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Sur les traces de Jean de Dieu

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Sur les traces de Jean de Dieu Powered By Docstoc
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                                                                               Rome, le 2 février 2004
                                                                                 Prot. N. PG.0050/04


Mes chers frères,

Je vous écris cette lettre en cette date qui, depuis des années déjà, est dédiée à la vie consacrée. Ce
jour, nous nous efforçons de nous identifier à Marie, lors de la présentation de Jésus au temple. Ce
geste de la Vierge, à la fois offrande et consécration, nous invite à renouveler, nous aussi, notre
consécration dans l’hospitalité.


   1.   Chapitres provinciaux

Cette année, l’Ordre va célébrer les chapitres provinciaux qui commenceront d’ici peu. Nous allons
avoir l’occasion d’examiner la réalité de chaque Province, Vice Province et Délégation générale et
de corriger ce qui doit l’être pour projeter l’avenir.

A cette occasion nous pourrons choisir et changer les frères chargés de la responsabilité d’animer et
de gouverner les Provinces, les communautés et les centres pour le prochain triennat.

Nous serons les témoins de tous ces événements au fil des semaines à venir, jusqu’au mois
d’octobre. Comme c’est normal, chaque frère sera davantage intéressé par ce qui se passe dans son
chapitre, toutefois, je vous invite à vivre cette période dans un esprit de prière plus large et de
soutien mutuel. Il revient à chaque Province de décider des modalités de cette prière. Peu importe
si celle-ci a lieu dans l’Eucharistie, l’office divin, ou la prière personnelle, ce qui compte c’est que
nous priions. Nous devons tout mettre en œuvre pour que ces prochains chapitres se déroulent bien
et laisser à l’Esprit toute latitude de nous surprendre et de nous éclairer. En d’autres mots, nous
devons faire en sorte que l’Esprit soit le protagoniste de notre existence.


   2.   Conférence générale à Tagaytay (Philippines)

La Conférence générale de l’Ordre ayant pour thème « La gestion charismatique » a eu lieu à
Tagaytay du 1er au 6 décembre dernier.

Une partie de nos travaux a porté sur cette gestion charismatique dans un souci constant de
construire le futur de l’Ordre. Nous avons également abordé les thèmes de la spiritualité, celui de la
vocation, étroitement liés à celui du bonheur de la vivre comme à ceux de la pastorale des
vocations, de la formation initiale et permanente. Plusieurs membres de l’Eglise locale, trois
évêques et plusieurs religieux, nous ont présenté des exposés et nous ont accompagnés dans les
célébrations liturgiques.

Nous remercions une fois de plus les frères des Philippines et leurs collaborateurs qui ont travaillé
avec beaucoup de soin pour organiser cette conférence dans leur pays. Nous y avons vécu une très
belle expérience.



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Je remercie également tous les intervenants qui nous ont aidés, par des exposés pertinents, à mieux
cerner les différentes problématiques.

La Conférence générale a réuni des frères et des collaborateurs du monde entier. Travailler sur des
critères communs, tout en voulant tenir compte des réalités de nos différents lieux de provenance,
n’est pas une sinécure. Nous devons toujours rechercher les éléments communs qui nous unissent
tout en laissant à chacun la liberté nécessaire pour exprimer son identité personnelle dans la société
qui est la sienne.

Une fois de plus nous avons eu l’opportunité d’entendre des représentants de l’Ordre avec toutes les
diversités que celui-ci embrasse.

Si nous nous efforçons de nous respecter mutuellement nous progresserons dans ces attitudes
évangéliques qui, pour nous, sont incontournables mais qui n’apparaissent pas automatiquement
avec clarté dans nos comportements habituels et dans l’accomplissement de la mission.

Nous avons abouti à des conclusions qui vous ont été transmises par vos Supérieurs provinciaux et
qui, petit à petit, seront publiées dans les magazines de l’Ordre.

Certains éléments demandant un complément de réflexion, la Conférence a appuyé la proposition de
confier au Conseil général, avec un représentant de chaque continent ou région, la tâche de les
approfondir au cours d’une réunion successive qui a eu lieu en janvier. Nous tiendrons compte de
tous ces éléments lors des prochains chapitres provinciaux pour bâtir le futur de l’Ordre.


   3.     Rencontre à Rome avec les représentants des régions

La réunion a eu lieu à Rome les 19 et 20 janvier dernier. Y participaient, en plus du Conseil général,
le Frère Léopold Gnami comme représentant de l’Afrique, le Frère Hermit Aguayo comme
représentant de l’Amérique, les Frères Rudolf Knopp et Joaquin Erra comme représentants de
l’Europe et le Frère Francis Mannaparampil comme représentant de l’Asie-Pacifique.

Les thèmes ci-dessous figuraient à l’ordre du jour.

   3.1.     Stratégies pour approfondir le document « Progresser dans l’hospitalité comme
            saint Jean de Dieu : la spiritualité de l’Ordre ».

   Ce document s’adresse avant tout aux frères, mais avec le désir qu’il soit connu de tous. Dès
   lors, nous envisageons une stratégie à l’intention des frères et une autre à l’intention des frères
   et des collaborateurs ensemble. S’il est vrai que nous souhaitons que ce texte soit étudié et
   approfondi par nos collaborateurs, nous ne pouvons toutefois pas insister avec eux sur tous les
   aspects qu’il aborde. Certaines initiatives s’adresseront à ceux qui, engagés dans l’Eglise,
   suivent Jésus-Christ de plus près. D’autres, de nature plus culturelle, présenteront, à l’intention
   de tous, des critères de vie.

