L'Eucharistie, mémorial du Mystère pascal by hcw25539

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									            Fraternités monastiques
            de Jérusalem




                    2e Catéchèse
                8 novembre 2007

          L'Eucharistie,
     mémorial du Mystère pascal

                 enseignement par
                     Sr Cécile
Cette catéchèse s'inspire du parcours catéchétique pour adultes
 en préparation au Congrès Eucharistique International de 2008
                     (Editions de la CECC).
                                                                                     Sr Cécile
                                                                           le 8 novembre 2007


Pour nous préparer à la catéchèse...

          L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal.

Pour nous préparer à cette deuxième catéchèse, nous pouvons revenir en esprit au
soir du jeudi saint et y contempler Jésus qui entre dans la Pâque.
Chaque année, tout Israël se rassemble pour faire mémoire de la libération de
l’esclavage et de l’alliance de Dieu avec son peuple. Jésus s’inscrit dans cette
tradition mais ce soir-là, il va donner une signification radicalement neuve aux rites de
la pâque juive. En prononçant ces paroles sur le pain et le vin, il annonce et anticipe
le don de sa vie pour libérer l’humanité du péché et de la mort. À l’alliance du Sinaï
succède l’alliance en son sang pour la réconciliation de l’humanité entière avec Dieu.

Pour bien mesurer la continuité et la rupture de ce mouvement, reprenons quelques
textes dans la prière, en les comparant :

1) Le récit de l’institution de la Pâque juive : Ex 12, 1-
14
1
     Yahvé dit à Moïse et à Aaron au pays d'Égypte :
2
     "Ce mois1 sera pour vous en tête des autres mois, il sera pour vous le
     premier mois de l'année.
3
     Parlez à toute la communauté d'Israël et dites-lui : Le dix de ce mois,
     que chacun prenne une tête de petit bétail par famille, une tête de petit
     bétail par maison.
4
     Si la maison est trop peu nombreuse pour une tête de petit bétail, on
     s'associera avec son voisin le plus proche de la maison, selon le nombre
     des personnes. Vous choisirez la tête de petit bétail selon ce que chacun
     peut manger.
5
     La tête de petit bétail sera un mâle sans tare, âgé d'un an. Vous la
     choisirez parmi les moutons ou les chèvres.
6
     Vous la garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois, et toute
     l'assemblée de la communauté d'Israël l'égorgera au crépuscule.2


1
  Il s’agit du mois d’Abib (mois des épis) correspondant à notre mars-avril. Après l’exil il
s’appellera Nisân.
2
  C’est-à-dire soit entre le coucher du soleil et la nuit complète (Samaritains), soit entre le
déclin et le coucher du soleil (Pharisiens et Talmlud).


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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

7
     On prendra de son sang et on en mettra
     sur les deux montants et l linteau des
     maisons où on le mangera.
8
     Cette nuit-là, on mangera la chair rôtie
     au feu ; on la mangera avec des
     azymes3 et des herbes amères.
9
     N'en mangez rien cru ni bouilli dans
     l'eau, mais rôti au feu, avec la tête, les
     pattes et les tripes.
10
     Vous n'en réserverez rien jusqu'au
     lendemain. Ce qui en resterait le
     lendemain, vous le brûlerez au feu4.
11
     C'est ainsi que vous la mangerez : vos reins ceints, vos sandales aux
     pieds et votre bâton en main5. Vous la mangerez en toute hâte, c'est une
     pâque pour Yahvé.
12
     Cette nuit-là je parcourrai l'Égypte et je frapperai tous les premiers-nés
     dans le pays d'Égypte, tant hommes que bêtes, et de tous les dieux
     d'Égypte, je ferai justice, moi Yahvé.
13
     Le sang sera pour vous un signe sur les maisons où vous vous tenez. En
     voyant ce signe, je passerai outre et vous échapperez au fléau
     destructeur lorsque je frapperai le pays d'Égypte.
14
     Ce jour-là, vous en ferez mémoire et vous le fêterez comme une fête
     pour Yahvé, dans vos générations vous la fêterez, c'est un décret
     perpétuel.


2) Le récit de la conclusion de l’alliance : Ex 24, 3-8
3
     Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et tous ses
     commandements. Le peuple répondit d'une seule voix : « Toutes ces
     paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. »
4
     Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur ; le lendemain matin, il bâtit
     un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les
     douze tribus d'Israël.

3
  C'est-à-dire des pains sans levain.
4
  Pour éviter la profanation. Le grec ajoute : « On n’en brisera pas un os. »
5
  La tenue est celle du voyage.


2
                                                                                 Sr Cécile
                                                                       le 8 novembre 2007

5
     Puis il chargea quelques jeunes Israélites d'offrir des holocaustes, et
     d'immoler au Seigneur de jeunes taureaux en sacrifice de paix.
6
     Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des bassins ; puis il aspergea
     l'autel avec le reste du sang.6
7
     Il prit le livre de l'Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci
     répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique,
     nous y obéirons. »
8
     Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de
     l'Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue
     avec vous. »


3) Institution de l’Eucharistie selon Saint Mathieu (26,
26-29)
26
     Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit
     et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez : ceci est mon
     corps. »
27
     Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant :
28
     « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu
     pour la multitude en rémission des péchés.
29
     Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne,
     jusqu'au jour où je boirai un vin nouveau avec vous dans le royaume de
     mon Père. »



4) Institution de l’Eucharistie selon Saint Luc (22, 14-
20)
14
     Quand l'heure fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui.
15
     Il leur dit : « J'ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant
     de souffrir !
16
     Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu'à ce qu'elle
     soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »

6
   Moïse, intermédiaire entre Yahvé et le peuple, les unit symboliquement en répandant sur
l’autel, qui représente Yahvé, puis sur le peuple, le sang d’une même victime. Le pacte est
ainsi ratifié par le sang. comme la Nouvelle Alliance le sera par le sang du Christ.


