Blaise Pascal (1623 – 1662)

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Blaise Pascal (1623 – 1662) Powered By Docstoc
					           Blaise Pascal (1623 – 1662)
 Au moment où Descartes place la personne humaine au centre de toute réflexion,
Pascal affirme que le «moi» est soumis à la toute-puissance de Dieu. Et il démontre
        que les vérités de la raison et de la foi ne sont pas du même ordre.
                                   Sa vie et son temps
       Pascal représente un étrange paradoxe. Il est l'un des esprits scientifiques les plus géniaux de
son temps; néanmoins, il a mis toute son intelligence et son art de convaincre au service de la foi.

                                              Sa vie

 Le scientifique et le mondain (1623-1645)
- Naissance à Clermont. Après la mort de sa mère, son père magistrat et scien-
tifique réputé, s'établit à Paris et s'occupe lui-même de l'éducation de Biaise et de
ses deux sœurs.
- Manifestant des dons exceptionnels, Pascal est introduit dans les milieux
scientifiques parisiens. Il se fait connaître par divers travaux de mathématiques et
de physique, et met au point une machine à calculer, la «pascaline».
- Les Pascal fréquentent la haute société, sont reçus à la cour et dans l'entourage
de Richelieu.

Vers Dieu (1646 1662)
- «Première conversion»: Pascal se tourne vers le jansénisme et se lie avec les
«Messieurs» de l'abbaye de Port-Royal. Il se partage entre les travaux
scientifiques, les relations mondaines et la religion.
- La «nuit du Mémorial», consignée dans les Pensées, marque sa «seconde conver-
sion»: Pascal s'oriente vers un mysticisme de plus en plus fervent. Sans jamais
abandonner ses travaux scientifiques, il se consacre à un projet d'apologie de la
religion chrétienne.
- Une grave maladie le condamne à une mort précoce. Il meurt à 39 ans.

                                         Son temps

Les limites de la raison
        L'époque de Pascal est marquée par l'essor des mathématiques et des
sciences expérimentales. Les mathématiques connaissent un tel succès que
Descartes tente d'étendre le raisonnement mathématique à la physique et à la
métaphysique. Mais Pascal, brillant mathématicien lui-même, est très vite conscient
des limites d'un tel projet. Les mathématiques, la raison, ne peuvent éclairer
certains mystères incompréhensibles pour l'homme, comme celui de l'infini ou celui
de la condition humaine. C'est pourquoi Pascal sépare les vérités de la raison de
celles, infiniment supérieures, de la foi.

Le jansénisme
        Pascal se convertit au jansénisme. Ce mouvement religieux, issu de l'ensei-
gnement de l'évêque néerlandais Jansénius (1585-1638), prône un retour une foi
stricte et à une vertu rigoureuse dans l'espoir d'obtenir le salut. Le jansénisme
s'oppose ainsi à l'optimisme humaniste et au triomphe de l'individu qui
caractérisait la Renaissance. En France, le jansénisme se heurte à l'hostilité des
jésuites et aux persécutions de la monarchie absolue, qui le considère comme un
foyer d'insoumission politique.
                                   Principales œuvres

        Les œuvres de Pascal se divisent principalement en deux sortes: les travaux scientifiques
et les œuvres religieuses. Toutefois, dans De l'esprit géométrique et de l'art de persuader,
Pascal se révèle aussi un grand philosophe.

Essai pour les coniques (1640)
       Écrit à l'âge de seize ans, ce traité de mathématiques, premier écrit
scientifique publié de Pascal, valut à son auteur une admiration unanime et le
rangea parmi les plus grands savants de son temps.

Traité du vide (1651)
       Ce fragment de préface pour un traité que Pascal n'écrivit jamais
constitue un plaidoyer en faveur de l'expérimentation scientifique. En vérifiant par
l'expérience les hypothèses de Torricelli sur la pression atmosphérique, Pascal
confirme l'existence du vide dans la nature, ce que niait la théorie scolastique et I
aristotélicienne.

Traité du triangle arithmétique (1654)
       Pascal déduit les applications de son célèbre triangle et jette les bases du
calcul des probabilités.

Les Provinciales (1656-1657)
      Avec cet ouvrage polémique, rédigé sous forme de lettres, Pascal prend la
défense des jansénistes dans la dispute théologique qui les oppose aux jésuites,
notamment sur la question de la grâce. Pour les jansénistes et pour Pascal, les
hommes, depuis le Péché originel, ne sont pas libres de se sauver.

De l'Esprit géométrique et de l'art de persuader (1657, publié
en 1728)
       Pascal montre que les mathématiques, comme toute connaissance humaine,
reposent sur des notions qui ne peuvent être démontrées. Il souligne les limites
des vérités rationnelles, affirmant la supériorité des vérités du cœur et des «vérités
divines».

Pensées (1669 167O)
        Ces notes et fragments publiés à titre posthume étaient destinés à la grande
Apologie de la religion chrétienne à laquelle Pascal se consacra pendant les dernières
années de sa vie. Pascal cherche à convertir le lecteur, en particulier le lecteur
libertin et sceptique, à la foi en s'adressant aussi bien à sa raison qu'à son cœur.
                                         Son apport

       Pascal tente de réconcilier raison et religion, mais, contrairement à Descartes, il nie la
primauté du «moi» en soulignant la misère de l'homme et en affirmant la toute-puissance de
Dieu.

Le scientifique.
Pascal était l'un des grands mathématiciens de son temps. Avec Fermât, il a
posé les fondements du calcul des probabilités. Leibniz s'est inspiré de ses travaux
sur les coniques pour mettre au point le calcul différentiel. En physique, il a
poursuivi les travaux de Torricelli et a été l'un des pionniers de la méthode
expérimentale. Il a fabriqué la première calculatrice de l'histoire.

Le théologien.
      Pascal a mis ses dons intellectuels exceptionnels au service d'une foi
fervente. Il s'est ainsi révélé aussi bon théologien que mathématicien. Mystique
doublé d'un logicien redoutable, il a su donner à ses arguments en faveur de la foi
une force presque irréfutable.

Postérité-actualité.
       Si le jansénisme a été officiellement vaincu parce que sa conception
tragique de la condition humaine s'accordait mal avec la volonté de puissance et
de gloire de la monarchie, la mystique pascalienne a exercé une influence
profonde et durable. On retrouvera la même critique de la vanité humaine chez
les moralistes du XVIIe siècle tels que La Rochefoucauld ou La Bruyère.
       A certains égards, Pascal annonce l'existentialisme chrétien d'un
Kierkegaard, voire l'existentialisme sartrien: croyant ou athée, l'homme est
condamné à la liberté et à l'angoisse métaphysique.

                                   Notes et commentaires
Apologie
Écrit visant à défendre une doctrine ou une personne.

Port-Royal des Champs
Abbaye féminine située au sud de Paris qui devint le «quartier général» des
jansénistes au XVIIe siècle. Des hommes (les «solitaires») pouvaient s'y retirer
aussi. L'abbaye fut rasée en 1711.*

Libertin
Athée, libre penseur. Au XVIIe siècle, le terme n'a pas encore le sens érotique qu'il
prendra au XVIIIe.



        «La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de
         choses qui la surpassent.»
                                                                                     Blaise Pascal