   Pour les frères nous proposons ce qui suit :
         Dès que le document publié arrivera aux Provinces, remettre un exemplaire à chaque
             frère, au cours d’une célébration eucharistique ou pendant une autre cérémonie
             liturgique.
         Quelques frères dans chaque Province devraient l’étudier à fond pour pouvoir le
             présenter à des groupes de frères ou de communautés. Ce document pourrait orienter la

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                méditation pendant les retraites, la prière personnelle quotidienne et guider la réflexion
                des groupes. En Amérique Latine le CIAL.OH pourrait se charger de le faire connaître,
                l’approfondir et en promouvoir la diffusion.
               Ce document demande plus qu’une simple lecture, il doit devenir un livre de référence
                pour notre réflexion et notre action. Pour cela nous devons l’étudier et l’assimiler
                personnellement.
               Il doit être présenté non pas comme un texte parallèle à la Charte, mais comme son
                complément.
               Ce document doit faire partie du processus de formation et d’accompagnement des
                candidats.

Pour les collaborateurs :

       Plusieurs points mentionnés plus tôt peuvent également s’adresser aux collaborateurs qui
        partagent notre foi et qui se sentent invités à progresser dans la spiritualité de l’Ordre.
       Le Père Général pourrait le présenter pendant les chapitres provinciaux comme il l’a fait
        pendant la Conférence générale.
       Des sessions ouvertes aux Frères comme aux Collaborateurs donneraient une information
        générale sur son contenu. D’autres sessions d’approfondissement pourraient être organisées
        dans la suite si il y avait une demande en ce sens.
       Un frère et un collaborateur pourraient faire une synthèse du document à des fins de
        divulgation plus large.

Je crois que toutes ces suggestions peuvent nous aider à diffuser, intérioriser et à suivre ce
document dans notre itinéraire spirituel de frère hospitalier. Il faut faire en sorte qu’il soit accessible
au plus grand nombre et qu’avec la Charte il devienne une référence pour l’Ordre de notre temps.

    3.2.       Eléments fondamentaux de la gestion charismatique

Au cours de la réunion, un membre a soulevé la difficulté présentée par l’adjectif charismatique
pour qualifier la gestion. Il estimait que pour certaines cultures ce terme est théologique et qu’il
valait mieux parler de « gestion en fonction des valeurs ».

Sans s’attarder trop longtemps sur cette question, il est clair que ce que l’Ordre souhaite est une
gestion en fonction de valeurs, les valeurs de notre tradition commencée par Jean de Dieu. S’il est
vrai que le terme charismatique comporte une connotation théologique, ce n’est pas la seule et il est
utilisé largement de nos jours dans le langage habituel pour souligner le style et la personnalité de
quelqu’un.

J’ai parlé plus haut de la diversité des réalités qui sont les nôtres.

En réponse aux attentes légitimes de certains participants à la Conférence générale nous voulons, à
partir de la Charte, préciser des critères de base, d’application universelle, sans lesquels il n’y aurait
pas de dimension charismatique dans nos centres. Certains pourront les juger superflus ou même
inutiles dans les réalités d’où ils viennent ou vivent. Quoi qu’il en soit, nous estimons que ces
critères sont incontournables si l’on souhaite vivre l’hospitalité comme l’a vécue Jean de Dieu. La
capacité de travailler avec d’autres et en équipe devrait être un élément à considérer au moment
d’accepter de nouveaux candidats.

Notre réunion est arrivée à la conclusion que les éléments ci-dessous sont fondamentaux pour toute
gestion charismatique. Cette liste n’est pas exhaustive et vous pouvez y en ajouter d’autres.

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      Une assistance holistique, c’est-à-dire englobant la technique, l’humanisation, la pastorale,
       la bioéthique et le service.
      Application de la Doctrine sociale de l’Eglise pour tout ce qui concerne les droits et les
       devoirs du malade et ceux des collaborateurs.
      Promotion des principes de subsidiarité en vue d’une juste insertion des personnes.
      Nécessité de promouvoir sans relâche un climat humain et humanisant. Les attitudes
       nécessaires pour y arriver sont la confiance, l’honnêteté, la cohérence. Notre gestion doit se
       montrer attentive à la souffrance et faire preuve de solidarité.
      Se soucier d’obtenir les ressources financières nécessaires pour assurer la vie du centre et les
       répartir de manière adéquate.
      Promouvoir le travail interdisciplinaire et en équipe.
      Insister sur la formation, la recherche et l’enseignement pour améliorer toujours plus
       l’assistance.
      Respecter les lois du pays dans la mesure où celles-ci ne s’opposent pas au magistère de
       l’Eglise. Si de telles lois existaient il faut y répondre par l’objection de conscience.

En plus de ces points qui sont d’application universelle, le thème de la sous-traitance a également
été abordé. Il faut veiller à ce que les entreprises respectent la dignité de leurs employés avant de
signer un contrat avec elles.

Pour arriver à une gestion charismatique il faut sans cesse évaluer ce qui se fait et surtout avoir la
capacité de mettre en évidence ce qui doit être corrigé.

   3.3.    Présenter aux collaborateurs la culture de l’Ordre

Nous estimons qu’il faut continuer à travailler à la transmission de la culture et de la tradition de
l’Ordre. Pour cela, nous les frères, nous devons approfondir le sens de notre tradition et montrer que
nous vivons avec droiture et cohérence comme l’exigent nos constitutions et notre spiritualité. Nous
devons également étudier et appliquer les principes énoncés dans la Charte de l’Hospitalité.

Vivre et transmettre le charisme reçu de Dieu et légué par notre Fondateur et notre tradition,
constituent pour nous une grande mission. Nous enrichirons notre charisme et notre tradition si nous
y intégrons les valeurs de nos collaborateurs.

Nous devons promouvoir des initiatives en ce sens et veiller particulièrement à la qualité de
l’accueil réservé aux nouveaux collaborateurs :
      En favorisant leur formation pour qu’ils apprennent à connaître l’histoire de l’Ordre, ses
         principes et sa philosophie.
      En organisant des rencontres qui leur permettent de mieux se connaître ailleurs que sur leur
         lieu de travail.
      En célébrant la foi pendant les moments importants de l’année.

Nous devons prendre au sérieux tout ce que signifie l’insertion de nos collaborateurs dans le travail.
Il nous faut respecter le principe de subsidiarité en délégant et en tenant compte de leurs
suggestions. Nous devons également faciliter leur participation aux prises de décisions en vue
d’améliorer la gestion de nos services hospitaliers.