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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

17
     Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit : « Prenez, partagez entre
     vous.
18
     Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la
     vigne jusqu'à ce que vienne le règne de Dieu. »
19
     Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur
     donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en
     mémoire de moi. »
20
     Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant : « Cette
     coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.


5) de Saint Jean Chrysostome (IVe siècle)
Pourquoi Jésus célébra-t-il le mystère de l’Eucharistie au moment
même de la Pâque ? C’était pour que tu apprennes de toutes les
manières que c’est Lui l’Auteur de la loi ancienne et que celle-ci
contenait la figure de ce qui le concernait. À cette figure, il substitue
la réalité. Le fait que c’était le soir avait lui aussi une signification :
il représentait la plénitude des temps et l’accomplissement final
des choses… Si la simple figure qu’était la Pâque a pu délivrer les
Hébreux de l’esclavage, combien plus la réalité ne libérera-t-elle
pas l’univers ?


6) de Guigues le Chartreux (XII e siècle)
Manger spirituellement le Corps du Christ c’est avoir en Lui une foi
pure, chercher le contenu de cette foi par une méditation fervente et
assidue, trouver par l’intelligence ce que nous cherchons, aimer
ardemment ce que nous avons découvert, imiter dans la mesure
de notre possible celui que nous aimons, adhérer sans cesse à lui
en l’imitant et, par cette adhésion, parvenir à l’union éternelle.




4
                                                                                  Sr Cécile
                                                                        le 8 novembre 2007




                                Enseignement donné
                                   par Sr Cécile


    L’eucharistie, Mémorial du Mystère Pascal7

Introduction :
         Le mois dernier nous avons reçu l’Eucharistie comme LE
don de Dieu par excellence. Nous avons découvert – ou
redécouvert – combien l’Incarnation est le sommet de l’Alliance
entre Dieu et les hommes, alliance qui a commencé à se tisser avec
Abraham dans la nuit des temps et n’a cessé de se renforcer au fil
de l’histoire. Au soir de sa vie, comprenant que la mort était
proche, Jésus a donné sa vie librement, par amour du Père et par
amour de nous ses frères et sœurs. Avant de donner sa vie sur la
croix, il a institué un nouveau rite qui, bien qu’inscrit dans la
tradition juive, est SON rite pascal, par lequel il se substitue à
l’agneau traditionnel en s’offrant lui-même par amour8. Son sang
versé au Golgotha sera désormais le gage de la délivrance pour
l’humanité entière. En instituant l’Eucharistie le soir du Jeudi
Saint, Jésus annonce et anticipe cette heure et nous laisse ce
sacrement pour en perpétuer les bienfaits. Un sacrement, selon la
définition du Concile c’est « un signe et un moyen d’opérer
l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain »9
7
 Cette catéchèse s'inspire du parcours catéchétique pour adultes
en préparation au Congrès Eucharistique International de 2008
(Editions de la CECC).
8
  cf L’EUCHARISTIE, don de Dieu pour la vie du monde. Document théologique de base pour le
49e congrès eucharistique international 2008. p. 20 (DTB)
9
  Constitution dogmatique sur l’Église. LUMEN GENTIUM. §1. (LG)


                                                                                             5
En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

Le pain et le vin sur lesquels le prêtre prononce les paroles de
Jésus nous sont laissés par le Christ comme des signes et des
moyens de dire et de réaliser la communion intime entre les
hommes et Dieu, ce qui est le but de sa mission réalisée une fois
pour toutes à la croix, mais que nous mettons toute la vie à nous
approprier.
        Par cette catéchèse, ainsi que celle qui suivra, il nous est
proposé de creuser le lien entre l’Eucharistie et la mort/résurrection
du Seigneur… Bien évidemment pour que la puissance de la
Résurrection imprègne de plus en plus profondément le tout de nos
existences.
        Pourquoi célébrons-nous l’Eucharistie ? En réponse à
l’injonction de Jésus lui-même :
        « Faites cela en mémoire de moi ». Cette petite phrase que
le prêtre répète deux fois au cours de la consécration nous
permettra d’entrer dans le thème de notre catéchèse.

•   Faites : c’est une invitation, un impératif que l’on peut
    entendre en écho d’une autre parole de Jésus : « Vous serez
    mes disciples si vous faites ce que je vous commande… Or ce
    que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les
    autres. » (Jn 15,14.17)

•   À la lumière de cette phrase, on peut deviner que le « Cela »,
    est sans doute plus que prendre du pain et du vin. Cet aspect, je
    le garde pour la fin.

•   Il reste « en mémoire de moi » : Voilà ce sur quoi nous allons
    commencer par nous arrêter. Mais avant de voir le sens
    liturgique du « faire mémoire », commençons par nous
    interroger : qu’est-ce que pour moi la mémoire, un mémorial,
    faire mémoire ?




