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Le paysage_ élément dunité ou facteur de la diversité méditerranéenne

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									Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?



         Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité
                          méditerranéenne ?


INTRODUCTION

          « Dans son paysage physique comme dans son paysage humain, la Méditerranée carrefour, la
Méditerranée hétéroclite se présente dans nos souvenirs comme un système où tout se mélange et se recompose
en une unité originale » (Fernand Braudel, La Méditerranée, l’Espace et l’Histoire, 1977)
La Méditerranée se définit en effet dans son paysage comme éclatée en éléments qui tous réunis forment l’image
d’une « Méditerranée », d’une idée de ce qu’est la Méditerranée.
          Le paysage est défini par le petit Larousse comme une vue d’ensemble d’une région ou d’un site et
comme dessin, tableau représentant un site. Cette définition pose d’emblée le caractère double du paysage, elle
évoque la relation qui s’établit en un lieu et un moment donnés entre un observateur et l’espace qu’il parcourt du
regard et pose d’emblée le paysage comme un événement fugitif, unique. Le paysage est défini dans Les Mots de
la Géographie (Brunet, Ferras, Reclus, La documentation française, 1993) comme « ce que l’œil embrasse d’un
coup d’œil. Le paysage est donc une apparence et une représentation : un arrangement d’objets visibles perçu
par un sujet à travers ses propres humeurs, ses propres fins. (…) Il n’est de paysage que perçu. ». Le paysage
c’est la perception qu’ont les hommes de la réalité, qui est différente pour chacun en fonction à la fois de la
personnalité et de la culture de chacun. Le paysage c’est aussi concrètement une réalité de l’espace terrestre qui
peut évoquer l’idée de milieu naturel non transformé par l’homme dans une vision rousseauiste de la nature.
          S’intéresser au paysage méditerranéen c’est évoquer la diversité extrême des images méditerranéennes,
liée aux contrastes topographiques rencontrés en Méditerranée et à la diversité des cultures sur le pourtour
méditerranéen. Cependant au-delà de ses images individuelles ponctuelles il semble possible de définir une
image de la Méditerranée qui serait une image collective reposant sur une collection des différents paysages
méditerranéens et qui en rassemblerait les éléments communs au-delà de la diversité première. On peut donc se
demander si le paysage est élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne.
          Cette Méditerranée, dans un questionnement sur le paysage, peut voir ses limites définies selon des
critères d’extension bioclimatiques des marqueurs paysagers que constituent certains types de végétation. Ainsi
l’olivier peut apparaître ici un bon marqueur puisque sa présence marque le paysage de façon forte. Cette limite
posée élimine de la Méditerranée le littoral de la Mer Noire. Elle pose surtout l’idée de gradient, les limites nord
étant également à combiner avec celle du gel qui ne permet pas la survie de certaines plantes méditerranéennes et
au sud avec les marges sèches qui rendent toute culture difficiles et font passer dans un paysage de type
désertique. La Méditerranée ainsi délimitée comporte donc des marges dans lesquelles les critères de définition
du paysage méditerranéen sont moins présents. Il faut enfin s’intéresser au cas des montagnes qui font partie du
domine méditerranéen mais où l’altitude entraîne un changement dans la végétation, le seul critère de l’olivier
par exemple risque d’éliminer de l’aire méditerranéenne certaines montagnes qui en font néanmoins partie. Il
faut donc reconnaître que toute tentative de définition d’une aire méditerranéenne est délicate et doit être
nuancée au cas par cas, tout en reconnaissant que les facteurs climatiques et biogéographiques sont les plus aptes
à définir l’aire paysagère méditerranéenne, marquée par l’ensoleillement fort durant la période estivale
concomitant de la période sèche. Le paysage méditerranéen est aussi, et peut-être surtout, défini par son rapport à
la mer. En Méditerranée celle-ci n’est jamais loin et la « carte postale » méditerranéenne comporte souvent le
ciel bleu et la plage.
          S’interroger sur l’unité et la diversité en Méditerranée c’est aussi se demander si derrière les petites
unités, les cellules topographiques éclatées de la Méditerranée du fait du contraste entre montagnes, plaines et
bassins mais aussi des contrastes entre ville et campagne ou entre différentes aires culturelles, on peut trouver
des critères qui permettraient en quelque sorte de définir ce qu’est la Méditerranée. Car définir l’unité paysagère
de la Méditerranée c’est bien en donner une sorte de définition au-delà des formes particulières, locales ou
régionales, qu’il peut prendre.
          Il ne faut pas oublier que si la mer constitue un élément commun à tous les pays méditerranéens (enfin
presque tous puisque pour le Portugal qui entre dans l’aire culturelle méditerranéenne il n’y a pas de façade
méditerranéenne), chacun a développé sa propre culture, son propre mode de développement, ce qui se marque
dans le paysage.
          De plus la définition même du paysage introduit l’idée de paysage vécu ou perçu, il faut nécessairement
un observateur ce qui introduit l’idée de diversité du paysage selon l’observateur. Le paysage n’est pas le même
pour celui qui l’habite, celui qui le voie (les touristes notamment) ou celui qui l’imagine. Les critères culturels




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


prennent une grande place dans cette définition du paysage et on peut se demander s’il n’existe pas plusieurs
méditerranées en fonction des différentes aires culturelles principalement.
        L’interrogation porte donc sur la paysage vécu dans sa dimension physique concrète (1) mais également
dans sa dimension perçue (2) ce qui amène à se demander si le paysage ne peut être un élément de définition
d’une spécificité méditerranéenne (3).




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


I- LE PAYSAGE COMME REFLET D'UN MILIEU, D'UNE UTILISATION ET D'UNE
ORGANISATION DE L'ESPACE SPECIFIQUES?

         A- Un milieu spécifique fragmenté

Méditerranée semble former une unité :
     - 1 grand bassin de 2,5 millions de km2, presque fermé (2 détroits, Gibraltar large de 15km et Bosphore +
          Dardanelles).
     - occupé par une mer et un climat qui lui ont donné son nom, « Méditerranée », avec homogénéité
          globale des masses d’eau (salinité 38 pour mille, température de surface entre 12°C et 28°C, peu de
          marées).
Mais sous cette apparente « unité » se cache une diversité paysagère décelable à plusieurs échelles, selon des
critères topographiques et climatiques.


                   1°) Des Reliefs fragmentés.

                             a) A petite échelle : échelle continentale des paysages

         Diversité paysagère et fragmentation visible
    -    entre les continents et les îles, détroits, presqu’îles qui forment une mosaïque de sites et de points de
         vue. Décelable entre les côtes de Sicile et de Calabre au détroit de Messine, entre les îles grecques disséminées en
         mer Egée (Cyclades, Crète, Rhodes) aux côtes découpées et rocheuses, ou les Baléares (Majorque, Minorque,
         Formentera très différentes les unes des autres), Malte, la multitude d’îles de la côte dalmate.
    -    Au sein des ensembles continentaux : l’Espagne des haut-plateaux (Madrid) tombant abruptement sur la
         Méditerranée, l’Italie où le compartimentage du relief, hormis la très vaste plaine du Pô (50 000 km2), sur laquelle
         les Alpes cristallines tombent à pic, constitue un obstacle : montagnes et collines représentent les trois quarts de sa
         superficie.


       On peut distinguer les ensembles selon la nature des reliefs qui donnent une inscription paysagère
différente : les chaînes plissées (Cordillères Bétiques aux massifs helléniques), les chaînes intracontinentales (Pyrénées,
Monts du Liban), les plateaux (Mesetas espagnoles et tunisiennes).

                             b) A grande échelle : échelle du paysage vu

Nombreuses formes de paysages coexistent sur l’aire méditerranéenne. Mais sur des aires plus restreintes, à
échelle du paysage vu et perçu, la compartimentation des reliefs est aussi extrême :

Compartimentations de contact entre reliefs :

Verticale : contrastes topographiques.

           Mer/ montagnes : calanques marseillaises, ou Languedoc-Roussillon caractérisé par une succession de gradins
faisant face à la Méditerranée: plaines littorales, plateaux et avant-monts des Garrigues et des Corbières, montagnes et hauts
plateaux.
           Plateaux/plaines : mesetas et sierras espagnoles (collines de Carmona et plaine valencienne, sierra madrilène,
sierra algérienne au-dessus de la Mitidja) / plateaux anatoliens et monts du Liban donnant sur la plaine littorale.
           Plaines côtières/ plaines intérieures : deltas fleuves en solution de continuité topographique les unes par
rapport aux autres mais rupture paysagère :
Camargue : qui est même située plus bas que le reste de la vallée et le niveau de la mer (digues), paysage de
marais différent de celui de la vallée rhodanienne.
Plaine du Pô : vaste zone de terres basses, séparée de la mer Tyrrhénienne par l’Apennin ligure, s’ouvre
largement sur l’Adriatique, dont elle est un ancien golfe, comblé par les alluvions tertiaires et quaternaires issus
des Alpes et des Apennins.


Longitudinale : contrastes de juxtaposition.
       Rivages rocheux : 45% sur 46.000 km (Marseille et Collioure, Gêne, Gibraltar, Monaco, Oran, Skikda en
                                                                                                             Algérie)
         Rivages bas à cordon littoraux : 40%, Lagunes marécageuses (lido de Venise, Languedoc).



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


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          Rivages bas deltaïques : 15%, Rhône et Camargue, Ebre, Pô, delta du Nil.

Cette compartimentation est lisible dans la juxtaposition des paysages le long d’un trait de côte ou au pied d’un
relief. Mais également au sein même des ensembles de relief :

Compartimentation internes aux reliefs :

         Les contrastes et compartimentations sont ici essentiellement verticales. Se traduit par un encaissement
des vallées plus ou moins grand dans les plateaux et montagnes :
 Mesetas espagnole et tunisienne, Vallées du Midi français, Kabylie algérienne ravinées de vallées encastrées dans les
plateaux.
 Algérie de l’Est contraste entre le bassin et les hautes plaines de Constantine.

          Toutes ces compartimentations et ces échelles se superposent, pas d’unité du bassin et obligation de le découper en
zones à grandes dominantes. Levant espagnol peut être pris comme paysage caractéristique de ces superpositions : les
paysages y sont dominés par l’opposition entre le littoral, où alternent côtes rocheuses et basses plaines alluviales avec plages
et lagunes (albuferas), et l’intérieur montagneux, où deux systèmes calcaires plissés entrent en contact. Au nord, les monts
celtibériques dressent de hauts massifs, difficilement pénétrables, à plus de 2 000 mètres (sierra de Javalambre, Peña Golosa)
au-dessus de plaines littorales étroites. Au centre, une zone intermédiaire de blocs soulevés (Caroche) et de hauts bassins
(Requena), où s’encaissent les vallées de la Turia et du Júcar, offre des communications plus faciles avec la Meseta et laisse
plus d’ampleur aux plaines du golfe de Valence, vaste zone de comblement alluvial derrière une côte régularisée. Elle est
barrée au sud par les alignements sud-ouest - nord-est des chaînes prébétiques, qui s’avancent dans la Méditerranée au cap de
la Nao, et dont les crêtes et blocs calcaires plissés dominent de hautes plaines et de vastes glacis d’érosion, annonçant le
paysage qui se développe dans le «Sureste».

         Du point de vue du climat, celui-ci est décrit comme la grande unité méditerranéenne, en fait il y a une
dominante générale et une palette de dégradés qui font que sous un même climat on range Nice, Djerba et
Athènes.

                    2°) Nuances bioclimatiques

                              a) Tendances générales et mécanisme:

Tendances :
       - Sécheresse estivale.
       - Chaleur estivale.

          Alternance été chaud et sec, hiver doux et humide. Grand marqueur climat méditerranéen et grande
originalité de la coïncidence saison chaude et saison sèche donne ses caractéristiques au paysage parce que cela
induit certaines formes de végétation, d’érosion et de richesse ou pauvreté des sols.
          Les caractéristiques générales sont la douceur de l’hiver (8,4 °C à Nice, 8,2 °C à Athènes en janvier) et
la chaleur de l’été (27 °C à Athènes en juillet). Mais il ne faut pas imaginer une chaleur régulière et exempte de
contrastes. En hiver, il fait chaud au soleil; l’ombre et la nuit sont fraîches. Certains accès de froid
s’accompagnent de gel et de neige presque partout, sauf en certains points du sud de la péninsule Ibérique ou de
la Sicile. D’autre part, la sécheresse ne veut pas dire absence de pluie.
          Les précipitations sont très différentes suivant les expositions ou les latitudes; si elles atteignent plus de
700 mm à Marseille, elles ne sont guère que de 120 mm au cap de Gata. Ces pluies tombent surtout aux saisons
de transition (printemps et automne); elles sont beaucoup plus abondantes au nord d’une ligne Lisbonne-
Athènes. Elles se produisent généralement sous forme d’averses violentes et rapides qui remplissent d’eau les
torrents méditerranéens, autrement réduits à l’état de lits de galets secs.
          Une autre caractéristique de ce climat est l’importance des vents qui soufflent de la terre vers la mer: le
mistral (venu du nord du Massif central vers les dépressions du golfe de Gênes et dont il faut se protéger dans les
plaines du bas Rhône par des haies de cyprès ou de roseaux pour pouvoir faire des cultures maraîchères très
rentables) est le plus connu, mais il y a aussi la tramontane en Roussillon, la bora en Dalmatie. Quant à l’Italie
du Sud, à la Sicile et au sud de l’Espagne, elles connaissent le sirocco venu, en été, d’Afrique.


Mécanismes :
       - Naît du déplacement saisonnier des anticyclone subtropicaux.




