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CULTURES URBAINES, CULTURES DU MONDE, CULTURES DE MASSE

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					       CULTURES URBAINES, CULTURES DU MONDE, CULTURES DE MASSE

       Thème de la journée : quelle place pour les cultures urbaines et du monde ?

        Les questions que nous traitons aujourd’hui ont ceci de particulier qu’il s’agit de faux
amis. Tout un chacun pense savoir de quoi on parle, la plupart d’entre nous sommes proches,
voire très familiers avec la musique, la danse, l’action culturelle et artistique qui prennent
pour objet des esthétiques, des motifs ou des pratiques qu’on dit « urbaines » ou « du
monde ». Pourtant, nous en avons des représentations communes qui sont souvent assez
vagues. Ce sont des mots qu’on emploie souvent faute d’en avoir d’autres sous la main. Je
voudrais dans cette communication réfléchir avec vous sur de que signifient « cultures
urbaines » et « cultures du monde » (ou « musiques urbaines » et « musiques du monde »).

         Avant d’aller plus loin, précisons que je ne suis pas Monsieur Petit Robert : le fait que
les mots aient des sens variables, imprécis, que nous y mettions des choses qui ne sont pas
toujours bien fixées, est le signe d’une langue vivante. Mon souhait n’est pas de donner des
définitions à ces notions car les définitions pourront aussitôt être contredites de manière tout a
fait légitime par d’autres qui ne s’y reconnaîtront pas, et parce que ce sont des notions
dynamiques dont les contenus même évoluent en fonction des contextes et du temps qu passe.
qui seront par nature même.

    1. Aujourd’hui toute culture est mondialisée.
Il n’y a plus d’îlot protégé, de communauté qui aurait su sauvegarder l’authenticité de son art,
de ses danses, de ses motifs esthétiques. Beaucoup de personnes qui ont travaillé ou qui
travaillent encore avec le CCO sont nées en Afrique noire, je vais donc prendre l’Afrique pour
exemple. Dans les représentations de nombreux Européens, mais aussi de nombreux Africains
( c’est une chose que nous avons perçu très clairement dans les entretiens que Camille a fait
l’an dernier), la « culture » africaine (mais cela existe t il la culture africaine ?) serait plus
« authentique » que la culture européenne. Or nous savons que depuis des siècles, bien avant
la colonisation, il y a eu des échanges nombreux entre l’Afrique et le monde méditerranéenne,
avec l’Europe et le monde arabe. Exple : l’expo au musée du quai Branly sur les rois du
Bénin.
        En même temps les artistes revendiquent tous ou presque de faire de la culture
africaine contemporaine. Toute culture est mondialisée, toute culture est dynamique, toute
culture emprunte sans cesse à d’autres ; mais aussi a elle même en réinvestissant des motifs
ou des pratiques anciennes. La création, l’invention se font dans ces dynamiques qui
nourrissent l’imaginaire des artistes.
        Or, aujourd’hui, qu’est ce que la mondialisation ? Au 19éme la mondialisation, était
coloniale. Le 20ème siècle a connu des formes de mondialisation associées à la lutte
idéologique et politique entre l’Ouest et l’Est ; aujourd’hui elle est dominée par le capitalisme
financier et marchand. Je ne crois donc pas qu’on puisse penser la culture en dehors de ce
contexte politique, économique et technique (internet…) de la mondialisation et des
industries culturelles qui en sont parmi les principaux propagateurs.
        La mondialisation n’est pas univoque, elle est complexe, à côté du capitalisme existe
un tourisme culturel (le tourisme musical…), certaines ONG ont un impact considérable sur
nos représentations du monde… . On sait que la culture est souvent avancée comme une
alternative à cette mondialisation financière. Mais bon… reste que pour faire connaître un
disque il faut passer par les canaux des entreprises mondialisées…C’est pourquoi je
reprendrais une idée du sociologue Denis-Constant Martin (cf la lettre du CMTRA) : une
culture « populaire » est aujourd’hui une culture de masse, c a d qu’elle n’existe que par


       Michel Rautenberg, Université de Saint-Etienne, journée CCO
les outils techniques de diffusion de masse, qu’elle doit se conformer aux cadres techniques
de cette forme de diffusion, qu’elle recycle les valeurs de la société de consommation etc.