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                                                                Sr Cécile
                                                      le 8 novembre 2007


I. À l’écoute de mon expérience

A) La mémoire
    Nous en avons tous plus ou moins. Et généralement de moins
en moins, car avec l’âge elle est de plus en plus trouée ! La
mémoire nous permet d’engranger des souvenirs, des expériences,
des connaissances qui nous paraissent utiles. Jeunes, nous la
faisons travailler à l’école pour emmagasiner tous les outils qui
nous permettront d’affronter la vie avec succès. Vous vous
souvenez tous je suppose de l’effort que vous a demandé
l’intégration des tables de multiplication ou l’apprentissage d’une
nouvelle langue. Il y a un côté laborieux dans la mémoire.

   Notre mémoire nous rappelle aussi des expériences heureuses
ou non, pour nous aider dans nos choix, tandis que nos bons
souvenirs nous réchauffent le cœur et nous redonnent de la force
pour affronter le présent et l’inconnu.


B) Le mémorial

    C’est pour nous aider à ce travail de mémoire que l’on édifie
un mémorial. Je n’en ai pas vu beaucoup ici mais en France on
trouve des monuments aux morts dans toutes les villes et tous les
villages. Pour rappeler aux générations à venir l’horreur de la
guerre, pour dire « Plus jamais ça » et inciter les jeunes à s’engager
pour la paix. Tel était le but de ces édifices, mais pour quels
résultats, on peut se le demander ! Aujourd’hui il y a juste
quelques réunions d’anciens combattants à date fixe avec, au fil
des ans, une assemblée de plus en plus clairsemée. Et les jeunes
sont enfargés dans une société individualiste où la loi de la jungle
est une sorte de guerre continuelle qui a son lot de victimes.



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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

    Ceux qui ont visité Paris ont admiré l’Arc-de-Triomphe, mais
se sont-ils recueillis sur la tombe du soldat inconnu pour lequel il a
été érigé ? Ont-ils pensé à tous les soldats connus et inconnus qui
continuent de tomber partout dans le monde ? À la suite de cette
visite, se sont-ils engagés pour la paix là où ils vivent ???… Un
monument ne parle pas par lui-même, il a besoin d’un traducteur,
de quelqu’un qui fait mémoire.


C) Faire mémoire

   Comment donc faire mémoire non pas à la façon des anciens
combattants, mais de manière à faire jaillir la vie ? La question
devient cruciale dans nos sociétés, sous peine d’une complète
déshumanisation.

    Regardons dans notre vie personnelle : nous aussi, à notre
niveau nous ne cessons de faire mémoire. L’exemple le plus
simple est celui des fêtes : chaque année, nous fêtons notre anni-
versaire et celui de nos proches. Et vous vous souvenez combien,
lorsque vous étiez enfant, c’était important – et combien vous avez
pu être blessés lorsqu’ils ont été bâclés, sabotés, oubliés. Chaque
année, à date fixe, nous faisons mémoire du jour de notre
naissance. C’est plus qu’un souvenir attendri. Nous réalisons
chaque année, plus clairement que si nous sommes rendus là où
nous sommes aujourd’hui, c’est grâce à ce jour ! Il nous est bon de
revenir à ce jour qui est la source de notre aujourd’hui ; cela donne
sens à notre existence présente et ouvre un chemin vers le futur.

    En soufflant les quelques bougies, on découvre qu’on a été
capable de vivre déjà 5, 10, 25, 40, 70 années. Et on décide du
même coup d’avoir encore du souffle pour l’année nouvelle qui
s’en vient avec ses défis et ses joies. La force que nous avons
puise dans l’acte de mémoire de l’événement fondamental de notre



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                                                               Sr Cécile
                                                     le 8 novembre 2007

naissance – dont paradoxalement nous ne souvenons pas –, nous
permet de repartir à neuf, de vivre à neuf.

    Oui les rituels familiaux des anniversaires (de naissance, de
mariage) sont très importants pour la structuration de la personne ou
du couple. Ce jour-là, on oublie les petites chicanes pour se réjouir
ensemble du don de cette vie au monde et des promesses qu’elle
renferme encore en son sein.




                                                                     9
En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal


II.     À la lumière de la foi de l’Église

A. L’Eucharistie, mémorial du Mystère Pascal
    Tel est notre thème. C’est pourquoi nous voulons réfléchir à la
petite phrase de Jésus : « Vous ferez cela en mémoire de moi ».
    Qu’a-t-il fait ?
    Quel est le contenu du ‘cela’ ?
    C’est ce que nous allons voir à présent.

    Qu’a-t-il fait ? Il n’a pas seulement rompu le pain, il a donné sa
vie. La fraction du pain est signe du don de sa vie. En rompant
le pain, nous faisons mémoire du don de sa vie. ‘Cela’ ne
concerne donc sans doute pas seulement le pain et le vin, c’est-à-
dire la messe. ‘Cela’ nous renvoie à la vie entière de Jésus.

    Réfléchir sur l’Eucharistie, c’est donc bien plus large que
réfléchir sur la messe. Se pencher sur l’Eucharistie, c’est plonger
au cœur de la foi chrétienne, au cœur de l’Alliance que Dieu a
scellée avec nous dans et par le sang du Christ. Faire mémoire de
cette alliance-là, ce n’est pas seulement revenir en esprit au soir du
Jeudi Saint pour évoquer un si grand souvenir. Certes, cela
commence souvent par là, nous l’avons fait tout à l’heure. Mais
faire mémoire de cette alliance, c’est aussi poser nous un geste qui
nous engage personnellement, c’est choisir de vivre dans la
logique de cet événement, d’en laisser le fruit s’inscrire en nos
existences, et les façonner selon son style à lui.

