PETITE HISTOIRE DE L'ILE DE NOSY-BE by xld14276

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									    L’ÎLE DE NOSY-BE, UNE COLONISATION TRÈS PEU
     CONNUE, LA PETITE HISTOIRE D’UNE PETITE ÎLE
       LONGTEMPS
   FRANCAISE, UN PEU
  ignorée, UN PEU oubliée
   QUI S’INSCRIT DANS
L’ÉTUDE DU 1er EMPIRE
 COLONIAL FRANÇAIS,
 MAIS AUSSI DU DÉBUT
   DU SECOND EMPIRE
 COLONIAL FRANÇAIS :
 L’ÎLE DE NOSY-BE : LA
   TRANSITION OU LA
  PORTE D’ENTRÉE DU
GRAND RÊVE FRANÇAIS
 SUR MADAGASCAR DE
  1635 à 1896 AVANT LA
   GRANDE CONQUÊTE
   LANCÉE PAR JULES
FERRY en 1885 ET QUI NE
   SERA RÉELLEMENT
    CONCRETISEE PAR
 GALLIENI que de 1896 à
  1905 lors du DÉBUT DU



                                  SECOND EMPIRE
                                     COLONIAL
                                     FRANÇAIS :
                                     Présentation
                                       historique,
                                     géopolitique,
                                    ethnologique et
                                 géographique de l’île
                                      de Nossi-Bé.
       ARTICLE rédigé PAR TAMIM KARIMBHAY


                          1
    L’ÎLE DE NOSY-BE, UNE COLONISATION TRÈS PEU CONNUE, LA PETITE HISTOIRE D’UNE

    PETITE ÎLE LONGTEMPS FRANCAISE, UN PEU ignorée, UN PEU oubliée QUI S’INSCRIT DANS

L’ÉTUDE DU 1er EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS, MAIS AUSSI DU DÉBUT DU SECOND EMPIRE

    COLONIAL FRANÇAIS : L’ÎLE DE NOSY-BE : LA TRANSITION OU LA PORTE D’ENTRÉE DU

GRAND RÊVE FRANÇAIS SUR MADAGASCAR DE 1635 à 1896 AVANT LA GRANDE CONQUÊTE

     LANCÉE PAR JULES FERRY en 1885 ET QUI NE SERA RÉELLEMENT CONCRETISEE PAR

     GALLIENI que de 1896 à 1905 lors du DÉBUT DU SECOND EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS :

         Présentation historique, géopolitique, ethnologique et géographique de l’île de Nossi-Bé.

      ARTICLE/SYNTHESE1 rédigé PAR TAMIM KARIMBHAY PLP2 LETTRES-HISTOIRE ET

                 GÉOGRAPHIE AU LYCÉE PAUL LANGEVIN DE SAINT-JOSEPH.




         « Prendre conscience de son ignorance est un premier pas d’accompli vers

la recherche des connaissances ». J’ai décidé d’écrire ce petit article qui est une
1
  Rares sont les sources écrites évidemment. Très peu d’ouvrages spécifiques ont
été écrits sur ce sujet, ce qui fait de ce dernier un intitulé très original mais
parallèlement très difficile. Alors nos principales sources ont été les enquêtes
orales (interviews, sondages, récits de vie, témoignages, évocations des
souvenirs familiaux, des sources iconographiques (photographies anciennes,
vieilles cartes postales), vestiges architecturaux (cimetières, épitaphes sur les
tombes, ruines de mosquées, restes des maisons anciennes), sources juridiques
(lois et décrets, code de nationalité régissant dans les colonies) et enfin les
sources numismatiques et les archives privées des familles (lettres relatant les
liens épistolaires entre les familles indiennes établies à Nosy-Bé et leurs ancêtres
dans la région de Goudjerate), sans oublier dans certaines archives familiales
privées (la philatélie). Cette approche passionnante donne à ce travail de
recherches sur le terrain, une dimension ou plusieurs dimensions qui relèvent de
différents domaines qui s’interpénètrent : ethnologie, anthropologie, histoire
évidemment, géographie, sociologie, oligologie (étude des minorités) et même
historiographie (épistémologie). En tout cas, le but était d’explorer de nouveaux
champs d’investigations en ce qui concerne la recherche historique dans l’océan
Indien. L’Histoire de l’île de Nosy-bé est très peu connue. Elle mérite sa place
dans la mouvance des histoires parallèles des pays de l’océan Indien et contribue
à la construction identitaire de tous ceux qui souhaitent faire un voyage vers le
passé, et tous ceux qui ont eu des ancêtres sur cette petite île - perdue quelque
part dans le nord du Canal de Mozambique - qu’ils soient français, indiens,
malgaches ou même créoles réunionnais.

                                                    2
synthèse de mes nombreuses lectures, mais aussi le résultat de mes recherches

personnelles, lors de mes différents voyages d’études, concrétisés par des

enquêtes orales avec des êtres exceptionnels, pour mettre à la lumière, la petite

histoire d’une île magnifique, une histoire atypique et une histoire

passionnante pour tous ceux qui aiment l’Histoire coloniale, qui ont l’esprit

curieux et ceux qui adorent la culture tout simplement et portent un amour au

Savoir et aux Connaissances. Cette île, c’est Nosy-Bé. J’aime cette île, pourtant

cinq fois plus petite que l’île de La Réunion, mais qui sera toujours grande dans

mon Cœur ! Son Histoire, ses drames et ses joies, je les porte quelque part dans

mon cœur pour toujours. Et comme je l’avais dit au maire de Hell-Ville en

juillet 2006 que j’ai eu le plaisir de rencontrer au hasard dans la rue, mon Cœur,

ma passion sont à Nosy-Bé ce que ma Raison et mon esprit sont à La Réunion. Il

s’agit donc l’Histoire d’une passion, d’une symbiose presque passionnelle que je

vais maintenant vous raconter. L’Histoire de l’île de Nosy-Bé. C’est le berceau

de mes rêves, de mes ambitions, de ma passion pour l’Histoire de France et du

Monde, ainsi que l’Amour que je porte à la Littérature Française et étrangère,

c’est là que tout cela a vu le jour. Ca vient de là……ça vient ……d’un petit

village ….de l’île de Nosy-Bé ! Une île perdue entre Mayotte et Madagascar

dont la chaleur et l’accueil restent africains depuis toujours, le cœur, les rêves et

la fierté restent profondément français depuis 1841 alors que l’âme est devenue

malgache depuis 1960. C’est cette histoire d’une île, où le sourire oriental et

asiatique côtoie la misère et les paysages africains, où l’espérance occidentale et


                                          3
les idéaux de liberté français donnent de la force à la misère et à la sueur

malgache, en donnant à la population des larmes de joie, mais aussi l’impression

d’allumer dans ses peurs et ses incertitudes du lendemain, les étincelles de

l’Espérance. C’est cette Histoire, que je vais vous raconter ici.

      Il s’agit d’une île qui se situe en plein nord du canal de Mozambique,

entre les îles Comores, Mayotte, et la pointe nord-ouest de Madagascar. Dans la

mémoire collective et la mentalité des Malgaches, (pour lesquels la conception

de l’espace n’est pas la même que celle d’un occidental), Madagascar

constituant en soi, un pays ou un grand continent et non une île, Nossi-Bé reste

le premier grand espace insulaire du sol malgache. En effet, le terme malgache

« Nossy » signifiant (île) et « Bé » signifiant (grand), confirme cette affirmation.

Elle a pour capitale actuelle Hell-Ville. Selon les chiffres cités par Jean-Louis

Guébourg, Professeur de géographie à l’Université de La Réunion, cette île a

41900 habitants, et une superficie de 360 kilomètres carrés.2 Elle doit avoir

aujourd’hui (en 2008), 50000 habitants voire un peu plus. 3Géographiquement


2
   HDR Jean-Louis-Guébourg, Décembre 1996. Cours du module de « Tronc
commun » du 29 octobre 1998. Nossi-Bé a une superficie de 360 kilomètres
carrés, soit environ, sept fois plus petite que La Réunion, qui fait 2500
kilomètres carrés.
3
  Nosy-Bé est marquée aujourd’hui par une urbanisation un peu «sauvage », liée
à l’exode rural massif mais aussi liée à son essor touristique pesant depuis 2003.
Les villages se vident et Hell-Ville connaît une forte croissance urbaine et les
illusions du développement économique, typique des villes africaines. Les
villages de la périphérie se vident car les personnes migrent vers Hell-Ville en
espérant y trouver un travail, des soins et une scolarité pour leurs enfants. Avec
Hell-Ville, un autre village est en train de devenir un vrai second pôle à Nosy-
Bé, c’est l’ancien village des pêcheurs qui ne nomme Ambatoloaka et qui est

                                         4
parlant, elle se situe sur la côte nord-ouest de Madagascar, et à une faible

distance de la Grande Terre (environ 8 milles en mer, soit à 14 kilomètres de la

pointe du port d’Ankify). Elle mesure approximativement 25 kilomètres du nord

au sud, et 18 kilomètres de l’ouest à l’est.4 Elle est entourée à l’Ouest de petits

îlots satellites beaucoup moins étendus. Nous pouvons citer Nossi-Komba (l’île

aux lémuriens encore appelée Ambariovato), Nossi-Antanykely (la toute petite

île), sur laquelle se trouve un phare de 1908, qui servait autrefois de guide aux

bateaux. Un peu au Sud, à deux en mer, nous pouvons atteindre l’île de Nosy-

Iranja, une île touristique, connue pour ses tortues qui y viennent de temps en

temps5. Plus loin en direction de l’Est, se trouve l’île de Nossi-Faly de faible


devenu depuis 2003, un centre touristique connaissant les joies et les revers du
développement touristique. Ce village était au début des années 1970-80 un
village balnéaire où les pêcheurs et les agriculteurs se réveillaient au champ du
coq, menaient une vie simple. Aujourd’hui, Ambatoloaka, ce sont les hôtels, les
gargottes, les restaurants, les boites de nuits chaudes et les bars à filles. On y
organise aussi les excursions vers les îlots satellites de Nosy-Bé. Des expatriés
italiens s’y sont installés. Le tourisme bat son plein ! Surtout pendant les
vacances de juillet-septembre durant lesquelles, les vols en provenance de Milan
atterrissent directement à l’aéroport de Fascène, rapportant leurs flots de
touristes à la recherche d’exotisme.
4
  Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar. Centenaire du
rattachement à la France des Iles Nossi-Bé, et Mayotte, Tananarive, page 122.
Pour Raymond Decary, L’île de Nosy-Bé : Histoire d’une colonisation, page 8,
Paris, Editions maritimes et d’outre-mer, 1960, 225 pages. Nossi-Bé mesure 30
kilomètres du nord au sud, sur 20 kilomètres de l’ouest à l’est.
5
  Nosy-Iranja est en fait constitué de deux îlots offrant un contraste flagrant,
typique des espaces des pays sous-développés. Sur l’un des îlots, nous pouvons
voir un village typiquement africain et sur l’autre, un hôtel 5 étoiles, un des plus
cher de Madagascar. Un filet de sable blanc relie ces deux îlots à la manière du
cordon ombilical reliant l’enfant à sa mère, et à marée basse, on peut y traverser
en attendant que les vagues de chaque côté du filet se rejoignent pour donner à
la mer toute sa force et son unité, en plein canal de Mozambique.

                                         5
relief. Au Nord se trouvent les îles Mitsiou, qui forment un archipel de quatorze

îlots entourés de requins.

