N12 Journal anarcho-indpendantiste breton 1,5 by termo

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									       Le Huchoèr
N°12    Journal anarcho-indépendantiste breton   1,5 €




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                                               EDITO

                                                             Le procès des militants bretons emprison-
L’actualité ne nous donne guère de raisons de         nés depuis plusieurs années a, sans surprise, lais-
nous réjouir. Les États et le capitalisme se por-     sé transparaître la supercherie d’un acharnement
tent plutôt bien.                                     pour des motivations politiques et il semble que
       La Loi de confiance dans l’Économie Nu-        ce soit loin d’être fini pour certains d’entre eux.
mérique va encore supprimer des lieux d’expres-       Ne manquons pas de faire l’accueil qu’il se doit
sion, de démocratie (même déjà fort imparfaits)       à ceux qui ont eu la chance de revenir parmi les
sur Internet. Les individus continuent à être trai-   leurs, continuons à soutenir ceux qui y sont res-
tés comme du bétail, que ce soit dans les prisons,    tés.
ici et ailleurs, ou en dehors… les capitaux ne               Le rythme des élections ne s’interrompt
connaissent pas de frontières mais on continue à      jamais et continue à nourrir les illusions : le
expulser des sans-papiers par charters après leur     « message » des électeurs au gouvernement Raf-
avoir fait subir l’enfer dans notre cher Eldorado     farin a permis à celui-ci de prendre un second
européen. Tandis qu’ici le secteur de l’immobi-       souffle… on prend les mêmes et on fait pire ! En
lier pénitentiaire connaît un effroyable essor,       Bretagne, certains cultivent particulièrement
certains font semblant de découvrir qu’en Irak,       l’amnésie : les espoirs d’émancipation culturelle
comme ailleurs, même dite « démocratique »,           que fait miroiter la région passée « à gauche »
une armée signifie guerre, c’est-à-dire asservis-     n’est pas sans rappeler une certaine année
sement, tortures et boucheries.                       1981…
       Les attentats madrilènes vont donner un               Trawalc’h ! Que faire ? Amorcer la riposte
coup de fouet au flicage : en Hexagone, le plan       assurément, c’est à dire diffuser nos idées d’ac-
Vichy-pirate nous offre le spectacle d’un vérita-     tions et de modes de fonctionnement alternatifs,
ble état de siège : les bidasses, Famas au poing,     s’investir quotidiennement dans les luttes, là où
qui patrouillent sans cesse dans nos rues servent     le malaise se fait de plus en plus ressentir. Empê-
plus à réprimer les classes « dangereuses » qu’à      cher que d’autres récupèrent ces combats, être
combattre le terrorisme…                              les éternels empêcheurs de tourner en rond, et ce
       La précarité semble aussi avoir de beaux       même (voire surtout) envers les camarades indé-
jours devant elle : à Rennes les salariés de STMi-    pendantistes et les autres libertaires.
croelectronics qui ont déjà occupé durant plu-
sieurs mois leur lieu de travail (pour protester            Bemdez hag e pep lec’h : bevomp disuj !
contre leur licenciement en bloc) se préparent à
être éjectés par la milice du capital. Et c’est pas                                        Per-Ewan
forcément mieux ailleurs.




                                                  Salut à Thierry, qui nous a quitté fin
                                                  mars à Rennes. Compagnon, camarade
                                                  de lutte dans le comité de soutien à An-
                                                  nie et Bernard, dans le collectif Du -ru-
                                                  ty, à Pen kalet, dans le comité de soutien
                                                  au peuple palestinien de Bégard…nous
                                                  n’oublierons pas tes engagements mal-
                                                  gré tous tes soucis de santé. Longue vie
                                                  au P.C.K… !!! Continuons le combat !


            Le Huchoèr ( le porte-voix en gallo ) est le journal trimestriel de la
           Coordination pour une Bretagne Indépendante et Libertaire (CBIL)

                              Contact : huchoer@no -log.org
                  Le Huchoèr c/o CBIL, BP 70402, 22200 Gwengamp cedex


                                      2         Le Huchoèr
      Plate-forme fondatrice de la                         ment d’émancipation sociale né avec la Révolution
                                                           Industrielle. Pour nous, la libération nationale ne peut
         Coordination Bretagne                             se faire sans une libération collective et individuelle.
       Indépendante et Libertaire                          Cependant, nous ne privilégions pas un terrain de
                                                           lutte plus qu’un autre.
                                                           L'État, contrairement à ce qu'il insinue, est un outil
               De part leur culture spécifique, leur       qui va forcément à l'encontre des peuples et des indi-
histoire, leurs langues, leur sentiment d'appartenance     vidus.
commune, les Breton/nes constituent un peuple. Tout
peuple a le droit d’exister en tant que tel. Nous som-             Prendre ses affaires en main, c'est ne pas lais-
mes donc pour l'indépendance de la Bretagne, afin de       ser quelqu'un d'autre (élus, flics, préfets…) décider à
prendre notre avenir en main, de développer nos lan-       notre place. Que ce soit pour des questions de société,
gues et notre culture et de réparer les dégâts infligés    d'économie, de relation internationale, d'écologie…,
par le colonialisme français : acculturation, perte de     ou pour le quotidien où les lois sont l'instrument ré-
nos langues, dépendance totale à l'État… Nous vou-         pressif qui empêche l'individu/e de décider ce qui est
lons être acteurs et actrices de notre histoire.           bon pour lui/elle. Nous sommes donc pour un fonc-
La France telle qu'elle nous est présentée n'existe pas.   tionnement qui part de la base : assemblées de villa-
Sa conception nationale occulte notre identité en dépit    ges, de communes, de groupes affinitaires, de pays,
des principes sur lesquels elle est soi-disant fondée.     où chaque individu/e peut s'exprimer et chaque idée
C'est un projet politique d'uniformisation, d'asservis-                  être débattue entre tous/tes pour arriver à
sement des peuples et de centralisation des                              un consensus, afin de prendre en compte
compétences. En Bretagne, comme ailleurs,                                les intérêts de tout le monde sans exclu-
l'État français s'est toujours comporté en État                          sive.
colonialiste :                                                           Jusqu'ici tous les modèles que l'on nous a
                                                                         imposés ont été un échec (capitalisme,
-    Économiquement (pêche, agriculture,                                 socialisme de l'Est, démocraties électora-
     industries…)                                                        listes…). Il est donc temps d'imaginer et
-    Socialement (ANPE, P.A.R.E…)                                        de construire une société nouvelle sur des
-    Politiquement (centralisation, des pou-                             bases humaines et collectives, et non
     voirs et prises de décisions à Paris sans                           spéculatives et autoritaires.
     consultations locales…)                                             Une Bretagne libertaire est résolument
-    Militairement (JAPD, répartition calcu-               anticapitaliste, anti-autoritaire et antifasciste. Parce
     lée des forces d'occupation…)                         que la loi des marchés ne profite qu'à une poignée
 ainsi que dans tous les autres domaines (choix éner-      d'individu-es qui exploite le reste de la population et
gétiques, éducation…).                                     les ressources naturelles, nous sommes contre toute
                                                           forme de patronat et pour la ré -appropriation des ou-
          Nous sommes internationalistes                   tils de production par ceux et celles qui cherchent à
                                                           mettre en place l'autogestion, et produire uniquement
        En cela nous sommes solidaires des autres          le nécessaire. Cassons la logique productiviste qui n'a
peuples en luttes (sociales ou de libérations nationa-     pour but que le profit !
les) et nous sommes conscientEs qu'une lutte pour
une Bretagne libertaire ne peut se concevoir que dans              L'uniformisation culturelle des peuples répond
une lutte au niveau mondial. Dans cette perspective,       au besoin de standardisation et de contrôle de la
le combat breton constitue une étincelle pouvant en        consommation par les exploiteurs. Cette logique ou-
entraîner d'autres, en particulier dans les luttes         vre la porte à l'intolérance.
d'émancipation qui sont un réservoir potentiel de          Pour nous l'indépendance est synonyme d'ouverture
changements sociaux radicaux.                              envers les autres. Pas question d'instaurer des frontiè-
En ce qui concerne les langues, le peuple breton,          res et de rejeter l'autre. La Bretagne est multiple et
suite à la politique linguicide et uniformisatrice fran-   multiculturelle, et nous sommes conscient/es que c'est
çaise, parle maintenant français dans son ensemble.        par cette mixité culturelle que les peuples avancent.
Nous ne sommes donc pas contre la langue française,        Nous sommes contre toute forme de chauvinisme.
mais le breton et le gallo doivent reprendre la place      Être Breton/ne ne signifie pas forcément être né/e en
qu'elles ont perdue dans la société civile, l'éducation,   Bretagne ou porter un nom breton. Être Breton/ne,
la presse… Nous sommes pour une société plurilin-          cela peut être choisir de participer à la vie collective
gue où toutes les langues issues de l'immigration ont      bretonne, aux initiatives et aux décisions, être présent/
leur place sans exclusion.                                 e dans les assemblées.
                     Libertaires
                                                               Coordination Bretagne Indépendante et Libertaire
       Nous nous inscrivons en continuité du mouve-
                                                                                        http://www.cbil.lautre.net


                                          3         Le Huchoèr
   Quand le bâtiment va,               en flèche.
        tout va...                     Pierre Bedier avait déclaré dans un          La prison ça rapporte
                                       entretien au Figaro Entreprises
                                       que la construction des 18 nou-        On le voit bien, les enjeux moné-
Ne ra nemet kreskiñ niver a dud        veaux établissements pénitentiai-
                                       res prévus (environ 11000 places)
                                                                              taires sont énormes, et la prison
                                                                              représente une manne financière
toullbac’het e Bro-C’hall. Ha
cheñchet e vo penn d’ar vazh a         sera désormais financée par les        qui permet l’arrosage de bon nom-
                                       groupes de BTP, alliés à des ban-      bre d’entreprises liées de près ou
gredit ? Nann, kavout a reont
gwelloc’h kreskiñ ivez niver a         ques. L’État deviendra donc loca-      de loin avec le pouvoir politique.
brizonioù e-lec’h prederiañ war ar                                             Le politique ne se soucie pas de
                                                                               voir déborder ses prisons… La
perak eus sifr ar brizonidi… met
amañ kaoz a zo ivez eus moneiz,                                                politique sursécuritaire menée
ha pa glevont trouz an arc’hant,                                               depuis quelques années (amorcée
                                                                               faut-il le rappeler par la gôche
spered hor mistri a goll an
nebeudig a skiant a chome dezho.                                               plurielle) n’est pas prête de s’ar-
                                                                               rêter en si bon chemin… Le car-
                                                                               céral fait partie intégrante de l’é-
Les majors du BTP sont heureux !
Le gouvernement français a donné                                               conomie et le patronat l’a très
plus de liberté au marché de la                                                bien assimilé. Un détenu en
                                                                               France ne signe pas de contrat de
construction des prisons. En effet,
le gouvernement fait semblant de                                               travail, ni avec son employeur ni
s’apercevoir qu’il n’aura jamais                                               avec l’État. N’étant pas soumis au
                                                                               régime général du travail, les dé-
assez de temps ou d’argent pour
dégorger les prisons qu’il ne cesse                                            tenus ne bénéficient pas du droit
de remplir, pour construire de nou-                                            d’association, de syndicalisation,
veaux bâtiments. Le taux d’occu-                                               d’accès aux congés payés, du
pation des prisons est actuellement                                            chômage, d’arrêts maladie et au-
de 126% en moyenne, mais en y                                                  tres minimas sociaux. De plus les
regardant de plus près, des prisons                                            avantages fiscaux pour l’em-
atteignent des pics de surpopula-      taire des murs et par conséquent       ployeur sont loin d’être négligea-
tion de 220% comme à Bayonne           versera un loyer aux entrepreneurs     bles (environ 3 à 5% du chiffre
(143 détenus pour 65 places !), et     de BTP ainsi qu’aux banques ce         d’affaire de l’établissement).
de 235% comme à Toulon.                qui réjouit des groupes comme          Le travail en détention est une
Le Comité Anti Torture du conseil      Bouygues et Eiffage : « Avoir          zone de non droit où aime s’en-
de l’Europe estime que les condi-      comme locataire l’État, on ne peut     gouffrer le capital. L’emploi dans
tions de détention s’apparentent       rêver mieux comme garantie »,          les taules, d’une rare flexibilité,
parfois à un « traitement inhumain     filiales qui avaient été condamnées    transforme le détenu en une main
et dégradant ». Au 1er mars 2004       à des amendes dont le total se         d’œuvre parfaitement malléable et
donc, 61.032 personnes croupis-        monte à 95 millions d'euros pour       très rapidement disponible.
sent dans les geôles de l’État fran-   une série d'ententes réalisées dans    La boucle est ainsi bouclée. La
                                                        les années 1990.      misère sociale qui s’installe à l’ex-
                                                        Outre les BTP et      térieur transforme le travailleur en
                                                        les banques, l’ar-    chômeur, le chômeur en rmiste, le
                                                        chitecte Guy Au-      rmiste en rmaste ou bien en taulard
                                                        tran s’en met lui     exploité par des entreprises exploi-
                                                        aussi plein les po-   tant sans vergogne cette misère
                                                        ches. En effet, le    dont ils sont en grande partie res-
                                                        vice-président de     ponsables.
                                                        l'Académie d'Ar-      Dans ces conditions, les grands
                                                        chitecture ne sait    discours sur la réinsertion ne sont
                                                        plus où donner de     que paroles vides de sens, une
                                                        la tête : Guy Au-     musique douce servant à endormir
                                                        tran a dessiné la     le quarteron de socdems qui, ainsi
                                       maison d'arrêt d'Épinal, le centre     rassuré, pourra encore dormir en
çais qui ne sait battre des records                                           paix ce soir…
que dans ce genre de disciplines.      pénitentiaire de Guyane, il a rem-
Cocorico !                             porté le programme 13 000 Zone
                                       Est (réalisation de 7 établissements                      Robert Dizober
Les prisons dégorgent… le peuple
morfle, mais bonne nouvelle, les       pénitentiaires) et le programme
actions du bâtiment vont grimper       4000-France (3 établissements
                                       pénitentiaires)…