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


         -    Montée en latitude en été donc décalage vers le nord des sécheresses désertiques / pluies d’orage /
              chaleur + hiver migration anticyclone vers le sud donc masses d’air polaire océanique et continental
              balayent la zone.

                             b) Les gradients :

Nord / Sud :
    - Subméditerranéen : humide / indice xérothermique inférieur à 40. Côte d’Azur, Riviera italienne.
    - Mésoméditerranéen : « tempéré » / indice xérothermique entre 40 et 100. Côte dalmate, est algérien.
    - Thermoméditerranéen : chaud et sec / indice xérothermique entre 100 et 150. Est de l’Espagne, Athènes
         et Anatolie, Liban.
    - Xéroméditerranéen : aride / indice xérothermique supérieur à 150. Marrakech sécheresse de Mai à
         Novembre. Climat de transition vers le climat désertique.

Local :
    - Montagne :
                             Nord/ Sud : Nord barrières protectrices contre les vents dominants climats abrités
                   (Riviera) mais facilite Pmm.
                                             Sud versants nord humides, versants sud arides (Atlas).
                             Est/Ouest : à l’Ouest les façades péninsules italienne et espagnole sont plus
                   humides (vents à dominante atlantiques) + côte Dalmate, les grands vents bloqués par des
                   chaînes méridiennes. A latitude plus méridionale même enneigement dans les Abruzzes et dans
                   les Dolomites.

     -    Distances à la mer : rôle thermique modérateur en hiver où elle fournit l’air humide aux perturbations
          atlantiques. La côte a un climat plus doux que l’intérieur et des saisons moins contrastées. Donne une
          couverture végétale différenciée et des appropriations par l’homme en rapport avec ces conditions qui
          peuvent varier énormément sur de faibles distances (Côte d’Azur entre Marseille et Toulon).

Exemples compilant les deux gradients locaux:
 La Crète chaîne de montagne entre le versant Nord sur la mer Egée et le versant Sud sur la mer de Libye parfois aride,
l’extrémité ouest mieux arrosée que l’est déficitaire en eau.
 La Cyrénaïque à l’est de la Libye entre le golfe de la Grande Syrte à l’ouest, celui de Bomba à l’est et la frontière
égyptienne. Ce promontoire en forme de croissant, qui s’étend sur 250 kilomètres d’est en ouest et sur 50 kilomètres
approximativement du nord au sud, est formé d’un vaste bombement calcaire dissymétrique s’inclinant doucement vers le
désert et relevé au nord où il se découpe en gradins: le gradin supérieur d’une altitude moyenne de 600 mètres culmine à 868
mètres dans le djebel Akhdar, le gradin intermédiaire, appelé el Arqab, comprend la plaine fertile d’el Mardj et atteint la mer
au nord; un gradin inférieur forme une plaine côtière étroite (17 kilomètres au maximum en arrière de Benghazi), appelée
Sahel à l’ouest, autour de Benghazi, et Marmarique à l’est, autour de Tobrouk. Grâce à ces gradins qui bloquent les
influences du climat désertique la Cyrénaïque jouit d’un climat modéré.


Végétal :
         Si tant est que l’idée de gradient « végétal » ait un sens dans la mesure où la végétation résulte des sols
et du climat.
Fragmentation est là, recoupant les nuances bioclimatiques.
     - Garrigues et maquis qui sont la formation dégradée, le premier des forêts de chêne vert (sols calcaires)
         l’autre des forêts de chêne, chêne-liège (sols siliceux).
     - Steppes : plusieurs visages, quatre en Espagne (steppe à genévriers de la vallée de l’Ebre, appelée
         sabinar, le calvero constitué d’alfa, les spartes et absinthes de la Manche), elles sont semi-arides en
         Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
     - Déserts : le paysage désertique se rencontre aux marges méditerranéennes (Djerba).


Formation de micro-régions, très différentes tant sur le plan climatique que végétal et du relief. Mais il y a deux
choses à prendre en compte malgré cette fragmentation : les unités dans la diversité et l’action anthropique.


                   3°) Jeu d'échelles : unité des contraintes dans la diversité des situations

                             a) Interactions mer, montagne, climat créent une spécificité méditerranéenne.



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?



          Dans tous ces cas on trouve des dénominateurs communs qui font la spécificité méditerranéenne
méditerranéens : végétation, relief (montagne), climat (manque d’eau) dénominateurs communs d’être regroupés
et créent donc des contraintes communes suivant le schéma suivant :

Facteurs normaux            +       Facteurs exceptionnels         +    Facteurs anthropiques

Manque d’eau + Chaleur      + Relief         Tremblements de terre
                                             Volcanisme

             Sécheresse      Erosion                                           Feu
                                                                                     Aménagements

                   Sols pauvres                                                    Pollution

                                         Fragilisation du milieu




                          b) Conséquences :

         Végétaux : les garrigues / les steppes / les déserts forment des micro-régions mais ont des caractères
        communs entre elles :

                          Plantes xéromorphiques cad adaptées aux sécheresses estivales (racines très développées X,
                          feuillage dure vernissé des plantes sclérophylles cad à petites feuilles, rythme physiologique
                          ralenti en hiver).

                          Paysages forestiers à caractéristiques générales semblables : arbres plus espacés / altitude
                          sommitale plus basse (pousse plus lentement) / beaucoup d’arbres sempervirents (chêne vert).

                          Zones climatiques / zones botaniques se recoupent de même que types de sols et types de
                          végétation: c’est une évidence mais bon à dire quand-même, avec dégradation des forêts en
                          steppes selon le gradient de l’aridité et modification des essences avec nature des substrats
                          (calcaire chêne-vert, cristallin chêne-liège, châtaignier, sables pins maritimes, montagnes
                          espèces allogènes donc moins « méditerranéen »).

         Fleuves capricieux
                          Régime d’été presque pas d’eau et régime d’hiver avec crue (Pmm + nature du substrat + fonte
                          des neiges).

                          Correctif au Nord car fleuves reçoivent en été l’apport de fonte de neiges (Rhône) mais pas au
                          Sud où fleuves d’été secs (sauf le Nil)

                          Hautes eaux d’hiver et crues torrentielles en automne.

Ces marqueurs sont fondamentaux pour le paysage car conditionnent et imposent des aménagements
hydrauliques et crée des alternances paysagères d’eau / rivières aux lits asséchés, contrastes frappants comme en
Egypte où le ruban vert et bleu du Nil et des cultures tranche sur le paysage désertique.
Or ce sont également des milieux anthropisé depuis longtemps, berceau des grandes civilisations agricoles : les
contraintes sont multiples et l’adaptation à ces fragmentations paysagères est obligatoire. Elle se fait dans la
diversité et dans l’unité.


        B- Diversité des réponses à ces contraintes

                 1°) Contrastes Nord / Sud

         La fragmentation méditerranéenne se lit d’abord selon un gradient Nord / Sud dans la réponse aux
contraintes. Cela tient à une approche essentiellement économique des contraintes et aménagements paysagers :
    - Utilisation du paysage.



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


    -    Perception de ce que doit être le paysage.

Exemple des deltas : paysage que l’on retrouve dans toutes les aires de la Méditerranée : Ebre, Rhône, Nil, Pô,
Nil pour ne citer que ceux-là. Type même du paysage à forte contrainte :
     - Marécageux
     - Insalubre (malaria)
     - Faune et flore riches et fragiles.

     Toutes proportions gardées, la Camargue / Pô / Ebre ne sont pas aménagés de la même manière que le delta du Nil et
cela ne tient pas à uniquement à leurs caractéristiques naturelles. Si les pays du Nord ont pu mettre en place une utilisation
agricole par aménagements coûteux et modernes, voire même la transformation, pour la Camargue, du delta en parc naturel
régional, c’est-à-dire en espace sévèrement contrôlé sur le plan de l’exploitation, l’Egypte ne peut se permettre ce genre de
chose. Le delta du Nil reste à vocation agricole, et pâti des rejets des grandes villes qui le bordent (Le Caire, au Sud,
Alexandrie et Port-Saïd, au Nord).
     En ce qui concerne chacun des facteurs marquants du milieu, à savoir relief (facilement érodable), climat (manque
d’eau), végétation (fragile) la réponse a été adaptée des deux côtés du bassin mais la différence économique entre les deux
rives conditionne l’attitude des différents acteurs : l’attitude face à une aire végétale menacée par les incendies ou les
défrichements ne se pose pas avec la même acuité dans un contexte de surpopulation ou de déprise démographique, la
question de l’eau non plus (Egypte-Maroc / Espagne et France). Celle-ci pose également le problème politique : les tensions
entre Israël, le Liban et la Jordanie n’ont rien en commun avec les politiques de coopérations franco-espagnoles. A contrainte
équivalente, réponse nuancée et déclinée suivant des critères qui sont très divers et ont une empreinte paysagère différente.

On peut donc les regrouper ainsi :
    - Politiques : climat international ou local entre deux pays, voire deux entités régionales (Espagne).
    - Historiques : l’héritage de la colonisation du XIXème siècle laisse une empreinte paysagère tant au
        niveau des villes (quartiers importés d’outre-mer) qu’au niveau des paysages. La Mitidja algérienne n’a
        été exploitée de manière intensive qu’à l’arrivée des colons, par exemple, remplaçant un système agro-
        pastoral.
    - Techniques et économiques.

                   2°) Agriculture : Regadios / Secanos

          Vaincre la sécheresse, la pauvreté des sols et les pentes : c’est le grand problème des populations
installées en Méditerranée. Donne lieu à deux réponses totalement opposées, partant des mêmes contraintes :
regadios et secanos, qui renvoient aux deux réalités méditerranéennes, montagne et plaine.


                             a) Les systèmes :

 Les cultures irriguées (regadío):

Le climat méditerranéen, de plus en plus sec vers le sud, et qui transforme les rivières côtières en de simples
ramblas sans eau, a contraint l’agriculteur à une quête de l’eau (souvent communautaire). Les fleuves (barrages),
les sources karstiques et les nappes phréatiques (norias et pompes) alimentent ainsi, dans les vallées et les plaines
littorales espagnoles (Mijares, Turia, Júcar, Vinalopó, Segura et Guadalentín), des huertas, Le mot espagnol
huerta vient du latin hortus, jardin; la huerta caractérise d’ordinaire les plaines irriguées du pourtour de la
Méditerranée. Leur importance est très variable: simples conques au débouché d’un torrent, petites plaines
comme celle de Fondi entre Rome et Naples, grandes étendues alluviales. Le plus bel ensemble de huertas est
celui du Levant espagnol: autour de Valence, de Murcie, d’Alicante et, plus au sud, en Andalousie autour de
Motril, dont la richesse est fondée sur la canne à sucre.

On distingue
- La zone des cultures (huerta au sens strict)
- Les secteurs de céréales irriguées (vega).




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?



     En réalité, des interférences existent et les cultures spéculatives modernes prennent de plus en plus de place.
L’irrigation par puits reste individuelle car on reconnaît l’usage de l’eau profonde à celui qui l’a trouvée sur sa
terre. Cependant, l’irrigation collective prédomine, soit à partir de barrages, soit par dérivation.
     Les huertas sont d’ordinaire des régions de petite propriété et de petite exploitation. La polyculture intensive
peut faire vivre une famille sur cinquante ares. Cependant, des nuances existent dans les régimes fonciers.

Autour de Valence :
-   Les petites propriétés portent d’abord des cultures vivrières: blé, maïs, légumes. Quelques productions de complément
    procurent un peu d’argent: oignons, piments, tomates. Le climat chaud permet une culture intensive (cinq récoltes en
    deux ans).
-   Un autre type de propriété, qualifiée de grande avec vingt hectares, donne lieu à location par des bourgeois de la ville.
    Les oranges en sont la production principale.
-   Enfin, la plaine littorale, vouée au riz, a été conquise par les grosses sociétés foncières. Le spectacle actuel est celui d’un
    paysage rural créé par l’homme, où les limites parcellaires, les terrasses, les réseaux d’irrigation, les droits d’usage, la
    pression démographique s’opposent au bouleversement que pourraient apporter des techniques d’irrigation plus
    modernes comme l’aspersion.

 Les cultures sèches : sur les collines et les plateaux, le secano associe les céréales aux cultures arbustives,
telles que l’olivier, l’amandier et surtout la vigne: partout présente, celle-ci produit des raisins de table sur la côte
et des vins.


                              b) Les paysages :

 Paysages mixtes : exemple de la Crète.
          Activités concentrées dans les collines et plaines d’alluvions récentes et dans les bassins intérieurs abrités par les
          sommets. Intensification agricole dans une optique spéculative (cultures d’exportation) et introduction de la
          serriculture.
-    raisins secs près d’Héraclion
-    primeurs irrigués dans la plaine de Mesara
-    tomates d’hiver (Ierapetra)
-    agrumes (Khania)

 Paysage de huerta :
          Caractérisé par des réseaux d’irrigation gravitaire sur des terrasses et parcelles. Sur le plan social, droits d’usage et
          pression démographique s’opposent encore à l’introduction de nouvelles techniques d’irrigation. Mais c’est la
          croissance urbaine qui menace les huertas : Ghouta de Damas, haouz de Marrakech, Conca di Oro de Palerme, dir
          de Fez…C’est à lui que l’on pense en premier quand il s’agit de paysage méditerranéen agricole.