    2. La culture est mondialisée, mais elle est aussi urbanisée.
        Ce qui fait la singularité de la ville (le mouvement, le croisement de flux incessants,
l’ouverture sur le monde, l’autonomie plus grande des individus, l’anonymat,
l’affaiblissement des solidarités communautaires, le métissage etc) sont des notions qui se
sont universalisées. C’est pourquoi le tourisme, internet, les médias etc sont des produits
typiquement « urbains ». L’exception est aujourd’hui au maintien de vastes zones non
marquées par ces mouvements incessants : l’Amazonie, La Nouvelle Guinée, la Chine
centrale ?
        Le modèle de la ville contemporaine est le modèle d’une ville cosmopolite. Qu’est ce
qu’une ville cosmopolite ?. Le cosmopolitisme est une notion urbaine ancienne, qu’on
retrouve souvent dans les villes ottomanes : plusieurs communautés vivent côte à côte unies
par une loi commune qui garantie leurs spécificités et l’organisation des droits et des devoirs
réciproques. Aujourd’hui la ville cosmopolite est différente : les villes contemporaines
connaissent nombre d’étrangers, mais il n’y a plus, au moins en Franc et en Europe,
d’organisation de la ville en communauté. On est passé d’un cosmopolitisme juridique à un
cosmopolitisme sociologique. L’altérité, n’est plus gouvernée par des systèmes juridiques
particuliers puisque, sur le papier, chaque citadin possède les mêmes droits et devoirs. Notre
culture est urbaine, et le modèle de l’urbanité est le cosmopolitisme sociologique.

    3. Un changement des valeurs communes : « l’individualisme communautaire »
        Ce qui marque le cosmopolitisme actuel, c’est qu’il se développe dans un monde dont
les valeurs ont changé. Notre monde n’est plus celui des solidarités collectives fortes, il est
celui de la primauté de l’individu. Chacun est en quête de lui même, de sa propre
« authenticité » comme disait le philosophe Marcel Gauchet. Chacun cherche à acquérir des
droits nouveaux face aux Etats, face à la société (le PACS, le droit des homosexuels, le droit
des femmes etc).
        Or, ces droits nouveaux, nous ne les recherchons pas seulement en tant qu’individus
lambda qui est femme, homosexuel, rouge, jaune ou vert, nous voulons être reconnus en tant
que femme, homosexuel, rouge jaune ou vert. Nous voulons que nos différences aient un
égal accès à la dignité collective. Nous voulons que les homosexuels, les femmes, les jaunes
ou les verts aient leurs journaux, leurs chaînes de télé etc.
        Nous voyons bien que ce n’est pas la même chose. La première situation est celle
reconnue traditionnellement par la société française. On peut avoir les attirances sexuelles
qu’on veut, on peut avoir n’importe quelle couleur de peau mais celles ci relèvent de la sphère
privée. La seconde est la situation qui est de + en + fréquente, qui est déjà en place dans
les sociétés anglo-saxonnes ou en Europe du nord : les individus sont reconnus dans la
société en tant que membres de tel ou tel groupe (les homosexuel, les noirs, les jaunes ou les
verts). Ce nouvel individualisme, Charles Taylor l’appelle individualisme communautaire

   4. Critiquer les prêts-à-penser
Pour comprendre les notions de cultures urbaines et du mondes, il est nécessaire maintenant
d’examiner ce que j’appelle quelques « prêt à penser », c’est à dire des notions pratiques
dans la conversation mais qui nous empêchent souvent de penser au fond des choses.
                     Populaire vs savant : cette construction est fondatrice de notre
        conception de la culture puisqu’elle a participé à la construction de l’idée même de
        nation française au moment de la Révolution : reconnaître les œuvres d’art, les
        monuments, la langue, au sein du patrimoine national commun, mais rejeter les


       Michel Rautenberg, Université de Saint-Etienne, journée CCO
       cultures locales etc…dans le privé. Cela reste un axe majeur des politiques publiques
       d’Etat dans la culture. En matière de culture, on se méfie du « populaire », on le
       renvoie au « social », aux pratiques artistiques non légitimes. La culture « légitime »,
       la « grande » culture existerait par elle même, elle serait constituée d’œuvres
       rassemblées dans des lieux spécialisés, des temples de la culture ; La culture
       « populaire » serait une culture de contexte, c’est l’environnement qui lui donnerait sa
       spécificité : elle serait « traditionnelle » (entendre rurale), ethnique, urbaine etc…Or
       ce modèle est idéologique plus que scientifique. On voit par exemple comment le
       jazz a pu passer d’un statut à un autre : c’est en quittant la rue pour entrer dans des
       clubs et les conservatoires. Cette opposition entre populaire et savant est une
       opposition factice : il y a continuum et non opposition. Les arts « savants » sont aussi
       des arts contextués, marqués plus encore par la tradition (académique). L’opposition
       est construite socialement, elle n’est pas esthétique ou artistique.
                      Dans l’enquête que nous avons réalisée, on voit un diptyque souvent
       évoqué, celui de la « tradition/modernité ». La plupart des personnes interrogées
       situent leur apprentissage en Afrique du côté de la tradition (musicale, danse…) ; mais
       en même temps revendiquent de faire de la musique ou de la danse « africaine
       contemporaine » quand ils sont en France. Comme si, pour elle, la tradition était du
       côté de l’Afrique et la contemporanéité du côté de la France… Comment interpréter
       cela ? Cela est-il une indication de l’image d’une Afrique restée « traditionnelle »
       malgré les mégalopoles, l’urbanisation très rapide… ? Cela nous interroge aussi quand
       on voit comment fonctionne le tourisme musical : pour vraiment apprendre danse et
       musique africaine, mieux vaudrait prendre l’avion et aller en Guinée ou au Sénégal…