Les initiatives ne doivent pas se limiter aux cadres supérieurs mais toucher l’ensemble des
personnes qui, d’une façon ou de l’autre, sont liées à l’Ordre.



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Certaines réalités de l’Ordre, parce que moins ancrées dans sa tradition ou parce que
l’environnement social favorise des critères différents, sont invitées à intensifier ces initiatives.
Certaines ne s’adresseront qu’aux frères, d’autres qu’aux collaborateurs et d’autres encore aux deux
groupes ensemble. Le Conseil Général, dans la personne du Conseiller Général responsable de
l’aire géographique concernée, reste disponible pour aider à leur réalisation.

Il est important d’intensifier la participation des collaborateurs à nos rencontres de réflexion et de
travail. Seules les rencontres de nature juridique et canonique ne s’adresseront qu’aux frères.

Les écoles de formation de l’Ordre sont des lieux privilégiés pour la transmission de notre culture et
pour la promotion du bénévolat.

   3.4.     Soutien à l’expansion missionnaire de l’Ordre

La dimension missionnaire de l’Ordre existe depuis sa fondation, mais au XXème siècle elle a
connu un grand essor en Amérique, Afrique, Asie et Océanie.

Cet élargissement a entraîné l’érection de Provinces, Vice Provinces ou Délégations Générales
disposant d’une autonomie juridique en matière de gouvernement et d’animation, indépendamment
de leur situation économique.

Outre les liens existant entre les Provinces et les réalités de l’Ordre qui se trouvent dans un plus
grand besoin, notre Institut a créé le Fond des Missions aux début des années 90 et a assumé la
responsabilité de soutenir l’Afrique, le Vietnam et l’Inde.

D’une part, les Provinces donnent librement des contributions pour subvenir annuellement au
fonctionnement : des curies provinciales de la Province de Notre Dame de la Miséricorde et des
Délégations générales saint Benoît Menni et saint Richard Pampuri, du Noviciat interprovincial de
Lomé. Ces contributions permettent en outre de prendre en charge les études des scholastiques
d’Afrique et d’aider la Province du Vietnam, la Délégation Générale de saint Thomas et les Sœurs
de la Charité de saint Jean de Dieu en Inde. D’autres apports, de moindre importance, sont versés
directement aux centres.

Des campagnes sont également organisées pour soutenir certains centres. Par exemple, une
campagne a été organisée pour le Vietnam, une autre pour la nouvelle fondation en Chine et
d’autres encore pour venir en aide à des situations concrètes en Afrique.

Toutefois, au vu des différentes réalités auxquelles l’Ordre est confronté dans l’hémisphère sud,
notre situation financière dans de nombreux centres reste préoccupante. C’est la raison pour laquelle
nous revenons fréquemment sur cette question de l’aide. L’autonomie de gestion étant sauve, il
faudrait multiplier les réseaux d’entraide. A cet effet nous suggérons ce que le rapport de la région
Afrique, amplifié au cours de notre rencontre, proposait déjà à la Conférence de Tagaytay :

         Créer des jumelages entre centres de l’hémisphère nord et sud pour assurer une aide
          mutuelle sur le plan économique, culturel et des ressources humaines (professionnels de
          santé qui pourraient temporairement offrir leurs prestations). Un tel échange est une
          richesse de part et d’autre. Ces jumelages sont nécessaires à nos yeux entre les Provinces
          mères et les centres qu’elles ont fondés, toujours en coordination avec les Curies
          provinciales concernées, alors que les liens affectifs et effectifs qui se noueraient grâce à
          ces échanges sont laissés à la libre initiative des personnes.


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         Sans en faire une obligation, soutenir la formation initiale et permanente des frères en
          ayant recours, pour certains aspects, à des frères et à des collaborateurs. Ceci s’avère
          également nécessaire pour l’organisation des Provinces à tous les niveaux.

     Après la réunion sur la collecte de fonds pour examiner comment soutenir les centres de
     mission, l’Ordre envisage la création d’un bureau pour coordonner cette aide et gérer les
     projets proposés par les différents centres. Cette modalité de travail comporte, si cela ne se fait
     pas déjà, l’exigence de justifier la manière dont les fonds ont été utilisés.

     Ce bureau se chargerait de coordonner les projets avec les associations ou les ONG que
     l’Ordre a créées, au titre de la coopération internationale, pour aider nos centres. Des
     directives pour l’élaboration des projets seront données par la suite; pour l’instant, nous
     insistons beaucoup sur la faisabilité des projets.

   3.5.    La formation des candidats

En partant des suggestions recueillies lors de la Conférence générale, nous avons abordé le thème
de la formation des nouveaux candidats. Nous sommes tous très préoccupés de l’avenir de l’Ordre.
Deux problèmes, que nous avons repris pendant notre réunion, avaient surgi pendant la Conférence
générale. Celui du discernement des vocations et celui des départs en cours de formation. Nous
avons examiné notre capacité, plus ou moins grande, d’entendre vraiment ce que nous disent les
nouveaux venus et de les insérer dans nos communautés. Il s’agit de les aider à comprendre que
l’Ordre, en fidélité à l’Evangile, ne pourrait accepter le style de vie facile que beaucoup adoptent
comme projet existentiel.