Complexité de l’occupation du sol, avec stratification végétale.
-  Sur la rive sud, étages de palmiers abritant des arbres fruitiers (pêchers, abricotiers, figuiers, néfliers) et une
   strate basse (planches de légumes ou de céréales). Parfois haies contre le vent, paysage agraire très
   compartimenté. Ex : Vallée de l’Ourika au sud de Marrakech, arrosée par les crues de l’oued, paysage de cultures sur
     des petites parcelles jusqu’aux élévations des contreforts de l’Atlas. Vert de la végétation / rouge du flanc de la
     montagne.
-    Sur la rive nord, les productions de la huerta s’adaptent au marché : les huertas du Levant espagnol cessent de
     produire de tout pour leurs marchés urbains et produisent ciblé pour le marché européen. Le Levant est le premier verger
     méditerranéen (plus de 160 000 hectares, dont 135 000 plantés d’orangers dans la province de Valence).


 Paysages de secanos :
          Nord-Est espagnol (Monts Celtibériques, Castille, Ebre) Manche et Andalousie, en Italie les plaines du Campidano
(Sardaigne), de Sicile intérieure et de Calabre, les grandes plaines céréalières de Thessalie et de Macédoine, de Turquie, de
Syrie et du Liban. Donne des formes d’appropriation du sol qui oscillent entre grandes propriétés latifundiaires (Italie du
Sud) et petites propriétés villageoises.

                    3°) Urbanisation différenciée

         Problème majeur : vaincre les contrastes topographiques, comme pour l’agriculture, mais la question de
l’eau se traduit par des apports obligatoires nécessaires aux grandes entités urbaines (Barcelone, Alexandrie) et
par des assainissement des marécages (Côte d’Azur, marais Pontins). Adaptation de l’urbanisme et / ou
modification des contraintes :



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


                              a) Villes portuaires :

-    Littoral découpé et rocheux : anfractuosités et roches dures permettant des sites d’abris (Marseille) derrière des
     alignements d’îles parallèles défendant la côte comme la côte dalmate (Dubrovnik, Split, Zadra, Rijeka) ou la côte
     turque (presqu’îles et côtes découpées autour d’Izmir).
-    Larges baies entre deux barres rocheuses : Alger qui s’installe sur les pentes du massif de Bouzaréa et le cap
     Matifou, Gênes, Naples et Palerme, surtout le Pirée à Athènes, entre les baies de Phalère, d’Eleusis et l’île de Salamine.
-    Ports de deltas : ils sont absents (crainte de l’envasement) au sens strict, mais certains sont installés en bordure de
     deltas : Alexandrie bien sûr (alluvionnement détourné vers l’Est par le courant côtier, donc la ville s’est installée à
     l’Ouest) avec aménagement d’un canal pour la relier au lac Mariout, au Nil et à l’arrière-pays, mais aussi Barcelone dont
     le premier port a été comblé par les alluvions du Llobregat.

                              b) Villes d’orient, villes d’occident ?

Villes d’occident :
- Superposition des strates urbaines séculaires : urbanisation romaine « ouverte » dictée par le cardo et le
     decumanus, à plan quadrillé gréco-romain + strate médiévale avec forteresse et remparts (Sienne, Bologne,
     Padoue, Rome) ville « fermée » et recherche de sites perchés (on pense à l’encastellamiento).
- Juxtaposition de modèles urbains : se fait en même temps ou plus tard avec la strate moderne (desserrement
     urbain et grands cours, promenades : Marseille) + strate contemporaine avec banlieues et faubourgs
     industriels.

Villes d’orient :
- Vieille ville « Médina » à rues étroites, perchée (Alger, Marrakech, Kairouan) ou non (Damas, Rabat) :
     ordre autour de la mosquée, la madrasa, le souk protégés par la kasbah, forteresse.
- Villes coloniales : nouveau quartier à l’européenne juxtaposé à l’urbanisme d’origine (Le Caire, Alger,
     Rabat, Damas).
- Villes « modernes » : somme des deux avec quartiers industriels et banlieues surpeuplées et dévorant
     l’espace. Restructurations nécessaires et en cours : Le Caire en Egypte, avec le Nouveau marché et le
     quartier neuf en plein désert, ou la viabilisation des quartiers insalubres.

Donc distinction fallacieuse : la vieille ville, en orient comme en occident, est formée de rues étroites et
tortueuses et il y a un problème de liaison paysagère, économique et sociale avec les banlieues nouvelles. En
orient et en occident. Le critère « paysage » change donc, il n’est plus lu en termes de contraintes mais en termes
d’esthétique, il acquiert une autre dimension.


c) Deux exemples alliant ces critères:

 Valence : un site de fleuve.
Troisième ville d’Espagne (750 000 habitants), située sur le Turia. Sur la rive sud du fleuve se situe la ville musulmane, aux
allures de médina, englobée dans la ville médiévale de la Reconquête (caractérisée par les nombreux couvents & églises). Les
remparts de la ville moderne ont disparu en 1864 avec l’extension urbaine, contemporaine de l’essor économique.
Développement à la fin du 19ème siècle d’une ville nouvelle, El Grao, avec un plan en damier et un port aménagé sur une côte
peu propice, afin d’écouler les cultures d’exportation (agrumes, oignons, vin). Au 20 ème siècle, entre la ville et l’embouchure
du Turia, s’échelonnent les principaux établissements industriels, tenus à l’écart de la cité des commerçants & des
propriétaires terriens.
La croissance urbaine se traduit par le remodelage du centre d’affaires et par le déferlement des banlieues sur la huerta ;
cependant, un plan d’urbanisme ambitieux, le plan Sud, contribue dans les années 1960 à éviter l’anarchie dans la
construction, et opère des travaux hydrauliques pour éviter les inondations. Les gros bourgs de la périphérie enregistrent les
plus forts taux de croissance : autrefois ruraux, ils se tournent vers l’industrie ou deviennent des cités dortoirs de + 20 000
hab (ex de Paterna, Torrente, Mislata). Ville, banlieues et bourgs satellites tendent à former une conurbation dépassant le
million d’habitants.


 Constantine : un site perché.
Un site exceptionnel de son rocher, barre calcaire truffée de cavités karstiques, incisée par le Rhummel antécédent qui l’isole,
à l’est et au nord, des djebels Ouahch et Sidi Mcid par un profond canyon, dominant de 300 mètres, à l’ouest, le bassin d’El-
Hamma. À la fois oppidum et lieu d’ensilage commandant la seule vallée ouverte des Hautes Plaines à la mer à travers le Tell
entre le Bou-Sellam (Sétif) et la Seybouse (Guelma), elle avait pourtant déjà projeté, hors les murs le faubourg d’artisanat et
de dépendances beylicales du Coudiat Ati. Lieu multiple de contact entre montagne arrosée polyculturale du Tell au nord et
Hautes Plaines céréalières et pastorales au sud, entre ces cultures sèches et son bassin abrité et irrigable grâce aux résurgences




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


du Rhummel au nord-ouest, elle occupe une situation urbaine classique au Maghreb au carrefour de la route caravanière
méridienne du Sahara (Biskra) à la Méditerranée et de la rocade Alger-Tunis par Sétif et Djemila.
L’extension du site aux deux rives du ravin, franchi depuis l’Antiquité par un pont (el-kantara), a été imposée par les
structures économiques de la colonisation: les voies ferrées de Philippeville (Skikda), d’Alger puis de Guelma ont, à partir de
1869, en rive droite et sur la route d’El-Khroub, implanté la gare, ses entrepôts et ses silos, puis le dépôt de Sidi Mabrouk et,
au XXe siècle, les premiers quartiers industriels. L’addition, déjà difficile, des ponts Sidi Rached et Sidi Mcid n’a pas suffi à
établir des relations fluides entre les nouvelles extensions urbaines (faubourgs Bellevue et Lamy/Émir Abd-el-Kader) et le
centre déplacé sur «la Brêche» qui concentrait encore, avec la médina amputée de la Qaçba, densifiée et dégradée,
administration, négoce, commerce et artisanat. Cette structuration a laissé en marge les quartiers d’habitat précaire produits
par l’exode rural avant et pendant la guerre d’indépendance, implantés dans les interstices non constructibles et dangereux
face au ravin ou à la pente érodée du bassin d’El-Hamma.

          C- L’articulation entre des unités spécifiques crée une spécificité méditerranéenne.

                    1°) Complémentarité des terroirs.

                              a) Dans les activités : trilogie sèche.

          Blé, olivier, vigne. Manière de pallier le manque d’eau, la pauvreté des sols et l’exiguïté de l’espace
disponible. S’allie à la complémentarité plaine / montagne.
          Etagement des activités, des montagnes à la mer : pâturages, cultures sèches (amandiers, caroubiers,
oliviers, vignes installées en terrasses) puis plaine avec culture arboricole irriguée et culture maraîchère des
huertas, riziculture quand il y a un cordon littoral marécageux.


                              b) Dans l’occupation du territoire : étagement montagnard.

          On peut l’étudier à travers le système des terrasses :
-    Pas de complémentarité : tout l’espace est ménagé en terrasses (labour / arboriculture / irriguées) réparties également
     entre petites propriétaires. Ex : Préalpes françaises au-dessus de Grasses.
-    Petite complémentarité : trilogie de terrasses ci-dessus + communaux vastes d’alpages permettant d’associer culture /
     élevage (Alpes-Maritimes).
-    Complémentarité : un premier étage de terrasses au-dessus du gros bourg, un second étage de bastides et de terrasses et
     un troisième étage de communaux et alpages.

Manière d’organisation qui permet l’adaptation aux conditions locales, marqueurs paysagers très forts : murs de
pierre, étagement nettement visible, etc. Nécessite un entretient lourd et ne peut s’accommoder que de structures
agricoles archaïques (impossibilité d’automatisation).  Originalité des tentatives espagnoles de terrasses
« modernes » bétonnées sur de vastes pans de montagnes jadis non occupés : investissement lourd et nécessité de
déplacer des tonnes de terres donc empreinte paysagère également lourde. Doit être pallié par un bon
rendement : type de structure économiquement peu viables.


                    2°) Singularité du rapport ville/campagne.

                              a) Un rapport anciennement étroit :

Forte prédominance de l’habitat groupé crée des rapports de sociabilité qui brouillent et transcendent les
habituels rapports villes / campagnes : c’est propre à la Méditerranée, où les villes ont maintenu des liens étroits
avec leurs campagnes
-    Symbiose productive : Populations citadines comptaient beaucoup d’agriculteurs (Sicile, Basse-Provence). Bastides
     bourgeoises des campagnes provençales, grandes propriétés maraîchères espagnoles employant des citadins, grandes
     propriétés coloniales au Sud, récupérées ensuite par l’Etat ou des élites gouvernant les nouveaux Etats.
-    Symbiose nourricière : Damas (400 km2 si l’on compte sa campagne immédiate) autour de laquelle s’étend en cercles
     concentriques les exploitations agricoles formant le Ghouta, d’abord (petites parcelles maraîchères à l’ombre d’arbres
     fruitiers, puis grandes propriétés encloses de murs), puis le Merdj, prairie éphémère.
-    Entretien une symbiose d’activités et d’échanges : Sousse tire une grande partie de son activité de la transformation et de
     la commercialisation des récoltes de l’arrière-pays, les bourgeoisies languedociennes ont longtemps détenu le vignoble
     qui faisait vivre les villes et bourgs (Nîmes, Perpignan, Béziers, Narbonne, Montpellier).

Deux causes :
             Importance de la propriété foncière des citadins.




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


               Incorporation de plus en plus accentuée des campagnes au marché : la ville sert d’intermédiaire
                privilégié.

Peut-on parler de « paysage agro-urbain » ?

                            b) Un rapport qui se dégrade ?

         Structures paysagères « traditionnelles » menacées par l’extension des villes et concurrence forte pour
l’espace. Problème du déplacement de ces paysages se pose sur la rive Nord, où l’on considère qu’un paysage
déplacé est dénaturé. Paysages périurbains reconnus sont construits autour de l’irrigation : Huertas de Valence,
Vegas de Murcie, Grenade sont menacées devant l’avancée de la ville et la perte de productivité de ce système,
ce qui a donné lieu à la création de zones de déprise agricole. Constitution de terrains vagues sauvagement
intégrés à l’urbanisme de banlieue, et mitage de l’espace des huertas par des constructions.

Voir typologie de Courtot autour de Valence, en s’éloignant de plus en plus de la ville :
    -    Huertas éclatées : parcelles cultivées au sein d’un espace agricole désorganisé de plus en plus intégré à l’espace
         urbain d’habitat.
    -    Huerta fonctionnelle en régression : le type le plus répandu, huertas « barricadées » qui continuent à produire pour
         la ville mais est concurrencée par autres types d’occupation du sol par des activités urbaines (entrepôts, industries,
         autoroutes).
    -    Huertas qui résistent : groupes d’agriculteurs montant des coopératives et modernisant les exploitations, avec des
         productions pour des marchés ciblés.

C’est donc la huerta la moins « traditionnelle » qui subsiste, tant sur le plan paysager que sur le plan de la
structure productive.

         Paysages méditerranéens ont donc à la fois diversité et unité. Celle-ci est le fait de l’appréhension qu’en
ont ses acteurs, mais aussi des usages qui en sont faits. Ils engendrent des productions symboliques, il y a une
sacralisation des paysages qui sont investis d’une « méditerranéité » par le regard qui est porté sur eux : les
huertas valenciennes sont devenues un emblème de l’Espagne, les champs de lavande et les garrigues ce que tout
un chacun considère comme un archétype de la méditerranée du sud de la France.
         Les peintres, romanciers, mais aussi les politiques, dans une visée d’exaltation de spécificités
régionales, ont construit ces paysages méditerranéens. La bastide de Pagnol ou les Médinas et les souks croqués
par Delacroix sont devenus des images aussi familières à nos yeux que les petites criques grecques sur fond de
flots bleus, dominées par des villages flamboyants de blancheur agrémentés de barques de pêcheurs à voiles
triangulaires. Le paysage n’est plus alors seulement le reflet d’un milieu, d’une utilisation et d’une organisation
de l’espace, il devient un paysage perçu, et cette perception de la Méditerranée porte le sceau d’un regard
occidental qu’il convient de nuancer.