    Ce style, nous le connaissons : « Vous serez mes disciples si
vous faites ce que je vous commande. Or ce que je vous
commande, c’est de vous aimer les uns les autres (Jn 15, 14.17) ».
Jésus demande à ses disciples d’aimer comme lui a aimé (13,34 ;
15,12), jusqu’à l’extrême (13,1). De servir les frères et sœurs


10
                                                                Sr Cécile
                                                      le 8 novembre 2007

comme lui-même a servi ses disciples (13,14-17). De donner sa vie
pour ses amis (15,13).

    Lorsque nous nous engageons sur cette route, nous réalisons
assez vite nos limites. C’est pour cela que Jésus vient sans cesse à
nous à travers l’Eucharistie, s’offre à nous par toutes ces
Eucharisties. Il vient nous nourrir de lui, il vient vivre en nous. Il
nous prend ainsi en main et nous ré-introduit dans l’Alliance. De
communion en communion, nous nous laissons ainsi saisir par
l’amour du Christ. Saisir et convertir dans toute l’épaisseur de
notre être. Nous nous laissons ramener au Père. Nous laissons
Jésus accomplir sa Pâque en nous. Nous disons enfin OUI au
dessein éternel de Dieu sur nous ; nous nous décidons pour Dieu,
c’est-à-dire que nous aimons, nous servons, nous faisons comme
nous pouvons et nous lui abandonnons le reste.

    C’est un peu ce que la définition conciliaire essaye de rendre :
‘Un sacrement est un signe et un moyen’, ce que je vous propose
de creuser à présent.


B. De la Pâque juive à la Pâque de Jésus.
    Ce signe renvoie à quelque chose de passé – la Pâque du Seigneur
– et que je dois connaître sous peine de ne rien comprendre au
signe. Pendant la consécration le prêtre prononce les paroles de
Jésus, refait les gestes de Jésus. Si je ne connais pas cela, si je ne
connais pas non plus le contexte dans lequel Jésus a posé ces
gestes et ces paroles, je ne comprendrai rien à ce qui se passe, et je
ne pourrai donc pas dire AMEN : je crois.

    Le contexte est en premier la Pâque du Seigneur, c’est-à-dire sa
mort et sa résurrection. Si on appelle ça la « Pâque », c’est en
référence à un contexte plus large, celui de la Pâque juive qu’il est
indispensable de connaître pour saisir la portée, l’amplitude du


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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

geste de Jésus, de sa mort et de sa résurrection. Comme dans un
tableau l’arrière-fond donne tout son relief au premier plan. Deux
textes ont été proposés dans le semainier préparatoire pour nous y
introduire10.

    La fête juive de la Pâque commémore la sortie d’Égypte et la
libération de l’esclavage. Chaque année cet événement fondateur
du peuple d’Israël est célébré en famille et rendu présent au moyen
de trois éléments : le pain sans levain, la coupe de vin et l’agneau
pascal dont le sang protège le peuple. En célébrant ce rite avec ces
signes (depuis la destruction du Temple on omet l’agneau qui ne
peut plus être sacrifié), chaque juif se considère lui-même sorti
d’Égypte, il revit pour lui-même cette libération et – normalement –
se laisse entraîner par Dieu au-delà de tous ses esclavages.

    Lors de sa Pâque, Jésus a pris ce pain et cette coupe, symboles
de libération. Il les a bénis et partagés avec ses disciples dans un
signe clair de communion. Tous ont pris le même pain et bu à la
même coupe : tous ne forment plus qu’un, une famille spirituelle,
celle des disciples de Jésus, l’Église, ou un seul corps, le Corps du
Christ, et cela parce que par cette communion, ils participent au
destin de Jésus, ils sont entraînés dans le grand mouvement de
libération que celui-ci va inaugurer par sa mort et sa résurrection.

    Lors de sa Pâque Jésus a prononcé des paroles tout à fait
déconcertantes sur ce pain et cette coupe. « Buvez-en tous car ceci
est mon sang, le sang de l’Alliance versé pour la multitude pour le
pardon des péchés (Mt 26,27-28) ». Jésus lie très clairement ce
qu’il s’apprête à vivre et l’Alliance conclue à l’époque de Moïse.
Cette alliance qui est le but de la sortie d’Égypte. Dieu n’a pas fait
sortir Israël de l’esclavage pour qu’ils fassent ensuite n’importe
quoi, mais pour qu’ils deviennent son peuple, pour faire alliance


10
     Ex 12, 1-14 ; 24, 3-8.

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                                                                Sr Cécile
                                                      le 8 novembre 2007

avec eux, les marier en quelque sorte. Et dans tout mariage
d’amour il y aussi un contrat.

