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Albatros NewsLetter by xyd75631

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									                  septembre 2009
                                                                                                 Fondée en 1937, reconnue d’utilité publique en 1944, l’Académie Libanaise des Beaux - Arts
                                                                                                 est la première institution nationale pour l’enseignement supérieur.
                         Sommaire                                                                Sin el-Fil, Beyrouth - Liban | Tél.: 961.1.489 206, 480 056 |Fax: 961.1.500 779
P1    Sommaire Anniversaire                                                                      E - m a i l :   a l b a @ a l b a . e d u         | s i t e : w w w . a l b a . e d u
       Les 72 ans de l’Alba - Récital au Bustan
P2    Ecole des Arts Décoratifs, section Arts Graphiques et Publicité

P3
       Tonnerre : Quand L’Alba et l’Ecole Estienne s’en mêlent
      Djibouti, Corne d’imaginaire et d’aventure                                 Anniversaire
                                                                                 LES 72 ANS DE
P4    Ecole des Arts Décoratifs, section Arts Graphiques et Publicité
       Typographie: des lettres construites
P5    Antoine Abi-Aad, en solo ou avec ses étudiants :


                                                                                 L’ALBA: JoE
       Un travail récompensé
P6    Ecole d’Architecture
       L’Alba et l’ENSA de Marseille : des espaces publics

P7
       réaménagés à Beyrouth
      Conférence
       Dominique Perrault : « Créer des lieux, pas des bâtiments »
                                                                                 LETAYF RACoNTE
P8    Ecole d’Architecture                                                       Chaque 15 mars, l’Académie libanaise des beaux-arts
       Conférences: Marc Barani, Equerre d’Argent 2009, à L’Alba
                                                                                 fête l’anniversaire de sa création. Or, en 2007, c’était
       Youssef Tohmé, un architecte responsable et clairvoyant
P9    Conférence                                                                 la belle année -déjà !- des 70 ans. Joe Letayf,
       Saba Farès présente les fouilles de Kilwa                                 enseignant à l’Alba et membre du comité exécutif du
P10   Ecole d’Architecture                                                       festival de Baalbeck, revient sur un concert tout
      Kilwa : la Mission de Guy-Roger Conchon, étudiant à l’Alba, sur le site.   autant réussi qu’à l’organisation mouvementée…« Par
P11   suite                                                                      l’intermédiaire de May Arida, nous espérions organiser
P12   Ecole de Cinéma et de Réalisation Audiovisuelle
                                                                                 un concert autour du violoncelle en général et de…
       Semaine Visconti, l’Alba à l’heure italienne !
P13   Semaine du cinéma cubain, un hommage de taille!
                                                                                 Rostropovitch en particulier, ami intime de la
       Festif                                                                    présidente de Baalbeck. Trop fatigué à ce moment-là
       Le bal masqué des étudiants                                               pour répondre à notre invitation, il nous a proposé le
P14   Ecole de Cinéma et de Réalisation Audiovisuelle - Talents                  nom de Gary Hoffmann. Quant au pianiste, notre
       « Semaan Bil Day’ia » de Simon el Habre : la mémoire et l’émotion         premier choix s’était porté sur le Français Jean-Philippe
       « Fragile » : Cynthia Raphaël, aussi libre que son personnage             Collard ». Après bien des péripéties d’emplois du
P15   Ecole des Arts Plastiques et des Arts Appliqués
                                                                                 temps et de circonstances politiques peu favorables,
      Partenariats, passé glorieux et avant-garde prometteuse :
P16   Ecole des Arts Plastiques et des Arts Appliqués
                                                                                 les 70 ans se sont transformés en… 72 ans, cette
       l’Alba en tête de créativité                                              année! Voilà que le 25 avril, dans la grande salle de
P17   Exposition                                                                 l’hôtel Al Bustan, et en hommage à Alexis Boutros, trois
      Images : fixe, mobile et animée                                            sonates pour violoncelle et piano ont été interprétées
P18   Ecole des Arts Plastiques et des Arts Appliqués                            par le grand Gary Hoffmann et le musicien qu’il a lui-
      Exposition et workshop de Rimer Cardillo à l’Alba                          même suggéré, David Selig : celles de Mendelssohn,
P19   Flashback -
                                                                                 Chopin et Brahms… Fort du succès de cette soirée,
      Baalbeck 2009 Sous le signe de l’amour
P20   Bibliothèque                                                               Joe Letayf, mélomane averti s’il en est, a sa petite
       Les news                                                                  idée pour la célébration de l’année prochaine :
       L’ Alba au Salon du Livre à Paris                                         « J’essaie de convaincre notre doyen d’inviter le            Georges Haddad, Doyen de l’Alba prononçant
P21   Nouvelles Parutions                                                        pianiste français David Frey, qui a fait un malheur cet      son allocution
       Gemmayzé : Travail d’Atelier                                              été au festival de Baalbeck ! »…
       Patrimoine et enjeux actuels
P22     Institut d’Urbanisme
       Les derniers travaux des étudiants
                                                                                 Gary Hoffman et David Selig
P23    Suite
P24     Humeur
       Aéroport de Beyrouth, 20 juillet 2009
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                       www.alba.edu
2                L‘albatros
                         octobre 2009
Ecole des Arts Décoratifs, section Arts Graphiques et Publicité
ToNNERRE :
                                                      un peu sans occupation. Il semblerait que ce soit       R.D : Je suis personnellement allé vers une fiction
                                                      une ville qui ait reçu beaucoup de monde qui            qui prend pour base l'idée que Tonnerre est une

QUAND L’ALBA ET
                                                      n'a trouvé sa place ni à Paris ni en banlieue, et       ville qui ne fonctionne socialement pas très bien,
                                                      qui    se   retranche    ici.  Pas    beaucoup          mais sous un angle un peu légendaire. Les

L’éCoLE ESTIENNE
                                                      d'entrepreneurs, donc pas beaucoup de travail.          Tonnerrois, il y a des siècles, croyaient que la
                                                                                                              statue de Saint Pierre qui est devant l'église

S’EN MêLENT…
                                                      Comment      avez-vous        retranscrit               protégeait tout ce qui se trouvait face à elle. Le
                                                      Tonnerre dans vos illustrations ?                       descendant du sculpteur de la statue a hérité
                                                                                                              des pouvoirs de cette dernière. Lorsqu'il marche
La célébrissime école Estienne a proposé              C. H : L'école Estienne avait imposé à ses              dans les rues de la ville, tout ce qui se trouve face
aux étudiants en 4ème année d’illustration,           étudiants deux démarches à suivre. Les                  à lui est protégé. Tout ce qui se trouve derrière lui
ainsi qu’à Tarek Moukaddem et Sandra                  premières années devaient choisir un bâtiment,          ne l'est pas. L'atmosphère à Tonnerre n'est pas
Fayad, de l’école de photo à l’Alba, de               le dessiner sous tous ses angles, et puis imaginer      bien rose, sauf devant ce vagabond ! Dans mes
travailler sur l’image de Tonnerre, un petit          ce qui pourrait se passer à l'intérieur. Quant aux      illustrations, les représentations de Tonnerre sont
village de Bourgogne qui, malgré une                  illustrateurs de deuxième année, ils devaient           fidèles à la ville, mais avec un traitement un peu
histoire riche, s’est quelque peu endormi             chacun suivre un Tonnerrois pendant un jour ou          vieilli, « vieux papier », pour dire qu’on est dans le
socialement et professionnellement. Après             plus et partager son quotidien, pour pouvoir faire      registre de la légende.
le lancement du projet à Paris, les étudiants         un portrait de cette personne au sein de la ville.
parisiens et beyrouthins se sont lancés à             L'illustration qui en résulte devait avoir un format    Avez-vous eu un contact enrichissant
l’assaut de leur reportage. Retour à Tonnerre         de 75x105 cm, ce qui était vraiment intimidant          pour votre travail avec les habitants?
avec deux illustrateurs, Christelle Halal et          par rapport au travail que ça nécessite.
Ralph Doumit…                                                                                                 C. H : Vu que j’ai suivi une habitante de la ville
                                                      Alors que nous, on avait la liberté de suivre des       pendant une journée, j’ai pu faire connaissance
                                                      démarches personnelles, on avait carte                  avec les gens qu’elle rencontrait, et beaucoup




                                                                                                              d’autres qui, par curiosité, n’ont pas hésité à venir
                                                                                                              demander de quelle ville on venait et quelle était
                                                                                                              la raison de notre séjour. Les habitants sont très
                                                                                                              accueillants et chaleureux. Ils contrastent
                                                                                                              beaucoup avec les Parisiens.
                                                                                                              R. D : J’ai plutôt observé…

                                                                                                              Pensez-vous que ce genre de projet
                                                                                                              peut répondre à la demande initiale, à
                                                                                                              savoir la réhabilitation de l'image
                                                                                                              urbaine?

                                                                                                              C. H : Je ne sais pas à quel point ce projet
                                                                                                              pourrait être efficace. En cherchant sur Internet à
                                                                                                              propos de l’exposition, je n’y ai trouvé de trace
Quelle impression avez-vous eue de la                 blanche. Les deux photographes ont travaillé sur        que sur le site même de la ville, donc si
ville?                                                des thèmes très différents : Sandra a visité            l’évènement n’est pas médiatisé, je me
C.H : Tonnerre ne correspond pas aux critères         plusieurs maisons pour y faire des portraits de         demande comment les gens pourraient être
que j’avais d’une ville actuelle ; elle ressemble à   famille, et Tarek a travaillé sur des cadrages qui      poussés à visiter et découvrir Tonnerre. Par contre,
un village, ou plutôt à une ville du passé. Elle a    permettaient de voir la ville à travers des             je pense que ce projet est bénéfique pour les
beaucoup de charme, un cachet authentique             transparences d'une part, et sur des vitrines qu'il     Tonnerrois. À travers le regard posé par des
et la majorité des bâtiments est encore dans son      avait trouvées très kitsch d'autre part. Les            étudiants étrangers sur leur ville, cela leur permet
aspect d’origine. Malheureusement, elle est un        illustrateurs, Ralph et Sophie, ont choisi d'écrire     d’apprécier ce qu’ils possèdent. La majorité ont
peu morte, elle baigne dans son passé : la            des fictions illustrées qui seraient ancrées dans la    perdu espoir en elle et ne voient plus que son
plupart des boutiques sont fermées, et                ville.                                                  mauvais côté. J’espère que ce projet permettra
beaucoup de maisons affichent des panneaux                                                                    à Tonnerre de se réveiller…
« à vendre ». La population est essentiellement       J'ai choisi l’une des démarches proposées aux           R.D : Je dirais que le projet peut donner un petit
composée de vieilles personnes.                       étudiants d'Estienne. C'était une bonne                 sentiment aux Tonnerrois qu'il est possible
R. D : Tonnerre est une ville qui a sans doute plus   approche pour découvrir la ville et ça me               d'organiser des choses positives dans la ville et
de charme pour un visiteur (et peut-être même         permettait de tirer un maximum de cette                 autour du thème même de la ville. C'est plutôt
un visiteur étranger) que pour un habitant.           expérience. J’ai donc suivi une femme, Myriam,          une manière de donner l'exemple, sans doute.
Autant visuellement Tonnerre a un aspect              qui habitait Tonnerre depuis six mois à cause d'un      Mais je ne crois pas que cette exposition peut
agréable de mi-ville, mi-village accentué par le      boulot trouvé par son mari dans la charpenterie,        réhabiliter elle-même l'image urbaine de
fait qu'elle se trouve sur le revers d'un plateau –   et qui dans son quotidien aimait se promener            Tonnerre. Elle peut être positive dans les esprits
on voit les maisons se superposer sur la pente,       avec sa fille et observer tout ce qui l'entourait. Le   tonnerrois, et c'est déjà ça ! Nous n'avons pas eu
ainsi que la grande église Saint-Pierre qui           portrait qui en a résulté était une représentation      l'occasion de voir l'exposition et les réactions des
surplombe le tout… C'est le genre de vision qu'on     de son parcours à travers la ville, qui s'achève sur    gens, donc je ne m'avance pas trop non plus là-
dessinerait naturellement, si on devait imaginer      son départ vers une autre ville qu'elle prévoit         dessus. En plus du voyage même, l'expérience
un grand village sans modèle –, autant la vie         dans l'année à venir. L'illustration est en couleurs,   avec l’école Estienne a été intéressante. Celle-ci
quotidienne, sociale, semble terne. Les rues sont     des couleurs froides surtout, comme le climat de        a un système de fonctionnement différent, et qui
assez vides, il y a pas mal de traînards, de jeunes   Tonnerre auquel Myriam, qui vient de Toulouse, a        est plus lié à ce qui attend les étudiants dans le
                                                      du mal à s'habituer.                                    monde du travail parisien.
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                                                             octobre 2009
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DJIBoUTI, CoRNE
D’IMAGINAIRE ET
D’AVENTURE…
Christelle Halal, Ralph Doumit, en 5ème
année d’illustration, et Paul Gorra, en 3ème
année de photo, ont raconté, en compagnie
d’Alain Brenas (Directeur de l’Ecole de
Cinéma et de Réalisation Audiovisuelle), la
semaine qu’ils ont passée à Djibouti… «
C’est un tout petit pays, stratégiquement
placé sur la corne de l’Afrique », explique
l’instigateur du voyage. « Les étudiants se
sont concentrés sur les habitants plus que
sur l’architecture de la ville, très désuète :
le temps s’y est arrêté autour des années
1940 ! ». Dès son arrivée, le petit groupe a
eu du mal à travailler : « On nous a proposé
de passer à la télé pour raconter un peu ce
qu’on faisait là », dit Ralph Doumit. « Et le
reportage a été diffusé en quatre langues ».
« Du coup, après avoir été pris pour des
touristes », renchérit Paul Gorra, « tout le
monde nous reconnaissait dans la rue ! ».