                                                             11
Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


II LE PAYSAGE MEDITERRANEEN COMME PRODUCTION CULTURELLE : « LA
MEDITERRANEE EST TELLE QUE LA FONT LES HOMMES », F. BRAUDEL


         A) Les acteurs : à chaque regard son paysage méditerranéen ?

         Il n’est de paysage qu’à la condition que l’on regarde tel ou tel endroit. Or, cette perception varie
suivant les individus, les collectivités. Penser le paysage méditerranéen comme un reviendrait dès lors à affirmer
l’existence d’une notion commune de méditerranéité ; A l’inverse, la diversité des paysages méditerranéens, au
delà de l’expression d’une adaptation différenciée à un milieu contraignant témoignerait d’un jeu d’acteurs
irréconciliables, de l’absence d’une vue globale de la Méditerranée.

                       1)    Le paysage : une existence relative, des images subjectives

         Un paysage est avant tout construction par un voire une multiplicité de regards. On peut donc
s’interroger sur la légitimité qu’il y a à parler de paysage méditerranéen comme expression de l’unité de la
Méditerranée.
          Ex : la Sainte Victoire est révélateur de la dimension éminemment subjective d’un paysage et du jeu d’acteurs
parfois contradictoire qui s’établit entre ceux qui « voient » la Sainte Victoire.
          De fait, cet espace conçu comme une vue typique de la Méditerranée dans l’imaginaire occidental contemporain
n’a rien d’évident. Dans une certaine mesure, on peut dire que le paysage de la Sainte Victoire en arrière d’Aix n’existe pas
au début du XX° siècle. Seule la représentation fonde le paysage. Et jusque là, elle est absente :
          - pas d’identification par les Aixois jusqu’au XIX°
          - pas de connotation religieuse spécifique (au contraire de la Ste Baume)
          - pas de reconnaissance comme terroir particulier
          En revanche, avec l’émergence du motif cézanien de la Sainte Victoire, de nouveaux acteurs, étrangers
pour la plupart à la région aixoise, investissent la montagne d’un sens tout particulier : touristes, peintres,
excursionnistes individualisent ce relief et lui confèrent un nouveau sens.
          D’espace rural sans qualité spécifique pour ceux qui le fréquentent, la Sainte Victoire devient un
territoire méditerranéen hautement qualifié, espace emblématique tombé dans le domaine public. Le paysage de
la Ste Victoire peut être tour à tour l’emblème des Aixois (cf les prix du foncier dans les quartiers proches), un
lieu de détente pour les citadins, un terrain de recherche pour les scientifiques, un site national, voire un élément
du patrimoine mondial. Les conflits d’utilisation au nom de valeurs paysagères différentes témoigne de
l’ambivalence de ce paysage, différent pour chaque acteur : les agriculteurs qui y possèdent une micro
exploitation le lisent comme un paysage qui est leur bien, alors que s’affirme parallèlement l’idée d’un bien
patrimonial pour toute la collectivité dans le regard des touristes et associations diverses (association des Amis
de la route Cézanne), alors que dans les années 70 la périurbanisation gagne cet espace, les nouveaux arrivants
portant un 3ème regard sur la montagne.
Différents acteurs contribuent donc à la construction de différents paysages à partir d’un même espace du
bassin méditerranéen. Reste à savoir si ces groupes d’acteurs bâtissent une représentation qui s’entende à
l’échelle du bassin.

                       2)    Les paysages méditerranéens : unité du rôle identitaire, mais diversité des
                             identités autour de paysages contrastés

          Le paysage naît donc d’un regard spécifique sur un milieu, d’individus et de collectivités qui lui
assignent un sens particulier.
          Les espaces méditerranéens sont-ils le lieu de l’affirmation d’UN paysage représentatif d’UNE identité
méditerranéenne, d’une « Méditerranéité » ? Si le paysage possède une « fonction miroir », contribuant à
l’identification d’un groupe et d’un territoire, est-ce à l’échelle méditerranéenne ?
     Rien n’est moins sûr, tant les dynamiques à l’œuvre s’avèrent multiples. Si le paysage constitue un ferment
identitaire, un élément de reconnaissance et d’affirmation d’une communauté autour de la Méditerranée, c’est
rarement à l’échelle du bassin. On peut ainsi distinguer plusieurs types de paysages, révélateurs d’échelles
différentes d’identification en régions méditerranéennes :



          un paysage de Méditerranée, élément d’identification locale :
Ex : Village d’Amentane dans les Aurès algériens : c’est un paysage rurale agricole spécifique, avec des éléments
identificateurs forts pour les habitants :



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


         -    un habitat groupé, traditionnel, en pierres entaillées en triangles (fenêtres), plan avec cour intérieur
         -    un jardin caractérisé par les canaux d’irrigation traditionnels, les murets de pierre
         -    un terroir sec alentour, parsemé d’arbustes (genévriers)
         -    une structuration suivant la pente : terroirs complémentaires, village dédoublé (Amentane Fougania (du haut)
              et Amentane Tahtania (du bas))

Les habitants de la ville identifient clairement leur communauté à partir de ce paysage spécifique. L’absence d’horizon
accroît encore cette identification des fellahs d’Amentane à ces terroirs complémentaires, typiques des montagnes
maghrébines.

         un paysage de Méditerranée, élément d’identification régionale
Ex : les paysages diffusés par les chaînes régionales comme signe de connivence entre habitants. Une étude des paysages
diffusés par les chaînes régionales de l’arc méditerranéen illustre la «fonction-miroir » assignée aux paysages considérés
comme méditerranéens. Aussi éloignée la représentation soit-elle de la réalité spatiale, elle contribue à l’identification du
groupe. Ainsi les habitants de Catalogne qui regardent des chaînes télévisées comme Méditerraneo (France 3 Méditerranée,
TV3) puisent dans ces représentations une image de leur propre identité perçue, vécue, rêvée. Ces chaînes locales, qui ne
visent pas la clientèle touristique, mais les habitants de la région, diffusent une image que la commmunauté régionale a
d’elle-même. En l’occurrence, c’est l’image d’une Catalogne rurale idéalisée qui transparaît plus que les représentations
littorales, majoritaires chez les touristes. Plus précisément, les paysages recensés sur ces chaînes sont à 80% ruraux alors
que les sociétés sont à 80% urbaines. Les communautés régionales puisent là une grande part de leur légitimité symbolique
et de leur ciment interne.

         Un paysage de Méditerranée, élément d’identification nationale : Le Maroc,
Ex : la plaine du Gharb.
Dans le cas du Maroc, après l’Indépendance, le développement des paysages de grande hydraulique fait figure de vitrine de
la nation. Les grands périmètres irrigués, paradoxalement largement hérités des techniques et structures agraires coloniales,
deviennent le symbole de l’affirmation nationale. Ainsi, la plaine du Gharb joue un rôle essentiel. L’investissement mené à la
fois par les gens du Palais, la grande bourgeoisie urbaine, les IAA d’Etat permet le développement de réseaux de canaux à
larges mailles surimposées sur les rigoles traditionnelles (sur une superficie de 30 000 ha), joint à une intense urbanisation
autour de la capitale régionale, Kénitra, et des bourgs et villes moyennes environnants. Mais attention : si ces nouveaux
paysages constituent le fleuron de la grande hydraulique marocaine, et servent à l’affirmation de l’identité nationale, ils
détruisent les structures traditionnelles et repères des sociétés locales anciennement présentes. Le fellah présent avant la
mise en place de la grande hydraulique ne peut plus retrouver les paysages de son enfance ni ses repères d’agriculteur,
d’autant que les structures foncières lui sont défavorables : 0.25% des ruraux possèdent 30% terres, 40% seulement 12% des
terres. Opposition entre les centres de mise en valeur, grandes bâtisses blanches, et les habitations traditionnelles paysannes
de terre, entre énormes espaces vides sillonnés de machines coûteuses de l’Etat ou des grands propriétaires et les grappes de
population agglutinées autour des douars. Facteur identitaire au niveau national, ce paysage méditerranéen peut s’avérer
déstabilisant à plus grande échelle.

S’ajoute à ces représentations paysagères issues d’un jeu d’échelles des habitants de la région des représentations
d’acteurs extérieurs à la Méditerranée. La représentation paysagère de la Méditerranée par les touristes en est le
principal élément. Ainsi, les paysages recherchés par les touristes au Maroc ont-ils longtemps été des paysages
littoraux, alors que la communauté marocaine se définit avant tout par son rapport à l’intérieur des terres.
Ex la Grande Motte en Languedoc. La station balnéaire se subdivise en deux espaces urbains distincts, tant dans le bâti que
symboliquement. L’un est le domaine des touristes, l’autre des habitants permanents installés depuis la création de la station
ex-nihilo, majoritairement des retraités ou des actifs de Montpellier, Lunel (processus de périurbanisation). Ces deux
espaces aménagés depuis peu (entre 66 et 1970, commune crée en 74) correspondent à deux besoins paysagers différents,
deux images de la Méditerranée : (figure1 )
          -    la plage, l’étang et la mer à perte de vue pour les touristes des quartiers (Motte du Ponant)
          -    Le vieux port et l’arrière pays montpelliérain pour les habitants permanents : cf les nouvelles habitations type
               « mas » à l’ancienne avec des jardins aux plantes perçues comme typiques.
Le paysage constitue donc un élément identitaire primordial dans toute société. Il joue un rôle déterminant dans la
constitution de sociétés méditerranéennes plurielles. Peut-on malgré tout supposer l’existence d’éléments identiques d’un
bord à l’autre et surtout de représentations similaires qui permettraient d’identifier une Méditerranée à partir de ses
paysages ? Autrement dit, existe-t-il une représentation paysagère unique de la Méditerranée ?




         B) Le paysage méditerranéen comme construction historique

                       1) Le paysage méditerranéen : une accumulation exceptionnelle de modes
                        d’organisation de l’espace



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?



         Le paysage est souvent présenté comme une stratification, une accumulation d’éléments et structures
historiquement datées d’utilisation du sol. Le paysage méditerranéen est ainsi le fruit d’une sédimentation
historique dont les travaux d’archéologie paysagère se font l’écho.
Ex : en Languedoc Oriental, le village de Mauguio est l’objet des recherches qui visent à travers les images du paysage
contemporain à retrouver des aménagements réalisés aux époques antérieures. L’analyse visuelle, associée à l’étude des
cartes et photos aériennes montre bien que le paysage visible est le résultat de la combinaison de structures établies
antérieurement. Chaque époqe participe à la construction de la trame paysagère en détruisant une partie de l’héritage tout
en respectant l’essentiel. Le castrum de Mauguio est mentionné dès le X° siècle. La motte féodale circulaire est toujours
visible au cœur de la ville, où elle a déterminé une distribution radiale du bâti enserré dans plusieurs enceintes
concentriques avant d’être inclus dans une vaste enceinte hexagonale. Cette motte est d’origine anthropique. Plus encore, le
château médiéval est implanté dans une campagne fortement structurée par 2 centuriations de l’époque gallo-romaine. Le
château comtal s’établit à mi distance entre un important chemin du sel et la vallée du Rhône. Mauguio s’inscrit donc dans
un équilibre régional qui s’est instauré progressivement depuis l’époque wisigothique. Autour du château se groupe
progressivement l’habitat rural, enserré dans deux enceintes successives.
         =>on a donc auj un paysage méditerranéen typique largement hérité.

Ex Algérie, Bir Chouhada, et Souk Naamane
Rive sud, une comparaison entre 2 plaines aux mêmes aptitudes physiques révèle le poids de l’histoire dans la structuration
des paysages agraires et ruraux algériens : dans la plaine de Bir Chouhada, le dynamisme démographique est faible (3000
hab, densité 50), on a de grandes exploitations céréalières. A l’inverse, Souk Naamane apparaît comme un paysage du plein,
une marqueterie de jardins et de champs autour d’un village de 8000 hab aux allures urbaines. Cette différence tient en parti
aux modes d’organisation de l’espace anté-coloniaux : Bir Chouhada était une zone de propriété du bey de Constantine
dévolue au pâturage de ses troupeaux, reprise dans son entier lors de la colonisation puis transformée en domaine collectif ;
en revanche, Souk Naamane doit en partie son paysage à une structure agraire tribale (terres réparties ensuite en familles)
difficile à acquérir pour l’Etat colonisateur et aujourd’hui expression du dynamisme d’un système de petite exploitation
paysanne.

        S’il existe une unité des paysages méditerranéens, elle réside donc moins dans l’unité des formes que
dans le travail similaire du temps, de l’histoire, sur chacune des rives. Anciennement anthropisé, l’espace
méditerranéen compte parmi ceux dont les paysages sont parmi les plus travaillés, les plus historiquement
marqués. Les paysages présentés comme « naturels » sont eux aussi largement anthropisés : le maquis, la
garrigue sont autant de formes de végétation dégradée d’origine anthropique, du fait de l’importance de
économies sylvo-pastorales autour du bassin et la prégnance des incendies, largement causés par l’homme.
Ex : l’influence du système de la Mesta sur le flanc sud des Monts Cantabriques explique aujourd’hui encore des paysages
végétaux râpés, landes sur les anciens chemins de parcours. L’histoire agricole et politique explique ici plus les contrastes
avec le versant Nord que les éléments climatiques (influence océanique au nord, sécheresse au sud). Voir aussi le
développement d’essences pourvoyeuses de nourriture : Châtaigniers, oliviers, ou pour le chauffage : chêne vert.