      Du point de vue climatique, Nossi-Bé fait face à une température

relativement forte et constante, à une hygrométrie (mesure du degré d’humidité

de l’atmosphère) élevée. Le climat est donc chaud et pénible. Cependant, on y

distingue deux types de saisons : la saison sèche pendant laquelle les pluies sont

rares, s’étend de mai à octobre. La saison des pluies commence en novembre à

avril. Les pluies nocturnes sont souvent torrentielles, avec des orages fréquents

en décembre et parfois des tempêtes tropicales entre les mois de décembre et

février. Cependant, Nossi-Bé est dans l’ensemble bien protégée des cyclones,

grâce à sa situation géographique en plein nord du canal de Mozambique.6 La

moyenne thermométrique est d’environ 25 degrés mais le maximum oscille

autour de 30 à 32 degrés à la saison chaude, et 26 degrés à la saison fraîche.7 La

population de l’île est très cosmopolite. Elle est principalement composée de

Sakalavas (métissés afro-arabes), de Makoas (descendants typiques des

Africains esclaves ramenés par des Arabes au XVIIIème et XIXème siècle), des

minorités afro-asiatiques (les Comoriens, les Mahorais, les Arabes, les Chinois,

les Indiens), mais aussi, depuis les années 1990, des personnes composant des

6
  L’île n’a pas connu de grands cyclones dévastateurs depuis 1982 sauf celui de
2007. Par ailleurs, en l’absence de moyens météorologiques fiables, les habitants
de Nossi-Bé ne sont au courant des cyclones, que lorsqu’il attaque Nossi-Bé. A
cause de ce manque d’informations du à la précarité de la fiabilité des moyens
météorologiques, de nombreux hommes, surtout des pêcheurs disparaissent en
mer lors des cyclones.
7
  Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 127.

                                        6
minorités d’origine européenne (surtout les Italiens, les Allemands, les Français

qui investissent de plus en plus dans les domaines du tourisme, entre autres, la

restauration, les hôtels, les excursions, les discothèques).8

      Historiquement parlant, l’île a connu une histoire assez mouvementée.

D’une manière très globale, trois phases peuvent être discernées au niveau de

l’évolution chronologique de cette île : d’abord, une période de cessions et de

prise de possession par la France, qui va de 1841 à 1896, puis une période

d’annexion et de rattachement, qui va de 1896 à 1960, pendant laquelle Nossi-

Bé est intégrée à Madagascar, alors Colonie française, et enfin, une troisième

période qui va du 26 juin 1960 à nos jours, qu’on peut appeler « l’après

décolonisation », période pendant laquelle, l’île est entièrement dépendante de la

République Démocratique de Madagascar (RDM).

      Le premier homme à avoir parler de Nossi-Bé, dans ses écrits, est le

Lieutenant-colonel anglais Robert Hunt.9 Cet Anglais qui prend comme titre, le

Gouverneur d’Assada était aux ordres d’une société coloniale fondée en 1635,

par un certain Sir William Courteen. En 1650, il rêvait d’une part,

d’entreprendre par l’Ouest la conquête de Madagascar, et d’autre part, il voulait

faire de l’île de Nossi-Bé un entrepôt, d’où une équipe de « petits navires

porteraient jusqu’aux Indes les produits du pays : sucre, indigo, gingembre,

8
  Une certaine forme de délinquance marquée par - la pédophilie, la corruption,
la fraude, la circulation des drogues de toutes formes, mais aussi et surtout, une
haute prostitution - se développe à une vitesse exponentielle. C’est le revers ou
la face cachée de l’ouverture fortement touristique.
9
  Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 18.

                                          7
coton, tabac, poivre, céréales, bêtes à cornes, porcs, volailles, riz, haricots,

patates, oranges, limons, ananas et le reste ; ils en rapporteraient les étoffes et

les objets fabriqués, couteaux, arquebuses, ustensiles divers ».10 Depuis cette

histoire ce n’est que vers 1775, qu’on entend à nouveau parler de Nossi-Bé11. Un


10
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 21.
11
   Lors d’un tour de l’île de Nosy-Bé que j’avais fait en bateau rapide en juillet
2005, le capitaine m’a montré un Fort peu connu même des malgaches, juste à
proximité de Hell-Ville, appelé « Le Fort des Portugais ». Ce fort doit dater du
XVIème siècle à mon sens. Il ne faut pas oublier que depuis la découverte de
l’Amérique par Christophe Colomb le 12 octobre 1492, le voyage vers l’Inde de
Vasco de Gama en 1502, et le tour du monde presque inachevé de Ferdinand de
Magellan en 1521, deux puissances européennes se sont partagés le monde :
L’Espagne du « Siècle d’Or »des Rois catholiques, puis de Charles Quint et
Philippe II et le Portugal. Le pape Alexandre VI avait même cautionné les
conquêtes de ces deux puissances impériales coloniales naissant par le Traité de
Tordesillas en 1494, et concrétisée en 1528, qui partageait le monde en deux. En
ce qui concerne l’océan Indien, il tombait dans la partie portugaise. Ce sont
majoritairement les navires portugais qui sillonnaient cette région en tout cas au
XVIème siècle. Au XVIIème siècle par contre, l’Empire portugais, qui couvrait
théoriquement tout l’océan Indien, à vouloir trop s’étreindre, se laissera
grignoter par d’autres puissances coloniales, les Pays-Bas, l’Angleterre et la
France. A mon sens, deux hypothèses sont possibles pour expliquer la présence
de ce fort des Portugais dont les ruines sont encore visibles sur Nosy-Bé. 1) Des
corsaires ou des pirates portugais se sont réfugiés sur l’île de Nosy-Bé mais ils
n’ont laissé aucune trace écrite. L’Histoire l’a peut-être ignoré même si tout cela
reste hypothétique de ma part. 2) Des galions portugais officiels prenaient cette
route maritime du Canal de Mozambique, longeant dans ce cas l’ouest de
Madagascar, pour rejoindre leurs comptoirs en Inde, en utilisant les vents de
Mousson d’été à partir du Nord de Madagascar. Ils évitaient à mon sens les
vents des Alizés et la navigation dangereuse sur la côte est de Madagascar qui
était rendue très aléatoire du fait d’une forte houle de cyclones, de tempêtes, et
de manque d’abris sûrs. Le Fort des Portugais sur Nosy-Bé, en plein Nord du
canal de Mozambique, leur permettait de faire une halte peut-être sur la route
tracée par Vasco de Gama. Cela reste ma deuxième hypothèse. En effet, si on
prend en compte la carte montrant le partage du monde entre le Portugal et les
Espagnols, voulu par le pape Alexandre VI, et concrétisée par le traité de
Tordesillas en 1494, on se rend compte que la route maritime suivie par les
navires de commerce (caravelles et galions) portugais était la suivante : Les

                                         8
Français, cette fois-ci, Nicolas Mayeur, venu vers 1750 à l’île de France (île

Maurice actuelle), vient à Madagascar en 1762. D’abord, chef de traite, puis

interprète du Gouvernement français, il semble être le premier Européen à

pénétrer en 1771 à Tananarive. Au cours d’un voyage dans le Nord de

Madagascar entre 1774 et 1776, il visita donc Nossi-Bé.12 Vers 1825, à

Madagascar commence une nouvelle époque, celle de l’expansion mérina (les

Hovas des Hauts Plateaux), qui sous la houlette de leur Roi, Radama 1er, puis

sous le commandement de l’épouse et successeur de Radama 1er, Ranavalona

1ère, entreprenaient la pacification et la centralisation du royaume de

Madagascar, en guerroyant contre les peuples côtiers (les Sakalavas), à seule fin

d’obtenir leur soumission. Ce projet d’expansion territoriale et politique a été

navires quittaient le Portugal (port de Lisbonne), passaient par les îles Canaries,
puis longeaient la cote ouest de l’Afrique, en y faisant escale au Cap-Vert, au
Côte de l’Or, dans le comptoir de l’Angola, puis doublaient le Cap de Bonne
Espérance, rentraient dans le Canal de Mozambique, arrivaient au comptoir de
Mozambique, passaient entre les Comores et Madagascar, pour enfin mettre le
cap vers les Indes orientales, où le Portugal avait des comptoirs notamment Goa,
Calicut, Malacca, Macao, Philippines et les îles Moluques. Donc sur cette route
maritime portugaise tracée depuis le XVIème siècle, les navires faisaient escale
à Nosy-Bé. Les Portugais allaient chercher des esclaves et de l’ivoire en Afrique
et des épices et de la soie aux Indes Orientales. D’où la présence du Fort des
Portugais isolé, peu connu d’ailleurs même des nosybéens eux-mêmes. Sinon
comment expliquer la présence de ce fort toujours existant et que j’ai eu
l’occasion de voir en 2005 ? Plus tard des boutres arabes et indiens feront la
même chose. (Voir les pages suivantes de cet article). En tout cas, les Portugais
étaient bien présents dans le Canal du Mozambique et dans l’océan Indien entre
les XVIème et les XVIIIème siècles. Juste pour la petite information, il ne faut
pas oublier qu’une autre route maritime des Portugais existait : Elle concernait
les galions qui allaient vers le Brésil (découvert par Cabral), pour aller chercher
du bois et du sucre, pour ramener ces produits ensuite vers l’Europe. C’était
dans le cadre de la traite des esclaves et du commerce « triangulaire ».
12
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 26.

                                         9
mis en place par Andriananpoinimérina en 1824.13 A cet effet, le poste de Fort

Dauphin que la France possédait jusqu’en 1825, a du être abandonné à la suite

de son occupation par les Hovas. La France ne possédait donc plus de port de

relâche ni de ravitaillement à Madagascar, d’autant plus que les rades foraines

de Saint-Paul, Saint-Denis, et Saint-Pierre à l’île de La Réunion, n’étaient pas

équipées.14 La France était donc à la quête d’un point stratégique intéressant, où

pourrait être fondé un nouvel établissement15 « sur lequel le pavillon français,




13
    Sophie Blanchy, Karana et banians : Les communautés commerçantes
d’origine indienne à Madagascar, préface de Pierre Vérin, Paris, L’Harmattan,
1995, 346 pages 55-56.
14
   Raymond Decary, op.cit, page 13.
15
   Il ne faut pas oublier les objectifs de départ de l’idéologie coloniale de la
France sur Madagascar. La France avait déjà tenté sous Louis XIII et Richelieu,
une première tentative qui avait permis au Sud de Madagascar, l’établissement
d’un comptoir dès 1642 à Fort Dauphin sous la direction des Gouverneurs
Pronis, puis Etienne de Flacourt, travaillant pour la Compagnie de Madagascar
et de la Compagnie Françaises des Indes orientales fondées par le cardinal de
Richelieu. Cette tentative s’est soldée par un échec à Fort Dauphin à cause de la
révolte de la tribu des Antanosy, et… cet échec a eu pour suite la mise en place
d’une colonisation à partir de 1664 de celle qui va sortir de l’ombre, et qui va
passer d’une simple îlot où les navires faisaient une halte à un statut de Colonie
de plantation puis d’habitation. : Cette île, c’est l’Ile de La Réunion
anciennement connue sous le nom de l’Ile Bourbon dont la Compagnie des
Indes fondée par Colbert sous Louis XIV va prendre possession. Les deux
échecs de la colonisation de Fort Dauphin, en 1642 puis en 1674 ont en fait
permis la colonisation de l’Ile Bourbon. Le comptoir de Fort-Dauphin portait le
nom du dauphin (le futur Louis XIV). Les réfugiés ou les exilés de Fort-Dauphin
(malgaches et colons) vont donner naissance en 1646 aux ancêtres des
Réunionnais ! Pour la quête identitaire, c’est intéressant de le savoir. De 1642 à
1674, 42 années d’efforts inutiles, d’échecs et de morts miséreuses, sous
l’attaque des fièvres ou le fer des sagaies a eu pour seul fruit : la colonisation de
Bourbon dont l’Histoire commence !