Si le sujet du reportage a été laissé à l’entière
liberté de chaque étudiant, en revanche,
personne ne pouvait couper, chaque soir, à
l’état des lieux du projet… « J’aurais voulu partir
un peu plus loin », regrette Paul Gorra, « mais
l’astreinte de ce rendez-vous m’en a empêché ».
Il n’en reste pas moins qu’à Djibouti, leur contact
avec les autochtones leur a été grandement
facilité par les étudiants de l’IDDASS, l’Institut
djiboutien des arts ; ils ont ainsi pu accéder à des
sites cachés, voire introuvables…
« Djibouti a été mon premier voyage dépaysant »,
raconte Ralph Doumit. « J’ai découvert un
quotidien différent, comme, par exemple, la
manière qu’ont les Djiboutiens d’occuper et de
s’installer dans la rue. Il y a beaucoup de flâneurs ».
Christelle Halal ajoute à cette description que
« là-bas, les hommes travaillent la demi-journée,
tandis que les femmes, elles, c’est toute la
journée ! Sans oublier la présence de tous ces
corbeaux… ». Alain Brenas répond : « L’intérêt
d’un voyage comme celui-là, c’est le terrain, où
on sort de toutes les normes, et ça a été la raison
d’être des photos et des illustrations. Il faut
maintenir l’idée d’exotisme, et à Djibouti, la
présence de Monfred, Rimbaud, Kessel et Pratt
était tangible. La dimension d’aventure est
obligatoire dans ce genre d’expérience ».
Depuis leur retour, les étudiants travaillent à
mettre en place un livre qui rassemblera leurs
travaux. « Celui-ci ne doit pas seulement être un
carnet de voyage », précise Alain Brenas. « Ralph
nous a accompagnés avec son talent d’écriture
parce qu’il voulait écrire une fiction et son texte
sera une entité indépendante dans la
publication. Il faudra trouver une petite astuce
pour le lier aux 15 photos et 15 illustrations ».
Outre la cuisine yéménite « délicieuse » qu’ils ont
découverte à Djibouti, les étudiants reviennent
quelque peu changés. « Depuis mon retour au
Liban, je m’intéresse à des sujets qui passaient
inaperçus ou que je trouvais moches », conclut
Paul Gorra. Le livre est attendu pour la rentrée,
tandis qu’une exposition des travaux d’étudiants
est prévue au CCF de Djibouti, qui a rendu
possible le périple des élèves de l’Alba…
4                L‘albatros
                          octobre 2009


Ecole des Arts                                       “Il s’agissait de voir autre chose que le simple
                                                     signe à lire ou ecrire”, poursuit Aurore Beiani.
                                                                                                           resistance des matériaux”, précise Aurore Beiani.
                                                                                                           Pour Garamond, cette police de caractère qui

Décoratifs, section                                  C’est ainsi que huit typographies ont été mises à
                                                     l’honneur: Garamond, Gothic, Times et Rockwell
                                                                                                           ne s’impose pas a mené à l’idée d’une ville
                                                                                                           transparente, elle aussi uniquement composée
Arts Graphiques                                      pour les plus connues, et les incises (imitation de
                                                     la gravure sur pierre), Bodoni, Bahaus et Peignot
                                                                                                           de caractères en plexiglas, le tout sur une
                                                                                                           surface de 2x3 m, au milieu de laquelle le visiteur
et Publicité                                         pour les plus pointues. “Entre l’inspiration et le
                                                     produit fini, le cheminement est très varié”.
                                                                                                           a pu circuler. Enfin, les incises ont été désignées
                                                                                                           comme point de repère de toutes les

TYPoGRAPHIE:
                                                     Cette enseignante, passionnée par ce qu’elle          installations, et symbolisées par un immense
                                                     fait depuis 18 ans, décrit les projets présentés au   escalier d’incises, bien sûr, du haut duquel on

DES LETTRES
                                                     jury: pour le projet Gothic, les étudiants ont crée   pouvait embrasser les autres projets…
                                                     une coupole de 2 m de diamètre… uniquement            La typographie ou comment, selon Aurore

CoNSTRUITES…
                                                     avec des caractères gothiques: “ Ils se sont          Beiani, “ on jette très loin les idées et les
                                                     même confrontés à la notion architecturale de         préjugés”!




  Les travaux des étudiants



“Voir plus loin, quitte à échouer pour
apprendre”: c’est le credo d’Aurore Beiani, qui a
introduit à l’Alba le cours de typographie en
2006. Car au cours de l’année, l’enseignante
cherche à “donner une dimension un peu moins
classique à un domaine qui est resté, jusqu’à la
dernière décennie, en retrait à cause du
manque de technologie disponible pour le
traiter”. “A la fin de la deuxième année en
publicité, les étudiants ne sont plus en contact
avec cette matière. Alors en fin d’année, je les
fais travailler sur une exposition dont le thème a
pour objectif de stimuler la recherche et la
créativité”. Et cette année, les apprentis
publicistes ont planche sur la préparation d’une
exposition typographique et architecturale…
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                                                              octobre 2009
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ANToINE ABI AAD,
EN SoLo oU
AVEC SES
éTUDIANTS:
UN TRAVAIL
RéCoMPENSé
Il peut être fier de ses étudiants, Antoine
Abi Aad ! Sur le projet d’illustration Do
Smart Business, destiné aux petites et
moyennes entreprises et constitué de 52
messages écologiques, neuf d’entre eux,
réalisés à l’Alba, ont été retenus. Des
thèmes à haut défit sur lesquels les
troisième et quatrième années ont travaillé
durant trois semaines. « Le Liban a été
inclus dans le projet à la dernière minute »,
raconte Antoine Abi Aad, « et nos étudiants
ont raflé le plus de planches à réaliser ».

Do Smart Business est l’initiative du designer allemand
Helmut Langer destinée à sensibiliser le monde du travail
au       développement        durable   et   socialement
responsable. 52 accroches donc, accompagnées de
leurs illustrations, pour un geste hebdomadaire envers le
bien-être dans le monde du travail : « Valorisez votre
communauté», « Réduisez le danger sur les lieux de
travail », « La pollution n’apporte rien » ou « Utilisez le
marketing pour une cause noble ». « Ce sont des
phrases relativement difficiles à illustrer, car pour la
plupart très compréhensibles mais abstraites ».
Do Smart Business est destiné à devenir un livre, imprimé
et électronique, un calendrier et des affiches.
L’enseignant se dit « très optimiste » quant au bon
déroulement du projet : « Tout le monde au Liban sera
bientôt touché par ces questions cruciales ».

Quant à Antoine Abi Aad en tant que designer libanais,
il a été invité à Taiwan, en Corée, en Chine et au Japon
dans le cadre de ANBD 2009 et ses travaux, issus de sa
recherche de thèse sur la connexion entre les lettres
latines arabes, des langues arabe, française et anglaise
au Liban, seront exposés à Taïwan. Sans oublier sa
participation, à Athènes, au premier festival d’Art et de
Science, organisé par l’université de Patras.
6                L‘albatros
                          octobre 2009

Ecole d’Architecture
L’ALBA ET L’ENSA
DE MARSEILLE :
DES ESPACES
PUBLICS
RéAMéNAGéS à
BEYRoUTH
Une collaboration aussi courte qu’intense,
quatre jours seulement de travail avant la
présentation du projet, a réuni à Beyrouth
six étudiants de l’Alba – trois architectes et
trois designers de troisième et quatrième
années – et six étudiants de l’École
nationale supérieure d’architecture de
Marseille de quatrième année.


Les     architectes-urbanistes      et  enseignants
français, Jean-Michel Savignat et Laurent
Hodebert, qui animent par ailleurs à l’ENSA le
pôle Villes et projets urbains, ont secondé Elie Abi
Nassif, Rania Sassine et Cyrille Najjar dans la        Réunion de travail avec les étudiants de l’Alba et de Luminy - Marseille
direction de ce projet, sur lequel l’institution de
l’Hexagone a proposé à l’Alba de travailler
conjointement.
« En 2005, une convention de coopération a été
signée entre les villes de Marseille et Beyrouth,
cette dernière s’engageant à mener des études
sur de petits espaces urbains délaissés de la
capitale libanaise, des résidus de parcelles non
aménagés », explique Jean-Michel Savignat.
Les douze étudiants ont été répartis par tirage au
sort sur trois sites de travail : le premier à Wata
Moussaitbeh, le deuxième, rue Bechara Khoury
et le troisième à Chouran, sur la Corniche, en
face de la Grotte aux Pigeons. « Les élèves ont
été confrontés à des espaces d’à peine plus de
250 m2 », poursuit Elie Abi Nassif. Le dernier jour
de travail, les esquisses seront montrées en
présence du représentant de la municipalité de
Beyrouth, Rachid Jalkh.                                Jean Michel Savignat, Laurent Hodebert, Cyrille Najjar et Elie Abi Nassif
« Il faut rappeler que les aspects techniques, tant
d’architecture que de design, de ces parcelles
d’espaces verts seront exécutés par les services
de la ville de Marseille », dit Jean-Michel
Savignat.
Quant aux trois étudiants d’architecture libanais,
Cynthia Maria Azzi, Makram Honein et Elie Farra,
à trois jours de leur rendu, ils expriment chacun
des points de vue très différents sur ce projet, le
premier, dans leur cursus, à être réalisé en
groupe d’une part, et sur un espace public
d’autre part. Bien sûr, le motif unanime de
réjouissance est la promesse de l’exécution de
leurs travaux, mais aussi « les échanges de points
de vue, qui très souvent concordaient ou se
complétaient, ont été très bénéfiques ». Les
principales difficultés sont finalement ceux de la
nouveauté : « Nous manquons d’information, de
méthodologie », disent-ils tous. « En plus, nous
avons travaillé par tâtonnement, parce que la
municipalité ne nous a toujours pas donné le
relevé officiel des terrains ». Et les premières
corrections 100% libanaises ont beaucoup
changé la donne… « Nous avons dû reprendre
nos projets depuis le début, ou presque »…
Toutes ces inquiétudes n’empêchent pas les trois
futurs architectes de tenir à relever le défi du
mieux qu’ils pourront…

                                                       Les architectes Elie Abi Nassif, Jean Michel Savignat et Laurent Hodebert
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Conférence
DoMINIQUE
PERRAULT:
« CRéER DES
LIEUx, PAS DES
BâTIMENTS »
La semaine d’expositions, de projections et
de conférences, organisées par la Mission
culturelle française et réunies sous le nom
de Regards-sur-Ville, s’est achevée avec
Dominique Perrault. Le bâtisseur de la
Grande Bibliothèque de France et de projets
qui ont marqué son temps n’a ni la langue
dans sa poche, ni les idées courtes. Retour
sur    l’un    des    grands    événements
architecturaux de l’été beyrouthin.




                                                           Vues de la conférence.




    Dominique Perrault


« Ce qui m’intéresse, c’est d’envisager les            Avec ce projet ébouriffant d’audace, Perrault          l’Université féminine EHWA à Séoul. Fondé il y a
paysages eux-mêmes comme des bâtiments »,              avance ses pions théoriques : « Moins d’histoire,      120 ans par une Américaine qui voulait former et
affirme-t-il d’emblée. Et pour preuve, son coup        plus de géographie ; et moins d’architecture,          éduquer les concubines de l’empereur, ce vaste
d’essai, à 30 ans à peine, qui deviendra un coup       plus de paysages ».                                    domaine de 500 hectares abrite les bâtiments
de maître : la Bibliothèque nationale de France,                                                              éducatifs offerts à quelque 22000 étudiantes.
chantier      remporté     lors   d’un      concours   Tout aussi passionnants dans leur conception, le       « Nous n’avons pas construit, nous avons plutôt
international. « C’est une construction qui réalise    Vélodrome et la piscine olympique de Berlin,           considéré le paysage existant comme un
un grand projet public à l’est de Paris, elle est      réalisés entre 1992 et 1999. Là encore, il a utilisé   matériau ». À partir d’un travail d’expansion du
issue des taxes publiques de l’État. Car la ville de   « la force du bâtiment public » et a créé « une        campus, l’architecte a opéré un extraordinaire
Paris, seule, n’aurait pas pu prendre en charge le     relation entre les différents quartiers alentours »,   « creusement de la vallée », en accueillant
projet. Il s’agissait d’un vrai deal politique entre   un passage et un lien, pour reprendre des mots         autour d’elle « des services essentiels à la vie
les deux commanditaires ». Entre 1989 et 1995,         que       l’architecte      français      apprécie     intérieure de l’université ». La « trouvaille » de
Dominique Perrault a développé un nouveau              particulièrement. « J’ai réuni la grande échelle       Perrault : ce prolongement mène directement à
quartier « de 2,5 km le long de la Seine ».            et la dimension humaine, habituellement                la ville, sur la rue. Résultat de cet impressionnant
L’architecte l’admet lui-même, avec une fierté         contradictoires ». Sur le site, près de 500            ensemble : 100 000 m2 de parkings, théâtres,
non dissimulée : « C’était abstrait d’imaginer un      pommiers de Normandie et d’Allemagne, en               cinémas, salles de fitness, espaces associatifs et
vide au milieu d’un vide. Il a fallu 20 ans pour       réponse aux Jeux olympiques de 1936, quand             studios d’artistes ».
construire un espace public autour de ce projet        les forces nazies avaient récupéré le stade pour       Et comme il est impossible de rester indifférent
iconoclaste ». En effet, cette zone de Paris est       en faire un lieu de pouvoir: « Ici, comment            aux œuvres de l’architecte français, les
devenue un quartier à part entière, ce qui fait        haranguer les foules, au milieu d’un demi-millier      questions qui ont suivi sa présentation ont été
dire à Dominique Perrault que « la Grande              d’arbres fruitiers? »                                  polémiques, parfois même offensives. Sa
Bibliothèque a apporté une contribution tant                                                                  première réaction a été le contentement :
sociale qu’architecturale ».                           Une faille dans la vallée                              « J’aime entendre que vingt ans après, la
Quatre tours d’angle, 4000 places de lecture: la       « Magic Box » et pont à double circulation pour        Bibliothèque de France continue à poser
bibliothèque est « kantienne, à géométrie              Madrid, tours habillées d’une gaine métallique         problème à certains… ». Un grand artiste, qui
implacable », au milieu de laquelle a été              dorée en Australie, thermes de San Pellegrino et       réalise     des     «   constructions    dans    des
construit « un morceau de nature, avec des             tours-hôtels en Italie : les projets de Dominique      environnements »…
arbres d’Ile-de-France : un lieu sacré auquel          Perrault sont, pour la plupart, de vrais pavés
l’Homme ne peut pas accéder ».                         dans la mare architecturale mondiale. Témoin,
8                 L‘albatros
                           octobre 2009
Ecole d’Architecture
CoNFéRENCES:
                                                                                                                  d’excavations à partir du niveau du sol pour la
                                                                                                                  création d’un socle d’une « très forte massivité ».

