Homélie du dimanche de Pâques – 8 avril 2007 Evangile selon saint Luc 24 1 12 Les textes que nous avons entendus les chants que nous avons entonnés les gestes que nous avons

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Homélie du dimanche de Pâques – 8 avril 2007 Evangile selon saint Luc 24 1 12 Les textes que nous avons entendus les chants que nous avons entonnés les gestes que nous avons Powered By Docstoc
					                 Homélie du dimanche de Pâques – 8 avril 2007
Evangile selon saint Luc 24, 1-12


Les textes que nous avons entendus, les chants que nous avons entonnés,
les gestes que nous avons posés, nous parlent tous de manière très riche, de
ce grand mystère du passage de la mort à la vie qu’est le mystère Pascal. En
Christ mort et ressuscité pour chacun de nous, nous vivons une nouvelle
naissance ; nous redressons la tête comme le peuple d’Israël fuyant
l’esclavage d’Égypte, nous entendons l’appel à étancher notre soif à l’eau
vive, et nous nous laissons saisir par le mystère de nos existences plongées
des ténèbres vers la lumière. L’évangile que nous avons entendu déploie l’une
des symboliques pascales avec le récit du tombeau vide. Prenons le temps de
l’écouter.

Le premier jour de la semaine, le jour saint considéré dans la Bible comme
celui de l’alliance entre Dieu et son peuple, Marie-Madeleine, Jeanne et Marie
mère de Jacques se rendent de grand matin au tombeau. Le texte dit
exactement « dans une aube profonde » (Lc 24,1), à ce point de la nuit où les
ténèbres commencent à se dissiper et où de nouvelles figures commencent à
se discerner. Elles ne pouvaient pas embaumer le jour du sabbat le corps du
Seigneur crucifié et mis au tombeau, et elles se précipitent à l’aube d’un jour
nouveau pour préparer avec les aromates la dépouille de Jésus. La pierre
souvent ronde et de grande taille qui scelle à même le roc les emplacements
funéraires a été roulée, et elles entrent attirées par une scène inhabituelle. Le
cadavre qu’elles recherchaient est mystérieusement absent, ajoutant encore
un poids à l’absence du samedi saint. Ces femmes sont désemparées. Aurait-
on volé le corps pourtant solidement gardé ?

Dans leur détresse surviennent deux hommes vêtus « d’un vêtement
éblouissant » (Lc 24, 4). Abraham déjà aux chênes de Mambré, alors que
Dieu l’appelait à nouer alliance, avait rencontré trois mystérieux messagers
(Gn 18, 2) ; étranges images que ces passages de Dieu dans nos vies alors
que tout semble être perdu, alors que le doute et l’incompréhension nous
assaillent. Au plus profond de l’aube ou au plus chaud du jour pour Abraham,
Dieu vient nous visiter, contre toute attente, sous une forme qui nous
déconcerte. L’interpellation des deux hommes est radicale : « Pourquoi
cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ».
Nous sommes renvoyés à nos propres pratiques, à notre propre foi.
Cherchons-nous à embaumer le souvenir du Jésus de notre enfance pour
tenter de le conserver et de l’idéaliser, ou bien acceptons-nous de vivre le
mémorial, c’est-à-dire cette histoire d’alliance qui se poursuit aujourd’hui ? Le
Dieu de la Vie, celui qui a délivré Israël, celui qui a rappelé à la vie Lazare,
pourrait-il se figer dans l’éternité de la mort telle une momie offerte à notre
idolâtrie ?



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Non, nous sommes appelés dans nos incompréhensions, comme l’invitent les
deux hommes, à faire mémoire des paroles de Vie : « il faut que le fils de
l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le
troisième jour, il ressuscite ». Nos esprits sont lents à croire selon notre
logique, là où l’Esprit de Dieu ouvre l’intelligence des Écritures à notre cœur,
selon les yeux la foi. Là où l’évidence du monde manifeste le vide du tombeau,
l’absence du corps recherché, les yeux de la foi relisent à la lumière de la
Parole l’inouïe d’une présence sous un mode qui nous échappe et que nous
traduisons par ces mots : « alléluia ! il est ressuscité ». Marie-Madeleine,
Jeanne et Marie se rappelent alors les promesses de Jésus alors qu’elles
cheminaient avec lui en Galilée. L’expérience de la foi en Christ ressuscité
nous transforme en témoins de son amour pour nous, et libère notre parole
pour annoncer cette merveille : alors que les autorités juives et romaines
pensaient en avoir fini avec un dangereux agitateur public, alors que notre
société sécularisée pense pouvoir se contenter du cri de « Dieu est mort », le
Verbe créateur parcourt la Terre et provoque des aurores nouvelles.

Des hommes, des femmes, des communautés locales se lèvent pour
communiquer l’expérience d’une vie plus forte que la mort, d’un amour plus
grand que la haine de la Croix. Notre vie de baptisé est mise en mouvement
par le ressuscité, elle ne peut s’accommoder du calme plat des eaux
croupissantes des fausses évidences. Notre témoignage est appelé à
déranger, à provoquer l’incrédulité. Même les apôtres, même Pierre se
précipitant au tombeau, mettent en doute la vérité des paroles rapportées,
« ces propos leur semblèrent délirants » (Lc 24, 11). Il faudra les apparitions
du Ressuscité en personne pour que le groupe des onze à l’origine de l’Église
sorte de sa torpeur et parte en mission prêcher et baptiser celui qu’ils auront
reconnu comme le vivant.

Le Christ sorti victorieux de son tombeau nous appelle à déposer notre linceul
d’homme ancien pour revêtir le vêtement de l’homme nouveau, celui des
promesses de notre baptême. Osons sortir alors que l’aube est encore
profonde, alors que la crise semble consommée, non pas pour embaumer en
habit de deuil, mais pour entendre la parole de résurrection et lui donner chair
dans notre histoire. Osons donner à notre église le visage du crucifié
compatissant et du ressuscité vivant, il nous accompagne, il ressuscite nos
communautés et chacun de nous, il est bonne nouvelle lancée à la face du
monde. Alléluia, il est vivant !




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