                                         4          Le Huchoèr
       L’anarchisme et                 Il faudrait toute la mauvaise foi du    Le lien entre la défense des cultu-
    la liberté des peuples             nationalisme français pour oser         res et les luttes d’émancipation des
            - Partie 2 -               nier le rôle qu’a joué l’État fran-     peuples n’est ni simple, ni anodin.
                                       çais dans l’extermination de cer-       Pour une simple et bonne raison :
                                       taines langues et dans l’extinction     l’oppression d’une culture est sou-
  Non à la langue officielle, oui
    aux langues populaires !           progressive des autres. C’est pour-     vent intimement liée à l’oppres-
                                       quoi sur la forme on ne saurait         sion d’un peuple mais les moyens
                                       personnellement s’opposer à une         pour défendre l’un ou l’autre peu-
       L  a question de la culture     demande de réparation faite à cet
                                       État, que ce soit par les biais du
                                                                               vent différer. De plus, la survie de
                                                                               la culture ne signifie pas la liberté
bretonne qui à l’image de toutes
                                       financement des écoles et de l’en-      du peuple et, réciproquement, l’é-
les cultures de ce monde doit être
préservée dès lors que des indivi-     seignement du breton, par un affi-      mancipation du peuple ne garantit
dus le souhaitent, et plus particu-    chage bi(tri)lingue, par la traduc-     en rien la sauvegarde de la culture.
                                       tion des documents administra-          Les deux sont donc indissociables
lièrement la question des langues
bretonnes posent le problème des       tifs… Mais sur le fond ce serait        et parties intégrantes d’une lutte à
moyens. Cela est à mettre en pa-       redonner à cet État la mainmise         laquelle, en tant qu’anarchistes,
                                       politique sur nos langues, ce serait    nous devons prendre part. Si la
rallèle avec un slogan couram-
ment entendu dans les manifesta-       remettre une fois de plus leur sur-     destruction volontaire d’une
tions en faveur de la langue bre-      vie entre ces mains destructrices,      culture par un État dominant doit
                                       enfin, ce serait déresponsabiliser      nous paraître inacceptable en tant
tonne celtique (Ar brezhoneg) :
« Brezhoneg, Yezh Ofisiel » ( Le       ceux qui veulent faire vivre ces        que telle, le maintien sous domina-
breton langue officielle).             langues en leur en retirant l’avenir,   tion coloniale d’un peuple doit
                                       alors que nous ne devons avoir          l’être encore plus. Le centralisme
        Cela est un problème à         qu’un désir pour l’État colonial        colonial est l’ennemi majeur d’un
deux titres, d’abord parce qu’une      français (comme pour tout les au-       fédéralisme libertaire de part ses
« officialisation » ne peut venir      tres), c’est qu’il disparaisse sans     caractères de domination, de
que d’un État (que ce soit celui       laisser aucune de ses résurgences.      contrôle et d’oppression.
d’occupation ou celui que certains     Il serait donc déjà bien que l’État     Refuser la liberté d’un peuple,
nous préparent) et en                                                                            c’est aussi se poser
cela je ne peux adhérer                                                                          soit même en co-
en tant que militant anar-                                                                       lon en déterminant
chiste et donc anti-                                                                             arbitrairement ce
étatique.                                                                                        que doit être le
Ensuite, parce que l’offi-                                                                       statut des (autres)
cialisation du seul breton                                                                       peuples.      C’est
celtique, le placerait en état de                                                                donc par essence
supériorité face au breton roman       français, à défaut de sauver nos        une démarche autoritariste que
(le gallo) voire aurait même ten-      langues, commence déjà par nous         l’on ne saurait accepter surtout
dance à étouffer le gallo, à l’image   laisser les sauvegarder en paix, les    lorsque l’on est libertaire.
de ce que le français, langue offi-    parler librement en tout lieu et en     C’est donc parce que tout peuple a
cielle de l’État français, a fait au   toutes circonstances, même lors-        le droit d’être libre, que tout peu-
breton, au corse, au basque, à l’oc-   que nous somme autoritairement          ple a de fait le droit de lutter pour
citan, au picard… Hors comme dit       convoqués par ses institutions          le devenir. Stigmatiser ou condam-
précédemment, aucune langue ne         (fisc, tribunaux, forces d’oppres-      ner systématiquement les luttes
saurait acquérir à mes yeux un         sion et de répression), les défendre    dites de « libération nationales »
statut de supériorité vis -à-vis       même activement sans être harcelé       c’est de facto se poser en allié de
d’une autre : c’est pourquoi au-       ou fiché par ses sbires.                l’État colonisateur, ne pas y parti-
cune ne doit disparaître et aucune     Ce n’est donc pas par une officiali-    ciper c’est collaborer de manière
ne doit dominer. En revanche, et       sation, ni par montage sur piédes-      passive au maintien de la situation
toujours en tant que militant anar-    tal que l’on peut envisager la sau-     d’asservissement, et il est dur de
chiste et donc anti-étatique, je ne    vegarde des langues opprimées et        déterminer lequel de ces deux
peux accepter qu’un État, et en-       minorisées, mais par une réappro-       comportements est le plus néfaste.
core plus lorsqu’il s’agit d’un État   priation populaire et surtout, dé-      En tout cas les deux sont anti-
colonial, fasse tout ce qui est en     complexée.                              libertaires sur le fond puisqu’ils
son pouvoir pour réduire au si-                                                contribuent l’un et l’autre à main-
lence les langues des peuples qu’il                                            tenir un asservissement, qui plus
maintient soumis, justement dans        De la défense des cultures à la        est étatique.
le but de donner une position de              liberté des peuples.             Le droit à la lutte des peuples n’est
supériorité à une langue, celle qui            Le droit à la lutte.            donc pas niable ni réfutable. En
                                                                                                        (Suite page 6)
a chez lui le statut « officielle ».


                                         5           Le Huchoèr
(Suite de la page 5)                    plus d’oppression que la situation       pression de toutes les formes d’op-
revanche, l’acceptation du principe     coloniale. C’est justement pour          pression sans aucune distinction et
des luttes d’émancipation ne retire     éviter ces déviances qu’il nous faut     ce au profit de tous les individus.
en rien le droit de chaque individu     nous investir pleinement dans l’é-       Il est, par ailleurs, beaucoup plus
de se montrer critique vis -à-vis des   mancipation des peuples, pour que        inquiétant de relever l’attitude
différentes organisations militan-      cette émancipation porteuse d’es-        empreinte de mauvaise foi de tant
tes, particulièrement sur le plan du    poir ne soit détournée et utilisée       d’autres. Ainsi l’hypocrisie de
projet de société développé par les     par des forces bourgeoises ou éta-       certains est particulièrement fla-
dites organisations. On peut pareil-    tistes. Ne rien faire, c’est à la fois   grante quand on les voit crier
lement en critiquer les moyens ou       accepter le fait colonial et remettre    « Solidarité avec le peuple palesti-
les actions à condition que cela se     en les mains de nos adversaires les      nien », « Vive le Chiapas libre »,
fasse sans remettre en cause le         espoirs de libération.                   « Free Tibet » et brusquement
principe du droit de chaque peuple                                               changer de comportement lorsqu’il
à la liberté. Bien au contraire la                                               s’agit de la Bretagne. Que dire
critique constructive des mouve-                                                 alors d’une organisation qui affi-
ments de libération nationale doit                                               chait, il n’y a pas encore si long-
être permanente. Nous devons                                                     temps que cela (années 80-90), sur
mettre en garde contre les groupes                                               les murs hexagonaux « Vive la
bourgeois, autoritaires ou fascistes                                             Kanaky libre, sans État ni pa-
qui pullulent en marge de ces                                                    trons » mais dont les membres
mouvements. Il ne s’agit pas d’ap-                                               arrachent haineusement aujourd-
prouver aveuglement les agisse-                                                  ’hui les affiches marquant « Vive
ments de toutes les organisations                                                la Bretagne libre, sans État ni pa-
participantes mais bien de partici-                                              trons ». A titre d’anecdote, mais
per nous aussi, de notre coté, pour                                              sans vouloir pour autant rentrer
que, par notre orientation anar-                                                 dans les polémiques plus récentes
chiste, la libération espérée ne se                                              car cela n’est pas le propos de ce
transforme pas en cauchemar pour                                                 texte, il me faut raconter ici un
les peuples. D’ailleurs la lutte de                                              dialogue vu et entendu dans un bar
libération doit être menée de front                                              de Rennes où se déroulait une ré-
avec les autres luttes sociales, et                                              union entre les différentes organi-
sans en être détachée. Comme déjà                                                sations libertaires de la ville en
dit précédemment, l’ensemble des                                                 vue de la préparation du sommet
luttes forme un tout indissociable.                                              du G8 à Evian. Ce dialogue portait
                                                                                 justement sur les crispations occa-
                                                                                 sionnées par le détournement d’af-
  De l’anarchisme à l’anarcho-                                                   fiches anarcho-indépendantistes
 indépendantisme : critique des         Un second point évoqué par ceux          bretonnes portant la fameuse men-
 anarcho-nationalistes français         qui se refusent à participer aux         tion « Vive la Bretagne libre, sans
                                        luttes d’émancipation des peuples,       État ni patrons » : « Pourquoi la
Si l’anarchisme doit alors permet-      est une supposée opposition entre        Kanaky libre et pas la Bretagne
tre, en théorie du moins, d’émanci-     les luttes dites de « libération na-     libre ? » « Ben, parce que la Kana-
per les peuples en même temps           tionale » et la sacro-sainte « lutte     ky, c’est une île ! ». Étions nous
que les individus, l’un allant avec     des classes ». Cette affirmation est     bêtes au point de ne pas percevoir
l’autre, en quoi l’anarcho -            inquiétante ; les luttes ne seraient     cette évidence ! « Ben la Corse
indépendantisme est-il nécessaire ?     donc pas inter pénétrantes et inter-     aussi alors ? » Silence gêné de
Tout simplement, parce que ce qui       connectées. La lutte anti-sexiste        l’interlocuteur. « Ben oui… Mais
vaut en théorie, ne vaut pas tou-       est-elle incompatible avec la lutte      non ! Ce n’est pas pareil ! ». Mise
jours dans la réalité. Nombre d’a-      des classes ? , et la lutte antifas-     à part, l’absence d’argument cons-
narchistes, que l’on pourrait quali-    ciste (n’oublions pas que certains       tructif de sa part, notre interlocu-
fier de jacobins, au lieu de défen-     électeurs du FN sont issus de la         teur semblait avoir une conception
dre l’émancipation des peuples,         classe ouvrière…) ? et l’anti-           assez « spéciale » des relations
s’y oppose. Pourquoi ? Certains         répressif ? et la défense des classes    entre les peuples : les peuples in-
sont sincères, d’autres moins. Les      pauvres « non ouvriè-                    sulaires ont le droit d’être parti
premiers prennent en crainte ces        res » (chômeurs volontaires ou           intégrante du processus de décolo-
luttes à cause de leurs travers qui     non, par exemple) ? Réduire l’a-         nisation, pas les autres. Colons de
bien souvent ont transformé certai-     narchisme à la seule lutte des clas-     tous poils, prenez en de la graine :
nes de ces luttes en ciment de fa-      ses est non seulement un non-sens        ne colonisez que les peuples qui se
brication d’un nouveau pouvoir ou       mais aussi un renoncement grave          trouvent sur le même continent
d’un sectarisme générateurs de          à nos convictions qui vise la sup-                               (Suite page 7)



                                           6          Le Huchoèr
(Suite de la page 6)                    listes et jacobins au sein même du      vant leurs yeux les armées et les
que vous car la mer et les océans       courant anarchiste.                     forces policières d’un État
sont garants du droit à la liberté !                                            (étranger ou même autochtone), ni
Oui, c’est une conception très                                                  d’avoir à supplier la lointaine
étrange.                                    Le piège du nationalisme            capitale pour gagner quelques
 Mais alors, et le Tibet ? et le                                                misérables espaces de libertés
Chiapas ? Il faut arrêter de cher-      De part sa connotation actuelle et      supplémentaires. Or ceci n’est pas
cher sans cesse des justifications et   les choses fort différentes qu’il       le cas actuellement, l’État français
regarder la vérité en face : lorsque    désigne, le terme « nationaliste »      restant fidèle à lui-même (comme
c’est loin et exotique, il est tou-     ne peut plus être employé qu’avec       tous les États par ailleurs).
jours de bon ton de soutenir, lors-     des pincettes. Tout d’abord, parce      C’est pourquoi, je refuse, moi,
que c’est proche et concret, il est     qu’il renvoie, à la défense d’une       l’étiquette nationaliste, même si
plus porteur et plus populaire de       nation ou d’un peuple. Il s’agit de     des individus anarchistes peuvent
condamner !                             se battre, dans l’une de ses signifi-   s’y reconnaître du fait qu’ils n’ont
En fait, tout cela découle, de la       cations courantes, pour la libéra-      pas la même définition que moi de
part de certains anarcho-jacobins,      tion d’un peuple, et d’un seul,         ce qu’est le nationalisme et de ce
d’une véritable crispation nationa-     même s’il n’exclut pas la solidarité    que représente le fait d’être natio-
liste du type « touche pas à ma         avec un ou des peuples « amis ».        naliste. En revanche, j’assume
république une et indivisible, ber-     Or, dans une vision anarchiste, il      pleinement l’appellation d’indé-
ceau des lumières qui illuminent        est inconcevable que la liberté ne      pendantiste car en plus de vouloir
les sauvages de votre espèce, que       soit le droit que de certains peu-      l’indépendance du peuple breton
                                                     ples. C’est le droit de    vis -à-vis de l’État français je veux
                                                     tous les peuples ou        la libération de tous les peuples et
                                                     groupements d’indivi-      dans tous les domaines (social,
                                                     dus à leur émancipa-       colonial, individuel, culturel) ;
                                                     tion qu’il faut soutenir   c’est là le fondement même de
                                                     sans aucune exclusion.     l’internationalisme.
                                                     En tant qu’anarcho-
                                                     indépendantiste, je ne
                                                     défends pas seulement        Les dangers du nationalisme
                                                     l’indépendance de la           bourgeois ou autoritaire
                                                     Bretagne, mais le droit
                                                     à l’indépendance de        L’histoire des luttes d’émancipa-
                                                     tous les peuples oppri-    tion des peuples, souvent qualifiés
                                                     més et dominés du          de « luttes de libération natio-
vous devriez déjà être content d’ê-     monde. L’ancrage particulier            nale », est porteuse d’une leçon
tre français ». Les relations qu’en-    (apprentissage du breton, défense       parfois douloureuse : les efforts
tretiennent certains de ces indivi-     de la culture, participation à la       des peuples opprimés pour ôter les
dus avec des organisations natio-       lutte d’émancipation du peuple          chaînes qui leur ont été imposées
nalistes françaises et ultra républi-   breton sur tous les plans) de la        par un État dominant sont trop
caines se comprennent dès lors          lutte à laquelle je souhaite partici-   souvent détournés, manipulés et
plus facilement.                        per en Bretagne n’est due qu’a un       utilisés par une frange bourgeoise
S’il est possible de débattre, de       concours de circonstance : mon          de la population dite autochtone
discuter et de travailler avec ceux     lieu de vie, l’endroit dans lequel je   pour s’accaparer le pouvoir.
qui nous opposent une critique          souhaite m’investir, la culture à       Cet « opportunisme révolution-
sincère de nos idées, il devient de     laquelle je suis attaché, le lien af-   naire » a déjà permis en Europe de
plus en plus douteux de pouvoir le      fectif me rattache à mon                placer une bourgeoisie de centre
faire avec les autres. Des évène-       « terroir ».                            droit, libérale et conservatrice à la
ments récents sont là pour le prou-     Mon but n’est absolument pas            tête de l’Irlande. Transformant
ver, qui hélas jette le discrédit sur   d’exacerber un sentiment national       l’espoir sollicité par la participa-
toute une organisation, et par à        breton, encore moins de prôner          tion des classes prolétaires et d’or-
coup affaiblit l’ensemble de la         une forme quelconque de patrio-         ganisations ouvrières (ITGWU,
mouvance anarchiste. Comme si           tisme, mais d’affirmer que tou(te)s     ICA), par la création des soviets
nous étions déjà assez représenta-      ont le droit de vivre librement,        ouvriers de Cork et de Limerick en
tifs et assez forts pour cela !         sans domination coloniale, avec         une organisation étatique commer-
Notre existence, en tant qu’anar-       leur(s) culture(s), leur(s) langue(s)   cialement libérale (aide à l’implan-
cho-indépendantistes tire donc sa       sans avoir à craindre du mépris         tation des entreprises étrangères,
pleine justification de l’existence     centraliste, sans voir opposer à        lois patronales), socialements mi-
du phénomène colonial mais aussi        leur culture, une prétendue culture     sérables (persistance de bidonvil-
de l’existence d’éléments centra-       supérieure, sans voir défiler de-                               (Suite page 8)