Nous nous sommes interrogés sur la raison de cet état de choses. Est-ce nous-mêmes, qui ne
sommes pas à la hauteur, sont-ce les formateurs ou les candidats? Nous devons travailler sur ces
trois niveaux. Il n’est jamais bon de généraliser, mais tout en tenant compte de chaque situation
concrète, il faut :

         Appliquer partout le Livre de la formation et insister sur l’importance de la formation
          permanente pour tous, la préparation des formateurs et la formation des formés.
         Veiller à nommer et à seconder les formateurs en sachant intervenir de manière adéquate
          quand cela s’impose (responsabilité des Provinciaux). Choisir des formateurs
          enthousiastes, compétents sur le plan doctrinal et capables d’offrir un témoignage de vie.
         Accompagner personnellement le candidat à discerner sa vocation et à se préparer pour
          vivre sa vie religieuse comme nous l’entendons.
         Analyser la réalité des centres interprovinciaux. Ces centres offrent beaucoup d’atouts :
          constitution de groupes de jeunes plus nombreux, formateurs de qualité, ouverture à
          l’universalité et à d’autres cultures. Ils présentent également des risques, comme celui de
          la formation intercongrégationnelle, d’un déracinement des formés lorsqu’ils sont envoyés
          en dehors de leur province et d’un manque d’intérêt de la part de leur province d’origine
          pour ce qui concerne leur formation. Il faut toujours insister sur l’inculturation et faire
          preuve de souplesse, surtout quand les groupes de formés ne sont pas très nombreux.
         Reconnaître que la vie est la grande formatrice tout en donnant sa juste importance aux
          périodes de formation. Il faut sans cesse se former dans l’esprit de l’Ordre tel qu’il
          s’exprime dans les Constitutions, son Magistère et en particulier dans la Charte de
          l’Hospitalité dont les principes sont de grande actualité pour la mission.

Tout ce qui précède ne veut nullement être une accusation contre qui que ce soit. J’ai dit
précédemment que les généralisations comportent le risque d’erreurs. Pendant cette rencontre nous

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avons réitéré l’importance de la formation. Nous devrions tout mettre en œuvre pour qu’elle porte
les fruits escomptés.

   3.6.     Divers

Notre rencontre avait également repris ce point de l’ordre du jour de la Conférence générale. Les
interventions portaient sur notre style de vie que nous devons sans cesse évaluer.

Les membres de la rencontre ont jugé bon que je reprenne ces questions lors de l’ouverture des
chapitres provinciaux. J’en ai pris bonne note et m’efforcerai de le faire, si besoin en est, dans
chacun des chapitres.

   4.     Calendrier de la Curie Générale pour le prochain triennat

La Conférence générale a examiné le calendrier des activités prévues pour la deuxième partie du
mandat de la Curie Générale dont le travail, pour animer et gouverner l’Ordre, a été fort apprécié.
Elle a encouragé ses membres à continuer en ce sens.

La rencontre des Provinciaux a examiné le programme prévu et la manière de le réaliser. Dans ses
grandes lignes nous allons le maintenir tel quel avec les changements que nous indiquons ci-
dessous.

       Les Conférences provinciales, prévues de janvier à avril 2006. Les Statuts Généraux
        précisent que la Curie Générale peut y envoyer un représentant si elle le juge bon (N.100).
        En principe, la Curie Générale n’a pas l’intention d’y participer. Il revient à chaque Province
        de décider s’il est bon ou non d’organiser une telle conférence. Il faut reconnaître toutefois
        que le nombre des rencontres de tous genres ne cesse d’augmenter dans les Provinces.
       Congrès pour les collaborateurs prévu du 24 au 30 avril au Mexique. Notre rencontre est
        arrivée à la conclusion qu’il valait mieux remplacer cette rencontre par des Rencontres
        régionales auxquelles participeraient des frères et des collaborateurs. Il faudrait y aborder
        les thèmes qui serviront de préparation au Chapitre Général et élaborer des propositions en
        ce sens. La période prévue pour les quatre Rencontres régionales est janvier et février 2006.
       Congrès des jeunes hospitaliers, frères et collaborateurs, prévu du 29 mai au 4 juin à Rome.
        A notre avis cette rencontre doit avoir lieu. Son organisation sera confiée à une commission
        composée de jeunes. La date proposée serait novembre 2005, mais avant de la finaliser il
        faut vérifier la date de plusieurs visites canoniques. Le choix du lieu est laissé à la
        commission préparatoire. Ce congrès servirait également d’enceinte pour présenter quelques
        propositions en vue du Chapitre Général.

Toutes ces questions ont été abordées pendant notre rencontre et j’ai jugé bon de vous en faire part
dans cette lettre pour que vous en teniez compte au cours des chapitres provinciaux pour mieux
organiser le prochain triennat tant sur le plan général que provincial.

Pendant la rencontre, nous avons convenu qu’il était souhaitable pour le Conseil général et les
Provinciaux ou leurs délégués, représentants de continents ou de régions, de se rencontrer au moins
une fois par an pour traiter certains thèmes et pour faire le point sur le programme d’animation et de
gouvernement.

    5. Thèmes en suspens
A plusieurs reprises l’année dernière, j’ai dû reconnaître que le travail m’avait empêché d’assister à
plusieurs événements et de mettre à jour des réflexions que je m’étais promises de mettre par écrit.

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J’aimerais aujourd’hui terminer cette lettre en reprenant deux de ces questions. L’une, que j’aurais
dû présenter déjà l’année dernière et, l’autre, que j’avais prévue pour celle-ci, à l’occasion de la fête
de saint Jean de Dieu.


5.1. LA PRIERE DU FRERE HOSPITALIER (Lettre du 24 avril 2003)

Mon intention n’est nullement de vous présenter une réflexion sur la manière dont les frères doivent
prier. Les Constitutions et les Statuts Généraux renferment notre tradition d’une part et ce que les
frères ont approuvé pour notre temps pendant les Chapitres de 1982 et de 1997, de l’autre.

Toutefois, je souhaite mettre en évidence quelques éléments nécessaires pour approfondir notre
spiritualité en tant que frères, appelés par Dieu, à se consacrer dans l’hospitalité comme le fit saint
Jean de Dieu.


5.1.1. Notre motivation religieuse

Notre vocation est une réponse à l’appel personnel du Seigneur. Elle jaillit d’une expérience de foi.
Nous venons tous de provenances diverses et, à un certain moment de notre vie, le Seigneur s’est
manifesté à nous. Nous avons alors clairement compris que nous devions devenir religieux, Frères
de saint Jean de Dieu.

Les premiers moments sont toujours remplis de nouvelles expériences. Comprendre le sens de la vie
religieuse ; connaître petit à petit les frères et la mission qu’ils réalisent; être fidèles à l’appel du
Seigneur; jeter les fondements pour construire le futur de notre vie.

