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ANALYSE CAUSALE

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ANALYSE CAUSALE Powered By Docstoc
					        REPUBLIQUE DU BENIN


    CARE INTERNATIONAL AU BENIN




Etude sur les causes profondes des inégalités de
                genre au Bénin




                 Rapport provisoire




                                                    Consultante
                                      Marie-Odile ATTANASSO

                     Juin 2009
Introduction ................................................................................................................................ 3
1. Contexte ............................................................................................................................. 3
2. Objectifs de l’étude ............................................................................................................ 3
3. Résultats attendus............................................................................................................... 4
CHAPITRE 1: LES PRINCIPAUX FACTEURS HISTORIQUES, CULTURELS,
POLITIQUES ET SOCIAUX DES INEGALITES DE GENRE AU BENIN .......................... 5
  1.1 Les perceptions socioculturelles de la femme au Bénin .................................................. 5
   1.2 La religion et les inégalités de genre ................................................................................ 6
   1.3 La répartition des rôles et l’accès à l’éducation ............................................................... 6
   1.4 Les pratiques traditionnelles néfastes créant des inégalités de genre............................... 6
   1.5 Le coutumier de 1920 et les inégalités de genre .............................................................. 7
CHAPITRE 2 : L’ÉTAT DES LIEUX DES INÉGALITÉS DE GENRE AU BÉNIN ............. 8
 2.1 Le niveau d’instruction..................................................................................................... 8
   2.2. Les phénomènes démographes et de santé ...................................................................... 9
      2.2.1 Age aux premiers rapports sexuels et l’union ........................................................... 9
      2.2.3 Les violences faites aux femmes............................................................................. 10
   2.3 Les conditions socioéconomiques .................................................................................. 11
      2.3.1 L’emploi .................................................................................................................. 11
      2.3.2 Le type d’occupation............................................................................................... 11
      2.3.3 L’évolution de la population active par sexe entre 1992 et 2002 ........................... 12
      2.3.4 Les agents civils permanents de l’Etat en 2002 ...................................................... 12
      2.3.5 Revenu moyen mensuel dans le secteur informel en millier de francs CFA dans la
      ville de Cotonou ............................................................................................................... 12
   2.4 Les déterminants de la pauvreté des femmes ................................................................. 13
   2.5 La Participation au processus décisionnel. .................................................................... 14
   2.6 : Les couches les plus affectées ...................................................................................... 14
   2.7 Sur le plan juridique ....................................................................................................... 15
CHAPITRE 3: L’ANALYSE CAUSALE ............................................................................... 16
 3.1 Les besoins à satisfaire ................................................................................................... 16
      3.1.1 Les besoins pratiques .............................................................................................. 17
      3.1.2 Les intérêts stratégiques .......................................................................................... 17
   3.2 L’analyse causale genre du statut socioéconomique de la femme ................................. 18
   3.3 L’analyse causale genre du statut juridique et politique de la femme ........................... 16
CHAPITRE 4 : UNE VUE GLOBALE DES TENDANCES (POSITIVES OU NÉGATIVES)
EN MATIÈRE D’INÉGALITÉS DE GENRE ET DE DROITS DE LA FEMME ................. 18
 4.1 Les tendances positives .................................................................................................. 18
   4.2 Les tendances négatives ................................................................................................. 20
CHAPITRE 5 : LES PROGRAMMES DE CARE ET LA PRISE EN COMPTE DU GENRE
.................................................................................................................................................. 21
Conclusion ............................................................................................................................... 21
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ................................................................................. 22



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Introduction
L’analyse de la situation sociale et l’analyse des causes des inégalités fondées sur le sexe
mettent en évidence les conditions de vie différenciées des hommes et des femmes et les
facteurs qui les expliquent. Ainsi, en faisant une analyse de situation et une analyse aussi
précise que possible des causes de cette situation, nous pouvons prendre conscience de la
réalité sociale et définir les politiques et plans d’un développement durable et équitable
adaptés aux réalités du pays. Cette analyse causale permettra également de faire une synergie
entre les différentes actions de CARE afin de passer de l‘approche projet à l’approche
programme.

L’analyse causale, un outil d’analyse genre, permet de montrer que la préoccupation genre
touche tous les secteurs de la vie socioéconomique, culturelle et politique. L’approche genre
est un puissant outil de développement.

La présente étude sur les inégalités de genre au Benin, après voir rappelé les principaux
facteurs qui les expliquent, a présenté l’état des lieux de même que les couches les plus
affectées. Enfin, elle a, grâce à l’analyse causale, identifié les causes de ces inégalités de
genre.

   1. Contexte
Dans le cadre du processus d’évolution de l’approche projet vers l’approche programme,
CARE Benin a décidé d’entreprendre une étude conformément à la dynamique actuelle au
sein de CARE pour plus d’impact mesurable de ses interventions. Elle consiste à faire une
analyse des causes profondes des inégalités de genre et des abus/violations des droits des
femmes au Bénin. L’analyse servira d’intrant pour l’atelier programmatique prévu pour juin
2009 et permettra à CARE Benin d’opérer des choix programmatiques et de lancer le
processus de formulation des programmes de CARE pour les prochaines années.


   2. Objectifs de l’étude
L’objectif général de l’étude est de conduire une revue documentaire axée sur les rapports et
programmes de CARE au Benin ainsi que les résultats des principales recherches relatives à
la pauvreté et au genre au Bénin en vue de répondre aux principales questions suivantes :

   -   Quelles sont les causes sous-jacentes/profondes/structurelles des inégalités de genre et
       des résistances en matière de reconnaissance des droits de la femme au Benin ?
       comment se présentent ces inégalités ?
   -   Quelles pratiques et facteurs historiques, cultuels, sociales et politiques contribuent
       aux inégalités de genre au Benin ?
   -   En termes de tendances, quelles sont les évolutions récentes (positives, négatives) en
       matière de genre/droits de la femme ?
   -   Qui est plus affecte par les inégalités de genre ? quels groupes spécifiques subissent
       d’une façon disproportionnée les effets de ces inégalités et marginalisation ? (Au delà
       des femmes et des filles, se référer aux groupes specifiques vulnérables, aux régions,
       etc.)
   -   Quelles sont les approches déjà essayées dans la recherche de solution, les leçons
       apprises et les écarts ?
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3. Résultats attendus
     Les causes profondes des inégalités de genre au Benin incluant les facteurs
      historiques, culturels, politiques et sociaux de même que les pratiques
     L’état des lieux des inégalités de genre au Benin (comment le phénomène se
      présente-t-il en pratique)
     Une vue globale des tendances (positives ou négatives) en matière d’inégalité de
      genre et de droits des femmes au Benin
     L’identification des couches les plus affectées par ces inégalités/abus – en
      spécifiant les catégories de personnes les plus marginalisées et les plus victimes de
      discrimination, en précisant les facteurs déterminants (géographique, culturel,
      croyances sociales….)
     Les interventions (stratégies) mises en œuvre par CARE ou d’autres Organisations
      qui ont réussi ainsi que les écarts par rapport aux approches/stratégies utilisées.




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CHAPITRE 1: LES PRINCIPAUX FACTEURS HISTORIQUES,
CULTURELS, POLITIQUES ET SOCIAUX DES INEGALITES DE
GENRE AU BENIN

Avant d’aborder les questions liées aux causes profondes dans les domaines spécifiques de
manifestation des inégalités de genre, il est important d’aborder certains facteurs clés
historique, culturel, social et même religieux.

Historiquement, au Bénin, certaines ethnies notamment les Fon, les Baatombu et les
Bêtammaribê ont bâti leur perception de chaque sexe, à partir des apparences physiques. La
femme est un être faible, émotif, ayant les nerfs à fleur de peau. L’homme par contre en
impose par sa force et sa musculature impressionnante.

Les Fon comme tous les peuples qui exploitent la géomancie du « Fa », ont eu des supports
sacro- saints pour justifier l’image dépréciative qu’ils ont élaborée de la femme : le corpus
des allégories de la géomancie du « Fa » considéré comme sacro-saint et servant de cadre de
référence en matière de pensée aux peuples de la cote des esclaves, est émaillé de préjugés
sexistes. Une des allégories de son septième signe est révélatrice à ce sujet : « Fa » aurait pris
la forme d’un homme pour séduire et grossir la fille d’une des esclaves, de l’un de ses
meilleurs amis musulmans que ce dernier a longtemps soustraite à la convoitise des hommes.

