Le Soir Lundi 25 Mars 2002
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-Le Soir Lundi 25 Mars 2002- Consommation | Commandos à l'assaut des affiches et des écrans publicitaires Les publiphobes s'affichent Avec la création de R.A.P. (comme Résistance à l'agression publicitaire), le mouvement antipub trouve un écho neuf en Belgique. Portrait de ces citoyens actifs qui s'efforcent de libérer nos têtes “ alliénées ”. HUGUES DORZÉE L'idéologie publicitaire est violente et destructrice. Elle manipule, elle désinforme, elle abîme... A bas la pub ! Les publiphobes débarquent sur le sol belge. Leur nom de code ? R.A.P., comme Résistance à l'agression publicitaire. Leur mot d'ordre ? Des actions “ non violentes, populaires et drôles ”. Leurs objectifs ? Un : Aider à la prise de conscience des procédés publicitaires destinés à la mise en condition du consommateur et du citoyen. Deux : Promouvoir le vote de lois protégeant les libertés menacées par ces procédés (...) Trois : Intervenir auprès des élus, des pouvoirs publics et en justice. Quatre : Encourager l'invention de formes non aliénantes de communication (...) Activement soutenue par l'association R.A.P. France - qui a pignon sur rue depuis 1992 -, l'antenne belge, à Bruxelles, entend aussi, être le grain de sable dans la Grande Machine Publicitaire : Il s'agit d'opposer un contre-pouvoir au système publicitaire omniprésent, résume Philippe Mazy, l'un des pionniers du mouvement, un système dont les nuisances concernent tout un chacun : manipulation psychologique, propagation de contre-valeurs, dégradation du langage etc. Mardi 5 mars dernier, R.A.P. Belgique a mené sa première action cinéma à l'Arenberg galerie de Bruxelles : Après un “ briefing ” dans un petit café nommé le “ stoemelings ”, racontent, amusés, les activistes , nous nous sommes rendus à la séance de 19 h 30 pour découvrir le dernier Ken Loach. Dès le lancement des pubs, le R.A.P a signé un premier happening remarqué. Mime fasciste à coup de “ Merci O grand capital de nous montrer la lumière, de nous montrer la voie ”, commentaires caustiques dans la salle, coups de sifflets, tracts, pétition... Tout cela a dégénéré rapidement en un joyeux bordel du meilleur effet, rapportent, comblés, les militants antipub : Plutôt que des spots publicitaires, qui sont autant d'agressions de l'esprit, nous demandons des courts métrages, de vraies œuvres culturelles, poursuit Philippe Mazy. Mais l'association R.A.P. Belgique ne limitera pas ses actions aux seules salles obscures. Elle entend, par exemple, lutter “ pour la suppression de la publicité sur les vitres des véhicules de nos transports en commun ”. Nos trams et nos bus donnent de plus en plus l'impression d'avoir été soldées à des firmes tierces, estime Philippe Mazy qui, le 25 juillet 2001, sous le coup d'une “ colère citoyenne ”, a arraché une douzaine d'affiches publicitaires collées sur les vitres d’un tram de la Stib stationné à Rogier. Un “ geste malheureux ” qui lui coûta la bagatelle de... 32.796 francs ! J'ai voulu rendre un peu dignité à ce tram victime de l'escalade et de la surenchère dans les pratiques publicitaires. J'ai agi, j'ai assumé, j'ai payé ! Mais le combat continue, ajoute-t-il. R.A.P. Belgique agira également contre toutes les agressions de “ l'Etat publicitaire ” :affiches insultantes, campagne de pub à l'école, carte de fidélité dans les grandes surfaces... La pub est l'organe de propagande de l'idéologie dominante, d'une culture du consommateur boulimique. Nous devons résister !, insistent les publiphobes noir-jaune-rouge, lesquels s'inscrivent en plein dans le mouvement international “ antipub ” qui s'étend de Paris à Vancouver, et qui s'exprime sur Internet (www.antipub.net, www.adbusters.org...), dans des revues spécialisées (“ Casseurs de pub ”, “ Ecologistes ”, “ Silence ”...), dans la rue ou via quelques lettres d'information plus confidentielles. Un large réseau où se croisent tour à tour des “ barbouilleurs ” d'images, des graphistes professionnels, des ex-publicistes, des intellos et une kyrielle de citoyens engagés contre l'oppression matérielle, quantitative