MARC BARANI,
                                                                                                                  Juste en face du site de la tombe, l’architecte et
                                                                                                                  ses collaborateurs planchent sur une Maison de

L’éQUERRE
                                                                                                                  la Culture Rafic Hariri, faite de béton, de textile et
                                                                                                                  de verre…

D’ARGENT 2009,                                                                                                    Tripoli, la capitale libyenne, avait la triste

à L’ALBA !
                                                                                                                  particularité de ne compter aucun espace
                                                                                                                  public. En réalisant la première bibliothèque-
                                                                                                                  médiathèque de la ville, Marc Barani a
C’est à l’Alba, le 26 mai dernier, que Marc                  Vue de la conférence                                 agrémenté son toit d’une immense esplanade,
Barani, architecte français et lauréat de                                                                         où les non-lecteurs peuvent simplement venir se
                                                         Deux projets dans le sud de la France qui, malgré        promener ou boire un café…
l’Équerre d’argent 2009, a donné sa
                                                         leur thématique radicalement différente, portent
conférence, dans le cadre de « Regards-sur-
                                                         l’empreinte Barani : d’abord, le cimetière de            Dernier projet de la présentation, mais le plus
Ville », organisé par la Mission culturelle
                                                         Roquebrune, dont il a signé l’extension en 1992.         impressionnant, qui lui a valu, cette année,
française. Devant un public nombreux, il a
                                                         Sur une pente raide (45%), il a entaillé la              l’Équerre d’argent : le tramway de Nice ou, plus
choisi six de ses projets qu’il a réunis sous
                                                         montagne selon « trois failles » où se sont              exactement et comme cahier des charges
le thème « Méditerranées ».
                                                         positionnées « des tombes hyperdensifiées ». « J’ai      initial, la création du bâtiment de maintenance.
                                                         voulu l’extension du cimetière comme un outil du         Or, peu à peu, dans le déroulé de cet immense
                                                         paysage : on y est debout sur un horizon ».              chantier public, l’agence Marc Barani s’est vue
                                                         Ensuite, l’imposante et magnifique structure             proposer bien plus qu’un centre technique. Le
                                                         d’une villa, qui est la concrétisation de l’un de ses    terrain de construction se trouvait sous un nœud
                                                         leitmotive, à savoir « l’influence du territoire et du   d’autoroutes qui avait brisé le tissu social : des
                                                         paysage sur les gens ». Des « boîtes organisées          habitations à loyers modérés n’étaient plus en
                                                         selon le site », des baies vitrées sur toute la          contact avec la ville, transformant le groupe
                                                         longueur, un auvent en béton sur une terrasse qui        d’immeubles en quartier sensible. L’architecte a
                                                         suit la ligne de l’horizon… et « la série de             donc proposé le prolongement du terminus du
                                                         soulèvements de sol », qui suit harmonieusement          tramway au cœur de cette zone défavorisée, lui
                                                         la topographie.                                          rendant ainsi une légitimité urbaine. Et il ne s’est
                                                                                                                  pas arrêté en si bon chemin : il a créé un espace
                                                         La deuxième série de projets est… libanaise. En          vert sur le toit du terminal, donnant aux
                                                         effet, Marc Barani s’est vu confier le mémorial de       immeubles une nouvelle perspective, horizontale
                                                         Rafic Hariri et des sept martyrs, enterrés au pied       elle aussi… Une grande œuvre, qui révèle un
                                                         de la mosquée du centre-ville, par la famille de         Marc Barani particulièrement sensible à l’humain
                                                         l’ex-premier ministre. Un impressionnant « travail à     dans l’architecture.
   Marc Barani                                           partir du vide », grâce à peine 1,60 m



                                                         recherches théoriques et techniques dans des             pratique architecturale au Liban : le bagage
YoUSSEF ToHMé:                                           projets d’envergure urbaine, à citer ‘A-Project’ en
                                                         Roumanie, le ‘Campus de l’innovation, de
                                                                                                                  historique local, le poids des entrées et les séquelles
                                                                                                                  de guerre.

UN ARCHITECTE                                            l’économie et du sport de l’Université St-Joseph’ en
                                                         cours de construction à Beyrouth, en association         L’’enveloppe’, « représentation du monde dans sa

RESPoNSABLE ET                                           avec 109 Architectes, ou aussi sur des programmes
                                                         plus réduits de maisons individuelles, tels que ‘T’,
                                                                                                                  profondeur » culturelle, le fascine sans cesse.
                                                                                                                  Certes, l’’enveloppe’ a une âme.

CLAIRVoYANT
                                                         ‘M’, ‘D’ – Projects .                                    Youssef nous en communique d’ailleurs sa propre
                                                         « Je ne cherche pas à faire changer le Liban,            définition :
                                                         affirme Youssef. C’est bien sûr une énorme
                                                         machine. Je cherche juste à ouvrir le débat en           « L’enveloppe fait partie de la culture libanaise.
                                                         exposant ma vision des choses en tant                    Traditionnellement, l’architecture libanaise est une
                                                         qu’architecte. Mon apport vient aussi de l’extérieur,    architecture de masse que l’enveloppe vient
                                                         la société occidentale m’est également familière.        moduler pour répondre aux problématiques liées à
                                                         Mais avant d’apporter quoi que ce soit, j’essaie de      la lumière, à l’intimité, à la chaleur. Ce que l’on
                                                         savoir en quoi cet apport est légitime au Liban ou       essaie de faire en Europe à des fins purement
                                                         pas, en quoi il présente une force d’appropriation.      esthétiques est assez cynique vu depuis le Liban.
                                                         Nous avons importé des modèles massivement pour          Les recherches sur la dématérialisation, la
                                                         combler un sentiment de retard, ce qui ne me gêne        détérioration, la perforation de la matière menées
                                                         pas en soi, renforce-t-il, mais à aucun moment nous      en Europe deviennent des données au Liban !
                                                         n’avons remis en cause ce que nous importions.           Cette limite m’intéresse beaucoup, cette
                                                         Nous n’avons porté aucun regard sur cet apport-là        ambigüité aussi. C’est une forme de complexité à
                                                         ce qui nous met en position d’acculturation d’une        la fois culturelle, historique mais aussi factuelle car
                                                         certaine manière. Je pense qu’il faut tenir compte       la guerre fait acte en architecture. »
Né en 1969, Youssef Tohmé est diplômé de l’Ecole
                                                         à la fois de l’héritage historique du pays, de sa
d’Architecture Paris-Villemin où il a également
                                                         culture, de sa géographie, des importations mais         Architecte responsable et clairvoyant, Youssef
enseigné un cours de théories et représentation. En
                                                         aussi de la guerre qui constitue un patrimoine et        Tohmé nous emmène ce soir, pas à pas, le temps
2001-2002, il se voit chargé de l’étude sur le
                                                         dont on ne peut nier les traces, contrairement à ce      d’une marche, dans sa dimension créatrice. Il nous
réaménagement de la Gare d’Austerlitz chez AREP.
                                                         que l’on s’acharne à faire. Je pense que c’est le        parlera de ‘logique de masse’, de ‘densification’,
En 2003, il entame sa collaboration au sein de
                                                         mariage de ces trois forces qui permet de repenser       de ‘collage’, d’’esthétisation’, d’’ambiance’,
l’Atelier Jean Nouvel, où il devient aussitôt chef de
                                                         le Liban aujourd’hui. »                                  d’’émotion’, d’’enveloppe’ …
projet.
                                                         Le patrimoine libanais constitue par là-même pour        Chers collègues et étudiants de l’ALBA,
Rentré au Liban à contre-courant en 2005, Youssef
                                                         Youssef un précieux substrat sur lequel il appuie sa     Youssef Tohmé, « l’Homme qui marche » …
Tohmé y mène parallèlement et désormais ses
                                                         réflexion. Comprendre la logique interne d’une
projets personnels, en association avec l’agence
                                                         culture et ses conséquences sur la formation de la
109 Architectes. Il est de même remarqué lors de
                                                         ville en général, et du territoire libanais plus en      Samer Eid Architecte
concours divers : retenu deuxième pour l’Ecole des
                                                         particulier ; se réinterroger constamment sur notre
Beaux-arts de Pékin, il est le finaliste d’un concours
                                                         relation avec le monde, la réinterpréter, se
de tours de logements à Gemmayzé en 2006, aux
                                                         l’approprier et l’adapter … Autant de certitudes qui
côtés de Archika et 109 Architectes. En Janvier 2008,
                                                         forment le fondement de son travail.
il ouvre sa propre boîte au Liban avec une antenne
                                                         Selon lui, trois phénomènes majeurs trop souvent
à Paris. Entouré d’une jeune équipe d’architectes
                                                         analysés distinctement doivent être conjugués à
libanais et français, il s’acharne à traduire ses
                                                         l’unisson, en vue d’enclencher une nouvelle
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                                                                                                                        octobre 2009
                                                                                                                                                                 9
Conférence
SABA FARèS
PRéSENTE LES
FoUILLES DE
KILwA
    Suite à l’invitation de l’ALBA à Mme Saba
Farès (université de Nancy 2 - Maison de
l’Orient, Lyon) en Mars dernier, et dans le
cadre du cours sur le patrimoine religieux,
cette dernière a donné une conférence sur
le site nouvellement découvert à Kilwa en
Arabie Saoudite le 3 mars à l’auditorium de
l’ALBA en présence de personnalités
éminentes dans les domaines de la
t h é o l o g i e , d e l ’ a r ch i t e c t u r e , d e
l’archéologie, de l’histoire, et des Arts en
général. Aux premiers rangs de l’auditoire,
son éminence l’archevêque Georges Khodr,
Métropolite du Mont-Liban, Monsieur
Georges Haddad , Doyen de l’ALBA, Monsieur
Pierre Neema, Directeur de l’école
d ’ a r ch i t e c t u r e , D o c t e u r L e i l a B a d r,
Conservateur du musée de l’AUB, et
beaucoup d’autres, professionnels et                               Saba Farès
étudiants.




                                                                  Pendant la conférence



   Mme Farès a présenté ses travaux encore au                   Une discussion a suivi cette conférence, les
stade d’observation et de prospection du site de                intervenants ont souligné la nécessité de
Kilwa (voir l’article correspondant dans l’Albatros             déterminer la présence d’une église pour
de mars 2009), tout en soulignant l’importance                  pouvoir confirmer l’hypothèse du monastère,
de la collaboration entre l’équipe de recherche                 chose qui se fera au cours des missions suivantes.
et les autorités saoudiennes.                                     Suite à cette conférence et après les réunions
                                                                avec monsieur Haddad, un accord de principe
   Après un bref aperçu sur la région, et sur le                a été conclu avec Mme Farès, suite auquel
monachisme oriental, fondé au début du III ème                  l’ALBA devient partenaire à part entière avec
siècle par Saint Antoine le Grand en Égypte,                    l’équipe française de fouilles : un étudiant de
Mme Farès s’est attaquée au site proprement dit                 l’école d’architecture (Guy Roger Conchon) y
avec une analyse rapide des premières                           représentera l’Académie.
observations. Des vestiges chrétiens très évidents,                Guy Roger a quitté Beyrouth début avril pour
tel que des croix gravées en grande quantité, un                rejoindre l’équipe française à Jeddah, puis à
nombre important de petites cellules de moines                  Tabouk pour enfin arriver à Kilwa. La durée du            Une exposition s’est tenue en Juin dernier au
à l’exemple des kellias égyptiennes, des                        séjour était de 23 jours durant lesquels l’équipe       Consulat de France à Jeddah, montrant les
groupements de bâtiments communs à identifier,                  était hébergée dans des tentes dans un climat           différentes découvertes avec les analyses
ainsi que la présence d’infrastructures (canaux                 désertique, et loin de toute civilisation. Le travail   correspondantes. Cette exposition se tiendra en
de drainage de l’eau pluviale et des citernes de                de notre étudiant consistait à faire des relevés,       automne à l’ALBA, puis en France.
stockage de cette eau si rare dans la région),                  dessiner, constituer une base de données assez
laissent   supposer      la   présence       d’une              riche en documentation pour permettre après             Elie Abi Nassif
communauté           chrétienne        monastique               de présenter un rapport complet à la mission qui        Site de Kilwa, Arabie Saoudite :
(nestorienne)dans la région.                                    publiera les résultats au fur et mesure des progrès     Une conférence de Mme Saba Farès
                                                                dans le travail.
10 L‘albatros             octobre 2009

Ecole                                               Le campement était composé d’une grande
                                                    tente collective, avec foyer à feu, une grande
                                                                                                            3. Prospection et répertoriages de différentes
                                                                                                            traces d’occupation humaine, vestiges

d’Architecture                                      tente divisée en deux compartiments dont l’un
                                                    servait d’hébergement pour l’équipe
                                                                                                            archéologiques, gravures rupestres et inscriptions,
                                                                                                            à l’aide d’un G.P.S dans le rayon de 20 km
                                                    saoudienne et l’autre d’abri pour le matériel de        autorisé.

KILwA: LA MISSIoN                                   fouille et d’espace de réunions, une tente pour
                                                    les filles et une tente similaire pour les garçons de
                                                                                                            -Saba Farès, Khalifa Al-Khalifa, Emmanuelle
                                                                                                            Regagnon, Lezim Mas’ud al-Shrari (guide)

DE GUY-RoGER                                        l’équipe française (Jean-François Hullo et moi),
                                                    tente qui servait aussi d’espace de travail pour        4. La mise en place quotidienne d’une base de

CoNCHoN,                                            l’équipe française. Une tente faisait office de
                                                    cuisine et enfin une tente pour les policiers qui
                                                                                                            données du site de Kilwa dans laquelle sont
                                                                                                            répertoriées toutes les informations concernant la

ETUDIANT A L’ALBA,                                  assuraient la sécurité de l’équipe. Deux voitures
                                                    4x4 avec leurs chauffeurs servaient au
                                                                                                            mission, documents graphiques, objets trouvés,
                                                                                                            prélèvements (céramique, fragments osseux …)

SUR LE SITE                                         déplacement de l’équipe.                                - Saba Farès, Emmanuelle Regagnon, Aurélie
                                                                                                            Jouvenel




I. CoNTExTE

Kilwa est peu connu en Arabie saoudite; la
région est surtout réputée pour son abondance
en vestiges préhistoriques. L’éloignement du site
de toutes grandes voies de communication est
une     des    causes    majeures     de   cette
méconnaissance et de sa préservation.
La mission a eu lieu du 7 au 29 avril 2009, les
participants à cette mission sont :

I. Membres français :

1. Saba Farès, historienne, directrice du projet,
Université Nancy2, UMR 5189, Lyon.
2. Aurélie Jouvenel archéologue, IFPO-Amman
3. Elise Devidal, dessinatrice.
4. Jean-François Hullo, topographe, INSA-
                                                      Rencontre avec les bedouins de la région
Strasbourg.
5. Lamia Kenoussi. étudiante en Master 1 et
archéologie.
6. Emmanuelle Regagnon, archéologue-
cartographe.
7. Guy-Roger Conchon, étudiant en
architecture en fin d’étude à l’A.L.B.A. Liban.