Plusieurs groupes aussi bien au sud qu’au nord du Bénin ont aussi élaboré une image
dépréciative de la femme : ils assimilent la femme à la terre, à l’eau et l’homme au feu et à
l’air.

1.1 Les perceptions socioculturelles de la femme au Bénin

Les perceptions socioculturelles jouent beaucoup dans la socialisation des enfants. Ils sont
relatifs aux préférences selon le sexe.


Dans la société, certaines pratiques sont révélatrices de ces inégalités de genre notamment :
   - Dans l’occupation de l’espace domestique, les inégalités de genre sont manifestes :
       certains endroits sacrés sont interdits à la femme et l’implantation des greniers obéit
       aux règles de l’espace sexualité sur les tatas.
   - L’euphémisme annonçant la naissance d’un garçon chez les Fon consacre sa
       supériorité sur la fille : « poser la fondation d’une maison, é toun kpatin »
   - En milieu Baatonou, la pression sociale est si forte que les femmes non assujetties à
       l’excision sont tournées en dérision : pour décourager leurs prétendants au mariage,
       on dit d’elles « qu’elles ont d’ongles ».
   - Au foyer, la femme quelle que soit l’ampleur des difficultés qu’elle rencontre, on
       l’exhorte à supporter, en brandissant l’argument selon lequel l’enfant est un lot de
       consolation de la souffrance. L’anthroponyme fon « viutu, en francais cela veut dire à
       cause de l’enfant » résume ce conseil prodigué aux femmes en détresse.
   - En outre, le fait que dans beaucoup de culture, (Baatombu, Fon, Bêtammarbê,…) les
       femmes n’héritent pas en général de la terre, les prive de capitaux. Son exploitation
       était principalement masculine, selon la division sexuelle du travail. Les travaux durs
       revenaient aux hommes, tandis que ceux légers d’accompagnement reviennent aux
       femmes : semailles, récolte, transformation alimentaire et commercialisation. Il en

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       était ainsi parce que la femme a son rôle principal ailleurs : la reproduction de la
       communauté.

1.2 La religion et les inégalités de genre

De même, certaines religions notamment l’Islam et le Christianisme véhiculent surtout une
perception des rapports homme/femme dans laquelle une préséance est accordée à l’homme
sur la femme. Cette préséance est nuancée dans le christianisme : l’homme aimera sa femme,
et la femme lui sera soumise. Alors que l’Islam professe plus ouvertement la soumission de la
femme à l’homme.

Dans la religion traditionnelle, la femme est considérée comme impure et ne peut avoir accès
à certains endroits ni aux instances de prises de décisions. Elle ne peut rentrer dans les cercles
d’hommes que lorsqu’elle atteint la ménopause ; d’où en fon son nom de tangninon. La
tagninon, en revanche est très respectée et peut même diriger des hommes comme les
prêtresses.

1.3 La répartition des rôles et l’accès à l’éducation

Au Bénin, on continue de penser que ce sont les garçons qui ’’garderont la maison’’ et que le
bien-être futur d’une famille dépendra beaucoup plus de l’avenir des garçons. Ceci entraine
une réticence à la scolarisation des filles dans plusieurs localités, car, estime-t-on, les filles
finissent souvent par abandonner l’école pour se marier et/ou procréer. Aussi, juge-t-on inutile
d’envoyer la jeune fille à l’école. Le statut social de la fille est lié à celui de la femme dans la
mesure où elle est appelée à devenir mère.

Par ailleurs, certains parents estiment que les filles scolarisées détruisent les bases même de
la famille et de la société : elles ne respectent plus la tradition, elles ne veulent plus du mari
choisi, elles quittent le milieu social pour aller au mariage ailleurs. Pour éviter ces
changements de comportements, certains n’hésitent pas garder leurs filles à domicile plutôt
que de les scolariser.

Les pratiques les plus courantes surtout en milieu rural concernant les occupations
quotidiennes des filles scolarisées illustrent bien cette inégalité. L’étude sur le budget temps
réalisé en 1998 avec l’appui du PNUD au Bénin a révélé que les petites consacrent 9 % de
leur journée aux travaux domestiques alors que les jeunes garçons y consacrent moins de
temps. Les filles consacrent plus de temps aux travaux domestiques que les garçons : 2,5 fois
plus de temps en milieu urbain et 2,6 fois en milieu rural ; préfigurant leur statut de femme au
foyer. Une fois à l’école, la jeune fille se voit encore confiée prioritairement d’autres corvées
(nettoyage de classes, approvisionnement en eau). Toutefois, filles et garçons consacrent
autant de temps à l’étude à la maison, et près de deux fois plus de temps en ville qu’à la
campagne.

1.4 Les pratiques traditionnelles néfastes créant des inégalités de genre


Les pratiques du mariage précoce et de dot que prescrivent les us et coutumes concernent le
plus souvent des filles en âge d’étudier à qui l’on impose un partenaire conjugal. Or, une fois
mariée, la maternité précoce constitue un obstacle à son éducation. L’implication précoce des
filles dans les activités économiques, l’émigration des filles des régions frontalières pour

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devenir domestiques à l’étranger ou l’utilisation des filles comme vidomégon en ville avec
pour justification la pauvreté des parents et le manque de ressources suffisantes pour
scolariser et la fille et le garçon, sont un frein à leur scolarisation et correspondent a
l’éducation sexuée donnée aux filles et aux garçons..
L’excision qui est une pratique traditionnelle concerne essentiellement les filles de même que
l’internement dans les couvents qui peut durer jusqu’à 5 ans. Ce séjour les soustrait du
système scolaire et tout apprentissage, ce qui a un impact sur leur statut social.

Les femmes sont aussi victimes des normes patriarcales qui leur dénient le droit de décider de
leur sexualité et de leur fonction de reproduction, les exposant à des risques de morbidité et
de mortalité évitables ; maladies sexuellement transmissibles contractées lors de contact
sexuels imposés ; décès consécutifs à des avortements clandestins à haut risque, parce que les
lois interdisent officiellement l’avortement. Dans le domaine de la sexualité, les femmes ne
doivent pas et ne peuvent pas contrôler leur sexualité. Ceci est du ressort de l’homme qui
demeure le chef de famille et celui à qui incombe toutes les décisions au sein du ménage.

1.5 Le coutumier de 1920 et les inégalités de genre


Le coutumier du Dahomey qui serait le recueil des coutumes et des règles y énoncées, ne
constituent pas les articles d’un code. Mais pendant longtemps, il a contribué à accentuer les
inégalités entre les femmes et les hommes. De nombreux articles consacrent la domination de
l’homme sur la femme. Selon l’article 149 du Coutumier, la femme a la faculte de solliciter le
divorce pour de nombreuses causes, sauf en ce qui concerne les coups qui peuvent lui etre
portes par son époux.

La Cour Constitutionnelle par décision DCC 96 – 063 du 26 septembre 1996, a affirme que
ladite circulaire n’a pas force exécutoire et ne relève pas de la catégorie des actes émanant du
pouvoir exécutif et susceptibles d’être soumis au contrôle de constitutionnalité. Il n’en
demeure pas moins que dans la pratique, au niveau local, communautaire et familial, les
règles coutumières continuent d’être appliquées en partie.

Tous ces facteurs expliquent les inégalités de genre constatés dans tous les domaines.




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CHAPITRE 2 : L’ÉTAT DES LIEUX DES INÉGALITÉS DE GENRE AU
BÉNIN
Les données présentées dans ce document proviennent de la troisième Enquête
Démographique et de Santé du Bénin (EDSB-III), réalisée d’Août à Novembre 2006 par
l’Institut National de la Statistique et de l’Analyse Economique avec l’assistance technique
du Programme mondial des Enquêtes Démographique et de Santé (DSH) de Macro
International et de l’état des lieux de la Politique Nationale de la promotion du genre au
Benin.

Les femmes constituent un peu plus de la moitié (51%) de la de la population béninoise. Près
de la moitié d’entre elles (43%) sont âgées de 15-49, c’est-à-dire en âge de reproduction :
elles représentent 22% de la population totale.


