Pascal Brukner
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Pascal Bruckner
« Le monde entier nous hait et nous le méritons bien, telle est la
conviction d’une majorité d’Européens ».
« Repentez-vous ! Voilà le message que nous martèle la philosophie
occidentale depuis un demi siècle ».
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonsoir,
C’est avec un immense plaisir et un grand honneur que nous sommes
présents ce soir pour vous présenter un philosophe, romancier et essayiste de
talent, Monsieur PASCAL BRUCKNER.
Personne ne peut demeurer insensible aux discours vivaces et incisifs,
ainsi qu’à la plume élégante et impétueuse de Monsieur BRUCKNER.
D’ailleurs, votre présence nombreuse à cette conférence n’en témoigne-t-
elle pas ?
« La tyrannie de la pénitence », comment ne pas être interpellé par un tel
intitulé ?
Sur nous, jeunes profanes en philosophie, ces sentences ont jeté un
trouble profond !
En effet, c’est loin des sentiers battus, creusés par la pensée commune que
nous avons découvert l’œuvre satirique, intelligente et subtile de Pascal
BRUCKNER.
Le poids de sa culpabilité empêcherait-il le vieux continent de jouer le
rôle qui lui incombe ? Pire, l’Europe serait-elle inhibée par ses propres
intellectuels ? A vous croire, « Toute la pensée moderne s’épuise dans la
dénonciation mécanique de l’Occident dont elle souligne l’hypocrisie, la
violence, l’abomination. »
« Enfin quelqu’un qui ose concrètement jeter un pavé dans la mare ! »
nous sommes nous dit lors de notre lecture de « La tentation de l’innocence »
une autre de ses œuvres, que l’ensemble de notre classe analyse dans le cadre
de notre cours de français de rhétorique.
Ce livre est très vite devenu, pour nous, ne vous en déplaise, une sorte de
bible, confessant nos fautes, fustigeant nos idéaux, tirant le portrait de l’homme
moderne standard ( auquel,nous vous rassurons, nous ne voudrions guère
ressembler ! ).
Les démons modernes contre lesquels notre invité de ce soir cherche à
nous mettre en garde, avec toute la foi et la fougue qui le caractérisent, ces
démons ont revêtu une façade très séduisante !
Dorénavant, le mal se nomme « individualisme », « prospérité »,
« innocence », « pénitence » ou encore « euphorie »…finalement des concepts
qui, de prime bord, semblent très positifs, auréolés même d’un certain
prestige…
Consumérisme, infantilisme et victimisation, telles sont les plaies béantes
de notre monde contemporain qui hantent désormais nos pensées.
Cher Monsieur Bruckner, sachez que jamais plus, nous ne pourrons
arpenter les longues allées d’un supermarché sans penser à ce que vous
nommez « l’abondance irréfutable », jamais plus nous ne pourrons observer
des consommateurs acharnés, armés de leurs cartes de crédit sans penser à
l’infantilisme qui les subjugue, ni même poser les yeux sur Mickey et son sourire
béat sans y voir un majestueux «cuculand » inscrit sur son front !
Ce n’est plus un regard empli de compassion que nous porterons sur le «
vieux poupon geignard flanqué d’un avocat qui l’assiste » mais bien un regard
lucide et réprobateur !
Après avoir lu et apprécié tant de logique et de rigueur démonstrative,
nous n’avons pu résister à une autre tentation… moins perfide, celle là … celle
de découvrir l’homme qui se cache derrière ces pensées détonantes.
Après des études au lycée Henri IV à Paris, à l’université de Paris I et de
Paris VII et à l’école pratique des hautes études, Pascal Bruckner vous devenez
professeur invité à l’université d’état de San Diégo en Californie et à la New
York University de 1986 à 1995.
Maître de conférence à l’institut d’études politiques de Paris de 1990 à
1994, vous collaborez également avec le journal «le Monde » et la revue « le
Nouvel observateur ».
De surcroît, vous êtes un romancier prolifique et nous vous devons :
« Lunes de fiel » paru en 1981 aux éditions du Seuil et adapté à l’écran
par Roman Polanski.
« Les voleurs de beauté » publié cher Grasset et couronné du prix
Renaudot en 1997. ; véritable conte philosophique dans lequel vous
fustigez également le culte de l’apparence et de l’éternelle jeunesse
plus récemment, en 2005, vous avez publié «L’amour du prochain » chez
Grasset.
Enfin ce 7 novembre dernier, vous venez de nous offrir « Mon petit
mari », une fable philosophique, désopilante, dénonçant férocement le
règne de l’enfant tyran, tout en signant l’acte de décès du mâle dominant.
Par ailleurs, vous êtes également l’auteur de livres pour la jeunesse tels
que :
« Le palais des claques » 1986 et « Au secours le père Noël revient » en
2003 pour ne citer que ceux là.
Tel un chevalier des temps modernes, Pascal Bruckner, par un art
consommé du paradoxe et (oserons-nous dire) de la provocation, n’a pas
hésité à se lever pour critiquer (vilipender) et pourfendre les mythes
contemporains responsables, selon lui, de notre décadence.
Les titres de ses essais sont éloquents :
« le nouveau désordre amoureux » écrit en 1977 en collaboration
avec Finkelkraut publié au Seuil.
« Le sanglot de l’homme blanc » paru au Seuil en 1983.
« La tentation de l’innocence » paru chez Grasset en 1995 et qu a
obtenu le prix Médicis essais.
« L’euphorie perpétuelle » paru chez Grasset en 2000.
« Misère de la prospérité » paru chez Grasset en 2002, récompensé
par le prix du meilleur livre d’économie.
Et enfin, «La tyrannie de la pénitence » paru l’an dernier et qui fait l’objet de la
conférence de ce soir.
Si nous sommes si nombreux ce soir, peut-être est-ce dans l’espoir qu’un
prophète nous éclaire sur nos perversions et qu’il nous donne, par ses
suggestions, encore quelque chance de salut ?
Soyez certain qu’à l’image de Gimini Cricket pour Pinocchio (non,
rassurez vous, nous n’oserions parler du prototype de Walt Disney mais bien
« del Grillo parlante » de Collodi), vous avez éveillé nos consciences ?
Monsieur Bruckner, vous avez provoqué l’étincelle dans nos esprits !
Vous nous invitez à contourner le piège de la banalité ; ainsi, c’est sur le chemin
d’hommes et de femmes responsables, citoyens, coûte que coûte, arborant
fièrement le drapeau de l’Europe que nous engagerons demain notre vie
d’adulte.
Merci et excellente soirée à tous.
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