Nos motivations de départ et le contact avec le Seigneur dans la prière, même si nous ne savions pas
bien prier, soutenaient notre bonne volonté et nous aidaient à aller de l’avant. Nous expérimentions
la présence du Seigneur et percevions les différents signes qu’il nous envoyait.

Chacun de nous, à sa manière et avec sa psychologie, suivait son propre parcours.

Le temps a passé. Toute croissance humaine et spirituelle s’accompagne d’une conscience de la
réalité. En toute logique, nous aurions dû développer notre motivation religieuse.

Nous aurions dû approfondir notre prière et notre capacité de nous réjouir de la présence de Dieu
dans les célébrations liturgiques, l’oraison personnelle, le silence, la méditation, les invocations au
Seigneur. Nous aurions dû rester ouverts à Sa volonté, heureux de pouvoir dialoguer avec Lui et des
grâces qu’Il nous envoie quand nous sommes disponibles pour les accueillir.

Malheureusement, nous n’y sommes pas toujours parvenus. Les expériences de la vie peuvent nous
avoir rendus sceptiques. Notre relation à Dieu s’est refroidie et les moments que nous lui
consacrons sont rares et formels. Ils deviennent routiniers, vides de contenu.

Cette petite réflexion est une invitation à revitaliser notre prière.

5.1.2. L’exemple de notre Fondateur

Notre Fondateur est un merveilleux exemple d’homme de prière. La biographie de Castro nous le
présente disposé à la prière, pendant tout le temps qu’il était en recherche.

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Après sa conversion, Jean de Dieu commence un itinéraire de croissance spirituelle qui, par le biais
de l’hospitalité le porte chaque jour davantage à vivre le service comme un don fait à Dieu et aux
autres. Il vit dans un climat de confiance totale envers Dieu le Père et Jésus-Christ. S’il consacre
beaucoup de temps au travail, il en consacre également beaucoup à la prière. Il possède la capacité
d’être heureux, de témoigner une joie de vivre et un cœur serein.

Il sera surnommé Jean de Dieu.

Dans ses lettres et sa biographie nous trouvons de nombreuses expressions qui parlent de
persévérance dans la prière, de dévotion à la Vierge Marie, d’assiduité aux sacrements de
l’Eucharistie et de la pénitence, de son expérience de Dieu dans la personne des pauvres. Méditer
la passion de Jésus-Christ, en valorisant tout ce qu’Il a souffert pour nous, le console et l’aide à
comprendre la souffrance de ceux qu’il rencontre.

Grand travailleur aux multiples activités, nous pouvons le considérer néanmoins comme un
mystique de l’hospitalité. C’est dans l’hospitalité qu’il découvre comment se mettre en contact avec
Dieu et les hommes, spécialement les plus malheureux.

5.1.3. Moments de rencontre personnelle avec Dieu

Chaque fois que j’aborde cette question je dois souligner l’adjectif personnel. J’estime que la
rencontre personnelle avec Dieu dans la prière est fondamentale, tant quand nous sommes seuls que
lorsque nous participons à des célébrations communautaires.

Celles-ci demandent d’être dans de bonnes dispositions. Il faut les préparer avec soin. Il faut aussi
que celui qui les préside, le fasse avec cœur. Beaucoup dépendra de l’attitude personnelle de
chacun. Chacun de nous doit y veiller tout au long de son existence.

Grandir et progresser dans la vie de l’esprit est graduel. Les expériences positives nous permettent
d’entrer chaque jour davantage dans ce mystère.

5.1.4. Participation aux célébrations

Le Concile Vatican II a promulgué une réforme de la liturgie pour permettre aux fidèles d’axer leur
vie sur la célébration du mystère de Jésus-Christ. Tout en respectant certaines expressions de la
piété populaire, il voulait que l’Eglise promeuve ce qui soutient la piété du chrétien.

L’année liturgique avec ses temps forts; la célébration eucharistique; la célébration des sacrements,
en particulier celui de la réconciliation; la prière communautaire avec l’office divin, occupent une
plus grande place que jadis dans la vie des croyants et surtout dans celle des religieux.
Ceci ne signifie nullement que nous ne recourons pas à d’autres formes de prière, issues de notre
tradition et de celle de l’Eglise. Nous recommandons en particulier la récitation du chapelet.

Quand cette réforme était une nouveauté, nous lui avons accordé beaucoup d’espace en nous
efforçant de l’appliquer dans notre formation et dans nos célébrations liturgiques. Comme cela se
passe d’habitude, avec le temps les nouveautés s’émoussent et la routine reprend le dessus.

Nous devrions accorder plus d’importance à de nombreux aspects que nous négligeons. Il en existe
d’autres, que nous avons réintroduits, pris de nostalgie pour le passé ou sous la pression de certains
qui n’ont pas toujours bien fait.


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Pour faire en sorte que la prière liturgique acquière toute son importance dans notre vie, nous
devons y accorder l’attention et le soin qu’elle mérite. Nous devons la considérer comme un
élément essentiel de notre itinéraire spirituel personnel. Nous devons en faire un instrument de la
présence du Seigneur dans les signes que nous célébrons, un moment d’écoute de la Parole de Dieu,
de sa manifestation dans la communauté. S’il est vrai que la grâce est présente comme telle dans
tous ces moments, il est tout aussi vrai que la disposition personnelle et l’ouverture avec laquelle
nous l’accueillons, comptent également.

Nous devons faire le point sur nos absences, sur la manière mécanique dont nous vivons les
célébrations en leur enlevant l’effet de surprise que chacune d’entre elles pourrait nous réserver.
Nous devons tout mettre en œuvre pour que la présence de Dieu devienne tangible dans nos vies et
nous aide à toujours lire notre réalité avec le regard de la foi tout au long de notre existence.

5.1.5. Avec qui et pour qui prions-nous?


Je voudrais élargir ici le cadre de notre prière. S’il est vrai que nous sommes seuls la plupart des
fois que nous prions, nos intentions de prière doivent dépasser nos frontières.