         Si la sédimentation historique est présente en tout paysage, le bassin méditerranéen se distingue par la
richesse de ses héritages lisibles dans ses paysages et par des mélanges inattendus entre trois communautés
culturelles, trois façons de penser et de vivre différentes, aux traces variables dans l’espace : la « Romanité »,
l’Islam et le monde orthodoxe. De fait, des ruines romaines lieux de cultes ayant servi à différentes confessions
(traduction architecturale cf Séville, Geralda, minaret de l’ancienne grande mosquée détruite ; le minaret qui
demeure devient clocher de la cathédrale à la Reconquista), des aqueducs aux systèmes de grande hydraulique,
les paysages méditerranéens se présentent comme de multiples strates historiques réunies sur un même espace.


                       2) Le paysage méditerranéen, témoignage des évolutions de l’organisation de
                        l’espace

        Un paysage n’a rien d’éternel : il est le reflet des formes d’organisation d’une société, et à ce titre
soumis à des variations notables au fil du temps. Les paysages méditerranéens n’échappent pas à cette règle et
ont connu moult variations « réelles », concrètes au fil du temps.
        Ainsi, peut-on relever que les sociétés méditerranéennes, longtemps localisées préférentiellement dans
les montagnes ont progressivement investi les plaines. L’évolution de la structuration de l’espace de la Côte
d’Azur, d’un littoral répulsif à des arrières pays désormais vides d’hommes face à un rivage où s’agglutinent hommes,
activités, notamment touristiques, en est une illustration. Ces changements d’affectation et d’utilisation du sol,
l’assainissement de terres longtemps marécageuses et répulsives se donnent à lire dans le paysage.
           Rive sud, on relève de semblables variations dans l’organisation des paysages et ses conséquences paysagères.
Ainsi, à partir du XVI°, la côte maghrébine devient répulsive, les tentatives d’implantation espagnole et portugaises en font
une ligne défensive, un espace de confrontation et non d’échanges. Les villes ne sont pas tournées vers le rivage mais vers
l’intérieur, valorisant les paysages désertiques. Au XX°, des rivages comme ceux de la rive tétouanaise deviennent le lieu de



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


politiques volontaristes de l’Etat visant le tourisme international (club Med) attiré par les rivages méditerranéens plus que
par les paysages de l’intérieur.

                       3)    Stratification dans le temps des perceptions du paysage

        Variation dans le temps de tel ou tel élément du paysage, perçu ou non comme déterminant de la
         Méditerranéité de l’endroit

     Avec l’olivier, arbre symbole, le chêne vert et la lavande sont des marqueurs paysagers méditerranéens forts.
Mais la Méditerranée est aussi associée à des plantes exotiques que leur omniprésence a « naturalisées » : le
cyprès venu de Perse, le platane d’asie mineure, la tomate originaire du Pérou ou les agrumes de Chine, autrefois
absents des paysages du bassin, sont devenus des repères essentiels à l’attribution d’un espace au monde
méditerranéen. Autrement dit, ce qui fait aujourd’hui la structure visuelle du paysage méditerranéen n’a rien
d’autochtone. Seul le regard porté en un temps donné sur ces éléments est nécessaire pour légitimer l’attribution
d’un « label » méditerranéen à un espace. Le palmier, aujourd’hui symbole de la Riviera est un élément paysager
fort récent – vieux du XIX° siècle finissant- et depuis peu vecteur de la « méditerranéité » de la Croisette…

        Variation des jugements de valeur portés sur un paysage méditerranéen

     Il n’est de paysage que par le regard, individuel et collectif, que les sociétés portent sur un espace. Le
paysage méditerranéen n’échappe pas à cette règle : le pluriel est de mise pour le qualifier.
          Les études d’Alain Corbin sont à ce titre très signifiantes : il met en évidence la naissance de la prise en
compte du rivage, notamment de la Méditerranée, comme paysage. La mer a longtemps fait figure d’angle mort
dans la civilisation occidentale, d’espace inconnu et craint, peu amène. Avec le XIX° siècle, le regard change, la
ligne de côte devient paysage, espace dominé par l’homme, voire espace attractif. Le rivage entre dans la
catégorie du « beau » occidental. La prise en compte des paysages maritimes invente alors la notion même de
Méditerranée autour de ses côtes.

Ex : côte d’Azur
En l’espace d’un siècle, de pôle répulsif, le Côte d’Azur devient lieu d’attraction et d’enchantement, de concentration des
plaisirs méditerranéens :
Si Stendhal écrivait en mai 1838 : « J’aurais été prêt à passer en paix le soir de ma vie à Cannes. (...) Mais j’avais compté
sans ce venin caché qui semble prendre à tâche d’empoisonner les plus charmants coins de la Méditerranée. De malheureuses
eaux stagnantes, situées du côté de ce golfe de Jouan devenu si célèbre, empoisonnent toute la montagne. Jadis, la moitié de
Cannes avait la fièvre au mois d’août. (...) Les eaux ménagères et les 3 égouts de Cannes empoisonnent la jolie promenade
sur le bord de la mer. », en revanche, Stéphane Liégeard affirme en 1893 :
« La Côte d’Azur ! Ainsi s’intitule désormais le pays de la mer bleue, du soleil et des fleurs »
Par la suite, le développement du tourisme de masse contribuera à la diffusion de cette image paradisiaque des paysages du
sud de la France ou de l’Italie.

                       4)    Le paysage méditerranéen : une production sans cesse renouvelée

         Les paysages méditerranéens, sont aussi le fruit de l’auto-entretien de l’image méditerranéenne.
Autrement dit, si le climat, la végétation, les modes d’organisation particuliers autour du bassin contribuent à
forger des paysages méditerranéens considérés comme spécifiques, l’ambiance méditerranéenne telle qu’on la
décrit parfois aujourd’hui est aussi le fait d’un processus d’entretien volontaire par les sociétés locales, dans des
buts identitaires ou commerciaux.
         Les exemples de cette méditerranéité entretenue, de façade sont aujourd’hui multiples : on peut constater que si les
         productions d’oliviers sur les pentes de Ligurie ou de Provence sont marginales aujourd’hui, leur symbolisme, leur
         caractère de marqueur culturel plus que climatique du milieu méditerranéen fait que les agriculteurs entretiennent
         encore pour partie ces espaces largement fossiles du strict point de vue de la rentabilité économique.


Ex : L’aménagement des aires d’autoroutes
Il peut être un autre exemple de ces paysages entretenus voire créés pour « faire méditerranéen ». A proximité de Nîmes, sur
l’A54 , autoroute largement fréquentée par les touristes, l’aire de repos de Caissargues a été conçue dans cette optique. La
pente originelle est reconstruite pour offrir une vue sur la ville de Nîmes, alors qu’aux alentours on trouve de la garrigue,
des vignes et de jeunes pins. La reconstitution de la pente, le choix d’essences perçues comme spécifiquement
méditerranéennes tels le cyprès et l’olivier, et l’ajout de maquettes de la Tour Magne de Nîmes, ainsi que de colonnes
romaines sont autant d’éléments introduits pour signaler à l’automobiliste la méditerranéité de l’endroit.




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


Toutefois, la majorité de ces efforts pour entretenir ou créer des paysages méditerranéens sont le fait des pays
de la rive nord ou pour leurs touristes sur la rive Sud. Est-ce à dire que les paysages méditerranéens sont un
produit européen ?

         C) la Méditerranée : une invention européenne ?

                   1) Mare Nostrum ou les avatars de la colonisation

          La Méditerranée est d’abord européenne, ou plus exactement latine. La latinité fut présentée comme
source majeure de la civilisation et c’est sur cette affirmation de la latinité que le projet colonial s’est légitimé
sur l’autre rive. C’est au nom d’une présence latine que la possession des terres était revendiquée en Algérie ou
en Libye. A partir des éléments disséminés dans l’espace des cultures grecque et latine, les européens vont
construire au XIXème siècle un paysage méditerranéen qui légitime indirectement leur politique de colonisation
d’alors.
          L’existence de traces sur les deux rives de ruines similaires permet alors un rapprochement et une
légitimation idéologique de l’enreprise de colonisation et inversement le dénigrement de ce qui n’est pas jugé
civilisé, le monde arabe. La présence tout autour du bassin d’éléments naturels communs (olivier, mer, soleil...)
contribue à cette analyse, avec en arrière plan l’idée que le développement du Nord doit servir de modèle à la
rive sud, aux paysages ou du moins aux éléments paysagers si proches.

         Ex les villages créés dans la Mitidja à partir de 1830 : 230 villages algériens à la française, censés rappeler les
paysages du Midi : mairie, église, kiosque à musique sous les platanes de la place du village.

                   2) La Méditerranée des peintres et le Grand Tour ou de l’élaboration culturelle
                      du paysage méditerranéen

         Les artistes ont largement participé à l’élaboration des stéréotypes relatifs à la Méditerranée, née en tant
qu’espace de récréation et de culture : Sans Van Gogh ou Cézanne, l’association entre la mer bleue, la terre
brûlée par le soleil et le bleu du ciel, ou l’éclat de la lumière ne nous sembleraient pas si « naturels » à
l’évocation du paysage méditerranéen. Si ces traits sont bien réels, s’ils ont effectivement contribué à modeler
des paysages, ils correspondent aussi et surtout à des idées reçues héritées de la fin du XIX° siècle. On
commence alors à identifier l’objet « Méditerranée » au travers de quelques éléments, terre, mer, soleil, oliviers
et couleurs crues ; par rétroaction, ce paysage méditerranéen mythique se nourrira ensuite de lui-même,
contribuant à la diffusion d’une image européenne très spécifique du bassin.
         Les deux tableaux joints mettent en évidence très schématiquement la récurrence de ces divers éléments
qui sont alors érigés en principes constitutifs de la Méditerranée. Plus encore, l’analyse de tableaux de Matisse
en Provence et au Maroc laisse entrevoir une contamination des couleurs, des formes et thématiques similaires
d’une rive à l’autre. De même pour les incursions de Delacroix au Maghreb.

          Il convient cependant de garder à l’esprit que ces paysages sont moins une image du réel qu’une
interprétation, en l’occurrence de l’Autre, de l’autre rive que l’on présente à la fois différente et semblable.
Ainsi, dans l’orientalisme du XIX° siècle, le paysage décrit est moins une recension exacte que la projection
d’un imaginaire occidental. Ainsi, les paysages de Terre Sainte sont révélateurs de ce traitement en partie
mystificateur propre à l’orientalisme. Le pèlerin y est accueilli par le « théâtre vide et sacré du grand drame de
l’Evangile », décor vide mis en scène moins comme témoignage de la réalité paysagère que pour mieux faire
ressortir la voix du sacré. Le désert permet au poète de recréer un paysage intérieur spécifique. On peut
inversement en déduire la nature d’autant plus profondément subjective des caractères attribués à la nature et aux
paysages méditerranéens.


Il apparaît donc que si des paysages de Méditerranée se ressemblent et constituent des éléments identitaires forts
des sociétés qui entourent le bassin, l’avènement d’UN paysage méditerranéen est plutôt le fait du regard
occidental sur cet espace. On peut donc lire les paysages méditerranéens, véritables mosaïques sur des pentes
parsemées d’arbres rares et symboliques, comme un facteur d’identité de la Méditerranée, mais en tant que
concept européen, fort peu partagé avec la rive Sud, malgré la communauté des réponses apportées à un milieu
fragile et diversifié de part et d’autre de la mer. Les paysages méditerranéens se caractérisent par leur diversité,
réponse fréquente à un milieu contraignant. Le paysage méditerranéen est une perception unifiée, mais largement
européenne, qui témoigne inversement de la diversité culturelle autour du bassin. Il n’est pas partagé par tous
ceux qui bordent la mer, de même que cette dernière n’est pas considérée de manière similaire par les différentes
communautés qui la bordent.



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?



III. EN QUOI LE PAYSAGE MEDITERRANEEN PEUT-IL CONSTITUER UN ELEMENT
DE DEFINITION D’UNE « MEDITERRANEITE » ?

 La typologie prend en compte :
- le regard que les sociétés portent sur un certain nombre de paysages
- le degré d’inscription de ces paysages dans une spécificité méditerranéenne

           A. Les paysages tendant vers une unification méditerranéenne.

Il s’agit des paysages sur lesquels les sociétés portent un regard indifférent ; ils sont issus de la globalisation et
de la mondialisation des économies, et perdent toute spécificité méditerranéenne. Ils contribuent en ce sens à
unifier l’espace méditerranéen.

                       1. Les paysages urbains caractérisés par le phénomène de métropolisation.

Métropolisation  nouvelles fonctions industrielles + exode rural plus tardif qu’en Europe du N, accéléré au
cours des dernières décennies ; dev récent anarchique. Par ex les banlieues sont le + svt construites sans plan
d’urbanisme rigoureux et partout triomphe le grand ensemble en béton non climatisé, qui attire peu le citadin
même s’il est plus viable que le bidonville.
Banalisation des paysages urbains des métropoles méditerranéennes (logements : grands ensembles, activités :
quartiers d’affaires, zone industrialo-portuaire, bureaux des sièges sociaux…).

a. Rive nord de la Méditerranée : exemple d’Athènes

3,5 millions d’hommes dans la région urbaine de la capitale (entre Corinthe à l’ouest, Thèbes au nord, Khalkis au nord-est, le
cap Sounion au sud-est, dans un rayon de 100 kilomètres autour de l’Acropole).
La région athénienne est la métropole du développement moderne de la Grèce : 1/3 tiers des usines du pays, les 9/10ème des
actifs employés dans les transports maritimes grecs (le port du Pirée) et aériens (l’aéroport international d’Hellénikon), etc.
Concentration de la puissance économique du pays à Athènes : banques, sièges sociaux, grossistes, filiales des grands trusts
internationaux… Athènes = chantier, la vitrine, poste de commandement de la transformation économique et sociale de la
Grèce. Rapidité de croissance  extraordinaire cycle d’autodestruction et de rénovation de l’espace bâti. Introduction de
constructions standardisées en verre et béton comme dans toutes les capitales européennes.

