus
de distinction entre les 2. L’objet du désir est une création de l’interaction, n’a pas de valeur
attractive en soi. La valeur des objets vient du désir concurrent des individus.

4. Mimétisme négatif
C’est l’évolution historique : les hommes sont fatigués de la concurrence de s’épier, ils décident
de ne plus être comme l’autre. Le modèle devient un anti-modèle. Le sujet se différencie du
modèle plutôt que de l’envier, il perd sa transcendance, c’est la différenciation, l’anti -mimétisme.
Est-ce une solution pour le lien social ? Pour se démarquer, il faut observer autrui, donc il reste


          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                     9/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
un modèle et le sujet reste soumis. C’est un individualisme d’opposition, donc ils veulent tous de
plus en plus se démarquer. Il y a donc quand même une concurrence.

5. Stratégie narcissique
Le sujet se prend pour modèle lui-même, on se réfère à soi pour ne pas prendre autrui comme
modèle. Pour être indifférent par rapport à autrui, il faut quand même avoir un rapport à autrui et
marquer son indifférence par rapport à lui. Il y a donc une grande dépendance sociale.
Freud parle du narcissisme comme étant la forme primitive du désir, on se centre sur soi, on se
prend d’abord comme modèle.
Pour Girard, le rapport narcissique n’est pas primitif, c’est le lien à autrui, l’imitation qui est
primitive. Ici, les gens se referment sur eux-mêmes, donc ils jouent l’indifférence par rapport à
autrui, donc ils sont de toute façon dépendants. On essaie toujours d’attirer le regard d’autrui
pour devenir l’objet du désir. Le sujet qui se prend comme modèle fascine autrui, donc cela le
rassure sur son autosuffisance, ce qui entraîne la dépendance du sujet par rapport à autrui, ce qui
le conforte dans sa satisfaction.

 Influence externes
Il y a des structures sociales qui confirment le lien social. Le marché économique donne une
illusion d’autonomie et est indépendant du lien social (narcissisme).

       Le sujet qui se prend comme modèle et attire le regard d’autrui devient objet du désir,
        mais perd de la valeur, puisqu’il n’y a plus de concurrence.

6. Masochisme
= solution. L’objet n’a de valeur que s’il est éloigné, ici, il atteint son but. Le but du sujet est donc
de trouver un nouveau modèle, mais inaccessible. Cela nous ramène au point de départ, et
correspond à une évolution historique. La perte de transcendance mène au mimétisme négatif,
puis ç la stratégie narcissique, puis au masochisme. C’est l’histoire du capitalisme, du 20 ième siècle.
Les grandes poussées fascistes manifestent le désir des individus à se référer à de nouvelles
transcendances.

- Critiques du modèle de Girard
1. Il ne voit qu’une partie de la réalité.
L’imitation est le lien fondamental, mais la violence n’est pas le seul corrélat possible, il peut y
avoir autre chose que la concurrence. Il existe peut-être des situations qui lient les hommes (p.ex.
un enfant s’identifie à son père, il y a un lien mais pas que de la violence, Girard n’en voit qu’une
partie dans la relation. Le mimétisme peut créer des liens positifs. C’est un modèle pessimiste,
c’est une menace pour la démocratie.

2. Quelque soit la forme du lien social, il est toujours contradictoire et paradoxal. On atteint un
   surcroît de réflexivité avec la stratégie narcissique et le mimétisme négatif. L’évolution est
   psychique et sociale, il y a une possibilité de lien social malgré la rivalité.

3. Il ne parle pas des relations complémentaires de Bateson, il n’y a que la symétrie : il n’y a
   donc pas de coopération possible, les hommes ne sont jamais liés par des rapports positifs.

4. Pour Girard, toutes les figures sont équivalentes, ce qui n’est pas normal puisque les capacités
   en ce qui concerne la coopération sociale augmentent, le psychisme s’est complexifié, et les
   êtres humains arrivent à s’entendre.



          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                      10/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
- Moscovici : « L’âge des foules »
Il est critique et propose une alternative par rapport aux modèles de Girard. Pour lui, il existe une
situation où la mimésis réduit l’hostilité.
P.ex., dans une situation où les sujets sont rivaux (2 enfants), on s’identifie au rival, il prend parti
pour son petit frère, il communie avec lui pour qu’ils gardent tous les 2 l’amo ur des parents. Les
enfants s’imitent, dépassent la réalité avec un plaisir d’imitation, une jouissance imitative. Dans un
groupe de fans, on partage le même sentiment positif pour une vedette.
Dans un mouvement de foule, les hommes ont besoin de dépasser les différences sociales, et se
retrouvent chacun comme les autres : il y a un désir mimétique d’identification.
Le terme d’identification est plus ambivalent : il peut y avoir une rivalité ou de la tendresse.