                                         10
flottant à nouveau, rétablirait notre prestige, fortement ébranlé dans cette partie

de la mer des Indes ».16


16
   Raymond Decary, op.cit, page 13. Nous pouvons aussi par ailleurs, préciser
que dans l’idéologie coloniale française, le grand rêve de la conquête de
Madagascar, obéissait à des motivations parisiennes beaucoup plus fortes et
ambitieuses. En effet, dans le cadre des rivalités coloniales entre l’Angleterre
qui avait installé son Empire aux Indes orientales et les Français qui
s’intéressaient à l’Afrique mais aussi à l’Inde, le but initial pour les Français,
était de former des soldats malgaches capables de contrarier l’impérialisme
anglais aux Indes. Les Français rêvaient de l’Inde. Ils avaient des comptoirs là-
bas comme Karikal, Pondichéry, Chandernagor. Ils voulaient dans la course aux
colonies, avoir une plus grande part aux Indes qui devenaient progressivement
indiennes. Un peu comme Faidherbe au Sénégal, qui va un peu plus tard former
des tirailleurs qui vont servir pour la Première Guerre mondiale (1914-1918), La
France avait comme projet, peut-être dès le XVIIIème siècle (un projet qui
évidemment resta obsolète), de former des militaires malgaches pour aller
contrer les Anglais en Inde. En effet, en Inde, les rivalités entre la France et
l’Angleterre étaient très visibles. Quelques Européens avaient pu prendre pied
en Asie : les Espagnols aux Philippines, les Hollandais à Java. Ils n'avaient pu
installer des comptoirs en Chine et au Japon qu'avec beaucoup de difficultés. Ils
furent plus heureux en Inde, à cause de l'affaiblissement de l'autorité mongole, et
des rivalités continuelles des princes hindous. Les Anglais installèrent des
comptoirs à Madras, Calcutta, Bombay ; les Français à Pondichéry et
Chandernagor essentiellement. Ces comptoirs pratiquaient la politique
commerciale traditionnelle de troc, jusqu'au jour où des initiatives locales de
directeurs de compagnies de commerce développèrent, les circonstances aidant,
une véritable colonisation. Le Français Dupleix réussit à étendre son influence
sur presque tout le plateau du Dekkan, inquiétant beaucoup les commerçants
anglais. Dupleix commença sa carrière en Inde en dirigeant le comptoir de
Chandernagor. Connaissant admirablement le pays et sa langue (sa mère était
née aux Indes), se mêlant à la politique locale, il établit un contact fructueux
avec les princes hindous. C'est ainsi qu'il put étendre, peu à peu, l'influence de sa
Compagnie dans le pays, sans avoir aucun secours de Paris et sans même
demander d'avis. Mais Dupleix fut désavoué par sa Compagnie qui le rappela
pour éviter tout conflit avec les Anglais. La guerre de Sept ans, entre la France
et l'Angleterre, provoqua l'envoi en Inde d'une petite armée française
commandée par Lally Tollendal en 1756. Celui-ci fut assiégé par les Anglais
dans Pondichéry et dut capituler. Le Traité de Paris de 1763 laissait à la France
cinq comptoirs en Inde, mais lui interdisait toute expansion territoriale. Les
Anglais eurent alors les mains libres pour étendre leur domination sur le

                                         11
       Par ailleurs, à cette époque, la jeune reine (du terme malgache,

Mpanjaka) Tsioméko, qui avait été élue la reine des Sakalavas, en 1836, à l’âge

de huit ans, s’était réfugiée depuis 1837 avec ses ministres, ses conseillers et ses

sujets sakalavas, à Nossi-Bé, pour s’y mettre à l’abri des pressions, et des

attaques des Mérinas, envers lesquels elle refusait de faire acte de vassalité.17 En

1837, Tsioméko se tourne vers le sultan de Zanzibar et l’imam de Mascate,

Seyid-Saïd, pour lui demander de l’aide militaire. Ce dernier voyait surtout en

réalité, une œuvre d’islamisation à accomplir. En échange d’un droit de

suzeraineté, il s’était aussi engagé à chasser les Mérinas du Nord-ouest.18

Malheureusement, les secours que Tsioméko avait demandés à Seyid-Saïd ne

reçurent qu’une satisfaction temporaire, et avaient consisté plus en paroles qu’en

actes.19

      A la même époque, et plus précisément à La Réunion, le Contre Amiral de

Hell, d’origine alsacienne, avait été promu Gouverneur de l’île. Il était arrivé le

Bengale, qui fut acquis par Robert Clive, puis sur la vallée du Gange, contrôlée
par Warren Hastings. La Compagnie anglaise de l'Inde administrait ces pays
sous l'autorité d'un Conseil de Contrôle résidant à Londres et nommé par le roi,
qui désignait aussi le directeur de la Compagnie. Ainsi, à la fin du 18e siècle,
l'impérialisme colonial britannique l'avait emporté partout sur son concurrent
français. Ces derniers ne gardaient de colonies importantes que dans les
Mascareignes et aux Antilles. Donc, le XVIIIème siècle, voit se constituer dans
le monde des systèmes coloniaux européens basés sur l'exploitation du
commerce et des plantations esclavagistes. La rivalité des Français et des
Anglais est particulièrement vive aux Antilles. Les Français, au cours de guerres
coloniales acharnées, perdent leurs possessions d'Amérique du Nord et leur
influence en Inde. L'empire colonial anglais est fondé.
17
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 30.
18
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 30.
19
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 30.

                                         12
5 mai 1838 à La Réunion et remplaçait le Gouverneur Cuvillier. En octobre

1841, il fut remplacé par le Gouverneur Bazoche.20 Pour la petite précision, nous

sommes en France sous la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe 1er, Roi des

Français depuis 1830. Cette monarchie de Juillet va prendre fin en 184821.

L’amiral de Hell donnera son nom à deux villes : Hell-Bourg à Salazie (île de La

Réunion) fondée en 1841 et une autre, peut-être un peu moins connue…….Hell-

Ville sur (l’île de Nosy-Bé !!)22.

       Pour Hell, une nouvelle exploration des côtes malgaches restait à réaliser,

complétée par des prises de contacts avec les populations du littoral, et en

particulier de la côte occidentale.23 Il dépêcha alors le Capitaine d’infanterie de




20
   Raymond Decary, op.cit, page 13.
21
   La numismatique vient aussi compléter les autres sources. Lors de mes
recherches sur place à Nosy-Bé, j’ai pu trouver trois pièces de monnaie datant
respectivement de 1832 (portant l’effigie de Louis Philippe de 1er et la couronne
de laurier), de 1868 (portant l’effigie de Napoléon III ainsi que la mention
« Empire Français » avec son symbole l’Aigle impérial) et de 1873 (portant la
mention de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » symbole de la IIIème
République naissante). Ces pièces nous prouvent aussi que Nosy-Bé était
française bien avant l’annexion de la Grande Ile Rouge par Gallieni. Ces pièces
de monnaie de 5 francs en argent ont du être emmenées par les premiers colons
au fur et à mesure. Elles ont circulé sur l’île de Nosy-Bé entre 1841 et 1896.
22
   Cette anecdote historique est vraiment intéressante pour tous ceux qui veulent
comprendre l’Histoire globale de l’océan indien sans se focaliser uniquement sur
l’île de La Réunion. Notons au passage cette petite pensée philosophique :
« c’est la vision globale qui permet de comprendre un point précis et non le
contraire. Pour la construction identitaire, pour la compréhension de l’Autre, il
est toujours intéressant de voir son Histoire car cela permet de se découvrir soi-
même et de se comprendre soi-même, pour construire sa propre identité. »
23
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 31.

                                        13
marine, Passot, aide de camp du gouverneur. Passot24 partit le 9 juillet 1839 sur

le brick le Colibri, pour remplir cette mission de recherches25. Il fut accompagné

par le missionnaire Dalmond, (ce dernier, qui avait beaucoup voyagé, surtout

vers l’île de Sainte-Marie (à l’Est de Madagascar), avait comme préoccupation

essentielle, l’évangélisation, car il connaissait bien le pays et le dialecte local)26.

Le Capitaine Passot, accompagné de l’abbé Dalmond, a jeté l’ancre devant

Nossi-Bé, le 29 septembre 1839.27 Ils reçurent les doléances de la jeune reine

Tsioméko, de ses ministres Boba et Mangala, et des chefs sakalavas.28 Ces

derniers étaient exaspérés contre les Arabes de Seyid-Saïd, car les Mérinas


24
   L’étude des toponymes est très intéressante sur Nosy-Bé. Les noms des rues
(ex. rue principale du Général de Gaulle, rue du Père Raimbault, Rue Lamy,
Boulevard de l’Indépendance, rue du Docteur Mauclair, rue Cours de Hell, rue
Albert 1er), les noms des écoles (ex. Ecole Lamartine) mais aussi les canons sur
le littoral, la prison, le dispensaire, les maisons au style colonial, rappellent aussi
et encore la France. Passot va immortaliser son nom lui aussi sur Nosy-Bé. En
effet, à une vingtaine de kilomètres du grand village d’Ambatoloaka, à vélo, en
4x4 ou encore en Renault 4L, on peut atteindre le point culminant de l’île. Un
point culminant d’où on peut observer un superbe coucher du soleil et admirer la
nuit tombée, au loin, mais vraiment au loin, scintiller les lumières de Mayotte !
Ce point culminant où on peut admirer le coucher du soleil surtout en hiver
austral, mais aussi des plantations de teck et de sisal s’appelle le Mont Passot !
du nom du fameux capitaine ! Le sommet est le point le pus élevé de Nosy-bé
(330 m). On peut aussi y admirer sept lacs de cratère, la côte ouest de l’île et
même l’île de Nosy-Sakatia. Ces lacs sont considérés comme étant sacrés par les
malgaches, qui viennent pour leurs cérémonies religieuses. Il y est interdit de
faire ses besoins et d’y jeter des choses. Ils sont par ailleurs remplis de
crocodiles. Mont-Passot est pratiquement inaccessible depuis 2005 en taxi ! Il
faut y aller soit à pieds, soit en voiture tout-terrain.
25
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 31.
26
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 32.
27
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 31.
28
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, pages
32-34.

                                          14
pouvaient d’un moment à l’autre, attaquer Nossi-Bé, qui ne constituait en soi,

qu’un refuge précaire. Tsiomeko adressa donc une demande de protection

opportune aux Français. Cette demande alléchante remplissait entièrement les

vues du gouverneur de La Réunion. En effet, Nossi-Bé parut présenter aux

Français un intérêt tout particulier d’une part, à cause de sa position insulaire en

plein canal de Mozambique qui la mettait à l’abri d’une attaque anglaise par

surprise, et d’autre part, Nossi-Bé pourrait servir dans « l’avenir de base de

départ éventuelle, si la France manifestait de nouveau l’intention de faire valoir

ses anciens droits sur Madagascar ».29 Le Capitaine Passot revient à La

Réunion, à la fin de l’année 1839. Il rend compte à l’Amiral de Hell, des

résultats favorables de sa mission. Il retourna à Nossi-Bé, le 13 avril 1840, sur la

corvette La Prévoyante, avec les instructions du gouverneur en vue de dresser

avec les chefs locaux, un acte de cession de leur île à la France.30 Le 14 juillet

1840, la reine Tsioméko et ses chefs de clans sakalavas, signaient en échange

d’une protection de Nossi-Bé par la France contre les incursions mérinas, un

acte de cession « au roi des Français, Louis-Philippe, des îles de Nossi-Bé et

Nossi-Komba »31 et leurs droits sur la côte ouest de Madagascar. La capitale de

l’île de Nossi-Bé a pris le nom de Hell-Ville. C’est ainsi que par arrêté du 13

février 1841, et en accord avec le Ministre de la Marine et des Colonies, que

Monsieur de Hell, organisa et prononça la prise de possession de l’île de Nossi-

29
   Raymond Decary, op.cit, page 15.
30
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 36.
31
   Raymond Decary, op.cit, page 18.