                                          7           Le Huchoèr
(Suite de la page 7)                    que de remplacer l’État colonial        pour croire qu’un flic breton sera
les jusque dans les années 60, exis-    par un État local, qui par la créa-     moins oppresseur qu’un flic fran-
tence de ghettos ouvriers) , mora-      tion d’une police, d’une armée,         çais ? pour croire qu’une matraque
lement conservatrice (refus du          d’une réglementation, de tribu-         bretonne sera plus douce qu’une
droit à l’avortement, participation     naux, d’institutions diverses ne        matraque française ? pour penser,
de l’église catholique dans les dé-     feront que singer le système pré-       de fait, que la création d’un État
cisions politiques), politiquement      existant à une échelle réduite.         breton soit la solution à tous les
de droite.                              Être anarcho-indépendantiste ce         maux de la Bretagne ?
Et quand ce ne sont pas les bour-       n’est pas être anarchiste d’une part    Penser l’indépendance de la Breta-
geois qui récupèrent les fruits de la   et indépendantiste de l’autre, c’est    gne (du peuple breton) comme une
lutte ce sont d’autres autoritaris-     être simultanément, indistincte-        fin en soi c’est se leurrer, et c’est
mes (de gauche ou de droite) qui        ment, et indissociablement les          leurrer les individus pour lequel on
se mettent en place pour substituer     deux, c’est vouloir la libération et    essaye de se battre à commencer
une nouvelle forme d’asser-                                                        par nous-mêmes. C’est se placer
vissement à l’ancienne.                                                            soi-même en situation d’être
L’exemple de la Révolution                                                         asservi par un nouveau pouvoir,
Russe de 1917 restera tou-                                                         par un nouvel État.
jours un exemple marquant                                                          En revanche, l’indépendance des
pour la mouvance anarchiste à                                                      peuples doit permettre la libéra-
plus d’un titre : tout d’abord                                                     tion culturelle, linguistique et
parce que, de part sa partici-                                                     coloniale (dans toutes ses dimen-
pation active aux évènements,                                                      sions, économiques ou militai-
elle a contribué à la mise en                                                      res). L’indépendance est néces-
place d’un régime totalitaire                                                      saire car il s’agit là de remettre
allant à l’encontre même de tous        l’émancipation des peuples, de          tous les peuples sur un pied d’éga-
ses principes de base ; ensuite         tous les peuples, dans le cadre         lité, d’enlever ces liens de supério-
parce qu’en refusant de réaliser        d’un projet de société clairement       rité qui subordonnent certains peu-
immédiatement son erreur, dans          libertaire, autogestionnaire et anti-   ples à d’autres par l’entremise des
les deux ou trois premières années      étatique.                               États dominant.
qui ont suivi l’avènement du ré-                                                Bref, il convient de ne pas trans-
gime, elle s’y est un peu plus com-     L’indépendance mais pas n’im-           former l’indépendance en mirage
promise ; enfin parce que ses al-               porte laquelle.                 libérateur, mais de concilier la
liées de l’époque ont été ses pires                                             libération des peuples (anti-
ennemis par la suite : partout où le    C’est pourquoi en tant qu’anarcho-      colonialisme et anti-impérialisme)
régime soviétique s’est senti gêné      indépendantiste, il faut savoir se      avec la libération de tous les indi-
par les anarchistes, il n’a jamais      garder de courir à tout prix der-       vidus (anti-sexisme, anti-étatisme,
hésité à les abattre dans le dos.       rière l’indépendance. Car celle-ci      autogestion, anti-répressif, anti-
Dès les débuts du nouveau régime,       n’apporte une avancée réelle pour       autoritarisme). Il convient de lut-
les prisons russes se sont remplies     l’émancipation des peuples qui si       ter sans se perdre dans le piège de
d’anarchistes, beaucoup faute d’a-      elle s’accompagne des change-           l’interclassisme néfaste à toute
voir été emprisonnés ont disparu        ments sociétaux profonds que nous       révolution.
entre les mains des soviétiques ;       appelons de nos vœux : la mise en
Makhno et ses partisan(e)s ont vu       place d’une société libertaire. Il         [Suite dans le prochain numéro]
leurs espoirs écrasés par le bulldo-    convient de rappeler constamment
zer de l’armée rouge ; la CNT           que l’indépendance ce n’est pas La                                     OLC
(Confédération Nationale du Tra-        Liberté, c’est une liberté. C’est la
vail) et la FAI (Fédération Anar-       fin d’une oppression, par la sup-
chiste Ibérique) ont été trahies lors   pression du lien hiérarchique et
de la guerre d’Espagne par leurs        colonial qui maintient un peuple
« alliés » rouges.                      sous la domination d’un État au-
Il faut donc bien se garder de la       tochtone.
tentation des alliances douteuses       Mais l’indépendance sans la mise
au seul prétexte de se constituer un    en place d’un projet de société
front de libération nationale ou        réellement libérateur pour le peu-
sociale plus fort. Il n’y a pas de      ple mais aussi pour chacun des
pire ennemi à l’émancipation so-        individus qui le compose n’ap-
ciale des peuples que l’interclas-      porte rien : qui serait assez bête
sisme (alliance avec la bourgeoi-       pour croire qu’un patron breton, au
sie) ou l’alliance avec des autorita-   seul fait qu’il soit breton, sera
ristes qui n’ont pour seule visée       meilleur qu’un patron français ?


                                          8           Le Huchoèr
Reiñ un tamm evit gounid               anezho.                                 vezañ ouzh ar c’hiz evit ma
    muioc’h c’hoazh                    Ur fed all a zo : a-viskoazh eo bet     krogfent da sellet a dost ouzhomp.
                                       gounezet tachenn gant ar                Gwerzhet e vez muioc’h-mui a
                                       sindikadoù nemet pa yae mat an          bladennoù blaz Keltia enno,
Nos avancées sociales ont-elles        traoù gant ar batromed. Sellomp
                                       ouzh pezh a c’hoarvezas e-pad an
                                                                               muioc’h mui a dud a embann
                                                                               bezañ kar o vro. Arabat d’ar
été fruit de luttes, ou bien os à
ronger jetés par les patrons pour      “30 glorieuses” e Bro-C’hall da         batromed-mañ, neuze, tremen e-
                                       skouer, ha pezh a vevomp abaoe          biou un afer vat e c’heller dastum
éloigner toute remise en question
du capital ? en tous les cas, leur     m’eo echu d’an holl (patromed ha        kalz arc’hant ganti! En em vod a ra
critique des inégalités, leur          labourerien) huñvreal.                  patromed Breizh ‘ba Lokarn, savet
                                       N’eo ket souezhus neuze lenn pezh       e vez “Produit en Bretagne”,
utilisation de codes culturels n’ont
toujours été que récupération pour     a embann François Bourguignon           lakaet e vez n’nouspet gwenn-ha-
toujours plus de profits, et           penn ekonomour ar bank bedel :          du n’eus forzh pelec’h, ar muiañ ar
                                       “Notre soucis est d’éviter qu’à un      gwellañ... h.a. Splann eo evel
toujours plus de cynisme.
                                       certain stade trop d’inégalités         bramm ar vran pa embann patrom
Pal ar c’hevala a zo gounid            soient un handicap pour la              Armor Lux , Jean-Guy Le Floch
                                       croissance”. Kenderc’hel a ra er        (Ezel eus Lokarn) “Bien sur que je
muioc’h mui bepred ha kreskiñ ar
gounid diehan. Hag evit dont a         gazetenn “Monde de l’Economie”          défends Diwan et bien sur que je
benn, ne glask ket ar vourc’hizien     e miz Du 2003 : “la question est de     défend la langue bretonne, mais je
                                                                                   le fais en tant qu’entrepreneur,
hag ar c’hevalaourien pemp
troad d’ar maout : mat eo an                                                       en     étant      extrêment
afer ma vez moaien lakaat                                                          pragmatique. C’est pour moi
                                                                                   un argument tout simplement
un tamm mat a arc’hant
ouzhpenn e-barzh o chakod.                                                         de marketing. Je le fais
Ha pa soñjomp eo bet                                                               parceque je sais que c’est bon
gounezet tachenn gant al                                                           pour la marque, c’est bon pour
labourerien, sur mat eo                                                            l’avenir de l’usine(...)”.
peogwir ne vez ket kollet                                                          Ouzhpennomp komzoù
arc’hant ganto, pe c’hoazh                                                         Reynald Secher (patrom ezel
peogwir e servijo d’ar                                                             eus Lokarn ivez) : “il faut
c’hevalaourien deiz pe zeiz.                                                       yoghourtiser la culture
Kemeromp skouer Bismark                                                            bretonne” evit kompren n’eo
en Alamagn, er bloavezhioù                                                         ket seurt tud mignon bras hor
1880. D’ar c’houlz-se e vez                                                        sevenadur... ha pa c’hwezho un
gounezet tachenn gant ar                                                           avel fall war hor yezh, ha tout
sokialourien. Muioc’h mui e                                                        ar pezh a sell ouzh sevenadur
klemm ar bobl, al labourerien...                                                   hor bro, ne vo ket kalz anezho
diasur e teu da vezañ dazont ar        savoir si, à un moment donné, la        ken evit embann ez eus “lorc’h
gouarnamant ha ivez neuze ar           montée des inégalités ne va pas         enno bezañ breton”.
gounid. O kreskiñ emañ ar              déboucher sur des problèmes qui         N’eus mann ebet da c’hortoz a-
sindikadoù, ha kregiñ a reont da       sont présent en Amérique Latine,        berzh seurt tud, enebourien vras al
vezañ liammet ouzh ar                  sous forme d’enclaves de pauvreté,      labourerien (korvoet ganto), ar
bolitikerezh. Liammoù kreñv a zo       de problèmes sociaux qui vont           sevenadur (treuzfurmet ha
etre ar gouarnamant diouzh un tu       freiner la croissance et                gwerzhet ganto)...
hag ar c’hevala diouzh un tu all.      l’enrichissement géréral de             Diaes eo kompren e c’hortoz kalz
Ezhomm en deus ar gouarnamant          l’économie”. N’eo ket an                ar vroadelourien a-berzh seurt
eus ar c’hevala evit kenderc’hel       dizingalded hec’h unan a chal hon       lorgnez. Diaes eo kompren e fell
bevañ, ezhomm en deus ar               ekonomourien, met ar fed e c’hell       dezho bezañ heñvel ouzh pezh e
c’hevala eus ar gouarnamant evit       hi mirout ouzh an ekonomiezh            stourmont a-enep pa vez gall.
gwareziñ, ha lakaat da dalvezout       mont war-raok ! Da lavaret eo, ma       Ar batromed a zo, hag a chomo da
ar c’hevratoù gant e lezennoù hag      vije bet arc’hantus an dizingalded,     viken enebourien ar bobl, memes
an nerzh ma vez ret dre e bolis, e     pep tra a vije bet graet evit kreskiñ   pa tennont ouzh pezh a blij deomp
arme.                                  anezhi ha bec’h dezhi!                  ar muiañ... Ho pezet soñj eus bleiz
Ret eo neuze d’ar c’houlz-se evit      N’eo ket disheñvel tamm ebet            Charles Perrault...
gouarnamant Bismark peoc’haat          pezh a vez graet gant patromed
hag enframmañ ar bobl. Setu m’eo       Breizh gant hor sevenadur, hor                                FabrIs IskIs
bet savet an asurañsoù sokial (a zo    yezhoù. Ma sellomp pizh, interest
deus outo bremañ c’hoazh) , ha         ar re se e-keñver hor yezh na
diheñchañ al labourien eus             grogas ket gwall vuan ! ret eo
mennozhioù sokialour ha kontroliñ      gortoz e teufe hor sevenadur da


                                         9           Le Huchoèr
 Contrer les récupérations              quette de « nationalistes -             subrepticement des batailles.
       identitaires                     révolutionnaires » se déclare éga-      Cet accaparement du vocabulaire
                                        lement solidaire de la cause pales-     devrait être regardé de près par
                                        tinienne à grand renfort de keffieh     ceux/celles qui sont investi-es dans
A défaut de créer quoi que ce           et d’images d’Intifada. Ainsi donc,
                                        ces mêmes arabes qu’en France ils
                                                                                les luttes d’émancipation des peu-
                                                                                ples hexagonaux. Car le Bloc
soit l’extrême droite a toujours eu     jettent à la Seine deviennent subi-     Identitaire surfe allégrement sur
une tendance très nette à récupé-       tement un symbole exploitable           les identités nationales minorisées
rer des symboles et des imageries       quand ils se battent contre l’État      (pas celles extra européennes évi-
(pourquoi se fatiguer hein ?) pour      d’Israël… L’extrême droite n’a          demment…) pour ajouter au
les détourner et se les accaparer.      pas peur des grands écarts et leur      confusionnisme et mieux distiller
                                        antisionisme de circonstance n’est      ses idées de cloisonnement ethni-
Ainsi, la croix celtique qui fut        que le cache sexe d’un profond          que et de supériorité blanche. Il y a
adoptée comme symbole de Jeune          antisémitisme qui surpasse (c’est       quelques années le GUD (2) avait
Nation (mouvement néo-fasciste          dire !) leur haine du monde arabo-      amorcé le mouvement en diffusant
de Pierre Sidos) dans les années        musulman. Depuis un certain             du matériel de propagande en occi-
1950 a fait de très nombreux ému-       temps cette frange de l’extrême         tan et en breton. Ainsi « Europa,
les dans cette mouvance jusqu’à         droite préfère avancer cachée et        yaouankiz, dispac'h » n’était que la
aujourd’hui au point d’être désor-      prône l’in-                                      transposition du slogan
mais utilisée dans le monde entier                                                        néo-fasciste « Europe,
par la nébuleuse néo-                                                                     Jeunesse, Révolution ».
fasciste. Ce symbole à la                                                                Aujourd’hui les Jeunesses
base sans connotations politi-                                                  Identitaires ont la même démarche
ques particulières (mais plutôt                                                 et récupèrent les cultures breton-
mystique/religieuse comme la                                                    nes, occitanes, catalanes en dénon-
svastika d’origine indienne récupé-                                             çant le « jacobinisme métisseur ».
rée par les nazis) est à présent in-                                            Bien sûr, leur intérêt pour les
dubitablement assimilé à un sym-                                                cultures locales est avant tout tacti-
bole d’extrême droite et il                                                     que et se limite à un verni qui dis-
parait désormais bien ha-                    filtration                         simule très mal les idéaux que
sardeux d’essayer de l’en      ex-      plutôt que la provo-                         celui-ci dissimule. Si ces bran-
traire tant le processus de récupé-     cation. Suite à la disso-                    quignols n’ont qu’une faible
ration est avancé et assimilé.          lution d’Unité Radicale                      présence de terrain en Bretagne
De tels exemples de récupérations       durant l’été 2002 consi-                    il va pourtant bien falloir re-
de symboles sont légions et l’ob-       gne a été donné de                         mettre à leur place ces scouts
jectif ici n’est pas d’en faire l’in-   « tourner la page du fol-               attardés et leur montrer la porte de
ventaire.                               klore », en clair : de laisser          sortie : la poubelle.
                                        la batte et la croix gammée au pla-
Tout en conservant une certaine         card dans l’objectif de donner une      Dans la famille nationaliste-
permanence, la terminologie em-         image plus lisse et plus séduisante.    révolutionnaire (NR) un courant
ployée par l’extrême droite évolue                                              majoritaire perpétue l’anti-
régulièrement au gré des modes et       La récupération et les détourne-        communisme classique de l’ex-
de l’actualité. Bien évidemment,        ments manipulateurs ne se limitent      trême droite, tandis qu’un courant
tout ceci dans l’unique but de se-      pas aux symboles : le langage aus-      national-bolchevique (NB) (3)
mer la confusion et d’attirer à eux     si est touché. Le Bloc Identitaire      tente une « synthèse » entre l’ultra
des personnes qui ne vont pas voir      qui a aussitôt pris la relève d’Unité   droite et l’ultra gauche. Bien que
immédiatement ce qui se cache           Radicale s’en est fait une spéciali-    ses partisans n’hésitent pas à faire
sous le vernis d’apparence rebelle.     té. Ainsi ils usent et abusent de       valoir le supposé anti-nazisme
A ce niveau l’exemple des tentati-      terme tel « résistance » (et ses dé-    originel de cette « pensée » qui
ves de récupération-infiltration du     rivés) ou encore « identitaire », au    prend ses sources en Allemagne
mouvement anti-mondialisation           point qu’à ce rythme il deviendra       dans les années 30, il ne fait stric-
(devenu par la suite alter-             bientôt suspect d’employer ces          tement aucun doute que le natio-
mondialisation) est assez démons-       termes. A force de matraquage de        nal-bolchevisme est un courant
tratif. Une certaine frange de l’ex-    communiqués, de slogans et de           politique d’une puanteur sans nom
trême droite qui se déclare anti-       sigles de mouvements, l’extrême         et d’autant plus redoutable qu’il
capitaliste passe le plus clair de      droite récupère ainsi des pans du       avance souvent camouflé.
son temps à singer les initiatives      langage qui deviennent zones rou-       Ce n’est sans doute pas un hasard
de l’extrême gauche altermondia-        ges. A s’incliner passivement de-       si dans sa bouillie idéologique le
liste (1). Cette mouvance qui se        vant ces récupérations l’étau se        national-bolchevisme se réfère au
reconnaît généralement sous l’éti-      resserre et la vermine brune gagne                              (Suite page 11)