-        Mimésis : elle correspond à l’expérience vécue de notre rapport à autrui : la
compréhension d’autrui nécessite une capacité à saisir le comportement d’autrui, à reprendre ses
geste, c’est la fusion.
Le corps d’un sujet est capable de reprendre intérieurement les gestes d’autrui. P.ex. la dimension
posturale, motrice, on a des groupes musculaires capables de calquer les mouvements d’un autre.
Il y a aussi une dimension affective : en entrant en résonance avec le corps d’autrui, on peut
ressentir ses affects, sa façon de penser, son style de vie.

- La mimésis primitive
C’est un phénomène primordial chez les enfants. Le rapport social est un rapport
d’indifférenciation, ils se calquent les uns sur les autres, il y a au départ une non -distinction entre
soi et les autres. C’est une sociabilité syncrétique, un mimétisme affectif. L’imitation ne peut que
suivre l’imprégnation posturale.
Dans l’indifférenciation peuvent surgir des comportements différents (= interactions
complémentaires chez Bateson), chez les enfants également.
P.ex., dans un couple contemplation/parade, ils sont indifférenciés l’un dans l’autre mais leurs
comportements sont différents. Le contemplatif admire l’acte qu’il fait, tout se passe comme si
l’acte n’appartenait plus à personne dans la complémentarité, ils sont également captivés,
confondus entre eux, mais avec une différenciation des conduites.
La mimésis est une forme de résonance : notre corps a tout ce qu’il faut pour calquer les gestes
d’un autre et aussi au niveau émotionnel (mimétisme affectif). C’est le rapport social primitif, la
différenciation peut apparaître.

- Le lien social primitif est paradoxal.
Un énoncé se contredit lui-même (schizophrénie). P.ex., « Je suis un menteur », or il ment, donc
ce n’est pas un menteur. Il y a deux niveaux, et une confusion des niveaux : ici, on est à un
métaniveau (je suis un menteur, comme si c’était extérieur à lui) mais il reste en même temps au
premier niveau (pas totalement extérieur).
P.ex. « Je renonce à Dieu, au nom de Dieu » : un énoncé le contredit mais se trouve a même plan,
au même niveau : il quitte sa croyance et est toujours dans sa croyance. Il y a donc une confusion
de niveau (type d’énoncé paradoxal). Le paradoxe se trouve fondamentalement dans le lien social
primitif : quand on prend un modèle, il devient un obstacle mais on l’imite de plus en plus, ce qui
constitue le paradoxe. La confusion (= unité) entre sujets et en même temps la différenciation
(dualité) se fait : le contempleur essaie de faire comme le paradeur : l’imitation prouve qu’il y avait
une dualité.
C’est un rapport réciproque : celui qui intègre est à un métaniveau, mais il est aussi au premier
niveau car il peut être incorporé par l’autre. On surmonte la distance tout en reconnaissant qu’il y
en a une, on sait qu’on est séparés : il y a des aspects corrélatifs et contraires.



          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                      11/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
Si l’être humain est mimétique , comment peut-on avoir une identité, un moi ? C’est une capacité
humaine que de résonner avec un autre (autoréférence). Il y a un rapport entre mimésis et
autoréférence : il y a une clôture sur soi, l’être humain se crée des limites. La conscience humaine
en est un exemple, ainsi que la subjectivité, il y a un bouclage sur soi, une autoréférence, qui
s’oppose à la mimésis (ouverture). C’est parce qu’il y a mimésis qu’il y a autoréférence. Pour avoir
un rapport à soi, le « je » doit se référer dans quelque chose (d’extérieur à lui-même, phénomène
de mimésis, pour se faire une idée de lui-même), il se réfère à l’idée qu’il a de lui-même : il existe
une altérité dans le soi. Le « je » se constitue à travers une altérité.