L’agglomération est grossièrement coupée en deux par une frontière méridienne non écrite.
  -  Est = quartiers socialement favorisés. Rénovation  immeubles de verre et de béton, se prolongeant en bordure de
     mer et vers la montagne par des zones plus aérées. Poursuite de la croissance en dépit des nuisances dues à l’aéroport
     d’Hellénikon, ou de l’obstacle de l’Hymette ; cette moitié riche envahit toute la péninsule de l’Attique : plages,
     marinas, lotissements de villas ou complexes touristiques jusqu’au cap Sounion. Au nord = villas et petits immeubles
     (Psykhiko, Kiphissia) affectionnés par les étrangers et la bourgeoisie cosmopolite + buildings récents pour jeunes
     cadres motorisés.
-   Ouest = quartiers ouvriers. Petits cubes de briques et de parpaings s’étendant à perte de vue sur les pentes de
    l’Aigaléo, séparés par la rocaille ou les rares avenues de desserte asphaltées. Proximité des zones industrielles, qui se
    caractérisent par des activités lourdes (sidérurgie, chimie, chantiers navals) le long de la baie d’Eleusis et les
    établissements plus récents sur l’autoroute d’Athènes à Corinthe.
-   Au centre géométrique de cette dissymétrie sociale : le noyau traditionnel de la capitale ( triangle Omonia, Syntagma,
    Rue du Pirée) = lieu du pouvoir politique (les ministères), du pouvoir économique (les sièges sociaux), de la distribution
    des biens (les commerces) + touristes. Le centre est l’objet des pressions immobilières les plus fortes. Tours de 30 étages
    voisinant les immeubles de bureaux des années 1950.

b. Rive sud de la Méditerranée :

               Exemple du Caire.

Mégalopole de + de 12 M d’hab, située surtout sur la rive droite du Nil. La médina a été doublée durant la période coloniale
par de nouveaux centre européens.
Au nord = 1850-1914 dev de la ville vers le nord (quartiers populaires de Bulaq ou Choubra) et le nord-est (quartiers plus
luxueux, accordant une grande place à la verdure notamment le long du Nil). Les khédives ont implanté un centre calqué sur
le modèle européen, plan géométrique des rues, opéra… Le quartier anglais proche de la gare centrale est très tôt devenu un
centre d’affaires. Au nord-est, Héliopolis, ville des actionnaires du canal de Suez, constitue un ensemble résidentiel huppé.
Nouveau quartier administratif = Medinat Nasr.
Aujourd’hui = les centres coloniaux sont restés résidentiels ou accueillent des centres d’affaires. Au delà s’étendent de
nouveaux centres d’affaires, banalisés, conçus pour décongestionner la ville. Ex : Nouveau Marché en direction d’Ismaïlia +



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


les 6 villes nouvelles (aux noms évocateurs, 10 de Ramadan, 5 Mai…) édifiées dans le désert grâce aux progrès de
l’acheminement d’eau. L’architecture en est banale, typique des années 1970, avec qq éléments de décor rapelant la « couleur
locale ». Villes poussiéreuses et sans végétation.
Au sud = ville industrielle, banlieues de Méadi et d’Hélouan.
Csq de la métropolisation = dev sur certains axes de quartiers d’habitat spontané, hétéroclite et plus ou moins
durcifié, avec des branchements pirates aux réseaux d’eau et d’électricité, avec tous les pbs urbanistiques
induits.

                Exemple de Casablanca :

Ville qui appartient à la façade atlantique de Maroc mais on peut l’inscrire dans l’aire méditerranéenne car les
paysages urbains et leur évolution la rapprochent du modèle des villes de la rive sud de la Méditerranée.
Casablanca dépasse les 3 M d’hab. Port modeste au Moyen Age, elle renaît au 18 ème siècle avec la croissance des échanges
entre le Maroc et l’Europe. Destin marqué par la colonisation française : Lyautey en 1912 décide d’en faire un grand port
industriel. Aujourd’hui c’est la capitale éco du Maroc. Fonctions portuaire et financière (2/3 des activités du Maroc) +
industrielle (3/5 des industries du pays).
Dev anarchique dans les années 1950. Surface considérable : 20 km de côte, 10 km dans l’intérieur des terres. Paysages
urbains très contrastés : le quartier luxueux d’Anfa (résidence de la bourgeoisie marocaine et étrangère) s’oppose au
bidonville de Ben M’Sik. L’ancienne médina n’occupe plus qu’une fraction limitée de l’espace. L’agglomération s’est
étendue à partir de ce vieux quartiers : de la place coloniale Mohammed V divergent de grandes avenues recoupées par des
boulevards circulaires. Ouest de la ville = quartiers résidentiels ; est = quartiers populaires et industriels qui s’étendent et
rejoignent la ville de Mohammedia.

                        2. Les paysages définis par une standardisation fonctionnelle liée à leur dominante
                        technique.

a. Les paysages agricoles à dominante technique.

Ce sont des paysages issus de la spécialisation et de l’intensification de l’agriculture dans le cadre d’une
économie de marché valorisant de nouvelles cultures spéculatives, essentiellement fruits et légumes primeurs.
Ces paysages marqués par l’importance visuelle des structures techniques (tunnels de plastique, constructions en
verre, réseau de distribution d’eau sous pression) qui se substituent à des paysages traditionnels type huertas.

                Ex du Comtat Venaissin.

Plaine alluviale parsemée de hauteurs (la Petite Crau) et de secteurs bas longtemps marécageux (abords du Rhône et de la
Durance, paluds de Noves et de Mollagès). La mise en culture date du 19 ème siècle. Orientation méditerranéenne : production
maraîchère et fruitière résolument commerciale.

Paysage original : une huerta « bocagère ».
Paysage géométrisé par un maillage de haies. Elles sont principalement orientées est-ouest pour protéger les
cultures des vents dominants, et se constituent de cyprès et peupliers. D’autres haies sont orientées nord-sud. Ce
réseau de haies se double d’un réseau de canaux et de chemins. Paysage cloisonné, aux alvéoles de taille
inégale, plus ou moins fermés. Ca et là, des espaces de champs ouverts, de vergers ou de vignes interrompent ce
bocage. Habitat dispersé.
Mutation récente du paysage.
Culture sous serre introduit de nouvelles structures paysagères : il faut des parcelles plus larges pour contenir les tunnels
plastifiés ou les serres en verre, élimination des haies. Paysage plus aéré, aux mailles plus larges. Nombreuses parcelles en
friche, car si la serriculture a besoin de grandes parcelles, les exploitations se contentent cependant de quelques hectares.
Haies abandonnées ; canaux moins entretenus et pollués aux nitrates, concurrencés par le système d’irrigation par aspersion.
 le Comtat Venaissin voit son paysage de huerta menacé non seulement par la serriculture mais aussi par la croissance
urbaine aux dépens de l’espace agricole (Avignon, Carpentras, Cavaillon).

                Ex de la province de Huelva en Andalousie.

En Espagne, l’ex le + connu de paysage de serriculture concerne la région d’Alméria (Campo de Dalias) mis en place dès les
années 1960 : « mer de plastique » de 15 000 ha. La province de Huelva n’est pas encore parvenue à ce stade, mais le
paysage rural est de + en + artificialisé. Milieu des années 1970 = dev de la culture de la fraise dans la région de Huelva et
dans la vallée du Guadalquivir. Techniques culturales : paillage plastique des plants, irrigation goutte à goutte, sélection
génétique des espèces, tunnels en plastique.
Croissance spectaculaire des superficies concernées : 800 ha en 1980, 4500 en 1987, 7000 en 1990. Csq sur le paysage =
introduction d’un réseau d’irrigation visible :
  -    Petite irrigation à l’échelle des parcelles = puits dans la nappe phréatique, réservoirs, irrigation par gravité et au goutte
       à goutte.



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


 -    A l’échelle des périmètres irrigués, il faut des barrages collinaires et un réseau de canaux quadrillant les plaines
      adjacentes.

Ce sont les périmètres irrigués qui modifient le + les paysages ruraux traditionnels, qui résultaient d’une
agriculture méditerranéenne (céréaliculture, oliviers, vastes vergers d’amandiers et figuiers, terres à pâturages
et plantations d’eucalyptus des années 1970). Les arbres fruitiers sont systématiquement arrachés, puis vient le
tour des eucalyptus. Nouveau découpage du paysage agraire, vers une microparcellisation en lien avec les
pratiques culturales très intensives sur de petites exploitations.
Tunnels de plastique = un des éléments déterminants de ce paysage de culture intensive irriguée. Paysage artificialisé (on ne
voit plus les cultures), et changeant d’un mois sur l’autre (les tunnels sont très mobiles). L’alternance de parcelles sous
plastique et de parcelles nues accentue l’impression de désordre paysager et de grande activité économique.

               Ex des cultures spéculatives du Nil.

Projet nassérien d’Assouan = augmenter la prod agricole pour nourrir la pop et créer une société sur le modèle
soviétique (terres collectivisées, fermes d’Etat, coopératives). L’entreprise a échoué mais a marqué le paysage.
Gain de terres modeste, mais introduction d’un paysage neuf : habitat groupé au lieu de l’habitat dispersé
traditionnel, rationalisation de l’organisation de l’espace : canaux géométriques, parcelles adaptées et divisées
en lots pour les colons). Mécanisation, emploi d’engrais, réorientation de la prod : abandon des cultures
vivrières au profit des cultures d’exportation, surtout maraîchères et fruitières.

b. Les paysages industriels à dominante technique.

Terminaux portuaires, raffineries ou complexes industriels, les paysages industriels sont identiques dans le
monde entier. La Méditerranée se distingue par l’existence de flux de pétrole et de gaz impliquant des
installations de chargement et de traitement adéquates. De la même manière, l’essor de trafic des conteneurs
implique l’implantation de hub-ports et de gateways. Plus anciennes, les implantations industrielles marquent les
paysages par la brutalité du contraste qu’elles dessinent.

               Ex des paysages industriels liés à l’activité pétrolière.

Ports spécialisés dans l’expédition = terminaux pétroliers et méthaniers de Gabès (Tunisie), installations de
Ras-el-Anouf (Libye), Tripoli (Liban), Port Said (Egypte), Haïfa (Israël), Mersin (Turquie). Pour le gaz naturel
liquéfié, on a l’usine de liquéfaction de Marsa-el-Brega en Libye, qui exploite le gisement Nasser. La rive nord
est équipé d’usines de re gazéification : Athènes, Fos, Barcelone.
 Grands ensembles industrialo-portuaires intégrés dans un réseau planétaire, caractérisés par de gigantesques darses, des
torchères, éventuellement des hauts fourneaux s’ils sont associés à la sidérurgie.

               Ex des paysages industriels liés à la fonction portuaire.

Conteneurisation des transports = csq de la mondialisation de l’éco.
Hub-ports = ports recevant des navires de grosse capacité, dont les cargaisons sont réparties sur de plus petits navires
desservant les petits et moyens ports. Le conteneur ne doit pas toucher terre. Caractéristique = gigantisme des darses.
Rive N = Malte, Le Pirée, Algésiras, Gioia Tauro ; rive S = Port Said, Damiette.

Ports gateways = ports desservant un hinterland et nécessitant des infrastructures de transport adéquates. Plates formes
multimodales : terminaux ferroviaires et routiers pour évacuer les conteneurs. Paysages marqués par l’importance des zones
d’entrepôts, les voies ferrées, les espaces de transbordements (quais).
Rive N et E = Barcelone, Marseille, Gênes, Venise, Thessalonique, Istanbul, Izmir, Marsin, Haïfa, Beyrouth.
Rive S = Casablanca : en raison de la mauvaise qualité du site, une jetée longue de 3 km a été nécessaire, abritant un plan
d’eau de 84 ha avec 6 km de quais.

               Ex des paysages des quartiers industriels (spécialisés / non spécialisés).

Sidérurgie sur l’eau : tous les pays méditerranéens se dotent dans les années 1970 de zones industrialo-portuaires calquées
sur le modèle des ZIP du N de l’Europe (Dunkerque, Rotterdam).
-     Port de Gênes = agrandissement par poldérisation du site originel de calanque. Implantation de l’aéroport + usine
      sidérurgique de Cornigliano + usines de sidérurgie fine et de mécanique + port pétrolier.
-     Marseille-Fos = colonisation de l’étang de Berre par les installations sidérurgiques.
- Le Caire = usine sidérurgique d’Helwan (S de la ville) qui ne relève pas de la sidérurgie sur l’eau puisque c’est le fer de
      la mine Baharya qui est traité.