                                          10          Le Huchoèr
(Suite de la page 10)                        tique de ces autoproclamés
marxisme-léninisme : l’application           « enfants terribles du drapeau           1) Un exemple parmi d’autres : en
historique de cette vision centrali-         noir » se résume ainsi : « l’anar-       parallèle de l’agence de presse mili-
sée, autoritaire et élitiste du com-         identitaire fait table rase de l’échi-   tante indymedia on a pu assister à la
munisme n’a rien à envier dans               quier politique moderne et de la         création d’une pâle copie appelée al-
                                                                                      termedia qui en imite l’interface vi-
son autoritarisme au national-               dichotomie gauche/droite qui cloi-
                                                                                      suelle mais qui n’a strictement rien à
socialisme hitlérien…(4)                     sonne les serviteurs du système. Il      voir avec l’originale, ni dans le fonc-
Dans son expression militante, le            ne s’impose aucune contrainte            tionnement, ni dans le contenu évi-
national-bolchevisme emprunte                politicienne car il est ambidex-         demment…
ses références à gauche comme à              tre » (6). Tout un programme…qui         2) Le Groupe Union Défense, connu
droite et se pare d’un anticonfor-           ne laisse aucun doute sur la filia-      pour ses actions violentes et racistes
misme idéologique particulière-              tion idéologique de ce groupuscule       faisait partie d’Unité Radicale.
ment vicieux. Maurras déguisé en             qui compte parmi ses premières           3) Suite à la dissolution d’Unité Radi-
Guevara ça fait un peu désordre              actions publiques l’organisation         cale le courant NR majoritaire a crée
                                                                                      le Bloc Identitaire tandis que la ten-
dira-t-on, mais certains individus           d’une conférence sur leurs petits
                                                                                      dance « solidariste » (nationale-
ne sont pas à un grand écart idéo-           camarades italiens (casapound,           bolchevique) menée par Christian
logique près pour parvenir à leur            casamontag…) qui, incroyable             Bouchet a décidé de faire route seule
fin.                                         mais malheureusement vrai, orga-         suite à une guéguerre interne.
                                             nisent depuis quelques années des        4) Le symbole du Parti National-
Ce genre de confusionnisme idéo-             squats fascistes : la récup est sans     Bolchevique russe est l’exacte répli-
logique appelle à la vigilance :             limite !                                 que du drapeau nazi mais ici la faucille
l’anarchisme n’est pas à l’abri de                                                    et le marteau remplace la croix gam-
tentatives de récupérations. En              Le peu d’intérêt porté aux ques-         mée.
                                                                                      5) Extrait de la FAQ « Le National-
effet, une variante NB extrême-              tions identitaires par une partie des
                                                                                      Anarchisme » en ligne sur le site War-
ment minoritaire (quelques indivi-           militantEs dits « révolutionnaires »     dance.
dus en Europe) et non organisée              a tendance à laisser le champ libre      6) Extrait du texte de présentation
pousse le ridicule jusqu’à se récla-         à l’extrême droite. Pour certain-es      intitulé « Génération Fight-Club » en
mer national-anarchiste (NA). Là             qui considèrent que tout ce qui          ligne sur le site des affranchistes .
encore, une lecture attentive des            touche aux identités « régionales »
textes de références met en lu-              est par essence louche et réaction-                     Précision
mière l’idéologie élitiste et xéno-          naire le silence se fait alors bien-
phobe qui sous tend le discours              veillant voire complice. En effet,        Le bouquin La France Éclatée* a
d’apparence progressiste. Car sous           l’accaparement total par l’extrême        consacré une seule phrase pour
couvert d’autogestion et d’autodé-           droite de certaines thématiques           évoquer la CBIL : "En 2000 Em-
t e r m i n a t i o n c e n a t i o n a l-   arrangerait les jacobins de tous          gann a connu une scission de
anarchisme qui ne se veut ni de              poils à plus d’un titre. Cela per-        certains radicaux qui sont partis
droite, ni de gauche, promeut la             mettrait de discréditer définitive-       fonder la Coordination pour une
« mixophobie » et n’hésite pas à             ment toutes velléités d’émancipa-         Bretagne Indépendante et Liber-
annoncer que « dans une certaine             tion politico-culturelle des dites        taire". Ce commentaire succinct
mesure, l'établissement d'alliances          minorités hexagonales et justifie-        est discutable car il peut porter à
circonstancielles entre ennemis du           rait une bonne fois pour toute le         confusion. Emgann s'est effecti-
Système peut être bénéfique » (5).           credo de la non intervention dans         vement "vidé" de sa tendance
Bien que les promoteurs de cette             ces domaines. Pour leur part, les         libertaire il y a quelques années et
grande foirade idéologique soit au           militant-es se réclamant de l’anar-       d'ancien-ne-s militant-e-s de ce
stade ultra microscopique en terme           cho-indépendantisme ne l’enten-           mouvement ont par la suite fait le
d’effectifs il convient, et au risque        dent pas de cette oreille et rappel-      choix de s'investir au sein de la
de leur faire de la pub, de dénon-           lent la nécessité de s’investir dans      CBIL. Le parallèle s'arrête cepen-
cer et de garder à l’œil ce genre de         ces luttes (qui sont avant tout des       dant là : la coordination (née en
tentatives de récupérations de l’a-          luttes populaires !) tout en dénon-       janvier 2002) n'est pas née d'une
narchisme social. D’autant plus              çant les dérives fascisantes. Si l’on     scission quelconque (!) mais de la
qu’ils viennent de faire des petits          veut réellement éviter que ces lut-       volonté de regrouper les collectifs
outre atlantique (Québec) où de              tes ne virent au populisme la seule       et individus anarcho-
nouveaux pétés du ciboulot qui se            solution est de s’y investir concrè-      indépendantistes bretons qui ont
réclament « anarcho-identitaires »           tement ! En Bretagne comme ail-           par ailleurs des passés militant
e t « surhumanoïdes » mélangent              leurs : ne dremenint ket!                 divers. Ce détail non négligeable
allégrement imageries de révolte                                                       méritait d'être précisé.
en tous genre et font se côtoyer des                          Mister Amzer Du
figures telles George Orwell et                                                        *La France Éclatée, Erwan Char-
Guillaume Faye, Bobby Sands et                                                         tier et Ronan Larvor, mars 2004;
Léon Degrelle ! L’orientation tac-                                                     Ed. Coop Breizh


                                                11         Le Huchoèr
                                   ETREVROADEL / ANTR LEZ PAEYI

L’Anarcho-indépendantisme                hors des îles Canaries. L'archipel,    tion de la bourgeoisie créole, qui
      aux Canaries                       selon ce que disent les chiffes        joue au nationalisme modéré pour
                                         macro-économiques, a connu une         augmenter son commerce et ses
            - Un pays -                  croissance économique accélérée        profits avec le capital étranger, en
                                         durant la dernière décennie, mais      utilisant un discours tinté de popu-
       L   es îles Canaries sont         cela ne s’est pas traduit par une
                                         redistribution de la richesse entre
                                                                                lisme.
situées dans l'Océan Atlantique,
                                         ses habitants, parmi lesquels on                 La vie de l'archipel a été
au nord-ouest du continent afri-
cain (en face du Maroc et du Sa-         dénombre 1/5ème de la population       marquée, après son intégration à
hara Occidental), dont elles se          vivant sous le seuil de pauvreté,      l'orbite européenne, par une dé-
                                         selon des données officielles du       pendance permanente vis à vis de
situent à un peu plus de 100 Kms,
se trouvant à un peu plus de 1000        gouvernement des îles Canaries.        l'extérieur. La production destinée
Kms de l’Europe, et font actuelle-       La bonne partie de la population       à l'exportation a pris, à différentes
                                         survit en participant à l'économie     époques, la forme de monoculture
ment partie du territoire de l’État
Espagnol.                                souterraine et comme travailleurs      (canne à sucre, vin, cochenille,
                                         temporaires, avec des salaires mi-     bananes et tomates et, à présent,
                                         nuscules.                              tourisme), qui après sa chute due à
          L'archipel canarien est
constitué de sept îles (Lanzarote,                                              la concurrence avec d’autres zones
Fuerteventura, Gran Canaria, Te-                  Politiquement et adminis-     aux prix plus avantageux, a entraî-
                                         trativement, les îles Canaries sont    né la ruine des classes populaires à
nerife, le Gomera, La Palma et El
Hierro) et six petits îlots, dont seul   l'une des 17 Communautés Auto-         qui ne restait comme unique alter-
un est habité (La Graciosa). Sa          nomes de l'État espagnol. Dotées       native possible que l’émigration
                                         d'un parlement, avec des compé-        vers les terres américaines. L’émi-
surface totale est de 7.446 km2 et
sa population se situe aux alen-         tences législatives à partir du mo-    gration a été la valve de sécurité de
                                                ment où elles ne sont pas en    la conflictualité sociale dans l’Ar-
                                                contradiction avec les lois     chipel, même si il y eut des émeu-
                                                de l’État, et d’un gouverne-    tes contre l’oppression seigneu-
                                                ment qui développe des          riale, pour la terre ou contre les
                                                politiques en accord avec       impôts. D'autre part, de par sa si-
                                                les compétences accordées       tuation géostratégique, les Cana-
                                                dans le statut d’Autonomie.     ries ont été la proie d’attaques de
                                                Le gouvernement actuel des      pirates et d’objectifs militaires. La
                                                îles Canaries est formé par     population d’El Hierro s’oppose
tours d’un million huit cents mille      un pacte de Coalition Canarienne       depuis maintenant 17 ans à l’ins-
habitants, il y a donc une haute         avec le Parti Populaire (le parti      tallation d’un radar militaire sur
densité de population, équivalente       d'Aznar), pacte qui a eu son reflet    son île qui serait rattaché à ceux de
à celle des cinq pays les plus peu-      au parlement espagnol. Coalition       l’OTAN.
plés de la planète. La majeure par-      Canarienne est un parti qui s’est
tie de la population se situe dans       formé au cours d’années successi-                  Le contact avec les
l’île de Grande Canarie et de Te-        ves par un curieux amalgame d'ex       États-unis a été très intense, se
nerife. La population actuelle est       franquistes, de démocrates de la       sentant plus proche d’eux que des
le produit d'un métissage de la          dernière                               terres européennes. L'influence
population précoloniale (Amazigh         mi-                                        américaine est très nette dans
ou Berbères), avec les colons euro-                                                   le parler canarien, dans lequel
péens arrivés après la conquête au                                                     on trouve de nombreux amé-
15ème siècle (Portugais, Anda-                                                         ricanismes, apportés par les
lous…) et des esclaves venant du                                                      émigrants de retour au pays.
continent voisin. Aujourd’hui, les                                                   Le canarien, comme dialecte
Canaries sont une terre d’immigra-                                                de l’espagnol, est une entité lin-
                                         nute,
tion (principalement européenne),                                               guistique qui reflète l’histoire de la
                                         de chrétiens de base et de déser-
contrairement à ce qu’elle avait été                                            majorité sociale de l’Archipel,
                                         teurs de la gauche (par exemple,
au cours de son histoire : une terre                                            celle des travailleurs, celle des
                                         l’ancien président, Román Rodri-
d’émigrés                                                                       pauvres et des marginaux : de
                                         guez, qui a appartenu à un parti de
                                                                                leurs apports ethniques initiaux, de
                                         tendance maoïste et l’actuel
         Le principal moteur éco-                                               l’émigration, du commerce…La
                                         conseiller présidentiel, José Carlos
nomique actuel des îles Canaries                                                langue des premiers habitants des
                                         Mauricio qui fut Secrétaire Géné-
est le secteur tertiaire, en particu-                                           îles Canaries, communément appe-
                                         ral du Parti Communiste d’Espa-
lier le tourisme. Néanmoins, la                                                 lés « Guanches », a disparu avec
                                         gne dans les îles Canaries). Coali-
grande majorité du bénéfice éco-         tion Canarienne est la représenta-                             (Suite page 13)
nomique du tourisme part en de-