L’identité sociale se constitue par le fait que tous les individus s’identifient à quelque chose qui
les représente tous. C’est la mimésis (lien identificatoire à quelque chose d’extérieur) qui permet la
constitution de l’identité (paradoxe).
Le désir a deux formes :
- désir selon l’autre : on imite l’autre parce qu’on veut les mêmes objets, la mimésis engendre le
     désir
- plaisir mimétique : pour Moscovici, on veut être l’un dans l’autre. C’est lui la mimésis qui est
     l’objet du désir.
Le désir engendre aussi la rivalité. Le désir mimétique est un désir de fusion, d’unité, de cohésion,
mais il y a toujours une limite à la fusion, donc une possibilité d’hositilité. Les états fusionnels
créent du plaisir, mais la séparation qui existe quand même va se manifester.
Chacun veut coller à son moi, et que l’autre le reconnaisse : mais l’autre ne le reconnaît jamais
tout à fait. Soit on est reconnus et on éprouve du plaisir, ou pas, et on a de l’hostilité. Il y a
toujours une séparation, on ne peut pas penser que l’autre nous voit comme nous nous voyons
nous-mêmes. L’hostilité peut se retourner contre soi (se dénigrer, etc…).
La mimésis est une source de plaisir, mais elle va toujours de pair avec des séparations possibles
(peut être l’exclusion d’autrui).
L’unité d’un groupe implique toujours un rejet. La cohésion se nourrit de l’opposition à d’autres.
C’est un phénomène d’inclusion/exclusion. On recherche la cohésion, les communautés
humaines ont besoin, pour se constituer, de faire la guerre à d’autres groupes h umains. La notion
de territoire signifie « investit pas une communauté », ils se constituent des limites (toujours dans
les relations sociales), et pour cela, il faut exclure ce qui est en-dehors des limites, donc on exclut
les groupes autres. L’existence de l’autre est posée dans l’acte qui l’exclut.
Clastres constate que chaque communauté veut constituer un NOUS, une totalité, un ensemble
autonome et homogène (unité). L’autre sert de miroir pour constituer le nous. L’autre nous
renvoie l’image de l’unité. La communauté se pense comme différente et veut être 1, la défense
de l’intégrité de son territoire se fait face aux autres.
Cela correspond à un refus d’identification (pour nous, le refus de s’identifier à des groupes
étrangers). Il y a une forte identification à l’intérieur du nous.
Les limites sont arbitraires, il y a une inclusion à l’intérieur et une exclusion à l’extérieur. Le but
est toujours de maximiser la cohésion mimétique, le partage des idées, autant que possible.

Rappel :
2 perspectives de la mimésis :
1. Girard : plus le sujet imite le modèle, plus celui-ci est hostile, et plus le sujet l’imite
2. Moscovici : Ici, les sujet cherchent à fusionner, à être l’un dans l’autre. Dans toute relation
    sociale, il y a un phénomène mimétique. L’Ego cherche une relation d’identification,
    l’indifférenciation, par le biais du plaisir mimétique. S’ils sont indifférenciés, c’est que l’un
    s’identifie à l’autre.

La mimésis consiste en une fusion corporelle. Ce qui est paradoxal, c’est qu’il y a deux aspects
antagonistes : la fusion et la séparation. Chacun sent qu’il est distinct de l’autre. Celui qui

          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                     12/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
s’identifie à l’autre sent qu’il n’est pas l’autre. Il y a donc séparation. Il y a unité et dualité. Chaque
individu est capable de surmonter la distance, mais en même temps il la sent.
Le désir mimétique signifie fusionner, constituer une unité contre une dualité. Chacun participe à
un tout où les différences s’estompent.
C’est parce qu’on a un rapport mimétique avec l’autre qu’on peut se constituer un « moi ». Le moi
procède de l’identification. Il n’y a pas d’autonomie si il n’y a pas de mimésis. Un autre aspect du
désir mimétique est la cohésion de soi-même. Ce désir de cohésion peut engendrer des
contradictions. Le désir de fusionner ne peut jamais être satisfait. Autrui ne reconnaît jamais
l’image qu’on veut que autre aie de nous, d’où une hostilité envers autrui. Pour affirmer son
identité, on a besoin de quelqu’un contre qui on peut s’élever.

- Logique d’inclusion/exclusion (Clastres)
C’est cette logique qui régit les rapports sociaux. Le problème est celui de la guerre, comment
l’expliquer ? On n’a pas besoin de se battre pour manger, il n’y a pas de pénurie, donc on a un
instinct violent.
Clastres donne une explication sociologique. Dans toute société, il existe des limites entre soi et
les autres clans. C’est une limite qui marque l’exclusivité dans l’usage d’un territoire. Cela va de
pair avec l’exclusion. C’est contre les autres communautés que le groupe se constitue. Le nous se
constitue comme une totalité UNE. C’est un ensemble autonomie, qui n’a pas besoin des autres.
Pour Clastres, « une » renvoie à l’homogénéité.
Dans les sociétés primitives, il y a un chef, mais qui n’a pas le pouvoir. Il l’a mais seulement
quand il y a la guerre. On voit l’égalité à travers ces communautés. On participe tous à un même
ensemble.
L’exclusion de l’autre est comme un refus d’identification car sinon, il n’y aurait plus de
communautés. Le bon rapport avec tout le monde fait perdre son identité.
Le refus d’identification à ce qu’on constitue comme autre est le corrélat d’une forte identification
dans le nous.