II. Membres saoudiens :

1. Khalifa Al-Khalifa directeur de recherche de
documentation au département des antiquités
et des Musée à Riyad.
2. Al-Hadlug Abdal, directeur des salles au
Musée du Riyad.
3. Humud Alanazi, cartographe, commission             Inscription en arabe avec croix gravée
pour le tourisme, Riyad ;
4. Abdurahman S. Alatawy, Directeur du Musée        II. oBJECTIF ET REPARTITIoN                             5-Compléter la « mosaïque » des photos
d’al-Bid’.                                              DES TACHES                                          aériennes à très haute résolution commencée
5. Abdulaziz M. Alomany, directeur du Musée                                                                 durant la campagne de 2008 qui doit couvrir
d’alTaïf.                                                                                                   tout le site.
6. Al-Hassan Yarub, Directeur du musée de           1. Relevé et fouille de l’une des constructions de      - Emmanuelle Regagnon, Khalifa Al-Khalifa.
Tabuk.                                              l’agglomération de Kilwa, considérée comme
                                                    étant la plus révélatrice, étant donné qu’elle          6- Relevé architectural des constructions de
                                                    possède le linteau le plus décoré (croix gravée         l’agglomération de Kilwa pour préparer les
Il est à noter qu’un projet de ce type nécessite    en forme de « croix de Malte », avec inscription        fouilles d’une part, et qui serviront de support
une logistique assez lourde, difficile, si on ne    en arabe) et que la typologie de cette                  graphique de référence pour les chercheurs
réside pas sur le site.                             construction peut servir de prototype aux autres        d’autre part.
                                                    similaires.                                             -Guy-Roger Conchon, Abdallah Al-Hadlug,
III. Nous étions accompagnés de (groupe             -Aurélie Jouvenel, Elise Devidal, Yarub Al-Hassan,      Alatawy Abdurahman S.
logistique):                                        Kenoussi Lamia, Alomany Abulaziz.
                                                                                                            Ma responsabilité dans la mission sur site, en tant
1. Lezim Mas’ud al-Shrari, bedouin, gardien         2. Effectuer le M.N.T. (Model Numérique du              qu’architecte, était d’effectuer les relevés
du site.                                            Terrain) du site, et restituer le site en 3Dimentions   architecturaux tout en réfléchissant sur
2. Abou Salem, principauté de Tabuk.                grâce à la méthode de la photogrammétrie.               l’aménagement et le fonctionnement de toute
3. Mustafa, cuisinier.                              -Jean-François Hullo, Humud Alanazi.                    l’agglomération, puis dans une phase ultérieure,
4. Deux ouvriers bengalis.                                                                                  en analysant les données et à l’aide d’une
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                                                                                                            octobre 2009
                                                                                                                                                  11
documentation, tenter de restituer les bâtiments     fallait, sur le site, effectuer un relevé avec un      IV. CoNCLUSIoN
et de redonner au site une lisibilité perdue.        cordon tendu qui sert de référence, prendre les
                                                     mesures, dessiner manuellement les éléments            C’était ma première participation à une mission
                                                     architecturaux. Puis au campement, scanner et          de ce genre et la première fois que je travaillais
III. ETUDE DU SITE                                   digitaliser les dessins sous format dxf.               avec des personnes ayant une formation
                                                     Vers la moitié de la mission, le topographe ayant      différente de la mienne (archéologue, historien,
L’étude a porté sur la topographie et la             terminé son M.N.T. a inséré les bâtiments relevés      épigraphe, etc.). Je trouve cette collaboration
géographie de la zone à étudier, ainsi que le        individuellement dans leur contexte (altitude,         fructueuse, vu qu’elle permet d’aborder les
répertoriage des différents vestiges et ruines       orientation) sur le modèle numérique. Il est à         données avec différentes perspectives.
existants pour en étudier les typologies             noter qu’à ce stade, nous avons eu recours au          En dépit de l’importance historique
architecturales et les différents systèmes           topographe équipé de matériels qui donnent             exceptionnelle,       l’architecture      du     site
constructifs (murs porteurs, couvertures en dalles   une grande précision en peu de temps pour              exclusivement composée de pierres et
de pierre, système d’étanchéité, éléments            vérifier les relevés faits manuellement.               s’adaptant aux conditions climatiques extrêmes
décoratifs etc.).                                                                                           et à un contexte hostile, est singulière et
Les fonctions se répartissent en deux ensembles :    En plan, le bâtiment se présente sous forme d’un       inhabituelle. D’ailleurs, c’est la seule installation
                                                     quadrilatère à deux angles droits de longueur de       sédentaire de la région postérieure au
1- le collectif : espace de vie commune et           façades nord, est, sud et ouest respectivement         changement climatique radical qui a eu lieu en
services (citerne d’eau, bâtiments communs, lieu     6.6 m, 9.8 m, 8,8 m et 8,7 m, divisé en deux parties   8000 av. J.C.
de prière et de travail etc).                        (nord et sud) par un mur, d’où le nom de               Durant cette mission 2009, nous avons relevé le
                                                     « bâtiment double » donné par la campagne de           bâtiment numéro 46, une cellule type, et
2-l’individuel : cellule de moines.                  2008.                                                  constitué une documentation détaillée sur
                                                     Le bâtiment numéro 46 est l’un des mieux               l’architecture du site (photos aériennes, photos
V. LE BATIMENT NUMERo 46                             conservés du site. Nous pouvons identifier             avec     mire graduée, relevés, observations,
                                                     facilement la volumétrie générale de la                M.N.T. etc.) qui fera objet d’une analyse




                                                        Les citernes en ruine




   Vue aerienne du site                                 Les citernes vues d’en haut
1. Description
                                                     construction, vu que certaines façades (nord et        soutenue par une documentation à partir de
C’est le seul bâtiment de l’agglomération            sud) sont en très bon état de conservation.            laquelle nous pourrons émettre certaines
n’ayant aucune ouverture (porte ou fenêtre),                                                                hypothèses, et définir des stratégies de
intégré dans le système hydraulique, qui consiste    2. Caractéristiques et particularités                  recherches pour les missions à venir.
à drainer toute l’eau de pluie de la plaine vers
une dépression topographique du terrain « la         -Un enduit composé de trois couches à base de          Mission archéologique française à Kilwa, sous la
Qa’a », ce bâtiment numéro 46 a été identifié        chaux d’épaisseur totale de 2 à 4 cm recouvre          direction de Saba Farès, co-financée par la sous-
par la campagne de 2008 comme étant la               l’intérieur des murs des deux bassins. Un sondage      direction des Sciences humaines et de
citerne d’eau de l’agglomération.                    frôlant l’intérieur de la façade nord a confirmé       l’archéologie, Le Ministère des Affaires Française,
                                                     qu’il s’agit d’un bassin.                              la Haute commission pour le Tourisme en Arabie,
Etant un point vital à l’agglomération, le                                                                  l’Université Nancy 2 et l’Université A.L.B.A.
bâtiment 46 sera le premier bâtiment à être          -A l’extérieur de la façade ouest, existe l’unique
relevé, avant de poursuivre vers le nord du site     « ouverture » de cette construction visible avant
(bâtiment numéro 47, 48, etc.).                      les fouilles, il s’agit vraisemblablement d’une        Guy-Roger CONCHON
Vu qu’au début de la mission le M.N.T. et les        fente rectangulaire qui sert pour le remplissage
relevés      architecturaux      se      faisaient   de la citerne.
simultanément, l’unique topographe de la
mission ne pouvait pas assister techniquement        -Un chapiteau de colonne droite émerge du sol
les relevés, ces derniers se faisaient suivant la    (c’est le seul chapiteau trouvé).
méthode « classique », c'est-à-dire manuelle. Il
12 L‘albatros           octobre 2009



à L’école de Cinéma et de Réalisation Audiovisuelle
SEMAINE
                                                Lorsque Ennio Troili, le conseiller culturel de          de magnifiques photos, tant de la vie publique
                                                l’ambassade d’Italie au Liban, a fait ses                que privée du cinéaste : on a pu ainsi le

VISCoNTI:
                                                échanges de propositions avec les différents             découvrir en famille, sur ses tournages et, on le
                                                acteurs de la vie artistique locale, en 2007, il s’est   sait peut-être moins, à la mise en scène

L’ALBA
                                                très vite entendu avec les responsables de l’Alba        dramatique. Visconti a monté plusieurs pièces de
                                                pour mettre sur pied une rétrospective du                Tchekhov et de Shakespeare, qu’il affectionnait

à L’HEURE
                                                cinéma italien. « Très vite, j’ai proposé de mettre      particulièrement, ainsi que La Traviata, chantée
                                                en valeur le centenaire de Visconti, à travers           et interprétée par… Maria Callas ! « Visconti a fait

ITALIENNE !
                                                l’exposition itinérante qui lui était consacrée ».       une petite révolution dans le monde théâtral :
                                                Préparé par les commissaires Luciano Calosso et          avant lui, c’était l’acteur qui était mis en avant ;
                                                Enrica Barbano, « Visconti 100 ans » est constitué       après lui, c’est la mise en scène qui prend les




 Messieurs Neema, Haddad, Troili                  Les photos de l’exposition




                                                                                                           L’Affiche



                                                                                                         devants », explique le conseiller culturel. « Pour
 Vue de l’exposition                                                                                     Le Guépard, non seulement il a donné des rôles
                                                                                                         de taille à trois comédiens de théâtre, mais il a
                                                                                                         eu le flair de choisir Burt Lancaster et Claudia
                                                                                                         Cardinale. Et le film les a propulsés vers les
                                                                                                         carrières qu’on connaît… ».

                                                                                                         Outre les clichés, il y a eu aussi, dans la salle
                                                                                                         polyvalente de l’Alba, rien moins que deux
                                                                                                         robes, des bijoux, un chapeau et plusieurs autres
                                                                                                         accessoires utilisés sur le tournage du Guépard,
                                                                                                         de Ludwig et de Mort à Venise, tous issus de
                                                                                                         collections et fondations italiennes : Annamode
                                                                                                         68 pour les vêtements, L.A.B.A. pour les bijoux et
                                                                                                         La Colombaia di Luchino Visconti pour le
                                                                                                         matériel photographique.
                                                                                                         Quant au cinéma, une sélection de films des
                                                                                                         années 1940 à 1970 a été projetée, de La terre
                                                                                                         tremble, petit bijou du néo-réalisme italien, au
                                                                                                         chef-d’œuvre de 1971, Mort à Venise.

                                                                                                         Ennio Troili, à peine la Semaine Visconti
                                                                                                         terminée, fin mai, a déjà de nouvelles idées
                                                                                                         pour l’Ecole de cinéma de l’Alba : « Une
                                                                                                         semaine autour de la comédie à l’italienne…
                                                                                                         Pourquoi pas ? ».

  Les costumes des films célèbres de Visconti
Retrouvez les meilleures pages de l’Albatros: www.alba.edu
                                                                                                                L‘albatros
                                                                                                                octobre 2009
                                                                                                                                                      13
LA SEMAINE DU
                                                                                                                « Nous en avons profité car 2009 est l’année du
                                                                                                                50ème anniversaire de la fondation de l’Institut

CINéMA CUBAIN :
                                                                                                                cubain de l’Industrie cinématographique »,
                                                                                                                poursuit la diplomate. Et c’est devant une salle

UN HoMMAGE
                                                                                                                archicomble que l’inauguration a eu lieu, le 17
                                                                                                                mars dernier, avec le magnifique Fraise et

DE TAILLE !
                                                                                                                Chocolat, de Tomás Gutiérrez Alea et Juan
                                                                                                                Carlos Tabío, sorti en 1993 ; le lendemain,
                                                                                                                l’audience découvre L’odeur du chêne, de
Maria Isabel Velasquez, ministre-conseiller                                                                     Rigoberto Lopez, première fiction et premier
à l’ambassade de Cuba au Liban, est en                                                                          long-métrage de ce documentariste cubain.
poste depuis cinq ans. Responsable des                                                                          Comme l’explique son épouse, Marilyn Sampera
affaires    culturelles,   il    lui    tient                                                                   Rosado, « c’est un film en costume qui permet
particulièrement à cœur de faire découvrir                   L’ Ambassadeur de Cuba et Mme de Ura Torriente,
                                                                                                                d’évoquer des sujets délicats d’aujourd’hui ». De
l’art de son pays à la jeunesse locale. « En                  avec Khalil Smayra et quelques amis               Fernando Pérez, l’un des « grands » de Cuba,
2006, j’ai eu mon premier contact avec                                                                          c’est Suite Habana qui est projeté. Selon certains
l’Alba, via l’École des arts plastiques et                Cremata et Iraida Malberti Cabrera. « J’ai            critiques, ce film de 2003, qui rend un hommage
Nicole Harfouche, explique cette femme                    rencontré Mme Velasquez et nous avons évoqué          esthétique impeccable et mélancolique à la
souriante et pleine d’énergie. Nous avions                la possibilité d’une projection de films cubains ».   capitale de l’île, est le meilleur film cubain depuis
organisé une exposition et une conférence à               Fin 2006 : nouveau voyage de Khalil Smayra en         des décennies. Et c’est avec un film récent d’un
la Planète de la Découverte ».                            Belgique où il rencontre Rigoberto Lopez, le          jeune réalisateur que se termine la Semaine :
                                                          réalisateur de L’odeur du chêne (Roble de Olor).      L’âge ingrat (La Edad de la Peseta), de Pavel
                                                          « Je l’ai invité à Beyrouth dès que nous aurions      Giroud, réalisé en 2006. Ou comment se
La même année, Khalil Smayra, responsable                 matérialisé la Semaine du cinéma cubain, prévu        rencontrent, se repoussent et s’aiment une mère,
administratif de l’École de Cinéma et Réalisation         pour mai 2008 ». Les événements au Liban feront       sa fille et son petit-fils…
Audiovisuelle, revenait de Belgique où il avait vu        que la programmation sera annulée… et
avec enthousiasme Viva Cuba, de Juan Carlos               reportée à l’année suivante.