Nous voyons avec ces 4 mots comment nous nous piégeons nous mêmes : nous faisons
comme si la tradition renvoyait à une spécialisation géographique, le populaire à une
esthétique plus sociale …C’est cela que j’appelle le « prêt-à-penser » : populaire ne renvoie
pas a un type de musique ou d’art mais à un regard qui est porté sur l’objet ou la pratique : les
masques africains du musée de l’homme étaient « populaires » (ou ethnographique, ce qui est
dans le cas présent synonyme), quand ils arrivent quai Branly les mêmes deviennent objets
d’art..

    5. Alors, que sont les cultures du monde et les cultures urbaines ?
        D’abord, on a compris que les cultures urbaines étaient, de plus en plus, branchées sur
le monde, sur les mondes : mondes éloignés, mondes techniques, mondes de la tradition
réinventée, mondes sociaux qui s’éloignent de + en + les uns des autres. Plus largement, on
peut même dire qu’il n’y a plus de « culture » qui ne soit pas plus ou moins urbaine, en tout
cas à peu près partout ce sont les cultures des villes qui font modèle, qui inspirent nos
manières d’être et de nous comporter. De ce point de vue anthropologique, culture urbaines
et cultures du monde se confondent.
        Si on prend une acception limitée de l’expression « culture urbaine », c a d un
ensemble de pratiques artistiques et de formes d’expression qui seraient spécifiquement
« urbaines », on voit que l’expression prolonge en fait ce qu’on appelait naguère les cultures
populaires, ou les cultures « ordinaires ». Aux cultures « urbaines », on peut appliquer les
mêmes caractéristiques qu’on attribuait autrefois aux cultures « populaires » : elles sont
en situation de « domination » culturelle (par rapport aux musiques savantes, ou classiques)
et économique (dominées par une industrie du disques régie par des considérations avant tout
économiques et financières), elles relèvent plus du loisir que de l’éducation, du lien social
que de l’apprentissage académique. La aussi ce sont les mêmes caractéristiques qu’elles
soient « urbaine » ou « du monde ».


       Michel Rautenberg, Université de Saint-Etienne, journée CCO
        Ce qui les distinguera les unes des autres, c’est peut-être que certaines ont une
coloration « ethnique » (« culturelle ») plus marquée que les autres. Mais cette ethnicité
renvoie elle aussi à des pratiques qui sont urbaines : les villes d’Afrique ou d’Asie sont-elles
moins des villes que les villes d’Europe ? Cultures urbaines ou cultures du monde sont des
catégories que nous inventons en Europe, dans un monde « occidental » parce qu’elles
sont pratiques pour nous. Mais elles ne correspondent pas à une réalité esthétique, sociale
ou anthropologique profonde. On peut comprendre l’intérêt de créer des catégories pour
distinguer tel ou tel type de musique pour lequel on souhaite conduire une politique
spécifique. On sait aussi que la musique est sujette à la démultiplication des genres qui sont
autant de segments commerciaux pour l’industrie musicale. Mais doit-on se soumettre
forcément à ces distinctions ? Peut-être d’un point de vue commercial, du point de vue de la
promotion…. Mais n’est ce pas un effet induit par l’industrie culturelle sur le champ des
pratiques artistiques populaires industrielles ? En tout cas, du côté des « cultures » il n’est pas
légitime de distinguer entre ces notions. Elles sont plus semblable (au sein des cultures de
masse) que différentes.

       Michel Rautenberg
       Université de Saint-Etienne
       09/01/08




       Michel Rautenberg, Université de Saint-Etienne, journée CCO

				
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