Nous (forte identification)      refus (exclusion)                Autre

-   Pourquoi le désir d’identification s’arrête à un moment et l’autre est considéré comme
    étranger ?
La guerre existe pour constituer l’autre comme un ennemi. On réalise l’identification réciproque
jusqu’au point où elle est possible. Quand ce n’est plus possible, l’autre devient étranger. On
cherche toujours dans un groupe à maximaliser le partage. C’est une séparation, une tension dure
qui réaffirme l’unité contre l’autre étranger.
La limite montre l’inégalité. Il y a une hiérarchie qui s’installe.
Ce qui est paradoxal, c’est que l’autre qu’on constitue comme étranger, on en a besoin pour se
constituer nous. C’est une collaboration négative. Chacun agit de la même façon.
Les limites que les hommes mettent entre eux sont arbitraires. Ces limites ont tendance à se
réaliser. On se crée des valeurs différentes de celles d’autrui et celles-ci se réalisent. P.ex. un
wallons se comporte différemment d’un flamand. Les hommes s’inventent des différences et on
durcit les oppositions.
Tous les hommes ont tendance à créer des limites , cela n’existe pas que dans les sociétés
primitives. Les hommes cherchent toujours à maximiser le nous. Pour créer cela, ils ont besoin de
« l’autre contre qui ».
La guerre est donc nécessaire pour se constituer comme nous.
En ce qui concerne les limites, Girard s’oppose à Clastres. Pour Girard, l’hostilité naît de
l’imitation, tandis que pour Clastres, les homes cherchent à maximiser le nous mais ces limites
génèrent la violence.


          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                       13/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
-  Interactions symétriques/complémentaires
Girard :
-   médiation externe                                           imitation positive
-   médiation interne (toujours S qui copie le modèle)
-   médiation double (pur miroir)
-   mimétisme négatif (S se différencie de M)
-   stratégie narcissique(S se prend comme référence)           imitation négative
-   masochisme

Il y a un phénomène d’inclusion de l’autre à soi pour les 3 premières médiations. Chaque fois on
assimile l’autre à son point de vue. Dans les relations sociales, on essaie de convaincre ou de se
faire admirer par autrui. Chacun veut être le centre.
Quand on arrive pas à inclure autrui, alors on joue la différence. L’unité se fait par l’exclusion
d’autrui. Dans l’individualisme, je fais un avec moi.
Pour Girard, il n’y a pas de progression possible dans les rapports sociaux, mais ici il y a l’amour
d’une certaine progression. Je ne suis pas seulement rivé sur autrui, il y a une certaine réflexivité
(capacité de réflexion sur soi).
Girard de parle pas de complémentarité car pour lui, il ne peut y avoir que des conduites
identiques.

Interactions complémentaires : quand à l’intérieur d’une dyade, il y a un élément d’interaction qui
manifeste une auto-suffisance. L’autre peut participer par procuration, l’autre va le contempler
et y participer.
Au niveau des adultes, ça explique qu’il y a des groupes avec à l’intérieur un individu qui
manifeste de l’auto-sufisance.

-  La foule
Freud : il décrit le meneur comme ayant des caractéristiques d’auto-suffisance
Lebon : le meneur doit bannir l’incertitude, montrer de la conviction, de l’auto -suffisance pour
susciter l’admiration des autres.
Tarde : attention au mimétisme. La foule d’imitateurs est somnambule. L’imitateur montre une
fois imperturbable.

- Freud
Le meneur est l’idéal du Moi qui est le substitut d’un auto-suffisance perdue. Tout le monde
s’identifie à lui. Le chef est plein d’assurance et indépendant. Si l’individu est en cohésion avec
lui-même, les individus vont vouloir avoir cette cohésion, et donc l’imiter, ils vont le prendre
comme modèle. La cohésion est recherchée.

Pour la médiation externe, il y a un individu qui veut prendre la place du maître. C’est le moment
où à l’intérieur de l’interaction symétrique, il y a une interaction complémentaire.
P.ex. quand celui qui contemple veut le hochet. Le disciple est jaloux du maître. On a beau faire
un, on est toujours 2. Ici, il n’est pas question de jalousie.

- Décentration
C’est le moment où les individus se séparent car il est impossible de réaliser une centration sur
quelqu’un. C’est le désir mimétique : on cherche quand même à avoir une cohésion. On va
essayer de retrouver une unité.
1. Décentration de l’un par rapport à l’autre
2. Passage à un méta-niveau


          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                    14/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
A un certain moment, ils sont immergés dans une situation, une relation à 2.
Ils passent à un jeu où chacun reproduit ce qui s’est passé avant. P.ex., je frappe et on me
refrappe.
Je passe à un méta-niveau, et pour cela il faut qu’il y ait décentration. Je peux me mettre dans la
peau de l’autre et faire ce qu’il fait, je comprends les 2 conduites, comme ça on dépasse les
différences.