                                           12         Le Huchoèr
                                  ETREVROADEL / ANTR LEZ PAEYI

(Suite de la page 12)                   sans contrôle, entraîne la dispari-    que, mais n’en mettons pas un
l’acculturation, même si il de-         tion des particularités culturelles    autre à sa place car le même sché-
meure un grand nombre de topo-          autochtones.                           ma risque de se reproduire; pre-
nymes et quelques phrases qui                                                  nons possession de toutes les ri-
continuent à être utilisées, comme                                             chesses et organisons sur la base
« gofio » (farine de céréale grillé),     - Anarcho-indépendantisme            de la liberté et de l'égalité et nous
« baifo » (cabri), « goro » (une                  Canarien -                   serons relativement heureux, sans
sorte de pierre comme le corail),                                              bourgeois ni prolétaires, sans pa-
etc. Le parler canarien possède un                                             trons ni esclaves, nous serons
accent qui lui est propre, une pro-            Secundino Delgado               alors tous des producteurs libres".
nonciation spéciale de certains
phonèmes et un lexique avec des                Dans son désir de se cher-                Autrefois à Cuba, Delga-
apports guanches, portugais, amé-       cher des références historiques, le    do participa au combat contre l'Es-
ricains et anglais.                     nationalisme canarien a adopté         pagne et, persécuté, il dût se sau-
                                        comme origine, comme précur-           ver vers le Venezuela. Là il fonda
          L'oppression nationale        seur, Secundino Delgado (1871-         le journal El Guanche, favorable à
dans les îles Canaries est liée à       1912). Secundino Delgado est,          l'indépendance des îles Canaries.
l'oppression de classe. Ceux qui        avant tout, et il s'est défini lui-    Plus tard il revint à sa terre et, en
ont fait les Canaries, la classe ma-    même ainsi, "un rebelle", mais un      collaboration avec l’Association
joritaire, ont été marginalisés par     rebelle assez particulier… Après       Ouvrière des îles Canaries
leur propre bourgeoisie autochtone      avoir émigré à Cuba, il se rendit      (majoritairement anarcho -
alliée à la bourgeoisie étrangère.      aux États-unis, où il véhicula l’a-    syndicaliste et basée à Tenerife), il
La bourgeoisie canarienne a tou-        narcho-syndicalisme en participant     opta pour la vie électorale et créa
jours essayé d’imiter l’étranger, en                                           le Parti Populaire, qui apparaîtra
dévalorisant et se moquant de la                                               aux élections municipales de la
culture des « magos » ou des                                                   capitale de l'île. Avec des résultats
« maùros » (paysans) et en conver-                                             défavorables, bien qu'obtenant une
tissant le terme « mago » en syno-                                             petite représentation municipale, il
nyme d’inculte et brute. Aujourd-                                              créa plus tard le journal Vacagua-
’hui, une partie de la bourgeoisie                                             ré ("je veux mourir", cri de résis-
insulaire joue au nationalisme                                                 tance guanche). Arrêté pour ses
(Coalition Canarienne), elle im-                                               actions à Cuba, il fut emprisonné
pose une canariétude, en prenant                                               et transféré à Madrid. Là, en pri-
des éléments de la culture qu’elle                                             son, il reçut l'appui, par l’intermé-
combattait autrefois, et le fait de                                            diaire de Vallina (son compagnon
manière aseptisée et évidemment                                                de cellule), des anarchistes,
totalement sortie de son contexte,                                             comme celui du célèbre Fermín
en exaltant les aspects qui lui sont                                           Salvochea, qui s’intéressa à lui et
profitables, comme la foi catholi-                                             qui réussit à faire connaître sa si-
que, avec le souhait indiscutable                                              tuation et parvint même à ce
de mettre en évidence la collabora-                                            qu’elle soit traitée au parlement
tion de classe, en transformant la                                             espagnol. Devant le scandale créé
culture canarienne en une culture-      au journal El Esclavo. La position     par sa persécution, il fut libéré de
spectacle-commerce. La culture          que défend El Esclavo en 1894          prison et revint à sa terre. Durant
maga est une culture paysanne qui       avant le processus d’émancipation      sa période de bagne il a écrit quel-
jusqu’à l’arrivée du « boom » tou-      cubain demeure très claire :           ques contes qui ont été éditées
ristique dans les années 1970, était                                           dans La Revista Blanca (le célè-
celle de la grande majorité de la               "Nous sommes des anar-         bre magasine édité par les parents
population. L’arrivée de la             chistes, et donc, des révolutionnai-   de la bien connue « ministre anar-
« monoculture » touristique a mar-      res, et si nous voulons maintenir      chiste » " (durant plusieurs mois
ginalisé l’activité traditionnelle      notre prestige parmi les masses, si    entre 1936 et 1937 : Federica
centrée, pour la majorité de la po-     nous voulons qu'elles nous écou-       Montseny), qui seront reproduits
pulation canarienne dans son his-       tent et qu’elles croient ce que        de nouveau des années plus tard
toire, sur le secteur primaire. L’im-   nous disons, nous devons combat-       dans ce même magazine. De
pact de la globalisation, associé à     tre à leurs côtés, aux première        même, le journal de la CNT des
l’émigration interne, dont les ac-      lignes dans tous les mouvements        îles Canaries, En marcha, pas
teurs s’installent dans les métropo-    de protestation, dans tous les mou-    mal d’années après sa mort, a
les à la périphérie des îles princi-    vements révolutionnaires et reven-     continué à reproduire ses écrits…
pales, et, depuis peu, dans les zo-     dicatifs. Détruisons, ensuite, le      Secundino Delgado est un person-
nes de développement touristique        gouvernement espagnol tyranni-                                (Suite page 14)



                                          13         Le Huchoèr
                                  ETREVROADEL / ANTR LEZ PAEYI

(Suite de la page 13)                   oui, mais un rebelle largement         faire de considérations de type
nage "intriguant", un rebelle qui,      influencé par l'anarchisme et, si      "nationale" se conjugue néanmoins
avec des velléités réformistes, a       l’on doit l’inclure dans un certain    avec elle. La concision de son ap-
toujours été très proche de l'anar-     mouvement social c’est bien dans       proche nous empêche de pouvoir
chisme. Dans ses mémoires               celui-ci… Actuellement, Secundi-       faire plus de remarques, mais l’ap-
[¡Vacaguaré! (Via Crucis), 1904],       no Delgado est revendiqué par          proche anti-étatique de la CNT des
il écrivit :                            Coalition Canarienne et d’autres       Canaries à cette époque là est
                                        partis nationalistes, comme le PNC     claire : la référence n’est autre que
   "… avant d’être nationaliste je      (Parti Nationaliste Canarien), et      la révolution et celle-ci est intime-
suis libertaire. Tant que je respire-   indépendantistes. De manière sur-      ment liée à l’exercice permanent
rai , je lutterai pour l’autonomie      prenante son lien avec l’anar-         de l’autodétermination du peuple
des peuples et des individus coûte      chisme est passé sous silence et       liée à l’autogestion de sa propre
que coûte (…) comme Backunine           ceci, ils sont incapables de le re-    vie.
(…) [ sic ], qui pendant qu’il prô-     vendiquer.
nait la grande révolution politique                                             Contre le franquisme, avant et
économique et sociale ne délais-          La CNT, indépendantiste…               depuis la mort de Franco…
sait pas les régions conquises et
soumises à des puissances étran-                 Mais, en outre, alors que
gères".                                 En Marcha continuait d'éditer les              En faisant un saut dans le
                                        vieux écrits de Delgado (pendant       temps, il convient de remarquer
                                        que La Revista Blanca continuait       que les postulats indépendantistes
                                        de rééditer ses contes), les mem-      et les actions culturelles et militai-
                                        bres de la CNT des Canaries du-        res du MPAIAC (Mouvement pour
                                        rant la période de la 2ème Républi-    l’Autodétermination et l’Indépen-
                                        que (1931-1933) firent des procla-     dance de l’Archipel Canarien)
                                        mations en faveur de l’indépen-        jouèrent un grand rôle durant les
                                        dance des îles Canaries lors de        derniers moments du franquisme
                                        meetings ouvriers et à l’occasion      et juste après sa mort. Dans le
                                        de la préparation de leur Congrès      MPAIAC on retrouvait également
                                        (1933) ils en arrivèrent à publier     des gens qui se définissaient anar-
                                        dans leur presse (En Marcha du 11      chistes. On a vu apparaître sur les
                                        mars 1933) :                           murs la phrase “indépendance“
                                                                               avec le A cerclé, dans les manifes-
                                        "En une phrase : les Canaries sont     tations populaires le drapeau noir
                                        pour la péninsule ce que furent        et celui des sept îles (utilisé par les
                                        autrefois Cuba et les Philippines,     indépendantistes) étaient ensemble
                                        ce que sont la Guyane et le Congo      sur un même manche. Malgré cela,
                                        pour la France et la Belgique, de      il n’existait aucun texte parlant
                                        pauvres colonies. Rien de plus ! "     d’une libération nationale des Ca-
                                                                               naries dans une perspective liber-
                                        Dans leurs soucis sincères de          taire et de la conjugaison de celle-
         Gómez Wangüemert nous          transformations sociales, ils affir-   ci avec la stratégie et les principes
donne des pistes très claires à pro-    maient que "La Révolution se rap-      du MPAIAC (qui vise à la création
pos de Delgado, quelques jours          proche à pas de géant". Et l’on        d’un État canarien), si bien qu’à la
après le décès de Secundino il a        précisait que si cette révolution      fin des années 1970, au sein de la
publié un article dans lequel il        avait lieu "les pays impérialistes     CNT il y eut de larges débats por-
nous dit :                              d’Europe" essaieraient de s’empa-      tant sur la position qu’elle devait
                                        rer des îles, il ne resteraient plus   adopter sur cette question.
"Pour connaître ses idées politi-       au prolétariat qu’un "recours su-
ques et sociales il suffit de dire      prême et héroïque : brandir le         Ce sera dans les années 1980
qu’il a toujours été un lecteur assi-   drapeau de la rébellion pour ex-       quand apparaîtra en Grande Cana-
du d'Ibsen, Tolstoï, Max Nordau,        pulser les envahisseurs et procla-     rie le COA (Collectif d’Objection
Zola, Elisée Reclus, Jean Most,         mer l’indépendance du peuple           et Antimilitarisme), centrant son
Jean Grave, Bakounine et Kropot-        canarien pour qu’avec l’appui de       activité sur le refus du service mi-
kine".                                  ses frères de la Péninsule il puisse   litaire et la critique du militarisme,
                                        contrôler librement son destin. "      que ses membres s’orientèrent vers
          Une longue liste de liber-                                           des positions libertaires à partir de
taires qui parle d’elle-même…                    Un concept clair de l'au-     leur propre pratique et réflexion
                                        todétermination, expressément lié      sur celle-ci. C’est ainsi que le nom
          Delgado est un rebelle,       à la libération sociale, qui, sans                             (Suite page 15)



                                          14         Le Huchoèr
                                   ETREVROADEL / ANTR LEZ PAEYI

(Suite de la page 14)                    vité influeraient sur les formes de    pouvoir de la “Communauté
changea pour celui de Collectif          l’anarchisme canarien en l’enri-       Autonome”), pour ses projets
d’Objection et Anarchisme. Sa            chissant ainsi que le mouvement        ouvertement bourgeois et
positon était indépendantiste, sans      de libération national en lui appor-   espagnolistes.
cesser de se réclamer anarchiste.        tant un projet alternatif, à l’heure   ?? Boycott de l’anarcho-
                                         où celui-ci développe ses principes    syndicalisme, pour son cadre de
        C’est dans les décennies 80      théoriques et pratiques.               lutte et sa culture espagnolisantes.
et 90 qu’apparurent le plus de                                                  ?? Critique, bien sûr, de l’Etat
collectifs ayant une position                                                   Espagnol.
intégrant la libération nationale                                               ?? Rejet de la proposition
dans le discours et la pratique                                                 indépendantiste qui revendique la
anarchiste locale.                                                              création d’un Etat.
L’influence des postulats anar-                                                 ?? Alternative à l’oppression
cho-indépendantistes du collec-                                                 nationale basée sur :
tif catalan Ikària se fit sentir
aux Canaries. Les publications                                                  -      L’option de l’émancipation
reflétèrent cette influence :                                                   de classe
Alegato (del COA), Arabisen                                                     -      L’intervention dans les
(le “sauvage“ dans le langue                                                    mouvements sociaux
des Guanches), Grito de Pro-                                                    -      L’impulsion de l’auto-
testa (Tenerife), Colectivo Es-                                                 organisation
piral (Tenerife), El Baifo (“le                                                 -      Les méthodes de luttes ba-
cabri“ dans la langue des Guan-                                                 sées sur l’action directe (pas de
ches, Tenerife), Faita (Grande                                                  collaboration de classe, désobéis-
Canarie)…bien qu’il y en ai eut                                                 sance)
aussi certaines essentiellement                                                 -      La globalisation de la lutte :
d’essence nationaliste qui pu-                                                  liens entre les mouvements.
bliait des textes anarcho-                                                      -      La proposition d’une
indépendantistes, comme Baile                                                   émancipation sociale et nationale :
del Sol (aujourd’hui convertie                                                  autogestion à tous les niveaux
en revue journalistique et pos-
sédant de bonnes relations avec                                                                    Vicente Cañero
les institutions…). Au début des
années 1990, quelques collectifs                 La production écrite de                             (traduction MAD)
lancèrent des campagnes commu-           l’anarcho-indépendantisme cana-
nes, embryon d’un début de coor-         rien n’est pas immense et il est
dination qui disparut rapidement à       relativement facile de décrire ses
cause de l’instabilité des collectifs.   aspects principaux :

             Aujourd'hui                 ?? L’anarcho-indépendantisme
                                         est défendu par des groupes
         L ’ a n a r c h o -             libertaires autonomes sans liens
indépendantisme en tant que tel a        avec l’anarchisme traditionnel et
connu une faible expression, mais        orthodoxe ni avec la CNT (qui
ces idées ont existé aux Canaries...     rejette viscéralement tout ce
Aujourd’hui ces idées n’ont pas          qu’elle assimile faussement à du
d’existence organisée spécifique,        nationalisme, ce qui provoque des
mais elles sont toujours présentes,      désaccords et des prises de
avec moins de vigueur que par le         distances).
passé, on les retrouve chez des          ?? Domaine d’activité des
militants des mouvements sociaux.        collectifs (ou des leurs membres) :
Ses écrits sont réédités en perma-       dans les mouvements sociaux,
nence et continuent à circuler....       beaucoup au niveau de
Bien qu’“engourdi“ l’anarcho-            l’antimilitarisme (principalement
indépendantisme existe toujours...       en Grande Canarie) mais aussi
Il ne serait pas étonnant que ces        dans l’écologisme, l’info
idées parviennent à se traduire par      alternative ou la musique...
l’éclosion de collectifs spécifiques     ?? D e n o n c i a t i o n d u
se réclamant anarcho -                   nationalisme canarien de Coalition
indépendantistes, qui par leur acti-     Canarienne (actuel parti au