                                         15
Bé.32 La prise de possession sur le terrain eut lieu le 5 mars 1841. « Elle fut faite

en grande cérémonie. La députation française comprenait MM. Jehenne,

capitaine de corvette commandant la gabare Prévoyante, président, Gouhot,

capitaine d’artillerie de marine, et Passot, assistés de M. Noël, consul de

France à Zanzibar, servant d’interprète, et Rébat, commis d’administration

remplissant les fonctions de secrétaire. Etait également présent le lieutenant de

vaisseau Guillain qui commandait la corvette la Dordogne »33, et ajoute cet

auteur : « en fait, on sentait que cette prise de possession devait être le plus

possible justifiée, et qu’elle pouvait l’être non seulement par les cessions des

chefs territoriaux, mais aussi par l’exercice du droit qui était né dès 1635,

quand notre pavillon fut arboré pour la première fois à Madagascar ».34 L’île se

trouva alors pourvue d’un commandant, chargé des fonctions d’administrateur.

Il était assisté d’un lieutenant d’infanterie de marine commandant la place, d’un

médecin, d’un officier de marine commandant du port. La garnison comprenait

soixante hommes, plus six matelots35. Du 3 février 1841 au 25 avril 1841, Nossi-

Bé était restée une dépendance directe de l’île de La Réunion.36 Après la prise de

possession de Mayotte le 25 avril 1841, par le Capitaine Passot ; possession

devenue effective le 13 juin 1843, les îles Mayotte, Nossi-Bé, et Sainte-Marie

furent administrées par des commandants particuliers, qui relevaient du

32
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 37.
33
   Raymond Decary, op.cit, page 19.
34
   Raymond Decary, op.cit, page 19.
35
   Raymond Decary, op.cit, pages 88-121.
36
   Raymond Decary, op.cit, page 21.

                                         16
gouverneur de La Réunion. « Une ordonnance royale du 29 août 1843, les

réunit sous l’autorité unique d’un commandant supérieur, résidant à Nossi-Bé,

et le groupe des trois îles porta alors le nom de (Nossi-Bé et Dépendances) puis

une autre ordonnance, en date du 10 novembre 1844, transféra le siège à

Mayotte, et l’établissement pris la dénomination de (Mayotte et Dépendances),

transformée en 1847 en (Etablissements français du canal de Mozambique).

Enfin l’île Sainte-Marie en fut détachée par le décret du 18 octobre 1853 ».37 Le

gouvernement français et toute cette autorité française installés dans l’île,

n’avaient ni les moyens matériels, ni la volonté d’agir d’une façon active sur

Madagascar, et se cantonnèrent dans les limites territoriales de Nossi-Bé38. La

France n’investissait donc pas trop non plus à Hell-Ville. Pendant ce temps, les

incursions mérinas se poursuivent, mais ces derniers renforçaient avant tout

leurs positions en face de Nossi-Bé, en créant des postes au Nord de

Madagascar. Cependant la crainte des razzias tient constamment la population

de Nossi-Bé en haleine.39

      Par ailleurs, la protection accordée par la France aux Sakalavas de Nossi-

Bé, était plus théorique qu’effective.40 « Hell-Ville, la bien-nommée en

l’honneur de l’amiral de Hell, n’était pas la gentille ville coloniale, qu’on

admire aujourd’hui. Voici la description que le Père Finaz en donnait à la fin de


37
   Raymond Decary, op.cit, page 21.
38
   Raymond Decary, op.cit, page 27.
39
   Raymond Decary, op.cit, page 39.
40
   Raymond Decary, op.cit, page 27.

                                       17
1846 : lorsque vous mouillez devant Hell-Ville, sur un plateau qui domine la

mer, vous apercevrez comme un pigeonnier : c’est ce qu’on appelle le

gouvernement ; puis un grand magasin en pierre et une maison aussi en pierre :

c’est l’habitation du gouverneur ; à côté, une grande case : c’est l’église ; dans

le voisinage, d’autres cases avec dépendances, où logent les missionnaires ;

plus loin la caserne et l’hôpital ; ajoutez-y quatre ou cinq cases assez vastes

dont une sert d’école, et enfin une multitude de cahutes malgaches : voilà Hell-

Ville »41 L’île est donc dans la plus déplorable situation en 1846. « La

population blanche est constituée de colons, pour la plupart marchands d’alcool

et fournissant seulement à l’administration les objets nécessaires à

l’alimentation ou aux travaux. Ils ne disposent pas de moyens réels de

colonisation. Le plateau de Hell-Ville, n’a que des fortifications insignifiantes,

et ne pourrait résister à une attaque ; il n’y a pas d’établissement militaire réel,

et la garnison de cinquante-cinq hommes est absolument insuffisante. L’île ne

disposa pas d’un port véritable, mais d’un simple mouillage qui ne satisfait pas

aux conditions de la dépêche de 1843 ».42 Cette dépêche ministérielle du 12 mai

1843 avait demandé aux administrateurs de s’assurer à Nossi-Bé « un point

d’appui pour la réalisation d’un grand projet sur Madagascar ; de se procurer




41
     Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 42.
42
     Raymond Decary, op.cit, page 40.

                                          18
dès à présent un point utile à nos navires de commerce et même à notre marine

militaire ».43

      Un événement va beaucoup affecter Nossi-Bé, comme toutes les colonies

françaises en 1848, c’est l’abolition de l’esclavage. Le 18 juillet 1848, le

commandant Passot, affecté à Mayotte comme Commandant supérieur,

proclame la République Française.44 Par arrêté du 27 octobre 1848, il change

son titre contre celui du Commissaire de la République. « L’esclavage est alors

aboli par un arrêté du 4 novembre 1848, pris en exécution du décret de la

République du 27 avril précédent, lequel le supprimait entièrement dans toutes

les colonies françaises. En exécution de ces textes, qui s’appliquent à l’ensemble

de Mayotte et Dépendances, le Commandant de Nossi-Bé signe à son tour deux

arrêtés, le 16 novembre 1848 et le 14 janvier 1849, proclamant la liberté des

esclaves à compter du 16 janvier 1849. »45 Il est à noter que cette émancipation

des esclaves fut proclamée par le Commandant particulier Lamy, en exécution

des ordres du Gouvernement provisoire de la République, seulement à Nossi-Bé

et à Nosy-Komba, à l’exclusion des autres îles de Nossi-Faly, Nossi-Mitsiou,



43
   Raymond Decary, op.cit, page 40.
44
   Raymond Decary, op.cit, page 93. Il s’agit ici de la fin de la Monarchie de
Juillet (1830-1848) et de la proclamation de la 2ème République (1848-1852).
45
   Raymond Decary, op.cit, page 93. Le 24 février 1848, le régime de la
monarchie de Juillet est liquidé. A la demande de Victor Schoelcher du 4 mars
1848, un décret du gouvernement provisoire, du 27 avril 1848, proclame
l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Nous pouvons remarquer
ici, le laps de temps qui s’écoulait entre la décision prise à Paris, et son
application, voire son exécution Outre-mer.

                                        19
Nossi-Lava qui sont des îles satellites de Nossi-Bé.46 Cette émancipation des

esclaves entraîna une révolte des colons. « Quand cette émancipation des noirs

(sic) fut proclamée, chaque propriétaire fut informé qu’il ne lui était plus permis

de conserver les hommes qu’il considérait comme étant sa propriété. Ceux-ci

devenaient libres, et des indemnités seraient allouées en compensation ».47 Ces

mesures supprimaient d’une part de la main-d’œuvre du jour au lendemain, et

d’autre part, les chefs, en perdant cette sorte d’entourage perdaient aussi une

bonne partie de leur prestige.48 Certains d’entre eux ont abandonné l’île en

emmenant avec eux, de force leurs esclaves, pour aller se réfugier sur la terre

malgache.49 Pour ceux qui restèrent, les indemnités promises n’arrivaient

toujours pas, et l’impatience montait. En outre, chez les esclaves nouveaux

affranchis, il en résultat un mouvement de fuite et d’émigration.50 Par ailleurs,

les chefs sakalavas voulurent frapper un grand coup, en essayant d’enlever le

roitelet Ranou de Nossi-Bé, fils de Tsioméko. Mais leur objectif principal était

celui d’exterminer les Français « soit en masse, soit en détails, par des

46
   Raymond Decary, op.cit, page 94. Malgré l’abolition de l’esclavage, la traite
et l’esprit esclavagistes subsistaient encore jusqu’au début du XXème siècle.
Lors des enquêtes orales que nous avons réalisées à Nossi-Bé, certaines
personnes âgées d’origine malgache Makoas, et même un Indien, nous ont
avoué avoir vu dans leur jeunesse, vers les années 1920-1930, des esclaves liés
l’un à l’autre par des cordes. La pratique, bien qu’elle était peu courante, et
clandestine, était entre les mains des Arabes, qui continuaient à attraper des
Africains pour les vendre aux Karanas (Indopakistanais) de Nossi-Bé, qui s’en
servaient comme domestiques, ou pour la construction de leurs demeures.
47
   Raymond Decary, op.cit, page 94.
48
   Raymond Decary, op.cit, pages 34-35.
49
   Raymond Decary, op.cit, page 35.
50
   Raymond Decary, op.cit, page 35.

                                        20
assassinats ».51 L’hostilité montait contre les Français, et l’explosion se

produisit car les indemnités promises n’étaient pas toujours payées, même si le

Commissaire de la République, venu de Mayotte a essayé provisoirement

d’apaiser les esprits. Le foyer de la conspiration était l’ancienne ville de Nossi-

Bé, Ambanoro.52 Les Sakalavas envisagèrent une attaque générale de l’île à

partir de la pointe d’Ankify, qui se trouve au Nord de Madagascar.53 Des

expéditions de pillage et de brigandage, ainsi que des insultes s’ensuivirent. A

Hell-Ville, on renforça la défense, en créant une milice constituée des habitants

de l’île. « Au total 600 civils venaient ainsi s’ajouter à la petite garnison qui

comprenait alors 50 soldats européens, 75 Africains et 5 artilleurs, en face des

Sakalavas ennemis dont le nombre était estimé à trois ou quatre mille ».54 Les

Sakalavas organisèrent des incursions par pirogues du 14 au 16 juin 1849, et de

nombreux villages de Nossi-Bé furent attaqués et incendiés, les troupeaux et les

gens enlevés. « Le 18, au matin, les Sakalavas enhardis par leur premier succès,

avancent en trois troupes fortes chacune de 1000 à 1500 hommes. La mitraille

des canons, les feux de mousqueterie des défenses avancés, ne les arrêtent pas

tout d’abord ; leur progression continue et notre position devient critique.

L’artillerie leur fait alors un mal considérable. Ils s’arrêtent et bientôt c’est la

51
   Raymond Decary, op.cit, page 35.
52
   Raymond Decary, op.cit, page 36.
53
   Raymond Decary, op.cit, page 36. Cette pointe d’Ankify sert actuellement de
relais entre Madagascar et Nossi-Bé. 14 kilomètres la séparent de Nossi-Bé. On
met 30 minutes en bateaux rapides ou zodiacs pour relier les deux îles en 2008
alors qu’on y mettait 2H30 dans les années 1980 dans des barges.
54
   Raymond Decary, op.cit, page 37.