et omniprésente de la pub, d'une part sa nature idéologique d'autre part. Les uns sont modérés, les autres plus radicaux. On dit que la pub est synonyme de liberté. C'est faux, insiste François Brune, auteur notamment du “ Bonheur conforme, essai sur la normalisation publicitaire ”. Le système publicitaire est impérialiste. Il s'impose partout par la force de l'argent (affiches, boîtes aux lettres, revues, spots...). Il pénètre par effraction dans nos cerveaux. Michaël Löwy fustige ce “ Léviathan pub ” qui nous agresse, nous harcèle du matin au soir, du lundi au dimanche, de janvier à décembre, du berceau à la tombe, sans relâche, sans vacances, sans arrêt, sans trêve. Vincent Cheynet est le fondateur de “ Casseurs de pub ”, la revue (française) de “ l'environnement mental ”. Une publication indépendante qui se bat contre tous ceux qui tendent à réduire nos vies à celle de consommateurs. Pour lui, le combat antipub ne se limite pas au détournement d'affiches ou de pub, c'est avant tout une réflexion sur nos modes de vie, nos habitudes d'achats, de consommation et de production. Tous veulent “ dépolluer ” nos têtes. · Yvan, barbouilleur en légitime réponse PORTRAIT HUGUES DORZÉE Yvan exècre les pubs. Il les trouve laides, envahissantes, dégoulinantes de mauvais sentiments. Cette “ révulsion ” remonte aux années 80 : fondateur du “ publiphobe ”, président de RAP France pendant 6 ans, Yvan Gradis, 43 ans, est passé d'activités “ légalistes ” à une forme de résistance plus “ radicale ”. Il est devenu “ barbouilleur ” de réclames, griffonneur “ qui s'assume ”. Au bout de sa bombe spray, un seul mot d'ordre : Vers une légitime réponse ! Yvan et ses comparses - qui font déjà des émules en Belgique - attaquent là ou ça fait mal. Affiches 12 m2, panneaux déroulants, mobilier urbain, rien n'est laissé au hasard de leurs raids parisiens : Le 9 mars dernier, nous avons agi sur les Champs-Elysées, c'était grandiose !, raconte Yvan Gradis. Ces publiphobes agissent toujours au grand jour. Toujours à visage découvert. En s'offrant, à chaque fois, une petite mise en scène remarquée. C'est de l'ordre du rituel, du sacrifice sur la voie publique. Nous mettons dans le coup des spectateurs fictifs qui applaudissent, nous encouragent. L'action est par nature non violente. Elle se “ limite ” à rédiger quelques mots simples, mais lourds de sens : “ pollution ”, “ matraquage ”, et toujours ce même mot d'ordre : “ Légitime réponse ! ”. Délinquant, ce quadra correcteur de profession ? Je parlerai plutôt de désobéissance civile, rectifie-t-il. Chaque barbouillage est assumé pleinement. C'est un acte grave, profond, qu'on ne fait pas à la légère. Le rebelle antipub risque gros : 3.811 euros pour “ dommage léger ” causé à des biens d'autrui, bien plus si cela se fait en groupe. Le 9 mars, sur les Champs-Elysées, Yvan a volé au poste. Interrogatoire, PV, éventuelles poursuites : Jusqu'ici, rien à signaler, se réjouit l'intéressé. C'est plutôt réjouissant.· Repères RAP. L'association Résistance à l'agression publicitaire, 96 rue le Lorrain, 1080 Bruxelles. E-mail : rap-belgique@tiscalinet.be. Site : http ://home.tiscali.be/RAP-Belgique. Antipub. En France, le Comité des créatifs contre la pub dispose également d'un site internet (www.antipub.net). Contacts : RAP France, 53 rue Jean Moulin, 94300 Vincennes. Tél. : 00.33.1.43.28.39 21. Email : rap@antipub.net. Adbusters. Au Canada, l'association Adbusters, très active dans le domaine, développe également un ensemble d'actions via le Net (détournement de pubs, articles de réflexion...) : www.adbusters.org. Casseurs de pub. Casseurs de pub, la revue “ de l'environnement mental ” paraît une fois par an. Contacts : 00.33.4.72.00.09.82. Autres sites. A découvrir par ailleurs : le site de l'association Paysages de France qui milite contre la pollution visuelle de la publicité (http ://paysagedefran-ce. free.fr) ; le site de l'Independant Media Center (www.indymedia.org) et celui d'un groupe de graphistes spécialisés dans le “ barbouillage ” d'images (www.e-connerie.com).
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