                                           15         Le Huchoèr
La peine de mort essaie de              teurs d’actes de terrorisme” uni-        blissement de la peine de mort
     pointer son nez.                   quement. Hormis le flou artistique       « pour les auteurs d’actes de terro-
                                        entourant la notion d’ « acte de         rismes tels qu’ils sont définis au 1°
                                        terrorisme », les motifs exposés         de l’article 421-1 du code pénal ».
Au     mois d’avril dernier, une        dans cette proposition de loi sem-
                                        blent bien loin de la réalité.
                                                                                 Or, en plus des atteintes volontai-
                                                                                 res à la vie, des atteintes volontai-
proposition de loi tendant à réta-
blir la peine de mort pour les au-      En effet, nombreux sont les pays         res à l'intégrité de la personne, cet
                                        pratiquant la peine de mort sans         article mentionne également
teurs d’acte de terrorisme a été
signée par une quarantaine de           que cela n’enraye d’aucune ma-           « l'enlèvement et la séquestration
députés UMP. Jadis discours ré-         nière que ce soit tout volonté d’en      ainsi que le détournement d'aéro-
                                        découdre violemment avec ces             nef, de navire ou de tout autre
servé au seul parti frontiste, ses
défenseurs arguent de la sécurité       États, leurs représentants ou leurs      moyen de transport ».
nationale pour poser les premiers       intérêts. L’effet dissuasif de la
                                        peine de mort n’est toujours pas                            Robert Dizober
jalons d’un retour à la barbarie
institutionnalisée.                     démontré.
                                        Il est également peu imaginable de
                                        penser qu’un kamikaze redoute la
Cette proposition de loi, présentée
notamment par MM. Richard Dell-         peine de mort. Nos comparses
’Agnola et Olivier Dassault a lieu      objectent : « Que faire devant le
                                                          risque, demain, de
juste après les attentats                                                              Action pour les
de Madrid, ce qui n’est                                   voir des attentats
                                                          perpétrés      pour        prisonniers d’Action
pas sans nous rappeler
                                                          obtenir la libéra-               Directe
la méthode de Charles
Pasqua qui essaya égale-                                  tion d’un chef
ment de réintroduire                                      terroriste incarcé-    Mercredi 26 mai une soixantaine
insidieusement la peine                                   ré et devenu porte     de personne a occupé pendant
de mort en jouant sur le                                  drapeau       d’un     quelques heures les locaux du
choc des attentats du 11                                  mouvement extré-       conseil de l’ordre des médecins à
septembre.                                                miste » à quoi         Paris pour demander la libération
Dell’Agnola s’était déjà                                  nous      pouvons      des prisonniers d’Action Directe.
fait remarquer en juillet                                 répondre : en quoi     Des militants ont réussi à monter
2002 en demandant la                                      sa mort calmerait      jusqu’au deuxième étage de
création d’une enquête                                    l’ardeur de ses        l’immeuble pour y déployer une
sur les gens du voyage                                    disciples ? Et         banderolle sur laquelle on pouvait
afin d’évaluer le phéno-                                  même, à contra-        lire : “liberté pour joëlle Aubron,
mène d’immigration                                        rio, ne les pousse-    Nathalie Ménigon”. Le comité de
vers l’ouest des popula-                                  rait-elle pas à la     soutien pour la libération des
tions nomades d’Europe                                    vengeance ? L’ac-      Prisonniers d’AD conteste la
de l’Est. Mais les propos                                 tualité internatio-    crédibilité professionelle des deux
de M. Dell’Agnola al-                                     nale tendrait plu-     médecins qui ont examiné
laient bien au delà de                                    tôt à me donner        Nathalie Ménigon (dont la
“l’étude du phéno-                                        raison.                suspension de peine a été refusée)
mène” : “quand 500 000                                    Il est intéressant     et Joëlle Aubron.
personnes sillonnent l’ensemble         de voir que les signataires s’en-
des départements français dans des      gouffrent dans des brèches juridi-       Une fois de plus nous constatons
conditions qui échappent au droit,      ques favorisées par la non ratifica-     que la loi n’est jamais la même
surgissent inévitablement des pro-      tion de textes signés par la France      pour tous. Ainsi Papon condamné
blèmes de frottement. (...) Sans        (c’est sa spécialité). Ainsi le proto-   pour crime contre l’humanité,
parler des problèmes classiques de      cole n° 13 additionnel à la conven-      avait bénéficié de la loi
trafics, vols, etc...”.                 tion européenne de sauvegarde des        Kouschner (sachant que le vieux
A ses cotés, donc, Olivier Dassault     droits de l’homme et des liberté         n’était pas à l’agonie, loin de là!).
(compositeur de l’”hymne Vulca-         fondamentales signée le 3 mai            Plus récemment, Alfred Sirven a
nia” de Giscard, et de la non moins     2002, relatif à l’abolition de la        lui aussi bénéficié d’une remise en
superbe musique d’attente du stan-      peine de mort en toutes circonstan-      liberté, les magistrats de la cours
dard de l’assemblée nationale).         ces n’étant pas ratifié, il n’est pas    d’appel de Paris considérant que
Ainsi donc, le pourfendeur de           pris en compte à ce jour par la          c’était maintenant un homme
“voleurs de poules” et le composi-      France.                                  rangé. Quand on veut... On peut.
teur aux missiles veulent rétablir la
peine de mort en France. Mais           C’est grâce à cet « oubli » que les
qu’on se rassure... pour “les au-       députés UMP proposent le réta-


                                          16          Le Huchoèr
        Petits compromis entres amis                           permettant pas selon elle de débattre de philosophie
                                                               par exemple).
                                                               Rappelez vous également la bassesse de Jean Claude
Le 07 novembre 2001, Andrew Lincoln, alors prési-              Saint Arroman (LO) qui se prononçant ouvertement
                                                               contre l’intégration de Diwan déclarait que la
dent de Diwan, interpellait les conseillers régionaux
de Bretagne quant à la décision négative du conseil            « priorité des priorités reste l’enseignement du fran-
d’État d’intégrer l’école BI-lingue au motif qu’elle ne        çais en première langue ».
                                                               Cette position s’apparente au « fétichisme linguisti-
voulait pas renoncer à sa pédagogie immersive.
                                                               que » contre lequel pourtant TEAG s’élevait dans le
Sept jours plus tard, TEAG par la voie du conseiller           manifeste de la décentralisation en Bretagne.
                                                               Arnaud, en plus d’être une girouette, ton renoncement
régional Arnaud Hell répondait « les enfants baignant
massivement dans un environnement francophone, la              idéologique n’aura même pas payé, au vu des résul-
pédagogie par immersion ne menace pas la langue                tats des dernières élections régionales.
                                                               A chacun d’en tirer ses conclusions.
française. Il s'agit, loin de tout à priori idéologique, de
lui donner une définition légale offrant une base au
processus d'intégration de Diwan et des autres écoles                                                Emma Hillson
régionales”. Et, plus loin, “Pour T.E.A.G, il faut re-
prendre les textes incriminés et les réécrire afin de
rendre l'enseignement par immersion légal”.
Ces prises de positions ne sont alors que le juste reflet
de prises de positions antérieures prises par la LCR.                     Roazhon, ker prop ha net
En octobre 2001 nous pouvions lire dans Le Fil
Rouge que la décision du conseil d’État de suspendre           Setu an nevez amzer, hag gant an nevez amzer an
le protocole d’accord signé en mai 2001 par le minis-          heol sañset. Met d’ar 6 a viz Mae, n’eo nag an
tère de l’éducation « nationale » visant à intégrer au         nevez amzer a zo deuet, nag an heol. Skarzhet eo
service public d’éduca-              tion les établissement    bet 3 skwat e Roazhon en un devezh. Setu m’eo bet
Diwan révélaient « une                  fois de plus à quel    divizet gant ar skwaterien hag ar skwaterezed
point pèse encore la                      tradition    jaco-   diskouez da dud Roazhon penaos e vezent skarzhet
bine française qui,                            au principe     didruez.
d’une     langue                                  c o m -      Un emvod a zo bet roet d’an holl da 4 eur plasenn
mune, préfère                                     celui de     an ti-kêr, ha siwazh deomp, arru e oamp dija gleb-
langue unique.                                    (…) Leur
intégration au ca-                            dre national
est la meilleure garan-                   tie d’égalité de
traitement et de libre                   choix. »
Mais voila, entre temps                mars 2004 est arri-
vé, et c’est un autre air que vient nous chanter Arnaud
Hell dans les colonnes de Ouest France. Ce dernier
déclare sans rire « nous sommes opposés à l’immer-
sion linguistique car c’est contraire aux lois de la ré-
publique ».
Devant ce retournement de veste spectaculaire, nous
sommes en droit ici de nous questionner franchement.
                                                               teil, penn kil ha troad gant an amzer ket vrein hag
          Arnaud Hell serait donc si soucieux des lois         ur flik ma oa.
qu’il ne songerait, oh grand jamais, ne serait-ce              Buan tre eo bet divizet nompas chom da glebiañ
qu’une seconde, qu’une loi n’est pas parole divine,            muioc’h en ur vont da ac’hubiñ an Ti-kêr.
qu’une loi peut être mauvaise ? Arnaud Hell respecte-          Sloganoù a zo bet huchet ha deut omp da lakaat da
rait donc ainsi toute loi sous prétexte que « c’est la         nijal ur giton dre prenestr ar savadur.
loi » ? En voila un beau révolutionnaire ! Je vous             Dindan ar glav, atav, eo bet divizet kenderc’hel
laisse imaginer ce que telle prise de position peut lais-      tibuniñ er straedoù en ur huchal “Rennes Ville
ser entendre en fonction du gouvernement en place.             propre, Rennes expulse ses pauvres”. Un ehan a zo
          N’y a-t-il aucun rapport entre cette déclara-        bet memestra ba ti ar “sevel kerioù”, amzer da
tion et le pacte LCR/LO, sachant la position ultra ré-         ziskouez hor pennoù dezho ha d’o c’hameraioù.
publicaine de LO lorsqu’il s’agit de nos langues. Rap-         Neuze, echu an tro war-zu plasenn Santez Anna,
pelez vous l’ignorance crasse et pathétique dont fit           lec’h m’hon eus kendalc’het huchal sloganoù a-
preuve Arlette Laguiller interrogée sur le breton.             enep ar skarzhañ tud a-raok diskenn er metro (ken
Cette ignorance ne serait pas grave en soit si elle n’a-       prop ha Roazhon) hag en em vodañ Plasen ar
vait pas poussé le bouchon jusqu’à classifier des lan-         republik evit echuiñ.
gues comme plus ou moins arriérées (le breton ne


                                             17         Le Huchoèr
                                        PRIZONIDI / PREINZÓNYAER

  Rencontre avec Jerome                  nade, ils ne vont pas leur distribuer   laver dans ta cellule à l’eau froide.
        Bouthier                         ce qu’ils avaient cantiné, ou leur
                                         filer des trucs pourris… et ça tout     Le Huchoèr : La prison c'est
Jerome Bouthier, ancien prison-          le temps et tous les jours… plu-        donc un lieu de non droit et non
                                         sieurs fois par jour. T’imagines        pas ce havre de réinsertion qui
nier politique breton a été incarcé-
ré 2 ans et demi en « provisoire »       quand ces mecs là sortent de            nous est présenté quotidienne-
en attente d’un procès qui finale-       taule comment ils ont les nerfs ?       ment ?
                                         Moi j’ai visité des fermes usines
ment a eu lieu en mars dernier.
Pendant ces deux années et demi,         où on met les porcs par milliers        Jerome : Oh ça bien sur ! Moi je
Jerome n’a eu de cesse de clamer         dans des cases. Les couloirs de         me rappelle d'un slogan auquel j'ai
                                         prison c’est vraiment ça. C’est la      dû penser, pas tous les jours mais
son innocence, avant de finalement
être acquitté au terme d’un procès       première image qui m’est venue à        pas loin pendant mon incarcéra-
qui a duré 1 mois. 1 mois d’an-          l’idée devant les couloirs intermi-     tion, c'est : "A bas les prisons !"
                                         nables de Fleury.                       Non seulement l'incarcération est
goisse où ce dernier a perdu jus-
qu'à 6 kilos.                            Le but c’est juste de nous tenir en     non réparatrice, mais elle est des-
Jerome nous a bien gentiment ac-         vie. Faire juste 3 ou 4 activités       tructrice. Les mecs qui sortent de
                                         mais pas plus… J’ai même vu des         là sont haineux. Ils deviennent très
cordé un peu de son temps pour
témoigner des conditions de vie          surveillants se mettre en colère        individualistes. Non seulement ils
carcérales en France.                    parce qu’on faisait des études.         vont recommencer les conneries
                                         Alors ils ne nous envoyaient pas        qu'ils ont pu faire, mais elles sont
Le Huchoèr : Le vrai visage de           en activité scolaire.                   encore plus motivées qu'aupara-
la prison c’est quoi ? Peux tu           Dans les cellules, aux fenêtres il y    vant. Avant cela pouvait être pour
                                         a des barreaux, et derrière les bar-    des raisons économiques, mais
expliquer pour ceux qui pensent
encore que c’est l’hôtel ?               reaux il y a des grilles qui n’ont      quand il ressort, il est encore plus
                                         pas le droit d’être là. Le jour passe   rageur. Les conditions dans les-
Jerome : Les conditions de déten-        encore moins qu’en temps habi-          quelles il est foutu pendant son
tion sont de pires en                                                            incarcération, l'humiliation, la
pires. La société en gé-                                                         honte jetée sur lui, sa famille sur
néral considère que ses                                                          les mecs qui viennent lui rendre
prisons sont 4 étoiles, où                                                       visite... tu ne peux plus qu'haïr la
l’on vit les doigts de                                                           société, puisque la société cau-
pied en éventail en at-                                                          tionne ça. Et quand tu entends
tendant la soupe… et en                                                          parler parfois des prisons 4 étoi-
parlant de la soupe moi                                                          les !
j’ai pas envie de passer
après les rats. Quand on                                                         Le Huchoer : Pour calmer les
a les rats qui nous pas-                                                         détenus justement, il y a la télé,
                                         tuel. Quand l’État fait ça, il paye     c’est assez connu, les matons le
sent entre les pattes ça nous fait
                                         des amendes. Il faut savoir que         reconnaissent eux-mêmes, mais
bizarre, ça nous coupe l’appétit.        l’argent de ces amendes est pris
Ou alors faut avoir beaucoup d’ar-                                               il existe également la méthode de
                                         sur l’argent qui sert au social dans    la camisole chimique…
gent et avoir un statut de VIP ou
                                         les prisons… social payé déjà par
de flic.                                 les prisonniers eux-mêmes. Par
J’ai dû aller au mitard une fois                                                 Jerome : On cachetonne à fond
                                         exemple la télé, elle revient à 8€38    les détenus. Moi par principe je ne
parce qu’on avait demandé des
                                         par semaine, que le prisonnier loue     prenais aucun médicament, même
parloirs prolongés pour nos famil-       à une association à caractère so-
les qui faisaient 1000 km aller-                                                 les dolipranes etc. Mais c’est om-
                                         cial. Cet argent doit alors resservir   niprésent. Beaucoup de détenus
retour pour une demi heure… Le
                                         aux détenus (ballons, équipement        n’en parlent pas mais en prennent.
mitard, c’est la prison dans la pri-     de musculation…) et bien pas du
son. Faut vraiment avoir des res-                                                Parce que c’est dur…ils se shoo-
                                         tout. Il va servir à payer les dou-     tent. Y’a des médocs qui les font
sources pour tenir. Pour nous les
                                         bles barreaux aux fenêtres.             dormir trois jours, ça fait trois
politiques, on sait qu’il y a du         Au niveau de l’hygiène, quand tu
monde autour, qu’on est soutenu.                                                 jours de passés. Ils peuvent barrer
                                         vois les douches tellement cra-         trois jours sur leur calendrier. Y’a
J’imagine que moralement c’est
                                         des… sincèrement… après je me           même des surveillants qui vendent
plus facile pour nous.                   lavais dans la cellule. T’avais des
Quant aux étrangers, là les surveil-                                             des médicaments piqués dans les
                                         cas de gale. Tu voyais les surveil-     pharmacies de la prison. Il y a tout
lants se lâchent… il y a vraiment
                                         lants avec des masques qui te di-       un commerce. J’ai vu des mecs
du racisme. Ils ont un peu de pou-       sent : « Prenez pas la douche du
voir alors ils vont laisser des déte-                                            faire ça.
                                         fond, on la réserve pour ceux qui       Pour ce qui est du hachich les sur-
nus dans leur merde, ils vont pas
                                         ont la gale ». Alors tu préfères te                             (Suite page 19)
leur ouvrir pour aller en prome-