Festif
LE BAL MASQUé
DES éTUDIANTS:
LE THèME éTAIT
“ALICE AU PAYS
DES MERVEILLES”




Après la lumière, l’eau, les années 70 et une
année d’absence due aux projets finaux, c’est
sous les bons auspices de Lewis Carroll que les
étudiants ont placé le thème de leur bal
masqué, uniquement réservé aux élèves et
professeurs. Tarek Moukadem raconte :
« Comme chaque année, et pour célébrer
l’anniversaire de l’Alba, une fête est préparée.
Celle de cette année, avec sa date très
rapprochée de celle des élections législatives,
nous a donné le thème de la décoration de la
salle polyvalente : « Alice, candidate à l’élection »….
Nous avons collé sur les murs pas moins de 500
affichettes encourageant la petite héroïne à se
présenter ! ».
210 étudiants ont assisté à cette fête animée par
DJ Basile, DJ Richie et George&Aïda et trois prix
ont été décernés : le premier à Alice voulant tuer
le Chat, aidée par le Temps, à moins que le Chat
cherchait le Temps et poursuivant Alice… Le
deuxième, ex æquo, est allé à la Reine des
Cartes et au Temps, tandis que l’ensemble des
troisièmes années de publicité, déguisée en
armée des Cartes, a été gratifiée du troisième
prix… Il faut toujours se méfier des contes et de
leurs personnages !
14 L‘albatros                octobre 2009

Ecole de Cinéma et de Réalisation Audiovisuelle
                                                            qu’à la fin de 2007, il a en boîte cinq minutes de       « C’était la première fois que je m’exprimais
TALENTS:                                                    trailer qu’il ajoute à son dossier, et près de 45
                                                            minutes d’images déjà montées. Au même
                                                                                                                     totalement, sans interférence. Et c’est tout un
                                                                                                                     vécu, tout un bagage qui m’a mené jusqu’à
« SEMAAN BIL                                                moment, la situation financière du cinéaste se
                                                            débloque enfin : il remporte l’adhésion du jury du
                                                                                                                     cette expérience essentielle. Ensuite, la
                                                                                                                     conviction qui s’est fortifiée en moi, c’est que le
DAY’IA », DE                                                Dubai Film Connection, ainsi que 15000$. « J’ai
                                                            terminé mon film et je l’ai monté avec cette
                                                                                                                     documentaire est pleinement synonyme de
                                                                                                                     fiction, de cinéma, et n’est pas une alternative ! ».
SIMoN EL HABRE :                                            somme », explique-t-il. Le tournage s’achève fin
                                                            août et Simon présente le premier montage à

LA MéMoIRE ET                                               son oncle et aux participants du documentaire :
                                                            « Ils m’ont fait confiance en me parlant de leur

L’éMoTIoN                                                   réalité, c’était pour moi la moindre des choses
                                                            d’avoir leur accord ». La veille de la première
                                                            projection du long-métrage, qui a fait l’ouverture
Fin 2005 : Simon El Habre, diplômé de l’Alba,               du festival Ayam Beirut Al Cinema'iya, le 17
section audiovisuelle, en 1999, décide, sous                octobre 2008, le cinéaste et son équipe sont
sa douche, de consacrer le temps et le                      satisfaits : « J’ai eu la chance d’avoir la
travail nécessaires au sujet qu’il a « depuis               confiance totale de la production, qui n’a mis
longtemps en tête » : « la mémoire collective               aucune pression sur mon projet », confie Simon.
dans un pays rendu instable par la guerre ».                J’ai pu alors me concentrer entièrement, et
                                                            rester fermement déterminé à ne faire aucun
                                                            compromis sur mon projet de départ, qui était un
Il réalisait alors des montages pour les télés
                                                            rêve que je voulais réaliser… ».
régionales,       après    quelques       années
                                                            Depuis, ce très beau documentaire, au montage
d’enseignement à l’Alba. Mais il a soudain réalisé
                                                            et à l’image très travaillés qui laissent la place à
que son oncle Semaan, qui donnera son prénom
                                                            l’émotion, a reçu la mention spéciale du One
au titre du documentaire, s’était réinstallé « pour
                                                            World Festival de Prague, le prix spécial du jury du
de bon dans son village depuis 1983 ». Ce village,
                                                            Monaco Charity Film Festival le prix du meilleur
c’est Ain el Halazoun, au-dessus de Bhamdoun,
                                                            long-métrage documentaire à Hot Docs, à
et son unique habitant à l’année, c’est l’oncle
                                                            Toronto, un des temples du documentaire
Semaan.
                                                            mondial. Il a aussi ouvert le festival DOK. de
Simon El Habre va consacrer plus d’une année à
                                                            Munich, sans oublier sa participation à la section
la recherche de fonds de soutien. Sans succès.
                                                            Forum de la Berlinale de 2009 et au Festival
Alors, il commence à faire ses images, quasiment
                                                            Arabesque du Kennedy Center de Washington…
sans argent, sans aucune garantie, si ce n’est
celle de Beirut DC. « Au fur et à mesure que des
                                                            Entre deux voyages de promotion, Simon El
proches m’avançaient de l’argent, je tournais »,
                                                            Habre revient sur cette première expérience :
raconte-t-il avec un sourire immuable. Si bien
                                                                                                                       L’Affiche du film




« FRAGILE »,                                                Après avoir participé à Pecha Kucha Beirut, un
                                                            événement qui propose de décrire son travail
                                                                                                                     exprimer, alors j'ai décidé d’interrompre ces
                                                                                                                     longs mois de travail pour d’autres idées qui
DE CYNTHIA RAPHAëL:                                         sous forme de présentation orale et d'images, le
                                                            court-métrage de Cynthia Raphaël a été
                                                                                                                     m’étaient imprécises. C'est à ce moment-là que
                                                                                                                     le personnage est né, imposant son univers, son
AUSSI LIBRE QUE SoN                                         sélectionné au festival Né à Beyrouth, puis au
                                                            MidEastCut à Copenhague, qui proposait une
                                                                                                                     rythme ; et le voyage a commencé ». Son
                                                                                                                     apprentissage sur cette longue route de la
PERSoNNAGE                                                  sélection de films provenant du Moyen-Orient.
                                                            « Et en avril dernier, j'ai eu le bonheur
                                                                                                                     création ? « Il faut peu pour dire beaucoup…
                                                                                                                     Finalement, c’était mon histoire que je venais de
                                                            d'apprendre que Fragile avait gagné le premier           raconter et, une fois le film terminé, je me suis
Quatre minutes et demi pour raconter, à travers
                                                            prix du Festival international du film d’étudiant à      sentie aussi libre que mon personnage ».
une animation en 3D, l’histoire d’une petite fille
                                                            Casablanca ».                                            Aujourd’hui, alors qu’elle se forme hors du Liban,
enfermée dans une boîte déconstruite qui tente
                                                                                                                     « de nouvelles idées de scénarios se préparent,
d'en sortir. C’est ce que Cynthia Raphaël,
                                                            Changement de direction                                  et qui pourraient éventuellement se concrétiser »,
diplômée de l’Alba et aujourd’hui au Canada,
                                                            Elle révèle à L’Albatros que « le plus difficile a été   confie-t-elle. « Fragile a eu un effet de
où elle se forme dans un studio d’animation 3D
                                                            de changer de direction en cours de projet...            catalyseur, un peu comme si cette expérience
justement, a mis en scène dans Fragile. « En
                                                            Mes premières images étaient très agressives et          avait déclenché en moi une envie profonde
réalité, les premières idées de mon film sont nées
                                                            violentes. J'évoquais la guerre de manière               d’en dire plus »…
à Beyrouth, pendant l’été 2006, mais ça n'est
                                                            intense, mais, alors que le travail avançait, mon
qu'un peu plus tard que j'ai commencé la
                                                            regard était en train de changer. Le scénario
production ; et de l'écriture du scénario à la
                                                            initial ne respectait plus ce que je souhaitais
réalisation du film, il m'aura fallu sept mois environ ».




    Mr. Khalil Smayra responsable de l’école de               “Fragile”
    cinema, reçoit le 1er prix décerné à Cynthia
    Raphaël à Casablaca
Retrouvez les meilleures pages de l’Albatros: www.alba.edu                                                                     L‘albatros
                                                                                                                               octobre 2009
                                                                                                                                                                       15
Ecole des Arts Plastiques et des Arts Appliqués:
PARTENARIATS,
                                                                  pour reconduire l’homologation des diplômes.                 Culturel et l’Attaché Culturel, de la Mission Culturelle
                                                                  Avril 2009, Mme Nicole Phoyu Yedid, Chef de la Mission       Française au Liban, celle-ci étant partenaire et


PASSé GLoRIEUx
                                                                  permanente,       accompagnée        de    Mme      Gaïta    signataire de toutes les conventions avec l’Ecole des
                                                                  Leboissetier, Directrice Adjointe aux Beaux-Arts de Paris,   Arts Plastiques.
                                                                  sont venues en mission à Beyrouth, ont visité les studios

ET AVANT-GARDE                                                    et ateliers, rencontré les professeurs, vu les travaux et
                                                                  projets artistiques, réalisés par les étudiants, ont pris
                                                                                                                               Un diplôme polyvalent
                                                                                                                               Nicole Harfouche enchaîne: « pour ce qui est du

PRoMETTEUSE:                                                      connaissance de la nouvelle réforme du cursus.
                                                                  Suite au rapport établi, par Mme Nicole Phoyu Yedid, à
                                                                                                                               déroulement des cinq ans de scolarité à l’École des
                                                                                                                               Arts plastiques et Arts appliqués, avant l’obtention du

L’ALBA EN TêTE DE                                                 son retour en France, les diplômes ont été, encore une
                                                                  fois homologués.
                                                                                                                               diplôme, le souci premier est d’initier l’étudiant, durant
                                                                                                                               les deux premières années, à tous les langages


CREATIVITé
                                                                                                                               plastiques et visuels, traditionnels, ou intégrant les
                                                                  Par ailleurs, une convention a été signée avec               nouvelles technologies, car l’artiste se doit d’être
                                                                  l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg et            polyvalent et investi dans tous les domaines des arts.
                                                                  celle de Cambre, en Belgique.                                Le cursus de l’année de licence, avec ses trois projets,
L’Ecole des Arts Plastiques et Arts                               Toutes ces conventions prévoient des échanges de             selon trois médias différents (deux traditionnels, un
Appliqués, explique Nicole Harfouche sa                           professeurs et d’étudiants, dans le cadre de workshops,      nouveau média, ou l’inverse), reste lui aussi généraliste:
directrice, délivre des diplômes d’Etat en                        ou de projets, réalisés en commun, avec les écoles           Au cours du cycle Master (2 ans après la Licence, 120
Arts Plastiques et Arts Appliqués, niveaux                        partenaires.                                                 crédits ECTS), 4e et 5e année, l’étudiant doit choisir,
« Licence » et niveau « Master », donnant                                                                                      parmi les médias enseignés, une première option qui
droit aux diplômés à s’inscrire au cycle                          Il faut également mentionner les bourses de stages, de       compte 15 crédits semestriels, une autre qui en
doctoral. La formation est polyvalente,                           courts ou longs séjours, accordées aux étudiants             compte 8 et rédiger un mémoire qui en compte 7. Il
permettant aux plasticiens de maîtriser tous                      méritants, en Licence ou en Master, à l’École des Arts       doit totaliser 120 crédits pour obtenir le Master.
                                                                  plastiques et Arts appliqués. Ces bourses sont               Le mémoire porte sur le choix de la première option.
les langages plastiques et visuels,                               accordées à l’issue de la délibération du jury des           A noter que la formation n’est pas pointue et que les
traditionnels et intégrant les nouvelles                          diplômes      de   fin  d’année,     qui   comprend,         diplômes, à tous les niveaux, ouvrent tous les champs
technologies.                                                     traditionnellement, parmi ses membres le Conseiller          des arts plastiques, pour avoir toutes les chances de
                                                                                                                               réussir sa vie professionnelle.
                                                                                                                               Nos objectifs sont de mener parallèlement deux
                                                                                                                               objectifs incontournables :

                                                                                                                               La créativité :
                                                                                                                               Participations à des biennales, collectives, festivals
                                                                                                                               locaux ou internationaux.

                                                                                                                               Accès aux divers domaines professionnels de la
                                                                                                                               formation. :
                                                                                                                               Peintre, Sculpteur, Graveur, Sérigraphe, Lithographe,
                                                                                                                               Illustrateur d’ouvrages et B.D., Photographe d’art,
                                                                                                                               Concepteur Réalisateur de Vidéo-Art, d’Animation 2D
                                                                                                                               et 3D, Installation, Créateur et Réalisateur de projets,
                                                                                                                               Art du Vitrail, Art de la mosaïque, Art de la Céramique,
                                                                                                                               Restauration d’Icônes, Enseignement dans les
                                                                                                                               domaines des arts, nivaux: Scolaire et Universitaire ».




                                                                                                                                   Le projet de Serena Abi Chebel

  Le projet de Lisa Abdo

Elle a été la première, au Liban, à intégrer dans son
cursus, aux côtés des arts visuels traditionnels, ceux
intégrant les nouvelles technologies et à promouvoir, à
Beyrouth, en 2002, les « Festivals Internationaux de Film
et Vidéo de Création ». Le second Festival a été
organisé, en 2004, au cinéma Empire (Sofil), le troisième
à l’ALBA, en 2006.

Amorcée en 1988, la réforme des cursus, de la Licence
et du Master, répond à deux objectifs parallèles : la
créativité d’une part et l’accès aux domaines
professionnels d’autre part.
1998 a marqué une nouvelle structure des programmes,
lesquels, depuis lors, sont soumis à des évaluations et
réformes continues, d’année en année, afin de fournir
aux étudiants les prestations d’avant-garde, dans les
divers domaines des arts plastiques. Ainsi, les nouveaux
médias : infographie, art numérique, photographies
argentique et numérique, vidéo art, jeu vidéo,
animations 2D et 3D…, ont été intégrés, au fur et à
mesure, aux côtés des langages visuels traditionnels.
Cette réforme est le résultat de la volonté d’excellence
de l’école. En effet, les « Licences » et les « Masters » sont
non seulement des diplômes d’État, mais aussi
officiellement homologués, par le ministère de la
Culture et de la Communication français, avec ceux
des Ecoles Nationales Supérieures d’Arts en France.
De     cette    reconnaissance         française,   officielle,
découlent des conventions de partenariat avec les
principales « Ecoles Nationales Supérieures d’Arts et
d’Arts Appliqués », françaises : à Paris, Cergy, Lyon,
Arles…
En effet, tous les trois ans, suite à une mission, effectuée
à l’Ecole des Arts Plastiques, par le « Chef de la Mission
permanente d’Inspection, de Conseil et d’Evaluation
de l’Enseignement Artistique au Ministère Français de La
Culture et de la Communication », un rapport est établi             Le projet de Alex Nisten                                       Le projet de Dina Abou Karam
16 L‘albatros             octobre 2009


Ecole des Arts Plastiques et des Arts Appliqués:
ART VIDéo: UNE
                                                        d’Expérimentation. UQAM. Montréal, septembre
                                                        2008

PREMIèRE DANS LE
                                                        •ARTOS Foundation, Chypre, mai 2008
                                                        •European       Media     Art  Festival   (EMAF),

CURSUS DE L’ALBA.
                                                        Osnabrueck, Allemagne, avril 2008
                                                        •Festival Invideo, Milan, novembre 2008
                                                        •Transmediale 07, Berlin
L’École des arts plastiques a été la première           •Festival International Sarajevo Winter, Sarajevo,
à intégrer à son cursus cet enseignement de             mars 2008.
l’art vidéo, et à ouvrir une brèche dans le
monde des arts visuels. Les étudiants                   A noter que l’Ecole des Arts Plastiques a été la
artistes de cette école réalisent des vidéos            première à inaugurer au Liban les festivals
de création, qui ont marqué la scène                    internationaux d’art vidéo.
libanaise, et qui ont été sélectionnés dans             Le premier a eu lieu en 2002 à l’ALBA, avec la
des        manifestations       prestigieuses           participation de l’Institut Goethe. Le second en
internationales, telles que : festivals,                2004 au cinéma Sofil Empire et le troisième à
galeries, centres d’arts.                               l’ALBA.
                                                                                                                Le projet de Donna Timani




                                                                                                                Le projet de Serena Abi Chebel




    Le projet de Sarah Srage                                                                                    Le projet de Joann Elssa