2.1 Le niveau d’instruction

Au Bénin, un peu plus de six femmes de 15-49 ans sur dix (64%) n’ont jamais fréquenté
l’école ; deux femmes sur dix (20%) ont atteint un niveau d’instruction primaire, 15% ont
atteint le secondaire et seulement 1% ont atteint un niveau d’études supérieures.
Globalement, 64% des femmes de 15-49 ans sont sans instruction, contre 33% des hommes
du même groupe d’âges. A 45-49 ans, ce sont 81% des femmes qui sont sans instruction
contre 49% des hommes, mais à 15-19 ans, il y a toujours deux fois plus de femmes que
d’hommes sans instruction (38% contre 15). Les inégalités au niveau de l’instruction
perdurent en dépit des nombreux programmes de scolarisation des filles, notamment dans
l'accès et le maintien dans le système scolaire entre filles et garçons (12,7 points en 2007);
Les disparités entre les effectifs des filles et des garçons sont plus criardes      dans les
universités publiques : moins d’une fille sur 4 étudiants.

Tableau 1 : Pourcentage de filles dans les universités publiques du Benin (1997-2005)


1997     1998     1999     2000      2001     2002     2003      2004     2005

18,9% 19,4% 20,5%          19,8%     22,2%    22,7%    19,1%     21,6%    22,7%
Source : INSAE, 2008

Dans la plupart des pays en Afrique du Sahara et notamment au Bénin, on recense plus de 75
% de femmes analphabètes parmi les femmes de 15 ans et plus. Au RGHP de 2002, 72 % des
femmes de 15 ans et plus étaient analphabètes contre 86 % au RGPH de 1979, soit une
progression de 14 points en 23 ans. Quelle que soit la caractéristique socio-démographique,
les femmes sont toujours proportionnellement plus nombreuses que les hommes à ne savoir
ni lire ni écrire.

Les proportions de femmes analphabètes sont particulièrement élevées parmi les femmes les
plus âgées (87% à 45-49 ans), parmi celles vivant en milieu rural (85%) et parmi celles vivant
dans les ménages les plus pauvres (94%)..


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2.2. Les phénomènes démographes et de santé

2.2.1 Age aux premiers rapports sexuels et l’union

L’âge aux premiers rapports sexuels est, de même que l’âge a la première union, un
déterminant de la fécondité. Parmi les femmes de 25-49 ans, 13 % avaient déjà eu leurs
premiers rapports sexuels, cette proportion est de 11 % chez les hommes. A 25 ans exacts
cette proportion est de 52 % chez les femmes et de 44 % chez les hommes. Pour les femmes
de 25-49 ans, l’âge médian aux premiers rapports sexuels est de 17,8 ans. Il est très
légèrement inferieur (0,8) à l’âge médian d’entrée en première union (18,6 ans). C’est dans
les départements de l’Alibori et de la Donga que se retrouvent l’âge à la première des femmes
les plus faibles : respectivement 17,7 ans et 17,8 ans.

L’âge médian aux premiers rapports sexuels s’établit à 18,5 ans chez les hommes, soit
environ un an plus tard que celui des femmes. Contrairement au phénomène observé chez les
femmes, l’écart entre l’âge médian aux premiers rapports sexuels et l’âge d’entrée en
première union est de 6 ans pour les hommes de 25-49 ans (18,5 ans pour les premiers
rapports sexuels et 24,5 ans pour la première union). Par rapport aux femmes, les hommes se
marient relativement tard au Bénin, soit 5,9 ans plus vieux que les femmes (18,6 ans) du
même groupe d’âges.

Par rapport au niveau de vie du ménage, on constate que l’âge d’entrée en première union des
femmes âgées de 25-49 ans est plus tardif dans les ménages ayant un niveau de vie élevé,
l’âge médian passant de 17,7 ans chez les femmes des ménages les plus pauvres à 21,2 ans
chez celles des ménages les plus riches.

En ce qui concerne les hommes, les variations de l’âge en première union ne présentent
qu’assez peu de variations selon les caractéristiques sociodémographiques.

Les données de l’EDSB-III montrent qu’au moment de l’enquête, 42% des femmes âgées de
15 à 49 ans étaient en union polygame ; chez les hommes du même groupe d’âges, cette
proportion est de 27%. Les différences selon le milieu de résidence, le département, le niveau
d’instruction et le quintile du bien-être économique sont tout aussi importantes. Les unions
sont plus importantes en milieu rural qu’en milieu urbain (47 % contre 36 % chez les femmes
et 31 % contre 20 % chez les hommes). Les résultats selon les départements montrent que
c’est le Couffo que la pratique de la polygamie est la plus fréquente (59 % chez les femmes et
42 % chez les hommes) et dans le Littoral la plus faible (27 % chez les femmes et 17 % chez
les hommes).

En matière de sexualité, notamment au sein du foyer conjugal, la décision de l’acte sexuel est
en général du ressort du mari. La femme a l’obligation de répondre aux besoins sexuels de
son mari, alors qu’en retour, elle ne peut exprimer les siens. Le refus de l’acte sexuel par la
femme n’est socio culturellement pas admis ; il est assimilé à l’infidélité et conduit à des
violences physiques (châtiment corporel) à l’encontre de la femme ou à sa répudiation.

Dans le domaine de la sexualité, les personnes les plus vulnérables au VIH/SIDA se
retrouvent dans le milieu rural. Alors 60,1 % des femmes ont déjà eu leurs premiers rapports
sexuels avant d’atteindre l’âge de 18 ans exact, cette proportion n’est de 44,6 % à Cotonou et
de 50,3 % pour l’ensemble urbain. Dans les départements, le niveau de séroprévalence varie


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d’un maximum de 3,5 % dans la Donga et de 2,8 % dans le Littoral a moins de 1 % dans les
départements de l’Alibori, des Collines, de l’Ouémé et du Zou.

2.2.2 La fécondité

En ce qui concerne la fécondité, il faut souligner qu’à cause des contraintes différentielles
selon le sexe, le nombre d’enfants désirés par les hommes est souvent plus élevé que celui
des femmes et les hommes sont souvent peu enclins à laisser leur femme utiliser la
contraception.

La fécondité se constitue différemment selon l’âge et le sexe. En effet, aux jeunes âges, les
hommes ont beaucoup moins d’enfants que les femmes du même âge, les naissances ayant
lieu dans le cadre du mariage et les hommes se mariant à un âge plus tardif que les femmes :
à l’âge de 20-24 ans, la proportion des femmes ayant au moins un enfant est de 67% contre
seulement 18% chez les hommes. Cette situation, de nature à créer une dépendance précoce
chez la femme, handicape sa scolarisation et sa participation à la vie active. Cette fécondité
précoce des femmes est très liée au nombre d’enfants idéal des hommes plus élevé que celui
des femmes : 4,9 contre 5,9 pour les hommes de 15-49 ans, quelle que soit la caractéristique
étudiée.


2.2.3 Les violences faites aux femmes

Le mariage précoce et/ou forcé ainsi que la polygamie constituent des pratiques strictement
associées aux violations des droits des femmes dans les localités béninoises. Les violences
faites aux femmes (violences psychiques, violences physiques) contribuent à accroître leur
vulnérabilité. Les résultats de l’étude sur les femmes faites aux femmes au Bénin ; ampleurs
et caractéristiques, montrent que les variations des violences faites aux femmes selon le
milieu de résidence ne sont pas très importantes. En milieu rural comme urbain, la
bastonnade et les propos injurieux sont très fréquents. Les trois quart des femmes
reconnaissent la bastonnade tant en milieu urbain que rural (75%). La situation est similaire
pour les propos injurieux où au moins huit femmes sur dix avancent cet acte (86%). Par
ailleurs, on constate que la bastonnade est plus connue dans le Couffo (90,3%), le Borgou
(83,7%), l’Atlantique (82,5%) et le Plateau (80,3%), mais elle est moindre dans le Mono
(58,4%). En ce qui concerne les propos injurieux, plus de neuf femmes sur dix citent cette
violence dans le Plateau (96,1%), l’Alibori (95,5%), la Donga (94,6%), le Borgou (93%) et le
Zou (90,3%). Pa rapport à la typologie, les violences faites aux femmes les plus fréquemment
observées sont d’ordre physique (74,1%), d’ordre moral (74,4%) et d’ordre psychologique
(29,4%) (Djagba B. et al., Rapport provisoire, 2009).