   Écoutons le récit de cet événement (Ex 24, 3-8) :

    Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et
tous ses commandements. Le peuple répondit d’une seule voix :
« Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en
pratique. »

    Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur ; le lendemain
matin il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze
pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il chargea quelques
jeunes Israélites d’offrir des holocaustes et d’immoler au Seigneur
de jeunes taureaux en sacrifices de paix. Moïse prit la moitié du
sang et le mit dans des bassins ; puis il aspergea l’autel avec le
reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au
peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le
mettrons en pratique et nous y obéirons. »
    Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le
sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le
Seigneur a conclue avec vous. »

    Vous voyez combien Jésus se réfère à ce texte, et donc à cet
épisode. Il a vraiment conscience que ce qui va se passer (le don de
sa vie sur la croix par fidélité au Père) va ouvrir un chapitre
nouveau de la relation de Dieu avec l’humanité, de leur mariage en
quelque sorte. Après la sortie d’Égypte, il y a eu l’Alliance du Sinaï
scellée avec ces holocaustes d’animaux. Il y aura désormais la
nouvelle Alliance en son sang, libérant l’humanité du péché et de la
mort. Les deux événements de l’histoire d’Israël sont fondus
ensemble, réunis et accomplis dans le Christ. Le sang partagé entre
l’autel et le peuple symbolisait la même vie qui désormais unissait
Dieu et son peuple. Jésus qui a tout partagé de notre vie partage
aussi notre mort pour que nous puissions vivre de sa propre vie qui

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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

est filiale et divine. Il vient nous marquer de son sang jusque dans
notre mort, c’est à-dire qu’il vient nous rejoindre au plus creux de
tous nos refus, de toutes nos trahisons de Dieu pour nous laver en
son sang, pour nous revêtir de sa propre fidélité au Père et à son
alliance. Fidélité qui se traduit par son sang versé par amour du
Père et de ses frères.

    Jésus ne meurt donc pas pour apaiser la colère du Père, mais
pour accomplir ce que le Père et lui désirent par dessus tout :
L’Alliance, les noces de Dieu avec son peuple. Sa résurrection
montre que le Père a agréé le don du Fils ; et cela nous indique le
chemin à suivre pour notre propre vie : Si nous voulons goûter à
la plénitude après laquelle nous courrons tous, SUIVONS LA
VOIE DU CHRIST ! Sa résurrection nous dit que rien ne compte
davantage que de nous situer par toute une existence d’amour, dans
une alliance avec le Père. Nous avons été créés pour cette alliance,
pour ce mariage avec Dieu !


C. La Pâque de Jésus et celle des chrétiens.
    Au soir de la dernière Cène, Jésus met tout cela devant ses
apôtres; il leur livre le sens de sa mort. Et pas par un beau discours,
mais par ces gestes symboliques qui lui permettent de lier entre
eux le don de sa vie qui va se faire et l’alliance de Dieu avec son
peuple au Sinaï. De lier ces deux événements que sépare le temps,
de les réunir en une seule gerbe, la gerbe de l’amour, du don
parfait dont lui seul était capable.

    Ce qu’il faut bien saisir, c’est que Jésus établit un lien clair
entre ces éléments : le pain et le vin, et son corps et son sang. Au cours
de ce dernier repas, Jésus donne donc sa vie symboliquement, en
signe de sa vie donnée réellement quelques heures plus tard.




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                                                                Sr Cécile
                                                      le 8 novembre 2007

    Vous vous souvenez aussi de ce qu’il avait dit à ses apôtres qui
se disputaient la première place : « Pouvez-vous boire à la coupe
que je vais boire ? » (Mt 20,22 ; Mc 10,38). Au fond, c’est ce
qu’il leur redemande ce soir-là, lorsque « son Heure est venue »
(Jn 2,4) :

•   En offrant à ses disciples le pain et la coupe, il les invite à le
    suivre jusqu’à l’extrême de l’amour, à boire cette coupe si
    amère que lui-même a souhaité qu’elle s’éloigne de lui (Mt
    26,39 ; Mc 14,36 ; Lc 22,42). Mais comme tout son désir est de
    faire la volonté du Père il dira aussi : « la coupe que le Père
    m’a donnée, ne la boirai-je donc pas ? » (Jn 18,11). Et c’est à
    quoi il invite ses apôtres au cours de ce repas. « Non pas ma
    volonté mais la tienne » (Mt 26,42 ; Lc 22,42) ;

•   Mais surtout, il a demandé à ses apôtres non seulement de boire
    à sa coupe ce soir-là, mais de refaire ce geste « en mémoire de
    lui ». C’est-à-dire non pas seulement de consentir à sa Pâque, de
    le laisser aller son chemin, et de le suivre à leur mesure – et on
    sait combien ce fut difficile pour eux ; ils n’ont rien compris,
    ils ont essayé de le protéger, ils l’ont finalement presque tous
    abandonné –, mais de refaire ce geste en mémoire de lui.


D. Notre eucharistie.
    Nous sommes ici au cœur de l’Eucharistie : quand nous
refaisons liturgiquement les gestes de Jésus avec du pain et du vin,
nous répondons à son invitation. Mais son invitation ne concerne
pas seulement les gestes eux-mêmes, mais les gestes chargés de
toute leur signification. Par ces gestes, Jésus a exprimé le don total
de sa vie. Ces mêmes gestes que nous reproduisons n’ont de
sens pour nous que s’ils sont l’expression liturgique, l’expression
par ces symboles de notre désir d’offrir nous aussi, comme
Jésus, notre vie au Père.