 Depuis 2002, les réalisations de films d’art vidéo     Au cours de ces trois festivals de nombreux          Ricardo Mbarkho a été nommé membre du jury
 reflètent, à travers leur diversité, des dimensions    curateurs étrangers sont venus au Liban, pour        de FrancoLABS. Ce jury a comme tâche
 politiques, sociales, culturelles, philosophiques et   animer des tables rondes, et présenter les films     d’évaluer les candidatures. FrancoLABS est une
 esthétiques, et ont suscité l’intérêt des              des participants sélectionnés.                       base de données hébergée à l’Université Paris I-
 responsables de festivals, galeries, fondations,                                                            Panthéon-Sorbonne,        ayant      pour   objectif
 ambassades, centres culturels, associations,           Ce rendez-vous est attendu tous les deux ans.        principal de recenser les résumés de thèses et de
 entreprises, et ont eu la faveur de la critique.       «    Indépendamment         de    sa    dimension    masters en langue française, déjà soutenus et
 Depuis 2002 également, l’institution est présente      internationale, ce festival se présente sous deux    toutes disciplines confondues, dont le sujet se
 dans toutes les manifestations internationales         autres aspects. Le premier est de promouvoir         situe à l’intersection des arts, des sciences et des
 d’art vidéo : Transmediale et Fair Play Gallery en     l’art vidéo au Liban, le second est                  technologies. http://francolabs.univ-paris1.fr/
 Allemagne, Signes de nuit en France, Invideo en        d’encourager la production de films locaux,          Cette année, les œuvres de Ricardo Mbarkho
 Italie, Loop Festival en Espagne, ARTOS                tout en prouvant qu’à côté des circuits              ont été présentées à Reject Festival (Rotterdam),
 Fondation à Chypre, Galerie B-312 au Canada            commerciaux, films de cinéma et séries               Vidéoformes (Clermont-Ferrand), Signes de Nuit
 ont inclus dans leur sélection les vidéos              télévisées, une autre forme de création existe,      (Paris), Festival International d’Art Vidéo de
 d’étudiants très proches du niveau d’artistes          pour satisfaire un besoin culturel autre, pour       Casablanca, Lebanon Now (Beyrouth), artParis
 confirmés.                                             élargir le champ de recherche, d’investigation       AbuDhabi et, en juin dernier à Madrid, dans le
                                                        et d’innovation des auteurs ». L’événement a         cadre       d’une    exposition    personnelle,    à
 Festivals et manifestations internationaux, où ont     tenu ses promesses en 2006 et 2008, où ont été       microARTOSs.
 été sélectionnés et présentés les travaux des          projetées     des      créations     allemandes,
 étudiants :                                            espagnoles, françaises, hollandaises, italiennes,
 •L’espace Le Scribe l’Harmattan, Paris,                norvégiennes et, bien sûr, libanaises. Rendez-
 décembre 2008                                          vous l’année prochaine !
 •La Galerie, Paris, novembre 2008
 •Festival LOOP’08, Barcelone, mai 2008                 Ricardo Mbarkho, l’artiste vidéaste.
 •Festival du Film Libanais, 2008                       Artiste et professeur d’art vidéo et des
 •CDEX.        Centre      de       Diffusion    et     nouveaux médias à l’École des arts plastiques,
Retrouvez les meilleures page de l’Albatross: www.alba.edu   L‘albatros
                                                             octobre 2009
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Exposition
IMAGES: FIxE,
MoBILE ET
ANIMéE AU CCF
Une exposition intitulée « Image fixe, mobile,
animée », utilisant les médias de la photographie,
de l’art vidéo, de l’animation 2D et 3D, et des
jeux vidéo, a été organisée au Centre culturel
français, en collaboration avec l’Ecole des arts
plastiques, du 10 février au 6 mars 2009.
Elle a réuni les œuvres d’artistes professeurs,
connus et déjà de renommée internationale, et
celles de jeunes talents prometteurs, diplômés de
l’ALBA.




En photo, ont été exposés les œuvres de : Gilbert
Hage, Nayla Dabaji, Hala Dabaji, Frédéric Lezmi,
Kinda Hassan et Joanne Issa.
En art vidéo ont été projetés les films de : Ricardo
Mbarkho, Elsa Ghossoub Aramouni, Ziad
Abillama, Amandine Brenas, Ghada Salem, Hiba
Daroub, Charbel Chamoun et Dona Timani.
En animation 2D et 3D, ont été projetés les
réalisations de : Reine Abbas, Lisa Abdo, Sara
Srage, Chafa Ghaddar et Dina Bou Karam ont
projeté, quant à eux, leurs jeux vidéo et leurs
animations.

À l’ère du numérique, les étudiants sont initiés à
reformuler     la    question       de    l’expérience
esthétique et celle des critères de jugement de
goût, non plus en termes de beau, mais de
plasticité,    d’interactivité,      d’ubiquité,    de
connectivité, d’immersion, de commutativité…
Aussi, l’exposition a illustré les nouveaux territoires
de la création artistique et l’évolution des
langages       visuels     traditionnels     à    ceux
numériques, une évolution fondée sur le recours
à des outils mieux adaptés à la transmission d’un
nouveau monde plastique. Elle a concrétisé le
vertige de l’exploration des nouveaux outils et
médias, un vertige bien spécifique à une
époque       où    les     nouvelles     technologies
bouleversent l’univers des arts.
En effet, de nos jours, il paraît impossible
d’ignorer l’impact des nouveaux médias dans
les multiples domaines des arts plastiques qui
sont, traditionnellement, le baromètre de la
civilisation, et qui tentent, en ce début du
troisième millénaire, de trouver une nouvelle vie,
à travers les différents courants et langages
visuels.

Nicole Harfouche
18 L‘albatros             octobre 2009

Ecole des Arts Plastiques et des Arts Appliqués
RIMER CARDILLo
ExPoSE ET
ENSEIGNE à
L’ALBA
Pour la permière fois au Liban et suite à une
collaboration étroite et très efficace entre
l’Ambassade d’Uruguay au Liban et l’Ecole des
Arts Plastiques et Arts Appliqués – ALBA, Rimer
Cardillo, artiste plasticien contemporain
uruguayien-américain de renommée
internationale, a exposé ses œuvres à la salle
polyvalente de l’ALBA du 18 au 27 mars 2008. Le
vernissage de l’exposition, intitulée « La synergie
du micro et du macrocosme », a eu lieu sous le
patronage de Tammam Salam, ministre de la
Culture, et en présence de Jorge Luis Jure
Arnoletti, ambassadeur d’Uruguay, et de
Georges Haddad, doyen de l’ALBA.
La collaboration entre l’Ambassade d’Uruguay
et l’ALBA s’est articulée autour d’un second axe,
outre l’exposition : celui du workshop que Rimer
                                                       Vue de l’exposition
Cardillo a animé avec des professeurs et un
groupe d’étudiants de l’École des arts plastiques
et appliqués et qui a mis l’accent sur l’utilisation
des     langages      artistiques   d’avant-garde
intégrant les modes d’expression traditionnels et
les nouvelles technologies telles que la
photogravure.




                                                        Vue de l’exposition




   L’affiche




   Vue des oeuvres exposées                            Vue du workshop avec les étudiants
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                                                             octobre 2009
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Flash Back
BAALBECK 2009:
SoUS LE SIGNE
DE L’AMoUR
Cette année, les 85 étudiants en deuxième
année d’arts décoratifs ont eu a réaliser leur
spectacle de fin d’étude à partir d’un texte
aussi passionnant que dense de Barthes, à
savoir son Fragment d’un discours
amoureux… 15 “figures” du langage
amoureux à transcrire en objets portés,
animés par l’un de leurs jeunes créateurs.
Pierre Hage-Boutros, qui dirige cet atelier,
et Karma Tohmé-Sfeir, deux des huit
enseignants (avec Nadim Asfar, Samer Eid,
Daniele Kattar, Cyrille Najjar, Mathieu Sfeir
et Joe Letayf), reviennent sur cette
expérience en tous points hors du
commun… de l’Alba.




“Dans ce travail qui court sur un semestre et qui
se densifie trois semaines avant le spectacle final,
il y a plusieurs exercices proposés aux étudiants”,
explique Pierre Hage-Boutros. “Puis chaque
groupe, tiré au sort, prend la responsabilité d’une
figure avec ses références musicales. Et le travail
commence,          tandis   que   les   professeurs
encadrent, en posant les règles du jeu et en
gérant l’ensemble. Le risque est constamment
présent”. Ce risque, qui est tout simplement celui
du ratage du spectacle, puisque, comme
l’expliquait la brochure rédigée par Karma
Tohmé-Sfeir, “le mot d’ordre de l’atelier était
l’utilisation des moyens du bord pour créer des
objets qui produisent un maximum de magie”…
“Jusqu’à J-10, les choses sont encore floues”,
poursuit Pierre Hage-Boutros. “ Pendant tout le
semestre, les étudiants sont encore à l’aise, ils
apprennent le jeu; alors que pendant les trois
semaines entièrement consacrées à ce
spectacle, ils sont en train de réaliser qu’ils vont
jouer devant plus de 1000 personnes!”

Pari gagné!
Karma Tohmé-Sfeir renchérit: “Je crois qu'ils ont
tous compris à rebours, à partir du dernier soir, ou,
plutôt de l'avant-première, ce qu'ils ont vécu tout
au long de ce semestre... Parce que c'est là que
tout s'est joué, la nuit du samedi au dimanche,
vers 3h du matin! C'est là que toutes les pièces du
puzzle se sont assemblées, et qu'ils ont vu et cru
et réalisé”. Pierre Hage-Boutros: “C’est un vrai
travail d’équipe: ca se fait tout seul, on ne sait
pas qui a decidé quoi. C’est un pari sur la
créativité des étudiants et, chaque année, ce
pari est gagné”. L’enseignante conclut en disant
de ce Fragment d’un discours amoureux façon
Alba: “Je l'ai trouvé plus épuré, plus minimaliste,
plus lent peut-être mais plus cohérent, que ce
soit au niveau de la musique ou du visuel. C'est
probablement dû au fait que l'équipe
d'enseignants était beaucoup plus réduite et un
peu plus homogène, ce qui a permis d'avoir une
direction plus claire”. À l’année prochaine…
20 L‘albatros            octobre 2009

Bibliothèque
LA BIBLIoTHèQUE
                                                     baie vitrée sur toute la largeur cadre bien           de drainer plus de visiteurs.
                                                     l’ouverture sur la ville, nous réconciliant avec le   L’équipe de la bibliothèque lance ici même une

DéMéNAGE...
                                                     chaos urbain. Seule, une petite touche végétale       invitation aux enseignants et étudiants de l’ALBA,
                                                     y fait défaut.                                        mais également aux anciens. Une invitation, à
                                                     Des tables de lectures plus nombreuses, reparties     ceux qui ne l’ont pas encore fait, à venir
Pour ceux qui ne le savent pas encore, la            sur les deux niveaux, pouvant accueillir jusqu’à      découvrir ce lieu propice à la lecture et à la
bibliothèque de l’ALBA a finalement intégré          60 places assises. Personnellement, je vous           recherche.
ses locaux permanents (du moins on                   recommande les places sur la mezzanine ;              Nada HABIS ASSI
l’espère) au début du deuxième semestre              surélevées, un peu à l’écart, à partir d’elles on
2009.                                                voit la mer...




Après un déménagement provisoire dans la salle       Une salle de huit ordinateurs en mezzanine,           Pour vos suggestions: biblio@alba.edu
plolyvalente qui a duré à peine 15 mois, nous        destinés à l’usage d’internet, en plus des huit
voila enfin bien installés au 7ème ! Un nouvel       postes au niveau inférieur, destinés à la             Un grand merci à Sandra Fayad pour ses belles
espace qui vaut bien le détour, ou plutôt qui vaut   documentation et à la recherche. Des bureaux          photos. Elle fait partie de ceux qui ont été
bien le quart d’heure d’attente de l’ascenseur       administratif en plus d’un espace pour les            agréablement surpris, en visitant (depuis peu)
(et/ou les 146 marches de l’escalier).               enseignants. Un dépôt d’accès facile en               les nouveaux locaux de la Bibliothèque.
Un volume intérieur simple et accueillant, à         mezzanine offre la possibilité de stocker les vieux
double hauteur, avec une belle lumière naturelle     périodiques, les rendant plus accessibles du
diffuse. Une fois qu’on y accède, le regard est      public.
capté par la vue imprenable du paysage urbain,       Plus d’espace, plus de lumière, plus de places,
avec la montagne en toile de fond. Une grande        plus de confort, plus d’ouvrages, dans l’attente



                                                                                                           L’ALBA y était présente afin de présenter ses

L’ALBA AU SALoN                                                                                            nouvelles publications à un public international.
                                                                                                           Hébergé par la Région Ile-de-France, le stand

DU LIVRE A PARIS                                                                                           des éditeurs libanais a présenté d’une part,
                                                                                                           l’événement phare de l’année à venir : Beyrouth
                                                                                                           2009, capitale mondiale du livre. Un événement
Du 13 au 18 mars 2009 se tenait à la Porte                                                                 organisé par l’Unesco, au courant duquel
de Versailles, le 29ème Salon du Livre de                                                                  Beyrouth va se consacrer aux métiers du livre, à
Paris. Les éditeurs libanais étaient présents                                                              la diversité de sa culture, et à la promotion de la
après une absence forcée en 2008.                                                                          lecture auprès des jeunes.
                                                                                                           D’une autre part, le stand a montré au public la
                                                                                                           diversité des publications libanaises. Seize
                                                                                                           structures éditoriales étaient représentées :
                                                                                                           Presses     universitaires,     éditions  jeunesse,
                                                                                                           recherches       scientifiques,   petites   maisons
                                                                                                           d’édition…
                                                                                                           L’ALBA y a présenté tout particulièrement sa
                                                                                                           dernière parution : Conquérir et reconquérir la
                                                                                                           ville:    L’aménagement           urbain    comme
                                                                                                           positionnement des pouvoirs et contre-pouvoirs,
                                                                                                           (sous la direction de Ziad Akl et de Nabil
                                                                                                           Beyhum). Une séance de signature était
                                                                                                           organisée le Mardi 17 mars 2009 par M. Nabil
                                                                                                           Beyhum, enseignant à l’Institut d’Urbanisme de
                                                                                                           l’ALBA.
                                                                                                           Par ailleurs, l’ALBA a participé à une table ronde
                                                                                                           autour de l’édition libanaise le lundi 16 mars
                                                                                                           2009. Au cours de cette rencontre, ont été
                                                                                                           soulevés les problèmes auxquels font face les
                                                                                                           maisons d’éditions au Liban ; le problème
                                                                                                           majeur étant celui de la visibilité extra-muros
                                                                                                           (diffusion et distribution).
                                                                                                                                    L‘albatros
                                                                                                                                    octobre 2009
                                                                                                                                                                                21
Nouvelles Parutions
« PATRIMoINE ET
                                                                  réalisée grâce à une collaboration entre la Faculté de            ouvrage. L’objectif est le même : fournir des outils
                                                                  l'aménagement de l’Université de Montréal et l’Académie           pertinents pouvant assurer une meilleure compréhension