                                         21
déroute. Nos troupes et les partisans conduits par quelques colons (...) se

lancent à leur poursuite et leur tuent de nombreux hommes. Les Sakalavas

doivent se rembarquer (...) l’affaire est terminée ».55 Une nouvelle tentative de

représailles eut lieu du 27 février 1851 au 6 avril 1851 ; les révoltés se firent

aidés par des Mérinas. Elle se concrétisa par la mort du roi de Vohémar, venu

s’établir à Nossi-Bé, depuis 1846. Les assaillants emportèrent sa tête comme

trophée56. La bourrasque de 1849 créa un sentiment d’insécurité dans toute

l’île.57 En 1861, la reine Ranavalona 1ère (1828-1861) meurt. Une ère de paix

semble commencer avec Radama II (1861-1863). « Un certain nombre de

Sakalavas, connaissant les sentiments de bonté et l’esprit du nouveau roi, et en

concluant à l’ouverture d’une ère de paix et de sécurité au cours de laquelle ils

allaient jouir d’une complète indépendance, émigrent pour s’installer sur la

Grande Terre. »58

      La paix régnait jusqu’en 187059. Cette année là, fut marquée par l’annonce

de la guerre franco-prussienne. Les représentants de la maison allemande

O’Swald reçoivent l’ordre de quitter Nossi-Bé.60 Trois mois après la défaite de

Sedan qui date du 02 septembre 1870, la Nouvelle République, la IIIème du



55
   Raymond Decary, op.cit, page 38.
56
   Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar, op.cit, page 59.
57
   Raymond Decary, op.cit, page 39.
58
   Raymond Decary, op.cit, page 48.
59
   Sous le Second Empire de Napoléon III (1852-1870), une paix relative et un
respect mutuel régnaient.
60
   Raymond Decary, op.cit, page 57.

                                       22
nom, n’est proclamée à Nosy-Bé que le 04 décembre 1870, au cours d’une

cérémonie officielle à Hell-Ville.61


61
   Raymond Decary, op.cit, page 58. La IIIème République a été proclamée à
Paris le 4 septembre 1870 à la suite de la défaite de Sedan qui marquait la fin du
Second Empire (1852-1870) de Napoléon III. Nossi-Bé avait donc plus de trois
mois de retard au niveau de la transmission et de la réception des informations
par rapport à la France métropolitaine. Cela était lié certainement à la durée
moyenne du trajet que mettaient les bateaux à vapeur pour traverser l’océan
Atlantique pour atteindre l’océan Indien après avoir doublé le Cap de Bonne
Espérance en cette fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. A peu
près à la même époque, poussés par les vents de la mousson d’hiver (soufflant
de décembre à avril), les premiers indiens, sujets britanniques de la région du
Gujerat (Inde anglaises), arrivent dans des boutres dans la rade d’Ambanoro
Nosy-Bé après avoir fait escale en Afrique de l’Est et surtout à Zanzibar ou à
Mombassa. De mai à novembre, les vents de la mousson d’été permettaient aux
boutres indiens de faire le voyage dans le sens inverse. Ces boutres qui étaient
des lourds navires à mât unique, penché en avant avec une grande voile latine et
un château arrière pouvant remonter au vent, étaient trop lourds pour doubler le
Cap d’Ambre, et de plus, la navigation sur la côte est de Madagascar était
rendue très aléatoire du fait d’une forte houle de cyclones, de tempêtes, et de
manque d’abris sûrs. Donc les boutres longeaient les côtes arabes, puis
africaines et arrivaient dans la rade d’Ambanoro à Nosy-Bé où les indiens
commencèrent à s installer petit à petit. Depuis 1876, la reine Victoria été
proclamée Impératrice des Indes. Les Indiens deviennent alors des sujets
britanniques. La présence des Indiens et plutôt des boutres originaires du Golfe
de Cambay, faisant du commerce de cabotage dans l’océan Indien était déjà
signalée par Vasco de Gama en 1498, dans son journal de bord. En 1508, un
Amiral portugais, Lopes de Sequeira mouillant dans le Sud malgache a aussi
signalé la présence des indiens. En 1775, Nicolas Mayeur, commerçant français
à Madagascar constate la présence des indiens aussi. Leurs descendants qui vont
s’établir à Ambanoro (village de Nosy-Bé), seront les fondateurs des grands
lignages indiens « Karanas » présents aujourd’hui dans toute l’île de
Madagascar et même ailleurs. Le plus vieux cimetière indien date de 1880 si on
se réfère à la date inscrite sur la première tombe encore visible à Ambanoro
(Nosy-Bé), ainsi que la mosquée de Nosy-Bé totalement en ruine, date de 1870.
D’après Jacques Bousiges, Sophie Blanchy et Sophie Romeuf-Salomone, les
Indiens étaient 26 en 1868, 200 en 1875, 511 en 1905, 520 en 1908, 569 en
1911, 494 en 1925 et 352 en 1939 à la veille de la Seconde Guerre mondiale sur
l’île de Nosy-Bé. Fuyant la crise démographique, les disettes, les famines, les
sècheresses et les épidémies qui frappèrent l’Inde à la fin du XIXème siècle, ces

                                        23
      Le 4 mai 1888, Nossi-Bé fut séparée de Mayotte, et rattachée du point de

vue administratif à Diégo-Suarez, où fut installé un gouverneur.62 Pendant tout

ce temps, les droits de la France sur la côte nord-ouest de Madagascar étaient

discutés par les Mérinas. En 1889, ces derniers occupèrent officiellement les îles

Nossi-Faly et Nossi-Mitsiou.63 Les premières évacuations d’Européens

commencèrent en novembre 1894. « Les colons et commerçants d’Ankify et du

Sambirano sont repliés sur Nossi-Komba ; les Indiens viennent se réfugier à

Nossi-Bé. De leur côté, les Mérinas se fortifient ».64 Les menaces se précisent.

Petit à petit, les Français attaquent et occupent Tamatave et Majunga. Le 30

septembre 1895, Tananarive est prise par les Français. Cette nouvelle arrive le

22 octobre 1895 à Hell-Ville. « Ce brillant fait d’armes, écrit l’administrateur

principal au ministre, a produit dans toute la région une émotion intense, les

Hovas ayant répété que les Français n’atteindraient jamais leur capitale ».65 La

pacification de Madagascar est alors terminée. Le calme revient à Nossi-Bé. Le


indiens allèrent chercher à Nosy-Bé, des moyens d’existence d’autant plus que
qu’un décret du roi malgache Radama 1er datant du 18 juin 1825 permettaient
aux Anglais et aux sujets anglais de résider à Madagascar et à faire du
commerce. Ils sont venus par vagues successives mais volontaires des villages
indiens de Kathiawar, du Gujerat, de Jamnagar, de Bombay, de Surat, de Rajkot,
du Kusch-Mandui ou Porbandar. C’est par le biais d’une immigration spontanée,
individuelle puis familiale que s’est constituée la congrégation indienne de
Nosy-Bé depuis la fin du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle
(1920). Les indiens était 303 en 1999 et il doit en rester quelques 150 individus
actuellement.
62
   Raymond Decary, op.cit, page 78.
63
   Raymond Decary, op.cit, page 78.
64
   Raymond Decary, op.cit, page 84.
65
   Cité par Raymond Decary, op.cit, page 86.

                                        24
3 novembre 1895, le poste de défense devenu inutile, est évacué. Le 10

décembre 1895, Nossi-Komba est aussi évacuée. A partir de 1896, « l’histoire

de Nossi-Bé, va désormais s’intégrer dans celle de l’île de Madagascar. Le

décret du 28 janvier 1896 rattache l’établissement à Madagascar. »66 En effet,

en 1896, la France de la IIIème République possédait déjà depuis 1839 et 1841,

les îles de Sainte-Marie et de Nosy-Bé. Le 28 juillet 1885, dix ans après

l’Amendement Wallon et les lois constitutionnelles de 1875 qui légitimaient la

IIIème République, Jules Ferry relançait la conquête du Tonkin et de

Madagascar. Luttant contre un certain Georges Clemenceau - fervent défenseur

des deux filles de la France « l’Alsace et la Lorraine » et voulant faire de la

récupération de ces deux régions une priorité nationale - Jules Ferry réussit à

donner vie à l’idéologie coloniale et à faire renaître le rêve de la conquête de

Madagascar. En 1885, un traité de paix établit le protectorat de la France sur

Madagascar et lui concéda Diégo-Suarez. Le premier Résident Général de

France, Le Myre de Villiers s’installa en 1886 à Tananarive. Mais les malgaches

avaient signé à contrecoeur, et les conflits s’accumulant en 1894, le Résident

Larrouy a du quitter Tananarive. Le projet d’une expédition militaire fut alors

envisagé67. L’administrateur Laroche ne parvient pas à réduire les soulèvements


66
   Raymond Decary, op.cit, page 87.
67
   - Jean Martin, L’Empire triomphant 1871/1936, tome 2, L’Aventure Coloniale
de la France, Denoël, 1990, (le cas de Madagascar, pages 271-377).
- Jean Planchais, L’Empire embrasé 1946/1962, tome 4, L’Aventure Coloniale
de la France, Denoël, 1990, (le cas de Madagascar, pages 205-221).


                                       25
dans les provinces, et le Général Gallieni prit en main la Colonie de 1896 à

1905.

        Dans l’Histoire de Nosy-Bé, il y aune petite anecdote qui mérite toute sa

place. L’histoire que je vais raconter s’est vraiment déroulée en 1905. Lorsque

j’ai fait une excursion vers les îles satellites de Nosy-Iranja en juillet 2006, le

capitaine de bateau a ralenti au beau milieu de la mer pour me montrer un lieu

historique qu’il a appelé la Baie des Russes ! Alors je lui ai demandé pourquoi

les Russes ? Qu’est ce qu’ils sont venus faire au large de l’île de Nosy-bé ? Il

m’a dit qu’il ignorait. Par contre, j’ai pu vérifié l’existence d’un cimetière russe

sur l’île où sont enterrés des marins russes ! Alors vous devez vous demandez

que faisaient les Russes au début du XXème siècle, à proximité d’une colonie

française africaine, en plein Canal de Mozambique ? Ce sont la curiosité d’esprit

et la passion pour notre matière qui nous apportent la réponse à cette question.

En effet remontons en cette année 1905 : Alors que les Européens, réunis autour

du chancelier Bismarck en Allemagne, à la Conférence de Berlin en 1885 se

sont partageaient l’Afrique, deux autres puissances faisaient leurs entrées

respectives sur la scène internationale par des visées impérialistes. Ces deux

puissances sont les Etats-Unis du président McKinley, puis de Théodore

Roosevelt et le Japon de l’ère Meiji de l’Empereur Mutsu Hito. Le Japon devient

moderne et l’empereur va révolutionner le pays. Le Japon devient une puissance

impérialiste en Asie. Il a pris par dans le dépècement de la Chine entrant

directement en rivalité avec la Russie. La Russie ? Et bien voilà on y est ! Le


                                         26
Japon avait acquis une sphère d’influence en Chine. Dès 1874, puis 1895, il

dominait la façade maritime de la Chine, avec la Corée, Formose et les îles

Pescadores ainsi que l’archipel des îles Ryuku. Or l’impérialisme russe de son

côté se développait puissamment dès 1902, en Mandchourie et s’infiltrait en

Corée, dans la zone d’expansion justement japonaise. : Le conflit entre les

Russes impérialistes et les Japonais expansionnistes devenait donc inévitable. Et

Nosy-Bé dans tout ça ? J’y viens ! J’y viens …! En 1904, sans déclaration de

guerre, la flotte japonaise attaquait les navires russes à Port-Arthur, et l’armée

japonaise s’emparait de la ville. La victoire de Moukden leur permis de chasser

les Russes du sud de la Mandchourie. La flotte japonaise de l’amiral Togo

coulait en 1905 une flotte russe de renfort. La flotte russe d’Extrême-Orient était

insuffisante (28 cuirassés d’un vieux modèle) pour faire face aux Japonais. Les

Russes, sur ordre du Tsar Nicolas II (1894-1917), avaient décidé d’envoyer en

renfort leur flotte de la Baltique (37 navires très anciens) commandée par

l’amiral Rojdestvensky quittent le port de Saint-Pétersbourg en octobre 1904.