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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

    C’est ce que Paul disait aux chrétiens de Rome, et c’est ce que
je vous propose de garder au cœur et de vivre de manière toute
spéciale lors de la célébration de cette eucharistie :

    « Je vous exhorte, mes frères, mes sœurs, mes amis, chers
fidèles du sanctuaire, à offrir votre personne et votre vie en
sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous
l’adoration véritable. (Rm 12,1) »

 •   Je vous propose, lors de la procession des oblats, c’est-à-dire
     du pain et du vin qui vont être consacrés, de vous offrir vous-
     mêmes intérieurement, de vous remettre entre les mains de
     Dieu avec la confiance filiale qui animait Jésus. Et si je ne
     suis pas capable d’une telle confiance, d’une telle offrande ?
     Surtout ne pas me retirer. Au contraire, aller communier en
     demandant à Jésus d’imprimer en moi les sentiments de son
     cœur, de mettre en moi son amour pour le Père et pour les
     humains. M’offrir déjà avec ma bonne volonté, c’est par là
     que Jésus me saisira peu à peu tout entier. L’Eucharistie est
     un moyen, le moyen que Jésus a trouvé pour venir me
     rencontrer et me libérer. Quand je lui présente mes manques
     de liberté, il ne va donc pas me dédaigner mais au contraire se
     précipiter pour accomplir en moi sa Pâque et me rendre de
     plus en plus capable d’aimer.

 •   Pour prendre conscience de l’ampleur de la libération que
     Dieu désire pour nous, et de sa fidélité obstinée à son projet de
     Salut, nous avons choisi la Prière eucharistique n° IV qui nous
     fait reparcourir tous les épisodes de l’Alliance. Écoutons-là le
     cœur grand ouvert en nous disant que tout ça, c’est pour moi
     maintenant. Écoutons-là et accueillons le don de la libération
     que Dieu veut nous faire en cette eucharistie ; laissons-nous
     emporter dans le grand courant de cette alliance nouvelle et
     éternelle.


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                                                                Sr Cécile
                                                      le 8 novembre 2007

•   Lors de la prière d’action de grâce, après la communion, je
    vous propose que nous disions tous ensemble la prière d’abandon
    de frère Charles ; elle va vous être distribuée maintenant. Disons-
    là chacun avec la part de liberté qui est la nôtre. Redisons-là
    souvent et nous expérimenterons combien notre capacité à
    nous donner grandit, imperceptiblement mais réellement, combien
    nous serons de plus en plus à l’aise avec cette prière, désireux
    de nous remettre de plus en plus totalement entre les mains du
    Père pour que tout se passe en nous selon son bon vouloir.

•   Enfin, lors du ‘laboratoire de la foi’ qui suivra cette célébration
    nous réfléchirons chacun sur ce que signifie pour nous ‘boire à sa
    coupe’ ou ‘donner notre vie à la suite du Christ’. Nous deman-
    derons au Seigneur de nous éclairer sur des points d’engagements
    précis qui aideront à faire entrer l’Eucharistie plus concrè-
    tement dans notre vie, à faire que notre vie, dans ce qu’elle a
    de plus quotidien, devienne toute entière eucharistie. Pour ceux
    qui ne peuvent rester, je vous suggère de prendre la fiche de
    réflexion qui est proposée – et distribuée avec la prière du fr
    Charles – et de prendre un moment devant le Saint Sacrement
    (il est à votre disposition toute la nuit et toute la semaine) pour
    visiter ‘cela’ avec le Seigneur.

    Et nous terminons par une méditation que nous laisserons
résonner en nous par un moment de silence après la lecture.

    « Écoutons à présent la prière de l’Apôtre :

     ‘Je vous conjure, par la miséricorde de Dieu, d’offrir vos
personnes en hostie vivante.’
Frères et sœurs, ce sacrifice s’inspire de l’exemple du Christ, qui a
immolé son corps pour que les hommes vivent ;
et il a véritablement fait de son corps une hostie vivante,
puisque mis à mort, il vit encore. En une telle victime, l’hostie est
vivante, la mort confondue. Deviens, homme, deviens le sacrifice

                                                                      17
En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

de Dieu et son prêtre. Dieu cherche la foi et non la mort. Et notre
Dieu lui-même, qui est la voie, la vérité et la vie, nous délivrera de
la mort et nous conduira à la vie. »
                                     Saint Pierre Chrysologue (450) ;
                                    Homélie sur le sacrifice spirituel.




                           Prière d’abandon
                       Père Charles de Foucault


             Mon Père,
             Je m’abandonne à Toi,
             Faites de moi ce qu’il Te plaira.
             Quoique Tu fasses de moi,
             Je Te remercie, je suis prêt à tout ;
             J’accepte tout,
Pourvu que ta volonté se fasse en moi
Et en toutes tes créatures.

Je ne désire rien d’autre, mon Dieu ;
Je remets mon âme entre tes mains,
Je Te la donne, mon Dieu,
Parce que je T’aime,
Et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
De me remettre entre tes mains,
Sans mesure,
Avec une infinie confiance,
Car Tu es mon Père.

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                                                           le 8 novembre 2007




Pour prolonger la réflexion...
        Nous avons donc médité sur le thème du mémorial. Nous avons
perçu combien célébrer l'Eucharistie, c'est nous resituer au cœur du
mystère pascal ; nous en rendre contemporains, bénéficier du don
immense du salut que Jésus nous offre par sa mort et sa résurrection, et
nous placer donc devant un choix, une réponse à ce don qui se doit d'être
un engagement existentiel. Le Christ m’invite à entrer dans sa Pâque et
saint Paul nous trace un itinéraire sur lequel nous réfléchirons et
partagerons lors de ce laboratoire de la foi :


De l'Épître de Saint Paul Apôtre aux Philippiens (2,1-11)

        Frères et sœurs, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte
les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en
communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors,
pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même
amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais
intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres
supérieurs à vous-mêmes. Que chacun ne soit pas préoccupé de lui-
même, mais aussi des autres.

        Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le
Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon
de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au
contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur.
Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son
comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à
mourir, et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au
dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin
qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant
tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus-Christ est le
Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.




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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

                                  Questions
1. De quelles dispositions du Christ Paul nous parle-t-il ?

2. Dans l'Eucharistie, nous avons entendu que le Christ nous invite à
   faire cela en mémoire de lui. Nous avons vu que ‘cela’ était plus que
   prendre du pain et du vin, plus que communier sacramentellement. À
   la lumière du texte de saint Paul, qu'est-ce que ‘cela’ signifie pour
   moi ?
3. Avais-je déjà perçu cette dimension de l'Eucharistie comme don et
   engagement existentiel ? Si c'est une découverte, comment ‘cela’
   résonne en moi ; quelles sont mes réactions ?

4. Comment je me sens appelé/e à me donner, à m’engager à la suite et
     sur le chemin du Christ ?


De Jean-Marie Hennaux

         En mourant, Jésus dit : tout est consommé (in 19, 30.28).

          Dans la mort de Jésus, l’histoire humaine tout entière parvient à sa
consommation, à son sommet. Un homme de notre race a été jusqu’au bout
de l’amour ; il a fait de sa mort un acte parfait d’amour, s’abandonnant sans
réserve entre les mains du Père (Lc 23, 46) et entre les mains de ses frères
pécheurs (Lc 23, 33-34). Cet acte est indépassable : il porte d’un coup
l’histoire à son accomplissement, et si celle-ci continue, c’est pour que les
hommes entrent dans cet Acte, le fassent leur, acceptant d’être pris en lui,
sanctifiés, consacrés par lui, qui les transforme et leur permet d’aller, eux
aussi, jusqu’au bout de l’amour. L’acte de mourir de Jésus sur la croix est
l’acte auquel l’humanité entière est suspendue, l’Acte qui la sanctifie et la
consacre tout entière dans l'amour.

         Cet acte de mourir, Jésus l’a anticipé symboliquement, c’est-à-dire
réellement et d’une manière merveilleusement significative pour nous, à
la Cène. La veille de sa mort, pour la gloire du Père et la joie de ses
frères, Jésus se fait pain des hommes. Il prend le pain qui est son corps :
anticipant sa mort, il prend en main la totalité de son être et de son


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                                                                         Sr Cécile
                                                               le 8 novembre 2007

existence, il se prend lui-même et il se rompt ; ma vie, nul ne la prend,
mais c’est moi qui la donne (in 10, 18) : il se rompt lui-même avant
même d’être rompu par nous tous, ses frères pécheurs ; il se partage :
consommant sa mort à lui-même, il devient capable de se partager entre
tous dans un partage où il est vraiment tout entier à chacun ; il passe au
Père dans les autres, et, nous regardant tous, il dit : Mon Corps, c’est
vous ». La Parole sur laquelle il se livre est efficace : il est déjà mort, il
vit déjà au cœur des siens.

         La Passion ne fera qu’accomplir ce qu’il a dit ; les hommes
seraient d’ailleurs bien incapables de faire mourir celui qui est la Vie, s’il ne
voulait lui-même mourir pour eux et par eux, dans l’amour.
Mais à la Cène, Jésus dit : Faites ceci en mémoire de moi (Lc 22, 19).
Ceci n’est pas simplement le rite à réitérer, c’est l’Acte posé ce soir-là.
L’Église est tout entière invitée à entrer dans l’Acte qui la sauve et la
consacre : nous sommes sauvés, nous faisons de notre vie un acte
d’amour parfait dans la mesure où « nous faisons ceci en mémoire de
Lui », dans la mesure où nous nous prenons, où nous nous rompons dans
la mort à nous-mêmes et où nous devenons réellement le pain des autres,
à la gloire du Père. L’Acte de mourir de Jésus, son acte parfait d’amour,
est re-présenté (rendu présent dans un symbole) à l’humanité, jusqu’à la
fin des siècles, dans l’Eucharistie. La messe est le moment où cet Acte
nous rejoint et où nous le laissons s’emparer de nous, nous consacrer et
nous « transsubstantier », pour que nous aussi, nous allions jusqu’au bout
de l’amour.




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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal


                      Prière Eucharistique IV

                                                                         Louange à Dieu
                                                             pour la création de l’univers
Vraiment, il est bon de te rendre grâce,
     il est juste et bon de te glorifier,
     Père très saint,
car tu es le seul Dieu,
     le Dieu vivant et vrai :
tu étais avant tous les siècles,
     tu demeures éternellement,
     lumière au-delà de toute lumière.
Toi, le Dieu de bonté,
     la source de la vie,
tu as fait le monde
     pour que toute créature
     soit comblée de tes bénédictions,
     et que beaucoup se réjouissent de ta lumière.
Ainsi, les anges innombrables
     qui te servent jour et nuit
     se tiennent devant toi,
et, contemplant la splendeur de ta face,
     n´interrompent jamais leur louange.
Unis à leur hymne d´allégresse,
avec la création tout entière
qui t´acclame par nos voix,
Dieu, nous te chantons :

                                                             Acclamation de l’assemblée
Saint! Saint! Saint,
    le Seigneur, Dieu de l´univers!
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
    Hosanna au plus haut des cieux.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
    Hosanna au plus haut des cieux.
                                                 Louange à Dieu pour le mystère du salut,
                                                                 la création de l’homme
Père très saint,
    nous proclamons que tu es grand
    et que tu as crée toutes choses
    avec sagesse et par amour :


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                                                                     le 8 novembre 2007

tu as fait l´homme à ton image,
     et tu lui as confié l´univers.
afin qu´en te servant, toi son Créateur,
     il règne sur la création.