- Piaget
Le développement cognitif dépend de nos processus de décentration. « C’est uniquement le choc
de notre pensée avec celle des autres qui fait qu’on doit prouver, convaincre »
Le motif du développement cognitif c’est le besoin de développer des idées (désir mimétique).
Les individus qui parlent ont besoin d’exprimer les idées et de convaincre. On comprend la
différence de points de vue. La décentration, c’est la capacité de A à adopter le point de vue
d’autrui, et dépasser les différences. Il faut prendre distance des 2 points de vue et les confronter.
Piaget ne parle pas seulement de développement cognitif mais aussi social, moral. P.ex., l’enfant o
un point de vue hétéronome (quand papa a dit ça, c’est comme ça). Ou avant de jouer, on se redit
les règles, chacun doit pouvoir se décentrer d’autrui et donc tenir compte des différences de
points de vue pour avoir une règle commune. C’est le point de vue autonome.
- Mindish : étude du point de vue ethnocentrique. Il remarque 2 habitudes.
1. Pensée sociale égocentrique
2. Pensée sociale décentrée

La pensée sociale égocentrique : tout ce qui est autre du point de vue propre est déviant,
indissociation entre l’argument et les préjugés.
La pensée sociale décentrée est socio-cognitive.
Il faut situer ses idées par rapport à d’autres idées possibles. On fait une dissociation entre
argument et préjugés. C’est un travail langagier poussé avec effort cognitif.
Il y a plusieurs attitudes quand on est confrontés au changement.
- La plus facile : rejet
- La plus civilisée : on tolère mais on y pense pas
- Phénomène de décentration : avec une capacité cognitive. Chaque individu à l’intérieur du
     groupe se décentre et compare les points de vue pour voir quelque chose qui les intègre.




         Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                    15/23
         2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
Le développement cognitif de l’enfant dépend de la décentration. Pour le raisonnement il a
besoin d’intériorisation, c’est-à-dire le pouvoir d’assimiler le point de vue es autres. C’est le même
processus pour le développement moral, d’une morale hétéronome (= qui vient de quelqu’un
d’autre) à une morale autonome (faire un ensemble de normes que chacun va respecter. Soit on
régresse, on apprend à exclure autrui, sur le modèle autoritaire, ou on progresse en développant
sa capacité de décentration. Il peut y avoir des relations sociales intermédiaires, ou tout en même
temps avec une dominante.

1. Rapport entre mimésis et auto-organisation
La mimésis s’accorde bien avec les principe d’ordre par fluctuation, de clôture opérationnelle et
de complexité par le bruit. Dans le cas du principe d’ordre par fluctuation, cela signifie que dans
un système, il existe des fluctuations qui augmentent ou diminuent, et que le changement social
repose sur ces variations. La mimésis explique pourquoi elles peuvent augmenter ou diminuer.
Tout ce qu’il y a autour de la fluctuation essaie de l’empêcher (= tradition), mais c’est aussi par
contagion qu’une fluctuation peut augmenter. On veut voir jusqu’à quel point la tradition résiste.
Le principe de complexité par le bruit suppose qu’il existe des redondances, et que par le
mimétisme, on a une tendance à la variété. Le principe de clôture opérationnelle suppose une
logique identitaire, qui vise à reconstruire une unité.

2. Conception de la communication
Shannon et Weaver : E                  M              R
                                        C

Critiques : c’est un modèle unidirectionnel, transmissif, le message fait le trajet entre E et R.
C’est réducteur car la communication suppose une forme d’intériorisation réciproque : chacun
intériorise l’autre ( = comprendre par intériorisation le raisonnement d’autrui).
La « co-énonciation » consiste à énoncer un énoncé à l’intention d’un autre. On a alors le couple
énonciateur-énonciataire. Le problème est qu’ils font référence à l’unidirectionnalité. On appelle
cela co-énonciation parce que l’énoncé est fait selon ce que l’émetteur comprend de
l’énonciataire, dont il sent les attitudes. Un énoncé tient compte de E et de R. Il y a un minimum
de séparation quand même, car il n’y a pas de communication s’il y a fusion.

Il y a deux dimensions en communication :


          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                   16/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
-   fusion : identification réciproque, spécularité (je vous vois me voir), communication qui ne
    vise qu’à réaliser l’unité (chant, proverbes), pôle de l’unité
-   séparation : on essaie de la surmonter mais elle existe. C’est le pôle de l’unidirectionnalité
    (signal, ordre)

Les phénomènes de centration/décentration se modulent selon la direction d’ajustement :
                                    Monde
                     (performatif)  (constatif) (centration sur le monde)
       (prescriptif) E                M                 R (promissif)




-   Constatif : les mots doivent s’ajuster au monde
-   Performatif : le monde doit s’ajuster aux mots, le but du message est de transformer le
    monde, pas de le décrire.

Il y a deux types d’actes performatifs :
- prescriptifs : E dit à R de faire quelque chose, et il le fait transformer le monde. Donc, dans
     les relations intersubjectifs, il y a un phénomène de centration sur celui qui prescrit, il doit
     avoir le pouvoir de donner un ordre
- promissifs : E promet à R, il s’engage à faire quelque chose pour R, donc il y a centration sur
     le récepteur.