                                           18          Le Huchoèr
                                       PRIZONIDI / PREINZÓNYAER

(Suite de la page 18)                   milieu militant également, qu’il        ques, bretons, GRAPOs, Action
veillants sont conscients que cela      n’y avait pas de prisonniers poli-      Directe…
les sert. Les prisonniers sont plus     tiques, des personnes qui refu-         Quand on était en promenade j’ai
calmes et eux ont la paix.              saient l’existence même de ce           vu un cahier sur lequel était mar-
                                        terme…                                  qué à qui l’on serrait la main, a qui
Le Huchoer : Tu as du côtoyer,                                                  l’on disait bonjour, qui nous par-
puisqu'ils représentent pas loin        Jerome : Et bien je vais te dire…       lait… chose qu’ils ne faisaient pas
de 50 % de la population carcé-         il y a deux raisons pour lesquelles     pour les autres. En fait ils veulent
rale, des gens en préventive            nous sommes des prisonniers poli-       savoir qui nous côtoie, jusqu’à
non ?                                   tiques : la première raison est phi-    nous envoyer des mecs, comme
                                        losophique. Les personnes déte-         ces types que tu ne connais pas,
Jerome : Oh oui pas mal... mais         nues politiques le sont non pour        mais qui te connaissent et te po-
en matière de préventive, ceux qui      des raisons individuelles, mais         sent des questions. Ça fait une
détiennent la médaille, ce sont         pour des raisons collectives, l’es-     sensation vraiment bizarre. Le soir
quand même les politiques, haut la      sence même de la politique.             tu mets un peu plus de temps à
main.                                   Deuxièmement, cela se voit dans         t’endormir. Le caractère politique
                                        la forme même. Les politiques           est manifeste. L’administration
Le Huchoer : Au niveau de la            restent souvent ensemble, non pas       pénitentiaire s’en cache à peine.
durée tu veux dire ?                                        qu’ils ne veu-      Moi y’a des flics en civil qui sont
                                                                 lent pas se    venus fouiller ma cellule. Il n’y a
Jerome : Heu oui... mais aus-                                      mélan-       pas le droit de faire ça… en termes
si du fait que tous les politi-                                        g e r    de droits internationaux en tous les
ques sont automatiquement                                                       cas.
envoyés en préventive... et là                                                  Mais cela ne veut pas dire qu’il
c'est des mois, pas quelques                                                         faille des privilégiés mais sim-
semaines.                                                                             plement qu’il faut le recon-
                                                                                       naître clairement.
Le Huchoer : Justement, y a t-il
des disparités entre les politiques     a u x                                       Le Huchoer : Alors pour-
et les économiques ? Une diffé-         autres, mais les                              quoi refuse-t-on le terme
rence est-elle faite, que ce soit de    sujets de discus-                              de prisonnier politique ?
la part de l'administration péni-       sions sont propres aux pri-
tentiaire ou bien entre les pri-        sonniers politiques. Le militan-        Jerome : Parce qu’en France il
sonniers eux même ?                     tisme continue malgré tout. En          n’y a pas de problème politique.
                                        prison on est militant 24 heures sur    Ce qui ne les empêche pas de
Jerome : Oui, on peut dire qu'il y      24… qu’on le veuille ou pas de          continuer à se servir d’une juridic-
a des différences, de part déjà des     toutes façons.                          tion d’exception, l’enfant bâtard de
conditions de détention, où l'on va     Généralement nous sommes égale-         la Cours de Sûreté de l’État. Les
être classé forcément DHR (1), ou       ment très entourés… par les co-         juges antiterroristes et leur police,
DPS (2). Et c’est vrai qu’on est        pains, par Skoazell Vreizh, par la      la DNAT, font un travail politique,
classé systématiquement. A Fleu-        CARB, pour moi il y avait Deba-         de surveillance politique.
ry, on est mis dans des cellules,       rae, il y avait la famille… un sou-     La spécificité bretonne, car je
seuls, surveillés de très près. Par-    tien énorme dehors. Après pour          pense qu’il y en a une, comparé
tout où l’on va nous sommes ac-         nous, il y a des choses encore plus     aux basques et aux corses, c’est
compagnés. Moi sur mon dossier          difficiles, parce que la préventive     que la Bretagne est un enjeux
(que je n’avais pas le droit de         dure encore plus longtemps. Mais        beaucoup plus important. C’est
consulter évidemment) était écrit       il y a une solidarité… universelle      trop important économiquement,
en gros et en rouge : « autonomiste     on va dire.                             stratégiquement pour la France.
breton ». Avant d’arriver, les sur-     De même, la perception qu’ont les       C’est pour cela qu’ils tapent beau-
veillants me connaissaient. Mon         économiques de nous également.          coup plus vite et plus radicalement
nom de famille c’était « le breton »    Ils nous perçoivent comme tels.         sur les bretons quand il se passe la
là bas. Tout de suite on est catalo-    L’administration nous perçoit elle-     moindre chose. C’est un fait.
gué. Quand j’allais au parloir à la     même comme tel, mais nous n’a-          Quitte à faire des bavures, arrêter
santé, il y avait une référence, des    vons pas le statut qui est pourtant     des centaines de personnes… eux
tas de chiffres se terminant par        là de fait, comme la censure (le        ça ne les préoccupe pas. C’est ta-
« ARB ». On est classé. Pour les        courrier pouvant arriver des mois       per pour prévenir. La moindre
basques c’est pareil.                   après) ce qui n’arrive que très rare-   étincelle, et ils sortent non pas un
                                        ment en temps normal pour les           sceau d’eau, mais la citerne, quitte
Le Huchoer : Nous avons sou-            autres prisonniers.                     à faire des noyés.
vent entendu des gens, dans le          En général c’est des corses, bas-                              (Suite page 20)



                                          19          Le Huchoèr
                                        PRIZONIDI / PREINZÓNYAER

(Suite de la page 19)                    ils n'arrivaient pas à traduire.       J’ai vu le même genre de compor-
                                         Beaucoup de lettres en galo ont été    tement avec un mec du GRAPO,
Le Huchoer : Parle nous de la            censurées, certaines lettres en bre-   qui saignait dans le dos avec de
censure :                                ton, des livres qui m'ont été en-      nombreuses marques de coups.
                                         voyés, celui de Mouesca par
Jerome : En fait il y a une double       exemple et surtout des courriers       Le Huchoer : Pour résumer,
censure. Du point de vue des pri-        d'étrangers, ou des courriers de       c'est quoi la réalité de la prison ?
sonniers politiques, ils sont censu-     chercheurs qui faisaient une étude
rés 2 fois : une fois par le juge        sur les prisonniers politiques. Mais   Jerome : C'est vivre avec les rats,
d'instruction et une deuxième fois       pourtant ils doivent justifier leur    être enfermé 22 heures sur 24 dans
par l'administration pénitentiaire,      censure.                               moins de 9m² si l'on compte le lit
c'est-à-dire une censure du minis-                                              et la table. Nan, tu vis pas. Tu de-
tère intérieur et une censure venant     Le Huchoer : As-tu connu la            viens forcément très en colère. Et
du ministère de la justice               violence carcérale ?                   encore je suis étonné que cela
                                                                                n'aille pas plus loin. Quand tu vois
Le Huchoer : On ne censure pas           Jerome : La vie carcérale en           ce qu'on y subit, je me dis qu'on a
les mêmes choses évidemment              France c’est de la merde, c’est une    une capacité de résistance qui est
                                         honte.                                 énorme.
Jerome : La censure ce n'est pas         J’ai vu des mecs, Ahmed, se faire      Les mecs là -bas, ce ne sont quasi-
forcément « je te pique ton cour-        taper dessus pour délit de sale        ment que des étrangers qui sont en
rier et que je ne te le rends pas ».                                            prison... et là je ne crois pas que
C'est aussi le courrier qu'on te pho-                                           les étrangers aient un gêne de
tocopie. Tout est censuré, tout est                                             "méchanceté" plus développé que
lu, mais par le juge. L'administra-                                             celui des français. S'ils sont là c'est
tion pénitentiaire, elle, ne peut pas                                           qu'il y a véritablement un pro-
lire tout le courrier, elle tape un                                             blème. Moi ça m'a frappé. Et par-
peu au hasard. La censure péniten-                                              mi eux beaucoup de jeunes plus
tiaire s'attaque surtout aux fanzines                                           que normaux, pas plus agressifs
etc... Il y en a peu près un sur cinq                                           que ça, très intelligents. ! Les mecs
qui passe. Mais ça dépend aussi                                                 quand t'es dans la merde, t'as pas
des prisons. A Fleury ils censurent                                             de pécule, ils vont t'aider... il y a
systématiquement dés que c'est un                                               de l'entraide, et plus que dehors, ça
peu politique.                                                                  c'est sur. Ce ne sont pas des indivi-
                                                                                dus marginaux, des gens à coté de
Le Huchoer : Tu ne recevais                                                     la plaque mais des mecs qui en ont
donc pas le Huchoèr par exem-                                                   marre qu'on les prenne pour des
ple ?                                                                           cons ! Bosser pour 6000 balles et
                                                                                bien ils veulent plus. C'est pas en
Jerome : Nan, il était censuré, tout                                            les foutant dans des conditions
comme était censuré le kannadig,                                                carcérales proches de celles de la
l'ABC, le GUBAD...                                                              Turquie qu'on va les "guérir"entre
Mais tout ça dépend grandement                                                  guillemets.
de la politique interne de chaque
prison. Il y a la loi, mais chaque       gueule. Les mecs sont venus à 6        Merci Jerome, en te souhaitant
prison a son règlement intérieur.        ou 8, parfois ils mettent les cagou-   un bon retour parmi nous et
Le directeur de la prison agit           les et ils lui ont tapé dessus. Il a   parmi les tiens. Et encore une
comme le maître, il peut changer         porté plainte, mais il n’y a pas eu    fois : à bas le système carcéral !
son règlement du jour au lende-          de suite.
main comme bon lui semble. S'il          Moi-même j’ai refusé un ordre          (1)    Détenu à Haut Risque
veut nous faire marcher droit le         pendant une fouille à nu, c'est-à-     (2)    Détenu Particulièrement à
long des lignes il peut le faire. A      dire de me baisser et de tousser, et          Surveiller (à moins que cela
Fleury par exemple on ne peut pas        je me suis fait taper par 6 gendar-           signifie comme blaguent les
marcher n'importe comment... On          mes. Je n’avais ni insulté ni tapé,           DPS entre eux : Détenu
doit avoir le pantalon bien mis, la      je refusais simplement une ultime             Politiquement à Surveiller)
serviette bien sur les bras, les ves-    humiliation. Ils m’ont alors mis la
tes fermées... Fresnes c'est comme       tête dans la merde, et fait une clef
ça aussi, c'est militaire. Par contre    pendant 3 minutes, avec menottes,
                                                                                      SITE DE LA CARB
la santé non...                          tout ça à poil… y’avait aucune
Mais pour en revenir au sujet, la        raison. Ça les fait marrer… les
censure c'est aussi le galo, quand       mecs après ça ils sont contents.       http://www.prizonidi.free.fr


                                           20         Le Huchoèr
                                       PRIZONIDI / PREINZÓNYAER

        ADRESSES DES                          Scène de violences policiè-      renforts. En moins de cinq
   PRISONNIERS POLITIQUES                      res à Lorient le 23 avril       minutes deux bagnoles de la
          BRETONS                                                              BAC suivies d’un fourgon sont
                                           Suite au récent rapport qui a       arrivées en trombe. J’ai tout de
                                           mis en avant l’augmentation         suite été désigné par le flic que
Alain SOLÉ                                 des violences policières dans       j’avais poussé comme le gars à
                                           l’hexagone, voici un témoi-         interpeller et donc les cow-
281 892 D1/202                             gnage qui vient justement dé-       boys me sont tombés dessus.
Maison d'Arrêt - 42, rue de la Santé       montrer cet état de fait :          Les autres du groupe ont com-
75674 Paris cedex 14 - France                                                  mencé à gueuler et les flics
                                           Pour info, j’ai été témoin de       arrivés en renfort les ont re-
                                           violences policières à Lorient      poussés. Voyant ça je me suis
Kristian GEORGEAULT                        sur deux personnes et j’ai été      énervé à mon tour et le mec de
                                           interpellé à mon tour et placé      la Bac qui me tenait m’a fait
276 024 - A 234                            en garde à vue ; je suis assigné    tomber à terre et m’a passé les
Maison d'Arrêt - 42, rue de la Santé       à comparaître devant le tribu-      menottes. J’ai été directement
75674 Paris cedex 14 - France              nal correctionnel de Lorient le     emmené au commissariat pen-
                                           14 octobre pour les infractions     dant que les autres se faisaient
                                           suivantes : outrage et violences    bousculer à leur tour. Notre
Pascal LAIZÉ                               volontaires envers un représen-     bassiste s’est pris deux coups
                                           tant de l’autorité publique.        de matraque et s’est fait em-
274 740 - F 2 / 247                        Pour la petite histoire, je ren-    barquer également. Lui n’a pas
42 rue de La Santé                         trais, avec Nevrotic Explosion,     été poursuivi, mais les deux
75674 PARIS Cedex 14 - France              du concert que nous venions de      personnes interpellées à l’ori-
                                           faire avec Parabel-                              gine et moi-même
                                           lum dans la nuit                                 passons donc de-
Stéfan PHILIPPE                            du vendredi 23 au                                vant le tribunal.
                                           samedi 24 avril                                  Vive la France!
281 868 B 129                              pour nous rendre à
42 rue de La Santé                         l’hôtel.      Nous                                             Nico
75674 PARIS Cedex 14 - France              avons été témoins
                                           d’une interpella-                                A ce sujet, n’ou-
                                           tion musclée de                                  blions pas la paru-
Skrivit dezho ! Ezhomm bras o deus         deux personnes                                   tion mensuelle de
           eus ho lizhiri !                par trois flics; une                             l’Observatoire des
                                           jeune femme était                                Libertés     publi-
                                           déjà dans le véhi-                               ques, Que fait la
                                           cule de police et                                police ?, qui traite
                                           un gars était maintenu à terre      justement des bavures, de
                                           par deux flics qui lui collaient    l’augmentation du tout-
                                           leurs genoux dans le dos et sur     sécuritaire et à qui on peut
                                           le visage ; le gars hurlait         témoigner de ce genre d’affai-
                                           comme pas possible. Nous            res. Que fait la police ? vient
                                           nous sommes approchés et les        de sortir son centième numéro
                                           flics nous ont sommé de partir.     au mois de mars. On peut s’a-
                                           J’ai juste dit que je ne faisais    bonner à l’adresse suivante :
                                           que constater l’interpellation et   Que fait la police ?, 7/9, Pas-
                                           je leur demandais d’arrêter de      sage Dagorno, 75020 Paris.
                                           brutaliser le gars. Comme ils       (chèque de 10 euros à l’ordre
                                           continuaient j’ai poussé un des     de l’Observatoire des Libertés
                                           flics qui a sorti son tonfa, puis   publiques)
                                           son chien avant d’appeler des