                                                                    Les premières alliances
Comme il avait perdu ton amitié
    en se détournant de toi,
    tu ne l´as pas abandonné au pouvoir de la mort.
Dans ta miséricorde,
    tu es venu en aide à tous les hommes
    pour qu´ils te cherchent et puissent te trouver.
Tu as multiplié les alliances avec eux,
    et tu les as formés, par les prophètes,
    dans l´espérance du salut.

                                                 La venue du Fils de Dieu parmi les hommes
Tu as tellement aimé le monde,
    Père très saint,
que tu nous as envoyé ton propre Fils,
    lorsque les temps furent accomplis,
    pour qu´il soit notre Sauveur.

Conçu de l´Esprit Saint,
      né de la Vierge Marie,
il a vécu notre condition d´homme
      en toute chose, excepté le péché,
annonçant aux pauvres
      la bonne nouvelle du salut ;
aux captifs, la délivrance ;
      aux affligés, la joie.
                                                                            La rédemption
Pour accomplir le dessein de ton amour,
     il s´est livré lui-même à la mort,
et, par sa résurrection,
     il a détruit la mort et renouvelé la vie.

Afin que notre vie ne soit plus à nous-mêmes,
      mais à lui qui est mort et ressuscité pour nous,
il a envoyé d´auprès de toi,
      comme premier don fait aux croyants,
l´Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde
      et achève toute sanctification.

                                                                                        23
En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

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                                               l’envoi de l’Esprit Saint en vue de la consécration
Que ce même Esprit Saint,
    nous t’en prions, Seigneur,
    sanctifie ces offrandes :
    qu’elles deviennent ainsi
    le corps  et le sang de ton Fils
dans la célébration de ce grand mystère,
    que lui-même nous a laissé
    en signe de l’Alliance éternelle.
                                                                           Récit de l’institution
                                                                                et consécration
Quand l’heure fut venue
     où tu allais le glorifier,
     comme il avait aimé les siens
     qui étaient dans le monde
     il les aima jusqu’au bout :
pendant le repas qu´il partageait avec eux,
     il prit le pain,
     il le bénit,
     le rompit
     et le donna à ses disciples, en disant :
« Prenez, et mangez-en tous :
           ceci est mon corps
           livré pour vous. »
De même,
     il prit la coupe remplie de vin,
     il rendit grâce,
et la donna à ses disciples, en disant :
« Prenez, et buvez-en tous,
           car ceci est la coupe de mon sang,
           le sang de l´Alliance nouvelle et éternelle,
           qui sera versé
           pour vous et pour la multitude
           en rémission des péchés.
   Vous ferez cela,
           en mémoire de moi. »

                                                                  Acclamation de l’assemblée
       Il est grand, le mystère de la foi :
       Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus,
       nous célébrons ta résurrection,
       nous attendons ta venue dans la gloire.


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                                                                                 Sr Cécile
                                                                       le 8 novembre 2007

Voilà pourquoi, Seigneur,
     nous célébrons aujourd'hui
     le mémorial de notre rédemption :
en rappelant la mort de Jésus Christ
     et sa descente au séjour des morts,
en proclamant sa résurrection
     et son ascension à ta droite dans le ciel,
et attendant aussi
     qu'il vienne dans la gloire,
nous t´offrons son corps et son sang,
     le sacrifice qui est digne de toi
     et qui sauve le monde.
                                                                    Invocation pour demander
                                             l’envoi de l’Esprit Saint en vue de la communion
Regarde, Seigneur, cette offrande
      que tu as donnée toi-même à ton Église ;
accorde à tous ceux qui vont partager ce pain
      et boire à cette coupe
d´être rassemblés par l´Esprit Saint
      en un seul corps,
pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ
      une vivante offrande
à la louange de ta gloire.

                                                                        Prière d’intercession
Et maintenant, Seigneur, rapelle-toi
    tous ceux pour qui nous offrons le sacrifice :
    le Pape N.,
    notre évêque N. et tous les évêques,
    les prêtres et ceux qui les assistent,
    les fidèles qui présentent cette offrande,
    les membres de notre assemblée,
    le peuple qui t'appartient
    et tous les hommes
          qui te cherchent avec droiture.

Souviens-toi aussi
de nos frères qui sont morts
    dans la paix du Christ,
    et de tous les morts
    dont toi seul connais la foi.




                                                                                          25
En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

À nous qui sommes tes enfants,
     accorde, Père très bon,
l’héritage de la vie éternelle
     auprès de la Vierge Marie,
     la bienheureuse Mère de Dieu,
     auprès des Apôtres et de tous les saints,
     dans ton Royaume,
où nous pourrons,
     avec la création tout entière
     enfin libérée du péché et de la mort,
te glorifier
     par le Christ, notre Seigneur,
     par qui tu donnes au monde
     toute grâce et tout bien.


                                                          Acclamation
Par lui, avec lui et en lui,
     à toi, Dieu le Père tout-puissant,
     dans l´unité du Saint-Esprit,
     tout honneur et toute gloire,
     pour les siècles des siècles.

                                          AMEN.




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                        Sr Cécile
              le 8 novembre 2007

Mes notes :




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En route vers le Congrès Eucharistique – Deuxième étape
L’Eucharistie, mémorial du Mystère pascal

Mes notes :




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