Ce sont les caractéristiques de M qui permettent une décentration ou une centration par rapport à
l’autre (v.p.20)




         Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                    17/23
         2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
3. La cognition
On s’intéresse aux phénomènes cognitifs nécessaires à l’interprétation des messages. C’est une
nouveauté par rapport à Shannon et Weaver pour qui l’interprétation correspond au décodage.
Pour comprendre, il faut interpréter, traiter ce qui est dit.
Les racines de ce courant se trouvent dans la cybernétique.
Il existe plusieurs grands paradigmes :

-   cognitivisme/computationnisme : on conçoit les opérations de l’esprit sur le modèle de
    l’ordinateur.
    Ses origines sont multiples :
    1. Cybernétique : un des grands articles fondateurs de Mc Cullogh et Pitts traite du calcul
    immanent dans l’activité nerveuse. On imagine qu’il y a des cablages dans le cerveau pour
    résoudre les opérations logiques. On peut comprendre les raisonnements logiques en étudiant
    les circuits de neurones. L’homme est logique parce que son cerveau est câblé comme tel.

    2. Naissance de l’ordinateur : on calcule à partir des symboles stockés dans le cerveau.

    3. Développement de la logique formelle : la logique consiste en une syntaxe entre symboles
    pouvant être considérés indépendamment de leur signification. Le cerveau est une machine à
    traiter de l’information, et il les traite à partir des représentations symboliques.

    Le cognitivisme a eu une influence sur la linguistique et la psychologie. A ce moment, la
    conception qui prévalait était le behaviorisme, avec des input, des output, et au milieu, la
    boîte noire. On observait les comportements suite à la soumission à des inputs. On concevait
    la psychologie comme une science objective. Avec le cognitivisme, les représentations
    reprennent de l’importance dans l’explication du comportement.

-   Connexionnisme : >< au cognitivisme classique, plus proche de Pitts : le cerveau est un
    réseau de neurones interconnectés, associés ou capables de s’associer. C’est ainsi que
    fonctionne l’esprit

-   Paradigme expérientialiste (Lakoff) : on conçoit le fonctionnement de l’esprit comme une
    machine. On prône une approche phénoménologique : dans l’expérience vécue, beaucoup de
    choses interviennent dans l’élaboration des significations, comme le corps propre, les notions
    haut/bas, etc. Le corps est u ne des médiations par laquelle on connaît le monde, la culture, la
    langue … qui interviennent dans l’élaboration des connaissances. On prend en compte le
    rapport social, ce qui n’est pas fait par les 2 autres paradigmes.



         Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                   18/23
         2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
-   Ces paradigmes s’opposent mais ont quelques rapports entre eux. Il y a une grande
    opposition entre les paradigmes objectivistes et constructivistes.
     Objectiviste (1 et 2) : la communication est envisagée par les représentations du monde
       dans notre esprit, ce sont des représentations correctes sur le monde extérieur, et l’esprit
       est le miroir du monde extérieur
     Constructiviste : les significations sont construites par nous au moyen du corps, de la
       culture, donc les significations dépendent autant de nous que d’elles en soi
       (représentations que nous pensons qu’elles sont).

    Pour Varela, pour comprendre la cognition, il faut partir d’une relation entre nous et le
    monde, c’est une relation en boucle. Les théories de la communication concernant
    l’interprétation par les sujets communiquants se basent sur ces paradigmes.
    Exemples :
-   Sperber et Wilson : cognitivisme classique et ordinateurs
-   Théorie des schémas : quand on nous dit quelque chose, on applique un schéma pour
    compléter ce qu’il nous a dit, on calcule sur des propositions (connexionnisme)
-   Lakoff et les métaphores : pour comprendre les concepts, on en utilise d’autres qu’on connaît
    mieux (expérientialisme)

1. Le paradigme cognitiviste

On utilise l’image de l’ordinateur : le cognitivisme se veut matérialiste, n’envisage pas l’esprit
comme nous avec des sentiments, etc. L’ordinateur est une machine, avec des interrupteurs
ouverts ou fermés : le courant passe ou non. Dans un ordinateur, les représentations se réduisent
à quelque chose de formel.
C’est un modèle scientifique de la représentation, qui relève purement de la forme, l’ordinateur
opère sur la forme physique sans se préoccuper de la signification, on pense les symboles
indépendamment de leur signification parce ce n’est pas scientifique (affects, émotions, etc..)
On étudie les symboles (010101) et la syntaxe qui règle les opérations entre les symboles.
La logique formelle donne une représentation purement formelle des opérations logiques
possibles.
Prémisses : p  q ; p ; q

La logique formelle s’est développée sans souci de la vérité, ni à ce que représentent p ou q, on
les réduit à des lettres et à une syntaxe. Ce qui est important, c’est la formation des opérations et
les opérations de substitution possibles.
On a évacué tout ce qui représente la signification, cela peut donc être implémenté dans un
ordinateur.
Elle soutient que l’esprit peut fonctionner avec des règles logiques qui sont purement formelles.
L’esprit a des règles et des symboles, c’est donc une conception scientifique de l’esprit. L’activité
cognitive correspond à des procédures de démonstration formelles.