L’amiral Rojdestvensky, pour éviter les navires britanniques, amis du Japon,

avait dû descendre la mer du Nord, la Manche, l’Atlantique jusqu’au cap de

Bonne Espérance au Sud de l’Afrique. Après avoir contourné l’Afrique et fait

son entrée dans l’océan Indien, la flotte russe de l’amiral Rojdestvensky a longé

le Canal de Mozambique et s’est retrouvée dans la baie de Nosy-Bé. A la mi-

décembre 1904, une escadre russe entra dans la rade de Nosy-Bé, sur la côte

ouest de Madagascar. Les amiraux du Tsar Nicolas II, conduisaient une armada


                                        27
de vaisseaux de la Baltique vers l’Extrême-Orient pour faire la guerre contre le

Japon. Parmi ces vaisseaux il y avait l’ « Aurore ». L’escadre russe resta

quelques mois à Nosy-Bé. On réparait les machines. Le matin, on entendait des

coups de feu sur la rade paisible, et les maîtres d’équipage qui hurlaient dans les

porte-voix : les bateaux s’entraînaient au tir. L’ « Aurore » se trouvait non loin

d’un cuirassé amiral, et de son bord on voyait les commissaires s’agiter. Le

commandant était nerveux. Chaque jour apportait des nouvelles plus mauvaises

que celles de la veille68. La guerre contre le Japon touchait à sa fin. La forteresse

de Port-Arthur s’était déjà rendue, et les navires de l’escadre du Pacifique

avaient été détruits. Il allait falloir traverser l’océan, les mers du Sud, gagner les

îles rocheuses de Tsushima. Depuis la baie s’appelle la Baie des Russe entre

Nosy-Bé et Nosy-Iranja.69 Aujourd’hui, en 2008, ce sont les bateaux de


68
   Tour du Monde à travers les Mers du russe Sviatoslav Sakharnov, éditions du
Progrès, Moscou, 1982, page 132 et page 105.
69
   . Le croiseur « Aurore » a rejoint la flotte russe. Une bataille se déroula près
des îles rocheuses de Tsushima ou Tsoushima le 27 mai 1905, entre les flottes
russe et japonaise. L’« Aurore » faisait partie des croiseurs qui devaient protéger
des navires de transport. Aux sept croiseurs russes, les Japonais en opposaient
seize. L’« Aurore » fut pris sous les rafales du feu ennemi. Le commandant fut
tué. Epuisés par près d’un an de route maritime malgré la halte de Nosy-Bé, qui
les a amené de la Baltique à l’Extrême-Orient, mal préparés au combat, les
navires de l’escadre russe cédèrent. Le sort de la bataille était décidé, la plupart
des croiseurs russes avaient coulé. Tout en parant les attaques des torpilleurs
japonais, l’« Aurore » repartit vers le Sud, et se dirigea vers le port de Manille
dans les Philippines ! La Russie fut vaincue et dut accepter la médiation
américaine du Président Théodore Roosevelt, et signer la paix de Portsmouth :
Pour la première fois dans l’Histoire, une grande nation européenne était
vaincue par un pays asiatique combattant seul. Le Japon, après confirmation de
sa zone d’influence en Chine, devenait une nation à part entière : Sa
participation tardive à la première guerre mondiale lui permettra d’être un des

                                          28
plaisance et non de guerre qui stationnent dans cette baie, propice à la plongée et

aux excursions vers d’autres îles. Les capitaines de petits zodiacs et bateaux de

tourisme malgaches emportant les touristes surtout italiens, ont même

transformé le nom de la Baie des Russes en l’appelant la Baie des Ruses !!! Du

village d’Ambatoloaka en Nosy-bé, des bateaux partent vers les îles de Nosy-

Iranja, en passant justement dans la mer de la Baie des Russes !

      Revenons à notre histoire politique et coloniale de Nosy-Bé qui est

désormais celle aussi de l’île rouge de Madagascar.

      En 1905, lors du départ de Galliéni70, Madagascar était devenue colonie

française. En 1897, la monarchie et la royauté furent abolies. L’unité politique



signataires de la paix de Versailles, et de recueillir l’héritage allemand en Chine.
Quand à la Russie, elle devait se préparer à la 1ère guerre mondiale qui
s’annonçait en 1914. Elle signera en décembre 1917, l’armistice de Brest-
Litovsk avec l’Allemagne mettant ainsi fin à sa participation au conflit mondial.
La Révolution Russe de 1917 donnera naissance à l’immense URSS en 1922.
70
   Dans l’Histoire de la France coloniale, relevant du Second Empire colonial
(XIXème-XXème siècles), à la manière de Galliéni, d’autres noms vont marquer
de leurs empreintes, le récit des explorations et des conquêtes et s’illustrer par
leur côté militaire et aventureux dans le tracé des frontières entre les pays
d’Afrique. Plus tard, leurs noms apparaîtront dans les manuels scolaires. Nous
pouvons citer quelques uns : Savorgnan de Brazza pour le Congo, le Maréchal
Bugeaud et le duc D’Aumale pour l’Algérie, Faidherbe au Sénégal, Lyautey et
le Maréchal Joffre à Madagascar, Foureau et Lamy au Sahara, le capitaine
Binger au Côte d’Ivoire, Marchand au Congo. En dehors de la France, d’autres
puissances coloniales ont eu aussi leurs acteurs : Pour les Anglais, nous pouvons
prendre les exemples de Kitchener, Livingstone et Stanley. Pour les Portugais,
nous pouvons citer Serpa Pinto. Pour les Italiens, un certain Bottego et pour les
Allemands, des noms comme Bath, Rohlfs, ou encore Nachtigal.
La poussée des Européens vers l'intérieur de l'Afrique commence avec
l'expédition d'Henry Morton Stanley. Afin de gérer les rivalités et d'éviter un
conflit sur leur propre sol, les puissances européennes se réunissent en

                                         29
conférence à Berlin. La conférence de Berlin s’est déroulée entre le 15
novembre 1884 au 26 février 1885.
Les pays se sont réunis à Berlin, autour du chancelier Bismarck, pour se partager
le continent africain. Les philosophes de la période des Lumières ayant
démontre l'inhumanité de l'esclavage, l'interdiction de la traite des esclaves
(mais pas l'esclavage lui-même) a été incorporée aux documents clôturant le
congrès de Vienne en 1815. La Marine britannique prend une part importante à
l'éradication de ce commerce. Les comptoirs commerciaux européens y perdent
une partie de leurs richesses, tandis que l'ouverture en 1869 du canal de Suez,
qui raccourcit la route des Indes, ne fait qu'ajouter à la perte de leurs revenus.
Les puissances européennes se réunissent à Berlin afin de définir leurs intérêts
réciproques en Afrique. Les décisions de la conférence sont désastreuses pour le
continent. En effet, cet accord permet à toute puissance européenne d'explorer
l'intérieur du continent et de revendiquer la possession des terres découvertes, en
en informant les autres signataires. Ces droits territoriaux étant accordés au
premier qui les demande, on assiste à ce que les Français appellent « la course
au clocher ». Les limites n'ayant été établies que dans les zones côtières déjà
connues, une course s'engage à l'intérieur pour s'adjuger la plus grande partie de
terres possible. Les frontières sont donc tracées arbitrairement, sans égard pour
la cohésion des populations locales. Elles sont aujourd'hui la cause de nombreux
conflits entre les nouveaux États africains. Le journaliste Henry Morton Stanley
se rend en Afrique équatoriale à la recherche de David Livingstone, porté
disparu. Puis il traverse le continent d'est en ouest et donne aux Européens
l'occasion de pénétrer à l'intérieur. En 1879, il se met au service du roi de
Belgique Léopold II, pour lequel il créera l'État indépendant du Congo, en 1885,
appartenant personnellement au souverain. Le problème posé par l'accès du
Congo à la mer provoque l'ouverture en 1884-1885 de la conférence de Berlin,
qui réunit 14 pays européens et les États-Unis et aboutit au partage de l'Afrique.
C’est dans les années 1880, que tout a commencé. L'intérêt pour les colonies
s'accroît encore en raison du besoin de matières premières réclamées par la
révolution industrielle, qui permet à son tour de rentabiliser la colonisation. Sans
égard pour les civilisations rencontrées dans ces territoires, les Européens
justifient leur projet colonial par des arguments relatifs à leur propre
développement. Les pays européens deviennent des grandes puissances
coloniales. Les intérêts de la France et de la Grande-Bretagne se heurtent au sud
de l'Egypte et l'affaire de Fachoda fait craindre la guerre. A partir des années
1870, sous le Premier ministre Benjamin Disraeli, la Grande-Bretagne s'applique
à étendre son empire (p. 393) en acquérant le plus grand nombre de territoires
possible. L'immensité de ses colonies -avec leurs matières premières, leur main-
d'œuvre, leurs marchés, et leurs soldats - font d'elle une puissance mondiale.
Une décennie plus tard, la France de la IIIe République, au faîte de sa puissance,
cherche à atteindre le même but. En 1881, elle établit son protectorat sur la

                                         30
Tunisie, en proie à des problèmes financiers importants - de la même façon que
la Grande-Bretagne s'imposera en Egypte l'année suivante. À partir de ses
comptoirs côtiers du Sénégal, de Côte d'Ivoire, du Dahomey et du Congo, la
France étend son projet colonial sur l'Afrique occidentale. Elle le complète par
l'occupation du Sahara afin de créer un ensemble continu avec les colonies de
Tunisie, du Maroc et d'Algérie. La France entre bientôt en conflit avec la
Grande-Bretagne, qui tente de réaliser le projet de Cecil Rhodes. Ce dernier
souhaite réunir en un seul territoire les possessions « du Cap au Caire » (c'est-à-
dire du cap de Bonne-Espérance à la Méditerranée) et les faire traverser par un
chemin de fer. En 1898, l'affaire de Fachoda menace de déboucher sur un conflit
entre la France et la Grande-Bretagne, mais le fair-play des officiers en présence
permet de l'éviter. Après sa victoire sur l'État mahdiste au Soudan, lord
Kitchener fait route vers le sud, où il rencontre à Fachoda l'expédition du
commandant Marchand, qui vient de Brazzaville. L'Anglais considère le Soudan
comme une partie de l'Egypte, et le Français estime qu'il est arrivé le premier.
Le fair-play des deux hommes permet d'éviter le conflit. Puis le ministre français
des Affaires étrangères trouve un compromis. En 1899, on décide que les
Anglais seront souverains sur le Nil et les Français sur les territoires situés à
l'ouest du Darfour, c'est-à-dire sur l'ensemble du Sahara. Tandis que ces deux
puissances se partagent une grande partie de l'Afrique, l'Allemagne et l'Italie
tentent elles aussi d'y acquérir des territoires. Les Allemands se sont déjà
engagés en créant des colonies au Togo et au Cameroun en 1891. Ils poursuivent
cette politique en Afrique orientale (Tanganyika) et dans le Sud-Ouest africain
(Namibie), où, en 1904 et 1905-1907, ils écrasent avec une brutalité extrême les
soulèvements des Hereros et des Maji-Maji. Le rêve des Italiens de créer un
empire dans la Corne de l'Afrique s'effondre en 1896 après leur défaite devant
les Abyssins à Adoua. Jusqu'en 1936, date à laquelle l'Italie prendra le contrôle
d'une grande part de l'Abyssinie, les possessions italiennes se limitent à
l'Erythrée et à une partie de la Somalie. En 1914, la conquête du continent
africain était achevée. L’Angleterre possédait les colonies les plus rentables avec
l’Afrique du Sud où l’on venait de découvrir des mines d’or et de diamants. La
France avait d’immenses étendues de territoires de valeur très inégale. Elle
venait d’imposer son protectorat au Maroc. La Belgique, l’Italie, l’Allemagne, le
Portugal et l’Espagne étaient beaucoup moins bien partagés. L’Afrique était
devenue une annexe de l’Europe de l’Avant-guerre. Les Français en Afrique
Occidentale (AOF) déjà installés au Sénégal, occupent Niger jusqu’à
Tombouctou, la Côte d’Ivoire, le Dahomey et la Guinée sur le Golfe. En 1900,
la liaison est établie de l’Algérie à l’Afrique Equatoriale Française (AEF) et du
Sénégal au Tchad. Les Anglais développent leur colonisation de l’Egypte
jusqu’au Cap, occupant Zanzibar, le Bechuanaland, la Rhodésie et le Soudan. En
créant la Rhodésie (ligne de chemin de fer le Cap-Le Caire), l’Angleterre
empêcha le Portugal de relier l’Angola et le Mozambique.