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


Usines chimiques : par exemple, usines de phosphates des pays producteurs. Sfax, principal port tunisien, situé au
débouché des bassins miniers de phosphates de Gafsa, se caractérise par des zones industrielles vouées à la chimie : engrais,
superphosphates, acide phosphorique…

Quartiers industriels des métropoles du S de la Méditerranée.
Le + svt, coexistence de plusieurs types de production. Ex de Tripoli, 2nde ville du Liban (160 000 hab en 1990) : au nord, le
port d’El Mina sur un site de presqu’île avec une raffinerie construite au débouché du pipe-line de Kirkouk. Au sud, le
quartier industriel de Bahsas = huileries, textiles, métallurgie, bois.


                        3. Les paysages « stations de vacances » où les activités sont particulièrement
                        déconnectées des espaces qui leur servent de cadre.

Des installations accueillent un tourisme de masse seulement soucieux de bénéficier de prestations garanties
(hôtels climatisés avec piscine, golfs, tennis, discothèques, centres commerciaux etc.). Le paysage n’est qu’un
prétexte, la méditerranéité de l’espace n’est évoquée qu’au travers de décors plaqués sur des architectures
banalisées.

a. Ex des stations de ski des montagnes méditerranéennes.

Stations de ski implantées dans les montagnes du Liban, au dessus de Marrakech, ou encore en Andalousie.
Ex d’Abetone dans la montagne de Pistoïe (Apennins). C’est un village que l’arrivée des 1ers skieurs dans les années 1910 a
bouleversé. Aujourd’hui équipements banalisés propres à toutes les stations de ski : 50 km de pistes, 3 télébennes, 1
télécabine, des hôtels, restaurants, banques, discothèques etc.

b. Ex des complexes touristiques balnéaires déconnectés du paysage.

Île de Djerba = sud du grand lido touristique tunisien, très accessible. Structure annulaire littorale fondée sur un réseau de
complexes touristiques standardisés. Clientèle internationale, attirée par des séjours forfaitaires (FRAM, Club Med).
Paysages de « villages-vacances » bungalows / piscines ou de complexes hôteliers.
Crète = côte nord structurée par de grands complexes touristiques comme Aghios-Nikolaos : plage d’Elounda = complexes
hôteliers de luxe en front de mer.
Turquie = complexes touristiques géants desservis par des aéroports réservés aux touristes. Ex : Belek sur la côte d’Antalya,
projet de 26 hôteks (18 000 lits), 6 golfs, un centre de loisirs, un parc d’animation. Capitaux allemands.

c. Ex des littoraux bétonnisés de la mono activité touristique

                Côte d’Azur et Languedoc =

Côte d’Azur = cas d’école d’accumulation du bâti entre Toulon et la frontière italienne. Paysage = immeubles en continu sur
le front de mer derrière cet écran, des centres urbains pourvus de structures d’accueil touristiques et des quartiers évoquant
le passé touristique : villas de la fin du 19ème siècle, plus ou moins kitsch, dans des jardins qui ont tendance à être grignotés
par de nouveaux immeubles et des marinas. Dans le cas de Monaco l’entassement est tel qu’une grande partie des services est
enterrée et que les immeubles gagnent en hauteur.
1961 = lancement par l’Etat d’un Schéma d’Aménagement du Littoral Languedocien pour désengorger la Côte
d’Azur en évitant de reproduire l’anarchie immobilière. 6 stations nouvelles : Fleury d’Aude, Cap d’Agde,
Gruissan, port Leucate, Port Camargue, Port Barcarès. Architecture également banalisée : immeubles ou zones
pavillonnaires standardisées, type « ancien mas ».

                Baléares

Concept de « baléarisation » créé à partir du modèle : investissements privés de tours opérateurs et promoteurs espagnols ou
étrangers + bétonnisation du littoral.
Palma de Majorque (15 M de visiteurs en 2000), lgtps confinée en fonds de baie, s’étend désormais sur 11 km de front de
mer. Construction alignées en bord de mer et étagées sur les côteaux. De Santa Ponsa à Arenal la côte est ainsi bétonnisée.
Les quartiers périphériques se sont dev de manière anarchique.

                Levant espagnol

Bétonnisation date des années 70 dans des stations genre Benidorm ou Alicante (immenses tours en bord de plage).

                Rhodes




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


 = île du Dodécanèse où st acheminés des milliers de Scandinaves, en charters. Seule la partie S de l’île est épargnée par les
tours et barres qui marquent le paysage en bord de mer.


TR : En Méditerranée, le dev d’activités intégrées à l’économie monde structure des paysages banalisés, perdant
toute spécificité dans le cas des complexes industriels, où les références méditerranéennes ne relèvent que du
décor de vacances pour ce qui est des installations du tourisme de masse. Ces paysages divers participent d’une
uniformisation de l’aire méditerranéenne ; les sociétés y portent un regard indifférent, sauf dans le cas de la
bétonnisation des littoraux où les outrances ont fait réagir les pouvoirs publics.

            B. Les paysages du kaléidoscope méditerranéen, qui fondent une « méditerranéité ».

Il s’agit des paysages qui par leur diversité échappent au modèle de standardisation mondiale ; les sociétés en
font l’ancrage d’une méditerranéité qu’il convient de préserver, d’où certaines tendances à la muséification et au
développement d’un autre phénomène de standardisation, à l’échelle de la Méditerranée cette fois.

                        1. Les paysages de l’agriculture méditerranéenne traditionnelle (vigne, olivier,
                        céréaliculture).

Paysages en mutation du fait de l’intégration des activités agricoles à l’économie mondiale. Si l’agriculture
compétitive a tendance à s’adapter aux dépens des paysages traditionnels, le plus souvent les contraintes
topographiques préservent les anciennes structures, sur lesquelles se produit une intensification des techniques.
Au contraire, il existe des terroirs abandonnés ou en voie d’abandon, que par souci esthétique les sociétés tendent
à vouloir préserver par souci esthétique.

a.Ex des paysages de plaines agricoles

                  Les vegas (= secteurs de céréaliculture):

La campina de Séville, une vega en cours de transformation paysagère :
Traditionnellement, importance de l’olivier. Depuis les années 1950, la moitié des surfaces plantées a disparu. En revanche
les cultures annuelles (céréales, oléagineux, betteraves) ont pris la place des pacages et zones de pâturage. Dev de périmètres
irrigués = cultures maraîchères et fruitières intensives, svt avec mise en place de serres. + importance de la périurbanisation et
du mitage des campagnes.
Sur le plan paysager on assiste à une certaine uniformisation des unités paysagères, avec notamment la tendance à la
disparition des arbres. Mais en même temps les paysages se complexifient et se diversifient : parcelles + petites,
multiplication de l’habitat, juxtaposition des cultures (arbres fruitiers, cultures annuelles). Vers une nouvelle définition
paysagère de la campagne méditerranéenne ?

Les paysages de monoculture céréalière :
Si les paysages céréaliers sont en perte de vitesse dans les basses plaines (concurrence d’autres types de culture par
irrigation), ils se maintiennent sur la Meseta, sur les piémonts italiens et grecs, sur les plateaux maghrébins, en Anatolie, dans
la vallée du Nil, dans les périmètres irrigués du désert libyen, et en Sicile.
Ex de la vega de Carmona (Andalousie) : Grande plaine qui s’étend à perte de vue, pratiquement sans arbres et où se
pratique la céréaliculture depuis les Romains. Rare, l’olivier résiste pourtant mieux qu’ailleurs. Paysage immuable, vastes
plaines vallonnées de collines molles, dépourvues d’arbres, avec d’immenses étendues de terre labourées, sur de très grands
parcelles (modèle latifundiaire). Ca et là, des cortijos = grosses exploitations aux bâtiments imposants. Les techniques
culturales ont évolué (de l’extensif à l’intensif) mais le paysage reste le même.

                Les huertas:

Paysage typiquement représentatif d’une « méditerranéité » mais menacé, principalement par la croissance urbaine. Les stés
ont tendance à prendre csc du phénomène. Protection environnementale : ex du Plan Vert de Valence.
Croissance urbaine de Valence (1,5 M hab en 2001)  les anciennes ceintures de villages de huertas sont transformées en
banlieues. Un plan d’aménagement et d’urbanisme est prévu à l’échelle communale et intercommunale pour préserver les
espaces emblématiques de huerta. Le système agrumicole se dev + loin de l’agglomération.

b. Les paysages agraires de collines

Grande diversité à l’échelle du bassin méditerranéen, mais avec l’association de composantes identiques
(céréales, vignes, oliviers, arbres fruitiers…). Les paysages sont marqués par l’intensification de l’agriculture, ce




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


qui introduit une uniformisation (taille des parcelles) mais qui n’empêche pas l’ensemble de conserver une
méditerranéité.

                Le Chianti siennois :

Paysage de vignoble de collines, qui relaie le paysage toscan typique = villas, allées de cyprès, champs
alternant céréales et prairies. Partie méridionale de la région du Chianti tire sa gde unité de sa vocation
viticole. Production de qualité : 1924 = création de l’AOC Chianti classico (région de Radda, Gaiole, San
Gimignano, San Casciano, puis extension aux terroirs d’Arezzo, pise, Florence, Montalbano…).
Paysages de fermes, villages et châteaux rappelant un passé féodal. Les cyprès marquent les lignes majeures du paysage et la
présence de fermes. Les villages sont svt sur des sites de collines (Castellina in Chianti). Entre Florence et Pise domine le
vignoble, mais présence de forêts de hêtres et châtaigniers, maquis et pinèdes, qui marquent l’imaginaire méditerranéen.

                Les collines d’Italie centrale, les collines d’Alcores au dessus de Séville : une culture traditionnelle
                d’olivier menacée.

Italie centrale : coltura promiscua = rangées d’oliviers alternant avec des vignes et des planches de cultures variées (maïs,
tomates, piments…). Le système est menacé, sauf dans la péninsule de Sorrente où il se maintient grâce à la réputation
mondiale de ses citrons.

Collines des Alcores : paysage compartimenté mêlant oliviers jardins maraîchers, vergers de pêchers et orangers, pâturages
et habitat dispersé. Maintien des structures, mais extension des lotissements d’Alcala de Guadaira, banlieue-dortoir de
Séville.
 dans les 2 cas des initiatives individuelles tentent de maintenir l’intégrité de ces paysages.

c. Les paysages de terrasses des montagnes méditerranéennes

Ce sont les paysages les plus menacés : cultures abandonnées de la rive nord de la Méditerranée, risques naturels
et signes de déprise rurale dans les montagnes de la rive sud.
Paysages ont été aménagés lors des maximum démographiques de ces montagnes. La déprise rurale semble les condamner,
mais la réalité est plus complexe. Les Européens s’intéressent de + en + aux paysages ruraux minutieusement entretenus et
aménagés, surtout lorsqu’ils sont associés à des productions de qualité : fruits, fromages, et surtout vins (Collioure, Cinque
Terre, Mont Athos, Chypre où la vigne, chassée des plaines par l’installation touristique, investit les pentes du Troodos
jusqu’à l’altitude de 900m). Enjeu de l’entretien des terrasses = maintien d’une moyenne montagne humanisée, et non
envahie de surfaces reboisées (cf. les eucalyptus en Espagne).

                Versants aménagés de l’est des Alpes Maritimes :

Patrimoine important de versants aménagés en terrasses : des études ont été effectuées pour comprendre la genèse du paysage
afin d’évaluer sa capacité de résistance et les possibilités d’aménagement pour le préserver. Conclusion : ces terrasses
résistent bien, car c’est par versants entiers et non ponctuellement que dès avant le 18 ème siècle les communautés rurales ont
aménagé les terrasses, élément central du système de culture. Les impératifs de localisation correspondaient au domaine de
l’olivier, sur des pentes de 15 à 75 %. On trouve des terrasses jusqu’à 1200-1300 m. A la charnière des 19 et 20ème siècles, les
terrasses commencent à être délaissées dans un mouvement général d’abandon des terres hautes au profit des plaines
irriguées. Un « Comité Ecologie et gestion du patrimoine culturel » a fait paraître ces études : Terrasses de cultures : leur
évolution après abandon et modes de gestion minimum.

          Versants aménagés du sud de la Méditerranée.

- ex de Matmata, au nord du djebel dominant la plaine tunisienne de Djeffara.
L’agriculture repose sur l’aménagement en terrasses des versants et vallons, avec construction de murettes de
pierre permettant la rétention des eaux de ruissellement et l’accumulation de limons. Terrasses les + hautes =
oliviers et figuiers, terrasses basses = palmiers dattiers. Cultures céréalières sous les arbres ou dans les cuvettes
limoneuses du piémont. Pâturages collectifs pour nourrir les petits troupeaux de chèvres et de moutons.
- ex de la montagne des Aurès (Algérie). Fait partie des montagnes où se maintiennent de fortes densités de pop
paysanne. Mais le système de terrasses est fragile. A l’étage aride, le ruissellement détruit les terrasses abandonnées des
fortes pentes ; mais si la végétation les colonise, ces terrasses se maintiennent. Les processus d’érosion sont étudiés pour
améliorer la compréhension du fonctionnement du système de terrasses et dans le cadre de la lutte contre l’érosion.

TR : Il faut souligner la diversité des paysages agraires. Maintien des cultures traditionnelles mais avec
mutations des techniques d’exploitation  évolution de certains paysages. Les + caractéristiques, lorsqu’ils sont
menacés, font l’objet de mesures de conservation ou du moins d’une prise de conscience de la part des sociétés
qui y voient le fondement d’une méditerranéité.



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?