La pratique de l’excision est quasiment reconnue dans certains groupes ethniques du Bénin.
En 2006, 12,9 % des femmes ont déclaré avoir subi la pratique de l’excision qui varie selon
les caractéristiques sociodémographiques des enquêtées. En ce qui concerne le milieu de
résidence, on constate que le pourcentage de femmes excisées est moins important en milieu
urbain qu’en milieu rural (9 % contre 15%). A la différence de Cotonou (2 %), les autres
villes (12 %) présentent un niveau d’excision des femmes assez proche de celui du milieu
rural. Au niveau des départements, on constate que c’est dans le Borgou, la Donga et
l’Alibori que les proportions de femmes excisées sont, de loin, les plus élevées (59 % pour le
Borgou et 48 % pour chacun des deux autres départements). Il semble que l’excision soit tres

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peu marquée dans le Mono, le Couffo, le Zou, l’Atlantique et l’Ouémé ou moins de 1 % des
femmes sont excisées. Selon le groupe ethnique, trois grands groupes se démarquent. Il
s’agit des Baribas et apparentés (74 %), des Peuhl et apparentés (72%) et des Yao et Lokpa
(53 %). En outre, les résultats de l’EDSB-III ont montré que cette pratique est presque
inexistante dans d’autres groupes ethniques comme les Fon et apparentés et les Adja et
apparentés (0,2% respectivement).


2.3 Les conditions socioéconomiques

Des écarts importants existent entre les hommes et les femmes : 60% des femmes
travaillaient pour de l’argent contre 73% des hommes. Quelle que soit la caractéristique, on
constate que la proportion d’hommes qui travaille pour de l’argent est supérieure à celle des
femmes. Mais au niveau des hommes de 15-19 ans, de 20-24 ans, célibataires, du milieu
urbain, des niveaux secondaire et supérieur, la tendance contraire est observée.

2.3.1 L’emploi

Au cours de la période (1992-2002), l’effectif de la population féminine active a été multiplié
par 1,6 ; il est passé de 889.319 femmes en 1992 à 1.396.468 en 2002, soit un accroissement
annuel de 5,7% sur la période. Les hommes actifs, ont connu un taux d’accroissement de 2%.
La discrimination à l’égard des femmes est fortement marquée dans l'emploi et la
participation à l’économie (plus de 50% de femmes actives sont "dites ménagères"), donc
non prises en compte lors de l’élaboration des comptes nationaux. Ce qui prive le pays d’une
bonne partie de la contribution des femmes au développement.

Les femmes se heurtent très souvent aux préjugés de la société et aux règles sociales dans
leur désir de création ou dans la gestion de leur activité. A l’instar de nombreux pays
africains, les créatrices d’emplois du Bénin sont aussi confrontées à des obstacles
socioculturels. Selon le Rapport National sur le Développement Humain (2003), les filles et
les femmes béninoises ne jouissent pas pleinement de la liberté d’expression de leurs
aspirations et ont des capacités très limitées pour développer des initiatives entrepreneuriales.
Le plus souvent, l’époux refuse à sa femme de participer aux activités communautaires de
développement ou de promouvoir des initiatives propres, génératrices de revenus et par
conséquent de recourir à des mécanismes de financement des institutions. L’environnement
culturel immédiat influence aussi négativement l’esprit entrepreneurial de la femme et la
prise de décision judicieuse visant à accroître ses ressources. Les mentalités et cultures
traditionnelles qui régissent les relations de domination de la femme par l’homme et
subordonnent de ce fait les initiatives de la femme à la prééminence de l’homme, réduisent
l’exercice du libre choix de recourir aux opportunités de financement. En effet, du point de
vue social, le statut de la femme ne lui permet pas de prendre des décisions d’investir ou de
demander des financements sans l’approbation de son mari. Les dispositions au niveau
national ou international ne prennent pas en compte la situation réelle de la femme.


2.3.2 Le type d’occupation

La répartition des hommes et des femmes selon le type d’occupation met en évidence des
disparités importantes entre les sexes concernant le type d’occupation. C’est surtout dans le

                                                                                                    11
commerce et services que travaillent les femmes (51%). A l’opposé, une très faible
proportion est occupée dans les métiers d’agents de bureau (1%) pour également la même
proportion (1%) chez les hommes. En outre, on constate que plus d’un homme de 15-49 ans
sur deux (52%) est occupé dans l’agriculture contre 37% des femmes.


2.3.3 L’évolution de la population active par sexe entre 1992 et 2002

L’analyse de ces données permet de dire que les femmes s’investissent de plus en plus dans le
développement des activités économiques : 42,6 % de population active en 1992 contre
49,3 % en 2002. L’indice de parité avoisine 1 en 2002, ce qui est un bon signe en matière
d’équité de genre : les femmes sont autant actives que les hommes.


2.3.4 Les agents civils permanents de l’Etat en 2002

Le faible niveau d'instruction influence la participation des femmes à l'entrepreunariat
béninois. Dans le secteur moderne (hors administration), très peu d'entreprises sont dirigées
par des les femmes. Sur un total de 545 entreprises enquêtées dans ce secteur au cours de
l'Enquête sur la Structure des Emplois (ESE) en 1997, les femmes n'en dirigent que moins de
10 % (9,5 %). 1,3% des femmes travaillent dans le secteur formel de l'État contre 3,9% des
hommes. 1,4% des femmes travaillent dans le secteur formel privé contre 3,4% des hommes.



Tableau 2 : Répartition (%) des agents civils permanents de l’Etat par sexe et selon les
catégories en 2002
                               Masculin         Féminin          Total

              A                24,1             15,8             21,9
              B                43,1             31,8             40,1
              C                16,4             23,8             18,4
              D                12,3             27,1             16,2
              E                4,1              1,5              3,4

              Total            100              100              100
              Effectif         23.136           8.344            31.480
Source : Tableau de bord sur les agents permanents de l’Etat, décembre 2002

2.3.5 Revenu moyen mensuel dans le secteur informel en millier de francs CFA dans la ville
de Cotonou

Le revenu moyen mensuel dans le secteur informel est plus élevé chez les hommes quel que
soit le statut professionnel. L’ensemble du montant gagné par les hommes vaut plus de trois
fois celui des femmes. L’indice de parité le plus proche de l’égalité se retrouve chez les aides
familiales : 0,99.
                                                                                                   12
2.3.6 L’utilisation des ressources

Dans leur grande majorité et quel que soit le milieu de résidence, en grande majorité, les
femmes béninoises qui gagnent de l’argent décident elles-mêmes de son utilisation (87%).
Cette proportion est élevée quel que soit le milieu de résidence (84% en rural et 92% en
urbain). Quand les femmes ne décident pas seules de l’utilisation de leur revenu, c’est, dans
la plupart des cas, conjointement avec leur mari/partenaire (10%). Du fait de sa situation
financière peu confortable, en général plus fragile que celle de l’homme, la femme a un accès
plus difficile aux soins de santé.
En dehors de leur revenu, elles ont un accès et un contrôle plus difficiles aux moyens de
production que sont la terre, le crédit et/ou le microcrédit, les intrants. L’héritage constitue
l’un des principaux moyens d’accès aux ressources foncières au Bénin, notamment au Sud et
au Centre du pays. Traditionnellement, ce mode d’accès foncier a été discriminatoire au
détriment de la femme. Dans les 4 communes de l’Atacora, la taille moyenne des terres par
ménage varie de 3,35 ha à 11 ha selon les communes. Mais il s’agit des terres à faible
fertilité. La superficie de terre possédée par les ménages diriges par les femmes est inferieure
a celle possédée par les hommes dans toutes ces communes. Par ailleurs, le crédit moyen
octroyé par le SFD aux hommes est plus élevé que celui des femmes.



2.4 Les déterminants de la pauvreté des femmes

Les facteurs qui favorisent la pauvreté au Bénin sont essentiellement les caractéristiques
socio-économiques des ménages. Les résultats varient légèrement d’un département à un
autre, mais que ce soit en milieu urbain ou rural, les déterminants qui reviennent sont
principalement entre autres la grande taille des ménages, l’âge, le faible niveau d’instruction,
l’emploi et le sexe du chef de ménage. Le pourcentage de ménages dirigés par une
femme s’élève à 22,5% pour l’ensemble des ménages du Bénin. Dans le milieu rural, cette
proportion est de 21,1 % et atteint 24,6 % dans le milieu urbain. Les données collectées par
les diverses enquêtes nationales auprès des chefs de ménages montrent une pauvreté moindre
des femmes chefs de ménage par rapport aux hommes chefs de ménages.