Nombreuses sont les situations que nous devons porter dans notre oraison : la paix, la justice, la
souffrance, nos problèmes personnels et ceux des personnes qui se recommandent à nous. Nous
prions pour demander des lumières, pour trouver des solutions et la force d’affronter les difficultés
et de les accepter.

Très souvent nous dépendons des horaires et tout ce qui sort de l’ordinaire nous déstabilise et
provoque en nous un certain déséquilibre.

En méditant la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, notre Fondateur a appris à comprendre la
douleur d’autrui et a développé une sensibilité aiguë devant la souffrance des blessés de la vie.
Notre prière doit nous insuffler une force apostolique nous portant à devenir toujours plus attentifs
aux situations du monde, tant celles qui sont proches de nous et que nous connaissons de longue
date, que celles qui sont très lointaines.

Nous devons aussi faire participer et inclure davantage les autres dans notre prière : collaborateurs,
malades, proches, amis.

Ce thème est revenu avec insistance au cours de nos Rencontres régionales de l’année dernière. Il
faut promouvoir davantage la prière avec les malades, l’adapter à leur rythme et à leurs besoins.
Quelle que soit la nature de nos centres, nous devons progresser dans le partage de foi avec ceux et
celles qui réalisent la mission avec nous.

Respecter les rythmes et les exigences de chacun est une manière de vivre la dimension évangélique
et apostolique de notre vie religieuse.

5.1.6. Prier à partir de la vie

Jusqu’à présent j’ai insisté sur la nécessité de se mettre en contact avec Dieu, surtout au cours des
célébrations liturgiques et dans la prière personnelle. Toute notre vie néanmoins doit devenir une
offrande au Seigneur. Nous devons acquérir la capacité de regarder, percevoir et vivre la réalité
dans une dimension théologique qui jaillit d’un sentiment d’union existentielle avec Dieu, toujours
et partout.

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Vivre pour nous doit être prière.

Dans le temps, on parlait de rester toujours en présence du Seigneur. Il s’agit peut-être là d’une
utopie et ce n’est d’ailleurs pas ce dont il est question ici. Il s’agit d’entrer dans la logique du
Royaume, pour apprendre à lire la réalité dans une perspective de foi. Notre relation au Seigneur se
nourrit de la prière qui nous permet de capter sa présence dans chacune des situations que nous
sommes appelés à vivre. Le Seigneur nous parle dans les signes des temps que nous devons,
toutefois, être capables d’interpréter.

Au cours des entretiens que j’ai avec vous, l’un ou l’autre manifeste un peu de désarroi parce qu’il
est débordé, qu’il doit sans cesse se déplacer, ou encore parce que la tension des études est trop
forte. Il s’agit en général de situations temporaires.

Je suis quelqu’un qui, par la force des choses, doit souvent prier dans un avion ou un aéroport. Il
s’agit de savoir vivre des situations de ce genre non pas comme quelque chose qui nous
conditionne, mais comme une exigence de la vie parmi d’autres. Ce qui compte c’est maintenir le
contact avec le Seigneur quels que soient le style et les occasions dans lesquelles nous prions. Il faut
à tout prix éviter que les circonstances refroidissent notre ferveur au risque de ne plus savoir réagir
quand la vie reprend son cours normal.


5.1.7. Conclusion

J’espère que ces quelques considérations sur la prière nous aideront, au cours de cette année de
chapitres, à renforcer notre foi, à percevoir la présence du Seigneur dans nos vies et à nous unir
intensément à Lui dans l’oraison.

5.2. L’Ordre, médecine de Dieu. (Lettre du 24 octobre 2003)

Dans cette deuxième partie de ma lettre, je me contenterai d’évoquer le rôle de saint Raphaël dans
l’histoire du salut et dans celle de l’Ordre. Santé du corps et de l’âme, il nous interpelle, partout où
se trouve l’Ordre, à devenir, nous aussi, artisans de la guérison de Dieu, quels que soient la culture,
la structure, le nombre des Frères et le travail réalisé dans chaque centre.

5.2.1. Saint Raphaël

Je ne tiens pas à m’appesantir en descriptions théologiques, mais souhaite simplement vous
transmettre quelques idées succinctes.

Saint Raphaël est un des trois archanges qui apparaît dans la Bible. Comme nous le savons, ceux-ci
se distinguaient des anges par leur nature et leur fonction. Son nom signifie « Dieu guérit». Il se
présente sous le nom d’Azarias qui signifie Dieu compatissant, bienveillant et secourable.

Raphaël accompagne Tobie pendant son voyage et le guérit de sa cécité ; il délivre son épouse Anna
du démon.

5.2.2. Saint Raphaël dans notre tradition

Notre tradition rappelle le fait que saint Raphaël se manifeste dans l’hôpital de Jean de Dieu, le
remplace pendant ses absences et probablement agit à ses côtés quand, le travail étant tel, Jean de
Dieu tout seul et ses premiers compagnons n’y arrivaient pas.

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Il accompagne Jean de Dieu dans ses pérégrinations comme il l’a fait pour Tobie. Il le soutient dans
son itinéraire d’hospitalité avec les pauvres, les malades et les nécessiteux. Non seulement il
continue à être médecine de Dieu et à guérir les malades, mais il soutient la transformation
spirituelle de Jean de Dieu, celle de ses compagnons, tout comme celle des pauvres et des malades.

C’est à ce titre que notre Ordre vénère saint Raphaël. Nous en avons besoin comme compagnon
pour éclairer et guider notre Institut et maintenir l’esprit de son Fondateur vivant dans le temps.

Nous en avons besoin comme médecine de Dieu dans notre service auprès des blessés de la vie.
Qu’il nous accompagne, nous seconde et nous remplace. Qu’en dépit de nos fragilités humaines, il
nous aide à donner toujours le témoignage dont la société a tant besoin. Qu’il ne cesse de veiller sur
les malades et les nécessiteux.