                        B. Les paysages du patrimoine urbain.

Expression la + nette d’une tendance à la muséification d’une méditerranéité. Les centres villes hérités de
l’Antiquité (agora, forum, médina) et du Moyen Age sont soigneusement entretenus voire reconstruits. Centres
patrimoniaux  paysages attendus et qui se donnent à voir. Les paysages urbains exploitent la stratification
temporelle de l’espace. Fait urbain = invention des civilisations grecque et romaine. Temples visibles par tous,
surélevés, autour desquels se concentrent les bâtiments du pouvoir (légitimité religieuse) et les espaces de
commerce et de sociabilité. Plan géométrique (modèle d’Hippodamos de Milllet) + pôles (résidentiels,
politiques, de loisirs). Médina  même modèle. Grande Mosquée + madrasa (centre d’études coraniques) /
souks des commerçants organisé hiérarchiquement en cercles concentriques, les métiers les + « nobles » étant les
+ proches du centre. La place forte (ksar ou kasbah) protège l’ensemble. Au delà, les quartiers résidentiels
forment la médina, ensemble complexe réparti autour de groupes distincts d’origines diverses (fontaines et lieux
de prières spécifiques à chacun).

a. Ex du centre historique de Syracuse

Centre = musée mêlant ruines antiques, médiévales et constructions de la période moderne. Conservation des 4 principaux
quartiers hérités de la civilisation grecque :
-    Ortygie = cœur de la cité
-    Tyché = quartier des catacombes
-    Epipolis = zone militaire
-    Achradine = quartier commerçant, à l’O duquel s’étend le parc archéologique de Néapolis
Néapolis : pbs de surfréquentation du site + tremblement de terre en 1991  restauration nécessaire. Mise en valeur d’un des
+ vastes théâtres du monde grec (5-3ème s avt JC), des Latomies, de l’amphithéâtre romain…

b.Ex de la reconstruction du centre de Beyrouth

Après les bombardements, plan de reconstruction de 1991, pour 160 ha. En 1994, création d’un organisme financier, à
capitaux en majorité libanais et saoudiens. Le plan se déroule sur 20 ans. Les 6 premières années prévoient la reconstruction
des infrastructures de base (routes, tunnels) et la réhabilitation du centre historique : Saïfi, les souks, Ghalghoul. Importance
de l’ancrage historique dans l’image de la ville.

 c. Ex de la restauration des vieux quartiers résidentiels dans les villes orientales touristiques
(Marrakech, Essaouira…)

Les maisons des anciennes médinas, aux toits en terrasses, ouvertes sur un patio, se sont vidées peu à peu de leurs habitants
avec la diffusion de nouvelles normes de confort à l’occidentale. Mais se crée un mouvement de restauration de ces paysages
urbains de la part d’Européens aisés, qui rachètent les vieilles demeures et les remettent en état.

                        C. Les paysages protégés.

=paysages musées, valorisés par les sociétés comme garants d’une essence méditerranéenne.

a. Ex des parcs naturels

-    Camargue
-    Protection des calanques en France
-    Parc naturel de la Maremne, sur les côtes d’Emilie-Romagne, créé en 1975 pour préserver le littoral des
     constructions et des incendies.
 Parc de l’Ucellina (entre Marina di Alberese et Talamone) : les visites s’effectuent suivant 4 parcours précis, à des dates et
heures imposées. Paysage naturel spécifique : maquis, pinèdes, flore et faune. Nombreuses tours de guet médiévales, criques
et grottes.

b.Ex des sites archéologiques (situés hors des villes)

               Site de Taormina en Sicile.

Paysage associant vestige antique en hauteur, végétation et mer.
Taormina  St Tropez sicilien. Station valorisée par les esthètes nord-européens de la fin du 19ème s. Le théâtre grec est situé
à l’extérieur de la station balnéaire, et le site est protégé par une limitation de la circulation et une desserte urbaine imposée



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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


aux touristes. Le théâtre grec du 1er s avt JC, a été transformé en cirque par les Romains au 2 ème s (double portique +
colonnade). Ce site domine le cap de Taormina, avec en arrière plan l’Etna : une des cartes postales les + connues de Sicile…

                Vallée des Temples d’Agrigente en Sicile.

Citation de Maupassant, voyageant en 1885 : « Tant de poètes ont chanté la Grèce que chacun de nous en porte l’image en
soi ; chacun croit la connaître un peu ; chacun l’aperçoit en songe telle qu’il la désire. Pour moi l Sicile a réalisé ce rêve ; elle
m’a montré la Grèce ; et quand je pense à cette terre si artiste, il me semble que j’aperçois de grandes montagnes aux lignes
douces, aux lignes classiques, et, sur les sommets, des temples, ces temples sévères, un peu lourds peut-être, mais
admirablement majestueux, qu’on rencontre partout dans cette île. »
Temples d’Agrigente = vestiges de l’acropole de l’ancienne cité d’Agrigente. ils datent des 6 et 5 ème s avt JC, et étaient voués
à Hercule, Héra, Zeus, Castor et Pollux (temple restauré en 1836 par des amateurs d’art qui réutilisèrent des matériaux pris
sur d’autres temples). Le temple de la Concorde, transformé au 6 ème s en église, est considéré comme un des vestiges les
mieux préservé du monde grec.
Mise en valeur de ce site, avec un Musée Archéologique National et des infrastructures touristiques (parkings, services …).
En cours de restauration, les temples sont préservés des assauts des visiteurs par des barrières. Maintien d’un écrin de
végétation (oliviers, amandiers). Mer en arrière-plan.

Mise en scène globalement identique pour les paysages des sites archéologiques de la rive sud ; introduction du
palmier dans le décor. Ex : Lepcis Magna.

TR : les paysages méditerranéens sont remarquablement diversifiés, mais les nuances locales résultent de la
combinaison de composantes universelles : eau, lumière, ombre, pierre, végétation…). Ces paysages sont
connotés positivement pour les sociétés qui en font des garants d’une méditerranéité…

            C. Les paysages de marge.

Les paysages de marge témoignent de la difficulté de définir l’aire méditerranéenne. Ils se caractérisent par la
présence de composantes méditerranéennes, mais se situent aux limites de la méditerranéité et sont perçus
comme tels par les sociétés.

                        1. Les paysages des marges désertiques.

C’est la présence de l’eau, et des cultures irriguées qui vont avec, qui donnent un air méditerranéen à des
paysages de marges désertiques.

Ex de Gafsa :

Ville tunisienne en bordure du Sahara, ouverte su les hautes steppes tunisiennes grâce à la trouée entre les
djebels Ben Younès et Orbata. Existence d’un chapelet de sources abondantes qui donne lieu à une agriculture
irriguée : la nature de ces cultures évoque tant l’oasis que la huerta dont elles suivent le modèle d’organisation :
oliviers sous lesquels sont cultivées des céréales (blé, orge) et des fèves. Jardins-vergers : dattiers, figuiers,
grenadiers, légumes.

                        2. Les paysages des marges européennes.

Sur la rive nord, 3 types de marges peuvent être distingués : les paysages montagnards (rupture relativement
nette du fait du cloisonnement des vallées, apparition de caractères continentaux) ; les paysages de seuil où la
transition est plus progressive ; à l’est la Mer Noire peut présenter des paysages méditerranéens dégradés.

a. Ex des montagnes de la péninsule balkanique

Montagnes où le cloisonnement du relief influe sur les données climatiques. Sur les versants méditerranéens, la
forêt est souvent absente ou dégradée (besoins en bois des cités maritimes, incendies) : elle se reconstitue mal (
versants ravinés par des pluies brutales et soumis à la sécheresse de l’été). Vers l’intérieur, la forêt se densifie,
les conditions d’élevage et de culture s’améliorent : passage des limites de l’aire méditerranéenne à l’aire
continentale.

Autres ex de montagnes  marges ouvertes sur la continentalité : Alpes du S / Alpes du N ; Pyrénées Orientales
/ Occidentales ; cordillère centrale de la Meseta (limite Vieille Castille / Nouvelle Castille) etc.




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


b. Ex de la vallée du Rhône : une transition progressive dans les paysages agricoles

Delta camarguais = domaine des grandes exploitations (nord = cultures : riz, blé, colza, vignes, fruits et
légumes ; basse et moyenne Camargue = élevage de taureaux et chevaux). Vers le nord, plaine du Comtat
Venaissin et paysage de huerta. Plaines de Valence et Montélimar : irrigation nécessaire (étés secs) pour la
culture du maïs, du tabac, des légumes, des arbres fruitiers. Au nord de Montélimar et jusqu’à Lyon, production
céréalière importante, élevage bovin (continental et non méditerranéen). Sur les pentes, maintien de
caractéristiques méditerranéennes : vignobles mais surtout vergers (abricots, poires, pêches…). A partir de Lyon
et jusqu’au lac Léman, disparition des influences méditerranéennes : herbages et élevage bovin.

Autre ex de transition progressive = seuil du Lauragais. Vers le sud-est, la céréaliculture (maïs et blé) se double
de viticulture ; apparition des cyprès dans le paysage.

c. Ex de paysages urbains : les villes de la Mer Noire, marge orientale de la Méditerranée.

               Le port bulgare de Varna.

Grand port sur la mer Noire, centre universitaire et troisième ville de Bulgarie, Varna (320 600 hab. en 1991) = un des plus
grands centres industriels du pays (chimie lourde). Vieille ville, bâtie près de la gare et du port, sur le site de l’ancienne
colonie grecque d’Odessos. Au-delà en direction de l’ouest, immenses quartiers neufs. La banlieue pavillonnaire s’étend sur
la corniche calcaire qui domine la station balnéaire et climatique de Droujba sur la côte des Sables-d’Or, point de départ des
grandes installations touristiques sur la mer Noire.

Autre ex de port bulgare de la Mer Noire spécialisé dans la chimie et la riviera soviétique = Vargas.


               Trabzon (ancienne Trébizonde) : port de la Turquie du NE

Port de commerce très actif vers les hauts plateaux iraniens ; son importance décroît au 20ème s. 150 000 hab en 1990, port
régional exportant noisettes, tabac, textiles et thé (produits n’appartenant plus à la zone méditerranéenne.)

Les villes de la Mer Noire présentent des paysages rappelant par quelques caractéristiques l’aire méditerranéenne
(traces des civilisations grecque et byzantine) ; mais beaucoup de traits les inscrivent dans le domaine
continental oriental. La riviera bulgare marquée par l’architecture soviétique ne rappelle que de très loin la Côte
d’Azur.




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Le Paysage élément d’unité ou expression de la diversité méditerranéenne ?


CONCLUSION


La Méditerranée est une aire géographique et culturelle dont les limites sont difficiles à définir. Pourtant le
paysage apparaît comme un facteur de définition à la croisée des éléments physiques et culturels. Le paysage
méditerranéen est une réalité collective formée des images mentales individuelles additionnées pour une
civilisation donnée, elle est donc unitaire pour une culture donnée mais diverse en fonction des cultures. C’est
aussi une réalité physique diverse en fonction d’échelles régionales plus ou moins larges mais qui en définitive
est peut-être le facteur d’unité de cette Méditerranée. Ainsi le paysage est élément de l’unité méditerranéenne de
par les contrastes qu’il met à jour, contrastes qui sont constitutifs de la Méditerranée. Le paysage méditerranéen
est constitué d’éléments divers qui en sont remarquables, ainsi certains marqueurs végétaux ou le rapport
complexe à l’eau définissent un certain paysage même si les réponses apportées à ces contraintes sont diverses.
Elles peuvent être considérées comme les facettes différentes d’une même réalité et on retrouve des éléments
communs qui font que peut-être la diversité des paysages méditerranéens est ce qui à terme fait l’unité de la
Méditerranée.
L’idée d’un paysage méditerranéen typique suppose une unité méditerranéenne, ce qui à l’échelle régionale est
contredit par les nombreux types de paysages possibles repérés en Méditerranée. Il suffit d’ailleurs de regarder
une carte des paysages ruraux en Méditerranée pour s’apercevoir de la diversité importante des formes de
paysages. Pourtant une unité méditerranéenne par le paysage existe de par la présence d’éléments typiquement
méditerranéens (olivier, formations végétales basses de type maquis ou garrigue). Le paysage est élément d’unité
méditerranéenne du point de vue de sa perception qui fait de la réalité méditerranéenne dans sa globalité une
réalité européenne. Le paysage est donc à la fois élément d’unité et expression de la diversité en fonction des
groupes qui perçoivent ce paysage et des échelles prises en compte.




BIBLIOGRAPHIE

- M.C. Amouretti (dir.), Campagnes méditerranéennes, permanences et mutations, Aix-Marseille 1977.
- Jacques Bethemont, Géographie de la Méditerranée, Paris, Armand Colin, 2000
- P. Birot, J. Dresch, La Méditerranée et le Moyen-Orient, Paris, PUF, 1953
- Marc Côte, Pays, paysans, paysages d’Algérie, CNRS, 1996
- Jean-Paul Diry, Les espaces ruraux, Paris, Sedes, 1999
- F. Fourneau, Y. Leginbuhl, B. Roux, Evolution des paysages et aménagement du territoire en Andalousie
Occidentale, Publication de la Casa de Velázquez, série Recherches en Sciences Sociales IX. Madrid. 1991.
- H. Isnard, Pays et paysages méditerranéens, Paris, PUF, 1973.
- R. Lebeau, Les grands types de structures agraires dans le monde, Paris, Masson, 1991.
- Vincent Moriniaux (dir.), La Méditerranée, Paris, Temps, 2001


Articles :
- « Jardins méditerranéens », Alix Audurier Cros, Mappemonde, Janvier 1992.
- Pitte.
- « Terrasses de culture et jessours du Maghreb oriental », Jean-Louis Ballais
- « Versants aménagés et déprise rurale dans l’Est des Alpes Maritimes », Françoise Rebours
- « Paysages de plaine menacés : l’exemple du Comtat Venaissin » Pierre Derioz, René Grosso




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