L’état des lieux en matière de pauvreté au Bénin tient compte des études les plus récentes
issues de l’enquête QUIIB de 2002 et EMICoV de 2006 pour l’évaluation de la pauvreté
monétaire, de l’EDS de 2001 et du RGPH3 pour la pauvreté non monétaire et les relations
avec les variables démographiques. L’indice de pauvreté des ménages dirigés par les hommes
est de 45 % contre 33 % pour les ménages dirigés par une femme. La différence entre ces
taux est statistiquement significative au niveau de 5 %. Il y a ainsi 1,33 fois plus de pauvres
dans les ménages dirigés par les hommes que dans ceux dirigés par les femmes.

En milieu rural comme en milieu urbain, le niveau d’instruction, la taille du ménage sont des
facteurs déterminants de la pauvreté des femmes. En milieu urbain l’auto-emploi maintient
plus les femmes dans la pauvreté que les emplois salariés. Ces résultats incitent à réfléchir sur
l’opportunité de gérer une activité personnelle. Il est couramment admis qu’en apportant de
petits crédits aux femmes elles peuvent sortir de la pauvreté en exerçant une activité souvent
dans le secteur informel, génératrice de revenus.



                                                                                                    13
2.5 La Participation au processus décisionnel.

Au Bénin, les principes socioculturels concentrent tout le pouvoir de décision dans les mains
de l’homme. Ce statut de domination1 de l’homme sur la femme couvre la quasi-totalité des
dimensions de la vie sociale, notamment l’éducation ou la scolarisation des enfants, la santé, la
sexualité, la planification familiale, l’exercice d’une activité politique, sociale ou économique,
etc. Pour évaluer le niveau d’implication des femmes dans la prise de décision au sein du
ménage, lors de l’EDS3, on a posé aux femmes des questions pour savoir si l’enquêtée ou
quelqu’un d’autre, prenait habituellement certaines décisions. Ces décisions portaient sur les
soins de santé de la femme, les achats pour le ménage, les achats quotidiens pour le ménage,
les visites à la famille et/ou aux parents et la préparation quotidienne des repas. Les résultats
indiquent que c’est dans la préparation quotidienne des repas que la proportion des femmes qui
décident principalement est la plus élevée (54 %). A l’inverse, pour les grosses dépenses de
ménage, la décision revient majoritairement au conjoint (52 % contre seulement 13 % pour la
femme). On constate que même pour les décisions concernant la santé de la femme, c’est le
mari qui, dans 45 % des cas, décide principalement.
On note une faible représentation des femmes dans les institutions de l’Etat et aux postes de
responsabilité politique ou administrative. Le pourcentage de femmes au sein du
gouvernement depuis le renouveau démocratique, de 1991 à 2007, a fluctué entre 10 et 23%.
La représentation des femmes à l’Assemblée Nationale n’est pas plus significative : le taux le
plus élevé est de 12,19% à la deuxième mandature : 1995-1999.

2.6 : Les couches les plus affectées

Les couches les plus défavorisées ont été identifiées par rapport aux préoccupations majeures
Concernant l’accès équitable à la propreté foncière on peut citer : les femmes d’une façon
générale ; les femmes rurales plus que celles vivant en milieu urbain ; les femmes issues de
ménages pauvres comparativement à celles issues de ménages plus aisées, les femmes issues
de ménages non scolarisés ou non alphabétisés par rapport à celles issues de ménages
scolarisés ou alphabétisés, les femmes de certains départements du Nord.

A cause de la répartition des rôles, certaines activités nécessitant de la force sont considérées
comme des activités d’homme alors que d’autres sont considérés comme celles des femmes.
Il y a ainsi des métiers d’homme (forgeron, menuisier qui sont des activités de production)
et d’autres dits de la femme (secrétaire, fille d’accueil, enseignante, personnel de sante, etc.).
Ces activités ne font que le prolongement des activités domestiques de la femme. Cette
division du travail basée sur le sexe touche :
    - Les femmes d’une façon générale
    - Les femmes rurales ménagères
    - Les femmes rurales travaillant dans le domaine agricole
    - Les femmes non scolarisés et non alphabétisés,
    - Les femmes à faible niveau d’instruction
    - Les femmes évoluant dans un environnement professionnel avec une forte présence
        d’hommes,
    - Les femmes issues de milieux ayant de fortes pesanteurs socioculturelles

Selon les déclarations des femmes interrogées, celles qui sont concernées par les violences
sont celles qui vivent dans des conditions critiques. Autrement dit, il s’agit des femmes non
1
    Tant dans la famille ou le ménage que dans la communauté.
                                                                                                     14
instruites (89,2%), de celles qui vivent dans un régime polygamique (86,6%), de celles qui
sont issues des ménages pauvres (86%), des filles vivant dans les ménages pauvres (83,3%) et
des femmes ménagères (79,3 %). Les filles non scolarisées (79,3%) et celles qui sont
déscolarisées (79,2%) subissent aussi les violences. La polygamie un facteur majeur à
l’origine des violences faites à la femme en milieu familial (Djagba B. et al. 2009).

Concernant la pauvreté, les couches les plus vulnérables sont les femmes non instruites. Les
ménages dirigés par les femmes non instruites ou alphabétisées en langues courent deux fois
plus de risque de devenir pauvres que les femmes instruites ayant au moins le niveau
primaire. Aussi, les femmes travailleurs indépendants, et sans emploi, courent-elle plus de
risque de venir pauvres que celles qui ont un emploi salarié (respectivement 1,98 fois et 1,83
fois plus de risque). Les femmes pauvres sont en partie exclues du processus de décision :
16,9 % contre seulement 11,2 % de femmes riches exclues du processus de décision.

En dehors de ces caractéristiques, les femmes chefs de ménages pauvres sont en forte
proportion veuves, divorcées ou séparées (environ 45%).

Certaines femmes sont totalement exclues du processus décisionnel. Dans l’ensemble, 14,9 %
de femmes ne participent à aucune des 5 décisions fondamentales du le ménage. Les plus
fortes proportions de femmes exclues se retrouvent dans les départements de l’Alibori (23,7
%) et du Borgou (21,8 %), soit environ une femme sur cinq.


2.7 Sur le plan juridique

La Constitution du 11 décembre 1990 donne le cadre général de l’accession aux droits des
femmes pour atteindre leur pleine citoyenneté. Le principe cardinal de l’egalite entre les
sexes est défini de façon claire, précise et sans équivoque a l’article 26 qui dispose : ‘l’Etat
assure à tous, l’égalité devant la loi sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion,
d’opinion politique ou de position sociale ; l’homme et la femme sont égaux devant la
loi.. ».On peut faire remarquer des dispositions antérieures ne consacraient pas l’égalité entre
les sexes ; ce qui avait entraine un dualisme juridique. Mais depuis la promulgation du Code
des personnes et de la Famille en 2004, les injustices ont été réparées. Toutefois, la mise en
application des différentes dispositions souffre de la non internalisation par la population de
ce nouveau code, surtout au niveau local et de la famille.

En dehors des dispositions nationales, comme dans la plupart des autres pays africains, le
Bénin a ratifié de nombreuses conventions internationales pouvant améliorer le statut
juridique de la femme. Dans la pratique, il s’en est suivi un paradoxe entre les grands
instruments internationaux ratifiés et les législations nationales en ce que l’on n’y retrouve
pas la traduction des dispositions essentielles favorisant les droits de la femme. Le réel
problème existant sur le plan juridique est la non application des textes, lois et conventions
nationaux ou internationaux, soit parce que la plupart des femmes demeure dans l’ignorance
de leurs droits, soit parce que les individus s’interposent pour éviter que des sanctions soient
appliquées, c’est le cas notamment du harcèlement sexuel des filles, des violences conjugales
et autres comportements passibles de peine.

Le genre est transversal, il traverse toutes les catégories sociales. Au sein de chaque groupe
social, se retrouvent des inégalités liées aux rapports sociaux entre les hommes et les femmes.


                                                                                                    15
CHAPITRE 3: L’ANALYSE CAUSALE
L’analyse causale est un outil d’analyse genre qui permet d’identifier le pourquoi des
problèmes. On distingue :
          – les causes immédiates au niveau : de l’individu, de la famille, de la
             communauté,
          – les causes sous-jacentes au niveau des services de base,
          – les causes profondes, au niveau : de la société, des politiques, des ressources
             nationales, de l’organisation, des pratiques et usages culturels et religieux.