ENJEUx ACTUELS »,
                                                                  Libanaise des Beaux-Arts (ALBA), Université de Balamand;          du patrimoine et une évaluation critique des actions ayant
                                                                  avec l’appui de l’Agence Universitaire de la                      trait à sa conservation, son interprétation et sa mise en
                                                                  Francophonie l’AUF, le Ministère du Tourisme et le Ministère      valeur. Le recueil présente une réflexion approfondie sur les

UN oUVRAGE DE                                                     de la Culture.
                                                                  Les conférenciers étaient :
                                                                                                                                    problèmes d'intégration du patrimoine posés par le
                                                                                                                                    modernisme et ce, dans une optique de développement


RéFéRENCE
                                                                  - Giovanni De Paoli, « Le numérique, une nouvelle                 durable. Il propose de nouvelles approches qui font appel
                                                                  approche pour la recherche et l’enseignement en                   aux technologies de l’information et de la communication
                                                                  architecture : In media res aedificatorias ».                     (TIC). Cet ouvrage multidisciplinaire se penche notamment
                                                                  - Jacques Liger-Belair, « Patrimoine et architecture              sur les enjeux liés à la culture, l'environnement et
                                    Le 27 novembre 2008, a        durable ».                                                        l'économie. Puisse-t-il influencer les décideurs au sein des
                                    eu lieu à l’Académie          - Nada El-Khoury Assouad, « Architectures patrimoniales           organisations responsables du développement urbain afin
                                    Libanaise des Beaux           et nouveaux moyens de communication ».                            qu'ils prennent en compte la dimension patrimoniale dans
                                    Arts à Beyrouth, le           L’ouvrage « Patrimoine et enjeux actuels » regroupe des           leurs projets. En effet, « Patrimoine et enjeux actuels »
                                    lancement              de     études approfondies fondées sur une observation directe           espère pouvoir contribuer à la pérennité des quartiers
                                    l’ouvrage « Patrimoine        d’événements, d’expériences, de projets. Il couvre                traditionnels menacés de certaines villes, notamment dans
                                    et enjeux actuels ».          différentes thématiques en matière de patrimoine, liées           des pays tel que le Liban, où l'application de ce modèle
                                    L’évènement          s’est    aux méthodes de documentation, de conservation et de              constitue une opportunité unique en lui permettant de
                                    déroulé en présence           mise en valeur du tissu urbain historique à l’ère du              faire valoir des atouts majeurs : son riche patrimoine ainsi
                                    de               plusieurs    numérique. Ces textes explorent aussi les méthodologies           que sa qualité culturelle d'être un lien entre l'Orient et
                                    personnalités du milieu       envisagées pour la conservation du patrimoine bâti, le            l'Occident.
                                    académique,                   développement durable et l’enseignement supérieur pour            « Patrimoine et enjeux actuels » a été édité par Europia
                                    professionnel, culturel       la conservation du patrimoine.                                    Productions, Paris, France, 209 pages, sous la direction de
                                    et     politique.     Des     La réalisation de cet ouvrage fait suite au colloque              Giovanni De Paoli, Nada El-Khoury Assouad et Georges
                                    conférences ont été           Patrimoine et Enjeux, qui devait se tenir à Beyrouth au           Khayat (2008).
                                    présentées à l’occasion       printemps 2008 pendant les Journées du Patrimoine au
                                    de cet évènement à la         Liban. L’événement qui devait regrouper de nombreux               L’ouvrage est disponible en communiquant directement
                                    salle polyvalente de          acteurs de divers pays, concernés par les enjeux du               avec l’éditeur à l’adresse suivante:
                                    l’Alba Sin El Fil, pour       patrimoine, n’a pas pu avoir lieu. Afin de reprendre ce           Europia Productions
                                    souligner le lancement        rendez-vous manqué et redonner aux participants                   15, avenue de Ségur 75007 Paris, France
                                    de la monographie             l’occasion d’échanger, ils ont été invités à participer à cet     email : info@europia.fr




GEMMAYZé:
                                                                  découvrir du pays, lors des « voyages-rencontres » à              encore enrichie en devenant tripartite, en ce sens que, sur
                                                                  Beyrouth, Sarajevo et Paris. Dans la capitale française par       proposition de Paris-La Villette, elle a inclus trois institutions
                                                                                                                                    internationales : l’ENSA Paris-La Villette, AFS (Faculté

TRAVAIL D’ATELIER
                                                                  exemple, les étudiants de l’ALBA ont pu, en plus des
                                                                  séances d’atelier commun, découvrir des lieux de culture          d’Architecture de Sarajevo) et l’École d’Architecture de
                                                                  importants comme le Pavillon de l’Arsenal, Le Palais de           l’ALBA.
                                                                  Tokyo, la fondation Le Corbusier, l’IMA, et les quartiers de La   L’atelier Beyrouth n˚3 (2007/2008, équivalant à la 1ère
                                                                  Défense et de Clichy-sous-Bois pour ne citer qu’eux.              année de la convention de trois ans précitée) a débuté par
                                                                  L’Atelier Beyrouth a aussi et surtout renforcé les échanges       une mise en condition de six semaines des nouveaux
                                                                  entre l’École d’Architecture de l’ALBA et d’autres écoles         étudiants adhérents, par une recherche concernant les sites
                                                                  internationales (École nationale supérieure d’architecture        à Gemmayzé pouvant constituer des lieux potentiels (unités
                                                                  de      Paris-Belleville,    École    nationale      supérieure   bâties, groupements, espaces, circuits, etc.) pour des
                                                                  d’architecture de Paris-La Villette, Faculté d’Architecture       évènements culturels, ainsi que leur statut. L’École
                                                                  de Sarajevo) avec tous les avantages qu’une telle                 d’Architecture vient d’ailleurs de sortir une publication
                                                                  démarche a comporté pour les étudiants et enseignants             couvrant l’ensemble des travaux ainsi constitués par
                                                                  de ces écoles.                                                    L’atelier Beyrouth et ses partenaires de Paris-Belleville sur
                                                                  Et ceux-ci sont pour le moins nombreux : partage                  Gemmayzé (de novembre 2005 à novembre 2007).
                                                                  pédagogique, recherches urbaines et historiques, lectures         Toujours en raison de la conjoncture politique au Liban qui a
                                                                  ciblées, séances communes de travaux d’atelier,                   rendu improbable la venue des partenaires Français et
                                                                  évaluation des projets, jurys de TPFE (travaux personnels de      Bosniaques à Beyrouth, on a donc décidé d’interrompre
                                                                  fin d’études, discussions et dialogues sur les contentieux        momentanément la reflexion sur les quartiers traditionnels de
                                                                  architecturaux et urbains, visites d’opérations et de             Beyrouth, et de déplacer son centre de gravité vers
                                                                  quartiers, visites d’expositions, conférences, voyages,           Sarajevo.
                                                                  découvertes de villes et de peuples, multilinguisme,              Dès novembre 2007, la réflexion s’est donc axée sur l’étude
                                                                  publication… Tous ces paramètres ont certainement                 très enrichissante d’une ville exceptionnelle, avec tout ce
                                                                  participé à l’enrichissement culturel de l’ensemble des           que cette approche peut pédagogiquement comporter
                                                                  participants.                                                     comme acquis pour nos étudiants, tant sur le plan de la
                                                                  Y’a-t-il eu des changements de direction/de décision sur          compréhension des logiques de villes, que sur celui des
                                                                  ce long parcours ?                                                relations sociales et humaines.
                                                                  L’atelier Beyrouth n˚1 (2005/2006) a commencé en                  L’atelier Beyrouth n˚4 (2008/2009, co-dirigé par Grégoire
                                                                  novembre 2005 ; il a été parrainé par le vice-directeur de        Serof et moi) a opéré un retour sur le thème central de
                                                                  L’École d’architecture de l’ALBA, Georges Khayat, et co-          prospection et d’étude des quartiers traditionnels
                                                                  dirigé par deux enseignants de l’ALBA, Bachir Mojaess et          péricentraux de Beyrouth. Dans une première étape, les
                                                                  moi. Il a eu comme thème central de prospection et                étudiants de l’ALBA se sont investis dans la reconnaissance
                                                                  d’étude les quartiers traditionnels péricentraux de               des quartiers de Yassouieh/Achrafieh, Bachoura et Zokak el-
                                                                  Beyrouth. L’analyse du quartier de Gemmayzé en a été le           Blatt.
                                                                  point de départ, en raison de l’urgence occasionnée par           Ensuite, pendant deux semaines, les équipes mixtes
                                                                  la forte pression immobilière ambiante, celle-ci menaçant         d’étudiants (française et libanaise, sans la bosniaque,
Fadi Chiniara, architecte-urbaniste EPA, co-dirige L’atelier                                                                        absente pour des problèmes de visas), cadrées par les
                                                                  de modifier de manière inéluctable la nature même du
Beyrouth – Projet urbain et L’atelier de développement                                                                              enseignants, ont sillonné les trois secteurs précités, et ont
                                                                  tissu particulier qui le caractérise.
durable à l’École d’Architecture revient sur cinq années de                                                                         réussi à dégager des problématiques intéressantes relatives
                                                                  Le fruit des travaux de l’année 2005/2006 a été l’objet
travail en profondeur sur la morphologie de Beyrouth, mais                                                                          aux interfaces urbaines, aux phénomènes de ruptures et de
                                                                  d’une exposition et d’un exposé, le 30 juin 2006, dans les
aussi de la fascinante Sarajevo…                                                                                                    discontinuités, de transitions, de centralités, de polarisation,
                                                                  locaux de l’École nationale supérieure d’architecture de
Votre impression sur les trois dernières années de travail :                                                                        de métropolisation, de mobilité, de limites visibles et
                                                                  Versailles, situés dans les petites écuries du château, lors
qu’est-ce qui a été le plus significatif du point de vue                                                                            invisibles.
                                                                  d’un      évènement         regroupant     plusieurs    écoles
architectural (étudiants) puis pédagogique (vous et                                                                                 Enfin, en avril 2009, les trois équipes se sont retrouvées à
                                                                  d’architecture parisiennes comme Paris-La Villette, Paris
l’équipe enseignante) ?                                                                                                             Sarajevo et des groupes tripartites ont été formés sur les
                                                                  Malaquais et l’université de Paris X-Nanterre.
L’atelier Beyrouth a permis, d’abord, de sensibiliser les                                                                           thématiques suivantes : centralités/polarités ; mutations ;
                                                                  L’atelier Beyrouth n˚2 (2006/2007), toujours axé sur le
étudiants aux moyens de comprendre un territoire quel                                                                               étalement urbain ; les évènements comme symboles urbains ;
                                                                  potentiel de sauvegarde et de mise en valeur du quartier
qu’il soit (composantes, paramètres), d’analyser la                                                                                 transformation du quartier de Marijin-Dvor.
                                                                  de Gemmayzé, a été mené unilatéralement, et de facto,
structure urbaine à partir d’une identification typo-                                                                               De retour à Beyrouth, le groupe d’étudiants libanais, fort de
                                                                  par l’École d’architecture, en raison de la conjoncture
morphologique basée sur une approche historique et                                                                                  l’expérience acquise en avril à Sarajevo, a été divisé en
                                                                  politique du Liban, qui, à cette époque, a
anthropologique. Ensuite, d’initier les étudiants à                                                                                 deux groupes et s’est de nouveau attelé, pendant les six
                                                                  malheureusement empêché les partenaires français de se
l’élaboration du projet urbain (dimension de ville, de                                                                              dernières semaines de l’année, à réfléchir sur les quartiers
                                                                  déplacer à Beyrouth.
quartier, de secteur, d’îlot, mais aussi acteurs, décideurs,                                                                        beyrouthins de Gemmayzé, Yassouieh, Bachoura, Zokak el-
                                                                  L’équipe libanaise a malgré tout décidé d’aller en juin 2007
procédures, mécanismes, situations de développement,                                                                                Blatt, à travers les titres Espaces publics comme enjeux
                                                                  à Paris, pour exposer les résultats de ses travaux aux
de requalification urbaine, de mise en valeur du                                                                                    d’aménagement et Potentiel des lieux et tendances de
                                                                  étudiants du nouveau partenaire potentiel, à savoir l’ENSA
patrimoine, etc.). Enfin, d’aiguiser chez les étudiants le sens                                                                     développement.
                                                                  de Paris-La Villette. En effet, une exposition de nos travaux
du travail en groupe, mais aussi celui de la responsabilité et                                                                      Le fruit de leur démarche constituera, entre autres, une base
                                                                  a eu lieu dans les locaux de Paris-La Villette. Suite à quoi
du « savoir exposer ».                                                                                                              de réflexion de l’atelier Beyrouth n˚5 2009/2010, équivalant à
                                                                  une convention de collaboration sur trois ans (2007/2008 -
De plus, ce programme a permis aux étudiants de                                                                                     la troisième année de la convention de trois ans précitée.
                                                                  2008/2009 - 2009/2010) a été signée fin 2007. Celle-ci s’est
22 L‘albatros             octobre 2009
Institut d’Urbanisme
Première promotion de paysagistes à l’ALBA
Cinq étudiants en master d’aménagement du paysage ont soutenu leur mémoire de fin d’études au cours du mois de juin.
Les sujets traités ont proposé des solutions viables d’aménagement des environnements paysagers :
M. Imad Gemayel- “Sustainable development of a rural area”.
Mme Guylaine Raphael -“The Green waterfront esplanade of Beirut City. Rehabilitation of the Corniche”
Mlle Hala El-Amine-“Implementing Green Roofs in Beirut”.
M. Paul Ghorayeb- “Tyr city. Conceptual study project”
Mme Alicia Denris Younes-“Beirut River. Merging sustainability with creativity”.


“SUSTAINABLE
DEVELoPMENT
MoDEL FoR A
RURAL AREA”
BY IMAD GEMAYEL
Aesthetic concerns in the last century were not so
much about the symbiotic relationship between
man and his environment, as perceived through
landscape and architecture, as they were about
man’s dominance and control of all areas of his
environment, accelerating the destruction of
planet Earth. Driven by the need to implement
sustainability as a priority in our development
strategies, the study stresses on the productive
and counterbalancing role of the natural
landscapes, specifically the rural areas. By acting
as a ‘sink’ for the pollution and a source of food
and raw materials, rural areas constitute to the
cities an ecosystem that is bound to crash once
heavily impacted by human activities.
To quote Michael Hough (1995): “Creating
favorable habitats by natural means combines
traditional wisdom, modern science and
intelligent planning”. The study therefore provides
insights into aspects of environmental impairment
by the current development trend and suggests
a new sustainable model which values and
aesthetic encompass and protect the landscape
cultural identity of the Lebanese rural areas.