Nous avons besoin de sa présence pour notre épanouissement personnel, humain et spirituel. Qu’il
nous aide à nous libérer du mal. Qu’il nous aide à construire un Ordre où, ensemble, frères et
collaborateurs, nous accomplissions un service respectueux de notre tradition et fidèle aux valeurs
de Jean de Dieu.

C’est en ce sens que nous le prions de demeurer notre frère aîné. Qu’il nous guide et nous aide à
devenir à notre tour comme lui, médecine de Dieu, santé du corps et de l’âme, pour tous ceux que
la vie met sur notre route.

5.3. Jean de Dieu et l’acceptation de la volonté du Père (Lettre du 8 mars 2004).

5.3.1. Le projet de Jean de Dieu

Je ne souhaite nullement vous présenter une doctrine sur l’obéissance. Celle-ci est très bien
expliquée dans nos Constitutions, les derniers documents du Magistère de l’Eglise signés par Jean-
Paul II ou par la Congrégation des Religieux.

J’aimerais vous présenter ici, quelques réflexions sur l’attitude de Jean de Dieu et les relier, si j’y
parviens, à certains aspects de notre vie.

Notre Fondateur manifeste clairement son désir d’accomplir la volonté du Père. Depuis son retour à
Montemor-o-Novo, jusqu’à son arrivée à Grenade, il aspire à ce que Dieu lui manifeste clairement
et lui fasse comprendre ce qu’il doit faire pour trouver la sérénité de l’âme. Il ne supplie pas le
Seigneur en vain, et, conseillé par saint Jean d’Avila, il accomplira la volonté de Dieu en secourant
les pauvres et les malades.

Jean traverse une crise théologique ou existentielle si profonde qu’il doit être interné. Quoi qu’il en
soit, il quitte l’Hôpital Royal complètement rasséréné, avec maturité, équilibre et bon sens. Il
comprend qu’il doit obéir à sa conscience, à son directeur spirituel et aux directives du Magistère
de l’Eglise. Il l’affirme très clairement dans ses lettres.

Ses lettres et la biographie de Castro manifestent de manière éclatante sa maturité et sa liberté
d’esprit. Jean sait trouver sa place partout, dans toutes les situations y compris les plus difficiles.

Quand une personne atteint ce niveau de maturité elle devient capable de faire sienne la volonté de
Dieu et d’agir en conséquence.



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5.3.2. Accomplir la volonté de Dieu devient synonyme d’épanouissement personnel.

Il se peut que de nos jours encore, certains aspects de la vie religieuse infantilisent.

Nous disposons dans l’Ordre d’orientations écrites qui insistent sur la maturité, la recherche
personnelle et communautaire de la volonté de Dieu car nous sommes conscients que celle-ci
débouche sur une plus grande liberté d’esprit. Toutefois nous n’en avons pas toujours tenu compte.
Parfois nos faiblesses prennent le dessus et nous avons peut-être manqué de respect envers autrui ou
abusé de notre autorité par moments.

Les Constitutions, les Statuts Généraux les Règlements des Provinces nous fournissent une
législation suffisamment claire en la matière.

Ces directives nous aident à vivre notre vocation dans la communauté et dans la mission avec
maturité. Elles nous invitent à assumer le service d’animation et de gouvernement dans le respect
des personnes. Elles insistent sur l’écoute, le dialogue, la participation, la subsidiarité et le partage
des responsabilités. Elles nous aident à mûrir et vieillir avec la sérénité que chaque situation et
moment attendent de nous.

En entrant dans l’Ordre, nous avons accepté librement des critères de vie auxquels nous avons
voulu nous identifier pour vivre de manière adulte notre profession religieuse perpétuelle en
réponse à l’appel de Dieu.

Ceci ne signifie nullement que de tels critères sont gravés dans le roc. Pour répondre aux exigences
de chaque époque, les frères ont dû faire preuve d’une grande capacité d’adaptation et d’innovation.

Bien que nous ayons plusieurs manières d’orienter nos Centres, nous le faisons tous à partir d’une
même identité, la nôtre.

Nous vivons la pluralité dans nos communautés tout en laissant à chacun la latitude d’être soi-
même.

Il est indéniable que pendant ces dernières années, discerner comment la communauté doit se situer
dans les Centres, relever les défis que nous lance de nos jours l’exercice de l’hospitalité, nous a
causé pas mal de maux de têtes. Même si tous ne sont pas d’accord avec les décisions prises, de
grands pas ont été franchis pour agir conformément à ce que notre époque attend de nous.

Nous atteignons la maturité quand nous parvenons à faire nôtres, en nous y identifiant, les critères
qui viennent de l’extérieur. Ce passage est obligé pour devenir vraiment adulte. Si nous en faisons
l’économie, nous risquons la dérive, nous continuerons à rechercher des justifications et à accuser
les autres. Nous ne serons pas capables d’assumer la responsabilité qui est le lot de la maturité.

Nous devons tous grandir comme personnes, comme religieux et membres d’une communauté.
Ensemble, supérieurs et frères, nous devons réaliser un processus de maturation qui nous porte à
nous identifier aux critères qui orientent notre vie. Nous devons faire en sorte que ces derniers
soient toujours l’expression de la volonté de Dieu. Nous sommes libres d’adopter une position
critique face à la réalité mais nous devons parvenir à vivre sereinement avec les critères que nous
avons acceptés, en les corrigeant quand cela s’avère nécessaire. Notre vie doit manifester notre
adhésion à la volonté du Père.



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5.3.3. Obéissance dans la responsabilité et la liberté

Grandir sur le plan humain et spirituel nous porte petit à petit vers une juste autonomie. Nous
apprenons à nous comporter de manière adéquate et à vivre avec le sens des responsabilités.

Le bon usage de la liberté s’apprend avec le sens des responsabilités. Quand nous agissons de
manière responsable nous pouvons disposer de toute liberté. Nous ne dépasserons jamais la mesure
quand notre liberté est l’expression d’une responsabilité adulte.

Dans la vie religieuse nous devons promouvoir la liberté et la responsabilité.