L’outil cherche à explorer les facteurs immédiats, sous-jacents et structurels qui déterminent
les causes et les effets (conséquences) d’un problème à divers niveaux :
        - Famille,
        - Communauté,
        - Etat.

L’analyse identifie les causes profondes et leurs interrelations. L’analyse causale n’est ni
uniforme ni statique.



Analyse Causale : Arbre des problèmes

          Manifestation du
  Effet   problème




           Causes immédiates



           Causes sous-jacentes




             Causes profondes



  Causes
                                   Fatou les causes profondes et leurs inter-relations
                     L’analyse identifie Sarr (Ph.D) Lomé août 2005


3.1 Les besoins à satisfaire


Pour s'acquitter des tâches à l'intérieur des trois rôles : reproductif, économique, social; les
hommes comme les femmes ont besoin de moyens de réalisation, c’est pourquoi Maxime
Molyneux a établi une différence entre besoins pratiques et besoins stratégiques.
     - Les besoins pratiques ou besoins concrets sont d’ordre matériel.
     - Les besoins stratégiques, même s’ils peuvent être concrets, sont d’ordre politique.




                                                                                                   16
3.1.1 Les besoins pratiques

Les besoins pratiques ont tendance à être immédiats et à court terme. Ils sont particuliers à
certaines femmes et sont liés aux besoins quotidiens : nourriture, logement, revenus, santé des
enfants, etc.


3.1.2 Les intérêts stratégiques

Les intérêts stratégiques ont tendance à être à long terme, ils sont communs à presque toutes
les femmes et ils sont liés à une position de subordination : manque de ressources et
d’éducation, vulnérabilité à la pauvreté et à la violence, etc. Ils sont liés à la division du
travail, à la position de pouvoir, au contrôle des ressources, au contrôle entre les sexes. Ils
englobent des questions comme les droits juridiques, la violence au foyer, l’égalité, la liberté
des femmes. Le besoin pratique d’aller en consultation est subordonné à un besoin stratégique
qui est la détention de ressources financières.

La satisfaction de ces deux types de besoins passe par une bonne maitrise de l’analyse
causale. La satisfaction des besoins pratiques dépend des causes immédiates et
intermédiaires, alors que celle des besoins stratégiques, relèvent des causes structurelles. Une
bonne analyse causale permet une utilisation plus efficace des fonds. En effet, elle permet
d’identifier les facteurs communs à plusieurs inégalités de genre constatées afin de mettre
l’accent sur les activités qui peuvent jouer le rôle de multiplicateurs pour l’atteinte de
plusieurs objectifs.

                       Rapprochement d’arbres des causes



 Prévalence
 accrue du
                                                           Faible taux de scolarisation
 VIH/sida
                                                           des filles




                                  Problèmes
                               communs centraux

                      Discrimination fondée sur le sexe


A partir de la revue documentaire sur les inégalités entre les femmes et les hommes au Bénin,
nous avons identifié quelques effets causés par les rapports sociaux entre les sexes. Ces effets
ressortent lors de l’analyse diagnostique de la situation de la femme. Dans le cadre de ce
travail, nous avons fait l’analyse causale du statut socioéconomique de la femme et son statut

                                                                                                   17
juridique et politique. Les deux arbres à problèmes montrent une synergie des actions à
mener pour améliorer la situation de la femme et par conséquent réduire son niveau de
pauvreté.


3.2 L’analyse causale genre du statut socioéconomique de la femme


L’analyse de la situation de la femme a permis de révéler un faible pouvoir économique de la
femme béninoise. Cette situation se manifeste au niveau de la femme par un faible pouvoir
d’achat et une faible participation de la femme aux instances de décisions. Ce sont en fait les
causes immédiates qui justifient la situation constatée.

En poursuivant l’analyse, il est aisé de remarquer que les causes intermédiaires ou causes
sous jacentes appellent des services à fournir pour améliorer les inégalités identifiées. C’est à
ce niveau que se retrouvent les actions à mener pour améliorer les situations constatées. La
conjonction des programmes permet une économie et une efficacité des ressources.

Pour atteindre les objectifs d’amélioration du statut socioéconomique de la femme, des
actions doivent également menées pour changer les tendances lourdes que constituent les
causes profondes qui se retrouvent au niveau de la société. Aussi, pour amener la population
à changer de comportement vis-à-vis de la femme, des campagnes de sensibilisation sont-ils
nécessaires. Les causes profondes ou structurelles sont celles qui conditionnent le statut
socioéconomique et qui agissent sur les causes intermédiaires. Ces causes sont difficiles à
infléchir à court et moyen terme parce touchant les habitudes socioculturelles basées sur la
tradition, les us et les coutumes.




                                                                                                    18
                                                                                                                                                          Faible pouvoir
          EFFETS                                                                                                                                       socioéconomique des
                                                                                                                                                             femmes



            CAUSES IMMEDIATES                                    Forte présence des femmes dans                                                                                                                                    Faible participation de la
                                                                 le secteur économique informel                                                                                                                                    femme aux instances de
                                                                    ou avec un emploi précaire
                                                                                                                                                                                                                                      prise de décisions

  CAUSES
  SOUS
                            Faible niveau de                              Faible accès aux                           Faible niveau de                    Faible représentativité                  Faible niveau d’étude        Faible application                     Absence de promotion de                 Mode de fonctionnement
  ADJACEN                                                                                                                                                                                                                     des textes et lois en
                            scolarisation des                               facteurs de                                  revenus                         des femmes dans les                           des femmes                                                    modèles de réussite féminine              des partis politiques
  TES                             filles                                    production                                                                   organes de décisions                                                       vigueur




Pauvreté des parents/manque                 Accès à la terre (mode de                   Opportunités du marché de                   Faible engagement des                  La perception du rôle social                                               Faible                            Non valorisation des femmes          La situation financière
    de moyes financiers                    succession et faible pouvoir                 l’emploi peu favorable au                 femmes dans la vie politique                    de la femme                                                   vulgarisation des                        cadres par les nominations
                                             d’achat, régime foncier)                       cumul des rôles                                                                                                                                      textes et lois en
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   des femmes
                                                                                                                                                                                                                                                     vigueur


Environnement scolaire peu                       Accès au crédit (non                          Faible contrôle des                   Influences négatives de                  Grossesses multiples et                                            Non existence des textes et              Faible solidarité entre les            Non existence de
         incitatif                              possession de garanties                      ressources du ménage                  certains préceptes religieux                    rapprochées                                                    lois traduits en langues                         femmes                     discrimination positive
                                                                                                                                                                                                                                                          nationales



   Violences sexuelles en                     Non accès aux outils                      Contraintes des activités                   Surcharge de travail                    Non existence de textes et                                          Non existence de décrets                                                       Faible implication des
      milieu scolaire                      performants de production                       de reproduction                                                                 lois rendant l’enseignement                                          d’application des textes                                                      partis politiques dans la
                                                                                                                                        des femmes                                  obligatoire                                                          et lois                                                              réduction des inégalités


Non application des textes et              Faible accès aux formations
lois protégeant les droits des                qualifiantes (générale,
     enfants et des élèves                technique et professionnelle)



  Grossesses et maternités
         précoces




Temps consacré par les filles
  aux travaux domestiques


                                                                                                                Le faible statut
    CAUSES PROFONDES                                                                                             social de la
                                                                                                                    femme




  La répartition des               Les pratiques                   Us et les                        Faible prise de               Education                    Mauvaise                  La surcharge de                  Le système
rôles dans la société            éducatives sexuées                                                conscience de la                                                                                                        patriarcal
                                                                   coutumes                                                      sociale de la              perception de la                 travail
(rôle reproductif de             des parents et de la                                             femme de son rôle
 la femme et rôle de                   société                     propres à                            dans le                    femme                        femme
   la femme social)                                              chaque ethnie                      développement                                              politique
Un autre défi majeur qui doit être relevé à travers les programmes de CARE est
l’amélioration du statut juridique et politique de la femme béninoise. La revue de littérature
abondante permet de constater que la femme béninoise à un faible statut juridique et politique
même si elle est présente dans le secteur tertiaire, notamment dans le commerce et la
restauration. L’analyse causale a permis de montrer que plusieurs raisons expliquent cette
situation. Ces raisons sont à rechercher dans le mode de filiation, les us et les coutumes. Par
conséquent plusieurs niveaux d’actions sont à apporter par CARE pour la prise en compte du
genre dans les programmes et projets de développement.