THE GREEN
wATERFRoNT
ESPLANADE oF
BEIRUT CITY:
REHABILITATIoN
oF THE
CoRNICHE
BY GUYLAINE                                            diversity of recreational, commercial, cultural and

RAPHAEL
                                                       natural experiences that entertain us and restore
                                                       our souls. Beirut City’s waterfront is by no means a
                                                       beautiful and unique place, where the key to the
                                                       quality and vitality of this strip is to feel and
The waterfront of Beirut City forms a crown at the     experience its magic of well-defined and
tip of the Lebanese territory. Its waves flow into a   integrated system of green and open spaces. The
condensed urban area to give a vibrant and             waterfront esplanade project is a study on the
exciting setting full of diverse activities for all    rehabilitation of Beirut City’s Corniche, where the
people of all ages. No matter where we live,           need for a greener environment is crucial. It is to
how old we are, or what our abilities may be, we       establish a new language along the waterfront,
enjoy safe, physical, and visual access to a           giving a new identity to Beirut City.
                                                                                                                   L‘albatros
                                                                                                                   octobre 2009
                                                                                                                                                      23
 IMPLEMENTING
                                                          The continuous growth of our population has led          Starting with a green roof policy through the
                                                          to an urban expansion that in some places could          foundation of the Green Roof Council of

 GREEN RooFS IN
                                                          not cope with population growth. Crowdness               Lebanon in order to help promote, organize and
                                                          turned to an endemic disease that is infecting all       standardize green roofs. The council will provide

 BEIRUT BY HALA
                                                          our cities. Buildings mushroom across the cities         consultancy to people, spread awareness and
                                                          attacking and occupying all parts of open land,          help develop national policies. National policies

 EL AMINE
                                                          thus reducing and even erasing every potential           have been found to be the most effective in
                                                          of a green natural space; the result is urban            promoting green roofs in the scale of the city
                                                          green space degradation.                                 since and providing incentives for those who
                                                                                                                   abide by the law and imposing penalties on
                                                          The analysis of the maps of Beirut from 1922,            those who don’t, will definitely promote green
                                                          1940, 1959 till today reveals the phases that Beirut     roofs.
                                                          passed through. From an un---organized and
                                                          chaotic planning, a vertical and horizontal              The project also involves a Macro-scale study for
                                                          expansion, the invasion of concrete buildings in         providing a general schematic plan for a green
                                                          every single region reaching to severe urban             roof proposal of Beirut and a Micro-scale study or
                                                          green space degradation.                                 a case study of a governmental school in Zokak
                                                          Statistics in Beirut show that the proportion of         El-Blat taken as a demonstration project.
                                                          green spaces with respect to total area is 2.96%         The schematic plan of Beirut follows a grid that is
                                                          for 390,503 individuals living in Beirut, not to speak   inspired from the urban circular expansion of the
                                                          of the thousands of people who resort to the city        city generating from the city centre to the
                                                          daily for work, medical treatment or education.          peripheral boundaries. The formed grid allows for
                                                          The results show that the urban green spaces in          the identification of a green network of nodes
                                                          Beirut which are restricted mainly to the Pine           which vary in size and importance according to
                                                          Park, Sannayeh and Sioufi gardens with few               their need. The need of the nodes depends on
                                                          vegetation and trees distributed between                 the density of buildings, the presence of green
                                                          roundabouts and the sides of the streets do not          areas on the ground level and the allowed built-
                                                          satisfy either the environmental, health or social       up area factor.
                                                          needs of Beirut.                                         On the micro-scale the school is formed of two
                                                          In a city such as Beirut, where the land prices are      separate wings where one is proposed to serve as
                                                          growing daily and the demand for land                    a public park and the other as a playground for
                                                          appropriation is increasing continuously leaving         students.
                                                          no place for greenery. Green rooftops could be           Inspired from the natural topography of the
                                                          an       attractive      way       to       promoting    ground and allowing for different curvilinear strips
                                                          environmentalism without disrupting the urban            of green areas and terraces that are linked
                                                          infrastructure and by taking a neglected space           together by a grid of oblique passages, the park
                                                          turning it useful.                                       allows for a new experience of a high public
                                                                                                                   garden which opens to the city from another
                                                          Green roofs can address many of the challenges           perspective.
                                                          facing urbanism towards forming a healthy and            The school playground provides areas for
                                                          sustainable city. Green roofs filter air, retain storm   students to gather, sit, read, study and chat.
                                                          water, elongate the life span of the roof                The school is to be taken as a demonstration
                                                          membrane, provide sound insulation, generate             building that allows people and students to
                                                          aesthetic benefits and help to reduce the urban          experience green roof.
                                                          heat island effect. They are a new opportunity           Finally, two green roof prototypes for residential
                                                          for biodiversity creation as they have the ability       buildings are proposed as a guideline for
                                                          to turn wasted roof space into various types of          residential buildings.
                                                          amenity space for building occupants.




LANDSCAPE &
URBAN
MANAGEMENT
FoR TYR CITY
BY PAUL GHoRAYEB
Tyr is a city that struggles between several poles:
historical background, World heritage Unesco
Classified city, Caza center…
Due to the above reason and several urban
interventions conducted from the antiquity till our
days; the city of Tyr looses her identity and struggles
between two major components: the Tyrien & the
Tourist.

Therefore the purpose of this study is to reconnect,
stitched city, to transform this city to a better
ecological place and to manage the city into a
sustainable way to live in and to visit.

The main purpose of the study is to reflect the history
through the present, by creating a more sustainable
city suitable for Tyrien & Tourist, by reviving the
historical urban fabric, by creating public linear park
instead of unused asphalted road, by reconnecting
the sea front marina promenade and localizing new
city public spaces, by creating and managing the
public city park and the public sandy beach, by
preserving the natural reserve….
24 L‘albatros                  octobre 2009
Humeur...
AéRoPoRT DE
                                                                Quelque peu déboussolé par le feu roulant des                      il semble attendre je ne sais qui, ou quoi…Est-il en
                                                                questions, et toujours à la recherche des siens, le                partance, vient-il d’atterrir ? Il est là depuis un long
                                                                voyageur s’efforce de répondre à ces attentes, tout en             moment, et la fatigue, avec un fond d’angoisse,

BEYRoUTH, LUNDI                                                 continuant de chercher le visage ami…Enfin, un long
                                                                hululement s’échappe des poitrines d’un petit groupe
                                                                                                                                   transparaissent sur ses traits…


20 JUILLET 2009,                                                sur la droite : « c’est lui ! Eja, eja !! » . Lui, justement,
                                                                frappé au cœur par les sons familiers qui lui reviennent
                                                                                                                                   Sur ma gauche, une petite famille semble perdre
                                                                                                                                   patience : ils sont visiblement arrivés bien à l’avance, et

23 HEURES.
                                                                en boomerang, s’élance vers les siens. Eux, ignorant               l’avion a de surcroît du retard…L’un des hommes tire
                                                                superbement les obstacles dressés pour tenter de                   nerveusement de sa poche un paquet, passablement
                                                                faciliter la sortie des voyageurs, pauvres barrières de fer        froissé. Il en retire à grand mal une cigarette toute
                                                                malmenées par le trop plein d’amour, les enjambent                 tordue, et d’un geste sec, fait craquer une allumette
Dans la moiteur de la nuit d’été beyrouthine, nous              sans autre forme de cérémonie, pour administrer au                 qu’il approche de la tige fichée dans sa bouche. Il
sommes là tous les deux, serrés l’un contre l’autre,            plus vite les baisers sonores sur les joues de                     aspire goulûment sa bouffée, et se voit aussitôt
attendant le retour du fils prodigue…                           l’arrivant…Les cris de joie fusent, les enfants s’agrippent        apostrophé avec autorité par l’un des responsables du
                                                                aux jambes de son pantalon, les femmes poussent des                service d’hygiène de l’aéroport : « Monsieur, il est
G. est parti pour la première fois tout seul en camp en         râles étranglés d’émotion, les hommes essuient une                 interdit de fumer dans l’aérogare ! Sortez, s’il vous plaît,
Angleterre : ce séjour, longuement planifié, commenté           larme vite dissimulée, et frappent virilement dans le dos          fumer votre cigarette dehors… ». Interloqué, l’homme
et disséqué, tire donc à sa fin. Dans quelques instants, il     du voyageur… Derrière les barrières, ceux de la famille            le toise, puis hésite à l’empoigner… Après tout, c’est
sera là avec nous, dans nos bras, les yeux brillants à la       qui n’ont pas réussi à les enjamber se précipitent vers            jour de fête, on attend le fils prodigue, et cet homme
joie de nous retrouver- du moins je l’espère !- et la           l’accès autorisé, enfilent à contresens le corridor                ne fait que son métier. Dépité, il aspire encore une
bouche pleine de mots qui se bousculent pour nous               pourtant réservé aux uniques voyageurs, et se jettent              bouffée, histoire de ne pas obtempérer sans un
raconter son périple de jeune homme autonome, lâché             dans ses bras…écrasant au passage contre son torse le              minimum de résistance, puis jette sa cigarette à terre,
dans le vaste monde…                                            bouquet de fleurs kitsh, acheté à la hâte sur le chemin            sous le regard courroucé de l’employé de
                                                                de l’aéroport, et le paquet déjà ouvert de douceurs                l’aéroport...On a quand même évité l’esclandre, et
L’avion de Londres est à l’heure, il a déjà atterri.            arabes, destiné à faire entrer de plein pied le voyageur           l’honneur de chacun est sauf.
Néanmoins, au vu de la foule qui se masse, compacte             dans les délices du pays…
et rieuse, devant les barrières de sécurité, dans l’attente                                                                        Ah, l’Orient ! Toute une palette de codes si subtils, non
d’apercevoir enfin celui ou celle qui rentre au pays pour       Plus loin, une forêt de pancartes multiformes et                   écrits, non dits, que chacun doit maitriser pour s’en
les vacances, je me doute que l’attente sera longue,            multicolores forme un vrai mur en mouvance, et                     sortir et vivre sous ces latitudes sans trop de
avant de voir surgir la frimousse de mon fils…                  bouche littéralement la vue aux quidams dans                       dommages!




Nous nous armons donc de patience : C. fait les cent            l’attente…La nuée de chauffeurs, mandatés par leurs                A présent, c’est la sortie des équipages : le
pas, pendant que j’essaye de trouver la meilleure               sociétés de taxis, attend sagement les voyageurs.                  commandant de bord, l’air triomphant de celui qui a
trouée à travers la foule mouvante, le meilleur angle de        Chaque apparition au bout du long couloir est                      accompli son devoir, coiffé de sa casquette rutilante,
vue pour apercevoir au plus tôt mon fils, libéré des            accompagnée d’un long trémoussement de pancartes,                  l’épaule ornée des fils de soie dorés qui rappellent à
formalités de douane, tirant sa valise en conquérant,           chacun tentant de brandir la sienne plus haut que celle            ceux qui l’auraient oublié son grade, toise sans la voir la
foulant à nouveau le sol de son pays, avec des images           des autres, dans l’espoir de se voir enfin libéré de cette         foule de ceux qui attendent les voyageurs qu’il a
plein la tête de ces deux semaines qui viennent de              longue station debout… Le passager, apeuré à l’idée de             convoyés jusqu’ici sans encombre. Il précède le
s’écouler loin des siens…                                       recevoir sur le crâne l’un de ces noms, lancé à la criée           troupeau des hôtesses et stewards, engoncés dans
                                                                par les chauffeurs, leur voix sous-tendant leurs gestes,           leurs uniformes aux couleurs de la compagnie qu’ils
Un peu en retrait donc, derrière la marée humaine, je           s’écarte alors prudemment de ce mur de vociférations               servent, et que l’on sent très pressés de revenir à leur
me prends à observer ceux qui forment cet ensemble              presque incantatoires…                                             état de civils anonymes… « Vivement mon jeans ! »,
touchant d’amour et d’affection, tous unis dans une                                                                                peut-on presque lire sur tous ces visages un peu tirés,
même ferveur, dans l’attente d’un même événement :              A l’autre bout de l’aérogare, un autre vacarme, digne              fatigués par leur longue station debout à bord…
l’arrivée d’un des leurs.                                       d’un concert rock à Baalbek, retentit et s’amplifie,
                                                                accompagné des youyous des femmes voilées : ce                     Soudain, des hurlements de joie : mon homme de tout
Les premiers sortis des griffes des douanes et de la            groupe-ci a également entraperçu son « revenant », et              à l’heure, perdu dans l’immensité de l’aérogare, a enfin
Sûreté Générale commencent à apparaître dans le                 lui a préparé un accueil très sonore. Tambourin,                   retrouvé les siens !! Effusions, larmes, mais surtout
long corridor, à la queue leu leu, trainant les valises         derbaké, maracas et applaudissements nourris                       questionnemes : « mais où étiez-vous ? Cela fait une
surement pleines de présents pour la famille et les amis        ponctuent les quelques pas qui le séparent de tout son             heure que je vous attends ! »… La famille s’était
restés au pays : leurs yeux, assaillis par la lumière crue      village : ils se sont tous déplacés, de l’aïeul au nourrisson,     visiblement lourdement trompée d’horaire, ou avait
des néons de l’aérogare, clignent plusieurs fois. La main       et forment autour de lui un cercle d’amour, d’affection,           mal calculé le temps de route, dans la circulation
en visière sur le front, ils tentent de reconnaître les         et…de bruit !                                                      ambiante…Les retrouvailles, bien sûr chaleureuses, sont
visages familiers de la parentèle venue à leur rencontre,                                                                          néanmoins teintées d’une petite dose de reproches !
parmi les centaines de faces hilares qui, elles aussi,          Plus près de moi, une blonde péroxydée a visiblement
scrutent sans ménagement chacun d’entre eux,                    passé sa matinée à se faire belle pour le retour de son            La foule se clairsème peu à peu…Le calme revient
tentant à chaque apparition de dissimuler leur                  homme : coiffure, maquillage, manucure, pédicure, rien             devant les immuables barrières de sécurité. Tout à
déception quand ce n’est pas celui ou celle qu’on               n’a été laissé au hasard, et une très longue station               coup, je suis bousculée par l’arrière : prête à mordre, je
attend… Rongeant alors à nouveau son frein, le                  devant la penderie l’a amenée à choisir les vêtements              me retourne pour fustiger le malotru qui m’est rentré
mouvement ondulatoire qui saisit la foule à chaque              sexy du jour… Elle brille de mille feux, et a le rose au joues :   dedans. Deux petits bras tout ronds m’enserrent alors,
apparition se calme , telle une vague qui s’échoue sur          bientôt IL sera là !                                               et c’est moi qui pousse le cri de joie : enfin, le voilà !
la grève, et les questions fusent : « d’où venez-vous ?         Quant à lui, qui traine sa lourde valise derrière moi, d’où        C’est mon fils que je serre jusqu’à l’étouffement…
Vous étiez sur quel avion ? Les valises sont-elles arrivées ?   sort-il ? Cela fait plusieurs fois que je le vois arpenter
Y a-t-il beaucoup de monde « à l’intérieur ? »…                 l’immense salle d’attente de l’aérogare… Perdu, défait,            Isabelle Eddé

								
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