La syntaxe intègre la sémantique.
CCL : ils doivent avoir du sens par rapport au monde, parce que les êtres humains sont adaptés à
leur environnement, mais on ne tient pas compte de la signification dans l’opération,. Donc, tout

          Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                   19/23
          2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
ce qui relève de la signification est intégré aux opérations syntaxiques, en symboles, et les
conclusions doivent être en correspondance avec le monde extérieur.
Dans notre vécu, nous avons des états mentaux (croyances, désirs) qui se succèdent et qui
aboutissent à un acte. Pour le cognitivisme, tous ces états mentaux se réduisent à des propositions
régies par des règles logiques.
Exemple : « Je pense que ma femme a fait des courses » : enchaînement de propositions régies
par des règles. Le rapport entre les représentations et le monde correspond à l’intentionnalité.
Le cognitivisme a inspiré la psychologie cognitive, avec une tendance à concevoir les opérations
de l’esprit comme du calcul propositionnel.

Il existe quelques grandes distinctions en psychologie cognitive :

1. Mémoire à CT                                     Mémoire à LT
C’est l’endroit où sont traitées les                Endroit où sont stockées toutes nos
représentations, c’est la mémoire de travail        connaissances dans notre esprit
Explicite, conscient, ce qui est activé             Implicite, non-conscient
Faible capacité, ne pas penser à plusieurs choses
en même temps, le nombre de choses possibles
à traiter par unité de temps est faible
Constituée par une unité centrale d’exécution
qui opère le raisonnement, et de magasins
annexes où on stocke les choses qui vont être
traitées.

2. Déclaratif                                       Procédural
Proportion de connaissances, représentations        Mode de connaissance qui s’exprime
indépendantes de ses modalités d’utilisation,       implicitement dans des façons de faire, qui
stockées telles quelles                             peuvent venir du déclaratif mais une fois qu’on
                                                    a appris, cela devient procédural. Cela peut être
                                                    des habiletés, et ne pas passer par le déclaratif
Forte influence du cognitivisme sur la
psychologie se marque ici :
3. Représentation propositionnelles                 Représentations imagées
Avant tout, les représentations mentales sont       Elles sont très peu considérées, elles sont
propositionnelles, dans le cadre du                 secondaires. Des expériences en laboratoire ont
cognitivisme, priorité au calcul                    prouvé qu’on a des images mentales ( Kosslyn,
                                                    Paivio qui offre un modèle de double codage :
                                                    on a 2 façons de coder notre expérience du
                                                    monde ; Pylyshyne : les images à la surface de
                                                    notre esprit doivent être codées sous une forme
                                                    symbolique, sous forme de propositions.

Le langage de la pensée est plus simple que le langage linguistique.

 Rappel : le cognitivisme classique concerne le fonctionnement mental. L’esprit se fait des
représentations mentales, symboliques (= propositions, phrases). Il se base sur les choses du
monde, et applique des règles pour tirer des conclusions sur le monde. C’est le langage de la
pensée.
Le plus important sont les représentations propositionnelles dans notre mémoire à court terme.
C’est le langage de la pensée avant le langage qu’on utilise. Cela dépend de la biologie, le langage
de la pensée préexiste au langage, = cognition. Dans l’esprit, il existe un module linguistique qui

         Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                    20/23
         2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
règle les combinaisons entres les catégories grammaticales (Le Ny). Il existe plusieurs modèles de
langages de la pensée, mais souvent il est prédicationnel :arguments (blonde) / accordés à des
prédicats (Louise). Il existe aussi des prédicats à 2 places. ANDERSON a créé un modèle qui a
une conception architecturale de l’esprit. C’est un exemple de fonctionnement de l’esprit. Il se
base sur des études sur l’intelligence artificielle de SIMON et NEWELL, sur la façon dont on
élabore des plans d’action (avec des buts et des sous-buts, en séquence), donc on fait intervenir
des informations sur le monde (= connaissances déclaratives).

SCHEMA




Dans la mémoire de travail, une condition appartenant au monde extérieur apparaît. La condition
est comparée aux conditions dans la mémoire de production (où il existe des séries de
conditions/actions), qui commande l'action (p.ex. : "j'ai le parapluie, je l'ouvre). La mémoire
déclarative comporte les connaissances acquises dont on a besoin dans l'action. Elle peut se
transformer en règles de production qui appartiennent à la mémoire de production. L'esprit a des
magasins où on stocke des propositions qu'on fait revenir dans une unité de traitement.

Critiques :

        Si tout est classé dans des modules, ou des magasins, quand il y a des gros dégâts dans le
         cerveau, on devrait subir des pertes massives. Or, non, il y a un phénomène de
         compensation : on peut perdre le procédural seulement, ou le déclaratif uniquement. La
         compensation fait que les choses se récupèrent, le cerveau fonctionne comme un tout.
        Toutes les opérations sont mises en séquence. Or les actions sont souvent complexes, il
         faut tenir compte de plusieurs choses en même temps, de manière spontanée. On ne
         fonctionne pas séquentiellement.