3.3 L’analyse causale genre du statut juridique et politique de la femme


Le faible statut juridique et politique de la femme comme mentionné dans les différents
documents, est la résultante des pesanteurs socioculturelles et de ses caractéristiques
sociodémographiques. Le faible pouvoir d’achat, la non application des textes et lois en
vigueur, l’influence du conjoint ainsi que la surcharge de travail sont des facteurs qui
éloignent les femmes de la vie politique. Cette analyse causale basée sur les informations
contenues dans les différents documents montrent bien que la participation de la femme à la
vie politique nécessite des actions à tous niveaux : niveau micro dans le ménage, niveau méso
dans la communauté et au niveau macro, de la société.

Une bonne gouvernance démocratique au sein des partis politiques permettra à la femme
d’être de plus en plus impliquée dans les instances de décision et mieux participer à la vie
politique et économique. Mais comme le montre l’analyse causale, le pouvoir d’achat de la
femme limite son accès aux postes de responsabilités dans les partis.

Concernant le statut juridique, en dehors des facteurs intrinsèques à la femme on peut noter
un éloignement des structures judiciaires, une non vulgarisation des textes et lois, une
méconnaissance des procédures judiciaires. Le faible niveau d’instruction de la femme
l’amène à ne pas être dans les sphères où s’élaborent les textes et lois devant régir la société,
ce qui fait qu’elle peut difficilement infléchir les tendances en faveur de la femme dans les
dispositions prises.

La situation politique et juridique de la femme n’est que la résultante de la société patriarcale
dans laquelle elle vit. Ces tendances lourdes sont difficiles à infléchir et nécessitent des
actions de plaidoyer et de sensibilisation pour amener un changement de comportement dans
la société.
                                                                                                                                                  Faible pouvoir/ statut
                                                                                                                                                  juridique et politique
                                                                                                                                                       de la femme
  CAUSES IMMEDIATES


                                                                       Faible présence des                                                                                                                                       Inégalités
                                                                                                                                                     et politique des
                                                                        femmes dans les
                                                                        parties politiques
                                                                                                                                                         femmes                                                                  juridiques

  Causes
  sous
  adjacent        Faible pouvoir d’achat             La surcharge de travail          Non application des textes et           L’influence du              Inégalités en matière            Inégalités en matière             Inégalités en matière           Inégalités en matière              Faible participation
                                                                                      lois sur le quota de femmes
  es                   des femmes                                                       sur les listes électorales
                                                                                                                                 conjoint                 de droit de travail              de droit de fiscal                de droit pénal                  de droit de la famille               des femmes a la
                                                                                                                                                                                                                                                                                               préparation des textes
                                                                                                                                                                                                                                                                                                     juridiques
                  Faible niveau de
               scolarisation des filles
  Niveau de pauvreté           Faible participation des              sous représentation des                Mauvaise perception            Faible effectif des              Méconnaissance des               Faible vulgarisation             Méconnaissance des                  Faible niveau
                               femmes aux réunions
     des femmes                                                      femmes dans les                       des femmes politiques            femmes cadres                  procédures judiciaires            des textes et lois en           procédures judiciaires              d’instruction des
                               politiques
                                                                     instances politiques                                                                                                                          vigueur                                                           femmes




Niveau d’instruction               La fonction de                      Non existence de                   Faible dialogue dans le          Absence de femmes                 Eloignement des                                                   Eloignement des                        Niveau
de femme                                                              données désagrégées                         couple                   dans les sphères de             structures judiciaires                                            structures judiciaires              d’analphabétisme
                                   reproduction                        sur les femmes en                                                        décision                                                                                                                         élevé des femmes
                                                                     poste de responsabilite



Pas de pouvoir de                     Non existence de                                                                                     Méconnaissance des              Les textes et lois en              Faible accès des
                                     structures de gardes                                                                                 procédures judiciaires           matière d’imposition             femmes aux services
     décision                              d’enfant                                                                                                                              salariale                       de justice



Mauvais positionnement                                                                                                                      Eloignement des                                                  Méconnaissance des
des femmes sur les listes                                                                                                                 structures judiciaires                                            procédures judiciaires
électorales




Manque de formation                                                                                                                                                                                           Eloignement des
des femmes pour le                                                                                                                                                                                          structures judiciaires
     leadership


                                                                                                                       Culture
     CAUSES PROFONDES                                                                                                 patriarcale


Les rites de                        Difficultés d’accès a               Us et les coutumes                         Faible prise de             Education sociale de               Mauvaise perception                Conservatiion de
                                        la succession                                                             conscience de la                 la femme                          de la femme                   l’equilibre et l’esprit
veuvage abusifs                                                                                               femme de son rôle dans                                                                                 humaniste dans la
                                                                                                                                                                                      politique
                                                                                                                 le développement                                                                                   gestion du pouvoir
CHAPITRE 4 : UNE VUE GLOBALE DES TENDANCES (POSITIVES
OU NÉGATIVES) EN MATIÈRE D’INÉGALITÉS DE GENRE ET DE
DROITS DE LA FEMME
A partir des différentes stratégies mises en œuvre pour la réduction des inégalités de genre,
on peut recenser des effets positifs mais aussi quelques résistances ou manque de compétence
pour l’application de l’approche genre comme outil de développement.

4.1 Les tendances positives

De nombreux efforts ont été faits par le Gouvernement et les ONGs grâce à l’appui des PTFs
pour réduire les inégalités. On note des progrès dans les secteurs sociaux : éducation,
formation des femmes, amélioration de l’état de santé et de nutrition de la femme et de la
famille, autonomisation économique des femmes.
Dans le domaine de l’éducation, les efforts ont commencé à donner leur fruit parmi lesquels
la réduction de l’écart entre le taux brut de scolarisation des filles et des garçons. Cet écart
n’est plus que de 12,7 points en 2007. Les résultats montrent également une diminution des
proportions de femmes et d’hommes analphabètes des générations les plus anciennes aux plus
jeunes. Pour les hommes, le taux passe de 62% pour le groupe d’âges 50-64 ans à 26% pour
le groupe d’âges 15-19 ans. Chez les femmes, il passe de 87% chez celles âgées de 45-49 ans
à 49% chez celles de 15-19 ans.

Dans le domaine de l’autonomisation de la femme, le micro crédit aux plus pauvres qui a
permis d’octroyer à plus de 400 000 femmes répandues sur toute l’étendue du territoire, du
crédit pour les activités génératrices de revenus. Au 31 décembre 2008, on a enregistre 395
901 bénéficiaires pour un montant total place de 16 492 579 004. Ce crédit, bien que minime,
soulage l’extrême pauvreté des femmes et montre la détermination du Gouvernement actuel a
a faire la promotion es femmes en vue d’assurer d’ici a 2015 leur autonomisation..

Les campagnes de lutte contre l’excision ont également conduit à des changements de
comportements. Cette pratique qui est entrain, petit à petit de disparaître des habitudes des
béninois car le taux de femmes de 15-49 ans excisées est passé de 17% en 2001 à 13% en
2006. De nombreuses exciseuses ont été reconverties grâce aux actions des ONGs nationales
et internationales.

Le nouveau code des personnes et de la famille a réduit les inégalités entre les hommes et les
femmes dans le domaine du mariage, de la succession et de la filiation. L’âge à la première
union a été fixé à 18 ans aussi bien pour les filles que pour les garçons (article 120). La loi N°
2002-07 du 24 août 2004 portant Code des Personnes et de la Famille (CPF) qui, en
consacrant une nouvelle réforme de la législation en matière des personnes et de la famille, a
mis en relief les principes égalitaires qui réduisent sensiblement les discriminations entre
homme et femme en mettant l’accent sur l’égalité entre l’homme et la femme.

La loi n° 2007-03 du 16 octobre 2007 portant régime foncier rural en République du Bénin
garantit aux femmes de façon explicite le droit à la succession de leurs ascendants ou
conjoints sur les terres rurales. Malgré cette disposition, la succession continue d’être régie
par les anciennes règles. En effet, il est difficile de changer de comportement dans ce
domaine.



                                                                                                     18
Dans quatre axes sur cinq on constate des préoccupations de la prise en compte des inégalités
de genre transparaissent dans les différents objectifs. Ces 4 axes sont :
       - l’axe stratégique 1 : Accélération de la croissance ;
       - l’axe stratégique 3 : Renforcement du capital humain ;
       - l’axe stratégique 4 : Promotion de la bonne gouvernance ;
       - l’axe 5 : Développement équilibré et durable de l'espace national.