                                        31
était faite. Nosy-Bé, la petite française connaîtra alors la deuxième partie de son

Histoire coloniale dans le giron de celle de Madagascar de 1896 à 1960. On est

ici dans le Second Empire colonial français. La France avait, depuis Napoléon

Ier, une administration très centralisée71 : toutes les décisions, toute l'impulsion


71
   Il n'y a pas un système colonial, appliqué par toutes les métropoles, mais des
systèmes coloniaux. Chaque puissance a improvisé une administration, des
méthodes, des règles. La France a eu trois ou quatre politiques coloniales;
l’Angleterre changeait de méthodes avec chaque colonie; l’Allemagne, le
Portugal, la Belgique, l'Espagne, la Hollande avaient toutes des principes
différents. Et cependant la domination coloniale, malgré les tâtonnements et les
nuances locales, présentait certains grands caractères communs au début du 20e
siècle. Il a fallu créer une idéologie coloniale :
        La plupart des fondateurs d'empires coloniaux insistèrent sur la nécessité
économique, pour les grands pays industriels, d'avoir des colonies ; ainsi se
répandit l'idée que les colonies pouvaient être rentables. Jules Ferry disait : « La
politique coloniale est fille de la politique industrielle », et Léopold II, roi de
Belgique : « Une nation manufacturière et commerçante doit s'efforcer d'assurer
des débouchés à tous les travailleurs.» En Angleterre, en Allemagne, l'expansion
coloniale était présentée d'abord comme intéressante sur le plan économique ;
dans tous les pays on insistait sur l'intérêt minier que présentaient les terres
nouvelles, sur la richesse des plantations. L'expansion coloniale avait également
clés motivations humanitaires, religieuses, politiques et stratégiques. Les
sociétés boursières se constituaient autour de mines imaginaires soi-disant
découvertes en Chine ou en Afrique. On attirait ainsi l'argent des épargnants. On
impressionnait les parlementaires en leur faisant croire que les colonies étaient
riches en or, pour les décider à voter en faveur des interventions armées : à la
Chambre française, en 1884, on distribuait des cartes du Tonkin portant la
mention « régions inconnues, grosses pépites ».Mais une fois que les pays
européens se furent rendus maîtres de leurs colonies, ils eurent à définir une
doctrine coloniale qui était en même temps pour eux une justification et une
orientation pour l'action. En France, en 1894 avait été créé un ministère des
Colonies, puis une Ecole coloniale, fournissant des cadres pour la colonisation.
Un petit nombre d'hommes politiques, d'hommes d'affaires, de hauts
fonctionnaires et de militaires définissaient l'action coloniale, La Ligue maritime
et coloniale, les « expositions coloniales » (la première eut lieu à Marseille en
1906) étaient là pour vulgariser cette action, pour la faire connaître et apprécier
du grand public français. Le groupe colonial français comprenait des
personnages considérables comme le Président de la République Félix Faure, le

                                         32
venaient du gouvernement de Paris. La France appliqua ses méthodes

centralisatrices à son nouvel empire d'outre-mer, qui comprenait des colonies et

des protectorats. Les colonies furent rattachées à un ministère commun, le

ministère des Colonies, créé en 1894. Le ministre nommait quatre gouverneurs

généraux : d'Indochine, d'Afrique Occidentale Française, de Madagascar et

d'Afrique Équatoriale Française72 : Les gouverneurs généraux dirigeaient l'action

des gouverneurs, placés à la tête de territoires aux dimensions plus restreintes.73



Président du Sénat Jules Siegfried, le Président du Conseil Jules Ferry, plus tard
le Ministre des Affaires étrangères Théophile Delcassé. Il était soutenu par les
groupes commerciaux des grands ports, Marseille, le Havre, Bordeaux ; par les
industriels exportateurs, les marchands de soie de Lyon, de coton et de laine du
Nord, les fabricants de sucre, les compagnies de navigation et d'import-export.
72
   L'Indochine était dotée d'un régime spécial, puisque le gouverneur général
avait sous son autorité une seule colonie, la Cochinchine, et quatre protectorats
dont deux (Laos et Tonkin) n'avaient plus de souverains. Les Gouverneurs
d'Indochine administrèrent tout le pays directement, quelquefois avec souplesse
(Paul Bert, Pavie, Gallieni) ou avec rudesse, comme Paul Doumer, partisan de la
manière forte.
73
       Mais le traitement des colonies française n'était pas identique : L’Algérie
par exemple avait une situation à part : elle dépendait non du ministère des
Colonies, mais du ministère de l'Intérieur, comme les départements français.
Elle était du reste divisée en départements, et dirigée par un gouverneur général.
Le général Chanzy disait en 1879 : «L'Algérie fait partie intégrante de la France
et doit vivre la même vie qu'elle. » Il y avait près de 300 000 colons français en
1900 et l'on avait donné aux Israélites la citoyenneté française. Jules Ferry.
Cambon, Jonnart, craignaient de donner la citoyenneté aux Musulmans : aussi
abandonnèrent-ils la politique d'assimilation pour accorder aux colons un régime
d'autonomie, excluant les musulmans de la direction des affaires publiques : On
prétendait y pratiquer la politique d'assimilation, qui tendait à faire de ses
habitants, progressivement, des citoyens français. Le problème était de savoir si
tous les « indigènes » auraient les mêmes droits que les Français : les colons
étaient très opposés à cette solution. Aussi le gouvernement pencha-t-il
finalement pour une politique d'autonomie, accroissant les pouvoirs du
gouverneur général, assisté d'un Conseil supérieur de 60 membres dont 7
seulement étaient des indigènes, et par d'autres organismes également réservés

                                         33
      Le 26 juin 1960, rentrant dans la mouvance des pays asiatiques et

africains demandant à devenir indépendants, et encouragée par l’URSS,

Madagascar aussi demande et obtient la sienne. La destinée de l’île de Nosy-Bé

- qui était rattachée, souvenons-nous-en seulement depuis 1896 à l’Ile Rouge -

connaîtra alors les péripéties et les soubresauts de l’époque post-coloniale. Elle,

dont la population aimait tant la France, se trouvera définitivement embarquée

vers la destinée et les désillusions d’une Ile-continent (Madagascar), une des

plus pauvres au monde et en plus marquée par des guerres civiles cycliques et

des guerres intertribales chroniques. Tous ces facteurs alimentent l’instabilité

aux colons. A côté du Conseil supérieur de 60 membres, l'Algérie avait des
délégations financières qui votaient le budget et qui étaient élues au système
restreint, c'est-à-dire n'accordant qu'une représentation très minoritaire aux
indigènes. Aux Conseils généraux des départements, les Musulmans ne
pouvaient occuper que le quart des sièges.
       Dans les petites colonies, par contre, l'assimilation était choisie pour idéal
: les Antilles, la Réunion, les villes de l'Inde française, la Guyane, la Nouvelle-
Calédonie, l'Océanie, et même la Cochinchine et le Sénégal, qui étaient les
colonies les plus anciennes, reçurent des Conseils généraux élus, administrant
les affaires locales. Elles élisaient aussi des représentants à la Chambre des
députés de Paris. Mais les électeurs étaient presque uniquement des colons
français.
       Il y a eu aussi le régime des protectorats : Les protectorats dépendaient en
principe du ministère des Affaires étrangères, mais seuls le Maroc et la Tunisie
en relevaient en fait. Partout ailleurs le ministère des Colonies était compétent.
Un résident général français était nommé auprès du souverain indigène. Il
contrôlait le gouvernement et dirigeait les Affaires étrangères. En fait, la volonté
de mettre le pays en exploitation conduisit les résidents à développer une
administration directe, doublant chaque responsable indigène d'un agent
français. Cela permettait de lever l'impôt, de gérer les terres et les biens, de
développer les travaux publics en organisant les corvées. En conclusion, nous
pouvons dire que la France avait une administration coloniale centralisée
(ministère des Colonies à Paris), mais hésitait entre l’assimilation des
« indigènes » (Algérie) et l’association. Dans les colonies comme dans les
protectorats, elle avait recours à l’administration directe.

                                         34
politique, économique et accroît la misère sociale. A la manière des matelots sur

un bateau à la dérive, la population de l’île cherche, poussée par un formidable

instinct de survie, la lueur d’un espoir qui lui donne quotidiennement des

mirages !

       Nosy-Bé aujourd’hui est une île touristique, et connaît les « splendeurs et

les misères » du tourisme qui est devenu une manne pour la population locale.

L’île se développe au niveau des infrastructures avec des travaux d’adduction

d’eau, de réseaux d’électricités, et un nouveau plan urbanistique engagé depuis

2006 par le nouveau président Marc Ravalomanana. Ce sont les cadres chinois

qui ont décroché ce marché. Ces travaux sont en cours actuellement….Par

ailleurs, des hôtels et des restaurants flambent de partout. Hell-Ville est en train

de devenir une ville-champignon où abondent - au sein d’une illusion de

richesse créée par le tourisme, et la peur du lendemain ancrée dans la réalité

quotidienne marquée par la misère - les espérances et les sourires radieux d’un

ou de plusieurs peuples cosmopolites, offrant au visiteur - qui se balade dans les

rues de Hell-Ville, portant des noms qui rappellent la France, pays dont la

langue est toujours symbole de prestige et de mélancolie nostalgique de la

période coloniale - le sentiment d’être toujours chez lui. La mémoire des

gérontocrates et des patriarches de famille composée de nombreux francophones

et de francophiles de Nosy-Bé transmet à leurs enfants, puis à leurs petits-

enfants, un certain amour de la France teinté de nostalgie et, en se rappelant des

histoires vécues, les incite à respecter le savoir, le savoir-faire et la civilisation


                                          35
d’une France dont la langue reste le symbole de prestige et de réussite et surtout,

en leur apprenant aussi dès leur enfance, à respecter la Grande Ecole laïque de la

République et ses grandes valeurs fondées sur les idéaux de la méritocratie.