2. Le paradigme connexionniste



              Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)              21/23
              2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
Le point de repère est le cerveau, qui est considéré comme un ensemble d'unités interconnectées
(ce n'est donc plus le modèle de l'ordinateur). Le connexionnisme peut se comprendre à partir
d'elles. Nous avons des neurones, et quand une unité est activée, elle est en rapport avec un grand
nombre d'autres unités. La cognition est donc distribuée, parce que l'activation circule à travers
les neurones. On reconnaît des mots, des formes. Pour Johnson-Laird, on voit le bon mot
lorsque des lettres sont masquées parce que on établit des liens entre les lettres, et ils se
confirment ou s'infirment, cela se fait simultanément.
Pour Rumelhart, il existe un modèle pour reconnaître le mot malgré que c'est caché. Il y a une
unité pour chaque mot (red, key, see), une unité pour chaque lettre (r, k, t), et une unité pour
chaque partie de lettre (barres, traits obliques, etc..). Quand certaines parties de lettres sont
activées, elles activent d'autres éléments auxquels ils sont connectés et ils en inhibent d'autres. On
cherche donc après parmi les mots, et on voit ce qui reçoit le plus d'activation. C'est un
phénomène circulaire : un élément active en retour les éléments qui l'ont activés. Ce sont des
activités mentales, qui permettent de faire des hypothèses qui dépendent du degré d'activation des
neurones; et qui permettent de comprendre l'action (décomposée en buts et sous-buts). P.ex., on
cherche quelqu'un, on sait qu'il a tels attributs, si on est partisan du cognitivisme classique et du
symbolisme, on va dans notre mémoire où on stocke les gens qu'on connaît à partir des éléments
qu'on sait. Dans le connexionnisme, les attributs en activent d'autres, et on retrouve la personne
parce que des connexions établies se réactivent.

Comment se sont établies ces connexions?
Le point de départ sont des unités inintelligentes interconnectées, puis on apprend. Il existe la
règle de Hebb : quand, dans l'expérience, 2 unités ont été activées en même temps, elles
renforcent leur connexion. Dans l'apprentissage de la langue, on a des listes de mots, un mot
active plusieurs unités en même temps, et opère un renforcement.
Si on a une partie d'un mot, on pose des hypothèses pour reconstruire le tout. On est très vite
capables de reconnaître des ensembles à partir d'éléments ou des hypothèses sur des ensembles
correspondants aux éléments activés. On voit toujours plus que ce qu'on entend, par connexions
préétablies. On explique des choses complexes à partir de choses simple et on en comprend la
cohérence, en supposant des unités inintelligentes mais interconnectées.
C'est une vision systémique.

Chaque paradigme touche une partie de la réalité. Quand on réfléchit, certaines opérations
mentales sont sous forme propositionnelle et séquentielle. Il y a deux niveaux :
- Niveau symbolique : où on traite des propositions, c'est la question du vouloir dire;
                        cognitivisme
- Niveau subsymbolique : opérations cognitives ne se faisant pas en séquence, prise en compte
                        simultanée; connexionnisme
- Rapport entre les 2 niveaux :
     Pour le cognitivisme, Fodor pense que le niveau symbolique reste prépondérant. Les
       propositions sont traitées logiquement. Cela s'implémente dans les neurones, c'est le
       niveau causal de la cognition (= niveau symbolique)
     Varela pense que le niveau prépondérant est le niveau subsymbolique. Le niveau causal
       est constitué de programmes et de règles qu'on a dans l'esprit (pour le comportement).
       Pour Varela, il y a seulement émergence à partir d'interactions multiples qui aboutissent à
       des régularités. C'est le niveau de cohérence. Les interactions se font entre les
       propositions et les règles, le niveau causal est le niveau subsymbolique. C'est toutefois une
       conception réductrice : quel est le rôle de la conscience?
     Johnson-Laird dit qu'il existe différents niveaux de représentations, qu'on ne connaît pas
       explicitement mais on peut voir des récurrences, une certaine régularité. Le niveau
       propositionnel est le niveau conscient explicite, et le niveau subsymbolique est le niveau

         Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                    22/23
         2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be
non-conscient (plusieurs opérations simultanées qu'il est impossible de rendre
conscientes), implicite et non-séquentiel. Ces 2 niveaux sont à mettre en rapport. Il
renonce à l'hypothèse cognitiviste du langage de la pensée qui serait inné. Le niveau
propositionnel devient plus dépendant du langage qu'on a appris, et il y a plus d'influence
de la culture.




 Notes de cours - Théories systémiques de la communication (Meunier)                  23/23
 2005-2006 UCL – Auteur : Inconnu – Visitez http://www.planetdune.be

				
DOCUMENT INFO