Nous exerçons d’habitude des responsabilités dans nos structures hospitalières ou dans nos Centres
par le fait même d’être des frères, ce qui suscite parfois une certaine déférence chez d’aucuns. Nous
exerçons des responsabilités en vertu de notre mission auprès des malades, des nécessiteux et de nos
collaborateurs. Nous exerçons des responsabilités en vertu de l’autorité morale qui est la nôtre
quand nous nous comportons avec droiture.

Nous sommes également appelés à être libres et autonomes, ce qui ne veut pas dire individualistes.
Nous devons être capables de sens critique, de donner notre avis. Nous devons aussi savoir écouter,
accueillir, respecter et être suffisamment humbles pour savoir changer d’opinion quand cela
s’impose.

Saint Jean de Dieu était un homme responsable et libre. Il a agi avec beaucoup d’autonomie et de
bon sens avec Pierre Velasco et Antoine Martin, avec les prostituées, avec ses bienfaiteurs et
l’archevêque, avec ses malades, sa première communauté et avec Angulo.

Son témoignage doit nous inspirer et nous soutenir pour devenir chaque jour plus libres et plus
responsables. Loin de tout infantilisme ou conditionnement, nous sommes invités à vivre
aujourd’hui, en adultes autonomes, le projet de Jean de Dieu.

5.3.4. L’obéissance et la dimension théologique de notre vie.

Ce thème reprend de nombreux aspects traités précédemment au moment de parler de la prière.

En suivant Jésus-Christ, notre principal objectif est de développer en nous les sentiments mêmes du
Christ, d’être ses témoins comme notre fondateur et de vivre en accomplissant la volonté de Dieu.

Celle-ci se manifeste par des médiations.

      Théologiques : l’Ecriture, les sacrements, la prière, le Magistère, et
      humaines : les supérieurs, la communauté, la mission, le travail, les signes des temps.

Pour nous, indépendamment de leur nature ontique, elles doivent toutes être théologiques parce que
nous devons apprendre à les considérer toutes avec le regard de la foi et y lire la présence et la
manifestation de Dieu.

Le Seigneur s’est souvent manifesté de la sorte au cours de l’histoire du salut et il continue à le faire
de nos jours dans son Eglise. Nous préférons bien sûr les manifestations directes, mais celles-ci ne
se produisent que très rarement.
Nous devons apprendre à discerner les nombreuses formes de médiation que le Seigneur utilise pour
signaler sa présence parmi nous et agir en conséquence.

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Au début de ses réflexions j’ai parlé de notre relation avec Dieu dans la prière et les célébrations
liturgiques, lieux privilégiés pour expérimenter sa présence.

Mais le Seigneur signale qu’il est là de beaucoup d’autres manières encore. Nous devons nous
interroger sur la façon dont nous, les supérieurs, pouvons en être la médiation pour la communauté
et celle dont nous, les frères, nous pouvons l’être aussi, les uns pour les autres. Nos communautés
ont beaucoup évolué. Elles sont devenues plus humaines. Nous devons nous souvenir néanmoins
qu’elles constituent, dans ce qui est bon et ce qui l’est moins, une médiation théologique de la
volonté de Dieu. Malgré nos faiblesses, c’est là que le Seigneur se manifeste à nous. Nous
appartenons tous à une communauté, que nous en soyons frères ou supérieurs, et tous, nous avons la
responsabilité d’y être médiation de la présence de Dieu.

Nous sommes invités à percevoir cette présence maintenant, en notre temps, marqué par la
sécularisation, le nombre limité des frères dans de nombreuses réalités, la restructuration impérative
de nos œuvres et l’insertion des collaborateurs dans notre mission. Nous devons nous demander ce
que le Seigneur veut nous dire aujourd’hui dans toutes ces situations.

L’écoute attentive du Seigneur doit guider nos choix. Elle doit se faire dans le discernement de la
province et de la communauté pour ne pas risquer de confondre Sa voix avec la nôtre. Nier la réalité
équivaut à fermer les yeux et les oreilles aux nombreux signes qu’Il nous envoie.

5.3.5. Obéissance dans la maturité et dans la joie.

Notre vie doit démontrer que, contrairement à certaines allégations, l’obéissance ne nous infantilise
pas ni ne nous réduit dans un état de dépendance.

En développant dans nos communautés la capacité de nous accepter, de nous aimer dans le respect
de nos diversités, de nous réconcilier, quand les difficultés inhérentes aux relations humaines le
demandent, le prouve également.

Notre présence aux côtés de ceux qui travaillent avec nous dans la mission, avec tout ce qu’une telle
collaboration requiert à notre époque, doit être un témoignage que nous sommes heureux de notre
vocation.

De cette manière nous prouverons que l’obéissance ne diminue pas la personne mais que, vécue de
manière adulte et dans le respect de chacun, elle nous seconde dans notre projet d’aider les malades
et les blessés de la vie à retrouver un peu de bonheur.

CONCLUSION

J’espère vous avoir transmis, dans la première partie de cette lettre, toutes les informations
nécessaires pour bien vivre le prochain triennat et surtout, pour bien orienter vos travaux pendant
les prochains chapitres provinciaux.

Je tenais également à vous communiquer, un peu plus brièvement que je ne l’avais prévu au début
de mon mandat, quelques réflexions sur trois sujets que j’estime importants et qui peuvent nous
aider à trouver des réponses adéquates tout au long de notre vie.

Souvenez-vous de moi dans vos prières. Le 8 de ce mois, je commencerai mes pérégrinations pour
présider les chapitres provinciaux. J’espère que ma présence pourra être, chaque fois, une
médiation de saint Jean de Dieu.

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Préparons-nous à célébrer dans la joie la fête de notre Fondateur. Cette année, je la fêterai en
Australie. J’aurai le bonheur d’y présider les célébrations du jubilée d’or du Frère Brian O’Donnell,
dont je garde un excellent souvenir et que j’admire pour les qualités que nous lui connaissons tous.
Je tiens à le remercier dans cette lettre déjà, pour tout le bien qu’il a accompli pour l’Ordre quand il
en était le Supérieur Général.

Toujours unis en saint Jean de Dieu




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