                                         21         Le Huchoèr
La pub nous détruit... détruisons la pub !                  Chetu penaos a bount tud bennak o loustajèu àrnamb
               (Petite anecdote publicitaire…)              o-unan, én ur hounit arc’hant ; met ne zisoñjamb
                                                            ket :la pub est au Kapital ce que les flics sont à l’E-
       En dé all, pa oèn-me é pourmen, em eus               tat ! En em silein a ra é buhé en dud da vestronein ha
                                                            reolein o doare-deho. Chetu a-gaos da betra ‘zo bar-
gwelet ur paotr é klask da ziverkein un dra enep en
toullèu-bac’h, sinet get ur strollad diveliour ha           rek un den da vrukat en tammig « natur » a zo dirak e
dizalc’hour, hag e oé skrivet àr-seblant oc’h mogoer        di get ur bern houarnaj-ramz ha hudur aveid gellout
                                                            prenein ur bern houarnaj-all, ur Mercedes hag a zo é
e liorh, ur vur-agglo louedet, trist ha tout.
Me ‘zo bet é lâr dehañ e oé mat da naetein (pesort          kousket én e garrdi. (gwir eo !)
beg-sukret on !) met e oèn souehet eùé                                        Neuseñ eo dav d’en dud ne faot ket
                                                                              ken deho andurein en strogajèu-mañ
é welein kement a aked da lamein al
liherièu-bennak-mañ, tra ma emañ un                                           (ha bout ‘zo, daoust d’er peh a lâre
dra euhus én e jardin : ur banell (5/4m                                       er bailh-señ dein) labourat asembles
                                                                              enep strujein en armaj-armeh mod-
dre-vras) é fougeal madoberèu ur
yaourt (get ur plac’h mat a-feson, èl-                                        señ. Tu ‘zo implij pep tra (èl get en
just...) pe é c’houlenn genamb monet                                          « bagadèu-schtroumpf » !) : vièu
                                                                              leun a liwadur, maen da harpein er
da zizolein ken plijus eo micher en
archerion (rak aveid hon eurvad                                               panellèu-tro, bahadèu, eoul-maen,
brasañ èl eid hani EDF e tro er banell-señ da ziskouez      « oberiadennèu-dornad » e-gis « torrerion ar pub »...
                                                            Re a dud a vev, a bourfit pe a ra o feh-ler zoken aveid
tri fub deamb !).
Paour-kaez begeg on, ankouaet ‘moé ne oé ket er pub         ar pub ; met un nebeudig tud ‘zo, é-skoaz ar re a zi-
ur benweg aveid nac’hein en hinienn,                        wask en sakad-mañ bemdé. Ni’zo gouest da vout me-
                                                            lezourièu er bed ag arc’hoah én ur gas askedèu dilufr
marc’hadourraad korf en den (er Vaouez dreistholl),
re vevezein hag àr-señ eid produein ha saotrein betek       o skeudennèu-reizhennein, disliv ha mehus ken alies,
re. N’eo ket !Un arz eo ar brudereh ! Ha pebeh chañs        en-dro én o beg... D’en armèu ha marv d’er pub !
en deus ar paotr-señ da vout skeudenn an arz kevalael
getoñ, én ur vout paeet (èl en deus lâret dein, lorc’h                                          Vergisstmeinnicht
ennañ) oc’hpenn-señ !

                                   Ni papiers, ni frontières entre les nations !

        Depuis le 5 mai en moyenne une dizaine de personnes sans papiers occupent quelques salles de la fac de
Villejean (Rennes 2). Elles sont soutenues par le collectif rennais de soutien aux sans papiers, des libertaires et
anarcho-syndicalistes ainsi que par des individus non organisés. La raison de cette occupation : ces sans papiers
demandeurs d'asile politique ont normalement droit au logement durant l'examen de leur dossier par l'OFPRA
(Office Française de Protection des Réfugiés et Apatrides). Cependant, restrictions budgétaires obligent, les
institutions étatiques (Préfecture et DDASS), ne respectent plus ce droit. Selon le site du collectif (http://
sp35.free.fr) «A Rennes, depuis plus d'un an, les célibataires n'accèdent plus au logement ; puis ce fut le tour
des couples sans enfants il y a 6 mois ; c'est maintenant le tour des familles avec enfant(s) : " à eux de se dé-
brouiller ". Mais voilà que aujourd'hui 7 personnes vivent la réalité que ces mesures laissaient présager : même
le 115 n'accueille plus, elles sont à la rue !!!». Des manifs et des actions sont régulièrement impulsées, la pré-
fecture a été plusieurs fois investie par une cinquantaine de personnes, celles-ci se sont faites à chaque fois rapi-
dement éjectées par les forces étatiques du désordre après un contrôle d'identité général. Cette occupation ne
relève pas de l'humanitaire, pas question de faire du traitement au cas par cas ; le but affiché par les militants
soutenant cette initiative est clairement d'instaurer un rapport de force avec les autorités, montrer que face à
l'inhumanité capitaliste, nous saurons crier haut et fort que solidarité n'est pas un vain mot !
                                                                                          Per-Ewan (le 26/05/2004)

La Coordination Bretagne Indépendante et Libertaire (CBIL) rassemble actuellement plusieurs collectifs en
Bretagne : Huch ! à Rennes, Treger Disuj pour le Trégor, Ti an Dispac'h pour la Région de Pontivy, ainsi que
des individuEs. N'hésitez pas à prendre contact avec votre collectif local ou à en créer un s'il n'existe pas
encore.

Coordination : cbil@no-log.org / CBIL, BP 70402, 22200 Gwengamp Cedex
Collectif Treger Disuj : treger.disuj@no-log.org / Treger Disuj c/o CBIL, BP 70402, 22200 Gwengamp Cedex
Collectif Huch! : huch@no-log.org / Huch c/o CBIL, BP 70402, 22200 Gwengamp Cedex
Collectif Ti an dispac'h : ti.an.dispach@free.fr / TAD c/o CBIL, BP 70402, 22200 Gwengamp Cedex
Contact Lorient : huch.an.oriant@bzh.net
Contact Alsace : Penngoullo@no-log.org



                                          22          Le Huchoèr
                             PETRA NEVEZ ? / TCHI QU’Y A D’NEU ?

                                                             place du centre à Guingamp et vidéo projection à
?? 26/03 : arrestation d’Hervé Bossard, militant             19 heures à la galerie Kig hag arz.
   de l’association culturelle Bemdez, à Paris. Il
   est placé en détention provisoire pour avoir trans-    ?? Le même week-end, aux mêmes dates (28, 29, et
   gressé un contrôle judiciaire qui lui interdisait de      30 mai) a lieu le désormais traditionnel Fuckin-
   quitter la Bretagne.                                      ’Art Rock au wagon à Saint-Brieuc avec entre
                                                             autres The Analogs, Los Tres Puntos, Les Corons
?? Libération de Gaël Roblin après 3 années et               Puent, Schneider Sect, In the Shit, Amiante, Ur-
   226 jours de détention provisoire et de Jérôme            ban Blight, La Fraction, Craft…en tout plus de 20
   Bouthier, , après 2 ans et 178 jours de détention         groupes se partagent l’affiche et c’est 20 euros les
   provisoire.                                               3 jours.

?? 21/04 : le militant breton vannetais Hervé Bos-                              DIVERS
   sard est libéré après 26 jours de détention provi-
   soire.                                                     La C.B.I.L a réalisé des T-shirts (lettrage en
                                                              rouge) avec le slogan « Herzel bremañ ha trec’hiñ
?? 5/05 : occupation de la fac de Villejean par des           warc’hoazh ! », résister maintenant, vaincre de-
    sans-papiers et par le collectif de soutien, afin         main, qui sont disponibles sur les tables de presse
    de réclamer des papiers et des logements pour             au prix de 15 euros, port compris. Tailles XL, L,
    tous et toutes. L’occupation continue toujours à          M et fille.
    ce jour.

?? 6/05 : rassemblement et manif
    contre l’expulsion de 3 squatts à Rennes.

?? 13/05 : la conférence du juge Thiel à Vannes
    est perturbée par des militants bretons venus
    demander des comptes au magistrat.

?? 14/05 : manif pour les sans-papiers à Rennes,
   place de la mairie.

?? 17/05 : manif à Lannion, Treguier et Guin-
   gamp pour protester contre la décision du recto-
   rat de supprimer des postes d'enseignement du              A commander à l’adresse de la CBIL si ça vous
   breton.                                                    branche…

?? 20/05 : manif contre l'acharnement judiciaire                              LECTURES
   dont sont victimes les militants bretons à Guin-
   gamp.                                                  Earquake n° 84, 3 timbres par courrier chez Frédéric
                                                          Leca, 55 rue St Jean, 88300 Neufchateau, France.
                      A VENIR                             Un des doyens, sinon le doyen des fanzines under-
                                                          ground français n’a pas changé de formule et c’est ça
?? Les 28, 29 et 30 mai auront lieu les Devezhioù         qui plaît : des interviews bien menées avec des grou-
   Breizh Dieub, journées de l’indépendance, avec         pes inconnus ou des vieux de la vieille (Stalag) et
   une marche et des manifestations entre Morlaix et      plein de chroniques, bref un fanzine comme on en fait
   Guingamp. Au programme le vendredi 28 à Mor-           plus, enfin plus beaucoup ! Incontournable.
   laix débat à la MJC, 7 place du Dossen avec pour
   thème Europol, les nouvelles mesures de répres-        Profane Existence n° 44, automne - hiver 2003, P.O.
   sion sociale et sécuritaire (recalculés, flicage…),    BOX 8722, Minneapolis MN 55408, États-unis, gra-
   suivi d’un buffet. Le samedi 29 rassemblement          tuit.
   devant la mairie à 10 heures et départ en caravane
   jusqu’à Plounevez-Moedec, puis marche de Plou-         Ligne 12b n° 6, journal d’infos du collectif La Brè-
   nevez jusque Gurunhuel. Le soir conférence débat       che, avril 2004, gratuit.
   à partir de 18h30 sur la répression en Bretagne        Je prend le train en route car comme vous pouvez le
   salle de Gurunhuel et concert avec Lik ha Lik,         constater ce journal en est déjà à son sixième numéro,
   Titty Twister et fest-noz. Enfin le dimanche 30        et c’est seulement aujourd’hui que j’en vois l’aboutis-
   marche au départ de Gurunhuel en direction de          sement sur papier avant d’en avoir entendu beaucoup
   Mousteru et de Guingamp. A 17 h prise de parole        parler. A l’instar du bulletin ABC de Dijon, ce journal
                                                          est réalisé et diffusé par des militants anti-carcéraux


                                         23         Le Huchoèr
de Lille et recense tout un ensemble de brèves sur les politiques judi-                 Où trouver le Huchoèr ?
ciaires et carcérales de la douce France, des brèves et communiqués.
La Brêche, c/o CCL, 4 rue de Colmar, 59000 Lille.                                             Roazhon / Resnn :
                                                                          ??        Librairie Alpha Graph, rue d’Echange
Le Cat Pages, avril-mai 2004, publication de la CNT – FAU de Ren- ??                Librairie Au bout de la nuit, rue Legraverend
nes.                                                                      ??        L’Ekluserie occupée, rue Alphonse Guérin
Des articles généraux, comme la petite « leçon » de démocratie directe
et le rôle des AG, et pas mal d’actualités sur les mobilisations étudian-                Sant Brieg / Saent Berioec:
tes et syndicales, puis bien sûr une présentation de la CNT. Ça circule ??          Librairie Errances
du côté de Villejean à Rennes !
                                                                                         Gwengamp / Guingamp :
Bulletin ABC/CNA n°59, mars 2004, gratuit, abonnement 0,69 euros
                                                                         ??         Ambassade du Peuple Palestinien, 7 rue Notre
par numéro.
                                                                                    Dame
La référence en terme d’informations sur le milieu carcéral et les pro-
                                                                         ??         Maison de la Presse, place du Centre
cès en cours, de part sa régularité. Le bulletin est désormais au format
A5 ; l’adresse est la suivante : ABC c/o Maloka, BP 536, 21014 Dijon
cedex.                                                                                    Boulvriag / Bourbriac :
                                                                         ??         Tabac Presse, place du Centre
Street Trash, « Apocalypse Skwal attack n°4, prix libre, février
2004.                                                                                     Tonkedeg / Tonquedec :
Ça avait déjà de la gueule, mais là Street Trash est passé à la vitesse       ??    Café chez Jeannot, route de Lannion
supérieure : 84 pages imprimées, couverture papier glacé ! Ce qui est
intéressant c’est ici le travail réalisé en collectif par une dizaine de per-                Lannuon / Lannion :
sonnes de Rennes et ça donne pas mal. Il ne manque plus que la régula- ??           Librairie Gwalarn, rue des Chapeliers
rité…Bref, c’est fourni et gavé d’infos, articles politiques, interviews,
chroniques…                                                                                Kemperle / Quimperlé :
                                                                              ??    Librairie Penn-da-Benn, place Saint Michel
Veg’Info, n° 10, printemps 2004, trimestriel d’information sur le vé-
gétarisme et la protection animale.                                                        An Oriant / Lorient :
Toujours la grande classe au niveau présentation et informations, Veg- ??           Maison de la Presse, 18 rue des Fontaines
’Info est le journal dont je conseille la lecture à tous les nombreux –ses
camarades pour qui le végétarisme est sujet de bonnes blagues et autres                       Gwened / Vannes :
sarcasmes…N’oubliez pas que notre, je devrais dire votre, consomma- ??              Librairie Lenn ha dilenn, rue des Chanoines
tion de viande a pour conséquence l’agriculture productiviste en Breta-
gne et ailleurs, la pollution ainsi que la dépendance et l’exploitation                           Quimper :
des pays du Sud au profit des multinationales de l’agroalimentaire. ??              Librairie Ar Bed Keltiek
Seules réserves que j’aurais pour le contenu de Veg’Info, ce sont les
pubs indirectes pour des produits végétariens de sociétés connues.                                Lesneven :
                                                                              ??    Tavarn / Ti krampouezh « Chez Tom»
                                                         L’courrou d’néteïe                  18 straed Itron-Varia

                                                                                                   Brest :
                                                                             ??     Librairie Ar Bed Keltiek

                                                                                                   Paris :
                                                                             ??     Coop Breizh, rue du Maine

                                                                                                     Lille :
                                                                             ??     Infoshop, 4 rue de Colmar

                                                                                                   Nancy :
                                                                             ??     La Casbah, rue Villebois -Mareuil


                                                                             + les tables de presses, les manifs… et directement
                                                                             dans ta boîte aux lettres si tu t’abonnes.




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