      Nosy-Bé est aujourd’hui est îlot entourée de nombreuses îles magnifiques

qui sont des véritables perles dans l’océan Indien. Si elles sont moins connues

que les archipels des Seychelles ou des Mascareignes comme La Réunion ou

Maurice, elles font doucement doucement leurs entrées et figurent sur les

vitrines dorénavant des agences de voyages, dans les dépliants touristiques et

même dans les programmes de croisières. L’île possède un extraordinaire

potentiel touristique qui peut satisfaire aussi bien le routard ou l’aventurier que

celui ou celle qui y vient pour se bronzer au soleil sur des plages à la recherche

du calme et d’une certaine tranquillité thérapeutique. Les fonds marins sont

parmi les plus beaux de Madagascar. L’intérieur de l’île se prête à de excellentes

ballades à moto, à pieds, ou à vélo ou encore ….en 2CV… . Les promeneurs

peuvent se balader entre les champs de cannes, les lacs, les villages typiquement

africains, les cultures autovivrières, et les plages isolées de l’extrême Nord. L’île

de Nosy-Bé envoûte pas mal de gens à la recherche d’une nouvelle destinée ou

d’une nouvelle vie, d’une nouvelle page d’Histoire à écrire. Les expatriés

résidents y sont nombreux, et la population commence même à se métisser

magnifiquement donnant naissance à des syncrétismes culturels, de couleurs, et

des senteurs que l’on peut croiser dans les rues de Hell-Ville, ou au marché de

Hell-Ville ou grouille la population cosmopolite. Même si aujourd’hui, à cause


                                         36
des travaux en cours, le délestage (coupure fréquente de l’électricité) est présent,

les coupures d’eaux aussi à cause des travaux d’adduction, la poussière, Nosy-

Bé en a charmé plus d’un et continue de le faire ….Cette île paradisiaque est

aussi connue pour ses belles langoustes rouges grillées et ses cigales de mer

fraîches que l’on peut déguster dans les gargottes des villages ou dans des

restaurants réputés. On ne se lasse pas de cette île, et bien que les prix

commencent à flamber, Nosy-Bé reste une île qu’il faut visiter, une Ile qui aime

la France et dont l’Histoire se résume entre la nostalgie de son passé colonial et

la recherche d’un Espoir au sein de sa destinée malgache. Les habitants, luttant

quotidiennement pour leur survie, aguerris par la peur du lendemain, manifestent

un grand courage. Leur pouvoir à tempérer les épreuves de la vie, et à positiver

toujours en montrant aux touristes leurs sourires radieux, fait d’eux des peuples

valeureux, pourtant tant oubliés et négligés par l’Histoire. Vivre auprès de ces

peuples courageux est une bonne leçon à tirer pour celui qui est habitué à une

vie confortable et matérialiste ! Malgré la misère, le manque de confort, les

habitants font preuve d’un courage qui donnera une grande leçon d’humanité à

celui ou celle qui est habitué à son confort et à son esprit matérialiste

chronique ! Vivre à Nosy-Bé en côtoyant ces gens courageux vous permet de

relativiser tout dans votre vie et vous incite à toujours à modérer vos réussites et

à se relever sans se décourager, toujours en cas d’échecs. Vivre à Nosy-Bé vous

apprend ce que c’est l’Amour de l’Humanité ! C’est à Nosy-Bé que j’ai appris

les plus grandes leçons de Vie ! C’est là bas à Nosy-bé, que j’ai compris - en


                                         37
voyant chez les personnes leur courage, leur capacité à ne jamais se décourager,

malgré les épreuves difficiles, dans les villages isolés de Djamandjar74 et en

cours d’abandon d’ailleurs, au grand marché de Hell-Ville, dans les gargottes

d’Ambatoloaka, sur les plages de Madirokely, dans les rues de Hell-Ville, dans

les boutiques, dans les taxis brousses, sur les chemins des aventures routières et

maritimes, mais aussi dans les champs, à la réceptions des hôtels…- ce que

signifie, ce que j’appelle «les Espérances de la Misère et les Limites des

Allégresses». J’ai pris conscience que le Bonheur, c’est savoir avant tout,

dédramatiser les choses dans la vie. Le Bonheur, c’est aussi développer la

capacité de transformer chaque moment de douleur intense en force motrice,

chaque échec en leçon de vie, chaque onde négative en énergie régénératrice,

chaque défaite en force intérieure. Entre Peurs du lendemain et Espoirs d’une

74
   Il existe dans ce village, des vestiges, des ruines d’une usine sucrière, la plus
ancienne usine de Madagascar. L’usine a été importée pièce par pièce du Brésil
ou de Venezuela dans les années 1923. On y cultivait la canne à sucre depuis
très longtemps. Cette usine dont les sirènes d’appel au travail et les sifflements
des locomotives ont rythmé toute la vie au village de Djamandjar entre 1930 et
2005, est actuellement, en état de friche industrielle. Les vaches viennent y
paître parmi les débris de wagons et de locomotives allemandes et françaises,
datant de 1931. C’est aussi là, que l’on produisait le rhum le plus côté de
Madagascar : « le Djam ». Les rails à l’abandon, obligeant les taxis-brousse à
ralentir, se confondent dans le paysage, rappelant le passé glorieux de cette usine
sucrière, qui a fait vivre de nombreux commerçants, bars, épiciers, ouvriers,
mécaniciens et agriculteurs au villages de Djamandjar. Toute la vie était régie
par le rythme et le fonctionnement de cette usine. En plus de la canne qui été
pendant longtemps cultivée sur l’île, la fierté de Nosy-Bé, c’est aussi le vétiver,
la vanille, le poivre, sans oublier les distilleries d’ylang-ylang. L’essence
d’ylang-ylang rentre dans la composition des grands parfums français ! Il faut
des kilos et des kilos de pétales pour produire quelques gouttes d’essences
précieuses qui sont classées en plusieurs catégories (du plus concentré au moins
concentré). Pour les autres produits agricoles, Nosy-Bé dépend de Madagascar.

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vie meilleure, la population métissée nosynéenne essaye de forger le chemin de

sa destinée, à la recherche de son Bonheur qui de temps en tant lui donne aussi

des désillusions ! Cette population oublie un peu ses malheurs tous les ans, à la

Pentecôte, entre mai et juin. En effet, Nosy-Bé vit et vibre chaque année durant

le Festival de Donia qui permet aux Musiciens et aux artistes divers, de toutes

les îles de l’océan Indien, de se retrouver pour partager des concerts qui se

déroulent dans le stade, sur la route de l’ancien village indien de Marodoka.

C’est en effet, un vrai exutoire pour la population. C’est aussi une excellente

opportunité de découvrir le formidable brassage ethnique et musical de la

région. Les nuits et les jours n’ont plus de sens. Dans une ambiance de kermesse

et des stands de brochettes, de buvettes et des jeux de hasards alimentés par

l’alcool, ce festival qui existe depuis 1993, est un magnifique moyen pour la

population locale d’oublier un peu son quotidien, en espérant que ces nuits de

festivités, de convivialités, de rencontres et de bonne humeur, ne se terminent

jamais. En même temps que le festival de Donia, la fête nationale du 26 juin,

commémorant l’Indépendance de Madagascar, permet à la population d’oublier

la vie quotidienne en chantant et en festoyant, toujours avec le sourire

chaleureux et la bonne humeur.

                            Tamim KARIMBHAY :




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     BIBLIOGRAPHIE CONSEILLEE POUR ALLER PLUS LOIN :



                              A) Ouvrages généraux :

Amicale des Journalistes et Ecrivains français de Madagascar,
Centenaire du rattachement à la France des îles : Nossi-Bé, et
Mayotte, Tananarive, Imprimerie officielle, 1942, 256 pages.

 Association historique internationale de l'océan Indien,
Les relations historiques et culturelles entre la France et l'Inde, Tome 1 : les XVIème e
et XVIIIème siècles, actes de la conférence internationale France-Inde de l'AHIOI,
Saint-Denis de La Réunion, du 21 au 28 juillet 1986,425 pages.

 Association historique internationale de l'océan Indien,
Les relations historiques et culturelles entre la France et l'Inde, Tome 2 :les XIXème
et XXème siècles, actes de la conférence internationale France-Inde de VAHIOI, Saint-
Denis de La Réunion, du 21 au 28 juillet 1986, 434 pages.

Bardonnet Daniel,
Les minorités asiatiques à Madagascar,
Paris, CNRS (Centre National de Recherches Scientifiques), 1964, 255 pages.

 Bavoux Claudine,
Islam et métissage : des Musulmans créolophones à Madagascar : Le cas des Indiens
sunnites sourti de Tamatave,


                                       40
        Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université de La Réunion/ Paris,
        l'Harmattan, 1990,137 pages.

        Bousiges Jacques,
       Les étrangers à Madagascar,
       Rennes, Thèse de Droit, 1956, 308 pages.

        Caratini Roger,
        La force des faibles : Encyclopédie mondiale de minorités,
        Paris, Larousse, 1986, 399 pages.

       Decary Raymond,
       L'île de Nossi-Bé : Histoire d'une colonisation,
       Paris, Editions maritimes et d'outre-mer, 1960, 225 pages.

       Delval Raymond,
       Musulmans français d'origine indienne, La Réunion, France métropolitaine, anciens
       établissements français de l'Inde,
       Paris, CHEAM (Centre des Hautes Etudes sur l'Afrique et l'Asie Modernes), diffusion
       de la Documentation française, 1988, 170 pages.



        Deschamps Hubert,
        Histoire de Madagascar,
Paris, Berger-Levrault, 4eme édition, revue et complétée, 1972, 358 pages.

        Frédéric Louis,
Histoire de l'Inde et des Indiens,
Paris, Critérion, 1996, 816 pages.


      Gueunier Noël Jacques,
Les Chemins de l'Islam à Madagascar, Paris,
l'Harmattan, 1994, 191 pages.


       Michel Marc,
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Paris, Fayard, 1989, 363 pages.

       Ministère de la Justice,
La nationalité française : Textes et documents, Paris, la
Documentation française, 1996, 394 pages.

       Romeuf-Salomone Sophie,
Le pouvoir colonial et les communautés étrangères à Madagascar de 1896 à 1939, Thèse
d'Histoire, volume 1 : Introduction générale, Aix-en-Provence, 1990, 242 pages.

       Romeuf-Salomone Sophie,


                                               41
Le pouvoir colonial et les communautés étrangères à Madagascar de 1896 à 1939, Thèse
d'Histoire, volume 2 : L'immigration étrangère spontanée à Madagascar, Aix-en-Provence,
1990, 696 (suite) pages.

        Romeuf-Salomone Sophie,
Le pouvoir colonial et les communautés étrangères à Madagascar de 1896 à 1939, Thèse
d'Histoire, volume 3 : Le régime des étrangers à Madagascar, Aix-en-Provence, 1990, 1050
(suite) pages.

       Romeuf-Salomone Sophie,
Le pouvoir colonial et les communautés étrangères à Madagascar de 1896 à 1939, Thèse
d'Histoire, volume 4 : Sources et bibliographie, Aix-en-Provence, 1990, 1349 (fin) pages.


                              B) Travaux spécialisés :


 Blanchy Sophie,
Karana et Banians : Les communautés commerçantes d'origine indienne, à Madagascar,
préface de Pierre Vérin,
Paris, l'Harmattan, 1995, 346 pages.



Zakir Houssen,
La question des Indo-pakistanais de Madagascar, Aix-
Marseille 3, mémoire de DEA d' Etudes Politiques,
Université de La Réunion, 1988, 87 pages.



                                C) Ouvrages épistémologiques :


Chauveau Agnès et Têtard Philippe (sous la responsabilité de), collection dirigée par
Berstein Serge et Milza Pierre. Ouvrage collectif : Jean-Jacques Becker, Serge Berstein,
Robert Frank, Jacques Le Goff, Pierre Milza, René Raymond, Jean-Pierre Rioux, et
Jean-François Sirinelli.
Questions à l'Histoire des Temps Présents,
Bruxelles, Editions Complexe, 1992, 136 pages.

Delumeau Jean (sous la direction de)
L'historien et la foi, Paris, Fayard, 1996, 354
pages.

 Gagnon Nicole et Hamelin Jean,
L'Histoire orale,
Québec, Edisem, 1978, 95 pages.




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