Dans les 4 objectifs :
            – stabilisation du cadre macroéconomique ;
            – dynamisation du secteur privé ;
            – diversification de l'économie
            – promotion de l'intégration régionale
de l’axe stratégique 1 les aspects genre n'apparaissent pas clairement dans les Stratégies de
Croissance pour la Réduction de la Pauvreté, mais il y a des pistes qui peuvent être intégrées
dans les stratégies dérivées : promotion des filières agroalimentaires, accès au foncier et aux
sources de financement, commerce régional et international.

Dans l’axe stratégique 3 les inégalités de genre sont prises en compte. Dans l’objectif de la
promotion d'une éducation de développement il faut :
             – assurer l’accès équitable à l'éducation (préscolaire, primaire et secondaire) ;
             – améliorer la qualité de l'équité genre dans l'enseignement supérieur ;
             – assurer l’équité et promotion de l'alphabétisation des femmes ;
             – renforcer la formation professionnelle de type dual : équité de genre,
                 formation des filles.
Dans celui de l’amélioration de l'accessibilité et de la qualité des services de santé et de
nutrition il faut :
        - promouvoir la santé maternelle et infantile,
        - combattre le VIH/SIDA, le paludisme et les maladies endémiques,
        - améliorer la nutrition,
        - promouvoir les mutuelles de santé ;
Dans l’objectif Renforcement de la protection sociale il s’agira de :
        - promouvoir la famille et de la femme,
        - d’assurer l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes,
        - d’assurer la protection et le développement de l'enfant.

Dans l’axe stratégique 4 dans l’objectif de la Gouvernance locale la décentralisation et
l’aménagement du territoire est vu comme un moyen d’accélération du développement à la
base et de la participation des femmes et des hommes à la gestion des affaires de leurs
localités. Toutefois, la participation de la femme aux sphères de décisions nationales ne
ressort pas clairement dans les objectifs à atteindre.

Dans l’axe stratégique 5, dans les 3 objectifs à savoir :
            – le développement durable régional et local ;
            – l’émergence des pôles de développement et de croissance ;
            – la gestion des ressources naturelles et du cadre de vie ;
l’égalité femmes/hommes n’est pas clairement déclinée, mais il existe des opportunités
d'intégration dans les stratégies sectorielles et plans d'actions. Les femmes jouent également
un rôle important dans l'économie locale : production agricole et maraîchère, transformation
agroalimentaire, artisanat, commerce.


                                                                                                  19
Par ailleurs pour rendre visible les actions menées au niveau national pour la réduction des
inégalités de genre, une nouvelle politique de promotion du genre a été élaborée et validée.
Un plan d'actions suivra. Cette politique a couvert tous les secteurs de la vie
socioéconomique, culturelle et politique en mettant en définissant de façon claire la vision de
promotion du genre au Benin qui est la suivante : « A l’horizon 2025, le Bénin est un pays
ou l’égalité et l’équité favorisent la participation des hommes et des femmes aux prises de
décision, l’accès et le contrôle des ressources productives en vue d’un développement humain
durable ».

Ainsi, tous les acteurs du développement du Bénin ont un document de politique leur
permettant de mener des actions pour atteindre cette vision d’ici à 2025. En dépit de tous ces
efforts, on peut noter quelques facteurs de blocage pour la prise en compte efficace de la
dimension genre.

4.2 Les tendances négatives


Dans le domaine politique on enregistre peu d'avancée dans la participation des femmes aux
instances de prise de décisions. 5 femmes sur 84 députés au parlement, 4 femmes sur 30
ministres dans l'exécutif, 60 femmes sur 1435 élus locaux et 1 femme maire sur 77 en 2006,
le maire de Kérou. On constate une régression dans la participation de la femme aux
instances de prises de décision. En effet, aux élections municipales de 2002, on comptait 3
femmes maires sur les 77 (Kérou, Pobé et Kétou). Toutefois, une légère amélioration est
constatée au niveau des élus locaux 44 femmes élues locales sur 1199 en 2002 (3,7 %) contre
60 femmes sur 1435 (4,2 %) en 2006. Par ailleurs, les études récentes menées par le MFSN et
le projet EMPOWER montrent que les femmes continuent de subir des violences physiques
et morales sur toute l’étendue du territoire.

Il est important de faire remarquer que le genre est peu intégré dans les budgets/programmes
et PTA, sauf dans les secteurs sociaux. Il y a une faible adhésion des cadres, notamment des
Directions de la Planification et de la Prospective pour la prise en compte de l’approche genre
lors de la planification et de l’exécution des budgets. Outre cela, il y a une inexistence de
budget pour mettre en application les différentes actions devant permettre de réduire les
inégalités dans tous les domaines. Il y a aussi une faible intégration de cette préoccupation
dans les mécanismes de suivi et d'évaluation de la SRP.

Pour la résolution des problèmes mentionnés au niveau intermédiaire, on recense entre autres
les difficultés dans la mise en œuvre des textes et lois, la maitrise de l’approche comme outil
de développement. Au niveau structurel, il y a encore la résistance de certains groupes ou
communautés, la persistance des pesanteurs socioculturelles, notamment dans le milieu rural
et dans les groupes minoritaires.
    -




                                                                                                  20
CHAPITRE 5 : LES PROGRAMMES DE CARE ET LA PRISE EN
COMPTE DU GENRE
CARE Bénin intervient dans plusieurs domaines :
  - la promotion et la protection des droits des enfants,
  - la promotion et la protection des droits des femmes notamment la lutte contre les
     violences faites aux femmes et aux filles (Projet EMPOWER),
  - la Santé, notamment la santé de la reproduction et le VIH SIDA,
  - l’éducation,
  - la Micro finance (PADSA CAFIR et PRORAME), les Urgences…

De l’analyse des différents programmes exécutés, on peut noter que la démarche de prise en
compte n’est pas totalement respectée. La prise en compte nécessite une étude approfondie du
secteur dans lequel il est décidé d’apporter un appui. Cette étude fait l’état des lieux du
secteur et permet d’identifier les problèmes et les besoins à satisfaire par cibles de la
population. Le genre doit donc être intégré de manière transversale dans les programmes
depuis le diagnostic de situation, la conception, la planification stratégique et opérationnelle,
jusqu’au suivi/évaluation. On peut également faire des programmes spécifiques pour
l'empowerment des femmes pour réduire des inégalités dans les domaines de l’éducation
(primaire, secondaire, supérieur), l’accès au crédit, les droits humains de la femme.

On constate que CARE Benin, comme la plupart des programmes au Bénin apporte des
appuis aux hommes et aux femmes dans le domaine de la microfinance, de la scolarisation,
de la santé et des droits de la femme sans la définition d’une stratégie globale pour la prise en
compte du genre.

CARE Benin ne dispose pas d’un document de stratégie genre que devront suivre tous les
projets/programmes. Dans les documents de projet, devraient ressortir distinctement l’état
des lieux, l’identification du problème par les différents acteurs femmes et hommes, la
méthode d’identification de ces problèmes, les mécanismes de gestion, de mise en œuvre, et
de suivi/évaluation. Les objectifs, les résultats, les budgets des différents projets ne donnent
aucune information sur la démarche de prise en compte du genre depuis la conception du
projet.

En vue de passer à l’approche programme pour la prise en compte du genre, les domaines
prioritaires d’intervention devraient être établies. Ensuite chaque programme doit suivre la
démarche de prise en compte du genre. La définition d’un cadre logique par programme
permettrait de définir de façon précise les extrants, les effets et les impacts des programmes
qui seront mis en œuvre. Cet exercice est facilité par l’analyse causale, qui fait déjà ressortir
les causes immédiates, les causes intermédiaires et les causes structurelles.

Conclusion
L’analyse causale de la situation de la femme au Bénin permet de faire ressortir les domaines
importants dans lesquels CARE peut intervenir pour améliorer les conditions de vie de la
femme. La synergie entre les différents programmes permettra de rendre plus efficaces les
fonds de l’institution. La réussite de ces différentes actions réduira le niveau de pauvreté de la
femme dans sa forme multidimensionnelle. Conscient de l’utilité de la prise en genre, un
programme de renforcement des capacités des acteurs des différents programmes paraît
nécessaire pour la maitrise de l’approche genre comme outil de développement.
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